L'Action française., 1 avril 1927, Les étapes d'une fête nationale
[" LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE La fête de Bollard est vraiment une privilégiée.A peine vient-elle de naître que déjà on s'en dispute la paternité.Et comme si elle était la fille de parents inconnus, des âmes dévouées s'offrent à l'adopter exclusivement.Avant de permettre aux intéressés l'opération d'un geste illégitime, il convient d'esquisser la généalogie d'une reine aussi captivante.Or, pour jeter quelques rayons sur l'historique de la fête de.Dollard, il faut d'abord y distinguer trois étapes: Première étape: l'initiative du Monument Dollard.Deuxième étape: l'organisation de la «fête de Dollard » proprement dite et sa diffusion à travers le Canada français.Troisième étape : la manifestation publique à Montréal.Avant que la génération actuelle et celles de l'avenir commentent l'ingratitude de l'oubli, fixons à chacun son mérite.Cuique suum.Vers le « monument Dollard » L'idée d'honorer la mémoire de Dollard des Ormeaux et des seize compagnons est depuis jadis une vieille barbe.Les Eclations des Jésuites de l'époque ajoutent ce voeu au récit de l'exploit: «Il faut ici donner la gloire à ces dix-sept français de Montréal et honorer leurs cendres d'un éloge qui leur est dû avec justice et que nous ne pouvons leur refuser sans ingratitude.» 244 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE En 1865, l'abbé Faillon, renouvelant le récit de l'héroïque combat, après ceux de M.de Belmont et de Dol-lier de Casson, exprime « le voeu de voir élever un jour, dans la cité de Ville-Marie, un monument splen-dide qui rappelât d'âge en âge, avec les noms des dix-sept braves, l'héroïque action du Long-Sault.» Hélas, il faut attendre 1910, 250 ans après l'accomplissement de l'exploit du Long-Sault, pour applaudir à un nouveau geste de reconnaissance Et détail singulier, le premier, en 1910, à lancer l'idée de commémorer dignement le 250e anniversaire de Dollard, est un anglophone justement estimé des nôtres, M.J.-C.Walsh.alors rédacteur en chef au Herald.L'idée fit son chemin rapidement puisque, dès le 16 mai 1910, le Devoir pouvait annoncer la formation d'un Comité Dollard ainsi composé : MM.Dr J.-E.Dubé, Elie Asselin, J.-B.Lagacé, abbé J.Melançon, abbé Philippe Perrier, abbé A.Deschamps, J.-C.Walsh, J.Bourgouin, G.-A.Marsan, M.Lacerte, L.-J.Rivest, Montarville Boucher de la Bruère, V.-E.Beaupré, Joseph Dumais, Dr S.Boucher, Philippe Hébert, Henri Hébert, Adrien Hébert et Emile Vaillan-court.Ces deux derniers agissant comme secrétaires-conjoints.(Liste de noms fournis par M.Aegidius Pau-teux, dans son introduction à la brochure de M.Massi-cotte, Dollard des Ormeaux.) Le 17 mai, ce comité annonce que la date de la première célébration publique du 250e anniversaire de l'exploit de Dollard vient d'être fixée au 29 mai 1910.1 i On ne saurait propager l'idée que ce sont lea jeunes gens de Montréal qui furent les premiers à commémorer le deux cent cinquantième anniversaire de la mort de Dollard dans une réunion du 22 mai 1910, à la salle du Gésu.Ce n'est qu'à l'occa- LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE 245 Comme on peut bien le deviner, ce Comité formé le 16 mai pour organiser une célébration fixée au 29, eut fort à faire pour assurer le succès de son entreprise.Le dévouement et l'activité suppléèrent à la brièveté du délai.Invitations sur invitations furent lancées ; le Devoir appuya largement la campagne; l'A.C.J.C.profita d'une réunion de ses groupes régionaux pour les presser de se joindre au mouvement : quelques Institutions d'Enseignement adhérèrent.Finalement le 24 mai, le Comité pouvait annoncer le programme officiel suivant : lo Cérémonie religieuse à l'Eglise Notre-Dame, à 3 heures de l'après-midi, sous la présidence de Mgr l'archevêque de Montréal; 2o Déposition au pied du Monument Maisonneuve, d'une couronne offerte par le Comité d'organisation; 3o Discours de Sa Grandeur Mgr Bruchesi, de l'honorable J.Décarie, secrétaire-provincial, de l'abbé J.Melançon, de MM.John Boyd et Henri Bourassa ; 4o Au Monument National, le même soir, conférence de M.Joseph Dumais sur « Dollard des Ormeaux et les héros de 1660 ».Programme musical approprié.sion d'une séance au Gésu que la jeunesse organisée de Montréal a évoqué la mémoire de Dollard et invité ses Cercles à participer à la manifestation proprement dite du 29 mai.Un rapport paru dans le Devoir du 23 mai laisse clairement entendre que cette réunion n 'avait pas pour fin spéciale la commémoration du 250e anniversaire de l'exploit de Dollard.Tout au plus les organisateurs surent-ils profiter de ce ralliement pour préparer la première célébration proprement dite du 29, à la Place d 'Armes.Il nous semble juste d'admettre que l'initiative de la première manifestation publique à la mémoire de Dollard revient, de droit historique, au groupe d'adultes constitué en comité d 'organisation dès le 16 mai 1910. 246 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE Il serait trop long d'évoquer cette manifestation grandiose.Retenons cependant qu'une foule évaluée à 20,000 personnes s'était groupée à la Place d'Armes, que plus de 30 groupes nationaux et sociaux de langue française étaient représentés et que l'élément anglais avait même fourni son contingent.L'enthousiasme semblait donc général.Aussi, devant les voeux pressants de la population montréalaise, le Comité de l'organisation du 250e anniversaire devint-il aussitôt le Comité du Monument Dol-lard.Dèe le lendemain de la fête (le 30), le Devoir ouvrant la souscription pour l'érection de ce monument par un don de cent dollars et l'offre généreuse de ses colonnes, propose à l'A.C.J.C.de recueillir les souscriptions.Le 31 mai 1910, le Devoir publiant une longue liste d'adhésion issues des milieux les plus divers, annonce que « l'A.C.J.C, s'est déjà mise à l'oeuvre ».Le 1er juin, l'A.C.J.C.annonce la formation de son Comité d'organisation.MM.le Dr G.-H.Baril, Gustave Monet, Elzéar Lavergne, Guy et Anatole Vanier, et Henri La-certe, sont membres de ce Comité.Le 2 juin, enfin, le même journal annonce la formation d'un « Comité général » pour assurer le plein succès de la souscription.M.Emile Vaillancourt est choisi comme secrétaire.Le 6 et le 7 juin, la Presse et la Patrie le Canada et le Herald offrent aussi leur participation pour la cueillette des souscriptions.Ainsi appuyée et assurée de la sympathie générale, l'entreprise marche rapidement de l'avant.Le 1er juillet, le montant dépasse $4,000,00.Les souscriptions s'adressant tantôt à l'A.C.J.C, tantôt à M.Vaillan- LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE 247 court, secrétaire du Comité général du Monument, tantôt au Devoir lui-même.Sensiblement interrompue par les préparatifs et la tenue de l'inoubliable Congrès Eucharistique, la souscription reprend son cours, vers la fin de septembre, avec beaucoup moins d'ardeur, il va sans dire.Néanmoins, le 1er janvier 1911, le Comité du Monument annonce qu'il a perçu environ $8,000.00.Avec le retour du printemps, le mouvement un peu somnolent est remis en train par le Comité général qui convie cette fois toute la jeunesse scolaire de Montréal à célébrer la mémoire de Dollard.La date de cette grandiose manifestation devant réunir 50,000 enfants au pied du Monument Maisonneuve, est fixée au 22 mai.M.J.-B.Lagacé et Emile Vaillancourt semblent constituer l'âme de l'organisation.50,000 à 60,000 enveloppes sont distribuées aux écoliers de Montréal dans le dessein d'y faire inclure leurs oboles.Le retour de ces enveloppes devait s'effectuer en groupe à l'occasion de la manifestation du 22.- Malheureusement, un violent orage électrique éclatant à 3 heures p.m., rend impossible la manifestation de la jeunesse étudiante.Le Comité du Monument décide de remettre la fête à l'année suivante, se consolant d'avoir atteint le but financier de l'organisation.Or, l'année suivante (1912),pour des motifs que nous ignorons, la fête n'eut pas lieu.Seul le Comité du Monument, par son secrétaire.M.Emile Vaillancourt.songea le 22 mai à célébrer le 252e anniversaire de la mort de 2 Stimulée par l'exemple de Montréal, la jeunesse étudiante des Trois-Rivières organisa, cette même année, une fête magnifique en l'honneur des 17 braves du Long Sault.Le succès complet couronna ses efforts. 248 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE Dollard, en déposant une couronne à la Place d'Armes.Notons aussi que le Cercle Pie X de l'A.C.J.C, organisa dans certaines parties de la ville, les 22, 23 et 24 mai, une parade de chars allégoriques représentant Dollard et ses compagnons en costumes du temps.Ajoutons que le dessein avoué de cette procession était la cueillette de fonds pour l'érection du monument.A cette fin, « une légion de camarades » qui suivaient les chars allégoriques sollicitaient l'aumône des curieux qui bordaient les rues.En 1913, l'oubli fut encore plus général.Le Comité du Monument, néanmoins, répétant son offrande de couronnes, annonça, à cette époque, la généreuse souscription de $5,000.00, du gouvernement fédéral, pour l'érection d'un monument à Dollard, somme que l'on devait à l'intervention du ministre de la Justice, l'honorable J.-C.Doherty.La souscription, affirme encore le même Comité, est pratiquement close.Il n'attend plus que l'offrande du gouvernement provincial, déjà promise d'ailleurs par le premier ministre, pour commencer l'érection du monument.La souscription totale se chiffre à vingt mille dollars.Ce succès justifie le Comité du Monument de hâter la réalisation de son projet.Aussi, dans le cours de l'année 1913, lance-t-il un concours de sculpture dont le résultat serait dévoilé le 1er septembre 1914.On caresse même l'espoir d'inaugurer le monument aux braves du Long-Sault le 22 mai 1916.3 3 Le Comité du monument Dollard ne fut donc pas formé qu 'à l'heure où « la souscription populaire eut donné à peu près son rendement », c 'est-à -dire en 1913.Nous avons établi que ce Comité du monument Dollard fonctionnait déjà depuis le 2 juin 1910 et LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE 249 Mais le Comité n'avait guère compté avec la Grande Guerre, déclanchée en 1914.Cette tourmente explique sans doute l'absence complète de manifestations qui marque les années 1914, 1915, 1916 et 1917.Il faut donc attendre au 24 juin 1920 pour voir se réaliser le projet lancé dès 1910.L'inauguration du monument eut lieu, le jour de la fête nationale des Canadiens français, au Parc Lafon-taine, endroit magnifique pour rappeler Dollard au souvenir des Montréalais.Une grandiose cérémonie nous a rendu cette fête inoubliable.Le Consul de France, M.Marcel de Verneuil, présidait le dévoilement.Dix sept marins de l'aviso « Ville d'Ys » montaient une garde d'honneur autour du monument.Au-delà de quarante représentants officiels étaient groupées sur l'estrade, autour de laquelle se pressait une foule de 25,000 personnes.On a évalué à $2,000.00 l'offrande des couronnes de fleurs qui décorèrent rapidement les gradins du monument.Ce succès marqua le couronnement du magnifique hommage d'un peuple à la mémoire de son héros le plus vaillant.La « fête de Dollard » et sa diffusion Comme on a dû le constater, le mérite de l'érection du « Monument Dollard » est bien partagé.Trois principaux groupes peuvent en réclamer une avait, bous ce nom particulier, recueilli publiquement des souscriptions depuis trois ans en collaboration ouverte avec l'A.C.J.C.et le Devoir.Serait-il juste aujourd'hui de donner au Comité du monument Dollard figure de poussin en mal d 'extorquer l'oeuvre accomplie par les énergies d'autrui? 250 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE large part: le Comité du Monument, tout d'abord, l'A.C.J.C.et le journal Le Devoir.L'initiative de la « fête de Dollard » du 24 mai et en particulier sa diffusion à travers le Canada français, jusque dans les centres franco-américains, relèvent d'une paternité moins compliquée.En effet, c'est à la Ligue d'Action française que l'on doit, en 1918, d'avoir ressuscité la célébration publique de l'anniversaire de la mort héroïque des braves du Long-Sault.Depuis 1910, on n'avait pu répéter ce geste de reconnaissance nationale, avec une ampleur satisfaisante.M.l'abbé Lionel Groulx dans l'Action française de mai 1918, annonçait ainsi l'heureuse initiative.« Il y a huit ans passés nos jeunes gens ont voulu se ressouvenir et ils ont préparé du bronze pour leurs glorieux frères de 16G0.Mais qui parmi nous est allé revoir le théâtre du combat?.A l'Action française nous voulons que cet oubli prenne fin et que soit réparée cette trop longue indifférence.» Et souhaitant qu'après eux « les grandes foules se mettent en route vers le Long-Sault », il ajoute : « Il faudra qu'un jour sur ce carré de sol acheté et consacré, se dresse, face à l'Outaouais, la Statue de Dollard.Et pourquoi ne le dirais-je pas?Je vois venir le jour où, au pied de ce monument, pendant que se relèveront toutes les espérances, les jeunes gens du Canada-français viendront prêter leur serment à la patrie.» Ajoutons que l'Action française exécuta son entreprise avec une rare maîtrise.Tel que promis, elle organisa le 24 mai 1918, le premier pèlerinage à Carillon, « accompli dans le recueillement et à l'endroit même des exploits de Dollard et de ses compagnons.» « Une cen- LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE 251 taine de pèlerins, représentants de la Société Saint-Jean-Baptiste, de la Société Historique, de l'A.C.J.C, des directeurs de la Ligue d'Action française, des professionnels, des artisans, des prêtres, des écrivains, des vieux venus se remémorer, des jeunes venus s'instruire, firent l'inoubliable voyage.» (Nap.Tellier, Almanack de la langiie française, p.45, année 1919.) Désormais, le 24 mai deviendra « la journée de Dollar d ».La « fête de Dollard » entrera pour longtemps dans les moeurs canadiennes-françaises.Dès janvier 1919, en effet, M.l'abbé Groulx donnait sa belle conférence « Si Dollard revenait » que l'Action française s'empressa de diffuser par milliers aux quatre coins de l'Amérique française.L'année 1919 devait marquer un succès tout à fait original.L'organisation d'un deuxième pèlerinage à Cari lion,par V Action française fut marquée, cette fois, par le dévoilement du premier monument élevé à la gloire de Dollard, avec les fonds généreux fraîchement recueillis par le « Comité du Monument ».Selon le désir de VAction française, le Comité du Monument jugea possible le partage des vingt mille dollars perçus, et réservant, il va sans dire, la grosse part pour l'oeuvre principale du Monument qu'on allait ériger en 1920, au Parc Lafontaine, il consentit à l'érection d'un monument à Carillon.Oeuvre du sculpteur Laliberté, ce monument s'élève à cent pieds de l'Outaouais, sur un terrain gracieusement offert par la fabrique de Carillon.L'inauguration solennelle eut lieu dans l'après-midi du 24 mai 1919.Les orateurs suivants exaltèrent l'épopée du Long-Sault: MM.les abbés Lionel Groulx, Ver- 252 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE ner, curé de Carillon, Brophy, curé de Saint-Agnès, représentant l'élément irlandais, M.de Clerval, attaché au Consulat de France, M.Victor Morin, président de la Société Historique de Montréal, et un représentant du gouvernement provincial.Plusieurs élèves du Collège de Rigaud s'étaient joints aux pèlerins, ajoutant à cet atmosphère de lyrisme les notes épiques de leur fanfare.h'Action française pour populariser le souvenir avait eu le soin de distribuer une médaille à l'effigie de Dol-lard.L'impulsion donnée ne devait pas se borner là .Le 6 mai 1920, un Comité des fêtes de Dollard est formé, et, sous l'inspiration personnelle de l'abbé Lionel Groulx, ce comité lance « un appel aux Canadiens français » .L'appel, rédigé par l'abbé Groulx, s'adresse à toutes les classes et tend à consacrer de plus en plus, la journée du 24 mai, à la « Fête de Dollard ».Outre l'invitation de se joindre au pèlerinage de « l'Action française » à Carillon, on insiste pour « que partout l'on pavoise; que partout en hommage aux héros l'on épingle à sa boutonnière, fleur naturelle ou fleur artificielle, la rose rouge des martyrs.» « Que nos compatriotes, ajoute le communiqué, décident de le vouloir.Et désormais il y aura dans notre vie une fête du 24 mai qui s'appellera « la fête de Dollard.» L'abbé Groulx dans l'Action française du mois d'avril 1920, avait déjà formulé le voeu suivant: « Il faut que la fête devienne universelle, qu'elle entre si bien dans nos habitudes et nos traditions que le 24 mai ne s'appelle plus dans l'Amérique française, que « la fête de Dollard ». LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE 253 Le 11, le 12, le 14 et 17 mai 1920, le « Comité des fêtes de Dollard » se fait un devoir d'enregistrer l'adhésion absolue de l'Association catholique des Voyageurs de Commerce, de la Société Saint-Jean-Baptiste, de la Ligue d'Action française, des Syndicats Catholiques et nationaux.Tous se rallient au voeu exprimé, à savoir: consacrer le 24 mai de chaque année à célébrer la gloire de Dollard.Le 22 mai, l'A.C.J.C.adhère avec empressement au « Comité des fêtes de Dollard ».Et rappelant qu'elle fut naguère membre du « Comité du monument », et collaboratrice à l'organisation de la souscription publique, elle répond à l'appel du « Comité des fêtes de Dollard » par un « Oui, je le veux » qui lui fait honneur.Le 24 mai 1920 s'accomplit le troisième pèlerinage de « l'Action française » à Carillon, réunissant au-delà de 400 personnes.Détail significatif: tous les assistants portent la «Rose de Dollard» dont l'idée a été lancée par l'abbé Groulx, en 1919, lors d'une réunion de nos diverses Société nationales.C 'est lui qui en a fait agréer le modèle ; et l'on insiste pour que « l'Action française » assume les risques de la fabrication et la propagande.Au pied du monument, plusieurs voix s'unissent dans un hymne à la louange de Dollard.Notons les discours de MM.l'abbé Groulx, abbé Ph.Perrier, abbé J.-G.Décary, curé, M.Adélard Leduc, représentant de la société Saint-Jean-Baptiste, M.J.-C.Martineau de l'A.C.J.C, M.J.-Arthur Giard de l'A.C.V.C, le Dr Prince, le Dr Gauvreau.Les élèves du Collège de Saint-Joseph d'Haw-kesbury accompagnés de leur fanfare étaient venus se joindre à la manifestation.(Le Devoir, page 2, le 25 mai 1920.) 254 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE L'appel du « Comité des fêtes de Dollard » eut ses échos efficaces en plusieurs endroits, en particulier à Ottawa et à Québec où l'on adhère à l'heureuse idée de consacrer désormais le 24 mai à commémorer ouvertement l'exploit de Dollard.On organise dans ces villes une manifestation publique.Rappelons aussi que c'est au printemps de 1920 que «l'Action française» «pour répandre la connaissance des faits héroïques de 1660, pour populariser davantage encore le souvenir des martyrs » ajoute à la brochurette populaire de l'abbé Groulx, «Si Dollard revenait», le récit complet de l'historien Faillon sous le titre « L'exploit de Dollard » et qu 'elle lance la propagande intense d'une rose artificielle rouge, emblème du martyr, dite « Rose de Dollard » (Cette rose est même enregistrée à Ottawa, nom et article avec droits réservés, de façon à conserver l'uniformité du type).Dès 1920.« l'Action française » incarne tellement, aux yeux du public canadien-français, le mouvement de la « Fête de Dollard » que c'est à son bureau que s'amoncellent les rapports des manifestations organisées ici et là au Canada français.Dans la revue d'octobre 1920, l'abbé Groulx résume « la liasse de lettres » ainsi reçues : « Il y en a du collège d'Edmonton, de Saint-Boniface, d'Aca-die ; il en est même des Etats-Unis, du Collège franco-américain de Worcester, de l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique.» L'abbé Groulx termjne par cette conclusion enthousiaste « La partie est donc gagnée.Nous voulions une fête de Dollard.Nous pouvons la croire à jamais fondée .L'important est que la jeunesse le veuille.Et elle le veut.» L'activité des années suivantes prouvera que c'est bien « l'Action française » qui a implanté la LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE ifÃ\u201dÃ\u201d « Fête de Dollard » dans nos moeurs et en demeure la principale propagandiste à travers le pays.En effet, 1921 devait s'honorer d'un nouveau succès patriotique.« L'Action française, » le 11 mai, annonce que la « fête de Dollard » sera célébrée « d'un bout à l'autre du Canada » et dans tous les centres importants de la Nouvelle-Angleterre.Elle invite le public à son pèlerinage annuel à Carillon où une manifestation régionale est organisée par M.le Curé Décarie.On organise sous ses auspices, la première « Veille des Armes », le 23 mai, à l'église Notre-Dame.C'est le R.P.Adélard Du-gré qui prononce l'allocution de circonstance.C'est aussi en 1921, que «l'Action française» dans son ardeur à répandre la « fête de Dollard » par « toute l'Amérique française pour rehausser notre race vers le sentiment de sa personnalité», annonce au public ses nouvelles initiatives.Outre la diffusion de sa « Rose de Dollard » dans les principales villes de la province, les maisons d'éducation et les plus modestes écoles rurales, elle a suscité l'organisation de séances en l'honneur de Dollard dans nos collèges classiques et commerciaux; elle met sur le marché, à des prix populaires, un « buste de Dollard » de Laliberté pour que « le sublime héros préside aux réunions nationales » ; elle entreprend la distribution à travers le pays de 500,000 « timbres de Dollard » et de dix mille brochures de « l'Exploit de Dollard » par Paillon.A l'avenir, non seulement elle augmentera la propagande déjà lancée : « Rose de Dollard », buste de Dollard, timbres de Dollard, mais on ajoutera du nouveau.Ainsi, en 1922, diffusion d'une étude destinée à la jeunesse, le « Dollard » de Joyberte Soulanges.En 1923, nouvelle brochure historique sur «Les trois com- 256 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE bats du Long-Sault », par Arthur Guindon, p.s.s.; diffusion de « l'Acte de décès de Dollard », du « Calendrier de Dollard », cartes postales de Dollard, cartes à correspondance de Dollard, avec médaillon du héros et mots d'ordre appropriés.Entre temps, « l'Action française » ne néglige pas son traditionnel pèlerinage à Carillon.En 1921, précédé comme en 1920,d'une «Veille des Armes» à Notre-Dame, le pèlerinage remporte un fier succès: un évêque, Mgr Brunet, deux députés, MM.Arthur Sauvé et Amédée Monet, et plus de 3,000 patriotes du Québec et de l'Ontario, y participent.Comme en 1920, elle continue à recevoir un flot de rapports qui lui font écrire cette déclaration optimiste : « Ce fut un triomphe ».En effet, de grandes célébrations publiques ont eu lieu à Québec, à Lévis, à Ottawa, à Chicoutimi, à Saint-Boniface, à Woon-socket, et des célébrations intimes dans les collèges et les couvents, dans les communautés religieuses et jusque dans les petites écoles des rangs, etc., etc.Un fait se dégage des rapports rejus,ajoute le chroniquier de la revue, c'est « qu'une littérature Dollard est en train de se créer tout comme s'est créée une littérature Jeanne d'Arc».Les initiatives répétées de « l'Action française » y auront contribué largement.A la « fête de Dollard » rien ne devait manquer, pas même les critiques des grincheux.« Dollard va éclipser le patron chrétien, Saint-Jean-Baptiste », s'écrièrent soudain « les sages à barbe fleurie ».Toujours prête à toutes les fonctions, « l'Action française » riposte avec maîtrise.Les pages noblement empreintes d'indignation que l'abbé Lionel Groulx écrit dans la revue d'avril 1922 sont à lire en entier. LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE 257 Cet incident n'arrête point l'élan unanime de la reconnaissance nationale.Aussi, le 24 mai 1922, l'Action française peut répéter avec succès et sa « Veille des Armes » et son 5ème pèlerinage à Carillon.Sa chronique raconte de nouveau l'universalité des manifestations patriotiques et religieuses à la gloire de Dollard.En avril 1923, dans son «mot d'ordre» l'Action française maintient son voeu tenace : « Dollard est le héros qui appartient à toute la famille française de l'Amérique.Il incarne les meilleures de nos vertus ethniques.Faisons du 24 mai la « fête de la race ».Allons les jeunes, fêtons partout Dollard ! » Les célébrations du 24 mai lui permettent d'affirmer que son désir s'incarne de plus en plus en expressions originales.Un geste, en particulier, vaut d'être souligné: «l'entrée de Dollard dans la parlement de la nation.» C'est au comité régional de l'A.C.J.C.à Ottawa, que revient l'initiative et le mérite de l'organisation.M.Joseph Blain, président général de l'A.C.J.C.offre donc un bronze de Dollard à M.Rodolphe Lemieux, représentant officiel, (pour la circonstance) du parlement Canadien.L'année suivante, (1924), grâce à l'initiative du Comité régional de l'A.C.J.C, Québec avait l'honneur d'ouvrir, lui aussi, les portes de son parlement à l'héroïque sauveur de la Patrie.«L'Action française» suscite de nouvelles initiatives.Dès le mois de mars 1924, elle répand partout une pièce à grand spectacle, « A la gloire de Dollard » par l'abbé Julien Perrin.Cette pièce constitue un auxiliaire précieux pour ceux qui veulent manifester en plein air.Le 23 avril 1924, le groupe universitaire d'Action française installe un buste de Dollard à l'Université de Montréal. 258 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE Mgr Piette, M.de Vitrolles, Sir Lomer Gouin, M.Charles Duquette et Jean Bruchesi expriment tour à tour leur admiration pour Dollard.Le 23 mai,la «Veille des Armes» a lieu à l'église Saint-Henri, organisée par le cercle paroissial de l'A.C.J.C.sous les auspices de « l'Action française.» Le lendemain, « l'Action française » est empêchée d'organiser son sixième pèlerinage à Carillon, par la fête du « Grand prix d'Action française » qu'elle attribue publiquement le soir du 24 mai, à Montréal, dans la salle de l'Immaculée-Conception.L'année 1924, en général, ne cède guère le pas aux précédentes.Il faut lire la chronique de notre revue du mois de juin pour voir l'ampleur qu'acquiert le mouvement.Et nous arrivons aux souvenirs d'hier.En 1925, la « Veille des Armes » a lieu dans la paroisse de Saint-Edouard, organisée sous les auspices de « l'Action française », par le cercle Charlebois de l'A.C.J.C.Le 24 mai tombant un dimanche, le pèlerinage annuel au Long-Sault est plus difficile à organiser.Cependant, la Ligue d'Action française se rend quand même déposer ses hommages au pied du petit monument.Partout l'élan marque un nouveau triomphe.A Boston, à Edmonton, à Saint-Boniface, à Ottawa, à Valleyfield, à Notre-Dame-du-Lac, où l'on joue en plein air la pièce « Gloire à Dollard » de l'abbé Perrin, à Saint-Romuald, à Thetford-les-Mines, à Sainte-Anne de Beaupré, à Sainte-Anne de la Pocatière, à Québec et à Montréal, où les succès sont plus consolants que jamais, dans toute l'Amérique française le voeu de l'abbé Groulx se réalise: le 24 mai, jour de la « fête de Dollard », s'installe dans notre vie nationale et devient la « fête de la race ». LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE 259 C'est aussi en 1925 que l'Action française, rappelant son geste de l'année précédente, par lequel « elle priait notre Commission des monuments historiques de reconstruire au Long-Sault le fort de 1660, » invite toutes nos sociétés nationales à appuyer le voeu.« Cette silhouette, dit-elle, disparue de nos horizons, ajouterait joliment au décor historique du Long-Sault, et par cette fièvre de tourisme qui nous envahit, ferait une attraction de plus à l'un des beaux coins de notre pays.» Enfin nous avons encore tous à la mémoire les célébrations de l'an dernier.Selon la coutume établie, les rapports sont parvenus nombreux à l'a Action française ».Dans la revue de juin 1926, M.Hennas Bastien se charge de les résumer.Echos vibrants de toute l'Amérique française se réunissent: Manchester, Salem, Edmonton, Saint-Boniface, Ford City, Windsor, Québec, Juliette, Thetford-les-Mines, la Baie Saint-Paul, et Montréal se tendent la main, le 24 mai, dans un même geste d'exaltation à la gloire des héros de 1660.Partout l'on répète: «la fête de Dollard, le 24 mai, est définitivement entrée dans les moeurs de notre peuple, c'est « la fête de la race ».Les manifestations publiques à Montréal La troisième étape que nous avons distinguée dès le début, c 'est « la manifestation publique à Montréal » en l'honneur de Dollard.Depuis 1921, cette manifestation qui consiste à rallier la jeunesse de Montréal au pied du Monument Dollard au parc Lafontaine, est l'oeuvre exclusive du Comité Régional de l'A.C.J.C.Chaque année, depuis six 2CU L'ACTION FRANÃ\u2021AISE ans, l'A.C.J.C.a rempli fidèlement et avec succès sa fonction.La jeunesse scolaire, les diverses sociétés nationales et le public sont invités à déposer des fleurs au pied du Monument et à écouter le récit de l'héroïque combat du Long-Sault.Dans son numéro d'avril 1926, « l'Action française » élaborait quelques projets de fête.Elle les adressa à la jeunesse de Montréal: « La jeunesse de Montréal nous permettra-t-elle de lui proposer deux manifestations?Il nous semble qu'elle devrait, cette année, aller porter un grand buste de Dollard à l'Hôtel-de-ville.S'il est un lieu où Dollard a droit à des honneurs, c 'est bien « au coeur de la ville qu'il a jadis sauvée.» « Avec la permission des autorités de Notre-Dame, que la jeunesse de Montréal ne reprend-elle aussi la « Veille des Armes » à la vieille église-mère ?» La jeunesse n'ayant pas jugé à propos d'accepter ces propositions, la « Ligue d'Action française » prit sur elle de réorganiser le « Comité de la fête de Dollard », composé des représentants de nos diverses sociétés nationales: en particulier la Société Saint-Jean-Baptiste, les Syndicats catholiques et Nationaux, la Commission Scolaire catholique de Montréal.La « Veille des Armes » et la présentation du buste de Dollard à l'IIôtel-de-ville, grâce à ce «Comité de la fête de Dollard » fuient couronnées d'un plein succès.Malheureusement cette manifestation et celle de l'A.C.J.C.au monument du Parc Lafon-taine s'étant déroulées aux mêmes heures, quelques ennuies surgirent que l'on se promit d'éviter à l'avenir.Dès le début d'avril 1927, le « Comité de la fête de Dollard », (qui, retenons-le, n'est pas une nouveauté, ni LES Ã\u2030TAPES D'UNE FÊTE NATIONALE 261 un comité d'initiative s,mais un simple comité de liaison), invita nos diverses sociétés nationales à se réunir de nouveau pour préparer à Dollard une manifestation harmonieuse, où chaque groupe conservant son entière autonomie et le plein mérite de ses entreprises, pourrait s'entendre pour la coordination des divers programmes.Le « Comité de la fête de Dollard » n'a qu'une seule fin: permettre à toutes les énergies de la race, quelles qu'elles soient, de se réunir en un faisceau bien ordonné, pour que le 24 mai, de Ville-Marie, ne s'élève qu'un cri de reconnaissance : « Vive Dollard des Ormeaux ! l'immortel Sauveur du Canada français ! » Que la jeunesse joigne, chaque année, sa voix de plus en plus ardente à ce concert sacré de la reconnaissance de tout un peuple, ce fut, c'est encore et ce sera toujours, notre voeu le plus sincère.Qu'elle réalise enfin ce voeu que l'on vient de lui rappeler: «Sois assurée (0 ma Patrie) que nous suivrons toujours le droit chemin, que nous serons toujours unis, que nous serons toujours prêts à te défendre et à couvrir ton drapeau de notre corps.» C'est avec cet idéal que nous avons nous-mêmes grandi et nous entendons bien le respecter « jusqu'au bout ».Albert Levesque.\tFÊTONS DOLLARD LE 24\t\t\tMAI lo\tPar\tla\t« Littérature Dollard ».\t 2o\tPar\tla\t« Rose de Dollard ».\t 3o\tPar\tLes\t« Bustes de Dollard ».\t 4o\tPar\tle\t« Calendrier de Dollard ».\t 5o\tPar\tle\t« Timbre de Dollard ».\t Go\tPar\tla\t« Carte de Dollard ».\t \t\tEn vente à notre librairie\t\t \t\t\t(Détails à la fin de la revue.)\t "]
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