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Titre :
La Canadienne : le magazine du Canada français
La Canadienne est un magazine féminin finement illustré (1920-1923) qui se destine à instruire, à amuser et à servir la famille. [...]
Le mensuel La Canadienne est fondé en janvier 1920 et paraît jusqu'en décembre 1923. Sous-titrée « Le magazine du Canada français », la revue est inspirée du périodique canadien Every Woman's World (1919-1921?). Dirigée par le journaliste et écrivain Joseph Léon Kemner Laflamme, elle est publiée à Québec, à Montréal, à Toronto et à Gardenvale (le lieu de l'édition varie selon le volume) par la Compagnie de publication Continentale limitée et, plus tard, par l'une de ses divisions, la Compagnie de publication La Canadienne. L'équipe éditoriale est composée entre autres de Madame Paul-Émile Lamarche et d'Edmond Piché. Dans le premier éditorial de la revue, intitulé « D'un mois à l'autre », les fondateurs de La Canadienne se donnent pour mission « d'instruire, d'amuser [et] de servir la famille ». Dans le sillage des publications destinées à un public féminin, la revue propose des articles qui traitent de culture, de mode, d'éducation des enfants, d'économie et de cinéma. Elle offre aussi à son lectorat une gamme variée de textes littéraires issus de la plume d'écrivains reconnus à l'époque, dont Louis Dantin, Émile Nelligan, Joseph Marmette, Charles Gill et Eudore Évanturel. La Canadienne est également la tribune choisie par certains collaborateurs pour aborder, de manière conventionnelle, des sujets qui trouvent place dans l'actualité de l'époque, comme la politique, le jazz et le féminisme. La renommée de la revue, qui compte au nombre des pionnières dans le domaine du magazine féminin québécois, est sans contredit rehaussée par son iconographie luxueuse : outre sa couverture et ses publicités en couleur, elle comporte de nombreuses illustrations. BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 277. FOURNIER, Marcel, « Portrait de l'édition franco-américaine d'autrefois », À rayons ouverts, no 54, avril-juin 2001, p. 6-7.
Éditeur :
  • Montréal :Compagnie de publication Continentale,1920-
Contenu spécifique :
v. 7, no 4
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La Canadienne : le magazine du Canada français, 1923, Collections de BAnQ.

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Abonnement GARDEN CITY PRESS Le numéro Modèle No.6525 Modèle No.6526 Modèle No.6530 Modèle No.6527 LES CARPETTES LINOLEUM DOMINION rendent les appartements confortables a peu de frais Au moyen des véritables Carpettes en Linoléum Dominion, vous rendrez, cet été, vos planchers agréablement frais et confortables.Salubres et économiques, ces carpettes sont au mieux dans le solarium, le vestibule et les chambres.Et ce qu'elles épargnent de travail pénible ! plus d'écurage ni de balayage.Leur entretien se résume à quelques coups de vadrouille humectée.Les Carpettes en Linoléum Dominion, faciles à poser, faciles d'entretien, et peu coûteuses, débarrassent de la poussière et des microbes, ce qui a son importance au point de vue de la santé.Elles ne requièrent pas d'être clouées, elles ne s'échiffent pas, ne s'usent pas au bord, et leur durabilité est extrême.Ceux qui préfèrent le Linoléum en pièces, peuvent se le procurer dans une grande variété de dessins et de coloris.Nous reproduisons ci-dessous quelques modèles, les plus en faveur.Le marchand de votre localité vous les étalera avec plaisir.N'achetez que le Linoléum à base de lourd canevas.Tels sont le Linoléu/n et les Carpettes en Linoléum Dominion.0254 Vol.VII—No.4 ABONNEMENT, $2.00 par année, payable d'a-vunce, pour le Canada et l'Empire Britannique.Le numéro, 20 cents.Etats-Unis, 11,00.Autres pays étrangers.|4.00 par année.Les remises peuvent être faites par mandat-poste, lettre recommandée, mandut-express ou chèque auquel on a ajouté le montant de rechange.ATTENTION.Changement d'adresse.Nous changeons l'adresse d'un -bonne à sa demande, mais il faut donner l'ancienne adresse en infime temps que la nouvelle pour que le changement puisse être fait.La Canadienne Le Magazine du Canada Français Président et Directeur-gérant: J.J.HARPELL Enregistrée au bureau de poste de Toronto, Out., comme matière de seconde classe.Demande a été faite pour l'enregistrement de La CANADIENNE comme matière de seconde classe au bureau de poste de Buffalo, N.Y.Marque déposée en 1610 au Ministère du Commerce et de l'Industrie.OtUwn, Ontario.Directeur: J.-L.K.Le magazine est par Garden City Garden vale.Que.LAFLAMME puollr Pres.Juillet, 1923 263 Adelaide Ouest C.D.Fox New York 235 Fifth Avenue C.E.Miller Publicité et Abonnements GARDEN CITY PRESS Gardenvale, P.Q.SUCCURSALES Toronto Montréal P.Q.Oardenvale, E.Fiché Chicago People's Gas Bldg.W.H.Stockwell' LES EMIGRES ONT-ILS AGRANDI LA PATRIE ?Ce mot d'Edmond de Nevers, auteur de L'Avenir du peuple Canadien-français et de L'Ame Américaine a repris, à la lumière d'événements récents, une poignante actualité.Les nôtres quittent, par milliers, le sol natal pour se dirige vers les Etats-Unis.A tel point que l'épis-copat a cru devoir, dans une lettre pastorale lue dans toutes nos églises, signaler les dangers île toutes sortes que comporte l'abandon de la terre.Les gouvernants eux-mêmes se sont émus de cet exode qui cadre assez mal avec ce qu'ils l'ont, à Ottawa, pour attirer chez nous des éléments nouveaux, et à Québec, pour rendre plus facile l'accès de nos régions colonisables.Le gouvernement fédéral a même voulu supplé-menter son œuvre en confiant à un comité de prêtres-colonisateurs le soin de favoriser par tous les moyens raisonnables le retour au pays île ceux des nôtres qui se sont établis dans la Nouvelle-Angleterre.En attendant les résultats de cette belle propagande, que nous voulons, certes, très favorables, on nous permettra de rappeler ici les conditions particulières qui font de cette émigration franco-américaine un sujet à part.Une fois de plus, nous voici en face d'une situation qui, intéressant l'avenir du peuple canadien-français dans ce qu'il a de vital, demande d'être traitée, l'on pourrait dire, en marge des lois qui président au développement normal de la nation.Et si l'on y songe bien, il est facile de constater que le sentiment ne compte guère dans les grandes migrations de peuples et que, chez tous ceux qui viennent comme chez ceux qui partent, le mobile des actions tient à des causes rigoureusement utilitaires.Autrement, le zèle des patriotes aidant, le développement de notre pays aurait pris une tout autre tournure.Beaucoup se rappellent avec quelle amertume on déplorait, il y a quelques années, le fait que les nôtres ne s'étaient pas dirigés en plus grand nombre vers l'Ouest canadien.Et l'on commentait tout ce qui aurait pu être ac-eumpli par un groupement compact de 300,000 ( anadiens-français sur l'ancien domaine de la Compagnie de la Baie d'Hudson.Et puis, fst-il bien sûr que, si ce conseil donné après coup eût été donné à temps pour être suivi, la politique canadienne eût donné une autre solution aux problèmes de race et de religion a# autrement.A preuve, cet extrait d'un discofl-s prononcé devant la Société Historique IManco-Américaine par Mr.Adjutor Rivard, de Québec, élevé depuis à la magistrature canadienne."Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'on devient transfuge en passant lea frontières.^Loin de là ! J'estime seulement que vous êtes dans la fournaise, alors que nous avons encore à peine à lutter, qui vous êtes en plein dans l'accomplissement de votre mission, alors que nous ne faisons qu'y penser.Et s'il fallait une comparaison pour rendre ma pensée, je vous conte rais qu'un jour il se trouvait deux frères qui avaient formé le projet d'acquérir autour d'eux une certaine influence et de faire pénétr,er leurs traditions, leurs mœurs et leur esprit chez les peuplades voisines; voici que l'aîné, confiant dans sa force et dans la sagesse de ses conseils, crut devoir rester au logis, s'y créer une atmosphère particulière et s'y reposer, tandis que l'autre, plus jeune et plus hardi, s'éloigna, pénétra jusqu'au cœur même des peuples d'alentour, et là, toujours fidèle, obéit à l'esprit de prosélytisme de sa race."Messieurs, il faut sans doute quelqu'un qui garde le logis paternel."Chacun a son rôle.Mais le rôle du fils cadet, s'il est plus dangereux, s'U expose à des périls plus grands, ne me parait ni moins noble, ni moins patriotique." Voici qui explique, dans une grande mesure, pourquoi tant des nôtres ont déjà passé la frontière et la passent tous les jours Et si l'on émigrait pour une question de sentiment, il y aurait dans l'œuvre accomplie par les Franco-Américains et, de fait, par tous les groupes français en dehors de la Province de Québec, de quoi attirer les plus belles énergies.Mais il y a plus.L'émigration n'est pas même due au désir naturel chez chacun d'améliorer une situation qui, autrement, serait assez tolerable.Elle est due à la rigueur de circonstances locales, aux mille infortunes diverses qui.le long de la vie, secouent les foyers les mieux établis; elle est due à l'excès de main-d'œuvre dans une occupation donnée et au désir des générations nouvelles d'essayer leurs ailes sous des horizons plus larges et plus favorables.L'émigration, oii qu'elle se produise, est toujours un signe de déséquilibre économique, quelle que soit son origine et quelle que soit la direction qu'elle prenne.C'est là qu'est le mal et, s'il y a un remède, c'est là qu'il faudra l'appliquer.Pour Paraître Prochainement "Le chevalier (Je mornac Chronique de la Nouvelle-France Par JOSEPH MARMETTE IAI 5érie de Romans Canadiens La Canadienne, Juillet 1 î>¦_*.i Groupe prit devant l'hôtel Clarendon avant le banquet offert à M.l'abbé George» Chartier, à l'occasion du 25e anniversaire de sa vie tacerdotale DOUBLE ANNIVERSAIRE A STE-ANNE-DE-BELLEVUE Pique-Nique des Imprimeurs des Syndicats Catholiques et Nationaux E 10 juin dernier se célébraient, dans la petite et coquette ville de Sainte-Anne-de-Bellevue, le double anniversaire de la fondation de la paroisse et de l'ordination sacerdotale de son vénérable et vénéré curé, l'abbé Georges Chartier.La paroisse de Sainte-Anne, reconnue canonique-ment en 1721, existait cependant en 1685.C'est donc le 250ième anniversaire de sa fondation que l'on a fêlé en même temps que les vingt-cinq ans de sacerdoce de son dévoué curé.A cette occasion, des festivités et des manifestations religieuses et populaires eurent lieu et durèrent trois jours, du 9 au II juin.De toute la province, affluèrent en foule des membres du clergé et des amis de la vieille paroisse.Une belle réception les attendait, car un comité des fêtes avait été formé par le sympathique vicaire, l'abbé Ed.Reeves-Gravel assisté de M.Odilas Deniers comme secrétaire.A leur zèle et à leur uc-tivité admirables est dû le succès de cette fête mémorable dont nous donnerons un bref exposé.I.* samedi, 9 juin, l'abbé Chartier fut reçu par les Soeurs de la Congrégation.A cet effet, les élèves avaient préparé un joli programme.Le lendemain, dimanche, la mes e solennelle fut chantée par le digne curé, assisté des abbés U.-H.Trembluy et .1.-II.Moageau.Un sermon fut donné par le R.P.F.-X.Forest, C.S.V., directeur du collège Bourget, ù Kigaud.La vieille et humble petite église n'a jamais contenu, aussi fièrement, une foule plus compacte.A l'issue de la messe, une réception eut lieu au presbytère, d'où les invités se rendirent, au nombre d'environ 500, à l'hôtel Clarendon pour prendre part à un banquet.Le vénéré curé Chartier y reçut de nouvelles marques de respect, d'estime et d'amitié qui le rendirent très ému.Des dons lui furent offerts, entre autres une bourse bien garnie, que, spontanément, il destina aux oeuvres de charité de sa paroisse.Le même jour eut lieu aussi une manifestation ouvrière que les organisateurs avaient voulu faire coïncider avec les festivités paroissiales, afin d'augmenter encore l'affluence de la foule en ce jour mémorable.Ce fut le pique-nique des ouvriers de l'imprimerie affiliés aux Syndicats catholiques et nationaux de Montréal, qui répondirent à l'invitation de leurs confrères de Garden City Press.Ce fut là aussi un vrai succès.Après la réception proprement dite aux vastes ateliers de l'imprimerie, les joyeux pique-niqueurs se rendirent aux terrains de jeux de Garden City Press et y prirent un bon dîner sur l'herbe.Après quoi des jeux furent commencés, dont la variété et l'originalité ont fait la gaieté des concurrents et des spectateurs.Il y eut aussi de très nombreux et de magnifiques prix, qui ont d'ailleurs été bien appréciés par les heureux gagnants.Nous ne pouvons passer sous silence les promoteurs et les organisateurs de cette manifestation ouvrière, manifestation pacifique s'il en fut.Ils furent pour Garden City Press, MM.G.Van Wtberghe (Vanut), A.Sanscartier, P.-E.Piché, Mlle A.Cousineau; MM.A.Chicoine et A.Gingras.Le comité de Montréal avuit comme membres: MM.A.Comeau, G.Tremblay, J.-A.Léonard, J.-N.Tellier, L.-N.Myette.A ce comité s'était joint le dévoué et sympathique aumônier, l'abbé Hébert, qui a béni le dîner rustique.Nous devons inentionngr aussi le joli programme-souvenir que Garden City Press a offert à tous les visiteurs ce jour-là.Ce souvenir est un réel petit chef-d'oeuvre de typographie et est un de.plu.beaux spé-imens d'imprimerie que l'on ait vus.Des demandes pour des exemplaires ont afflué de toutes les parties de la province de Québec, dont plusieurs provenant de nos plus importantes bibliothèques, entre autre-, celle de Saint-Sulpice.Ceci prouve que le goût artistique que l'on a immédiatement découvert dans cet opuscule de luxe, a surpris ceux qui savent apprécier l'art.Le crédit de cette tentative appréciable pour le rehaussement de l'art dans l'imprimerie doit être attribué à juste titre à M.G.Van Wtberghe (Vanut), chef des travaux et surintendant-général de Garden City Press, qui est un épris d'art et qui a voulu réfuter — comme l'a très bien dit VEvénement de Québec dans une note bibliographique à ce sujet, — "cet allégué mensonger qui veut que nous soyons inférieurs ou incapables".Il a prouvé par là aussi, qve les unions des Syndicats des Imprimeurs possèdent des membres qui se classent parmi les meilleurs experts de la province de Québec.Pour terminer, 'quelques notes historiques sur Sain te-Anne-de-Belle vue recueillies par M.J.Gauthier.Le 20 septembre 1685, l'évêque étant venu se fixer au haut de l'île avec M.Remy, curé de Lachine, accompagné de M.Dollier de Casson, prêtre de Saint-Sulpice et grand-vicaire, étendait les bornes de lo mission appelée alors "Mission Saint-Louis." Lu première entrée que nous ayons actuellement dans les registres à Sainte-Anne, date du 18 décembre 1703, et est signée par M.de Breslay; — le registres de 1685 à 1703 sont à Lachine.Nous n'avons pu encore jeter de lumière sur la date exacte de l'érection de la chapelle, qui a été démolie en 1900 pour faire place au couvent de la Congregation.Cependant, c'est un fait établi qu'en 16H5 il existait une chapelle à la Pointe Saint-LouK laquelle fut détruite par les Iroquois en 1687.Jean de Lalonde, le premier marguillier de ladite parobse, fut massacré dans l'automne (1687).Voici la liste des curés qui se sont succédés ii Sainte-Anne: Elie Deperet, 1717-1726.Jacquev Joseph Gladel, 1727.C.de La Gondalie, 1727-172* Jean Matin, 1728.Jean-Bte Gay Des Enclaves, 172"-1731.Jean Matin, 1731-1734.Elie Deperet, 1784-1T35 Pierre Sartelou, 1735-1740.Elie Deperet, 1740-171:' Simon Louis Perthuis, 1742-1747.Elie Deperet,'1747-1753.Mathieu Guillon, 1753-1754.Elie Deperet, 1751 1757, décédé à Sainte-Anne le 17 avril 1757.Jem Claude Mathcvet, 1757.Pierre Sartelou, 1758-17UN Inconnu, 1768-1781.Pierre Conefroy, 1781-1790, curé de Pointe-Claire.Frans.-Joseph Cazeneuve, I78H-1797, avec desserte de l'île Perrot.Pierre Gibert, 1797-1803.J.-Bte Dumouchel, 1802-1803 curé de Ste-Geneviève.Barthélmey Fortin, 1903-1830, curé de l« Pointe-Claire, desserte.Pierre Damase Ricard, 1831-1832, curé de Pointe-Claire.Pierre Jacques de La-mothe, 1932-1839.Amable Brais, 1840-1844.François Marie Lamarre, 1844-1848.Marie-Jo^eph-Edouard Chevigny, 1848-1850.Neyrou (inconnu), 1850-185J.Louis-Joseph Huot, 1852-1854.Jo eph-Trefflé Las-nier, 1855-1858.Georges fils de Octave Chevrefik 1858-1903.Georges Forbes, Fidèle Peron, Georges Chartier.C'était le district que devait desservir le missionnaire de cette mission qui comprenait le haut de l'île jusqu'à Pointe-Claire, l'île Perrot, Snulanges, Vaudreuil et l'île aux Tourtes.Cet à peu près la même délimitation que celle marquée par le décret de 172'-'.moins toutefois la purtie Est de l'île Perrot (jui échut La Canadienne, Juillet 1923 t à la paroisse de Pointe-Claire.Notons qu'en 1685 la Pointe-Claire n'existait pas comme paroisse, mais seulement de nom.La paroisse de Sainte-Anne-du-Bout-de-l'Ile fut de nouveau limitée par le décret du 28 octobre 1831 pour les fins religieuses.(Municipalités et paroisses.C.E.Deschamps, page 320.) C'est vers 1673 que M.de Fénélon commença son oeuvre de régénération à l'endroit appelé Gentilly."Le danger, loin d'effrayer nos ancêtres, semblait provoquer leur audace; comme leur nombre augmentait rapidement, notre zélé missionnaire se chargea encore de leur prodiguer les secours spirituels.Il fut nommé curé du haut de l'Ile de Montréal, c'est-à-dire du territoire où se trouvent aujourd'hui les paroisses si pittoresques et si florissantes de Lachine, la Pointe-Claire et Sainte-Anne.M.de Fénélon qui se trouvait le frère consunguin de l'archevêque de Cambrui, est donc le premier curé du haut de l'Ile — et comme il y avait déjà des colons échelonnés sur tout le littoral jusqu'à Senneville, aujourd'hui tout nous porte à croire que, comme le père Aloez, il partait en canot avec sa chapelle et ses ornements sacerdotaux pour aller dire la messe dans lu demeure d'un des colons établis au haut de l'Ile.L'incident Perrot et le sermon de Pâques, 25 mars 1674., prononcé par M.de Fénélon, dans lequel le gouverneur du Canada, M.de Frontenac, se crut visé, furent les cuuses pour lesquelles l'Abbé dut remettre les îles Courcelles au Séminaire de peur d'en voir la concession révoquée par le gouverneur.Il passa en France en même temps que Perrot, pour ne plus revenir, et mourut vers 1679, âgé de 38 ans, usé sans doute par ses travaux de missionnaire et par une énergie désormais conaamnée à l'inaction.La première écluse de Sainte-Anne a été ouverte à la navigation le 26 juin 1843.Cependant, en 1831, lu législature du Bas-Canada vuta un crédit pour lu construction d'un cunal en cet endroit, et le 13 décembre de cette année, le gouverneur transmettait à la chambre le rapport du lieutenant-colonel Du-vernet, I.R., dans lequel il y avait trois plans de proposés.En 1834 le projet revient sur le tapis à l'occasion de la pétition de T.E.Jones, propriétaire de moulin, demandant l'autorisation de construire un canal sur su propriété, au village de Sainte-Anne.Ce projet parut d'abord favorable, mais un bill à cet effet ne subit qu'une seule lecture.En 1835 le capitaine T.Yule, ingénieur, présenta plusieurs plans pour cette écluse.Les demandes et projets ci-haut mentionnés n'eurent aucun résultat.Une nouvelle pétition fut présentée à la chambre en 1836 (24 février), concernant les avantages du canal proposé de Sainte-Anne.La compagnie, qui monopolisait le canal Rideau, ne tenait guère au ennui de Sainte-Anne.D'ailleurs, il existait depuis 1816 un canal entre Vaudreuil et l'Ile Perrot (au rapide), qui était la propriété de la compagnie dite "Compagnie d'expédition à vapeur de Saint-André." Dans ce canal pouvait passer un bateau de 20 chevaux-vapeur.La compagnie d'expédition de l'Outaouais, qui en devint propriétaire, l'agrandit vers 1832.Cette écluse de Vaudreuil continuu d'exister jusqu'à l'ouverture du canal de Sainte-Anne (1843).En parlant de la compagnie qui naviguait par Vaudreuil, la législature qui s'était saisie de cette affaire scandnleuse déclara que "le monopole dont jouissait cette compagnie était tellement préjudiciable aux intérêts généraux du commerce qu'elle dut faire des remontrances au gouverneur à ce sujet, et ces remontrances eurent pour effet de faire prendre des mesures immédiates pour ta construction de l'écluse actuelle de Sainte-Anne." (Rapport général du commissaire des travaux publics.—1867.) En 1839 un ingénieur reçut ordre de faire les plans et le contrat était signé le 18 mai 1840.L'écluse fut ouverte en juin 1843 et complètement terminée le 14 novembre de la même année.Les deux piliers qui longeaient la route de l'ancien chenal en descendant vers la Pointe-à-Caron, presque disparus aujourd'hui, furent bâtis en 1849.Tous les ouvrages faits pour l'écluse, le canal, les piliers et réparations coûtèrent au gouvernement la somme de $134,456.51.Le canal de Carillon fut ouvert en 1833.Le canal de Rideau fut ouvert en 1832.LE MAT DE COCAONE Un des divertissements au Pique-nique du imprimeurs des Syndicats Le canal de Lachine fut commencé en 1700 d'après les idées de M.de Breslay, premier curé de Sainte-Anne.Les Sulpiciens y dépensèrent beaucoup d'argent.Un bill fut présenté en 1821, abrogeant l'acte de 1815, qui autorisait ses promoteurs, une compagnie privée, de faire ce canal.Le canal fut commencé en juillet 1821 et ouvert en 1835.La deuxième écluse de Sainte-Anne date de 1880.Le Grand-Tronc commença entre Montréal et Vaudreuil le 19 novembre 1855.Cependant il y avait déjà une ligne entre Montréal et Lachine datant de novembre 1847.Le premier voyage du Canadien Pacifique à Sainte-Anne eut lieu le 1er mai 1891.L'aqueduc et le pouvoir d'eau actuellement en usage ont été commencés en mai 1912.M.J.S.Vallée étant maire de la ville.Les truvuux furent terminés en 1913, M.Bruno Lalonde étant alors maire.Le contrat fut signé le 28 août 1911 devait L.-J.Boileau, notaire.Le système d'éclairage à l'électricité fut mis en usage le 23 juillet 1913 et coûta $18,000.Plus tard la ville fut forcée par le bureau d'hygiène de foire construire un réservoir à filtre au coût de $34,000.Ce travail fut commencé le 25 août 1917 et terminé le 20 juin 1919.Le coût total du système d'éclairage, de l'aqueduc et des bâtisses est de $324,000.Depuis 1880, date de l'ouverture du 2ième canal, le commerce commença à prendre un peu d'avantage L'expropriation des terrains, pur le gouvernement fédéral, pour l'usage de la nouvelle écluse, donna un peu d'aise à certaines familles, des magasins furent bâtis et la navigation sur l'Ottawa prit tous les jours une proportion très avuntugeuse pour Sainte-Anne.Le Grand-Tronc se ressentant du progrès de nos villages uugmentu le nombre de ses trains, et son horaire étant remanié, nombre de' résidents se mirent à voyager et allèrent chercher à Montréal l'argent qu'ils dépensaient ici.Le Canadien Pacifique (1891) continua l'oeuvre si bien commencée par le Grand-Tronc.Peu à peu Senneville devint le rendez-vous des personnes haut cotées de la métropole.Aujourd'hui Senneville est le jardin de l'Ile de Montréal et le lieu de résidence de nos millionnaires.Heureuse coïncidence, Sennesillc, à la fin du lîième siècle, était le rendez-vous des hommes les plus riches du Canada* et au 20ième siècle nous trouvons encore sur le fief de LeBer des hommes remarquables par leurs fortunes.Par son site pittoresque, Sainte-Anne devait être un jour ce qu'elle est aujourd'hui.Quoique les manufactures n'aient pu entrer sur le terrain de la Ville de Sainte-Anne, il y a quand même une activité peu ordinaire relativement à sa population qui n'est que de 2,000 environ.Le Collège Macdonald qui a coûté près de $3,-000,000 y comp.-is le terrain, est un monument digne de mention.Nous avons un couvent et un collège où de nombreux élèves vont chercher une instruction digne de ces institutions.Nos maisons de commerce peuvent rivaliser avec celles des villes les plus peuplées.Comme industrie, il y a les établissements d'imprimerie de Garden City Press, qui embellissent les abords du Canadien Pacifique par leur belle construction, les pelouses bien entretenues et les fleurs aux multiples couleurs qui ornent les alentours pendant la saison d'été.Enfin Suinte-Anne par son site et par ses avantages matériels peut être considérée à bon droit comme l'une des petites villes les plus florissantes de la Province.Le dtner sur l'herbe des membres du comité du Pique-nique des Syndicats catholiques et nationaux à Saint t-A nne-de-Bellevue à l'occasion des fêtes anniversaires.M.l'abbé Hébert, aumônier des Syndicats, y préside L V I ¦ Canadienne Juillet |u-.M Victoires et Ch ansons Par le REV.P.HUGOLIN, O.F.M.IV.-CARII.IXJN ' A H1 l.I.ON !.I.h ni.icir de ces trois syllabes chargées de gloire française fait vibrer nos coeurs et toujours le fera.I.a victoire de Carillon est Tune des plus belles, non-seulement de l'épopée militaire française au Canada, mais encore des annales de l'humanité.Vingt mille Anglais battus, mis en déroute par trois mille cinq cents des nôtres ! Quid dujet quid miles' quid strata ingentia ligna f En tignum' En victor! Deus kic, Deut ip$e triumphal,1 gravera Montcalm sur la grande croix qu'au lendemain de Min triomphe il fera dresser au Dieu des armées.C'était modeste et c'était juste, mais Dieu avait eu.en Montcalm, un "lieutenant" digne ie seconder ses desseins, et dans les soldats iu général des héros dignes de leur chef.Nous sommes au printemps de 1858.Montcalm dispose de forces numériquement très inférieures; il ne peut songer à l'offensive, •t il se demande avec angoisse quel sera pour .•ette année le plan d'attaque de l'ennemi.Il l'apprend enfin.Avec toutes leurs forces concentrées sur les ruines de ce qui fut le fort William-Henry, les Anglais vont descendre à Montreal par la voie du lac Champlain et de la livière Richelieu.A la tête du lac Champlain, le seul obstacle qui barre la route à l'en.ahisseur, le petit fort français, mal bâti, plus mal entretenu, de Carillon.Carillon enlevé de haute main, le chemin de la Nouvelle-France est libre devant ennemi___ le plan de Montcalm est aussitôt formé: il ira attendre les Anglais à Carillon.Son plan était aussi simple qu'ingénieux.Sur la lisière des bois qui sauf du côté du lac, entourent le fort, s'élève à une demi-portée de canon, devant la place, un mamelon qui le domine.C'était la clef de la position.On décida d'enfermer cette eminence, ainsi que le fort lui-même, dans un retranchement bastionné construit avec des troncs superposes; en même temps, on déboiserait les entours, et les arbres abattus là resteraient à terre, leurs branches aiguisées servant de chevaux de frise.En s'arrétant le 6 juillet au soir sous le canon du fort, les troupes aperçurent le nouveau retranchement de huit à neuf pieds de hauteur: il suivait les sinuosités du sol et U us ses bastions de bois se flanquaient réciproquement.Des batteries improvisées et le canon du fori balayaient le bord de l'eau et, à droite, quelques trouées qu'on n'eut pas le temps de fermer.Mais l'abatis projeté pour défendre les approches restait à faire.Le lendemain, les officiers, une hache à la main, donnent l'exemple, "les drapeaux plantés sur l'ouvrage".Les érables tombant sur les bouleaux, les hêtres pourpres sur les pins.L'armée travaillait de bon coeur; cependant elle cherchait des yeux le brave Lévis: "Où est Lévis?" Enfin le voici: "Vive Lévis T II accourait du pays des Cinq-Nations avec quatre cents soldats d'élite.Grâce à ce renfort, le seul qui parvint à temps, le nombre des combattants sera de trois mille cinq cents.On couche au bivouac: dès l'aube, la générale réveille les bûcherons et la hache de frapper encore.( haque bataillon, l'arme au bras, est dans son bastion, Royal-Roussïllon au centre, avec son drapeau d ordonnance rouge et bleu.Le soleil de juillet, brûlant en ce climat, "un soleil de Naples," calcinait les rives du Champlain."Mes enfants, la journée sera chaude," drt Montcalm en jetant à terre son habit Déjà, aux sons aigus du fifre et de la cornemuse, les Anglo-Américains s'élançaient dans la clarière en quatre colonnes, grenadiers en tête et chasseurs sur les flancs.L'ennemi à cinquante pas du retranchement, les fusils français, jusqu'alors immobiles, s'abaissèrent sur toute la ligne: trois mille balles sifflèrent à la fois, décharge foudroyante au milieu des rangs déjà rompus par les obstacles des abords.Les Anglais vacillèrent sous le plomb, reculèrent, puis revinrent intrépidement à la charge, pour reculer encore et revenir pendant six heures de suite.Effroyable va-et-vient, entremêlé de sorties à la baïonnette, au milieu de l'abatis d'arbres enflammés par la fusillade.Vers sept heures du soir les attaques cessèrent, le feu continua sur la lisière de la forêt; à huit heures, il s'éteignit.Etait-ce possible! les Français ne purent croire d'abord à leur succès.Toute la nuit se passa à compléter le retranchement qu'on s'attendait à voir attaqué le lendemain par l'artillerie.Mais l'ennemi ne revint plut, le découragement des troupes qui s'étaient crues assurées d'une facile victoire, l'ineptie du général, l'ombre de ces grands bois si redoutables dans les ténèbres, avaient changé l'arrêt en retraite, la retraite en panique.Telle fut la bataille de Carillon, fait d'armes aussi héroïque qu'inconnu.Pauvre victoire délaissée dont l'histoire de France garde à peine la trace! Son souvenir semble s'être envolé avec le bruit des cloches qui en sonnèrent le Te Deum.' Non, le souvenir en est impérissable, et le son même des cloches qui alors si joyeusement carillonnèrent sur la Nouvelle-France a été noté par un chansonnier de l'époque.Ses strophes essaiment encore à tout vent cette musique dont la mélodie fit sur les oreilles anglaises, dit la chanson, le plus lugubre effet: Le diable emporte les sonneurs Avec les sonneries ! Quand tout le monde est déconfit L'on n'a pas tort de crier: fi! Du carillon de la Nouvelle-France.CETTE spirituelle chanson dut avoir en 1758 une vogue énorme.Son auteur n'est autre que M.Marchand, vicaire général du diocèse de Québec, l'auteur du fameux poëme t rugi-comique sur les Troubles de l'Eglise du Canada en 1728, au sujet de la sépulture de Mgr de Saint-Vallier, second éve-que de Québec.1 C'est du moins ce qu'il appert pur l'entête d'une ancienne copie manuscrite, dénichée dans un journal écrit en 1801 par un Récollet de Montréal, le frère Bonaventure Deschéneaux.¦ Le Carillon de la Nouvelle-France Messieurs, quand nous avons appri- Vos pompeuses approches, Il est vrai, nous n'avons pas pris De flambeaux ni de torches; Mais pour bien mieux vous honorer D'abord nous avons fait sonner I^e carillon Ibis] de lu Nouvelle-France.* Voir le numéro de juin, pp.4 et fi.1 Me vante* ni le chef, ni l'année, ni ce* bot* abattus void l'étendard I voici le vainqueur I Ctrl Dieu qui «eut.tel.triomphe! 1 — Bonnkchose, Uontratm et le Canada Fronçait, pp.7 et sul».• — Publié dans le Bulletin det Rechercha hittorit/ues, 18»7.avec une notice mt M.Miirehand.2 On dit que le cérémonial Vous purut incommode; C'est Montcalm notre générol Qui l'a mis à lu mode; Car dès qu'on voit de vos Soldats, Il faut qu'on sonne ù tour de bru I* carillon [61*| de la Nouvelle-France Vous vous plaignez que tous nos airs Vous écorchent l'oreille, Cependant ces brillants concerts S'accordent à merveille; Montcalm en marque les accents Et ses troupes les contretemps Du carillon [bit] de lu Nourelle-Franci Vous espériez dans notre fort Manger une salade; Nous vous avons servi d'abord Une fine poivrade.Vous la trouviez d'un si haut goût Que vous n'entendiez plus les coups Du carillon (bit) de la Nouvelle-France Vous avez bien senti les sons Différents de nos cloches, Pour en distinguer tous les tons Vous étiez un peu proches.U ne fallait point avancer Quand vous avez vu commencer Le carillon [bit] de la Nouvelle-France 1 Vous avez dans ce jour perdu Vos chapeaux et vos tuques; Si les Indiens eussent paru Vous perdiez vos perruques, Vous eussiez crié, mais en vain, L'on n'eût point arrêté le train Du carillon Ibis] de la Nouvelle-France.* Un Anglais: Merci, messieurs, de vos honneurs Laissons les railleries; Le diable emporte les sonneurs Avec les sonneries: Quand tout le monde est déconfit L'on n'a pas tort de crier : fi ! Du carillon [6i»] de la Nouvelle-Frunce.AU fond, je ne blâme pas messieurs les Anglais, et personne ne les blâmera, de n'avoir pas apprécié la mélodie du Carillon de la Nouvelle-France.Je trouve seulement, parce que je n'en ai pas l'explication, plutôt étrange leur envie — et c'est à quoi le chansonnier ramène leur partie de campagne aux champs de Carillon — de venir là s'empiffrer de salade.Cela me fait ressouvenir gafment de la petite débauche d'herbe tendre, qu'en un pré de moines passant le brave âne du bon Lafontaine s'était permise, et qui.à lui aussi, valut un haro! dans les grands prix.Or, chose curieuse, et preuve que salade n'est point là que pour rimer avec poivrade, la chanson suivante résume aussi en une envie famélique pour lu salade de Carillon l'entreprise des Anglais.1 4— Le texte du "Carillon de la Nouvelle-France" n'est pas aux archives de l'Hôtel-Dleu de Quebec.La seule copie manuscrite que j'en connaisse est celle du récollet.Elle ne diffère aucunement de la version qu'en a publiée M.Larue en 18(13, dans ses Chantons historiques, loc.cit.M.Larue ne donne pas le nom de l'auteur, et je pense bleu qu'il l'Ignorait.Un mot du Journal du frère Bonaventure.C'est une sorte de capharnnum nsseï curieux et souvent Intéressant, dont peut-être Je ferai l'Inventaire un jour — ou l'autre — plutôt l'autre pour le bénéfice des lecteurs de la Nouvelle France.C'est là simple bonne intention qu'il ne faut pas confondre avec promesse! 5 — Allusion évidente, et peut-être Inopportune.au\ scènes barbares de William Henry.De son côté, le soir même de sa victoire, Montcalm écrit h Dorell: "L'armée, el trop petite armée du roi, vient de battre ses ennemis Quelle journée pour la France! SI J'avnls eu deux cents sauvages pour servir tête h un détachement de mille hommes d'élite dont j'avais confié le commandement au chevalier de Lévis, Il ne s'en serait pas échappé beaucoup dnns leur fuite." • — Soutenir que Je ne soupçonne absolument pas le sen" qu'il convient d'attacher à cette "salade" serait outrepasser la vérité.Je pense que tout simplement l'auteur, ou mieux les auteurs, puisque deux chansonniers parlent de salade ont voulu signifier ceci: Les Anglais pensèrent nous manger en salade.ou encore: Ils s'Imaginèrent ne fnlre qu une bouchée de nous, si peu nombreux.Llttré et autre* donnent bien un sens militaire a salade: troupe formée de différentes armes, mais Je ne vols pas que nos chansonnier» emploient salade en ce sens.Contenu en ce mot.Il y n aussi, en de certaines chansons populaires et généralement grivoises, un sens caché qui ne saurait uvolr Ici son application. La Canadienne, .Juillet 19*23 5 1 Ce fut un beau samedi.En mil sept cent cinquante-huit, Que les Anglais ont fait attaque Sur nos frontières de Carillon.Vivent nos braves bataillons ! 2 Vingt mille hommes ils ont avancé.Croyant nous épouvanter.Croyant manger une salade Dans les cantons de Carillon.Vivent nos braves bataillons! 3 3 Il nous a pris des vaisseaux.Nous lui prenons des châteaux.Voilà la ressemblance; Il nous rendra notre bien F.t nous garderons le sien.Voilà la différence.4 Chouaguen vaut Rrauséjour, " Chacun triomphe a son tour, Voilà la ressemblance; Mais vis-à-vis de Carillon, " Qu'y a-t-il à mettre de bon?Voilà la différence.La salade qu'ils ont mangée Etait fort bien assaisonnée ; Mais le vinaigre est un peu aigre Dans les cantons de Carillon.Vivent nos braves bataillons ! Ils ont avancé dans le fonds Croyant y prendre nos vallons, Mais grâce à nos canonniers Trois de leurs barges furent coulees.Vivent nos braves canonniers ! L'Anglais cherche des lauriers.Autant en font nos jjuerriers.Voilà la ressemblance; I>es Français en font amas, L'Anglais n'en moissonne pas.Voilà la différence.IJLLAS! le- lauriers mois-mmr.Carillon nous les * avions payé, d'une autre moisson: 700 hommes de l'armée française avaient été tués! "Chiffre énorme dans une si petite armée, où le prix d'un homme se multipliait par le carré de- distances entre la France et l'Amérique." " Pauvre roi Ceorg'; te via foutu, Pour toi la bataille est perdue' La pensée exprimée en cette strophe incomplète est admirablement achevée dan, ce triolet, rencontré à la suite d'une lettre de la Mère .luchereau de Saint-Ignace, aux archives de l'Hôtel-Dieu de Québec: Avec raison Le roi George aura l'humeur noire.Il se fâchera tout de bon Avec raison Quand il apprendra la victoire Dont le Canada se fait gloire Avec raison.Ce triolet, qui "vaut seul un long poème,"* est au manuscrit précédé d'une chanson de cinq couplets, sous la rubrique: Chanson canadienne.Canadienne elle l'est, mais seulement dans son application aux événements du Canada d'une chanson française composée en 1757 sur les maréchaux d'Es-trées et de Richelieu: Nous avons deux généraux Qui tous deux sont maréchaux, Voilà la ressemblance.L'un de Mars est le favori Et l'autre l'est de Louis, Voilà la différence." L'auteur de la Chanson Canadienne est peut-être la Mère Juchereau elle-même; elle l'adresse à un correspondant en France, avec une lettre datée du 20 octobre 1758.Chanson Canadienne •i Le Français comme l'Anglais Prétend soutenir ses droits, " Voilà la ressemblance ; Le Français par équité.L'Anglais par duplicité, Voilà la différence.L'Anglais fait des prisonniers.Nous en faisons par milliers.Voilà la ressemblance ; Le Français les traite bien.Et l'Anglais les traite en chien.Voilà la différence.T — Strophe n I nsi tronquée dans les Chansnns htttonqurs 'le Larue.h qui j'emprunte ma citation.' — Pour lui donner.cette valeur.Il m'a fallu régula-riser ce triolet, fautif nu mnnuscrlt: Avec raison Le roi George aura l'humeur noire.Avec ralon, etc.' — Chantons hittoriquet, loc.cit., p, 18.10 — On écrivait alors Anglols, que l'on prononçait Ang/ouais, ce qui rimait avec droits, aussi prononcé nroimit».Vers à dire REQUIESCAT IN PACE Des croix, des croix, toujours des croix! La plaine immense se déroule: A droite, à gauche, on aperçoit Des croix monter sur une houle.Et c'est vraiment comme une mer.Une mer aux flots d'épaves.Lourde de deuils, aux flots couverts De mâts brisés, de noyés hâves.Une vergue émerge des flots.Et puis une autre une autre encore! Chacun semble en ce chaos Une croix dont le geste implore.La plaine est semblable à la mer: Aussi loin que porte la vue.Sous le ciel funèbre et couvert' Où passe lourdement la nue, A droite, à gauche, on aperçoit.Emergeant au ras de la plaine.Des croix, de simples croix de bois, L'étendue immense en est pleine! Des croix sans noms, sur des tombeaux Qui se prolongent dans l'espace.Croix de sapins ou de bouleaux Que fait gémir le vent qui passe.Des croix toujours, toujours des croix! Le flot sans cesse se déroule A droite, à gauche, on aperçoit Des croix monter comme une houle.Et toutes dressent dans le soir.Au-dessus de la plaine immense.Dans un geste de désespoir.Leurs pauvres bras lourds de souffrance.LEON GRENET.Et Bougainville et Bourlamaque étaient blessés, et les hôpitaux regorgèrent '*.nos soldats.A-t-on jamais songé à c milliers de soldats des régiments du Béarn, du Lai.^ucdoc, du Royal-Rous-sillon, succombant sur nos "arpents de neige", pour nous conserver Français?Ah! les braves coeurs!.Et a-t-on assez réfléchi sur cette poignante réalité: "Ces vaillants laissaient en France leur patrie, une u — Le fort de Beauséjour, en Acadie, pris par les Anglais en 1733.u — Le manuscrit de l'Hôtel Dieu, au lieu de Carillon a Port-Mahon.Ce port de l'iue de Minorque fut enlevé aux Anglais en 1736 pare les Français commandés pare le maréchal de Richelieu, et sans doute à la chanson française, dont la chanson canadienne n'est qu'un décalque, ainsi que je l'ai dit, Ut-on, à la gloire de ce fait d'armes: Mais vit-à-vis de Port-Mahon, changé en Carillon dans l'adnptatlon canadienne.La Mère Sainte-Hélène aura oublié de faire cette retouche à sa copie.Deux éditions de cette chanson, celle du Foyer Canadien en 18SS.et celle de Wnion Libérale, No du ïs septembre 1S8S.portent le mot Carillon." — Bonnechose, Montcaln.et le Canada Français, p.»:.famille; un père, une mere, des soeurs, une femme, ou une "promise", images aimées et lointaines vers qui se tournaient leurs regards expirants?.Quels deuils dans les foyers de France! Par ailleurs, la prise de Port-Mahon, l'un des plus beaux faits d'armes de la guerre de Sept Ans en Europe, fut chantée en France comme le furent chez nous nos victoires.Le recueil manuscrit de l'Hôtel-Dieu se termine par une "chanson française" sur la prise de Port-Mahon ; j'en cite, à titre de curiosité, le premier couplet.Il y en a trois.Ces braves insulaires • Qui font, qui font sur mer les corsairrs.Ailleurs ne tiennent guère I.e Port-Mahon est pris, I-e Port-Mahon est pris.Ils en sont tout surpris.Il est pris, il est pris.Ces forbans d'Angleterre, t'es fou', ces fou,' ces foudres dr rjurrre.Sur mer comme sur terre, Dés qu'ils ont combattu Sont battus [fer].Deuils inutiles?sacrifices perdus?Ils ne réussirent pas a garder le Canada a la France, c'est vrai, mai-le souvenir ferment qui leur survit ne contribue-t-il pas à nous conserver l'âme française?Il n'y a sur cela aucun doute, depuis un demi siècle surtout que le passé revit dans le présent, par la vertu de l'événement que voici.T F.premier jour dr l'année 1898, le» abonnés dm ^Journal dt Québec recevaient en hommage de nouvel an, en guise sans doute dr la chanson eoutumière.un poème nouveau d'allure héroïque.Le poème, contenu en huit pages in-octavo, imprimé sur papier azur, comptait trente-deux -trophes et deux cent quarante-quatre vers; au bas du dernier on lisait ce nom: Octave Crémazie.C'était l'apparition du Drapeau de Carillon, destiné à commémorer le 100e anniversaire de la grande victoire, et plus encore, par sa portée générale, à raviver la flamme nationale au coeur de la race canadienne-française.Le poète faisait à sa race par ce poème un cadeau île nouvel an comme jamais elle n'en as.,il ta, et j'imagine aisément les patriotiques ardeurs qui, en l'hiver de 1858, réchauffèrent le coeur de nos braves gens, a l'évocation — très neuve pour cette génération — des gloires ancestrales.Le poète leur demandait: Pensex-vous quelquefois à ces temps glorieux le voir.L'opinion nous impose la lutte.L'opinion est reine, reine désordonnée et furieuse comme l'océan.Elle agite toutes les questions Les idée-se brassent et se heurtent.Il faudrait être sourd pour ne pas entendre les discussions contemporaines, et muet pour n'y pas prendre part Les mécréants nous imposent la lutte; nous voudrions ne pas lutter que nous ne le pourrions pas.Nous sommes à l'état de lutte." — S.G.Mgr Gibier.Evéque de Versailles. 6 La Canadienne, Juillet 1928 Néanmoins Ut déiagrémtntt d* et voyag* nt suffisaient pat pour arrêter des gens habitués à la Côte Nord du Oolfe Saint-Laurent.DRAME DU NORD APITAINE, il vaut mieux tenir le large, dit le second du voilier "Le Cormoran"; nous allons certainement nous briser sur les récifs.— Non, non, laissez-moi faire; encore quelques minutes et si je ne me trompe pas, je pourrai conduire le bateau comme dans la plus belle brise.Abatte» de la toile." Ces paroles du capitaine arrivaient à propos pour rassurer l'équipage du "Cormoran", un fin voilier luttant contre une terrible tempête.Sous les ordres de ses propriétaires: le commandant Simard et Louis de Montigu, son second, ie navire remontait le golfe Saint-Laurent pour se rendre à la Pointe des Monts.En plus des membres de l'équipage, se trouvaient à bord: l'épouse du capitaine et celle de son lieutenant — deux soeurs, — ainsi que Louise, âgée de quatre ans et fille du second.On était à la fin de l'automne, saison de rudes tempêtes dans ces parages; aussi tout le navire craquait sous les coups de l'ouragan.La neige, soufflée par «le vent, tombait si dense et formait un brouillard tellement opaque que de la poupe du vaisseau on n'en pouvait distinguer la proue.Et dans la tempête le bâtiment paraissait filer au hazard, prêt à tout instant à s'éventrer sur les écueils.Si au moins, les matelots avaient pu manoeuvrer à leur aise; mais le froid vif qu'il faisait les cordages raidis par le verglas, les poulies glacées, le navire couvert de glace et de neige, tout rendait le travail des hommes presque impossible.Il était lugubre l'aspect de ce navire, fantôme blanc bondissant en aveugle dans le brouillard blanc, avec la rafTale sifflant dans sa mâture et menaçant de le désemparer, avec les vagues, masses d'eau alourdies par le froid, assaillant sa coque comme de titanesques catapultes, et balayant souvent le pont où s'épaississait toujours la couche de glace.Avec un navire de construction ordinaire et un équipage pçu expérimenté dans le Saint-Laurent, le désastre eût été certain, mais le "Cormoran" était bâti pour résister aux tempêtes de toutes les latitudes; et ses marins, rudes gaillards ayant fréquenté toutes les mers, avaient une confiance illimitée dans leur capitaine, homme aussi familier à tous les recoins du golfe qu'à ceux de son bâtiment et, qui disait quelquefois, quand il avait l'humeur à la plaisanterie: "Les yeux bandés, je pourrais diriger mon navire sur ces eaux, en prêtant seulement ma joue a la brise et erf écoutant le bruit des vagues." Tous les gens du bord avec leur chef, riaient bien un peu de cette badine ventardise; mais néanmoins, ils croyaient le hardi navigateur capable d'exécuter ce tour de force à peu de chose près.Et malgré le danger du moment, tous les matelots, poussés plus par la curiosité que par l'inquiétude, regardaient souvent leur capitaine en pensant: "Nous allons bien voir s'il est aussi fort qu'il le prétend." Mais concentrant toute leur énergie dans cette lutte contre les durs éléments de l'hiver, cramponné* à leur tache, engourdis par le froid, silencieux, ils n'osaient se communiquer leurs réflexions.Par L.-PH.COTE Le capitaine, sous >on habit luisant de glace, ne bronchait pas.Insensible à la froidure, énergique, l'oreille au guet, il n'avait d'attention que pour la conduite de son navire.Tout à coup un cri du second: "I.es récifs, les récifs par tribord ! capitaine, entendez-vous le fracas des vagues qui s'y brisent?Vite au large ou nous sommes perdus." — J'entends, et j'attendais ce signal depuis longtemps, répondit le capitaine avec calme; par lui je suis maintenant convaincu que nous approchons de Mingan.Encore un noeud sur cette course et nous sommes sauvés.Abattez les voiles." En effet, quelques minutes plus tard "Le Cormoran" virait à droite et entrait en eau calme dans la Baie de Mingan.lous les marins, maintenant joyeux, acclamaient et félicitaient leur chef, en dévoués admirateurs de son habileté.Le vent diminuait de violence; mais comme le jour baissait et que tout le monde avait besoin de repos, on décida de passer la nuit à l'ancre, au fond de la Baie et de ne continuer vers la Pointe des Monts que le lendemain.Par malheur, durant la nuit, le froid augmenta; et De Montigu, en montant sur le pont le matin, vit la Baie couverte d'une épaisse couche de glace et le bâtiment emprisonné pour l'hiver.Heureusement, l'endroit était sûr et le navire bien pourvu d'approvTCionnement.Cependant, le capitaine, son second, les deux femmes et la petite Louise, devaient se rendre à Pointe des Monts; et "Le Corcoran" immobilisé, il leur fallait parcourir plus de cent milles dans des traîneaux tirés par des chiens.C'était, dans cette contrée, le seul moyen de locomotion, avec les voyages par eau en été.Ce mode de transport manquait d'attraits, et n'était pns encore utilisable pour le moment; il fallait attendre une couche de neige a»sez épaisse pour rend-e les chemins praticables aux traîneaux.Néanmoins, les désagréments de ce voyage ne suffisaient pas pour arrêter des gens habitués à la côte Nord du golfe Saint-Laurent; et surtout Mesdames Simard et de Montigu, désireuses de passer la rude saison chez leur père, M.Fraser, gardien du phare de la Pointe des Montr;, et qu'elles n'avaient pas vu depuis deux ans que le "Cormoran" naviguait dans l'Amérique du Sud.Le petit village de Mingan était souvent visité par des sauvages montagnais dont un grand nombre résidaient même dans la place.Les Naskapis, vivant plus su Nord, s'y voyaient souvent aussi; et les Esquimaux de l'extrême Nord, venaient de temps en temps y trafiquer leurs fourrures.I.es Naskapis s'alliaient quelquefois aux Esquimaux et aux Montagnais; mais jameis ces deux dernières tribus ne contractaient d'alliances entre elles.Même, elles étaiet un peu ennemies; mais, par crainte de la loi, n'osaient se combattre ouvertement.Cette animn-sité, fatal héritage de leurs ancêtres qui s'étaient livré des guerres exterminatrices, provenait beaucoup aussi de la grande dissemblance de leurs moeurs.Ainsi le Montagnais d'une jalousie farouche sous le rapport des femmes, différait en cela de l'Esquimaux insensible ù ce sentiment; aussi la polygamie était-elle fort en usage chez les hommes du nord.Par exemple, si un homme marié manifestait le désir de prendre une seconde femme, sa première trouvait la chose toute naturelle; et même n'était pas fâchée d'avoir une compagne pour l'aider dans la confection des habits.De même, si la femme désirait un autre mari, le premier ne lui refusait pas cette faveur, et appréciait l'utilité d'un autre chasseur contribuant avec lui, à l'entretien de la famille.Il arrivait aussi que deux époux s'échangeaient leurs femmes pour un temps limité ou indéfini.Pendant le temps que les Français restèrent dans le village, les Indiens, en grands enfants curieux, venaient souvent visiter le navire.Un jour, arriva dans la place, un parti de dix Esquimaux, commandé par le grand Chef Kotokoé.Cet indien jeune encore, faisait l'orgueil de sa tribu.Renommé par sa sagesse, sa bravoure, sa force musculaire et son habilité à la casse, chacun le craignait en le respectant, de là en était-il devenu présomptueux et fort arrogant.Chose surprenante chez un homme de sa race, il montrait une certaine distinction dans ses manières, et ne s'était pas encore choisi une femme parmi celle de sa nation.Plusieurs le prétendaient né d'un explorateur blanc et d'une femme indienne.En effet, toute sa personne dénotait cette rigine.Cependant, sous ces belles apparences, se voilait une âme orgueilleuse, vindicative et rusée.Il se rendait souvent à bord du bateau dont les propriétaires s'amusaient beaucoup à le faire parler.Ils admiraient en lui une race intelligente, mais remarquaient cette particularité propre aux sauvages de l'Amérique: un mutisme absolu et interminable.A ces moments inutile de le questionner, absorbé en lui-même il ne répondait pas.I>es Français finirent aussi par s'apercevoir qu'il fixait fréquemment ses regards sur Madame de Montigu, de façon singulière et gênante pour elle.Ils s'amusaient fort de la chose et en taquinaient la jeune femme.Ils ne s'imaginaient pas que le sujet de leurs railleries devait, en se développant, leur causer bientôt une douleur atroce.Un jour, que De Montigu se promenait sur le pont du navire, Kotokoé vînt le rejoindre, et au moyen de signes et de quelques mots français lui fit comprendre qu'il lui demandait la faveur de partager son épouse pour l'hiver, et lui offrait de grandes quantités de peaux en échange.De Montigu ignorant cette particularité des moeurs indiennes, et insulté dans ses plus chers sentiments, ne pût retenir sa rage et souffleta si fortement le sauvage qu'il l'envoya rouler à terre.Kotokoé, ne comprenant pas la cause de cette attaque, se rua enragé sur le Français.Les deux hommes étaient athlètes tous les deux, et bien que sans armes, allaient se livrer une lutte à mort. La Canadienne, Juillet 1923 7 Le sauvage chercliuit à étrangler «on agresseur, niais le Français le repoussait toujours des pied, et des poings, et lui portait des coups qui eussent étourdi un homme ordinaire.Cependant, l'Indien, toujours sur ses pieds, bondissait comme un tigre sur son adversaire.Evitant son étreinte en se je-tnnt de côté, De Montigu enfin, le frappa de son pied à la poitrine et retendit sur le pont.Mais avant que le blanc eut pu le maîtriser, Kotokoé, déjà debout, bondissait en arrière de lui et le saisissait à la gorge.De Montigu se baissa pour éviter l'étreinte et attrapa les jambes du suuvage.Les deux hommes roulèrent ensemble sur le pont.Le navigateur parvint à s'échapper de la formidable prise; mais ù peine était-il debout, face à son ennemi, que l'Indien lui crispait déjà ses serres à la gorge.Il eût un rcnaclement d'étouffé; mais en même temps leva le genou et en frappa si rudement Kotokoé à la poitrine qu'il lui coupa la respiration et lui fît lâcher prise.Comme le peau-rouge se jetait aussitôt sur lui, il fit un bond en arrière; puis, dans un saut en avant, frappa l'Indien à la mâchoire avec tout le poids de son corps et toute la force de son bras, et l'étendit assommé.Tout l'équipage, attiré par le bruit, arrivait alors sur les lieux."Que signifie tout cela mon ami"?questionna le capitaine.— Croiriez-vous que ce chien de sauvage vient de me proposer de par-tuger ma femme avec lui pour l'hiver, répondit le second." A ces mots les matelots saisirent Kotokoé qui reprenait ses sens, et le jetèrent duns la neige, en bas du navire."Mon ami, dit le capitaine, si l'affaire était arrivée entre deux blancs, l'insulte serait impardonnable; mais dans le moment ce n'est pas la même chose.Vous ignorez que chez les Esquimaux, la coutume de partager les femmes, est toute naturelle.Si vous aviez connu cette particularité, mon cher Louis, vous auriez ri de la proposition de Kotokoé et au lieu de cette tragédie, une bonne farce nous aurait amusé.Maintenant nous avons une mauvaise affaire sur les bras, car ces sauvages sont rusés et ne pardonnent pas une injure.Voyez de quelle façon Kotokoé nous regarde en s'éloignant et écoutez-le nous menacer dans son language." Malgré les appréhensions du capitaine, les quelques jours suivants se passèrent dans la tranquillité, et les marins se riaient des menaces du .auvage.Hélas ! c'est quelquefois dans les moments de complète sécurité que les plus dures épreuves viennent anéantir les joies de l'existence.Le malheur, comme la mort, frappe sans avis.La vengeance savoure son forfait avant de l'accomplir, médite ses crimes, et ne tarde à se montrer que pour agir plus cruellement; tel le reptile qui sait attendre et se plaît à nivrer ses regards du spectacle de sa victime avant de lui darder son venin.Ainsi Kotokoé mûrissait à l'écart ses infâmes projets, préparait ses plans et se grisait à la pensée des souffrances qu'il allait faire endurer.Rien pourtant ne faisait soupçonner un drame quand, par un beau soir, les femmes et les officiers étaient occupés à une partie de cartes pendant que les matelots racontaient des histoires, avec un grnnd bruit de voix.Tous ces marins, compatriotes du capitaine, faisaient preuve d'un inlassable dévouement envers leurs officiers.Ceux-ci, en revanche, les traitaient plus en camarade qu'en subalternes.La joie était firande à bord ce jour-là, car le lendemain, chacun (levait partir pour son foyer respectif.Ah! la joie du retour quand après deux ans d'absence, deux ans de périls, on allait enfin revoir la chère maison, embrasser les siens, se réjouir, se sentir aimé, être heureux ! "Mais qu'a donc Dick?" dit tout à coup Madame Simard.Ce Dick était un grand chien danois plus brave el vigoureux que tout autre et très attaché à ses maîtres.Ce soir-là l'animal paraissait d'une nervosité peu commune chez, lui; grondait, se levait les "rrilles dressées, furetait ici et là, retournait se Coucher, regardait M.Simard, se relevait, enfin ne tenait pas en place.Personne ne répondit à Madame Simard, mais ses pi.roles et l'attitude du chien aux aguets firent naît.-e une vague inquiétude chez '"us les assistants."Berthe, dit peu après De Montigu en prêtant l'oreille, je ne sais si je fais erreur, muis il me semble avoir entendu pleurer la petite Louise; tu ferait peut-être bien d'aller voir si elle est bien endormie.— Depuis ton aventure avec le sauvage, je n'aime guère à me promener seule In nuit à bord du bateau.— Bah, ce sont de \ aines craintes; tu sais bien que nous avons toujours une sentinelle sur le pont.D'ailleurs, je puis bien y aller moi-même si tu as peur.— Non, ne te dérange pa', je vais y aller.Il faut que je dompte cette peur qui me tourmente toujours quand je suis seule dans l'obscurité.Cependant, je crois que tu me fais lever bien inutilement, car j'ai l'oreille fine et n'ai rien entendu." Et elle sortit de la salle en se maîtrisant, mais remplie d'une certaine crainte, non pour elle, mais |>our la petite Loui-e; car une mère ne songe guère à son propre danger quand il s'agit de son enfant.Tout-à-coup on entendit un cri de désespoir, un cri de femme qu'un traître égorgerait ou dont il déchirerait l'enfant.Un instant figée sur place, la joyeuse société se lança à la rescousse pour s'arrêter devant Madame de Montigu qui, défaillante arrivait en criant: "Vite, vite Louis, la petice n'est plus dans la cabine.Elle a été enlevée, elle a été enlevée, car elle n'aurait pu sortir elle-même, j'avais bien fermé la porte.Oh! mon Dieu! qu'est-elle devenue?" En même temps les matelots accouraient à ce bruit inusité.Le tumulte était grand; chacun émettait une opinion, chacun suggérait un moyen ; l'un disait l'enfant égarée dans le bateau, l'autre la croyait enlevée comme otage pour en obtenir une rançon.Un autre la pensait s'amusant sur le pont Lé vtnt commença à tourbillonner »t la ntig* à tomber »n rafalti avec la sentinelle."J'ai bien crû entendre des cris d'enfant, dit le gros Pierre, mais j'ai pensé que la petite s'éveillait, tout simplement." La sentinelle arriva alors pour expliquer qu'elle avait vu un sauvage s'enfuir à toutes jambes du navire; mais comme elle avait reconnu un Montagnais elle avait pris ce fuyard pour un simple maraudeur.Cependant, elle venait tout de même avertir le Capitaine.Comme l'homme de garde finissait de parler, un vieux sauvage montagnais entra.Il s'assit lentement sur le plancher, alluma son calumet et gravement, s'adressa à De Montigu."Mon frère, le visage pâ!e, sait-il où est sa jeune fille, belle comme la fleur en été?" — Non, elle n'est pas ici, elle est disparue.Sais-tu où elle est ?Vite, parle, parle donc! — Le vieux chasseur de caribous, Ononda, n'aime pas à parler vite, et à cause de cela, sa langue ne fourche jamais.Apprends donc que ton frère le Peau-Rouge a vu Kotokoé fuir vers l'étoile immobile, et qu'il a entendu dans ses traîneaux, les cris de ta fleur de mai.— Aux traîneaux, aux traîneaux! s'écrie De Montigu; il faut le rattraper.Ah! si je le tenais! Tous allaient se mettre à la poursuite sans plan déterminé, quand un jeune sauvage arriva pour donner les derniers renseignements.Il raconta que, caché dans une cabane, il avait entendu Kotokoé et le Montagnais Knutouk.i, un traître, comploter pour ravir la petite fille.L'Esquimaux avait promis à son complice vingt peaux de castor pour prix de son forfait.Puis le jeune sauvage surpris par les deux malfaiteurs et attaché dans la cabane, avait vu dix Esquimaux, avec leurs attelages de chiens, fuir à toute vitesse vers le Nord.Peu après, une vieille Squaw attirée par ses cris l'avait délivré.Le parti à prendre était tout dicté: il fallait suivre la piste des ravisseurs et les gagner de vitesse.Tous les matelots voulaient être de la partie, mais il ne fût trouvé que quatre traîneaux.En consequence, on décida aussitôt, que le capitaine.De Montigu, le deuxième second, le maître charpentier et quatre sauvages feraient partie de l'expédition.De Montigu embrasso son épouse à demie inconsciente."Sois courageuse, lui dit-il, et prie Dieu de la protéger; avec son aide nous la ramènerons." Puis, la piste des malfaiteurs reconnue, on y lança le chien danois et les autres suivirent à toute allure Ces hommes couraient huit contre dix, mais tous étaient de fiers gaillards bien armés et heureux devant les dangers.fis n'ignoraient pas a quels périls ils s'exposaient dans cette poursuite acharnée.Ils connaissaient la férocité et l'astuce des sauvages; ils savaient 1rs indiens capables de leur tendre une embuscade et de les massacrer lâchement.Mais ces réflexions, loin de les ecrayer, augmentaient leur courage.Pour sauver la malheureuse enfant, les marins, habitués à se jouer des montagnes d'eau, -e sentaient capables de sourire devant des plaines de feu aussi bien que dans les solitudes glacées du Nord.Et les Montagnais, pour venger de vieilles incultes, ne connaissaient rien qui pût les arrêter, pas même la certitude de la damnation éternelle.Tous ces braves avaient peine à maîtriser Irur ardeur.Ils s'impatientaient de rester inactifs dans les voitures; ils auraient voulu courir eux-même-, devancer les chiens qui n'allaient pas assez vite à leur gré et qu'ils excitaient sans cesse autant du fouet que de leurs cris.Et pourtant, les pauvre-, bêtes y allaient avec entrain.Elles galopaient sur la neige à la suite de Dick, sautaient les troncs d'arbres renversés franchissaient d'un bond les petits ruisseaux, disparaissaient presque quelquefois dans la neige molle; et gueule ouverte, langue pendante, couraient, couraient toujours sous la verdure assombrie des sapins et* dans l'obscurité blanchie par le gazon froid et immaculé de î"hiver.A leur suite, les traîneaux glissaient, quelquefois mollement, d'autres fois cahotaient, bondissaient sur les obstacles, heurtaient les arbres; mais toujours tirés de- l'avant, ressemblaient à une victime attachée à la ]ueue d'une bête fougueuse sur une route défoncée.Plus les sauveteurs avançaient, plus il se faisaient silencieux par prudence.Et bientôt dans la forêt majestueuse par ses grands arbres et son sjlejice, on n'entendit pins que le hurlement lointain de quelques * loups, le souffle précipité des chiens et les sifflements du fouet.• Sans s'arrêter, l'expédition bondissait toujours vers le nord, vers la plus grande solitude.Les monts succédaient aux vallées, les vallées remplaçaient les monts, les lacs s'égrenaient à la suite des lacs, mais les traîneaux ne s'arrêtaient pas; et toute la nuit filèrent sans rencontrer autre chose des ennemis, que la trace révélatrice de leur passage.Comme pour décourager ces vaillants, les impitoyables éléments du nord, parurent vouloir seconder les habitants de leurs régions glaciales.Le vent commença i tourbillonner et la neige à tomber en rafales.La poudrerie aveuglait hommes et bêtes, et la nature accapare use étendait sa blancheur sur les êtres et les choses.Les chiens s'affaiblissaient et le froid à la fin engourdissait les hommes.Leur courage ne diminuait pas, mais l'espoir de la réussite commençait à s'émousser.Quelles bêtes conduisaient-ils donc ces insaisissables Esquimaux, pour qu'on ne put les rattraper «près une telle course?Et la neige, cette neige impitoyable! Dick allait-il pouvoir suivre la piste bientô invisible.Et pourtant, il fallait réussir, il le fallait.Tout-à-coup, sur un cri bref du guide, le chien de tête s'arrêta brusquement.Les autres entraînés par leur élan, se heurtèrent aux traîneaux culbutèrent, s'emmêlèrent dans leurs attelages, se mordirent, hurlèrent.A cette alerte les hommes saisirent leurs armes et coururent à l'avant.Il faisait maintenant jour et les sauveteurs, de leurs yeux excités, cherchaient à distinguer l'ennemi à travers les jeunes sapins et les buttes de neige.Le guide n'avait pas beugé.C'était un Métis qui, élevé parmi les Indiens possédait une partie des traits de leur caractère.Il tenait cependant du Français par sa loquacité."Qu'y a-t-il?demanda le Capitaine.— Il y a que nous sommes arrêtés, répondit le guide.— Et pourquoi?cria de Montigu.Continuons, courons.Si les chiens -ont à bout, nous marcherons.Ah! quand il me faudrait aller seul, je mar-ch-rais jusqu'au pôle pour retrouver ma petite fille." Dans cette nm.ute de découragement, sa pensée se porta vers le Ciel et son âme lança un cri, une prière vers la protectrice des hommes: "Ah! Vierge Sainte qui fûtes mère, pitié pour ma fille, pitié pour s« maman !" "Voyons, dit le capitaine au Métis, que veux-tu faire?Désespères-tu de les atteindre, songes-tu a retourner en arrière?—Non.l'homme au sang mêlé doit accomplir une grande vengeance avant de coucher dans sa cabane.Les hommes du Nord doivent à cette heure se croire loin de nos balles et ralentir leur allure.Si nous les poursuivons toui 3urs ainsi, ils nous entendront venir et nous tueront.Mon frère voit donc qu'il faut changer de piste. 8 Ha Canadienne, Juiflxt lf>23 Un moraliste ignoré sous Louis XIV N 1665, messire Gaspard Augery, prédicateur ordinaire du roi, faisait paraître à, Aix-en-Provenee un ouvrage ascétique infiniment curieux et peu connu dans lequel se reflètent fidèlement les moeurs-provinciales de l'époque.Le but de l'ouvrage s'énonce suffisamment dans le titre: La Saint e-V%»rg& mariée pour tervir de modèle aux dame» chrétien-net.Et l'on y trouve condensées toutes les qualités, françaises des meilleurs écrivains ou orateurs dui temps, lu verve de Molière, la vigueur de Montaigne qui venait de publier ses Essais, l'observation de Lai Bruyère plus de vingt ans avant la parution des Caractères, et la rude franchise de Bourdaloue.Mais autant que par ces qualités l'ouvrage vaut pour nous par la documentation précise qu'il nous, apporte sur les moeurs, et aussi par la constatation, somme toute consolante pour nous, que les vices et les travers de l'humanité sont les mêmes par tous les temps, à peu de chose près.Ecoutez messire Gaspard Augery parler du mariage et dites si ces lignes ne pourraient être datées d'hier pour les vérités qu'elles renferment sinon pour la forme qu'elles revêtent."L'intérêt seul ou la volupté — dit-il — fait faire des contrats de mariage ; on ne pense guère à une fille si elle n'est dorée, ù moins qu'une folie d'rmour n'aie fasciné les yeux et le coeur.On attend qu'un grand dot dégagera une maison, qu'une riche alliance pourra couvrir la roture d'un homme devenu riche par le hasard.Une fille pense à son beau jour avec impatience, pour se tirer de la soumission où la tient sa mère.On dispose l'esprit d'une fille à penser au mariage par la montre de la dernière vanité: on ne lui parle que de colliers de perles, de poinçons, de diamants, de précieux bijoux, que de riches étoffes dont la mode en fait le prix par l'adresse des marchands et des tailleurs, lui persuadant par semblable considération à violer souvent la parole qu'elle avait donnée à Dieu d'être toute à lui ou la disposant à perdre ou dissimuler la haine ou l'aversion qu'elle aura pour un homme qu'elle n'ainera jamais." Et l'auteur exprime avec âpreté les motifs qui font rechercher le mariage à ses contemporains: "On se marie moins pour plaire à Dieu que pour se complaire à soi-même.Cet attirail de vanité, ces meubles prodigieux dont on pare les maisons souvent avec scandale, ces collets, ces perles, ces diamants et tous ces bijoux dont on charge plutôt qu'on n'embellit la nouvelle épousée, ces brocards et ces robes de prix dont on balaye les rues, les soins des coiffeuses et des tailleurs pour habiller ces idoles du monde font assez voir qu'on ne pense pas à s'approcher de Dieu." Les temps sont-il changés?Aujourd'hui les "tailleurs" s'appellent des "couturiers" et l'exposition des cadeaux de noces et le communiqué fait aux journaux des merveilles que renferment les fameuses "corbeilles de mariage" marquent plutôt une recrudescence d$ cette vanité.Et l'auteur s'écrie: "Demandez à ce jeune homme pourquoi il se marie.Il répondra que c'est pour s'accomoder et se plaire.Dites à cette fille qui désire sa noce avec tant d'impatience à quoi elle songe en se mariant.Elle vous dira que c'est pour tenir son rang, pour être hors de tutelle, pour être brave maitresse de ses actions et pour soumettre l'esprit et le coeur d'un fat de mari à son empire." Puis, le mariage consommé voici la discorde, eu l'antipathie sourde entre les nouveaux époux et leurs beaux parents.Décidément, rien de nouveau sous le soleil, pas même les couplets de nos chansonniers d'il y a vingt ans sur les belles-mères.Et ces sentiments hostiles ne désarment pas même devant il mort, si nous en croyons messire Augery! "La perversion du siècle, — dit-il, — semble corrompre le sang et la nature dans le coeur de la plupart des enfants, et principalement des enfants d'alliance, quf sont dans la joie, voyant approcher la mort d'un beau-père qui aura trop parlé pour avin-eer un ingrat, le regardant comme une personne inutile, parce qu'il leur a fait trop de bien, comme un homme embarrassant, incommode et de mauvaise humeur parce qu'une folle qui sera la femme de cet enfant lui inspirera l'aversion de ceux qui l'ont mis au monde et qui souvent l'ont avancé au préjudice de ses propres frères moins ingrats que lui."Entrez dams la chambre du père ou de la mère malade, la fille ou le fils naturel et légitime aura bien quelque douleur; mais celui ou celle qui sera entrée dans cette alliance s'en rira dans le coeur cependant qu'il grimacera en apparence et ne songera qu'à plier la toilette et à dérober tout ce qu'il y aura de précieux dans la maison au préjudice des autres enfants, sans penser qu'ils soft obligés à la restitution."A considérer ce qui se passe dans ce siècle, on dirait qu'on ne met des beaux-fils ou des belles-filles dans la maison que pour en chasser ceux qui sont assez fous de les y introduire, attendant avec impa- Par PAUL FERMENT tience cet heureux jour qu'ils seront mis dans le tombeau, cependant que ces belles gens auront une joie sensible et véritable masquée d'une douleur apparente et hypocrite, les laissant tous nuds sur le carreau, pour leur reprocher, même après leur mort, la faute qu'ils ont faite de se dépouiller durant leur vie."Aussi ces pères ou proches méprisés reprocheront un jour leur ingratitude, attendant que ces dénaturés reçoivent de leurs descendants le fruit du mauvais exemple qu'ils ont donné." Mais l'auteur ne se borne pas à ces traits impitoyables contre des défauts qui sont de tous les temps, hélas! et de tous les lieux.Voici une description amusante et combien véridique d'un mariage: "La vanité, qui règle les modes, a établi dans les cérémonies des mariages, les visites, les congratulations et les compliments comme des choses inséparables.U faut que les mariées soient tout le jour comme des reines du mois de mai, et le mari comme un acteur de comédie sur le théâtre, celui-ci chargé de ses habits de fête, celle-là prisonnière dans son corps de cotte, sans oser se plaindre, et recevoir les compliments de l'un et de l'autre sexe de toute une ville dont plusieurs y vont moins pour leur faire honneur que pour voir l'assemblée, y voir les ameublements et les habits nuptiaux, observer toutes les actions de cette nouvelle femme, qui doit s'étudier à voir qui entre et qui sort, sans pouvoir être de la conversation et observer ceux qui se divertissent à ses dépens." Puis, après que les flambeaux sont éteints et que les violons s'en sont allés, quand les nouveaux époux ont prononcé "l'enfin seuls !" voici que la discorde pénètre dans leur intimité de fraîche date, si nous en croyons messire Gaspard: "Mais souffrons ces premiers beaux jours; donnons au monde et à la mode le temps de toutes les visites qu'un mari complaisant souffre, les cajoleries et la coquetterie de sa nouvelle épouse.S'il vient après la fête à lui parler du dessein qu'il a de se retirer de la ville pour s'éloigner de la compagnie des méchants ou le plus souvent pour faire ses affaires, cette femme tombe d'abord des nues; elle vient d'une extrémité à l'autre, et la tristesse succède à la joie.Et, bien que Dieu veut que la volonté de l'épouse se perde en celle du mari, les dames de ce siècle ne sont pas d'accord de cela, et il leur faut bien du temps pour étudier cette maxime, sans dessein pourtant de la pratiquer.Cette seule proposition donnera tant de chagrin à cette nouvelle femme qu'elle fermera la porte de la maison et se rendra invisible à tout le monde.Le mari qui ne s'est marié que par considération, s'il est endetté, pense de faire passer la dot de son épouse dans les coffres de ses créanciers ; il commence de régler sa libéralité et de rechercher l'épargne.Ainsi voilà les divisions dès le commencement de ce nouveau ménage." Tout cela est presque, pourrait-on dire, d'une piquante actualité.Tout le roman moderne a trouvé sa provende dans cette situation des nouveaux époux décrite en quelques lignes par Augery.Et celui-ci qu'attendrit surtout le sort des beaux-pères et des belles-mères leur dit encore la pitié que jui inspire leur triste sort: "Les parents des mariés, qui n'ont consenti à cette alliance que pour accroître leur félicité avec leur joie, se voient incontinent trompés.Cette fille qui entre dans la maison et (fui devait la soulager en est la ruine.Ce jeune homme, qui est obligé d'estimer et servir ses pères et mères en est ennuyé.Ces nouveaux feux ne produisant que de glace à l'égard de ces vieillards, leur compagnie est insupportable à ces belles gens, leur humeur les choque, leur économie les fâche et, en un mot, leur présence les met de mauvaise humeur, principalement si le jeune homme se voit riche par la fortune qui a favorisé ses ayeux, s'il est appuyé d'une riche alliance, se croyant alors de meilleure maison que son père qui sera vêtu encore selon sa condition: il s'imaginera qu'il importe donc de ne voir plus chez lui ce petit marchand qui a commencé sa fortune avec une boîte de cinquante livres, que ce paysan que l'usure a fait riche ne doit plus paraître devant ce nouveau monsieur, que ce solliciteur ou praticien qui a agrandi sa maison des procès qu'il a poursuivis pour autrui ne mérite plus d'être à sa compagnie, que ce vieux Rodrigue, qui veut régler son fils et sa belle-fille à son humeur par les règles dune véritable et entière sagesse ne sait ce qu'il fait." Messire Gaspard Augery fustige ensuite la vanité des riches qui se faisaient bâtir de fastueuses demeures pour étaler leurs fortunes.Nous trouvons pourtant dans ces lignes matière à louer les maçons et les architectes du temps, auxquels les nôtres ne ressemblent guère.Qu'on en juge: "Les anciens monarques, — dit-il, — pour marquer leur magnificence, ont fait bâtir des hôtels qui ne sont ni si grands ni si ornés que les maisons des personnes de qualité fort médiocre.Un petit praticien venu depuis deux jours abattra plusieurs maisons pour se faire un palais capable de loger tous les habitants de son village.On bâtit maintenant comme si on ne devait jamais mourir, quoiqu'on mange à un festin comme si on devait mourir le lenrlc-main." Et ceci nous renseigne sur la "construction" rln temps: "Le dehors et le dedans des maisons sunt embellis de tout ce que la nature et l'art peuu-m produire; les planchers semblent par leur élévation devoir servir à des géants, les chambres, d'une grandeur que la nature n'en peut imaginer de plus spacieuses, tout cela peint avec bien de la dépense.L'or, qui ne devrait servir qu'à nos églises, est emploi, jusques au dehors des fenêtres.Il faut de précieux tapis et des draps de pied pour marcher dessus.Les murailles sont revêtues d'une double tapisserie, les lits tendus de velours, de brocart ou de broderie.H faut de la vaisselle d'argent et de vermeil dor?pour la table, mille raretés superflues et de prix pour charger ou orner le bord d'une cheminée ou le dessus d'un cabinet, employer tous les ouvrages rie Flandres et d'Allemagne, tous les peintres d'Italie pour faire des tableaux qui assortissent la majesté du lieu, et tout cela pour des personnes qui ne sont ni princes, ni ducs et pairs que dans l'imagination qu'ils ont qu'ils les valent bien." Aujourd'hui, après deux siècles, nous trouvons que sur ce point, le brave auteur force un peu la sévérité.Somme toute, les bâtisseurs d'alors pou vaient dire comme l'octogénaire de la fable: "Mes arrière-neveux me devront cet ombrage, ou, dans l'espèce, cette maison." Tous ceux qui font construire aujourd'hui ne pourraient, peut-être, en dire autant Le luxe de la maison doit entraîner celui de la vêture.Aussi "une petite fille, qui essuyait la vaisselle chez son père, voudra, se mariant, plus de collets, plus de bijoux qu'une reine.Dix paires d'habits couverts d'or et de broderie ne la satisferont pas et, pour laisser partout des marques de la vanité, elle veut balayer les rues, que l'or et le brocard balayent le pavé de la ville et que ses jupes soient à longues queues.Malheureuse comète qui prédit dès lors toute sorte de désolation à leur maison et à leur mari !" Ce dernier trait est digne de Molière et l'ouvrage abonde en boutades de ce genre.Voici en quels termes éloquents le moraliste attaque la "mode" des réceptions mondaines.Comme d'autres passages celui-ci pourrait s'appliquer à aujourd'hui et sans doute à demi tant que "le monde" sera le monde."Il semble que les hommes ne sont au monde que pour recevoir ou faire la compagnie.C'est pour cela que la vanité des hommes bâtit des maisons grandes et superbes, qu'on lambrisse les planchers, qu'on couvre les murailles de riche tapisserie, qu'on fait des meubles précieux qu'il faut suivant la mode, refaire tous les ans, parce que jusques aux petites filles mariées ne veulent pas que les mêmes ameublements paraissent deux fois, mais en faire autant qu'elles feront de couches, abusant de la faiblesse d'un mari complaisant.Et tout cet appareil, qui ruine une famille, est pour recevoir ces faiseurs de révérences, qui usent le pavé de toutes les chambres où ils entrent, et une foule de coquettes ridicules et de diverses espèces qui s'empressent de s'y trouver pour y voir et être vues, puisque dans ces illustres assemblées on y entend souvent plus de fanfarons que d'honnêtes gens, qui ne s'entretiennent que de sottises ou de bagatelles, qui déchiffrent à un coin de la chambre le reste de la compagnie, faisant une chronique scandaleuse, concluant que la plupart ont quelquefois plus de bien que d'esprit et plus de vanité que de vrai honneur.Et le passage suivant peut être comparé pour la vérité de l'observation aux plus réputés de l'auteur des Caractèret."La plupart des hommes s'attachent à faire toute autre chose que ce qu'ils sont obligés.Les uns s'ingèrent indifféremment où il y a du tracas et des affaires, et l'on peut dire d'eux qu'ils demeurent languissants et quasi sans vie lorsqu'ils sont snns agitation tumultuaire.Leur esprit cherche le repos au branle, comme les enfants au berceau.L'un s'intéresse à la politique, où il n'a que faire; un outre disposera des armes des princes, formera mille des seins de guerre, sans en entendre le métier; un fera l'homme d'Etat, l'autre jouera le personnage d'un juge.Chacun raisonnera comme il l'entend et ne dira après rien qui vaille.Celui-ci voudra réformer la justice, l'autre décriera le livre et les comptes d'un marchand.Après tout, personne ne suit ni veut faire ce à quoi Dieu l'appelle.Un cordonnier à qui la fortune aura ri quittera sa boutique et se dira bourgeois.Ce paysan que l'usure ou quelques fermes auront fait riche se souscrira écuyer.Un jeune homme à qui son père a luissé quelques biens se fera marquis sans terre et sans lettres de noblesse.(Suite à la page 32) La Canadienne, Juillet lîi'li 9 "AUkzI Devant telle constance, je voue cède la place, voue l'avez remportée d'asiauti" CUPIDON S'ÉVEILLE U viens Pasqualine?" Avec empressement, la jeune fille ainsi invitée ramassa sa raquette de tennis et se joignit au groupe qui quittait le jeu pour chercher un peu de fraîcheur au bord de la rivière.On était fin de mai.Toute lu petite colonie citadine qui faisait annuellement "escale" au Petit Pré était rendue.Il y avait les "vieux" qui se contentaient de regarder évoluer la "jeunesse", et lu "jeunesse" qui s'essayait de son mieux à tromper la surveillance des vieux.Parmi les jeunes, il y avait les "jouvencelles" parmi lesquelles on remarquait Suzanne Dumoiichel toujours escortée de Pierre-Auguste-Enimanuel Méville, l-uuisette Paquin et son chevalier servant, Jean I.e-inaire, Marie Berti el son insépuruble Mure Leuiuy, Berthe Lajoie et son fidèle Yves Bernard et Pasqualine Raymond.De toutes les "jouvencelles" du Petit Pré, il n'y avait que Pasqualine qui ne possédait pas de "jouvenceau attitré" et.cela semblait tout naturel à tout le monde, excepté.à Pasqualine.Elle était jolie, pourtant, excessivement intelligente, toujours en verve, rompue à tous les sports; les garçons l'appelaient "Pasqual" tout court et réclamaient toujours sa raquette lorsqu'une partie décisive était en jeu, ou sa rame lorsqu'une randonnée un peu longue était à prévoir.Quand un couple voulait prendre la fief des champs, les protestations des mamans «taient toujours éteintes par cette affirmation: "Pasqualine vient avec nous!" — Jean lui disait souvent qu'elle avait des yeux magnifiques; Marc faisait des acrostiches sur ses jolis doigts de patricienne; Pier-r* comparait son rire au son cristallin du petit 'aisseau du Petit Pré; mais lorsqu'il faisait clair de lune, pas un n'aurait songé à Pasqualine comme »ujet à qui conter fleurette.Elle disait aux autres: "Ne vous gênez pas si vous voulez "dialoguer'' Moi j'adore les monologues," et, légère, elle courait jusqu'au kiosque de lu rivière, laissant les couples rêver à la lune sans elle.Rendue dans sa chère solitude, le masque de calms' galté qu'elle portait habituellement tombait et nul n'eut reconnu dans Pasqualine, rêveuse, la joy-*use camarade du Petit Pré.Le lendemain, toute la colonie moins Pasqualine " trouvait au tennis, lorsque l'omnibus du village stoppa devant l'hôtel et un grand jeune homme klond en descendit.Dès qu'il eût disparu, les commentaires allèrent leur train parmi les joueurs «r-rètés.Par MARIE-RUTH LOTI — Ça m'a l'air d'un anglais en quête de "fresh air", dit Suzanne en plissant ses jolies lèvres dédaigneuses.— "Un Anglais?Nenni.un peintre qu'on dirait," reprit Berthe qui était romanesque.— "Tiens," fit étourdiment Louisettc, "ça ferait le duo avec Pasqualine, si nous réussissions à l'amener dans notre clan." Juste à ce moment, Pasqualine arrivait au jeu.En entendant la réflexion de Louisette elle devint rouge et riposta en riant.— "J'ignore ce dont vous parlez, mais si vous complotez de me faire "dialoguer," vous perdez votre temps.C'est moi qui irai à la recherche de Cupidon lorsque bon me semblera." A quelques jours de là, Pasqualine arrivant à son cher kiosque fut tout interloquée d'y trouver déjà installé un visiteur inattendu, le grand jeune homme blond mystérieux dont les allées et venues intriguaient fort la gente féminine du Petit Pré.Elle fit le geste de s'esquiver, mais il la retint d'un mot: — "Mademoiselle Pasqualine Raymond, n'est-ce pas?" Etonnée, elle acquiesça sans mot.Alors, le nouveau venu lui indiquant un siège resta debout en expliquant: — "Pardonnez-moi cette intrusion, mais ayant déniché ce coin comme idéal pour griffonner, j'ai demandé au propriétaire de l'hôtel, le nom de l'heureux possesseur.Il m'a répondu ceci: "Le kiosque n'est à personne, mais Mademoiselle Pasqualine Raymond vous verra venir d'un mauvais oeil, ma foi, car la demoiselle y va souvent." J'ai donc deviné que vous étiez "la demoiselle" en question, finit-il avec un sourire et je vous attend depuis.trois jours pour pactiser." La jeune fille ne put retenir un franc éclat d» rire en entendant ce "trois jours" prononcé totto rocs.— "Trois jours?" fit-elle moqueuse."sans boire ni manger, peut-être?Allez! devant telle constance, je vous cède la place, vous l'avez remportée d'assaut" et légère elle allait fuir lorsqu'il supplia: "Ne partez pas ainsi, me laissant avec l'air d'un petit garçon a qui l'on cède pour l'empêcher de pleurer.Ayez pitié d'un isolé qui n'a que ses pa- piers et la lune avec qui causer depuis qu'il est au Petit Pré." Docile, tou jours moqueuse, elle se rassit en disant : — "Mon ieur désire peut-être une daine de compagnie ?" Il eut alors un geste bru-que comme pour cas er la branche de lilas avec laquelle il jouait nonchalamment tout u l'heure, et grave, ses yeux gris'devenus durs, il répondit, la fixant avec une franchise presque audacieuse: — "Mademoiselle, Paul St-Onge n'est pas un chevalier servant; je déteste les flirts, les papotage* du XXe siècle mondain; je fuis les femmes généralement, mais j'aime une bonne amitié; qu'elle soit féminine, tant mieux; elle adoucira mes moeurs.Depuis mon arrivée ici, j'ai croisé, les unes après les autres, toutes les jeunes filles du Petit Pré, et je sais que je n'aurui-, pas eu besoin d'introduction pour leur être présenté.vous comprenez?Mais je les ai dédaignées, parce que j'aime la solitude et que je suis venu ici pour travailler.Mais vous, éprise de solitude comme moi, j'ai senti que vous me comprendriez, et voilà pourquoi je me suis rendu indiscret au point d'emprunter votre kiosque.Suis-je pardonné?" Le ton était encore dur, autoritaire, mais si franc que Pasqualine tendit la main spontanément en remarquant : — "Je devrais vous en vouloir d'être si sùvère envers mon sexe, niais vous êtes franc, cela prime tout." JUIN était venu, merveilleux et langoureux.Les couples allaient toujours au bord de la rivière, chanter leur joie de vivre en "modulations amoureuses", par les beaux soirs de lune.Comme par le passé, Pasqualine allait retrouver sa chère solitude du kiosque, mais ses rêveries ;e faisaient insensiblement plus douces, et le souvenir de ses bonnes causeries du jour avec Paul en était la cause.J'AI fini mon livre.Pasqualine." s'écria joyeusement Paul en faisant irruption d.-ns le kiosqut ou Pasqualine lisait, une après-midi de juillet.— "Je suis bien contente pour vous; maintenant vous allez me lire tout haut, n'est-ce pas?C'est promis.finit-elle en le menaçant du doigt." Avec un soupir, il s'assit près d'elle, et s emparant brusquement d'une des mains de la jeune fille, il implora, les yeux graves et très doux: Suite à la page 2* 10 l.a Canadienne, Juillet 1923 les parcs nationaux La chasse au bison décrite par le Révérend P.Lacombe, O.M.I.Les plus beaux panoramas, les plus merveilleux paysages dans la plupart des pags européens, sont la propriété de particuliers, nobles ou riches citoyens, qui les gardent pour leur bénéfice personnel et celui de leurs amis.Au Canada, il en est autrement, te gouvernement fédéral et les gouvernements proi-in-ciaux ont réservé les plus beaux endroits du pays et les ont convertis en parcs nationaux.Ces parcs sont maintenus pour le bénéfice du peuple.Chacun peut, en toute liberté, aller y jouir de la belte, mais sauvage st grande nature, s'y livrer aux agréments de la chasse ou de la pèche, réparer ses forces en prenant des bains d» soleil et en aspirant à pleins poumons les brises réconfortantes des forêts embaumées.Ces parcs sont nombreux au Canada et remarquables par la beauté de leurs sites.Nous donnons ici une description sommaire dr quelques-uns des plus fameux.Laurentides Le parc des Laurentides, montagneuse et sauvage région de 3,700 milles carrés, couvre cette contrée comprise entre les terres habitées du nord de Québec et celles du lac Saint-Jean.Recouvert d'une épaisse forêt qui s'étend à perte de vue, jusque dans le lointain inaccessible; coupé de ruisseaux au murmure enchanteur, de torrents dévalant des montagnes avec un bruit de tempête, de rivières tantôt calmes et paisibles, tantôt tumultueuses et grondantes dans leurs lits de roc; enrichi de lacs aux ondes cristallines, encaissés comme des joyaux au milieu des montagnes, le parc des Lacrentides, paradis les pêcheurs et des chasseurs, est l'un des parcs les plus populaires de tout le conti-lent américain.Plus modestes d'altitude que l'Hymalaya, avec moins d'ampleur que les Alpes, d'une membrure moins massive que les Pyrénées, n'ayant pas l'étagement énorme, indéfini, mystérieux, toujours grondant, toujours menaçant des Rocheuses, les Laurentides, cependant, n'en sont pas moins d'une imposante beauté.Au camp, après une fructueuse journée de chasse ou de pêche, par un beau soleil couchant, le touriste aime à se reposer en contemplant dans le vague lointain, pardessus les coteaux verdoyants, la tête orgueilleuse d'un groupe de rochers laurentiens.Sous les derniers rayons du soleil mourant, ces rocs ressemblent aux vagues d'un océant en courroux, brusquement arrêtées aux pieds d'un colosse de granit.En certains endroits, ces rochers se font plus drus, plus compacts, servant de contrefort à de vraies montagnes qui élèvAt leurs cimes granitiques vers le ciel avec une désinvolture farouche.Là, les Laurentides apparaissent dans toute leur grandeur inculte et sauvage, offrant à l'oeil de merveilleux imprévus d'un sublime désordre; leurs crêtes orgueilleuses se multiplient et s'amplifient, comme pour faire comprendre »u spectateur ému, dominé et charmé, que le Canadien peut contempler les plus grandes beautés naturelles, dans sa patrie même.Matabetchouan est un bon endroit pour entrer dans le parc par le côté nord, et à quelques milles à peine de la voie ferrée, on est en plein territoire de chasse et de pêche.On dit que pour faire une pêche miraculeuse, il faut se rendre au grand lac Jacques Cartier, à deux jours de Québec.En différents endroits le touriste trouve un abri confortable', de bons guides, et l'équipement nécessaire pour de belles excursions, où, avec les agréments et les plaisir, de la chasse ou de la pêche, il respire à pleins poumons l'air vivifiant des forêts embaumées de l'un des plus beaux parcs de l'Amérique.A Igonquin L'Ontario possède des endroits de villégiature d'une attraction sans rivale.Ces lieux de repos, de récréation, de rendez-vous et d'amusements offrent aux touristes une très grande variété Je choix.Le gouvernement de la province voulant donner à tous les citoyens l'avantage de pouvoir jouir des grandes beautés naturelles dans leur propre pays, a réservé pour l'usage du public les plus merveilleuses région, de la province et les a converties en parcs nationaux.Le parc Algonquin est l'une de ces réserves.D'une étendue de 2,271 milles carrés, il est situé au nord de Toronto et à l'ouest d'Ottawa, la - capitale du Canada.Ce parc a certainement mérité 6a réputation d'être l'un des plus beaux endroits du Canada.Dans son étendue, on trouve tout un monde de Par J.E.LAFORCE merveilles: des rivièrèes tantôt dévalant des montagnes avec l'impétuosité de torrents, plus loin pressant doucement leurs flots calmes comme l'océan en repos; des lues au cristal limpide sur lesquels, eruin-tives comme des âmes peureues, glissent des nacelle, légères; des ruisseaux qui dans leur doux murmure chantent la liberté des forêts sauvages qu'ils traversent; des îles de toutes les formes et de toutes les dimensions que le touriste aperçoit dans le lointain, semblables à des corbeilles de verdure perdues dan.l'infinité des cieux et se reflétant dans le miroir des lacs.Il y a plus de 1,500 lacs dans ce parc, et plusieurs de ces lacs communiquent entre eux par des chenaux à eau profonde permettant aux touristes de — Parc A Igonquin.Ontario.Parc des Laurentides, Québec.2— Pare Wainwright, Alberta 4—l'arc National de Jasper, A passer d'un lac à l'autre sans inconvénient.Vu à vol d'oi-eau, le parc Algonquin ressemble à une mer parsemée d'un enchevêtrement d'îles, de presqu'île , d'îlots recouverts d'une belle verdure couronnée ici et là de massifs de granit.Toutes ces eaux, calmes ou rapides, fourmillent de poissons de toutes les espèces, et dans ces forêts vit en liberté une faune aussi riche que variée.Une altitude d'environ 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, donne à ce parc un climat fortifiant: c'est un lieu recherché des touristes, mais surtout des malades.De toutes les parties du continent nord américain, des personnes manquant d'appétit ou souffrant de nervosité viennent jouir de l'atmosphère vivifiante de ces forêts pour recouvrer la santé.Après avoir séjourné quelque temps dans cette région aux panoramas si riants, aux paysage, toujours remplis d'imprévu, à la solitude à la foil reposante et agréable; après avoir, des journées entières, erré à l'aventure dans ce parc grand comme un pays, et pris des bains de soleil en glissant doucement sur l'onde limpide, ces malades sentent leurs nerfs se calmer, leur appétit revenir, et un sommeil réparateur refaire leur santé délabrée.Une première expérience dans ce coin enchanteur de la patrie canadienne invite au retour.Aussi [es habitués du parc Algonquin rencontrent-ils chaque année les mêmes visiteurs, accompagnés d'amis ;i qui ils ont raconté les charmes de l'un des plus beaux parcs du continent américain.Toute famille qui aime à passer de belles vacances, près d'un ruisseau aux cascades chantantes, ou d'un lac bordé de forêts aux brises rafraîchissantes, trouvera que le parc Algonquin e,t un endroit idéal.Le touriste trouve dans ce merveilleux mais sauvage pays, de grands et luxueux hôtels, tels le "Highland Inn," près de Algonquin Park Station, et en face du lue Cache; ou s'il le préfère, il peut louer en plein bois, dans des endroits tout-à-fait sauvages, près d'un ruisseau ou d'un lac, un chalet bien meublé où toute une famille trou-xera le confort moderne.Wainwright Près de Wainwright, Alberta, le gouvernement canadien a réservé un espace de 160 milles qu'il a converti en un parc nutional.Ce pure, clôturé de tous côtés, sert, à l'élevage d'animaux sauvages tels que le bison, et l'élan.Errant ù travers cet immense pâturage, un troupeau d'environ 8,000 bisons rappelle aux Sauvages des "Réserves," les glorieuses chasses d'antan.Il y a 75 ans, le bison était le roi des immenses plaines centrales du Canada.Par troupeaux énormes, les bisons, guidés par un chef, parcouraient l'espace sans fin qui, de la forêt des Grands-Lacs s'étend vers l'ouest jusqu'au pied des Rocheuses.Pour le Sauvage, nomade des prairies, le bison était un don inappréciable du Grand Esprit; don essentiel à sa prospérité et à son existence même, puisqu'il lui uevuit la nourriture, le vêtement et le logement.La chasse d'un gibier aussi important au alut de toute une Communauté, devenait nécessairement tout un événement.Voici, d après un témoin oculaire — le Père Lacom-lie, O.M.I., qui fut plus de 60 année, mission naire chez les Sauvages — comment les choses se passaient: Dès que la saison de chasse était arrivée, la tribu sauvage rassemble pour le grand conseil, élisait un président, des capitaines, des soldats policiers, des éclaireurs, et même un crieur, sorte de héraut qui s'en allait pur toutes les parties du camp, transmettre les ordres et les dispositions nouvelles qu'on pouvait prendre au cours de la route.Quand l'ordre du départ était donné, dis le matin, au réveil, les guides déployaient leurs pavillons, et en un tour de main, loges, tente,, tout était roulé et plié, les "poneys harnachés et attelés; les femmes et les enfants prenaient leurs places sur des charette, à côté de, bagages.Un dernier appel et lu longue file s'ébranlait vers la prairie, guide en tête, et cavaliers chevauchant le long de la colonne.Dès que les éclaireurs apercevaient au loin les troupeaux de bisons, ils se portaient sur des points culminants et, par des signes convenus, annonçaient la bonne nouvelle.Tout étant préparé pour la balte, les coureurs se lançaient à bride-nbattue vers les hauteurs où les éclaireurs demeuraient postés.De là, on découvrait l'immense étendue de **" prairie comme la mer du haut d'un rocher perdu; à quelques milles une grande tache noire contrastait avec l'uniformité jaunâtre de l'herbe.C'était le troupeau de bisons qui paissait en sécurité et ne s'attendait guère à la surprise que lui préparaient les sauvages chasseurs.Ceux-ci ne pouvaient plus contenir leur impatience, et leur nervosité se communiquait même aux chevaux qui renâclaient et piaffaient à qui mieux mieux.Les dernières dispositions du combat étaient prises dans un profond silence, et dès que tout était prêt, la ruée commençait.Les chevaux luttaient de vitesse et leur galop furieux s'étouffait dans l'herbe épaisse.Quand les bisons surpris devinaient le danger, il était déjà trop tard.En vain, essayaient-ils de fuir: le, adroits chasseurs les cernaient de tous côtés; ils les poursuivaient avec acharnement et l'1' abattaient ù coup de carabine.Malheur au cavalie' maladroit qui 'e laissait désarçonner! Le bison p"1' sible et tranquille quand on le laisse en repos, àc-vient terrible et sanguinaire devant le danger.Le combat durait longtemps, les bisons farouches, battaient la prairie de leur galop furieux, la tète hérissée, la gueule fumante, les prunelles roup's, les décharges se faisaient de plus en plus fréquent".8 — Iberta La Canadienne, Juillet 1923 1 et de plus en plus nombreux les cadavres jonchuient la plaine.C'était une borrible scène de carnage et de meurtre ou retentissaient les beuglements des bisons en fureur, les aboiements des chiens et les cris de guerre des chasseurs enivrés.Sans prudence maintenant, les rênes flottantes sur le cou des chevaux, les Sauvages tourbillonnaient en tous sens à la poursuite des dernières victimes.Le sang coulait à flots, une buée chaude imprégnée d'odeurs nauséabondes montait dans l'air.C'était un cirque qui eût fait les délices des empereurs romains.Spectacle saisissant ! mêlée épouvantable où le chasseur, en outre du danger auquel il était exposé de la part des animaux furieux, devait craindre sans cesse d'être atteint d'une balle dans cette chevauchée hasardeuse où des tourbillons de poussière enveloppaient constamment les combattants et le* empêchaient de voir à quelques pas.Les combats des toréadors dans les arènes espagnoles offrent inoins de dangers, et ne sauraient être comparés à ces chasses émouvantes des steppes canadiennes.Ces grandes hécatombes ne sont plus aujourd'hui qu'un lointain souvenir.Le Sauvage refoulé, et presque totalement disparu, n'occupe de la grande prairie que quelques "Réserves" dispersées.Peu ù peu, les bisons eux-mêmes ont dû disparaître.Ils sont partis pour faire place à des fermes prospères: — fermes où, il est vrai, on voit encore des cavaliers et des amazones galopant vers de grands troupeaux, mais ce sont maintenant de paisibles troupeaux domestiques, — ils sont partis et la grande plaine qui fut leur souverain domaine, est, pendant la saison d'été, couverte de blés d'or.Ondulant sous la brise légère, ce blé d'or dans son bruissement semble dire — sans doute en mémoire du monarque disparu et de son ennemi, le Sauvage chasseur: si le sol où je puise la vie peut nourrir l'univers, c'est qu'il fut copieusement arrosé de sang riche et généreux.Le parc Wainwright est intéressant à visiter, non seulement pour y examiner ù loisir les divers troupeaux d'animaux de race, maintenant disparues des prairies, mais aussi pour l'impression qu'on y ressent.\je touriste qui, pour faire connaissance avec la prairie déserte, s'arrête au midi dans ce pays ensoleillé, se sent malgré lui impressionné par la solitude qui l'entoure.Qui n'aimerait à rêver dans cette immensité où l'oeil se repo'e et se fatigue, à contempler ce panorama déroulant ses faibles ondulations comme les vagues reposées d'un océan?Nul autre mouvement que celui des hautes herbes ondulant sous la brise, nul autre bruit que celui du vent effleurant les collines et s'engouffrant dans les vallons où, à l'ombre, se cachent les troupeaux de bisons, d'élan, de cattalos.Respirant à pleins poumons cet air pur de liberté sauvage qui court la plaine sans limite, le voyageur ne quitte qu'à regret un pays si beau, si sain, à l'atmosphère si brillante et aux horizons si vastes.Jatper Dans l'immense étendue du territoire canadien, le parc Jasper n'apparaît que comme un paysage, situé sur les confins de l'Albcrta; mais ce paysage dans sa sauvage beauté démontre combien de panoramas sans rivaux la terre canadienne offre à l'admiration du voyageur.Le parc Jasper n'est qu'un paysage, mais de ce paysage, d'une étendue de 4,400 milles carés, le peuple canadien a fait un parc national, un endroit de repos, un sanctuaire où il aime à recevoir ses visiteurs aussi bien que ses fils.Dans ce but, il y a construit de nombreux chalets où le touriste trouve 1—Mon tout le confort de la vie moderne, de même Poteau aussi que tout l'équipage nécessaire pour errer à l'aventure à travers ce parc ou la nature se montre dans sa grande beauté.Le parc Jasper n'est qu'un paysage, mais c'est un de ces paysages, où l'on trouve tout ce qui semble fait sur la terre pour charmer les yeux, égayer l'esprit, et apporter aux muscles fatigués par un travail trop prolongé, le repos: — repos que l'on goûte en passant quelques jours dans l'un des jolis chalets bâtis sur les rives du lac Beauvert.Le parc Jasper n'est qu'un paysage, mais dans ce paysage le touriste peut, des journées entières, se promener à cheval par les nombreux sentiers qui suivent les sinuosités des rivières, serpentent le long de gorges profondes, surplombent des cascades aux ondes tumultueuses, contournent les lacs et escaladent des montagnes: — rencontrant parfois en route quelque spécimen de la faune de cet eden, où, en toute liberté et protection, se développent et se multiplient les gibiers de toutes espèces.Le parc Jasper n'est qu'un paysage, mais ce paysage est fait de lacs aux eaux limpides, — vertes, bleues, noires, turquoises, suivant le reflet des pics et des monts qui les entourent; ce paysage est aussi fait de ruisseaux aux ondes claires et chantantes, de rivières aux cataractes impétueuses, de ravins et de canons qui forcent l'admiration, de superbes vallées où croissent des forêts d'une belle venue: — forêts aux ramures ombragées protégeant le touriste contre l'ardent soleil du pays albertain dont les rayons inondent cette terre étrange.Le parc Jasper n'est qu'un paysage, mais un paysage où le touriste découvre toute une Suisse: — une Suisse nouvelle plus merveilleuse en grandeur et sublim beauté que la vieille Helvétie européenne.Une Suisse nouvelle où se trouve un monument naturel de plus de ll.pOO pieds de hauteur; monument que la Société Géographique du Canada a dédié u Edith Cavell, pour perpétuer à jamais le souvenir de l'héroïque garde-malade tombée au poste d'honneur.Grimpant aux flancs de ce monument colossal, le touriste découvre sans cesse de nouveaux monts, de nouveaux pics — ils sont une centaine — placés comme une garde d'honneur autour du géant qui a donné naissance au Glacier du Fantôme.Le pare Jasper n'est qu'un paysage, mais rien n'est plus beau qu'un coup d'oeil jeté sur ce coin du glohc du haut d'un des monstres aux cimes nei- pieds au-dessus de la vallée avoisinante.Les dépassant de 2,300 à 3,000 pieds de sa tète orgueilleuse, il regarde les pics environnants, imposants eux-mêmes par leur masse formidable.De grands glaciers pendent à ses côtés, une épaisse couverte de neige brillante recouvre sa cime sortie des nuages et perdue dans le ciel.D'impétueux torrents dévalent, le long de ses flancs, entraînant des blocs de glaciers et des neiges fondantes.Non seulement la montagne est majestueuse à cause de son immense masse escarpée, mais aussi par la beauté de sa forme.L'une des plus belles excursions dans les Rocheuses, c'est sûrement une ascension du moat Kobson.A mesure qu'il s'élève, le touriste aperçoit de nouveaux colosses de pierre, poussés comme une cour autour du géant des montagnes.Toute cette région est remplie de glaciers, de neiges éternelles, de cataractes imposantes, de rivières bouillonnantes, de ruisseaux cristallins au murmure enchanteur, de lacs aux flots tranquilles qui portent à la rêverie.Une épaisse et riche forêt abrite une faune aussi nombreuse que variée.Le voyageur qui désire passer de belles Ivacances, trouve à cet endroit une hôtellerie confortable, tout l'équipement nécessaire pour d'agréables excursions dans ce paradis des pêcheurs, des chasseurs et des alpinistes.t Edith Cavell de» Fétiche» LA DESTRUCTION DES FORÊTS OBLIGERA NOS GENS À S'EXPATRIER Ecrit spécialement par L'HON.SIR CLIFFORD SIFTON Il est de plus en plus évide.it que si l'on ne peut pas enrayer au Canada le fléau des • feux de forêt, il sera très difficile d'empê-ïher les habitants des régions forestières de s'expatrier.Vous avons une grande étendue de terrain habité qui est impropre à l'agri-Ailture; cette partie du sol canadien doit produire des arbres et des mincratfx, ou elle cessera d'être considérée comme formant purtie de notre actif national.Puisqu'il s'agit des dommages causés par le feu, il n'est pas nécessaire de s'occuper ici des mines.S: nous permettons aux incendies de ravager nos forêts au train qu'ils le font actuellement, nous allons forcer de s'expatrier, avant bien des années, les habitants des districts du nord et ceux des paroisses qui dépendent de l'industrie forestière pour leur subsistence.Le travail dépend du boi» Je considère la forêt non pas comme un massif d'arbres, mais comme une matière première nécessaire à l'expansion industrielle du pays et essentielle à l'existence de la société, et comme le soutien des milliers de nos paroisses qui dépendent de l'industrie du bois.Il est beaucoup plus intelligent de voir dans un feu de forêt la destruction d'une multitude d'enveloppes de paye.Nous nous faisons une idée plus juste de la situation quand nous nous représentons chaque incendie allumé par une main humaine comme une atteinte à notre bien-être national que trois quarts de siècle pourront à peine réparer.Dans les circonstances actuelles, le Canada a l'inestimable avantage de posséder d'immenses terrains d'épinette, ainsi que d'excellents pouvoirs hydrauliques capables de produire l'énergie suffisante pour l'utilisation de ce bois, et ce relativement à bon marché.2.— vert.^Campement au Lac Amethytt A(| |ud< j| v a un pays en partie dépouillé 3—Chalet alpin(Ja»per Park Lodge) »ur le Lac Beau de SQ for(-t-et qui a besoin d'une immense CM.geuses, qu'aperçoit le touriste dans le lointain.Au loin, la plaine albertaine est cachée par des brumes qui s'arrêtent aux contreforts des Rocheuses, voilant les terres basses de leurs brouillards qui s'accrochent à mi-flanc des montagnes.En plein ciel, au milieu d'une mer de pies, de monts qui percent les nues, si haut que les vallées s'étendant à perte de vue paraissent être de l'horizon bleu, Je touriste, enveloppé d'azur de tous côtés, debout, muet d'admiration, contemple la puissance séductrice de la patrie canadienne: — terre de toutes les beautés, de toutes les valeurs, vêtue à même la flore de deux zones; terre étincellante de soleil, où tout est immensité et multitude; terre qui possède quelque chose de tous les pays et plus qu'en tout autre pays.Ro&»on Le parc du mont Robson, établi et maintenu par le gouvernement de la Colombie-Britannique, est l'un des plus merveilleux endroits du Canada.Le point dominant de ce parc, le mont Robson, mérite certainement le nom de monarque des Rocheuses.Cette gigantesque masse de roche s'élève à 13,068 quantité de produits de nos terrains d'épinette, surtout de papier à journal.De même que son charbon contribua à enrichir l'Angleterre, au cours du siècle dernier, les forêts d'épinette et de sapin du Canada constituent pour ainsi dire un comptoir commercial qui n'est égalé que par nos terrains agricoles.4,000 feux par année» A l'heure où la valeur de notre territoire boisé augmente, allons-nous tolérer que nos propres citoyens, en abusant de leur liberté, continuent à allumer environ quatre mille incendies par année, détruisant ainsi les ressources mêmes qui fournissent le plus de bénéces aux ouvriers et aux industriels du Canada?Je suis d'avis que tous les gouvernants provinciaux pourraient bien dépenser pour la protection des forêts jusqu'à la dernière piastre du revenu provenant des forêts, et ce aussi longtemps qu'il y aura une diminution annuelle de notre capital forestier.Même, si l'on ne dépensait, pour établir les systèmes de protection les plus modernes, que la moitié des millions que rapportent les impôts sur la forêt, on pourrait faire diminuer rapidement les alarmantes pertes annuelles de bois et contribuer en grande mesure à placer l'organisation des ressources forestières sur une base d'affaires. I» I » Canadienne, Juillet 1928 'Sa mine inspirée et tragique me retourna, jeta une douche sur mon émotion' PAULETTE SE MARIE VI 1 1 r BONJOUR, suas sourciller u ce eorapli- nient, enfourcha son nez d'un face-à-main extravagant; et, l'air important, clignant les paupières, fronçant les lèvres, plissant le front, se reculant de moi et s'en rapprochant tour à tour, s'absorba dans la contemplation de ma petite personne.Ce faisant, elle murmurait: "Taille, cinquante-quatre .voyons 'es hanches épaules hien en place." Tout a coup, comme si l'inspiration l'eût visitée, elle se retourna sur l'apprentie qui desserrait les -.mtrie- de ces volumineuses boites, commanda, du ton d'un général qui dicte un ordre -uprême: — Le costume beige.Jupe de biais.drap blanc gansé de satin noir .Veste bordée de drap blanc gansé, ouverte sur chemisette de taffetas.Vous saisissez?.Cela ir* à mademoiselle, comme un gant.Et à moi: • —Vous permettez?Je n'ai pas dit "oui," qu'elle est sur moi, déjà, dégrafe mon corsage, fait tomber ma robe; et me voici sortie de ma chrysalide du couvent.Comme un papillon nouveau, il me semble avoir des ailes, des ailes de drap beige gansé de satin noir sur une adorable chemisette à mille raies couleur de printemps I Une épingle par-ci; une fronce au point d'aiguille par là.—Parfait, ravissant 1 s'écria Mlle Bonjour.—C'eût été coupé pour elle que ça n'irait pas mieux, renchérit ma tante.—Et comme mademoiselle est faite, se permet l'apprentie I —Voyez la taille.—Voyez les hanches.—Cela tombe, droit, sans un pli.Dans son enthousiasme, Mlle Bonjour, qui vire autour de moi comme un satellite, accroche si malencontreusement, avec son bracelet à pendeloques, le peigne en corne de ma coiffure, que mes cheveux lâchés roulent en cataracte sur mes épaules, gainent mon visage et mon buste de leurs flottantes et capricieuses ondes.Ma tante de l'écrier: —Oh ! ces cheveux, ces cheveux I Non, mais où cachait-elle tout cela, cette égoïste?.Car c'est êtr< égoïste, quand on a des cheveux pareils, de ne pas en faire profiter la galerie, mademoiselle I Je rougissais, si troublée, et je l'avoue, si heureuse, que je ne savais s'il me fallait rire ou pleurer.—C'est de la «oie, de la soie floche, disait ma tante en soupesant mes tresses.Mail en voilà bien d'une autre I A tant d'exclamations, la porte de la «aile s'est «uverte.la maid, sur le seuil, me regarde, les yeui Par Alexis NOEL Illustration par Cyril BRADY rondl, la bouche en u, tandis que Mme Elimouzut, inspirée à son tour, se hâtant, se bousculant, comme si elle courait au feu, sort de ses curtons le plus exquis joujou de mode qui se puisse rêver! En un tour de main, ma tante relève et noue lu torsade de mes cheveux blonds, qu'elle retient par un peigne d'écaillé blonde confisqué à sa propre coiffure La modiste pique sur cet échafaudage—couleur de sucre d'orge, dit ma tante—un chapeau de taffetas beige clair, bien assorti avec nia jupe, sorte de plateau posé sur une gros-e guirlande de myosotis, mélangé de son feuillage.Je ne suis pas modeste, je viens de le montrer; mais, cette fois, j'aurais voulu rentrer sous terre ! Il n'est pas jusqu'à Tom-Pouce qui, uccouru nu bruit, en trépigne d'admiration à la porte de la salle! Quel choeur de louanges! J'en perdis la tête: "L'ne glace, une glace, une glace!" — Regarde-toi, dit ma tante: Pauline e-t devenue Paulette ! Elle ouvrit la fenêtre, et dans la vitre, je ne me reconnus pas.*** A cette minute, comme pour souligner ma triomphale métamorphose, une fanfare militaire éclata dans les Avenues sous nos croisées.Une régiment passait.Les pioupious bleu et rouge, les jarrets tendus, au son entraînant des cuivres, défilaient comme à la parade.I-es tambours battaient, les fifres sifflaient, les clairons, de leurs quatre notes, scandaient le rythme du pas redoublé, et les cymbales semblaient jeter de l'or et de l'argent sur mon apothéose.Quelle ardeur belliqueuse mettent dans l'âme même des femmes ces accents guerriers! Une griserie m'étourdissait.N'était-ce pas pour moi, pour le baptême de Paulette, tant de couleur, tant d'entrain, tant de musique joyeuse, toute cette belle allure?Et je le crus vraiment, lorsque, caracolant sur son arabe gris pommelé à crinière flottante, dans cet officier aux trois galons d'or, tourné face à moi et me saluant du noble geste de son épée bas, je reconnus mon bienfaiteur de ce matin, le sergent-major du compartiment des fumeurs! VI f- CCIS-JE enfant, tout de même! '*-' J'aurais pu pleurer, quand Mlle Bon jour parla de rrmporter ma toilette, à cause d'une ou deux retouches de rien qu'il y avait encore à y faire.—Oh ! ma tante ! —Mais, Paulette, puisque Mlle Bonjour promet de vous lu rendre ce soir.-Reprendre ma robe du couvent!.—Dame! à moins que vous ne vous mettiez au lit.—Je ne saurais !.Et ma moue, et mes yeux furent si expressifs, il était si visible, mon gros chagrin, que ma tante lui donna raison: —Na, na.ne vous tourmentez pas, on le retouchera plus tard, votre costume.La couturière partie je jouai à la demoiselle, ravie du frou-frou mélodieux de mes volants et de ma nalayeuse.Ma tante voulut qu'on nous débarrassât de ma défroque "d'orpheline", comme elle disait.Mais je courus après Clara, la maid, pour explorer, au préu-lable, les poches de mon uniforme.Je reverrai toujours les regards stupéfiés de ma tante quand, de ces poches, pièce par pièce, je tirai: mon mouchoir; un chapelet; la "dizaine" en nacre que m'avait donnée au départ la Mère Supérieure; mon porte-monnaie; un oeuf à repriser; des amandes et des noisettes sèches, et—dois-je le confesser?— une petite boîte de poudre de riz avec sa houppette .—C'est tout?demanda ironiquement mu tante.De la poudre de riz, c'est un crime, rua petite, avec votre teint de pastel —C'est tout.—Mais, où allez-vous loger tout cela, mon Dieu?En parlant, elle avisait, sur le tapis, un mince carré de bristol souple, que j'avais laissé glisser par niégarde.Elle étendit la main pour s'en saisir.Plus prompte qu'elle, je l'avais déjà ramassé.Ah çà, pourquoi me sentis-je rougir jusqu'à la racine des cheveux?Pourquoi mon coeur battait-il si fort; pourquoi Ce trouble insolite, inexplicable pour moi-même, à tenir ce chiffon de papier dont j'ignorais la suscription, et, pourtant, qui me brûlait les doigts?—Donnez, ordonna ma tante Je le lui laissai prendre.Elle lut la carte; ses yeux s'arrondirent, sa bouche bâilla, ses bras lui tombèrent.Elle était la figure même de l'ahurissement ! Je devinai la question qu'elle allait poser; et je pris les devants : —C'est un monsieur, expliquai-je, qui, ce matin, m'a prêté cent sous —Où cela, ce matin?—En chemin de fer Je n'avais pas d'argent pour payer ma place.—En chemin de fer. La Canadienne, JaiLlet 1928 il —O n'est pas cent sous qu'il m'a prêtes, mais bien cinq troncs quarante —Ce matin?.en chemin de fer?.Le capitaine, il vous a prêté.—Ah! c'est un capitaine?Je m'étais imaginé qu'il était sergent-major.Vrai, il représente mieux qu'un capitaine.—Gaétan Loup des Montaigne*, il vous a pré-té.cent sous ! —Cinq francs quarante, rectifiai-je.—Vous le connaissez donc?—Moi?Pas le moins du monde Je le voyais pour la première fois.—Alors?—Alors, comme j'étais embarrassée et que le contrôleur s'apprêtait à me dresser procès-verbal, ce monsieur m'a offert charitablement la somme qui m; manquait.Devais-je refuser?.—Et vous lui avez dit, naturellement, que vous étiez.—Non.Je n'ai rien pu lui dire du tout.A la moindre tentative de remerciement, il m'envoya promener !.Mais, ma tonte n'en revenait pas.Elle répétait, comme égarée: —Gaétan Ixiup des Montaigne*.Gaétan.Et tout à coup: —Ah! non, c'est trop drôle.! .La voilà partie, prise de fou rire, et hoquetant et se pâmant et l'étranglant, et s'étouffant! .Une cascade de rire sans fin ! J'en étais gênée et, qui dira pourquoi, vexée.Un brin d'humeur me gagna.Je lui en voulus, à elle, j'en voulus à Gaétan Loup, à moi-même.Subitement ma joie s'évanouit; je devins presque maussade, tandis que ma tante calmée disait: —Eh bien! on les lui rendra, ses cent sous, à votre capitaine ! VII I—IUIT jours tout au plus!.Une semaine déjà! Comme Paulette a vite oublié Pauline! Est-ce hier que je suis entrée ici pour la première fois?ou bien, mon temps de Fraisy est-il un rêve; n'ai-je pas, depuis toujours, vécu l'heureuse vie du présent?Je n'existe plus, je ne pense plus; je vole et je plane dans un bien-être, dans un non-être inexprimable et doucement exquis.En mol, je n'ai plu» rien de mol.Me retrouveral-je un jour?Qu'elle sera profond* et de haut, la chute! Toute la distance du paradis à la terre! En vain, aujourd'hui, je veux me ressaisir, noter, sur mon journal, mes impressions de la semaine, comme pour arrêter l'illusion, me fixer moi-même! Les mots s'esquivent de ma plume; ma cervelle est pleine d'un vide délicieux.Il le faut cependant; ne serait-ce que pour me prouver, plus tard, que j'ai été si heureuse.Voyons donc: "Mme Elimouzat et Mlle Bonjour Mlle Bonjour, Mme I 11111 ¦¦ 11 - ii Que de fois l'avons-nous parcouru, à pied, en voiture, par l'ombre et par le soleil, le trajet de la rue Saint-Corneille à la rue des Pâtissiers où, respectivement, demeurent ma modiste et ma couturière ! Puis, c'est la lingère, et puis, c'est le bottier; à moins que ce ne soit le joaillier de la place de l'Hôtel-de-Ville, ou bien maitre Clodion — un nom prédestiné! — "l'artiste capillaire'' auquel mi confia, pour une fois—une seule!—la rutilante moisson blonde de ma chevelure, ainsi que s'exprime en langage imagé ma tante.Maintenant, je suis présentable, ou peut me sortir.Et l'on me sort.Ma tante voit peu de monde, et ne reçoit personne —Si, au moins, j'étais tout à fait vieille fille, dit-elle parfais, avec un regret que je veux croire joue, je pourrais prendre plus de liberté et ouvrir les portes des "Fouchelles" ! Je proteste en toute conviction: —Vieille fille, tante, vous ne le serez jamais ! —Si tu entends, par vieille fille, le pantin burlesque à papillottes et à râtelier branlant, à pants de filoselle, à bas blancs, à bottines d'étoffe, à robe ponceau de mode Louis-Philippe, tel enfin que la fantaisie me représentait à toi, cela, bien sûr, je ne pense pas que je le devienne jamais ! Mais si tu veux compter mon âge et regarder de près les cheveux gris de mes tempes, hélas! Paulette, vieille tille, il y a un bout de temps déjà que je le suis —Vous paraissez trente ans, ma tante.—Tu te figures cela parce que tu m'aimes.Mais non, va, j'ai trente-six uns sonnés et les porte bien.On se fane vite à vivre seule.—Ce ne sont pas les épouseurs qui ont dû vous manquer cependant.—Non, certes; c'est moi, je l'avoue, qui ait manqué à mes épouseurs.J'ai fait, pourtant, je t'assure, tout mon possible pour méprendre de qui pa- raissait m'almer.Plus d'une fois, même, j'ai bien cru que lu petite "fleur bleue" germait dans mon coeur, et qu'il allait éclater, enfin, le sentiment aprè» quoi j'aspirais.Oui, plus d'une fois, j'ai cru qu» c'était sérieux, et que ma vie était prise.Puis, au moment du grand "oui", frout! il s'envolait du nid, le bel oiseau blanc.et Je nid resta vide, ennuyé, sans chansons, sans espoir.jusqu'à ce que ma petite Paulette vînt s'y nicher, et l'égayer, et y faire chaud; et le nid, à jamais, ne sera plus qu'à elle —Bonne chère tante.—C'était pour distraire mon ennui, vois-tu, que je voyageais, que je me suis fixée en Ecosse Là, j'ai bien failli me marier, par exemple.— Racontez-moi cela, tante, oh! racontez l»n vous aimait?— .Et j'aimais.Du moins je me t'imaginais —Comment était-il?— Beau comme les hommes de ses montagnes, noble, riche, oh! noble et riche puissamment.Mais qu'est-ce que tu me fais te dire là, indiscrète petite lille?En voilà un interrogatoire! Je répliquai: —Maintenant que vous avez eonuueiice, si vou» ne me confiez pas tout, je vais me figurer un tas de choses.—Qu'est-ce que tu pourras bien te ngurer?—Je sais-t'y?Ma cervelle est comme une hohine de fil.—De fil de tu Vierge.— .quand j'ai tiré seulement le bout du fil, tout le reste se dévide, A n'en plus finir, jusqu'à l'autre bout.—Eh bien ! tire donc le bout du til, petite Eve —Vous l'avez aimé, et vous le lui avez dit.—Ah! non, pas tout à fait; comme tu y vas! —Il l'a compris, alors, quand vous vous prnme niez ensemble, au clair de lune, sur le hord des grands lacs et au pied des montagnes —Voyez-vous ça ! —Dites, ma tante, qu'il I» compris5 —Soit, il l'a compris.—Les parents du jeune Immuom regardaient *-r sentiment, d'un mauvais •»-il —Un pe^i.—D'abord, parce que vous étiez étrangère, /ex pul».surtout, parce que d'une religion autre que la leur —Tu y es.Edward était protestant.Suite à la page 2t> ¦Je navah /.«.l'honneur de vou, connaître encore, mademoi,eUe; mai, Mme de Rocroy m'a dit: une ro„ en bouton La Canadienne, Juillet 1923 BLOUSE ET JUPE FORMANT COSTUME JAMAIS peut-être la blouse séparée n'a été en plus grande demande que durant la saison actuelle.Portée avec le costume en deux morceaux ou avec une jupe différente, ou encore remplaçant la blouse du costume de rue.comme dans l'illustration ci-dessus, elle est chic, charmante et toujours commode.Quelquefois elle ressemble à un manteau, comme dans le dessin de droite; pour les sports, elle est lâche et à manches courtes; ou encore elle est à longues manches avec une apparence de costume tailleur.Quelle que soit sa forme elle est toujours Indispensable dans le garde-robe de Madame.Le modèle, ci-dessus, à gauche, 2562, est garni avec une combinaison de perles et de broderies empruntée au dessin 15094 (30 cents).Le patron est pour les tailles 34 à 42.Pour taille 36.1% vgs.d'étoffe de 36 pouces de largeur et % vg.de 36 pouces de couleur différente.Prix 30 cents.La Blouse 3748 et la robe 3827 sont d'un tissu qui en fait un costume original.La blouse se passe par les épaules.Les côtés du corsage et les manches ne font qu'un avec les panneaux du devant.Tailles 16 ans, 36 & 44.Taille 36, 2% cents.Le dessin brodé, 15021, 30 cents.Costume vgs d'étoffe de 40 pouces de largeur.Prix 30 3827.Tailles 16 ans.36 à 42.Taille 36, 2% vgs.d'étoffe de 40 pouces de largeur.Prix 25 cents.U y a, à l'heure actuelle, dans les magasins, des quantités de merveilleuses soies et de beaux crêpes Imprimés; leur beauté est encore plus marquée quand on les combine avec un tissu uni.Le costume 3702-3780 peut se faire en taffetas "pussy willow", Imprimé ou en satin uni, en crêpe ou en laine.Patron 3702.Tailles 16 ans, 36 à 42, 30 cents.La jupe 3780.tailles 16 ans, 28 à 34, 30 cents.Pour un costume de 36, tour de poitrine et 28, tour de taille, il faut 2'/4 vgs.d'étoffe Imprimée de 36 pouces de largeur et 3% vgs.de 36 pouces d'étoffe unie.Le manteau-blouse pour le costume, à droite, peut être en flanelle imprimée ou en jersey bordé de soutache ou de galon-fantaisie.Patron 4002.Tailles 16 an9, 36 à 44.Taille 36; 2'/4 vgs.d'étoffe de 36 pouces de largeur et 4% vgs.de bordure.Prix 30 cents.Jupe 3449.Tailles 16 ans.28 à 36.Pour taille 28, il faut 2 H vgs.d'étoffe de 40 pouces de largeur.Prix 30 cents.La blouse 3920 peut avoir le col, les poignets et la ceinture appareillant le costume aver lequel elle doit se porter.Tailles 16 ans, 36 a 44.Taille 36: 1% vgs.d'étoffe de 36 pouces de largeur et % vg.d'étoffe de 36 pouces Prix 30 cents.Blouse 3352, Tailles 34, à.46 exigent 2 vgs.d'étoffe de 36 pouces da largeur.Prix 30 cents.La blouse 3689 est un Joli modèle pour le sport; elle se fait en sole, jersey ou de deux mouchoirs en foulard.Tailles, petite, moyenne et large.Pour taille moyenne il faut lhi vgs.d'étoffe de 36 pouces de largeur et 3% vgs.de bordure ou 2 foulardj de 24 pouces.Prix 30 cents.Dessin 15097, 20 cents.Le corsage tailleur jouit d'une popularité durable.Modèle 2605.Tailles 34 a 48.Taille 36 2H vgs.d'étoffe de 36 pouces de largeur.Prix 30 cents.Le motif du décalquable 15097, 20 cents., mais chacun peut employer son propre monogramme si on le désire. La Canadienne, Juillet 1923 11 Home Pattern 3878— Robe pour dames et jeunes filles, corsage légèrement long ouvrant sur l'épaule gauche et sous le bras.La jupe est a ligne droite, en un morceau et garnie d'une oassade sur le devant.Largeur de la jupe, 1% verges, Tailles 16 ans, 36 à 44.Taille 36 demande 4% verges, matériel de 40 pouces de largeur.Prix 35 cents.Décalquable 15061, 35 cents.Home Pattern 37113— Robe pour dames et Jeunes filles, corsage à taille légèrement longue, panneau froncé, d'une seule pièce, formant une cascade de chaque côté de la jupe.La jupe est de 1% verges de largeur.Tailles 16 ans, 36 à 44.Pour 36, 6% verges d'étoffe de 36 à 40 pouces de largeur.Prix 35 cents.Home Pattern 3877— Robe pour dames et jeunes filles, corsage à taille légèrement longue, ouvrant sur l'épaule gauche.La Jupe est droite et froncée avec panneau uni ou à plis.Largeur de la Jupe, 2U verges.Tailles 14 V4 20 ans.Taille 16 ans, 3% verges d'étoffe de 36 pouces de largeur.Prix 35 cents.Décalquable 16084, 30 cents.Home Pattern 3904— Robe pour dames et Jeunes filles, corsage légèrement long ouvrant à l'épaule gauche.La jupe est drapée sur le côté gauche et peut se faire avec ou sans ceinture.Manches, pleine longueur.Le patron contient aussi les poignets & volants.Tailles 16 ans, 36 à 42.Taille 36 demande 2 verges d'étoffe de 36 pouces de largeur et 2 verges d'étoffe de couleur différente de 36 pouces de largeur.Prix 35 cents.(Suite ê, 1» page 34) 1€ T,* Carm.}.< nm .Juillet 1**1 elegants 11 commodes vêtements pour les enfants Horn.* ratten 3986 — Kobe dune seule [•'Ace pour fillette, cette robe ouvre sur cote gauche.I>e long col «retend Jusqu'au bas de la ligue de la taille, formant panneau Laee manches peuvent «tre longues ou courtes.Talllea « & 14 ana.Taille fi.2% d'étoffe de 36 pouces de largeur ou 2 verses de 42 pouces de largeur.% vg de 15 pouces de largeur d* couleur différente.Prl» 25 cents.Igmt Pattern 3S4J6 — Kobe pour enfantai.Jve haut du dos et Le devant sont fronça's.ell* H'attaa-be ou se boutonne sur les éps îles Talllasa 2 à « ans Taille 4.] \ vg d'étoff* de 36 pouces ou 40 pouces de largeur et 4 % verges d« plisse.Home Pattern 3*84 Ftobe d enfants, atrtvle Kmplre f >* patron contient m a n -c&ea laWifiiaTig fra^nc^es au poignet et mari-.a- ¦ ourtaM evee polgnaats retournes Taille 2 » S ans.Taille 4, 1*4 vg «étoffe de î« pouces ou l'A vg.d'étoffe aie 40 pouce» de largeur, % vg de 24 pouces da- couleur différent* Prix 2.'.e.- ; .a-a al'juable lfi"7v.36 Nous devons à l'obligeance de il.G.Bousquet, de Saint-Antotne sur Richelieu, de posséder une 'rit mit restant' brochure sur "la composition et la valeur nutritive du miel.Il serait oiseux, on le comprtndra.d'entreprendre la \ublicatinn au complet d'un* stud* 'i* ce genre.Hait on nout taura gré d'en donner let passages principaux et, surtout, de grouper dans cette page un certain nombres d* recettei pour la préparation d'aliment t dont le miel fait la base.Différentes sortes de miel L'on distingue trois catégories de miel: Le miel blanc, provenant des sucs cueillis sur le trèfle blanc; le miel ambré, provenant d'à peu prés toutes les plantes sauvages; le miel brun, extrait en particulier du sarrasin.Le plus doux et le plus recherché est, sans contredit, le miel blanc.Le brun, plus riche en substances minérales a le désavantage d'etre un peu fort au goût, le miel ambré tient le milieu.Conservation du miel Le miel doit être conservé dans un endroit où la température est à peu près toujours la même; la cuisine est l'endroit par excellence.La cave, lui est défavorable, surtout à c.iule de l'humidité qui y est constante.Avec le temps, le mie1 finit par se cristalliser, c'est-à-dire qu'il devient en sucre.La cristallisation prouve souvent la pureté du miel, et non son infériorité, comme on le pense généralement.Avant d'utiliser ce dernier, le f.iire fondre au bain-marie.De quelle manière liquéfier le miel Le bocal contenant du miel cristallisé doit être pincé dans un vu-e d'eau froide que l'on fait chauffer graduellement.Eviter de le faire bouillir, car il perd ainsi une grande parue de sa saveur.Redevenu liquide, le miel peut se conserver longtemps en cet état, en referni;int soigneusement le bocal.La Vent» du miel sur le marché Le miel est généralement présenté de deux manières sur le marché.D'abord en sections, cest-à-dire, sous forme de rayODI ou gûteuiix.Puis, le miel extrait, séparé de son enveloppe de cire au moyen de l'extracteur.Emploi du miel t.e gâteau peut se conserver frais plusieurs mots.Petits gâteaux au misl 'î tas-e de beurre, 2 jaunes d'oeufs ' 'i-f Je miel.'» tasse de lait.tas^e de farine.1 cuillerée (Suite à la page S») 22 La Canadienne.Juillet 1923 Proverbe: Ftmme économe vaut MM dot.V lever et de In toilette.— Rien n'est plu» préjudiciable à la bonne direction de la maison que les levers tardifs.La maîtresse de maison ne doit jamais paraître ~ dans une tenue négligée.Celles qui sont décidées à faire "du minage" revêtiront leurs cheveux d'une coiffure qui les protège de la poussière, coiffure qui peut d'ailleurs être gracieuse et coquette.Leurs mains couvertes de vieux gants se conserveront intactes et soignées Dee ordre» à donner — de In surveillance À exer-rer.— Ne donner les ordres relatifs aux menus de la journée qu'après avoir fait un tour à la cuisine afin de constater s'il n'y a pas de restes propres à être accommodés.Assurez-vous ensuite que la besogne dévolue à chacun des domestiques (si vous en avez) a été faite convenablement^ car il n'est tel que l'oeil du maître pour découvrir le coin mal nettoyé, l'armoire mal rangée, toutes les négligences dans lesquelles les Les femmes font et défont les maisons Division du temps.Chaque chose à son heure domestiques tombent moins souvent, sachant qu'elles sont découvertes.le qu'il font foire avant It di jeûner.- tin peut facilement faire iliaque matin consacrer une heure à l'organisation intérieur du home en réservant régulièrement le même jour aux mêmes travaux.Kn admettant par exemple que l'on reçoive le jeudi, on aura soin le mercredi soir de disposer les fleurs dans les corbeilles ou vases, de soigner les plantes d'appartement.Le jeudi sera reserve nu soin dessiner les fragiles bibelots, les délicats objets qui ornent le salon de réception, de disposer tous les ncessoircs sur In table à thé.I.c samedi on pourru faire le nettoyage de Ions les objets de toilette, nécessaires à brosses, à ongles, etc., etc.Le lundi on s'assurera que l'argenterie est au complet, que les armoires à provisions sont dans un ordre favorable n ln émiser-vntion des denrées; on dressera la liste dos provisions a renouveler, des acquisitions à faire, etc.Le mardi, si le blanchissage est rentré de la veille, il faudra compter le linge, le visiter, mettre de côté toutes cho-es a raccommoder; on rangera ensuite ln lingerie, le tiroir ou l'armoire destinés aux réserves en prenant note de tout ce qui peut manquer comme fil, aiguilles, boutons, laine à repri>er, etc., etc.I,c mercredi enfin toutes les armoires seront rangées, les objets de même sorte mis en pile, attachés par des rubans, les derniers usagés faisant base de chaque pile afin que tous passent ù tour de rôle au blanchissage.Comment employer eon aprèe-midi.— Après le lunch, consacrer régulièrement un moment à la musique, au chant, à la peinture ou à tout autre art; faire sa correspondence, marquer ses dépenses, lecture de journaux ou revues, autant de choses qui trouvent place avant la sortie quotidienne.Celle-ci, suivant les besoins, sera une simple promenade hygiénique, aura un hut pratique en vue d'acquisitions pour le ménage, sera consacrée pour des visites amicales ou de bienséance ou à la visite des pauvres, etc., etc.Rentrée avant l'heure du souper.Coup d'oeil à l'ordonnance de la table.("est alors l'heure charmante «le lu fin du jour M ervé à l'intimité, aux méditations, aux rêveries, aux lionnes causeries; cl les soirées, qui ne seronl pas prises pur les devoirs mondains, peuvent être remplies et organisées de telle sorte, qu'elles pn râlaient trop courtes même a ceux vivement épris il, plaisirs mondains.Une fcinine soucieuse du bonheur de son entourage, conformera >es habitudes à celle-de son mari; après une journée d'un labeur quel qu'il soit, le mtiri mérite de trouver il son foyer une compagne toujours gracieuse, prête à partager avec plaisir, à accepter comme plaisantes même les distractions Contrairel à son goût, parties de cartes, île dunes, d'écheCJI, etc.La musique, la lecture, les causeries, les travaux manuels offrent leurs inliis sables ressources et les heures s'écoulent joyeuses, piisililcs, reposantes, dans lu maison gouvernée par une intelligence et un coeur.LES RECETTES UTILES Pour faire disparaitre les taches de café.— Pour faire disparaître les taches de café, tamponnez-les avec de l'eau oxygénée; rincez il l'eau claire, et étendez l'étoffe sur le gazon jusqu'au lendemain.Pour nettoyer le blanc des poêle» — Ecrasez finement de la pierre a couteau, délaycz-la nvec de l'huile de manière à fnire une pâte assez épaisse; imbibe/-en un petit chiffon et frottez le blanc des poêle-.Pour le faire briller, passer avec un chiffon un peu de tripoli ou nutre poudre.Pour empêcher le lait de tourner.— Pendant le-grnndes chnleurs, ajoutez nu lait que vous ferez bouillir un peu de bicarbonute de soude.Cela l'empêchera de tourner.Nettoyage des cols d'habits.— Frottes la surface du col avec un chiffon de flanelle trempé dans de In benzine rectifiée; brossez ensuite avec une brosse plongée dans de l'eau de savon chnude ndditionnéc d'un peu d'alcali, puis laisser sécher et repassez.Nettoyage du linoleum.— Laver le linoléum avec un linge mouillé.Essuyez et laissez sécher.Frotter ensuite avec un linge imbibé de térébenthine et easuyea de nouveau.Si le linoléum n'est pas usé, il reprendra l'aspect du neuf.L'encaustique rend la surface trop glissante et poisseuse.LA BOURGOGNE ET SES VINS A Bourgogne évocatrice.— La traversée de la Bourgogne éveille des souvenirs variés: chez le lettré, l'histoire d'une de nos vieilles provinces qui a eu longtemps sa vie politique propre avec les ducs de Bourgogne; le touriste revoit avec satisfaction les fertiles vallées de l'Yonne et de la Seine tributaire de l'Océan et séparées de la large plaine de Saône, qui amorce le bassin de la Méditerranée, par l'arête des plateaux de Langres et de la Côte d'Or parsemés de forêts giboyeuses, le pittoresque Morvan avec ses eaux vives, ses prairies et ?es troupeaux de grands boeufs blancs; mais chez tous, quelle gamme de sensations délicieuses ne rappelle pas la revue de tous les crus célèbres dont le panorama se déroule sous les yeux de Joigny à Lyon.C'est une succession de coteaux ensoleillés avec leur tapis de vignobles étendus mollement aux rayons du soleil levant, si favorable à l'élaboration des arômes délicats et pénétrants; ces vignobles reçoivent évidemment les chauds rayons pour les élaborer et concentrer en grappes d'or ou de rubis.Tout le long de la voie ferrée emergent de nombreux villages aux maisons blanches, si coquets, gracieusement assis dans des nids de verdure aux tons si variés par les frondaisons automnales, avec leur haleine embaumée par le fumet si prenant des cuves où bouillonne le vin de l'année, enfant de ee sol privilégié, du climat si favorable a la vigne et aussi des soins culturaux et de vinification affinés et perfectionnés par plus de vingt siècles.Lépoque romaine.— La vigne était déjà, en effet, cultivée en Séquanaise sous la domination romaine dont les vestige» sont nombreux partout et symbolisés par la statue de Vercingétorix, visible de la voie ferrée aux I • et qui domine le plateau d'Alésia où l'armée du fier Gaulois ne put résister à la tactique des légions de César.Les Romanées.premiers crus de Vosne-Rornanee près de Nuits-Saint-Ceorges, rappellent qu'ils ont appartenu autrefois aux préfets romains, lesquels avaient bon goût, car les Romanées sont réputées les plus grands crus de Bourgogne, leurs vins de la Romanée-Conti e sont vendus récemment jusqu'à b et 9.000 francs la piece.D ailleurs la possession des meilleurs crus a toujours tenté les rois, ducs, évéques, riches seigneurs et Par L MATHIEU abbayes du Moyen-Age qui ont eu leurs clos dont les noms rappellent ces antiques possesseurs, clos de Charlemagne près de Beaune, clos du Roi, clos des Ducs.La diffusion du bourgogne: Ducs et Moines.— Les ducs de Bourgogne avec leur brillante cour, souvent rivale de la cour des rois de France, leurs relations avec la royauté et les pays du Nord, ont été un facteur important de la diffusion des crus de Bourgogne; les Monastères qui devinrent ensuite détenteurs des grands crus "Clos de Vougeot", les firent servir souvent d'ambassadeurs éloquents et persuasifs, auprès des princes de l'Eglise.Ne dit-on pas qu'une des causes de la duré«**du schisme d'Occident fut la crainte du pape d'Avignon d'être privé du vin de Beaume que lui adressaient les moines bourguignons.L'émigration de nombreux amateurs de Bourgogne, consécutive à la révocation de l'édit de Nantes, fit la fortune des Volnay qui les suivit en exil.Un vigneron de Beaujolais, par une habile tactique, sut présenter son vin à la cour de Iyouis XIV; mais l'extension du commerce se développa surtout avec les moyens de communication, voies ferrées et lignes de navigation.Aujourd'hui le bourgogne est consommé dans le monde entier et chaque année la plus ancienne foire aux vins qui se tient à Beaume en même temps que la célèbre vente aux cncbi -res des vins des Hospices, y attire nombre d'hôteliers et restaurateurs de Paris, de Bruxelles, de Londres, etc.Nous y avons même vu une année le Ministre de la Bouche de l'Empereur du Japon, lequel nous avoua mettre le bourgogne bien au-dessus du saké ou vin japonais.L'Art et la cuisine.— I,es richesses accumulées par la vigne et qui ont valu à la région où les grands crus foisonnent le nom de "Côte-d'Or" ont fait de Dijon, capital du duché de Bourgogne siège des administrations ducales, un centre où les curieux d'art trouvent largement a se satisfaire, monuments dus à la munificence de ses ducs et de leur Cour, aux oeuvres et souvenirs de la pléiade de grands hommes, orateurs, littérateurs, peintres, sculpteurs, hom- mes politiques; Dijon a conservé de ce passé un cachet artistique.Quelques-uns y voient l'influence de ses grands crus, mais sûrement on ne peut nier que EM industries alimentaires de luxe ne soient la résultante de raffinement très général du goût que l'on observe d'ailleurs dans toutes les régions à grands crus et qui est surtout manifeste dans l'art de la cuisine.Celui-ci est d'ailleurs en grand honneur en Bourgogne et de petits groupes ayant le culte des bonnes choses se réunissent en de sortes d'académies, où les séances sont des déjeuners où les plats du pays préparés avec tous les soins traditionnels sont accompagnés d'une gamme de vins, souvent curiosités uniques apportées par les amateurs.Il n'est pas étonnant que la Bourgogne ait produit une lignée de cuisiniers renommés, elle a sa littérature culinaire, Brillât Savarin était d'un pny-si voisin qu'elle peut le revendiquer comme un des siens.On conçoit que les industries alimentaires de luxe qui ne peuvent se développer que dirigées par un goût délient et averti nient pris naturellement naissance en Bourgogne, le pain d'épiecs de Dijon, ses liqueurs, en particulier son casis de Dijon, la prunelle de Bourgogne sont d'autres fleurons de ses productions.Un pèlerinage en Bourgogne est donc une source de satisfactions pour l'amateur de pittoresque ou d'histoire, c'est pour tous une visite A une région privilégiée par ses vins fins, sn cuisine délicate, nussi le Club des Cents, qui est un connaisseur, l'uvnit-il faite dès ses premiers pas.Li.' vignobles de Bourgogne.— Ces vignobles s'étendent du département de l'Yonne à Lyon de chn-que côté de la voie ferrée et ont été ainsi classés dans leurs grandes lignes par la Commission mixte di - délègue de la propriété et du commerce chnr-gée de préciser les usages loyaux, locaux et constants visant les appellations d'origine.le premier vignoble qui s'offre à la vue du voyageur est celui île Joigny qui s'étend sur les eôteaus qui bordent l'Yonne; le cru le plus renommé est le S uni Jacques, très apprécié surtout en vin gris.Le Tonnerois est n cheval sur l'Armançon et pré-enlc quelques côtes donnant des vins très appréciés ù Epineuil, à Dannemoine.(Suite à la page 34) La Canadienne, Juillet 1923 23 La composition du panier pour le pique-nique Ah! le sandwich! Cheville ouvrière de tout repas pris au bois m ES "nu les plus citadines, au seul mot de pique-nique, sentent s'éveiller en elles des désirs chumpétres.Une rustique vision leur sourit: l'orée d'un bois ou bien une clairière, l'ombre transparente des hêtres ou des châtaigniers là où l'on s'assied dans I herbe épaisse et parfumée, tandis que de petits disques de soleil jouent sur lu nappe tirée aux quatre coins par des cailloux, sur les mets appétissants, sur les gais visages des convives.Car on est toujours gai dans un pique-nique et l'on rit beaucoup îles petites mésnventures ou des incommodités qui sont le sel même du divertissement.On rit lorsque, modestes, les convive, descendus d'un train ont inurché sous le soleil, chargés de filets et de sacs à un qu'ils déballent des sandwiches innocents et de -impies fruits, tandi- que chante — espoir d'un café délicieux — la bouilloire sur un feu allumé entre deux pierres, ils rient de tout et pour tout.Si une auto, deux uutos, trois uutos umènent à pied d'oeuvre des invités qu'elles déposent à la lisière de la forêt j si des serviteurs dependent des voitures mainte cantine pleine de mets choisis, et les thermos qui verseront les buissons glacées ou brûlantes, on rit encore.Certains rient sur le mode éclutunt, d'autres sur le mode discret, mais nul ne se tient de s'émerveiller à voir surgir sous les arbres un repas civilisé.Etonnement venu peut-être de souvenirs ataviques si l'on songe que, pour nos ancêtres de la préhistoire, la vie n'était qu'un perpétuel et difficile pique-nique où les racines et les baies îles bois jouaient un rôle prépondérant, où tout animal qui passuit devenait aussitôt partie du festin.Mais fi d'une aussi piètre et hasardeuse chère! Pensons plutôt à ce pique-nique projeté pour un jour très proche, pensons à des sandwiches! Ah! le sandwich! Cheville ouvrière de tout repas pris au bois ! Ne peut-on pas tout mettre en sandwiches, sauf le potage?Qu'on ne nous parle pas toutefois de ces sandwiches faits à l'insouciante d'un morceau quelconque iché entre deux quignons de pain, tels qu'en mangent, au revers d'un fossé, le rémouleur ou le murchond ambulant, quand encore ils n'ont pas une femme pour veiller au menu.Ah ! non.Nous voulons des sandwiches ! mais quels sandwiches I Que, d'abord, vous choisissiez un pain riche d'une mie légère, que vous en prépariez d Innombrables tranches longues — afin que le maniement en soit plus commode — et minces, minces, pour que les convives n'aient point ù se distordre les mâchoires.Les trunches ayant été toutes légèrement heiirrées d'un côté, il s'agit de les fermer deux pal deux sur une farce digne d'elles.Le sempiternel jambon n'est point ù dédaigner pas plus que le lilunc de poulet, qu'un démocratique et moelleux gruyère ou qu'une purée de foie gras.Mais nous avons mieux: voici deux recettes de hors-d'oeuvre 'lui feraient se vouer pour toujours aux sandwiches I' plus difficile des gastronomes.L'une vous conseille de traiter différemment les deux tranches de pain que votre fantaisie unira.Sur la première, vous étalerez des rondelles minces d'oeuf dur, vous assaisonnerez d'un peu de sel fin et d'une idée de poivre de Cayenne.La seconde tranche sera recouverte d'une couche de beurre d'anchois — fait de six °U sept anchois dont vous aurez enlevé les arêtes •'t que vous aurez écrasés soigneusement avec un deiniquart de beurre frais — puis saupoudrée d'une verdure que l'on obtient en hachant très menu de-'après avec un peu de cerfeuil et d'estragon.Les deux tranches combinées formeront un mets digne l'Olympe et des buis le- plus séduisant- I 'autre farce est une crème de poulet.Hache/, bien fin une 'leini-livre de poulet que vous manière/, avec un demi-'l"art de beurre et deux bonnes cuillerées de sauce '"¦chamelle; assaisonne/, le tout d'un peu de sel, de 'P'clqurs gouttes de vinaigre .i l'estragon et d'un "upçon de poudre de ktiri.Viendront ensuite les viandes froides.Peut-être '"'s feres-vous telles quelles, avec l'inévitable moutarde uu bien avec la mayonnaise relevée à punit, à Par LE CORDON ROSE l'avance préparée et qui se transporte mieux qu'on ne pourrait le croire.I.es tranches minces de gigot ou de veau rôti, le boeuf en paupiettes, les chauds-froids de côtelette- offrent ici d'intéressantes ressources.Et si l'on juge plus commode de continuer le système des sandwiches, toutes ces viandes se trouveront bien d'être encadrées de pain; on leur ajoutera seulement alors l'assaisonnement choisi, ou mayonnaise ou moutarde.Avec le boeuf, certains apprécient beaucoup l'accompagnement de quelques tns minces tranches de radis gris.Les différentes mousses de viande, mises en petits pots, tout comme des crèmes, supportent fort bien le transport et sont toujours accueillies avec joie par les pique-niqiieurs.Voici une fort bonne recette pour préparer une gâterie de ce genre: Ayez une demi-livre de bonne viande rôtie — pou- lit, veau — ou de jambon — les mélanges ne sont pas exclus — hachez-la fort menu et mouillez-la de deux decilitres de sauce veioutée froide, passez au tamis.Assaisonnez à votre goût puis — si possible en travaillant le mélange sur de la glace — ajoutez très lentement, d'abord deux décilitres de gelée de viande fondue puis trois décilitres de crème légèrement fouettée.Les oeufs ne peuvent guère faire leur apparition dans un repas en plein uir que s ils sont cuits durs.Mais on les rendra plus tentants par quelque savante préparation, comme celle-ci par exemple: de- jaune-de six oeufs dur-, on fait une pâte avec quatre anchois dont on a enlevé les arêtes et que l'on a écrases soigneusement.Ajoutez une petite cuillerée de câpres finement hachés, un soupçon d'échalote puis une cuillerée de sauce tomate.Mélangez bien le tout, et de votre pâte, qui doit être assez ferme, remplis-¦ez le- petites coupes formées par les blancs des oeufs durs coupés en deux.Oarnissez chaque oeuf de deux ou trois queues de crevettes, puis alignez les douze pièces sur un lit de cresson dans une boîte de métal.Le couvercle enlevé, on aura un plat d'apparence fort engageante.Lorsque l'on festoie au sein de la nature, il sied que l'on sacrifie à la chère végétarienne, et les légumes ne sauraient manquer aux pique-nique-.Mais pour que, moelleux et froids, ils paraissent à nos palais suffisamment savoureux, il leur faut les ressources étrangères d'assaisonnements variés.Pour manger uu bois, il faut que les multiples salades ou le- petit- pois et les roses carottes le disputent aux coeurs innombrables des laitues.En salade les haricots verts, en salade les transparents navets, en salade les fonds d'artichauts taillés en lamelles, en salade lai pomuiet de terre, sans parler des con- combres, des tomates, du cresson, de la romaine et de la chicorée.Que toujours le légume choisi, tout prêt à manger, soit enfermé dans un récipient quelconque, tandis que l'assaisonnement, préparé a l'avance, demeurera dans un pot ou un flacon pour être employé au moment même du repas.A moins que, fidèle une fois de plus aux sandwiches, on ait placé entre deux tranches de pain les végétaux déjà assaisonnés, la blanche laitue a la mayonnaise avec ses tranches d'oeufs durs, le concombre ou le cresson pour lesquels le citron aura remplacé le vinaigre et la crème l'huile habituelle.Chantons ici aus-i la salade rus e, mélange tentant de tous les légumes d-jà nommés, unis pour notre satisfaction dans la toujours appétissante mayonnaise.Et ne craignons pas de semer ici ou là, parmi les feuilles vertes ou les lamelles cuites à point, l'estragon et le cerfeuil finement hachés.Quand chacun, parmi tant de mets variés, aura satisfait sa fantaisie, tout le monde sera d'accord pour réclamer quelque»ehose de sucré, puisque nous sommes habitués, au rebours des Chinois, à terminer nos re*>as "en douceur." Ici, toute femme aura de multiples idée et proposera maintes friandises plus alléchante- l'une que l'autre.Recommandons avant tout les desserts simples, car tout entremets compliqué, tout gâteau à la crème se trouverait bien mal d'être transporté.Un gâteau moelleux de riz ou de - v semoule accompagné d'une l'JJM cuillerée de confiture satisfera \ 1 .les enfant-, parfois même 1rs V adultes.Les petits pot» de crème cuite, parfumée à la vanille, au caramel, au café, auront toujours du succès.Les tartelettes aux fruits, ayant rte emballées avec précaution, plairont par leur feuilleté et des gâteaux ou petits fours secs on fera gaiement façon.Enfin, les fruits.Juteux et frais, sont Ijs toujours bien venus.Mais il les faut bien choisir.Pour qu'ils soient savoureux, prenons-les assez mûrs, mais point trop, et surtout de bonne qualité, sans quoi nous risquerons de ne trouver à l'arrivée dans la vannerie ou la boite bien close, qu'une marmelade n'ayant de nom dans aucune langue.C'est pourquoi également les petites groseilles sont à éviter et les framboises aussi, et les fraises en leur saison.Prenon- des pommes et des poires, des prunes de toute sorte, des abricots et des pêches — avec un emballage spécial — et surtout du raisin.Frais, juteux, complaisant, le raisin est roi dans les pique-niques.Cependant, nous n'allons point compter sur lui seul pour nous désaltérer.Parfois, si le pique-nique e-t mené dans un esprit ascétique, on ira tirer la boisson de quelque source que l'on connaît ou du puits d'une ferme voisine Mais ce sont là ressources aléatoire-.Fions-nous plutôt aux bonnes bouteilles que nous aurons emportées, qu'elles renferment des vins choisis ou bien de stomachiques eaux minérales.N'oublions pas que les thermos garderont glacées la citronnade et l'orangeade qui leur seront confiées, comme ils maintiendront bouillant le café qui, grâce à son arôme terminera d'une façon obligatoire autant qu'agréable les -ensations du repas en plein air.On peut désirer, au bois, faire rafraîchir une friandise ou bien une boisson.Les bouteilles se trouvent bien d'un séjour dans l'eau courante.Mais les ruisselets n'ayant point toujours l'esprit de couler au voisinage des lieux choisis pour pique-niquer, souvenons-nous qu'un flacon entoure d'un linge mouillé, s'il est place à l'ombre dans un endroit bien aéré, voit en peu de temps sa temperature baisser de plusieurs degrés.Si l'on n'a pas de glace, il e-t bon aussi de n'ignorer point que 125 grammes de nitrate d'ammoniaque dans un demi-litre d'eau donnent un mélange refrigerant de M degrés au-de-syus de 0.Et maintenant, parde sus tout, ne manquez pas d'emporter à votre prochain piquenique une bonne provision de cette belle gaieté dont il a été question laquelle il n'est de plaisir pas plus aux et sans champs qu'à la ville. 84 La Canadienne, Juillet 1923 Jackie Coogan dans la pièce "Daddy L'idole du Cinéma dans quelques poses de sa nouvelle création La Canadienne, Juillat 1923 25 99 •••de.la mort subite En sûreté—dans la foule à l'angle de la 42ème rue et de la Sème avenue, f"' Le Titanic a coulé—et le'monde a frémi d'horreur.Le Lusitania a été torpillé —et les apathiques se sont écriés: "Nous n'endurerons pas cela! " Le Théâtre Iroquois de Chicago a été détruit par un incendie—et des lois ont été décrétées dans tout le pays pour forcer tous les théâtres à se munir d'un rideau d'amiante.Le Théâtre Knickerbocker de Washington s'est écroulé et immédiatement le gouvernement a fait une enquête.Il y eut l'inondation de Galveston—et des millions ont été dépensés pour la construction d'une digue immense.Parce que ces grands désastres étaient à grand effet—parce qui beaucoup de gens sont morts en même temps—le choc qu'ils ont causé a remué l'âme de la nation.Cependant, si on les additionne, les pertes de vies causées par ces tragédies inoubliables—en leur ajoutant celles de trois autres dont le monde se rappellera toujours, la terrible inondation de Johnstown, l'incendie du "Slocum" et le désastre de San Francisco, forment un total inférieur au nombre des personnes qui, aux Etats-Unis, l'année dernière, ont été tuées par les automobiles.' 14,000 tués en 1922 Toutes ces mortalités se sont produites, en grande majorité, dans les grandes villes; 60% dans les quartiers de résidence-dans les "rues retirées"—et, détail tragique, la plupart des victimes étaient des petits enfants.En danger- Dans les quartiers tranquille des résidences.Les "Zones de danger" sont les plus sûres Sur la 5ème Avenue, à New York, entre la 14ème et la 59ème rue, là où la circulation est régularisée au moyen du "Tower System" (la tour à signaux) pas une seule mortalité n'a été rapportée par la police en 1^922.A l'angle de la 42ème rue et de la 5ème avenue, vous, et vos enfants, êtes plus en sûreté que sur la rue même où vous habitez.Mais, à cet angle de rue, les agents de police appliquent rigoureusement de sages règlements de circulation et forcent les gens à prendre soin d'eux-mêmes.Les accidents arrivent en un clin-d'œil.Il faut être d'une prudence de tous les instants.C'est à l'endroit même où vous vous croyez le plus en sûreté—sur quelque rue tranquille— que le danger vous atteindra le plus probablement.Soyez votre propre policeman Aux angles de rues non gardés le piéton et l'automobiliste ont un égal droit à la voie publique.Tous deux doivent donc user d'une égale précaution.Les chauffeurs doivent être vigilants et les piétons attentifs.Et l'instinct de notre propre sûreté doit être en éveil non seulement dans le centre de la ville, mais encore dans les quartiers tranquilles.Si nous voulons arrêter cette vague montante des morts accidentelles, il faut que tout le monde y mette du sien et se conforme aux règlements de la voie publique.Sans cela, les mortalités causées par les automobiles pourront atteindre le chiffre de 15,000 cette année et un chiffre plus grand dans la suite avec le nombre toujours croissant des automobiles lancés sur les routes.En 1922, la Metropolitan Life Insurance Company a déboursé plus de $867,000 pour ses mortalités causées par l'automobile.La même année elle a déboursé $4,753,000 pour toutes sortes d'accidents.Ces polices d'assurance étaient des placements sages—une assurance sur la vie étant une nécessité.Mais il faut quelque chose de mieux qu'un versement d'argent en cas de mort.Il vous faut être mieux protégés contre les accidents que l'on peut éviter.Il faut insister pour que les chauffeurs ivrogne., ou imprudents soient punis.Nous devons, nous-mêmes, user d'une extrême prudence.Nous devons venir en aide aux insouciants et protéger les distraits.Le petit enfant ne connaît pas le danger de la rue.C'est ici que toute la responsabilité retombe sur l'automobiliste.Plus l'enfant est jeune et plus l'automobiliste doit être de précaution.Des endroits sûrs doivent être à la disposition des enfants; il faut aménager des ilôts de refuge pour les piétons; il faut des enseignes et des phares de trafic qui qui forcent les négligents à être prudents.L'année dernière, aux Etats-Unis, on a rapporté environs 19,000 mortalités survenues dans les foyers, ou autour, et qui étaient les suites de brûlures, de chutes en bas d'une échelle, d'une chaise, d'un escalier, etc.U faut toujours se rappeler qu'un danger apparent est facilement évité et qu'à l'endroit même où nous nous croyons le plus en sûreté une imprudence peut nous coûter très cher.La Metropolitan se fera un plaisir de communiquer les informations qu'elle a recueillies sur les accidents d'automobiles, de même qu'un exemplaire de l'ouvrage "The Trend of Public Accidents" à quiconque est désireux de contribuer à la conservation de la vie.HALEY FISKE.Président.Ce qui précède est publié par la METROPOLITAN LIFE INSURANCE COMPANY-NEW YORK La plus puissante de l'univers, possédant les plus forts capitaux, les plus nombreux abonnés, le plus fort chiffre d'affaires courantes, le plus grand nombre de nouveaux abonnés chaque année. In Canadienne.Juillet 1023 —Mais lui, x'ous aimait tant, qu'il sursit passe par-dessus des obstacles plus insurmontables que ceux-là.-J'en étais convaincue.—Alors .Alors, je ne sais plus.1 c fil h casse, ma tante.— Alors, comme il ne se décidait pas au saut fatal, et que je ne tenais pas a rester, jusqu'à la fin de ma vie, fiancée m pnrtibu*.une absence pas trop longue, nous éclairerait l'un et Kautrc sur la solidité de notre attachement, et fixerait peut-être la volonté de mon prétendu Ce fut, je le confes-c, une minute, pénible.Lui, le pauvre, avait dc-yeux sombres, de- air- têtus de désespère Moi, ic n'en menais pas large.Je comptai, toujours qu'il me retiendrait ! Il n'en fit rien.—C'était un srrin.— Pourtant, il m'accompagna jusqu'au bateau: "Mi- Jenny, vous reviendrez?— Je reviendrai.Edward.— Mis- Jcnnv, voici une lettre que j'ai préparée pour vous.J'y ai mi- toute la profondeur de mon sentiment Si vous suive» scrupuleusement les con-eils que ce sentiment a dictés à votre intention.vous reviendrez, mis- Jenny, et nous serons, in qua la mort, et après, dans le ciel, heureux en Christ, et indissolublement liés l'un a l'autre." Je répondis presque A men.Sa mine inspirée et tragique me retourna, jeta une douche sur mon emotion.Je crois même que mon émotion se donnait la liberté de sourir un brin.Et, tu sai-, quand l'émotion se met a -ourirc.ça devient vite du fou rire, après.Me voici sur le vapeur.Je -ors mon mouchoir et m'apprête a l'agiter dans l'espace pour le traditionnel adieu des chromos.Du débarcadère, au bastingage où je m'appui .Edward, de plu- belle, recommence: "Mis- Jenny, miss Jenny, dite, encore une fois, une dernière fois que vous reviendrez." Il m'agaçait, avec -on antienne ! Les mue- battaient l'eau bleue de leur- palette- : des mouettes tournoyaient tout pres.a effleurer la mâture frêle du navire.L'amarre tomba, nous quittâmes la rive." Ma tante s'arrêta rêveuse.—Et qu'est-ce qu'elle disait, cette lettre, ma tante?— Je ne sais pas .Je ne l'ai pas lue.—Oh! — Non.je te déchirai en petites miettes et la semai dan- le sillage du bateau.— Vous n'avez pas été curieuse: rien que curieuse r — Non.Quand c'est fini, c'est bien fini, tu sais.Oh ! on ne revient pas deux fois sur ces choses-la.Nou- étion- assises dans de grands fauteuils d'osier, sur la terrasse qui fait face au jardin.Devant nous, le soleil incendiait les allées, la pelou e, les plates-bandes .Tout semblait accablé.Les oiseaux même- se taisaient; on entendait seulement bourdonner les guêpes et clapoter le jet d'eau dans sa vasque.En parlant, ma tante crochetait de chaud, vêtements de laine grise pour l'hiver de ses pauvres.J'avais bien envie de la questionner plus loin ; mais je ne savais trop comment l'entreprendre, car sa confidence l'avait rendue mélancolique Ses yeux si bleus se fonçaient, presque sombres, maintenant, et son beau front mat se barrait d'un souci.Pourtant, j'osai hasarder: — Et vous n'avez plus aimé, drpuL.ma tante?V — Ai-je aimé même cette fois-là.».Je uut le demande Et je vieillis, et je vais être bien seule, bien seule .— Bah! je suis la pour vous tenir compagnie .— Tu ne seras pas toujours là, Paulette.— Vou - o avez pas idée, au moins, de n»e renvoyer a Sainte-Croix?— Petite folie! — Je* veux rire ! —Je l'espère bien Non, Paulette, tu Paulette Suite de ne seras pas toujours IA ! Tournée comme tu l'es, avec ton frais minois, tes cheveux d'or et tes yeux de feuilles morte-, quelque beau cavalier viendra trop toi te voler à mon affection.— Qui sait?Si j'allais me mettre à ne vouloir pas aimer, non plus?Elle me regarda, ironique.Et, dans un haus-ement d'epaulcs: "Toi!" J'y fus de mon soleil.VIII r*\I\ heures du soir.Il pleut.J'écris, installée a mon petit secrétaire Ixiuis XVI, dans ma coquette chambre tendue d'étoffe Liberty, aux meubles d'acajou a appliques de cuivre.Cne lampe, grosse comme le poing, coiffée d'un abat-jour en dentelle doublée de soie mauve, éclaire doucement les choses.Par la fenêtre grande ouverte l'air délicieusement mouillé m'arrive comme une caresse fraîche et j'entends tambouriner la pluie sur les feuilles du jardin.Des vers de le ne sais qui, lus je ne sais où, me reviennent: J'aime entendre en été les larmes de la pluie Lamenter leur complainte ou dire leurs chansons Aux ardoises du toit, aux arbres, aux huisson- Et jusqu'à ma fenêtre où le lierre s'appuie.Pourquoi j'ai ouvert mon journal?Je serais bien embarrassée de le dire.Peut-être, pour ne pas m'endormir tout de suite et goûter, un peu de temps encore, le charme de ce bruit de l'eau qui tombe et le parfum grave de la terre humide, après l'étouffante journée que nous venons de subir.Rien à noter de saillant.Les heure- s'écoulent presque taciturnes à force d'être heureuses.A l'aube, le pipeau des merles ou le gazouillis de- nids d'hirondelles me réveillent.Pieds nus, je cours tirer mes rideaux et entre-bâiller ma fenêtre; je me recouche jusqu'à ce que Clara, nette comme une poupée neuve, me serve, sur un plateau, le thé, les rôties, de ce beurre, au goût de noisette, que des paysannes apportent, tout frais battu, chaque matin.Puis, sous le drap léger, le drap de toile très vieille que l'air frais du dehors pénètre, je rêve.Je rêve, non à l'avenir que je n'augure pas et que je ne veux même envisager; non au présent que je vis sans pen.er, comme glisserait au fil du courant, sur un fleuve bleu et tranquille, une barque qu'aucun nauto-nier ne mène; mais au passé, au tri-te passé qui se recule et s'atténue, et qui revêt, au fur et à mesure qu'il s'éloigne, chaque jour un peu plus de charme.Germaine m'a écrit hier.Les vacances sont venues pour elle, et elle les passe chez son père, qui est un gros cultivateur de la banlieue de Fraisy.Chère petite! Grandie chez nos bonnes soeurs de Sainte-Croix, ayant reçu, plus encore qu'une instruction solide, une éducation supérieure au rang social qu'elle est appelée à occuper demain, tout la froisse, tout heurte et fait crier son âme délicate, dans le monde fruste où elle se trouve transplantée.Sa lettre a beau vouloir être gaie, les larmes percent a travers son rire.Déjà, au couvent, j'ai soupçonné le mal intime qui la mine.Et je la reverrai toujours rougissante et guindée, acceptant presque en rechignant les gâteries de sa lionne femme de grand maman en coiffe blanche, en robe de cotonnade qui, de temps en temps, la faisait demander au parloir, le dimanche.Combien je l'enviais alors, moi qui n'avais personne au monde pour me \e nir voir, ou seulement pour penser à moi ! Que son destin me paraissait heureux!.Aujourd'hui, s'il pouvait y avoir une preoccupation quelconque dans la quin routât, je chassai donc mon émotion; et c'est rieuse que je répondis : — C'est-à-dire que je suis un bour-rrnu de musique.Tous les magasins de?l'rliteurs et des luthiers de Fraisy m'ont I , -i sous lii doigts.— Kh bien, [trends In sellette.Donnez ,inr audition à votre vieille tante, [*tite suinte Cécile.— Après vous, tout ce que je vais jouer, ça vn être d'un fade!.— Ne t'en plains pas, va ! — Oh! l'accent, le coeur que vous mettles n cette romance, tantôt!.— Oui; — je suis une faus-e sentimentale, vitls-tu!.Allons, j'écoute.le ne voulus pas paraître maniérée, et sans me faire prier davantage, je m installai nu piano.le plus beau morceau de mon réper-Inire, mon morceau à effet, c'est une fnntnlsie, a nr[«'-ges et cascades de notes, [n Hirondelle» de Félicien David.J'y allai donc de mon grand morceau.De temps en temps, ma tante approuvait: — Très bien, très bien.Nous avon, îles doigts ! Depuis quinze jours que je n'avais pis eu de touches sous les mains, moi f|iii musiquais au couvent deux heures Inus les jours, ce m'était un délice de m'rntendre moi-même, et je m'offris un vrai régal de sons.Toute ma mémoire i passa: l'ouverture des Noeei de Jenn-net'.e; quelques Romance» tant parole»; des Poti-pourri» sur l'Africaine, le» Huguenot», la Matcotte, le» Cloche» de Cor-mville; et des valses, et des mazurkas, et des rêv?ries, et des nocturnes! Je ne me fis grâce de rien.A la fin, je me trouvai pourtant au hnut de mon rouleau.— Voilà, c'est tout, fis-je en me retournant.Deux rires joyeux, jusqu'ici mal continus, partirent en éclats ! Je me mis debout, stupéfaite, glacée île confusion: ma tante n'était plus seule.Sur la terrasse à côté d'elle, dans l'un ties grands fauteuils en osier, une vieille rlame, une énorme vieille dame: robe de voile bis, nez en bec d'aigle, bajoues molles, bouche moustachue fendue jusqu'aux oreilles, avec un teint en crête de nq, —¦ une véritable caricature, enfin,— e tordait de plaisir et s'offrait "ma tête" de tout son coeur.Quand ma tante parvint à reprendre un peu de souffle, elle dit, avec un reste île gaieté roulant au fond de la gorge: — Chère petite, chère petite.par-dnnne-nous! Vois-tu.tu m'as rappelé la poche de ton uniforme, l'autre jour, qui n'en finissait plus de se vider.— Oui, mon enfant, pardonne-nott-, lit la grosse dame, en pouffant encore.F.t ma tante: — Quelle salade! .Il y a du meilleur et du pire !.Je balbutiai: — J'ai été ridicule, n'est-ce pas?— Non, mon enfant, répondit la vi-i-Inite, sur un ton d'extrême bonté, et d'une voix qui était comme de la musique; non, mon enfant, vous n'avez psi été ridicule.C'est bien plutôt nous qui le serions de rire ainsi de tant île naïve sincérité .Miss Jenny, qui •st une artiste, mettra un peu d'ordre dans tout cela, et vous aurez du talent, II ni doutes pas.le la regardais, étonnée de son organe ""•liidieux et déjà gagnée à elle.Approches, dit-elle, que l'on vous vole | Kn s'uppuyunt un peu sur ma main quelle avait prise dans la sienne, elle >r ,ri i.m'attira à elle, me tourna le visage '" pleine lumière du jardin.rlle clignait ses yeux de myope, m'es-"miuiit, me scrutait silencieusement — Que vous aves de la chance d'être '' jolie, mu mignonne! Je suis venue ici.Imite préparée à xous détester.Mon 'Iriix coeur, qui n'est cependant pas un -rn"nt, roulait gros de rancune contre «ous! Il vous en voulait de lui avoir ac-r,par4 sa clicre miss I .Quinze longs Jmirs qu'il ne l'avait vj»!.Mais com-""nt chercher noise à tant de gentil-" e, à beaux yeux, I cette fleur de 'r,'it.F.t il faut que je vous embrase, elière.Non de mauvais vouloir, par timidité plutôt, je ne me prêtai pas tout de suite à sa caresse: — Eh bien, Pauline, dit ma tante, n'as-tu pas entendu Mme de Roeroy?Mme de Roeroy! .A ce grand nom, je fus peut-être plus interloquée encore, et ne bouge ii mie, — Dame! fit celle-ci, cet n'est pas très engageant, n'est-ce pas, on vieux débris tie ma sorte?.Spontanément je m'écriai : — Oh ! madame.El je me laissai aller entre ses bras.Quand j'osai lever les regards sur elle, je ne la trouvai plus laide du tout Sans doute, c'était à force de rire qu'elle s'était si défigurée, tout a l'heure! Se» yeux brun- avaient une douceur maternelle; elle avait un nez de race, un nez de Bourbon; sa bouche, de ligne pure, s'ombrait certainement d'un duvet un peu dru, mais le ton dr son visage était poli comme celui des vieux portraits d'ancêtre .Sa mise excès ivement simple, le- bijoux démodés qu'elle portait, achevaient de la mettre a part du monde, de lui donner un cachet hien défini de grande dame qui demeure, tandis que tant de coutumes, tant de modes éphémères pas temps Tous les Jours, nous coudoyons des vieux de quarante am et des Jeunes de soixante-cinq. La Canadienne, ./iiilleut-èlre encore un peu familier.Donc l'aventure, ou lu mésaventure de notre Ecossais, n'a rien qui fuse rêver les jeunes filles.Mais votre tante vous a-t-elle confié sa première inclination, Paulette?— Chère madame!.protesta ma tante, — Laissez! dit lu marquise.Vous avez, mu chère, une façon de tourner en dérision votre propre coeur; vous parlez avec tant d'ironie des sentiments qui ont pu l'émouvoir, que vous donneriez le change u cette enfant, et lui feriez prendre la vie pour plu- .décevante qu'elle n'est!.Ineffable-nent, la marqui e, — elle était presque belle alors! — se saisit d'une de mes mains, qu'elle garda dans ses mains caressantes: — Ecoutez, Paulette: soyez simple, naïve, naturelle et bonne.N'épiloguez pa- sur les affections qui se présenteront a votre coeur.C'est aux vieilles gens a avoir de l'expérience et à prévoir pour vous.Parce que d'autres ont souffert, est-ce à dire que vous souffrirez?.i ¦-lui que votre tante aima n'avait point de naissance, et c'est pour cela qu'elle est restée moralement.veuve de lui.Tous les jeunes hommes qui, depuis, se sont présentés à elle, n'ont pu effacer le souvenir de sa première inclination.Mais c'est bien rare, cela!.Et puis, Dieu merci! il ne manque pas, autour de nous, de partis qui vous agréeront.Vous n'aurez, parmi ceux-ci, belle comme vous l'êtes, que l'embarras du choix.Que votre coeur s'ouvre donc tout grand.Vous êtes trop franche, pour que nous le laissions s'égarer ! Je baissai les yeux, troublée par ces paroles, à cause de l'équivoque qu'elle-contenaient.Celui que votre tante aimait n'avait pat de naieitance.Je murmurai: — .J'aurai, en tout cas, moins à craindre que mon coeur ne s'égare.Car je n'ai pas de naissance, non plus.Ma tante impétueusement répliqua: — Pas de naissance!.Pardon.Par votre mère, vous êtes une de Launoy, Paulette; et si votre père et la famille de celui-ci eurent l'inconcevable manie, dans un but que je ne m'explique pas, •'.e réunir à leur nom patronymique la particule qui le précédait, il e-t pourtant avéré qu'avant la Révolution, et peut-être même depuis, vos ancêtres se sont appelés du Breuil.—Na, na, na, interrompit pluisammrnt la marquise, Dubreuil, Dubois, Dupre, Durand.Cendrillon n'en a pas moins rencontré le prince Charmant ! J'avais rougi jusqu'aux cheveux.Je n'ignorais pas que du côté paternel, j'étais de souche toute plébéienne, el l'insistance de ma tante à vouloir m'a-noblir froissuit le culte intime que je gardais à la mémoire chérie de mon père.Ne souffrais-je pas aussi de ce que ma tante se diminuât dans mon estime?Est-ce que ce travers d'orgueil mesquin qu'elle affichait ne donnait pas raison aux préventions de mes parents contre elle?Je boudai, jusqu'à ce que la marquise se levât pour partir.Sa bonne grâce rasséréna -non âme.— Petite Paulette, dit-elle, en effleu rant ma joue de su longue main blanche, vous ne me privere» plus, n'est-ce pus, des visites de ma chère miss?.Aurai-je en vous une alliée?A nous deux, nous comploterions de U rendre (fuie, heureuse, aimant la vie.— Mais, madame, fls-je, ma tante ne m'a jamais puru bien mélancolique!.— Peut-être pas mélancolique, en effet; mais, comment dirais-je?.déta- chée des clio.es, un brin.sceptique, -, le mot n'e-t pas bien gros! Donc, nou-comploterons.Rappeiez-lui, de temp, en temps, que je suis toujours chr* moi le jeudi .que les chemins qui mènent de Compiègne à Choisy-au-Bac sont dé-icieux en cette saison; et, pour commencer, faites-lui dire qu'elle me viendra voir après-demain.Sans réfléchir, je m'écriai: — Ce jeudi-là, nous ne pourrons, madame.— Et pourquoi, s'il vous plaît?— C'est l'anniversaire.Je voulu- rattraper ma langue; il était trop tard.L anniversaire de qui?.De WÊÊU Jenny?— Quoi, ma chère, après-demain vous aurez.vingt-iept am'.— Oui, dit ma tante, c'est vrai; je n'y pensais guère.Après-demain, il y aura dix années que j'ai eu vingt-sept ans ! — Eh ! bien, je m'en voudrais de ne pas fêter pareille date .Et puisque •ion jour me retient au château, c'e-t au château que nous nous réjouirons du retour annuel de votre printemps!.Venez déjeuner, c est dit?Le marquis sera si content ! Ensemble, ma tante et moi répondï-me.: — C'est dit.X EN haut des Avenues, nous abandonnons la droite route pour nous enfoncer en forêt.Puck, enragé par une trop longue inaction, mène un train d'enfer, et, comme le dit ma tante, elle en a "plein la main"! Il est dix heures à peine, et rien ne nous presse d'être a Choisy-au-Bac avant midi.Aussi nous attardons-nous, sous les arbres, dans les allées de terre de bruyère, recherchant l'ombre, la fraîcheur, l'éventail dentelé et sans fin des "fauchelles" qui font, au bord des chemins, de transparentes et remuantes murailles vertes.Les bouleaux à la frêle écorce, au feuillage léger comme des chevelures ; les chênes puissants jaillis du sol; les hêtres chenus; les houx si verts à baies si rouges, et le sureau fragile, et jusqu'au roncier agrippeur, tout cela dénie, passe, nous fait la haie: décor mourant, bruissant et silencieux, insondable ¦omrne la mer, discret comme un bosquet de petit parc ! N'est-ce pas l'Infini, derrière le rideau d'arbres qui borne nos yeux et que notre main touche ! Ah! la forêt, la forêt! D'un vol bref, des oiseaux traversent .V sentier où nous cahotons, d'une allure lente et sourde, à présent.Des geais -t battent dans les broussailles.Cne huppe, au plumage bariolé, se lève à notre approche, file, pour se brancher plus loin, et repartir encore, comme pour nous montrer le chemin.Au de-tour d'une allée, une biche s'évoque parmi les ramures retombantes.Elégante, sur ses jambes grêles, l'oreille au guet, l'oeil placide, elle allonge vers nous sa souple encolure; et notre passage ne l'effarouche pas.Puis une source chante sur les pierres.une cloche très lointaine égrène l'heure.Ni ma tante ni moi ne parlons.Je conçois qu'elle n'ait pas voulu que Tom-Pouce nous accompagne: sa présence eût rompu le charme de cette radieuse matinée.Non, nous ne parlons pas.Cne émotion neuve me berce doucement et me noie le coeur.Suis-je prise, comme dans les contes, par la magie de la forêt?.C'est peut-être pour de bon, les jolies fees de notre enfance?.Tout se tuit.Les coucous se répondent seuls de leurs deux notes accouplée-.Dans la terre poussiéreuse, les roues enfoncent et les pas du cheval s'amortissent.les hani.vis cliquettent à peine, et ù peine crissent les ressorts de la voiture.Tout à coup, dans les hautes fougères, rntrr les taillis, les cépées, une ribambelle de bonnes femmes nous apparaît, toutes les reins cassés vers le sol Suite à la page 30 Songez a votre avenir S A VEZ-VOL'S que tout humme est 1 artisan de ->u destinée ' SAVEZ-VOUS que 1 étude, mise au service de 1 expérience, mène à tout?SAVEZ-VOUS que l'Industrie du Papier réserve des positions de choix a ses spécialistes1' SAVEZ-VOUS qu'il existe une Ecole de Papeterie dont les manuels sont rédiges par des fabricants de pulpe et de papier?SAVEZ-VOUS que cette Ecole prépare a toutes les spécialités de l'industrie papetiere ! SAVEZ-VOUS lire et écrire.OUI?ALORS, ne manquez pas de vous renseigner auprès de nous:— Institute of Industrial & Domestic Arts GARDEN VALE.P.O.Ecole de Papeterie reconnue par les autorités industrielles du Canada et des Etats-l'ois.ECRIVEZ TOUT DE SUITE Institute of Industrial & Domestic Arts Gardenvale.Que.Veuillez me faire tenir, sajis obligation Je ma part, un exemplaire de votre programme d'études et une formule- d'inscription a vos cours de Pâtes -t Papiers.NOM .SITUATION .COMPAGNIE ADRESSE M La Canadienne.Juillet ItM kbbotjre OF 'ULP OF X>DPUIP «r* FRAIS ^ S POSTAUX COMPRIS Vient de Paraître Un fort volume de 700 pages, superbement illustré, traitant de LA FABRICATION DE LA PULPE Si vous savez lire l'anglais, vous trouverez dans ce manuel les renseignements les plus complets sur la préparation des pâtes de bois.Ce traité, préparé sous la direction d'un comité d'experts canadiens et américains, fait autorité en la matière.KCKiKK PULP and PAPER MAGAZINE GARDEN VALE, QUE.Paulette se marie Suite (le lu pagl 2!) — Ce sont des eucilleuscs de fruisrs, ou des mounriéree, dit ma tante.Oui, ce sont des eucilleuses de frnises.l'aperçois la mere Uranlc, de Vlcux-Mou-lin.Et elle appela: — Bonjour, Ralliai La vieille se dressa, se retourna, nous reconnut, sen vint à nous.— Eh hien, cette récolte?demanda ma tante, taudis qu'Cninic approchait.— Pas hen belle, pas ben belle, mu chère tiide dame! I.a rhisxi nsst nous ¦ fait tort.T'ncz, c'est tout juste si j'frai min pinani a c'matin.Misère de misère!.Vous n'en voulez-t'y d'ees fraises?.Prenez l'Unit, et j'me sauve.J'n'ai assez.'.¦— C'est combien?— V'm'paicrez d'main, avé l'beurre.Qu'on n d'!a misère, tout de même! Bah! répliqua ma tante, les fraises sont finies, mais bientôt viendront les framboises.— Oui les frowboisr»! pour qu'ça s'vend!.Pis uprès, ça s'ra les fuu-chelles pour la litière des bêtes.' — Puis la faîne.— Oh! la fouaine, m'est uvis qu'u s'ra prospère à e't année.Vous en usez-t'y de c't huile ù d'fouaine?.— J'en userai, Ranle; on la dit uussi bonne que l'huile d'olives.— Aussi bonne ! protesta lu vieille, c'est eune menterie ! C'est ben préférable, qu'aile est.— Eh bien, je compte sur vous pour me fournir de l'huile de faîne, Hanie.En attendant, puisque vous venez demain à la maison, apportez-nous donc, avec le beurre, un bon petit poulet.— Un poulet, mam'zelle la comtesse, un poulet!.J'en n'ons point.Les bêtes fauise», comme qui dirait d'ees renards, m'ont tout ravagé.Misère de misère!.On n'est pas heureux, ma pauv' tiote dame!.on n'est pas des chéris du bon Dieu comme vous! J'vou-lais vous d'mander: si v's aviez un' vieille jupe, du linge, quéchose infin à s'mett' su'l'dos?J'ai min fille qu'en est à son cintième infant.On n'est pas heureuse!.Misère de misère.— Je trouverai cela, Ranie.Entendu.Et à demain ! Puck, qui s'impatientait sous les taons, rompit de lui-même les jérém'ades de la paysanne, et d'une secousse démarra, nous tira de l'ornière.Nous voilà, dévalant de nouveau sous la retombée des branches qui nous soufflettent au passage.— Pauvres gens, dit ma tante! Ils vivent de la forêt, comme les marins, de la mer.Au printemps, dès que les femmes peuvent sortir, elles vont d'abord aux morilles, au muguet.Le muguet s'envoie par wagons, tous les jours, sur Paris.Après le muguet, les fraises.Puis viennent les framboises qui s'expédient par f fits aux confiseurs des villes.(^ntlqucs-un's, entre temps, font la chasse aux champignons; ceps rebondis, girolles d'or, hautes coulemelles baguées qui ouvrent leurs parasols dans les terrains humides.Avec l'automne, se fait la moisson des fougères qui sei vent, scellées, de litière aux bestiaux.Enfin, tous les sept ans, environ, revient lu grande récolte de la faîne, le fruit du hêtre, dont on tire, dit-on, une huile succulente.I-es hommes sont bûcherons, scieurs de long, gardes; et c'est leur plus chère ambition d'appartenir à l'administration forestière ! Ils ont pour le bois le culte du pécheur pour l'océan.Les heures s'enfuient.Nous perdon, un peu de temps dans ici labyrinthe de petites ullées, avant de retrouver la bonne route; puis, nous débouchons dans une vaste plaine, toute jaune, où les grands carrés de blés et les avoines plus blondes commencent de tomber par place bous lu faux en forme d'aile des moissonneurs.Là-bus, uu bord d'une rivière qui miroite sous le soleil urdent, un village dort dans lu lumière.— Choisy-uu-Bac dit ma tante, en étendant son fouet duns lu direction du clocher.Un petit pont à l'ombre duquel des law-uses jacassent, parmi le bruit claqueur des ballolrs.Quelques minutes après, nous entrons dans 1111 parc somptueux, enclos de vif us murs, en partie écroulés; et en hunt d'une pelouse immense le château apparaît: fruste, flanqué de deux tours en éteignoir un antique château Louis XIII, briques, ardoises et fer ouvragé.Lu murquhc descend les marches du perron, à notre rencontre.— Bonjour, chère miss! Bonjour, Farfadet, crie-i-clle.Paulette, ce surnom vous restera; j'ui la manie de rebaptiser les gens que j'aime bien pour leur donner un titre qui n'appartient qu'à mon coeur.Tandis que deux domestiques s'empa rent de la voiture: — Vite vite, dit encore Mme de Ko eroy.Ne demeurons pus sous ce soleil! Nous nous 1 mbrusierons à l'ombre.Nous lu suivons en papotant de façon insignifiunle et un peu puérile.Elle porte sa même robe de l'autre jour, avec un grand chapeau de jardin, sorte de capeline qui dut être de mode il y a soixante ans.Nous voici duns un petit salon de style Empire, je crois: boiseries, claires; vieux meubles en velours d'Utrecht, à sphinx de cuivre; grandes bergères à oreilles; massive pendule dorée, sous son globe dont le sujet est d'une grâce guindée et ennuyeuse.— Et maintenant, tendez-moi bien vos joues, mes chères belles ! Elle nous donne longuement, à l'une et à l'autre, de gros baisers de nourrice.Nous étions à peine assises que le marquis entra.C'est un beau vieillard, très grand, très mince, d'aspect militaire.Ses cheveux sont tondus en brosse; il porte de courts favoris bien blancs qui ne dépassent pas le milieu des joues.Il a des yeux bleus d'un bleu de porcelaine, une bouche à peine dessinée, comme d'un trait de pinceau.Autant la marquise est négligée avec affectation, dans son vêtement ; autant lui est c.rrect, d'une élégance sévère, mais de dernier ton.Il s'avance vers nous.Il porte dans chaque main une gerbe de roses, l'une de roses rouges, presque noires; l'autre de ces jolies roses mousseuses comme il en fleurissait sous les pieds de notre Immaculé/' Conception, à Sainte-Croix.Avec une aisance charmante de grand seigneur, il s'est incliné devant ma tante.— Chère mademoiselle, lui dit-il, j'ai cueilli, dans ma pépinière, ces roses dont j'ai moi-même greffé l'espèce.Jusqu'à ce jour, j'ai cherché, en vain, un nom, qui leur convienne.J'ai pensé à les appeler d'abord les roses de Rocroy.Mais qu'est-ce qu'un vieux nom comme le néitre, un vieux nom qui décline et qui bientôt va disparaître en nous, irait faire sur tant de fraîcheur, tant de profond éclat, tant d'éternelle jeunesse !.En souvenir de ce jour, qui est celui de votre anniversaire, en souvenir de tant de friichcur, tant de profond éclat, tant d'éternelle jeunesse qui sont les vôtres, permettez que je baptise mes roses: "Les roses de Launoy!" Très touchée, ma tante prit In gerbe de roses, el le marquis, avec une grâce respectueuse et galante, lui baisa le bout des doigts.Puis il s'approcha de moi: — Je n'avais pus l'honneur de vous Connaître encore, mademoiselle; mais Mme de Rncroy m'a dit: une rose en bouton.Aeceptez-donc ces roses joli bouton .verges d'étoffe de 36 pouces de largeur et 4% verges de 36 pouces de largeur pour le plissé.Prix 35 cents.Home Pattern 3698— Robe à taille longue pour dames et Jeunes filles, les épaules sont tombantes.Un empiècement est ajouté au décolletage, forme U, on peut aussi le tailler simplement uni.La jupe mesure au bas 2% verges de largeur.Tailles 16 ans, 36 à 38.Taille 36, 4% verges d'étoffe de 36 pouces de largeur et % vg.de 10 pouces pour l'empiècement.Prix 35 cents.Home Pattern 3881— Robe à taille légèrement longue pour dames et jeunes filles.Deux volants froncés sont ajoutés sur le devant de la jupe d'une seule pièce, donnant l'effet tablier.Largeur de la jupe, 1% vgs.Tailles 16 ans, 36 à 42.Taille 36, 4 verges d'étoffe de 36 pouces de largeur et 1% vgs.de 36 pouces de largeur, de couleur différente; 6% vgs.de ruban large, 4V4 verges moyen et 5V4 verges de ruban étroit.Prix 35 cents.PENSEES Chez les nations en décadence, les hommes d'intelligence ne manquent pas; ce sont les hommes de caractère qui disparaissent.—Paul Doumcr.L'école est le champ de bataille où se décidera la question de savoir si la société restera ou non chrétienne.— Léon XIII.Nous n'avons pas besoin de réussir; nous avons besoin d'être en toutes circonstances les hommes du bien, du juste et du beau; en un mot, les hommes de la croix.Quand nous avons été tout cela, que Dieu se charge du reste, nous avons accompli notre tâche et fait ce qu'il veut.—Louis Vcuillot.Le monde n'accorde qu'une petite place à la nation qui possède de fortes qualités, mais n'ose pas être grande.— Roosevelt. La Canadienne, Juillet 1923 35 Paulette se marie (Suite de la page 33) Je jouai — comment cela me revint-il sous les doigts?— une Méditation de Massenet: chant large et profond, sous des accords syncopés à contre-temps, qui semblent comme les sanglots sourds de cette plainte.Jamais mon propre jeu ne me donna une émotion pareille à celle que je ressentis, hier, dans ce petit salon ancien, aux stores haissés, pendant que m'écoutaient ma tante, nos hôtes et.cet ofheier qui m'était cependant presque un étranger, tout à l'heure! — Mais Farfadet, mais Paulette, — s'écrièrent, d'une seule voix, la marquise et ma tante, quand j'eus plaqué le dernier accord, —¦ nous avons de l'âme! Par contre, ma tante qui, l'autre jour, s'était laissée si délicieusement aller, dans cette romance mélancolique où je l'avais surprise; ma tante chanta, du bout des lèvres, des airs légers et quelconques, qui ne parvinrent pas à me tirer de la langueur où la poipnante petite oeuvre de Massenet m'avait mi e.L'après-midi, pour moi, s'écoula en rêverie.Quand le soleil >e pencha derrière les arbres du mont Saint-Marc, nous avons quitté l'ombre du salon pour le jardin ou la marquise, en cette saison, se plaît à recevoir.L'exquise vue qui s'étendait devant nous ! D'abord, les allées bien peignées s enroulant et se déroulant autour des gazons, et dévalant jusqu'à la rivière.Puis, la rivière fait des coudes, s'égaie et se renouvelle du glissement de lourdes péniches plates, que halent de la rive de gros percherons accouplés.Là-bas, les plaines jaunes poudroient sous le soleil penché, retentissantes du sifflement des faux et des appels des moissonneurs.Lnfin, la forêt ferme l'horizon, profonde, mamelonnée, presque noire, sur le ciel où de grands oiseaux passent d'un vol lent et triangulaire.Hélas ! trop tôt, les visites affluèrent.Ce fut, en premier, un jeune godelureau, d'une élégance affectée, singeant les modes de 1830, M.de Gasty, je crois, qui parada en mon honneur.Puis, Mme et Mlle de Volerbon; puis des officiers; un ingénieur des ponts et chaussées ; un sous-inspecteur des forêts, et.je ne sais plus.Enfin, apparut, du fond d'une allée, une robe rouge, une énorme robe rouge qui semblait rouler en l'avançant, et que couronnait, sur des épaules rebondies, une immense capeline en paille, fleurie de coquelicots éclatants et de tapageuses fanfreluches.— Oh ! fit narquoisement le capitaine entre ses dents, quelle chance! Nous allons rire un brin.Voici venir Mme "Bureau de tabac"! — Gaétan ! reprocha la marquise.Mais lui de continuer: — Peut-on s'accoutrer de la sorte ! Non, mais, est-elle assez ridicule, est-elle assez "bureau de tabac," dites?Et s'adressant à moi: — Vous ne trouvez pas, mademoiselle?— Il faudrait au moins que je sache, répondis-jc, pourquoi vous appelez cette dame "Bureau de tabac"?Je ne pense pas qu'elle soit buraliste.— Pas précisément, répliqua-t-il, en riant.C'est la veuve du général baron de l'Estrée.— Je ne vois pas la similitude.— Comment vous ne saisissez pas?.Une veuve de général."Bureau de tabac." Avouez qu'elle porte bien son surnom.Elle le décore comme une enseigne.La grosse dame approchait.— Taisez-vous dit la marquise.Mme fie l'Estrée pourrait vous entendre.C'est une excellente personne, bien qu'un peu fantasque.— Elle est si vaniteuse qu'elle ne s'imaginerait pas qu'il est question d'elle.Mademoiselle du Breuil, que penseriez-vous d'un petit tour dans le parc?.Vous permettez, mademoiselle?deman-da-t-il à ma tante.Sur l'acquiescement de celle-ci, je suivis le capitaine.Mais: — J'en suis, déclara M.de Gasty.— Et moi, et moi, et moi, répéta en échos toute la bande des jeunes gens.— Vous voyez, fit M.des Montaignes, voici l'effet qu'elle produit, la générale.Il est vrai que, la générale à part, tous ces petits freluquets sont à .'e di-puter un regard de si beaux yeux! — Quels beaux yeux?questionnai-je bêtement.— Dame, dit-il, ce n'est sûrement pas des miens qu'il s'agit.Je compris, et piquai mon fard.Il a une façon de vous envoyer des compliments, le capitaine, qui ressemble plutôt à un coup de pistolet! Dans les dédales du parc, nous sommes passés auprès du chenil, où une meute de petits bassets d'Allemagne nous accueillit ne furieuse manière.— Des chiens, des chiens, m'écriai-je ! Oh! j'adore les chiens, savez-vous! — Si M.de Hocroy nous avait accompagnés, il vous aurait offert incontinent de choisir, parmi ses daihn, celui qui vous plaît le mieux.— Ce serait un triste pensionnaire, mademoiselle, se permit M.de Gasty Ces sortes de chiens sont intenables si près de la forêt tentatrice.Mais, j'oserai.XI Même jour, au soir.J'en étais là de ma rédaction, lorsque trois coups frappés à la porte de ma chambre vinrent couper net la phrase commencée.— Mademoiselle s'habille, dit Clara; elle prie mademoiselle de descendre au salon où le capitaine des Montaignes attend.Je sursautai dans mon fauteuil: — Le capitaine !.Et plus posément: — Bon, c'est bien.je descends.Je ne puis pourtant pas me montrer ainsi ! Je me plante devant ma glace: ma coiffure n'a plus de nom ; je suis congestionnée d'avoir écrit ! Tant bien que mal je rafistole ma chevelure vraiment par trop vagabonde; je jette un nuage de poudre sur mes joues.Une épingle à ma ceinture., deux tapes sur ma jupe qui fait des plis.Et je dégringole l'étage, quatre à quatre! Sans doute, j'ai tort de courir; cela va m'empourprer le visage encore.Je m'en rends compte; mais mes jambes vont plus vite que ma raison.le pousse la porte du salon: mon serpent-major est là, debout, sanglé, reluisant dins son uniforme: — Monsieur, commencé-je, tandis qu'il s'incline cérémonieusement.Patatras!.Il porte entre ses bras un énorme petit chien, noir, bouclé, maf-flu, aux lourdes pattes qui s'agrippent, et qui pousse des appels désespérés et pointus d'orphelin en quête de sa mère nourrice ! C'est plus fort que moi et que lui, le capitaine, nous partons en choeur d'un immense éclat de rire.Pour cacher mon embarras, autant que poussée par la joie, je tends les mains en avant vers la grosse petite bête qui se défend et qui geint.Je crie: — Quel amour de toutou; quel amour de toutou ! Rayonnant, le capitaine me l'abandonne et demande: — Bien vrai, ça vous fait plaisir?Je n'ose en croire mes oreilles: — Il est pour moi?— Dame! Je vous ai entendu déclarer hier à cet impertinent de petit Gasty qui roucoulait niaisement autour de vous,— personne ne m'énerve comme cet animal-là! — je vous ai entendu lui déclarer que vous ne désiriez rien tant, pour l'heure, que d'avoir un chien.— Vous avez surpris aussi sa promesse de m'en dénicher un.(Suite à la page 37) Un emploi de la Listerine que vous ne connaissez peut-être pas LA Listerine est délicieusement rafraîchissante comme désodorisant—si vous êtes sujette aux odeurs de la sueur et n'avez pas le temps de prendre un bain ou une douche.Et Listerine ^ ceci d'agréable; c'est qu'elle est—sûre.Elle n'attaquera pas la peau la plus délicate.Vous vous en aspergez tout simplement à l'état pur.Elle s'évapore rapidement et vous laisse immaculée et rafraîchie—exempte de l'embarras créé par une incertitude en pareille matière.Les occasions sont innombrables où vous remercierez la Listerine pour la tranquillité d'esprit que cette précaution vous procurera.Naturellement, il y a des douzaines d'autres usages auxquels peut servir cet antiseptique sûr, agréable, et à qui on peut se fier.La circulaire q u i enveloppe chaque bouteille vous les décrit.Prenez le temps de la lire.Lambert Pharmacal Co., Toronto, Canada.LISTERINE l'antiseptique sûr Mise en Pots a froid a la manière de " Wear-Ever " Ce rôtisseur et metteur en pots Wear-Ever en aluminium est l'ustensile qui épargne le temps et le combustible.Employé pour la mise en pots & froid, pour rôtir les viandes, cuir le poisson, les pommes et les patates, pour passer les légumes à la vapeur, ou pour préparer tout le repas.Ne manquez pas d'exami-_ , , .ner ce magnifique ustensile Remplacez le, ustensiles de cui8ine Tous ie9
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