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Amérique française
Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. [...]

Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. D'abord mensuelle, Amérique française se fait plus tard bimestrielle puis trimestrielle. Sa publication est suspendue de 1956 à 1962.

Fondée à Montréal par Pierre Baillargeon et Roger Rolland en 1941, Amérique française est dirigée par Baillargeon jusqu'en 1944. Durant cette période, elle constitue une rampe de lancement originale et moderne qui permettra à plusieurs nouveaux talents de se faire connaître.

Anne Hébert, Yves Thériault, Rina Lasnier, Pierre Vadeboncoeur, Jacques Ferron, Roger Lemelin, Adrienne Choquette, mais aussi des collaborateurs plus établis comme Léo-Paul Desrosiers, Alfred Desrochers, François Hertel et Guy Frégault participent alors à la revue. Ces collaborations prennent principalement la forme de brèves oeuvres de fiction et de poésie, mais aussi d'essais et de critiques littéraires.

De novembre 1944 à janvier 1946, Amérique française est dirigée par Gérard Dagenais, des Éditions Pascal, qui en profite pour mettre en avant les auteurs qu'il publie, dont Gabrielle Roy et Carl Dubuc. La littérature inédite cède un peu de place à l'essai sur l'art et aux questions sociopolitiques, à la chronique de livres et à la publicité. Chaque numéro de la revue contient maintenant 80 pages plutôt que 56.

Le polémiste François Hertel prend la barre d'Amérique française en 1946 et donne à la revue un ton spirituel qu'on trouve plus communément dans les revues d'idées à cette époque. La portion littéraire est toutefois toujours présente; on y publie des contes, des nouvelles et de nombreux courts poèmes. Les jeunes auteurs Félix Leclerc, Yves Thériault et Andrée Maillet y contribuent.

La publication d'Amérique française est interrompue à l'été 1947 lorsque François Hertel en quitte la direction. Elle reprend en 1948 grâce au rachat de Corinne Dupuis-Maillet, qui lui donne une facture matérielle remarquable.

Une ligne plutôt traditionnelle est donnée dans les essais qui y sont publiés sur l'art, mais Corinne Dupuis-Maillet permet à quelques jeunes auteurs, dont plusieurs femmes, de collaborer à Amérique française. De nouvelles collaboratrices comme Judith Jasmin, Solange Chaput-Rolland et Françoise Loranger ajoutent à la participation féminine à la revue.

En janvier 1952, Andrée Maillet publie son premier numéro comme directrice d'Amérique française; une aventure qui se poursuit jusqu'en 1955. C'est la période la plus prolifique pour la revue qui s'impose comme un terreau de création et de liberté primordial pour la littérature québécoise moderne.

On y trouve entre autres des poésies de Roland Giguère, de Gaston Miron, de Fernand Ouellette, de Cécile Cloutier et d'Anthony Phelps ainsi que des textes d'Andrée Maillet, de Jacques Ferron et de Jean-Jules Richard. Durant cette période, Amérique française donne aussi un nouvel élan à la critique littéraire.

En 1956, Amérique française laisse la place libre à Écrits du Canada français, principale revue littéraire concurrente. Sa publication est suspendue jusqu'à de nouvelles tentatives de la raviver qui s'avéreront infructueuses en 1963 et en 1964.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1985, vol. VII, p. 228-229.

GIGUÈRE, Richard, « Amérique française (1941-1955) - Notre première revue de création littéraire », Revue d'histoire littéraire du Québec et du Canada français, nº 6, été-automne 1983, p. 53-63.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1941-
Contenu spécifique :
Vol. VIII, No 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
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Références

Amérique française, 1949, Collections de BAnQ.

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AMÉRIQUE FRANÇAISE REVUE TRIMESTRIELLE MEMOIRE présenté par « Amérique Française » à la Commission Royale d'Enquête sur les Arts, les Sciences et les Lettres au Canada.Très Honorable M.le Président, Madame, Messieurs, La raison d'être de la revue « Amérique Française » est de sauvegarder et de mettre en valeur notre patrimoine de culture française.Quel est le but de cette revue ?Sa ligne de conduite ?Le rôle qu'elle joue dans notre vie intellectuelle et artistique ?Son but est multiple.C'est avant tout, de propager à travers le continent américain, l'importance qu'il y a à conserver notre bel héritage de culture française, et à le faire apprécier par nos compatriotes et par nos voisins de langue anglaise.C'est de chercher à établir un rapprochement entre nos deux grandes cultures, et à encourager par le fait même 1 AMERIQUE FRANÇAISE le bilinguisme, sans lequel l'union entre Canadiens d'origine anglaise et d'origine française demeurera toujours un problème difficile à résoudre.H s'agit bien de favoriser l'union et non pas la fusion des deux principaux éléments qui, avec les autres groupes minoritaires, constituent l'entité du peuple canadien.« Amérique Française » vise à encourager nos jeunes auteurs et nos artistes, en publiant leurs écrits, en mettant leurs travaux en lumière, leur assurant une critique constructive, et en les rapprochant de leurs confrères aines dont ils peuvent ainsi plus facilement suivre les traces.Elle veut aider nos écoles, nos universités et nos différents groupes culturels à répandre et à défendre leurs idées, à condition, bien entendu, que celles-ci soient conformes aux principes de la doctrine chrétienne.« Amérique Française » entend protéger de son mieux notre culture, contre les atteintes de la décadence dont les flots agités déferlent sur nos rives avec une croissante violence.C'est pour cela qu'elle a lancé son mouvement de néo-classicisme.* * * La ligne de conduite d' « Amérique Française » est en rapport avec ses visées.Elle cherche à étendre son action dans tous les principaux centres artistiques et intellectuels de l'Amérique, et sollicite avant tout la collaboration d'écrivains canadiens-français et franco-américains.Elle accueille avec joie les auteurs d'origine anglaise qui écrivent en français, tel le docteur David O.Evans qui dirige la section française de la faculté des Lettres à l'Université de la Colombie Anglaise, et dont les œuvres sont très appréciées en France ; l'honneur de l'avoir présenté aux lecteurs canadiens revient entièrement à la revue « Amérique Française ».2 MEMOIRE Suivant toujours sa politique de rapprochement entre les Canadiens d'origine anglaise et d'origine française, « Amérique Française se déclare en faveur de la publication d'une Histoire du Canada, bilingue et impartiale, subventionnée par le Gouvernement Fédéral.Notre Histoire devrait être rédigée par nos meilleurs historiens canadiens-anglais et canadiens-français, secondés par nos grands archivistes, et réunis en un comité chargé d'exécuter ce travail dans un délai raisonnable de cinq à dix années.« Amérique Française » préconise l'établissement d'une équivalence entre les degrés universitaires, de façon à permettre non seulement un échange de professeurs, mais aussi la permutation d'un certain nombre d'étudiants, entre nos différentes universités.Ainsi, un étudiant de l'université de la Colombie Anglaise pourrait terminer son doctorat à l'université de Montréal, et vice versa.Cette mesure, sans affecter l'autonomie des provinces, leur fournirait un moyen idéal de rapprochement.Il faudrait viser, d'un commun accord, à l'uniformité des livres là où la question de religion n'entre pas en jeu.« Amérique Française » demande au gouvernement fédéral de créer des bourses pour les lauréats de nos Conservatoires de Musique et nos Ecoles des Beaux-Arts, afin de leur permettre d'aller parfaire leurs études en Europe.Ces bourses devraient être distribuées au mérite, et demeurer libres de toutes ficelles politiques.La revue recommande fortement au gouvernement de maintenir outremer un attaché culturel bilingue, chargé de surveiller le travail de nos boursiers.Le Département des Yétérans est bien organisé sous ce rapport, et les provinces gagneraient à suivre son exemple, notamment la province de Québec dont certains boursiers ne font rien.Le renouvellement d'une bourse devrait toujours dépendre des progrès du boursier et non pas de ses accointances politiques.La Maison Canadienne, de la Cité Universitaire de Paris, en ce moment, n'est guère plus qu'une maison de pension 3 AMERIQUE FRANÇAISE toujours en déficit, alors qu'elle devrait être un lieu d'échange culturel entre nos étudiants canadiens et leurs confrères européens.Il n'est pas juste quelle soit à la charge de la province de Québec, alors que la moitié des étudiants qui l'habitent viennent des autres provinces.Elle devrait donc être subventionnée par le gouvernement fédéral, et sa direction, au lieu d'être une vague sinécure, devrait être confiée à l'attaché culturel ; celui-ci pourrait se faire seconder dans cette tâche, par un comité d'étudiants dans lequel chaque province serait représentée.En raison de la grande générosité du gouvernement français qui accorde chaque année de nombreuses bourses d'études à de jeunes Canadiens, la revue demande qu'on invite plus de jeunes Français à venir étudier au Canada.* * * Le rôle et les accomplissements d'«Amérique Française » sont dignes d'encouragement.Cette revue atteint de nombreuses universités canadiennes et américaines, aidant les sections françaises de leurs facultés des Lettres à se tenir au courant de la littérature française de l'heure actuelle, et à découvrir chez les auteurs classiques et romantiques, des aspects nouveaux.Grâce à la place quelle fait à l'anthologie, « Amérique Française » remet en vedette les plus belles pages de notre littérature canadienne.Mais, au cours de l'année qui vient de s'écouler, ce dont la revue est le plus fière, c'est d'avoir joué un rôle de tout premier plan, dans la nomination à la section française de la faculté des Lettres de l'université de la Colombie Anglaise, de Roger Rolland notre brillant jeune compatriote qui décrochait à Paris, en 1948, son doctorat en Sorbonne.C'est effectivement après avoir lu, dans « Amérique Française », l'article de 4 MEMOIRE Roger Rolland intitulé : « Les Intentions de la Poésie », que le professeur David O.Evans recommanda fortement son embauchement.Cet heureux événement devrait se répéter plus souvent.Conclusion Le Canada a beau s'être développé sensiblement dans le domaine culturel, il est encore bien arriéré par rapport à l'Europe.La libre expression d'idées saines, par le médium de revues du calibre d'« Amérique Française », conduirait à un progrès rapide et continu, dans le bon sens.Cette publication impose le respect tant par le sérieux de son ton, que par sa modération, et elle devrait atteindre un plus grand nombre de lecteurs.Depuis le début de la guerre, seuls les simili intellectuels, les infantiles imitateurs des pires et des plus faciles mouvements de décadence, ont retenu l'attention du public, grâce à une publicité du plus mauvais aloi.« Amérique Française » veut être un pilier de culture véritable, et demande qu'on l'aide à se répandre par l'entremise du Département des Affaires Etrangères et par celle des autres ministères qui ont à voir directement ou indirectement aux Beaux-Arts, à la Littérature et à l'Instruction Publique.Respectueusement soumis par, La Direction d'Amérique Française PENSEE • La tradition n'est pas le refus de l'avenir, mais la richesse accumulée de la vie qui fait éclater les limites du présent en même temps quelle lui donne une direction.Jacques Lavigne 5 CHATEAUBRIAND, DIPLOMATE (1768-1848) Voici un peu plus d'un an déjà que M.René Rislelhueber a quitté le Canada.Après y avoir représenté la France à Ottawa aux heures les plus sombres de la guerre, il était venu s'installer à Montréal où l'Université l'avait accueilli.Par ses cours, ses conférences, ses causeries à la Radio, pauses articles publiés dans différentes Revues, par ses livres enfin dont cinq se sont succédé en trois ans, il était quelque peu devenu des nôtres.Nous sommes heureux de faire paraître ici une étude de lui sur Chateaubriand.Elle fait partie d'une suite d'articles, dont quelques-uns déjà publiés, sur les écrivains diplomates, sujet qu'il est spécialement qualifié pour traiter.En prolongeant ainsi sa présence au Canada, où il comptait de nombreux amis, nous avons le sentiment de répondre au désir de ceux qui ne veulent pas l'oublier.N.D.R.Avant même que le service diplomatique eût été organisé au Congrès de Vienne, dès 1805, un écrivain entre dans « la Carrière » : François-René Chateaubriand est nommé premier secrétaire à l'ambassade de France à Rome par Bonaparte, premier Consul.Etrange destinée que celle de ces deux grands hommes qui se détestaient en s'admirant.Dans son inconscient désir de lier sa vie à celle de son « ennemi », Chateaubriand va jusqu'à se rajeunir d'un an.Dans ses Mémoires d'Outre-Tombe, ne prétend-il pas être né quatre jours après Bonaparte ?Uniquement pour pouvoir déclamer : « II m'emmenait avec lui ».Chacun connaît les débuts du sombre et inquiet René.Us sont autant le reflet de cette époque troublée que celui de la 6 CHATEAUBRIAND DIPLOMATE fougue de ses propres sentiments.De bonne noblesse bretonne, officier dans les derniers jours de l'ancien régime, il part brusquement pour l'Amérique au début de la Révolution.Son esprit tourmenté et insatisfait lui fait entreprendre ce voyage à un moment où il constituait encore une aventure téméraire, surtout sur un bateau de 160 tonnes.Son but ?Rechercher le fameux passage du Nord-Ouest.Jusqu'où s'est-il avancé dans l'intérieur du continent américain ?A-t-il réellement descendu le Mississipi ?Sans doute ne le saura-t-on jamais.II est difficile de se fier à ses dires, son imagination, qui était vive, ayant certainement devancé ses pas.D'ailleurs, comme le remarque André Maurois, le fait importe médiocrement.L'essentiel est que le voyageur rapportait « des images et des couleurs que nul écrivain avant lui n'avait su fixer ».Au contact d'un monde nouveau, son goût déjà très ardent de la nature s'était amplifié et son esprit enrichi par la vision de paysages exotiques et l'observation de moeurs étranges.A la nouvelle de la fuite de Louis XVI, il revient en hâte en France et se marie, sans avoir jamais su pourquoi.Aussitôt, par esprit de tradition plus que par conviction, il s'engage dans l'armée des émigrés.Elle le déçoit quelque peu.Le voilà réfugié à Londres où il connaît véritablement la misère.Tout en gagnant péniblement sa vie, il écrit sans grand succès, notamment un « Essai sur les Révolutions ».Ceci jusqu'au moment où la nouvelle de la mort de sa mère détermine en lui un choc si douloureux qu'il le fait revenir à la religion, quelque peu délaissée jusque-là.Dès lors, il s'assigne pour tâche de célébrer les beautés du christianisme qui viennent de lui réapparaître tout à coup avec éclat.L'accession au pouvoir du Premier Consul faisant espérer avec le retour de l'ordre, une amnistie en faveur des émigrés, il se risque à revenir en France après un exil de près de neuf ans.Là, comme il le note dans ses Mémoires d'Outre-Tombe, il se met au travail « avec l'ardeur d'un fils qui élève un monument à sa mère ».7 AMERIQUE FRANÇAISE Autour de lui se forma une petite cour d'admirateurs qui l'encourageaient et, parmi eux plus que tout autre, la spirituelle et maladive Madame de Beaumont, bientôt la plus tendre des collaboratrices.Elle a tracé de lui ce portrait : Plutôt petit, pas très bien proportionné, raide d'allure, il portait sur des épaules trop hautes une tête trop grosse, manifestement peu faite pour ce corps.La princesse de Lieven, qui ne l'aimait pas, dira plus tard qu'il était un bossu sans bosse.Mais son front noblement bombé était admirable et son sourire attirant.Plus encore, dès qu'il ouvrait la bouche, l'originalité de sa pensée et la beauté de sa voix captaient ses auditeurs, et surtout ses auditrices.Cette petite chapelle le poussait à publier les écrits qu'il lisait avec tant de charme.A titre d'essai, un morceau, Attala, extrait du futur chef-d'œuvre fut livré au public.II réussit au-delà de tout espoir.On fut surpris par le frisson d'une sensibilité nouvelle et la magie d'un style coloré.Chateaubriand commençait l'exploitation littéraire de la mélancolie qu'il allait si brillamment mener à bien.En présence d'une telle faveur, le Génie du christianisme parut pour suivre la même voie triomphale.Ce succès inspira à son auteur des ambitions politiques.Comme bien des poètes, Chateaubriand brûlait de se révéler homme d'action.Champion officiel du catholicisme, n'était-il pas prédestiné pour rétablir entre la France et le Saint-Siège les relations rompues depuis la tourmente révolutionnaire ?Par une curieuse coïncidence, le Concordat, signé en juillet 1801, n'ayant été promulgué que le 8 avril 1802, quatre jours après paraissait le livre qui, glorifiant le christianisme, valait à son auteur une soudaine et bruyante notoriété.Comment ne pas voir dans ce rapprochement une sorte de décret de la Providence ?Chateaubriand allait « entrer dans la politique par la religion », comme il l'a écrit.De fait, il avait découvert et exposé les charmes et les beautés du catholicisme au moment précis où, cherchant à mettre un point final à la Révolution, Bonaparte, dans son 8 CHATEAUBRIAND DIPLOMATE désir de restaurer l'ordre et l'autorité, avait ramené la France dans sa tradition nationale en faisant cesser la rupture consommée avec le Vatican.La publication du Génie du Christianisme contribuait à un renouveau de l'esprit religieux en tous points conforme à ses vues.A l'instant où il le désirait, paraissait un livre fait pour donner aux esprits l'orientation qu'il souhaitait de leur imprimer.Le Premier Consul conçut-il le projet de s'attacher un écrivain qui avait si exactement répondu à sa pensée et son-, gea-t-il aussitôt à utiliser ses services ?Chateaubriand n'a rien négligé pour le faire croire.Dans ses Mémoires, il raconte, non sans complaisance, comment, lors d'une fête donnée par Lucien Bonaparte en l'honneur de son frère, il fut invité comme étant celui qui avait « rallié les forces chrétiennes ».Pour la première fois, il rencontra le futur Empereur.Loyalement, il reconnaît- la profonde impression qu'il en éprouva.L'allure, la simplicité et surtout « l'œil admirable » de Bonaparte le frappèrent.Celui-ci, prétend-il, le reconnaissant aussitôt, vint à lui à travers la foule qui s'écartait respectueusement.Avec sa brusquerie coutumière, il l'interpella.A brûle-pourpoint, comme continuant une conversation commencée, il lui parla de l'Egypte, de l'Islam, des religions et finalement du Christianisme, « allégorie du mouvement des sphères » qui revêtait une singulière grandeur.Puis il se serait éloigné tout aussi précipitamment.A peine son interlocuteur avait-il ouvert la bouche.Ce monologue aurait cependant suffi pour faire apprécier celui qui l'avait si bien écouté.« Du premier coup d'oeil », écrit Chateaubriand sans modestie, « Bonaparte avait jugé où et comment je pouvais lui être utile.Peu lui importait que je n'eusse pas été dans les affaires et que j'ignorasse le premier mot de la diplomatie.C'était un grand découvreur d'hommes, mais il voulait qu'ils n'eussent du talent que pour lui et qu'on ne parlât pas de leur talent.Jaloux de toute renommée, il la regardait comme une usurpation de la sienne.» 9 AMERIQUE FRANÇAISE Dans ces lignes écrites une trentaine d'années plus tard, s'exaltent l'amertume et surtout l'envie portée au dictateur par l'écrivain qui, tout aussi orgueilleux que lui, ne cessera de le considérer comme un rival favorisé par le sort.A cette époque, ses sentiments n'avaient pas atteint ce diapason.Bien que de tradition royaliste, l'ancien émigré se sentait au contraire assez enclin à servir un nouveau régime d'ordre, du moins dans des fonctions où il serait utile à la cause de ses convictions.Malgré l'opinion qu'il avait de lui-même, prétendre dès ce moment à l'ambassade de Rome paraissait un peu osé pour un début.II se contenterait d'un poste de premier secrétaire.Chateaubriand tient à laisser l'impression qu'il repoussa d'abord les offres du Premier Consul.II aurait fallu toute l'insistance du Supérieur de Saint-Sulpice, le suppliant au nom du clergé, pour le décider à les accepter, bien que sachant parfaitement, ajoute-t-il, qu'il « ne valait rien du tout en seconde ligne ».La réalité paraît différente.Si sa nomination à Rome a effectivement tardé, ce n'est pas de son fait.Bonaparte ne se hâtait pas de la signer.Aussi en mars 1803, une seconde édition du Génie du Christianisme ayant opportunément paru.Chateaubriand se rappela au souvenir de son protecteur par l'envoi d'un exemplaire muni d'une chaleureuse dédicace dans laquelle il le reconnaissait comme marqué de loin par la main de la Providence « pour l'accomplissement de ses prodigieux desseins ».Une si habile flatterie emporta sa récompense.Deux mois après, le 4 mai 1805, ayant attendu près d'un an, l'heureux candidat obtenait enfin le poste convoité.A Rome, son chef devait être le propre oncle du Premier Consul, le Cardinal Fesch, rapidement promu archevêque de Lyon et pourvu du chapeau, lui aussi un Corse autoritaire à peine plus âgé que son secrétaire.Celui-ci, ayant tenu à aller le saluer à Lyon en cours de roule, parut satisfait de l'impression qu'il avait produite.Finalement, après avoir glorifié 10 CHATEAUBRIAND DIPLOMATE en passant les grandioses paysages des Alpes, il arrivait à Rome le 17 juin, avant son ambassadeur.Dès l'abord, tout lui plut.« Maître de Rome et n'ayant à peu près rien à faire », il était enchanté de visiter à son aise la Ville-Eternelle et de nouer des connaissances.Le Souverain Pontife le reçut : Pie VII lui parut pâle, triste et résigné, un « vrai Pontife des tribulations ».L'arrivée de son chef ne troubla pas tout d'abord cette euphorie.Celui-ci paraissait s'accommoder des fantaisies de son secrétaire-auteur.Ce fut de courte durée ; les rapports ne tardèrent pas à se tendre.Chateaubriand se prodiguait en visites, sans se soucier de savoir comment elles seraient interprétées.C'est ainsi qu'il alla voir I'ex-Roi de Sardaigne, réfugié à Rome où il groupait autour de lui de nombreux mécontents.Cette visite à un souverain détrôné par Bonaparte fut sévèrement jugée : c'était un manque de tact.Jusque-là plein d'indulgence, le Cardinal tenta de tenir en bride le secrétaire trop désinvolte.11 lui interdit de demander audience au Souverain Pontife, ce qui n'empêcha pas Chateaubriand d'aller de lui-même présenter à Pie VII un groupe de pèlerins français.L'ambassadeur prit le parti de ne plus lui confier aucun travail intéressant.« Je délivrai des passe-ports et m'occupai de fonctions tout aussi importantes », constate-t-il avec dépit.Sa mauvaise écriture était invoquée comme un obstacle à produire ses talents et le Ccirdinal haussait les épaules quand il apercevait sa signature.Condamné à l'oisiveté forcée, l'infortuné en était réduit à regarder par-dessus les toits du palais Lancelotti, heureux quand passait quelque enterrement pour le désennuyer.Loin d'être initié aux mystères diplomatiques, il remplissait le rôle d'un expéditionnaire dans une sous-préfecture.Non seulement il se morfondait d'être ainsi tenu à l'écart, mais il se rendait compte avec rage qu'il n'y avait pas une « buse diplomatique qui ne se crût supérieure à lui de toute la hauteur de sa bêtise ».11 AMERIQUE FRANÇAISE Un événement inattendu vint détourner le cours de ses pensées.Se sentant mourante, Madame de Beaumont, la Muse dont l'amour et l'esprit lui étaient également chers, vint le rejoindre pour avoir le bonheur d'expirer entre ses bras.Avec une ferveur touchante, il s'ingénia à adoucir ses derniers jours.Un soir, après avoir admiré avec lui la masse du Colisée, elle s'alita pour s'éteindre le surlendemain du jour des Morts.Dès lors, le séjour à Rome devint insupportable à l'amant éploré.A Paris se succédaient des rapports dans lesquels ambassadeur et secrétaire se plaignaient l'un de l'autre avec une égale violence.Chateaubriand songeait même à démissionner tant cette expérience diplomatique l'avait déçu.Plus tard, devenu Ministre des Affaires Etrangères, il se vantera d'avoir laissé subsister les accusations dirigées contre lui, tandis que Talleyrand avait profité de son passage au pouvoir pour détruire certains documents peu édifiants.Le Premier Consul se rendit compte qu'à laisser aller les choses, on aboutirait à un scandale ou au départ d'un rallié de marque qu'il tenait à conserver à son service.En raison du caractère difficile de Chateaubriand, le plus sage n'était-il pas de lui confier un poste indépendant, sans importance encore, pour le mettre à l'épreuve.Une occasion s'offrit fort opportunément.Poussé par Bonaparte, qui tenait à se ménager dans cette région une voie d'accès en Italie, le canton du Valais se détacha à ce moment de la Confédération helvétique pour se constituer en République indépendante.La France se devait d'y avoir un représentant ; ce serait Chateaubriand.Sans doute celui-ci valait-il infiniment mieux.Toutefois Bonaparte s'était rendu compte qu'il était « de cette race qui n est bonne que sur un premier plan ».La satisfaction de devenir son chef, même sur un terrain aussi modeste que celui du Valais, lui fit accepter volontiers des fonctions « conformes à son instinct de solitude et d'indépendance ».« Bonaparte, écrit-il, me plaça dans les Alpes ; il me donna une 12 CHATEAUBRIAND DIPLOMATE République catholique avec un monde de torrents et la première grande ambassade disponible m'était réservée ».C'était du moins son avis.A son arrivée à Paris, les membres du conseil municipal de la ville de Sion, sa future résidence, lui adressèrent une lettre fort aimable.Ils se réjouissaient d'un choix agréable à un peuple religieux et assuraient le représentant de la France de leur vif désir de lui aménager un logement digne de lui.Ses préparatifs de voyage l'absorbaient d'autant plus qu'il devait rejoindre sa solitude du Valais avec sa femme, dont la compagnie lui avait paru moins désirable à Rome.Aussi insistait-il auprès de Talleyrand pour obtenir une augmentation de l'avance prévue pour ses frais de déplacement.II en était là quand, le 21 mars 1804, éclata la nouvelle de l'exécution du duc d'Enghien dans les fossés de Vincennes.Sur-le-champ, le futur ministre au Valais prit la plume pour écrire une lettre de démission.On peut s'étonner de le voir invoquer comme prétexte l'état de santé de Madame de Chateaubriand, dont il avait paru jusque-là se soucier assez peu.Le motif de sa décision n'en était pas moins évident.Ce geste équivalait à une si courageuse protestation que ses amis craignirent de le voir aussitôt inquiété.Bonaparte n'avait-il pas menacé de le faire sabrer sur les marches des Tuileries ?Cependant, rien de fâcheux ne lui advint.Dès lors, son attitude à l'égard du dictateur se transforma en une hostilité farouche.Se drapant dans un magnifique et méprisant isolement, il se considéra comme un ennemi personnel de celui qui, peu après le drame de Vincennes, sé faisait proclamer Empereur.Napoléon cependant admirait son talent et cherchait à s'attacher l'écrivain le plus illustre de son règne, tout en se refusant de le considérer autrement que comme un littérateur.II avait été jusqu'à lui ouvrir l'accès de l'Académie.Mais le nouvel élu refusant de consentir aux retouches exigées dans le discours qu'il avait préparé, devra attendre jusqu'à la Restauration pour siéger sous la Coupole.13 AMERIQUE FRANÇAISE 11 employa d'ailleurs fort laborieusement ses loisirs.D un long voyage en Orient, il rapportait le sujet de Yltinéraire de Paris à Jérusalem et le cadre de sa grande épopée chrétienne, Les Martyrs.Son étoile littéraire brillait d'un 'éclat sans pareil, mais il enrageait de n'être qu'un écrivain, quand bouillonnaient en lui tant d'idées qu'il eût voulu transformer en actes.Aussi suivait-il avec une joyeuse impatience les symptômes du déclin de l'Empire dont il attendait la chute pour pouvoir enfin donner sa mesure.Avant même la débâcle, il travaillait avec autant d'ardeur que de mystère à un grand pamphlet De Buonaparte et des Bourbons, dans lequel, avec une éloquence enflammée, il plaidait le retour de la monarchie légitime.Son zèle à acclamer Louis XVIII lui fit souffrir de cruelles déceptions.Là encore, il se voyait méconnu.Son nom ne figurait pas sur la li ste des ministres, pas même sur celle des pairs de France.La faveur allait aux Talleyrand, aux Fouché et autres serviteurs du régime déchu, tandis que lui, le légitimiste fidèle, se voyait écarté, pis encore ignoré.Dans sa solide rancœur, il en était réduit à faire son propre éloge.Sa brochure en faveur des Bourbons ne leur avait-elle pas été plus utile qu'une armée de 100,000 hommes ?déclarait-il.Enfin, grâce à l'intervention d'une de ses protectrices, Mad ame de Duras, il obtint la promesse de la lé gation de France en Suède.Secrétaire à Rome, ministre au Valais, il devenait ministre à Stockholm.Avancement normal ! Voilà comment il était traité, lui Chateaubriand, après le retour des Bourbons dont il s'attribuait en grande partie le mérite.L'idée de l'envoyer auprès de l'ancien général de Bonaparte devenu roi de Suède était au surplus assez piquante.Elle avait dû faire sourire l'ironique Louis XVIII.Dans ses Mémoires, Chateaubriand note ainsi l'incident : « Le roi, déjà fatigué de mon bruit, était heureux de faire présent de moi à son bon frère, le roi Bernadottc.Celui-ci ne s'imaginait-il pas que l'on m'envoyait à Stockholm pour 14 CHATEAUBRIAND DIPLOMATE le détrôner I EH I bon Dieu, Princes de la terre I Je ne détrône personne.Gardez vos couronnes, si vous pouvez, et surtout ne les donnez pas, car je n'en veux mie ».Ainsi Chateaubriand se considérait un tel personnage que le roi de Suède aurait pu prendre ombrage de sa venue et trembler pour son trône I On veut espérer que cette mégalomanie n'est qu une crise rétrospective dans l'esprit d'un mémorialiste étourdi par sa gloire.Bernadotte n'eut d'ailleurs pas à s'alarmer de ce choix.En changeant brusquement le cours des événements, le retour de l'île d'Elbe fit oublier ce projet.Bien que maugréant, Chateaubriand suivit la Cour dans son exil à Gand.Il y eut la satisfaction assez imprévue de se voir confier le ministère de l'Intérieur, d'un intérieur sans territoire 1 Curieuse situation qui devait durer cent jours à peine.A la nouvelle de la défaite de Waterloo, la petite Cour, qui avait tremblé, exulta.Attribuant le peu de faveur dont il avait été jusque-là l'objet à son manque d'empressement envers Talleyrand, Chateaubriand se hâta de se rapprocher de celui dont il avait cependant écrit qu'il signait les événements, mais ne les faisait pas.Le maladroit agissait à contretemps.Talleyrand venait de tomber dans une disgrâce d'ailleurs passagère.Chateaubriand dut se contenter des fonctions de ministre d'Etat et du titre de pair de France.Ce n'était, après tout, pas négligeable ; mais il restait écarté de ce pouvoir à quoi il tenait si fort.Poussé par le démon de la politique, il publia une brochure La Monarchie et la Charte dans laquelle il critiquait la dissolution de la Chambre introuvable.Sa franchise lui valut d'être destitué de ses fonc-^ tions de ministre et réduit au rôle peu rémunérateur de chef de l'opposition à la Chambre des pairs.Des satisfactions d'un autre ordre vinrent le consoler.C'est vers celte époque que Madame Récamier, après avoir à la fois inspiré et déçu tant d'admirateurs, répondit enfin tardivement à une des nombreuses passions dont elle était l'objet en ne se montrant pas insensible à celle de Chateaubriand.Comme l'écrit joliment André Maurois, leur liaison 15 AMERIQUE FRANÇAISE prit même « un caractère cérémonieux et public ».Cette nouvelle, habile et puissante Egérie tenta en vain de faire apparaître son protégé sur la scène politique.A la vérité, il y jouait un rôle effectif, mais dans la coulisse.« J'étais devenu le maître de la France politique », écrit-il dans ses Mémoires, ce qui est peut-être exagéré.Mais quand il ajoute : « On ne se doute pas que c'est moi qui ai fait le premier Ministère Villèle », il est à peu près véridique.Pourtant, il n'en fit pas partie.Louis XVIII, qui ne l'aimait pas, préférait le voir au loin.Tout ce que Madame Récamier put obtenir pour lui, à la fin de 1820, ce fut la légation de Berlin.Sans grand enthousiasme, il partit, encore seul, pour un poste relativement peu important à cette époque, laissant à Paris sa femme s'occuper d'oeuvres charitables.Pour la première fois, il « courait sur les chemins avec les conforts de l'argent », heureux de rouler dans une bonne voiture, plaisir bien passager, car il s'y était vite habitué.A Berlin en plein janvier, il trouva les bords de la Sprée singulièrement froids et froide aussi la nature des hommes qui les peuplaient.Les monuments ressemblent à des forteresses, note-t-il ; leur seul aspect serre le cœur.Ce sont des labyrinthes militaires dont les canons sont muets pour le moment et tout cela était d'une « incroyable morosité ».En revanche, il fut sensible à la simplicité des mœurs, en particulier de celles de la Cour.Le Roi Frédéric , son art a atteint le sommet.La couleur de ses derniers tableaux semble vibrer comme l'air chaud du midi.Les harmonies sont fortes sans être brutales et se ramènent à un emploi grandissant des couleurs primaires.Gagnon symbolise et stylise toujours davantage.II ne songe pas plus à peindre pour l'Europe que pour l'Amérique, à satisfaire un clan.II peint pour lui-même, selon son seul génie.II est occupé à une grande tâche, la plus grande de toutes : se réaliser entièrement.S'il consent à entrer dans les combats du siècle, c'est seulement parce qu'il a vu l'art, le vrai, le grand Art, malmené par une bande d'escamoteurs qui s'intitulent diversement Surréalistes, Automaticiens et tout ce qu'on voudra.Et c'est pour leur porter un dernier coup qu'il lègue à William Watson ce texte dune causerie qui devait constituer son testament 50 UN GEANT PARMI LES NAINS artistique et qui s'intitule « L'immense blague de l'Art moderniste » et fut publié l'année dernière dans Amérique Française.Gagnon était trop profondément artiste pour imaginer qu on pût dissocier les peintres entre représentatifs et non-représentatifs.Ce n'est pas non plus lui qui eût imaginé, comme certains tenants des écoles futuristes, de peindre pour offusquer les « petits vieux », pour le facile plaisir de déranger les Habitudes de pensée, pour « voir ce que ça donnera ».II n'a jamais été question pour lui que de jeter sur la toile l'impression d'un spectacle qui saisit et de tâcher de transmettre à l'amateur la même émotion.Cet art-là se moque bien de théories quelconques à faire triompher.Songeons plutôt au terme qu'employaient les Anciens pour désigner l'activité presque furieuse du peintre, de l'écrivain emporté par le besoin de réaliser au plus tôt et le plus complètement son œuvre, de donner forme matérielle et définitive aux impressions qui bouillonnent en lui.C'est celui d'enthousiasme, qui s'éclaire mieux quand on le traduit du grec : « un dieu me secoue ».C'est celui-là seul qui pouvait s'appliquer à un Gagnon, créateur entre tous, géant parmi les nains.Adrien Robitaille 18 novembre 1949.51 EVASION Allons faux frère I Laisse là pic et pelle et saint-frusquin ; donne-moi la main.Nous caracolerons sur les dunes parmi les doums sagaces.Derrière nous les vieux préceptes évinceront nos souvenirs et le simoun balayera la trace fugace de nos pas.Si le désert, ô mon frère, te paraît trop borné, nous prendrons la tartane, je serai ton nocher.Nous fouillerons l'horizon.Nous peignerons les eaux touffues et nous enfoncerons nos corps dans les forêts abstruses qui bordent les plages des îles réticentes et chaudes.Nous porterons le pagne I Les marsouins aux ventres nacrés nous enseigneront des plongeons compliqués.Et nous émergerons du royaume secret, les yeux émerveillés et les cheveux ruisselants d'étoiles et de joyaux marins.Aux accords du notus, nous dormirons dans les voiles repliées sur nous, comme des goélands dans les creux des falaises.Andrée Maillet, 1944 52 Page d'anthologie DEVANT LE FEU Par les hivers anciens, quand nous portions la robe, Tout petits, frais rosés, tapageurs et joufflus, Avec nos grands albums, hélas I que l'on n'a plus, Comme on croyait déjà posséder tout le globe I Assis en rond, le soir, au coin du feu, par groupes, Image sur image, ainsi combien joyeux Nous feuilletions, voyant, la gloire dans les yeux, Passer de beaux dragons qui chevauchaient en troupes I Je fus de ces heureux d'alors, mais aujourd'hui, Les pieds sur les chenets, le front terne d'ennui, Moi qui me sens toujours l'amertume dans l'âme, J'aperçois défiler, dans un album de flamme, Ma jeunesse qui va, comme un soldat passant, Au champ noir de la vie, arme au poing, toute en sang I Emile Nelligan 53 ASPECTS DE LEON-PAUL FARGUE par Claude DELMAS Je suis resté assez longtemps sans bien connaître Tan-crède.Mais j'en savais l'épigraphe : Les capitaines vainqueurs ont une odeur forte.Ce vers, quoique rendu à Gide, avec une malice dont on peut se demander s'il la mérite, est de Fargue.Je n'ai jamais demandé à celui-ci s'il aimait encore ce livre.Les auteurs tiennent-ils beaucoup à ce qu'on leur rappelle leurs premières œuvres ?Paul Valéry m'écrivait un jour qu'il considérait la Soirée avec M.Teste comme une petite nouvelle sans importance ï Quoi qu'il en soit, je crois que Tancrède est un grand livre, qu'il justifie par ailleurs l'attitude de Fargue, qu'il renferme le germe des idées dont s'est nourrie la littérature inquiète de ce temps, qu'il est riche de ces signes secrets qui déplacent le cœur et l'esprit, qu'il est prophétique dans son essence.Quel était donc le mal qui influençait alors la littérature ?Même pas celui d'écrire.Depuis, nous avons vu se rétrécir le ciel de la pensée, les gouffres du cœur et jusqu'à celte page blanche où s'inscrivaient longuement, parfois avec frénésie et dégoût, des appels désordonnés et des détresses criant encore après la mort.Répudiant tout un bouffon de pacotille.Baudelaire marquait le mal d'un sceau suprême, Lautréamont transformait le néant et retrouvait l'obsession du langage à l'agonie, Rimbaud jetait la plume et accomplissait ces voyages qui sont le signe des malédictions.En 1894, Fargue illustre cela dans Tancrède : Il était un jeune homme si beau que toutes les femmes voulaient qu'il écrivît.C'était Tancrède.Peut-on y voir, plus loin que la lettre, comment la sensibilité impose de se faire aimer, le désir de sortir de soi i—< l'amour, dit Baudelaire , l'impuissance à renouer avec l'expression qui donnerait toute sa force, le sommeil physique à quoi tout se résoud en définitive ?Dans cette dangereuse disponibilité.Tancrède confondra la tentation et la retenue.Qu'un trouble des sens survienne et s'apaise, il verra une fraise des bois où brûlait 54 ASPECTS DE LEON-PAUL FARGUE une lampe, il volera un bracelet d'or à une prostituée.Tout ce qu'il touchera, pensera ou écrira, ce sera en tremblant.II y a plus de cent fois le mot tremblant dans Tancrède.C'est le talisman affectif de Fargue.C'est ce qui le sauve de rire ou de pleurer lorsque, pour se laisser aller à la joie ou à la peine, il faud rait abandonner la phrase commencée.Et le plus beau poème du recueil s'intitule Tremblant : Amour tenace, Amour tremblant, L'horloge creuse de la mort Je l'honore dans tes beaux yeux, Je la distingue aux seins blessants.Quand nous souffrons, fais-nous pleurer, Quand on pleure on est presque heureux.II est émouvant, ce renoncement à vivre qui précipite dans le rire ou dans les larmes, aux extrêmes des émotions, celui qui tremble d'aborder la moindre idée clé d'un mystère.Et, en s'exaspérant, les émotions exaspèrent aussi la pensée : tout se résoud en sanglots ou en éclats de rire.II reste à Tancrède d'écrire ces Lieds où l'on sourit pour ne pas pleurer.Le voilà cerné par le monde et les conventions, pareil à un enfant riche et malade.Cela pourrait être une source de révolte, mais il faudrait alors briser les chaînes du tempérament et du caractère, et c'est tout le drame : Tancrède restera Jean qui pleure et Jean qui rit.II faudra le justifier jusqu'à ce que Fargue lui donne l'absolution.Léon-Paul Fargue ne fut jamais dupe des spécialisations.II ne sacrifie ni à la mode ni aux conventions, moins encore à ce déchirement de la trame humaine dont chacun se ceint comme d'une écharpe ou d'un bandeau au-dessus du gouffre de l'absence.Son univers est comblé.Tout conspire vers cette unité humaine qui a été perdue, jusqu'à l'affirmation de cette poésie qu'il représente seul et dont le cœur est un témoignage, jusqu'à cette vision définitive de son monde de souvenirs, sous 55 AMERIQUE FRANÇAISE cette lumière qui interdit au lecteur d'abuser de la confession du poète, mais qui lui permet de retrouver en lui une clarté correspondante à celle de sa propre mémoire, il r accompagne alors autour de son esprit avec une sourdine émotive qui parfois se confond avec le thème donné, parfois le dépasse, si bien que le lecteur est tour à tour vainqueur et vaincu, ce qui est l'effet de toute séduction véritable.Tancrède ne pouvait que surprendre et ravir une jeunesse nourrie de Mallarmé, de Rimbaud, de Laforgue, et que n'avait pas encore dévoyée le no.turisme.C'était un condensé d'art pur, une chose délicate et savante.Fargue émerveille ses lecteurs par les trouvailles d'une mystique sensuelle dont il approfondit l'innocence, touchant en réalité l'essence même de l'art et s'efforçant à l'expression vierge.Ni vers ni prose : de la poésie, c'est-à-dire une langue qui, à force d'être savante, atteint un frisson, qui se termine par des sensations, par une pensée transformée.Que cette esthétique profonde nous pousse à épeler Tancrède après Mallarmé ! Tout l'effort se porte vers de pures notations ingénues que retrempe et qu'agence l'émoi et que surmonte l'impressionnisme.Les pages s'arrangent d'elles-mêmes en versets et en litanies lumineuses.Sous la croisée pâle au compliment bleu.Comme on prie à l'église en dormant 1.Le soleil sur l'autel aux cils d'or sème ses beaux palets tremblants.Dégagé de I'étoupe du sentiment, offert lui-même comme un corps, le lyrisme devient un cantique.Un chant ne saurait le nommer que par un effort abstrait, en s'attachant seulement au rythme.Et ces litanies ardentes sont, au fond, toute simplicité, toute clarté.Sa parenté avec Rimbaud ?Elle tient peut-être à la foi avec laquelle il lisait Le bateau ivre.Mais il n'a pas les durs et vindicatifs excès de Rimbaud.Si sa sensibilité n'élançait pas dans un étrange sanglot dont il n'est redevable qu'à Iui- 56 ASPECTS DE LEON-PAUL FARGUE même, on retrouverait dans son œuvre le dédale enchanteur de Jules Laforgue, la phrase impeccable de Colette, et ce déchirant et véridique accent d'andcmte que livre Oscar Wilde.Gare de la douleur, j'ai fait toutes tes routes.chante-t-il.Inflexion sourde, envahissante et tendre.Cristal étrangement irisé de la musique, avec l'odeur des rues, le silence des quartiers envahis de seringas trop lourds et de crépuscule, les franges d'acétylène, les squares peuplés d'enfants chétifs-et sages et le bruit de l'eau contre les arches., tout cet accompagnement de sons, d'haleines et de douleurs.En marge du symbolisme et par-delà le surréalisme dont il a provoqué l'incendie en ayant soin de ne pas se laisser consumer par lui, Fargue a créé un merveilleux poétique.D'autres ont offert le rêve, le drame ou l'illusion.Lui est un marchand de magie.II nous arrête, nous ouvre des sources de lumières et habille les choses les plus simples de leurs vêtements de féerie.C'est dans nos classiques qu'il a puisé son vocabulaire, sa technique, sa syntaxe, son art poétique.Il apporte la preuve que la langue française, entre les mains d'un poète original et puissant, peut donner des accents lyriques aussi purs que les plus beaux et les plus vantés de la lyrique allemande ou anglaise.Ce que Sainte-Beuve, enthousiasmé par la lecture de Shelley et des Lakistes, rêvait de faire •—• Oui, Mathieu est un témoin, il est le spectateur passionné de tous ces êtres qui tendent à la réalisation d'une vérité dont ils ont d avance accepté la signification.Le drame de Mathieu réside dans le refus qu'il oppose aux formules toutes faites, dussent-elles être éternelles, et aux problèmes résolus par des gens qu'il méprise.Lorsque Nietzsche dit : « qu'il faut à nouveau déterminer le poids de toutes choses > Mathieu s'y emploie, et son indépendance orgueilleuse à l'égard de Dieu accentue 1 angoisse de son expérience.« Si tu as pu crier dans la détresse, toi qui te croyais d'essence divine, comment moi qui suis bien certain de n être que le petit de l'homme, ne crierais-je pas cent fois par jour : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?» Solitaire de la haine, bardé d'amertume et désespéré de tous et de tout, Mathieu impute à Dieu et à sa mère l'entière responsabilité de son existence misérable.Lucienne, révoltée contre un mari qui l'abandonna avec un enfant faible et laid, exerce sur son fils une tyrannie révoltante.Génitrix exacer- 75 AMERIQUE FRANÇAISE bée, son ombre grotesque suit le jeune homme avec acharnement de sorte que Mathieu est poussé à la mort par celle-là même qui lui a donné la vie.Parce qu'il comprend subitement le sens de sa destinée Mathieu accepte enfin de se ranger dans les rangs serrés de ceux qui luttent, de ceux qui peinent.>— Le chapitre décrivant sa tentative de suicide est 1 une des plus belles réussites du livre.J'admire le tact de 1 auteur, car en de telles circonstances d'autres écrivains ont succombé à l'attrait de faire de la littérature, là où il est plus prudent de suggérer.La survie de Mathieu, sa naissance morale si j ose dire, débute aux accords majestueux de la grande Toccate et Fugue de Bach.« Cherche en toi.C est en toi qu il faut regarder ! Tu le sais, tu l'as toujours su.» Et afin de mieux laisser parler son âme, Mathieu se réfugie dans les Laurenlides, au Camp des Athlètes, pour chercher dans le redressement de son corps la force morale de se vaincre pour triompher de la vie par la suite.« Le monde est formé de vaincus.Les vainqueurs sont rares, mais croyez-moi, mon petit, il vaut mieux être dans leurs rangs », lui dira cet étonnant Rochat, sculpteur d'hommes et maître de ses possibilités.Pourquoi Françoise Loranger a-t-elle exilé son Mathieu dans un lieu où seul compte l'effort physique ?Pour signifier que le redressement moral va de pair avec la santé du corps et peut-être aussi pour formuler un art de vivre basé sur le parfait équilibre du corps et de l'âme.« Mens sana in corpore sano.» Au contact de la vie saine et rude, Mathieu se forge une âme et se souvient de ce qu il faisait dire à Dieu aux premières pages de son journal.« II ne tient qu'à toi de conquérir la paix.J'ai mis la joie à la portée de tous, mais les hommes s'en détournent.Le malheur leur paraît d accès plus facile.(.) Quand cesseras-tu de gémir sur ton sort ?Quand comprendras-tu qu il n'existe pas une telle chose qu'un malheur qu'on endure ?» Mathieu vit de Rochat, c'est-à-dire que triomphant de son orgueil et de sa susceptibilité maladive, le jeune homme se construit un temple suffisamment fort pour résister à l'assaut de tous les faux dieux qui l'assiègent depuis sa jeunesse.« Je ne suis qu'un homme.Ce qu'un homme peut faire, je peux le faire » déclare stoïquement Rochat et à son exemple, Mathieu enfin délivré de son angoisse, se répète : « L'homme qui sait vouloir obtient de lui ce qu'il veut.Essaie encore et crois en toi.Une vie réussie est un acte de foi perpétuellement renouvelée.De foi en soi d'abord.(.) Vivre Mathieu, vivre dans le plein épanouissement d'une individualité consciente, affranchie du malheur, libérée du doute, prête à toutes les recherches, ouverte à toutes les connaissances, tendue vers toutes les joies.Que peux-tu opposer à cela qui soit plus beau que celn ?Délivrez-nous du mal.Te souviens-tu encore de ces mots ?Ils résument tout.Délivre-toi du mal, de la tentation du mal et par le fait même tu seras délivré du malheur.» — Avant de commencer à vivre pleinement, Mathieu se dit : 76 LA CRITIQUE DES LIVRES « Tout ce que je dois faire, dire ou penser, doit être de moi, des centaines de personnes I'auraient-elles dit, fait ou pensé avant moi.En un mot, tout recréer à mon usage.> Mathieu comprend maintenant que nul n'est res- f>onsable de I homme que l'homme, que seul il peut s aider, et que c est a vérité de Mathieu qu'il doit d'abord trouver.Mais hélas, comme tout néophyte, il présume de ses forces et prétexte une sémillante Annette pour retomber dans ses phantasmes.« Cette paix est sans cesse à reconquérir et ne peut jamais être considérée comme acquise » écrira-t-il à Danielle.« Dans un univers en perpétuel mouvement, en progression permanente, pourquoi I homme aurait-il seul le droit de se figer dans l'immobilité.> Aux dernières pages, il médite : « Tant qu'une vérité n'a pas été éprouvée et sentie par l'être tout entier, tant qu'elle ne fait pas partie de sa chair et de son sang, tant qu'elle ne trouve pas dans ses actes une application et dans son cœur une résonance, tant qu'il n'en a pas mesuré toute la justesse, tant que sa vie entière n'en a pas été ébranlée, de quelle valeur serait-elle pour l'homme ?> Ceux d'entre nous qui ont reçu, avant même de le chercher parlois, le précieux don de la foi, ont le devoir de répondre : « Une valeur infinie, Mathieu, puisque toutes les actions des hommes ont été divinement rachetées par le Fils de Dieu.» Mathieu n'a pas encore pressenti Dieu ; il n'en est pas encore prêt.La vie l'attend cependant hors du livre et le jour où il écrit : « Pour I homme il n'y a qu'une solution, être un saint », il fait psychologiquement le premier pas qui le conduira inexorablement à l'Amour suprême.Si j'ai choisi de longuement méditer sur le journal de Mathieu, c est que je crois à l'importance de ces carnets intimes qui sont une métaphysique de 1 âme.Madame Loranger a certes créé d autres personnages forts en couleur et lourds de signification.Nicole demeure fidèle à elle-même et tout le long du livre l'auteur l'a dépeinte sous un jour compréhensif et sympathique.Bruno s'affirme tel que nous l'imaginons, et j'aime que dans un roman un personnage soit conforme à notre perception.Etienne est sûrement le caractère le plus lumineux, le plus solide du livre.Madame Loranger lui a prêté l'un des plus beaux visages de notre monde fictif.Si d abord nous le croyions indifférent, nous découvrons graduellement un homme épris du besoin de faire le bien, et de semer la joie, car la joie tient une grande place dans ce roman.C'est elle, je crois, qui unit Danielle, Mathieu, Etienne et Rochnl par un lien mystérieux et subtil.Placé fortuitement sur la route escarpée de Mathieu, Etienne est l'un des principaux instruments de la résurrection du jeune homme.II donne Danielle à Mathieu, parce que tout de suite il comprend que la joie qui déborde de la jeune femme comblera lattente du jeune homme.Donielle est un personnage complexe, sincère, rayonnant de clarté, de simplicité.Pourquoi I auteur la force-t-elle à jouer le jeu de Jacques et à le jouer jusqu'au 77 AMERIQUE FRANÇAISE bout ?Si Danielle avait consenti à se donner à Jacques consciemment, c'est-à-dire pour justifier un état d'âme passager et qu'ensuite elle avait réalisé son erreur, j'aurais mieux compris les mobiles de son acte.Tout le long de la nuit Danielle reste lucide ; elle ne veut pas se donner et pourtant elle le fait.La pensée de l'auteur ne se lit pas aisément dans ces pages.Le jeu de Danielle est clair, ce qui l'est moins ce sont les raisons qui la poussent à le continuer alors que son instinct lui dévoile l'envers de son simulacre.Rochat est le pilier du roman ; placé au début de la vie morale de Mathieu, l'athlète est le tremplin duquel le jeune homme s'élance pour conquérir sa vérité.Lucienne tue la joie ; Danielle la fait éclater ; Etienne aide à la trouver ; Mathieu la veut de tout son être et Rochat la façonne.Cinq personnages fortement campés, sont échelonnés dans la vie pour permettre à l'un d'entre eux de devenir un homme.« On demande au roman de nous raconter quelque chose qui ajoute à notre propre aventure, qui nous fasse aller plus avant dans la connaissance du cœur humain ou de l'aventure humaine », affirme Robert Kan-ters.Celui de Françoise Loranger nous aide à comprendre < la difficulté d'être >.Si quelques pages boitent ou sont infirmées par des fautes facilement évitables, fâme du livre resplendit au-dessus de ces contingences étroites.Solange Chaput-Roli.and 78 SOMM AIRE Mémoire présenté à la Commission Royale d'Enquête .La Direction d'Amérique Française 1 Chateaubriand, diplomate .René Ristélhueber 6 Les Origines du Carré Viger .Edouard Fabre-Surveyer 39 Un Géant parmi les Nains : Clarence Gagnon Adrien Robitaille 46 (hors-texte) Sur la Plage Le Mont Saint-Michel Clarence-A.Gagnon.R.C.A.-19 Evasion.Andrée Maillet 52 Devant le Feu.Emile Nelligan 55 Aspects de Léon-Paul Fargue.Claude Delmas 54 Les Fréquentations et les Noces à Paspébiac Carmen Roy 65 La Mise en Boîte (hors-texte) La Damoiselle non élue Colin- Martel 65 /950 .Michel Simon 68 Poèmes du premier Jour.Claude Mathieu 70 Théâtre Critique des Livres .Solange Chaput-RoIIand Claude Delmas 71 79 UN VERITABLE TRAITE DE COOPERATION Le mouvement coopératif a atteint de telles dimensions qu'il faut plus que de la bonne volonté pour en saisir toute l'influence, pour en mesurer toute la portée.Pour le progrès même du mouvement, ceux qui s y intéressent doivent posséder des connaissances aussi précises et aussi complètes que possible sur son état actuel à tous les points de vue.C est afin de faciliter l'acquisition de ces connaissances que le Service extérieur d'éducation sociale de l'Université Laval offre au public depuis 1945 un cours par correspondance sur la coopération.La variété des aspects que ce cours envisage (doctrine, éducation, propagande, législation, organisation, histoire.), la compétence de ceux qui l'ont rédigé, la diversité des étudiants de tout âge et de toute condition qui le consultent, lui donnent un caractère vraiment exceptionnel.Pour sa rédaction, le Service extérieur d'éducation sociale s'est en effet adressé à des spécialistes, théoriciens et practiciens de la coopération, tels que les officiers du Conseil supérieur de la coopération, de la Coopérative Fédérée de Québec, de la Fédération des Caisses populaires, de l'Alliance des coopératives de consommation, etc.C est là une garantie de la pureté de la doctrine qu'il contient en même temps que de son adaptation aux exigences de notre milieu.Les étudiants qui, à date, se sont inscrits au cours, se répartissent dans toutes les classes de la société.Les plus récents diplômes distribués sont allés à des fonctionnaires, à des étudiants, à des barbiers, à des agronomes, à des ouvriers, à des professionnels, à des cultivateurs et à des bûcherons.Voyons ce que les étudiants eux-mêmes pensent de ce cours : « Je les ai trouvés bien faits et fort intéressants à suivre.II est certain que leur substance est un bel exposé de 1 histoire et de la doctrine coopérative.J'ai surtout apprécié la façon claire dont on a traité les passages les plus confus des diverses lois se rapportant aux coopératives et aux syndicats.» déclare un étudiant d'Oka.Un autre étudiant de Dorchester abonde dans le même sens : « Ce fut une agréable surprise.Les leçons sont très bien agencées et explicites, ce qui en facilite d'autant leur élude.» Un troisième de Montréal affirme : « Ces cours m'ont permis d'apprécier encore mieux combien la coopération dans tous les domaines aiderait à notre groupe canadien à donner sa valeur comme peuple ».Leur excellent contenu a valu aux cours sur la coopération du Service extérieur de se recruter des lecteurs dans plusieurs pays dont les Etats-Unis, le Mexique, le Brésil, la Suisse, le Chili, l'Espagne, l'Italie, la Palestine.M.Maurice Colombain, chef du service de la coopération au Bureau International du Travail à Genève, répondait à M.Zdravko Mi-tovski, ministre de la Politique sociale de Bulgarie, à la recherche de traités 80
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