La bonne parole /, 1 janvier 1921, juin 1921
MONTREAL ! - .J %L.072146 hh SONNE PAROkE REVUE MENSUELLE Ce quelle est: un LIEN qui sert à unir d'esprit et de cœur les Canadiennes-françaises ; un FOYER d'où rayonne sur tous les domaines de Tac-tivité féminine lumière et chaleur ; un CENTRE où se rencontrent les bonnes volontés désireuses de se dévouer avec plus d'efficacité aux œuvres nationales; un MOYEN de propagande pour la diffusion des principes catholiques d'action sociale ; un ORGANE indispensable à l'œuvre de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, d'abord auprès des diverses associations qui la composent et des comités par lesquels elle agit ; puis auprès des œuvres nationales étrangères qui font comme nous partie de l'Union Internationale des Ligues Catholiques féminiiîcs.CONDITIONS DE L'ABONNEMLNT : Canada et Etats-Unis.$1.00 par an.Union postale.$1.30 par an.Un escompte de 50% est accordé aux membres des associations professionnelles, des Fédérations paroissiales et des communautés religieuses.Tous les abonnements sont payables à l'avance en janvier et doivent être envoyés au Secrétariat de la F.N.St-J.-B.Chambre 3, Monument National.' Boni.St-Laurêntj Montréal.Heures de Bureau: 0 a.ni., à 1 p.ni.Tel.Main 7122 TOUTE PERSONNE peut concourir à l'œuvre de la "Bonne Parole:" 1.2.3.4.5.En s'y abonnant ; En lui procurant de nouveaux abonnés; En la faisant lire ; En lui apportant une collaboration littéraire; En sollicitant des annonces à son intention.La Fédération Nationale St-Jean-Baptiste Fut fondée en 1007 et incorporée en 1912 pour grouper toutes les associations féminines canadiennes-françaises catholiques en vue d'une action commune dans les questions d'intérêt général.Aumônier: Sa Grandeur Monseigneur Bruches! Présidentes d'honneur: Lady Gouin Mm« L.-F.Bétqtie Bureau de direction: Pres.: Mme H.Gérin-Lajoic; vice-prés.: Mme T.Brtincau; Sec: Mlle G.LeMoyne; Trésoricrcs*: Mme Choque! et Mlle M.-R.Boulais.Membres: M mes F.iïtr.Desmarais.D.-N.Germain, A.Terrotix; Mlles M.Auclair, M.-C.Davcluy, M.-J.Gérin-Lajoic.Lalimc.S.Rcnauld, Boissonncault.SOCIÉTÉS FÉDÉRÉES Les dames patronnesses des œuvres suivantes: ïnst.des Sourdes-Muettes Crèche de la Miséricorde Hôpital Notre-Dame Hôpital Ste-Justine Ilôpial St-Joseph Les Incurables Fédérations paroissiales de: L'Enfant-Jésus.T.S.Nom de Jésus, Maisonncuve.Saint-Henri Saint- Vinccnt-dc-Paul La Nativité d'Hochelaga Saint-Arsène Immaculée Conception Saint-Pierre St-J.-Baptistc de la Salle Stc-Philomène de Rosemont Sacré-Cœur Sainte-Hélène Sainte-Clottlde N.-D.du Perpétuel Secours, Ville Emard.Saint-Stanislas de Kostka Le Foyer Les écoles ménagères Cercle d'études N.-Damc des Fermières de la province de Québec La Fédération des Cercles d'Etudes des Canadiennes françaises.Association des: Institutrices catholiques cmp.de manufacture cmp.de magasins cmp.de bureau femmes d'affaires L'Assistance maternelle Chaque œuvre par son affiliation à la Federation, fortifie tt étend son influence particulière.PRINCIPALES ŒUVRES ACCOMPLIES PAR LA FÉDÉRATION ET SES FILIALES.Fondation des Associations professionnelles Fondation des fédérations paroissiales Etablissement de Caisse de Secours Etablissement de Cours d'Enseignement Ménager Comité de luttrc contre l'alcoolisme Amendements à la loi des licences Législation en faveur des Institutrices et des employées de bureau Comité des questions domestique Comité de luttrc contre la mortalité infantile Fondation de "Gouttes de Lait" Participation aux expositions pour le bien-être de l'enfance Comité de lingerie d'autel et décoration d'église lors du Congrès Eucharistique Pèlerinage à Lourdes et à Rome Affiliation à VUnion Internationale des Ligues catholiques jêmi-nines Fondation de la Bonne Parole Comité du "Denier National" Comité des questions civiques Comité de la Croix Rouge Comité du Fonds Pariotique Comité de Y Assistance par le travail Comité permanent d'étude.N.B.— On peut devenir membre de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste en souscrivant à son secretariat: Ch.3.Monument National. Vol.I\.No.r>_M on: real — I.A );< )X\;K PAROLE — Juin 121 3 " ' — ¦¦ ¦ ¦ ¦ i ¦ m m i —¦ i -.¦ i 1 —" ™ — - ¦ — ".¦.¦ ¦ - ¦- ¦ ¦ ¦ ¦ — —-• m W I I ENTRE NOUS I-1 L'Union Internationale des Ligues Catholiques féminines.Nous avons compris, surtout à l'occasion du dernier Congrès de notre Fédération combien il importe que les Canadiennes-françaises s'unissent en de puissantes associations pour la conservations de nos traditions, pour le développement de notre race, pour le triomphe de l'idéal social et religieux qui nous est cher.Cette nécessité de l'union s'impose d'autant plus aux femmes qu'elles sont individuellement plus faibles et que leur tâche dans la famille et dans la société se fait chaque jour plus- lourd.Elle s'impose d'autant plus aux femmes catholiques que la morale chrétienne dans son austérité est rejetée et méconnue du plus grand nombre.11 faut que les minorités chrétiennes, que les élites sociales dans tous les pays se concertent pour rendre leur action effective.Car n'ayant pas la force du nombre, elles doivent, et c'est un devoir pressant à l'heure actuelle, s'unir pour mettre au service de l'apostolat la puissance de l'association.Nous voyons dans notre ville et ailleurs se former des fédérations paroissiales.C'est un premier lien nécessaire qui s'établit entre les oeuvres locales.Jusqu'à présent la Fédération Nationale S.-Jean-Baptiste a groupé sous un même drapeau ces oeuvres locales de Montréal.Désormais, ce sont les groupements de toutes les parties du pays qui se rangeront en une grande organisation nationale.Ce mouvement s'opère dans tous les pays.Kt depuis 10 ans l'L'nion internationale des Ligues catholiques féminines, s'est constituée.Kt ses statuts ont été approuvés par S.S.Tie X.Notre Fédération a eu depuis plusieurs années l'honneur et l'avantage d'v adhérer et d'y représenter même exclusivement l'élément canadien.Depuis peu, la "Catholic Women's League" y représente l'élément canadien-anglais.Cette fraternelle concurrence dans le bien nous sera un stimulant à maintenir, devant les autres ligues affiliées, l'honneur de notre nom.Nous croyons particulièrement intéressant pour nos lectrices, la circulaire qui nous fut récemment adressée par la secrétaire de l'Union Madame de Wozniakowska.Circulaire C'est avec une grande joie, que l'Union a repris son activité et que nous 7'ous apportons le cotnpte-rendu des séances du Bureau.Conformément au désir du Saint Père, qui s'intéresse particulièrement au mouvement International féminin le Bureau a accepté 2 membres de l'Union des Femmes Catholiques d'Italie, la Mise Patrizi et la Princesse Gins-tiniani Band in i.Convoquées par notre Présidente la Comtesse ll'od-sicka, nous nous sommes réunies à Cracovic Je 10, 11, 12 et le 13 avril.Etaient présentes: La comtesse Wodsicka, présidente Miss Fletcher, Princesse Christine Giustiniani Bandini, Vicomtesse de Vclard, Comtesse Gertrude de Il'aller- skirchen, Mme de Woshiakoivska.S'étaient excusées* Mise Patrisi, Baronne de Monlc-nach Marquise du C hosteler.L'Aumônier-Conseil, Monseigneur Podwin, Prélat domestique de Sa Sainteté a pris part èi toutes les séances.Dès la première heure notre Bureau a compris la gravité du travail à préparer.La tâche est plus difficile qu'elle ne l'était avant la guerre: un positif devoir nous incombe: apporter à l'Eglise le concours de toutes nos Associations afin de combattre les doctrines qui attaquent la famille et la socilété: le faire dans un esprit de soumission parfaite aux directions de Rome et avec une très grande largeur de vues, laissant à chaque organisation le choix des moyens d'action.L'examen du programme d'études fait en 1914 nous a permis de constater que les questions qui y sont portées, tout-en (jardant leur très réelle importance doivent en partie céder la place i) des questions plus actuelles et par là-même plus urgentes, suite et conséquence de la f/uerre.l'oici les modifications que le Bureau a jugé nécessaires.Quatre Commissions étaient prévues: C'étaient: 1 La Traite des Blanches.2 La Presse, 3 L'éducation et les étudiantes.4 La loi industrielle.Il nous a paru en présence des campagnes sectaires qui se font un peu partout, que la première Commission doit être pour la: 1 Préservation et propagation de la foi.Comme suite, il faut réagir contre la déchéance morale qui résulte de l'excès du luxe et du besoin de s'amuser et la seconde Commission sera celle de la: 2 Campagne féminine pour la moralité 07'cc 2 sections : a Modes et danses, h Cinémas et théâtre.La troisième Commission aura a s'occuper de: 3 /.(/ traite des blanches.Question grave qui avait presque disparue pendant la guerre par suite de l'obligation des passe-ports et des difficultés de voyage mais qui reprend toute son actualité aujourd'hui.Pour cette Commission aussi 2 sections' a Traite des Blanches.h Législation sur la prostitution lin fin une quatrième Commission aura à chercher les moyens de préparer la femme à remplir ses devoirs civiques.Bien que le suffrage ne soit pas encore acquis dans tous les pays, il est de toute importance que ce sujet soit étudié comme question abstraite, afin qu'il ne soit pas nécessairement identifié aî'cc les opinions sociales erronnées, que professent beaucoup de suffragistes.La Commission s'occupera de la: 4 Préparation aux devoirs civiques de la femme.Directives générales pour l'exercice du vote.Législation : Mariage.famille.enseignement public.La Rédaction 4 v ^ ' Montréal — LA BONNE PAROLE — Juin 1921 Vol.IX.No.r> I L'Importance de nos groupements nationaux | par M, lie for Morin.président-général de la Société Saint-Jcan-Baptistc de Montréal.Vous connaissez cette allégorie persane de l'Académie du Silence, qui enseigne avec quelle facilité on peut briser des baguettes de bois séparées, tandis qu'elles résistent à tous les efforts lorsqu'on les réunit en faisceau.Cet enseignement s'applique aux associations de tous les pays et de tous les âges, depuis les sociétés embryonnaires de la Grèce antique jusqu'aux unions ouvrières de nos jours, mais c'est aux groupements nationaux qu'il répond plus justement, parce que c'est à l'idée de "patrie" (pie l'âme humaine vibre avec le plus d'intensité.Si l'association des idées et le groupement des efforts profitent à ceux qui seraient écrasés dans une lutte individuelle, il est évident (pie les minorités ethniques et sociales y trouver»mt l'unique moyen de sauvegarder leurs intérêts.C'était la pensée dominante de Duvernay en invitant les Canadiens-français à se réunir en société nationale, et c'est encore ce qui permet aujourd'hui aux Dames de la Fédération Nationale S.-Jean-Baptistc de conduire à bonne fin leurs oeuvres nombreuses de relèvement social.Nous avons entendu énumérer il y a un instant les différentes activités de nos collaboratrices: nous avons vu défiler avec un étonnement ravi les nombreuses scènes où se répandent leurs bienfaits; nous avons supputé l'influence de leurs oeuvres éducationnellcs, charitables et économiques, et c'est avec gratitude (pie nous les en remercions au nom de la race canadienne française.Il nous faut en effet soutenir et stimuler sans cesse l'effort notional si nous voulons non-seulement accentuer, mais même conserver le rôle (pie la Providence nous a permis de jouer jusqu'à ce jour dans la confédération canadienne: mais il ne faut pas nous dissimuler que l'activité intellectuelle ne suffit pas à assurer cette influence: if nous faut produire et surtout thésauriser dans le domaine économique autant (pie dans le domaine démographique car tous nos efforts resteront stériles si la voix sonore du capital et la force brutale du nombre ne viennent appuyer nos revendications.Déjà l'influence financière des nôtres commence à nous attirer le respect de la foule, hélas nombreuse, pour qui il n'existe pas autre chose (pie la ronde du veau d'or, mais il faut avouer que notre progression numérique, tout en nous donnant des chiffres satisfaisants, ne peut suffire à nous maintenir dans la proportion ethnique des décades passées parce que nous devons compter presque exclusivement sur nos forces naturelles d'expansion, tandis que les éléments anglophones qui nous entourent bénéficiant d'une immigration savamment préparée.Si Ion consulte les recensements officiels du Canada qui ont lieu tous les dix ans, on verra qu'en 1901, la population totale était de 5,371.315 et qu'en 1911 elle avait atteint 7.206.643, avec une présomption (pie le recensement qui se fera cette année en portera le chiffre à neuf millions et demi.Dans ces nombres la population d'origine, française comptait pour 1,649/37-1 en 1901, et pour 2,054,890 en 1911, avec une perspective d'atteindre deux millions et demi dans le recensement de 1921.Notre élément représentait donc, il y a vinsfl ans.31.64 p.c.de la population totale du pays: en 1911 cette proportion était réduite à 28.51 p.c, et si nos prévisions sont fondées pour 1921, elle baissera encore à 26.26 p.c, soit une diminution proportionnelle de 5 p.c dans l'espace de vingt ans.Nous sommes donc en face de ce paradoxe que, tout en gagnant considérablement en nombre nous perdons continuellement du terrain, et l'explication de cet état de chose nous est fournie par les statistiques de l'immigration.Dans notre augmentation movenne de -10.0(H) unités par année, l'immigration de langue française ne compte que pour 3.500, tandis (pie, dans les années normales d'avant guerre, l'immigration de langue anglaise était de 270,000 par année et celle des autres nationalités de 80.-000, dont la plus grande partie ne tarde pas.après quelques années, à augmenter le nombre des anglophone.Il est vrai (pie plusieurs de ces immigrants ne prennent pas racine au pays, mais la quantité de ceux qui reste suffit à faire baisser le percentage de notre influence.D'autre part, les statistiques sont parfois menteuses, et nous sommes convaincus qu'elles ne nous rendent pas toujours justice.Dans les provinces anglaises où nos compatriotes parlent volontiers la langue de l'ambiance, les compilateurs ont souvent donné crédit à l'élément anglais d'un grand nombre de familles qui auraient dû être classées parmi les canadiens français, tandis (pie dans notre province, nos compatriotes se sont souvent abstenus surtout en matière économique, de faire connaître le plein rendement de leurs forces, par crainte de fournir à l'autorité des renseignements qui les exposeriaent aux recherches des agents du fisc ou à d'autres désagréments encore plus graves.Le recensement officiel périodique sera fait cette année: il y va de notre intérêt national que nos compatriotes fassent connaître leurs forces numériques et économiques dans toute leur puissance, car l'importance du rôle que nous pourrons jouer dans ce pays en dépend eu grande partie.N'oublions pas, par exemple, (pie l'attribution du nombre des députés des autres provinces est fixé au prorata du chiffre de la population de la province de Québec, suivant le recensement décennal.Il existe en économie politique deux moyens de boucler un budget: augmenter la recette ou diminuer la dépense, et le financier avisé fait usage de ces deux éléments dans toute la mesure du possible.Nous avons, Dieu merci, fait bon état du premier moyen dans la préparation de notre budget démographique, car la Providence nous a favorisés d'une natalité exceptionnelle, niais avec le genre de vie factice et les sentiments égoïstes qui tendent de plus en plus à s'infiltrer chez-nous.soyons sur nos gardes si nous ne voulons pas tarir la source de cette richesse nationale! Une autre source de revenus dont POUS n'avons pu profiter dans une mesure satisfaisante, Veil.IX, Ko.6 par le passé, c'est l'immigration des elements (|iii sont en communauté de langue et de sentiment avec nous, mais lorsque le rajustement des problèmes nationaux aura rétabli l'équilibre mondial, ne nous sera-t-il pas permis d'espérer que le sang canadien jeté sur la terre de France y germera comme le grain de blé tombé dans la terre fertile et nous rapportera cent pour un?Si nous examinons maintenant la seconde méthode du financier qui consiste à supprimer les pertes inutiles, voilons-nous la face, car nous sommes de grands coupables.La natalité dans notre province est supérieure à celle de tous les pays du monde à l'exception d'un, mais en même temps notre mortalité enfantile est plus élevée que celle de toutes les autres provinces du Canada, à l'exception d'une.Sur XO.OOO enfants qui naissent chaque année dans la province de Québec, nous en perdons 11,000 en moins d'un an, et pourtant notre population rurale, où les conditions hygiéniques sont plus favorables, étant sensiblement égale à la population urbaine, pourquoi la province de Québec perd-elle quatorze pour cent de ses infants âgés de moins d'un an, tandis que la province d'Ontario n'en perd que neuf pour cent?Il faut chercher la cause de cet état de chose alarmant dans l'ignorance coupable des éléments essentiels de la puériculture, et principalement dans l'inobservation de l'hygiène et de l'alimentation rationnelles.Il est exaspérant d'entendre parfois des compatriotes nous dire, avec un amour-propre non déguisé, qu'ils ont donné naissance à lo ou 12 enfants, quand en les interrogeant ils nous avouent que, de ce-nombre, ils n'en ont conservé que 2 ou 3.l'n aveu de cette nature ne devrait se faire qu'à voix basse, au confessionnal, comme un péché honteux contre l'humanité.Il m'est d'autant mieux permis d'exprimer mon indignation à ce sujet que la société nationale des canadiens-français ne peut addresser de semblable reproche à son président.Aussi est-ce avec gratitljdc que nous applaudissons à l'initiative dévouée des Dames de la Fédération Nationale dans leurs oeuvres d'assistance maternelle, dans la fondation des gouttes de lait, et dans leurs nombreuses activités pour la diffusion des connaissances destinées à combattre la mortalité infantile.La race canadienne française leur sera redevable d'un des principaux éléments de sa survivance.|e viens de vous signaler, Mesdames et Messieurs, des faits qui ne sont peut-être pas agréables à entendre, mais qu'il est nécessaire de rappeler de temps à autre afin de ne pas nous endormir dans une fausse sécurité, de même qu'en médecine il est nécessaire de mettre à nu les plaies qui rongent insidieusement les chairs, afin de couper le mal dans sa racine.Pour nous en reposer, portons maintenant les yeux sur nos groupes nationaux et voyons quelles oeuvres ils ont accomplies.Avec une population de 2.054,N()0 canadiens français en 1911, nous avons constaté une augmentation 405,519 sur 1001, soit un percentage de 24.5() p.c.Si nous divisons le pays en quatre groupements territoriaux quant à nos compatriotes, nous voyons que, dans cette augmentation, le groupe des provinces maritimes compte pour 17.60 p.c.; celui de la province de Québec pour 21.42 p.c.; celui de la province d'Ontario pour 27.59 p.c, et celui des provinces de l'Ouest pour lS3.37 p.c.Ainsi la progression des nôtres est constante de l'Est vers l'Ouest et elle s'épanouit en une gerbe féconde dans les plaines dorées que nous étions tentés de qualifier d'"arpents de neige" il y a quelques années, tandis qu'on les considère aujourd'hui comme le grenier de l'humanité.A ces chiffres, il ne serait que juste d'ajouter les rameaux détachés du tronc et acclimatés dans la terre voisine.On comptait en 1910, 932,238 franco-américains dont les neuf dixièmes avaient émigré du Canada depuis moins de cinquante ans.Leur nombre dépasse aujourd'hui le million, leur influence est prépondérante dans divers états de la Nouvelle-Angleterre, et leurs institutions sociales et financières jouent un rôle dont nous avons tout lieu de nous enorgueillir.Dans leur distribution géographique, nos groupements nationaux ressemblent à ces îles de formation corallienne qui surgissent ça et là dans la Polynésie pour se grouper peu à peu en archipels, et qui finiront, grâce au travail incessant des polypes, par se souder les unes aux autres en un immense continent.Il y a vingt-cinq ans, nous pensions à nos frères d'A-cadie comme à des parents perdus par la distance et par les aimées, tandis qu'aujourd'hui nous leur tendons la main à travers la vallée de la Métapedia et de la Mada-waska, en attendant que nous nous voisinions ensemble comme clans les "veillées du bon vieux temps".Grâce à l'Association d'Education d'Ontario, K;s groupes français de cette province ont relevé la rouille qui commençait à ronger cette bonne lame de Tolède, la langue française conquérante du inonde, et ils s'en frayent un chemin qui relie déjà Prescott et Glengarry avec Kent et Kssex, pour remonter à Sudbury sur la route de S.-lîoni-face.Et que dire des paroisses françaises du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta, et même des missions perdues du Kewalin.où le verbe français se fait entendre en dépit des arrêtés ministériel comme une musique dont les sons mâles et harmonieux dominent les clameurs d'une foule en démence ! Les jalons sont posés, mesdames et messieurs, il ne reste qu'à les suivre, à les enfoncer plus profondément encore dans la terre canadienne et à continuer l'oeuvre de nos devanciers.Rivons-nous au sol, soudons les uns aux autres, par la colonisation des espaces intermédiaires, ces anneaux jetés ici et là sur la surface du pays.Nous sommes profondément terriens par atavisme, et attachés à nos traditions par piété filiale: c'est ce qui fait notre force, et c'est notre devoir impérieux de prémunir nos populations rurales contre l'attrait pernicieux des villes où elles viennent brider leurs ailes pures comme des phalènes attirées par la lueur grossière d'une lampe enfumée.Colonisons la vieille terre d'Acadie dont les entrailles (»nt frémi de joie en entendant après un siècle d'absence la chanson presque oubliée du verbe français; taillons-nous des domaines dans les régions encore inexplorées de la province fidèle où l'on a pour devise trois mots d'une simplicité éloquente: "Je me souviens": défrichons les terres nouvelles de l'Abitibi et du Nord de l'Ontario, silonnées par nos coureurs des bois il y a deux cents ans; réclamons notre part des plaines fertiles du Nord-Ouest où le monde entier, pour ainsi dire, est invité à prendre place au festin.Notre salut est dans la colonisation parce qu'elle nous assure la possession du sol, et parce que les conditions hygiéniques y combattent le plus efficacement le fléau de la mortalité infantile.C'est ainsi que, partie des bords de l'Atlantique, notre race poursuivra lentement mais sûrement sa reprise de possession des terres conquises à Dieu et à la France par nos missionnaires et nos découvreurs il y a deux siècles et demi, lui même temps que l'angelus égrène sa prière Montréal — LA BONN F.PAROLE — Juin 1921 9473 68 8329 Montréal — LA BONNE PAROLE — Juin 1921 Vol.IX.No.6 quotidienne de clocher en clocher, depuis le levant jusqu'au couchant, le verbe français chantera son hymne immortel de Test à l'ouest du pays canadien pour glorifier Dieu d'y continuer l'accomplissement de ses oeuvres par les Francs.Le progrès ethnique des nôtres est en effet lié intimement à la conservation de nos crovances religieuses ; c'est une vérité que nous avons apprise sur les genoux de nos mères, et c'est encore vous, mesdames, qui assurerez, par vos oeuvres catholiques et françaises, la survivance de nos destinées nationales.*£l nnr MIL* Mnrmit ri If Tnsrhrrcnn c^ f Les Etudes de Mlle Marguerite Taschereau, couronnées au concours d'action intellectuelle l'automne dernier, viennent de paraître en librairie, sous les auspices de Y Action française.Sous ce titre, un peu austère, nous est offerte une oeuvre exceptionnellement attrayante, une oeuvre comme on en voit rarement, faite sans hâte, au gré de l'inspiration du moment, une oeuvre de loisir.Elle s'adresse non pas aux foules, mais au petit nombre de ceux qui.dans l'agitation où nous vivons, savent se recueillir et dont les yeux peuvent se lever vers l'idéal.Mlle Taschereau s'est trouvée dans une situation particulièrement favorable pour élaborer une oeuvre de méditation.Tout enfant elle a pu s'analyser à l'âge où d'ordinaire1 on s'ignore Les tranquilles paysages qui entourent un vieux manoir seigneurial et un presbytère de campagne ont charmé les mois de vacances de l'écolière.Et dans ces dernières années elle s'était fait à elle-même un autre genre de solitude en face de deux horizons : celui aù la vue se perd, cette magnifique vallée de la rivière Saint-Charles qu'on aperçoit des hauteurs de Québec et celui où l'esprit s'agrandit, l'horizon indéfini qui nous est dévoilé par le commerce des grands écrivains.Ses Etudes sont vraiment une oeuvre de paix et de silence, une oeuvre sereine.Mais elles n'ignorent rien du tumulte des idées où nous vivons.Si la retraite a visiblement les préférences de l'auteur et lui a permis de prendre conscience des mille réalités invisibles de la vie, de s'assimiler des lectures nombreuses et variées, les voyages, les milieux mondains, parlementaires, artistiques et philanthropiques lui sont également familiers.Et c'est ce qui explique le caractère en quelque sorte vital de sa littérature.Les pensées mêmes les plus élevées ne s'y présentent pas sous rue forme abstraite: elles s'incarnent, on les sent vécues.Elles prennent des accents inimitables qui décèlent la vérité de l'observation et la personnalité très originale de l'obervatrice."Rappelons-nous le débordement de noire joie à la première neige, aux rigoles du printemps; notre craintive admiration devant les animaux ou les insectes.Tout nous paraissait merveilleux, digne d'attention et nous étions si heureux, si pressés de vivre, que le sommeil nous semblait une coutume barbare.Mêlas! ces années ont passé trop vite.L'habitude a jeté un voile sur nos veux.Nous avons cessé de communier à la nature et l'enfant est devenu un homme quand il a commencé de s'ennuver." Sous celte plume féminine, la pensée prend le rythme du coeur.Elle connaît la tendresse discrète qui se murmure et les grands enthousiasmes.Et l'on parcourt ces chapitres de réflexions philosophiques comme on ferait un beau roman où palpitent des vies humaines.* * * Les sujets au sommaire manifestent bien la diversité des préoccupations de l'auteur: L'Attention, niait, La Sérénité, l'Amitié, Ernest Hello, L'Art, L'Architecture, Rodin, Ames d'Artistes, Prière d'Après-guerre.Mais leur simple enumeration ne suffit pas â nous indiquer les courants d'idées qui circulent à travers ces pages.Sans préoccupations scolastiques et sans syllogismes apparents, il s'y trouve toute une philosophie de la vie.Philosophie, qui, sans ignorer la subtilité et la complexité de certains problèmes, en sort toujours avec des affirmations où le bon sens triomphe, en des formules d'une clarté, d'une lucidité toute française.Philosophie qui, pour se complaire en de fines analyses, en d'émouvantes recherches de la vérité, nous conduit jusqu'aux sublimités de la foi et nous entraine à l'action fécondante des principes.Certes, rien ne ressemble moins à une oeuvre de moraliste ou de pédagogue que ce petit volume sans prétention où l'auteur semble n'avoir voulu écrire que pour elle-même, mais telle ligne d'une ardeur contenue, offre à la jeunesse tout un programme d'action."Chacun doit â Dieu et â son pays, dit-elle, quelque part, de donner la pleine mesure de son talent." Et ailleurs."Je ne sais rien de plus triste qu'un petit enfant à qui l'on n'a pas SU faire aimer les étoiles et les arbres, les fleurs, les fourmis." La valeur éducative de cet ouvrage vient encore de ce qu'il nous porte à la réflexion sur nous-mêmes; il fait penser.S'il a parfois d'intéressants développements d'idées, il a plus encore de ces traits vifs et incisifs, de ces jets de lumières qui mettent l'esprit en éveil : "Il y a dans toute existence deux sources de vie et de beauté: la douleur et la joie.Si nous ne buvons à ces deux sources, nous ne connaissons rien du sens de la vie.du prix de sa beauté", ou bien encore: "La sérénité vit de la foi, de l'amour, de la justice, de l'humilité et du renoncement.C'est chez les mères de famille qui peinent, chez les religieux les plus austères que nous la rencontrons le plus souvent." L'art tient évidemment dans les préoccupations de l'auteur une place de tout premier ordre.Quel artiste philosophe ne tressaillera à la lecture de ce raccourci lourd de sens: ".les oeuvres impressionnistes ne doivent jamais être des documents pour les sciences exactes, elles seront des trésors inépuisables pour les sciences morales puisqu'elles ont particulièrement le symbole du désir, le due! émouvant de l'idée et de la forme." L'art moderne lui suggère des réflexions particulièrement intéressantes."Pendant que Rodin représentait la Pensée captive dans son bloc de matière, les hommes se construiraient des ailes pour-s'élever dans les airs et la pure, sereine et très noble physionomie de Puvis de Chavannes indiquait à l'art par l'impressionnisme poétique de son oeuvre et plus particulièrement par fa Physique de la Bibliothèque de Boston, quelle voie lui était désormais ouverte dans le domaine scientifique." Mais si elle s'arrête à tel artiste c'est pour trouver occasion de donner sur l'art ces aperçus larges qui le Vol.I>., No.6 Montréal — LA BONNE PAROLE — Juin 1921 7 mettent au-dessus de toutes les mesquines critiques de techniciens.Ce n'est pas sans raison qu'elle consacre une étude à Ernest Hello.Elle a été pénétrée par la philosophie de l'Unité."De l'Art on a fait les arts, dit-elle en faisant écho au grand penseur du siècle dernier, et de la Science on a fail les sciences.L'architecte bâtit son palais, le sculpteur fait sa statue, le peintre sa peinture.Le palais, la statue, la peinture sont des chefs-d'oeuvres.Placez-les ensemble, ils se rejettent.Pourquoi?C'est que la loi de l'harmonie qui a présidé à la construction du Parthenon est oubliée de nos artistes modernes." Le principe de l'unité est le fil conducteur qui la guide à travers la vie qu'elle interroge: "Tout se tient dans l'amour.Lcpolhicien, le philosophe, le savant et l'artiste devraient s'unir d'amitié pour être dans l'ordre qui est leur force." Ainsi, tout naturellement, elle est amenée aux préoccupations sociales qui se résolvent dans l'unité: "Les grands fleuves qui traversent plusieurs pays parlent aux peuples de la solidarité." Et la pensée religieuse s'épanouit sur ces sommets: "Donne-nous la santé, l'équilibre de nos" facultés, la grandeur des conceptions.Toutes choses, ô mon Dieu, qui peuvent se trouver dans notre loi en I 01.Il y a vraiment de la muturité dans ce coup d'essai, dalis cette oeuvre de début.* * # Mais, nous le disions précédemment, toute pensée s'incarne et s'anime dans ces pages qui n'ont rien de la monotonie abstruse de certaines dissertations philosophiques.L'auteur, même devant les problèmes les plus ardus, reste femme, c'est-à-dire, sans jamais oublier les réalités sentimentales et vivantes que les idées font germer; elle reste littérateur et même poète, parce que le monde, que ce soit le monde visible ou l'invisible région de l'intelligence et du naturel, lui apparaît toujours en.beauté.Sans aucune recherche de rhétorique, mais avec un si vie plein de ressources, elle dit franchement ce qu'elle pense.Aucun procédé ne vaudrait une telle sincérité.L'élégance et la limpidité de sa phrase sont habituellement mises au service d'une grande finesse d'observation, d'un sentiment très vif de l'ironie.Mais on n'a rien dit de l'originalité propre de ce style, si on ne fait remarquer sur un fond d'une pureté de ligne presque classique, le jeu tout moderne des lumières, des couleurs, des mouvements, qui défendent l'auteur de tout reproche de monotonie.Les comparaisons les plus pittoresques les mots d'une crudité qui étonne parfois, les tournures hardies, la vivacité du rythme, la forme directe, ont quelque chose d'innattendu, de fort, disons même de viril.Lisez plutôt: "J'ai regardé autour de moi et j'ai vu des gens se préparant aux voyages.Kt tel part pour le Sud et tel autre pour le Nord.Kt celui-ci pour l'Occident el celui-là pour l'Orient." "Mais que fuis-tu donc ainsi, mon frère?— L'ennui qui me ronge comme un chancre.— Ou'importe alors les rives du Nil ou le palais de l'Alhambra.mon frère?Qu'importe, que ton oeil se réjouisse si ton coeur est pourri.Car l'ennui est une pourriture, c'est la pourriture de l'esprit et du coeur et ou que tu t'en ailles, tu traîneras avec toi.la misère de ton finie.La vie est brève, qui s'ennuie a déjà trop vécu." Ainsi le penseur se fait apôtre, il scrute les conscience, il les force à la réponse inéluctiable.Mais plus souvent l'ironie est moins violente, hlle est faite d'un sourire: "Ce n'est point sans un certain malaise que nous pensons à la béatitude des élus.Nous médisons de la terre et nous voudrions la transporter dans : ciel.• Certains passages dans leur vigueur réaliste évoquent l'éclatant colon, le mouvement intense de quelque tableau moderne: "Ivre d'horreur, il a besoin de se détendre dans le rire, de s'ébattre dans la joie comme un enfant se roule sur la mousse par un chaud matin d'été.D'autres sont frappés dans le bronze et sculptés dans le marbré: "Rire jeune et sain insouciant et courageux, j'ai besoin d'entendre ton écho dans mon coeur et sur les pierres dures des.montagnes.Une génération a passé qui a payé ta rançon." Dans un moment d'entraînement lyrique, la prose le cède à la poésie, poésie inconsciente d'elle-même, où passe un grand souffle: "J'entends parler les tombes."J'entends rire les berceaux."Chanter la terre encore fumante, "O Mort, où est ta victoire?" Mais quelle que soit la forme neuve, imprévue que prenne sa pensée, elle demeure toujours, dans son expression d'un bon goût parfait, ("est une grande sécurité pour le lecteur qui s'étonnera peut-être au début de certaines hardiesses.D'ailleurs comment n'être pas dans l'harmonie quand on demeure dans la vérité?Ce qui fait précisément le charme de cette oeuvre nouvelle c'est qu'elle est éminemment sincère.L'auteur parle quelque part de "celui qui est allé voir monter la mer par un jour de tempête, qui a goûté sur ses lèvres le sel et l'iode de l'océan." C'est bien elle qui a longuement contemplé les beautés de notre pays et qui en a fait par sa pensée une oeuvre d'art.On ne se trompe pas à certains accents: "Il me semble (pie je reviendrais meilleure si je pouvais simplement remuer du pied les cailloux ronds de ses rives, jeter une fleur dans le courant et voir se refléter dans l'onde de cristal, mon âme d'autrefois." Kt telle confidence n'est-elle pas révélatrice?"Nous avons ri, dit-elle, nous (pu* nous contentons de si modestes aspirations et qui ne savons pas le martyre des rêves trop grand pour une âme trop petite."Ce rire est insensé." De tels mots nous initient, plus (pie l'auteur ne voudrait peut-être, au drame intime qui se joue à travers tout son livre.Les critiques, loupe en main, pourront y signaler quelques heurts dans la phrase et quelques oscillations dans les idées.Nous y verrons I émouvant effort de la pensée qui se cherche, qui se trouve, qui se dépasse, qui nous emporte à des hauteurs où nous pouvons respirer un air pur et serein.M.-J.Gcrhi-Lajoic.BANQUE D'HOCHEIAGA Capital autorisé: $10,000,000 — Capital versé et Total de l'actif, $12,500,005 Fonds de réserve: $7,700,000 CONSEIL DE DIRECTION: J.A.Vnillancourt, Président; Hon.F.-L.Béîque, Vice-Président; A.Turcotte; E.-H.Lemay ; Hon.J.-M.Wilson ; A.-A.Larorque ; A.-W.Bonner.— Beaudry Léman, Cirant général; E.G.Leduc, Gérant du bureau principal; Y von Lamarre, Inspecteur; J.C Thi vierge, Cant role ur.Touto personne peut ouvrir un compte à notre département d'épargne, avec un dépôt de $ 1.Nous accordons l'intérêt au plus haut Uni v>ur&pt à tous les dépôU d'épargne. 8 Montréal — LA BONNE PAROLE — Juin 1921 Vol.IX, No.6 ménager 2104 43i 12 43497 20.6 Cours profession- nels 1495 254') 29.i.ii o l'«ur- 1 it*cn|»t ont A-sisl.iuer ¦ Moyenne Emp.manufacture 776 1403 19110 24.6 — magasin 204 643 5711 19.42 — bureau 160 232 2160 13.5 Femmes d'affaires 265 271 2X26 10.6 1495 2549 29807 19.9 Le sacecs de la Journée d'Etude" tenue le 16 avril dernier nans a fait constater combien Voeuvre des cercles répond à un besoin de Vheure actuelle.Nous publierons successivement dans ces colonnes les travaux qui mit été lus à cette réunion annuelle.RAPPORT DU COMITE CENTRAL A cause des personnes qui nous honorent pour la première fois de leur présence, il est utile de dire quelques mots, sur le caractère propre de la Fédération des Cercles d'Etudes des Canadiennes-françaises.J'en demande pardon à ceux qui entendront ces choses pour la sixième fois peut-être.La Fédération des Cercles d'Etude originait en 1916, d'une entente entre quelques cercles d'études, en vue de faciliter leur éveloppe-ment, d'aider à leur bonne orientation, ou d'étendre leur influence.D'après les constitutions qu'elles se donnaient alors, la Fédération est régie par un Conseil Fédéral et un Comité Central.Le Conseil Fédéral essentiellement composé de deux déléguées de chaque cercle affilé, se réunit une fois dans l'année, p >ur voter s'il y a lieu la modification des statuts, pour étudier les intérêts généraux des cercles, et pour prendre toutes les décisions que nécessitent ces intérêts.Cette assemblée a eu lieu ce matin. Vol.IX, "No.6 Montreal — LA BONNE PAROLE — Juin 1921 Le Conseil Federal est dissout après chaque séance, mais il charge du pouvoir exécutif, le Comité Central élu par ses soins.Le Comité Central est donc le mandataire du Conseil Fédéral.Il exécute ses décisions.Il prend aussi les mesures conformes à l'esprit de la Fédération, ou celles que demandent les événements courants.Il voit à la correspondance, à la propagande, etc., etc.Il est encore institué pour rendre service à tous les cercles en général, et à toutes les personnes qui s'intéressent aux cercles.Dès sa première réunion en 1916, le Conseil Fédéral demandait au Comité Central de faire la propagande des cercles d'études, de venir en aide aux cercles pour la composition de leur programme, de faire et de solliciter des bibliographies afin d'aider aux travaux des cercles, de promouvoir certaines oeuvres, en particulier les retraites fermées.Les membres du Comité Central se divisèrent le travail, qui fut alors réparti entre quatre sections, appelées section de la propagande, section des programmes d'étude, section des oeuvres, section des bibliographies.C'est le rapport de cette section du Comité Central, accomplie depuis la dernière journée d'Etude, en avril 1920, (pie je suis chargée de présenter.1.A la .Section de la propagande, le Comité Central a fait la visite de quelques cercles naissants.Il a fait des démarches pour obtenir leur affiliation avec le résultat (pie nous voyons aujourd'hui.La Fédération est très heureuse de souhaiter la plus cordiale bienvenue aux nouveaux cercles affiliés: les cercles du Foyer, le cercle leanne LeBer, le cercle lion-Secours.Comme propagande, le Comité ('entrai a encore inauguré des réunions intercercles.Deux de ces réunions ont eu lieu cette année avec beaucoup de succès.Dans cette section, un petit travail a été proposé aux cercles, sur les difficultés rencontrées dans le recrutement, et sur les moyens employés pour le faciliter.Le résultat en fut donné ce matin.2.La Section des programmes d'Etude a reçu tous les programmes des cercles.Ils sont intéressants par leur nature et par leur variété, révélant dans chaque cercle des préoccupations différentes.Aussi le cercle des oeuvres économiques s'est occupé des intérêts professionnels de ses membres, étudiant le salaire minimum: les besoins de la femme qui travaille: les lacunes à combler dans diverses professions.Au cercle Marguerite Bourgeois, l'on a fait des études de religion, d'économie sociale et politique, de littérature, de style et de grammaire supérieure/ Le cercle du Cap de la Madeleine s'est intéressé à l'histoire nationale, puis s'inspirant de quelques-uns des plans de causeries publiés par le Comité Central, il a traité le sujet suivant: "Comment la jeune fille doit préparer son avenir".Au cercle de l'Enfant-Jésus, l'on a fait des études d apologétique, de philosophie, de morale, générale et pratique.Sans fixer de programme, le cercle Jeanne-Mance a abordé les sujets qui semblaient les plus opportuns suivant les circonstances.C'est ainsi qu'il a consacré plusieurs séances à l'étude de l'économie politique, une séance à la question de l'anglais à l'école primaire, un autre sur le divorce, le suicide, etc.La section des élèves au cercle Notre-Dame a traité de sujets sociaux, historiques, littéraires et artistiques.Le cercle Notre-Dame lui-même faisait des études religieuses sociales, pédagogiques, historiques et philosophiques.Il a aussi reçu la visite de quelques-unes de nos femmes d'oeuvres les plus dis- tinguées, qui lui ont fait connaître les oeuvres dont elles s'occupent.Dans cette section des programmes d'étude, et pour se rendre au désir d'un grand nombre de cercles, le Comité Central publiait tous les mois, dans les colonnes de "La lionne Parole", plusieurs plans de causeries à portée sociale.Ils ont établi "La journée sociale de la jeune fille", (|iii comprend les subdivisions: piété, étude et action; l'action au foyer et l'action dans les oeuvres.Le second groupe de causeries intitule "Aux sources de nos traditions sociales chrétiennes" et comporte trois sujets historiques: La charité aux premiers siècles du christianisme.Le Rôle social du monastère du Moyen âge.L'oeuvre charitable de saint Vincent de Paul.La troisième catégorie comprend un premier plan: "Autour de l'Encyclique Rerum Xovarum" avec le travail des femmes et "l'association professionnelle" comme sous-divisions: puis un second plan sur "Le rôle des classes dirigeantes".Cue abondante bibliographie accompagne ces sujets.Dans cette section encore, le Comité Central donnait à l'Association des Institutrices de I lull, qui en faisaient la demande, des renseignements sur les cercles d'Etude, et lui envoyait une documentation assez considérable comprenant des programmes d'Etude, des plans de travaux et bibliographiques.3.A la section des bibliographies, le Comité Central en a reçu environ quatreyingt-cinq.Cinquante-cinq du Cercle Notre-Dame: cinq du cercle des élèves de l'école, vingt du cercle de Sherbrooke, cinq du cercle de l'Enfant-Jésus.-I.Dans la section des oeuvres,1 a Fédération des Cercles a pris part au grand mouvement de souscription en faveur de l'hôpital Sainte-Justine.Nous n'avons pas nu savoir exactement le nombre des membres de cercles (jui ont prêté leur concours ni le montant qu'ils ont obtenu.Nous croyons qu'une dizaine de membres ont fait la qticïe et (pie plus de $700.00 ont été recueillies.Le Comité Central a encore fait de la propagande en laveur de la Senaine Sociale, qu'organisaient en juin l'Ecole Sociale Populaire et l'Association Catholique des Jeunes Gens.Trente-cinq inscriptions à ces séances d'étude furent prises par le Comité Central, dont vingt-huit par des membres de nos Cercles.Parmi les oeuvres entreprises par les cercles, notons les retraites fermées.Trois furent organisées cette année par les cercles Jeanne-Mance et Notre-Dame, suivies par soixante dix retraitantes.Toutes il est vrai, n'étaient pas des membres de cercle, mais elles téaient alors amenées par eux.Plusieures d'entre nous sont encore zélatrices de l'apostolat de la prière, et appartiennent aux diverses congrégations des enfants de \Iarie.Parmi les oeuvres sociales et de charité auxquelles participent un grand nombre de nos jeunes filles, nommons quatre patronages, l'école des Chinois: dispensaire et ouvroir de l'hôpital Sainte-Justine, deux caisses dotation: les associations professionnelles, l'oeuvre du Foyer, les organisations paroissiales, la visite des pauvres à domicile, la collaboration à diverses revues, des causeries faites, dans des associations de travailleuses et des cercles d'étude, enfin la plupart des oeuvres de la Fédération Nationale Saint-jean-Baptiste.Le Comité'Central n'a pas la prétention de croire qu'il a contribué à la participation des cercles à ces diverses oeuvres, que nous avons cru néanmoins intéressant de 685 451525 10 Montreal — LA BONNE PAROLE — Juin 1921 Vol.IX, No.6 nommer, niais peut-être favorisc-t-il par I'entr'aidc qu'il établit, le développement du sens social, duquel dépend en parti le succès des oeuvres.L'organisation de celte journée d'étude a fait l'objet tout spécial des soins du Comité Central.C'est lui qui a rédigé, puis répandu 2000 feuilles de l'enquête, dont vous entendrez tout à l'heure les résultats.Il doit remercier en particulier le cercle Jcanne-Mance, l'Association des Employées de manufacture, le patronage de l'Enfant-Jésus, le cercle Marguerite Bourgeois qui lui ont bien facilité la besogne.Nous sommes heureuses de cette occasion que lions fournit la journée d'étude, pour remercier de tout coeur, notre révérende Mère supre générale et toutes les religieuses de l'Ecole de 1*Enseignement Supérieur, toujours si bonnes si accueillantes, et dont le concours est parmi les plus précieux qui soient donnés à la Fédération des Cercles d'Etude s.Esquisses graphologiques Fleurette amoureuse.— L'imagination tient beaucoup de place, chez elle: la première et la plus grosse place.Très instinctive, fine, gaie, impressionnable et vive, elle a un faible pour la vie large et raffinée, et elle se cultive avec ardeur; mais je crois qu'elle a encore plus d'élans que d'oeuvres, à son actif.La volonté, quoiqu'impulsive et parfois même, autoritaire, s'arrête à mi-chemin, et s'embarrasse d'obstacles imaginaires.A ce propos, soulignons, aussi, une certaine timidité.Cette fleurette a besoin d'une atmosphère sympathique.Toute de spontanéité, elle a la parole facile et entrouvre parfois d'une ligne, la porte de son âme.L'orgueil est vif et facilement al-tier, car l'imagination la pousse toujours aux excès.Affectueuse et très vivante, on l'aime généralement.Camila.— C'est une nature qui a de l'étoffe.Très à son devoir, très juste, elle pousse peut-être ses excellents principes, et n'admet pas qu'on touche à ses manières de voir.Impressionnable, elle se livre peu,-et lutte même contre une bienveillance et un optimisme naturels.Beaucoup de suite dans les idées.Elle aime à toucher du doigt le fond des choses et prend la raison pour guide.La minutie lui est inconnue.Généreuse, elle pense pourtant, tout naturellement, à elle.De l'enjouement et une imagination gracieuse.La volonté est nette et constante.Pascale* — Aimante et bonne, c'est une optimiste, au coeur rayonnant et dévoué.Un peu distraite ou négli- ' gente.elle ne me paraît pas avoir une idée, encore bien précise, de la responsabilité morale, mais ni son coeur, ni sa volonté ne changent, elle est susceptible de faire beaucoup de bien.Vive, cette volonté, et de bonne trempe.( )n peut dire que l'humeur est égale, et de couleur plutôt rose.Pascale est gaie, rieuse, tuais pas du tout agitée.L'imagination forte à un enthousiasme, je dirais: discret — et soutient l'ambition.Elle est tenace et peut-être exclusive, dans ses affections .Très fermée et de confiance timide, bien qu'elle voie tout le monde à travers ses lunettes roses.Je la crois plus sentimentale qu'active.Romeo.— L'énergie ne me paraît pas excessive.11 a horreur de l'effort, de la contraite et préfère se laisser vivre, le plus confortablement possible, jusqu'au gaspillage exclusivement.La volonté, elle-même, est prompte, mais très influençable , indécise, et pour s'imposer on résister, se voit réduite à se muer en dure obstination.L'intelligence est claire, pratique et "raisonnante" ; sans doute lui doit-il son égalité d'humeur et l'ordre qu'il impose à son activité.Etonnante, la place qu'occupe, chez lui, l'imagination.Avec son égoïsme nonchalant, il ne cherche pas à la mater, mais pratique, il l'oublie aux heures d'affaires, pour la reprendre ensuite: elle sera cause de belles exagérations de jugement, stimulera la gaieté, favorisera le sentimentalisme dont-il a bien un peu honte, sans se donner la peine de s'en cacher.Je le crois sociable, de bonne éducation, délicat, plus doux et facile, (pie vraiment bienveillant, car il possède une sorte d'esprit de critique .d'ailleurs enjoué, qui lui fait découvrir le moindre travers chez autrui: à son tour, il redoute le ridicule et il s'ensuit quelques timidités.Le coeur est bon, généreux, à ses heures.Un peu orgueilleux.Expansif.Roméonc (/.Elle est très vivante, et pour cette raison, un peu difficile à saisir et à classer.Disons, tout d'abord; (pie la grande activité intellectuelle me paraît chez vous, Koméone, porter préjudice à l'activité physique, intelligente et débrouillarde, elle possède, outre de l'orgueil et une ambition vaniteuse, un instinct d'acquérir, de garder, une volonté impatiente qui mettent, dans sa vie sans discipline, une agitation un peu douloureuse.Aimante, elle s'en cache, le plus souvent, ne se livre pas du tout, et souffre, car elle est fort impressionnable, sensible, et peu maîtresse de ses nerfs fatigués.Grand besoin de sympathie.Le coeur doit être dévoué: il se montre peu.Est-ce timidité?Un peu d'orgueil?Elle se laisse facilement influencer, et en définitive, avec sa vivacité ardente, ses grands ""désirs, sa susceptibilité, ses petites raideurs, c'est elle toujours, qui plie et se conforme à son entourage.On lui souhaiterait de la pondération, de la douceur, et malgré soi, on garde l'impression (pie celle-là est destinée à souffrir.Peut-être y trouve-t-elle une volupté?Vue qui a hâte de-savoir.— Jolie nature "bourgeoise", optimiste et bien vivante.Très sensible, affectueuse cl tendre, c'est une vraie dévouée qui verserait jusqu'à la dernière goutte de son sang pour ceux qui lui sont chers.Pourtant, elle aime bien à compter.L'n coeur rayonnant, délicieux, et qui sait pardonner et oublier.La volonté est ardente, entreprenante, légèrement opiniâtre et ceci nuit à la douceur.Réservée, discrète, de manières simples, elle possède, toutefois, un bon brin de vanité ambitieuse.La vie l'intéressé dans tous ses détails, et elle adore bâtir des projets.On s'étonne qu'elle soit aussi peu gaie.Le suffrage féminin: — A la veille des élections générales, aux Etats-Unis, une dépêche nous a appris que, dans le diocèse de Newark.X.J., presque toutes les religieuses, qui y sont au nombre de 1,200, se sont enregistrées, afin de se servir de leur droit électoral.Ce fait s'est produit à la suite d'une déclaration de son Eminence le cardinal Gibbons, disant (pie: "voter est le devoir "des religieuses comme il est celui des autres femmes "américaines".Il leur recommande fortement d'exercer leur droit de vote et de remplir les formalités voulue-.Dans les centres Franco-américains des Etats-Unis, nous remarquons aussi (pie les diverses associations: chambres de commerce, etc., aidées du clergé, font des efforts pour engager les l;ranco-américaines à se faire inscrire sur les listes électorales.Cette innovation avait, dit-on, tout d'abord été accueillie avec assez d'indifférence, mais In loi ayant été sanctionnée, il ne reste plus qu'à l'accepter et à en tirer le meilleur parti possible. Vol.IX, No.6 Montréal — LA BONNE PAROLE — Juin 1921 11 •o * •o * o» •o L'INDIGENTE Roman canadien par Andrée Jarret om •o o» •o * o* •o V suite — Surtout auprès des enfants, insistait Florence, ayez un visage riant et une âme paisible.L'âme des enfants qui viennent à nous si ingénuement, c'est la terre que vous ensemencez, ne l'oubliez jamais.La joie et la paix sont si rares, en ce monde; ne craignez pas d'en Miner trop, pour qu'il en germe un peu.Toutes l'écoutaient avec une confiance respecteuse; on la sentait si sincère, si attachée à l'Oeuvre, Celle-clà ne l'abandonnerait jamais.Celle-là y consacrerait jusqu'à la dernière de ses forces.Et Christine, déjà aux trois quarts conquise, sentait naître des élans forts, en son âme généreuse et éprise d'idéal .comme nul encore n'avait pu le soupçonner.Ce qui, en somme, faisait défaut à l'Oeuvre, c'étaient de vrais dévouements, comme celui de Florence.Parmi celles-ci, du Conseil, (pu* représentaient l'élite, combien persévéreraient jusqu'au bout?Quatre?Cinq?Hustelle peut-être?Marie, la dévouée?La vaillante Antoinette?Kdna?Ce soir, Pauline n'était pas venue.On la savait courtisée, depuis le euchre de janvier.Elle se marierait et personne ne songerait à la blâmer.Cependant, comme la moisson de l'Evangile, l'( )euvre attendrait des bras et des coeurs.Monique, Geneviève, Gertrude, c'était de l'or.Et pourtant, comment savoir si elles persévéreraient jusqu'à la fin?Comme si leur défaite eût été chose visible, pour elle, dans l'avenir, Christine se sentait le coeur gros.Va elle se jurait de ne jamais se désintéresser, elle-même mariée, même éloignée, non elel n'oublierait pas le cher petit Patronage, et les âmes d'enfants, qu'il faut à la fois, débarrasser de l'ivraie et ensemencer de bon grain.Il y avait mille manières d'être utile à cette oeuvre éminemment sociale.La plus excellente, sans doute, consistait à s'y donner corps et âme.comme Florence, mais toutes ne le pouvaient pas.Va le regard discret de Christine faisait de nouveau le tour des chaises, rangées en demi-cercles.Sérieuse, Gertrude l'était sans nul doute, mais jeune encore.Geneviève semblait toute tendue vers la conférencière, quelle ne regardait pas pourtant; ses paupières aux longs cils, rythmaient ses pensées, dont on croyait voir passer des reflets sur son front.L'ardente, active, gracieuse Geneviève tiendrait-elle jusqu'au bout?Avec ses autres dons, possédait-elle la constance?Monique ne remuait que toutes les cinq minutes, pour reprendre position sur son siège.Ses doigts frêles, joints sans ostentation, ses grands veux irris, bien ouverts.Eustelle écoutait, rêveuse Marie regardait humblement le parquet, une paix heureuse* sur son visage candide.Christine sentait sourdre, en elle, une sorte de colère méprisante, pour celles qui, infailliblement, auraient oublié le Patronage, dans quatre ou cinq années.Mettons, dans dix ans.Va à cette perspective de défections, les élans devenaient plus impétueux, plus douloureux, aussi, en son âme ardente.Elle, jamais elle ne se désintéresserait ! — Marchons jusqu'à Bleuri, si tu veux, proposa Monique.Tu n'es pas fatiguée?Moi, je pourrais marcher jusqu'à Outremont.Et puis, tu sais, je te laisse la parole.Vite, ta nouvelle, Christine.Tu sais bien (pie je suis curieuse, comme toutes les commères ensemble.Le même.sourire, à demi figé, qu'elle avait eu déjà, et qu'avait fait mal, à son amie, reparut sur les lèvres de mademoiselle Chénicr.— Maman se remarie, prononça-t-elle.— Christine! ! î Le cri lit se retourner quelques passant.Monique serrait, de toutes ses forces, le bras de sa compagne.— Dans deux semaines, ma chère.Elle s'appellera, alors, madame Proulx.Tu sais bien, le grand monsieur blanc, qui nous a saluées, l'autre jour, rue Saint-Denis?— Christine!! répéta Monique, en enfonçant ses doigts dans le pauvre bras de son amie.Cela te fait de la peine, je gage?Christine hausse légèrement les épaules.— Vois-tu.commcnça-t-elle.C'est pour maman.Puisqu'elle accepte, c'est qu'elle veut bien.Nous revenons en ville, le premier mai.Cette fois, Monique lâcha le bras qu'elle tenait si étroitement, et se planta devant son amie, en la dévisageant, comme si elle craignait de faire erreur.Puis, la joie l'emporta, brisant la stupeur première.— Mon Dieu, mon Dieu, lit-elle.Mon Dieu! vous m'aimez.Christine en ville! Quelle rue?Dis vite! — Berri.Tout proche de chez toi.— Mon Dieu! répéta Monique, en se couvrant les yeux de sa main, je ne peux pas croire.Ma jeunesse qui recommence! Kt moi qui me désolais d'avoir vingt-cinq ans.Allons-nous être heureux.Ne regrette rien, Christine.C'est pour le mieux.Bruno aussi s'en vient.Elle appuya sa tête sur l'épaule de sa compagne et, par deux fois, répéta ce nom: Bruno, Bruno, qui de ses lèvres chaudes, passant à travers les minces vêtements de Christine, s'imprimèrent, connue au fer rouge, dans la chair de celle-ci.— Que veux-tu dire?balbutia la jeune fille.— Bruno s'en vient demeurer en ville, lit Monique, en collant, de nouveau, sa tète, à l'épaule de sa compagne.— Mais.Ou'v vient-il faire?— Etudier, lit Monique, reprenant son sang-froid, le trop plein de sa joie, enfin déversé.Il avait oublié qu'il est indispensable, à un cultivateur de première classe, comme il veut être, de connaître la médecine comparée.Tu vas me dire (pie ce n'est pas précisément la saison pour s'incrire, à l'Université.Je le sais bien.Mais à Bruno, ça ne fait rien, ces obstacles-là.Il a une mémoire impossible.Lu deux semaines d'études, il est capable de rattraper les autres.C'est moi qui avance tout cela.Mais, chose certaine, il a eu une chicane avec son père.Ils s'adorent, et ils sont toujours à couteaux tirés.Son père l'a traité tVcHlbanlcilA'; ce n'est plus drôle, à la fin.En vain.Christine clierchc-t-clie un mot enjoué à répondre; soudainement engourdi, son cerveau se refusait à penser.— C'est Fabiola qui m'a tout appris, reprenait Monique.Pour ne plus rester chez elle, elle n'en continue pas moins de voir ce qui s'y passe.Bruno ne s'est pas annoncé: il voulait me faire une surprise, je suppose.Non.mais y songes-tu, Christine ?Allons-nous être heureux !.Je ne le disais pas, mais depuis quelque temps, je m'ennuyais.L'ouvrage a beau marri ver par paquets, il se glisse toujours, ici et là, des moments vi- 12 Montreal — LA HON NE PAROLE — Tuin 1921 Vol.IX, No.6 des, durant lesquels, je ne sais même pas à quoi accrocher mes pensées.Je m'ennuie, la nuit, quand* je ne dors pas.Ah! je suis à plaindre, plus qu'on le croit.Qu'est-ce que je possède en fait de famille?Ma soeur et mon beau-frère qui s'appartiennent l'un à l'autre, mon neveu qui ne parle pas encore.("est maigre.Toi, du moins, tu as ta mère.Il est vrai que tu vas la perdre un peu.maintenant.Alors, ajoute-t-elle, câline,, ce sera le 1mni temps, pour moi, de me faire .aimer! Attends-toi à me voir arriver souvent, chez toi, ma Christine* Ce qui me maiK ne, c'est cela une vraie amie, et qui soit à ma portée.Je suis contente, aussi, que Bruno s'en vienne.A le mieux connaître, tu verras comme il est gentil.Mieux que gentil, c'est un savant, un penseur, un poète, tout ce qu'on voudra! Il faudra organiser quelques petites soirées, et l'inviter.Kt nous lui ferons si bien perdre son temps qu'il devra recommencer ses cours, l'automne prochain Christine, sais-tu ce qui m'a passé par la tête?.— Il m'en coûte de te le dire.Est-ce assez, stupide: cela me gène, tout à coup, lui tout cas, j'en tiendrai la preuve bientôt, si je nc"inc suis pas trompée, et alors, je te conterai cela.Cependant, la langue lui démangeait, et d'un mouvement brusque, relevant la tête, elle découvrit à sa compagne, sa frimousse radieuse, qu'éclairaient encore les yeux pétillants et tendre, sous les frisons dorés: — Moi, Christine, fit-elle, je pense que Bruno était bien content de trouver un prétexte pour s'en venir en ville.Elle ne dévoila pas plus avant sa pensée, toutefois, et se contenta d'ajouter: — Tu verras s'il n'arrive pas à l'avouer, un jour ou l'autre.Es-tu fatiguée, Christine?— Pas du tout.Toi.Monique?— Encore moins.Je marcherais jusqu'à Outremont, et puisque tu n'es pas fatiguée, marchons encore, veux-tu?Je te quitterai, à l'avenue du l'arc.Christine parut hésiter.Ne voudrait-il pas mieux redescendre, alors, Monique, au lieu de continuer notre ascension.Cela l'exempterait le train, pour revenir?— Pourquoi le train?Je te dis que je marcherait jusqu'à la rue Ouerbes! — Tu auras peur, au moins, de revenir seule?Il est tard.Peur!! Mais il fait clair, je suppose.Peur de qui et de quoi?je te le demande.Personne ne fait jamais attention à moi et mon beau-frère nie répète sans cesse cpie j'ai l'air d'une bonri femme, sur la rue.Il a raison: j'ai toujours l'air affairé, je marche vite, je suis voûtée comme une vieille.Alors, les gens s'imaginent voir en moi une pauvre maman, très inquiète des petits enfants restés à la maison, et ils me laissent bien tranquille.Christine nie trouves-tu ennuyante — tout bas — de toujours parler ainsi, sans te laisser placer un mot?Pourtant, ce soir, je ne peux pas me taire! 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