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Titre :
Amérique française
Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. [...]

Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. D'abord mensuelle, Amérique française se fait plus tard bimestrielle puis trimestrielle. Sa publication est suspendue de 1956 à 1962.

Fondée à Montréal par Pierre Baillargeon et Roger Rolland en 1941, Amérique française est dirigée par Baillargeon jusqu'en 1944. Durant cette période, elle constitue une rampe de lancement originale et moderne qui permettra à plusieurs nouveaux talents de se faire connaître.

Anne Hébert, Yves Thériault, Rina Lasnier, Pierre Vadeboncoeur, Jacques Ferron, Roger Lemelin, Adrienne Choquette, mais aussi des collaborateurs plus établis comme Léo-Paul Desrosiers, Alfred Desrochers, François Hertel et Guy Frégault participent alors à la revue. Ces collaborations prennent principalement la forme de brèves oeuvres de fiction et de poésie, mais aussi d'essais et de critiques littéraires.

De novembre 1944 à janvier 1946, Amérique française est dirigée par Gérard Dagenais, des Éditions Pascal, qui en profite pour mettre en avant les auteurs qu'il publie, dont Gabrielle Roy et Carl Dubuc. La littérature inédite cède un peu de place à l'essai sur l'art et aux questions sociopolitiques, à la chronique de livres et à la publicité. Chaque numéro de la revue contient maintenant 80 pages plutôt que 56.

Le polémiste François Hertel prend la barre d'Amérique française en 1946 et donne à la revue un ton spirituel qu'on trouve plus communément dans les revues d'idées à cette époque. La portion littéraire est toutefois toujours présente; on y publie des contes, des nouvelles et de nombreux courts poèmes. Les jeunes auteurs Félix Leclerc, Yves Thériault et Andrée Maillet y contribuent.

La publication d'Amérique française est interrompue à l'été 1947 lorsque François Hertel en quitte la direction. Elle reprend en 1948 grâce au rachat de Corinne Dupuis-Maillet, qui lui donne une facture matérielle remarquable.

Une ligne plutôt traditionnelle est donnée dans les essais qui y sont publiés sur l'art, mais Corinne Dupuis-Maillet permet à quelques jeunes auteurs, dont plusieurs femmes, de collaborer à Amérique française. De nouvelles collaboratrices comme Judith Jasmin, Solange Chaput-Rolland et Françoise Loranger ajoutent à la participation féminine à la revue.

En janvier 1952, Andrée Maillet publie son premier numéro comme directrice d'Amérique française; une aventure qui se poursuit jusqu'en 1955. C'est la période la plus prolifique pour la revue qui s'impose comme un terreau de création et de liberté primordial pour la littérature québécoise moderne.

On y trouve entre autres des poésies de Roland Giguère, de Gaston Miron, de Fernand Ouellette, de Cécile Cloutier et d'Anthony Phelps ainsi que des textes d'Andrée Maillet, de Jacques Ferron et de Jean-Jules Richard. Durant cette période, Amérique française donne aussi un nouvel élan à la critique littéraire.

En 1956, Amérique française laisse la place libre à Écrits du Canada français, principale revue littéraire concurrente. Sa publication est suspendue jusqu'à de nouvelles tentatives de la raviver qui s'avéreront infructueuses en 1963 et en 1964.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1985, vol. VII, p. 228-229.

GIGUÈRE, Richard, « Amérique française (1941-1955) - Notre première revue de création littéraire », Revue d'histoire littéraire du Québec et du Canada français, nº 6, été-automne 1983, p. 53-63.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1941-
Contenu spécifique :
février 1946
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
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Références

Amérique française, 1946, Collections de BAnQ.

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Vient de paraître à la SOCIETE DES EDITIONS PASCAL 1498 ouest, rue Dorchester, Montréal — HA.5430 LE LIVRE TANT ATTENDU DE MARIO IMIJA\l LA VILLE SANS FEMMES Véritable reportage sur la vie dans les camps d'internement canadiens durant la guerre.Voilà un ouvrage d'une grande actualité en ce moment où ont lieu les procès sensationnels des bourreaux des camps nazis et japonais.La pathétique expérience de l'auteur éclaire hautement l'humanité des Alliés.M.Duliani raconte avec émotion son séjour de quarante mois au milieu d'un groupe de Canadiens dans deux camps d'internement.On trouvera dans ce livre une lecture des plus captivante.* * * Fort volume de 320 pages recouvert d'une chemise en couleurs : $1.50 l'exemplaire — $2.50 sur papier de luxe Imuii «• LAM1BANOE »»ul.L JULIEN ¦.IMPRIMERIE de LAMIPAN DE '557 RUE STDENIS MONTRÉAL CANADA • TEL HE L« ¦< 2916 Spécialisé, au Service Jes é^Jileu ri AMÉRIQUE FRANÇAISE K E V lj E M E N S U E L L E FEVHIEIt I!) H» V IEME ANNEE, NO 2 La revue "Amérique Française" est éditée par la Société des Editions Pascal, et elle est imprimée sur les presses de l'Imprimerie de Lamirande à Montréal — L'abonnement est de $3.50 par année (10 mois) — Les collaborateurs de la revue ont l'entière responsabilité de leurs écrits.— Toute reproduction interdite sans autorisation.Adresser toute communication à Amérique Française, Boite postale 132, Outremont, Que.Directeur littéraire: François Hertel Maturité — François Hertel.3 Etude comparée sur le roman réaliste — Jeun-Baptiste Boulanger .7 Claude Perrin, libraire — Pierre BaUlargeon.13 Les Juifs et l'armée — Hervé Biron.21 Le bracelet—Yves Thcriaidt.25 Les Saupiquets — Jacqueline Mabit.30 Romain Rolland — B.Renée Lang.32 Chronique de la poésie —.40 Politique — .•.*.46 Cinéma — .53 Les Livres — .55 En couverture, caricature de François Hertel par C.M. Téléphone : BEIair 3126 TOUT HABIT EST STRICTEMEm||j| A LA MAIN SUR MESURES Habits- Habitft .clu' soir- Paletots 2 6 9 est, ru I^ffiBe -Catherine M O NllËfiiE A L NOTRE TEMPS HEBDOMADAIRE SOCIAL ET CULTUREL Abonnement: $3.00 par année 438, rue St-François-Xavier, Montréal Alfred Allard, président — J.-I-I.Charbonneau, vicc-prés.A.-D.Plante, sec.-trés.— Marcel Allard, directeur Jean Allard, directeur.Cie de Biscuits Stuart Limitée BISCUITS — GATEAUX — TARTES ?235 ouest, ave Laurier ¦ Il ¦ ¦¦¦¦¦ ORescent 2167 3 ^Maturité Extrait de Le» Idées iVAnatole Laptantc, tuile d'Anatole Ltinlaule, curieux homme.(A paraître bientôt.) Veut-on savoir comment j'ai conquis la maturité?Il me semble que cela importe beaucoup à la postérité.La chose sVsl accomplie tout simplement, après de longues années d'apprentissage.-T'ai appris à attendre.Voilà! La maturité se conquiert au prix de l'usure.Plus on est usé, plus on est mûr! Attendre, ("est cela qui est difficile.L'enfant veut immédiatement ce qu'il veut.L'adolescent cherche à vivre toute sa vie à chaque instant.L'être mûr attend que la vie s'offre, qu'elle continue de s'offrir, pour la déguster lentement.Etre mûr, c'est être en A-oie de pourriture.La pourriture, c'est le repos après la vie.Pourri d'expérience, ou de littérature, on du contact avec la terre et l'air, l'homme mûr s'en va, comme un bon fromage, à sa destinée savoureuse.Un bon matin, soudain, je me sentis mûr.Celn vint comme une syncope.La syncope est le mal des gens mûrs.J'étais*mûr parce que je devenais lucide.Quand on sait à peu près ce qu'on est, quand on prend un peu conscience du but où l'on tend, quand on a conquis ces deux formes d'humilité, et quelques autres aussi, c'est qu'on a mûri.A ce moment-là, on ne croit plus guère au grand amour, on sail que les grands esprits sont des hommes faibles comme les autres, on est absolument sûr que seul cet Absolu qui est à la base et au-dessus du inonde est un absolu pour vrai.Les autres petits absolus, comme de petites planètes qui se seraient muées en étoiles filantes, sont tombés verticalement.A cet instant-là, on se sent la tête beaucoup plus en sûreté lorsqu'elle repose sur le sol que sur le principe d'identité.On a compris enfin la faiblesse de l'esprit humain.C'est là ce que ne veulenl ni comprendre, ni admettre les philosophes officiels, ces grands enfants.Dorénavant lorsque je rencontre un philosophe arrivé, c'est-à-dire un philosophe qui a des oreilles d'âne, j'ai toujours envie de lui tirer les oreilles.* * De ma maturité, je m'enivre comme d'un vin.C'est un grand vin français qui ne fait point tourner la tête, mais qui irrigue le cerveau généreusement.Le cerveau bien lubrifié pense jus- 4 AMÉRIQUE FRANÇAISE te et se rend compte à tous les instituts des insuffisances de l'agir humain, cette grimace extérieure où la personne croit s'engager profondément, alors que la personne est forclose et centrée sur soi et que Pacte qui, seul,-compte est l'acte intime.Comme tous les autres gens mûrs, j'ai honte de ce que j'accomplis.L'idéal rêvé est tellement plus vaste.Pourtant la maturité est aussi résignation.Je me résigne à n'être qu'un homme.Jeunes, nous voulons tous jouer les demi-dieux.Les hommes mûrs ne sont pas nombreux.Je le sais et je ne m'en réjouis point.Ce serait si agréable un entretien continuel entre mûrs.Chacun, à chaque instant, déposerait tout son bilan et nul de nous ne songerait à additionner à son être ce qui appartient à tout le monde ou à personne.Nous serions tous simples et nous ne parlerions que de ce que nous connaissons bien.Ce contact certes serait instructif.Charles Lepic, qui est l'homme le plus mûr que je connaisse, après moi, ne nous engueulerait que pour la forme lorsque nous jouerions au grand jeu de la conversation, le jeu par excellence des mûrs.Ne viens-je pas d'insinuer que je suis plus mûr que Charles Lepic?Il faut que j'explique ici comment j'ai rencontré Charles Lepic et ce qu'il est devenu pour moi.Il m'est tombé sur le dos comme le tonnerre; et c'est le lendemain matin du jour où je le rencontrai que je me découvris mûrissant.En effet, toute sa vie on demeure plus mûrissant que mûr.La vrai maturité, c'est une mort calme.Il se présenta par devers moi comme la fantaisie qui vient à point dorer la réalité.En ce temps là en effet, j'étais féru de réalisme.Je parvenais presque à lire Flaubert.Lepic se dressa au-dessus di' nia vie comme les anges, dans les églises Renaissance, se dressent sur les têtes benoîtes des pénitentes des Jésuites.Certes je n'en étais pas rendu là, c'est-à-dire au réalisme mystique.Je tendais tout de même à devenir un homme droit, simple, sérieux, pacifique.Je cherchais moins à m'ébrancher qu'à m'é-inonder d'une manière ou d'une autre.J'étais un grand naif et un grand enfant; mais j'aspirais à une lumière quelconque.Je voulais encore vivre, ce qui s'appelle vivre, c'est-à-dire passer pour quelqu'un devant les hommes.Lepic m'a guéri de ce mal là.Avec lui, je suis entré dans le domaine d'Obéron.Puck est devenu mon directeur de conscience.Tendant à devenir un homme sérieux et un homme de bien, je risquais de m'illusionner, de me prendre, à la lettre, au sérieux.Lepic m'a sauvé de cette ignominie.Il était grand, il le savait; mais il n'ignorait pas que le plus grand homme est tout petit.Nous ne sommes que des chiots devant l'Eternel. MATURITÉ 5 Or il appert, par l'histoire du monde tout entière, que l'humour, que m'a pleinement révélé Lepic, que In blague, à laquelle je suis venu par ma tête française, sont les deux seuls vaccins possibles contre la plus dérisoire des démences humaines: le culte de soi.La sagesse de Lepic était toujours enveloppée dans les langes de la gaieté.Sa fantaisie donnait aux axiomes qu'il proférait sans cesse un caractère inoffensif et plausible.On sait que ceux qui disent de sang froid « pierre qui roule n'amasse pas mousse », n'ont jamais roulé la moindre pierre et ne savent même pas ce que c'est que de la mousse.Lorsque Lepic disait « deux et deux font quatre », c'était si extraordinaire qu'on eût été moins surpris d'entendre Bossuet proclamer les Droits de l'homme.Tout le monde sait en effet que deux et deux font cinq ou six.Dans la bouche de Lepic l'inexactitude la plus énorme prenait un petit air familier.On prétendra à tort que ce dernier paragraphe n'est pas clair.La clarté n'est d'ailleurs pas une question de paragraphe.* * Etre mûr, c'est avoir bien souffert, c'est en avoir fini avec la souffrance.Au moment où l'on est mûr, on n'est plus vulnérable que dans sa chair.Ce qu'on appelle souffrance morale est devenu quelque chose de beaucoup trop littéraire.On tient trop peu à soi pour s'appesantir sur soi.Seul le corps est demeuré vulnérable.L'âme s'est complètement conquise; et c'est un grand malheur pour les ennemis que l'on pourrait avoir.* * * Certes, il y aurait encore beaucoup de choses à écrire sur la maturité: mais la mesure aussi est un apanage des mûrs.La maturité, c'est le règne du vouloir.La maturité, c'est l'âge de Dieu; on ne peut que s'engager quand on est mûr.On est à cette époque ou pour ou contre Dieu. 6 AMÉRIQUE FRANÇAISE Si on est vraiment mûr, on s'est assez sondé, approfondi, pour reconnaître le souverain domaine de Dieu.Si on se refuse à lui, c'est qu'on est encore victime de quelques relents d'adolescence.Pleine lucidité de l'intelligence, pleine possession du vouloir, parlait épanouissement des facultés sensitives, voilà la maturité! Tout cela bien entendu demeure dans le domaine de la relative plénitude que l'homme peut atteindre.Voir complètement clair, se maîtriser parfaitement soi-même, sentir avec ampleur, intensité et finesse, toutes ces prérogatives humaines sont finies comme l'homme fini dans lequel elles tendent à s'équilibrer.Platon avait tout de même raison d'enseigner que pour prendre contact avec les idées, il faut s'être épuré et maîtrisé.La maturité, c'est le moment où la vie mérite vraiment d'être vécue.Cette maturité est un solage sur lequel on tentera, si l'on est philosophe, d'édifier un mur de métaphysique.François HE11TEL J'ai saisi des étoiles filantes Et j'en ai parsemé mes cheveux.Pendant que tournaient des valses lentes, J'ai fait à dame lune trois voeux.Le premier je ne l'ai pas tenu Car j'ai parlé d'amour à Saturne, La fiancée à l'anneau ténu.A l'autre j'ai jeté le cothurne, Fatigué de jouer Pierrot blême.Mais le troisième est mystérieux Et m'épouvante bien que je l'aime, Ce regard de femme dans mes yeux.* * * François PELADEAU 7 Ctude compatée aux le roman realiâte — De Champfleury ÎI Flaubert — l'en de méthodes offrent au critique plus de ressources pour l'étude d'une école littéraire que l'analyse comparée de ses oeuvres les pins typiques: surtout dans le cas du roman réaliste, où se succèdent deux ramilles d'écrivains ayant des idées communes et une production fort diverse par la qualité.Le chef de file des premiers est Champfleury, théoricien de la sincérité (faux l'art, propagandiste du mouvement nouveau; il lutte dix années, pour ensuite disparaître devant la grande figure de Flaubert, le .Maître qu'il n'avait l'ait qu'annoncer.Cet essai tentera d'extraire, des différentes applications de principes semblables par ces deux romanciers, la véritable formule du roman réaliste.Mon choix s'est porté sur Lex Bow-t/eois de Molincliart et Madame Bovary; le roman de Champfleury ne précède que de trois ans celui de Flaubert, et il s'asrit du même milieu provincial et bourgeois, de la même histoire d'une jeune femme romanesque, mal mariée, séduite par le premier galant venu.Ces ouvrages, parmi les meilleurs des deux formes du réalisme, se prêtent donc tout parlicuièroment à de fructueuses comparaison pour notre étude.* * * Les BoWf/eois est un ouvrage pavé de bonnes intentions.Cela est peut-être du réalisme, auprès des «oeuvres distinguées, de bon goût,» (pie Champfleury exécrait: mais comme il est resté près du roman de cape et d'épée, par son intrigue et sa psychologie! Louise est comme une princesse détenue par un vilain sorcier, son mari; et il lui faut subir mille tortures aux mains d'une vieille fée Car a bosse, Mademoiselle Ursule, avant la délivrance par son «âme soeur.» le comte Julien de Vorges.Ce jeune dieu, (pii vient tout naturellement soupirer sous la fenêtre de sa dame, au clair de lune (n'est-ce pas?), enflamme tous les coeurs; il inspire à une danseuse de cirque un amour qui la tuera, il est riche, il est beau, il est pur, il est chevaleresque: bref, c'est le héros romantique.Il pense normalement au suicide qui mettra fin à ses malheurs, car «que résulte-t-il, après tout, d'un coup de pistolet?la mort.» Il est extràordinnirement chaste: «mon rêve est de baiser ses paupières»; ce qui ne l'empêchera pas de prendre tous les moyens pour faire de Louise sa maîtresse; en attendant, «ils conversaient par l'esprit et se parlaient mysté- 8 AMÉRIQUE FRANÇAISE rieusemeiit.» Louise agit en couvent ine se l'ait surprendre dans un rendez-vous clandestin par les sinistres «dames de Jérusalem.» Nous assistons ici à une magnifique scène de mélodrame: on ouvre «la porte du cabinet où elles (ces dames) étaient tapies» et l'infidèle est confondue devant sa famille qui lui pardonne solennellement; une vie d'enfer la pousse à s'enfuir chez une parente de sa femme de chambre, mais ce n'est là qu'un piège: «au lieu de trouver à l'arrivée de la voiture une parente de la femme de ménage.Louise tomba dans les bras de Julien.» Il faudrait citer tout le chapitre qui 's'intitule -Le Bonheur et qui dut faire pleurer bien des abonnées de La Presse parisienne, où le roman paraissait en feuilleton.Les amants vivent à Paris, ils voyagent à l'étranger, leur amour s'étiole: «J'ai aimé Louise passionément, écrit notre héros,.et j'en suis las après un an.» Et c'est sur cette perspective que se termine le roman, inachevé.A ce romanesque sublime se mêle une grotesque caricature de la société molinchartoise: en dehors des quatre nobles et de la touchante héroïne, il n'y a pas de personnage sympathique, voire humain.Creton réunit tous les ridicules et toutes les mesquineries du bourgeois, de George Dandin à Joseph Prudhomme.Ursule, « porteuse de bannière à la confrérie de la Vierge, » vieille fille dévote et méchante, rappelle vaguement Cousine Mette: c'est le seul caractère de l'ouvrage.L'archéologue, le chevalier d'industrie parisien, le juge, le petit Janotet, Mme ('happe sont des charges.On nous montre une société savante adoptant un parapluie comme unité de mesure, une académie raci-nienne s'occupant d'élevage de chevaux; Champfleurv ne néglige même pas les procédés de la farce: on cherche un parapluie réclamé par une lettre de son propriétaire dont le post-scriptum, qu'on a oublié de lire, indique que le vénérable instrument scientifique est retrouvé.Ce pauvre provincial a gardé le sentiment de son origine : son livre est comme une plainte.Sans cesse l'auteur nous explique «cette partie de la France,» il nous traduit les provincia-lismes, les corruptions du langage; il admire naturellement les gens bien nés, les Jonquières, les Vorges.Dans ses lettres comme dans son roman, l'on ne sait vivre qu'à Paris: Champfleury a trop souffert de Laon.Ce romancier qui se dit «arrivé à la naïveté, qui est tout dans les arts, » est le plus forcené moraliste, bien français par ce côté.II s'arrête au beau milieu de l'action pour nous servir un portrait de l'avoué, de l'artiste, ou pour nous faire part de ses considérations sur le célibat, sur «la conduite des coquettes,» sur «les personnes artificieuses,» sur «les méchants» ou sur « les auges consolateurs.» Autodidacte fier de ses récentes découvertes, il fait montre de quelques notions d'anatomie, de ÉTUDE COMPARÉE SUR LE ROMAN RÉALISTE 9 météorologie, cite Lava 1er, et, en homme éclairé, se moque de Notre-Dame de Liesse.Je m'en voudrais d'ignorer les mérites de Champfleury.Certaines de ses analyses sont du Freud avant la lettre; la scène du dîner est parfaitement réussie; il lui suffit parfois d'une phrase pour éclairer violemment un personnage sous son vrai jour; il y a des détails qui témoignent d'un merveilleux sens d'observation: mais combien le ton général est peu réaliste! La phrase traîne; l'écriture est difficile, souvent fautive, rarement agréable.L'écrivain s'arrête-t-il devant un spectacle de la nature, il nous le décrit comme «un endroit qui offrirait aux enthousiastes de paysages un des plus beaux motifs de France.» Est-ce là ce que promet le renouveau réaliste?La vérité, c'est que Champfleury, animé d'excellentes intentions réformatrices, ne pouvait faire mieux.Il fallut attendre Flaubert pour avoir des chefs-d'oeuvre.Jules Ilusson, (Champfleury, est.un pseudonyme), quitte le collège en sixième; on le retrouve à Paris s'initiant avec fièvre à l'histoire, à la religion, aux sciences, à la philosophie, aux langues, qu'il n'a jamais apprises: «je n'avais rien lu avant de venir à Paris, écrit-il, rien que des romans et pas pour les étudier.» Il doit faire du feuilleton pour gagner sa vie, et son style s'en ressent.Il est constamment pris par des ennuis d'argent, par le souci d'arriver.Aussi trouve-t-il énorme le temps qu'a «demandé l'enfantement de ce livre:» exactement neuf mois.Il n'y a pa'S de jugement plus sévère sur son oeuvre que ce pénible aveu: «Je n'ai jamais prétendu devenir un grand homme littéraire: en travaillant, j'aurais pu avoir un nom recommandable; mais il ne faut, pas y penser: j'ai besoin de vivre.» * * * Flaubert a consacré quatre années et demie de loisirs à.la rédaction de Madame Bovary.La préparation en est beaucoup plus longue.Il publie en 1857 le résultat de toute sa vie antérieure, de sa sensibilité refoulée, de son pessimisme philosophique et d'un apprentissage littéraire qui dure depuis l'âge de dix ans et qui a déjà donné les Mémoires d'un fou.les premières versions de VEdncation et de la Tentation.Ce grand bourgeois cultivé n'a d'autre occupation que l'écriture, à laquelle il sacrifie émotions, fortune et santé.«Madame Bovary, dira-t-il.c'est, moi.» Thibaudet, grand amateur de rapprochements inédits, fait de Madame Bovary une sorte de Faust.Ce n'est pas là, comme le voudrait un sous-titre sans prétention, un simple livre autour des moeurs de prorince; c'est une fresque saisissante d'effroi par son déploiement tragique: et le cri douloureux de Char- 10 AMÉRIQUE FRANÇAISE les est la conclusion
de

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