La bonne parole /, 1 janvier 1937, avril 1937
Organe de la Fédération Nationale Saint-)can-Baptiste Oeuvre d'Action catholique SOMMAI R E Mère Sainte-Marie et l'éducation des jeunes filles.1 "La mère au foyer, ouvrière de progrès humain*'.2 Une visite de Madame F.-L.Béique à la Fédération, Jeanne Lapointc .3 L'intelligence de son devoir, Mme Vérine.6 Nos voisins, Evangeline Zappa.9 Comité de la visite des hôpitaux.9 Propos d'éducation: Comme papa, comme maman.10 Retraite fermée .10 Le temps du sucre d'érable.11 Le "Denier national" .11 Journal des oeuvres: Chez les Aides maternelles—Chez les Employées de magasin—Au Comité central d'étude: le R.P.Jamet, O.S.B.—Chez les Femmes d'affaires— Assemblée annuelle de l'Assistance maternelle—Chez les Ouvrières catholiques .12 853 est, rue Sherbrooke auty La Bonne Parole REVUE MENSUELLE CE QU'ELLE EST un LIEN qui sert à unir d'esprit et de cœur les Canadiennes-Françaises; un FOYER d'où rayonnent, sur tous les domaines de l'activité féminine, lumière et chaleur; un CENTRE où se rencontrent les bonnes volontés, désireuses de se dévouer avec plus d'efficacité aux œuvres nationales; un MOYEN de propagande pour la diffusion des principes catholiques d'action sociale; un ORGANE indispensable à l'œuvre de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, d'abord auprès des diverses associations qui la composent et des comités par lesquels elle agit; puis auprès des œuvres nationales étrangères qui font, comme nous, partie de l'Union Internationale des Ligues Catholiques féminines.CONDITIONS DE L'ABONNEMENT: Canada et Etats-Unis.$1.00 par an Union postale.$1.30 par an Un acompte de 50% est accordé aux membres des associations professionnelles, des Fédérations paroissiales et des communautés religieuses.Le prix de l'abonnement doit être envoyé au Secrétariat de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, 853 Est, rue Sherbrooke.Les abonnés de la "Bonne Parole" Jouissent des privilèges de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste et ont droit d'assister aux séances publiques, dont avis est donné dans les journaux.Les abonnés qui désirent des invitations personnelles et voudraient devenir membres actifs de la Fédération Nationale n'ont qu'à s'inscrire, en tout temps, au secrétariat de la Fédération Nationale, 853 Est.rue Sherbrooke, cû les heures de bureau sont, le dimanche excepté: de 10 heures à midi et de 2 heures à 5 heures p.m.— Téléphone: FRontcnac 2665.Toute personne peut concourir à l'œuvre de la "Bonne Parole": 1° en s'y abonnant; 2° en lui procurant de nouveaux abonnés; 3° en la faisant lire; 4° en lui apportant une collaboration littéraire; 5° en sollicitant des annonces à so a intention.La Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste Fut fondée en 1907 et incorporée en 1912 pour grouper toutes les associations féminines canadiennes-françaises catholiques en vue d'une action commune dans les questions d'intérêt général.Aumônier: Son Excellence Mgr Gauthier.Présidentes d'honneur: Lady Gouin, Mme F.-L.Béique.Via-prés, d'honneur: Mme L.-Athanase David Bureau de direction: Mme Henri Gérin-Lajoie, présidente-fondatrice; Mme Alfred Thibaudeau, présidente; Mme Francois Mathys, vice-prés.; Mme Edmond Brassard, vice-prés.; Mlle Georgette LcMoyne, secrétaire générale; Mlle Jeanne Lapointe, ass.-sec.; Mlle Maria Auclair, tréso-rière; Mme Eustache Letellicr de Saint-Just, rédactrice de la "Bonne Parolr"; Mme Eugène DesmaraiB, Mme Arthur Bcrthiaume, Mme E.Bouthillier, Mlle Hcdwige Lcfebvre, Mlle Florine Phaneuf, Mme J.-A.Molleur, Mme Albert Dupui8, Mlle Laura Robert, Mlle Corinne Méthot, des cercles de Fermières de la province de Québec; Mme F.-X.Dupuy présidente de la section de Saint-Lambert; Mlle Evancéline Zappa; Mlle Marie-AnRc Madorc, Mlle Marie-Louise d'Autreuil, présidente de la Fédération des cercles d'étude des Canadiennes-Françaises.Société* fédérée* Les dames patronnesses des autres suivantes: Hôpital Notre-Dame, Hôpital Sainte-Justine.Fédérations et sections paroissiales: T.-S.-N.de Jésus, Malsonneuve, Saint-Vincent-de-Paul, La ïativité d'Hochclaga, Saint-Pierre, Saint-Stanislas de Kotaka, Saint-Lambert, Saint-Ambroise.Côte Saint-Paul, l'Assistance maternelle, Les écoles ménagères provinciales, La Fédération des Cercles d'étude des canadiennes-françaises, les Cercles de fermières de la province de Québec Associations des: emp.de magasin, emp.de bureau, femmes d'affaires, Aides maternelles; de la société des Ouvrières catholiques.(S.O.C.) et ses sections: la Nativité de la Sainte-Vierge, Saint-Eusèbe, les Saints-Anges de Lachinc, Saint-Vincent- Ferrler, Saint-Louis-de-Frauce.Côte Saint-Paul, Saint-Raymond, Saint-Philomène de Rose-mont, de la J.O.C.F.et ses sections: Saint-Alphonse, Sainte-Brigitte, Saint-Charles, Sainte- Cunégonde, Saint-Edouard, Saint-Eusèbe, Saint-Etienne.Saint-Francois-Solano,Sainte-Hélène, Saint-Jean- Berchmans, Saint-Jean de Matha, Salnt-Pier-re-Claver, Saint-Pierre-Apôtre, Saint-Vincent de Paul, Malsonneuve, Notre-Dame de la Paix (Verdun), Québec.Sherbrooke, Trois-Rivières, Hull, Cap de la Madeleine, Asbestos.Principales oeuvres m compiles par la Fédération et ses filiales Fondation des Associations professionnelles Fondation des Fédérations Paroissiales Etablissement de Caisses de Secours Etablissement de Cours d'Enseignement Ménager Comité de lutte contre l'alcoolisme Amendements à la loi des licences Législation en faveur des Institutrices et des employées de bureau Comité des questions domestiques Comité de lutte contre la mortalité infantile Fondation de "Gouttes de lait" Participation aux expositions pour le bien-tire de l'enfance Comité de lingerie d'autel et décoration d'église du Congrès Eucharistique Pèlerinage à Lourdes et à Rome Affiliation à l'Union Internationale des Ligues catholiques féminines Fondation de la Bonne Parole Comité du "Denier National' Comité des questions civiques Comité de la Croix Rouge Comité du Fonds Patriotique Comité de VAssistance Par le travail Comité central d'étude et d'action sociale Comité des Oeuvres économiques Comité de Rédaction de la Bonne Parolk Comité d'Administration de la Bonne Parole Comité de la construction Comité du service social Comité de la Visite des hôpitaux Fichier Central de renseignements Comité de l'apostolat de la paix La réforme du Code civil en faveur de la femme.N.B.— On peut devenir membre de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste en t'inscri-vant à ton secrétariat: 853, rue Sherbrooke Eft, LA BONNE PAROLE Vol XXV Montréal, Avril 1937 No 4 Mère Sainte-Anne-Marie et l'éducation des jeunes filles Mère Sainte-Marie a laissé un grand nombre de notes et de réflexions sur les oeuvres qu'elles a fondées et dirigées et qui toutes se rapportent à l'éducation, particulièrement à l'éducation des filles.On trouve ici, résumé en quelques formules clairement établies, le credo pédagogique de la vénérable Mère.L'élévation de sa pensée, la noblesse de ses conceptions animant ces directives de celle qui sut si bien orienter son oeuvre vers la glorification de Dieu.Cette page restera en quelque sorte comme le bréviaire des éducutriecs, des mères chrétiennes.Celles qui ont connu.Mère Sainte-Anne-Marie savent qu'elle vécut elle-même ses enseignements.Sa vie fut conforme à la sainteté de cette doctrine qu'elle offre à la femme de bien.Ceci fut probablement écrit pour répondre à une enquête sur l'éducation au sujet de laquelle son expérience avait été sollicitée.— Y.L.de S.-J.Les propositions que je vous envoie concernent l'éducation des jeunes filles, puisque c'est auprès d'elles que s'exerce notre apostolat au Collège Margueritc-Bourgeoys.Nous proposons donc: lo Qu'une instruction religieuse très solide soit donnée dans les écoles, externats, pensionnats, académies, collèges, afin de prémunir les jeunes filles contre les dangers qui menacent leur foi, par le livre, la revue, le journal, d'autant plus dangereux souvent qu'aucune censure ne les a encore frappés.Cette instruction devrait mettre les jeunes personnes en mesure de défendre leur foi de façon à ne pas s'en laisser imposer par les libres-penseurs au vernis d'érudition si vite craquelé! 2o Que cette instruction porte sur les sacrements, les commandements, l'Eglise, plutôt que sur des querelles d'apologétique qui n'ont qu'un lointain rapport avec le dogme essentiel.3o Que cette instruction religieuse ne soit pas une démonstration sèche de la Vérité, mais une lumière qui allume dans le coeur l'amour de Jésus-Christ.4o Que par la sainteté et l'austérité de leur vie, les éducatrices combattent chez la jeune fille moderne le luxe à outrance, la vie large, la recherche des aises, un confort d'où le sacrifice est exclu.5o Que ces mêmes éducatrices fassent comprendre à leurs élèves que le mariage n'est pas seulement l'union de deux caractères sympathiques, de deux fortunes égales, mais qu'il entraîne les plus graves devoirs.Elles doivent enseigner que l'enfant n'est pas un être à dorloter, une poupée à parer, mais une âme qui demande à être orientée vers Dieu dès le premier éveil de la raison.60 Qu'une formation sociale dirigée avec tact mette la jeune fille en présence des maux dont souffrent les peuples à l'heure actuelle, alors que le communisme, sous quelque nom qu'il se présente, tend à détruire notre religion et nos traditions les plus sacrées.7o Que par tous les moyens à leur portée, les éducatrices insistent sur la collaboration nécessaire entre les parents et les maîtresses pour détourner les jeunes filles du mauvais cinéma, du théâtre qui prône l'amour libre, du Malthusianisme, et tout ce qui peut tenir la blancheur de l'âme. •2 L A n 0 X X E P A R O I.E Mow trial 80 Que la philosophic dc saint Thomas, dite philosophic scolastiquc, soit la seule philosophic enseignée dans les écoles féminines.9o Que la littérature et l'histoire soient étudiées d'après les principes catholiques et d'après des auteurs chrétiens.lOo Que la science ménagère occupe dans les programmes une place proportionnée à son utilité sociale.llo Que les arts de la musique et du dessin soient conformes, dans l'enseignement qu'ils exigent, aux principes de la morale.1 2o Que pour répondre au désir de Sa Sainteté Pie XI, les jeunes filles fassent toutes, selon les moyens que leur fournir la Providence, leur part d'action catholique et travaillent ainsi à répandre partout la fécondité du bien.Sr SAINTE-ANNE-MARIE.C.N.D.Onzième Congrès international de "La mère au foyer, ouvrière de progrès humain" Le onzième Congrès international sur "la Mère au foyer.Ouvrière de progrès humain" aura lieu à Paris, du 21 au 26 juin 1937.Le Congrès se propose de préciser un large plan d'action en faveur de la Mère au foyer.Il s'efforcera de déterminer les conditions économiques grâce auxquelles la mère ne sera plus contrainte à un travail extérieur qui l'épuisé, accentue la dénatalité, fait baisser les moyennes de salaires et encombre le marché du travail.Il recherchera comment aider la mère à remplir au foyer sa tâche dc donneuse dc vie, d'éducatrice et d'animatrice.Il recherchera quels dons spéciaux dc la nature féminine sont à développer pour que la mère soit dans l'exercice dc sa mission, suivant les desseins providentiels, meilleurs ouvrière de Progrès.A cette oeuvre si profondement humaine, si véritablement sociale, nombreuses sont les personnalités de toute nation qui apporteront leur concours.Le Comité international d'organisation du Congrès comprend des personnalités de trente-sept nations.Durant le Congrès aura lieu un grand meeting à la Sorbonne, sous la Présidence d'honneur de Mme Albert Lebrun et la présidence de Mme Steenberghe, de Hollande.Le Bureau international du Travail enverra un délégué.Parmi les rapports principaux, mentionnons: "La Mère au Foyer, problème mondial" par Mme Jean Camus, vice-présidente de la Fédération des Associations dc famille nombreuse; "La Mère au Foyer, recul ou progrès?" par Mme Baers, sénateur de Belgique; "Nos Législations et le Foyer" par Mme Kwiatkowska, ancien député â la Diète dc Pologne; "La famille humaine" par M.Witherby, M.A.d'Oxford, Grande-Bretagne; Miss Hawks des Etats-Unis; Mine Svobodova, de Tchécoslovaquie, et Mme Lambert-Meullcr de Suède; "Les remèdes industriels â préconiser pour permettre au foyer ouvrier de vivre sans le travail professionnel de la mère hors de la maison", par M.V.Couvreur, président dc l'Union des Syndicats de l'Alimentation de la C.F.P., et par M.G.Tcssier, secrétaire général dc la G F.T.C.et Conseiller technique des délégués du Gouvernement français à la Conférence internationale du Travail; "La préparation nécessaire â la meilleure ouvrière de progrès humain", par Mme Lcveillé, Présidente des Amicales Féminines du Canada.Le Congrès de la Mère au foyer.Ouvrière de progrès humain, s'onnonec comme une des principales manifestations de la série des congrès sociaux qui auront lieu durant l'Exposition universelle dc Paris. Mont irai L A II O X X h' PAR'O 1< E 3 Une visit/> de Madame F.-L.Brique à la Federation "Vieilles gens, vieilles choses" Le Comité centra! d'étude et d'action sociale avait l'honneur et le grand plaisir de recevoir, à la séance de mars, Madame F.-L.Béïque, fondatrice, avec Madame Henri Gérin-Lajoic, de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et sa première présidente.Mme Alfred Thibaudcau souhaita la bienvenue à la conférencière en ces termes : C'est une joyeuse et cordiale bienvenue que nous vous souhaitons ici.Cette Fédération est la vôtre puisque vous en êtes la fondatrice, avec Mme Gérin-Lajoie.C'est donc chez vous que nous vous recevons et avec un bonheur dont nous comprenons le privilège : trente ans d'existence et avoir chez soi sa fondatrice.Permettez-moi madame, un bref rappel de ces jours que nous revivrons ensemble un moment.En 1902, le sénateur Bcïque était président de la Saint-Jean-Baptiste.Ce grand canadien fut un ami de Laurier.Sa belle carrière est un exemple et son nom demeure attache à bien des oeuvres et en particulier à l'Université de Montréal.Le sénateur Béïque, dis-je.étant président de la société Saint-Jean-Baptistc, il fut décidé qu'une section féminine serait fondée.Vous en fûtes la première présidente et votre première mission fut d'organiser l'enseignement ménager à Montréal.La fille aînée de vos oeuvres est devenue la robuste et prospère Ecole Ménagère provinciale, notre voisine, dont vous avez présidé les activités jusqu'à l'année dernière.Et puis, ce fut a une séance du Conseil national des Femmes du Canada, fondé par Lady Aberdeen en 1910, que réalisant l'influence prépondérante de cette imposante société, vous eûtes l'inspiration de la nécessité d'une association canadienne française catholique.A ce moment précis, vous échangeâtes un regard avec madame Gérin-Lajoie qu'inspirait le même sentiment.De ce regard, de cette étincelle, de ce même amour patriotique naquit la Fédération nationale Saint-Jean-Baptistc, mouvement si nouveau que Mgr Bruchési hésita avant de lui donner sa bénédiction et son encouragement et qu'il définit plus tard "le zèle de la femme pour toutes les nobles causes dans la sphère que la Providence lui a assignée".Mgr Gauthier en parla en ces termes : "Le catholicisme social est-il autre chose qu'une réaction décisive contre cette laïcisation de la société qu'on voudrait aujourd'hui nous imposer'' Permettez-moi, madame, de vous citer vos propres paroles à ce premier congrès de la Fédération : "L'occasion est solennelle, mesdames.C'est la première fois que les Canadiennes-Françaises se réunissent pour discuter d'une manière sérieuse de tout ce qui a rapport à leur intérêt, au progrès qu'elles pourraient faire, à l'action sociale qu'elles peuvent et doivent exercer.Jusqu'à une époque assez récente, nous nous étions contentées de nous occuper d'oeuvres de bienfaisance pure, sans porter nos regards plus loin que les besoins immédiats des malheureux; et les questions d'utilité générale nous étaient restées à peu près indifférentes ou étrangères.Il est temps que nous tenions compte des changements que le temps a apportés a l'état des choses et des esprits et que nous adoptions un ligne de conduite un peu différente".Ceci se passait il y a trente ans et je ne sache pas qu'il y ait aujourd'hui plus beau monument élevé a la gloire des femmes qui on: su concevoir, mettre en marche et développer l'organisation qui devait prendre une telle envergure.Je voudrais pouvoir nommer toutes celles dont le zèle durant ces vingt-cinq dernières années ne s'est pas démenti.Et nous pouvons ajouter sans craitc d'exagérer que toutes nos oeuvres sociales catholiques ont pris naissance directement ou indirectement h la Fédération.Ajoutons aussi que tout cela ne s'est pas fait sans peine et sans effort : tout était si nouveau. 4 LA DO X .Y F.PAROLE Montréal L'apparence de la femme en public était jugée téméraire.Nous sommes surprises, aujourd'hui, d'apprendre que lorsque /ous et Mme Gérin-Lajoic furent invitées à adresser la parole au Congrès Eucharistique de Montréal en 1910, cela parut une innovation et fut différemment apprécié en divers milieux.Aujourd'hui, madame, notre maison est devenue un centre d'activité sociale rayonnante.Grâce à nos chères auxiliaires du Bon-Conseil qui assurent la continuité de l'oeuvre, à notre chapelle qui nous permet la présence du Saint-Sacrement, à l'atmosphère de charité et de confiance qui règne ici, nous avons l'espoir qu'est réalisé un de vos plus chers désirs.Avant de passer le flambeau à la génération qui suit, nous avons ce soir la joie de vous exprimer notre reconnaissance.Nous ne pouvons que résumer l'évocation émouvante que fit Madame Béïque d'un passé ''déjà lointain*' comme elle disait elle-même avec une charmante simplicité."La Fédération Nationale Saint-Jean-'3aptiste a eu l'amabilité de m'inviter à vous parler des vieilles gens d'autrefois.Je n'aurais su mieux faire, me semble-t-il, que de puiser dans les pages de souvenirs que j'ai écrites à la demande expresse de mon mari, de mes enfants et même de mes petits-enfancs dont un bon nombre, deenus grand», me font l'amitié de visites fréquentes et, pour moi du moins, pleines de charme.Au cours de nos conversations, ils se plaisent à m'entendre rappeler les faits de l'ancien temps qui, d'ailleurs, est un peu le mien.Je leur parle de mes vieux parents, don: plusieurs ont eu une vie très intéressante *»t qui m'ont aussi décrit des épisodes de l'existence de plus anciens qu'eux et l'affection qu'ils inspiraient.Mes plus anciens souvenirs remontent au vieux manoir de Saint-Hyacinthe, que mes parents habitaient avec ma grand'mère, Mme Jean Dessaulles, et mon oncle Casimir, devenu plus tard le sénateur Dessaulles.J'y suis né le 13 octobre 185 2.Ma grand'mère, Mme Jean Dessaulles, était la fille de Joseph Papineau.Sa mère, née Cherricr, était la soeur de Mme Lartigue, mère du premier évêque de Montréal, et de Mme Viger, qui fut la mère de Dents-Benjamin Viger, plus tard ministre d'Etat.Elevée en partie à Montréal, en partie dans les solitudes de la Petite-Nation, où l'existence était assez difficile, elle était devenue une femme véritablement accomplie.Elle avait épousé en 1816 Jean Dessaulles, mon grand'père, qui avait dès lors reçu en héritage, de son cousin germain Hyacinthe Delorme, la seigneurie de Saint-Hyacinthe.Elle avait fait du manoir une demeure «ans pareille, qui devint le centre de la vie sociale et charitable de la seigneurie'*.Mme Béïque fait ici un exposé de la vie a cette époque, des habitants, des coutumes et notamment de la manière dont il fallait faire ses approvisionnements pour l'hiver.Mme Dessaulles mourait le 6 avril 1857.Pendant plus de trente ans, elle avait été Pâme des oeuvres de charité organisées dans la ville; la population, les pauvres surtout la pleurèrent avec la douleur la plus sincère.Mme Béïque rappelle ensuite le souvenir de son arrière-grand-père Joseph Papineau, père de Louis-Joseph Papineau.Fils d'un tonnelier de Montréal, qui aurait bien voulu lui faire apprendre son métier et lui laisser sa clientèle, il était né en 1752.Sa mère, née Beaudry, était issue d'une famille de cultivateurs à l'aise qui désiraient, de leur côté, en faire un cultivateur.Il reçoit son éducation au séminaire de Québec et, de retour a Montréal, est admis dans l'étude de M.de Lille, notaire et arpenteur.Il joue un rôle considérable dans la politique, de 1790 a 1814.Vers 1814, il se retire à la Petite-Nation, dans une île de l'Ottawa, près de Papineauville.Il meurt en 1842, à lage de 90 ans.Joseph Papineau avait soutenu de longues luttes pour le catholicisme, la langue française, les journaux, des luttes ingrates et difficiles.Il s'était retiré dans une île pour que sa famille fût à l'abri des bêtes sauvages et des Indiens.Mme Béïque parla aussi de Louis-Joseph Montreal LA B0NNE PAROLE 6 Papincau, fils du precedent, et frère de Mine Jean Dessaulles; elle évoqua son enfance puis sa vie privée à Montebcllo après qu'il se fût retiré de la politique.Elle raconta ensuite de plaisantes anecdotes sur les excentricités d'Augustin Pnpincnu, frère de Louis-Joseph.En 1812, Louis-Joseph Papincau commandait une compagnie à la frontière.Mme Béïquc parla avec émotion de la révolte de 1837, de ses parents qui cachèrent les proscrits, de la fréquence des visites domiciliaires.Cette révolte, dit-elle, fut le résultat d'un état de choses intolérable.Mais Papineau fut dépassé par l'enthousiasme et l'inexpérience de ces partisans.Mademoiselle LcMoync, secrétaire générale de la Fédération, remercia Madame Béïquc de sa charmante causerie : "Au nom de cet auditoire, dit-elle, venu de partout, même d'Ottawa, avide de vous entendre, et dont vous avez comblé l'espoir, je vous remercie d'avoir répondu de si bonne grâce à notre invitation.On me pardonnera si je ne sais traduire, selon le sentiment de chacune, tout ce que vos paroles ont fait naître, dans nos esprits et dans nos coeurs, d'intérêt, d'émotion, de joie.En écoutant le récit des événements politiques ou sociaux, de physionomie si variée, qui se sont déroulés dans votre grande et belle famille, dont vous avez été un témoin attentif, ému, toujours sympathique, que votre mémoire a si heureusement retenus, et qui passent sur vos lèvres avec tant de finesse et de charme, c'est plusieurs pages de notre "petite histoire", que nous avons parcourues.L'histoire, la critique, l'apostolat social, voire même la pédagogie, vous sauront gré de n'avoir pas gardé pour vous seule ces souvenirs intimes, d'un si vif intér't, que vous confierez un jour, nous l'espérons, à des t» • »» mémoires .Combien nous vous sommes reconnaissantes, en particulier, d'avoir bien voulu aujourd'hui, évoquer pour nous, de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, quelques-uns de ces souvenirs inédits.Ils en ont fait surgir d'autres que votre modestie vous a fait taire : ainsi celui de cette pensée profondémnt nationale, de la dévouée et précieuse initiative, qui vous animait si bien, ainsi que notre chère madame Gérin-Lajoie, et qui ont présidé il y a trente ans déjà, à la fondation de l'oeuvre de la Fédération, dont vous avez été la première et digne présidente.Aussi, nous les anciennes, désirons tout particulièrement vous exprimer, avec notre admiration et notre gratitude, nos sentiments d'affectueux attachement".Représentant les plus peuncs membres de la Fédération, Mlle Elianc Lefcbvre, a son tour, s'adressa a la conférencière: "C'est un grand honneur pour moi, dit-elle, de remercier Madame Béïquc au nom des jeunes, si justement inquiets de l'avenir.Vous nous apportez, madame, un message d'espoir.Car vous évoquez les temps difficiles et, h certains égards, plus troublés que les nôtres, et vous semblcz nous dire que si nous voulons imiter les vertus solides qui ont alors sauvé notre peuple, nous sommes en droit d'atteindre une heureuse issue de la crise actuelle.Nous vous remercions aussi d'avoir mis en lumière le rôle social de l'élite, qui est de servir.L'inoubliable figure de Mme Dessaulles en est un émouvant exemple.Nous souhaitons que pareille richesse ne demeure pas le privilège de vos auditoires, mais que bientôt vos lecteurs retrouvent dans vos articles le charme et la cordialité de votre parole".La séance se termina par le Salur du Saint-Sacrement célébré par M.l'abbé Lionel Groulx.Le chant fut exécuté par la chorale, sous la direction de Mlle Hélène Lefebvre.Le thé fut ensuite servi.Jeanne LAPOINTE 6 A D 0 N :V E P ARO L E Montréal L'intelligence de son devoir D'une conférence, donnée à "Ecole des Parents" de Paris, par Mme Vérine sous le titre "Un peu de psychologie conjugale", nous extrayons les intéressantes considérations suivantes, qui donneront à l'épouse "l'intelligence de son Devoir".La distinguée conférencière rapporte un entretien qu'elle a eu avec un jeune homme sur ce sujet : "Quel est votre idéal de femme ?" Après avoir déclaré qu'il veut une femme jolie et coquette (au sens où l'entend l'auteur de l'Introduction à la vie dévote), le jeune homme poursuit : — Je désire ue femme cultivée, parce que je considère que la culture est indispensable à la femme, qu'elle est pour elle et les siens une force immense.La vraie culture, ce n'est pas celle qui donne des clartés de tout et n'approfondit rien, mais celle qui tend à une formation solide du jugement et de l'intelligence, à faire connaître la substance même des idées et des choses, à se réaliser pleinement soi-même, c'est pourquoi j'aimerais tant une intelligence très féminine.— Comme vous avez raison; mais qu'appelez-vous une intelligence très féminine?— Une intelligence intuitive, compréhensible, logique, divinatrice, d'une subtilité qui affine la nôtre, la complète; de cette intelligence-là, voyez-vous.Madame, l'homme ne peut se passer, car elle seule permet les délicieux échanges; un jour, elle nous ramène vers le concret, l'observation des faits, les applications pratiques; le lendemain, elle nous ouvrira dans le domaine de la pensée, de la philosophie surtout, des horizons immenses; il est curieux de constater comme la femme évolue à l'aise dans ce domaine; tout le génie de la femme réside dans les antennes mystérieuses de son intuition et dans la valeur de son jugement.Ah! le jugement ! Dieu me préserve d'une femme qui en manque ! d'une femme sans bon sens, fantasque, étourdie, un peu piquée; ai-je raison ?— Hélas ! il y a.aujourd'hui, tant de vierges folles, demi-folles et quart de folles, qu'il faut joliement faire attention à l'équilibre du jugement, et à la capacité d'observer.— Je ne veux pas non plus dominer ma femme, je ne suis pas un sauvage, je !i délivrerai même du serment d'obéissance î — A quoi bon ?— Vous voulez dire, Madame, que ce serment n'a pas de valeur?— Si, beaucoup de valeur, puisque saint Paul y tient; mais je trouve seulement que, dans les ménages unis, personne ne commande, et personne n'obéit, car chacun cherche toujours l'avis, l'assentiment et le plaisir de l'autre; là, où l'amour règne, tout s'arrange à l'amiable.Oit va votre argent ?Dépensez-vous tout ce que vous gagnez?Il est toujours possible de faire quelques économies.Economisez-vous autant que vous le pouvez?Il est presque toujours possible d'économiser davantage.Ce qui compte, c'est l'épargne régulière.Mettez de côté chaque semaine, chaque quinzaine ou chaque mois, une partie de votre salaire ou de vos revenus.Ouvrez aujourd'hui un compte d'épargne à la Banque Canadienne Nationale 634 bureaux au Canada 65 succursales à Montréal Montréal LA DONNE PAROLE 7 Et quant les avis ne concordent pas, on cherche ensemble quelle est la solution la meilleure; et comment ne la trouverait-on pas lorsqu'on est vis-à-vis l'un de l'autre, dépouillé de tout orgueil?C'est suitout l'orgueil qui crée les divergences et les difficultés, et il n'existe pas quand chacun sai- partager ses responsabilités d'après ses aptitudes et laisse à l'autre, non seulement droit de regard dans son rayon, mais devoir de conseil ! Vous ne voulez pas dominer votre femme, m'avez-vous dit ?— Non, mais je veux pourtant la protéger et en même temps m'appuyer sur elle.Croyez-vous les deux conciliables ?• —Certes! la douceur et la force d'un amour sont dans cette conciliation.— C'est pourquoi, par conséquent, j'ai raison de la vouloir forte et faible, ayant une personnalité accentuée et une heureuse douceur; je voudrais qu'elle m'apporte tout ce qui me manque.— Bref, qu'elle vous complète ?— Non, plutôt qu'elle m'achève, qu'elle me fasse donner mon maximum, comprenez-vous, Madame ?—Si je comprends ! — Et les vertus dans tout cela, demandais-je à mon interlocuteur: jolie, intelligente, cultivée, très bien; mais je suppose que vous voulez aussi une femme vertueuse et capable ?— Cela va de soi ! —Comment, cela va de soi! Vous avez l'air de trouver fort naturel que l'épouse ait toutes les vertus ?— Sans aucun doute.(Quand je vous disais tout à l'heure, Mesdames, que la vertu était un fond de robe; ces diables d'hommes sont bien de cet avis ) — Je ne conçois pas, ajouta cet intéressant spécimen masculin, une femme qui ne serait ni bonne, ni dévouée; et je continuai moi-même : ni douce, ni active, ni franche, ni loyale; eh bien! mon cher ami, vous n'êtes pas difficile; et vous vous imaginez que vous allez trouver tout cela dans la même femme ?Mais ce n'est pas une femme que vous voulez, c'est un tréfor.—Eh bien! oui, justement.Madame; je voudrais un trésor, car elle devra être un exemple vivant pour nos enfants.J'en aurais un tel soin! Dites-moi que je peux l'espérer ?— On peut toujours espérer trouver un trésor, quand on possède une baguette de sorcier; l'avez-vous?— Je ne sais.— Et si a quarante ou cinquante ans, vous ne l'avez pas trouvé votre trésor, que ferez-vous?— J'épouserais peut-être Bécassine.— Mais, dites-moi, sérieusement, êtes-vous sûr de pouvoir rencontrer chez la même femme, même en cherchant bien, le charme, la culture, les vertus, la science ménagère; est-ce que vous vous imaginez, vous aussi, que ce n'est rien la science ménagère ?— Non, mais c'est inné chez la femme.— Inné ! Une science innée ?Dire que c'est un homme intelligent qui parle de science innée.— Non, mais en tout cas, point n'est besoin d'être bien malin pour y être expert quand on est femme; ce qui doit être intolérable, par exemple, c'est d'avoir une femme qui ne parle que du prix des denrées, du caractère de la bonne, des nettoyages.Non, tout, excepté une femme pot-au-feu.—Er l'argent, Monsieur, vous n'en parlez pas? /.A B 0 X X E PAROLE Montre (il — Oh! une dot rapporte si peu aujourd'hui, me dit négligemment mon "moins de trente ans", qu'il vaut mieux une femme capable, qui sache équilibrer son budget, qu'une autre qui dépensera vingt fois les revenus de sa dot et n'aura pas idée de la valeur de l'argent.Non, nous ne tenons pas exclusivement h la dot; ce «à quoi nous tenons, c'est a avoir : 1 0 une situation qui nous permette de rendre la vie agréable a la femme que nous aimons; 2° une femme qui aime la vie simple.— La vie la plus luxueuse est souvent si misérable! Mais tous les jeunes que vous connaissez, Monsieur, raisonnent-ils aussi bien que vous sur ce point et sont-ils aussi exigeants sur tous les autres?— A peu de chose près, car les temps sont durs, aucun de nous ne veut une poupée; nous voulons tous une vraie femme qui augmente notre valeur.— Et puis, ne riez pas, c'est beaucoup plus grave parce que le problème religieux nous préoccupe tous, et qu'il faut pouvoir en causer avec une femme qui ne soit pas une bigotte confite dans les dévotions de second ordre, mais une croyante qui sache dire lorsqu'on lfî lui demande pourquoi elle croit et.au besoin, dissiper parfois les doutes qui peuvent nous traverser; la foi du charbonnier, aujourd'hui, ne suffit plus; d'abord les charbonniers n'en ont plus, et puis les croyances sont si dicutées que la mère de nos enfants a besoin plus que jamais de savoir réfuter l'erreur; pour cela, il faut qu'une femme soit très instruite des choses religieuses, car si l'exemple d'une foi vécue est d'un exemple contagieux, la raison chez l'homme prime toujours le sentiment, surtout dans les problèmes que nous considérons comme les plus grands des problèmes intellectuels.Je crois que c'est Maritain d'ailleurs qui a dit dans la Primauté du Spirituel : Dieu aime l'Intelligence; néanmoins que de femmes très intelligentes dans tous les domaines sont stupides dans celui de leur foi.Mme Vérinc ajoute encore ces précieux conseils: «Que la femme ne perde pas de vue que tout chez elle doit tendre h conquérir, à garder son mari, à le faire grandir dans sa propre nature.L'essentiel est de gouverner par son influence mais de n'avoir pas l'air surtout « de porter la culotte ».comme on dit vulgairement.Qu'est-ce que cela peut bien nous faire de donner tout pouvoir à l'homme puisque, en fait, c'est nous qui régnons?Et nous régnerons d'autant plus que notre influence sera mystérieuse et occulte.» Enfin concernant le devoir social de l'épouse, l'auteur déclare:
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