La bonne parole /, 1 janvier 1917, décembre 1917
LA BONNE PAROLE ABONNEMENT (payable en Janvier ) Canada et Etats-Unis.Etranger» - - ' ORGANE DE LA FEDERATION NATIONALE SAINT-JEAN-BAPTISTE.Vol.V.DECEMBRE No 10 ABONNEMENT ET REDACTION : Chambra 3, Monument National Boni.Stini-Uureni, Montréal.Tél.Main 7122.He lire i de Bureiu de t h.a.m., à 1 h.p.m.SOCIÉTÉS FÉDÉRÉES Revue Mbnsue Lea domes patronneoics des oeuvres suivantes: Inst.des Sourdes-Muettes Crèche de la Miséricorde Nazareth Hôpital Notre-Dame Hospice Saint-Vuicent-dc-Hôpital Ste-Justinc [Fati La Providence ct Les Incurables Fédération paroissiale de: 1'Knfant-Jcsus T.S.Nom de Jésus, [Maisonneuve Saint-Henri Saint-Tean-Oaptiste Saint-Vincent de Paul La Nativité d'Hochclaga Saint-Arsène immaculée Conception Saint-Anselme Sainte-Catherine Stc-Philomènc de Rose-Sacré-Cœur [mont Sainte-Hélène Saint-Eusèbe Sainte-Clothilde N.-D.du Perpétuel Secours, Ville Emard Cercle des demoiselles de Saint-Pierre Le Foyer Les Ecoles ménagères Cercle d'études N.-Dame Association des: Institutrices catholiques emp.de manufacture emp.de magasins emp.de' bureau femmes d'affaires L'Assistance maternelle Colonie de Vacances SOMMAIRE Entre Nous.Marie Gérin-Lajoie Chronique des œuvres.Les sympathies do l'âme féminine pour le Christianisme.A.(- Le coin du travail: Chronique, correspondance, etc.G.LfMoynt Lecontc do Lisle.M.G.En marge d'un livre.Marcelle André Papillon do Novembre.défini Paix do Noël.Justine Rafael Les vieux noëls.Les cercles d'études: Lo programme.Florence Kernel L'Entr'aide.Les livres qu'il faut lire.J.G.Géltnas, ptrt.Notre Courrier.Chronique internationale.L'Acadien de 1710.Abbé Lionel Groulx ENTRE NOUS •*> a touché, craintive mais confiante, la frange de son vêtement: mais c'est pour lui dire: "ma fille ayez confiance, votre foi vous a sauvée".L'intelligence surhumaine du Christ sait l'état psychologique et moral de la Samaritaine, de Marie, la pécheresse publique, mais c'est pour les convertir et les absoudre.La sainteté du Christ rejette toute alliance avec le péché, mais ne l'éloigné pas du pécheur, ne ferme pas 6on cœur à la pitié pour lui.Contre le scandale hypocrite des Scribes et des Pharisiens, il défend deux malheureuses accusées : "Que celui de vous qui est sans péché, jette le premier contre elle une pierre.Et moi je ne te condamne pas; va et ne pèche plus"."Beaucoup de péchés lui 6ont remis, car elle a beaucoup aimé.Ta foi t'a sauvée, va en paix".Le jeune thaumaturge met sa merveilleuse puissance au service de la faiblesse féminine : c'est â la prière d'une femme qu'il fait son premier miracle, grâce aux larmes de la veuve de Naïm.4es sœurs de Lazare, de la mère Syro-Phéni-cienne, qu'il arrache à la mort ses victimes si chères.Quelle révolution profonde et soudaine opérée dans un monde pétri d'égoïsme! Quelle réconfortante perspective pour l'âme aimante de la femme, que l'avènement du règne de l'amour désintéressé, de la charité universelle ! Et c'est la personne de Jésus qui inaugure ce nouvel ordre de choses.(la suite prochainement).A.G.AYONS PITIE Au moment des fûtes, le6 magasins vont regorger de monde.De toutes jeunes filles, frêles comme tant d'autres, vont être là debout depuis neuf heures du matin jusqu'au soir et qui sait, peut-être jusqu'à dix et onze heures du soir.Songeons à la fatigue qu'elles vont éprouver.Et pour leur éviter un surcroît de besogne, faisons nos achats de préférence le matin et aussitôt que possible afin de ne pas contribuer à l'encombrement des derniers jours.Si chacune de celles qui vont lire ces mots prenaient la ferme résolution d'en tenir compte, il y aurait aux foyers de nos petites travailleuses, un peu plus de bonheur cette année, un peu moins d'inquiétude dans les yeux des vieux parents,., tandis que l'on fêtera partout Noël et le jour de l'An.BANQUE D'HOCHE IAGA Capital autorisé: $10,000,000 — Capital versé et Total de l'actif, $42,500,000 Fonds de réserve : $7,700,000 CONSEIL DE DIRECTION: J.-À.Vaillancourt, Président; Hon.F.-L.Béïquc, Vice-Président; A.Turcotte; E.-H.Lemay ; Hon.J.-M.Wilson; A.-A.Larocque ; A.-W.Bonner.— Boaudry Léman, Gérant général; F.-G.Leduc, Gérant du bureau principal; Yvon Lamarre, Inspecteur; J.-C.Thivierge, Contrôleur.Toute personne peut ouvrir un compte à notre département d'épargne, avec un dépôt de $ 1.Nous accordons l'intérêt au plus haut taux courant à tons lea dépôt* d'épargne. Vol.V, No 10 Montréal — LA BONNE PAROLE — Décembre 1917.LE COIN DU RAVAIL Chronique L'une d'entre vous mes amies, demande ce que l'on (entend par syndicat, coopérative, mutualité.Comme ce sont là les trois principales formes de l'association ouvrière, et que celle-ci-plus que jamais se forme un peu partout et prend de grandes proportions, nous avons cru bon de donner à cette question plus d'attention que nous ne pourrions lui en accorder dans le coin de la correspondance ; elle fera donc aujourd'hui le sujet de la chronique.Le syndicat, la société de coopération, la mutualité, sont toutes trois-des associations qui tendent à améliorer la vie économique de ceux qui travaillent, tout en remplissant chacune une fonction particulière.Le syndicat est une association libre formée entre personnes exerçant la même profession, des métiers similaires ou des professions connexes en vue de l'étude ou de la défense de leurs intérêts économiques.Les syndicats comportent trois grandes divisions qui sont : le syndicat patronal composé de patrons seuls ; le syndicat ouvrier composé d'ouvriers seuls; le syndicat mixte où se réunissent patrons et ouvriers, et qui est bien la plus haute forme de l'idée syndicaliste.Rappelons pour éviter toute confusion que l'appellation : syndicat agricole, industriel, de professions libérales, etc, marque simplement la profession de leurs membres; et que le syndicat est dit chrétien, neutre, socialiste, libéra-liste, etc, suivant l'esprit de parti qui les anime.Pour tous, l'association syndicale est une force et un bienfait si elle e6t bien organisée et bien dirigée.Elle est une force pour les patrons qui peuvent grâce à l'entente qui règne entre eux, faire face au pire des ennemis, la concurrence ; et empêcher la dépréciation des marchandises, la baisse des prix, etc.Elle est une force pour les ouvriers, qui, groupés avec-ordre, deviennent en état d'améliorer les conditions de leur travail, de veiller à ce que te contrat de travail soit rédigé avec équ'té, que toutes les clauses en soient observées et qu'une juste rétribution leur soit assurée.Le syndicat est encore un bienfait en ce qu'il fournit à tous, des bureaux d'études, d'information, de placement, de la plus grande utilité tant pour le patron que pour l'ouvrier; en ce qu'il maintient l'honneur professionnel par rétablissement de cours gratuits de toutes sortes, comme nous en avons dans nos associations professionnelles ; il est un bienfait enfin parce qu'il' ménage aux syndiqués dans toutes contestations qui peuvent s'élever entre employés et employeurs, dee arbitres rapporteurs, prêts à défendre judicieusement en justice les droits de chacun.Tels sont les principaux avantages qu'offre le syndicat.La deuxième grande forme de l'association ouvrière est la société de coopération, dite aussi plus simplement coopérative.Les coopératives sont des associations de personnes qui mettent en commun une part de leurs ressourcée, pour l'organisation d'une entreprise, et cela dans le but de bé- néficier des profits qui reviendraient à un tiers si l'on devait recourir à celui-ci.Le principe commun est donc la suppression d'un intermédiaire pour bénéficier de sa part de profits.Les coopératives revêtent en général trois formes différentes.Il y a en premier lieu l'a coopérative de production, ayant pour but la suppression de l'entrepreneur dans la production d'un objet quelconque, laissant ainsi aux ouvriers tous les profits réalisés dans l'achat de la matière première; dans la location ou l'achat d'un atelier et de l'outillage ; dans la vente même de ces produits qu'ils offriront directement aux consommateurs, -sans l'intermédiaire de l'entrepreneur ou du marchand.La seconde forme de la coopérative est celle dite de consommation qui a pour but d'approvisionner les associés à meilleur compte en achetant directement à même la caisse commune, des producteurs ou des marchands en gros, supprimant ainsi' tous le6 intermédiaires, débitants et revendeurs, qui prenaient à leur tour leurs profits dans la vente de tout objet de consommation.Notons qu'outre les bénéfices d'argent obtenus, la coopérative de consommation permet de mieux surveiller la qualité, les poids et mesures des marchandises achetées dans !'e gros, et habitue l'associé-consommateur à payer comptant comme l'exige une clause de la société.En troisième et dernier lieu vient la coopérative dite de crédit, qui a pour but de supprimer la société de prêt, le banquier, surtout l'usurier.Par des dépôts mis en commun, les associés constituent une caisse d'épargne où ils pourront trouver à l'heure nécessaire, des prêts gratuits ou à un taux peu élevé.* * Il nous reste a parler de la Société de Mutualité dernière des trois principales grandes associations ouvrières.Les Mutualités sont des institutions subventionnées à parts égales par les ouvriers associés qui s'imposent ainsi des sacrifices temporaires en prévision des mauvais moments de la vie.Leur fonctionnement est d'une simplicité parfaite: par une convention établie entre ses membres, chacun verse chaque mois à la caisse commune une cotisation peu élevée, et ce produit collectif est destiné à venir en aide aux sociétaires que le malheur frappe.A peu près toutes nos associations professionnelles possèdent de ces mutualités dont la création est due au grand esprit de prévoyance de nos associées sans doute, mais surtout à leurs beaux sentiments de charité chrétienne.Dans tous les pays les mutualités ont créé : l'assurance en cas de maladie, de vieillesse, de mort; des rentes à l'époux qui survit et aux enfants; des allocations en cas de chômage, etc.Notons encore les assurances mutuelles agricoles contre la grêle, l'incendie, la mortalité du bétail ; les mutualités scolaires qui enseignent il l'enfant la prévoyance et l'épargne tout en lui formant pour plus tard un capital, et les caisses-dotations qui sont pour les jeunes filles d'un égal bienfaft matériel et éducatif.Monsier Alphonse Desjardins qui a déjà fait un si grand bien par ses caisses populaires, a le premier fondé au Canada les caisses-dotations.Lévis posséda la première, fondée il y a trois ans.Hull puis Sherbrooke ont suivi 6 Montréal — LA BONNE PAROLE — Décembre 1917.' Vol.V, No 10 LE COIN DU TRAVAIL.(Suite) l'exemple et ont lieu de s'en féliciter.Si je vous parle un peu longuement des caisses-dotations, c'est afin de faire naître chez quelques-unes peut-être le désir de faire partie de ces associations.La mutualité se fait bienfaisante 6ous bien d'autres formes encore, qu'il serait trop long d'énumérer ici.Pour résumer cette déjà trop longue chronique, disons que les syndicats, les coopératives, les mutualités ont pour but commun, le6 intérêts économiques du travailleur dont ils se partagent le soin et la défense.Le syndicat le protège dans l'Vxercice même de son travail ; la société de coopération protège l'emploi de son gain, de ses économies; la mutualité, grâce à une prévoyante et charitable action répare les mécomptes de son labeur.Georgette LeMoijne.4 • » Abeille ouvrière.— Vous trouverez dans la chronique du jour, une réponse à l'intéressante question que vous posiez sur les syndicats, coopératives -et mutualités.Paw inc.— lia "loi des sièges" dont il est question dans cet article, et que l'association des Employées de Magasin a réussi à faire respecter en plusieurs endroits, est une clause de la législature concernant le3 édifices publics, et par laquelle les patrons sont obligés de "mettre d=66 sièges en nombre suffisant à la disposition des jeunes filles et des femmes employées de magasin, afin qu'elles puissent se reposer lorsque la nature de leur travail l'exige, ou lorsque le service des clients le permet." Article 3753 des S.R.de Québec, 1909, paragraphe 5.Mais oui, vous serez toujours la bienvenue dans ce coin.G.L.Chez les Associées.Les réunions du dimanche sont de mieux en mieux suivies.C'est ce que constatent avec plaisir les présidentes de groupes.Ne p:ut-on en conclure, étant donné le caractère tout-à-fait éducatif de ces réunions, que la femme qui travaille prend davantage conscience du rôle économique et social qu'elle est appelée à jouer dans cette longue guerre qui nous accable?Septembre, octobre et novembre ont donc vu nos travailleuses se rendre en grand nombre tous les dimanches, jours de pluie ou de soleil, au Monument National.Ces assemblées ont toutes été extrêmement intéressantes et c'est sans flatterie aucune qu'on peut le dire : des conférenciers autorisés et aimés se sont succédé à la tribune ; des rapports consolants et bien faits ont été donnés ;' une discussion vive, et je puis dire entraînante puisque bien des timides se surprirent à parler, suivit souvent la conférence, ce qui permit d'éclaircir plus d'un point, do mettre à jour certains abus dont souffrent les ouvrières, de discuter les intérêts des associations.* Soyons reconnaissantes ici, aux conférenciers-professeurs, prêtres ou laïques, qui mettent si chrétiennement je dirais, leur temps, leur science, leurs beaux talents, au service de nos associées, et cela avec une telle gracieuseté, un tel souci d'être utile et de faire du bien.Dans cette distribution de louanges, il faut en réserver une large part aux aimables artistes — la plupart membres des associions professionnelles, qui à chaque réunion, ont mêlé de douces harmonies à cette' gravité des voix et des pensées.Rappelons en terminant que les Employées de Magasin ont leurs réunions tous les premiers dimanches du mois, les Femmes d'Affaires les deuxièmes, les Employées de Manufacture les troisièmes et les Employées de Bureau les quatrièmes dimanches.Ces réunions ont lieu au Monument National, chambre 15, à 4 heures précises, et non-seulement les membres, mais leurs amies et les amies de celles-ci, — cette parenté du coeur doit bien s'étendre ainsi à tout le public, — v sont cordialement invitées.G.L.LECONTE DE LISLE Un homme n'est jamais uniquement ce qu'il voudrait être, parce qu'il est la résultante de nombreuses actions qui s'exercent sur lui, parfois à son insu.Quoique la question de la liberté humaine soit toujours chaudement discutée, parce qu'elle a pour corollaire indispensable la question de la responsabilité, je crois que notre pauvre liberté est enfermée en d'étroites limites par des atavismes obscurs, par l'hérédité, les ambiances, l'éducation reçue, et par les événements extérieurs qui 6e jouent de notre volonté.C'est surtout dans l'œuvre d'un poète que ces influences multiples se retrouvent aisément, parce que l'art d'un homme est fait de son esprit et de son âme — j'a-joutera's de son cœur aussi, même chez les poètes que l'on prétend impassibles et impersonnels.C'est ainsi que l'on peut suivre dans les poèmes de Le-conte de Lisle — ce poète qui n'avait pas de sensibilité, dit-on communément, — la trace profonde de toutes ces influences qui déterminent la personnalité d'un homme.Les impressions les plus persistantes sont peut-être les souvenirs d'enfance, qui exercent une longue domination sur la vie.De ses premières années dans l'île Bourbon, Leconte de Lisle a gardé au fond des yeux la vision d'une nature exubérante, d'un soleil accablant qui enveloppe toutes choses d'une torpeur morne aux heures brûlantes du jour.C'est sans doute Bourbon qui donna au poète son amour de la nature et des paysages et qui lui fit comprendre en leur plénitude les doctrines hindoues de l'a-néant'ssement, et le taciturne amour de la mort.Puis l'ambiance changea; Leconte de Lisle vint en France.Il doit sembler que le séjour de Rennes était un pén;ble exil pour ce jeune créole habitué aux horizons grandioses, aux arbres géants, aux brumes roses qui flottent sur les mornes déserts, aux cris lointains des fauves.Loin de Bourbon, sa tristesse devint plus profonde, et les difficultés de la vie y vinrent ajouter encore.C'est au premier cadre qui entoura sa vie d'adolescent que Leconte Vol.V, No 10 Montréal — LA BONNE PAROLE — Décembre 1917.de Lisle doit cette pièce merveilleuse : Midi.C'est certainement là aussi qu'il avait entrevu son magnifique Jaguar, ses Lions, ses Taureaux, qui donnent si parfaitement l'impression de "la chose vue".Comme les ambiances, les atavismes ont agi sur Le-conte de Lisle.Il était né créole, avec l'amour de la paresse, mais il tenait de ses ancêtres un cœur breton, fait pour rêver aux vieilles légendes, à tous les contes éternels, et un tempérament rude de Normand batailleur et entreprenant.Cela créait en lui des contrastes étranges, qui l'ont souvent fait souffrir, et qui ont largement contribué à son pessimisme.A son éducation, à sa culture d'humaniste, il doit beaucoup de ses idées premières.Lucrèce était une de ses lectures favorites, et, bien que Lucrèce 6oit un disciple enthousiaste d'Epicure, de cet Epicure si calomnié et dont Horace ne flattait guère les disciples — et par conséquent de la trop fameuse doctrine du plaisir, — il n'a pourtant-rien de très gai.Il explique révolution du inonde, il a la haine des religions, et il combat la crainte de la mort.Ces deux dernières idées sont devenues celles de Leconte de Lisle, mais le pessimisme et le Nirvana se sont unis pour lui faire "aimer la Mort".Il adorait la poésie grecque, et le culte de la Beauté classique et parfaite a fait de lui un Attique véritable.Son pessimisme allait jusqu'à l'amour de la beauté, mais s'arrêtait là.De cet amour de l'antiquité, où son désir de beauté s'assouvissait pleinement, naquit dans le cœur de Leconte de Lisle un mépris absolu des temps contemporains, trop différents des âges anciens, et de l'homme moderne, dont le poète feignit toujours d'ignorer la psychologie, parce que cet homme-là n'avait plus l'harmonieuse simplicité grecque.Et par haine de l'heure présente qui.voyait sa misère, Leconte de Lisle se jeta à plein cœur dans le passé.Avec un art d'une admirable souplesse, il se fit tour à tour Grec, Latin, Hébreu, Arabe, Persan, Scandinave même.Tous' les âges disparus revivaient avec leur physionomie propre et un relief d'une singulière -intensité; il ne les jugeait point avec des idées modernes, mais il s'incarnait en eux avec les idées d'autrefois.Jean Bichcpin nous apprend que c'est là la marque d'un grand drainai urge; c'e6t grand dommage que Leconte de Lisle ne l'ait point compris, et qu'il ne pratiquât pas, lui le Grec d'adoption, le "Nosce te ipsum" de Socrate.Puis, comme il croyait à la philosophie hindoue de la Maya, qui fait de l'univers une illusion et de toutes choses ïes rêves du rêve de Brahma -r- étrange rencontre avec Shakespeare qui appelait la Vie l'ombre d'un rêve! — Leconte de Lisle accorda, à toutes ces illusions qur forment le monde, une importance égale.Et sans hésitation, il devint un poète animalier et paysagiste, toujours par haine de l'homme.• " Les Grecs lui ayant donné l'amour de la beauté, il voulut faire de beaux vers, et jusqu'à la fin, sonores et merveilleux et cela sur des sujets que bien d'autres eussent repoussés comme indignes.Et voilà comment le culte de l'art grec fonda pour le vers français l'école du Par- nawe, _ .Les événements extérieurs ont peu d echo dans les poèmes de Leconte de Lisle, qui se considère comme un exilé dans la vie et ne veut pas, de propos délibéré, parler de sa vie et de son temps.Ce qui est certain, c'est que -es débuts pénibles, et les difficultés sans nombre de la vie matérielle contre lesquelles il se débattit longtemps, ont rendu son pessimisme incurable et lui ont inspiré des vers tels que ceux-ci : "Moi, je t'envie, au fond du tombeau calme et noir, D'être affranchi de vivre et de ne plus savoir La honte de penser et l'horreur d'être un homme." Pour qu'un être parle ainsi, il faut que l'adversité se soit longtemps acharnée sur lui, et ce désespoir infini trahit à lui seul un infini de souffrance ; la soif du néant et de la mort n'est que le désir impérieux du repos.Leconte de Lisle aspirait ardemment à ce repos sans fin qu'était pour lui la tombe; il avait travaillé frénétiquement, jusqu'à l'épuisement, jusqu'à la perte partielle de la vue : iil lui semblait qu'il avait droit au silence éternel, à l'oubli de la vie.II semble que sa vie intime n'a pas été aussi calme, aussi dépourvue d'action sur lui qu'on a bien voulu le prétendre.De sa jeunesse même, avant son exil d'Europe, date pour Leconte de Lisle une douleur poignante : cl perdit un être cher qui eût suffi peut-être au bonheur de sa vie entière.11 ne s'en est pas consolé, et, trouvant sa vie déserte, il s'est réfugié dans le travail, un travail acharné qui ne permet point à la pensée les retours dans le passé.S'il avait eu le tempérament expansif des poètes lyriques, Leconte de Lisle eût chanté sa souffrance.Mais il avait es sentiment exquis que j'appellerai la pudeur d'âme; peut-être avait-il aussi le dédain de la pitié banale et blessante.Sa chère douleur il l'enferma dans une bière, son cœur ; et pour qu'on ne vit point les larmes dan3 ses yeux et les tressaillements douloureux de son visage, il mit un masque, comme faisaient autrefois les acteurs tragiques de la Grèce.Maie parfois, comme un soupir s'échappe des lèvres trop longtemps serrées; une larme coulait le long du masque — et Leconte de Lisle écrivait le Manchy.— Ces abandons étaient infiniment rares, mais ils n'en demeurent que plus précieux, plus révélateurs d'une âme.Il n'y a pas de poètes impassibles, non plus que des poè-t:s impersonnels.Seulement, il ne faut pas donner ce titre divin de poète à des hommes qui ne le méritent point, à un Deli'.Ie par exemple, versificateur d'une si redoutable fécondité.Tous les poètes — même ceux qui.écrivent en prose — tous ceux qui portent eu eux l'éternelle poésie sont des souffrants, ills diffèrent en ce que Jes uns avouent les tourments de leur sensibilité et s'en font gloire, alors que d'autres s'en cachent comme d'une déchéance.Ces derniers sont les impassibles.Souvent aussi il arrive que la douleur frappe un cœur de concentration et de silence; on n'entend aucun cri, aucune plainte, mais le mal demeure et fait sourdement son œuvre.Longtemps après, on s'aperçoit que la hache est restée dans la blessure, et que, pareils à ces arbres frapppés d'une cognée que l'on ne peut plus retirer, lé cœur a grandi dans l'épreuve, élevant plus haut sa blessure.Non, Leconte de Lisle n'était pas insensible à la douleur ; pourquoi donc eût-il écrit ces vers : *'Tais-toi.Le ciel est sourd, la terre te dédaigne.A quoi bon tant de pleurs si tu ne peux guérir?Sois comme un loup blessé qui se tait pour mourir Et qui mord le couteau de sa gueule qui saigne." Pourquoi les eut-il écrits s'ils n'avaient pas été inspirés par la Muse éternelle, la Douleur? 8 Montréal — LA BONNE PAROLE — Décembre 1917.Vol.V, No 10 On a bien dit aussik que Vigny, le morne désespéré, était dépourvu de sensibilité.C'est une erreur commune à tous ceux qui ne savent pas chercher un cœur qui se dérobe.Chez Us plus fiers, chez les plus froids, il est des vers tragiques et poignants, qui ouvrent à la pensée apeurée des horizons larges ; au bord de ces horizons lointains, on voit des lueurs d'incendie____ G.M.G.n fttstvjpe àrun livxt Monsieur Robert Vallcry-Radot vient de publier une anthologie de la poésie catholique, de Villon jusqu'à nos jours.Cette anthologie où les beautés de notre foi éclatent dans toutes Ccurs splendeurs, est dédiée "d la mémoire sacrée du Souverain Pontife Pie X qui nous réenseigna "à prier sur de la beauté." Cette brèvxe dédicace nous porte à réfléchir sur ce trésor que bien peu parmi nous, hélas! cherche à posséder: 'a beauté.La beauté est partout; elle est dans le sourire de votre enfant, dans le cœur de votre mère, dans la couleur du ciel, dans un rêve, une espérance.Mais pour la trouver il faut la chercher et qui la cherche trouve Dieu.En effet ia foi est la grande inspiratrice de la beauté en mettant dans notre vie la charité et Vespérance, comme elle en est la gardienne en y mettant la pureté.Il y a dans toute existence deux sources de vie et de beauté ; la douleur et la joie.Si vous ne buvez à ces deux sources, comme le veut notre foi, vous ne connaissez rien du sois de la vie, du prix de sa beauté.Mais celui qui ira vers elles dans la douceur et Vhumilité de son cœur sentira s'élever son esprit.Et c'est sous l'influence de l'i-vrcsse qu'elles procurent que le génie d'un .Raphaël et d'un Michel-Ange se révèle, et que le poète parle une langue inoubliable.Je voudrais que l'on cherchât à inspirer le goût du beau chez les enfants, le sens artistique dans les éccùps.Que le maître arrête de temps en temps ces jeunes intelligences sur les beautés qui les entourent, qu'il songe surtout à développer leur esprit d'observation.Je ne sais rien de plus triste qu'un petit enfant, à qui Von n'a pas su faire aimer les étoiles et les arbres, les fleurs, les fourmis et les papillons.\Lorsque l'enfant a grandi il faut 'ui expliquer les beautés sur lesquelles il prie.Il faut lui faire admirer les chefs-d'œuvre de Vart cl de la pensée humaine; lui faire comprendre qu'un pays n'est grand qw par fes grands hommes qui l'illustrent et que chacun doit à Dieu et à son pays de donner la pleine mesure de son talent.A l'âme qui a le goût du beau il faudra Vair du ciel; cl\c planera au-dessus des bassesses et des mensonges.Et quand le juge de la vie viendra frapper à sa porte, elle aura autre chose, à lui offrir.^ .que des fruits sans éclat, par terre ramassés"- Marcelle André.TPapilloR de novembre {Dans le bois des bouleaux, au Mont-Royal) Pauvre papillon qui voltiges A l'entour des grands bouleaux froids, Et qui cherches en vain les tiges Ou tu te posais autrefois; Revenant d'heures en allées, — Heures mortes avec l'été — Dans le bois aux mornes allées Je te bénis d'être resté ! Malgré l'inexorable étreinte De l'hiver meurtrier et sûr, Tu braves la nature éteinte Et t'enivres encor d'azur; Tant que survit un souffle d'aile En ton cœur d'insecte chétif, Tu voleras, âme mortelle, Vers le bleu de ton ciel natif ; Palpitant toujours dans ton rêve* Epris de ton illusion, 11 n'est pour toi plus d'heure brève Mais qu'une immense vision ! • Ah ! seul contre la terre entière, Quand 6'épu'sera le secret De ta foi merveilleuse et fière, Tu ne mourras pas tout à fait : Car dans mon âme qui t'envie Tu renaîtras, cher papillon, JJt je croirai mieux â la vie Au souvenir de ta leçon ! Gerini.Noël ! Une fois de plus, la promesse divine vient du ciel à la terre, une promesse de paix, mais une promesse dont l'accomplissement est laissé à notre acceptation, une promesse qui est un appel: "Paix aux hommes de bonne volonté!" Approchez-vous d'abord, tout auprès, vous les petits, ceux que Jésus chérit, suivez les gentils bergère et les mouton6 blancs.Tenez *b:en fort la main de vos mamans qui savent combien vous serez sages et bons ayant reçu le6 caresses de l'Enfant-Dieu.Elles-mêmes en baisant vos petits fronts lisses y aspireront désormais la fraîcheur apaisante d'une rosée.* • Ensuite de ces groupes naïfs, venez, les beaux adolescents, dont les yeux obstinément regardent l'azur et qui ont parcouru avides d'idéal tant de vallées ombreuses et de sommets altiers.Toute beauté et toute vérité est là sous le rayonnement d'une étoile mystérieuse.Et vous, les doux gardiens penchés sur la houlette du devoir, pères magnanimes, ouvriers laborieux, laissez pénétrer en vos membres endoloris, la suavité de la paix qui émane de cet enfant rose, couché sur la paille. Vol.V, No 10 Montréal — LA BONNE PAROLE — Décembre 1917.9 Auprès de Ja Vierge Mère, dans l'extase inclinée, hâtez vos pas, vous toutes, ses sœurs.D'un mouvement gracieux, en longues tuniques blanches, formez autour d'elle une couronne de pureté.De tous les alentours, accourez, âmes fidèles, cependant que la promesse va retentir jusqu'aux extrémités du monde : là-bas, trois rois mages se mettent en route.Venez, vous tous qui avez en vain demandé aux plaisirs et aux divertissements un seul instant de vrai bonheur.Prenez la myrrhe du renoncement et venez.Venez, vous qui avez demandé à la raison bornée le secret de la Vie et qui avez été frustrés de vos désirs.Prenez l'or de la sagesse éternelle et venez.Venez, vous qui vous êtes enivrés aux rêves d'orgueilleux empires.Prenez l'encens de la véritable grandeur et venez.Dans le silence des nuits profondes, depuis l'heure pastorale de la Judée jusqu'à nos jours sinistres, Noël apporte au monde un même divin message : "Paix aux hommes de bonne volonté !" .Et bien peu y répondent.- Justine Hard cl."S'il était, dit P.Tarbé, jadis, une fête nationale en France, c'était celle de Noël, témoin ce dicton : Quiconque bon Français sera Point de chanter ne se feindra Noël à grand'gorgée ; Et son bien lui croistra Tout le long de l'année."Aussi, tout porte à croire que les chansons de Noël furent inventées en France.Lumine multipliée noctis solatia prœstant Moreque Gallorum carmina nocte tonant."Dans l'origine, ces chants étaient latins; mais, dès le XIIe sècle, nous voyons arriver les noëls farcis: Eude6 de Sully, évêque de Paris, dans-son Ordonnance de 1198, le dit en termes exprès.A la messe de minuit, deux prêtres revêtus de chapes de 6oie chantaient l'épître.et l'évangile, en mélangeant au texte latin un chant français.Quelquefois, dans notre province, deux enfants de chœur placés au jubé, répondaient en français au sous-diacre chargé du chant latin.Comme le rappelle le prieur de Saint-Waast d'Arras, dans le distique cité plus haut, ces chants nocturnes avaient lieu à la lueur de nombreux flambeaux, ou plutôt de petites chandelles, ainsi qu'on le dit encore dans les campagnes, A Noël, à Noël Los petites chandelles!" La fête de Noël était surtout, au vieux temps, comme elle l'est encore aujourd'hui, celle des enfants; mais elle 6C célébrait dans toutes les familles, sous le chaume du pauvre, comme sops le toit de la bourgeoisie, dans les châteaux de la noblesse comme à la cour des rois.La seule différence, c'est qu'ici la crèche était plus riche et qu'on y voyait au complet la sainte famille, les rois, les bergers, le bœuf et l'âne traditionnels.Noël n'était pas seulement la fête religieuse, rappelant à l'homme l'œuvre de la rédemption, c'était aussi la fête patriarcale, rassemblant autour du chef de famille, aux cheveux blancs, autour de l'aïeule au front vénéré, leurs fils et les fils de leurs fils."A la fin du jour, après le travail, alors que sonnait l'heure du repos, tous les invités se rendaient gaîment à la demeure des ancêtres.Là, en grande cérémonie, on plaçait dans le vaste flanc "du foyer hospitalier, sur le lit qui l'attendait, la bûche de Noël, dont le nom variait selon les pays.On la choisissait lourde, forte, puissante, au besoin ayant racines et branches.Une bûche de Noël, bon choix, devait durer quatre join's.Hommes, femmes,-jeunes filles, jeunes .garçons se mettaient à genoux et priaient Dieu de bénir à toujours la famille et sa maison.Puis, la souche installée, on y jetait quelques gouttes d'eau bénite.Enfin, au milieu des encouragement's de l'assemblée, le doyen, d'une main tremblante de vieillesse, allumait les sarments.Quand la flamme, en pétillant, éclairait de sa blanche lumière les coins les plus obscurs de la grande 6alle, quand s'élevait la gerbe d'étincelles éblouissantes, que de cris de joie, que de battements de mains ! Et chacun de crier gaîment : Noël ! Noël ! Alors commençait la veillée." La France est riche en vieux noëls.Point de province qui n'ait les siens en abondance.On pourrait en faire une bibliothèque.Oe qui les caractérise tous, c'est la naïveté à laquelle se mêle parfois quelque malice.Presque tous ces noëls sont anonymes, et l'on ne saurait dire exactement ou ils ont pris naissance.Les uns ont été composés vraisemblablement sous les arcades des cloîtres, dans les -stalles capitulaires, "dans les presbytères aux verdoyants berceaux, dans les chambrettes des séminaires".On a.dit que ces cantiques, qui sont, sous leur forme populaire, des prières venant du cœur, avaient un accent vieillot, et on les a pendant longtemps laisser tomber en désuétude.Un poète de nos join's, M.Maurice Bouchor, a montré que cette forme pouvait être rajeunie.Son Noël, qui e6t tout un drame en quatre actes, a obtenu dans le monde littéraire un succès considérable et bien légitime.A lire le petit volume exquis, on se croit reporté à ces époqueis du moyen âge, ou, quand sonnait à minuit l'heure sainte de la nativité du Christ, on s'agenouillait pieusement, et l'on priai de toute son âme "le Dieu qui donne les belles moissons".Nos lectem's nous sauront gré de leur donner ici la Chanson de.Noël, qui figure dan6 le drame de M.Bouchor, et qu'un poèts du XTIP ou du XIV0 siècle aurait signée : Jésus vient de naître ; Allons reconnaître Pour notre Seigneur l'enfant gracieux Que Dieu nous envoie ; Tout est plein de joie ; Sur la terre on dans?, on rit dans les cieux.Noël ! Noël ! Sur terre on danse, on rit au ciel .Noël ! Noël ! Prenez, je vous prie, Pour charmer Marie, Violons, hautbois, flûte de roseaux Qu'il est doux d'entendre ; Au mignon si tendre Vous apporterez de jolis oiseaux. 10 Vol.V, No 10 Noël ! Noël ! Sur terre on danse, on rit au ciel, Noël ! Noël ! Dans rétable claire, Afin de lui plaire, Voleront partout grives et pinsons, Fauvettes mésanges., Le doux roi des Anges Sera tout ravi d'ouïr leurs chansons.Noël ! Noël ! Sur terre on danse, on rit au ciel Noël ! Noël ! Las ! je suis une bergère, Ma bourse est légère, Mais je veux offrir à ce pauvre amour Une chemisette, Et, pour amusette, Un lièvre mignon qui bat du tambour.Noël ! Noël ! Sur terre on dan6e, on rit au ciel ! , Noël ! Noël ! Jésus vient de naître, AHon6 reconnaître Pour notre Seigneur l'enfant gracieux Que Dieu nous envoie ; Tout est plein de joie ; Sur terre on danse, on rit dans les deux Noël ! Noël ! Sur terre on danse, on rit au ciel.Noël ! Noël ! Le Noël de Stcnay.Le bruit de la naissance Du divin rédempteur Se répand dans la France Tous vont au Dieu Sauveur.• Dans ce concours nombreux de villes et de villa- Stenay, ses environs, — don, don, [ges, Y vont tous à grands pas.— la.la.Lui rendre leurs hommages.Le clergé, plein de zèle, Suivi des magistrats ; Tout le peup!e fidèle Qui vit dans ces états, Humiliés, confus de voir dans la misère, Un Dieu si grand, si- bon, — don, don, S'en vont en éclat, — là, la, Voir le roi de la terre.Les Minimes, en silence, Bientôt avec ardeur, S'en vont en assurance Saluer le Sauveur : J — Nous apportons nos cœurs, ils ne sont pas pour Nous vous les présentons, — don, don, [d'autres : Votre amour lee rendra, —'la, lû, Tous semblables au vôtre.D'un air doux et modeste, Cette communauté, Que l'on nomme céleste, Iroit avec gayetë ; Mais la règle, qui veut qu'on garde la clôture, Les tient à la maison, — don, don, Elles n'en sortent pas, — la, la, Dans cette conjoncture.• Les Sœurs hospitalières, Qui ont la liberté Arrivent des dernières ! A l'étable éventée ; Mais, ayant vu l'enfant dans les bras de sa mère, Se dire : — Retournons, — don, don, On n'a pais besoin, là, — la, la, De noire ministère.Les dames y allèrent, Pour lui faire leur cour; Puis l'enfant saluèrent Admirant son amour.— Quel prodige inouï! Quoi ! se peut-il qu'il faille, Pendant que nous dormons, — don, don, Sur plume et matelas, — la, la, Qu'un Dieu soit sur la paille?Les officiels de guerre.Fichés d'avoir trouvé Le Maîtiv de la terre Si pauvrement logé : — Punissons Bethléem, dirent-ils en colère.Mais la Vierge dit : — Non.— don, don, Il est dans cet état sur l'ordre de son Père, Noire imprimeur s'avance, Apportant ca Noël ; Avec grand'révérence, Il l'offre à l'Eternel En lui disant : — Seigneur, recevez cet ouvrage De mon impression, — don, don, Ce peu de papicr-là.— la, la, Peut-il vous rendre hommage?Toute l'artillerie, En cette belle nuit.Vient rendre au vrai Messie Ses devoirs à grand bruit.Joseph paraît ému, la Vierge est étonnée D'entendre le canon, — don, don, Qui fait de son éclat, — la, la, Petentir la Judée.ê Chacun de voii6 s'étonne Qu'il veuille bien souffrir Qu'on voye.en -sa personne, Un Dieu s'anéantir.Du créateur des cieux l'humilité profonde, Blâmant l'ambition, — don, don, Veut entendre par là, — la, la, L'orgueuil des grands du monde.La Vierge fort contente De leur empressement, A la troupe présente Fait son remerciement: — Mon fils reconnaissant, consorvant la mémoire De votre affection, — don, don, Vous récompensera, — la, la, D'avoir soin de sa gloire. Vol.V, No 10 Montreal — LA BONNE PAEOLE — Décembre 1917.11 LES CERCLES D'ETUDES Le programme des cercles d'étude.Quand on a réussi à former un cercle d'études, groupe homogène, composé de membres, ayant une formation semblable, des intérêts communs, et qui travaillent ensemble à développer l'une, et à sauvegarder les autres, il s'agit d'élaborer un programme.Evidemment, on ne laissera pas cela au hasard.Il convient que le programme soit préparé à l'avance par une étude longue et sérieuse faite par de6 personnes compétentes, qui connaissent les goûts, les aptitudes, les dispositions, des membres du cercle.Il ne s'agit pas seulement d'avoir de la bonne volonté, tout doit se faire avec ordre et méthode.Nous savons que l'objet du cercle est d'intéresser et de former; c'est en vue d'atteindre ce double but que nous composerons les programmes des réunions d'études.Pour arriver à ces résultats il faut viser dans leur rédaction à introduire de l'unité, en même temps que de la variété et à choisir les sujets de telle sorte, qu'ils trouvent leur utilisation immédiate.Une étude suivie facilite le travail d'e6prit en ce qu'elle concentre l'attention et empêche nos facultés de butiner ici et là ; c'est une espèce de spécialisation qui ramène le même sujet d'une réunion à l'autre, méthode excellente surtout pour les questions soeialcvs si variées si complexes et réclamant une application soutenue.Afin de poursuivre avec fruit une étude sérieuse il est à recommander, d'adopter un auteur, d'en lire une partie à chaque réunion de le commenter, de l'expliquer.On peut prendre tel ouvrage, ou telle partie d'un ouvrage, au cours d'une année, ou encore faire diverses recherches, enquêtes, observations sur l'ensemble d'un même sujet.Ainsi l'enseignement primaire, supérieur, normal, l'éducation, la formation physique à l'école, au foyer; ou encore, le rôle social de la femme dans la famille, à l'atelier dans la législation dan6 les professions ou autres carrières.On choisira dans un ordre d'idées une sujet national, no6 poète6 canadiens par exemple fournissent !a matière d'une étude très intéressante ; de même l'histoire de notre pays, remplie de trésors, qu'il ferait bon de découvrir, n'en ferait-on connaître qu'un fait à chaque réunion.L'important consiste à bien reprendre le fil du développement d'une réunion à l'autre, et à cet effet on peut au besoin résumer ce qui a été parcouru, soit par écrit ou oralement.On aura ainsi une vue d'ensemble du sujet étudié et en guidant le travail de chacune il sera possible avec le minimum d'efforts, de parcourir tout le cycle d'un sujet au cours d'une année.Cependant la rigueur des méthodes ne doit pas être une entrave à l'étude, ce qui arriverait si l'on y percevait une certaine monotonie.C'est pourquoi tout en maintenant l'unité d'orientation dans les études il sera bon de faire alterner certains 6ujets secondaires.Tantôt c'est une critique brève d'un livre lu récemment par une des jeunes filles, tantôt une pièce de vers récitée, ou un petit article de journal recueilli pour le cercle.A certains jours Tune apporte, après consultation, la solution d'une question soulevée à la réunion précédente.D'autres fois c'est une récitation en rapport avec l'étude du jour, ou bien un morceau de chant ou de piano.On peut varier la manière de présenter un même sujet ; questionner, interpeller, discuter — l'essentiel c'est que l'entrain règne comme il arrive d'ailleurs dans un petit groupe sympathique.Mais l'intérêt des programmes devra tenir surtout, du fait que les sujets traités, touchent d'aussi près que possible tous les membres.Ainsi, la grande question celle à laquelle il faut penser toujours et dont il faut parler souvent, la conservation de notre langue nationale, présente ce caractère d'extrême intérêt.Que l'étude en soit faite en première ligne, (son droit de survivance au Canada, ses luttes, les conditions de son triomphe) ou parallèlement aux autres études, le résultat pratique en sera le même, et d'autant plus palpable que l'étude en aura été faite avec plue d'enthousiasme.Un autre sujet d'intérêt tout aussi pratique est celui de l'éducation.Ne sommes-nous pas toutes plus ou moins des éducatrices?L'histoire de l'éducation dans notre province, l'étude des lois scolaires des droits des parents, et de l'état, l'éducation dans la famille et à l'école, autant d'aspects d'une même question qui intéresseront les sœurs aînée6 de nombreuses familles, les mères de demain, ou les institutrices.Pu's l'enseignement ménager, sa nécessité dans les écoles et dans les familles, éveillera aussi l'attention de toutes les membres de cercle, leur fera voir le côté noble e1 utile des occupations les plus terre-à-terre, leur fera aimer cc6 occupations, et fera dire aux papas et aux grands frères que le cercle est utile à quelque chose, puisqu'il aide à améliorer le foyer.Cette utilité pratique se retrouve encore dans les études sociales même pour des jeunes filles.L'étude des lois économiques, des remèdes â apporter aux maux de la société devient de plus en plus urgente, surtout en ces tem]\5 de crise.Toutes les questions d'actualité, lois concernant les femmes, conférences, lectures seront l'objet de discussions fructueuses.Il ne manque donc pas de sujets d'une utilité évidente, et qui, étudiés avec méthode, seront du plus haut intérêt.Mais le cercle doit viser plus haut que d'intéresser, il doit former.Il doit former au triple point de vue religieux, social et intellectuel.L'enseignement religieux est à la base de toute formation.Nous en ferons un de6 articles les plus importante de nos programmes.Pour être des valeur sociales, vivons notre Evangile, et pour le vivre étudions-le.Bien de plus facile et de plus consolant croyez-le que de lire au cercle chaque semaine, une page d'Evangile, et d'en dégager la leçon pratique appuyée au besoin à une autorité ecclésiastique.Cela nous convainc de plus en plus de la profondeur de la parole divine, qui semble avoir été dite, en prévision de tous les problèmes sociaux de tous les temps.Les questions d'apologétique ou de doctrine qui se rencontrent au cours d'une lecture ou d'une discussion peuvent fournir après avoir été élucidées par qui de droit, matière à de6 dissertations assez étendues; alors la formation religieuse donnée par le cercle prend une valeur bien spéciale en ce sens qu'étant le résultat d'efforts individuels, de réflexions personnelles, elle pénètre profondément les esprits.- La formation religieuse'appliquée à nos relations avec le prochain prendra la forme d'action sociale.Aucun cercle quel que soit son objet propre ne doit se désintéresser tout à fait, de donner à ses membres les notions nécessaires, à leur formation sociale.On vous dira au cours du congrès comment donner aux études une orientation en ce sens.Disons à l'avance que beaucoup 12 Montréal — LA BONNE PAROLE — Décembre 1917.Vol.V, No 10 de cercles gagneraient pour la formation de.leurs membres, à mettre au programme des sujets comme celui-ci : La condition de certaines employées de magasin ou d'atelier, moyens pour chacune d'apporter remède aux inconvénients qui y sont constatés.Ne croyez-vous pas qu'une telle étude montre l'importance de pousser, plus loin ses connaissances pour ranimer 6on zèle et ne pas abuser de sa position envers les subalternes?Le rôle des associations professionnelles, des corporations de métiers, quel sujet propre à faire voir la grandeur du travail et à stimuler chaque jeune fille, à remplir sa vie d'œuvres utiles.Certains cercles ont inscrit à leur programme des œuvres de charité, comme la visite des pauvres, la confection des vêtements, etc.Ce travail bienfaisant pour les assistés, contribue singulièrement à la formation sociale des jeunes filles, en diminuant leur égoïsme.Toutes ces études de détail doivent être mises au programme, afin de développer le sens des responsabilités, puisque c'est le premier mot de la formation sociale.La formation intellectuelle, avons-nous dit, doit être l'une de nos préoccupations.Nous louons hautement les cercles qui font des études littéraires ou historiques propres à discipliner l'esprit, mais nous croyons que les études sociales, si arides puissent-elles paraître, sont un puissant agent de formation.Dans les cercles affiliés ou ces études sont en honneur, on propose à chaque membre un travail par année sur un sujet chosi d'avance, parmi ceux que fournit le comité central.Quel excellent exercice que celui de s'astreindre, à préparer une causerie.Dans les cercles où l'on fait, comme il a été dit plus haut, une étude suivie d'un auteur, chaque membre à son tour est invitée à résumer ce qui a été lue a la réunion précédente.C'est tout un arl que de résumer.La discussion comme on nous le dira, est aussi une gymnastique de l'esprit en ce qu'elle force à faire une sélection parmi les arguments qui se présentent nombreux, à énoncer d'abord les plus importants et à fixer les autres au second plan.Discussion, causerie, étude, lecture, quels qu'en soient les sujets, et surtout s'ils sont du domaine social, voilà qui constitue un excellent programme de formation intellectuelle.Grâce à l'expérience et à la bonne volonté de quelques-, unes tout ce travail avec une préparation antérieure peut être accompli dans le*temps limité pour chaque réunion.Pour arriver à de bons résultats, il faut avec patience commencer et recommencer le même effort d'esprit ; c'est l'histoire vieille comme le monde mais toujours vraie de la petite goutte d'eau creusant la pierre.A ce prix s'achète la véritable formation celle qui donne la valeur réelle, en développant la personnalité.Le cercle doit former des compétences et des dévouements.Nou6 avons peut-être besoin plus qu'ailleurs, ici, au Canada, et surtout à ce tournant de notre histoire nationale, d'éveiller des énergies religieuses, sociales, intellectuelles.Puissent les cercles d'études tracer leurs programmes de telle sorte qu'ils y contribuent largement.Florence Fernet.L'entraide des Cercles d-études "La pensée d'un -seul est le levai,n d'une multitude ; la vertu d'un seul sanctifie une foule; le sang d'un seul rachète une race; le plus glorieux ou le plus humble dévouement grandit tout un siècle." Lamartine.Plan de causerie: L'économie: 1.Sa définition véritable — Les contresens à éviter.2.La valeur éducative et morale de cette vertu.3.Son utilité sociale, particulièrement de nos jours.4.Comment la développer : (a) dès l'enfance par L'imposition de bonnes habitudes.(b) Par la diffusion de notions pratiques d'économie.- (c) Par la diffusion de l'esprit chrétien.Bibliographie.Usage des biens temporels — (Semaine sociale, Dijon, 1906) Pascal.— Destination et usage des biens temporels (Semaine sociale, Amiens, 1917) Calippe.— Lettre sur l'éducation des filles, ^Tgr.Dupanloup.— De l'éducation chrétienne — Vermiolles.Le devoir social dans l'emploi de l'argent (S.S.St Etienne 1911).Deslandres.L'alimentation à bon marché, saine et rationnelle.D.Cazalis et Lirais, (chez Beauchemin).— Tout e6t cher, pourquoi.Oeorges Pelletier (Le Devoir).Sujets d'entretien.1.Mentionner a tour de rôle une observation ou une expérience au sujet de l'éducation des enfants: maladresse à éviter ou méthode à préconiser.2.Faire part d'une recette ou d'un procédé particulièrement économique dans l'économie domestique.3.(Manures de faits saillants .et de citations sur les bienfaits de l'économie.Les litres qu'il faut lire "La Question sociale et nos Devoirs de catholiques", tel hone Est 1235 -MONTREAL Constituée en corporation par Acte du Parlement de la Province de Québec le 16 août 1895 ASSURANCE FUNÉRAIRE Nouveaux taux en conformité avec la nouvelle loi des Assurances, sanctionnée par le Parlement de la Province de Québec, le 22 décembre 1916.Système de Polices Acquittées ou Système de Polices à Vie entière.Assurance pour Enterrements de la valeur en marchandises de $50.00, $100.00 et $150.00 Fonds de réserve en garantie pour les porteurs de POLICES approuvé par le Gouvernement.• DÉPÔT DE $25,000.00 AU GOUVERNEMENT La première Compagnie d'Assurance Funéraire autorisé par le Gouvernement.
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