Amérique française, 1 janvier 1943, janvier 1943
2ième ANNÉE, Tome II, No.4 Janvier 1943 AMÉRIQUE FRAN CLEMENT MARCHAND.I.Côme est " Rays " ALFRED GLAUSER .fil^PIHEOuMw^dM Soldats NADIA BOULANGER.TTTTTTGabnèT^Fauré GUY FRÉGAULT.Culture Historique ANDRÉ GIROUX .Noël Oblique JACQUES LA VIGNE.Le Monde a-t-il des Principes ?RICHARD PATTEE .Lcttr s Castillanes JACQUELINE MA RIT .Noël PAUL-EMILE RORDUAS .Manières de Goûter une Oeuvre d'Art Reproduction de la Femme à la Mandoline CHRONIQUES PIERRE BAILLARGEON.Holà André Maurois ! ELIANE II.BRUNN.Chostakovitch.La Septième GUY SYLVESTRE .Le Roman Catholique NOTES Lettre aux Anglais ; Talleyrand ; Retour à la Vigie.DIVERS 35 cents QUÉBEC — MONTRÉAL k 3opeux J^oel | a et Jfletlleurâ #oeux be ponne Jinnee » i ^ ^^e* ~C^> -^-s> —c«> ^r«> -C-o -C^s> CS&til AMÉRIQUE FRANÇAISE REVUE LITTÉRAIRE COMITÉ DIRECTEUR Pierre Baillargeon, Mme Alfred Paradis.Jean-Louis Langlois, Pierre Trudeau, Jean Vallerand, Roger Duhamel, Jean-Papineau Couture, Jacques Lavigne, Guillaume Geoffrion, Maurice Cusack, Roxane Beauvais, Charles Dumas, Eliane H.Brunn, Julien Hébert, Paul Toupin, Dostaler O'Leary, Jacques G.de Tonnancour, Adresser les manuscrits n Jean-Louis Langlois, l'JUH, Van Home, Montréal.BULLETIN D'ABONNEMENT.Veuillez m'inscrire pour un abonnement de un an, six mois.Ci-joint mandat-chèque de $ Un an (10 nos) : $3.; six mois : $2.Nom .Adresse .A., le.194.Détacher le bulletin et l'adresser à : Pierre Baillargeon, 540, avenue Bloomfield, Montréal, Canada.Tél.: TAlon 6951 Pour Noël Offrez à vos Amis un ABONNEMENT à Amérique Française S'abonner c'est collaborer Un an déjà ! Cette revue de haute ternie, qui ne flatte pas le vulgaire et qui nourrit de légitimes aspirations, a réussi à faire le tour du calendrier.Dix numéros ont paru et tout Indique qu'Amérique Française a bien l'intention de vivre et de grandir.Il n'y a qu'à l'en louer ?Non, cela ne suffit pas.Il importe que tous ceux qui s'intéressent aux choses de l'esprit s'y abonnent et contribuent à la maintenir.Le Devoir. COME EST "PAYS" Un soir de novembre, Côme rentre de labour, à dos de cheval, par le pays perdu de l'Etang.Tout aux pensées sûres du " bien ", on le surprendrait fort de lui dire qu'il vit en ce moment ses dernières heures de liberté.Demain, il tombera dans une histoire judiciaire, sa soeur, vieille fille acariâtre avec Qui il se partage l'héritage, s'étant empoisonnée.Par les soirs de labour, la silhouette de l'ancêtre Da-niien devait ainsi se découper, anguleuse et noire, sur les buttes de l'Etang, au temps reculé où la petite ferme, sise à deux milles du chemin du roi, dans une clairière naturelle, s'allumait de toutes ses fenêtres et se taisait dans l'attente du maître.En ce crépuscule de novembre, il n'était rien de tel.Sur le fond glauque du ciel, la stature agrandie de Côme, petit-fils du prénommé, pouvait bien se profiler, agrandie, le sourire des fenêtres n'apparaissait pas à travers le bois de taillis qui cernait l'ancien fournil.La vie s'était retirée depuis combien d'années de ces sols et bâtiments délavés, dont l'oeil, il cette heure, devinait à peine les pignons en sellette et les confuses tonalités.Une grande tristesse, inapaisée depuis maints novembres, descendait en même temps qu'humides ténèbres sur ces toits désuets et tout coiffés de feuilles pourries.Cela ressemblait au relais de tous les deuils qui errent par les hameaux désaffectés, à la nuit tombante.Côme remuait peut-être ces pensées-là sous sa casquette, quand parvenu au bout du guéret, il s'arrêta.— Assez, ma vieille Fine ! T'as les flancs pleins d'écume.Oui assez par ce temps mouilleux.Si l'temps se radoue, on viendra demain labourer la dernière pointe, pis on dira adieu à l'Etang jusqu'au printemps.Tout en bougonnant ces propos d'amitié, Côme, le front collé sur le jarret fumant de la bête, dégraffait les traits ferrés de la charrue.l AMERIQUE FRANÇAISE Ou rejoignit l'ancien placis de Damien.Côine on poussa l'huis et, boutant une chandelle qu'il gardait dans sa poche, il se précisa la vision à travers brimballes et ferrailles, afin de rapailler son froc, sou cruchon de lait, pain, galettes et bricot de lai'd.Avant de s'arracher aux relents de moisissure qui flottaient là, il éternua un grognement et sauta sur la croupe de Fine.Il ne prenait pas d'humeur du fait des jours raccourcis, ni de la pluie fine qui suintait partout comme l'ennui.— La noirceur est betôt tombée, pensait-il, tandis que la bête, de son chef, prenait par le sentier en lacet qui desservait ce pays perdu.— Son coeur cognait sourdement dans sa poitrine.Il réfléchissait aux problèmes de la terre.Chemin faisant, il se changea un peu la posture car la Fine, se faisant vieille, avait le garot pointu.— Terre retournée, l'ciel peut neiger.11 aimait ainsi s'énoncer des dictons, fruits de la sagesse terrienne, hérités de son père qui les tenait du sien.Sa mémoire s'obstinait à les conserver.Et tels, polis et mûris dans le cerveau des anciens, — moelle de la tradition, — ils nourrissaient son bon sens raisonneur.Autour, le pacage sentait la terre et l'herbe mouillée.Ici les terreaux, lamés de flaques d'argent, entraient dans le sommeil.Le vent aussi, las de souffler dans les touffes de noi-settiers, s'assoupissaient sur la berge des étangs.On entendait à peine le sussurement du crique à Pitro qui s'en allait par sentes brousailleuses se perdre dans la coulée.Un vieux pays que celui de l'Etang ! En un point précis entre Saint-Luc et les hautes terres de Sainte-Geneviève, formé de buttes, de plateaux et de vallons, il s'enfonçait dans la forêt qui limitait à cet endroit l'occupation humaine.L'ancêtre Damien, qui avait bon calcul, était venu s'y établir, considérant l'avantage de ces terres noires et naturellement déboisées.Fils d'un meunier poitevin, il avait d'abord pensé trouver sa vie sous les ailes d'un moulin construit au bord d'une coulée.Mais à la tête de ces hameaux naissants, la meunerie rapportait à peine le sel dont le paresseux bonhomme poudrait sa sagamité.Ainsi n'avait-il pas tardé à délaisser 2 COME EST " PAYS meules et chaussées pour remuer tout autour ces sols vierges qui donnèrent un beau grain.Vieil homme, il avait rapetissé tandis qu'autour de lui progressait la levée de son sang.Il avait fondé un bien, greffé une nouvelle essence à l'arbre de la vieille tradition dont il était issu.A son huis perdu, il avait accroché le premier chaînon d'une lignée dont la sinuosité continue aboutissait à Côme.Côme était le dernier chaînon.Il se sentait dur et bien soudé aux autres.L'héritage moral des siens, leur tenace entêtement, leurs desseins conservateurs fournissaient sa tête.Il vivait selon leurs verdicts, régi, tout au fond de lui-même par leurs profondes influences.Il entendait leurs voix, les démêlait, interprétait ces propos venus du fond de son humus.Et ce soir, en traversant leur pays de l'Etang, il les sentait tout près de lui, tout en lui, comme incorporés aux tendons de ses muscles.Il était cerné par une rude ambiance pendant que son regard s'occupait de détailler le paysage enténébré.Ici le chemin suivait une inclinaison naturelle, s'aventurait dans une sente creuse, bordée de vieux terrements.Puis il renaissait à l'horizon.Les sabots de la Fine fouissait maintenant la glaise figée.On dépassa une masure où Côme se souvint de s'être enfermé là avec quelques froussards du village, au temps où la police conscriptionniste battait le pays.La noirceur descendait sur le pacage.En vieux hibou qu'il était, Côme voyait aussi bien de nuit que de jour.Aussi sa vue, nullement incommodée par la nuit tombante, s'étendait sur les jachères envahies de framboisiers griffus.Il avait tant battu ces sols qu'il en connaissait la conformation exacte.On passa le ruisseau.Il aima se souvenir qu'en son jeune temps il y péchait des têtards, interminablement, assis à même le ponton vermoulu.De ce côté-ci du ruisseau, ce n'était plus les patis enchevêtrés de ronces, mais de gras morceaux à surface plane, où les sabots de Fine foulaient un sillon fraîchement ouvert.On approchait des maisons dont les falottes lumières s'allumaient une à une.Ici la nuit était plus fraîche, parcourue de souffles brumeux.— Tout ça va g'ier c'te imite, ma vieille Fine.3 AMERIQUE FRANÇAISE Il grelotta car le veut s'insinuait par les amples manches rte son froc et lui glaçait le dos.— C'é pas un temps pour courir e 1' loup-garou, cré vieux garçon de Côme.Il s'interpelait ainsi amoureusement, et maintes fois en variant le ton, selon son habitude.On délaissa le sentier de haut pour déboucher sur le chemin du roi qui s'en allait contre pieds d'arbres dans l'obscurité des branches surbaissées.Quelques gars rentraient des éta-bles.Les chiens venaient aboyer dans les jarrets de Fine et Côme les agaçait en imitant leur hurlerie.Partout la nuit silencieuse était couchée au pas des portes.Au passage, il dénommait les faces qu'il entrevoyait par la faille (les rideaux.A l'accoutumée, Fine s'avança dans la cour, s'arrêta tout au fond, le nez dans le carreau de l'étable.Côme se laissa tomber sur le pontage, poussa la porte et s'introduisit par devant sa bête dans la vraie demeurance où il aimait s'attarder, le soir venu.Un bruit de ridelles l'accueillit; Il déharnacha Fine, la bourra de foin salé, sortit et enjamba vers son fournil.Clément Marchand.(Extrait de COME, en préparation) 4 MARCHE DES SOLDATS (Ecrit après une période de service militaire en Suisse) Partis en grands blocs, les soldats, qui ont aux pieds l'assurance des montagnards, sur le dos la charge des hommes forts, ont marché sous le soleil, sur les routes d'où monte la poussière, en rangs de quatre qui vivent bien ensemble parce qu'ils sont sur la même route et sous la même chaleur.Ils savent tous qu'il y en a de tous côtés qui doivent marcher comme eux.C'est une même troupe de casques et d'uniformes.Il n'y a plus que les traits de la tête et la hauteur et la grosseur de la taille qui indiquent que celui-ci n'est pas celui-là ! On avance.On s'arrête sous les ordres des hommes à cheval.Il y a des moments où le corps dit " non " 6 AMERIQUE FRANÇAISE et la tête : où la fatigue est lourde jusqu'aux souliers, où la soif est misérable à porter.Soif emmenée tout le long des étapes, que ne repose aucune fontaine — même la gourde est vide.Un mot gros de révolte est à deux doigts de la bouche.On se serait agenouillé dans le frais des rigoles ; il aurait neigé au fond des gosiers l'eau, cette eau attendue partout ! Non, il faut encore attendre, il faut mordre sa peine sous sa peau, marcher comme toujours sur la route qui n'en finit pas.Il faudrait même ouvrir sur sa bouche un sourire qui montre l'endurance d'un homme ! Le soldat attend la halte qui délivre de cette maladie de fatigue et de soif.Voici enfin le moment où s'arrête la troupe MARCHE DES SOLDATS dont chaque homme est comme éteint.Chaque pièce de cette grande machine qui a mâché la peine s'étonne d'avoir pu se traîner si longtemps, tanl la fatigue lui alourdit les jambes ! Au faisceau qui se forme au bord de la route, il joint de sa grosse main qui tremble son fusil el le sac, quand il l'a détaché, tombe tout seul comme une pierre ! L'herbe est tout près où l'on croule.On n'en croit pas ses membres tant hi terre est bonne à la fatigue, tant le talus a de fraîche bordure ! Et comme on délivre sa soif au fond du cou ! Derrière soi, on voit la route, où il fallait avancer dans la fumée de la poussière.Mais, maintenant, le repos est bon qui monte partout jusqu'en nous ! On se regarde, les yeux dans les yeux, seules marques de ce qui n'est pas seulement le soldat.7 AMERIQUE FRANÇAISE Il y en a beaucoup qui, pour se venger de la brûlure que la marche a fait monter dans leurs jambes et presque jusqu'au coeur, ont de grands jurons pour se donner du courage.Quand l'ordre est venu de se lever, c'est dans toute la troupe comme un recul du moteur, une envie de refuser, le réveil dans le soldat de Phoninie de tous les jours.Et pourtant, toute charge reprise, le cortège continue sa grande marche de troupeau.Les souliers obéissent au tambour.Chaque homme reprend sa peine.Alfred Glaushr. GABRIEL FAURÉ Gabriel Fauré, — comme les harmonieuses syllabes s'accordent bien avec l'homme et l'oeuvre qu'elles évoquent ! Leur élégance et leur sobriété, leur variété, le jeu subtil de leurs voyelles semblent choisis à dessein vraiment, et on aime que se marient dans le souvenir, leur sonorité, la musique impérissable et la chère image.Comment évoquer l'une ?Comment définir l'autre ?Nulle vie ne fut plus simple que celle de Gabriel Fauré.Quelques thèmes s'y développent de l'enfance à la mort, avec une exceptionnelle harmonie.Le sentiment du devoir, le culte de l'amitié, le sens de la mesure, une exquise pudeur et une singulière aristocratie de la pensée.Il importe peu que Gabriel Fauré ait été organiste d'abord à Rennes, puis à Paris, à Notre-Dame-de-Clignancourt, à St-Sulpice puis à la Madeleine.Qu'il soit devenu professeur de composition, puis directeur au Conservatoire, membre de l'Institut, grand officiel- de la légion d'honneur, que tant de gloire officielle ait entouré dans sa vieillesse celui qui fut si doucement indépendant, alors qu'il restait un pur classique.On aime à se souvenir de sa modestie sans doute unique, de son charme indicible, de sa merveilleuse et discrète bonté.On aime à savoir que les amités nouées lors de son enfance ne purent être dénouées que par la mort, après une fidélité inaltérée de 70 longues années.On aime à évoquer le professeur admirable qu'il l'ut, oublieux de soi-même jusqu'à l'invraisemblable.On n'approchait pas Gabriel Fauré sans l'aimer.Tout s'accordait en lui si merveilleusement que lorsque l'on venait se réchauffer dans la lumière de son enthousiasme, on venait se reposer dans l'ombre de sa sérénité.Comment songer à ces dernières visites rue des Vignes ; on entrait, épouvanté de constater les progrès que la maladie avait faits en lui — on sortait, ayant oublié qu'une telle vie pût s'éteindre.Des dons innés exceptionnels, décidèrent de la carrière de Gabriel Fauré.L'équilibre entre la sensibilté et la raison 9 AMERIQUE FRANÇAISE en a fait la splendeur.Merveilleusement simple, sans une seule concession, sans troubles, elle s'est déroulée selon un ordre parlait, donnant à ceux qui ont su le voir et le comprendre, le plus pur exemple d'une belle, féconde et sereine vie d'artiste.Qu'elle ait connu le poids de la douleur, nulle confidence ne l'a jamais dit, ni même jamais laissé deviner : et cette pudeur du coeur à un prix particulièrement rare à une époque où l'on aime à se répandre, à divulguer ses états d'âme.Mais on ne peut en tout cas, douter un seul instant que le musicien qui écrivit l'Elégie.l'Andante du premier Quatuor, Prison et tant d'autres pages émouvantes, ait compris la douleur.Que la vie la lui ait apprise argeon Mémoires, pur André Maurois.Deux volumes.Editions de la Maison Française.N.Y.CHOSTAKOVITCH, LA SEPTIÈME J'avais eu l'occasion d'entendre la Septième symphonie de Chosta-kovitch, lors de sa première radio-diffusion américaine.Son aspect massif était, certes, imposant, mais semblait un peu indigeste, et, par un processus connu, j'avais été frappée surtout par ce qui s'apparentait cà ce que nous connaissons : l'inspiration des grands russes de la fin du XIXe siècle, certains procédés de Ravel (ceux du Boléro, plus précisément, dans la grande marche centrale), et, malgré certaines modulations surprenantes, un classicisme décevant, un lyrisme grandiose, un peu hu-golien.Confrontant ces impressions avec ce que nous pouvons savoir de la culture soviétique, j'en étais restée à l'idée que l'art évolue sur son propre plan, indépendamment (pour la forme) des impulsions du régime social, aussi progressif, aussi révolutionnaire soit-il.Et cette oeuvre, écrite sous la pression poétique immédiate de la guerre, d'après l'auteur lui-môme, ne m'apportait rien de nouveau, esthétiquement, malgré sa sincérité manifeste, et, si cela était une déception, l'aspect romantique de la symphonie, son lyrisme XIXe était, même, irritant.Pourtant, ]K)iir des raisons tout à fait étrangères à l'art, j'avais écoute avec une attention un peu dévote cette oeuvre pesante, essayant de déchiffrer dans ce message réel, vivant, le rebus du peuple russe, de son magnifique combat, des sa vitalité exaspérée.J'ai pu, par un heureux hasard, d'ailleurs, réentendre cette symphonie.Et clairement m'est apparue sa grande inspiration poétique.47 AMERIQUE FRANÇAISE Si les moyens techniques restent dans les cadres des acquisitions classées, on ne peut manquer d'être frappé, à cette deuxième audition, de l'impérieuse grandeur, du pathétique urgent et grave, de la maîtrise sereine de Chostakovitch et de l'unité virile de son oeuvre.Et voilà ce qui est nouveau et important : la quiétude, la certitude que l'oeuvre dégage et ses magnifiques envolées d'espérance.Il y a longtemps que nous n'avions entendu une oeuvre musicale lourde de tant d'humanité impatiente de s'exprimer, de tant de certitude massive.Il serait ridicule de comparer le musicien russe à Beethoven, mais on retrouve chez le premier un peu du souffle héroïque et populaire des Symphonies ; il faut naturellement garder toutes proportions.Il ne faudrait pas non plus se méprendre, et croire que l'oeuvre de Chostakovitch est pleine de bonnes intentions, mais, en fait, ratée.Il n'en est rien.Elle est trop longue pour être évaluée à la première audition et nous pouvons comprendre les violentes critiques qu'on en a pu faire.Elle se révèle peu à peu, anachronique, certes, dans sa facture, mais mûre et solide, significative à tout moment, sans remplissage ni rhétorique boursouflée.Une oeuvre populaire, en ce sens qu'elle émeut des grands sentiments collectifs de tristesse terrienne, d'obsession de la mort et de la guerre et d'héroïsme tenace : comme son entêtante marche (malgré le procédé facile du martèlement d'une même phrase en crescendo) et la lourdeur oppressante de la première partie, où percent quelques discordances angoissantes.Il y a peut-être aussi une leçon à tirer d'elle : peut-être une oeuvre n'est pas fructueuse en fonction seulement de la création formelle qu'elle témoigne ?Peut-être Strawinsky est-il encore trop loin du peuple et de ses combats ?En fait, la qualité du style de Chostakovitch est à la hauteur de son inspiration très romantique, hugolienne comme je le sentais dès le début ; et après un certain tâtonnement, on reconnaît l'oeuvre vivante et on n'est pas prêt à renoncer à l'émotion qu'elle fait épanouir, non plus qu'à la renier.Eliane Houghton Bhunn.48 ROMAN ET CATHOLICISME Il n'est pas vrai qu'un roman est moral parce que le bien y est récompensé el le mal puni.Un catholique intelligent ne saurait soutenir une telle absurdité, car il sait fort bien que Dieu a toujours le dernier mot et il comprend que le mal peut triompher ici-bas parce que les personnes n'atteignent leur ternie définitif que dans l'an delà.Mais, de même que le mal peut triompher dans les destinées humaines terrestres, sans scandaliser le catholique vrai, il |MMit également triompher dans un roman qui n'est qu'une vie évoquée.Car tel est bien le but du roman : évoquer la vie.Et c'est un devoir strict pour le romancier que de conduire la vie connue il nous apparaît (pie Dieu le l'ait lui-même : librement.Tout ce (pie Dieu permet aux créatures de l'aire, le romancier peut le permettre à ses personnages.Si Dieu penne* à l'homme de pécher, sans l'excuser évidemment, le romancier peut lui aussi l'aire pécher ses personnages, mais sans les excuser lui non plus.C'est là le point fondamental de la moralité du roman.Le romancier catholique est en tant que catholique essentiellement réaliste : il doit dire toute la vérité, peindre son personnage tel qu'il est, sans jamais falsifier la vie.Le sujet n'est (pie la matière du roman, et sa moralité doit se juger du point de vue formel de l'oeuvre, c'est-à-dire que le romancier peut et doit tout décrire, pourvu qu'il se situe à une hauteur telle qu'il puisse le faire sans complicité.Il devra être lui-même pur de coeur et d'esprit.L'oeuvre procède de tout l'homme et porte son empreinte.Mauriac a écrit profondément : "Toute la question se ramène pour moi.désormais, à ceci : purifier la source".Purifier la source ! mot profond, que doit méditer tout créateur ! Il va sans dire (pie le roman réaliste intégral exclut toute thèse, toute intention, tout apriorisme."Si vous faisiez de votre dévotion une règle d'opération artistique, dit Maritain, vous gâterie/ votre art ".Et c'est ce que disait encore Mauriac lorsqu'il écrivait : "Une certaine littérature d'édification falsifie la vie.Ici le parti pris de faire du bien va à l'en- 49 AMERIQUE FRANÇAISE contre du but cherché "'.Ou ne saurait être plus clair.Et c'est pourquoi la littérature dite pour jeunes filles (délibérément pour jeunes filles) sera presque toujours immorale : falsifiant la vie, ces romans faussent les esprits et les coeurs, et les personnes formées à cette école — idéaliste — sont désemparées dès qu'elles tombent dans le tourbillon de la vie, de cette vie réelle qui est celle que Dieu nous donne.Il s'agit d'admettre notre condition humaine, notre conditon d'êtres spirituels et charnels, d'êtres déchus qui recherchent tant bien que mal l'unité perdue aux jours lointains et inoubliables du paradis.Le problème ne saurait consister à ignorer le mal : le problème consiste à le vaincre.C'est pourquoi la condition du romancier catholique est.si difficile.Un des plus grands romanciers du siècle m'écrivait il y a deux ans : "Etre un romancier catholique, c'est une ingrate vocation.Je l'ai acceptée parce que je ne pouvais faire autrement." Et il continuait : "Le roman est jugé dans les milieux cléricaux de tous les pays un passe-temps qui doit rester inoffensif, pour ne pas être dangereux.Je ne dis pas que tous les prêtres l'envisagent ainsi ; telle est pourtant la tendance moyenne d'une opinion soucieuse de ménager la pudibonderie des vieilles filles, l'insouciante niaiserie des jeunes, les scrupules des mères de famille, des confesseurs, des directeurs de collège, etc.".Celui qui écrivait ces lignes n'était pas un anticlérical, ni un mondain, c'était le grand mystique Emile Baumann, l'auteur des magnifiques essais que sont Saint Paul, le Cantique éternel et les Chartreux.Il faut comprendre que la peinture de la vie (pie nous donne un romancier est un témoignage.Elle nous indique ce qu'est le romancier lui-même et elle traduit un drame.Le seul fait de faire mieux connaître l'homme et la vie sert le catholicisme, qui est une religion de vérité et non de mensonges.C'est pourquoi cette mentalité pseudo-catholique qui règne dans presque tous nos milieux au sujet de la moralité du roman est à combattre.Il est à souhaiter que nos éducateurs finissent par comprendre (pie le roman est un excellent moyen d'éducation, de préparation à la vie.Nous sommes des hommes et nous devons connaître notre nature, notre destinée.Ce n'est ni Delly, ni Barrère-Affre, ni Chantepleure et autres romanciers de mê- 50 ROMAN ET CATHOLICISME me eau dont regorgent nos bibliothèques qui feront de nous des êtres lucides et vivants.L'homme a besoin de nourritures plus saines et plus robustes.Le roman saura nous mettre en face de nous-mêmes, si nous savons nous mettre en face de lui.Franchement.Guy Sylvestre.LIVRES REÇUS : Sources, par Léo-Paul Desrosiers.En Pleine Terre.Germaine Guèvremont.Pie XII, par Georges Goyau.Editions Variétés.Montréal.La France que j'aime, par Helen Machay.Editions Variétés.Montréal.Baraque 3, Chambre 12, par Marcel Haedrich.Une des meilleures choses que nous ayons reçues de France jusqu'ici.Editions Variétés.Français, Voici la Vérité !.L'auteur a bien fait d'ajouter à ce titre prétentieux des points de suspension.Editions de la Maison Française.N.Y.Toi et Moi, par Paul Géraldy.Pourquoi avoir réédité cette pauvreté ?Editions Variétés.le Problème du Cancer, par Charles Oberling.Etude accessible.Présentation soignée.Premier volume d'une collection sous la direction du professeur Henri Laugier, à qui les Canadiens-français devront beaucoup.Editions de L'Arbre.Montréal.Les Relations Commerciales de la France, par Jean Gottmann.L'Arbre.Le Vent se lève.Roman, par Alfred Glauser.Editions Valiquette.Montréal.Un Réformateur du Théâtre, par Jean Cusson.Ce volume fait écho au renouveau qui se produit dans le monde du théâtre.Editions Fides.Montréal.51 TALLEYRAND, par Serge Flbuhy.Editions- Variétés, Montreal.L'actualité consacre toujours certains personnages.Talleyrand, le diplomate, connaît un renouveau de faveur.Est-ce encore un effet de l'exagération, dû à sa réputation d'apôtre de la paix et de précurseur de l'Entente Cordiale ?Cette vie, à juste titre passionnante et mouvementée ne manque jamais d'éveiller l'intérêt du lecteur, même dans l'oeuvre de Serge Floury, résumé biographique plutôt qu'étude commentée, fouillée.Un bref aperçu de la vie et de la carrière "de cet homme incomparable et singulier qui a réussi le tour de force île servir dix régimes politiques en cinquante ans" et de s'en point porter plus mal ou moins bien : ses succès au Congrès de Vienne, ses ambrassades à Londres, ses dernières années sont suivies d'une analyse assez heureuse de "l'homme d'esprit et de conversation qu'il fut, où il excelle, et par où il demeure encore si vivant" ; on se demande un peu que viennent faire les chapitres additionnels où défilent les silhouettes gracieuses mais effacées des femmes que Talleyrand a connues.L'auteur ne peut se défendre de sa trop grande admiration pour ce personnage illustre.11 oublie de tirer parti et des faiblesses, et des comparaisons, et des parallèles, etc.En somme si l'oeuvre manque d'ensemble et d'envergure, elle reste toujours une leçon de finesse et de souplesse diplomatique et elle nous fait espérer que pareil "homme de la paix" puisse encore exister.Andrée G.Paradis.RETOUR A LA VIGIE "Toutes les vignes de France ne sauraient produire de cru royal.Mais la diversité même de leurs qualités en l'ait l'incontestable richesse, car ce n'est qu'au pays de tous les hommes qu'on trouve le vin de tous les hommes".L'auteur a très heureusement mis en relief cette diversité dans le groupe de jeunes gens, étudiants en Sorbonne, dont la dispersion progressive fait l'objet de son livre.De Sannery, l'arriviste, à Jean Do-mergue, le héros cligne des anciens preux, en passant par Marcel Galle, le " bûcheur " acharné, et par Jacques Derieux, le futur diplomate intelli- 52 NOTES gent, mais faible et ambitieux, nous découvrons des " types " dont la vraisemblance porte à les considérer comme symbolisant assez exactement plusieurs attitudes de la jeunesse française d'avant-guerre, en quête d'une " solution d'avenir qui concilierait la sincérité de leur jeunesse et leurs aspirations à une vie confortable ".Geneviève de la Tour Fondue nous apporte donc un témoignage qui nous manquait et à l'impartialité duquel il fait plaisir de rendre hommage.Elle réussit à nous attacher à chacun des sympathiques héros de son roman.Avec tact, elle fait ressortir la générosité et l'équilibre de leurs réactions devant les événements encore récents qui se sont précipités en Trance jusqu'à l'armistice.A ce propos, il faut louer la maîtrise avec laquelle son récit entremêle le fictif et le réel, l'intrigue romanesque et l'actualité contemporaine.A coté de son sens proprement épisodiquc, le titre " Retour à la Vigie " en renferme peut-être un autre, d'un symbolisme plus subtil.Hélène, l'héroïne du roman, revient, sa licence terminée, à la propriété paternelle, située dans le Midi, au bord de la Méditerranée.Elle retrouve là " la fierté de sa terre, plus aimable qu'en aucun pays au monde, et par là-même sa seule chance de salut ".Ce carré de sol paternel devient pour elle le refuge qui redonne paix et harmonie à tout son être.Elle y évolue vers "une maturité moins livresque, mais plus réelle".Cette consttita-tion dépasse le cas particulier d'Hélène ; elle est valable pour tous ceux de la génération des aînés qui ont imprudemment rejeté l'antique respect de la terre " patiente et fidèle "."Si le mariage de la jeunesse et de la terre française avait été consommé, le " goût de l'air pur et du grand air qui l'ail les hommes forts", dont parle Péguy, aurait été assez vigoureux pour infuser la foi qui maîtrise les plus grands conflits ".On le voit, ce ton est loin de la rhétorique démagogique ou des dénonciations politiques chères à trop de français émigrés.Avec éloquence, il réveille en nous " la petite espérance " et replace toute fraîche devant nos yeux la promesse d'une "patrie radieuse comme une aurore provençale".Jeax Cusson.53 LETTRE AUX ANGLAIS M.Bernanos est un fanatique.Cela ne lui enlève rien.A l'époque îles Grands cimetières sous la lune, il avait beaucoup d'ennemis et probablement un nombre égal d'admirateurs.Il a encore ses admirateurs et il s'est maintenant acquis des bigots.Ceux-ci voudraient qu'on le jugeât seulement d'après son éloquence, qui est belle, et ses intentions, qui sont sans doute excellentes.Cependant il me semble qu'on a encore le droit de comprendre non pas ce qu'il prétend dire ou ce qu'on dit qu'il dit, mais ce qu'il écrit, tel qu'on le voit, noir sur blanc.C'est ainsi que, bien que M.Bernanos s'en défende — "Je voudrais écrire aujourd'hui comme si je n'avais jamais rien écrit " — il est évident qu'il entre tout de même assez de littérature dans cette Lettre aux Anglais.El ce n'est pas surtout aux endroits où l'auteur développe sa pensée avec cohérence que cette particularité apparaît, mais bien plutôt dans les passages où il veut faire simple et où il cherche à tout exprimer en quelques phrases massives.Il faut lire les pages dans lesquelles il écrit ses deux mots sur la psychologie de l'Anglais.Celle-ci est-elle aussi sommaire qu'un vain peuple aime à le penser ?M.Bernanos semble le croire.D'ailleurs, quand il s'adresse aux Anglais, même et surtout quand il écrit r " Anglais, oh ! Anglais, Anglais ! ", on voit bien qu'il se tourne vers un être collectif et abstrait, c'est-à-dire vers une création d'homme de lettres.Encore une fois, il s'en défend bien ; il déclare n'avoir pas l'idée saugrenue d'écrire à tout un peuple ; celui qu'il veut atteindre, c'est un jeune Anglais problématique, " qui sans doute n'est pas encore né ", et qui " retrouvera par hasard ces pages mortes ".Personne n'aurait pu le deviner.— Voici un autre exemple où l'homme de lettres fait plus que montrer le bout de l'oreille.Il s'agit de M.Charles Maurras : Il jugeait ce goût monstrueux (i.e."que les jeunes français.marquent une espèce de préférence sentimentale pour les défaites héroïques ") non par amour de la logique, comme il se l'imaginait sans doute, mais bien plutôt par l'effet du sang qui le travaille et qui au nom de victoire fait monter à son cerveau des images de pillages, de razzias, et de filles captives exposées nues dans les bazars.On pourrait multiplier les citations où tout n'est que littérature.Une manie de M.Bernanos nous en dispensera : celle de mettre des majuscules partout.L'Honneur, l'Affront, la Dictature cléricale espagnole, 54 NOTES In Terreur Noire (ça, ee sont les Jésuites), toute cette inflation typographique n'est, hélas ! que Pacotille Littéraire.Il faut s'arrêter aussi à la vision historique de M.Bernanos.Ce dernier ne s'imagine même pas qu'il y a des simplifications qui ne simplifient rien parce qu'elles faussent tout.En voici une; elle est caractéristique : Au temps où l'Italie simoninque, toute pourrie sous ses ors et ses brocards, faisait de la Ville Sainte une caverne de voleurs, une citerne de luxure, vous (Anglais,) avez renié l'Eglise au lieu de nous aider à la sauver ; vous avez mis votre main dans la main du premier Hitler, vous vous êtes associés, sans même l'excuse de le partager, à ce désespoir stérile, à cet immense orgueil condamné à douter éternellement de lui-même, et qui, de siècle en siècle, fait de la fatale Germanie le martyr et le bourreau du genre humain.Ici, railleur avoue une ignorance fantastique des origines du protestantisme anglais.Il serait impossible de raconter cette histoire en deux mots parce que, précisément, elle est complexe, toute en nuances, et que, de plus, elle a été volontairement embrouillée par l'hypocrisie de Henry VIII et des ambitieux qui entourèrent son successeur, Edward VI.Le drame se joua au cours de ces deux règnes.Avant Henry VIII, l'Angleterre était catholique ; elle fut schismatique sous Henry VIII et devint hérétique sous Edward VI.La faute n'en fut pas au pape Clément VII, qui ne fut pas un héros niais qui ne fut certainement pas davantage un simoniaque ou un porc.Et que faisait alors François 1er, lui qui parlait si bien de l'Honneur ?Instrument inconscient de la diplomatie de Henry VIII, le vaincu de Pavie imagina d'exploiter la situation, essaya de se montrer habile et ne réussit qu'à jouer, dans toute cette affaire, que le plus imbécile et le plus piteux des personnages.Mais que sert d'expliquer ?En écrivant cette phrase-massue, M.Bernanos devait surtout penser à Mussolini, un autre littérateur qui eût mieux fait de ne pas s'aventurer hors de la littérature.Léger anachronisme.H reste que les synthèses historiques construites sur de simples impressions sont les choses du monde les plus dangereuses.C'est, par exemple, le cas de Mcin Kampf.Voilà bien des reproches.On n'éprouve aucun plaisir à les faire.Mais il faut que ces choses-là soient dites.Allons plus avant.Beaucoup de pages de ce livre empruntent trop à l'instant, elles passent avec lui, elles n'existent déjà plus.D'autres tomberont encore.Ce sera tant mieux.Les perspectives de la pensée qui anime M.Bernanos, loin d'y perdre, s'en 55 AMERIQUE FRANÇAISE trouveront dégagées.Les structures s'accuseront plus nettes et plus pures, une fois dépouillées de l'échafaudage de polémique qui les masque nomen-tanémenl.Il y a ici des échafaudages inutiles.M.Arthur Laurendeau déclarait naguère que nous sommes " écoeurés de ces querelles entre Français ".Ce serait l'occasion de le répéter.Il faudra donc y revenir tant que ces gens ne l'auront pas compris.Ils devraient être les premiers à voir qu'il y a autre chose à faire pour le triomphe de la France.Ce n'est pas que toutes les dénonciations portées par M.Bernanos nous soient indifférentes.Lorsqu'il s'attaque à la bourgeoisie — il ne s'agit pas seulement de la bourgeoisie française mais de l'internationale des bourgeois — et qu'il analyse la renaissance de l'Etat païen, très justement défini " une assurance contre tous les risques", il explore les ramifications les plus profondes du ma! moderne et projette une lumière vive sur la faillite d'une civilisation qui a perdu, depuis le moyen age, le sens des relations humaines.La guerre actuelle est-elle la liquidation de cette faillite ?Elle le sera si les hommes retrouvent le sens de leur dignité d'hommes.Elle le sera si la dictature, sous toutes ses formes, est abolie.Car toutes les formes d'asservissement doivent être brisées, et les plus insidieuses aussi impitoyablement que les plus brutales.Le danger doit être conjuré, quel que soit son visage ou son masque." Si vous n'y prenez garde, ce que les dictateurs ont voulu faire en quelques années sera fait en cinquante ou cent : mais le résultat sera le même, l'Etal aura tout conquis, tout séduit, tout absorbé: vous n'aurez échappé aux demi-dieux totalitaires que pour retomber tout doucement dans la glu de la dictature anonyme".C'est un message qu'il faut capter."J'ajouterai même", poursuit M.Bernanos, "que par haine de la dictature hypocrite des bureaux, il arrive que des hommes violents rêvent de se donner un maître, un maître vivant, dans les veines duquel coule du sang, non de l'encre ".Il ne faut pas que ce cri d'alarme se perde dans le désert.Si à ces pensées, développées surtout dans la dernière partie de la I.rltrc aux Anglais, on ajoute des pages très belles sur la France, où l'auteur rejoint le meilleur Péguy, et la merveilleuse préface sur le Brésil, qui forme la partie la plus impérissable de ce livre, on verra que cet ouvrage, malgré les fautes que j'ai commencé par signaler est l'un des témoignages importants de notre temps.Enfin, le lecteur canadien-français y trouvera un mot inoubliable : " Un peuple libre est celui qui compte une certaine proportion d'hommes fiers, et si la proportion n'est pas atteinte, à quoi bon le faire proclamer libre par les avocats ?" Guy Fréoault.56 SECRÉTARIAT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC Min istre Bous-Ministre Hon.Hector Perrier, C.R.Jean Bruchési LES ÉCOLES D'ARTS ET METIERS COURS DU JOUR ET DU SOIR dans les principaux renin's industriels d la province tie Québec.Pour renseignements, s'adresser à LA DIRECTION GÉNÉRALE DES ÉCOLES DARTS ET MÉTIERS 7315, rue Gamier Montréal Téléphone : CRescent 2151 ACHETE BIEN QUI ACHÈTE CHEZ es 865 EST, RUE STE-CATHERINE, MONTREAL L'IMPRIMERIE DE LAMIRANDE.«07 ST-DENIS.MONTREAL - CANADA
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