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Titre :
Amérique française
Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. [...]

Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. D'abord mensuelle, Amérique française se fait plus tard bimestrielle puis trimestrielle. Sa publication est suspendue de 1956 à 1962.

Fondée à Montréal par Pierre Baillargeon et Roger Rolland en 1941, Amérique française est dirigée par Baillargeon jusqu'en 1944. Durant cette période, elle constitue une rampe de lancement originale et moderne qui permettra à plusieurs nouveaux talents de se faire connaître.

Anne Hébert, Yves Thériault, Rina Lasnier, Pierre Vadeboncoeur, Jacques Ferron, Roger Lemelin, Adrienne Choquette, mais aussi des collaborateurs plus établis comme Léo-Paul Desrosiers, Alfred Desrochers, François Hertel et Guy Frégault participent alors à la revue. Ces collaborations prennent principalement la forme de brèves oeuvres de fiction et de poésie, mais aussi d'essais et de critiques littéraires.

De novembre 1944 à janvier 1946, Amérique française est dirigée par Gérard Dagenais, des Éditions Pascal, qui en profite pour mettre en avant les auteurs qu'il publie, dont Gabrielle Roy et Carl Dubuc. La littérature inédite cède un peu de place à l'essai sur l'art et aux questions sociopolitiques, à la chronique de livres et à la publicité. Chaque numéro de la revue contient maintenant 80 pages plutôt que 56.

Le polémiste François Hertel prend la barre d'Amérique française en 1946 et donne à la revue un ton spirituel qu'on trouve plus communément dans les revues d'idées à cette époque. La portion littéraire est toutefois toujours présente; on y publie des contes, des nouvelles et de nombreux courts poèmes. Les jeunes auteurs Félix Leclerc, Yves Thériault et Andrée Maillet y contribuent.

La publication d'Amérique française est interrompue à l'été 1947 lorsque François Hertel en quitte la direction. Elle reprend en 1948 grâce au rachat de Corinne Dupuis-Maillet, qui lui donne une facture matérielle remarquable.

Une ligne plutôt traditionnelle est donnée dans les essais qui y sont publiés sur l'art, mais Corinne Dupuis-Maillet permet à quelques jeunes auteurs, dont plusieurs femmes, de collaborer à Amérique française. De nouvelles collaboratrices comme Judith Jasmin, Solange Chaput-Rolland et Françoise Loranger ajoutent à la participation féminine à la revue.

En janvier 1952, Andrée Maillet publie son premier numéro comme directrice d'Amérique française; une aventure qui se poursuit jusqu'en 1955. C'est la période la plus prolifique pour la revue qui s'impose comme un terreau de création et de liberté primordial pour la littérature québécoise moderne.

On y trouve entre autres des poésies de Roland Giguère, de Gaston Miron, de Fernand Ouellette, de Cécile Cloutier et d'Anthony Phelps ainsi que des textes d'Andrée Maillet, de Jacques Ferron et de Jean-Jules Richard. Durant cette période, Amérique française donne aussi un nouvel élan à la critique littéraire.

En 1956, Amérique française laisse la place libre à Écrits du Canada français, principale revue littéraire concurrente. Sa publication est suspendue jusqu'à de nouvelles tentatives de la raviver qui s'avéreront infructueuses en 1963 et en 1964.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1985, vol. VII, p. 228-229.

GIGUÈRE, Richard, « Amérique française (1941-1955) - Notre première revue de création littéraire », Revue d'histoire littéraire du Québec et du Canada français, nº 6, été-automne 1983, p. 53-63.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1941-
Contenu spécifique :
septembre 1954
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
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Références

Amérique française, 1954, Collections de BAnQ.

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Revue bimestrielle /• TU D E S JEAN-PAUL PINSONNEAULT Pour une conception chrétienne, adulte du roman LUCIEN COLLIN.Lettre our Gabriel Alarcel v o />: M /-: s.r il c i r s, etc.OZIAS LEDUC.Demain ANDRÉE MAILLET Maison Internationale (Introduction) JACOUES PERRON.Nella Maricm {Extraite) JACÔUES BILODEAU.Énigme* et Parabole* ALAN IIORIC.tridcéôe Éphémère PERNAND OUELLETTE.Tryplique JANINE LAJOIE.En/ance ailiONIQl'KS ET TÉ/U01GN/1GES La revue des livrée par Prançoise M.Lavigne et Andrée Maillet.— Pendant te dîner à JIadame Donalda par E.Fabre-Surveyer de ta Société Royale.— Souvenirs par Henriette Tassé.— Notre Passé musical par C.O.Lamontagne.— Sylvain el led Couleuvres par C.Letellicr de St-Just.— Rétrospectives par Adrien Robitaillc.— Curiosité Littéraire par Jacques Ferron.//// banc d'Essai : Nicholas Rolland. (Z&aque faun U u a dec ttacweau cAcj N.CNIKhAL longue (? mais dans une certaine confusion.Le Journal n'est pas un vrai journal, comme le souligne l'avertissement, mais un cahier dans lequel S.D.G.écrit de la littérature d'évasion.(Essai instinctif d'auto-thérapie, infructueux faute de direction.) Ce n'est pas davantage une œuvre littéraire ; quelques pages seulement atteignent au niveau du « brouillon prometteur ».C'est cependant un document psychologique précieux, d'un intérêt grandement limité au « cas » S.D.G., mais réel si on a le courage de lire attentivement et jusqu'au bout.On trouve, dans les premières pages surtout, beaucoup d'impressions secondaires, superficiel les : belle musique de celui-ci, ceci de cela.Tant qu'il le peut, l'auteur évite de s'engager, il ruse, il fabrique, il se fuit, il se ment.Cette impression de « mentir )), lorsqu'il exprime autre chose que son mal, est un premier symptôme de la division psychologique qui s'introduit déjà.Il se trahit cependant dans son œuvre littéraire.Si la publication de ses poèmes le bouleverse tant, c'est qu'il craint d'être découvert, comme il l'analyse d'ailleurs avec une intuition (insight) remarquable, dans ces œuvres dont le contrôle lui échappe (comme toute création artistique échappe en quelque sorte à son auteur et livre de lui plus qu'il croyait y REVUE DES LIVRES 207 avoir mis.) Il a tort de s'énerver, sommes-nous tenté de penser, car il ne vit pas dans un milieu attentif, susceptible de découvrir quoi que ce soit.Mais S.D.G.n'était pas cynique, cela l'eût peut-être sauvé, comme tant d'autres.Il était, au contraire, terriblement grave et cela donne à son drame une grandeur morale émouvante.Nous sommes donc en présence d'un jeune homme très doué en butte à une névrose paralysante et peut-être à une maladie plus grave.C'est un cas classique : celui du garçon intelligent que la maladie surprend à un âge particulièrement sensible, qui interrompt ses études (première erreur), qui ne semble pas, par ailleurs, avoir jamais eu le souci de gagner sa vie et qui mijote, à part les autres, dans une ambiance bourgeoise.Blocage de l'émotivité au stage de l'adolescence avec tout ce que cela implique, sentiment de culpabilité lié à cet arrêt du développement affectif, impression d'être en marge, de ne pouvoir communiquer.C'est à son insu, dans ce qu'il croit être des « esquisses )) de roman ou de poèmes, qu'il se livre.Certaines pages ne sont pas indignes de Dostoïevski (pp.69, 74, 105-106 : description qui rappelle les tableaux de Salvator Dali).Par moments nous « voyons » la personnalité se dédoubler (split) littéralement.(p.III encore : « Ses yeux inquiets s'ouvraient comme l'ouverture de la caverne ».Toujours les yeux qui reviennent, souvent interprétés comme des vides.) L'agressivité des thèmes : destruction (p.112), imposture (p.114); cette impression de mentir, de ne pas être ce que les autres voient, blocage de l'affectivité, impuissance à communiquer (« Ainsi il prêtait des disques et des livres.C'était sa seule façon de pouvoir communiquer avec ceux qu'il estimait )), p.201).Sa lucidité est implacable.(« La prière, qui est une voie pour aller à Dieu devient souvent, en notre usage, une façon de se débarrasser de Dieu », p.217.) Ainsi, sa tentative d'évasion mystique, il la juge pres-qu'au départ.Il n'échappe jamais à ce regard intérieur qui le détruit.Il y a des lignes, d'un tragique atroce, qui rappelle bien involontairement certain poème de Lautréamont.(Que mon épine dorsale est un tronc, etc., p.218, et « .il sent que des êtres sont là, armés de haches qui l'ébran-chent », p.239.) Encore ces pages extrêmement révélatrices qui commencent par « le mauvais pauvre va parmi vous avec son regard en dessous » (p.232 et ss.).Il y a certes, dans ce Journal, des passages qui témoignent de certaines remissions de la maladie, et cela nous vaut un jugement sur le nationalisme, quelques considérations sur la 208 AMÉRIQUE FRANÇAISE beauté, l'amour, le sexe, qui nous permettent de déceler, chez S.D.G., une grande profondeur d'esprit.Cela nous fait regretter davantage, s'il se peut, et sa fin prématurée, et l'impuissance des témoins de sa vie à l'assister dans sa lutte.Le passage de ce jeune homme parmi nous n'aura sans doute pas été vain.Il a essayé de nous dire quelque chose et a, jusqu'à un certain point, échoué.Mais cet échec n'est pas définitif.Il y a d'abord sa poésie qui lui survit et qui commence à être lue.Il y aura aussi, espérons-le, quelqu'un pour se pencher avec sympathie, et en même temps dans un esprit vraiment scientifique, sur ses poèmes, son journal, sa correspondance et ses manuscrits inédits, et tenter, par ce travail, de reconstituer son drame intérieur et nous livrer son message en entier.Françoise M.LAVIGNE LES OPINIATRES - Léo-Paul Desrosiers — Roman — Collection du Nénuphar, Fides, Montréal, 1954- C'est une grande qualité pour une préface que d'être courte.Celle de Jean-Noël Tremblay présentant cette réédition des Opiniâtres aurait pu avoir six pages de plus sans nous ennuyer, tellement elle est bien écrite.Bien écrite, mais inexacte quant à ce qu'elle entend présenter.Le roman de monsieur Desrosiers Les Opiniâtres n'est qu'un feuilleton historique, pas le moins du monde représentatif des « heures héroïques ))x de nos lettres.L'époque héroïque de la littérature canadienne, c'est Laurc Conant, ou bien c'est celle que nous vivons maintenant.Et je crois bien que nous la vivons maintenant.Jean-Noël Tremblay le croit peut-être aussi: il souligne en passant (mais il aurait pu appuyer) certains aspects de la crise que traverse le Canada français littéraire.« (.) souci exagéré du dépassement, la crainte superstitieuse de verser dans le régionalisme étroit, la recherche maladive d'une psychologie de déraciné » qui « menacent d'éloigner les auteurs canadiens-français du fonds naturel, de la terre nourricière, de ce climat seul capable de faire surgir des œuvres vraies, celles qui, germées dans un milieu immédiat, atteignent par là même et en raison des énergies qu'elles en retirent, l'universel ».Cela est bien dit, toutefois, on sent le besoin de préciser.Si par « souci exagéré du dépassement » Jean-Noël Tremblay veut dire « souci exagéré de l'effet bœuf à produire sur la critique », je suis pleinement d'accord avec lui.Car nous savons bien, tous, que le souci de I.Jean-Noël Tremblay, dans sa préface. REVUE DES LIVRES dépassement n'est pas une de nos qualités marquantes, et l'oiseau rare qui en serait nanti aurait tort de ne pas l'exagérer.Je suppose également que par « fonds naturel », Jean-Noël Tremblay entend le fonds naturel particulier à chaque écrivain, sa personnalité, tout ce qui a contribué à faire de lui un individu poussé d'une manière irrésistible à s'exprimer par la chose écrite.En ce cas, il a bien raison de prôner un retour au « fonds naturel ».Claude-Henri Grignon pour Un homme et son péché, Germaine Guévremont pour Le Survenant, deux romans situés à la campagne mais pas plus régio-nalistcs pour cela qu'Un cœur simple de Flaubert, Gabriellc Roy pour Alexandre Chencvcrt et Yves Thériault pour Aaron, ont vraisemblablement puisé dans leur « fond naturel » et fait surgir des « œuvres vraies », atteignant l'universel.La pureté de leurs intentions semble évidente.Ce qui caractérise le moment difficile que nous vivons, aujourd'hui, c'est le manque de probité intellectuelle.Au lieu de regarder la vie avec ses propres yeux, d'écrire selon son propre tempérament, ou encore, en toute honnêteté, de se taire quand il apparaît clairement qu'il n'y a rien de vrai à sortir de soi (absence de don ou bien inhibition), on veut imiter Camus, Mauriac et ccctcra, faire noir, montrer qu'on a, nous aussi, conscience de ce qui se passe.C'est à qui brasserait le plus de mots, sans qu'il en reste quoique ce soit, pour se faire un nom de penseur ; il y a aussi le clan de ceux qui emploient un minimum de mots, choisis pour leur prétendue force, avec l'espoir de vouloir dire tout ;* on appelle ça « économie de moyen » et « densité » ; ainsi habillc-t-on l'impuissance.Le résultat de ces efforts a donné Le gouffre a toujours soif d'André Giroux, Terres Stériles de Jean Filiatrault, pour n'en nommer que deux du clan « économie de moyen », devoirs d'écoliers bien appliqués, et, antérieurement La fin des Songes de Robert Elie, où le fatras analytique et la prétention atteignent au sublime, ce dernier roman, faux de la première à la dernière ligne, appartenant à la catégorie de ceux qui veulent absolument « penser ».Quand on a la préparation et l'intelligence lucide d'un Jacques Lavignc, on peut justement prétendre à faire réfléchir, à sustenter les esprits.Quand on a le sens de l'observation et le cœur de Gabriellc Roy, on peut justement prétendre à faire voir et aimer son prochain.Et quand le don, le tempérament et la puissance de travail, et le souci d'un travail bien fait s'allient aux mérites d'un Jacques Lavi-gne, d'une Gabriellc Roy, d'une Germaine Gucvremont, et d'un très petit nombre d'autres dont les noms ne me viennent pas 310 AMÉRIQUE FRANÇAISE immédiatement à la pensée, je me laisse aller sans réserve aucune, à une juste admiration.Ces écrivains-là n'ont pas besoin de cliques pour les soutenir, ni de claques pour assouvir leur légitime soif d'éloges.Leurs égaux les ont reconnus et leur ont fait une place au premier rang.Que leur chaut l'appréciation désinvolte d'un petit gratouilleur ?Non.La solitude, la mesquinerie, l'obscurité ne sont pas qualités littéraires.Et l'ambition de qui tient une plume n'en fera jamais un romancier, s'il n'a que ça.Je suppose qu'il y a un millier de personnes qui écrivent, aujourd'hui, dans la Province de Québec.Quiconque écrit, fut-ce sur les différentes méthodes de planter les navets, se croit écrivain.Or, de vrais écrivains, il n'y en a peut-être pas cinquante.Comment les plus drus d'entre les jeunes parviendront à évincer les éteignoirs qu'on leur a préparé depuis longtemps, c'est là une question bien passionnante.Voilà, entre autre chose, ce que m'a inspirée la préface de Jean-Noël Tremblay.Je ne doute pas une minute de sa sincérité, mais vraiment, il écrit trop bien pour perdre son temps à de pareilles affaires.Pour en revenir à l'honorable feuilleton de monsieur Desrosiers, j'y ai cherché en vain la psychologie que, paraît-il, la critique y a reconnu d'emblée.Je préfère de beaucoup, à ce portrait agréablement colorié de nos premiers colons, ce que nous en apprend Robert de Roque-brune dans ses remarquables mais trop rares études et romans, bien appuyés sur notre histoire.Andrée MAILLET R E T 0 U R Une échelle, l ne porte.Qjuelquea briquea bien ebaudeé.Un peu de lerre, un toit.Ce nid pour de.i pigeonô, Tout prèd, un arbre vert Dana un ciel bleu el rooe.C'était là ma niai.wn El tu /'#,< démolie.Tu voulait) le progrès, Cal la force de.\ cbo.ie.K Malheureux, qu'a.i-lu jail?Une âme, enaeveli.R a en e i.La u r e n d e a u PENDANT LE DINER À MADAME DONALDA par E.Fabre-Surveyer de la Soc télé Royale Le 6 mai avait lieu, dans la salle de bal du Ritz-Carlton, un grand dîner donné en l'honneur de madame Pauline Donalda.Il s'agissait de la féliciter du doctorat en musique que l'Université McGill doit lui conférer, et de commémorer le cinquantenaire de ses débuts dans « Manon » à l'opéra de Nice.(Je l'ai entendue le premier juillet suivant, à Londres).Ce dîner qui avait attiré plus de cent convives, réunissait à sa table d'honneur, sous la présidence de M.John T.Hackctt, c.r., des Concerts Symphoniqucs, les présidents de nos deux U-niversités, et des personnalités du dehors, telles que le chef d'orchestre Emil Cooper, Edward Johnson, autrefois directeur de l'opéra de New York, et maintenant à la tête du conservatoire de Toronto, Olin Downcs, le critique musical du New York Times, et autres.Il y eut des discours, naturellement.Ils furent excellents, si l'on en juge par les applaudissements et les rires qu'ils provoquèrent.Pour moi, j'avoue n'avoir pu les entendre.J'étais assez mal placé dans la salle, et mon appareil acoustique refusait de fonctionner.Les verres de lunettes sont fidèles : les batteries a-cousliqucs sont inconstantes et décevantes.Ne pouvant suivre les discours, je me mis à songer à ce que j'aurais voulu dire si j'avais été appelé à parler.Ceci m'a plongé dans le passé, et m'a tenu occupé : « And the thoughts of youth are long, long thoughts.)> Me reportant au temps de ma jeunesse, je constate qu'au siècle dernier, les femmes, sauf les dames du Ladies Morning Musical Club dont je reparlerai, ont pris peu de j;art à notre développement artistique.Après l'extinction du Mendelssohn Choir, que dirigeait M.Gould, dont la fille, madame Jacquays, était assise 211 212 à ma table l'autre soir, le grand animateur fut Guillaume Couture.Professeur de chant, maître de chapelle, directeur des concerts qui se donnaient, le dimanche après-midi, à la salle Windsor (entrée des Cyprès), monteur d'opérettes ( le soir de ma sortie du collège, j'allais à l'Académie de Musique entendre « The Gondoliers » ) , compositeur, (son Jean le Précurseur fut donné après sa mort), il fut surtout, au point de vue musical, directeur de la Société philharmonique, qui donnait tous les ans « Le Messie » (dont Couture a fait une messe) et des opéras et oratorios dont le secrétaire de la société, M.Arthur Browning, dans la « Gazette » , a signalé récemment le quatre-vingt-quinzième anniversaire, pourrait nous faire la liste.Je n'oublie pas cette parole d'un de mes voisins dans le choeur de la Philharmonique, Ernest J.Chambers, qui devint huissier de la verge noire à Ottawa : « Il will be a cold day for Montreal when Couture departs /» Puis, au commencement du siècle, nous eûmes, pendant quelques années, la troupe d'opéra de Montréal, financée par le général Mcighen, et recrutée par mon ami Albert Clerk Jeannotte.Elle nous procura de bien belles soirées, mais la perte financière, pour le général Mcighen, fut, dil-on, de trente mille dollars.C'est après cet échec que les femmes entrèrent en scène.AMÉRIQUE FRANÇAISE Fondatrice de l'Opéra Guild, madame Donalda, dont je n'entreprendrai pas l'éloge après les orateurs du 6 mai, nous donne chaque année, depuis quinze ans, un opéra superbement monté ! A côté d'elle on peut placer madame Athanasc David, qui nous valut les Concerts Sympho-niques et les Festivals de Montréal.Nommons Miss Ethel Stark, qui fonda un orchestre composé exclusivement de femmes, et qui a déjà atteint une haute perfection.Enfin, si nous sortons un peu de la musique pour nous occuper de l'art en général, madame Hector Pcrricr a créé « Les Amis de l'Art » , institution qui donne à la jeunesse une éducation artistique dont leurs prédécesseurs ont été privés.Il ne serait pas juste d'oublier mademoiselle Sarah Fisher qui, dans les concerts qu'elle organise, a pu faire connaître un bon nombre de nos artistes en herbe.Un mot, maintenant, de celles qui ne sont plus.Ce n'est pas seulement la musique, mais l'art tout entier qui a bénéficié du retour à Montréal, après une assez longue absence, de Martha Allan.Elle mit au service de ses concitoyens, en fondant le Montreal Repertory Theatre, sa situation PENDANT LU DÎNER À MME DONALDA financière et mondaine, son talent et toute son énergie.La quasi-impossibilité de se procurer une salle de théâtre ne l'a pas rebutée un instant.Un moment, elle espéra que la fusion, de par la loi, des églises persbylérienne et méthodiste, pourrait lui procurer, comme à Ottawa, une église abandonnée.Hélas ! à mesure que les églises se fermaient, les taxes municipales montaient comme une soupe au lait, et il se passa des années avant que les Compagnons pussent utiliser un de ces édifices.Miss Allan avait enfin trouvé une salle de danse, à laquelle elle avait ajouté une bibliothèque, et une collection de programmes et de photographies d'artistes.Hélas ! un incendie dévora tout cela, et la perte fut irréparable.Heureusement Miss Allan ne vécut pas pour connaître ce triste événement.Depuis lors, les acteurs jouent dans une salle d'école, à Notre-Damc-dc-Grâcc, et on peut constater que la salle incendiée serait maintenant trop petite pour contenir les auditeurs.Nommons maintenant madame Arthur Léger.Pianiste distinguée, patronne des artistes, elle s'est identifiée, pendant des années avec le « Ladies Morning Musical Club », que j'ai déjà mentionne.Cette association, déjà ancienne, donne tous les hivers d'admirables concerts, et a fondé un grand nombre de bourses au bénéfice de nos jeunes artistes.215 Une association féminine du même genre, qui n'eut qu'une durée éphémère, fut le « Delphic Music Study Club » qui distribua aussi des bourses.Ce Club donnait, dans le salon du Prince de Galles de l'hôtel Windsor, des déjeuners suivis d'un concert ou d'une causerie.On me demanda un jour d'y parler, et on me proposa comme sujet : « Music as civic force ».Comme je me récusais, on offrit de me faire documenter de New York.Heureusement, les documents n'arrivèrent pas à temps, et l'on dût se contenter d'une quasi-improvisation sur les salles de concert de ma jeunesse.Ce n'est d'ailleurs pas de cela que le Club est mort.Enfin, dans le même ordre d'idées, nous avons depuis une douzaine d'années, Pro musica, dont les animatrices que je connais sont mesdames Constant Gcn-dreau et Martine Hébert Duguay.Celte association fait entendre de la belle musique à nos compatriotes, que l'on ne voyait guère aux grands concerts d'il y a cinquante ans.Je m'en voudrais de ne pas mentionner une autre association féminine, « La Société d'Etudes et Conférences » dont je connais peu les activités, mais qui a présenté à son public des conférences remarquables.Passons à la peinture.C'est une réfugiée, madame Norman 214 AMÉRIQUE FRANÇAISE Bohn, Française habitant Londres, qui nous a procure, pendant la guerre, une merveilleuse exposition de tableaux de maîtres, empruntes à divers musées.Elle a trouvé d'admirables collaboratrices dans mesdames Joseph Edouard Pcrrcault, O.B.E., et Cecil MacDougall, qui, fidèle à son amour de l'art, était l'autre soir au dîner Donalda.Sans le succès de cette exposition, nous n'aurions peut-être pas celle qui est actuellement ouverte et qui groupe, à côté des œuvres de maîtres de nos musées, des tableaux empruntés à des collections particulières dont le Canada, et Montréal en particulier, est si fier.(Qui nous rendra, au complet, la collection Van Hor-ne?).N'oublions pas la « Woman's Art Association » et sa présidente, madame R.M.Mitchell.Là aussi, on parle d'art et on en entend parler.Minuit sonna.Les orateurs se turent.Mes souvenirs se figèrent.11 m'en reste cette pensée : «Où serait aujourd'hui l'art, à Montréal, si les dames ne s'en étaient occupées?» J'écris ici des souvenirs, non de la petite histoire, qui demande des précisions.Je n'ai fait appel qu'à ma mémoire, sans chercher ailleurs.Si j'ai oublié des noms, je m'en excuse.J'ai tenu surtout à signaler, au point de vue artistique, l'apport des dames de Montréal.SUR LA MORT DE LA PRINCESSE U RAN IE cruelle, infamie Mort De quel droit osez-vous Trancher le cours si doux D'une si belle vie?Ah ! plutôt frappez-nous, Serve, et domptez l'envie Oui vous a lait, impie, Porter si haut vos coups.— Je suis, dit la Mort blême, D'assez haut rang moi-même, Et le froid que je mets Dans le creux de leurs veines Devrait apprendre aux reines Oui sont maître et sujets.)) Hyacinthe-Marie Robillard, O.P SOUVENIRS (suite) par Henriette Tassé Lors du carnaval de 1887, j'allai à un bal costume, à l'hôtel Windsor, où ma cousine germaine, Blanche Lionais, femme d'une beauté remarquable, gagna le premier prix avec un costume d'Iroquoise, qu'elle avait fait confectionner par les Iroquoiscs de Caughnawaga.C'était ce bal qui clôturait le carnaval.Nos hivers, qui étaient alors bien plus rigoureux (si nous exceptons l'hiver 1954) permettaient de construire un palais de glace.Le soir, il était tout illuminé ; c'était féerique : les clubs de raquetteurs attaquaient et défendaient ce palais et cela se terminait par un feu d'artifice dont les fusées étaient lancées du palais.Il y avait aussi la parade des beaux équipages et l'on avait demandé à ma mere et à moi de parader avec les autres.Maman conduisait sa paire de chevaux et moi ma sleigh russe, beaucoup plus haute que les sleighs ordinaires ; elle était peinte en rouge vif, le devant était ajouré et en forme de raquettes, les peaux étaient de loups crèmes avec leurs queues, ce qui faisait grand effet.En arrière, il y avait un petit siège où se tenait le cocher en livrée.Mon oncle Jacques de Marti-gny, qui avait épousé la sœur de maman ( ma tante avait épousé en premières noces un monsieur François-Xavier Lcfaivre, de Québec), m'a dit que lorsque maman passait dans la rue St-Jac-ques et dans la rue Notre-Dame conduisant sa paire de chevaux, les hommes sortaient de leurs bureaux, car maman passait pour l'une des plus belles femmes de de Montréal.Elle était une beauté blonde ; sa soeur qui était religieuse de la Congrégation Notre-Dame était châtain et ma tante de Martigny, elle, était une beauté brune.Ma grand'mèrc maternelle était écossaise ; son père, nommé Mason, venait d'Ecosse et avait épousé la sceur de Mgr Turgcon, archevêque de Québec.On dit que ce mélange de race engendre la beauté. 210 Un jour, maman vint me voir au couvent d'Hochclaga portant un costume tailleur brun, un grand chapeau de la même couleur, orné d'un oiseau de paradis jaune.Cetrc vision s'est à jamais gravée dans ma mémoire.Maman ressemblait aux femmes peintes par le portraitiste anglais Gainsborough.Lorsqu'elle mourut à l'Hôtcl-Dicu, une religieuse me dit : « Nous n'avons jamais soigné même un enfant ayant la peau si blanche.» Pourtant, elle était âgée de 62 ans.Jeune fille, ma mere a connu Joseph Marmettc, Arthur Buies, Gérin Lajoic, Sir Etienne Parent, notre philosophe, Hector Fabrc, qui fut Commissaire général à Paris, Benjamin Suite, qui fut le parrain de l'un de mes frères et Faucher de Saint-Maurice, qui avait épousé une Berthclot.Lors de l'inauguration du pont Victoria, en I860, par le prince de Galles, plus tard roi sous le nom d'Edouard VII, maman fut invitée au bal donné en son honneur.Elle m'a raconté qu'une jeune fille ayant refusé de danser une valse avec le prince parce que cette danse était alors défendue, le prince lui envoya une médaille frappée à son effigie, des son retour en Angleterre, pour lui prouver son admiration pour sa fidélité à ses principes.Le lendemain du bal on vendit toute la vaisselle, les cristaux et l'argenterie qui était sur la table AMÉRIQUE FRANÇAISE où le prince avait réveillonné.Mon grand-père Berthclot acheta entre autres choses douze assiettes en verre taillé.J'en possède deux, le reste a été partagé entre les autres membres de la famille.* La famille passa une belle saison à la mine d'amiante de Black Lake dont mon père fut le pionnier.Lorsqu'il l'acheta, ce n'était qu'un rocher désert.L'année suivante, il avait dépensé pour $250,000 de machineries, fait percer des cavités d'une centaine de pieds de profondeur sur autant de largeur, construit notre maison, une autre pour les mineurs célibataires qui avaient leur propre cuisinier, des maisons pour les contremaîtres mariés, une forge, une boulangerie, une ligne de chemin de fer qui conduisait à la gare et tout était c-clairé à l'électricité, les chemins comme les maisons.Notre cuisinier, un Français, sortit un matin de sa chambre, criant : « Le sang coule à travers le plafond, il y a un meurtre de commis.» Comme mon père était absent et que maman, le comptable — un Anglais — ainsi que sa femme, mon oncle Louis Berthclot et ma tante ne pouvaient voir le sang, je me rendis, malgré mes quinze ans, à la chambre de la femme du forgeron SOUVENIRS (v) d'où venait le sang et la trouvai sans connaissance, le sang giclant d'une blessure à la jambe.Je dus marcher dans le sang coagulé, pour m'approcher d'elle.Je dis à mon oncle, que j'avais force à me suivre : « Puisque tu es trop poule mouillée pour voir le sang, cherche les bandages dans les meubles.» Lorsqu'il les eût trouvés, sans trop savoir que faire je bandai au-dessus de l'artère crevée et je parvins à arrêter l'hémorragie.Lorsque le médecin, qui demeurait à quinze milles de Black Lake, arriva, il me dit : « Vous lui avez sauvé la vie.» Son mari était allé à Sherbrooke pour acheter des outils pour la forge cl elle avait eu l'imprudence d'enlever son bas de caoutchouc.Comme elle pesait deux cents livres, ce fut tout un problème pour la coucher dans son lit ; nous l'avions trouvée assise dans son fauteuil.* * * Nous avions deux jolis a-gneaux qui disparurent un jour.Comme il y avait des ours dans les environs, mon frère Charles et moi, lui âgé de quatorze ans et moi de quinze, nous avions pensé que les agneaux avaient été dévorés et nous voulûmes les venger en tuant les présumés « meurtriers ».Mon frère subtilisa à un contremaître un fusil qui se chargeait par le canon ; 217 et pour être certain de ne pas manquer l'ours, il bourra de poudre le canon du fusil jusqu'à la gueule, ce qui était dangereux.Nous montâmes sur la montagne où il n'y avait pas un arbre : le feu avait tout rasé, il n'y poussait que des bluets.Après avoir marché plusieurs milles, nous entendîmes un bruit qui semblait un violent coup de vent et nous a-percûmes un gros aigle à six pieds au-dessus de notre tête.Mon frère voulut tirer, mais je l'en empêchai : .Je ne crois pas qu'il fût de couleuvres mieux traitées que les pensionnaires de Sylvain.Dans la grosse boîte de bois, Garncau avait mis tout ce que ces reptiles peuvent désirer : herbe, rocher, mouches sans ailes, terre fraîche, etc.Et il en prenait un soin jaloux.Un jour, il découvrit qu'une couleuvre avait perdu le bout de sa queue.Vitcment il porta la pauvre blessée à sa sœur Andrée qui lui fit un pansement tout à fait professionnel.Pendant des semaines « la rue » s'informa de la couleuvre malade et sa convalescence nous passionna tous.Sylvain décida un jour (sa mère avait fait pression ) qu'il valait mieux pour les couleuvres qu'elles soient à l'extérieur afin qu'elles puissent jouir du soleil.On transporta donc la fameuse boîte dans la cour en l'arrière de la maison.Ce ne fut pas long cependant avant que certaines mamans nerveuses jetassent des hauts-cris en voyant ces reptiles, croyant que ces pauvres bêtes étaient dangereuses.Donc, quelques jours plus tard, alors que nous étions tous à admirer ces chatoyantes couleuvres, la loi fit son apparition sous la forme de deux larges constables de radio-police.« Quoi que vous avez là?» demanda le plus gros des deux à notre ami Sylvain.« Des couleuvres, m'sieu )) , répondit-il.Les agents s'approchèrent doucement, bien doucement et regardèrent d'un air inquiet dans la boîte.« T'as pas le droit d'avoir des serpents, y faut avoir un permis de cirque pour pouvoir garder ça » .— « Mais, m'sicur, elles ne sont pas dangereuses, )) répliqua Sylvain.« Ca fait rien, tue-moi ça, » dit l'agent.Et prenant une grosse pierre, il la donna à Sylvain et le força à écraser ses amies les couleuvres.Au cours du massacre, Sylvain pleurait comme l'on pleure lorsque l'on perd un ami très cher.CLAUDE LETELLIER DE SAINT-JUST Pincourt, ce 4 janvier 1954. RETROSPECTIVE DES EXPOSITIONS Si oiseux que le geste semble, il convient de commencer ici par un remerciement à la direction de la revue pour m'avoir convié à y écrire.Trop rares en effet sont les occasions, pour le critique d'art, d'une revue d'ensemble.Dans la presse du travail hebdomadaire ou même quotidien, le pauvre critique risque le plus souvent de tomber au rang de simple chroniqueur.La tendance la plus marquée de notre époque, en art, me semble une sorte de « démocratisation » de cet art même qui englobe aussi bien le spectateur que l'artiste ou son sujet.Et cette tendance s'est encore mieux marquée, je croirais, dans les expositions qu'il m'a été donné de voir cette année.Je parle de démocratisation chez le spectateur ; et je ne peux m'empêcher de songer à cette confidence de tel marchand de tableaux sur les amateurs à la bourse plate et les jeunes ménages à qui il a consenti à vendre des toiles à tempérament, comme on ferait d'un mobilier.Ces gens n'eussent jamais eu accès autrement aux sommités de l'art ; ils n'auraient jamais non plus ajouté à la foule des collectionneurs ses éléments peut-être les plus sincères et qui savent le mieux parler d'art.La démocratisation, je ne la vois pas seulement là mais chez le spectateur de la seconde journée d'exposition, celui qui vient regarder les toiles à loisir et les admirer vraiment, une fois écoulé le dernier fragment du bataillon des m'as-tu-vu.Celui-là se glisse en tapinois dans un coin de la salle où il ne dérangera personne et d'où il pourra tout à son aise détailler de l'œil les ecuvres offertes à ses regards.Les « amateurs de la seconde journée » se reconnaissent aussi parfois entre eux mais moins aisément que les mondains.Aucun d'entre eux n'est célèbre pour lui-même ; et puis leurs rangs croissent rapidement, d'éléments toujours nouveaux et que ne rapproche guère, dans le disparate des costumes et des occupations, qu'un goût commun pour l'art.Qui, en effet, à part eux, s'imposerait de se rendre dans les quartiers excentriques cl les gîtes d'occasion où se terrent maintes expositions, en ne comptant que KÉTROSPECT1VE DliS EXPOSITIONS 229 sur les ressources limitées du service des transports en commun ?Ils sont venus — et ils viennent à toute heure — pour voir les œuvres d'un peintre sorti de la foule et qui est allé assez souvent prendre son sujet dans la rue.Les expositions collectives de la librairie Tranquille sont celles qui nous présentent le plus grand nombre de ces artistes et de ces œuvres et quelques-uns des tempéraments les plus marquants.Leur inspiration et encore celle des peintres qui trouvent accueil chez Lefort ou Abramson, par exemple, ou dans la salle XII du Musée des Beaux-Arts reçoit volontiers un traitement par voie de la caricature ou de la fresque illustrative, toutes formes d'art que le génie populaire saisit plus vite qu'une simple description du sujet selon les normes reconnues du genre (paysage, portrait, etc.).Tous ces peintres font de plus en plus fi des écoles, je crois l'avoir déjà dit ailleurs, mais je le répète avec plaisir en cette revue.Ils veulent traduire leur propre inquiétude, part et reflet de la grande inquiétude humaine, et n'ont jamais tant méprisé tout ce qui s'appelle procédé ou technique.Le peintre vaut désormais pour lui-même et lui seul et ne veut pas être regardé autrement.Pas un de ceux dont j'ai pu voir le travail, ce printemps, qui ne soit un individualiste renforcé.Si on paraît encore suivre parfois les dictées d'une, école, d'un clan, on ne fait plus rien en tout cas dans la note régio-nalistc.Le paysage, la marine ne sont plus ce qui inspire le peintre canadien en ces dernières années.Or, jusqu'à il n'y a guère, il ne semblait pas possible d'être canadien autrement qu'en alignant des neiges, toutes plus bleutées les unes que les autres, ou en barbouillant des scènes d'été où le vert du feuillage le disputait de profondeur au vert de l'eau du lac.En recherchant seulement les données d'un art universel et qui rend les émotions communes à tous les hommes, nos artistes de l'heure présente arrivent en fait mieux à « faire canadien », puisque leur traitement du sujet se colore malgré lui de la sensibilité particulière que nous donnent notre sol et notre climat.Si on veut un thème pleinement indigène, il faut le rechercher dans un domaine spiritua-listc, si je puis dire.Que nous inspire notre pays?un goût ardent de la liberté.Eh bien, ce goût ne s'est peut-être jamais mieux fait valoir que dans la variété des moyens techniques choisis pour rendre le sujet.Que nous suggèrc-t-il encore?La mélancolie d'une nature hu- 250 AMÉRIQUE FRANÇAISE mainc qui se rend amoindrie devant la force exubérante et la richesse éclatante de la nature physique.Devant cette nature, l'homme se sent perdu, isolé ; et c'est pourquoi, lorsque le personnage humain fait son apparition dans les oeuvres que j'ai vues ce printemps, il semble un nain, un fétu balayé par la tempête.L'artiste le désarticule, le dessèche, le réduit à un élément secondaire de sa composition picturale.Ou bien, quand il consent à lui rendre la prépondérance, c'est pour le grouper avec ses semblables, en des cohues populaires où l'on sent mieux le « coude à coude » qui est la façon pour l'homme — pour l'homme canadien surtout — de se redonner du courage devant une nature hostile.Le portrait ne m'a jamais paru un genre si peu cultivé que depuis quelques mois.Si on s'y adonne encore, ce ne sera plus parce qu'on aura trouvé une tête typique mais comme prétexte à une étude anatomique, plus souvent encore à l'essai de rendre dans les limites d'un genre et d'un sujet apparemment convenus, le tragique de la destinée humaine.Le paysage lui aussi se voit négligé, à moins qu'il ne serve, comme chez Roloff Benny, à un effet de composition.Réduit à son tour à un rôle d'élément de l'ensemble pictural, il se prête bien, par les divergences ou les rapprochements de plans de vision qu'il permet ou encore par le réseau de larges courbes qui s'en dégage et par les contrastes vifs de ses masses de couleur, à rendre à sa façon le dramatique de l'expérience humaine.Si la nature morte n'a pas perdu faveur, peut-être est-ce parce qu'elle autorise une sorte d'intimisme et parce que ce genre est le seul à donner à l'homme et à l'artiste l'impression qu'il domine enfin la matière qui l'écrase si fortement partout ailleurs.De tous les genres traditionnels, le nu est probablement le moins à la mode en ce temps, si l'on entend par là quelque chose de ressemblant aux académies laiteuses qui ont fait pâmer nos grands-pères.Contourné et déhanché plus que jamais, il inspirera des essais de fresque emplis de volumes monochromes dans les tons de rouge et de noir principalement.Y triomphe un enchevêtrement de formes soit légères et aériennes soit au contraire toutes pressées contre terre.Cette évolution des genres en vogue se comprend bien si l'on se rapporte à cette « démocratisation de l'art » dont je parlais tantôt et qui ne fut peut-être jamais tant en évidence que cette année. RÉTROSPECTIVE DES EX POSITIONS 231 Devant l'œuvre d'art, le public exige d'être remue.Il admet moins aisément les genres et les catégories où l'artiste a paru œuvrer surtout pour se plaire à lui-même.Les fadeurs ne sont plus tolérées.Si, par exemple, une Aline Gadbois traite encore le portrait et le nu d'une manière apparemment conventionnelle, elle se le fait pardonner par la luminosité de ses tons et la vigueur de sa touche.La meilleure preuve de la démocratisation de l'art se voit encore dans le fait que tous les genres semblent s'être compéné-trés et toutes les écoles s'être fondues en un effort unique pour rendre l'humain d'abord.Non seulement ne présente-t-on plus, au Musée des Beaux-Arts de la rue Sherbrooke, les abstraction-nistes à part comme autant de « peintres maudits )> ; mais encore leurs principes ont-ils pénétre jusque dans les rangs des anciens tenants de l'ordre traditionnel.Il était même intéressant à cet égard d'écouter et d'étudier les réactions de la foule.N'étant pas intéressé aux luttes de clan, le public juge toujours l'œuvre pour elle-même.Il demande seulement qu'y transparaisse quelque grande passion et un reflet de ses propres soucis.Aussi a-t-il fait un succès à certaines témérités, comme on a pu le constater à l'exposition « La matière chante.», à la galerie Antoine.Le mouvement et la vie notables en plusieurs de ces tableaux aidaient à les faire goûter, puisque la création picturale n'est pas affaire de compréhension mais de sensation.L'art figuratif, c'est maintenant lui qui ferait figure de parent pauvre, du moins dans la série des expositions de 1954-A son tour de rechercher les arrières-boutiques transformées en galeries d'occasion.Je songe, entre autres, à telle collection que je voyais hier encore à la librairie Tranquille et au cénacle qui s'abrite Place des Arts, dans l'ancien atelier de Soucy, sous l'égide du sculpteur Robert Roussil.Mais, là encore, s'exerce cette même démocratisation de l'art.Pas de diplômés célèbres chez ces amateurs de la palette, pas de groupement autour de quelque grand nom, rien qui rappelle le « prix de Rome ».Ce qui les rapproche est un commun souci de travailler dans un silence favorable et, recueillant l'impression populaire avec ces antennes spéciales dont semblent être seuls pourvus les artistes, de les transmuer en des compositions où la science des moyens, réduite à son rang, sera un appui au transfert de la sensation en nos esprits par la ligne et la couleur.Adrien ROBITAILLE Curioéilêo littéraires.ANDRÉ POULIOT D'une famille de l'Ile d'Orléans, André Pouliot est né à Québec, où il grandit rue d'Auteuil.Il vint ensuite à Montréal.C'était un garçon au teint clair, gros de taille, nez Bourbon, bonhomme, poli, d'esprit lin et enjoué.Au demeurant mal habile à vivre, d'une génération trop civilisée.Il mourut l'an dernier ; il avait trente-deux ans.Sculpteur de talent, il sculpta peu.11 n'avait peut-être de goût que pour la conversation.L'atelier qu'il eut durant quelques mois, Place Christin, dans un hangar, fut sans doute le lieu de iMontréal le plus agréable alors à fréquenter.On y venait de tous les clans et de tous les partis, mais n'y avaient vraiment cours que le bel esprit et l'amitié.Pour subvenir à ses besoins et fantaisies, Pouliot faisait métier de traducteur.11 travaillait chez lui, n'ayant jamais pu se plier aux routines de bureau.Ce métier, l'habitude des causeries, le génie naturel lui avaient valu de connaître sa langue mieux qu'écrivain patenté.Néanmoins il ne pensait pas à écrire.Il faut pour se tailler une œuvre personnelle dans les mots de tout le monde des prétentions et une fatuité dont il restait à mille lieues.Tout au plus lui arrivait-il parfois, pour se délasser et au bénéfice de ses amis, d'improviser quelque jonglerie verbale.Le poème que voici, a été écrit peu de temps avant sa mort.Je crois que le contexte lui donne un éclat singulier, comme la nuit au feu d'artifice.Jacques Fkrron 232 CURIOSITÉ LITTÉRAIRE DÊB/1RQI 'BAIENT POUR CITHARES C'cdl ce doir le bal de,) galaxie*) Le long ded pedleé didéraled.Un coquillage, frappé d'alaraxie Baille à L'heure vespérale.Sur da lige une fine camomille (Tribade pour qui Sap ho a affole) Triture, gruge trépane et titille La rode chair d'une corolle.Le crin cridje et de dredde dru Cridpé de crépitante électricité Soud led doigld de quelque Land ru Friand de dlrangulaloire jélécilé.Jlaid la dlernulaloire boulimie Saidil dur led bordd de la Baltique Le pénil de la vealale Urémie Pride de frénédie péridlaltique.Or, un dcrolal dcolome d'un cri dlrie Le croudlillanl cratère d'Acrolère El le poêle d'élher délergé d'écrie : (( Divin mx/dlère d'Apollon-Ch/dlère ! )) AMÉRIQUE FRANÇAISE Cependant que d'un lulu velue Une Mule el éênilUante cédille Glapit: « Que ne t'ed-lu lue?)) Quand Je danoaio la otu/uédille ?Envoi Quand je mourrai au cimetière Ne éemez paj de cimeterre*) : Planiez un mu le, la cime en terre.André Pouliot DANS LES HAUTS Oui, non,' sommes monté,) ver.) le,) lointaine,) friches Et noua avons peiné par tea haut,) et le,i rangé, Dan.) les rude,) guérelà, le.) chaume,) el lea cran.) Oà aaule la cascade en d'élroilea corniche,).Et dans l'éraùtière où la perdrix ,>e niche, Le,> soirs aanglanla d'automne au somptueux écran, Dan.) le,) mauve,), lea ors, les pourpres Julgurants El les bronzes, les verts, combien nous étions riches.Voici la sapinière aux mornes frondaisons Oà ruminent les ours el chasse le vison, Dans le haut marécage oà dorment les eaux sombres.El soudain, lumineux dans la houle des monts, Le cirque immense el pur ! Eriches (pie nous aimons, Quand traînent dans le soir les longs voiles des ombres l Camille Paciucau Le banc d'essai POST-MORTEM Conte fantastique Bien sûr que non, que je ne suis pas pour leur dire qu'il est mort, ni surtout que c'est tout récemment, que sa mort vient d'avoir lieu.Vis-à-vis d'eux, un tel geste serait l'équivalent de repousser sous l'eau la tête d'un homme qui se noie.Ma situation, au sein de cet événement, est des plus délicates et quoique je sois pénétré de consternation, il ne me faut pas faiblir ni me laisser envahir par un faux sentiment de culpabilité lequel, si je lui laisse libre cours, peut me pousser à des oublis inconsidérés aux conséquences regrettables.Des coïncidences peuvent ainsi provoquer parfois des impressions incontrôlables que déforment l'aspect véritable des situations et je ne puis quand même pas me permettre de prendre des risques de cette importance sous prétexte d'une obligation morale à remplir.Et pourtant, s'ils savaient à quel point, j'aurais préféré être mis à l'écart de tout ceci.D'autant plus que maintenant, la présence et la vue seule de ces gens me serait pénible pour ne pas dire intolérable.Non, quelque chose vient de se briser irréparablement entre nous.Nous ne parlerions plus le même langage.Aucun retour en arrière n'est désormais possible.Ils m'avaient bien informé de l'existence d'un être qui semblait, à en juger par les termes qu'ils employaient, leur être cher.Ils m'avaient parlé de sa maladie, de son état grave.Us la prenaient bien à cœur et ne désespéraient somme toute pas de le sauver.La soirée avait été interminable.Constamment, je m'étais levé pour partir, mais ils me retenaient à chaque fois.Enfin, tard dans la nuit, voyant que j'étais décidé à m'en aller, ils m'avaient remis un vague paquet recouvert d'une étoffe bleue et m'avaient prié de le lui porter.J'en ignorais le contenu, ils ne me l'avaient pas révélé, ce qui d'ailleurs, dans ma hâte de les quitter, m'était indifférent.En outre, ils me donnèrent des indications confuses quoique suffisantes sur le trajet à parcourir.235 256 AMÉRIQUE FRANÇAISE Donc, je les quittais, le cœur léger, insouciant, prêt à faire ce détour dans le seul but de leur être utile.Apres avoir longé un long corridor bifurquant vers la gauche et ensuite se prolongeant jusqu'à une cave immense et très mal éclairée, j'aperçus au fond de cette cave, une échelle répondant à leurs indications.J'y grimpais.Cette ascension fut interminable et particulièrement pénible en raison de la longueur inusitée de cette échelle et aussi de la présence malencontreuse de poutres, de barres d'acier et de broches qui toujours gênaient mes mouvements.Finalement, parvenu à son extrémité, je retournais.Coïncidant avec un invincible vertige, l'étrange constatation s'empara de moi que pour des gens si empressés à prendre soin d'un malade, les moyens d'accourir à son chevet étaient fort malaisés.Du haut de cette échelle, je montais cette fois un court escalier aboutissant sur une galerie circulaire, toute de métal, et plongée dans une quasi-obscurité.Au centre de la galerie était un trou obscur et le passage muni de rampes qui l'entouraient étaient si étroit, qu'une seule personne à la fois pouvait y circuler.A l'autre bout de la galerie, se dressait un promontoire également de métal auquel on accédait par quelques marches et sur lequel mes pas retentissaient jusqu'en bas de l'échelle avec une netteté terrible.Là, un fait curieux attira mon attention.Je constatais que partout, régnait une épaisse couche de poussière, ce qui attestait que personne n'y était venu depuis assez longtemps.Au fond du promontoire, un renforcement dessinant comme une sorte d'alcôve, toujours de métal, dans laquelle était installé un lit où gisait une forme humaine qu'aussitôt, j'identifiais comme étant mon destinataire.A son chevet, une chandelle éteinte.Je m'approchais du visage émacié du malade que j'avais peine à distinguer et d'une voix au timbre mesuré, je lui soufflais : « Ceci est un paquet que l'on m'a confié pour vous.)> Sitôt ces paroles proférées, j'en compris immédiatement l'irrémédiable inutilité.Le son même de ma voix m'effraya.L'écho de mes paroles se répandit partout comme un blasphème échappé à un intrus.Le malade était mort.Ses traits étaient marqués des contours d'amertume que trace la mort sur les visages.Son décès ne devait pas remonter à plus de quelques instants. POST-MORTEM 237 Une panique insurmontable s'empara de moi.L'idée de fuir me lancina sans arrêt.En ces lieux, ma présence était de trop.Il n'était évidemment pas question de retourner les retrouver là-bas et de leur annoncer l'événement.Cet empêchement était dû à quelque chose d'autrement plus grave et de plus profond que des raisons de simple ménagement ou de tact.Il importait non seulement que la nouvelle de ce décès ne leur fût pas annoncée d'une manière brutale, mais en aucun cas, par moi.C'est à l'heure actuelle, que je me rends compte de la fragilité des liens qui pouvaient nous retenir.Que font-ils à cette heure?Je ne les reverrai jamais.Livré à moi-même, je ne dois plus compter que sur mes propres moyens, sans égards pour l'étonncmcnt ou pour l'inquiétude que doit soulever en eux cette attente prolongée.De toute façon, même si je ne dois désormais plus rétablir de contacts avec eux, en mon fort intérieur je n'ai pas de reproches à me faire, bien que, insensiblement, je sente se glisser en moi une impression confuse de responsabilité coupable que je ne parviens pas à réprimer.' D'ailleurs, qu'est-ce que la notion de culpabilité, sinon une crainte moralisante plus ou moins déguisée éprouvée devant la menace d'une vengeance ou de la possibilité même d'une vengeance en suspens.Et cela, je me l'explique en songeant à quel point était vive la sollicitude qu'ils témoignaient au défunt.Cette attention et ces soins étaient trop vivaecs pour que, interposé malgré moi entre ces relations, je puisse impunément en annoncer la rupture.J'aurais à craindre des représailles de leur part, car leur soif inextinguible à se dévouer pour lui, en la circonstance, les rendrait méfiants, sujets à me considérer comme un symbole de cette catastrophe et prompts à en faire retomber le poids sur mes épaules.Il faut avouer en effet qu'il est embarrassant et troublant d'envisager la simultanéité chronologique de sa mort et de mon arrivée à son chevet.Mais il existe un grand nombre de gens qui, en raison de leur incapacité foncière à transformer en actes ce qu'ils conçoivent ou ressentent, semblent doux et inoffensifs mais qui, en des circonstances 238 AMÉRIQUE FRANÇAISE extrêmes peuvent subitement se métamorphoser en de véritables criminels.Un massif d'arbres feuillus masquant le cratère fumant d'un volcan.Non, je crains de devenir le bouc émissaire destiné à supporter les conséquences de cette mort subite et d'être l'objet détourné, victime des manifestations superstitieuses et perverses d'un chagrin aveugle.On est soulevé d'appréhension en réalisant le manque perpétuel de sécurité que font peser ces gens par leur impressionabilité, capable de leur faire anéantir dans les excès de leur panique rageuse les causes apparentes de faits hors de contrôle.Je vais m'enfuir.J'ignore quand ils découvriront le décès de leur protégé.Mais, en y regardant de plus près, je me demande si vraiment ils sont si fébriles.Au fait, leur immobilité persiste en dépit du temps déjà écoulé.Je commence à les soupçonner d'indifférence.Oui, ils m'attendent probablement avec placidité, sans se douter de ce qui les guette.Ils m'apparaissaient si insouciants au moment de mon départ, qu'il s'écoulera encore un certain temps avant qu'ils réagissent, avant qu'ils aillent eux-mêmes au devant de la réponse à mon départ trop prolongé.Sans doute, pour l'instant, préfèrent-ils attendre avec une passivité résignée et je les comprends, lorsque je me souviens du trajet qu'il m'a fallu parcourir.D'autant plus, que s'ils n'avaient pas été si confiants, ils seraient déjà accourus.Non, cette découverte aura lieu lorsque s'éteindra la flamme joyeuse et chaude de leur confiance, lorsqu'ils ressentiront une certaine gêne glacée, quelque chose d'éteint, d'incompréhensible.Un grand silence planera sur eux, les enveloppant dans son frisson suggestif, soulevant la question qui déclenchera tout le reste : « Mais, que fait-il donc?Peut-être, serait-il mieux d'aller voir?» Je frémis en songeant aux réactions qui s'ensuivront alors.Inévitablement, ma fuite sera chargée de malédictions.L'angoisse m'étreint avec une telle force, que ma raison ne parvient pas à dissocier ces gens qui en eux-mêmes, sont de braves gens inoffensifs, de ce cadavre qui toujours gît là-haut, roide, immobile, sans doute, mais qui est le générateur de l'horreur que je ressens pour eux, comme un monstre à deux faces, l'une innocente, joviale, l'autre silencieuse, hermétique et combien menaçante, qu'une attache indis- POST-MORTEM 239 soluble relic et dont il faut se méfier, s'éloigner, car une identité perverse les rassemble.Mais au fait, m'attcndcnt-ils vraiment?n'aurais-je pas été involontairement, leur instrument, la victime de leur machination?En prévoyant le décès prochain de leur patient, en désirant à tout prix rejeter sur un autre le poids d'une telle responsabilité, en considérant désormais leur attention dégagée et voulant se laver les mains de l'abandon d'un être dont ils se seraient lassés d'entretenir la flamme vacillante de sa vie, menaçant constamment de s'éteindre, ils auraient décidé de m'envoyer au-devant de l'inévitable, moi, personnage étranger et ignorant tout de cette orientation nouvelle dans l'état du malade.De la sorte, ils sauraient, ayant intérieurement condamné à mort ce patient, que terrifié par la constatation d'une telle découverte, je n'oserais revenir leur apporter une nouvelle dont la substance constituerait en quelque sorte un blâme.Au fond, à présent, ils doivent constater avec une certaine satisfaction évidente et narquoise l'insolite persistance de mon silence, ce qui en fin de compte me libère de cette oppression morale.Je n'ai plus à me préoccuper d'eux désormais.A leur é-gard, je suis devenu un paria, un paria qui ne veut pas être un prophète de malheur.Suis-jc vraiment libéré?Je commence à en douter.Je crois qu'il serait préférable pour moi d'être prudent et de disparaître sans plus tarder, car leur projet peut tout aussi bien être autre que celui que j'estime être.Ils peuvent fort bien profiter de mon désarroi et de mes délibérations pour surgir d'un moment à l'autre, d'une façon préméditée, escomptant mon embarras coupable et spéculant sur la difficulté à me disculper de cette accusation que constituerait ma présence plus que compromettante auprès de ce cadavre.Non, tout dans cette histoire est par trop louche.Leur indifférence d'eau trouble, l'invraisemblance que constituait le trajet, la poussière suspecte qui régnait là-haut, ainsi que l'obscurité inexcusable, le jeu trop précis des coïncidence, l'ensemble de ces circonstances qui m'entourent comme un écran d'obscurité voulue contribuant à m'égarcr dans mes conjectures, tout cela suffit à démontrer la préméditation et la mauvaise foi de ces gens, 240 AMÉRIQUE FRANÇAIS F.Non, ma situation n'est plus celle d'un homme parvenu dans l'au-delà, possesseur désormais de son secret, mais mis dans la désespérante impossibilité de transmettre ce secret aux vivants qui ne peuvent plus entendre sa voix.Il regrette amèrement d'avoir, d'une façon délibérée, franchi le pas fatal.Il est saisi de la nostalgie des questions, sans réponses pour ceux-là qui n'ont pas franchi ce pas.Je suis un criminel en fuite qui n'a pas de merci à espérer de la part de ses perfides poursuivants.NICHOLAS ROLLAND SOIR D'HIVER Le soir est loul blanc, tout blanc de neige.Dana le ailence de la rue monte en fumée vera les étoiles le sacrifice du bois mort.El lea maisons coiffées de lune me font penser à des vaiaaeaux échoués sur des galels d'argent, chargés de rêves, de mystère.La lampe dore les fenêtres où scintillent des /leurs de givre ; On sent qu'il y a de la joie et de l'amour autour des poêles.La neige craque sous mon pas, sous mon pas lourd de la journée, et la vie chaule dans mon cœur Dans le soir plein, tout plein d'étoiles.Charles- E.Harpe AMÉRIQUE FRANÇAISE Afin de pcrmcllre aux arclii-vislcs cl aux amateurs de compléter leurs collections, nous tenons à leur disposition quelques numéros isolés tirés des volumes I.Il et III ; des séries complètes des volumes IV el XI.Prix par numéro : Vols.I à VI : 35*.Vols.VII et VIII : 75?-Vols.IX.X el X! : 50?.I o enable University and oilier «¦«Il celions to complete their files, we liold at llieir disposition odd numbers from Vols.I.II and III : com plele series o r Vols, iv to XI.Price per number : Vols.I to VI : ->5*.Vols.VII and VIII : 75
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