Amérique française, 1 janvier 1963, janvier 1963
1963 — Volume XIV — No 1 Montréal AMÉRIQUE FRANÇAISE Revue de création cl de recherches littéraires Directrice : Andrée Maillet S O M M AIRE CLAUDE HAEFFELY .Dos nus et des pierres ALAIN HORIC.En haute tendresse ALAIN HORIC.Eveil ANDRÉE MAILLET .Récit à la première personne du singulier WILLIE CHEVALIER .Un genre littéraire en danger JEAN-PAUL FILION.Deux chansons GILLES DEROME.Le Séparatiste 50 cents BEAUCHEMIN éditeur et libraire UN.1-1431 251 est, rue Vitré, Montréal BURTON libraire UN.6-8771 1004 ouest, rue Sainte-Catherine, Montréal DEOM éditeur et libraire VI.5-2320 1247, rue Saint-Denis, Montréal La Librairie Dussaull Liée LA.6-3795 6315, rue Lafontainc, Montréal FLAMMARION éditeur et libraire UN.6-6381 1243, Université, Montréal FOMAC LIMITÉE représentation et diffusion de langue française UN.6-7764 1029, Cote du Bcavcr Hall.Montréal P.-A.MENARD libraire 861-5621 222 est, rue Sainte-Catherine, Montréal La Librairie Universelle Inc.UN.6-7764 5165, Côte-dcs-Ncigcs, Montréal SOUTIENNENT LES AUTEURS CANADIENS AMERIQUE FRANÇAISE REVUE TRIMESTRIELLE Directrice : Andrée Maillet Conseiller littéraire : L.Hamlyn Hodden 28, avenue Arlington, Westmount, Montréal, Canada S O M M A I R E Des iius et des pierres.Claude Haeffely 3 /';/ ban te tendresse.Alain Horic 6 Eveil.Alain Horic 7 Récit à la premiere personne dit singulier Andrée Maillet 14 l'n genre littéraire en danger .Willie Chevalier 34 Deux chansons.Jean-Paul Filion 38 Le Séparatiste.Gilles Derome 41 Les manuscrits doivent être inédits e( porter la mention inédit.Le Ministre des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraires Cl l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication.Justification du tirage: lâlH) exemplaires.Abonnement pour 1963: $2.00 DES NUS ET DES PIERRES (fragments) .De vagues rumeurs font la nuit le ciel plus gris sur la grève vous trouverez clans vos mains les plumes la craie les os de toutes les vies ensevelies du seigneur et la foule engloutie autour de ces noces dissoutes.Le pain est à minuit comme du béton figé très lourd le souvenir de sa vie et la mort, flamme blanche échevelée, les morts tapis dans les chemins creux qui mènent à la mer forment une digue d'invocations tardives.Assourdi, je ne puis vous parler sans qu'un trop long chagrin ne me iasse vous poser la douloureuse question que tous se posent de siècle en siècle.Au milieu de la nuit, par ces mots, arriverai-je jusqu'à vous pour vous toucher, descendre à pas feutrés sur les mousses de votre cor at in d'ouvrir les portes à des sommeils inconnus?La graine, des fleurs, le vent, la pierre.Rosace d'or sur la montagne soleil sous roche soleil en croix et la vie roule.3 4 AMERIQUE FRANÇAIS 1 Frappée au front elle s'écroule: peine capitale de la mort.Tournez la page, passe/, les ponts vous aurez vue sur une rivière de rubis.Sur le lit flambe sa nudité (puisqu'elle était nue chaque nuit ).Sous l'arche brillent pics et marteaux d'argent.Dans le bois vert déjà la braise les pins brûlent, les blés lèvent contre les parois de sa prière cet amour vorace comme s'il devait être le sang d'un dieu vivant! Je poserai mes lèvres sur tout ce qui bouge et respire: Rouge, jusqu'à la rose au parfum de terre et de vent.Et son sang plus léger que houle glisse de palais en palais.De bouche à bouche un nuage passe et délivre des lumières en plein vol nuptial.Un fleuve coule de chute en chute le coeur devient le centre d'un tourbillon dans lequel je n'aurai que désirer en vain me laisser choir.Dans les bois noirs on peut voir par de multiples meurtrières tout un contingent immergé: c'est une femme.Seins et napalm, le feu crépite et le lit brûle. DES N US II DES PIERRES Comme assommées, des milliers de pierres égarées, toute la cruauté du granit contre les tendresses de la chair.Au coeur de l'été un rêve nage vers celte plage de cailloux blancs.Claude Haeffely EN HAUTE TENDRESSE amour marée ruche active sang respire désir douce brûlure miel de baiser sur la voie lac fée de noces seins de velours femme sur Ion coeur j'écris sésame fendre mot de passe tu es conque sensitive sur les rives de violent séjour amour amadou braise captive joie vive feu de brousse Alain HORIC ÉVEIL I Un ciel limpide, une toile de feuilles et d'oiseaux imprimée toute en mouvement, s'éclaira de mille petites bougies qu'elle souffla; elle se coucha sur le flanc droit, rejeta les hanches en arrière, cacha son sexe aux regards indiscrets de la nuit et s'abandonna au sommeil.Cette nuit-là, plus menaçante que les autres, n'apporta aucune présence chaude et humaine qu'elle espérait.A l'aube, après la trêve, la forêt s'anime et respire.Les fauves et les reptiles s'étirent, éprouvent leurs muscles, et parient aussitôt à la recherche de la première bouchée.Les racines fouillent plus profondément dans la terre leur portion de sève.I.e vent s'en prend aux arbres les plus fiers, soulève la verte pèlerine et atomise la rosée.Le ciel était clair et distant.Une femme jeune lança un regard apeuré sur cette flore grouillante de vie.Une femme seule, perdue dans ces lieux insolites, qu'une pluie diluvienne a déposée là, un matin odorant comme celui d'aujourd'hui.II Des sentiers étroits qui partaient de sa hutte dans toutes les directions ne conduisaient nulle part.Elle s'engagea au hasard.Cette plaie qu'elle avait ouverte récemment dans la verdure se cicatrisait déjà.Parvenue au bout, elle travailla résolument. 8 AMÉRIQUE FRANÇAISE La progression fut lente et difficile, niais elle persista ainsi à tailler une fraîche blessure.La journée s'épuisa bien avant son courage, sans que la végétation luxuriante cède outre mesure.Elle n'avait que deux mains et des dents, il eût fallu davantage pour l'ouvrir et l'arraisonner.L'obscurité s'épaissit.Affolée, elle retraita.Son coeur enserrait la solitude.Serpentant vers son refuge, elle abandonna son corps ferme et nu aux caresses des branches.Seuls quelques oiseaux troublés dans leur oisiveté s'envolaient trouant la calotte des arbres.Après cette ultime tentative, elle savait l'évasion impossible et la forêt trop profonde et abondante.Ce mur infranchissable la séparait à jamais de son désir.Elle se coucha toute moite sur son lit de paille.Un ciel tristement désertique s'offrit à ses yeux.III La nature aiguisa son sens d'observation.Ainsi que les plantes engendrent et au renouveau tout croit de joie, elle aimerait qu'un arbre viril — pouvant marcher et éteindre — vienne la féconder pour qu'autour d'elle des petits à son image s'égrènent.La saison des amours venue, le comportement des animaux changeait étrangement.Sous l'influence d'une force obscure le LVLIL 9 grand désir les possédait et les unions se consommaient dans les buissons et les clairières et sur les arbres.Us venaient timidement s'ébattre — rouler dans les hautes herbes — en poussant des cris étouffés.Ils s'enlaçaient, haletants et extatiques, poils et plumes hérissés.Hâtifs, ils s'accouplaient.Elle était effrayée et étonnée.Ces événements avaient d'autant plus d'attrait qu'elle comprenait maintenant leur signification profonde.Même si elle en fut tentée, elle n'osa jamais se substituer à eux, car les animaux sont voraces et violents.N'ayant jamais vu un homme, elle l'imaginait fort et tendre, capable d'amour et de bravoure.Vainement elle chercha, mais ne trouva personne qui lui ressemblât.Un long soupir s'échappa de sa gorge.IV Faite d'acajou et d'ébènc — d'ambre parfumée — saine et gracieuse, elle était comme un arbre craquant de sève, mais elle pouvait se déplacer, faire des gestes et avoir des pensées.Elle se demanda souvent, malgré sa nudité qui lui parut normale, pourquoi la nature était moins généreuse envers elle qu'envers les bêtes.Elle convoitait une fourrure chaude et soyeuse, mais elle était nue comme la pierre précieuse sans écrin.1:11e fut surprise de se voir grandir et alla se mirer dans la source où elle put à loisir examiner son corps élancé sur des 10 AMÉRIQUE FRANÇAISE jambes fines, livré sans pudeur au soleil.Elle vit son visage ovale, son regard nostalgique, sa bouche charnue et ses cheveux noirs tombants longs sur son dos.Sans s'en rendre compte, elle laissa ses mains suivre ses contours.Elle les arrêta brusquement — bouleversée et intriguée — devant l'obstacle se dressant sur sa poitrine.Il y a quelques printemps c'étaient de petits bourgeons innocents, grossissant depuis aussi rapidement qu'un fruit.Elle constata la forme des seins — que ses mains ne purent contenir — percés de deux mamelles curieuses.Loin de s'enorgueillir, elle éprouva une profonde affliction.11 lui sembla porter un fardeau encombrant, comme une excroissance nuisible, semblable à celle des végétaux.V Le sang déferla dans ses veines, gonfla et rougit son visage.Une ivresse incompréhensible s'empara d'elle.Comme d'un puits insondable, elle sentit monter un désir insupportable le long de ses jambes de gazelle.Les petites crampes du début devenaient douleur aiguë.Appuyée à l'arbre, pivot de la hutte, elle pensa au vertige que les pluies fréquentes peuvent provoquer.l'Ile expliquait ainsi cette sensation étrange d'excitation.Une fièvre vive envahit sa chair souffrante, se propageant rapidement dans tout son être.Après son ravage, elle était éveil 11 devenue femme.Elle appela de toutes ses forces le soulagement que procure l'enfantement de la vie.Une envie de manger la prit subitement.Elle alla cueillir quelques bananes.Ce fruit recouvert d'une pelure dorée la fascinait toujours.Elle fut incapable d'en deviner la raison.lin proie à une nouvelle douleur, elle regagna sa couche.Dans ses yeux sombres, comme dans un lac embrouillé, coula une étoile et tout s'immobilisa.I.a nuit, une brise humide venait la caresser.Mlle s'éveillait en pensant découvrir une bête la réchauffant de son souffle et léchant ses seins.Ht telle la panthère cherchant des crocs celui qui tarde à la satisfaire, elle eut envie de mordre.Cette nuit-là un désir très vii vint envahir son sexe, la fécondant al in que germe la chair rose et tendre.VI Ce que veille ne put, sommeil le lit.I.e songe procure ce que la chair désire.De son sommeil surgit un bel animal, dépourvu de poil et marchant comme elle — sans parure — d'une démarche agile et puissante.Vigilant et prêt à bondir, il venait capturer sa proie.Mlle vit dans son regard sa propre passion.Son coeur palpitait comme une fauvette effarouchée.11 vint à pas lents s'allonger près d'elle.Ce qu'il lui dit tut incompris, mais ses narines dilatées demandèrent la soumis- 12 AMÉRIQUE FRANÇAISE sion.Il l'enveloppa de ses bras musclés, écrasa sa poitrine, trouva sa bouche et l'embrassa intensément.l'Ile répondit en s'accrochant à lui, se laissant docilement dévorer.Souple et prompt comme l'éclair il l'épousa tie tout son poids.Son haleine coulait sur elle, prolongeant la tension.VII La chasse iut déclenchée.Cible mobile, oiseau frémissant s'étant replié dans les ronces — obsédé et obstiné — dont les approches turent instinctivement défendues, n'offrant aucune prise facile.Le tireur arma sa flèche et il 1 a!Kit un appât de choix et un adversaire de taille pour s'approcher d lui disais-je — rarement, parce que son visage, alors, s'assombrissait — « Je t'aimerai toute ma vie ».— Nous verrons cela, disait-il.— Pourquoi doutes-tu?Je t'aimerai toujours.— Nous verrons ce que tu diras dans six mois, disait-il.J'étais remplie d'une espèce de confiance, toutefois bien fragile, lorsque sa caresse était non point féroce, mais tendre.Une fois, par exemple, il était à genoux au-dessus de moi étendue, à genoux mais ne s'appuyant pas sur moi, et tie ses deux mains il me flattait du cou jusqu'à la taille, il me regardait avec RÉCIT A LA PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER 23 des yeux incertains — ils avaient habituellement une expression dure et lointaine — et ce demi-sourire flottant sur sa belle bouche au dessein net; il dit: « Tu est extraordinaire! » — Je plais, est-ce tout?lui demandai-je.— Ne parle pas de ça, répondit-il.Et il se jeta de côte et me maintenant avec ses bras et jambes, se cacha la figure entre mon épaule et mes cheveux.Une lois, assise sur le bord du lit, j'enfilais mes bas.Il se pencha et déposa un baiser rapide au-dessus de mon genou.— Qu'est-ce cela?iis-je.— Une sensation agréable, c'est tout, dit-il.Il n'y eut jamais entre nous de ces mots dont les amants abusent.Pas de chéri.Pas de bien-aime, ni ange, ni trésor.Pas de mon amour.Et pas de démonstrations en public, sauf le jour où, mangeant dans un grand restaurant, nous étions sur une banquette adossée au mur; entra un groupe de gens très élégants, au verbe haut.Deux des femmes de ce groupe le regardèrent avec insistance, comme si elles le reconnaissaient.Il fit celui qui ne veut pas voir et m'entourant les épaules de son bras, comme il l'avait fait sur le port, il m'attira à lui.Il ne me demandait jamais qui je voyais, ni qui j'avais aimé avant lui.Et il ne me parla jamais des aventures qu'il avait eues.Nous sortions ton peu; toujours de très bonne heure de manière à être à l'hôtel le plus tôt possible.Les traits de son visage paraissaient adoucis.Il marchait maintenant avec plus de nonchalcncc.Il essayait parfois de me 24 AMÉRIQUE FRANÇAISE montrer quelqu'un dans la foule, un détail, un ridicule, un joli mouvement, mais je ne pensais qu'à lui, c'est-à-dire, à lui et moi et je ne pouvais pas m'amuser à autre chose.Après un mois de cette vie nocturne, il ne vint me chercher que deux fois par semaine.Moi, je l'attendais tous les soirs à la fenêtre.J'avais vingt ans.Il était beaucoup plus vieux que moi, de quinze ans, je pense.Je ne connaissais rien à la physiologie des hommes.Je le voulais tous les jours.Quand je ne le voyais pas, il faisait noir, la vie mourait.Toute la journée je pensais à lui.J'étais capable de préparer mes examens, de vivre de viande et de café et d'être à lui toutes les nuits.Mais si je l'attendais tous les soirs, lui ne venait plus quand je le voulais.Nous n'étions déjà plus deux à vouloir la même chose le plus souvent possible, et je croyais comprendre que c'était parce qu'il ne m'aimait pas, qu'il ne m'avait jamais aimée.Je n'avais jamais tenu à être aimée auparavant, maintenant je ne songeais plus qu'à cela.Je serais morte plutôt que de lui demander quoi que ce soit, s'il m'en souvient, mais je lui dis, je ne sais à quel propos, un matin que nous nous préparions à quitter l'hôtel: « Plus tard, que me diras-tu quand nous nous rappellerons tout ceci?» — Plus tard?lit-il, en fronçant un peu les sourcils.Il n'y a pas de plus tard, pour nous deux.Je ne sais ce que je ferai dans l'avenir.Je ne sais ce que tu feras.Mais pour nous deux ensemble, il n'y a pas d'avenir.C'est à ce moment-là que je redevins tigressc.Il serait plus juste de dire que j'essayais de le redevenir.Oh! Mais je n'avais RÉCIT À LA PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER 25 plus ni force, ni griffes, ni ruse.Je n'en avais jamais eu avec lui, d'ailleurs.Et quand il me frôlait seulement l'épaule, je tremblais de peur qu'il ne s'en aille.11 tenta encore, à maintes reprises, de m'interroger sur mon travail, mon programme d'études, mais moi, je l'entendais à peine tant je brûlais d'impatience qu'il me prenne dans ses bras, car seules, nos étreintes parvenaient à me faire oublier que si j'étais à lui, lui ne serait jamais à moi, et que nos jours étaient com ptés.Mais, à la fin, je n'y lins plus, et pour me venger, une nuit, je le mordis cruellement près de l'aisselle.Alors, il me repoussa et me maintenant la gorge d'une main, il me frappa le visage à deux reprises.Je ne dis rien.Nous nous regardâmes longuement dans la pénombre.Je me levai et j'ouvris la fenêtre toute grande.Il ventait.Le vent entra par la fenêtre et me caressa toute.Je n'avais pas froid mais je lus parcourue par un frisson.Je ne pensais à rien, c'est-à-dire que je ne pensais qu'à lui et à moi que la largeur de la chambre séparait, que j'étais seule comme au milieu d'un désert et que même collée contre lui et retenue à lui par la sueur et tous nos muscles tendus, j'étais en réalité seule, toujours.11 se leva à son tour et vint près de moi.11 prit ma tête entre ses mains — c'est un geste qu'il faisait souvent — et me regardant d'un air grave et doux, il me dit: « Je ne te frapperai plus jamais ».11 me souleva de terre et me ramena à notre point de départ. 26 AMÉRIQUE FRANÇAISE Ce lit d'hôtel aux draps raides fleurant la lessive, c'était notre havre, notre seul terrain d'entente.J'y pensais sans arrêt avec une douleur lancinante.Nous étions des troglodytes, là-haut, cachés, cachés de qui?A l'abri, mais à l'abri de quoi?de tout, saut de nous-mêmes.Oh! Qu'il me dise une fois, une seule fois qu'il m'aime, que ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas pour nous de jours futurs! Qu'il me le dise avant que tout soit fini! Mais il se taisait.Il se taisait même lorsque nous nous éveillions en même temps après un sommeil sans rêve, une sorte d'anesthésie rapide, et qu'il se soulevait sur un coude pour me regarder en souriant.Je crois que je lui souriais aussi d'abord, et puis, après un moment, je lui disais: « Je t'aime, tu sais ».— Ce n'est pas tout de le dire, répondait-il — pas toujours avec ces mots-là mais avec des mots qui avaient le même sens — Ce n'est pas tout de le dire.Il faut le prouver.Que pouvais-je répondre?Quel autre moyen avais-je de lui prouver que je l'aimais?Ce que nous éprouvions l'un avec l'autre cela n'était donc pa«= assez pour lui?Alors quoi d'autre?Cela n'était-il pas de l'amour?Après, je cessai de lui dire que je l'aimais.Quand il vint sonner à ma porte, je ie suivis sans prononcer une parole et là-bas, loin de chez moi, là-haut, loin des bruits et du monde, je ne me fondis plus en lui, je me fis dure, je serrais les dents et plutôt que tie l'étreindre, je m'agrippais aux oreillers, je retenais ma respiration, je regardais fixement par-dessus son épaule, je tâchais de penser à autre chose. RICH À LA PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER 27 Il m'interrogeait du regard, il cherchait à percer ce mystère de mon visage immobile qui ne relâchait son masque qu'avec les secousses involontaires que je ne pouvais empêcher.— Tu es folle, me dit-il enfin.— Tu ne m'aimes pas, lui dis-je.Laisse-moi.Allons-nous en.Je ne veux pas rester ici toute la nuit.— Comme tu voudras, dit-il.Lorsqu'il me quitta, lorsque je sentis l'air passer entre son corps et le mien, lorsque je compris qu'il allait se lever, je lui saisis le bras et glissant ma main jusqu'à son poignet, je l'attirai jusqu'à ma bouche.— Tu ne m'aimes pas, dis-je encore.Tant pis pour moi.— C'est ça que tu veux?Tu aurais peut-être dû exiger que je le dise au début, dit-il.— Au début, je ne croyais pas que ce fût nécessaire.— Tu avais raison.— M'aimes-tu, oui ou non?— C'est trop tard, murmura-t-il.Il est trop tard pour me le demander.Peut-être l'aurais-je dit de moi-même, un jour.C'est quelque-chose que je n'ai encore jamais dit à personne.Si tu me l'avais demandé le premier soir.J'ouvris les yeux tout grands.— Le premier soir.?Oh! Pourquoi ne m'as-tu rien dit?— J'avais envie de loi.Mais il y avait si longtemps que je n'avais eu une femme! Ce n'est pas une circonstance favorable pour juger de l'amour, de son amour ni de l'amour de l'autre. 28 AMÉRIQUE FRANÇAISE — Pas de femmes depuis longtemps?Pourquoi?— Je ne prends pas n'importe qui.Il faut que ce soit bien.Je peux attendre longtemps.Il ne m'aimait pas mais je n'étais pas n'importe qui.Pour la première fois depuis notre rencontre, quelque chose comme de l'humour vint apaiser un peu mon mal.— Et le premier soir, quand même, si je te l'avais demandé?Il releva mes cheveux au-dessus de mon front et m'examina sérieusement.— Je ne sais pas.Nous n'avons pas eu le temps même de penser, n'est-ce pas?Tu as peut-être dit quelque chose.Je n'ai pas entendu.Les femmes, presque toutes, ont besoin tie dire qu'elles aiment ou de se le faire accroire.Mais tu ne peux pas savoir, tu es si jeune! Il m'embrassa tout le visage plusieurs fois.Et puis: — C'est vraiment la première fois que nous parlons de choses qui comptent, dit-il.Est-ce que tu ne veux pas rester avec moi cette nuit encore?— Cette nuit?Un doute, une douleur effrayante m'empoigna à la gorge.Je mis mon poing devant ma bouche.Il continua: « Pardonne-moi de ne t'avoir rien dit auparavant.Je pars demain, fc t'aurais prévenu, mais rien de ce que je fais n'a coutume de t'intéresscr ».Mon cœur se mit à battre comme s'il allait sortir île ma poitrine.Je tendis les bras.Je m'accrochai à son cou.Je le RÉCIT À LA PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER 29 regardais: la ligne de ses cheveux, ses oreilles, ses yeux, l'un après l'autre, son nez, sa bouche.— Tu t'en vas?— Je pars en mission, en Afrique.Je me prépare depuis des mois.Je t'aurais tout expliqué si tu avais voulu m'écouter.— Tu t'en vas! — Pas pour toujours.Je serai de retour dans quelques mois.— Tu t'en vas.— C'est un peu dangereux.Pas trop.Je vais dans la brousse.On a besoin de nous là-bas.Je le saisis aux cheveux dans un accès de rage, puis je lacérai ses épaules et ses lianes et ses bras si forts qui m'avaient tenu comme s'ils ne devaient plus jamais me lâcher.J'éclatai, ne pouvant plus contenir ni mes sanglots, ni mes cris.Il s'arracha de moi, s'en fut dans la salle de bain et revint avec une grosse serviette-éponge trempée d'eau glacée dont il entoura aussitôt ma tête et ma figure.Il m'enveloppa aussi dans une des couvertures du lit, et me tenant serrée contre lui me mit sur ses genoux et me berça sans parler.Bientôt, je fus abrutie par l'excès de mon chagrin, mais non point calmée.Il essaya de me dire quelque chose mais je n'écoutais rien, je ne savais que répéter: « Tu me fais mal, tu me fais mal ».Alors, il me recoucha dans le lit et s'étendit à mes côtés.Il n'y avait entre nous aucun contact.Il attendit.Je me tus.Il attendit qu'entre nous le silence soit mieux établi encore. 30 AMÉRIQUE FRANÇAISE Puis enfin, il me demanda: « Veux-tu rester avec moi, celte nuit?» — Oui.C'est ensemble que nous roulâmes l'un vers l'autre et sans ajouter une parole; ce lut pour lui comme pour moi, le meilleur et le plus doux et non point le plus furieux amour.Je m'endormis sans en avoir conscience.Quand je m'éveillai, il faisait encore très noir.L'un de ses bras encerclait mes genoux et ses lèvres effleuraient lentement mes jambes.Je lis un mouvement et il ramena aussitôt sa figure au-dessus de la mienne.— Tu ne dormais donc pas?lui demandai-je.— Non, dit-il.— Pourquoi?Il attendit que je tasse un geste ou que je dise encore quelque chose, ou que le silence revienne complètement, comme chaque fois qu'il ne voulait pas ou qu'il ne pouvait pas répondre.— Réponds-moi, lui dis-je.Est-ce que je ne te reverrai plus jamais?Il s'empara de ma bouche et la garda longtemps.Enfin je me dégageai et je tournai la tête du côté du mur en soupirant.— Regarde-moi, dit-il.Je ne remuais pas.Le désespoir m'avait subjuguée.Combien peut mentir le corps! Combien peuvent mentir la peau, le souffle, les doigts, le goût; la voix qui caresse et qui tue en même temps! RÉCIT À LA PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER 31 Aimez-vous la musique?Aimez-vous nager sur le dos?Flotter au gré des vaguelettes sur un lac, face au ciel, avec la chevelure entre deux eaux comme une touffe d'algues?Aimez-vous l'air?I.e vin?Ce qui est facile?L'amour n'est pas facile.— Regarde-moi, disait-il.Sa voix, le timbre d'une voix qui me faisait délirer, que j'aurais suivi sur un lit de charbons ardents, sous les bombes, au fond d'une crevasse, cette voix, je l'entends à peine aujourd'hui.Je ne me souviens, surtout, que du bien et du mal qu'elle me vrillait dans le corps.Il me prit la tête entre ses mains comme il le taisait tout le temps — et je me demandais pourquoi, je ne comprenais pas.Sans parler, lui aussi, peut-être me posait-il des questions, lui aussi peut-être, avait-il peur de moi et peur du mal.Il me força à tourner la tête et me saisit aux épaules.— Tu me regardes, maintenant?me dit-il.Tu ne t'en iras plus à travers le mur ou par la fenêtre?Tu m'écoutes, maintenant?dit-il.Je l'écoutais, je l'écoutais.— Je peux être tué.Ce n'est pas probable.Je t'écrirai.Veux-tu?Veux-tu?Je fis oui de la tête.— Veux-tu m'attendre six mois seulement?Veux-tu?Veux-tu m'attendre?Six mois, pas plus.Moi, je puis attendre plus.Mais toi?Dis-moi. 32 AMÉRIQUE FRANÇAISE Je lui dis que je l'attendrais.Il le crut peut-être; oui, je crois qu'il le crut, cette nuit-là qui tut la plus longue de ma vie, et la plus courte, et sans pareille.Il ne fut pas tué.11 revint.Je n'étais plus là.A son tour il partit, je ne sais où.Je ne l'avais pas attendu.Je n'avais pas attendu deux mois.Peut-être six semaines.Mais pouvais-je exister par moi-même?Livrée à moi-même et à la loi sans merci de ma jungle?J'avais vingt ans.Ses lettres, ce n'étaient que des feuilles de papier.Je les gardai d'abord entre ma gaine et mon ventre comme un talisman.Je lui écrivis tous les jours.Je télégraphiai.Il me répondit sans retard tant qu'il en fut capable.Je tentai de le rejoindre, c'est-à-dire que je lis des démarches.Elles furent vaines.Je n'étais pas majeure, lit surtout, je n'avais aucune des techniques utiles à sa mission, à quelque mission que ce fut.Je m'enfermai dans les églises.Elles étaient pleines d'ombres qui m'effrayaient.Je ne trouvai pas de protection dans l'église.Au contraire, tout en elle me rejetait dans ma jungle, et j'y retournai, affolée par ma propre lolie, ne cherchant plus la proie mais le chasseur, mais le maître.Quand enfin, j'ai revu le pays de ma première liberté, puis de mon premier esclavage, j'ai marché le long des rues aux murs de pierres grises; j'ai retrouvé les arbres, les taillis et le banc de bois.Je me suis assise.J'ai attendu le brouillard.Il est venu.Il est venu danser autour de mes pieds, autour de mes chevilles RÉCIT À LA PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER 33 marquees par toutes les chaînes rompues les unes après les autres.Aimez-vous le brouillard et dans le brouillard la lueur tremblante des réverbères?Le brouillard m'enferma dans ses voiles gris et déchiquetés et quand il fut à la hauteur de mon visage, je croisai les bras sur ma poitrine et me pris les épaules à pleines mains, je renversai la tête, je fermai les yeux et je crus respirer un souffle d'autrefois.Andrée Maillet UN GENRE LITTÉRAIRE EN DANGER Un polygraphe intéressant, Pierre Dominique, vient de publier un ouvrage sur les polémistes français depuis 1789.Au moment où j'écris, le livre n'est pas encore en vente au Canada.On n'en sait pas moins que Dominique y parle de Marat, Mirabeau, Rivarol, Camille Desmoulins, Paul-Louis Courier, Lamennais, Barbe)- d'Aurevilly, Henri Rochefort, Jules Vallès, Edouard Drumont, Georges Sorel, Charles Maurras, Léon Daudet, Charles Péguy, Georges Bernanos, Louis-Ferdinand Céline; d'autres encore dont, sans doute, Louis Vcuillot et Léon Bloy.On pourrait et devrait aussi mentionner Mauriac, Alfred Fabre-Luce, Pierre Boutang, Jacques Perret, Pierre Dominique lui-même.Ces écrivains se divisent presque également en hommes de droite et en hommes de gauche, si de telles distinctions s'imposent.Auxquels attribuer le plus de talent?L'objectivité est impossible en pareille matière.Si cette liste contient plus de deux ou trois noms promis à l'immortalité, il est douteux que ce soit grâce à des écrits de polémique.Nous avons eu, nous aussi, nous avons nus polémistes et nos pamphlétaires (ces deux mots ne sont pas tout à tait synonymes).Fait curieux, remarquable, nous ne comptons guère de meilleurs stylistes que ces journalistes et chroniqueurs: Arthur Buics, Jules Fournier, Olivar Assclin, Jules-Edouard Prévost, Victor Barbeau, l'inégal Claude-] lenri Grignon, le Jean-Charles Harvey du Jour.(Parmi leurs pairs?Lionel Groulx, Bcr-thelot Brunet, Paul Toupin, Pierre Baillargeon, André Langc- UN GENRE LITTÉRAIRE EN DANGER 35 vin, — également amateurs de controverses).Qu'en penserait Freud?Car les noms inoubliables des grandes littératures ne sont pas, en règle générale, ceux de polémistes.On peut considérer comme tels Cicéron, Pascal, Saint-Simon, Voltaire, Diderot, Beaumarchais, Chateaubriand, Victor Hugo; et, si l'on y tient vraiment, saint Paul, Dante, Rabelais, La Rochefoucauld, Retz, Bossuet, Racine; plus près de nous, Ernest Renan et Fustel de Coulanges.Mais ce n'est pas dans leurs disputes par écrit (définition de Littré) qu'ils ont le plus brillé.Il est diificilc de faire carrière dans les lettres à plus forte raison dans le journalisme, sans s'indigner quelques fois.Il est de saintes colères et, comme le signale Jacques de Lacretclle, parfois « la colère est noble et, en un sens, chevaleresque.Elle a une autre qualité: elle s'allie le plus souvent à la sincérité.L'homme en colère est si sûr de soi qu'il se découvre, qu'il dit tout.On pourrait prétendre qu'un homme lâche et bassement calculateur évitera la colère ».Mais personne ne reste calme toute sa vie.Et l'on écrit pour s'exprimer — pour se manifester, en langage de péronelles.C'est pourquoi l'on doit de très belles pages au genre de la polémique.Mais n'est-ce pas un genre trop facile pour quiconque a reçu le don d'écrire et possède un riche vocabulaire de l'invective?Jean-Jacques Rousseau y songeait sûrement quand il con-liait au pasteur Paul Moultou: « Le genre polémique n'est que trop de mon goût; j'y avais renoncé pourtant ».Les polémistes d'occasion sont les meilleurs.Les autres, les pamphlétaires professionnels, sombrent facilement dans le ri- 36 AMÉRIQUE FRANÇAISE diculc, l'odieux, l'obscène.On hausse les épaules devant leur gonflement continuel des pectoraux, on se moque de leur emportement à volonté, on n'écoute plus, on n'entend plus leurs cris trop souvent répétés.Si le genre de la polémique est tombé dans le discrédit, chez, nous comme en France mais plus qu'en France, c'est que ses adeptes l'ont trop souvent confondu avec l'engueulcment sans esprit, la calomnie, l'insinuation, l'affirmation gratuite.Même dans la mauvaise loi, surtout dans la mauvaise loi, il faut conserver sa bonne humeur pour « accrocher » le lecteur.C'était un des secrets de Léon Daudet.Il lançait des accusations invraisemblables, on en riait avec lui, mais il en restait quelque chose.Il atteignait donc son but.Pascal, qui a donné aux polémistes des lettres tie noblesse qu'ils ont perdues, s'est gardé de la basse injure.Il n'y a plus de Pascal.Le polémiste ou le pamphlétaire de 1963 donne de grands coups d'épée dans l'eau.Il se bat contre des moulins à vent.Du moins, chez nous.Personne ne riposte.A quoi bon, d'ailleurs, quand on sait que le lecteur a bien d'autres préoccupations, bien d'autres soucis, que de juger lequel des deux adversaires se sert le mieux de son arsenal de dictionnaires des synonymes et des idées suggérées par les mots?Cette désaffection à l'égard de la polémique a d'autres causes.En voici l'une: à tort ou à raison, de plus en plus on voit dans les divergences d'opinions sur la politique et l'économique des conflits d'intérêts et non des luttes d'idées.Alors, les gens un genre litteraire en danger 37 sérieux, voulant se renseigner, fuiront les disputes par écrit, sachant qu'elles tiennent rarement compte des faits, « ces choses entêtées » auxquelles, selon Maurois, « rien n'est plus sûr que de se heurter ».Le genre de la polémique est-i! condamné?Pour ma part, je pense et j'espère que l'on y reprendra goût malgré mes réserves à son endroit.Je le pense parce que nous entrons dans une « ère des loisirs » qui seront de mieux en mieux utilisés, — notamment par la lecture, sinon, il faudrait désespérer de l'avenir; et je l'espère parce que la polémique — ou le pamphlet — me semble indispensable au fonctionnement normal des institutions démocratiques.Il n'y a presque plus, chez, nous, officiellement, de journaux de partis.Mais des feuilles dites de grande information, comme si leur format à lui seul justifiait l'adjectif, sont, hypocritement, plus partisanes que ne le furent jamais « la Minerve » (bleue) d'Arthur Sauvé et « le Canada » (rouge) de Fer-nand Rinfrct.Et l'on nous parle de progrès?A d'autres! Willie Chevalier LE TUMPS DE L'AMOUR La fumée des matins retombe sur mon âge Qu'ai-je appris de ces feux d'anciennes aubes de village Qui ont brûlé mes mains mon corps et mon visage Pendant cine mes cris d'or pétillaient au soleil J'ai bu et même l'azur comme à même une bouteille Un veut d'éternité plein de monts et merveilles Mais qu'ai-je su ménager d'une si belle corbeille Oui devant moi craquait de ses sonnantes herbes Je vois les ans d'hier telle une chanson superbe Une chanson d'arc-en-ciel chanson de mille gerbes One pour moi je répète comme ou fait d'un proverbe J'entends l'écho du temps mais le temps ne suit guère Mes vingt ans ont sonné au clocher des hantes terres Le rêi e était ma noce entre ciel et enfer Je pouvais dans mes mains serrer la lune entière Mais est-il èi ma table le festin de ces jours Le printemps la jeunesse ne sont rien sans amour Et l'amour c'est la vie en robe de velours.Jean-Paul Filion :t>< S7 LA PLUIE ÉTAIT DE EEU Le firmament il en es/ plein De ces vautours à faire la guerre Le /eiuj)s s'est chargé de venin Le vent qui vieill seul la poussière Drôle de venin Drôle de poussière Sur les gradins de l'univers Dis-moi L Amour, si ht pluie était de feu Dis-moi VAmour, où iraient donc les amoureux Des caravanes de robots Ont aflamé les continents Pour vous charpcnlcr des vaisseaux Qui font du ciel un océan Drôle de vaisseaux Drôle d'océan Comme des corbeaux Sur nos vingt ans Dis-moi l'Amour, si la pluie était de feu.Les abattoirs des capitales Sont démodés depuis longtem f>s Ou i eut to-day comme animal Meilleur bipède d'un autre sang Drôle il'a ni m id 8!> 40 amerique 1 rançaise Drôle de sang Pour cannibales De notre temps Dis-moi l'Amour, si la pluie était de feu.La gueule pendue à leur rideau Deux gros messieurs hurlent à la paix Deux voix qui mou/eut comme un duo Mais qui ne se rejoignent jamais Drôle de duo Drôle de jamais Pour deux cerceaux Un pistolet Dis-moi l'A inoitr, si la pluie était de jeu.Le monde était rond comme une pomme l'n couteau l'a tranché en deux Deux morceaux d'inoude, deux morceaux d'homme Ça donne un coeur i ide sous les deux Drôle d'homme Drôle de deux Qui ont l'opium D'Ia guerre aux i eux Dis-moi l'Amour, si la pluie était de feu Dis-moi l'Amour, où iraient donc les amoureux.Jean-Paul Filion LE SÉPARATISTE MERCREDI, PREMIERE JOURNEE, TRES TARD DANS LA NUIT.Ce soir, dernière de Tartuffe.Je m'en tire assez bien.C'est le plus difficile rôle de toute ma carrière.A vrai dire, Géante est mon premier rôle d'importance.Un succès.Nous avons donné cent treize représentations au théâtre Conquistador.Presque aussi bien que Bousille.Vers la cinquantième, « Le comité régional pour le maintien des droits élémentaires de la morale » a fait des siennes.On s'y sentait visé, paraît-il.Notre directeur toutefois n'a pas bronché.Je garde de lui un excellent souvenir.Après le cocktail d'adieu, je suis revenu à ma chambre accompagné de mon ami 1 lubert qui désirait me parler.I lubert est maintenant secrétaire au Grand Conseil des Arts, ce qui lui donne beaucoup de loisirs.Il relança une fois de plus, et avec brio, la conversation sur « l'importance de la conspiration divine dans le cas du parricide et de l'inceste ».C'est le thème inépuisable de son dernier dada.Hubert, tenace, défend ses idées avec fougue.Il pose clairement les questions et donne rarement le temps à son interlocuteur de réfléchir: ses réponses sont justes, rapides et ses exemples bien choisis.« Pourquoi la folie semble-t-ellc avoir été si spontanément chose tragique?— parce qu'on l'associe toujours au sacré — souviens-toi d'Oedipe-Roi et de Shakespeare ».Nous terminons la soirée par un bon gin et une interminable divagation sur la Moira, le Destin et la Providence.— « Rappelle-toi ce vers d'Athalie, Est-ce l'Esprit divin qui s'empare de moi?» h 42 AMÉRIQUE FRANÇAISE Je lui répondis que dans mon cas c'était plutôt le sommeil.11 me quitta vexe.Je me suis couché exténué.Après dix-sept semaines des Tartufferies, on ne se sent plus le même.Demain la grasse matinée.J'irai voir la belle Hélène.Je pense avoir dit à Hubert que je me reposerai trois jours à la campagne.J'aime beaucoup l'auberge du Saint Graal.C'est la meilleure cave de la province.JEUDI, DEUXIEME JOURNEE, TARI).Je remets mon voyage à plus tard.Audition pour un nouveau rôle.Nouvel appartement.Journée trop chargée.Rien à écrire.VENDREDI, TROISIEME JOURNEE, llh.30 p.m.Répétition générale.Fatigue normale.Je joue maintenant au théâtre de la Révolution et j'écris cette page, installé dans un nouvel appartement.C'est en revenant mercredi avec Hubert que j'ai remarqué, rue Saint-Luc, l'affiche d'un appartement meublé à louer.Je m'y suis arrêté hier, jeudi, après l'audition que je dus passer pour obtenir mon rôle.Notaire de campagne dans une pièce patriotique qui ne gardera pas longtemps l'at fiche: le texte, en plus d'être insupportable, est joué par une troupe de passage qui conserve l'anonymat le plus strict et qui donne l'impression de monter sur les planches pour la première fois.Je revenais, costumé en patriote, lorsque j'eus l'idée de voir l'appartement.Il était propre, bien meuble et surtout très bien éclai- u: smpakansrr.43 ré.Deux grandes fenêtres donnent à l'intérieur, sur un petit jardin.Bien que le bail qui me lie à mon ancienne chambre de la rue Saint-Mathieu n'expire que le mois prochain, je décidai d'occuper immédiatement les lieux.Quel changement! Entre autre, l'eau chaude.En me démaquillant, ce que je fais chez moi — j'habite à deux pas du théâtre — j'ai découvert que je ne pourrai jamais plus me passer de l'eau chaude courante.Hubert doit me croire en voyage et il n'aura sûrement pas la curiosité de me chercher au théâtre de la Révolution.Surtout lorsqu'il connaîtra le titre de la pièce qu'on doit y jouer.« Patriotes de toujours », une création Tancrède Lalon-de, un drame patriotique en cinq actes et quinze tableaux.Je me couchai peu après.C'est alors que je pris conscience du silence.Quel bienfait! Je ne pourrai jamais plus me passer de silence et d'eau chaude.J'habitais aux enfers et je ne le savais pas.SAMEDI, QUATRIEME JOURNEE, DANS LA SOIREE.Je viens d'assister d'une certaine façon à la première des « Patriotes ».Je n'y tiens qu'un tout petit rôle.Celui de Joseph Duquet, aimable garçon, précise le texte, assez grand, mais d'apparence maladive, et on me pend au premier acte.Ce tut une catastrophe.Je mourus noblement, avec tout le pathos requis par la circonstance, sans exagérer, mais que faire?Une douzaine de spectateurs qui ne semblaient pas émus quittèrent les lieux avec moi avant la fin du troisième.Le quatrième et le cinquième seront payés, paraît-il, tarif de répétition.Absents, les journalistes.Pour une fois, je rentre tôt. 44 AMÉRIQUE FRA N ÇAISE Je n'ai pas encore le téléphone.On viendra me dire demain si nous devons continuer.Je fus troublé quelques secondes par une réflexion qui au début me semblait sans grande importance: je suis seul au monde.Je constatai qu'en plus d'être le seul à connaître l'endroit de mon nouveau logis, je suis aussi le seul à connaître ma véritable identité.Au théâtre, on ne m'a pas interrogé.Les gens du Révolution sont au fond des aventuriers qui ne fréquentent jamais les artistes du Conquistador.Ici, mon propriétaire crut, en me voyant l'autre jour en costume de notaire 1900, que j'étais commis de banque.La tentation fut trop forte et j'acquiesçai d'un signe de tête.Si bien que lorsqu'il me demanda de signer le registre de la maison, pris à mon propre jeu, j'inscrivis de ma plus belle écriture le nom de mon nouveau personnage: Joseph-Théophile Duquct.Je pense à Hubert.Il déclare toujours après son premier verre de gin, comme s'il avait atteint je ne sais quelle « aura » délicieuse: « je suis moi-même en plus ».Cette heureuse formule est-elle vraiment de lui?Remarquez qu'après le deuxième, il tient rarement propos plus brillant et nous sommes plusieurs à constater que dès son troisième, il ne dit plus rien du tout.Je crois qu'à partir de là, il n'est plus lui-même et que s'il devient autre chose, il le devient en moins.Dodo.Je me démaquille et prends un long bain chaud.Merveille! et, conséquence: je mets plusieurs heures à m'endormir.Je me serais couché plus tôt que d'habitude?Surtout parce que ma rêverie ne cessait d'associer librement autour de ces deux idées merveilleuses: « se connaître soi-même en plus » et « je suis seul au monde ».Je m'y ac- LIZ SÉPARATISTE 45 ci'ochais avec la ferveur d'un néophyte au seuil des révélations et des promesses les plus sensationnelles, je crus, à ma façon, découvrir un instant, la pierre pliilosophale.DIMANCHE, CINQUIEME JOURNEE, VERS LA FIN DE LA SOIREE.On me pend toujours au premier acte.Mourir pour une salle vide, c'est à la longue mortel.J'ai cru comprendre que nous jouerons longtemps comme ça.Bid après bid.Une société secrète à tendances séparatistes « Les compagnons du Sapin Vert » fournit les fonds qui ne font que manquer.« Nous tiendrons » répète l'auteur que je crois illuminé.Pauvre Tan-crède.Un vrai patriote! Et Hubert que je n'ai pas revu! Que peut-il faire à celte heure?Avec qui peut-il bien discuter?Avec Hélène peut-être! Ils m'en voudront sûrement de ne pas leur avoir dit que je suis à Montréal.L'auberge du Saint Graal! avec son énorme loyer, sa bonne cuisine, son bar.Ah! si cette pièce pouvait finir.LUNDI, SIXIEME JOURNEE, Sh.00 p.m.Relâche au théâtre.Seul au monde.Je cherche un moyen d'exploiter cette situation exceptionnelle.Hubert saurait me conseiller.Nous nous entendons si bien sur la définition de l'inspiration.« C'est un retrait involontaire de nos inhibitions ».Je crois pour ma part que cette définition explique toutes les réussites.Hubert m'a raconté que, dès son premier verre, il acquiert une lucidité 46 AMÉRIQUE FRANÇAISE qui lui fait défaut lorsqu'il est à jeun.L'explication qu'il donne du phénomène n'est pas bête.Tout simplement, prétend-il, parce qu'il n'arrive pas à oublier en temps normal, son corps qu'il exhibe en présence de ses admirateurs comme un écran opaque et déformant.Je me déshabille.Mon costume 1900 me plaît de plus en plus.Je m'endors à l'aide de deux aspirines et je me propose de réfléchir à tout cela demain.MARDI, 1 lh.45 p.m.Toujours à l'affiche.Un journal jaune déclare « Québec rend enfin un grandiose hommage à ses premiers prisonniers politiques ».Cette question ne m'intéresse vraiment pas.Le principal, c'est qu'on ne signale pas ma présence.Je ne pense, toute la journée, qu'à « ce plus de soi-même » et j'en arrive à cette conclusion: le « plus » ne se découvre que lorsque toutes les conditions qui permettent une véritable présence-absence sont réunies.L'important est de joindre la disparition la plus totale à la conscience la plus aiguë.Premièrement: surmonter l'écueil du temps.Trouver une recette qui permet de prolonger indéfiniment ou presque l'état de grâce.Deuxièmement: augmenter la marge de sécurité qui sépare le premier du second verre.Retarder l'obligation de renouveler le stimulant.Troisièmement: voir même si c'est possible de l'éviter.En deux mots: comment y être sans y être, sobrement et pour longtemps?Je m'arrête là.Sincèrement j'aurais le goût d'en- LE SÉPARATISTE 47 tondre parler Hubert.Je devrais peut-être avertir Hélène.Après six jours d'absence, ils doivent terriblement: s'ennuyer.Surtout, grand besoin de sommeil.MERCREDI, HUITIEME JOURNEE, EN FIN DE SOIREE.Je suis ailleurs.Les méditations des derniers jours me passionnent à un point tel que je sens naître en moi presque du dédoublement.Sur la scène, lorsqu'on me pendit ce soir, le patriote en moi donnait sa réplique machinalement, pensant à ses amours et je sentis comme une libération.L'acteur cédait la place au philosophe.Je passe la journée à étudier les différentes façons de disparaître.S'absenter n'est pas si simple.Le suicide en est la façon la plus radicale.Les Japonais sont ceux qui utilisent le plus fréquemment cette méthode expéditive.Les accidents d'automobiles sont souvent causés par une intention déguisée de se brûler la cervelle.L'alcool, les soporifiques et les stupéfiants sont les véhicules communs de l'absence.Ce qui tue en eux le charme.Disparaître à la façon de tous n'a rien de glorieux.J'élimine la rêverie qui se sert beaucoup plus souvent de nous que nous ne l'utilisons vraiment.Les livres sont appréciés au même titre que les voyages lorsqu'il s'agit de ne plus être là.On en revient toujours plus insouciant et moins sincère.S'en aller à la campagne sans avertir, ou, plus loin à Paris, (y emporter un bon livre) sera toujours d'une grande banalité, d'une gratuité désespérante et au fond très peu digne de l'écrivain normal, d'avant-garde et engagé.J'arrête ici ma concentration.J'essaye de lire la « Présence Totale », un livre 4S AMÉRIQUE FRANÇAISE qu'Hélène m'a prêté.Trop difficile.J'aimerais mieux un roman policier.Trois heures sonne.J'éteins et je quitte à regret mon costume 1900 qui m'allait à ravir.JEUDI, NEUVIEME JOURNEE, 1 lh.45 p.m.Je rentre mon petit numéro fini.Je reprends avec ardeur ma réflexion sur le voyage intérieur.Dans cette catégorie, je range la volupté.La « petite mort » disent si joliment les gens vulgaires.C'est le contraire de la disparition.Cette façon subtile de se tenir tout entier à la surface de soi-même requiert une habile préparation, pour ne pas dire une ascèse et ne produit qu'imperceptiblement les modifications tant attendues de la réalité.Ça ne s'improvise pas et ça ne peut durer.Conclusions: perdre le nord ne produit pas l'absence véritable.Simulacres et succédanés de l'évasion pure.Le suicidé s'encombre d'un cadavre, les stimulants ne produisent qu'une perle momentanée de la conscience et les voyages rendent l'imagination inutilisable en encrassant la mémoire.Je ne suis plus au monde depuis huit longs jours.Lst-cc qu'on me recherche?Je décroche à regret ma barbe postiche et je dors.VENDREDI, DIXIEME JOURNEE, DANS LA SOIREE.« Nation cruelle et sauvage, en surpassant dans ce malheureux pays les atrocités des siècles de la barbarie, il manque encore quelques choses à votre joie — la torture ».La barbe! Vous imaginez le reste.Je récite ma lamentation avec une compassion simulée qui déclanche à deux ou trois reprises un léger LE SÉPARATISTE 49 frisson chez les spectateurs.Je rentre en vitesse content de retrouver mon cahier.Pour réaliser une présence-absence véritable, la disparition doit s'accomplir aux yeux de tous, ne laisser aucune trace et s'accompagner de la présence à soi-même et aux autres la plus pure.Je cessai d'écrire et je relis au hasard mon journal.Une réponse manque encore à mon plaisir: est-ce Hélène ou I lubert qui s'inquiète le plus de mon absence?Je le saurai demain.Satisfait je me plongeai dans le sommeil du juste.SAMEDI, I0h.30 p.m., DERNIERE JOURNEE Les « Patriotes » abandonnent.Quel soulagement.La pièce fut dénoncée et interdite.Si j'ai bien compris, parce que l'auteur au cinquième acte nous enterrait tous dans un cimetière catholique.Ce n'est pas conforme, paraît-il, à l'histoire.Je ne me laisse pas déranger pour si peu.Depuis deux jours littéralement, je truculc.Le mot n'est pas trop fort.Je savoure chacune des minutes de mon nouvel état.Je suis moi-même en plus.Je ne sais si le plaisir de ne plus y être l'emporte sur celui d'y être encore.Le plus intéressant, c'est de demeurer au centre de son absence, d'en être l'instigateur unique (sans oublier le rôle important des dieux, selon Hubert, ou de la Providence, selon Hélène) et de partager à partir de là avec son entourage l'émotion que peut engendrer l'annonce de son propre départ.Goûter au plaisir renouvelé que provoquent les réactions variées que savent exprimer les gens lorsque vous décortiquez avec eux l'insolite quotidien.Aussi bien dire tout de suite que chez plusieurs la surprise causée par ma disparition 50 AMÉRIQUE FRANÇAISE a etc accompagnée de signes certains de délivrance et chez d'autres (on me l'a dit de quelques camarades) d'un malaise à l'intérieur duquel je pus déceler une joie trouble assez mal dissimulée.Il est évident que dans les deux cas, je profiterai de l'avantage de ma situation et je saurai provoquer à mon retour les réactions contraires et les réparations qui s'imposent.La grandeur de mon entreprise: disparaître et demeurer le mai ire.Plaisirs des dieux! Pouvoir contrôler à partir de cette distance intérieure l'impression produite dans le milieu par le prolongement excessif de son silence.Incapable de m'endormir.Je décide, vers minuit, d'aller taire un tour à l'ancienne chambre que légalement j'occupe encore.Quelle maison sordide! A peine arrivé sur le palier du troisième, je vis émerger de la pénombre le visage blême et ravagé de mon ancien concierge.Je me rappelai ce mot d'l Ivi — bert « le spectre peut très bien être le diable >.I.e bonhomme avança jusqu'à moi son balai à h.main.11 attendit visiblement que je parle.«Je viens pour monsieur > m'empressai-je tie dire en désignant la porte de ma chambre, décidé de jouer le jeu jusqu'au bout.Il eut une brève hésitation.« Ah • finit-il par ajouter.Quel plaisir, il ne me reconnaît pas! I.e vieux s'approcha plus près encore.J'entendais grincer le sable sous ses pantoufles éculées.Il m'examina, me fixant de son oeil gauche — l'autre est de verre, me rota presque au visage et me dit, rassuré par mon allure de petit fonctionnaire: « Vous le connaissez?» Imaginez ma joie! Je répondis: • Je ne l'ai pas vu depuis Tartuffe ».Ma phrase eut son effet.Le bonhomme de- Il- SEPARATISTE vint grave et s'approchant si près que je dus faire un pas en arrière.« Vous connaisse/, son ami, monsieur 1 lubcrt?» Je pris un air étonné pour dire « Ah! vous connaissez Hubert ».Je jubilais, l.e concierge ne bronchait plus.« Mêlé dans ses idées », me disais-je.Trop de gin, j'en étais sûr, et je reculai encore.l.e palier du troisième est si sombre et si petit; quelle maison! — comment ai-je fait pour y vivre si longtemps! — que celui qui pourrait voir la scène se croirait au théâtre.Nous attendions Godot! Comment l'empêcher de me souffler au visage?J'appuyai ma main sur sa poitrine.Ne pouvant plus reculer, je lis un pas vers l'escalier.l.e bonhomme qui me dominait d'une marche s'appuya sur son balai, « Ce sera long », pensai-je, rota et me dit visiblement ému « Monsieur Hubert le cherche encore ».Très curieux d'entendre pleurer sur soi comme s'il s'agissait d'un tiers.Je descendis quelques marches à reculons.Il ajouta « Monsieur I lubcrt ne l'a pas vu depuis Tartufle ».Je le repris: « depuis Tartuffe ».11 se pencha en avant, me saisit à la gorge, (le bouton de mon taux col 1900 vola en l'air) et lança à tue-tête en me regardant fixement « Ils ont averti la police ».Je réussis à me dégager, décontenancé par une telle explosion, si subite qu'une porte s'ouvrit au deuxième, jetant une lumière étrange dans le vieil escalier.J'eus à peine le temps de dire « Vous aile/ réveiller les chambreurs » qu'une énorme personne en robe de chambre de satin bleu pâle se pencha sur la rampe et cria vers le premier à pleine voix « Tu viens avec ton balai?» l'Ile claqua la porte et disparut dans son antre.Nous fûmes replonges dans le noir.« C'est ma femme » me souilla le concierge à l'oreille.Du mauvais gin en 52 A M CRIQUE IRA NÇAIS1Z plus, me disai-je.Nous atteignîmes la dernière marche.Je lui demandai « Pourquoi la police?» — « Monsieur Hubert croit que monsieur (il s'agissait de moi) s'est lait des ennemis avec son Tartufle et pense que les gens se sont ligues de contre lui pour le faire disparaître ».Je dus me retourner pour étouffer mon rire.I.a porte se rouvrit à nouveau.Nous fûmes éblouis par une trop forte lumière rapidement masquée par l'ombre énorme de madame qui, en nous apercevant, eut peur.Elle vociféra un splendide
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