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Titre :
Amérique française
Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. [...]

Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. D'abord mensuelle, Amérique française se fait plus tard bimestrielle puis trimestrielle. Sa publication est suspendue de 1956 à 1962.

Fondée à Montréal par Pierre Baillargeon et Roger Rolland en 1941, Amérique française est dirigée par Baillargeon jusqu'en 1944. Durant cette période, elle constitue une rampe de lancement originale et moderne qui permettra à plusieurs nouveaux talents de se faire connaître.

Anne Hébert, Yves Thériault, Rina Lasnier, Pierre Vadeboncoeur, Jacques Ferron, Roger Lemelin, Adrienne Choquette, mais aussi des collaborateurs plus établis comme Léo-Paul Desrosiers, Alfred Desrochers, François Hertel et Guy Frégault participent alors à la revue. Ces collaborations prennent principalement la forme de brèves oeuvres de fiction et de poésie, mais aussi d'essais et de critiques littéraires.

De novembre 1944 à janvier 1946, Amérique française est dirigée par Gérard Dagenais, des Éditions Pascal, qui en profite pour mettre en avant les auteurs qu'il publie, dont Gabrielle Roy et Carl Dubuc. La littérature inédite cède un peu de place à l'essai sur l'art et aux questions sociopolitiques, à la chronique de livres et à la publicité. Chaque numéro de la revue contient maintenant 80 pages plutôt que 56.

Le polémiste François Hertel prend la barre d'Amérique française en 1946 et donne à la revue un ton spirituel qu'on trouve plus communément dans les revues d'idées à cette époque. La portion littéraire est toutefois toujours présente; on y publie des contes, des nouvelles et de nombreux courts poèmes. Les jeunes auteurs Félix Leclerc, Yves Thériault et Andrée Maillet y contribuent.

La publication d'Amérique française est interrompue à l'été 1947 lorsque François Hertel en quitte la direction. Elle reprend en 1948 grâce au rachat de Corinne Dupuis-Maillet, qui lui donne une facture matérielle remarquable.

Une ligne plutôt traditionnelle est donnée dans les essais qui y sont publiés sur l'art, mais Corinne Dupuis-Maillet permet à quelques jeunes auteurs, dont plusieurs femmes, de collaborer à Amérique française. De nouvelles collaboratrices comme Judith Jasmin, Solange Chaput-Rolland et Françoise Loranger ajoutent à la participation féminine à la revue.

En janvier 1952, Andrée Maillet publie son premier numéro comme directrice d'Amérique française; une aventure qui se poursuit jusqu'en 1955. C'est la période la plus prolifique pour la revue qui s'impose comme un terreau de création et de liberté primordial pour la littérature québécoise moderne.

On y trouve entre autres des poésies de Roland Giguère, de Gaston Miron, de Fernand Ouellette, de Cécile Cloutier et d'Anthony Phelps ainsi que des textes d'Andrée Maillet, de Jacques Ferron et de Jean-Jules Richard. Durant cette période, Amérique française donne aussi un nouvel élan à la critique littéraire.

En 1956, Amérique française laisse la place libre à Écrits du Canada français, principale revue littéraire concurrente. Sa publication est suspendue jusqu'à de nouvelles tentatives de la raviver qui s'avéreront infructueuses en 1963 et en 1964.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1985, vol. VII, p. 228-229.

GIGUÈRE, Richard, « Amérique française (1941-1955) - Notre première revue de création littéraire », Revue d'histoire littéraire du Québec et du Canada français, nº 6, été-automne 1983, p. 53-63.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1941-
Contenu spécifique :
mars 1945
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
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Références

Amérique française, 1945, Collections de BAnQ.

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J^âne de JSuru conté fér.louviqny DR MONTIv^u K^fff^^ 'âion de Vediteux \ par l'hon.Ombr CtoÈ aux âouvenits par Pœoot-cakl Dijbuc Prouêt HOMOBÉ PAKNT aindxt Çide RÉIMPRESSION POÉSIES par PIERRE LOUYS les meilleurs poèmes d'un grand poète "Comme celui de Fleuri Régnier, l'art poétique de Pierre Louys tient beaucoup plus du Parnasse, encore que Régnier ne dédaigne pas les joyeuses fantaisies qui paraîtraient presque scandaleuses sous la plume de Louys.Une chose caractérise surtout, je crois, la poésie de ce dernier et c'est le contraste entre la froide perfection de la forme et l'extrême sensualité qu'elle exprime." Henri Girard f Le Canada.11 décembre 1944) $1.2.") l'exemplaire — $1.35 par la poste Distributeur général : Société deâ Cditionâ Paâcal Tél.: BElair 2700 Montréal AMÉRIQUE FRANÇAISE It E Y L! E M E N S L E L L E MAHS 1045 La revue "Amérique Française" est éditée par la Société des Editions Pascal, 60 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal, et elle est imprimée sur les presses de l'Imprimerie de Lamirande à Montréal — L'abonnement est de $3.50 par année (12 mois) — Les collaborateurs de la revue ont l'entière responsabilité de leurs écrits.— Toute reproduction interdite sans autorisation.— Téléphone : HArbour 7078.Directeur-administrateur: Gérard Dagenais Directeur littéraire : Paul Toupin Sommaiïe- Importance des classiques — Paul Toupin.3 L'âne de Buridan — Louvigny de Montigny.4 Mission de l'éditeur — Honorable Orner Côté.18 Le Conservatoire de la Province — Gilles Hénault.22 Ballade aux souvenirs — Pierre-Cari Dubue.24 Victoria Cross — Paid Toupin.25 Invitation à la lecture de Marcel Proust — Honoré Parent .29 Conte — Claude Rousseau.46 Lettre à Paul Toupin sur l'hypocrisie d'André Gide — Berthelot Brunei.47 Médecine et folie — Augustin Deslauriers, o.p.52 Comment on écrit une bonne comédie.— Mario Duliani .56 Fridolinons 45 — Paul Toupin.61 Le cinéma — Léon Franquc.62 Photographie de la couverture: M.Louvigny de Montigny. ACHÈTE BIEN QUI ACHÈTE CHEZ 865 EST, RUE STE-CATHERINE, MONTREAL Téléphone : BEUir 3126 fftX Ha TOUT HABIT EST STROEMEW TAIT A LA MAIN SUC MESURES Habits- H a b i tv'ifu-' soir Paletots 2 6 9 est, ru t c • C a t h e r i n e M O hBEBE A L Jicqu» d( LAMIHANDC Plul-L JUIN N LIMPRIMERlE de LA MI PA N DE A5S7 RUE STDENIS MONTREAL CANADA • TEL DELAIS 2916 tritneur Spêctaliic, au Service Ici £dil eu ri e deà d >S/', an collège, nous entendions beaucoup parler des classiques, de quelques-uns du moins, nous ne les lisions guère.Leurs noms, associés à la surcharge des programmes, nous écrasaient de trop de grandeur ci de trop de beauté.Leur soleil éblouissait.Ce n'était pas à quinze ans que nous pourions comprendre Racine OU Montaigne.A cet âge-là.des écrivains de troisième ordre réussissaient à nous séduire.Et ce n'est pas sans sourire que nous nous rappelons plus tard les heures consacrées à la lecture de tel livre qui ne nous parait plus maintenant qu'un sottisier par lequel notre imagination et noire jugement d'enfant s'étaient vulgairement laissés ligoter.Arec les années, il arrive que nous nous rapprochons des classiques cl que nous les préférons à tout.Nous nous reprochons alors de les avoir connus si tard et nous (trouons qu'ils auraient pu.très tôt.nous servir d'aliment.Il y a aussi la rie qui nous les impose et sa façon puisque la rie nous enseigne et nous retrancher derrière les râleurs solides et stables.Devant la fuite des heures, nous roulons garder une heure de lecture inoubliable.Au chassé-croisé de nos sentiments et de nos idées, nous désirons opposer la résistance d'une sorte d'instinct de vie, instinct que nos classiques portent si généreusement en eux.Un auteur classique, c'est quelqu'un (fui.et rencontre de nous, ni.ne meurt ni ne se rend.Parce que plus éphémères, nous nous accrochons et eit.r.Leur génie les préserre de tout accident.Ceux de noire langue française sont merveilleux.Les '"minores" pourraient jouer à l'occasion les premiers rôles que c'est à parier que nous ne croirions pas èt leurs doubles.(Jar il n'est pas d'instrument aussi souple et sensible, aussi nerveux et compact que notre langue.Elle est dans l'histoire (les peuples un sismographe précis et exact.Et ce qu'elle enregistre depuis Montaigne jusqu'à Promt, depuis Descartes jusqu'à Bergson, depuis Villon jusqu'à Valéry, demeure ce que les mondes si différents mais si unis du coeur et de l'esprit ont produit de plus grand et de jilus humain.Paul TOUPIN 'âne de (Butidan par Louvigny de Montigny f Ce conte humoristique est extrait il'un recueil intitule Au pays de Québec .st." par Krinwt Robert Curtius - • p.(12, (T."A l'Ombre des jeunes fil-les en fleurs".Vol.2.p.172.(¦.'i "A l'ombre îles jeunes filles en fleurs", I - - 115. INVITATION À LA LECTURE DE MARCEL PROUST 45 nir les auteurs difficiles de notre temps.S'ils se forment quelques lecteurs ce n'est pas seulement pour leur usage.Ils les rendent du même cou]) à Montaigne, à Descartes, à Bossuet et à quelques autres qui valent peut-être encore d'être lus.Tous ces grands hommes parlent abstraitement; ils raisonnent; ils approfondissent; ils dessinent d'une seule phrase tout le corps d'une pensée achevée" (1).Il suffit de consulter la bibliographie volumineuse des livres, des essais et des critiques consacrés à l'oeuvre de Proust, 111 II.linge il Marcel l'roiist — p.110.pour se rendre compte de son importance.Ces études sont signées des plus grands noms de la littérature de France et de l'étranger.Sa valeur n'est plus discutable et il est accueilli partout comme un maître.Je ne saurais mieux résumer tous ces témoignages que par ce jugement de Léon Daudet:— "Il est à mon avis l'un des premiers de notre littérature, pour l'universalité et la profondeur.Sa culture vaut celle de Montaigne et son analyse va plus loin que celle de Balzac, cependant si pénétrant" Cl).11 i Hommage :"i Honore Parent — p.15.Honoré PARENT Conte A P.R.de C.Un nomme était triste, sous les arbres, et mourut.Son suprême sourire mourut, parce qu'une feuille non-atteinte de lassitude put bouger avant de se noyer dans le silence.Une dernière feuille, et ce parfum, et cette musique, et ce pinceau qui étaient ses esclaves, moururent.Le bois cependant demeura vert, qui n'est point fait pour être mer morte.C'est ce qui sauva le monde.C'était doux, ce vert, et suppliant, et rusé, comme une prière.Aussi, aidé de toutes ses nuances, il n'a-vait pas de peine à ressembler à des doigts liés.Alors, je me suis levé, et parce que j'ai lancé un peu de sable dans les airs, le vent naquit.Et là, les branches se mirent à se mouvoir comme des vagues portant à des lilas inconnus, amis de certaines musiques, de 'certaines caresses.Les rameaux, à un signe de ma main, se penchèrent pour prendre l'homme ressuscité dans leurs bras.Et il sut doucement, par mille oiseaux verts qui recommençaient sans cesse son visage, que l'enfance était retrouvée.Claude ROUSSEAU J^ettre a Paul ZJoupln âut l'nupoctiàie d'cAndre Qlde Vous m'avez l'ail lire, cher ami.le dernier tome du journal d'André Gide.Ce diable d'homme n'a cessé, toute sa vie, de se commenter el de commenter ses commentaires.Ou l'a comparé à Montaigne: ses oeuvres principales sont plutôt notes aux Esmlx (pie des Essais nouveaux.Montaigne se regardait, et Gide se renarde se regarder.Je confesse volontiers, cher Toupin, que Hide vise à la sincérité, qu'il a la hantise de la confession; c'est comme la hantise du péché, d'un péché qu'on aime à combattre.Au reste, Gide a-t-il vraiment commis d'autres péchés que ceux qu'il ne commet pas?Bernanos décrirait à merveille, cher Toupin.ce cas entre les cas.l'humilie eu quête du péché.Le contraire du refoulement.Ou si vous voulez., l'ange malgré lui.le séraphin malgré qu'il en ait.J'ai prononcé le nom de Bernanos: vous vous rappelez, cher Toupin.ce personnage falot, ce journaliste, maigre et poil rare, qui eut la malencontreuse inspiration de choisir'comme directeur l'orgueilleux et méprisant abbé Cénabre.11 s'agit de L'Imposture.Le bonhomme s'en va donc à confesse.Salavin du sacrement de pénitence, il cherche, il cherche, et il invente presque des fautes, tant ce misérable est dénué de feu.L'abbé le toise: "Vos fautes sont inexistantes autant (pie vous.", dit-il à peu près.Gide, dans le plus net des styles, s'évertue de même, et cet homme trop propre s'êpouille en vain.Et c'est pourquoi il chante la passion et le désir, ("est pourquoi surtout, incapable de désirs presque, il tourne, connue un dyspeptique près des tables copieuses, autour du péché gratuit.Cette gratuité se montre donc le pire aveu qu'ail jamais confessé André Gide: vide, il veut faire le vide même dans le désir.Pauvre homme: Et cher Gide cependant.•le songe à cet Amiel de Suisse, écrivain de journal aussi, et qui ne se lassa jamais de décrire son impuissance et ses avorte-ments.de songe à ce curieux roman premier de Stendhal, Ar-manec, un autre récit d'impuissance.L'air des montagnes y serait-il pour quelque chose: Kousseau de Genève, Amiel, Beyle du Dauphiné et Gide du Languedoc ou des revenues?Joignez (pie ce sont presque tous des protestants d'origine, et que le protestantisme reste un catholicisme impuissant.Parler d'impuissance sur le propos d'un écrivain aussi varié, aussi intelligent, aussi rusé (pie Gide, parait une jiageure. AMÉRIQUE FRANÇAISE Pourquoi pas, s'il a gagné sa gageure et son pari?Rappelez-vous, cher Toupin, son Numquid es-tu?Lorsque Gide s'évertuait à revenir au christianisme, qu'il s'accrocha il à la robe de Jésus et (pie le miracle lui lut refusé, parce que, justement, il ne croyait pas au miracle.I ne des plus magnifiques, une des plus pitoyables expériences psychologiques (pie je sache.Pourtant Gide n'était pas.n'est jamais un tartufe.La duplicité lui est une seconde na I lire.031 je jurerais qu'au moment qu'il avouait son échec à croire, c'était l'instant unique, presque unique (il y a les dernières pages du présent journal, blasphématoires à première lecture, et d'une piété villonnesque, à la seconde, c'était '.'heure inespérée où.pour un instant, Gide croyait.Quelle curieuse littérature que la française: sauf l'héroïsme bourgeois de Corneille, ce sont, tous ces grands écrivains et «pli nous restent notre sang et notre chair, les mémorialistes de la défaite et de la misère, les moralistes de l'échec.Songe/., cher Toupin.au gros, au grand Flaubert, que vous aimez tant, par exemple et qui fut la Bovary de son oeuvre: son slyle était son arsenic à lui.Il ne savait, au propre comme au figuré, qu'aimer la niaritoriie de sa correspondance, cette Louise Collet, pour laquelle mon scepticisme lui donnerail le lion Dieu sans confession: il n'y louchait guère.Stendhal le bedonnant faisait la roue pour les héroïnes de ses romans, et Chateaubriand n'eut vraiment d'ardeur pour la femme que lorsque l'Age fut venu: avant, il ne les voyait que pour leur préparer des funérailles à la Bos-suet : Madame se meurt, Madame est morte! Et encore ce Barrés, qui.toute sa vie, lorgna des politiques, des religions et des littératures auxquelles il ne croyait pas.Jusqu'à ce merveilleux Racine (pie la passion gêna et qui n'atteint le bonheur qu'à cette inimité qu'il essuie les larmes d'une demoiselle de Saint-Cyr.Impuissances, impuissances.Rappelez-vous encore Valéry l'exquis qui n'est heureux que lorsqu'il a vidé la pensée de la pensée et qu'il a, ce sensuel, dessexué la poésie.Gide est bien le fils de ce pays.Avec un parapluie et des galoches, il part pour l'Orient, un Orient qui n'est que la banlieue de la France.Il part aussi pour le péché avec un sac de voyage et un nécessaire de toilette.Il peregrine vers Jésus, avec un carnet de chèques et le bordereau de ses réserves.Il vogue vers le communisme, avec la plus bourgeoise des boussoles.le pauvre homme, l'amical écrivain, va de déceptions en dégoûts.La guerre lui fut surtout une occasion de relire ses auteurs préférés, et de se remettre à l'allemand.Non que Gide ne fût patriote, Gide n'a jamais manqué de coeur, si le pouls reste faible, mais que demander de plus à un défaitiste congénital?•J'étais ému, ému à pleurer, lorsque je le vis tenter de s'émouvoir, d'applaudir, à la délivrance de Tunis.Ma foi, c'était le LETTRE À PAUL TOUPIN premier soir de sa vie qu'il sortait sans tricot et sans foulard, et je l'aperçois, à une fenêtre, qui agite un tricolore minuscule.Pauvre Gide: Vous avez lu, cher Toupin, ses voyages au Congo et au lac Tchad, lorsque, bourré de quinine, il essaya à la piété et à la justice.Le changement de couleur, si je puis dire, lui permettait de pleurer de courtes larmes.Le soleil lui était une dope, une dope qui, un bref instant, lui permit les réactions d'un animal à sang chaud.Et cependant?Cependant, pouf écrire J'accuse, ce Zola trop distingué devait passer la ligne, rejoindre l'équateur.-le sais bien qu'il écrivit la Séquestrée tic Poitiers et que ses Faits-divers furent pour lui ce (pie lurent pour Voltaire, autre frigide, autre prose sèche incomparable, l'affaire Colas, l'affaire du Chevalier de la Barre.Même alors, pourtant.Gide défenseur des opprimés, rappelle les académiques prix de vertus.Ses larmes lui sont plutôt prétexte à une empiète minutieuse, dans les formes et dans les règles.Et, dès qu'il s'avance, dès qu'il se donne, il se retire aussitôt : "Question sociale.Si j'eusse rencontré ce grand trébu-choir au début de ma carrière, je n'aurais jamais écrit rien qui vaille.'Me ne prends le ton profond et quasi-vaticinateur dans la conversation, que lorsque je ne suis plus du tout sûr de mon affaire.» Dire que cet.homme se mesure (avec élégance et modestie, du reste) à Montaigne, qu'il mesure son doute au doute du Gascon! Le doute était la santé de Montaigne, et le doute est la frileuse maladie d'André Gide.Montaigne doute parce qu'il doute: Gide doute parce qu'il ne croit pas.La différence et la nuance sont d'importance.Gide doute avant de penser, et Montaigne, après.Gide commence toujours ses amours par la rupture.Un enfant sage, désabusé, avant d'avoir appris à jouer, de tous les plaisirs comme de tous les préjugés des siècles.Mais enfant sage.Gide n'a jamais rien cassé.De ses petits bras prudents, il transporte la potiche d'une extrémité à l'autre de la pièce, et n'ayez crainte, il ne la laissera point choir.Au début de nia lettre, cher Toupin.j'ai écrit le mot d'hypocrisie: vous entendez bien que ce n'est là que la subtile et nécessaire et inévitable hypocrisie de l'impuissance.Après la Scqucs-tréc île Poitiers, le séquestré de son moi, l'émigré de l'intérieur.André Gide ne saurait vivre que dans ses terres, où il reçoit du reste, avec la plus exquise des civililés.inais sans jamais vous regarder en face.Le regard en dedans, comme dit l'expression populaire, c'est encore André Gide.Un contemplatif, bien qu'il ne soit moine que de son moi, cénobite de son égotisme. AMÉRIQUE FRANÇAISE Je n'ai pas dit égoïsme.Bien entendu, Gide a été bien élevé, et, dès l'âge tendre, on lui a enseigné la pitié, et, le pauvre homme, il lait ce qu'il peut pour se donner.Hélas, il n'a que la moitié d'un coeur, et c'est là le drame.Des petits ridicules aussi, beaucoup de petits ridicules.Les classiques, du liant de l'Olympe, doivent moquer à coeur joie ces phrases classiques qui sortent d'une baignoire, d'un tub symboliste (tub à eau chaude).Les vrais mystiques, voire les mystiques du panthéisme,'comme cet admirable Spinoza, se gausseraient avec un peu d'humeur des efforts «le ce croyant malgré lui.de cet incrédule malgré lui.à qui n'était permis au surplus (pie la plus médiocre religion des bonnes gens.Et lorsqu'il parle d'amour, mon Dieu, lorsqu'il parle d'amour : Comme le pasteur de sa Symphonie pastorale, il lui faut une petite aveugle qui, lorsqu'elle le voit, s'cnl'iiil avec le fils qu'il aurait pu avoir.•le lis dans le dernier Journal: "Ces longues suites de jours où l'âme accepte île vivre dans la distraction et ne l'ail plus effort pour se rapprocher de Dieu." Les saints auraient parlé de sécheresse: Vaccdia de Gide reste "constante.Gide s'est l'ail moine, sans la moindre vocation, et ce lecteur enragé, je dirais, certains jours, en dépit de son talent nonpareil, qu'il s'est improvisé écrivain, sans vocation.A'o-cation: rien ni personne n'a jamais appelé André Gide, et il crie dans le désert d'Afrique qu'il a choisi, il crie son nom, pour (pie l'écho enfin répercute un appel.Vous rappelez-vous, cher Toupin, cette Isabelle qu'il écrivit avec amour, je suis sûr?Emma Bovary avait déjà la caresse froide, mais celle-là: La grossièreté de M.Moinais et de l'abbé Bournisien font singulièrement défaut.On dirait (pie le drame romantique a été transporté dans une chambre de malade, et les fenêtres sont closes, et nulle rumeur de commices agricoles.Sans jeu de mots faciles, on dirait encore (pie Gide a été élevé par de vieilles tantes et (pie son mariage n'eut jamais que des neveux.Attitude collatérale, style collatéral.Rien de direct.Ce n'est point Proust qui vécut dans une chambre capitonnée de liège, mais Gide qui n'ouvre la fenêtre (pie l'espace d'un trille d'oiseau dans l'azur.Mais, de ce pinceau chinois, (pie de traits exquis, nets, définitifs.L'impuissance a le temps devant (die, et le génie de Gide est le fruit d'une longue impuissance.' En Afrique, je le vois aux cotés de Fromentin, qui rêvait à Madeleine et Dominique, et c'était Gide qui donnait des leçons de résignation à l'écrivain le plus résigné de la langue française.Même son vice (pie, sans doute, il prit là-bas, et son vice, c'est beaucoup dire, me l'ait penser à un petit anglais qui regarde, à Ira vers les grilles, les panthères de la ménagerie. LETTRE À PAUL TOUPIN Il écrivit Coi'ifdon, me dites-vous?Ce qui me gêne pour le croire, c'est qu'il l'écrivit.Nous savions déjà que Jean-Jacques composa ses mémoires pour nous prouver qu'il eut des enfants.La preuve, c'est qu'il les mit aux Enfants Irourcs! Des preuves, il m'en landrail d'autres.Des jours, je pousserais le paradoxe jusqu'à dire «pie Gide s'éprit d'Oscar Wilde, parce que l'Irlandais composa la ballade de Reading, et que ce mystique avorté pensa, un jour de dépit, rejoindre Dieu par les venelles détournées de son ami.Gide, cher Toupin, n'a rien dit, s'il n'a tout dit.En lui, sa lucidité ;i loin découvert, si ce n'est le véritable André Gide.Je n'en veux pour argument final que Dieu, fils de l'homme, qui termine le dernier Journal.Mon catholicisme était gêné d'abord devant ce blasphème qui s'efforçait.Mais que Gide s'essouffle vite! Et, bientôt, au coin de ce tableau nietzschéen, je le vis qui s'agenouillait avec une piété point feinte, qui joignait les mains et ipii demandait pardon — pleurant du reste, dans sa duplicité éternelle, de n'être que Gide et non pus Frédéric Nietzsche.iïvee homo, disait l'autre: Gide, ce n'est jamais l'homme, mais un reflet, le plus exquis des reflets, dans le plus délicieux des clairs-obscurs.Berthelot BBUNET M,âdecine et loue Le R.P.Augustin Deslauriers, o.ji., est l'un île nos religieux les plus distingues et les plu.savants.Docteur en philosophie de l'Université de Montréal, «loueur en psychologie de l'Université de ' incinnati, le père Deslauriers s'csl spécialisé en psychiatrie.Il fui.un (.••ruin temp- p-MliiJtre i liriicieii à la rélèlin: i-liuiipn: Meniiigur aux Etats-Unis.Apr.- des études à Rome et ù Paris, il devint "Fellow Research" de 1 Université de New-York et clinicien a l'hôpital de licllcvuc, à New-York, il est chargé de cour» a la fjiulti de philosophie de l'Université rie Montréal.On se réconcilie difficilement avec-tous les problèmes que pose la vie humaine.Devant le mystère de la folie chez l'homme, la réaction la plus répandue reste encore une attitude d'effroi caché ou de moquerie béte.On refuse de chercher à comprendre la vie qui porte les' marques de l'incompréhensible, et, parce que chacun s'attribue une dose généreuse de bon sens, chacun aussi s'arroge le droit de se moquer de l'insensé.Et pourtant, le mystère de la folie inquiète et attire.On voudrait en avoir le coeur net, on souhaiterait que la lumière se fit sur ce problème obscur, on voudrait que disparût l'incontrôlable angoisse que l'on ressent devant ce désespérant point d'interrogation.Il est étonnant que l'on fasse si peu, pratiquement, pour préconiser une solution de l'énigme.Il n'est que trop vrai que l'on fait bien peu.L'effroi, semble-t-il, paralyse la curiosité.Les fous restent fous parce que, une fois pour toutes, il a été décidé qu'il est moins dangereux de les oublier en les écartant de nos soucis que de risquer d'être marqués soi-même de leurs stigmates, en paraissant s'intéresser à leur cas.Le plus paradoxal de la situation n'est pas d'abord que notre civilisation (qui se prétend très avancée) refuse de comprendre l'un des problèmes les plus épineux de la vie humaine; plutôt c'est que le jour où l'on entreprend de comprendre systématiquement les formes d'anormalité mentale, l'on s'aperçoit que le progrès et la santé de notre civilisation ne peuvent être assurés que si l'on y voit clairement la place quotient l'énigme de la folie.Le progrès de notre civilisation ainsi (lue sa santé dépendent de la compréhension que l'homme peut avoir de sa vie et de son développement; il faut que l'homme sache quelle direction suivre, et pour en assurer la marche, il est urgent de nous connaître et de savoir quelles peuvent être nos ressources.Si cette connaissance de nous-mêmes est tenue en échec parce qu'il nous manque le courage de regarder en l'homme un aspect "formidable" de sa vie, nous trahissons les conditions indispensables à notre progrès.Comme les peuples heureux, les vies heureuses n'ont pas d'histoire.On les laisse se vivre et se dérouler.Mais c'est devant l'échec d'une vie que l'on prend conscience de ce qu'aurait dû être la vie pour devenir une réussite; c'est devant la folie que l'on doit connaître une vie normale.Il est donc urgent de comprendre la nature de cet échec de la vie.Je sais que la pitié est à la mode.Je sais que l'on se désole facilement à penser qu'un de ses parents, amis, a sombré en cours de route."Pauvre diable" disons-nous.-Mais l'habitude est ancrée de n'avoir pas confiance en une possibilité de rétablissement.Une philosophie de la vie a conduit à ce pessimisme et à cette fausse résignation.Et il s'en trouve qui encouragent, consciemment ou non, pareille ligne de pensée.La profession médicale encourage souvent, en l'adoptant, une philosophie du désespoir, philosophie qui, à mon sens, trahit fonda- MÉDECINE ET FOLIE 53 mentalement la vocation de la médecine qui doit être d'espérance.Autrefois, la médecine était avant tout une "vocation".Et une vocation presque sublime.On y trouvait de l'idéal, du dévouement, du sacrifice.Le médecin consacrait sa vie à la santé de ses malades, il l'a donnait souvent.Aujourd'hui, sauf exceptions, la médecine n'est plus à proprement parler une profession, on s'y occupe beaucoup plus des maladies que des malades.Avec la perfection, l'abondance de l'instrumentation précise, le médecin localise rapidement le mal et formule dogmatiquement le diagnostique exact.11 n'est plus {pic rarement question de s'occuper du malade.La maladie bien circonscrite disparaîtra si le malade veut prendre les pilules et suivre les régimes que la médecine détermine.Or, pilules et régimes ne portent guère à conséquence dans une maladie mentale.Les médicaments peuvent assurer la survivance physique d'un fou mais ne le guérissent pas de la folie.La médecine, en dépit des progrès qu'elle a accomplis, ne s'inquiète pas beaucoup des anormaux et la folie résiste aux remèdes des médecins.La conclusion (pie la médecine laisse entendre, c'est
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