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Titre :
L'Action française.
Publiée de 1917 à 1927 et dirigée par Lionel Groulx, L'Action française est une revue mensuelle montréalaise de combat pour la survivance et l'avancement de la cause des Canadiens français et de la langue française. [...]

Publiée de 1917 à 1927 et dirigée par Lionel Groulx, L'Action française est une revue mensuelle montréalaise de combat pour la survivance et l'avancement de la cause des Canadiens français et de la langue française. Selon la doctrine conservatrice et clérico-nationaliste de ses rédacteurs, la foi catholique se doit d'imprégner l'ensemble des facettes de la vie des individus et de la nation.

L'Action française est une publication de la Ligue des droits du français, qui prend le nom de Ligue d'action française à partir de 1921. La ligue, qui depuis 1915 publie l'Almanach de la langue française (1915-1937), désire élargir son influence avec une nouvelle publication mensuelle plus largement engagée.

Omer Héroux, journaliste au quotidien Le Devoir et proche collaborateur de Henri Bourassa, est rédacteur de la revue de 1917 à 1920. Il y écrit régulièrement sous son propre nom et sous le pseudonyme de Jean Beauchemin. Lionel Groulx prend ensuite la relève de la rédaction jusqu'en 1927.

L'Action française accueille de nombreuses contributions d'hommes d'Église, comme Olivier Maurault, historien et prêtre sulpicien, et Joseph-Papin Archambault, jésuite fondateur de la Ligue des droits du français, qui écrit sous le pseudonyme de Pierre Homier.

Plusieurs des collaborateurs de L'Action française appartiennent aux élites intellectuelles et exercent des professions libérales : on compte parmi eux les professeurs Édouard Montpetit, économiste, et Antonio Perrault, juriste, ainsi que Léo-Paul Desrosiers, journaliste et écrivain, et Marie-Claire Daveluy, bibliothécaire, historienne et auteure.

Tout au long de l'histoire de la revue, l'empreinte de Lionel Groulx est omniprésente. Il y signe des articles non seulement sous son nom, mais aussi sous différents pseudonymes, notamment Nicolas Tillemont et Jacques Brassier.

Pour se dissocier de son homonyme de France, L'Action française devient L'Action canadienne-française en 1928. Elle est dorénavant publiée par la Librairie d'Action canadienne-française, propriété du jeune éditeur Albert Lévesque. La nouvelle publication disparaît après une année et se réincarnera en 1933 sous la forme de L'Action nationale (1933- ), publication de la nouvellement nommée Ligue d'action nationale.

D'année en année, L'Action française publie le résultat d'enquêtes qui reflètent les préoccupations sociales des Canadiens français. En 1917, elle dresse un portrait de la place prise dans l'étiquetage par la langue anglaise. Voici quelques autres dossiers d'enquête : « Nos forces nationales », 1918; « Les précurseurs », 1919; « Le problème économique », 1921; « Notre avenir politique », 1922; « Notre intégrité catholique », 1923; « L'ennemi dans la place », 1924; « Le bilinguisme », 1925, « Défense de notre capital humain », 1926.

Alors que ce sont les presses du quotidien Le Devoir qui ont imprimé L'Action française de 1917 à 1924, ce sont les imprimeurs Arbour et Dupont qui prennent le relais jusqu'en 1928.

La revue a maintenu, durant toute son existence, un tirage oscillant entre 2500 et 5000 exemplaires.

L'Action française est une publication polémique incontournable pour qui s'intéresse au débat public montréalais et à l'environnement socio-économique de l'entre-deux-guerres, à l'histoire du catholicisme au Québec ou à l'histoire du nationalisme québécois.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 200-203.

BOCK, Michel, « "Le Québec a charge d'âmes" - L'Action française de Montréal et les minorités françaises (1917-1928) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 54, no 3, 2001, p.345-384.

HÉBERT, Pierre, « Quand éditer, c'était agir - La Bibliothèque de l'Action française (1918-1927) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 46, no 2, 1992, p. 219-244.

MANN, Susan, Lionel Groulx et l'Action française - Le nationalisme canadien-français dans les années 1920, Montréal, VLB, 2005, 193 p.

Éditeur :
  • Montréal :Ligue des droits du français,1917-1927.
Contenu spécifique :
La propagande en France
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • L'Action canadienne-française.
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Références

L'Action française., 1922-09, Collections de BAnQ.

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[" LA PROPAGANDE EN FRANCE L'on a pu lire, dans le dernier numéro de la revue.l'appel pressant du Comité de propagande canadienne-française à Paris.Une vérité se fait jour à travers les divers rapports que le Comité voulut confier depuis un an, à VAction française, et c'est l'immensité de la besogne qui s'impose là-bas.Il faut dire les choses comme elles sont: le Canada français est profondément inconnu en France.Ce n'est pas là méconnaître les nobles amitiés qui honorent notre pays.En cherchant bien, on trouverait même à Paris quelques spécialistes des choses canadiennes.Mais il est temps de se dire qu'une élite est une élite et que parler en pareil cas, de milliers d'individus, c'est commettre une grave hyperbole.Ces connaissances mêmes du Canada qu'il faut accorder à un petit nombre, combien, s'il fallait les contrôler d'un peu près, nous apparaîtraient plus légères que l'impondérable.Mes amis du Comité de propagande n'ont pas oublié l'exclamation de surprise qu'arrachaient invariablement aux auditeurs de nos conférences, des notions aussi élémentaires que la superficie du Canada ou du Québec ou les statistiques de la population canadienne-française.Et qu'était-ce s'il fallait élargir la somme de ces connaissances jusqu'à un résumé de notre histoire et de notre situation présente ?Mais à côté de cetix qui nous connaissent mal ou ne nous connaissent qu'à demi, il y a ceux qui ne nous connaissent point du tout, qui ignorent jusqu'au fait même de notre existence; et ceux-là, avouons-le, quoi qu'il en coûte à notre vanité, sont la majorité des intellectuels 166 l'action française et la grande masse, pour ne pas dire la totalité du peuple.Cette opinion ainsi formulée paraîtra sévère, je le sais, à quelques-uns de nos amis de France.La vérité n'en reste pas moins ce qu'elle est.Et nos amis penseraient comme nous s'ils prêtaient un peu moins généreusement à leurs compatriotes.Mais que devient, en tout cela, me diront quelques-uns , l'oeuvre de notre Commissariat canadien, l'effort de nos agents de commerce, du Comité France-Amérique ?Que faites-vous des volumes publiés là-bas, des ouvrages de Rameau, d'Arthur Buies et de tant d'autres ?des conférences du Chanoine Emile Chartier, des Survivances françaises de M.Edouard Montpetit, des 500,000 vendus de Maria Chapdelaine?Et notre contribution de guerre ?Et le passage de nos soldats dans les Flandres ?.Ce témoignage, ce dernier surtout qui nous a coûté si cher, n'aurait-il éveillé qu'un écho sans profondeur dans la vieille mère-patrie ?Trop de réponses viennent ici sous la plume pour qu'un choix ne s'impose point.On fera bien d'observer tout d'abord qu'il n'existe en France aucune institution spécialement dévouée à la propagande canadienne-française.Nous avons à Londres une Agence de la province de Québec; il n'en existe point à Paris.Le Commissariat canadien du boulevard des Capucines n'est pas, â\u20ac\u201dâ\u2013  c'est un peu son droit et il en use largement â\u20ac\u201dâ\u2013  un commissariat canadien-français.Il faut dire la même chose du Comité France-Amérique.Son nom seul nous en avertit ; le rayonnement de son action embrasse un domaine aussi vaste que celui des deux Amériques.Et s'il est vrai qu'une section spéciale s'est réservé les choses de notre pays, cette fois encore il importe de se rappeler que les intérêts canadiens et les intérêts canadiens-français sont deux réalités bien distinctes. LA PROPAGANDE EN FRANCE 167 N'allons pas nier, certes, les précieux services rendus par ces diverses institutions, grâce à quelques hommes qui se souvenaient de leur race et qui croyaient justement que la propagande canadienne n'exclut pas la propagande canadienne-française.Mais trop souvent et c'est le point qu'il faut retenir, ces propagandes se restreignaient à des objets spéciaux, aux choses économiques plus particulièrement et, par cela seul, s'interdisaient les larges publicités.Il en faut dire presque autant des conférences et des volumes qui furent offerts aux Français.Quelques-uns de nos compatriotes ont recueilli là-bas de beaux succès; ils s'adressèrent à une élite.Mais qu'est-ce encore qu'un auditoire de quatre à cinq cents personnes ou deux à trois mille acheteurs d'un volume ou d'une brochure, au sein d'un peuple de trente-cinq millions ?Puis, une conférence, un livre passent vite un peu partout; la génération d'aujourd'hui n'est pas obligée d'avoir lu les mêmes choses que celle d'hier.Et comment donc nos écrits et nos paroles iraient-ils moins vite en un pays où les choses du Canada demeurent forcément à leur rang d'importance et n'ont trop souvent que l'incertaine saveur d'un exotisme ?Le demi-million d'exemplaires de Maria Chapdelaine et le plus long succès de cet ouvrage ne changeront rien à l'affaire.Outre les confusions regrettables que le roman propage sur notre compte, le cadre, pour beaucoup de lecteurs français, est ici fort indifférent.Qu'on se dépouille au plus tôt de cette dernière illusion.En France, Maria Chapdelaine nous aura moins nui que servi; mais ce n'est pas une simple idylle de colons, si bellement racontée soit-elle, qui puisse mettre beaucoup d'histoire et de géographie canadiennes où il n'en existe aucune notion.Et plusieurs exemples concrets ont pu me convaincre moi-même que la lecture du roman de Louis Hémon n'a pas toujours réussi à faire de Québec ou 168 l'action française de Montréal autre chose que des banlieues de San-Francisco.Veut-on enfin que, pendant la guerre, les clairons de nos régiments aient obtenu meilleure fortune et que le témoignage du sang ait prévalu où les autres avaient failli ?Il est indéniable que notre contribution en hommes a été comptée pour une appréciable valeur.Nos soldats ont aussi laissé derrière eux un excellent renom.Tout le monde sait et répète en France que Canadiens et Australiens servaient de paravents aux régiments britanniques et que les postes de danger leur furent scrupuleusement réservés.Cette préférence légèrement intéressée, assez peu flatteuse pour les métropolitains, a mis une louable auréole de bravoure au front des soldats coloniaux.Mais la nationalité de nos régiments fut-elle connue d'une large portion du public français ?Ici encore mettons les choses comme elles sont.Ces fils du Canada venaient en réalité d'un Dominion anglo-français, mais d'un Dominion où le nom de notre race, et par notre faute, a été proprement rayé de toutes les effigies officielles.Pour nos cousins de France, ces soldats venaient donc d'une colonie simplement anglaise et pour le grand nombre cette indication fixait péremptoirement leur origine.Y avait-il d'ailleurs quelque hésitation sur ce point, que le plus spontanément du monde, ou en faisait des Peaux Rouges, plutôt que d'en faire tout simplement des Français.Puis, on ne l'aura pas oublié, leur passage en France ne fut pas salué que par des acclamations.A l'heure même où nous rendions à la France les 65,000 Français qu'elle avait laissés ici en 1760 â\u20ac\u201d le mot est de Mgr Baudrillart â\u20ac\u201d des journalistes parisiens à la solde de l'étranger nous prenaient violemment à partie et, de haut, nous reprochaient ce qu'ils appelaient notre tiédeur.Il faut tenir compte de tous ces faits pour s'expliquer beaucoup d'ignorances ou d'indifférences, comme il im- LA PROPAGANDE EN FRANCE 169 porte de se souvenir de la longue durée du mal pour en mesurer la gravité.Notre pays ne s'est peut-être jamais relevé de la mauvaise presse qu'il eut en France au dix-huitième siècle.Le Canada, écrit M.Emile Salone, fut alors \"mal connu et méconnu.'' Voltaire nous poursuivait de ses sarcasmes jusqu'après la séparation.Dans son Précis du règne de Louis XV, il parlait encore de \"ces quinze cents lieues dont les trois quarts sont des déserts glacés; il déplorait que le gouvernement français n'eût pas trouvé à s'accommoder avec les Anglais \"pour un petit terrain litigieux vers le Canada\" et il trouvait à s'étonner que \"les colons du Canada aimassent mieux vivre sous les lois de la Grande-Bretagne que de venir en France.\" Raynal dont l'Histoire philosophique obtint, en ce temps-là, le plus grand succès de librairie, reprenait en mineure les mêmes antiennes et remettait en circulation contre nos ancêtres les pires diffamations de La Hontan.Et afin qu'un plus haut témoignage consolât l'opinion française de nous avoir perdus, les Mémoires de M.le duc de Choiseul allaient bientôt révéler \"que la Corse est plus utile , de toutes manières à la France, que ne l'était ou ne l'aurait été le Canada.\" Combien de livres, combien d'articles de journaux ou de revues furent écrits depuis lors contre nous, depuis surtout qu'auprès d'un si grand nombre de publicistes français, notre persévérant catholicisme nous a donné figure de peuple arriéré, pour ne pas dire risible et méprisable.L'année dernière encore, il ne se passait guère de mois et même de semaine où un journal ou l'autre de Paris ou de Province ne nous prodiguât quelques aménités.Je sais bien que des Français mieux éclairés et plus généreux ont souvent écrit dune autre encre; mais ceux-ci avaient à lutter contre une opinion déjà malveillante, tandis que les 170 l'action française autres enfonçaient leurs préjugés et leurs légendes dans des esprits tout préparés.De ce malheur l'on ne saurait trop déplorer les conséquences, si rien n'est moins facile à retourner que le sentiment d'un Français.Et qui ne se rappelle ce conférencier parisien de l'hiver dernier, chaudement acclamé chez nous, trop chaudement acclamé peut-être, puisque la mesure n'est pas notre fait, et qui, pour avoir ramassé quelque part, sans doute, ce préjugé, parlait ensuite dans sa revue de notre patois normand du dix-huitième siècle?A beaucoup de ces attaques, notre dignité s'est fait une loi de ne pas répondre.A quelques autres le silence fut une réponse plus commode qu'opportune.Charlevoix arrivait trop tard contre les dénigreurs de son temps.Aujourd'hui ce sont de pareilles négligences qu'il nous faut réparer.Dès lors, qui aurait le droit de s'étonner, que la besogne promit d'être longue et ardue ?Elle serait plus simple et plus facile si notre pays pouvait compter sur la curiosité bienveillante que devrait naturellement éveiller, ce nous semble, la révélation de ses jeunes forces et de son histoire.Mais nous l'écrivons parce que c'est encore la vérité: en France, et nous ne disons pas en tous les milieux, mais en beaucoup, le Canada français n'est pas de soi-même un sujet intéressant.Le Français actuel qui volontiers se définit lui-même \"un Monsieur généralement décoré et qui ignore totalement la géographie et les langues étrangères,\" le Français contemporain qui a la passion des idées universelles; qui, artiste, écrivain, missionnaire, porte si noblement devant les yeux, les larges horizons de l'humanité, est néanmoins l'homme du monde le plus enfermé dans les frontières de son pays.L'impérialisme moral, et en particulier celui qui s'appuie sur les liens de la race, les Français l'ont vu LA PROPAGANDE EN FRANCE 171 se constituer autour d'eux; ils s'en sont plaints quelquefois et en ont pris peur; jamais ils n'ont paru vouloir le constituer à leur profit, même en ce qu'il a de plus légitime.Au début de la guerre, la France eut à créer, presque de toutes pièces, sa propagande de presse à travers le monde.Auj ourd'hui encore les esprits clairvoyants chez elle ne cessent de gémir sur l'apathie du public français pour les problèmes de politique étrangère.Les colonies actuelles, c'est là-bas une plainte aussi constante qu'unanime, n'obtiennent guère de ferveur plus enthousiaste que les anciennes.Et je me souviens encore de la boutade de cet étudiant d'une grande école qui coupa court à ma curiosité sur l'Algérie, en m'apprenant que c'est un pays \"où il y a des Algériens.\" Comment concilier ces indifférences superbes et ces tranquilles ignorances avec le goût de l'universalité et l'esprit catholique du Français ?Ce ne peut être, comme ailleurs, par mépris de l'étranger.Ce serait plutôt le sentiment d'une vieille race qui plonge trop profondément en son pays, l'un des plus nobles et des plus beaux sous le ciel, pour placer ensuite bien loin les limites du monde habité.Ou encore, si l'on préfère, c'est l'attitude d'une vieille nation aristocratique qui s'acquitte avec une haute conscience de ses charges sociales, qui les accomplit même souvent avec une sublime charité, niais en ménageant scrupuleusement les distances entre elle et la roture.Pour avoir, très souvent et avec grande raison, confondu et mêlé les intérêts de la France et ceux de l'humanité, beaucoup de Français en sont venus à croire, très loyalement d'ailleurs, que leur amour de la France les tient quittes à l'égard du reste de l'univers.* * * En face d'un pareil état d'esprit, n'est-ce pas courir après la plus inconsistante chimère que d'essayer une pro- 172 l'action française pagande canadienne-française à Paris ?Un rapprochement est-il possible entre la France si repliée sur elle-même et notre jeune peuple si petit et si lointain?Nous sommes de ceux qui répondent affirmativement.Et notre réponse est pleine d'espoir parce qu'aujourd'hui n'est plus hier et qu'entre les deux peuples trop d'intérêts sont convergents.La France trouve chez nous une clientèle économique.L'on bannit moins que l'on ne pense le sentiment, du domaine des affaires.Les financiers et les négociants français doivent savoir, qu'à parité de valeur, nos préférences iront plutôt vers les marchandises et les coupons de Paris que vers ceux de Londres ou de Berlin.Près de cinq millions de consommateurs sont un chiffre qui représente tout de même une valeur commerciale.Et pourquoi donc la communauté de la race et de la langue ne serait-elle point, ici comme ailleurs, un acheminement aux échanges, vine porte ouverte à toutes les pénétrations ?Cette clientèle économique se double, du reste, d'une clientèle intellectuelle qui a aussi son importance.Le secrétaire de rédaction à la \"Revue universelle\" nous confiait à nous-même que sa revue née d'hier compte néanmoins au Canada plus de lecteurs qu'en tout autre pays, la France et la Belgique exceptées.Combien de revues, combien de journaux parisiens, dont les registres d'abonnement établiraient les mêmes statistiques ! Combien de libraires de Paris pourraient faire les mêmes relevés ! Le fait est là : la France nous fournit la plus grande partie de notre nourriture intellectuelle.Et cela aussi, elle doit le compter pour quelque chose.Surtout si elle tient compte que la clientèle intellectuelle se double à son tour de la clientèle morale.Les chefs-d'Å\u201cuvre spirituels d'une nation constituent ses meilleurs agents de propagande à l'étranger.La culture qu'un LA PROPAGANDE EN FRANCE 173 peuple adopte de préférence à toute autre, il la choisit d'abord pour la valeur humaine qu'elle porte en elle, mais aussi et peut-être avant tout autre motif, pour les affinités qu'elle offre à son esprit.Entre la France et nous, il y a plus cependant que les sympathies développées par les échanges intellectuels et l'identité de la culture; il y a aussi la parenté du sang et de l'histoire; il y a encore la communauté de la langue et de l'idéal.Or, aucun peuple aujourd'hui, si puissant soit-il, n'ose plus traiter légèrement les amitiés qu'un pareil ensemble de circonstances lui ont préparées.En France même où l'on a paru si indifférent jusqu'ici à la solidarité ethnique, quelques penseurs commencent de s'en préoccuper et en rappellent le haut prix.Dans leur récent ouvrage sur la \"Géographie de l'histoire\", MM.Jean Brunhes et Camille Vallaux écrivent proprement: \"Dans les jours où il faut conquérir fortement et vite les esprits, c'est beaucoup pour une nation, que d'occuper, pour ainsi dire, par la langue, sur la carte du monde, de vastes étendues du globe et d'avoir comme \"fidèles\" de nombreux groupes d'humanité\".Serait-ce alors trop présumer de la France qui en est aujourd'hui à compter ses amis, qui, depuis le jour où ses canons et ses grands soldats ont fait taire la menace germaine, a eu le temps de peser les terribles chances de l'isolement, serait-ce trop présumer de sa clairvoyance que d'en espérer une autre attitude à l'égard du Canada français ?Nous ne demandons ni bienveillance ni faveur qui soit au-dessus de notre importance réelle.Mais peut-être la vieille mère-patrie pourrait-elle accorder aux cinq millions de Français d'Amérique, au groupe des fils de son sang le plus considérable en dehors de chez elle, un peu de la sympathie attentive que les Anglais d'Angleterre accordent à leurs co-nationaux de l'Egypte ou de l'île de Malte, un peu de la 174 l'action française solidarité que les Allemands d'Allemagne se reconnaissent avec leurs frères du Wisconsin ou de l'Amérique du Sud.La France voudra-t-elle enfin s'aviser que, pour avoir de larges horizons, elle n'est pas tenue de répudier la voix du sang et que les intérêts de la race sont tout de même inclus dans ceux de l'humanité ?Quant à nous, nos intérêts les plus élevés nous commandent d'espérer cette sympathie.Ce n'est plus le temps d'inventorier les emprunts que nous faisons à la France pour le soutien de notre vie morale et intellectuelle.Qu'après cent-soixante ans de conquête anglaise, nous n'ayons encore, d'une année à l'autre, que trois ou quatre étudiants à Oxford et près de cent-cinquante à Paris, indique plus que toute chose vers quel pôle s'orientent opiniâtrement nos esprits.Petit groupe de Latins isolé en Amérique, comme un îlot dans la mer, nos espoirs s'en vont vers la France comme au représentant de la plus haute culture humaine, comme au chef de la parenté latine.Plus que jamais depuis la guerre, depuis l'effondrement du monde slave et depuis la défaite germanique, l'univers semble appelé à choisir entre l'idéal anglo-saxon protestant et l'idéal catholique latin.Si la vieille civilisation issue du christianisme doit être sauvée dans sa forme la plus parfaite; si, pour résister aux forces adverses, l'unité latine doit se réaliser, quel autre peuple que la France garde assez de puissance et de prestige pour réaliser ce grand Å\u201cuvre ?Et qui ne voit qu'en ce prochain avenir se trouve engagé beaucoup de notre avenir à nous-mêmes ?Une commune croyance en Europe veut que toute l'Amérique du Nord soit ou devienne anglo-saxonne.Quel mal affreux cette opinion courante nous a fait; combien d'amères déconvenues elle nous a préparées auprès d'une diplomatie où se discutent nos intérêts les plus chers, l'histoire de ces der- La propagande en france 175 nières années est là pour en témoigner durement.Au jugement de beaucoup en Europe, nous ne sommes qu'une petite nationalité condamnée à mort, une poussière de peuple, un grain de sable devant la vague anglo-saxonne.Qui dira au monde et jusqu'aux sommets où il importe que cette vérité soit dite, la destinée plus probable de l'Amérique ?Qui saura établir avec assez de force qu'il n'est point souhaitable pour l'avenir de la plus haute civilisation que tout le continent appartienne à une seule puissance, à une seule race ?Qui saura exposer, comme il convient, la vitalité du peuple canadien-français, ses véritables chances de durée, ses droits imprescriptibles à la vie ?Qui peut tenir ce langage et le tenir victorieusement où d'autres voix s'efforcent de tout couvrir, si ce n'est la France redevenue consciente de la solidarité latine et française, la France encore assez puissante pour être écoutée ?* * Sans doute, me dira-t-on, ces espérances sont magnifiques?Mais le moyen de les réaliser?Est-il possible encore une fois d'intéresser la France à notre avenir et jusqu'à ce point où elle dépasserait les vÅ\u201cux platoniques, pour nous accorder son aide effective, le secours même de sa diplomatie ?Prenons garde ici de nous créer une autre illusion.Ce serait d'un esprit peu réaliste que d'envisager le Quai d'Orsay comme notre principal bastion de défense.Nos intérêts ne seront jamais mieux défendus que lorsqu'en-fin nous aurons pris le parti de les défendre nous-mêmes.Notre faiblesse se changerait vite en force dans les chancelleries où se joue notre sort, si, au lieu de n'y faire entendre que des voix isolées ou l'écho de nos criminelles divisions, l'intérêt national nous inspirait d'y apparaître avec la dignité d'un peuple.Aussi bien, pour suppléer notre faiblesse, ce n'est point 176 l'action française tant le secours diplomatique de la France que nous voulons obtenir, que l'appui moral de la haute pensée française.Ce n'est pas un protectorat, mais une protection que nous souhaitons.Or obtenir cet appui n'est nullement une entreprise chimérique, si nous en croyons les résultats obtenus l'année dernière par notre comité de propagande canadienne-française à Paris.L'élite française peut être gagnée à notre cause.Il n'y aurait qu'à développer, qu'à perfectionner là-bas nos moyens d'action, qu'à rendre permanent ce qui a été jusqu'ici intermittent ou accidentel.L'élite peut être atteinte par la conférence, par l'article de grande revue, par le livre.Des conférences comme celles de Mgr Georges Gauthier et de M.Henri Bourassa au Congrès de Lourdes, ou comme les Survivances fra?içaises de M.Edouard Montpetit ; des discours comme celui de M.Athanase David à l'Institut catholique l'année dernière, et surtout les leçons de M.le chanoine Emile Chartier sont des témoignages qui frappent les esprits et laissent après eux les plus durables souvenirs.Faisons que ces sortes de prédications se multiplient.Celui qui écrit ces lignes, n'a eu qu'à se louer de l'accueil que lui ont fait les directeurs des grandes revues parisiennes.Puisque ces hautes tribunes nous sont ouvertes, ne refusons pas d'y monter, nous souvenant que par elles nous prenons contact, non seulement avec l'élite française, mais avec une clientèle qui est l'élite universelle.L'article de revue devra se compléter par la propagande du livre.M.René Bazin et combien d'autres nous ont prié d'établir quelque part à Paris un rayon de nos meilleurs livres canadiens.C'est un article introuvable là-bas.On ne saurait même le trouver au Commissariat du boulevard des Capucines.M.Beauchesne, directeur de notre service d'archives sur la rue de Richelieu, ne possède pas même les principaux ouvrages de nos historiens. LA PROPAGANDE EN FRANCE 177 Faire lire quelques-uns de nos volumes les plus expressifs de notre vie, collaborer aux grandes revues, obtenir accès auprès des auditoires français, nous l'avons éprouvé l'année dernière, sont des entreprises relativement faciles.Nous pouvons compter, de la façon la plus ample, sur la coopération des groupements catholiques.Le Comité catholique des Amitiés françaises à l'étranger, ne demande pas mieux que de seconder nos efforts; et son actif secrétaire, M.le chanoine Eugène Beaupin, nous est un généreux ami.Les catholiques de France ne cachent point leur émotion au spectacle de notre vie religieuse.L'extraordinaire efflorescence de nos Å\u201cuvres d'apostolat leur parle avec un langage souverainement éloquent.Et, plus que les autres, ils comprennent l'opportunité de conserver aux espérances de l'Eglise, ce jeune témoin de la foi catholique et de la pensée latine.Un autre groupe qu'en toute justice nous ne saurions ignorer, c'est celui de l'\"Action française\".Serait-ce que par tradition politique, les monarchistes français sont plus préoccupés que les autres du prestige et du rôle de la France à l'extérieur ?Serait-ce que, par le fond même de leur doctrine, qui veut la cohésion plus forte de la race sous l'unité du chef, ils ont un sens plus aigu de la solidarité ethnique ?Une chose demeure et c'est leur sympathie agissante pour tous les groupes de la famille de France.Un Canadien français catholique et un partisan de l'\"Action française\" qui causent ensemble une heure durant, éprouvent cette joyeuse surprise de se sentir rapidement d'accord sur la plupart des problèmes qui intéressent l'ancienne et la nouvelle France.Ce sont les journalistes de 1'\"Action française qui ont le mieux compris notre attitude pendant la guerre.Nul parmi eux ne se permit à notre égard ce ton de remontrance hautaine qui nous a si justement déplu.Et celui qui tient ici la plume, peut affirmer que les intellec- 178 l'action FRANCAISIV tuels du no 1-1 de la rue de Rome se préoccupent vivement de l'avenir du Canada français.La propagande canadienne-française n'est donc pas une utopie en France et elle donnerait vite de substantiels résultats.Le point capital est de l'organiser avec méthode et persévérance et de lui donner les moyens d'agir puissamment.On ne saurait demander à de jeunes professeurs ou à des étudiants absorbés par leurs études de reprendre indéfiniment et seuls l'effort soutenu l'année dernière par notre Comité de propagande.Est-ce à dire qu'il faille constituer un organisme de montage considérable et coûteux ?Nous ne le croyons pas.La province de Québec aura sans doute avant peu son propre commissariat à Paris.En attendant cette maison officielle, une simple maison de nos étudiants, telle que nous l'avons toujours conçue àl'\"Action française\", s'acquitterait louablement de la mission.Il suffirait que la maison fût bien à nous, point encombrée par les trop hauts patronages et qu'elle fût dirigée par un homme de culture et d'initiative.Le plus naturellement du monde elle deviendrait un centre de propagande, un intermédiaire actif entre les propagandistes canadiens et leurs amis de France; elle serait l'agence d'information, le dépôt de nos revues et de nos livres; elle serait le foyer où étudiants canadiens-français et compatriotes en voyage prendraient contact avec la meilleure société française; on y pourrait parler librement, en langage clair, catholique et français, sans les retenues officielles qui prolongent les mensonges et entretiennent les pires malentendus.Ce projet est-il trop simple pour réussir ?Nous prions qu'on se décide à quelque chose.Si nous laissons toujours faire, ajournant au lendemain ce qu'impose le devoir d'aujourd'hui, nous serons bientôt les seuls responsables des ignorances qui courent le monde sur notre pays.Lionel GROULX, ptre "]
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