L'Action française., 1 décembre 1923, À travers la vie courante
[" A TRAVERS LA VIE COURANTE Pâtisserie On nous permettra bien, pour une fois, d'étaler, sans Française y mettre trop d'ordre, notre gerbe de faits.Que de choses, cueillies en courant ou reçues d'amis dévoués, attendent depuis longtemps leur tour.Il est bon, à la fin de l'année, de secouer ses dossiers.Il en tombera probablement de toutes les sortes.Commençons par le dessus du panier.Voici une élégante liste de prix publiée par la Pâtisserie française, Kerhulu et Odiau.Elle est un exemple et un argument.Un exemple de publicité intelligente.Non seulement cette maison n'a pas cru devoir, comme tant d'autres, s'affubler d'une raison sociale anglaise, mais tous ses produits portent fièrement un nom français.Goûtez-moi cette liste savoureuse: Chaussons\tCaprices Feuilletés\tConversations Palais de boeuf\tFinanciers Palmiers\tMirlitons Rouleaux\tPommes de terre Sablés nantais\tAsperges Sablés confiture\tChampignons Choux crème\tFantaisies diverses Cornets\tFromages Ã\u2030clairs-café\tMarignans Ã\u2030clairs-chocolat\tMazarins Iroquois\tMokas café Madeleines\tMokas chocolat Mille-feuilles\tNègres blancs Pavés chocolat\tPommes meringuées Présidents\tRectangles assortis Babas au rhum\tReligieuses Clientèle En même temps qu'un exemple, cette liste de prix de Choix es* un argument.Que de fois ne nous a-t-on corné dans les oreilles : \"L'intérêt de notre commerce exige que notre maison et nos produits aient des noms anglais.Passer pour un établissement français c'est nous condamner à végéter. 372 l'action française Nous ne serions encouragés ni des Anglais ni même de nos compatriotes de la haute société.Ils veulent des produits de qualité.Ils iront ailleurs.\" Eh bien! quoiqu'en disent ces défaitistes, ceux qu'ils appellent \"de la haute\", et beaucoup d'Anglais avec eux, ont pris le chemin de la Pâtisserie française.Et cette maison est actuellement la première du genre à Montréal, et même au Canada.Elle a bel et bien détrôné des maisons anglaises comme Joyce, Alexander, etc.qui possédaient autrefois la haute clientèle française.Mieux que cela: elle a dû, pour accommoder ses clients de langue anglaise ouvrir une succursale en plein Westmount! Les commis y sont sans doute , suivant notre excellente méthode, bilingues, c'est-à -dire qu'ils parlent la langue de leurs clients, mais la maison n'a changé ni son nom bien français ni ceux de ses produits, et les Westmountais et les Westmountaises, fussent-ils des plus pins, mordent à belles dents, avec une satisfaction qu'ils ne cherchent pas à cacher, dans les mille-feuilles, les babas au rhum et les nègres blancs ! De la théorie Nous devons donc à cette maison, aux jeunes à la pratique, et entreprenants Canadiens français qui en ont maintenant la direction, de sincères félicitations.Ils donnent à leurs compatriotes une belle leçon de fierté.et de succès.Leur attitude d'ailleurs n'est que .la mise en pratique des principes qu'ils ont toujours prêches.Nous sommes heureux de constater en passant que la confiserie est l'une des branches de l'industrie où ce patriotisme en action est le mieux pratiqué.La Maison Martineau et la Compagnie de Biscuits Aetna, par exemple, n'ont pas craint de s'imposer, il y a quelques années, d'assez fortes dépenses pour franciser leurs produits.11 reste encore cependant quelques maisons anglifiées.Et c'est ainsi qu'on pouvait voir dernièrement, le jour de la Sainte-Catherine, à côté des succulentes \"papillottes\" de Martineau, les Viau's chocolate kisses.Heureusement que les clients commencent à faire leur choix! Signalons aussi, avant de quitter ce sujet, le bilinguisme de quelques gros manufacturiers anglais.On trouve maintenant dans les boîtes de chocolat Neilson un avis dans les deux langues.La maison Laura Secord a, de son côté, des bonbonnières où toutes les inscriptions sont en français: Bonbons du bon vieux temps, Demeure de Laura, etc.etc. A TBAVERS LA VIE COURANTE 373 Pour La librairie Granger n'en est plus à ses débuts au ser- ies fêtes, vice de la langue française.Le patriotisme de son gérant actuel ne perd aucune occasion de se manifester.Si on rencontre encore sur ses comptoirs différents objets d'origine et d'inscription anglaise, c'est qu'il n'a pas été possible jusqu'ici de les remplacer, mais leur nombre diminue de jour en jour.Parmi les dernières innovations les cartes de fêtes et les calendriers méritent une mention spéciale.Vous pouvez maintenant souhaiter en français \"une bonne et heureuse année\", présenter vos \"meilleurs vÅ\u201cux\" offrir des \"souhaits sincères\".Ceci, on le sait, n'était pas chose facile naguère.Il n'était pas facile non plus de sortir, aux approches des fêtes, sans apercevoir quelque part ce vieillard aux allures grotesques, Sanla Claus.Les grands magasins qui l'employaient s'en sont débarrassés les uns après les autres.La plupart l'ont remplacé par le Bonhomme Noël.Il ne reste plus qu'une exception notable, la maison Paquet de Québec.Qu'est-ce qui la fait se singulariser ainsi et perpétuer un usage néfaste?Mystère.\"Sanla Claus, aurait dit un jour quelqu'un de la maison, mais c'est saint Nicolas.\" Alors, qu'on l'appelle donc de son vrai nom, et qu'on l'habille et le grime en conséquence! Maîtres Les avis des maîtres de poste tiennent une large place de poste dans nos dossiers.On nous en envoie de tout côté avec un mot de protestation.Le plus grand nombre nous vient des revues.Elles ont reçu une carte ou une feuille imprimée les avertissant que tel numéro de leur dernière livraison leur est retourné.L'avis signé par le maître de poste local, lequel porte habituellement un nom bien français â\u20ac\u201d il s'en trouve même un deâ\u20acžMontréal, qui s'orne de la particule â\u20ac\u201d est entièrement rédigé en anglais.Il existe cependant de ces avis en français.La faute serait donc imputable, non au ministère, mais à l'employé subalterne.Des cartes bilingues, il est vrai, feraient disparaître toute occasion d'erreur.Mais enfin quand on s'adresse à des revues qui s'appellent VAction française, le Canada français, la Revue trimestrielle, la Vie noxwelle, le Semeur, les Annales de N.-D.-du-Cap, etc.il semble que ces fautes répétées ne peuvent être attribuées à des distractions passagères.L'insouciance ou la mauvaise volonté sent en cause.Employés Dirons-nous la même chose des employés de de tramways tramays?Combien dans notre bonne ville de Montréal clament en anglais des noms français! On les torture même pour leur donner un accent étranger.Combien 374 l'action française vous jettent aux oreilles un next car, comme si de leur vie ils n'avaient parlé d'autre langue! C'est de la collaboration de tous â\u20ac\u201d nous l'avons maintes fois répété â\u20ac\u201d de l'effort persévérant du plus humble comme du plus puissant, que viendra notre salut.Les employés de tramways, nombreux et placés en évidence, ont un rôle important à remplir dans cette lutte de tous les instants.Puissent-ils ne pas l'oublier! Nous connaissons le patriotisme qui anime la plupart d'entre eux, à quelle forte discipline spirituelle un bon nombre, suivant l'exemple des voyageurs de commerce, se sont plies depuis quelques années, et comment ils les veulent imiter dans leur apostolat national et religieux, Mais n'ont-ils pas là , entre leurs mains, à tous les instants du jour, la plus belle occasion de se montrer français ?L'occasion aussi de proclamer publiquement quelle langue on parle dans la métropole du Canada?Qu'ils fassent donc résonner bien haut, tout le long de leur parcours, dans un accent bien français, les beaux noms de nos rues! Qu'ils demandent le prix du voyage et donnent les renseignements désirés dans une langue claire, correcte, courtoise! Et ainsi, plus que s'ils accomplissaient quelque grand coup d'éclat, ils auront mérité de leur race.Nous nous proposons d'ailleurs de dire bientôt à chacun d'eux, dans une communication personnelle, ce que nous attendons de leur patriotisme.Fières Les noms de nos rues! Ah! il n'y a pas malheureusement paroles Que 'es employés de tramways qui les massacrent.Beaucoup d'autres leur enlèvent leur caractère français et catholique.Un des membres les plus éminents de notre clergé, Mgr Richard, le dévoué curé de Verdun, protestait énergiquement, il y a quelques semaines, du haut de la chaire, contre cette manie barbare.\"Ce n'est pas la rue Claude, ou la rue Gertrude, ou la rue Church qu'il faut dire, s'exclamait-il de sa voix forte et vibrante d'émotion, c'est la rue St-Claude, la rue Ste-Gertrude, la rue de l'Ã\u2030glise.Oui, vous êtes français, n'est-ce pas, vous êtes catholiques, laissez donc à vos rues leurs beaux noms catholiques et français!\" Fières paroles où l'on reconnaît le son de la vaillante âme acadienne.Qu'on nous permette d'en rapprocher celles que vient de prononcer un autre fils de l'Acadie, l'intrépide archevêque de Saint-Boniface, Mgr Béliveau.C'était à la séance où furent couronnés les lauréats du concours de l'Association d'Ã\u2030ducation.M.l'abbé Sabourin y fit une de ces conférences remarquables dont il régale depuis quelques années les auditoires manitobains, puis Monseigneur félicita d'abord les élèves qui A TRAVERS LA VIE COURANTE 375 avaient concouru, puis l'Association d'Ã\u2030ducation pour son inlassable travail, et il termina par ces conseils: Souci \"Ce qui nous sauvera, c'est le souci du détail.du détail.D est à craindre que, dans la pratique, après avoir sauvegardé notre dignité par des revendications plus ou moins sonores, nous perdions les fruits précieux d'une lutte difficile.A quoi nous serviiait d'avoir un programme de français en marge de la loi, si nous laissons échapper d'un côté une partie des effets pratiques que nous retirons de l'autre ?Il ne faut pas que les plus grands perdent ce qu'acquièrent péniblement les petits.Je ne m'explique pas deux Canadiens français qui parlent anglais entre eux.Un tel état de choses nous fait perdre efficacement, ce que toutes nos associations liguées ensemble nous ont fait gagner sur un autre terrain.Les faits sont là .Une génération de Canadiens qui parlent anglais entre eux produira infailliblement une génération qui ne parlera plus français du tout.Il faut boucher cette fissure qui donne trop d'eau à la muraille de notre défense.Certaines raisons peuvent expliquer de semblables défaillances: il n'y en a aucune pour les justifier.Que les parents, les maîtres et les maîtresses exercent leur surveillance sur ce point avec patience, persévérance et dignité.\"Pour servir la cause du français, c'est un peu comme pour faire du bon café.Il faut commencer par \"en mettre\".Mettons donc du français partout où nous pouvons en mettre, sans manquer aux lois de la civilité et à nos intérêts: dans notre correspondance, nos enseignes, nos chèques, etc.En vingt-cinq ans, je ne crois pas avoir écrit trois chèques en anglais â\u20ac\u201d et j'en ai écrit beaucoupâ\u20ac\u201d et cependant il ne m'en a jamais été retourné un seul.\"Si tous posaient ces petits détails chaque jour, quelle masse imposante cela ferait en notre faveur! Après tout, notre vie ne se compose que de petits détails.Si nous ne nous attachons pas à ces petits détails, nous sommes perdus.\" Ainsi A ces paroles qui viennent si bien confirmer ce que soit-il.nous avons prêché ici, toute l'année, et même depuis le commencement de notre revue, nous ne pouvons que souhaiter d'être entendues et mises en pratique par tous nos compatriotes, ceux de l'Est, comme ceux de l'Ouest.C'est notre vÅ\u201cu pour l'an nouveau.Ainsi-soit-il! Ainsi-soit-il1 La Rédaction."]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.