L'Action française., 1 août 1924, Propos littéraire: la grande artiste
[" PROPOS LITTERAIRES lLA GRANDE ARTISTE\" par Fr.Paul CHARLAND, O.P.> J'aurais voulu parler cette fois-ci, aux lecteurs de l'\"Action française\", d'un certain roman français de date récente dont je pense assez de bien; j'en avais déjà commencé la lecture, et pour le liseur professionnel, n'est-ce pas, un beau livre commencé a bien des chances d'être parcouru jusqu'au bout.Mais le sort a voulu que me trouvant à Montréal, ce qui n'arrive plus que rarement, mon regard ait été attiré partout, je veux dire chez tous les libraires, par trois mots en rouge sur papier jaune-clair.\"La grande artiste\", disaient ces lettres majuscules, chez Déom, Faribault, Granger et Beauchemin ; et la librairie d'Action française me les jeta au visage à son tour comme j'avais \"la fortune\" d'y arriver en fin de jour.Comment ne pas m'emparer, d'un geste de millionnaire, du bouquin énigmatique, en disant par-dessus l'épaule: \"Débitez cela contre mon dépôt de cinq piastres!\" Ah! le dépôt de cinq piastres, que de pures joies il promet, comme il sait les tenir, et qu'elles durent peu longtemps!\" \"Veuillez avoir l'obligeance de renouveler votre dépôt de cinq piastres, qui est épuisé.\" Petite formule fatidique, à laquelle on s'attend toujours et qui ne se trompe jamais d'adresse, ni de date; n'importe, il n'est pas de chèque, des journalistes mêmes me l'assurent, que l'on remplisse, signe et timbre avec plus d'entrain 1 Nos lecteurs et surtout notre excellent collaborateur voudront nous pardonner de publier cet article quelque peu en retard.Mais l'Action Française a trop de bien depuis quelques mois; son portefeuille déborde effroyablement.Et elle ne loge que ce que peuvent tenir ses 64 pages.N.D.L.D. 82 l'action française et de bonne anticipation.O \"vieux Cinq\", devise précieuse et rare .mais ne troublons pas les mânes de Pindare.Oui, pardonnez-moi, monsieur le Directeur, mais je n'ai vraiment pas le coeur de discourir aujourd'hui de \"la Brière\" oii autres lieux profanes, après avoir badaude longuement â\u20ac\u201d et utilement â\u20ac\u201d en la compagnie du R.P.Paul Charland, des Frères Prêcheurs, qui ne prêche pas du tout, ou presque, et ne rêve, ne respire et ne parle que de ce que l'Eglise â\u20ac\u201d car c'est elle la \"grande artiste\" â\u20ac\u201d a inspiré de plus beau aux artistes de tous les temps.C'est du reste ce qu'exprime le sous-titre que j'aurais dû citer tout de suite: \"Ou le zèle artistique de l'Eglise.\" Voilà la thèse posée, et il faut avouer qu'elle inquiète un peu.Avons-nous là un plaidoyer de défense, et de quelle qualité sera l'éloquence du défenseur?La dernière page du recueil ne porte-elle pas le chiffre 398?Terrible soirée, qu'on doit passer à subir cette argumentation .Et pourtant, en tournant la dernière page, en reposant le livre nouveau de l'auteur très disert de \"Madame Sainte Anne\", cette oeuvre monumentale sertie et orfévrée comme par moine clunisien, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce que me disait un jour, à la suite d'un long pèlerinage d'Italie et de France, un homme excellent dont c'était la première tournée de ce genre: \"Vous l'aviez bien dit au départ: après un voyage semblable, on est non-seulement mieux renseigné, mais encore meilleur chrétien.\" Car ce qu'on apprend surtout en pèlerinage d'Europe, c'est l'oeuvre civilisatrice de l'Eglise au cours des siècles.Et c'est de cette oeuvre aussi que l'on prend une idée plus juste et plus complète encore en lisant à loisir, et non pas LA GRANDE ARTISTE 83 tout d'une traite pour de bonnes raisons, le travail extrêmement \"poussé\" et documenté que son auteur a brièvement dédié \"A la jeunesse canadienne - française\" ; jeunesse qu'il aime en bon prêtre et qu'il cherche à instruire en artiste, en connaisseur d'une information, d'un goût éclairé, d'une compétence quasi-universelle et qui laisse vraiment, franchement émerveillé l'humble pékin jadis ambulant qui a l'honneur de tracer ces lignes.* * * Croyez-moi, on pénètre avec respect et comme chapeau bas dans cette oeuvre, par le vestibule discret que lui fait son \"Avertissement\" de l'auteur ; lisez plutôt la citation qui lui brûlait les doigts depuis la première ligne: elle est de M.Gillet, maître aussi en art chrétien : \"Il y a, pour qui sait voir, plus d'histoire véritable dans le jet précieux ou désolé d'une draperie, dans le geste du Bambino collé au sein de la Madone.ou dans la pathétique silhouette d'un crucifix, qu'on n'en trouve dans les textes des traités officiels et dans les chartes des chancelleries.C'est dans de pareils signes, c'est dans cette mystérieuse et touchante écriture, que nos pères ont déposé le secret de leurs émotions et les mémoires de leurs coeur; c'est là qu'il faut chercher leurs meilleures confidences.\" \"Pour qui sait voir.\" Voilà toute la doctrine, presque, de l'oeuvre, et toute la devise en tout cas que l'on voudrait suggérer pour le voyage à ceux, les jeunes surtout, qui l'entreprendront en la compagnie si docte, et si alerte en même temps, de notre guide-auteur.Essayons de le laisser parler, sans cependant 84 l'action française cesser pour cela de le regarder travailler, pour notre bien et notre grand profit.Moins, toutefois, qu'un plaidoyer pro Ecclesia, ce livre est un récit, une revue-récapitulation des siècles écoulés, ou mieux encore une histoire de l'Art toujours protéfé par l'Eglise; et cette histoire est aussi attrayante qu'instructive, aussi complète qu'il était possible dans un cadre relativement restreint.Ouvrons-la au hasard, vers la page 60, où il est question des premières basiliques, \"qui s'élèvent alors (l'an 313) telles que d'immenses et superbes châsses sur les tombeaux de saint Pierre au Vatican, de saint Paul sur la voie d'Ostie, de saint Laurent sur la voie Tiburtine, de sainte Agnès sur la voie Nomentane, des saints Pierre et Marcellin sur la voie Lavicane.Ajoutez Sainte-Croix-de-Jérusalem, l'église d'Anastasie, construite au pied du Palatin, surtout la basilique de Latran, célèbre entre toutes.Ces églises sont enrichies de splen-dides décors, de vastes surfaces s'ornant maintenant de marbre et de stuc, de peintures et de mosaïques .L'orfèvrerie, à son tour, prodigue partout ses magnificences .Sans doute Saint-Pierre au Vatican (la première) dut être l'objet d'une attention particulière, et dépasser en somptuosité toutes les basiliques constantiniennes.On sait du moins qu'elle était entièrement décorée de mosaïques et de peintures.La façade de son atrium et sa grande façade, les parois des nefs, l'arc triomphal, l'abside étincelaient.Sur l'arc triomphal, le Christ avait à sa gauche saint Pierre, à sa droite Constantin qui lui offrait peut-être le nouvel édifice, comme semble l'insinuer l'inscription conservée: LA GRANDE ARTISTE 85 Quod duce te mundus surrezit in astra triumphant, Hanc Constantinus victor tibi condidit aulam.(Parce que sous ta main divine le monde s'est relevé dans un sublime triomphe, â\u20ac\u201d Constantin victorieux t'a bâti cette église.) Le P.Chaitrand ne limite pas là sa description de la première basilique vaticane, comme on voit à quelques pages plus loin (99) : \"La statue d'or du Christ, pesant soixante-dix-neuf livres ; les six grands anges d'argent doré, le bas-relief tout en or, du poids de deux cent vingt-une livres, où sont figurés le Christ, la sainte Vierge, saint Pierre, saint Paul, sainte Pétro-nille; le ciborium d'argent de deux mille livres, au-dessus du maître-autel; l'autel lui-même, entièrement.recouvert d'argent et d'or, tout le métal pesant trois cent cinquante livres ; en dessous, l'avenue conduisant à la Confession, pavée d'argent, bordée de colonnes torses et d'arcades en argent; les deux battants de la porte, en or avec des pierreries ; dans le baptistère, un bassin d'argent massif pesant trois mille livres ; un agneau d'or de trente livres; deux statues de grandeur naturelle, l'une du Sauveur, l'autre de saint Jean-Baptiste, en or, et d'un poids de cent soixante-dix livres chacune.Ce n'est pas tout, et nous nous reprendrons à rêver, à Sainte-Sophie de Constantinople, par exemple, puis à Saint-Marc de Venise .\" Cela fait rêver en effet, et presque se frotter rétrospectivement les yeux, mais cela fait aussi penser.et se demander dans quelles têtes vides a pu naître l'idée que le catholicisme aît jamais été antipathique à l'art, cette manifestation extérieure de l'effort humain de tous les temps vers plus de lumière et de beau- 86 l'action française té.Et c'est là une question qui se pose à l'esprit presque à chacune des pages de cette longue et chatoyante enumeration des chefs-d'oeuvre créés au long des âges par le génie associé à la piété, tour à tour naïve, savante et réfléchie.Car piété il y a eu, toujours et aux lieux parfois les plus inattendus, ainsi qu'en témoigne, pour un, l'ouvrage du P.Pargoire, \"l'Eglise byzantine de 527 à 847.\" \"Il n'est pas un genre de dévotion, ni même de mortification, y est-il dit, qui n'ait envahi la société laïque.La prière remplit de ses pratiques diverses la vie tout entière.La fidèle, on peut dire tous les fidèles, vont à l'offrande tous les matins, assistent à l'office choral de jour et de nuit â\u20ac\u201d un office très long â\u20ac\u201d au monastère voisin ; s'imposent trois carêmes par année, l'un de dix-huit jours avant la fête de Noël, l'autre de sept semaines avant Pâques, le troisième avant la fête des saints apôtres Pierre et Paul, plusieurs passant ces jours de pénitence dans la retraite, et quelques-uns dans un silence absolu.Ils aiment d'un amour immense la Panaghia (la Toute-Mainte, la Théotocos, (Mère de Dieu), la Sur-Sainte et plus que cela la Super-Immaculée, comme ils l'appellent toujours quand ils veulent résumer d'un mot tout ce que la Vierge est pour eux.Bref, depuis que Constantin lui a confié Byzance, la Panaghia est la reine de l'Empire.\" Et le P.Charland de conclure : \"En Orient comme en Occident, l'Eglise, par l'intermédiaire des empereurs de Constantinople, des évêques et des moines, a de tout coeur favorisé l'art, tous les arts, et cet art, étant donné le caractère de ses protecteurs et la piété du peuple, a été exclusivement religieux.\" LA GRANDE ARTISTE 87 Et quelle richesse invraisemblable dans l'ornementation de ces temples orientaux : \"Justinien bâtira (';à Constantinople, alors appelée Byzance) une église telle que le monde n'en a jamais vu et n'en verra jamais de semblable.Là , l'autel d'or pur repose sur quatre colonnes d'or où s'enchâssent des pierres précieuses ; le ciborium, l'architrave et les barrières de l'iconostase (barrière du choeur) sont d'argent.La sainte table est d'or avec incrustations de pierres fines et d'émaux.Le pourtour du sanctuaire est revêtu de plaques d'argent.L'ambon dressé vers le centre de l'édifice dépasse par sa somptuosité l'imagination.Au fond de l'abside, le trône du patriarche est en argent doré.Ainsi de suite pour l'église, et voici maintenant pour le mobilier liturgique, des chiffres fabuleux: six mille candélabres d'or, quarante-deux mille vases d'or, et quant à l'argent, selon Procope, en tout quarante mille livres pesant.\" \"Justinien a voulu dépasser Constantin ; Basile le Macédonien veut dépasser Justinien.La basilique du Saint-Sauveur est plutôt elle-même tout entière une pièce d'orfèvrerie : pavé tout entier en argent massif, travaillé au marteau et ciselé, murs revêtus d'épaisses feuilles d'argent damasquinées d'or avec d'innombrables pierres précieuses ; toutes les colonnes de la clôture en argent, les chapiteaux et les architraves en or pur.Bref, l'historien le dit: \"Toutes les ri chesses de l'Inde ont contribué à l'ornementation de ce sanctuaire ; le discours se refuse à les énumérer, comme aussi à décrire les vases sacrés de l'autel : la parole ne pouvant que rester au-dessous de l'objet, le mieux est de se taire.\" 88 l'action française Sage conclusion, que nous faisons nôtre incontinent.Les lignes qui précèdent ne révèlent encore que la première partie du recueil savant du P.Charland, celle qui touche aux premiers siècles de l'ère chrétienne ; mais l'auteur poursuit ses observations à travers le passé tout entier, faisant preuve d'une érudition artistique à peu près universelle.Sculpteurs.peintres, architectes, émailleurs, mosaïstes, qu'ils soient de France, d'Italie, du nord ou du midi, d'Anvers ou de Québec, tous y passent, disertement analysés, catalogués, placés nettement dans l'esprit et la mémoire du jeune lecteur auquel elles s'adressent surtout.Voyez ce qu'il dit de Murillo (p.264) : \"Murillo, né à Seville l'année où était promulgué pour l'Espagne le dogme de l'Immaculée Conception, l'homme aux moeurs graves et pures, le tertiaire franciscain comme Raphaël et Michel-Ange, alimente sa piété en figurant trente-deux fois, sans fatigue, toujours avec de nouvelles ressources d'élan, de lumière et d'ivresse, la douce vision de ses rêves, la Vierge immaculée.\" Et plus loin, citant l'abbé Mourret, le récent et estimé historien de l'Eglise: \"Quand le protestantisme attaquera les dogmes essentiels de la primauté de saint Pierre et de l'Eucharistie, c'est en contemplant les tableaux de ces grands maîtres (Raphaël, Michel-Ange, Léonard de Vinci) que le peuple entendra la réponse de l'histoire et de l'art tout à la fois.On a pu, au moyen d'une étude attentive, montrer comment les \"Chambres du Vatican\", par l'ensemble de leur décoration, ont constitué un argument nouveau en faveur de la divinité de l'Eglise.Pouvait-on, en effet, mieux met- LA GRANDE ARTISTE 89 tre en lumière le rôle social de l'Eucharistie que dans la Dispute du Saint-Sacrement?La Cène, de Léonard de Vinci, n'a-t-elle pas fait revivre, en le dramatisant aux yeux des peuples, le souvenir de la trahison de Judas?Etait-il possible de représenter d'une manière plus frappante toute une humanité, idéale et grandiose.se mêlant au sacrifice du salut que par l'admirable plafond de la Sixtine?\" Et cette autre citation, relative à la Sainte Vierge, de M.Emile Maie, de l'Institut : \"Il n'y a rien de plus touchant que de voir les peintres italiens du quinzième siècle faire hommage de leur jeune science à la Vierge portant l'Enfant dans ses bras.Ils l'asseoient sous un portique, dont les lignes fuient avec une irréprochable correction ; ils mettent sous ses pieds un bas-relief antique, suspendent au-dessus de sa tête une guirlande de fruits et de fleurs.L'offrande est parfois d'une grâce enfantine : c'est un citron avec ses feuilles, une branche de corail, un bouquet de cerises.La beauté, que les artistes poursuivent alors avec tant de ferveur, est un hommage de plus ; ils la répandent comme un aromate sur la tête de la Vierge, de l'Enfant, des saints et des saintes.\" Quelles autres citations donneraient une meilleure idée du charme délicat que l'on trouve en ce livre ?Il est vrai que ces dernières lignes ne sont pas de l'auteur lui-même et qu'il les a empruntées à d'autres pour mieux illustrer encore ses propres sentiments ; mais il les fait tellement siennes, et elles s'incorporent si aisément à sa propre pensée, à sa parole alerte, qu'elles deviennent partie intégrante de son oeuvre, et ne font que préciser le plaisir du lecteur.Du reste, le bon Père est modeste et n'hésite jamais à céder la pa- 90 l'action FRANÃ\u2021AISE role à autrui lorsqu'il rencontre une idée juste, une pensée éloquente.Et c'est un peu de l'histoire universelle qui se déroule ainsi sous nos yeux, l'histoire en images, et quelles images ! Quelles évocations, souvent enthousiastes ; voulez-vous entendre ce Canadien parler des artistes florentins du quatozzième siècle ?Remarquez avec quel amour il les évoque, et comme il aime jusqu'à leurs noms, leurs beaux noms sonores, doux comme un vin d'Orvieto dégusté sur quelque terrasse, à Fiesole ou Frascati.Ecoutons donc le P.Char-land nous parler de ses amis préférés : \"Ces bienheureux artistes (de Florence) ressemblent à la bienheureuse ville qu'ils habitent, à la bienheureuse nature qui les environne, et si l'on dit que \"le style c'est l'homme\", on pourrait également penser que le style, ici, c'est le pays.Encore à l'heure de ce renouveau dont nous parlions, ce sont les sculpteurs, c'est-à -dire pour l'instant Brunelleschi (1377-1446), Ghi-berti (1378-1455), Donatello (1386-1466), Leo-Bat-tista Alberti (1404-72), Mino da Fiesole (1431-1484), qui prennent l'initiative et façonnent les peintres, ceux-ci commençant presque toujours leur apprentissage dans un chantier d'architecte, un atelier de modeleur ou une boutique d'orfèvre.De là , chez eux, ces qualités sculpturales : précision des formes, netteté des contours, équilibre des masses, exactitude des modelés ; de là .une recherche, un amour très vif et très candide de la beauté, ou .de la réalité embellie par un idéal supérieur.\"Et que de noms, de jolis noms ! car l'Italie a mis jusque là de la suavité, de la mélancolie, encore de la beauté, toujours de la beauté : Gherardo Starnina, Lo renzo Monaco, fra Angelico, de son vrai nom, très l'action française 91 doux aussi, de Fra Giovanni da Fiesole : son frère, le miniaturiste, fra Benedetto ; Andrea del Castagno ; Paolo Uccello ; Filippo Lippi ; Benozzo Gozzoli, dis ciple de fra Angelico ; Piero della Francesca ; Baldo-vinetti ; Cosimo Rosselli ; Sandro Botticelli ; les deux Ghirlandajo, Domenico et Ridolfo ; Andrea del Sarto, et enfin â\u20ac\u201d car il convient de nous arrêter du moins un moment â\u20ac\u201d \"le divin Michel-Ange\" (1475-1564) ainsi qu'on l'appelait.\" Beaux noms en vérité, et nous en avons passé.moins experts que notre guide à faire sonner les douces syllabes italiennes, auxquelles il se complaît encore pendant des pages entières, pleines de révérence envers le Beau éternel, qu'elles ont pour mission de nous faire pressentir autant qu'il est possible à la parole humaine.* * Au chapitre des \"Ecoles d'art\", il était naturel que la France fût étudiée tout d'abord, et réminent critique n'y manque pas, non sans quelque amertume envers ceux qui prétendent que l'art religieux y est en décadence, pour ne pas dire davantage.\"La France est une enfant gâtée, dit le P.Chartrand.Comblée de tous les biens de tout temps, elle n'en a pas apprécié la valeur.Elle a ignoré ses primitifs, elle ignore ses artistes d'aujourd'hui .S'il est impossible d'émettre au sujet des artistes vivants des appréciations définitives .un humble pèlerin de la Nouvelle-France peut cependant, étant là -bas, trouver quelque mérite chez les mosaïstes du Rosaire de Lourdes et du Sacré-Coeur de Montmartre (nous voudrions ici que le Père n'eût pas omis les marbres byzantins d'une ligne savoureuse et noble que sont la chaire et le Banc d'oeuvre, de la 92 l'action française dite basilique de Montmartre et les fresques mariales si belles de Notre-Dame-des-Champs, par d'Aubert.) \"Non, continue-t-il cependant, le goût des sujets religieux, peints, gravés, ou sculptés, n'est pas mort en France, et l'abondance des oeuvres prouve bien partout la persistance d'un besoin populaire, encore le même aujourd'hui qu'au temps des primitifs, de Poussin, Le Sueur, Lebrun, Ingres, Flandrin .Non, l'art religieux n'est pas mort en France.Exprimer le divin, c'est là , sans doute, la difficulté, le secret, mais le secret se révèle à qui peut croire, espérer, aimer.Le secret du Beau, c'est le Bien et le Vrai ; le Vrai, le Bien et le Beau, c'est le Christ : \"Et l'homme extasié, frémissant jusqu'aux moelles, Devine, par éclairs, tous les cieux révélés, [voiles Quand l'âme dans son ombre et le Christ sous ses S'étreignent longuement comme deux exilés.\" Ces vers émus, qui terminent le chapitre sur la France, expriment, mieux que tout ce que nous pourrions dire encore, la pensée maîtresse de ce travail excellent d'initiation, nous dirions même de vulgarisation artistique, offert amicalement à nos générations studieuses.Tant par l'éruidition très grande dont il témoigne que par sa forme toujours soignée et souvent élégante, ce livre constitue, il nous semble, l'une des oeuvres les plus opportunes, les plus utiles qui aient été consacrées depuis longtemps à l'avancement intellectuel de la jeunesse canadienne-française, laquelle ne pourra manquer d'en faire avidement et largement son profit.Ernest BILODEAU."]
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