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Titre :
Amérique française
Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. [...]

Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. D'abord mensuelle, Amérique française se fait plus tard bimestrielle puis trimestrielle. Sa publication est suspendue de 1956 à 1962.

Fondée à Montréal par Pierre Baillargeon et Roger Rolland en 1941, Amérique française est dirigée par Baillargeon jusqu'en 1944. Durant cette période, elle constitue une rampe de lancement originale et moderne qui permettra à plusieurs nouveaux talents de se faire connaître.

Anne Hébert, Yves Thériault, Rina Lasnier, Pierre Vadeboncoeur, Jacques Ferron, Roger Lemelin, Adrienne Choquette, mais aussi des collaborateurs plus établis comme Léo-Paul Desrosiers, Alfred Desrochers, François Hertel et Guy Frégault participent alors à la revue. Ces collaborations prennent principalement la forme de brèves oeuvres de fiction et de poésie, mais aussi d'essais et de critiques littéraires.

De novembre 1944 à janvier 1946, Amérique française est dirigée par Gérard Dagenais, des Éditions Pascal, qui en profite pour mettre en avant les auteurs qu'il publie, dont Gabrielle Roy et Carl Dubuc. La littérature inédite cède un peu de place à l'essai sur l'art et aux questions sociopolitiques, à la chronique de livres et à la publicité. Chaque numéro de la revue contient maintenant 80 pages plutôt que 56.

Le polémiste François Hertel prend la barre d'Amérique française en 1946 et donne à la revue un ton spirituel qu'on trouve plus communément dans les revues d'idées à cette époque. La portion littéraire est toutefois toujours présente; on y publie des contes, des nouvelles et de nombreux courts poèmes. Les jeunes auteurs Félix Leclerc, Yves Thériault et Andrée Maillet y contribuent.

La publication d'Amérique française est interrompue à l'été 1947 lorsque François Hertel en quitte la direction. Elle reprend en 1948 grâce au rachat de Corinne Dupuis-Maillet, qui lui donne une facture matérielle remarquable.

Une ligne plutôt traditionnelle est donnée dans les essais qui y sont publiés sur l'art, mais Corinne Dupuis-Maillet permet à quelques jeunes auteurs, dont plusieurs femmes, de collaborer à Amérique française. De nouvelles collaboratrices comme Judith Jasmin, Solange Chaput-Rolland et Françoise Loranger ajoutent à la participation féminine à la revue.

En janvier 1952, Andrée Maillet publie son premier numéro comme directrice d'Amérique française; une aventure qui se poursuit jusqu'en 1955. C'est la période la plus prolifique pour la revue qui s'impose comme un terreau de création et de liberté primordial pour la littérature québécoise moderne.

On y trouve entre autres des poésies de Roland Giguère, de Gaston Miron, de Fernand Ouellette, de Cécile Cloutier et d'Anthony Phelps ainsi que des textes d'Andrée Maillet, de Jacques Ferron et de Jean-Jules Richard. Durant cette période, Amérique française donne aussi un nouvel élan à la critique littéraire.

En 1956, Amérique française laisse la place libre à Écrits du Canada français, principale revue littéraire concurrente. Sa publication est suspendue jusqu'à de nouvelles tentatives de la raviver qui s'avéreront infructueuses en 1963 et en 1964.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1985, vol. VII, p. 228-229.

GIGUÈRE, Richard, « Amérique française (1941-1955) - Notre première revue de création littéraire », Revue d'histoire littéraire du Québec et du Canada français, nº 6, été-automne 1983, p. 53-63.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1941-
Contenu spécifique :
Vol. VIII, No 3
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
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Références

Amérique française, 1950, Collections de BAnQ.

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75 cents Montréal AMÉRIQUE FRANÇAISE Revue trimestrielle Directrice : Corinne Dupuis Maillet RENE RISTELHUEBER .Gobineau, Diplomate GUSTAVE LANCTOT .Ottawa.Village d'Hier.Capitale d'Aujourd'hui SERAPHIN MARION .Infiltrations Romantiques De la Société Royale dans le Canada Français d'Autrefois du Canada ANDREE MAILLET .Poème Fragile ALFRED DESROCHERS .Allusion à Scheherazade CORDOVANI.o.p.Législation sur l'Art Sacré SIMONE DENECHAUD .(hors-texte) oeigneur.Eloignez de Moi ce Calice.PIERRE-PAUL LAFORTUNE .Arthur Letondal SUZETTE DORVAL .Arthur Bel anger JEAN MOZART .Les Larmes CARMEN ROY.Le Serpent au Teint Vert COLIN-MARTEL .La Mise en Boîte (hors-texte) Le Psychologue SOLANGE CHAPUT ROLLAND .La Critique des Livres 3 NOS COLLABORATEURS Pierre Baillargeon Harry Bernard Etienne Blanchard, p.s.s.Adrienne Choquette Robert Choquette Colin-Martel Cordovani, o.p.Annette Décarie Claude Delmas Simone Denechaud Rex Desmarchais Paul Y.Desjardins Alfred DesRochers Neib-Neib-Dedat Suzette Dorval Martine Hébert Duguay Marcel Dupré David O.Evans Jean-Charles Faucher Clarence Gagnon Gratien Gélinas Hélène Grenier Germaine Guèvremont Charles E.Harpe Adrien Hébert Anne Hébert Jacques Hébert Roger Vi François Hertel Judith Jasmin Philippe La Ferrière Pierre-Paul Lafortune Gustave Lanctot Osias Leduc Jacqueline Mabit Corinne Dupuis Maillet Andrée Maillet Séraphin Marion Claude Mathieu Mgr Olivier Maurault Ruth Elizabeth McDonald Jean Mozart Claude Picher Damase Potvin Jean-Jules Richard René Ristelhueber Lucette Robert Adrien Robitaille Solange Chaput Rolland Roger Rolland Paul Roussel Carmen Roy Jean Simard Edouard Fabre Surveyer Raymond Tanghe DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS Georges Goyat O.Matthey Nadia Labarre Hyacinthe-M.Robillard, o Roger Lanamme Carmen Roy Andrée Maillet Michel oimon Etc. BULLETIN D'ABONNEMENT Veuillez m inscrire pour un abonnement de 1 an.Ci-joint mandat-chèque de $.Un an (4 numéros) : $2.50 Nom .Adresse.'.A .le .:.19.Détacher le bulletin el I adresser ainsi : AMÉRIQUE FRANÇAISE 3535, avenue Lome Montréal POUR LES BIBLIOPHILES Le Tome 1 d'Amérique Française trimestrielle est en vente, sous forme de volume, dans nos grandes librairies.Il comprend 568 pages de texte, huit hors-textes, et se vend $5.00 Ce timae est limité à cinq cents exemplaires. lu Tél.: MArquelte 5195 \AcllGTG/ qui achète / LAIDE AUX INFIRMES Atelier de Reprisage Invisible 66&-cst rufStf Catherin*.Montreal u 1517, rue Saint-Denis ~ Montréal PLntcnti 5958 J.-B.Dupuis & His Ltce Spécialiste en matière d'Assurance 500.Pince cl"Armes MONTREAL Spécial'.lé : Reliure de Bil>liotliè(iue Reliure d'Art Française Reliure de Lu.VO 1121 est, rue Dorclicslcr CH.8409 MONTREAL COMPLIMENTS D'UN Tél.: DUpont 35-13 JEAN MAILLET Fleuriste & Horticulteur Spécialité : Plantes de serre et tributs floraux AMI 255-1 est.Roui.Gouin — Montréal AMÉRIQUE FRANÇAISE REVUE TRIMESTRIELLE GOBINEAU, DIPLOMATE (1816- 1882) Voici un peu plus d'un an déjà que M.René Risielhueber a quille le Canada.Après y avoir représenté la /"ronce à Ottawa aux heures les plus sombres de la guerre, il étail venu s'installer à Montréal où l Université l'avait accueilli.Par ses cours, ses conférences, ses causeries à la Radio, par ses articles publiés dans différentes Revues, par ses livres enfin dont cinq se sont succédé en trois ans, il était quelque peu devenu des nôtres.Nous sommes heureux de faire paraître ici une étude de lui sur Gobineau.Elle fait partie d une suite d'articles, dont quelques-uns déjà publiés, sur les écrivains diplomates, sujet qu'il est spécialement qualifié pour traiter.En prolongeant ainsi sa présence au Canada, où il comptait de nombreux amis, nous avons le sentiment de répondre au désir de ceux qui ne veulent pas l'oublier.N.D.R.1 AMÉRIQUE FRANÇAISE Depuis quelque temps, et surtout depuis les cruautés dont les théories racistes ont été le prétexte, Gobineau n'a pas bonne réputation.On ne veut voir en lui que l'auteur de l'Essai sur l'inégalité des races humaines, le responsable d'une doctrine odieuse dans son application.Sans doute a-t-il été un des précurseurs de la thèse « raciale ».Mais doit-on rejeter sur ses épaules tout le poids des crimes commis par les Nazis en détournant de son vrai sens, et à leur profit exclusif, une idée neuve et originale en son temps ?Et faut-il oublier que l'Essai n'est qu'un livre parmi l'œuvre considérable et multiple issue d'un talent aussi brillant que varié ?Sans parler d'une longue carrière diplomatique qui complète à souhait cette curieuse et intéressante figure.Le comte Arthur de Gobineau est un aristocrate, par le sang comme par l'esprit.Descendant d'une vieille famille de Normandie, il se réclame des anciens conquérants de la région, les Vikings.Toute sa vie, il cherchera à établir sa descendance Scandinave en rattachant sa généalogie à celle du pirate norvégien Ottar Jarl.D'où sa conviction de la supériorité des races du nord.Au point de vue intellectuel, n'est-il pas de même un privilégié, membre d'une élite ?Pendant son adolescence, sous la direction de sa mère, il reçoit une formation cosmopolite, partie en Allemagne du sud, partie en Suisse, avant de rejoindre son père en France, où il termine ses études.De là sa facilité et son goût pour les langues étrangères.Tout jeune, la poésie le passionne, mais aussi l'étude des idiomes de l'Orient avec lequel il n'a cependant aucune attache.Pour répondre au désir de son père, ancien officier des gardes sous la Restauration, il se présente sans enthousiasme, et d'ailleurs sans succès, à l'Ecole militaire.Sa conscience filiale ainsi apaisée, il part à vingt ans tenter sa chance à Paris où il croit pouvoir compter sur l'appui d'un oncle, le seul membre de la famille jouissant de quelque fortune.Mais ce personnage égoïste et bourru entend imposer aux autres les principes dont il s est lui-même affranchi.Un jeune homme pauvre 2 GOBINEAU DIPLOMATE doit gagner sa vie.Aussi pour éviter à son neveu de fâcheuses illusions sur ce que lui réserve l'existence, il le fait entrer comme employé à la « Compagnie française d'éclairage par le gaz.»Le jeune Gobineau n'y fait qu'un court stage.11 préfère mettre ses connaissances en langues étrangères au service de l'Administration postale qui pendant quatre ans le rémunère à raison de cent francs par mois.Ce sont là besognes utilitaires en marge desquelles il trouve le temps de développer l'étendue de ses connaissances, lisant énormément, et de tout, écrivant déjà des poèmes et des essais.La modestie de son emploi ne l'empêche pas d'être accueilli dans les milieux les plus fermés.Grâce à la distinction de ses manières comme de son esprit, à sa finesse et à son charme toutes les portes lui sont ouvertes.Petit fonctionnaire des postes le jour, il devient le soir un homme du monde recherché, vie double qui maintient son rang d'aristocrate intellectuel.Car il se lie avec de brillants amis dans le cercle desquels il brille lui-même.Ses ambitions littéraires se précisent.Déjà il se risque à publier un long poème, Don Juan, qui sombre dans une complète indifférence.Lorn d'être découragé, il se met à une tragédie Alexandre.En même temps, il continue de s'intéresser aux langues orientales et prend goût à la politique étrangère.La rémunération qu'il retire bientôt d'articles parus dans divers journaux l'incite à abandonner le service postal pour se lancer dans la carrière de publiciste.Une étude sur la Grèce est acceptée par la « Revue des Deux Mondes » qui lui en demande une autre.C'est un franc succès.Mais il n'hésite pas à le gâcher en se refusant d'apporter les retouches suggérées, ce qui lui vaut de se voir fermer les portes de laitière revue.Tout besogneux qu'il est, le jeune Gobineau a sa fierté et la conscience de sa valeur.Ses articles sont acceptés de plus en plus facilement.Si vaste est sa culture qu'il traite avec une égale aisance tous les sujets : politique, littérature, art, philologie.II commence à se faire un nom et, sa situation s'améliorant, peut songer à se marier.Cependant la vie reste difficile.Pour entretenir le jeu- 3 AMÉRIQUE FRANÇAISE ne ménage, il lui faut se livrer à des productions alimentaires comme des romans feuilletons d'allure historique, entre autres l'Abbaye de Typhaines, qui sera de nouveau publiée, non sans succès, vers 1920, ou des récits de la guerre des Chouans.Dans le même temps, ses idées politiques évoluent.Tout en n'ayant pas grande estime pour le régime bourgeois de Louis-Philippe, il abandonne le légitimisme intransigeant de sa famille pour incliner vers un certain libéralisme.C'est ce qui lui fournit l'occasion de rencontrer le grand publiciste Alexis de Tocqueville, avec lequel il se lie.L'auteur de La démocratie en Amérique apprécie l'ampleur des connaissances du jeune homme, sa puissance de travail et la justesse de son observation.S'étant pris pour lui d'une véritable amitié, il lui confie des travaux qui font bientôt de Gobineau un de ses collaborateurs les plus proches.Aussi lorsque peu après l'apaisement de la Révolution de 1848, Tocqueville se voit confier par le Prince-Président.Louis- Napol éon, la direction des Affaires étrangères, il appelle tout naturellement Gobineau auprès de lui comme Chef de son Cabinet.A trente-trois ans, celui-ci voit enfin l'avenir s ouvrir devant lui avec plus de sécurité ; il a le pied à l'étrier.Tocqueville ne dirige que quelques mois la politique extérieure de la France, de juin à novembre 1849, mais ce sont des mois singulièrement troublés par l'agitation révolutionnaire qui de Paris s'est étendue en Allemagne et en Italie.Partout les peuples mécontents réclament plus de liberté.La France doit faire preuve de vigilance.Il lui faut en même temps éviter une répression trop rude du mouvement libéral, et une extension du désordre qui serait tout aussi pleine de périls.Si les autres Puissances décident d'intervenir, elle interviendra également.Le Ministre a donc fort à faire au milieu d une situation aussi compliquée et son collaborateur lui vient précieusement en aide en justifiant sa confiance.A sa chute, pour lui témoigner sa reconnaissance, Tocqueville le fait nommer premier secrétaire à Berne.C'est ainsi qu'à la fin de 1849, Gobineau entre dans la Carrière.II n'en 4 GOBINEAU DIPLOMATE sortira que vingt-sept ans plus tard pour prendre sa retraite, premier des écrivains ayant fourni une carrière diplomatique complète.Une fois passé et encore assez rapidement le Canada ne groupait encore qu'une faible population de 5,000,000 d'habitants, dispersés en sept provinces, mais unis par une allégeance commune et les liens d'acier de ses chemins de fer allant de Halifax à Vancouver.Pourtant, voici que, lentement mais sûrement, s'amorçaient une substantielle progression agricole et une solide expansion industrielle sous la direction de la politique nationale de Sir John A.Macdonald, expansion et progression qui contribuaient à porter à 5,000,000 la population canadienne, pendant que la capitale allait bientôt relever son total de 45,000 âmes en 1891 au chiffre de 60,000, en 1901.Soudain, une direction nouvelle s'affirmait dans le gouvernement du pays.Une intense propagande déclanchait une telle vague annuelle d'immigration qu'en 1911 la population s'était haussée par bonds successifs à 7,000,000 d'âmes, soit un accroissement de 2,000,000 en dix ans, tandis que Ottawa, croissant au même rythme que le pays, s'étendait et se peuplait au point de compter alors 90,000 âmes, chiffre remarquable pour une ville qui n'avait que soixante ans d'existence.En même temps que s'accentuait une grandissante autonomie politique, un programme de préférence impériale élevait les échanges commerciaux à des sommets sans précédents, si bien que Laurier, l'artisan de cette progression sur les deux fronts, économique et politique, pouvait justement s'exclamer : « Le vingtième siècle sera le siècle du Canada ».A cette heure même, éclatait la première guerre mondiale.A l'appel du droit et de la liberté des peuples, le Canada répondit superbement : volontaires, en énorme majorité.620,000 hommes prirent les armes et quatre divisions combattirent glorieusement sur le front européen, notamment à Ypres, Courcelette, Festubert et Vimy.Aussi, devant cette magnifique collaboration, ni la Grande-Bretagne ni les Nations Unies ne purent dénier au représentant du Canada, Sir Robert Borden, le droit et l'honneur d'apposer sa signature au traité de Versailles.D'un trait de plume, le pays accédait au palier de l'indépendance nationale et à la stature d'une 52 OTTAWA puissance internationale, accession que confirmait la conférence impériale de 1926 et qu'enregistrait le Statut de Westminster de 1931.Dès lors, le Canada signait seul ses propres traités et se donnait des ambassadeurs, en même temps qu'il accréditait chez lui les représentants diplomatiques de l'étranger.De capitale politique, Ottawa devenait capitale internationale.La guerre, cependant, lui avait porté un rude coup : en février 1916.mis par une main allemande, un incendie détruisait son premier parlement.Bientôt reconstruit sur des plans plus considérables de l'architecte John Pearson, le superbe monument, qui conservait le style gothique, domine aujourd'hui, depuis 1920, avec son altière tour de la Paix toute la ville et le paysage circonvoisin.En ces années de guerre, avec la création de nouveaux ministères et la multiplication des services administratifs, la population marquait une courbe ascendante, à laquelle contribuait également la construction de nouveaux édifices de commerce et de maisons de rapport, si bien qu'elle atteignait, en 1930, le chiffre de 120,000 âmes.Durant les dures années de la dépression économique, qui s'ouvrit en 1929, l'Ottawa politique, comme le reste du pays, lutta vaillamment, se portant au secours de tous les points affaiblis.La capitale dirigeait la reprise d'une saine économie sur tous les fronts, quand elle accueillit en triomphe, en mai 1939, Sa Majesté Oeorge VI et la gracieuse reine Elisabeth.Au cours de sa visite, fait unique dans l'histoire.le souverain de l'Empire britannique présida une réunion des Communes du Canada.Trois mois plus tard, survenait, plus terrible parce que plus sytématiquement barbare, la deuxième guerre mondiale.De nouveau, pour la défense de la justice et de la civilisation, le pays se leva ; un million, cette fois, de Canadiens et de Canadiennes entrèrent dans les services militaires, et les soldats à feuille d'érable se surpassèrent en vaillance sur les fronts d'Italie, de France et de Hollande.En même temps, Ottawa prenait en main tous les contrôles, levait une finance 33 AMÉRIQUE FRANÇAISE prodigieuse, improvisait une industrie de guerre énorme et exportait outre-mer d'immenses quantités d'armes et de munitions, de blé et d'approvisionnements.En proportion de sa population, nul pays ne fournit un si gigantesque effort militaire, économique et financier, effort qui s'est continué après la guerre par une aide extraordinaire aux nations appauvries ou dévastées de l'Europe.Aujourd'hui, de nouveau, la guerre a porté au plus haut sommet le renom du Canada et révélé en ce pays, qui s'ignore ingénument, une véritable puissance internationale de prime grandeur.D'autre part, en centralisant autour de ses ministères de multiples organisations et commissions, la guerre avait rapidement augmenté la population d'Ottawa qui atteint maintenant le total de 175,000 âmes.En même temps, la capitale se révélait centre touristique de rare attraction.Résultat fort naturel, d'ailleurs, car, à côté de son importance politique, se rencontrent la grandeur de ses monuments publics, le charme de son site et l'agrément de ses environs.Résidence du gouverneur-général, cité universitaire et ville épiscopale, Ottawa peut offrir aux congressistes des hôtels de tout confort, aux spécialistes, la bibliothèque du Parlement, les Archives nationales et le Conseil national des recherches ; aux simples touristes, l'Hôtel de la Monnaie, les musées historiques et scientifiques, ainsi que la Galerie des beaux-arts.Pour les promeneurs, voici le Parc de Rockliffe, le Driveway et les jardins de la Ferme expérimentale.Au sortir de la ville.le visiteur se trouve, au bout de quelques minutes, dans le Parc national de la Gatineau, à la porte d'un paradis de chasse et de pêche, dont la grande beauté sauvage est encadrée de lacs bleus et de vertes rivières.A l'automne, nulle région au monde ne présente aux yeux un spectacle comparable à l'éblouissante féerie de la forêt de la Gatineau avec son merveilleux tableau d'or et de feu, d'ocre et de pourpre incandescente ! Gustave Lanctot 34 INFILTRATIONS ROMANTIQUES DANS LE CANADA FRANÇAIS D'AUTREFOIS Pendant la première moitié du XIXe siècle, la politique réclame l'activité de la quasi-totalité des intellectuels canadiens-français.Jusqu'alors fade et fugitive, la poésie reflétera, notamment de 1830 à 1850, la consternation et l'émoi d'un peuple dont plusieurs chefs meurent sur I'échafaud, à la suite de l'insurrection, au cri de : vive la liberté î « Ce qui est remarquable, observe judicieusement Chauveau, dans les pièces publiées de 1850 à 1850, c'est l'ardeur du sentiment patriotique.La politique n'y est plus traitée sur le ton narquois de la chanson ; c'est l'élégie, c'est le dithyrambe, c'est la satire qui expriment tour à tour les craintes, les tristesses, l'indignation de nos concitoyens \> Pendant ces jours agités, les débats académiques sur le Classicisme et le Romantisme ont évidemment peu de chance de trouver un auditoire intéressé : les préoccupations et les inquiétudes portent sur un tout autre sujet.On manque d'ailleurs de principes et de directives pour apprécier à leur juste valeur les discussions qui s'éternisent alors de l'autre côté de l'Atlantique.Les littérateurs canadiens-français de 1835 préfèrent sans doute assister comme spectateurs impassibles ou muets à la bataille d'Hernani et répéter avec Napoléon Aubin : i.P.-J.-O.Chauveau, Elude sur les commencements de la poésie française au Canada.Mémoires de la Société Royale du Canada, année 1882-1883, p.8a.35 AMÉRIQUE FRANÇAISE Le classique et le romantique Doivent ennuyer Apollon Je préfère à tous ces systèmes Le plus grand, le plus précieux : Amis, évitons les extrêmes C'est toujours bien moins périlleux 12 Ces pauvres vers tirent de l'oubli une grande vérité ; lorsque le Romantisme commença à s'infiltrer au Canada, il y eut chez nos intellectuels un moment d'hésitation.Fallait-il éconduire ce nouveau venu ou lui faire bon accueil ?Si les éducateurs pour la plupart décidèrent de lui barrer la route, les littérateurs, semble-t-il, crurent plus sage d'attendre l'issue du combat en France avant de se prononcer.Benjamin Suite a écrit là-dessus un paragraphe qui fait autorité.« Ecrire dans le goût du jour, c'est être de l'école romantique, dit-on.Nous n'en sommes pourtant pas tout à fait.L'alliance du classique et des formes nouvelles constitue un genre que nous croyons acceptable et nous l'avons adopté, surtout depuis trente ans.Tandis que l'Europe se divisait en deux camps sur cette question, nous, trop faibles pour prendre parti, nous nous sommes abstenus acceptant volontiers de faire des églises un refuge assuré pour tous les fauvistes, cubistes, futuristes et autres fantaisistes acrobatiques de nos temps « supertroublés >, où l'on vient, en toute hâte, à l'O.M.S., de poser les principes du « PREMIER PROGRAMME INTERNATIONAL DE SANTE MENTALE > / Charles Du Mont Directeur de l'Observateur de Genève, organe mensuel de défense de la civilisation chrétienne LÉGISLATION SUR L'ART SACRÉ Est-ce que nous manquons peut-être de directives de l'Autorité ecclésiastique en ce domaine délicat de l'art sacré ?L'encyclique du Souverain Pontife Pie XII sur la « Liturgie sacrée » est de novembre 1947.On y lit les prescriptions que voici : « Ce que nous avons dit de la musique doit être dit aussi des autres arts, et spécialement de l'architecture, de la sculpture et de la peinture.On ne doit pas mépriser et répudier en général et par parti pris les formes et les images récentes, plus adaptées aux nouveaux matériaux avec lesquels elles sont 46 LÉGISLATION SUR L'ART SACRÉ aujourd'hui confectionnées ; mais évitant, par un sage équilibre, le réalisme excessif d'une part et le symbolisme exagéré d'autre part, et compte tenu des exigences de la société chrétienne plutôt que des jugements et des goûts des artistes, on doit donner libre cours aussi à l'art moderne s'il sert avec le respect qui est dû au décorum des édifices sacrés et aux rites sacrés, de façon qu'il puisse unir sa voix au cantique de gloire merveilleux que les génies ont chanté au cours des siècles passés à la foi catholique.Nous ne pouvons manquer cependant, par devoir de conscience, de déplorer et condamner ces images ou formes introduites récemment par certains, qui semblent dépravation et déformation du véritable art chrétien, et offensent le sentiment religieux sincère ; elles doivent absolument être tenues éloignées de nos églises, et en être exclues comme, en général, tout ce qui n'est pas en harmonie avec la sainteté du lieu ».(Can.tl78).Tout cela correspond à ce qu'affirmait Pie XI, le 28 octobre 1932, en inaugurant le nouvel édifice de la Pinacothèque valicane.Dans ce discours, le grand Pape disait que l'on ne pouvait parler d'art sacré pour certaines œuvres.parce quelles défiguraient le sacré jusqu'à la caricature et souvent même jusqu'à la véritable profanation ».« Tout en ouvrant toutes les portes et donnant la plus sincère des bienvenues à tout développement sain et progressif des bonnes et véritables traditions »,.que cet art profane et profanateur ne soit pas admis dans nos églises.et ne soit pas appelé à les construire, à les transformer, à les décorer ».« Le nouveau ne représente pas un véritable progrès s'il n'est pas au moins aussi beau et bon que l'ancien, et trop souvent ces œuvres prétendues nouvelles sont sincèrement laides et révèlent incapacité.impatience.manque de rationalité.» *- « Habitations de Dieu et maisons de prières.voilà le but et la raison d'être des édifices sacrés ; voilà les raisons suprêmes dont doit s'inspirer et auxquelles doit obéir l'art qui veut être et se dire sacré et rationnel sous peine de n'être plus ni sacré ni rationnel.» 47 AMÉRIQUE FRANÇAISE Ces claires paroles du Pape Pie XI commentent les prescriptions du Droit canon, qui déclarent au canon 1599 (12) défendues en soi les images du Seigneur, de la Ste-Vierge, des Anges, des Saints ou serviteurs de Dieu qui ne répondent pas au sujet, et sont en opposition avec les lois et avec le sens de l'Eglise.D'une manière plus détaillée le canon 1279 ordonne qu'aucune image insolite ne soit exposée dans le lieu sacré sans l'approbation de l'Evêque, lequel ne doit pas permettre que l'on expose au culte les images qui ne sont pas conformes à l'usage éprouvé de l'Eglise, surtout si elles représentent mal le dogme, qu'elles ne se présentent pas avec décence et convenance ou peuvent donner occasion d'erreurs dangereuses au peuple non instruit.Le Pape Pie XI se référait à cette loi canonique quand il avertissait ainsi les évêques : « // incombe à nos frères dans l'épiscopat pour leurs diocèses respectifs, comme il incombe à Nous pour toute l'Eglise, de faire acte de vigilance pour que les dispositions si importantes du Code soient suivies et observées, et que rien ne vienne, sous le nom usurpé de l'art, offenser la sainteté de l'Eglise et des autels, et troubler la piété des fidèles.» Les prescriptions du Code et les paroles du Pape rappellent et en partie, reproduisent ce qu'avait sanctionné le Concile de Trente dans la Session 25e, qui suggérait aux évêques de demander le conseil des théologiens et des artistes pour accomplir ce devoir délicat qui se réfère à l'art sacré.Il y a donc toute une tradition qui, depuis le Concile de Trente, arrive jusqu'à nous en passant par les Instructiones de fabrica et supeliectili ecclesiastica de St Charles Borromée, le Concile Provincial de Bénévent de 1695 sous le Cardinal Orsini qui devint ensuite le Pape Benoît XIII.Nous avons aujourd'hui le Pontificia Commissione Centrale per I'arte sacra qui a pour but de « maintenir partout 48 SIMONE DENECHAUD Seigneur, éloignez de moi ce calice.(Appartient au Musée provincial) LÉGISLATION SUR L'ART SACRÉ en éveil et en activité, au sein des Commissions diocésaines, le sens de l'art chrétien et le zèle intelligent et dévoué pour la conservation et le développement du patrimoine artistique de l'Eglise.On ne peut dire que la P.C.C.soit restée inactive quand on connaît tout au moins certaines manifestations de son travail.Dès 1942 paraissent les « Normes pratiques pour les commandes et exécutions de nouvelles œuvres d'art sacré ».H y a les cinq volumes des Atti délie Settimane di Arte Sacra per il Clero ; il y a le magnifique et très riche Manuale per gli artisti sous le titre : « Fede e arte » écrit par deux prélats compétents et vénérés de tous, Celsoel Giovanni Coustantini, édité par Tuminelli ; il y a des critères et normes de différents artistes qui, en harmonie avec les enseignements de l'Eglise, ont protesté au nom de l'art sacré avec la compétence et le prestige qui les distinguent.En fait preuve, la série des propositions suivantes de la Pontificia Insigne Accademia dei Virtuosi al Pantheon : 1 ) Les finalités suprêmes de l'art sacré doivent être en tout temps rigoureusement observées, et en conséquence, une œuvre d'art destinée à l'Eglise doit constituer, aujourd'hui encore, un hommage à Dieu, un supplément de la liturgie, un complément de la prédication, et une aide à l'élévation de l'esprit dans la prière ; 2) L'art sacré italien a toujours émergé par certaines caractéristiques traditionnelles qui, avec un équilibre divers, se retrouvent dans chacun de ses styles et qui ne doivent pas manquer également de nos jours.Ces caractères sont : la spiritualité de la conception, la beauté de la forme, la concrétisation de la représentation, le décorum de la technique, le langage compréhensible.5) Le besoin de rénovation artistique commun à toutes les époques est rendu plus aigu de nos jours par l'allure rapide de la vie, par les préoccupations économiques, par les inno- 49 AMÉRIQUE FRANÇAISE vations de la technique, mais tout cela ne légitime pas l'abandon des caractéristiques traditionnelles, favorisé évidemment par des modes éphémères et des déviations esthétiques et philosophiques.4) L'architecture sacrée, même si elle incline au goût moderne en ce qu'elle recherche les expressions de masse, la logique constructive, la clarté des schémas et la sincérité des apparences, ne doit pas abandonner ses autres qualités traditionnelles ; elle ne doit pas contrevenir aux exigences de l'usage pratique, et surtout elle ne doit pas se réduire en simple procédé conslructif : la décoration, si elle est conçue en jonction architectonique dans un but de représentation expressive et symbolique, ne peut pas être considérée comme un pléonasme inutile ; 5) La peinture et la sculpture peuvent aujourd'hui encore, opérant dans le domaine du sacré, tendre à une plus grande sobriété de moyens, à une synthèse de conception et de style plus serrée, à une transfiguration plus profonde de données sensibles, mais elles doivent absolument éviter l'aridité, les obscurités, les déformations ; 6) Les œuvres du passé ne doivent pas être prises comme modèles dans le sens d'une imitation servile, mais elles doivent continuer à donner des enseignements d'expérience pratique et de logique de conception à toutes les créations artistiques ».Tout cela exprime le bon sens humain et chrétien avant même d'exprimer les exigences irréductibles de l'art sacré.(Reproduit clans l'Observateur de Genève.15 octobre 1949) (Sign.) Cordovani, o.p.50 ARTHUR LETONDAL Plus d'un demi-siècle de musique au Canada « N'es-tu pas l'avenir de tous les souvenirs qui sont en toi ?L'avenir d'un passé ?», dit Paul Valéry.Mais, rassurons-nous, Arthur Letondal ne vit pas de souvenirs, même s'il en a beaucoup.A l'âge où d'autres ne vivent que dans leur passé (tout le monde sait qu'il a dépassé sa quatre-vingtième année), Letondal ne vit même pas de son passé.Chez lui, les souvenirs n'encombrent la mémoire.Homme très cultivé, les souvenirs ne sont pour lui que les jalons d'une évolution dont son intelligence toujours vive et perspicace sait opérer une magnifique synthèse ; synthèse du présent et du passé dans laquelle n'entrent aucun arbitraire ni parti pris, car Letondal est d'une modestie et d'un désintéressement aussi exceptionnels que le rôle qu'il a tenu dans l'histoire canadienne depuis 55 ans.* * * Avant d'étudier ce passé dont M.Letondal est le précieux témoin et dont il fut l'un des meilleurs artisans, relatons brièvement sa brillante carrière.oon pere, M.Paul Letondal, arrivé de France en 1852, fut le pionnier de l'enseignement de la musique dans notre pays.Deux autres Français, Antoine Dessanes et Charles Sabatier, donnèrent aussi un essor à la musique, à cette époque.Entre autres élèves, M.Paul Letondal enseigna à Calixa Lavallée et à Dominique Ducharme, Moïse Saucier, Salomon Mazurette.Naturellement, Arthur Letondal eut son père comme premier professeur.En 1890, il alla parfaire ses études en Europe ; 51 AMÉRIQUE FRANÇAISE il y passa trois ans à étudier le piano, l'orgue et la composition.A son retour à Montréal, il fut organiste à l'église du Saint-Sacrement durant six ans, puis au Gesu et enfin, en 1925, à la cathédrale.Mais, cette fonction d'organiste, pourtant si dignement remplie, ne pouvait être la seule occupation d'un musicien comme Letondal.Il est aussi pianiste.II fut surtout professeur.Et ses compositions sont d'ailleurs celles d'un musicien accompli.C'est dans l'enseignement que Letondal a joué un rôle vraiment incomparable par la durée de sa carrière et, ce qui est beaucoup plus important, par le nombre de brillants élèves qu'il a formés et qui sont aujourd'hui des maîtres.Les institutions d enseignement musical ne manquèrent pas de faire appel à l'éminent professeur.Letondal fut l'un des premiers professeurs du Conservatoire de l'université McGill, fondé en 1904, et du Conservatoire de la Province de Québec, fondé à Montréal en 1943.II enseigne aussi aux aveugles de l'Institut Nazareth depuis 50 ans.D'excellents musiciens et professeurs, dont plusieurs ont obtenu le Prix d'Europe, ont été élèves d'Arthur Letondal : Léo-Paul Morin, Gabriel Cusson, Paul Doyon, et, parmi les plus jeunes, Germaine Malépart et Gilberte Martin.En allant étudier sous la direction de professeurs européens, les élèves de Letondal n'avaient qu'à continuer dans la voie tracée par leur professeur canadien ; leur formation n'avait pas besoin d'être corrigée, pour recommencer sur d'autres principes.La vie musicale depuis 60 ans.En 1890, l'année où Arthur Letondal partait pour l'Europe, la vie musicale montréalaise était animée par deux sociétés de concerts : le « Ladies'Morning Musical Club, qui existe encore, et la Société Philharmonique, fondée en 1876.Guillaume Couture en avait été nommé directeur en 1880 ; cette 52 ARTHUR LETONDAL société termina son existence en 1894.II y eut aussi, plus tard, l'Association artistique fondée par Jéhin Prume.Quant à l'enseignement, il n'existait pas sous forme d'école proprement dite.L'Académie de musique de Québec, fondée en 1868.n'exerçait à cette époque qu'une influence plutôt restreinte.En 1890, Ernest Lavigne tentait la réalisation de son projet de Conservatoire de musique, avec le concours de professeurs belges.Initiative louable ; mais, belle semence qui tombait dans un terrain insuffisamment préparé.J.-J.Goulet, l'un de ces musiciens belges, parvint à grouper, en 1896, un second orchestre composé en majorité de musiciens montréalais, la « Montreal Symphony » pour remplacer celui de la Société philharmonique disparu depuis deux ans.Goulet et Couture dirigèrent tour à tour ce nouvel orchestre.Rappelons que la Société Philharmonique, jusqu'en 1894, année de sa faillite financière, connut une époque glorieuse sous la direction de Guillaume Couture.La partie chorale confiée à des éléments français et anglais, n'avait pour l'accompagnement d'orchestre que des musiciens de.notre ville.Or, Couture, voulant exécuter des oeuvres importantes, fit venir de Boston un orchestre complet, ce qui coûta naturellement fort cher.Certains concerts où figuraient entre autres des œuvres de Saint-Saëns et de Wagner sont restés inoubliables pour tous les mélophiles de l'époque.Mais la Société Philharmonique fut acculée à la faillite.On connut aussi, de 1896 à 1901, l'Association artistique.Arthur Letondal en fit partie, ainsi qu'Achille Fortier, Charles Labelle.Oscar Martel.Cette Association percevait ses revenus au moyen d'une loterie dont on trouvait la justification dans les sommes versées aux organismes d'enseignement musical.C'est à compter de 1900 que l'enseignement de la musique se développa intensément.Pour le piano : Letondal, Romain-Octave Pelletier.Pour l'orgue : Letondal, Victoria Cartier, Romain-Octave Pelletier, J.-D.Dussault.Pour le chant : Achille Fortier (il enseignait aussi l'harmonie), Lapalme et 53 AMÉRIQUE FRANÇAISE Issaurel, Rodolphe Plamondon, Jean Riddez, Arthur Lauren-deau.Le Conservatoire de l'université McGill fut fondé en 1904.Plus tard vint le Conservatoire National.Entre temps fut institué le Prix d'Europe (1912) dont on confia la direction à l'Académie de musique de Québec.Les concours auxquels les jeunes musiciens devaient se soumettre les obligèrent à étudier des œuvres classiques et à mieux posséder la technique de leur instrument ; il leur fallut aussi s'initier aux études théoriques (l'harmonie surtout).M.Letondal fut pendant plus de 50 ans la figure dominante de l'enseignement musical.Il fit étudier à ses élèves et connaître au public les œuvres des grands compositeurs contemporains.Par de fréquents voyages en France, il se tenait au courant de la production musicale ; il se procurait chez les éditeurs les œuvres qu'il jugeait les meilleurs.Comme musique d'orgue, il a introduit ici les œuvres de Saint-Saëns.Widor, Guillemant.C'est lui aussi qui apporta dans notre pays les premiers exemplaires des œuvres de Debussy et de Ravel et de Fauré.Ce n'était pas par engouement que Letondal s'attachait aux œuvres contemporaines.« Je n'attache pas une importance exagérée aux engouements esthétiques ; je ne me suis jamais fait r apôtre exclusif de l'élément le plus récent, je n'ai jamais renversé une idole pour en élever une autre ».Ce n'est donc pas d'aujourd'hui que M.Letondal est un musicien parfaitement équilibré ; son jugement et sa culture l'ont dispensé de s'engager sur de fausses routes avant de découvrir la vraie.On comprend pourquoi sa carrière a été si féconde.Musique et musiciens.Avoir été le témoin actif d'une période de 50 ans, avoir été le maître de plusieurs générations de musiciens, donne aux 34 ARTHUR LETONDAL opinions de M.Letondal une autorité incontestable lorsqu'il parle de l'évolution de la musique et des musiciens.Ici surtout se manifestent la sincérité, le jugement objectif, la compréhension du patriarche de la musique au Canada.Arthur Letondal ne se cantonne pas dans le « bon vieux temps », il ne boude pas l'état actuel de la musique ; la retrospection qu'il fait est dégagée de tout parti pris.C'est avec une parfaite objectivité qu il exprime dés comparaisons sur l'évolution de la vie musicale aux diverses étapes de la première moitié de notre siècle.A la hauteur de ses 80 ans, une sérénité imperturbable baigne ses jugements et ses sentiments ; elle est bien loin au-dessous de lui la plaine où se livrent de vains combats entre castes.« Je me suis limité à l'enseignement ; j'ai fait mon travail avec constance, j'ai pris mon temps ».dit-il.« L'état actuel de la musique est une œuvre à laquelle tous les musiciens ont participé » ; voilà le trop modeste témoignage qu'il se rend.« En 1890, il n'y avait pas d'école de musique ; aujourd'hui, il existe des écoles de musique quoiqu'il n'y en ait encore aucune à avoir accompli le programme tracé à ses débuts.» Ma princesse, lui dit-il, ces fleurs me coûtent bien cher.Il y va de ta vie pour toi qui reçois ce bouquet.Dans trois jours, il faudra que tu sois rendue dans un jardin désolé où tu devras te faire dévorer par un serpent au teint vert.J'ai cueilli ces fleurs les croyant abandonnées, mais elles appartenaient à ce mauvais animal, qui t'a réclamée en retour de ce que je venais de faire.i—i Mon père, puisque c'est pour moi que vous avez cassé ce bouquet, j'irai de bonne volonté me faire dévorer.Deux jours plus tard, le roi partit avec sa princesse qu'il alla reconduire au malheureux jardin.Après avoir fait ses adieux à cette enfant qu'il aimait tant, il l'embrassa tendrement en l'arrosant de ses larmes et s'en retourna vers son château avec une peine mortelle au coeur.Après son départ, la princesse entendit aussitôt un bruissement à travers les feuilles.Elle se mit à regarder autour d'elle et elle aperçut un serpent au teint vert tel que son père le lui avait décrit.Mais il s'avança vers elle lentement, en lui 62 LE SERPENT AU TEINT VERT disant : belle princesse, n'ayez point peur de moi, je ne vous ferai aucun mal.Je suis un prince métamorphosé en serpent.Vous allez faire votre choix tout de suite puisque vous devez maintenant vivre avec moi.Ou que je sois serpent le jour et prince la nuit, ou serpent la nuit et prince le jour.La princesse préféra qu'il fût prince la nuit afin de n'avoir pas à coucher seule dans le grand château qu'elle voyait.Et c'est ainsi que pour la princesse les jours s'écoulaient dans tout le bonheur que l'on puisse désirer.Elle passait la nuit avec son prince et, le jour, il l'accompagnait encore, quoiqu'il fut en serpent.Il y avait déjà trois mois que le roi avait conduit sa fille pour la faire dévorer par le serpent.Un soir, le prince dit à sa femme, veux-tu aller te promener chez tes parents ?Je sais qu'ils te croient dévorée depuis longtemps par le serpent que ton père, le roi, a rencontré dans ce jardin.Demain matin, tu partiras pour trois jours.Avec joie et émotion la princesse remercia son prince qui lui dit : je vais te mettre un anneau au doigt.Prends bien garde qu'il te soit enlevé parce qu'alors tu m'oublieras.Pour te rendre chez tes parents, tu le tourneras dans ton doigt, le diamant à l'intérieur.Tu seras transportée au même instant sur la galerie du château qui t'a vue naître.La princesse fit tel que le prince lui avait recommandé.Elle tourna l'anneau dans son doigt, le diamant à l'intérieur, et elle fut transportée au même instant sur la galerie du roi son père.Elle frappa à la porte.Quelle surprise pour le roi, la reine et les deux princesses qui lui sautèrent au cou en l'embrassant et en versant des larmes de joie.Chère princesse adorée, lui disaient-ils, nous te pensions disparue de la terre pour ne plus jamais te revoir.Nous pleurions tous les jours sur ta perte sans penser pouvoir jamais nous en consoler.Mon père et ma mère, je suis la plus heureuse des créatures de ce monde.Je vis dans un bonheur et dans un confort parfaits.Le serpent que vous avez vu dans le jardin, est un prince métamorphosé.Le jour, il est sous la forme d'un serpent.63 AMÉRIQUE FRANÇAISE mais la nuit, sous celle d'un prince.C'est le plus beau prince qu'il n'y a pas sous la couronne du soleil et c'est la bonté même.Il m'aime dune tendresse infinie.C'est lui qui m'a permis de venir passer trois jours avec vous ici au château.La princesse vivait des heures heureuses dans sa famille mais, au fond de sa pensée, elle s'ennuyait de son prince chéri.Ses sœurs, après l'avoir questionnée sur la vie qu'elle menait dans le mystérieux jardin, lui regardaient souvent les doigts, éblouies par le bel anneau qu'elle portait.Elles auraient bien voulu partager le même bonheur.Aussi, au cours de la matinée de la troisième journée l'aînée, n'en pouvant plus de jalousie, profita du moment où la princesse s'était endormie sur un sofa, pour lui enlever son précieux anneau quelle cacha dans un coin retiré du château.A son réveil, la princesse ne pensa plus à son prince.La troisième journée s'écoula et la quatrième fit son apparition.Mais rendue au soir, à la brunante, elle entendit tout-à-coup une voix qui lui dit : tu ne penses donc plus à moi, belle princesse ?Elle lança un cri amer en se regardant la main et en voyant son doigt nu.Elle s'en alla trouver son père, le roi, et lui raconta que l'anneau de grande valeur qu'elle portait à son doigt était disparu depuis son arrivée dans le château et que c'était sans doute une de ses sœurs qui le lui avait ravi.Le roi, après avoir réprimandé sévèrement les deux princesses, leur commanda d'aller chercher l'anneau et de le remettre à leur sœur qui n'avait pas hésité à s'exposer à la mort pour racheter le malheur qui devait l'accabler.L'aînée s'en alla donc chercher l'anneau et, en présence de son père, le remit dans le doigt de sa sœur en lui disant que c'était pour lui faire peur qu'elle avait fait cela.La princesse, après avoir fait ses adieux à son père et à sa mère et les avoir invités à aller la voir à leur tour, tourna son anneau dans son doigt, et, au même instant, fut transportée devant son prince bien-aimé.En la voyant près de lui, il lui dit en souriant : tu m'avais donc oublié, belle princesse ?64 La Mise en Boîte Le Psychologue.CM.Le peintre qui ne possède point le don de la ressemblance indispensable à tout bon portraitiste, n'a qu'à se réfugier duns l usage du symbole pour représenter son modèle.Cette pratique est tout de même plus honnête que de livrer un portrait raté, en prétextant que c est ainsi qu'on a senti sa victime.Coljn-Martel LE SERPENT AU TEINT VERT ~- Oui, mon prince, je t'avais oublié, mais ce n'était pas de ma propre faute.^-Ne te fais pas de peine, belle princesse, je savais que tout cela était pour arriver.Et la vie continua pour le serpent au teint vert et la jeune princesse dans ce paradis terrestre où toutes les fleurs avaient un parfum si doux qu'à les respirer ils demeuraient presque en extase.Mais un soir, après six heures, le prince dit à sa femme : ' écoute bien ce que je vais t'apprendre.Ce soir, de neuf heures à minuit, si je ne suis vu d'aucun autre être humain que toi, je serai, demain matin, délivré à jamais, et prince, le jour comme la nuit.Là je pourrai aller faire connaissance de ton père et de ta mère que tu aimes si tendrement, et notre bonheur deviendra parfait.i— Mon mari, tu sais bien que nous sommes absolument seuls ici, et qu'aucune personne ne pourra te voir comme tu viens de le dire.Mais tout en parlant, ils entendirent frapper à la porte du château.La princesse s'en alla ouvrir.C'étaient son père et sa mère qui venaient leur rendre visite.Elle les fit entrer et traverser dans un salon bien beau et bien riche.En face de ce salon, il y avait une chambre royale.Elle la leur donna en leur demandant d'y rester, sans sortir, jusqu'à six heures le lendemain matin.Je n'ai que cette grâce à vous demander, mon père et ma mère, et j'espère bien que vous ne me la refuserez pas.Et elle s'en retourna auprès de son prince pour le reste de la nuit.Vers neuf heures, la vieille reine dit à son roi : as-tu compris pour quelle raison notre princesse nous défendait de sortir de notre chambre avant six heures demain matin ?Je ne peux pas imaginer ce qui se passe.Si tu voulais m'en croire, j'irais faire un petit tour dans le château pour tâcher de découvrir quelque chose.Le roi ne s'en souciait guère.Mais la reine, curieuse, partit tranquillement et s'en alla regarder par le trou de la 63 AMÉRIQUE FRANÇAISE serrure de leur chambre.Elle vit, sur un beau lit, le plus joli homme qui pouvait exister, avec une chevelure dorée qui lui descendait sur les épaules.La princesse, assise dans un grand fauteuil tout près du lit, causait avec ce charmant prince.La vieille reine retourna sur ses pas et s'empressa d aller porter la nouvelle à son mari.Mais à ce moment, la princesse s'aperçut que le prince avait changé de couleur.Dis-moi donc, mon prince, ce que tu peux avoir, lui dit-elle en s'alarmant.
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