L'Action française., 1 mai 1927, La jeunesse canadienne-française et la Confédération canadienne
[" LA CONFÃ\u2030DÃ\u2030RATION ET LA JEUNESSE CANADIENNE-FRANÃ\u2021AISE Depuis plus de trois mois, le gouvernement canadien a chargé un Comité d'organiser des manifestations nationales à travers le pays, en l'honneur d'un régime politique qui atteint soixante années d'existence.Enlevez le travail accompli par ce comité d'initiatives: sollicitations directes par correspondance, publicité par le journal et la brochure; déboursé de $250,000; intervention directe des chefs organisateurs, etc., etc., que reste-il comme témoignage spontané des sentiments du peuple canadien à l'égard de la constitution federative et de son efficacité depuis 1867 ?Sans cet organisme, créé pour susciter un réseau de manifestations depuis l'Atlantique jusqu'au Pacifique, notre peuple se serait-il décidé de lui-même à lancer le « Vive la Confédération », qu'on lui met à la bouche?Nous en doutons profondément.Les noces de diamant auxquelles le gouvernement canadien convie son peuple, ressemblent fort à ces noces de diamant familiales où les jubilaires, privés d'une postérité reconnaissante,seraient contraints d'organiser eux-mêmes leurs fêtes, au risque d'être seuls à célébrer.Certes, nous n'oserions reprocher à nos gouvernants leur geste de salutaire prudence.Nous constatons seulement la médiocrité d'enthousiasme qui caractérise les manifestations du présent soixantenaire.Quand les auteurs ou les responsables d'un régime politique sentent le besoin d'ériger eux-mêmes un piédestal à leur oeuvre, de quémander même au peuple sa collaboration, n'est-ce pas, au moins, l'indice d'une décrépitude? 404 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE Et la jeunesse du pays, elle qui demain devra utiliser l'instrument politique dont on l'invite à célébrer aujourd'hui la survie et à souhaiter la pérennité, que pense-t-elle?Quel est le degré de son enthousiasme?Quelle est son attitude?# # â\u20ac¢ Ne connaissant guère les sentiments de la jeunesse anglo-canadienne, qu'il nous suffise d'indiquer, ici, l'attitude de la jeunesse canadienne-française.A-t-on jamais vu anniversaire national qui laissât les jeunes dans une telle indifférence?Jeunesse étudiante, de l'école primaire, des collèges et de l'Université; jeunesse indépendante organisée ; jeunesse des partis politiques elle-même, dans quelle mesure toutes ces jeunesses se sont-elles émues au souvenir du soixantième anniversaire de la Confédération canadienne?Déçus et inquiets, des adultes se demandent si la génération qui pousse s'est même donné la peine d'y réfléchir.Et pourtant cette même jeunesse est-elle muette quand il s'agit de fêter Dollard?quand il s'agit d'exprimer son sentiment patriotique?Pourquoi son enthousiasme s'éteint-il tout à coup?C'est qu'elle aussi est déçue, profondément déçue et inquiète.L'objet de cet article est d'indiquer quelques motifs de sa déception et de son inquiétude.# » * Pour juger l'état politique du pays à sa valeur intrinsèque nous, jeunes gens de vingt-cinq à trente ans, nous nous sentons absolument libres, n'ayant pas connu les ardeurs partisannes qui ont précédé et accompagné l'éta- SOIXANTE ANS DE CONFÃ\u2030DÃ\u2030RATION 405 blissement de la Confédération canadienne.Aucune attitude passée ne nous paralyse aujourd'hui.Aucun souvenir, aucune amitié,aucune passion ne nous lie.Aucune idole parmi les « Pères » ne nous trouve prosternés.Tout ce que nous envisageons, c'est leur oeuvre proprement dite et son efficacité depuis soixante ans.Trop jeunes encore pour que des intérêts personnels nous rivent à la plus ou moins longue survivance du régime, nous sommes plus à l'aise, pour exprimer ifn jugement impartial, que tout autre groupe social.Or.nous l'avouons candidement, les déclarations enthousiastes d'un Beatty, d'un Thornton, d'un Cockshutt, d'un Ferguson ne nous émeuvent guère.Les deux premiers, chefs de réseaux de voies ferrées édifiées grâce au régime fédéral, vivant de ce régime et en dépendant pour leur propre survie, sont trop intéressés à l'état de choses actuel pour que des esprits libres gobent sans réserve tous leurs avis.Les deux derniers ont trop fait ou trop laissé faire contre l'esprit et la lettre de la Constitution fédérale pour que leur enthousiasme enveloppant nous fassent pâmer d'émotion.Quand un ancien lieutenant-gouverneur de l'Ontario, affirme que selon sa conception «l'objet de la Confédération est d'unifier », (et non d'unir), nous restons fort inquiet, sur la valeur de sa « conception ».Notre inquiétude augmente davantage quand un Beatty, un Thornton, un King, un Lapointe, un Bourassa même parlent «d'unité nationale», de «nation canadienne », de « patriotisme exclusivement canadien » ou « canadien tout court », et tout cela en invoquant l'esprit et la lettre du pacte confédératif.Notre inquiétude est enfin au plus haut point, lorsque, comparant l'esprit et la lettre de notre constitution poli- 406 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE tique, et les applications concrètes qu'elle a subies depuis soixante ans, nous constatons les injustices positives, les méfaits matériels et moraux imposés au peuple canadien et maintenus, depuis un demi-siècle, au détriment des fondateurs mêmes de ce pays.Que la faute soit imputable à l'imprévoyance des » Pères », ou aux ministères qui leur succédèrent depuis 1807, ou même, à nos propres chefs politiques, peu nous importe pour l'heure.Nous n'avons pas intérêt à décerner des reproches à nos aînés, mais nous avons le devoir de préparer l'avenir de notre patrie, et nous sommes résolus à le faire jusqu'au bout.Or, ce qui nous afflige le plus profondément, c'est exactement l'obstination croissante avec laquelle on s'acharne à maintenir les injustices et les conflits intolérables suscités par les administrations antérieures.Loin de toucher à une solution décisive des conflits existants, les chefs de la politique fédérale actuelle se heurtent à des difficultés nouvelles qui nous éloignent de plus en plus de l'esprit et de la lettre du pacte primitif.Pour mieux en juger, recherchons ce que signifie «la lettre et l'esprit» de la constitution de 1867; de quelle façon on les a respectés jusqu'ici; sur quelle théorie on veut ordonner l'avenir de la Confédération canadienne.Ces trois points d'interrogation posent tout le problème.Essayons d'y répondre pour mieux expliquer notre attitude.» * * L'Acte de 1867 établissait l'union fédérale de quatre provinces dénommées: Ontario, Québec, Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick.Cette union répondait à un double dessein : fin morale SOIXANTE ANS DE CONFÃ\u2030DÃ\u2030RATION 407 et fin matérielle que l'on peut retracer dans « la lettre », de la Confédération, c'est-à -dire le texte même de l'Acte fédératif, et dans «l'esprit» de la Confédération, c'est-à -dire les commentaires et discussions officielles qui ont précédé, accompagné ou immédiatement suivi l'Acte de 1867.Or, à consulter ces documents, l'on a tôt fait de se convaincre que la fin morale du pacte fédératif se résume à clore les conflits nationaux passés à l'état aigu entre les Canadiens de langue française (le Bas-Canada) et ceux de langue anglaise (le Haut-Canada).A preuve, l'article 6 de la constitution, déterminant les frontières entre l'Ontario et le Québec; l'article 51, fixant la représentation parlementaire ; l'article 93, sur les droits de l'éducation et de l'enseignement; l'article 133, sur l'usage des langues française et anglaise.A preuve encore, toutes les déclarations des principaux chefs politiques ou publi-cistes de l'époque, qui s'ingénient à chercher des formules d'entente et d'égalité, en vue de clore les conflits entre les deux races-mères du peuple canadien, celles qui le constituaient en 1867.Il est incontestable qu 'au point de vue moral, la « lettre et l'esprit » de l'Acte fédératif consacrent la dualité nationale de l'Etat canadien.Le pacte est un pacte d'union politique entre deux nationalités-mères, reconnaissant à chacune, complète égalité et liberté de conserver son caractère distinctif, comme de se développer selon le sens de sa personnalité, de ses traditions et de ses légitimes aspirations.Il ne s'agissait nullement «d'unifier » le pays au point de vue moral et national, mais tout simplement de créer une base d'union politique entre deux nationalités en conflit.mais destinées à vivre côte à côte, dans un milieu physique ou l'entraide matérielle 408 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE devenait indispensable.Consacrer la dualité nationale du peuple canadien dans l'union politique d'un seul Etat, voilà toute la signification morale de l'Acte fédé-ratif de 1867.Quelle en était la fin matérielle ?« Grouper des forces isolées pour leur faire rendre un maximum de rende -ment ».« La Confédération favorisait les intérêts matériels de toutes les parties contractantes ; ceux de la métropole qui entrevoit dans le projet fédératif une solution acceptable du péril américain et le moyen le plus sûr d'amener le Canada à porter lui-même le lourd fardeau de sa défense » ;* ceux des provinces canadiennes, désireuses d'échapper à l'isolement économique en créant des relations inter-provinciales plus faciles et plus avantageuses à leur propre expansion industrielle et commerciale.Le texte de l'Acte lui-même, pour justifier le projet de-fédération, invoque, comme motif fondamental, « qu'une telle union aurait l'effet de développer la prospérité des provinces », et les vingt-quatre articles que contient le chapitre VIII ainsi que l'article 145 du chapitre X prouvent jusqu'à quel point les intérêts matériels ont joué un rôle dominant dans l'établissement de la Confédération.Accroître la prospérité économique des provinces canadiennes, voilà donc la fin matérielle de l'Acte de 1867.* # * Or comment a-t-on respecté « la lettre et l'esprit» du nouveau régime?Inutile d'essayer de résumer, en une page, soixante années d'histoire politique.Bornons-nous à signaler les bienfaits et les méfaits principaux.i Le Semeur, oct.1922, voir notre article sur « La confédération canadienne ». SOIXANTE ANS DE CONFÃ\u2030DÃ\u2030RATION 409 Dans l'ordre moral, les conflits nationaux sont-ils persistants ou disparus?diminués ou aggravés?Existe-t-il même un lien d'union morale entre les deux nationalités-mères qui ont consenti le pacte fédératif ?Hélas, c'est pour tous évidence à crever les yeux que, depuis trente ans au-delà , le seul facteur qui donne cohésion à l'édifice fédéral n'est plus qu'un simple lien d'intérêts matériels.L'entente morale qui devait clore les conflits suscités par l'enseignement de la religion et de la langue ; la dualité nationale de l'Etat canadien reconnue par le bilinguisme officiel ; la liberté absolue, pour chaque race fondatrice, de conserver et de développer son caractère national distinctif en tout temps, et en tous lieux sur le sol canadien; l'égalité parfaite de privilèges et de traitements pour l'un et pour l'autre des deux groupes ethniques, sans recherche de domination ou de favoritisme ; qui oserait prétendre, qui oserait dire qu'aucun de ces articles fondamentaux du pacte n'a subi de violations?Sur neuf provinces confédérées, combien ont respecté les garanties scolaires en faveur des minorités, contenues dans « la lettre et l'esprit » de la Confédération ?Une seule : la province de Québec.Pour manifester devant le monde international la dualité ethnique du Canada, trois formes en particulier du bilinguisme officiel eussent dû être justement consenties : le bilinguisme des publications fédérales et des services d'utilité publique, le bilinguisme des timbres-postaux et de la monnaie.Lequel de ces bilinguismes a été respecté intégralement, généreusement, ou si l'on veut, avec simple courtoisie?De toutes les provinces confédérées, hors le Québec, dans combien ne cherche-t-on pas à faire disparaître le 410 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE caractère ethnique des Canadiens français ou à paralyser leur développement national distinctif ?Dans la seule Colombie anglaise où les Canadiens français, encore trop peu nombreux, n'obtiennent que d'être ignorés.Enfin peut-on parler « d'égalité de privilèges et de traitement » pour l'élément canadien-français, quand on sait la situation faite à nos minorités scolaires dans l'Ontario et les provinces de l'Ouest en particulier; quand on sait la part réservée aux nôtres dans l'administration générale du pays et dans les services d'utilité publique f » # # Veut-on connaître toute notre pensée?Outre la violation des garanties spéciales que le pacte fédératif devait consacrer et dont il faut tenir responsables, non pas tant les «.Pères de la Confédération » que les chefs politiques qui interprétèrent leurs principes, il existe un grief particulier que la jeunesse canadienne-française a le devoir de formuler aujourd'hui.L'action la plus néfaste du régime fédératif sur notre génération et son avenir, c'aura été la désorientation de son éducation patriotique, l'oblitération de son sens national.Pour mieux comprendre cette plainte, attachons-nous à reconstituer l'évolution du sens national de notre peuple depuis 1867.L'établissement de la Confédération canadienne a porté un coup fatal au développement du sens national des: Canadiens français.Il a ébranlé tous les soutiens de notre organisme ethnique.Jusque-là et depuis 1760, toutes les énergies de notre peuple se tendaient instinctivement vers un même idéal et s'accordaient sur les mêmes moyens: la survivance intégrale, de la race par la conquête des libertés religieuses et politiques,, L'Acte de SOIXANTE ANS DE CONFÃ\u2030DÃ\u2030RATION 411 1774, notre première Grande Charte, proclamait « le libre exercice de la religion de l'Eglise de Rome », et garantissait nos droits civils.La constitution de 1791 confirmait les libertés religieuses et ajoutait à nos droits civils les droits politiques des sujets britanniques.Tout fut bien allé si ce régime parlementaire n'avait prétendu fonctionner pour le seul profit de la minorité et prolonger sous des formes menteuses, le régime dégradant de la colonie de la couronne.Les provocations nées de ce régime constitutionnel camouflé, le soulèvement de 1837, aussi bien que l'ostracisme avoué du régime d'Union législative de 1840, ne contribuèrent pas moins à maintenir en éveil perpétuel la conscience nationale du Canada français.Mais déjà l'Union législative de 1840 était venue brouiller cette conscience en juxtaposant deux na-tionabtés sous un même Etat.De simple qu'elle était jusqu'alors, la notion de patrie devenait complexe.Cette complication fut aggravée par l'établissement du régime fédératif qui mêla encore plus les nationalités et les provinces sous un même gouvernement et à la nationalité ethnique superposa la nationalité politique.Puis, au lendemain de la Confédération, l'âme nationale, subit une brusque réaction.Epuisés par une lutte séculaire, témoins de conquêtes successives, fiers d'une victoire tenue pour complète et définitive, nos pères sentirent le besoin d'une profonde détente.Les textes de la nouvelle constitution, notre seconde Grande Charte, devaient clore le chapitre de nos inquiétudes nationales, assurer la pérennité de notre survivance.Pendant près de trente ans, la conscience des chefs se laisse balloter sur ces flots de l'indifférence et jusqu'à subir le sommeil de la léthargie.Les seules émotions qui remueront périodiquement l'opinion publique seront suscitées par les luttes parle- 412 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE mentaires de deux grands partis politiques.Ce fut l'ère de l'esprit de parti, avec les conséquences de sa déprimante discipline.Le magistère de l'orientation nationale, on l'accorde exclusivement à la grandiloquence des politiciens.On se reposait sur eux du maintien de la survivance nationale.Or, à quoi se résume l'orientation des programmes politiques jusqu'à l'aurore du XXème siècle?Au développement territorial, industriel et commercial d'un vaste pays.Etendre la «Puissance du Canada» de l'Océan Atlantique jusqu'au Pacifique, en fédérant de nouvelles provinces; réunir cet immense territoire et y organiser des relations commerciales par la construction de voies ferrées et l'application d'une politique tarifaire efficace, voilà l'idéal national proposé aux générations de l'époque.Captivés par le développement physique et économique du pays, nos chefs d'alors négligèrent cet agent principal dans la formation des Etats cosmopolites: l'harmonie des sentiments, le respect des suprêmes volontés, l'union morale des groupes ethniques.Deux conflits vinrent montrer le péril de reléguer dans l'ombre, le grand problème de l'Etat confédératif, et ce furent les difficultés scolaires des minorités catholiques et française au Nouveau-Brunswick et la rébellion des Métis sous la conduite de Louis Riel.On se rappelle que cinq ans à peine après l'établissement du régime fédéra-tif, les Pères fondateurs purent constater eux-mêmes l'imperfection de leur oeuvre, à la vue des inévitables conflits moraux.Un peu à la façon de Pilate, ils eurent recours au lavabo, préférant reconnaître dès lors l'impuissance du pouvoir central à faire respecter les garanties de la constitution, puis renoncer à leurs serments de maintien d'égalité et d'équité.Cependant, la cons- SOIXANTE ANS DE CONFÃ\u2030DÃ\u2030RATION 413 cience de notre peuple ne s'émut que médiocrement de ces premières atteintes au pacte national, tant sa confiance dans les textes constitutionnels et dans les chefs politiques était absolue.L'indifférentisme conservait d'ailleurs assez d'emprise sur les âmes pour atténuer la gravité de ces problèmes.Il faut attendre 1896, avec la question scolaire du Manitoba, puis 1899 avec l'impérialisme britannique, avant que ne s'observe un fléchissement de la confiance publique dans la valeur et l'efficacité des discussions parlementaires.Notre peuple commence alors à écouter et à suivre de nouveaux chefs hors les cadres et les couleurs politiques.De plus en plus, il reconnaît la précarité de ses énergies rédemptrices, s'il les laisse aux seules mains des politiciens.Il a conscience que ses mandataires au fédéral ont besoin d'être soutenus, stimulés et même fouettés par des associations indépendantes qu'animeront les seuls intérêts de l'être national.Et c'est à la gloire de quelques chefs ecclésiastiques et du groupe nationaliste en particulier, si nous pouvons inscrire dans nos annales historiques le réveil d'une conscience en train de sombrer.Une réaction, dont la génération actuelle bénéficie largement, s'est accomplie.Retenons longtemps, nous les jeunes, la mémoire des ardents pionniers de ce mouvement rédempteur: les Langevin, les Landry, les Bourassa, les Héroux, les Asselin, les Paquet, les Groulx,les Perrault,les Montpetit,etc.Honorons les journaux indépendants: le Nationaliste, le Devoir, l'Action Catholique, le Droit, qui ont sonné les premiers coups de clairon ; gardons le souvenir ému de toute cette génération d'éducateurs dont nous sommes les fils intellectuels.Nous leur devons un lourd tribut de reconnaissance et notre responsabilité est d'autant plus impé- 414 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE rative que nous sommes bénéficiaires de leçons plus lumineuses et d'exemples décisifs.Cependant, notons-le bien, si le réveil de 1900 apporte un espoir de salut, il est loin d'avoir tout redressé.A cette époque, la formule de notre orientation nationale se dédouble.Elle contient l'idéal traditionnel des ancêtres de 1774, de 1791 et de 1840 par sa résolution absolue d'assurer la conservation intégrale de notre héritage sacré : la foi catholique et la culture française ; et elle innove en réclamant l'autonomie du Canada fédéré contre les menées de l'impérialisme britannique.Cette dualité d'idéal suscite forcément dans les directives des chefs, des imprécisions lentes à s'équilibrer.Les inquiétudes nationales se concentrent avant tout sur la destinée de l'Etat fédéral.Les problèmes de notre survivance sont étudiés et discutés avant tout, sous l'angle canadien tout court, avec le souci trop exclusif de l'unité politique de la Confédération.En un mot, les problèmes fédéraux dominent de plus en plus notre vie nationale, au détriment de la vie intérieure de notre province.Nous oserons même affirmer que, dès 1900, chefs politiques fédéraux et chefs provinciaux s'allient inconsciemment peut-être pour faire dévier l'orientation nationale, telle que définie par « la lettre et l'esprit » de la Confédération, à savoir : le respect de la dualité ethnique dans l'unité politique de l'Etat fédéral canadien.Une théorie ancienne sort tout à coup de son cercueil : celle même de Lord Durham, aux temps de l'Union de 1840 ; celle que Sir John MacDonald aurait tenté de faire accepter par Cartier et Langevin, à savoir: remplacer le régime fédératif par celui de «l'union législative», en vue d'unifier le Canada au point de vue moral et national.Sous prétexte de mettre fin aux conflits des SOIXANTE ANS DE CONFÃ\u2030DÃ\u2030RATION 415 races, on cherche tout simplement à supprimer l'une des deux.De ce dessein nous sont venus toute une série de gestes et de banquets bonne-ententistes, tout un répertoire de discours et de thèmes enveloppants, et tout un vocabulaire, où il n'est plus question que de la fondation d'une «nation canadienne»; comme si le Canada n'était pas depuis 1867, un simple Etat politique, appuyé sur les éléments de deux nations distinctes.« Nation canadienne » implique naturellement sur les mômes lèvres, la création d'un « esprit canadien tout court » par « l'unité nationale » ; comme si, hors le domaine politique et économique, il y avait possibilité d'obtenir < l'unité nationale » canadienne, sans la disparition, l'absorption, ou mieux la fusion d'une des deux nations qui out consenti à signer l'union politique fédérale de 1867 Advenant la réalisation de ce voeu, lequel des deux éléments sera invité à s'immoler près du berceau de la grande
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.