La Canadienne : le magazine du Canada français, 1 janvier 1923, v. 7, no 5
Vol.Vli, No.5 Garcienvale, Août, 1923 AD I EN LE MAGAZINE DU CANADA FRANÇAIS T Abonnement DEUX DOLLARS S.A.R.La Princesse Mary, Vicomtesse Lascelles et son bébé GARDEN CITY PRESS GARDENVALE, QUE.Le numéro VINGT CENTS LES CARPETTES LINOLEUM DOMINION rendent les appartements confortables a peu de frais Au moyen des véritables Carpettes en Linoléum Dominion, vous rendrez, cet été, vos planchers agréablement frais et confortables.Salubres et économiques, ces carpettes sont au mieux dans le solarium, le vestibule et les chambres.Et ce qu'elles épargnent de travail pénible ! plus d'écurage ni de balayage.Leur entretien se résume à quelques coups de vadrouille humectée.Les Carpettes en Linoléum Dominion, faciles à poser, faciles d'entretien, et peu coûteuses, • débarrassent de la poussière et des microbes, ce qui a son importance au point de vue de la santé.Elles ne requièrent pas d'être clouées, elles ne s'échiffent pas, ne s'usent pas au bord, et leur durabilité est extrême.Ceux qui préfèrent le Linoléum en pièces, peuvent se le procurer dans une grande variété de dessins et de coloris.Nous reproduisons ci-dessous quelques modèles, les plus en faveur.Le marchand de votre localité vous les étalera avec plaisir.tv*achetez que le Linoléum à base de lourd canevas.Tels sont le Linoléum et les Carpettes en Linoléum Dominion.0111 0254 D'UN MOIS A L'AUTRE Où il est question de ce que l'on donne, de ce que l'on va donner et de ce que l'on va demander UN MOT A NOS ABONNES r* 'ïjiJS flOUS publions dans une autre page un avis ||L\4 ¦' flu ihrl rlii service des abonnement» IUÏ le-îrîres i que' nous des'1"0115 attirer tout spécialement ïJsiïaJs l'attention des lecteurs de "La Canadienne." Comme nous avons déjà eu l'avantage de leu en faire part, la nouvelle administration de " La Canadienne " a entrepris résolument la tâche de faire de notre magazine ce qu'il devait être dans la pensée de ses fondateurs et, pour cela, rien n'a été négligé, depuis trois mois, pour donner à nos abonnés non seulement un service aussi parfait que possible, mais encore pour leur donner une compensation pour les défectuosités de service dont ils aurai est eu à se plaindre dans le passé.Aussi constatons-nous avec le plus grand plaisir que nos efforts n'ont pas été vains et que chaque jour nous apporte des témoignages nouveaux de satisfaction de la part de notre nombreuse clientèle.Il est inutile d'ajouter que nous allons continuer à diriger nos efforts vers le perfectionnement toujours plus complet de nos services.Mais on comprendra que, dans cette œuvre de reconstruction, nous comptons beaucoup sur la coopération de nos amis.Qu'on lise donc avec soin l'avis dont nous parlons plus haut et que l'on trouvera page 37.On y trouvera toutes les indications nécessaires pour ceux de nos abonnés qui auraient quelques observations à nous faire.NOTRE NUMERO DE SEPTEMBRE NOL1S avions l'habitude d'annoncer ici, un mois à l'avance, les sujets, sérieux ou légers, que nous nous proposions de mettre sous les yeux de nos lecteurs.C'est une habitude à laquelle nous voulons revenir comme, du reste, on nous a maintes fois invités à le faire.C'est ainsi que nous pouvons, dès aujourd'hui annoncer à nos lecteurs qu'ils trouveront dans notre numéro de septembre, une abondance et une variété de matières qui leur rappellera les plus beaux jours de notre magazine.Ils retrouveront aussi dans nos pages leur collaborateurs favoris, ceux dont ils attendaient les œuvre avec l'impatience que l'on met à attendre la venue d'un ami, d'un membre de la famille.Les questions auxquelles tous les membres de la famille s'intéressent d'une façon particulière reprendront leur place accoutumée, sous les rubriques connues, depuis le grand roman d'aventure, jusqu'au délicieux conte sentimental, ou même jusqu'à la chronique complexe et souvent hasardeuse des modes et des travaux à l'aiguille.Lisez donc-nôtre numéro de septembre et vous nous en donnerez des nouvelles.Il y aura de tout, et bien davantage.L'AMOUR DES HÉROS PARMI les œuvres maltresses qui distingueront le prochain numéro de "La Canadienne" se trouvera un roman de Ludovic Naudeau intitulé " La jolie fille de Dublin, " et qui sera donné au complet.C'est un épisode de la révolution irlandaise que l'auteur est allé étudier sur place et qui fournit, on le conçoit, matière aux situations les plus tragiques jusque dans l'idylle amoureuse qui n'épargne pas plus les héros que les âmes les plus simples.Et puis, on a déjà tant dit et tant écrit sur Erin, cette lie infortunée, dont le martyre remonte à plus de sept siècles.Quelle est donc cette force invisible qui poussait l'un vers l'autre Florence Brehan et le "Sinn Feiner" O'Carroll, quelle impulsion sacrée allait réunir dans le cœur d'un brave l'amour de la beauté et l'amour de la patrie.Pourtant.mais il ne faut, par des révélations intempestives, gâter le plaisir que l'on trouvera à lire " La jolie fille de Dublin." Voyez donc "La Canadienne" du mois de septembre.RENDONS A CESAR UNE erreur de mise en page a fait que dans notre numéro de juillet nous n'avons pas indiqué, comme nous nous proposions de le faire, la provenance des illustrations qui accompagnaient l'article de notre excellent ami et collaborateur, M.J.E.Laforce.Nous aurions donc dû dire que les magnifiques clichés qui illustraient l'article sur les "Parcs Nationaux "nous avaient été gracieusement prêtés par l'administration des chemins de fers nationaux.Il va de soi que nous profitons de l'occasion de cette mise au point pour offrir à qui de droit l'expression renouvelée de notre vive reconnaissance.TIREE A QUATRE EPINGLES ON dit souvent en parlant d'une personne: "Elle est tirée à quatre épingles." Cette expression remonte à l'époque où le fichu ou mouchoir de cou était de mode au XVIIlSme siècle.Le fichu, pièce d'étoffe carrée, pliée dans le sens de la diagonale, avait une de ses pointes entre les épaules et les deux autres croisées à la ceinture.Pour le tenir tendu et bien ajusté, on fixait les pointes par trois épingles, et les élégantes en mettaient une quatrième au croisement, sur la poitrine : de là est venue la locution si répandue aujourd'hui.De nos jours, quand on dit d'une personne qu'elle est tirée à quatre épingles on veut dire qu'elle est mise moins avec recherche qu'avec un bon goût parfait.Pour atteindre la perfection dans le vêtement les lectrices de "La Canadienne" ont les " Home Patterns." Ceux que nous publions dans le présent numéro et que nous publierojis dans celui de septembre sont tout particulièrement intéressants.ET COETERA, ET COETERA J'ai cent sujets à annoncer et l'espace consacré a mes sujets est déjà tout rempli.Il y en a d'amusants, de graves, d'utiles; il y en a pour les grands et pour les petits.Avez-vous lu la "Légende du bon mari" par M.René Le Cœur ?et les "Paradoxes sur les dîners" de M.M.Gérard Bauer ?et "L'attirance du Gouffre" de M.Joseph Courteau ?Vous trouverez tout cela dans le numéro de septembre de "La Canadienne." Il y a même une légende de poupées qui est aussi une belle leçon.Cela commence comme ceci: " A Lizette, son père Disait: Fuis les galants.— Bah ! pensait la bergère Ils ne sont pas si méchants." Enfin, vous verrez.En attendant, retenez un exemplaire de "La Canadienne" de septembre chez votre dépoitaires.LES RENOUVELLEMENTS Bulletin à remplir pour renouveler l'abonnement à LA CANADIENNE Les lecteurs de La Canadienne dont l'abonnement est expiré ou va expirer prochainement trouveront, ci-contre, La Canadienne un bulletin que nous leur conseillons et leur demandons de remplir et de nous faire parvenir, sans retard, avec le Gardenvale, P.Q.montant de l'abonnement annuel qui reste de DEUX Ci-inclus la somme de DEUX DOLLARS imandat-poste, mandat-express DOLLARS.ou chèque accepté) pour renouveler mon abonnement à La Canadienne à partir du mois.1923.C'est un détail très important et pour eux et pour nous.Ils s'épargneront ainsi toute interruption dans le service du Magazine.A part cela, ils nous feront une faveur pour laquelle nous leur offrons d'avance nos plus sincères Ville ou paroisse.remerciements.LA DIRECTION.Comté.Prov. I .a Canadienne, Août LA MUSE CANADIENNE PROMESSE PAUL MORIN Enfant, comme une fleur soudain épanouie, Qui remplis la maison de lumière et d'orgueil, Enfant fragile, dont la prunelle éblouie N'est pas ternie encor par le doute et le deuil; Brusque petit garçon, fillette déjà sage, Cheveux de soie et d'or ou boucles d'agneau brun.Vif comme un lutin ou grave comme une image, Que seras-tu ?Guerrier, laboureur ou tribun.Lévite au front serein, poète à l'âme d'ombre ?Et toi, mystérieuse fée au bleu regard, Dis-moi, que seras-tu?La nonne en robe sombre.Plus somptueuse que la moire et le brocart.Ou la mère, anxieuse et tendre, d'autres anges Semblables à l'exquis problème que tu es?Frêle corps précieux enveloppé de langes, Tu renfermes en toi les solennels secrets Qui furent de tout temps le bel émoi des mères Mais devant un berceau pourquoi philosopher ?Ce temple minuscule et blanc rend éphémères Les vaines questions dont il sait triompher ; Car, muette réponse où sa douce faiblesse Pose le sceau divin des augustes serments, Les chers yeux de l'enfant offrent une promesse Plus belle encor que tous les rêves des mamans.LE JARDIN D'ANTAN EMILE NELLIGAN Rien n'est plus doux aussi que de s'en revenir Comme après de longs ans d'absence.Que de s'en revenir Par le chemin du souvenir Fleuri de lys d'innocence, Au jardin de l'Enfance.Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet D'où s'enfuirent les gaietés franches, Notre jardin muet Et la danse du menuet Qu'autrefois menaient sous branches Nos sœurs en robes blanches.Aux soirs d'Avrils anciens, jetant des cris joyeux Entremêlés de ritournelles.Avec des lieds joyeux Elles passaient, la gloire aux yeux, Sous le frisson des tonnelles.Comme en les villanelles.Cependant que venaient, du fond de la villa.Des accords de guitare ancienne, De la vieille villa.Et qui faisaient deviner là Près d'une obscure persienne, Quelque musicienne.Mais rien n'est plus amer que de penser aussi A tant de choses ruinées ! Ah ! de penser aussi.Lorsque nous revenons ainsi Par des sentes de fleurs fanées, A nos jeunes années.CHANSON CHARLES GILL Les aigles ont des ailes Pour enivrer d'azur leurs libres majestés; Pour mettre plus de feu céleste en leurs prunelles.Et pour régner en paix dans les immensités Les aigles ont des ailes.Les anges ont des ailes Pour planer au chevet des enfants endormis; Pour apporter, du fond des splendeurs éternelles, Des auréoles d'or à leurs petits amis, Les anges ont des ailes.Les âmes ont des ailes Dans l'essor infini, pour immortaliser L'éphémère frisson de nos amours mortelles; Après l'adieu suprême et le dernier baiser, Les âmes ont des ailes.(Publié avec le Cap Eternité) SOUS BOIS HERMAS BASTIEN J'ai revu la forêt sombre des Laurentides Où l'ombrage déclive, au rêve hospitalier, Me reposa jadis de la ville fétide.Nulle clameur du val et nul chasseur avide N'y troublent le repos où l'on peut oublier.La mousse enrobe encor, brodeuse infatigable, Les fûts des cerisiers, des frênes, des bouleaux, Qui croisent au soleil leurs branches innombrables.La vrille a perforé l'écorce des érables.Dont s'élèvent au ciel les gothiques rameaux.Oh .' que de chants bénis sur son clavier de feuilles Entonne la forêt au lever du matin: Joyeux refrains d'amour par lesquels on accueille Le poète songeur dont l'âme qui s'endeuille Attend le pur baiser d'un soleil argentin.O trembles .' quels pensers absorbent vos silences?Les gestes délicats de vos torses menus Revêtent aujourd'hui l'attitude des lances.Lorsque la brise aux mains pieuses vous balance, Il semble que j'entends des soupirs contenus: " Notre ami, comprends-nous, chuchota leur verdure, " Toi dont parfois notre ombre a veillé le sommeil, " Et puise en la forêt un courage qui dure, " Où le tourment de vivre en extases s'épure " Comme un ciel nuageux par un coucher vermeil." Mon âme dans la paix du bois se plonge .entière, Mêlant tous ses désirs à son susurrement.O la félicité de se sentir lumière.Elle vêt le manteau de sa candeur première Et se repose sous un tremble, exquisement (Les eaux grises) QUAND LES LAMPES SONT ALLUMÉES BLANCHE LAMONTAGNE Quand les lampes sont allumées, Que les fumées Montent dans le noir, On se sent l'âme heureuse Et pieuse, Le soir.Ceux qui s'aiment, s'aiment davantage.La grâce du visage Cher Devient plus grande encore; Et sur les fronts on voit l'aurore Ou l'éclair.Mais aussi les deuils se rallument, Et les cendres éteintes fument Au noir foyer du cœur; La lèvre, encore inassouvie.Sent du calice de la vie Monter l'acre et vieille liqueur !.Et ceux pour qui la vie est lourde.Ceux, hélas / dont la main est gourde.Dont le pied saigne à chaque pas.Seigneur, tous ceux dont l'âme pleure, Ceux-là rêvent à Ta demeure Où la lampe ne s'éteint pas.Ceux dont les yeux sont pleins de larmes, Et le cœur lourd d'alarmes, Rêvent aux jours éblouissants Où, sous la lampe lumineuse, Dans Ta demeure bienheureuse Ils s'assoiront près des absents !.Quand les lampes sont allumées.Que les fumées Montent dans le noir, Seigneur, mon âme douloureuse Rêve à Ta Maison bienheureuse.Le soir !.MATIN ROUGE BENJAMIN MICHAUD Parmi les ocres èpandues.Dans le lointain, sur les coteaux.L'automne, avec ses blancs cristaux.Révèle des cimes perdues.Le soleil bâtit des châteaux Dans le tuf des crêtes pointues, Parmi les ocres épandues, Dans le lointain, sur les coteaux.Des vapeurs longues, suspendues Aux contreforts, aux chapitaux, Ceignent de rutilants bandeaux Le front des montagnes ardues Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis Froissés, maltraités et sans armes, Moroses et vieillis.Et que, surnageant aux oublis.S'éternise avec ses charmes Notre jeunesse en larmes ! LE CHANT DE L'ÉRABLE • MICHEL HELBRONNER Le soir, au coin du feu, quand s'éteint le tison, J'écoute, tout pensif, la bi6e monotone Soupirant sa complainte aux étoiles d'automne, Que berce, dans la nuit, ce chant d'effeuillaison.C'est l'érable qui jette au lointain horizon Un air de son pays, vers le flot qui moutonne Ou vers le mont perdu qui répète et chantonne A l'infini (Ses cieux l'écho de sa chanson.Quand l'été reviendra, dans la plaine fleurie, L'érable, tendrement, au ciel de sa patrie Redira son amour et sa fidélité.fO peuple canadien, dans ta mâle espérance, [Ecoute, noble et fier, ce chant de liberté.Et songe que jadis il pleura pour la France.POESIE DES FEUILLES ALBERT FERLAND Splendeur des bois de mon pays, Vous toutes, les feuilles que j'aime Et dont le Nord clôt le poème.Lorsque sont mûrs les blonds mais, Combien nombreuses, les jours gris, Dans les sentiers le vent vous sème, Vous toutes les feuilles que j'aime, Splendeur des bois de mon pays.' Vous n'êtes plus l'orgueil des chênes, Des érables et des bouleaux Qui chantèrent le long des eaux Et dans le clair lointain des plaines.Mon âme, ô feuilles, sent vos peines Et suit vos deuils sur les coteaux.Pleurant la grâce des bouleaux Et le hautain regret des chênes.Vous étiez la gloire de juin, Le frais manteau des forêts vertes.O feuilles qui tombez inertes Comme un oiseau blessé soudain, Vos tons de rouille et de tanin Affligent les routes désertes.Manteau souillé des forêts vertes, Feuilles mortes, gloire de juin .' (Les Horizons) Parmi les ocres épandues.L'HORLOGE JEAN NOLIN La vieille horloge au timbre d'or, Où toute mon enfance dort.Halète dans le corridor.De peur que son tic-tac ne meure.Bruit coutumier de la demeure.Chaque semaine, à la même heure, Avec un petit bruit de clefs, D'un pas que rien ne peut troubler, Un vieux Frère vient la régler.Econome et prude, elle gère L'heure des cours, et ménagère, Assez souvent, elle exagère.Alors, sans hâte, en haletant, Très lente, elle émiette le temps Et jette, à regret, ses instants.Et toute la classe, avertie Qu'elle retarde la sortie, La regarde sans sympathie.(Les Cailloux) /.a canadienne, Août 19l'.i Vol.VU—No.5 La Canadienne Août.1923 ABONNEMENT, 12.00 par année, payable d'à «vance, pour le Canada et l'Empire Britannique.Le numéro, 20 cents.Etats-Unis, f8.no.Autres pays étrangers, $4.00 par année.Les remises peuvent être fuites par mandai-poste, lettre recommandée, mandat-express ou chèque auquel on a ajouté le montant rie l'échange.ATTENTION.Changement d'adresse.Nous changeons l'adresse d'un abonné à sa demande, mais 11 faut donner l'ancienne adresse en môme temps que la nouvelle pour que le changement puisse être fait.Le Magazine du Canada Français Président et Directeur-gérant: J.J.HARPELL Enregistrée au bureau de poste de Toronto, Ont.i.iMiM- matière de seconde classe.DemaDde a été faite pour l'enregistrement de La CANADIENNE comme matière de seconde classe an bureau de poste de Buffalo.N.Y.Marque déposée en 1st s nu Ministère du Commerce et de l'Industrie.Ottawa.Ontario.Directeur: J.-L Le magasine est par Garden City GardenTale.Que.I.AFLAMME puolie Pres.Publicité et Abonnements GARDEN CITY PRESS Gardenvale, P.Q.SUCCURSALES Toronto Montréal 263 Adelaide Ouest Gardenvale, P Q.C.D.Fox E.Plché Chicago People's Gas Bldg W.H.Stockwell New York 225 Plftb.Avenue C.E.Miller FAITS ET GENS QUI PASSENT Pendant que les statisticiens officiels — toujours un peu optimistes à cause de la magie des chiffres — nous annoncent une récolte exceptionnellement abondante, les immigrés qui nous arrivent peuvent se compter par milliers à toutes les gares et dans le port.C'est une autre moisson à laquelle il n'est pas mauvais de s'intéresser, à raison même de l'influence marquée et durable qu'elle ne manquera pas d'avoir sur les destinées de la nation.Sir Lomer Gouin, avec la sagesse qui le caractérise, et au moment de partir pour l'Europe où il va représenter le peuple canadien dans les conseils de la Ligue des Nations, conseillait fort à propos aux autorités d'agir avec beaucoup de prudence dans le choix de ceux qui, répondant à notre invitation, viendraient partager avec nour- le patrimoine national en nous apportant ce qu'ils ont de meilleur dans la tête et dans le cœur.Certains, et parmi les plus sages, s'inquiètent de cet afflux considérable de population, attiré sur nos bords par la savante réclame des grosses compagnies de chemins de fer et aussi par la non moins savante et non moins ardente réclame de nos agents à l'étranger.Ils se demandent de quoi notre avenir sera fait.Ils ne voient pas sans angoisse, devant cette foule envahissante, des milliers des nôtres, que tout devrait retenir sur le sol natal, prendre, de leur côté, la route de l'exil.Et ils se demandent si l'énergie déployée pour recruter de nouveaux citoyens au-delà des mers, ne serait pas mieux employée à retenir ici ceux qui s'en vont moins pour céder la place à d'autres que pour chercher des cieux plus favorables.Nous subissons, cela n'est pas douteux, dans un sens comme dans l'autre, le contrecoup de la situation toujours très précaire où les a laissées, plus que d'autres, les petites nations européennes qui ont été mêlées à la guerre.Beaucoup sont attirés chez nous, sans doute, par l'espoir de trouver ici une prospérité impossible dans leur ancienne patrie, mais aussi par la certitude de trouver dans le Nouveau Monde une garantie de paix, une atmosphère de quiétude que ne troublera plus l'atavisme séculaire que leur ont transmis avec le sang plusieurs générations d'ancêtres.Cela se voyait bien, l'autre soir, dans les attitudes, dans l'expression des figures, de ces nouveaux venus qui se pressaient, à la gare Windsor, aux abords des plateformes, en attendant les trains qui les disperseraient par groupes aux quatre coins du pays.Ils étaient là des centaines, hommes, femmes et enfants, de toutes races, de tous costumes.portant bien distinctes les marques de leurs origines, empressés, chargés de bagages peu lourds il est vrai, quand on songe au peu qu'ils contenaient de la patrie déjà lointaine, maiî tous contents malgré la fatigue, et joyeux de se sentir acheminer vers leurs destins nouveaux.Indifférents à la foule des voyageurs attardés ou en partance qui faisaient demi-cercle autour de leurs groupes épars, une seule pensée dominait toutes les autres dans leur esprit, arriver, arriver enfin au point de destination et contempler la bonne terre promise qu'on leur a vantée, sonder l'horizon neuf qui sera, ils l'espèrent tous, contemplé par leurs enfants et les enfants de leurs enfants.J'avoue que si ce spectacle, tous les jours renouvelé, n'est pas sans soulever au fond d'une âme canadienne une certaine appréhension, il n'est pas, non plus, sans inspirer un sentiment de profonde sympathie.C'est le tribut que l'on doit au courage, et Dieu sait s'il en faut du courage pour entreprendre ce que ces gens-là font.Et puis, on découvre tdans leurs rangs un sentiment admirable d'union^et de fraternité qui les réunit instinctivement, en face de Tir -connu, aussi bien que dans une commune espérance.L'aventure, j'entends la véritable, celle qui est une part de la destinée humaine, comme l'adversité, réunit ceux qu'elle touche.Et, parmi ceux que nous regardions s'agiter sous nos yeux, combien cédaient à ces deux forces mystérieuses que, de tous temps, l'on retrouve au fond des grandes migrations populaires.Mais ceux qui s'inquiètent de ce qui sortira du creuset où sont jetés, pêle-mêle, tous ces éléments nouveaux, ont tout de même raison.D'autant plus que l'expérience leur a démontré combien est difficile, pour un pays neuf et qui grandit trop vite, la tâche d'adapter à ses us et coutumes les éléments d'une civilisation plus vieille ou même, comme c'est souvent le cas à l'heure actuelle, les éléments d'une civilisation primitive.D'autre part, les grands courants ne vont pas sans charrier quelques débris malsains arrachés aux rives qu'ils frôlent sur leur parcours.Nous l'avons déjà fait observer, ceux qui nous arrivent n'apportent pas seulement qu'une ambition de se créer une meilleure place au soleil.Ils apportent aussi des idées, quand ce n'est pas tout simplement un sourd espoir de revanche contre une société dont les rigueurs ont laissé au fond de leur cœur des plaies qui saignent encore.Et c'est bien de là que nous sont venus ces mouvements subversifs de l'ordre établi auxquels nous n'étions guère habitués.C'est surtout parmi les damiers venus que s'est produite l'éclo-sion d'un radicalisme politique contre lequel nous sommes encore, Dieu rm-ci, amplement prémunis, mais qui a déjà pu déposer sa grai: e en terre et qui a déjà donné in fruits.Noos serions bien avancés, en somme, si en voulant éteindre les lourds déficits de nos chemins de fer, ou pour permettre à d'autres intérêts considérables de devenir plus considérables, nous avions irré.TiéJiablâmen: compromis l'idéal national en l'affaiblissant de toutes les tares qui ont troublé la sécurité du Vieux Monde.C'est pour cela que le sobre conseil donné par notre Ministre de la Justice, non seulement arrive à son heure, mais mérite d'être gravé dans toutes les mémoires.Sans doute, nous sommes d'accord avec ceux qui crient sur les toits que nos ressources sont illimitées, que notre jeune pays doit marcher résolument vers un avenir de grandeur et de prospérité qui fasse l'émerveillement du reste du monde.Mais encore, si l'on construit, faut-il construire solidement et n'employer que des matériaux qui résistent aux attaques du temps».Nous n'oublions pas, pour notre part, l'aveu que faisait récemment un des plus ardents protagonistes de l'immigration à outrance que nous n'avions pas, dans le passé, agi avec assez de prudence.Cet aveu qui était surtout un acte de courage patriotique, car les politiciens n'aiment guère, on le sait trop, à confesser leur erreur, cet aveu mérite qu'on le retienne et qu'on en profite.Après tout, ceux qui discutent les grands problèmes nationaux, et celui-là en particulier, sont mus par un égal désir de servir les meilleurs intérêts de la patrie.Et si on les trouve souvent groupés à des extrémités opposées, il est certain qu'en agissant avec modération les gouvernants auront encore pris le plus sûr moyen de ne pas se tromper.A l'heure actuelle, notre pays traverse une période de reconstruction qui l'affecte jusque dans ses fibres les plus intimes.Une immigration intensive, si elle peut apporter quelque soulagement, et encore ne sera-ce que dans un avenir lointain, n'est pas, certes, le seul remède à tous ses maux.Pas plus qu il serait sage d'écouter outre mesure la voix éplorée de ceux qui ne voient que ruine, et toute la ruine, dans notre seul système ferroviaire.Le malaise dont nous souffrons tient à de?causes autrement multiples, et il importe tout autant de s'assurer que la population que nous avons, la vieille population qui a eu le temros de pousser des racines profondes dans le sol national, soit heureuse, que de s'inquiéter d'en augmenter le nombre en danois de., méthodes normales d'accroissement.Pour le mois de septembre "LA JOLIE FILLE DE DUBLIN" Par LUDOVIC N AUDE AU Episode deJa révolution irlandaise Roman complet l.a Canadienne, Aoht ÏÙùW CE QUI S'EFFACE JULES TREMBLAY Secrétaire de l'Association des Auteurs Canadiens "Bref, quelque part que j'erre.Tant le ciel m'y toit doux.Ce petit coin de terre Me rira par sue tous." Pierre de RONSARD.".et comme par miracle, on t'y trouvait délivré de toux les soucis, loin de tous les tracas, à l'abri de toutes les intrigues.Adjutor R1VARD."En serrant de près l'âme du pays, nous approchons toujours plus de la vérité poétique.Frère MARIE-VICTORIN.L'invitation disait simplement: " Venez l'été.C'est plus beau.La terre est sèche " et l'herbe drue.Pendant que vous flânerez, nous " autres on travaillera, et toute la famille vous saluent.Il y a bien trente ans et plus que ce collectif pluriel inattendu se glissa dans le courrier, et que notre maisonnée, acceptant d'emblée l'invitation au voyage, quitta la grand 'ville, et bruyamment envahit un coin perdu de la rive sud laurentienne, un hameau tout verdi, tout fleuri par le chaud soleil de la fin juillet.Un train mixte, formé de vagons et de vieux fourgons, bigarré de bleu, de jaune, de rouge et de vert, selon la nature et la provenance des voitures cliquetait derrière une locomotive hideuse, dont la cheminée disproportionnée offre aujourd'hui, à la distance du souvenir, l'aspect d'une bombe sous-marine allemande.Tout cela faisait un bruit de ferraille, un déchirement de mécanisme inajusté, mais le train avançait quand même, lentement, dans un nuage de fumée noire et jaunâtre, dans une pluie de brindilles et de grosse poussière s'insinuant dans les fentes des carreaux branlants.On arrive à grand fracas sous l'abri de la gare, et la machine s'arrête en secouant sa traînée vertébrée qui grince métalhquement.Voilà bien six heures de marche cahoteuse pour une centaine de milles en terrain plat.Nous descendons, sales de charbon, noirs du poussier craché par les explosions de la cheminée dangereusement évasée.— Comme ça, vous sortez de débarquer ' ' nous dit l'ouvrier de ferme qui nous attend au débarcadère."Ce Grand-Tronc-là, ça va vite mais c'est laid, et ça pue.On sera mieux dans ma charrette.Avez-vous bin des valise*?" En un clin d'œil le compte des bagages est fait, et nous voilà déambulant sur le quai, au milieu des palabres affaires.La charrette est une bagnole de fortune qui souvent a dû servir aux travaux de la moisson, tant elle est semée de paille, mais nous nous rembarquons galment pour aller à la,vieille maison de bois, sise à l'ombre de ses érables séculaires, et somnolant toujours, après cent ans d'évolution et de progrès généralisés, au bruit syncopé du frais ruisseau cascadant jusque sous les volets vermoulus et chantant l'étemel refrain de la paix rurale : " Lut y a longtemps que je t'aime Jamais je ne t'oublierai." \ XXX Il ne faut pas nous attarder en route.Notre guide nous hâte, et nous voilà installés sur les sièges volants de la voiture à ridelles.Les deux percherons, énormes, nous entraînent, martelant leur trot.Je demande: " Est-ce loin?" — Dix milles, douze milles, répond l'homme.Il explique le trajet.Il y a bien des côtes à gravir, des descentes à retarder, des valonnements à franchir, mais le spectacle en vaut la peine, et sa délassante nouveauté pour nous, gens de la ville, compensera largement, et bientôt, nos courbatures probables.Le vieux ne nous a pas trompés.Dès en quittant la ville, nos yeux rencontrent les vestiges d'un passé déjà lointain.r- La rivière, plutôt large, est brisée de remous et de rapides.Nos pères l'ont conquise en installant sur des bâtardeaux de bois et de pierraille un pont couvert, fermé, tout sombre, troué de place en place par de folles petites fenêtres losangées, sans carreaux, dont les échancrures de lumière font, sur les parois opposées, des traînées blanches et crues qui n'éclairent pas.— Voyez-vous, " nous dit notre guide," ces ponts-là, faut les couvrir.Autrement, la poudrerie fait des bancs.Les bêtes ne passent plus.Puis, l'été venu, les chevaux ont peur des chutes et des cascades.Les tourniquets les attirent.Mais aussi, le soir, il y a.des deux-follets .qui dansent par ici.et c'est dangereux.C'est pour ça qu'on ne vient pas de nuit, nous autres.Hue don! Frisé!" Grâce aux fendillements des planches gondolées on peut constater un déplacement très lent de l'équipage, une marche rythmée par le claquement sourd des sabots ferrés sur le pontage, par le cri aigre des roues sur l'essieu.Il est défendu, sous peine des sanctions rigoureuses de la Loi, de traverser le pont plus vite que le pas.Ah! ce n'est certes pas encore l'affolement et la hâte d'aujourd'hui, poussant à des allures endiablées les machines trépidantes à huit cylindres sur les travées bétonnées et les fermes d'acier.Ici du moins, on a le temps de r^arder l'eau à travers les lézardes, de surprendre un boqueteau, d'apercevoir les maisonnettes encadrées de feuillage au milieu des champs paresseusement ondulés, mais riches de la vie latente qu'ils renferment.Au centre du pont se trouve la jonction des deux tabliers.Un évasement rectangulaire des parois s'ouvre au passage, et montre, à notre gauche, une montée raide, un chemin en lacet talusé de sable jaune.— C'est la glace, au printemps; elle a lavé tout ça; elle a brisé le pont." La parole du guide est interrompue par un choc, et nous rentrons dans l'obscurité, rendue plus profonde par la trouée lumineuse de la sortie, aveuglante.En touchant la terre ferme, il faut cligner les yeux pour distinguer les choses tout soudainement projetées devant nous.La route se dessine, maintenant, au delà d'une vieille auberge; elle est de chaque côté couronnée par le brun des terraux, par le vert des végétations sauvages.Heureusement, la montée se reccuvre de noyers, d'ormes et de chênes, dont les branches alourdies forment un cintre impénétrable de rameaux feuillus.Une fois les raidillons successifs abattus, dans cette ascension haute de cent pieds et longue d'un bon quart de mille, nou9 voilà en présence d un panorama très vaste, aux prairies longuement arrondies, où tous les verts d'une palette savante se fondent et se perdent dans le glaci9 violet, mauve et bleu des lointains, aux transitions marquées ici par une éclaircie d'avoine, là par une raie plus pâle de froment, ailleurs par un éperon brusque de forêt, plus loin par le sillon tranché d'un cours d'eau.— Bonne terre pour les graines.Ca pousse dur et ça rapporte bon.Regardez comme c'est aisé, partout.Pas de misère, ici, avec des bras." Notre guide nous montre l'étendue, dans un geste investisseur qui promène sa pipe à bras tendu, ses yeux fuir et rieurs manifestent une fierté de bon aloi.En admirant l'aisance des fermes et la vie des champs, active et chantante, nous nous rapprochons insensiblement d'une tache d'argent, qui peu à peu se grandit et se mordoré de reflets d'opale, de bleus d'acier, de prismes fantastiques, de jaunes topaze et de rayons d'éme-raude, selon que le vent frappe un endroit, que le mouvement des arbres de bordure laisse ou non pénétrer sur le lac la vapeur et le rutilement du soleil.— Pas de fond, ici," s'écrie notre homme, en continuant tout haut sa pensée." Bidou a pri.des brochets et des carpes longs .comme ça." Et le parleur ouvre ses deux bras tout grands, mais lentement les referme, en interrogeant des yeux la crédulité de son auditoire.— Bonne pêche," continue-t-il, " mais il y a des herbes, des joncs noueux.C'est traître.Cela tient son homme.Puis il y a près du bord un trou de fées d'eau.Toine Salvaye les a vues." Les mamelons de la route se suivent sans se ressembler.Voici une longue côte, après une descente non moins longue.Elle est apparemment sans fin, tant la perspective est trompeuse.On ne voit pas de sable, mais une fine poussière d'argile gris blanche se colle partout, se soulève autour de nous comme un brouillard sec qui donne la soif.Quelle récompense pour le regard, cependant, une fois atteint le sommet fugitif, perché sur l'ourlet d'un plateau boisé.D'ici, c'est tout le village, toute la paroisse piétée dans la vallée.La route ziguezague, capricieuse, à travers la verdure, à travers l'or des champs, à travers le roux des arbustes couverts de baies à travers le blanr et l'azur des fleurs de prairie bordant les fossés.Suc les hauteurs, formant des Ilots d'habitation au milieu de la mer agitée des moissons, les maisons accusent toutes les formes, toutes les couleurs, tous les genres.Notre guide explique: Là-bas, très loin parmi les érables rouges, c'est la terre des Joachims, avec son toit français.Devant, chez les Michels, c'est une demeu-rance en bois avec saillie du premier étage à l'un des bouts, avec tourelle carrée surmontée d'un pignon en forme de cloche de Noel.On distingue, selon les motifs de construction, la diversité des origines, le régionalisme canadien transplanté de partout dans les Cantons de l'Est.La voiture arrive au bas d'une déclivité adoucie, où commence vers le sud une baissière à foin, éployée en ventail jusqu'à la petite rivière.— La Rivière aux Carpes," s'écrie le conducteur " Elle inonde tout, le printemps.L'automne, on la traverse à pied sec.C'est pas le Saint-François, mais c'est joli tout de même." Droit devant, la route se jouque sur un escarpement: dans le creux, au ras même de la baissière et comme flottant à l'arrière sur la luzerne, se voit la forge.C'est I.a Canadienne, Août 1923 Phot.Edith.S.Watson Quelle récompense pour le regard, cependant, une fois atteint U sommet fugitif! ici, selon notre guide, l'endroit de prédilection où les désœuvrés viennent remâcher le bagage quotidien des cancans.La construction est curieuse.Le bâtiment en pierre plâtrée s'allonge obliquement et pousse deux sortants latéraux, rejoints entre eux par un toit continu, faiblement penché.La rallonge de l'est contient la forge proprement dite; l'autre abrite le logement du forgeron.Entre ces deux saillies, dans le retrait que ferme partiellement une arche double en boiserie, sont des chevaux à ferrer, des carrioles à réparer, des traîneaux de sapin à peine équarris, destinés aux charrois sous bois pendant l'abattage des arbres.On nous montre ici un bob, simple fourche de gros chêne formant patin, sur laquelle on accroche les abattis pour les glisser à force de chevaux près des chantiers où grincent les godendards.Il y a un peu partout, appuyés aux murr ou traînant sur le sol, des herses de toutes les dimensions, des ouvrages divers de bois et de fer — autant de témoignages intéressants de l'industrie locale.Cinq ou six hommes sont là sous le toit, têvassant, halant sur leurs pipes de plâtre, salivant en rond, décadenassant leur langue pour ressasser les potins du village et commérer contre leurs voisins.Ils crient comme nous passons: — 'Jour, Tiphrem! — Bonjour, Pit; bonjour, vous autres.— T'as-tu de la visite.— Un peu, ouer'.Les caquets reprennent, amortis, chuchotes.On entend: — Y viennent de .\farial.Y vont su' Vandaigne Ci di myonnaires.— Ouais, on conna ça, des myonnaires.Le reste se perd dans le bruit des marteaux sonnant sur l'enclume, au fond.Tiphrem, — puisqu'il s'appelle ainsi, notre homme,— Tiphrem observe: — Ils se fatiguent plus à rien faire que l'autre peine à forger.Quand on en a besoin, on les trouve ici.Et encore, faut les prier pour leur faire gagner de l'argent." Tout en continuant de parler, il nous montre la rampe qui conduit à l'école, coupant une tranchée profonde dans la dune sablonneuse masquée de bluets et de framboises.Par-dessus le bourrelet des arbustes ont voit surgir un bout de croix.L'école se dresse, sur la butte que l'herbe et les transports éoliens ont captée et fertilisée depuis longtemps, comme une pyramide exhaussée sur un socle de même hauteur.Un clocheton s'équilibre tant bien que mal sur le pignon pointu, et suspend une petite cloche au son grêle que le moindre vent fait osciller et vibrer En face, mais plus haut et plus loin, sur la crête argileuse où deux lacets de la route se rejoignent, est l'église paroissiale en pierres des champs, au mitan d'une plantureuse végétation jardinière.Tiphrem nous indique la "chaire à la criée," sur le côté du perron: — J'ai vu bâtir l'église, moi.Je n'en connais pas de plus belle.II regarde longtemps, renfermé dans ses souvenirs anciens, et nous passons devant le magasin général, en bois noir de vieillesse, sans que notre guide daigne gratifier d'un commentaire cette bicoque vétusté.— Dire que j'ai été baptisé là.il y a bien cinquante ans, s'écrie Tiphrem, les yeux tournés du côté de l'église.Vous ne connaissez pas ça, vous autres, à la ville.Vos églises sont trop belles.Puis il y en a trop.Vous ne savez pas où regarder.Ici, nous n'en avons qu'une, le village est grand comme la main, juste assez grand pour qu'on y pense toujours.Voyez-vous, notre église, elle est de la famille, tandis que chez vous." Il s'interrompt pour nous faire bifurquer dans une côte à pic qui donne l'illusion d'une glissoire et nous voilà dans le Huitième Rang.Sans obstacle pour les yeux se présente l'élargissement de la vallée, portant le ruissellement de ses eaux jusqu'à Windsor Mills.La Savane règne sur la droite.C'est une croulière ombragée par tous les arbres fatidi- ques voulus pour l'apparition des fantômes inventés par la fan'aisie rustique ^autour des fardochages, desî tla-uues d'eaux glauques, des tertres de terre noire et vaseuse où l'on dit que les étrangers se perdent, les bestiaux s'enlisent, où les plantes aquatiques voisu.enr avec les volvaires et cachent les batraciens pleurards.— Il y a ici des fi-follets et des grigous," dit Tiphrem." Pitro a vendu la Poule Noire dans ce Trou du Diable-là." Au bout de la Savane passe la rivière, sur laquelle on a jeté un petit pont de bois.— Y a pas d'eau, presque, et Bidou a failli se niyer.C'est la faute d'une carpe trop grosse.Tiphrem en dirait long sur les pêches de Bidou, si le temps le permettait mais cinq arpents au delà du petit pont, s'ouvre une barrière en perches.On vire à droite, et au grand galop des chevaux, qui flairent maintenant le picotin d'avoine fraîche, on brûle une clairevoie de jardin et de verger, et l'on débouche tout à coup devant une habitation d'aspect vénérable.— Nous v'ias," s'écrie le conducteur, arrêtant ses chevaux.C'est la maison patriarcale, flanquée d'une rallonge moderne.De bons vieillards sont déjà sur le perron de la demeure ancienne, en même temps que des femmes, jeunes, sortent de la bâtisse neuve.Les cris de bienvenue se croisent.On s'embrasse Les poignées de main s'échangent, en un balancement latéral.Vite il faut entrer.C'est bientôt l'heure du souper, si le soleil est encore haut.Il faut aussi honorer un brin le petit verre de blanc ou le vin de rhubarbe.Avant de franchir le seuil hospitalier, jetons un coup d'œil rapide sur la maison.Elle offre un caractère vieillot d'un côté, et c'est le foyer des anciens; elle a de l'autre côté l'aspect d'une habitation ouvrière, et c'est le logement des nouveaux ménages.Les deux constructions sont bout à bout, mur à mur.La vieille a des pans larges, forts, faits de grosses poutres encore visibles sous le crépi.L'espacement est calfeutré d'étoupe et de plâtre.Le solage de biocaille posé à nu porte deux larges cheminées, qui brisent à chaque extrémité la ligne ascendante des combles, et disent combien de soirées douces ont réuni, jadis, la famille dans la grande salle commune.L'évolution des mœurs a imposé la rallonge, lambrissée de planches en surplomb.Ici.le toit rompt trois fois'la ligne, et ses gouttières se relèvent pour projeter loin'la neige.Cette construction est efféminée, semble destinée àfs'écrouler au moindre raclement du noroit, tant elle est faible à côté de la maison carrée.En arrière,'des bâtiments suivent la rallonge, abritent la laiterie, le hangar où sont la baratte, les moules à beurre, les flaux du battage et les vans, l'outillage varié, mêlé, de l'étable et du potager.Toute l'aile nouvelle est un anachronisme qui repousse l'antiquité du puits à brimballe, du four à pain, du caveau réservé aux raci-nages, du foyer à ciel ouvert où se fait le savon du pays.Elle jure à proximité de la grange, bardelée sur toutes ses faces de toiture, irrégulières, sautant de l'étable à la bergerie, puis à la porcherie, qui s'en vont à la traîne, de haut en bas de la petite rampe dévalant vers la rigole qui arrose la prairie.Il y a dès le seuil de la maison neuve un monde de conflits entre les jours qui meurent avec le vieillard, et l'avenir qui s'affirme dans la génération grandissante.Conflit muet! Du dehors, on croirait voir deux logements étrangers qu'un accident vient d'accoler; mais une fois la porte franchie, on n'aperçoit pas de cloison.La grande pièce neuve contient un fourneau de cuisine dernier modèle, luisant, êmaillé, tuile, ouvré à jour dans le nickel à motifs burlesques.Sur le parquet git un prilart.un linoléum encombré de chaises à barreaux évidés de rainures.Une machine à coudre brille dans un coin.Quelle différence de tableau dans la pièce contigue de la vieille maison! Des catalognes couvrent le plancher jaune de lessis, vont jusqu'à la tôle en hémiclye du haut poêle à deux ponts.Les chaises sont solides, unies, mais elles asseyent bien.La berceuse en bois blanc se tient près du ber à berces pleines et à dossier surélevé recevant un ciel de filet.Le rouet, sans vernis, sans peinture, masque un bout du métier.Ce dernier est bien vieux.Ses marches sont polies par l'usure.Le peigne, le reau, a perdu des dents, des pieux.Les iames, cependant, portent encore des fils noirs et blancs où commencent à courir des toron» de couleur.Pendant que vous pesez ces contrastes' sensibles, tout est en branle dans la salle.La table est mise comme par l'effet d'un prestige.Vous avez là devant vous de quoi nourrir une compagnie de soldats affamés.Le menu est peut-être lourd pour des palais raffinés, mais le déplacement met en appétit, dix milles de ca-hottements sur les montagnes russes de la route creusent l'estomac, et les tourquires et les guertons, accompagnés de jambon fumé au coton de blé-d'Inde, passent ave^ le bon gros pain sentant la huche, le pétrin, la trémie et la fleur des champs, et invitent,plus à manger que les autres mets dont la table est chargée.Le tour du propriétaire se présentera tout naturelle-ment après cette mangerie à vous étouffer, vous verrez en route les jardinages et les dépendances, les batteries et les tasseries débordantes.Tout vous sera expliqué dans un langage clair et net parfaitement indépendant de la terminologie savante.On revient de la visite avec dans les yeux, l'empreinte, le cliché des choses vues, des altres reconnus, et l'on commence à comprendre pourquoi l'hôte octogénaire reste sur sa terre, dans une ambiance douce et contemplative, bien que la carrière l'ait souvent obigé—presque toujours—à des besognes onéreuses.La nostalgie du sol se présente et.une seconde au moins, on désire ressusciter l'homme de la deuxième ou troisième génération ascendante, qui peinait sur les novales et cultivait les terroirs pour son propre soutien, et pour donner à d'autres une subsistance tranquille et abondante.On se sent improductif.On a l'hallucination auditive des appels au travail de la faux, et vaguement, dans sa pensée, on évoque le geste large du moissonneur courbant sur le chaume la jonchée des blés d'or, donnant aux veines un sang nouveau, la galté au cœur, et la paix à l'âme.Partout ce reproche de la Nature nous poursuit, mais nous nous ressaisissons obstinément et, par vanité blessée, nous nous prenons à mépriser ces fatigues, malpropres à nos yeux, par lesquelles notre parasitisme existe en exigeant le labeur sans repos des producteurs tenaces.XXX 11 commence à brouillasser vers la Savane Il y a là une brume pesante où la fantaisie voit tout ce qu'elle veut.C'est l'heure de remonter à la maison.Le ciel se pointillé, et l'on reste à la porte sur le perron, à contempler le spectacle silencieux et grandiose de la nuit troublante.Bientôt, à mesure que la lune s'opalise et monte vers le zénith, les chansons se modulent d'elles mêmes dans les gosiers: elles fusent comme des chapelets de notes filées, fioriturées très doucement avec les paroles ingénues et tendres, sombres et passionnées, mais toujours simples, toujours imaginées.Tel chanteur a des souplesses admirables de voix, un art véritable d'expression, mais il est de bon ton.aujourd'hui, de trouver cela ridicule et d'en rire tout haut.Après les chansons viennent les histoires, les merveilles populaires, les confidences arrachées mot à mot, les contes du vieux temps, qui peu à peu s'en vont.L'heure sonne à l'horloge à gaine.Le vieillard se lève.La maisonnée suit.La prière se fait en famille.On cueillera bien dans les litanies de la Vierge une invocation comme celle-ci- Vase indigne de not' divotion, mais l'intention est bonne, sainte, et c'est l'intention qui fait tout.Cet instant de prière nous enveloppe, nous ramène aux jours de l'enfance, où tout était divin dans l'agenouillement, où l'orgueil n'inspirait pas encore le dédain ou la haine du surnaturel, et nous sentons une paix inconnue descendre sur nous, pendant que sonnent, vigoureusement, les paroles croyantes de ce bel et grand vieillard incliné devant Dieu 6 Ta Canadienne, Août 1923 .1 Hi:h*i oi lirnutti ix o tor five.- M.vrt, Mrturth,, "Deux mois plus tord le» jounuiux de la ville annoncèrent le» fiançailles de mademoiselle Luce Piiihoit.fille de Léonard Duthoit, rt de feu Marie Arnould.au peintre Harveu Cordonnet." Et, plus loin, dons les notes mondaine», lu» deux ajoutait: "M.Cardonnel dont on mentionne ailleurs le* fiançailles à mademoiselle Luce Duthoit, fille unique du grand industriel Léonard Duthoit, est bien le plus grand peintre que le Canada ait produit jusqu'ici.Nous savons maintenant que l'éminent artiste, après son mariage, s'installera n demeure en notre ville.C'est un honneur pour Montrent comme pour le Canada tout entier, et nous espérons que les Canadien* ne l'oublieront pas.".LA JOIE DES YEUX — Père! regarde donc un peu notre voisin de gauche, devant nous deuxième rangée .Léonard Duthoit qui écoutait avec intérêt la pièce qui se muai: ce 6Dir-là au Théâtre Canadien, tourna les eux vers sa fille, et.mal revenu encore du monde enchanté de la scène, demanda — Où ça"' — Notre deuxième voisin de gauche! répéta la jeune fille sans se retourner.— L'n grand blond, bien mis, fort bien de sa personne"' — Oui je ne sais pas Je ne l'ai pas remarqué.— Eh bien"' • — Eh bien, ne crois-tu pas qu'il me fixe, lui, avec un peu trop d'attention?Qu'est-ce qu'il lui prend ?— Le fait est qu'il vous est d'un sans-gêne! Cela me parait être même plus que de l'attention Fichtre' En voilà un qui ne saura pas grand'chose de la pièce ui se joue en ce moment ! Luce Duthoit rougit et, pour cacher son trouble.p.aisanta:—"C'est peut-être le journaliste chargé d'en faire le compte rendu" ! Léonard rit doucement—"Le fait est, dit-il, que c'est ^ssez la manière de ces bons critiques.Est-ce que cela i agace"' — Quoi' — D'être regardée ainsi!' ¦ — Oui.beaucoup — Ah' Eh bien, moi, ça me ferait plaisir .Il est vrai que moi.je suis un homme un homme bien sage, n'est-ce pas"' Veux-tu que je lui fasse de gros yeux?— Ce ne serait pas bien terrible Tu peux essayer tout de même.Il y eut un silence, puis Léonard reprit, triomphant — "Voilà! Il ne regarde plus.Je lui ai fait son affaire! Luce tourna la tête, mais vivement reprit sa position premiere.—'Tu te trompe*." dit-elle, nerveusement."11 'égard* toujours." — Ah' eh bien, laisse-le regarder alors! reprit le père, ennuyé de perdre le fil de la pièce."Je ne suis pas pour ¦ as&er le* vitres pourJ'en empêcher, n'est-ce pas?Après lout que nous importe la curiosité de cet homme?Nous ne le connaissons pab et ne ferons probablement jamais ^connaissance Alors"' Si ça l'amuse, le pauvre, de regarder par ici Mais .— Non! Laisse-moi entendie la comédie et voir jouer le* acteurs.Reginald est admirable ce soir.Luce se lut.Elle aussi voulut regarder vers la scene t-t jouir de la pièce, du jeu des acteurs, mai6 elle eut beau faire, la sensation aiguë irritante, magnétique presque ne la quittait point, sollicitait son attention, la endair distraite, avec des tiraillements dans les yeux NOUVELLE A X TON IN PROULX qui voulaient se tourner malgré elle vers cet autre pôle qui les appelait péremptoirement.Outrée, à la fin, elle se tourna brusquement vers l'inpertinent personnage, et, superbe de colère, les yeux étincelants.les ailes du nez palpitantes, elle le regarda à son tour dans les yeux, longuement, fixement, sans une oscillation des cils, rageusement.Peine perdue.Lui ne baissa pas les siens, ne détourna pas son regard, soutint sans broncher le choc impétueux, l'ordre indigné.Alors, la jeune fille, voyant qu'elle ne serait pas la plus forte, reprit sa place et, se penchant une fois de plus vers son père perdu plus que jamais dans l'intrigue de la comédie, elle protesta presque à haute voix, frémissante humiliée, prête a pleurer: — C'est intolérable! On crut autour d'elle qu'elle faisait allusion à la pièce, aux acteurs, et des chuts scandalisés se firent entendre.— Qu'est-ce doncv demanda Léonard.— C'est encore cet homme! — Quel homme?— Lui II me regarde toujours .Le père se mit à rire.— Diable! dit-il.C'est pour le moins le coup de foudre alors! — Ne ris pas.Je suis excédée, je n'en puis plus.Il m'est impossible de jouir de la pièce, de la suivre même, de comprendre, et je crois que si cela continue, je vais m'en aller .Léonard devint sérieux.Il murmura:—L'imbécile! Mais c'est que je veux voir la fin de la pièce, moi! Voyons, Luce, ne peux-tu pas ignorer ce fâcheux, faire comme «'il n'était pas là?Vrai, tu es d'une susceptibilité! Intéresse-toi à la comédie, suis le dialogue, absorbe-toi dans l'intrigue et ton ennui cessera.— Je ne demanderais pas mieux, mais c'est impossible ici.Changeons de place.— Hein' tu plaisantes?— Non.Je ne peux plus rester ici.— Mais Mais il n'y a pas une place de libre autour de nous! Vois .— Si, il y en a en arrière.— En arrière je n'entendrai pa* bien Et puis, le dérangement que cela causera ' — Alors, allons-nous-en.— Non.J'aime encore mieux changer de places Mais attendons, au moins, à I'entr'acte — Soit.Attendons.Mais, tu sais, je ne reste pas ici, moi.Léonard étouffa un petit soupir de regret, puis, une idée soudain lui venant, il reprit:—A propos d'entracte, j'ai une idée: Ce curieux doit sortir pendant l'inter-mission.Si je le suivais dans les couloirs pour lui dire son fait?.— Mon Dieu.Je ne sais pas.Mieux vaudrait ne pas s'en occuper Mais si cela pouvait le rendre à la scène .— C'est entendu, alors.Un peu de patience.L'acte touche à sa fin, et c'est l'avant-dernier.Laisse-moi cet imbécile qui vient au théâtre pour ne pas entendre et »:>ir.En effet, l'acte achevait.Les acteurs avaient ces gestes, ces inflexions de voix qui indiquent une pose, un point d'orgue, et bientôt le rideau tomba au bruit d'applaudissements prolongés.Tout de suite Léonard jeta les yeux vers le voisin aux yeux hardis, et se tint prêt à le suivre s'il faisait mine de sortir.Mais quand il l'eut vu, au contraire, prendre une position plus commode encore pour fixer sa fille, l'ignorant, lui, complètement, il faillit éclater de rire.Toutefois ce ne fut là qu'un premier mouvement, et une colère soudaine le prit contre l'effronté personnage.Ce fut avec décision qu'il dit à Luce: —-Tant pis! Jevaisallerparleràcemolotru.Je n'ai jamais vu effronterie pareille.Il y a une place de libre près de lui: je vais aller l'occuper pendant le temps de l'entr'acte.Attends-moi.Luce regarda son père, remarqua la rougeur de sa figure, l'éclair de ses yeux, et elle hésita.— Tu es fâché; tu vas faire un scandale: attends que la pièce soit finie.— Non.J'y vais.Il n'y aura pas de scandale.Je sais me contenir.Tu vas voir.— Eh bien, va.Léonard se leva, fit le tour de l'allée at alla sa' sseoir près du jeune homme.Celui-ci n'eut pas l'air de s'en apercevoir.Il regardait toujours Luc\ et quand, furieux, Duthoit lui eut touché rudement le bras, c'est avec l'air d'un homme qu'on éveille qu'il se tourna vers l'autre.— Pardon, monsieur, dit Léonard."Puis-je vous demander comment vous aimez la pièce qui se joue ce soir?Le jeune homme toisa Léonard avec surprise, puis avec une impatience visible, répondit:— — Et vous?— Je l'aime beaucoup.Mais cela ne nie dit pas ce que vous en pensez vous-même.- Je n'ai pas à vous le dire Je ne sais pas. La Canadienne, Août 192.1 7 — Ah! et cela vous amuh! maman.(Elle rit] C'est vrai, je m'ennuie (Boudeuse) A-t-on jamais vu Màat MNM sa fiancee IKim courir après des petits oiseaux! MME AVRIL (Elle passe la main sur la tête de Jeanne!.Chère petite! Oui, je crois que tu seras heureuse; Jean est bon.comme tu le dis, et.ce qui vaut mieux il t'aime.Cou UNE VOIX dans le lointain) MME AVRIL Ca.c'est Charles.JEANNE (Vivement) Non.c'est Jean.LA VOIX (plus rapprochée) Cou JEANNE C 'est Jean.( Elle se lève et va vers la droite ; appuyée sur l'arbre i C'est vous.Jean?il'n bruit de branches cassées.Jean parait, son fusd en bandoulière, sa gibecière vide, il est crotte jusqu'aux genoux Charles le suit, û marche avec precaution, encombré par son attirail de peintre; son costume de flanelle grise est immaculé.'• Jean descend avec Jeanne à droite; Charles traverse et va trouver Mme Avril à gauche.Scene II Les mêmes, JEAN, CHARLES JEAN C'est moi.Bonjour.Jeannette.A Charles) Arrive donc, paresseux.CHARLES C'est bon.on arrive.(Avec enthousiasme) Oh' maman, j'ai vu le plus beau site! Figure-toi un grand diable d'érable, tout sec, tout noir, il lui reste deux feuilles sur une branche qu'on dirait faite pour porter un pendu.Autour MME AVRIL l'interrompant i Tais-toi.mauvais garnement, tu vas faire peur à ta sœur Viens me montrer ça.Ils remontent en causant, s'arrêtant prés de la table, où Charles pose sa boite i couleurs et son pliant, et prend une aquarelle qu'il montre à sa mère, puis ils s'éloignent vers le fond, à droite et sortent).Scene III JEANNE.JEAN JEAN Il appuie son fusil contre le banc, met sa gibecière sur la table, et s'étend paresseusement à terre, tandis que Jeanne le regarde, les mains croisées» avec une expression de pitié doucement railleuse1.Oui ' Ce que je suis fatigue! JEANNE Est-ce le poids de votre gibier qui vous JEAN Cela se voit.écrase5 Riez, mademoiselle.J'ai marche pendant trois heures, pour trouver une plume digne de votre chapeau, car il lui manque une plume à votre chapeau.JEANNE vRiant Une plume' a mon chapeau Alors, vous me voyez une plume très longue à mon canotier, pour me promener dans le bois?Vous vous y connaissez eu toilette féminine, vous! JEAN Peut-être que pas.Mais j'imagine que cela vous irait.Tout vous va, vous êtes si j.JEANNE vD'un ton qu'elle voudrait rendre sévère) Pas de compliments, voulez-vous.' Rieuse 1 Alors, vous me trouvez j .su/te à la page 30 10 La Canadienne, Août 11V23 QUEBEC, PAYS DU PITTORESQUE Texte de Victoria Hayward Traduction de P.-E.Piché, I.C Photographies de Editli S.Watson Deux touristes américaines, Mlles J'ictoria f lay ward et Edith S.Watson, ont visité notre province.Nos traditions et nos vieilles choses ont inspiré à la première des lignes dithyrambiques rt à la seconde des études photographique* d'une grande originalité.Nous les présentons aujourd'hui à nos lecteurs en respectant aussi scrupuleusement que possible l'enthousiasme du texte anglais.Pevant un auditoire recueilli, monte la chanson du rouet Les.générations actuelles, pétries de sens pratique, admettent volontiers que le pittoresque se meurt, s'il n'est pasdéjà mort depuis longtemps.Pourtant, ceux d'cnirjfr.nous qui connaissent la province de Québec pour y avoir résidé ou pour y avoir passé chaque année quelque temps, savent bien que la vie de l'habitant québécois est faite de pittoresque et d'un pittoresque des plus vivants.Datjs cette province, l'originalité, fée de l'existence, est bien chez elle et vous pouvez l'apercevoir au hasard des routes villageoises, l'œil animé et le teint frais, qui mène de logis en logis sa ronde libre et fière à la fois.Prétendre que le pittoresque s'en est allé avec les grands seigneurs et l'Ancien Régime, c'est montrer clairement qu'on n'a pas pénétré au cœir du vrai Québec, le Québec-dû village et des champs.Si l'on veut constater à quel point la tradition a conservé sur cette terre, depuis le jour où Jacques-Cartier y aborda avec elle, toute son emprise et toutes ses attaches anciennes, il suffit de se promener à travers la campagne sur la première route venue pour voir surgir devant soi à tous les tournants, des scènes d'un pittoresque évocateur.Et il arrivera que ces réminiscences prendront soudain un air d'étemelle jeunesse lorsque, par exemple, se dressera devant le promeneur la vieille croix du chemin encore solide malgré les années qui ont pesé sur elle.Plus loin, la croix sera neuve et, alors, on comprendra tout: dans un pays comme celui-ci, le pittoresque ne meurt pas puisqu'il est perpétué par la tradition.Pour saisir l'âme du Québec, il faudrait une plume ardente qui sût retracer dans tous ces recommencements la survivance de la conscience ancestrale.On exalte l'ancien temps, mais qui dira les temps nouveaux où les fils savent tenir d'une main ferme le flambeau des aïeux ?Mais poursuivons notre chemin.Au bord de la route s'élève et tourne encore le moulin où depuis le temps de Monseigneur de Laval les cultivateurs du pays environnant sont venus porter leur grain.Les jours de ce moulin ne sont pas encore comptés et il continuera à tourner tant que ses meules auront du grain à moudre.Ce vieux bâtiment est situ sur la grand'-route, à mi-chemin entre la ville de Québec et l'église de Sainte-Anne-aie-Beaupré.Approchez-vous.Le meunier, tout blanc de farine, vous invite à entrer pour visiter son établissement: devant vos yeux les meules vont leur train avec un bourdonnement assourdissant et le grain broyé répand dans la pièce sa fine poussière.Dans la partie est du moulin.Monseigneur de Laval venait dire la messe, et pour nous montrer l'endroit exact, le meunier nous conduit obligeamment par la grande cuisine jusqu'à la petite chambre où se trouvait l'autel.A quelque deux milles de là, sur le même chemin, on aperçoit une vieille bâtisse confortablement abritée derrière les érables qui l'entourent; on lit au-dessus de la porte " moulin à carde," et, en effet, on trouve à l'in- térieur une carderie en pleine activité^qui remonte, dit le patron, à plus de deux cents ans et qui est le plus vieil établissement du genre dans la Province.Combien de générations ont utilisé ce moulin depuis le temps où ses machines, installées plus loin sur le coteau, étaient actionnées par le cours du ruisseau, jusqu'à l'époque encore récente où on le descendit au bord de la route pour l'aménager à l'électricité ! Voilà deux cents ans qu'il démêle la laine produite sur les fermes qui étendent leurs étroits pâturages depuis Beauport jusqu'à Saint-Joachim.N'y a-t-il pas quelque chose de légendaire dans ces vieux engrenages qui poursuivent aujourd'hui leur besogne avec la même inlassable activité qu'il y a deux siècles ?Est-ce que la légende n'a pas laissé son empreinte sur le front de ce vieil artisan qui descend de toute une lignée de cardeurs, lignée qui remonte déjà à deux cents ans, mais qui est encore loin de s'éteindre ?Le passé même de ces vieilles machines n'est-il pas attachant, puisqu'il nous redit le patient labeur des anciens et nous rappelle que c'est grâce à cet effort séculaire que depuis toujours, dans le comté de Montmorency, la ménagère peut tenir les siens chaudement vêtus durant l'hiver.Descendons maintenant, si vous voulez, dans le golfe et promenons-nous dans la merveilleuse région de Percé; ou bien suivons les routes pastorales de la rive Sud, pays si peu connu, d'où le passeur et son bac rustique n'ont pas encore été chassés par les ponts; ou bien, après avoir pris le bateau du Saguenay ou le chemin de fer suspendu de si fantastique façon aux flancs des montagnes qui bordent le fleuve, descendons à la Baie Saint-Paul, aux Eboulements, à Pointe au Pic, et suivons les routes des environs; ou bien partons en voiture de Sainte-Anne-de-Beaupré et parcourons les alentours du Petit Cap, de Saint-Tite-des-Caps, de Saint-Féréol; ou même, si vous voulez, remontons les vallées qui s'amorcent sur la rive Nord du Saint-Laurent entre Montréal et Québec; en quelque endroit que nous allions, nous sommes sûrs que partout le pittoresque nous attend et nous suit le long du chemin.La naissance du bas de laine Encore du pain sur la planche I Ce génie familier est ici sans contrainte, car les conventions et l'intérêt mesquin n'ont pas encore altéré sa fraîcheur, et si vous vous mettez à sa suite, il n'est pas d'objet si grossier, pas de détail si modeste qu'il ne transfigure pour vous d'un coup de sa baguette magique.Ainsi, voyez le long du chemin la traditionnelle marmite, le gros chaudron tout noir qui bouillonne sur un feu de branches.Cette vieille marmite à l'air imposant est répandue par milliers dans toute la Province; c'est l'ustensile indispensable où la ménagère confectionne le savon du pays, ce savon national qui prépare la blanche théorie des interminables cordes à linge.Oh ! corde à linge symbolique où il y a toujours de la place pour d'autres morceaux, de même que la famille n'est jamais trop nombreuse pour ne pas s'augmenter à l'occasion, et même plus souvent, d'un membre nouveau ! Cette marmite familiale, où se prépare le savon, reçoit aussi le bain de colorant où l'on plonge les éche-veaux de laine pour les teindre.Ainsi, en même temps que s'offre à nos yeux la ferme avec ses troupeaux de moutons qui paissent aux alentours et la chaudière à teinture posée devant les " bâtiments," se présente à notre esprit toute l'importance de cette grande industrie des lainages qui se mêle si intimement aux destinées économiques de l'habitant.Il n'y a peut-être pas de pays au monde où la laine joue un rôle plus prépondérant dans la vie familiale de tout un peuple; industrie essentiellement domestique, puisque de la toison :i l'étcffe, toutes les transformations s'opèrent à la maison, si ce n'est peut-être celle du cardage, et encore, dans la plupart des endroits, la ménagère y pourvoit-elle elle-même.Il sembleque l'art du lainage est plusvi- Le métier à tisser vant aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été dans la Province' chose certaine l'élevage du mouton s'y fait sur une plus grande échelle, le filage et le tissage y sont toujours en honneur, et le nombre des foyers, débouché naturel de l'étoffe du pays et des produits laineux, n'a certainement pas diminué.Le rouet et le vieux métier à tisser, encore deux éléments de pittoresque ! D'ailleurs, la légende ne s'est-elle pas complue de façon particulière autour des fileuses et des tisseuses; le roman de tous les temps en a fait des heroines et les peintres de tous les pays en ont retracé la physionomie.Si l'industrie des lainages dans la Province est un art féminin, cela ne veut pas dire que les hommes en soient exclus.Leur rôle à eux, c'est l'élevage et la tonte du mouton; ils doivent produire la matière première et l'on sait que ce n'est pas une mince affaire.Ainsi, toute la famille participe à cette grande entreprise pastorale, qui devient par là un art essentiellement domestique; depuis la grand'mère qui trouve encore la force de tricoter, jusqu'au bébé qui s'amuse avec le peloton de laine, la maisonnée tout entière s'intéresse aux différentes phases de la production et lorsqu'on parle d'étoffe du pays, on est sûr, en effet, que sa confection même revêt un caractère profondément régional.Puisque l'on s'efforce de nos jours de ressusciter la petite industrie et que l'on reconnaît son heureuse influence sur l'ordre économique de la nation, c'est dans le Québec même qu'on pourra en observer avec le plus de profit la bienfaisante application.Approchez-vous de la maison et voyez sur la galerie "mémére" qui file son rouet près de la porte d'entrée; elle est heureuse, car, grâce à elle, les quatre tout petits qui sont rangés bien sagement près d'elle sur le banc et la regardent faire, auront des bons bas chauds.A l'intérieur, la mère, qui peut se reposer maintenant des soins du ménage sur ses grandes filles, est assise au métier; hiver et été, attentive aux mouvements du 61, elle fabriquera pour les siens, couvertes, tapis et étoffe du pays.Pourtant, d'autres besognes la réclameront au cours de la journée et il faudra qu'elle préside tour à tour aux multiples occupations qui assurent le bon fonctionnement de la ferme, par exemple, la traite des vaches, le barattage, le lavage, le nettoyage de la maison, la cuisine (et quelle savoureuse cuisine !), le tri-(Sulte A ln page 84) La Canadienne, Août 10-3 I 1 UN TR OMPHE Lui, un jeune avocat, brillant causeur, ayant goûté à tous les plaisirs d'un célibataire en vogue, avant d'épouser Sylvette Dumoulin.Elle, jolie, fine et élégante, mariée à vingt-deux ans après avoir été quatre ans en amour.Graduée à dix-sept ans, gardée religieusement dans sa famille par la suite jusqu'à dix-neuf ans.—Puis l'âge de l'émancipation venue pour elle, Sylvette par une fidélité rare en ce siècle, s'était cloîtrée dans son amour pour Hugues, dédaignant le plus inoffensif des flirts, refusant toute invitation lorsqu'une randonnée mondaine était en jeu, sacrifiant de gaité de cœur sa liberté de jeune fille à ses serments de fiancée.Puis, un soir de printemps, après deux ans de mariage, de claustration encore plus austère que celle du passé, à cause des devoirs maternels très vite venus, la crise — Oui, Hugues.je doute ce soir si j'ai choisi la meilleure part.Ces années passées où j'ai atrophié librement ma faculté de jouir des heures qui passaient, je me demande si elles ne valent pas l'honneur de regrets cuisants Car aujourd'hui, eussè-je la tentation de les faire revivre, le pourrais-je ?Ressuscite-t-on sa jeunesse libre d'un coup de baguette ?C'est presque vulgaire, je l'avoue, mais cet après-midi, au five o'clock, j'enviais une fille de restaurant, qui allait légère et coquette sous sa coiffe blanche, d'une table à l'autre, recevoir les carabinades des jeunes gens qu'elle servait et qui ne pouvaient s'empêcher de l'admirer tout de même et ensuite — Sylvette.ma petite Sylvette.fit Hugues vaguement alarmé de cette sortie imprévue, en s'empa-rant des mains de la jeune femme.tu as la fièvre ce soir, c'est sûr, tu.— Ah ! oui interrompit Sylvette d'un ton amer, c'est toujours ce que je me suis dit moi aussi, j'avais la fièvre lorsque j'avais des désirs féroces de vivre ma jeunesse .la fièvre ah ! ah ! — Mais d'où te vient cette subite révolte, interrogea-t-il alarmé devant l'attitude narquoise de sa femme.— Subite révolte ?.Mon cher, quand le vase est plein, il déborde .L'ennuie naquit un jour de l'uniformité.— Voyons, ma petite Sylvette, raisonnons.—Tes nerfs sont fatigués, il te faut une detente.Veux-tu un voyage chez une amie, en dehors de la ville ?— Et toi ?questionna-t-elle farouche.— Moi.tu sais, ma chérie qu'il m'est impossible de laisser .mais.— Ah ! voilà ! Toujours veuve pour mes promenades, interrompit la jeune femme.Nerveux, agacé, Hugues s'écria: — Mais que veux-tu à la fin ?.— Je veux.je veux .dit-elle lentement, les yeux fixés vers une vision lointaine, je veux MM.vivre pleinement chaque heure de ma jeunesse avant qu'elle ne disparaisse à tout jamais ! Connaître ces instants d'orgueil où un autre regard que celui du mari indulgent, vous dit sans mots que vous êtes belle, .sentir sur soi des yeux féminins qui vous envient, qui vous jalousent parce que vous captez l'attention générale, et tout en restant droite et fidèle, avoir assez de pouvoir Par MARIE-RVTH LOTI pour ravager des cœurs, susciter des tendresses toute platoniques, exquises en leur poésie si rare, se faire aimer beaucoup,.encore .et longtemps.La voix de la jeune femme mourut doucement sur la dernière syllabe tandis qu'elle fixait obstinément l'obsédante vision .Tout à coup, elle tressaillit au son d'un sanglot tout près d'elle, et revenant à la réalité, elle reçut un choc au cœur en apercevant son mari, qui, le front dans ses mains, pleurait comme un enfant ! ! Devant ce chagrin si profond, Sylvette eut comme un réveil; d'un bond elle fut près de lui, l'enlaçant tendrement et répétant à plusieurs reprises:— — Hugues ! Hugues !.tu me fais mal .oh !.Après quelques instants, le jeune homme s'emparant de la charmante tête qui s'appuyait confiante à son épaule, fixa éperduement les grands yeux qui se levaient, inquiets, sur les siens et questionna avidement: — Sylvette .Sylvette dis-moi que j'ai rêvé.que c'est fini, la crise.ou que j'ai mal entendu Sous le regard brûlant qui la pénétrait toute.Sylvette ferma un moment les yeux, puis les rouvrant lentement, elle répondit d'une voix assourdie: — Hugues .je t'aime .mais la crise, elle est là, en moi, obsédante.plus forte que moi-même .Les mains qui tenaient prisonnière la jolie tête brune, glissèrent peu à peu Le jeune homme se leva comme en un rêve et chancelant, quitta la pièce en répétant : — Oh ! Sylvette .Sylvette ! ! Un mois plus tard.Un bal au Grand-Hôtel—Beaucoup de toilettes pâles parmi lesquelles on distingue tout de suite, une jeune femme de beauté rare, en robe noire d'un décolleté habile qui fait contraster la blancheur nacrée des épaules.—Une rose-thé dans la superbe chevelure brune, une rose-thé au corsage, et vous avez Sylvette Dumoulin, exquise, attirante, énigmatique.Autour d'elle, c'est un véritable siège Dans l'em-brassure d'une fenêtre, un jeune homme en embuscade, dévore des yeux chaque mouvement de Sylvette: c'est Hugues, qui, renonçant à ses chères soirées de solitude de jadis mène sa jeune femme dans le monde.En ce moment, un grand jeune homme blond cause avec Sylvette à mi-voix: — Ainsi, dit-il, d'un ton langoureux, c'est votre début dans le monde que cette saison de carnaval ?Qui le croirait en vous voyant si exquisement mondaine .; est-ce Hugues qui vous chaperonne, douce Sylvie ?acheva-t-il câlin et moqueur.Au nom de son mari, Sylvette eut un regard sévère et répondit: — Hugues a toujours été parfait, Jacques, ne raillez pas.— Parfait?.Hum! hum! pas à l'imparfait.jeta méchamment son interlocuteur en riant toujours.— De l'esprit aux dépens du cœur, toujours, n'est-ce pas Jacques ?reprit avec indulgence la jeune femme.Le jeune homme la regardant fixement avant de répondre, se mit à sourire mystérieusement et comme elle insistait pour connaître sa pensée, il jeta, franchement: — Quelle belle revanche que le présent sur ceux qui possédaient le passé ! — Jacques, fit-elle, impatientée, précisez vos méchantes idées ! i— Eh oui, finit-il presque avec violence,.vous l'avez avoué vous même, Sylvette, qu'avez vous eu du passé ?Rien de ce qui fit la joyeuse jeunesse d'Hugues.Il a eu sa part, pourquoi n'auriez vous pas la vôtre ?— Trop tard ?Bah ! il n'est jamais trop tard, et vous savez qu'ils sont légion vos admirateurs.— Oui, interrompit la jeune femme,.je sais .Racine."Les loups sont à ta porte et attendent leur proie." laissez-moi.Jacques, acheva-t-elle, nerveuse— Laissée seule, Sylvette alla s'accouder près du piano où préludait en sourdine, le jeune artiste.Pierre Marin.un protégé d'Hugues.Tout à coup, la voix chaude et vibrante de ce dernier attaqua la "Chanson de l'amour" et un silence complet se fit dans la salle." L'amoui, l'amour qu'on aim?tant " Est comme une haute montagne " On la gravit tout en chantant." On pleure en descendant la côte la côte.• Bouleversée par ses propres émotions, Sylvette regarda le chanteur comme en un rêve et revint brusquement à elle-même en apercevant Pierre qui la fixait avec un regard passionné.Eperdue, Sylvette n'eut qu'une pensée: fuir oh fuir ! Elle se détourna lentement du regard qui la blessait et levant les yeux, elle rencontra le visage impassible de son mari, placé près d'elle.Elle eut comme un cri de détresse: — Oh ! Hugues, emmène-moi ! Obéissant, il la conduisit lentement à travers la salle de bal jusqu'au vestiaire.Sans un mot, elle se laissa vêtir de sa sortie de bal et conduire au taxi qui trépignait devant l'hôtel.Rendue au home, elle se dévêtit en toute hâte et, endossant un négligé, elle se dirigea vers la chambre où dormait sa petite Huguette.Une heure plus tard, Hugues, inquiet en ne voyant pas revenir sa femme, pénétra à son tour dans la chambre de l'enfant.Devant le spectacle qui s'offrit à ses yeux, le jeune homme eut un sanglot de joie et vint s'agenouiller, non plus devant la mondaine adulée de tout à l'heure, mais devant la frêle maman, au visage pâli, qui berçait doucement entre ses bras une petite enfant blonde, en chantant à voix basse: "Il était une fois un vieil homme tout noir." — " Ainsi, reprit gravement Hugues, en caressant doucement les cheveux de Sylvette, c'est à cet imbécile de Pierre Marin que je dois ta guérison ma petite femme ?(Suite page 32) La Canadienne, Août 192Î1 PAULETTE SE MARIE y I - m |E m'effraie à analyser la complexité du sentiment que j'ai pour lui.C'est d'abord d.- la gratitude, je viens de le dire; puis du respect, car son esprit et sa belle aisance m'esbrouffent ; puis quel-chose d'inexprimable qui est fait de douceur, de joie rayonnante, d'ineffable mélancolie, d'impatience et d'appréhension ! Serait-ce cela qu'on appelle l'amour ?L'amour !.XIII Et vous, chère marquise, c'est bien de votre faute aussi ! U est votre enfant gâté, soit ! Mais pourquoi mettre tant de chaleur à faire partager à autrui l'indulgence de grand'-maman, l'admiration que vous avez pour lui > Elle en radote, la marquise, de son grand garçon terrible ! De A à Z, dix fois pour le moins, j'ai dû avaler, — sournoise, c'est déguster, qu'il te faudrait dire ! — l'histoire édifiante et brillante du séduisant Gaétan Loup des Montaignes ! — Et c'est le meilleur cœur qui soit ! Quel esprit, ma chère petite, quel entrain, quelle bravoure, quelle âme chevaleresque !.Avec cela, il a hérité de ses père et mère une jolie fortune; .et, bien fait de sa personne, n'est-ce pas ?.Ah ! la fiancée qu'il choisira ne sera pas à plaindre! J'ai répliqué: — Il sera bientôt temps qu'il s'y prenne.— Voulez-vous dire, mignonne, qu'il n'a plus vingt ans ?C'est là à mon sens, une qualité.Il connaît la vie; il est aguerri contre les désillusions qu'elle amène; il ne s'emballe plus pour des chimères.— Ça a du bon, les chimères, soupire ma tante.— Miss Jenny, cette enfant est plus raisonnable que vous.Et si mon Gaétan ne lui est pas antipathique, vous avez promis de vous soumettre à votre tour, ne l'oubliez pas.— Oh ! dis-je, avec peut-être un peu trop de spontanéité.il ne m'est pas antipathique du tout .au contraire.— A la bonne heure ! Sous quel prétexte me suis-je enfuie dans ma chambre, laissant la marquise et ma tante, seules, dans le salon ?Je ne sais plus.J'avais besoin de m'isoler, de me replier sur moi-même, de réfléchir.Par Alexis NOEL Illustrai ions par Cyril BRADY De réfléchir !.Quelle ironie ! Desquelles réflexions mon cerveau est-il capable, tout assourdi par |p^ez dur->e**/^, cir.Au temp r.renversez sur f 1 un lit de laitue et serve» accumpugne ¦y dune sauce i >alaue.Salade- Tama Faites cuire, environ cinq minutes, une boite île tomates, tasse de céleri et un petit oignon émince.Passez au r uni-, ajoutez 2 cuillerées a table de TrjBSflsrre at assez d'eau pour en faire une quantité d'une chopine.Faites chauffer jusqu'à point d'ébullitjon.Fûtes dis-oudre une enveloppe de gelatine.Ajoutez au melange.Vssaison-nez de poivre et d?-e!.lu goût.Mettez ¦ i.ins les moutes.Serve» sur un lit de laitue avec une sauce mayonnaise.Si ¦¦n- aimez mieux, faites geler dans un moule avec hordure.renverrez dans un plat et remplissez le centre d'une salade de poulet ou de céleri.Salade d* noix ( Walnut ) Coupez en des une tranche d'ananas, 1J date- et 1 orange Ajoutes une tasse de noix coupées en tout petits morceaux et une tranche de banane.Mélangez bien et humecte* avec un peu de -auce pour salade.Garnissez de cerise et de moitiees de noix Serve» cette salade recouverte de mayonnaise.Cresson L'on distingue deux espèces de cresson, le cresson de fontaine et le cre-son alenois qui est une espèce de cre-son re-.sembl.int un peu au persil double L'un et l'autre peuvent être employées pour le même usage, pour garnir un rùti de volaille, côtelettes ou biftecks.Le cresson en salade se sert rarement seul : il doit autant que possible être mile avec d'autres espèce» de salade.Chutons frite» Prenez des chicorée- dont le coeur soit bien jeune et les feuille- bien rines prefer.iblement a celles qui ont les feuille- grot.se-, retire» tout le vert : lavez-les proprement; en-uite essuyez-les dans un linge: faite-easuite la salade dans laquelle vous mette* une housse d'ail écrasée et non coupée ou.si vous le prefer**, vous pou se* faire ce que l'on appelle un chapon qui consiste en une seule croûte de pain frottée avec de l'ail ou coupée en plusieurs petits morceaux.Salade-Betterave.Same* Poméramitnst» Pour une tasse de crème sûre, mette* une cuillerée à the de sel de céleri, une cuillerées à the de .Suite » la vaste' 28 1 Canadienne.Août 1P23 BONNE OCCASION Vous connaisse?lo proverbe: "11 laut saisir l'occasion par les cheveux." Seulement, il faut s'assurer que l'on ne saisit pas une perruque! —Et les perruques sont toujours là, à portée de votre main, qui vous tentent! Sachet donc Discerner! Voulez-vous employer vos loisirs aune besogne utile et profitable?Elle est là.sous vos yeux, dans le Magazine que vous aimez.Faites de la propagande pour "LA CANADIENNE" et augmentez vos revenus.Ecrivez-nous.LA CANADIENNE Gardenvale.Quebec Paris Pate ¦ T "TJn Repas ^a en un Xnétant" ^ Tournes la clef — ouvrez la boite -— et presto vous avez un délicieux pâté de viande, cuit A la française et tout prêt a être mangé.Vendu par tous les épiciers.Marque de Fabrique Enregistrée Nos yeu* n'ont jamais de vacances Protégez et repose* «o» yeux, cet été.avec Uvrint.Cette lotion inoffensive calme et ra- Ejnployez-la auMri pour protéger vos yeux contre le* fraisll*.la fumée et le gaz de bouille quand vous voyait ex.» Demandes notre brochure gratuit* nar le feoio de* yeux.Murine Eye Remedy Co.Dept.4L Chicago URINE, fo» fa» EVES —Nous sommes jalouses de n'avoir plus notre vieille tante à nous toute seule, de la partager avec un autre, même quand elle jure que cet autre, elle ne l'aime pas ! C'est tout juste si je ne lis pas "ouf" ! de ce qu'elle se leurrât ainsi.J'aidai à lui donner le change: — Il y a du vrai dans ce que vous dites, ma tante.— Ah ! tu vois, mon petit doigt m'avait chuchoté à l'oreille.Eh bien ! chérie, si tu dois être triste le moins du monde, parce que j'ai répondu "oui" à ce capitaine, je vais tout de go me rétracter, — oh ! tu sais, sans fausse honte, et je n'en aurai nul mérite; car je crois bien que j'en serai la première contente.Explique le sentiment qui m'agite: je reçus une secousse douloureuse, au coeur, à l'idée que ma tante n'épouserait plus le capitaine, et de ce qu'elle l'épousait, je souffrais pareillement.Tremblante d'avoir à acquiescer à sa proposition, j'insinuai, pour varier de propos: — On peut donc se marier à un homme qu'on n'aime pas, ma tante ?— Oui ., quand on a mon âge.Mais, tu vois, j'ai mis du temps à me décider et j'ai brûlé bien des fiancés, avant que la raison me vint !.Tu te rappelles Edward, l'Ecossais ?J'en ai essayé d'autres, ma petite.C'est qu'alors, j'aspirais à me marier par amour.et ce m'eût été atroce de me tromper !.Aujourd'hui, je me marie par.persuasion .Je me mariais, veux-je dire ! car, tout est rompu, mon gendrel Ce fut plus fort que moi, je m'écriai : — Oh ! non, ma tante, mariez-vous, mariez-vous ! J'étais une méchante fille.Je suis sûre que je l'aimerai le capitaine., je suis sûre que je l'aime ! Avoue que j'ai été brave de lâcher cette phrase là ?— Bien vrai ?fit ma tante.Solennellement, je répondis, et de toute mon âme: — Je vous le jure.En foi de quoi, ils se marièrent.Les noces eurent lieu fin d'octobre en quatre mini, comme l'a dit notre cuisinière, sans flafla, sans robe de tulle blanc, sans Marche nuptiale de Mendelssohn, sans orgue même, dans une chapelle des bas-côtés de l'église Saint-Jacques, notre cher abbé de Lescure officiant.Le capitaine éclatait dans sa tunique neuve.A la sacristie, il m'embrassa aeun-culairement, selon son propre terme, sur les deux joues.Puis, les nouveaux conjoints filèrent sans tambour ni trompette, pour l'Italie, tandis que la marquise m'adoptait pour un mois à Choisy-au-Bac.XVII Quelles jolies vacances j'aurais passées, si je n'étais si morose ! Ma chambre est au premier, porte à porte avec les appartements de la marquise: une chambre tout claire, toute pimpante, aux meubles gris un brin éraillés, de contours adoucis par l'usage et l'âge; une grande chambre de l'autre siècle, où ma chambre des Fauchelles tiendrait trois fois, où je dors dans une alcôve, où des pastels fanés, de forme ovale, sourient d'une grâce oubliée et charmante, à des riens de leur époque, que nos pensées d'à présent ne sauraient plus concevoir.Mes fenêtres ouvertes, le parc s'étend devant moi, encadrant la vaste pelouse à l'herbe sauvage, un coin de l'étang, là-bas, la flaque d'eau endormie où de légères vapeurs fument, la moire couleur d'huile dont la solitude ne s'égaie que du glissement blanc, silencieux et qui se dédouble, des deux cygnes familiers Léda et Pan.Chez nous, à Compiègne, nos marronniers, nœ platanes, nos arbres domestiques, depuis beau temps, sont chauves ! Ici les feuilles tiennent encore, brouillant toute la gamme des roux et des jaunes.— oh ! le jaune léger et frissonnant des peupliers frileux, et le roux de rouille des hêtres ! Des lapins gambadent dans la rosée.J'aperçois, de mes croisées, leurs cabrioles, chaque matin, et les petites taches prestes et intermittentes de leurs derrières blancs qui se trottent.Le château, comme un vieillard las, s'affaisse, se replie sur lui-même, indifférent, on dirait, à cette vie qui ae renouvelle: il semble, muet, ressasser de lointains souve- Paulette ce marie suite de la page 13 nirs.La grosse horloge en œil-de-bute-en-train ça fait, que votre oncle ! U rutilait, ses yeux pétillaient de contentement; et brusquement, enlaçant ma tante à la taille, l'entraînant, il esquissa un pas de valse dans la pièce.Je ne sais pourquoi sa jovialité uitcm-pestive m'irrita.Je l'aurais mordu.Et de cette minute, je l'ai pris en grippe.XIX U n'est pas mêcliant.cependant ! Malgré toute ma rancune, je suis bien forcée de convenir qu'il a le caractère le plus égal.l'humeur la plus enjouée, le cœur le plus accessible, la nature enfin la plus ouverte, et, malgré son diable d'esprit qui le rend cruel quand il s'agit de faire un mot, la nature la plus indulgente qui soit ! Ce n'est pas vrai, qu'il aime à "embêter" les autres, comme il disait ! C'est un genre qu'il se donne de paraître brusque, incisif, ironique; et je n'ignore plus tous les services qu'il a rendus, en cachette, à ce bon "Bureau de tabac" dont il affecte pourtant de faire sa bête noire ! Alors, pourquoi rien et tout m'imtent-ils en lui ?Cela m'agace, qu'il marche les pieds en dehors, les genoux un peu écartés et fléchissants comme le font d'ailleurs tous les hommes de cheval.Je le trouve ordinaire, en civil, et prétentieux, en uniforme.Quand il est spirituel, il me semble qu'il le fait t la pose: quand il ne l'est pas, ce qui est rare, il me parait teme.bonnet de coton ! Tout en lui me heurte et me froisse, ou plus exactement me fripe l'âme.L'autre jour j'ai frappé à la porte de ma tante; c'est lui qui m'a crié d'entrer.Devant son petit miroir à trois faces, accroché à l'espagnolette de la fenêtre, il était, en bras de chemise, les bretelles tombantes, en tram de se raser Sa grosse figure barbouillée de mousse de savon, oU ses petits yeux luisants mettaient deux taches noires; la voix fausse dont il chantonnait je ne sais plus quelle insipide romance; ses chaussettes blanches dans ses pantoufles; ses trente-six cheveux ébouriffes; tout ce bonhomme en baudruche, enfin, et son sans-façon de me recevoir ainsi, me poussa à bout, et je ne pus m'empécher de remarquer, tout haut, aigrement: — Au moins, on tire son verrou, quand on n'est pas présentable ! Il se mit à rire et répliqua, en me menaçant de son blaireau: —- Voyez-vous, la petite mijaurée ! Attendez, mam'zelle, attendez .Comme il faisait mine de me poursuivre, je me reculai à peine, disant, car je sais combien il est fâché d'avoir le teint si violent: — Vous avez l'air d'une fraise à la crème.Il saisit mon intention de le blesser, et.sans m'en vouloir, se remettant à racler sa figure avec le rasoir qui faisait cracra: — C'est n'est pas gentil, Paulette.J'étais désarmée; et je lui eus une dent de n'avoir pas pris la mouche.Plusieurs fois, déjà, comme je le lardais de reparties aiguës, il m'a dit, sur un ton tout chose: — Paulette, pourquoi que tous m'avez dans le nez ?Si tout cela n'est pas bien grave, ce n'est pas bien gaie non plus.Je ne l'ai pas épousé, cet homme, et je crains, à la longue, de devenir susceptible au point de commettre quelque esclandre irréparable.Le pis est que, bien que j'ai conscience de mon injustice, aucun raisonnement, aucune force n'en vient à bout.Je fais de la peine à ma tante, c'est certain, à ma tante que j'aime tant, et pour qui, en toute autre cause, sur un signe, je me sacrifierais de bon cœur ! Souvent, je prends la résolution d'en imposer à mon humeur.Je me jure d'être sage, désormais, de mater, de déguiser, au moms, mon antipathie nerveuse.Ah ! bien, ouiche ! Aussitôt que je me retrouve en face de l'intrus, la bile me part par tous les pores ! Depuis notre épanchement de l'autre soir, ma tante et moi ne nous sommes plus rapprochées.Comme si elle craignait que la moindre effusion ne déliât de nouveau notre sentimentalité, elle évite, avec un soin visible, toute confidence, tout objet de nous émouvoir.Est-elle heureuse, vraiment ?Certes, son mari est prévenant, tendre, gentiment respectueux et admiratif.A-telle manifesté, au cours de la conversation, et sans y attacher d'mtention .l'envie d'un bijou, d'un bibelot, d'une gâterie quelconque, qu'elle le possède au repas prochain, en déployant sa serviette.11 prévoit ses moindres désirs.Il fait spontanément sa loi de toutes ses volontés.Mais, gai, exubérant, plem de santé rayonnante et de besoin de vivre, d est si loin, si loin d'elle ! — l'énergique et douce, la simple, la délicate, l'intelligente femme ! Ceci est une impression toute personnelle, et dont je dois me méfier, car.helas I je sais, à présent, ce que vaut ma clairvoyance ! Ma tante, en tout cas, semble prendre un plaisir sans melange à l'existence toute neuve que son mariage nous a apportée.Nous devenons, ma toi, des personnes très répandues ' Notre temps se passe en receptions, en visites, en galas, en chasse à courre.Toute l'aristocratie de Compiègne défile à notre table, et tous les soirs, nous dînons dans une maison nouvelle.Je suis le point de mure d'une ribambelle de gandins dont les fadeurs m'horripilent; et je frémis à la pensée qu'il me faudra choisir parmi eux, quelque jour! Comment se reprendre, revenir sur soi-même, dans le tourbillon mondain qui nous entraîne ?Et ce serait si bon, si bon de rêver, de faire une fugue en pleine fantaisie, au delà des insipidités présentes ! Avant-hier, pourtant, j'eus une grande joie que je veux mentionner ici.Mme de — un nom qui n'en tinit pas — avait mis a notre disposition sa loge, à l'Opéra, ou l'on donnait la première représentation des Maîtres Chanteurs de Surtm-beri Le capitaine, qui mène rondement les choses, et qui débrouille ait, en soufflant dessus, semble-t-d, un peloton emmêlé de laine — c'est encore une justice qu'il me faut lui rendre ! — le capitaine organisa, en un rien de temps, notre petit voyage à Paris.La loge acceptée télégraphique ment; une permission de quarante-huit heures obtenue du colonel; c'est lui qui présida, en personne, au choix de nos toilettes: " Mais, ma chère, le drap est très bien porté, je vous assure.Quant a vous, Paulette , votre robe "vieux bois" a ceinture mauve.Et boudant de ses mains nos valises, nous étourdissant de sa parole, nous pressant, nous bousculant, nous enlevant ! nous fûmes, tel d'un coup de baguette de fée, transportées de Compiègne au Grand Hôtel, et du Grand-Hôtel au théâtre.Vraiment, les péripéties de notre fuite: la gare, le départ, le chemin de fer.le nacre, le banal diner à bouchées doubles de la table d note, tout cela n'a laissé qu une trace imperceptible et fugitive dans ma • mémoire ! Et tout à coup, je suis accoudée sur la rampe en velours rouge de la loge, la salle s'ouvrant devant moi, — la vaste salle ruisselante de dorures, que piquent les petites lampes électriques en forme de fleur.L'orchestre s'accorde et s'essaie.C'est un brouhaha de chuchotements, de froufroutas de soie.Une poussière monte du parterre, en même temps que flotte le mélange de ubtiles poudres de nz.Les femmes sourient, inconsciemment heureuses de leurs décoUetages, les hommes plastronnes, le dos tourné à la scène, braquent sur notre entrée les yeux froids et impertinents de leurs jumelles.Les trois coups frappés, et soudain le tapotement sec d'un archet sur le pupitre du chef d'orchestre, tout se calme, s'assourdit, se tait.Dans le silence presque religieux, l'ouverture magistrale éclate, s'enfle."Marche joyeuse et fière où claquent, au vent de fête, les bannières des Corporations; où sonne le pas lourd des artisans, où palpite, décousu, le chant d'amour du chevalier Walther." Il va de soi que cette critique imagée n'est pas de mon cru.C'est ma tante qui s'exprime ainsi; car si Wagner est dieu, ma tante est son prophète.N a-t-elle pas fait, à deux reprises, le pèlerinage de Bayreuth ?Et quand elle se met à jouer les œuvres du génial poète-musicien, le Virgile des temps modernes, selon son expression, elle a des airs pénétrés de prêtre à l'autel ! J'avoue d'ailleurs, moi qui me moque, que j'ai été facilement touchée par la grâce, et que je suis, du prophète, la zelee néophyte.Combien de fois, en prévision de la représentation de ce soir, l'avons-nous lue et fouillée ensemble, au piano, cette partition si complexe des Maures Chanteurs.Aussi, suis-je dans le ravissement.A reconnaître les unl-motiv familiers, mon àme frissonne, et je me sens légère, légère, comme fluide, toute prise, tout enveloppée de mélodie, tressaillant, vibrant comme une chanterelle à certames harmonies dissonantes, que j'appréhende et que j'attends.Mais, puisque je me suis promis de dire tout dans ce journal, est-ce bien seulement la musique qui m'enlevait ainsi ?Hum ! hum ! voyons, voyons, n'y avait-il pas aussi l'émotion du premier spectacle, l'allégresse de me savoir gentille dans ma toilette médite, de me sentir regardée, admirée ?Car l'on m'admirait.Parfaitement.Dé-tachais-je mes yeux de la scène, que je rencontrais— des fauteuils d'orchestre, de l'amphithéâtre, des loges — quelque lorgnette me mettre en joue; et ces hommages anonymes n'étaient pas sans me procurer d'agréables distractions.Je rêvais — j'avouerai tout — d'un Prince suite à la page 33 Vous pouvez compter sur j Carnation VOUS ne serez jamais "Courts de lait" si vous comptez sur Carnation - l'approvisionnement de lait commode et économique.En l'ayant dans votre dépense, vous êtes toujours absolument sûrs d'avjoir du lait frais et doux-même durant les jours les plus chauds.Carnation, au sortir de la boîte a la consistance de la crème, ou on peut rapidement en faire du lait en y ajoutant seulement de l'eau.Le lait Carnation est un "complet" et pur lait de vache dont on a enlevé 60e, «le l'eau par evaporation.On n'y a ajouté ni sucre, ni préservatif ni substance adultérante.Commandez-en chez votre épicier quelques grandes boîtes (16 onces: ou une caisse de 48 boites.Le "Carnation Cook Book" forme une splendide collection de recettes qui ont été vérifiées.Taferlqué an Canada par CARNATION MILK PRODUCTS CO.LTD «76 JOHN STREET.AYLMER.ONT.Etablissements de condensation a Aylmer et Spring-field.Ont.Carnation Essayez ces recettes au lait Carnation Tarte a la crème d« citron.— I tasse de sucre.2 cuillerées i table de beurre, 1/3 tasse de jus de citron, 1%, tasse d'eau bouillante, 3 Jaunes d'oeufs.\ tass* de farine, S tasse de Lait Carnation, y± cuillerée a thé d'écorce de citron râpée.Mélangez la farine et le sucre, ajoutes l'eau bouillante en tournant constamment.Faites cuire 5 minutes; ajoutes le beurre, les jaunes d'oeufs battus, le Lait Carnation, le jus et l'écorce de citron.Tapissez le plat avec la pute, cuises dans un four à hau te te m péra t ure.Re -froidisses.Remplisses avec le mélange de crème de citron.Recouvrez d'une meringue; cuises dans un four modéré jusqu'à ce que la meringue soit d'un brun doré, pouding à la crème tapioca.— tasse d'eau, \ tasse de tapioca perlé.2/3 tasse de Lait Carnation.^ cuillerée à thé de sel.3 cuillerées a table de sucre, V* cuillerée a thé de vanille, i oeufs battus séparément.Faites tremper le tapioca une heure dans assez d'eau pour qu'il soit submergé.Faites cuire au bain-marie Jusqu'à ce qu'il soit transparent Ajoutes le sucre et le sel au lait et aux jaunes d'oeufs légèrement battus.Combinez en versant lentement le tapioca chaud sur le mélange d'oeufs, remettes dans le bain-mar te et cuises jusqu'à consistance.Lorsque te mélange est épaissi versez dans les blancs d'oeufs battus fermes.Ajoutes l'arôme et faites refroidir Cette recette suffira pour six personnes.Dana le "Carnation Cook Boo*.• «ou trouverez la recette de sept tartes délicieuse*, ainsi que d'autres excellent*** choses a manger Ecrivez 4 Carnation Mils.Products Co.Tat ml til, AvLmex, Ont., poux exemplaire gratis. 30 La Canadienne, Août 1923 — THE Mande\cture OF AND Paper ^TREATMENT OF J^ODPULP 5 FRAIS POSTAUX COMPRIS Vient de Paraître Un fort volume de 700 pages, superbement illustre, traitant de LA FABRICATION DE LA PULPE Si vous savez lire l'anglais, vous trouverez dans ce manuel les renseignements les plus complets sur la préparation des pâtes de bois.Ce traité, préparé sous la direction d'un comité d'experts canadiens et américains, fait autçnté en la matière.ECRIRK PULP and PAPER MAGAZINE GARDENVALE, QUE.EN CANOT Suite de la page 9 JEAN (La menaçant du doigt) C'est vous qui le dites.Oui, je vous trouve jolie; mais vous êtes mieux que cela, et ce n'est pas seulement pour vos cheveux qu'on dirait en or filé, pour les deux bluets de vos yeux, que je vous aime, c'est votre bon petit cœur qui a eu pilié de moi, lorsque ma mère ett morte, pour votre petite tête si bien organisée qui m'empêche de faire des bêtises.(Geste de dénégation de Jeanne) Oui, des bêtises.Vous souvenez-vous?Quand je voulais partir.(Il se lève).JEANNE Oui, je vous connaissais bien peu alors, et je me suis toujours demandé pourquoi vous aviez si bien obéi à une petite fille.JEAN Petite fille qui m'a fait toucher du doigt la sottise que j'allais faire en laissant ma mère seule avec mon père malade.(Grave) C'est pour cela que je vous bénirai toujours.C'est par vous que j'ai pu embrasser mon père à l'heure de sa mort, c'est avec vous que j'ai consolé ma mère, et quand ce fut son tour, à elle, de partir pour le grand là-bas, c'est avec vous que j'ai pleuré; cela ne s'oublie jamais, ma Jeanne.JEANNE (Songeuse) Oui, on peut oublier qu'on a été heureux ensemble, on n'oublie jamais qu'on a pleuré à deux.JEAN (Il redevient joyeux) Vous serez mon petit ange gardien.Quand j'aurai des misères, c'est vous qui m'aiderez à les surmonter.Vous serez mon trésorier, et je vous obéirai comme à une petite impératrice.JEANNE (Elle rit) Comme chez les Richard! Vous savez, Jean, c'était l'autre jour la fête de Mme Richard, devinez le cadeau que Charles lui a envoyé.JEAN Un manche de balai?JEANNE (Scandalisée) Oh! JEAN Une fausse barbe?JEANNE Vous n'y êtes pas.(Elle scande) Un pan-ta-lon! (Elle rit aux larmes) JEAN (Stupéfait) Charles! .un pant.! (Il rit) 1U cessera donc jamais de mystifier tout le monde! JEANNE (Toujours en riant) Ce n'est pas tout Il a aussi en voyé un jupon à M.Richard Et le plus drôle, c'est que mari et femme, pensant qu'il y avait erreur, ont fait le plus sérieusement du monde l'échange des .objets; de sorte qu'ils ne saisissent pas, mais là, pas du tout, les allusions des amis à qui Charles a raconté son mauvais coup.JEAN C'est bon pour les Richard, mais nous n'avons pas une tête à ça, nous deux.(Confidentiel) Lors de mon voyage à Montréal, lundi dernier, j'ai trouvé un amour d'appartement: un salon, une salle à manger, une chambre, une cuisine, et (pompeux) un cabinet de travail.JEANNE (Drôle) Un cabinet de travail où vous étudierez le culotage des pipes.On vous connait, bourreau de travail! (Sérieuse).Dans ce cabinet, vous mettrez votre bibliothèque, sous le lustre votre bureau, et le soir quand vous écrirez ou que vous lirez, j'irai m'asseoir près de vous et je broderai sans vous déranger.JEAN (Il s'est approché d'elle, lui a pris le bras, et tous deux marchent très doucement) Sans me déranger?En êtes-vous bien sûre?Je ne me vois pas noircissant du papier, ou crevant mes yeux avec des lettres et des mots, tandis que vous serez là, penchée sur une broderie, ou, qui sait, sur de prosaïques bas à repriser.J'ai bien peur que les petits frisons d'or brun qui volètent sur votre cou me fassent loucher un peu.Je serai souvent tenté de jeter ma plume, pour prendre vos menottes et regarder dans ces yeux qui se lèvent à présent vers les miens.Je ne griffonr nerai plus alors; les instants qu'on passe à s'aimer, à se le dire, sont plus beaux que ceux qu'on dépense à raconter l'amour des autres.Mes héroïnes, ce sera vous, mes livres vous les inspirerez, et s'ils plaisent aux autres, c'est qu'ils parleront de vous .(Un silence.Pendant que Jean parle, Mme Avril et Charles sont entrés par la droite en causant ; ils se sont arrêtés pour regarder les deux jeunes gens qui absorbés dans leur rêve de bonheur ne les ont pas aperçus.) Scene IV Les mêmes, MME AVRIL, CHARLES CHARLES Oh! les amoureux! (Jeanne tressaille, puis elle court à sa mère qui descend et se jette à son cou; Jean, d'abord interdit, hausse les épaules en riant).JEAN Oui, les amoureux, et je te souhaite, mon cher, de trouver une Jeanne qui te soit ce qu'est ta sœur pour moi.(Narquois) Mais je me demande quelle est la femme assez triste de la vie pour jamais donner son cœur à un écervelé de ton espèce! CHARLES Oh! moi, tu sais, j'ai épousé ma palette .Qu'est-ce qu'on fait avant le souper'' Un petit tour de canot?MME AVRIL Non, Charles, nous aurons de l'orage ce soir, ce ne serait pas prudent.JEANNE Maman, je t'en prie.Regarde le ciel, l'orage ne viendra que bien tard, et puis nous n'irons pas loin.JEAN Ne vous y fiez pas, Jeanne.Dans les montagnes, la tempête vient vite et elle est toujours terrible.JEANNE (Epeurée) Croyez-vous, Jean?Alors.CHARLES Viens donc, peureuse, tu sais bien que s'il y avait du danger, je ne vous y exposerais pas.D'ailleurs, ton Jean va venir.Tu ne crains rien avec lui' JEANNE (Avec un sourire) Non, pas avec lui .Mais, qu'en dit maman?MME AVRIL Et qu'en dit le sage Jean?JEAN (Il examine le ciel un instant, puis:) Le sage Jean vous donne un quart d'heure, pas plus.MME AVRIL Comment, vous ne venez pas avec nous' I.a Canadienne, Août 1923 31 JEAN Vous m'excuserez.Madame, je suis fourbu.Je vous suivrai .des yeux et je rangerai le camp.Quand vous reviendrez, la table sera mise et on soupera.Je vais vous confectionner une omelette dont vous me direz des nouvelles.(A Charles) Et toi, un quart d'heure, pas plus.(Il pousse le canot à l'eau et tout en parlant il aide sa mère à embarquer, tandis que Jeanne décroche les avirons dp l'arbre).Oh! On peut bien prendre une petite demi-heure?• JEAN J'ai dit un quart d'heure.Charles, souviens-toi que tu promènes ta mère et ma fiancée.CHARLES Aie pas peur, mon vieux.Je ne m'amuserai pas à regarder le soleil se coucher et je n'irai pas voir au fond du lac s'il y a de î'achigan.JEANNE Embarque! A tout à l'heure, Jean, soignez bien l'omelette.(Elle embarque en chantant:) Il était un canot, Le plus beau des canots, Qui n'avait qu'un défaut, C'était d'aller au fond de l'eau.Tralalala la la la la la la la la! (A mesure qu'ils s'éloignent, la voix s'affaiblit).SCKNIC V JEAN seul Chère petite fiancée! (Pendant toute cette scène, Jean range le camp, en regardant fréquemment du côté du lac.L'effet d'inquiétude doit être très gradué).Quel bon cœur de femme! (Il prend son fusil et sa gibecière et tourné vers l'auditoire, il examine l'un après l'autre les deux objets qu'il tient presqu'à bras tendus).Un fusil, une gibecière, la seconde sert à ne pas mettre le gibier que le premier ne tue pas!.Tiens, c'est une réllexion aussi profonde qu'idiote que je viens de faire là.(Il rit) Ce que c'est que d'être a-moureux ! On part pour tirer sa poudre aux moineaux et les petits oiseaux viennent vous faire la nique sans qu'on se souvienne qu'on tient en ses mains le tonnerre.(Un roulement de tonnerre très sourd et très lointain).Le tonnerre! (Il remonte lentement, tenant toujours le fusil et la gibecière, et en vue du lac, il crie:) Cou.i.! (en agitant le fusil comme un signal, puis il regarde le ciel et descend rassuré).Ils ont un bon quart d'heure à se promener avant que vienne l'orage, et, malgré son apparente légèreté, Charles est encore assez prudent pour revenir à temps.(Il pend le fusil et la gibecière à la branche de l'arbre puis revient à la table).Voilà! je vais mettre la table et leur préparer un souper! .C'est que je ne cuisine pas trop mal.(En riant) Nous ne paierons pas de cuisinière, quand nous serons mariés.Marié, dans un mois, avec mon petit Jeannot chéri.C'est drôle, ces noms: elle, Jeanne, moi, Jean.On dirait que c'est fait exprès.Après tout, qui sait?nous avons été créés l'un pour l'autre, dit je ne sais plus quelle chanson bête .Avec ça, elle n'est peut-être pas si bête, la chanson; en tout cas, elle a raison pour une fois Madame Jean Davuy,.c'est gentil à dire et ça doit faire joliment bien sur une carte.(Pendant ce temps, il a mis sur la table une nappe, des assiettes, des couteaux, des fourchettes, et il allume le feu.Une goutte de pluie lui tombe sur la main, tandis qu'il est agenouillé) Tiens, il commence à pleuvoir.(Il relève la tête en parlant et voit que les nuages se sont épaissis; il remonte au fond et crie:) Coui!.(en faisant signe de revenir, puis il redescend vers le feu.Un roulement sourd de tonnerre, un peu plus rapproché que le premier.) L'orage s'envient.(Il regarde le ciel, puis s'agenouille pour souffler le feu.) Ca va être dur.Pourvu qu'ils rentrent avant qu'il pleuve trop.Mme Avril a heureusement du bon sens pour trois; Charles est un étourdi et Jeanne est d'une bravoure qui la fait digne d'être un homme.(Il rit un peu) Etre un homme, hum! piètre honneur! Elle, si fine, si distinguée, elle serait, comme moi, un être insupportable, barbu, et (se regardant) terreux.Je me demande comment elle a bien pu distinguer mon noble individu.(Il commence à faire sombre, le tonnerre se rapproche un peu).Ca l'air de devenir sérieux, comme ils tardent! (Palissant) C'est pourtant vrai qu'ils se noieraient tous les trois, si l'orage les prenait en plein lac.Ce n'est pas toujours drôle dans les montagnes.(Il remonte en courant vers le fond et crie:) Eh! vite donc, là-bas, rentrez, vous allez attraper un bouillon.(Il redescend) Pas moyen de souper dehors.J'ai heureusement notre poêle à pétrole; ça ne sentira pas bon dans la tente.Bah! compartiment des hommes seuls, on se parfumera au camphre.(Il enlève le couvert et la nappe et porte le tout dans la tente) Ah' mon fusil, l'eau va le rouiller, je ne pourrai plus aller à la chasse aux moineaux.(Il décroche le fusil et la gibecière; l'obscurité vient rapidement; un éclair livide à l'horizon et peu après un coup de tonnerre assez fort).Diable ça se gate; il est temps qu'ils rentrent.(Il remonte vers le fond, son fusil et sa gibecière à la main, criant:) Cou.i.! .Coui!.Rentrez donc vite! C'est angoissant à la fin.(Plus fort) V a du danger, Jeanne, Mme Avril, Charles, arrivez! La voix de JEANNE (Dans le lointain) Oui, nous rentrons.JEAN Vite, vite, hâtez-vous.(Il redescend en courant, va déposer son fusil et sa gibecière dans la tente.Il commence à faire très sombre et la scène n'est plus guère éclairée que par les éclairs qui sont de plus en plus rapprochés, le tonnerre est plus fort et suit rapidement les éclairs.Le vent commence à siffler doucement mais lugubrement et des branches craquent.Jean sort de la tente et toujours courant il remonte vers le fond où il reste jusqu'à la fin de la scène.) Mon Dieu! où sont-ils?Je vois à peine.(Un éclair) Ah! si, là-bas! Mais ils sont fous! (Criant:) Eh! vite, Jeanne! Charles!.(Un éclair livide, suivi presque aussitôt d'un assez violent coup de tonnerre) Je les vois, ils approchent.Comme ils dansent dans leur coquille d'écorce .Quelle obscurité .Pourvu qu'ils ne perdent pas leur route.Sot que je suis, j'aurais bien dû ne pas les laisser partir .Si j'avais au moins un autre canot.A quoi cela me servirait-il?.Je ne les vois plus.(Criant) Jeanne! (Un éclair) Jeanne, par pitié! (Violent coup de tonnerre) Jeanne! (Un éclair) Ah! mais ils s'éloignent, que font-ils?.Ils sont perdus!.Mon Dieu.(Criant) Jeanne! (Le vent tombe subitement; un silence plane, puis un éclair immense, fulgurant, tombe du haut du ciel dans le lac, en même temps qu'un coup de tonnerre d'une violence extrême, mais très sec, s'entend.En même temps on entend la voix de JEANNE très loin).Ah!.JEAN (désespéré) Le canot a chaviré.Jeanne, ma Jeanne! Mon Dieu! .(Il tourne sur lui-même, redescend comme un fou et tombe foudroyé au milieu de la scène.) RIDEAU.RECETTE Choisisse» des céleris-raves de très petite, dimensions, lavez-les, coupez-en une large calotte et évidez-les en laissant une partie de la pulpe.Faites-les cuire à l'eau bouillante salée.Assaisonnez-les de sel et de poivre, et réservez-les ù la chaleur dans une lèchefrite bien beurrée.Pendant ce temps, vous avez passé à l'eau acidulée, puis au beurre, des champignons bien blancs.Coupez-les en morceaux que vous mettez dans une sauce à la crème.Saupoudrez d'un peu de sel et de poivre.Garnissez-en les céleris-raves évidés.Pussez un instant ù four doux, afin qu'ils soient bien chauds, niais ne colorent pas.Comment Commander vos "Home Patterns • +7- Par notre nouveau service, vos ordres peuvent être proniptement exécutés.Partout où vous pouvez habiter, vous trouverez que notre service *de patrons est le service le plus complet et le plus satisfaisant que vous puissiez trouvez à votre disposition.S'il y a dans votre ville un marchand qui tient en stock des "home patterns'' vous pourrez lui en acheter pour tous les Modèles de Modes et% Modèles de Broderies illustrés dans "La Canadienne.'' 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Son nid est toujours plein d'oiselets qu'il faut non seulement couvrir, mais aussi nourrir.C'est elle la pourvoyeuse du pain quotidien, du bon pain de ménage cuit dans le four en plein air.Ce vieux four noirci par le feu et la fumée est un autre monument de la campagne québécoise; il est le compagnon de la grosse marmite à bouillir et s'apparente par son ancienneté au rouet, au métier à main, au moulin à farine du temps de Monseigneur de Laval.Tous ils jouent un rôle important dans la vie économique de l'habitant et forment un groupe de serviteurs muets et fidèles sur lesquels le maître peut se reposer du bien-être des siens.Quel pittoresque ne dégage-t-il pas ce vieux four en plein air que la ménagère chauffe de ses propres mains et d'où elle tirera tantôt avec orgueil les superbes miches dorées où s'est épanoui le bon grain de la terre paternelle ! Mais, nous l'avons dit, dans cet heureux pays, tout se perpétue et le beau roman pastoral de toute une lignée d'ancêtres n'est pas prêt de s'achever, puisque les parents ont soin de transmettre de bonne heure à leurs enfants, en même temps que leurs vertus domestiques.Attisez le feu qui s'éteint, grand'mère les secrets de l'industrie familiale.Et si l'on rend hommage à l'activité de la maman et de la grand'mère, il ne faut pas oublier de louer aussi la précocité des tout petits qui.dès qu'ils en ont la force, se hâtent de faire ieur part dans l'oeuvre du foyer et de mettre en pratique les leçons quotidiennes qu'ils ont sous les yeux.Quel superbe tableau de force et d'harmonie que la vie de ces familles unies dans la tradition et trouvant dans l'exploitation intelligente de leur patrimoine de quoi se suffire à elles-mêmes ! Cette atmosphère de rustique philosophie qui persiste en dépit des temps nouveaux, c'est elle qui fait le charme spécial de cette province.Sous la conduite patiente des parents, les enfants apprennent de bonne heure à se montrer industrieux.Il faut les voir, par exemple, récolter les framboises qui seront mises en conserve pour le reste de l'année ou qui seront vendues aux touristes et aux gens de la ville.Avec quelle application les fillettes n'apprennent-elles pas de leur maman à assembler les bandes de chiffons teints pour fabriquer la traditionnelle Catalogne.Elles apprennent aussi naturellement à faire le pain, les tartes et les gâteaux, à préparer au printemps le sirop d'érable, à teindre, à filer, à tisser et à tricoter.La couture pour elles n'a pas de secrets.flanquées de leur galerie et semblables à celles que bâtissaient déjà dans la Nouvelle-France au début du XVIle siècle les premiers colons, vous pouvez être sûrs que du bonheur habite là-dedans, bonheur souvent obscur et d'autant plus durable ! C'est justement à cause de ces origines dont l'influence est encore vivante de nos jours, à cause de cette tradition des arts manuels qui se transmet de génération en génération, que les détails les plus humbles des mœurs québécoises sont revêtus d'unepittoresque grandeur.Ici, les coutumes les plus anciennes prennent un air d'éternelle jeunesse parce qu'elles sont la vie même de tout un peuple.Les jeunes filles d'aujourd'hui, celles de la vraie campagne, c'est toujours les jeunes filles d'hier, fidèles aux mêmes travaux et aux mêmes procédés, c'est les jeunes filles d'il y a vingt-cinq ans, d'il y a deux cent ans.c'est les jeunes filles du temps de Champlain.C'est pourquoi la province de Québec offre à qui veut la voir sous son vrai jour un spectacle d'une originalité saisissante.Suivez les routes du pays et vous retrouverez dans la campagne québécoise les traits pittoresques, les caractéristiques émouvantes qui font le charme de vieilles provinces françaises telles que la Normandie et la Bretagne.Les villes elles-mêmes, Québec surtout, ont gardé dans certains de leurs quartiers l'empreinte du passé; le pittoresque y habite encore aux angles des anciennes toitures, dans les détours des vieilles rues étroites dont les pavés sonnent comme autrefois sous la roue des calèches.Un triomphe suite de la page 11 Toutes ces connaissances, les jeunes canadiennes les apportent dan» leur corbeille de noces et lorsqu'elles entrent en ménage, le bien-être s'installe avec elles au nouveau logis.Lorsque vous passez devant les coquettes maisons au pignon pointu et au toit recourbé.— " Oh ! Hugues ! répondit la jeune femme, frissonnante, en se blotissant encore plus près de son compagnon, si tu avais vu ses yeux quand il me fixait en chantant.combien j'ai eu peur.je n'ai plus eu qu'une pensée.toi,.toi.pour me défendre contre tous ces méchants propos qu'on me débitait en souriant.Oh 1 si tu savais tout le fiel de leurs insinuations pour inciter une honnête femme à se venger des prétendues libertés passées de son mari !.Si tu avais entendu Jacques Lemay me 'jeter avec une insolence narquoise: " Hugues ?.Hum ! hum ! pas si parfait que ça.à l'imparfait .du moins "— Vois-tu, Hugo, fit-elle caressante .ta petite Sylvette en ce moment là s'est sentie si jalouse de ce passé où elle n'entrait pas, qu'elle en était presque méchante d'une révolte injuste, je l'avoue.et pourtant, Hugues.pourtant.il m'obsède ce passé fit-elle les yeux angoissés.Doucement, il ferma de ses lèvres, les grands yeux apeurés, et lentement, commença à voix basse: — Ecoute, Sylvette.pour la première et la dernière fois, mon amour, parlons du passé de ton pauvre Hugo .Voyons, mon petit.qu'en veux-tu savoir ?S'il fut bien noir ?S'il y a eu d'autres femmes ?— Je mentirais, ma chérie, si j'avouais qu'il fut noir, et je mentirais si je niais qu'il y eût d'autres femmes.Crois-tu, qu'un petit mari comme ton humble serviteur, qui avait l'idéal d'un mariage à bonne heure, avec quelqu'un de très aimé, avec la seule ambition de rendre éperduement heureuse l'élue, de travailler sans relâche pour elle.et ceux qui viendraient, lui crois-tu un passé de libertin à cet épris d'idéal ?Et maintenant, Sylvette mienne, avant que l'élue, la très aimée attendue et recherchée se présenta à cet adolescent fougueux, lui ferais-tu un crime de ces autres femmes qui furent dans sa vie, s'il les aima ou crut les aimer avant que tu vins ?Et s'il les aima mal, peut-être, trompait-il l'élue, l'attendue, puisqu'il ne la connaissait pas encore et que sa douce et saine influence n'était pas là pour vaincre, pour triompher des mauvais mirages de la jeunesse inexpérimentée ?Quelques-uns diraient, "oui": ce sont les rigoristes qui n'admettent aucune faiblesse, bien campés qu'ils sont dans une forteresse imposée par le destin, comme les gens bourgeois r*u pot-au-feu qui ne trouvent aucune excuse à la mondaine qui tombe.car ils ignorent les séductions terribles du milieu fas-hionnable.Mais toi, Sylvette, qui connais maintenant l'engrenage fatal du "monde où l'on s'amuse" peux-tu comprendre, excuser et pardonner un faux pas surtout lorsque la victime est jeunes et sans expérience, qu'elle n'a que son enthousiasme et ses rêves comme guides ?Ah ! ma Sylvette.ton cri d'absolution du passé de ton Hugo, si absolution il doit y avoir, je l'ai trouvé dans ton appel éperdu de l'autre soir quand tu supplias ton mari de t'emmener loin de cette tourmente qui donne le vertige aux plus fortes têtes ! ! Tu as compris que ces "tendresses toute platonniques, exquises et si rares" n'étaient que des mythes et qu'il faut plutôt compter avec les laideurs de notre pauvre nature lorsqu'on évolue dans le "monde où l'on s'amuse" que croire y trouver des beautés substiles et captivantes chez cette gente saturée de plaisirs, et qui eu réclament d'autres,.encore, toujours ! Va, mon petit .elle vaut bien plus " l'admiration indulgente du mari," que les adulations insultantes des foules dorées, finit-il en l'embrassant passionnément.Sylvette fermant les yeux un instant, les rouvrit pour interroger le visage aimant tout près du sien: — Et si ta Sylvette n'avait pû résister au vertige.quelle aurait été ta revanche, mon Hugo ?— D'une voix qui tremblait, le jeune homme répondit très bas: — pour ma Sylvette d'hier.et mon Huguette de demain, j'aurais toujours été celui qui fait des chers souvenirs, un culte assez fort pour vivre le présent si noir soit-il.Ecoute .dit-il, ma ballade préférée.Et le triomphe de la tentation de tantôt, vibrait dan la voix d'Hugues tandis qu'il fredonnait pour Sylvette l'incomparable "Miroir" de Ferrari:." L'odeur de vous flottait dans l'air silencieux " J'ai vu la chambre vide .et la table laissée " Le livre où palpitait encor votre pensée." Le miroir qui luisait comme un morceau des cieux " Alors, seul,.je me suis incliné vers ces choses " Et j'ai pieusement, de mes deux lèvres close ." Baisé sur le Miroir la place de vos yeux.L Origine de quelques superstitions Télémaque ayant éternué à la droite de sa mère.I, sage Pénélope, dit Homère, se réjouit de ce présage heureux.L'éternuement, qui maintenant n'annonce qu'un rhume possible, était un avertissement favorable de midi à minuit, et néfaste de minuit à midi.Cette petite commotion spasmodique indiquait la brusque sortie d'un esprit par le cerveau, siège de l'intelligence, et les esprits nocturnes ne disaient rien qui vaille.Le démon familier de Socrate se manifestait lors des frequents éternuements du philosophe, et les Grecs, afin de se concilier la divinité, répondaient, en s'inclinant: " l'ai Jupiter." A Tahiti, c'est le " Tiki," être supérieur, qui se projetait de la tête de l'éternueur.L'habitude, la légende même ont passé en France et on lit encore dans Montaigne: " Me demandez-vous d'où vient cette coutume Re bénir ceulx qui esternuent ?L'esternuement vient de la teste et nous lui faisons cet honneste recueil." " A vos souhaits," "Dieu vous bénisse" sont donc vieux comme Homère lui-même.On enseigne aux enfants à se masquer la bouche lorsqu'ils éternuent ou qu'ils bâillent.Si la bienséance dicte ce geste dans le premier cas, c'est la superstition qui le fit naître dans le second.Pendant tout le moyen âge, on croyait fermement que les possédés avalaient le diable et le rejetaient par la même voie.Si retors qu'ait été le malin, il ne pouvait pénétrer par les lèvres closes et guettait le bâillement pour s'élancer dans sa malheureuse proie.Il fallait donc cacher, par la main, l'issue largement ouverte.En Espagne, dans certains villages éloignés, bâiller est regardé comme un danger que les indigènes conjurent en se signant quatre fois la Douche avec le pouce.Jeunes femmes, crochez le doigt au moment précis où vous recevrez la bague nuptiale, car il parait que la vie conjugale dépend de cet instant suprême.Ceindre d'un anneau ce quatrième doigt, dont une veine spéciale aboutit au cœur, constituait, jadis, une prise de possession figurée.Mais, si l'alliance ne dépassait pas la deuxième phalange, l'épouse restait maitresse des pensées de son mari.Si, au contraire, elle glissait à la racine, près de la veine, la femme demeurait vassale et sujette du chef.L'anneau, du reste, a toujours joué un rôle important dans l'antiquité.Aux temps médiévaux, il en existait de médicaux contre le mal de maire (lisez vapeur) " à trois fils entortillés, l'un d'argent, l'autre de laiton, le troisième de fer." Nous portons le poil d'éléphant ou le jade, les Albigeois révéraient la bague faite d'un fer à cheval trouvé par hasard.Le fer à cheval, ce morceau de fer tordu, inutilisable, fort souvent malpropre, est, soi-disant, une source de félicité pour son possesseur.Dans le Béarn, on le cloue au seuil des maisons pour arrêter le malheur; il protège contre les sortilèges, guérit les maladies, etc.La superstition attachée à cette ferraille est assez curieuse.Les riches personnages anglais, au temps fastueux du camp du drap d'or, ferraient leurs montures de semelles d'or ou d'argent d'une réelle valeur.Ceux qui ramassaient ces joyaux faisaient une heureuse trouvaille.En Kilti, lord Doncaster, ambassadeur, vint à Paris.Fori bel homme, cavalier émérite, il sortait souvent à cheval et s'arrangeait pour que sa bête, légèrement ferrée, perdit, au commandement, ses semelles précieuses.C'était une manière d'honorer les jolies femmes qui le regardaient passer.La galanterie d'un grand seigneur devint, avec les ans, une légende populaire.On entend dire aux paysans qu'il faut brûler ses dé-mélures pour éviter la calvitie.Il parait que, si le diable possède un seul cheveu d'une tête, il a le pouvoir de faire tomber tous les autres, el Belzébuth, très friaml des chevelures féminines, les recherche pour confectionner des philtres terribles, comme la grêle, par exemple Dans le Nord, on croit encore fermement la grêle motivée par une poudre de cheveux lancée jusqu'au ciel, suivant certains rites.Les femmes en sont si persuadées qu'elles prennent pour des parcelles de cheveux les cristallisations du grêlon.Cette idée vraiment ab surde vient d'usages romains.Les hommes juraient par leur toupet et l'offraient aux dieux.Parjurer cette mèche devenait un grave outrage qui appelait les cala mités célestes, et, lorsque Bérénice eut sacrifié sa belle chevelure, on en fit une constellation.Tombés dans le grossier creuset populaire, coutumes et diets poétiques créèrent, peu à peu, cette sotte histoire des poudres, des possessions diaboliques.Il n'en reste que l'habitude jolie des petits Bretons de Plougasnou, où les enfants font des échanges en soufflant sur un cheveu, emblème de la propriété, pour sceller le contrat. La Canadienne, Août 1923 33 Paulette se marie Suite de la page 29 Charmant élégant et jeune, et blond, et mystérieux qui me rapporterait le lendemain, aux " Fauchelles," mon éventail ou bien ma sortie de bal, que j'aurais semé en chemin ! Je rêvais.que sais-je ! à rien, à des choses vagues et délicieuses; et j'étais soulevée d'une petite joie sans raison, de ce bonheur inqualifiable qui vous émeut, au printemps, quand le premier soleil sourit, que les pâquerettes étoilent l'herbe, et que les giroflées frémissent, à la brise tiède, entre les lézardes des vieux murs.Quand, pour l'entr'acte, le rideau descendit, mes mains me démangèrent fort d'applaudir.Cela m'eût soulagée de crier, à pleins poumons, bravo ! Il me fallut ronger mon frein, ces manifestations étant, parait-il, d'un genre douteux; ma tante m'en avait prévenue.Ce que c'est que le monde, pourtant ! Toujours, on doit mentir, ou du moins dissimuler; témoigner le contraire de ce que l'on ressent; sinon ne rien témoigner du tout.On porte, serré autour de soi, le domino de conventions hypocrites et inexplicables.Car, en somme, à qui donc au-rais-je fait tort, si j'avais déchiré une malheureuse paire de gants, à proclamer le plaisir que j'éprouvais ?Mon oncle bâillait à se décrocher la mâchoire.Il s'étira discrètement.Je regardais la salle qui se vidait, un brin intimidée, cependant, du manège indiscret de tant de lorgnettes sur nous, quand la porte de notre loge s'ouvrit: — Tiens, de Gribois-Mayeux ! s'écria mon oncle, sans dissimuler sa satisfaction de trouver un dérivatif à son ennui.Mon cher, vous arrivez bien: j'allais maudire, sans retenue, votre dieu Wagner.— Eh bien, vous vous seriez fait tort, répliqua en entrant le nouveau venu.On doit admirer Wagner sinon par conviction, tout au moins parce que cela est de mode.Il serra respectueusement la main que ma tante lui tendait, et l'on nous présenta l'un à l'autre.Il est grand, mince, très brun et de teint mat, presque olivâtre, avec des yeux, longs comme ça et profondément bleus, d'un bleu de violette.Il est d'une élégance impeccable et sobre, et je saisis, en le voyant, la subtilité de l'expression qui est familière à ma tante, quand elle veut dire de quelqu'un qu'il a de la race: " Il a de la branche." — Quitte à passer pour un bourgeois, déclara le capitaine en faisant place au jeune homme, je dirai, tout de même, qu'il m'assomme, votre Wagner.Car, enfin: rien, rien, pas une mélodie, pas un air à retenir ! Un enchevêtrement de sons qui écorchent l'oreille; une compilation, une complication de notes, voilà tout ! — Vous êtes brave comme le chevalier Bayard, répondit en souriant notre visiteur.Il n'y a qu'un soldat pour être franc, aujourd'hui ! Au fond, cher ami, la moitié, pour ne pas dire les trois quarts de cette salle, pense comme vous; mais c'est à qui.par bon ton, déguisera son opinion.Est-ce vrai, madame ?— C'est vrai.— Moi qui prétends aimer et connaître Wagner, j'étais horripilé tout à l'heure, des bravos de quelques imbéciles, à certains passages de la partition qui m'échappent encore, et auxquels, eux, — eux que j'ai entendus raisonner si sottement musique, — s'exaltaient.Snobisme ! Il fit une pause, et dit: — C'est égal, avec Tristan, voici l'œuvre la plus complète du Maitre.— Je pense comme vous, fit ma tante.Et tous deux ont des mot précieux, des expressions rares pour traduire leur enthousiasme.Lui: — Les phrases initiales, n'est-ce pas ?on les retrouve allant des cordes aux bois, s'étirant, s'échevelant.Elle: — .Comme un écheveau de soies sonores.Lui: — Les motifs menus, comme ils apparaissent, caressent et s'évadent, dans le tissu solide de l'orchestre !.— Et les thèmes conducteurs s'accusent, variés à l'infini, évoquant les prochaines scènes, rappelant, expliquant, synthétisant la pensée des personnages.L'orchestre, c'est le cerveau du drame.— .Comme qui dirait .une pantomime de sons ! Alors, mon oncle éclata: — Une pantomime de sons ! Une pantomime de sons ! Passe encore votre écheveau de soies, ma chère; mais une pantomime de sons, ça, c'est sublime ! c'est grand comme le sabre de M.Prudhomme ! .Je ne m'étonne plus de ne comprendre Koutte à votre Wagner, s'il faut à ses adeptes un tel charabia pour exprimer ce qu'il veut dire ! — Nous nous comprenons, monsieur et moi, fit ma tante.— Pardi ! vous êtes affiliés à la même confrérie ! Mais, tenez, je parie que Paulette n'a rien entendu, elle ,à ces mathématiques de sons, pour parler votre langage ! — Je vous demande pardon ! répliquai- je.Moqueusement, il questionna: — Dites-nous cela, voyons; mais en français, si vous pouvez ! — Je ne saurais peut-être pas traduire ce que j'ai ressenti.— Na, voyez-vous !.— .Mais, ce que je sais, c'est que c'était bien beau, bien beau ! — Allons donc !.Vous êtes comme ces bonnes femmes de chez nous, qui suivent la messe dans leur paroissien romain, et qui prient de confiance, sans saisir une syllabe du latin qu'elles marmottent ! — Merci du compliment.J'étais furieuse; je cherchai au fond de ma cervelle un mot cuisant à lui jeter; mais l'orchestre préluda, pour le second acte.Hélas ! ce fut en vain que, négligeant ma revanche, je tentai de m'abandonner de nouveau à l'enivrement de la symphonie ! Je tremblais de colère contenue; j'aurais voulu griffer ce lourdaud qui venait de m !humilier gratuitement devant un étranger.Le pis était que cet étranger était entré en maitre dans mon esprit.Les regards un peu longs dont il m'avait gratifiée tantôt, regards auxquels mon sexe ne se méprend pas; sa physionomie jeune et aristocratique; son élégance innée; son sourire impertinent à l'égard de mon oncle; tout cela accaparait, tour à tour, mon attention, et la disputait à ma rage secrète, à mon ressentiment.Oh ! cependant, la jolie chanson tendre de Walther.au troisième acte, comme elle hésite, se reprend, s'envole sous les objurgations de Hans Sachs ! — Hans Sachs.Hans Sachs, ronchonne mon oncle, comment peut-on appeler Hans Sachs un héros d'opéra.Un nom à mâcher de la paille.— Vous me remémorez, réplique M.de Gribois-Mayeux qui est resté dans notre loge, vous me remémorez une amusante histoire.— Si elle est amusante mon cher, dites-la-nous; le moment est opportun, fit le capitaine.— Voici: lorsque Reyer apporta à Ha-lanzier, alors directeur de l'Opéra, la partition de Sigurd, celui-ci feuilleta le manuscrit, et au nom d'Hilda, la sœur du roi Gunther, qui lui tomba tout de suite sous les yeux, s'écria, en refermant l'ou\Tage: " Ah ! non.Ah ! non .pas Hilda !.— Pourquoi ?demande Reyer.— Parce que ce n'est pas euphonique.Hilda.Voyez-vous Hilda poussé par un si naturel d'en haut, par le ténor ?.On éclaterait de rire ! — Pourtant.comment vou-driez-vous que je l'appelle ?— Est-ce que je sais, moi ! Bilda ou Tilda, par exemple ! .— Et Reyer: " Dites donc, on ne vous appelle pas Talanzier ! " — Sinon i veto, i bene trorato, conclut mon oncle.Il parait que M.de Gribois-Mayeux est un intime de la famille de Rocroy et l'enfant chéri du marquis, comme le capitaine est le préféré de la marquise.Aussi promet-il de venir bientôt se mettre au tert à Choisy-au-Bac.Pendant le dernier tableau, si plein d'entrain, de gaieté héroïque, de noblesse ! tandis qu'au son de la Marche aimée, défilent les Corporations; que prennent rang, devant l'estrade d'honneur, les artisans-poètes; que tSurbillonne la valse si légère, si mutine des jeunes filles, j'ai la sensation d'un regard attaché sur moi: l'attention persistante de notre hôte, qui, loin de flatter ma coquetterie, me gêne, peu à peu.au point que, prétextant un frisson, je demande ma sortie de bal pour m'en couvrir la nuque et les épaules.Suite à la page 34 Trois Générations d'Enfants parfaitement Développés Depuis soixante-six ans les mères nourrissent leurs bébés au Lait Eagle Brand de Borden.Il développe magnifiquement la croissance des enfants de santé normale.Les médecins le recommandent pour ceux dont l'alimentation se fait mal et qui dépérissent Les mares ne doivent pas risquer des expériences sur leur bébé.La pureté du Lait Eagle Brand ne fait pas de doute, non plus que les résultat* satisfaisants obtenus par des milliers de mères.Ce lait est uniquement composé de lait pur de campagne et de sucre.C'est l'aliment tout indiqué advenant le défaut du lait maternel.Demandez nos livrets sur les bébés nous les envoyons gratuitement MONTBLAL AU PREMIER RANG EAGLE DEPUIS 18 5 7 BRAND Le Moyen Agréable qu'elle À Trouve de Maigrir Elle n'a point eu besoin de subir l'en nui d'un régime alimentaire ou d'exercices physiques.Elle a trouvé un meilleur moyen qui aide les organes i transformer les aliments en muscles, os et tendons au lieu de graisse.Elle a fait usage des Comprimés de la Prtstrriùtion Mm moi a.Ils aident le système digestif à obtenir de vos aliments une nourriture intégrale Ils vous permettent de consommer toutes sorres d'aliments sans avoir recours au régime alimentaire ou aux exercices physiques.Des milliers de personnes ont trouvé que les Comprimés de la Prucrtpitèm MarmaU soulagent complètement lobé «lté.Et, lorsque l'accumulation de graisse est contrôlée, un retour à un poids normal et sain s'ensuit bientôt.Tous les Pharmaciens dans le monde entier vendent des Comprimés de >s Prtscriptton Marmot*, à raison de Si -00 la boite.Demandes-les au votre ou commandez-les directement et ils vous seront envoyés sous enveloppe simple, port pavé.MARMOLA COMPANY 40» Garfield Bldg .Detroit.Mich.CETTE PABUSE DE COU — $4.95 Valeur de $10.00 à $18.00 Sur réception de 25 cents.y*~ —fï nous vous en enverrons une ¦e»-'— I par la malle.Votre choix en coney noir.$4.95, — en écureuil gris, 56.95, — en martre de roche brune, très Jbelle fourrure.$7.95.Pro-curex-vous-en une et ne la payei que sur réception.Pour $1.00 vous recevrez 250 morceaux de soie assortis pour couvre-pied.Sur réception de 10 cents, vous recevres $5.00 de recettes et un catalogue de 1200 nouveautés.ALLEN NOUVEAUTES, ST-ZACKARIE, QUE.DESIRE AIDER AUX AUTRES FEMMES Reconnaissante pour la santé rétablie par le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham.Toronto, Ont.—"J'ai pris le Composé Végétal de Lydia E.Pinkhani pour les maux de dos et pour (•» sensations de faiblesse et de fatigue que me causait ma condition.J'étais si malade parfois que je ne pouvais vaquer à mes travaux de maison.Ma voisine m'a parlé de votre remède, et j'ai pensé que je devrais en prendre.Il m'a fortifiée et vous pouvez utiliser ce témoignage, car il peut aider à quelque autre qui souffre comme j'ai souffert."—Mma J.Lee, 25, avenue Harvie, Toronto, Ont.Mme Lee consent à écrire à tout* fille ou femme, et répondre à toute question qu'elles voudront lui poser.Les femmes souffrant de maladies féminines causant les douleurs de dos, irrégularités, douleurs, sensation lourde au bas-ventre, et faiblesse, devraient prendre le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham.Non seulement, des cas comme ceux-ci prouvent la valeur de ce splen-dide remède, mais depuis près de cinquante ans, des lettres de ce genre sont reçues de milliers de femmes.Vous seriez peut-être intéressée à lire le Manuel Confidentiel de Lydia E.Pinkham sur les "Maladies particulières de la Femme." Vous pouvez en avoir une copie gratis on écrivant à The Lydia E.Pinkham Medicine Co., Cobourg, Ont.OCCASION SPECIALE NO.12 Comprend un paquet de coupons de soie, un paquet de sole à broderie, un magnifique collier de grains de verre taillé.,\v v grandeur la plus large.' * deux broches pour cols.un sachet parfumé et un anneau serti d'une pierre.Tout pour 12 cents.3 lots pour 30 cent*.Adresses: SEVILLE LACE CO.BOX 217, ORANGE NEW JERSEY La Canadienne.Août 19'J.l PAULETTE SE MARIE Suite de la page 33 Ainsi donc de la gTande joie que je m'étais promise de cette soirée et de notre fugue à Paris — joie que j'aurais voulu retenir ici.dans ses moindres détails; — de cette fête qu'est, pour une jeune fille, son premier spectacle, voici ce qui survit et m'obsède: la rancune que je garde au mari de ma tante, de m'avoir froissée devant un inconnu, et le souvenir, à la longue insupportable, des yeux de cet inconnu sur moi ! XX Mon oncle revient d'une marche-manœuvre, crotté comme un barbet, dégouttant d'eau, secouant, dans le vestibule, la neige de ses bottes.•—Gribois-Mayeux est arrivé, crie-t-il, en poussant la porte de la salle à manger où le couvert est mis.— Ah ! dit ma tante, vous l'avez rencontré ?— Oui, tout à l'heure, à la gare où il attendait la correspondance de Choisy-au-Bac.— En voilà une idée ! .Venir, en cette caison, à la campagne, quand on ne l'a pas vu de tout l'été !.— Justement 1.Nous avons fait les cent pas sur le quai .Il prenait des airs mystérieux, en faisant sauter la coquille de son œuf à la coque; mais, sa moustache se hérissait d'aise.Tout à coup, il se tourna vers moi: — Mamz'elle.c'est une conquête ! Et.m'est avis que.quand vous voudrez, vous serez comtesse de Gribois-Mayeux ! — Allons, dit ma tante, ne montez pas la tête à cette petite, Gaétan ! —- C'est la pure vérité, une conquête, ma chère ! Le beau Luc, Luc le sceptique, Luc le dédaigneux et l'intellectuel, ne tarit pas d'éloges sur notre Paulette !."Un Saxe, un amour de statuette de Saxe ! " disait-il.Ah ! vous vous étonniez, tantôt, qu'il vint a Choisy au cœur de l'hiver ?Voulez-vous la connaître, la raison de son hivernage, la voulez-vous connaître ?Eh bien, la vo'ci.Et, d'une main me pinçant le menton, il me désigna, de l'autre, en un geste empha-quite.Je lui donnai de ma petite cuiller sur les doigts.— Quand ce que vous dites serait exact, lis-je.il faudrait encore compter avec moi.— Voyez-vous, la mijaurée ! — Car, en somme, s'il ne me plaît pas.votre Luc de Gribois-Mayeux ?— Peste, ma chère ! Que vous faut-il ?— .Un brave garçon que j'aime, et qui me le rende.— .Pour ce qui est de Luc, il m'a tout l'air de vous le rendre déjà !.— Quoi !.ainsi, après une seule en-t revue !.Comme\a peut être sérieux !.— Dame !.Le coup de foudre.— Et d'abord, que fait-il de son état ?—Ce qu'il fait ?.Il fait qu'il a cent mille francs de rentes et que "madame sa mère" vit encore, ce qui promet.— Un désœuvré ! — Non pas.Luc est un amateur d'art, dont l'opinion fait foi auprès des experts et des commissaires-priseurs.Il n'a pas trente ans et possède déjà une galerie de tableaux, sinon des plus appréciées, du moins la plus réputée de Paris par son extravagance.Nalt-il, de par le monde, un peinturlureur en mal de grotesque, que Luc l'adopte aussitôt, et se fait son barnum pour la gloire.— N'empêche, interrompit doucement ma tante, que M.de Gribois-Mayeux détient dans son hôtel de l'avenue Friedland.les Sizelay, les Monet, les Pessaro, les plus rares, les plus beaux et les plus osés qui soient ! — Enfin, tout cela est un mince défaut, reprit mon oncle, une vétille que compensent assez la fortune, le titre, le caractère et aussi le physique de notre ami.Vous ne nierez pas qu'il soit joli garçon, Paulette ?Je ne niai pas, mais»n'avouai rien non plus.Et pour me dispenser de répondre, de ma bouche en cœur, je fis la moue.Joli garçon ?Certes, il est loin de l'idéal que je m'étais fait de celui qui viendrait à moi, un jour ! Et cependant ie ne dissimule pas, ici, que M.Luc de Gribois-Mayeux ait impressionné favorablement mon esprit.Depuis la boutade de mon oncle, au sujet de l'apparente inclination de ce jeune homme pour moi, son souvenir m'occupe plus que de raison.La curiosité troublante que j'ai de lui est-elle le prélude à un sentiment plus profond ?Serait-ce elle qui m'apporte ce relent de mélancolie, cette aspiration inquiète vers un monde inconnu, un ailleurs que je pressens tout proche .et inaccessible ?Ôii to sa ?S'ela s'est passé pas plus tard qu 'hier.Je monte à cheval, maintenant ! J'a une amazone sombre, tout d'un jet, et d'adorables petites bottes à l'écuyère.Comment ce bêta de Sang-Gris a-t-il pris peur ?Mais il s'agit bien de cela ! XXI Eh bien, je l'ai revu, une fois, deux fois, dix fois, à Choisy-au-Bac et ici même; au bal, chez la colonelle; aux chasses à courre; à dîner, à la promenade, au concert , 'est-à-dire qu'il ne se passe pas de jour sans que je le rencontre sur mon chemin ! Et il y a comme une conspiration, pour lui et contre moi, qui nous place côte à côte à table; nous isole dans les salons, me fait seule capable d'accompagner au piano, la, ma foi ! très jolie voix de baryton qu'il a; une conspiration qui nous oblige à conduire ensemble le cotillon, à être partners au tennis, et qui va jusqu'à faire s'emballer mon cheval pour que M.de Gribois-Mayeux arrive à point et empêche que je ne me rompe les œ.Aujourd'hui, c'était le jeudi de la marquise.Nous sommes arrivées au château, ma tante et moi, vus les trois heures, après un long détour en forêt Le radieux après-midi d'hiver ! Sur les chemins durcis par la gelée, les roues de la charrette trépidaient, et sonnaient clair les sabots de Puck.L'air vif vous coupait le souffle et le visage.Sur la pâleur laiteuse du ciel, la cime des arbres, couleur de cendre, se fondait, s'éteignait, vaporeuse.Des taillis, aux ramures nues et enchevêtrées, où, de-ci, de-là, une cépée de houx mettait sa tache verte piquée de rouge, un peu de givre, sa mousse blanche; des taillis, les fûts argentés des bouleaux s'élançaient, avec les troncs plus foncés des chênes.A tout instant, des geais, des merles se chamaillaient parmi les broussailles.dans un éparpillement de feuilles mortes Sous la futaie, flottait une buée transparente, les regards plongeaient à l'infini et se perdaient sans rencontrer de but.Parfois, une biche, traquée, affolée par les recenses chasses, passait la route d'un seul bond Les postes forestiers se voyaient de loin, se devinaient au panache de fumée bleue qui montait de leur toit en pente.Au débouché de la plaine de Choisy, le château flanqué de tourelles s'évoqua à nous, masse imposante et têtue, si je puis dire, plus lourde, au milieu de ses bois sans verdure.Sur la pelouse, le grand sapin sombre se découpait comme un gigantesque arbre de Noel, et, là-bas, près de l'étang mort, petite flaque sans reflet, Léda et Pan étaient deux points de neige.Nous avons trouvé la marquise au milieu de sa petite cour intime: la grosse Mme de l'Estrée, les de Vaulerbon et la maman de l'ingénieur des ponts et chaussées, dont le nom m'échappe toujours — je n'ai décidément pas la mémoire des noms.— la maman de ce lamentable saule pleureur qui s'est tant mis en frais pour moi.cet automne.En embrassant ici, en tendant la main là, en caquetant et faisant frou-frou de mes jupes, je me disais, surprise: — Tiens, il n'est pas là ! Comment se fait-il qu'il ne soit pas là ?//, tu t'en doutes bien, Germaine ?c'est mon soupirant d'aujourd'hui.J'avais pourtant imaginé qu'après son sauvetage d'hier, — car, pour tout de bon, j'ai bien failli me tuer, tu sais ?— j'avais pourtant imaginé qu'il tâcherait de récolter au plus tôt des lauriers que je lui dois.Aussi, de ne pas le rencontrer, j'eus une déception, je ne le nie pas, en même temps que mon cœur se serrait, me pesait, comme il vous pèse à l'approche d'un événement qu'on appréhende.L'événement ne se fit pas attendre.Nous étions là depuis dix minutes à peine, que la marquise, à brûle-pourpoint, me jeta: — Venez avec moi, Farfadet, que je vous montre quelque chose.Je la suis dans sa chambre, sa grande chambre au mobilier d'acajou poncif recouvert de velours, tapissée de vieille perse c ramages, où pas une joliesse, pas la moin-àre fantaisie modeme n'égaie, ne repose dœil; où des photographies embues et des l'aguerréotypes miroitants sont disposés le dong des murs en une décourageante symétrie.La porte refermée consciencieusement sur nous, la chère dame me saisit les mains, plonge, de longues secondes, ses yeux dans mes yeux, comme si elle voulait pénétrer jusqu'à mon cerveau, jusqu'à mon cœur.Et puis: — Vous n'avez rien à me dire, petite ?Pourquoi j'ai rougi jusqu'aux cheveux ' Je réponds: — J'ai, que je suis bien curieuse de ce que vous avez à me montrer, madame Elle sourit à ma malice: — Oh ! la petite masque, fait-elle Eh bien, asseyons-nous là, sur cette chaise longue.Donnez votre menotte dans ma patte.Et je vais vous montrer tout l'intérêt que je vous porte, puisque j'ai promis de montrer quelque chose.Nous voilà, côte à côte, sur le meuble onfortable et vieillot.— Paulette, nous avons remarqué, n'est-ce pas, qu'un beau quidam s'est toqué de nos charmes ?— Je n'ai pas eu la peine de le remarquer, madame .Mon oncle m'a mis au courant des confidences que M.de Gribois-Mayeux lui a faites.J'avoue que j'ai cru d'abord à une plaisanterie.— On ne badine pas avec l'amour, Paulette.Non, pas une plaisanterie du tout.Dès le premier soir que le cher garçon vous a vue, ça a été, paralt-il, le coup de foudre Et il voudrait bien savoir, à présent, s'il aurait quelque chance d'être agréé de vous Je fis, sans doute, un geste un peu brusque; car la marquise s'empressa d'ajouter — Oh ! vous voyez que j'emploie le conditionnel ! Je ne suis chargée d'aucune mission.Je prends même un peu sous mon bonnet de vous pressentir aujourd'hui.Mais, en somme, vous allez comprendre: ou la petite cour que Luc vous fait est indiscrète, ne devant aboutir à rien, et finirait par faire jaser à la longue; ou bien.le contraire.Et en ce cas, nous nous moquons du " qu'en dira-t-on." Voyons, parlez-moi bien franchement: vous sentez-vous un penchant pour lui ? La Canadienne, Août 1923 35 — Comme ça, tout de suite ! — Je m'entends: Ses .assiduités ne vous importunent pas ?— Non .bien qu'il exagère.— Lui trouvez-vous, du charme, de l'esprit.— Sans doute; mais .— Vous savez, ma chère enfant: cent mille francs de rentes, sans parler de l'avenir qu'on ne doit pas escompter.C'est un caractère si fin, une nature si rare, si précieuse, si réservée !.Nous sommes tous ébahis, nous qui le connaissons, de la métamorphose qui s'est faite en lui, depuis qu'il vous a rencontrée.Vous êtes une enjôleuse, Paulette, une enjôleuse qui mérite tout le bonheur qui lui échoit.Ainsi vous ne dites pas non ?Je gardai le silence, très troublée, hésitante, avec subitement une grosse envie de pleurer.Et ce fut plus fort que moi, les nerfs tendus à l'insistance de la marquise qui s'entêtait à demander: " Vous ne dites pas non ?.Vous ne dites pas non ?" j'éclatai tout à coup en larmes.— Paulette, mon enfant chérie !.Elle me prit entre ses bras; je cachai mon visage dans sa chaude et maternelle poitrine et continuai à sangloter, éperdue ! Sa voix émue souriait' — .Vous voyez bien que vous l'aimez déjà, Farfadet ! Mais, je m'échappai de son étreinte: — Non, criai-je, je vous en supplie.Mon Dieu ! je ne sais pas moi-même ! Laissez-moi me comprendre, réfléchir.Elle promit tout ce que je voulus.Je suis certaine qu'elle ne trahira pas notre entretien.Mais, quand, les paupières rafraîchies de mon mouchoir trempé dans le pot à l'eau, je m'effaçai à la porte de sa chambre pour qu'elle passât, elle dit, cérémonieusement et enjouée: — Faites donc, comtesse de Gribois-Mayeux ! XXII Février.Il neige.La neige matelasse les fenêtres de ma chambre et ne laisse plus pénétrer'chez moi qu'un jour mat où tout se diffuse.En bas, le bruit coutumier du bassin s'est tu.Il s'est figé dans le jet de glace, couleur d'arc-en-ciel, qui s'élève au centre de la margelle.Les squelettes des arbres s'enveloppent de ouate, la pelouse, les allées se confondent sous l'uniforme tapis blanc qui s'épaissit, s'épaissit du blanc rideau silencieux et papillonnant descendu du ciel invisible.Deux heures.Je me surprends à interroger la marche lente de la grande aiguille sur le cadran.C'est qu'il va venir.Jamais, encore, je n'ai ressenti, à l'attendre, cette inquiétude doucement émue.Serait-ce parce qu'il y a quinze jours que je ne l'ai vu ?—quinze jours qu'il est retourné à Paris, s'astreignant aux trois mois de réflexion que je me suis réservés, avant de prononcer le mot définitif.Suite a la page 38 LA JOIE DES YEUX Suite de la page Luce glissa furtivement un regard vers sa gauche et vit, en effet, le jeune homme qui fixait la scène attentivement, pris tout entier, semblait-il par la comédie.Elle eut un soupir de soulagement reprit sa position cherchant à s'intéresser de nouveau à la scène.Pourtant, elle reprit, un peu d'ironie dans la voix: "Merci, et laisse-moi te féliciter de ton talent de diplomate." — "Et moi de m'avoir envoyé près de lui me donnant ainsi le plaisir de faire sa connaissance." — Ah ! fit Luce.Puis elle se tut.Pendant cinq minutes elle parut absorbée par la pièce, mais soudain, à sa grande irrita-ion, elle sentit un désir — un désir lancinant, obstiné, pressant de regarder là-bas.pour voir.voir si l'autre.Elle lutta, se défendit, essaya de penser à autre chose, mais l'aimant mystérieux fut le plus fort, et comme par un mouvement réflexe, elle jeta soudain un coup d'œil rapide vers l'inconnu; celui-ci, raide sur son siège, ligoté des liens de sa volonté, était toujours tourné vers la scène.Elle éprouva un étonnement presque désagréable, mais avant qu'elle put se l'avouer, elle s'aperçut que son père la regardait malicieusement, et elle rougit violemment.— Est-ce qu'il est retombé dans son péché ?questionna-t-il.— Qui ?répondit-elle.Je regardais le chapeau de cette jeune fille, là, devant nous.N'est-ce pas qu'il est charmant ?— Très joli.Il s'appelle Harvey Car-donnel.— Comment! Mais je parle du chapeau! — Et moi du peintre.Luce ne répondit pas.La pièce achevait.Quelques mots encore sur la scène et le rideau tombait.Les femmes rajustaient leurs chapeaux, leurs manteaux leurs écharpes avec un envolement de bras nus où scintillaient des bijoux, des diamants vrais ou faux, tandis que les hommes se chargeant de la claque, applaudissaient, debouts, pressés de partir.Luce, impatiente, hâta son père, sortit de son siège dans l'allée et de nouveau son regard alla se perdre vers l'endroit où devait se trouver Cardonnel.Mais elle ne le vit nas.Honteuse d'elle-même alors, et sans vouloir analyser l'étrange sensation qui lui venait, elle entraîna Léonard vers la sortie.Mais dans le couloir, avant d'arriver à la porte extérieure du théâtre, son père s'arrêta soudain, et quand Luce leva les yeux pour se rendre compte de cet arrêt subit, elle rencontra de nouveau les yeux de l'inconnu, plus expressifs et plus gour-mans que jamais.Ce fut pour elle cornue un choc physique, et, encore une fois, une flamme lui empourpra la figure.Très correct, Cardonnel salua, et Luce sortie vivement.A l'appel de son pè e, un auto s'avança et la jeune fille y monta sans tarder.Léonard, lui, s'attardait, saluai" de la main quelqu'un qu'elle refusa de re.garder, et elle s'impatienta.— Viens-tu père ?— Me voilà.Il riait.Et tandis que l'auto démarrait, filait dans la cohue, il ajouta:—Il est charmant ! charmant !.Dis donc, Luce ?Nous n'avons pas de portraits de toi si ce n'est les petites photographies que ta mère avait prises au temps qu'elle vivait, alors que tu étais toute petite ?Que dirais-tu d'un portrait — un vrai — peint à l'huile et par un grand l>eintre ?— Par monsieur Cardonnel alors ?— Pourquoi pas ?— Alors, c'est bien vrai ?Il a fait ta conquête ?Et ses yeux ?— Il n'a pas que cela.Et puis c'est un artiste.On pardonne tout au talent.— Pas toujours.Il y a des gens qui pardonnent tout à quelqu'un excepté cela.— Nous ne sommes pas de ces gens-là.— Non.Et il a beaucoup de talent, monsieur Cardonnel ?— Enormément.Tout Paris, l'an dernier, admirait ses tableaux, ses portraits.— Ah ! Il y eut un silence plein de choses, puis la jeune fille reprit:—Et c'est lui qui t'a demandé.?— Oh ! non ! répondit prudemment Léonard.C'est une idée qui me vient.Et comme ce grand peintre est à Montréal, peut-être est-ce le temps d'en profiter.— Mon portrait ?Que ne le fait-il de mémoire, ce monsieur ! Il m'a, ce soir, assez regardé pour me "savoir" par cœur ! — Peut-être le fera-t-il.Mais alors il ne sera pas pour nous.Luce se tut, se troubla, rougit.Puis, hésitante, elle reprit:—C'est vrai.Tu as raison .Si tu le veux absolument .— Alors tu veux bien ?— Mon Dieu ! Léonard n'insista pas.Il sourit discrètement et se mit à parler d'autres choses.Deux mois plus tard les journaux de la ville annoncèrent les fiançailles de mademoiselle Luce Duthoit, fille de Léonard Duthoit et de feu Marie Amould, au peintre Harvey Cardonnel.Et, plus loin, dans les notes mondaines, 1 un d'eux ajoutait: "M.Cardonnel dont on mentionne ailleurs les fiançailles à mademoiselle Luce Duthoit, fille unique du grand industriel Léonard Duthoit, est bien le plus grand peintre que le Canada ait produit jusqu'ici.Nous savons maintenant que 1 eminent artiste, après son mariage, s'installera à demeure en notre ville.C'est un honneur pour Montréal comme pour le Canada tout entier, et nous espérons que les Canadiens ne l'oublieront pas." Son: ez a votre avenir SAVEZ-VOUS que tout homme est l'artisan de sa destinée ?SAVEZ-VOUS que l'étude, mise au service de l'expérience, mène à tout?SAVEZ-VOUS que l'Industrie du Papier réserve des positions de choix à ses spécialistes?SAVEZ-VOUS qu'il existe une Ecole de Papeterie dont les manuels sont rédigés par des fabricants de pulpe et de papier?SAVEZ-VOUS que cette Ecole prépare à toutes les spécialités de l'industrie papetière?SAVEZ-VOUS lire et écrire?OUI?ALORS, ne manquez pas de vous renseigner auprès île nous:— Institute of Industrial & Domestic Arts GARDENVALE, P.Q.[Ecole de Papeterie reconnue par les autorités industrielles du Canada et des Etats-Unis.) Institute of Industrial & Domestic Arts ECRIVEZ TOUT DE SUITE Oardenvale.Que.Veuillez me faire tenir, sans obligation de ma part, un exemplaire de votre programme d'études et une formule d'inscription à vos cours de Pâtes et Papiers NOM .SITUATION .-.COMPAGNIE .ADRESSE . 36 La Canadienne, Août 1923 Ouverture des Classes I Notre rayon de livres classiques et de matériel scolaire est reconnu connu© étant le plus complet de la province et comprend tons les ou-vrages ou articles en usage dans les maisons d'éducation française.Cartes Géographiques, Globes terrestres.Tableaux muraux d'histoire, de sciences.Musées.Tableaux noirs.Baguettes, Brosses, Craie.Cahiers d'écritures, d'exercices, de dessin.Articles et papier à dessin.Peinture À l'eau.Ardoises, Eponges, Cloches a main.Signaux.Aiguiseurs, Coffrets, Règles, Canifs, Visières, Sacs d'école.Valises pour écoliers.Courroies, Crayons, plumes et encres de toutes sortes.Livres spéciaux pour Commissions Scolaires.Catalogues suivants envoyés sur demande: Classiques canadiens Classiques français Fournitures de classe Pièces de théâtre GRANGER FRÈRES__ -LbRjuKcs.rVpelieRs.hnpoRtsleuas « NoIrc DMiiï.Ouest."KonlR&J Les dames de la société comptent, depuis plu9 i de 75 ans, sur la Crème Orientale de Gouraud pour maintenir la peau et le teint en parfait état, pendant les grandes activités de la saison.EckanJt-Um envoyé franco contre 15 cents FERD.T.HOPKINS & SON Montreal Cremp Orientale de Gouraud Taches de Rousseur C'est le temps de vous Débarrasser de ces Vilaines Taches Il n'y a plus la moindre raison d'être qumilie par vos taches de rousseur, car nous vous garantissons que l'Othine, double force, enlève ces vilaines taches.Procurez-vous une once d'Othine, chez votre pharmacien et faites-en une légère application soir et matin, et bientôt vous verrez même les taches les plus accentuées, commencer à disparaître, alors que les taches légères seront complètement disparues.Il est très rare qu'il faille employer plus d'une once pour nettoyer complètement la peau et obtenir un beau teint parfaitement clair.Soyez certain de demander l'Othine, double force, car elle est vendue avec la garantie que l'argent sera remboursé si elle ne réussit pas à enlever les taches de rousseur.RIT I5« L Lave et teint en une seule opération les tissus les plus délicats De tout, de riens.et d'autres choses UNE FEMINISTE QUI N'EST PAS UNE SUFFRAGETTE Les journaux nous ont appris le mois dernier que Mrs.Ralph Smith, membre du parlement de la Colombie-Anglaise, s'embarquait pour une mission de propagande à travers l'Europe, avec le titre officiel d'agent spécial d'immigration.Le gouvernement fédéral ne pouvait s'adjoindre meilleure collaboratrice dans la tâche qu'il s'est imposée d'accroître la population du Dominion.Mrs.Smith est une canadienne avant tout et son enthousiasme pour la cause nationale lui fera trouver là-bas les colons qu'il nous faut.C'est une figure bien intéressante que cette femme député dont la vie publique exalte les principes les meilleurs du féminisme.Pour elle, le mandat populaire n'est pas un hochet d'émancipée, mais une mission: celle de faire reconnaître par une législation appropriée les légitimes revendications de l'élément féminin et de contribuer ainsi à la santé morale de la nation.Mary Ellen Smith n'est pas une suffragette.Elle veut la liberté électorale des femmes, c'est entendu, mais elle s'élève fortement contre l'idée de leur voir former dans l'état un parti politique.D'après elle, la place de la femme ne cesse pas d'être au foyer, et c'est justement pour défendre les intérêts du foyer que son vote sera bienfaisant.Mrs.Smith ne rougit pas d'avouer qu'elle est bonne cuisinière et qu'elle s'entend aux soins du ménage; un peu plus, on lui ferait dire qu'elle est pot-au-feu.Pourtant, elle ne renie pas ses antécédents politiques et on soupçonne que si elle a fait preuve d'une telle virtuosité au cours de ses campagnes électorales, c'est qu'elle a été à bonne école et qu'elle a pu voir à l'œuvre son mari, feu l'honorable Ralph Smith.Elle s'est formée à ce contact un sens politique très averti et elle s'est bien gardée de tomber dans la sentimentalité et les exagérations communes à ses collègues du camp féministe.Elle s'est présentée au peuple non pas comme la candidate des femmes, mais comme une femme décidée à être un bon député.L'électorat, par des votes imposants, a rendu à deux reprises hommage à la sincérité de Mrs.Smith et à la valeur de son programme.Depuis qu'elle siège au parlement, la représentante de Vancouver a eu le bonheur de voir se réaliser presque toutes les mesures qu'elle a préconisées pour le bien-être de la femme et de l'enfant.Le succès de Mrs.Ralph Smith semble donner raison à ceux qui voient dans le féminisme le salut du suffrage universel.Fvidemment, l'intervention de la femme en politique n'est pas nécessairement con-tre-indiquée, du moment que cette intervention répond à quelque motif d'un ordre plus élevé qu'un besoin d'émotions nouvelles et de publicité tapageuse.Et puis, en y mettant la manière, les filles d'Eve nous aideront peut-être à faire passer le fameux quartier de pomme qui nous étouffe depuis des siècles par la faute de leur aïeule ! RETABLISSONS LES FAITS " De toutes les parties de l'empire," dit M.Marquis, " la province de Québec détient le record du taux de natalité le plus élevé, contrairement à ce que déclare cette dépêche qui accorde ce record au Manitoba lequel, vient cependant en deuxième lieu." En 1921," explique M.Marquis," le taux de la natalité dans Québec a été de 37.57 pendant que celui du Manitoba n'était que de 30.3; dans les autres province du Dominion, ce taux est inférieur à celui du Manitoba.En Angleterre et dans le Pays de Galles, ce taux de la natalité avant la guerre, variait de 20 à 24 par mille; pendant la guerre, il a varié entre 17 et 19; en 1920, il est monté à 25.4 pour redescendre, en 1921, à 22.4 du moins d'après ce que déclare le registraire général du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne." Il faut tenir compte du fait que les mariages en Angleterre, après s'être élevés à 294,000 en 1914, à 379.658 en 1920, sont retombés à 299,360 en 1922.Dans la province de Québec, le taux de la natalité n'a guère varié, en somme, depuis dix ans, puisque en 1911, il était de 38.1 par mille et qu'en 1921 il s'élevait encore à 37.5." Et le chef de la Statistique de Québec ajoute: " Proportion gardée, dans la province de Québec, le nombre des mariages a augmenté de S points depuis 1911; nous en comptions 78 pour 10,000 de population en 1911 et 86 en 1920; en nombre absolu, il y avait en 1911 15,254 mariages et en 1920 21,587.que Mussolini se permet de donner la leçon contraire au peuple italien.D'après lui, l'argent aurait une nationalité.Mussolini est prudent et nous ne sommes pas prêts à dire qu'il a tort.L'aumône, surtout celle qui se donne d'une main ostentatrice, sert souvent de moyen de publicité, et quelquefois encore cache une marchandise ou des desseins assez mesquins.Il est bon de se douter de ces choses-là, même en ce pays-ci, quand on veut rester les mains libres et n'avoir pas un jour à mitiger quelque principe, pour ne pas paraître ingrat.MUSSOLINI ET VESPASIEN Nous trouvons dans un journal européen témoignage d'un geste curieux de M.Mussolini: LES PETITES DISTRACTIONS D'UN GRAND SAVANT Le célèbre physicien, Ampère, passe pour avoir été l'un des plus remarquables distraits du monde.Ce grand homme, toujours sollicité par de hautes pensées, se trouvait embarrassé comme un enfant devant les détails vulgaires de l'existence.L'histoire du fiacre pris pour un tableau noir est trop connue pour y insister.Celle-ci l'est moins.Ayant tiré sa montre de son gousset pour regarder l'heure, il s'en MADAME MARY ELLEN SMITH Membre du parlement de la Colombie Anglaise " Le gouvernement italien, a appris, y lit-on, que des comité de secours pour les victimes de l'Etna se constituaient à l'étranger.Quoique sensible à ce généreux sentiment de solidarité, le gouvernement a décidé de refuser les offres venant de l'étranger, car il estime que le gouvernement et le peuple italiens peuvent et doivent prendre les mesures nécessaires.Cependant les offres de secours émanant d'Italiens résidant à l'étranger seront acceptées." Vespasien, ajoute M.Bélanger, dans {'Action Catholique, de Québec, enseignait à Titus que l'argent n'a pas d'odeur.Voici trouva tout à coup gêné et, comme il ne savait que faire de l'objet qu'il tenait en main et qui l'embarrassait, il le jeta sur la chaussée.A son cours de Polytechnique, il lui arrivait fréquemment de mettre dans sa poche le chiffon qui avait servi à essuyer le tableau.Les élèves s'amusaient de ses naïvetés.Prétextant la faiblesse de leur vue, ils amenaient le professeur, par degrés, à tracer sur le tableau des chiffres de plus en plus gros, et, quand l'espace lui manquait tout à coup, à sa grande surprise, ils jouissaient un peu cruellement de son effarement.l La Canadienne.Août 1923 37 C'est encore lui qui, trop absorbé pour quitter un travail et se mettre à table, avait accepté de tremper un biscuit dans du vin sans abandonner sa besogne.Quand on survint, il venait de tremper le biscuit dans l'encrier et trouvait seulement le vin un peu amer.Ses distractions étaient telles qu'on alla jusqu'à prétendre qu'elles étaient calculées par lui afin de se donner une réputation d'originalité et de bonhomie.Mais sa femme, qui le connaissait bien, avait pris l'habitude d'accomplir exactement le contraire de ce qu'il lui demandait.Ainsi était-elle plus certaine d'exécuter les désirs du plus distrait des époux.SOUS LES PINS GEANTS Les touristes qui nous arrivent de la Colombie Anglaise ne tarissait pas d'éloges sur les beautés et les richesse de toute nature qu'ils ont rencontrées dans cette province que certains se plaisent à appeler la Californie Canadienne.Parmi les merveilles qu'ils se plaisent à citer ils ne manquent pas de signaler les pins géants qui, là-bas, atteignent jusqu'à 300 pieds de hauteur; ils ont alors de 50 à 55 pieds de circonférence avec un diamètre de huit à dix pieds.Si les mines de la Colombie-Britannique sont d'une grande richesse, ses forêts n'en sont pas moins l'une de ses ressources les plus assurées.En effet, quelle que puisse être la richesse minérale d'un pays, les mines ne contiennent qu'une certaine quantité de minerai, et quelle que grande que soit cette quantité, elle diminue avec l'exploitation jusqu'à ce qu'elle devienne épuisée.Il en est autrement pour les forêts bien entretenues, développées et conservées avec intelligence.Elles sont inépuisables.La Colombie-Britannique retire de l'exploitation de ses forêts une somme annuelle d'environ $43,000,000, et cependant i y pousse quatre fois plus de bois qu'on en coupe.On évalue la richesse forestière de la Colombie-Britanique à 336,000,000,000 de pieds.Dans la région des côtes, et même à l'intérieur, pousse le fameux sapin dou-glas, le mélèze, les cèdres rouge et jaune, l'épinette et le pin.POUR NOS ARCHIVES M.Gustave Lanctôt, archiviste français en chef du Dominion, est revenu de New-York où il était allé recevoir les documents achetés en Angleterre par l'archiviste en chef Doughty.Ces documents, de grande valeur historique, comprennent des lettres et des mémoires de Montcalm, Levis, Bigot, Bienville, Vaudreuil, Louis XV.L'un des documents est le journal d'A-maury Girod, Suisse, qui fut un des chefs de l'insurrection de 1837.Il avait organisé les patriotes dans Deux-Montagnes.Il écrivit ses mémoires en allemand et en italien.Le gouverneur lord Durham les fit traduire en anglais lors du procès et c'est cette traduction que possèdent maintenant nos archives.Elle a été donnée par lord Durham, descendant du gouverneur, qui a aussi donné quinze volumes de documents intéressants.POUR LES NERVEUSES Il n'est pas une femme pour se vanter d'être froide et flegmatique, alors qu'on entend souvent les plus charmantes répéter non sans complaisance: " Moi qui suis si nerveuse." La première perd, sans aucun doute, maint plaisir de la vie, mais presque toujours elle montre un visage jeune et sans rides à l'âge où la "nerveuse" n'a plus le moindre vestige de fraicheur.Ses nerfs sont, à coup sûr, les plus grands destructeurs de la beauté et de la jeunesse.La femme qui se laisse dominer par les nerfs devrait ne jamais oublier que le repos est, pour elle, essentiel.En dehors des heures de sommeil, qu'elle devra prolonger autant que possible, qu'elle n'oublie point de s'étendre une heure, au moins, dans l'après-midi.Si ses occupations ne lui permettent pas ce repos, qu'elle se contente deux ou trois fois par jour de se "détendre" en fermant les yeux, en "laissant aller" tous ses muscles.Elle en ressentira un réel bien-être.Un bain tiède pris le soir sera d'un excellent effet sur ses nerfs trop tendus; un bol de lait, tiède également, lentement absorbé après le bain, ne pourra manquer d'inciter notre nerveuse au sommeil et d'augmenter légè- rement son poids, ce qui, presque toujours, est désirable dans son cas.II va sans dire qu'elle devra, autant que possible, s'abstenir de prendre des excitants.Cette recommandation va de soi.mais elle n'est presque jamais observée.LES PRIX DE LITTERATURE Les prix de littérature du gouvernement provincial ont été décernés par le jury aux écrivains dont voici la liste: Paul Morin, " Poèmes de Cendre et d'or," $2,000.L'abbé Ivanhoé Caron, " La colonisation de la province de Québec," $600,.Frère Marie-Victorin, " Les filicinées du Québec," $600.L'abbé V.Germain, " La Société des Nations," $200.Dr.J.-G.Paradis, " Feuilles de journal," $500.R.Laroque de Roquebrune, " Les Habits Rouges," $200.R.P.Devine, S.J., " Historic Caughna-waga," $500.Canon E.-G.Scott, " The Great War as I saw it," $400.Herbert A.Smith, " Federation in North America," $200.Robert-Stanley Weir, " Poems early and Late," $100.BERNADETTE SOUBIROUS Une dépêche de Paris que publient les journaux annonce ce qui suit: Le "Journal de la Grotte de Lourdes" annonce que la réunion antépréparatoire de la Congrégation des Rites pour la discussion de l'héroicité des vertus de Bernadette Soubirous aura lieu le 8 août.Plusieurs évêques de France ont demandé à leurs diocésains de prier Dieu pour hâter la béatification de cette Servante de Dieu.CEUX QUI VIENNENT L'immigration augmente.Pendant les cinq premiers mois de l'année, il est venu 39,907 immigrants au Canada, comparé à 27,973 pendant la même période l'année dernière, augmentation de 43 pour cent.Il est venu 21,625 immigrants d'Angleterre au lieu de 10,500; de France, 102; Belgique 447; des Etats 7.314 au lieu de 10.885 pendant la même période l'an dernier.C'est l'Angleterre qui nous fournit actuellement je plus grand nombre d'immigrants.1,084 luifs sont aussi entrés au pays durant la même période.LE TERME JOSEPH-HORMIDAS ROY (Lied) Ame, douce âme, d'où viens-tu ?Sous la grande nue étoilée.Libre je m'étais envolée Sur les ailes de la Vertu, Et j'en reviens plus esseulée.Ame, pauvre âme, d'où viens-tu ?Je reviens, grande volée, De cette plage désolée Où maint courage est abattu: J'en reviens toute dépouillée.Ame, ô blanche âme, où t'en vas-tu ?Vers la région reculée, Plus loin que la nue étoilée, Où l'ange est de rayons vêtu.Où l'âme enfin est consolée.( Voix étranges ) PENSEES Que le soleil, en regardant à travers vos fenêtres, ne dise pas: Voilà un paresseux qui sommeille.(Franklin.) Pour vous garantir de la goutte, vivez avec un shelling par jour et gagnez-le.(Abernathy.) Jeunesse qui veille et vieillesse qui dort c'est signe de mort.(Proverbe.) Le tabac est une espèce de jusquiame qui trouble le cerveau comme l'opium.(Le chancelier Bacon.) L'UN des facteurs qui contribuent le plus au succès d'une publication est assurément la ponctualité de son service de livraison.AVRAI dire, on aura eu beau soigner la rédaction et corser le texte, l'abonné souffrira difficilement qu'on lui escamote un numéro ou qu'on le lui fasse lire en retard.CONSCIENTE des devoirs qu'elle a vis-à-vis de ses lecteurs, notre revue, en faisant peau neuve, s'est d'abord attachée à rendre irréprochables ses méthodes de distribution postale.APRES une enquête minutieuse, l'administration s'est aperçue que le système de livraison dont elle s'était servie jusqu'alors pouvait donner lieu à des contretemps.NOMBRE de suscriptions, en effet, se mutilaient ou disparaissaient au cours des manipulations répétées que nécessite, pour un magazine de l'importance du nôtre, l'impression de milliers d'adresses.AFIN de remédier à cet Vtat de choses, l'administration vient d'acquérir à grands frais une installation mécanique comme il ne s'en trouve pas de plus moderne dans aucune maison d'édition du Canada ou des Etats-Unis.DESORMAIS, chaque abonné est représenté dans nos classeurs par une plaque de métal portant en caractères inaltérables son nom et son adresse; à la date voulue, toutes ces suscriptions passent dans nos machines à adresser et s'impriment automatiquement sur les étiquettes d'expédition.IL EST hors de doute qu'avec ce système, les erreurs de manipulation sont réduites au minimum, et nous nous flattons de n'avoir rien négligé pour donner de ce côté satisfaction à nos abonnés.EVIDEMMENT, nous comptons sur les intéressés pour nous indiquer les erreurs qui nous auraient échappé dans la rédaction des adresses et nous nous empresserons de corriger sur avis de ce faire.NOUS enverrons à l'avenir contre chaque remise d'abonnement une carte postale accusant réception de ce montant et soumettant pour correction l'adresse de l'abonné.NOUS recommandons à nos lecteurs de nous avertir sans tarder de toute irrégularité de livraison et de s'assurer que l'étiquette qui porte leur nom est correctement libellée.EN AGISSANT ainsi, nos abonnés nous aideront à leur donner complète satisfaction et à réaliser cette perfection dans le service vers laquelle nous tendons de toutes nos forces. .'(8 La Canadienne, Août 1923 T^N quelque endroit que vous alliez ou ' quoi que vous fassiez cet été, le Poids et la Balance ont un rôle à jouer.Vous pesez les raisons qui vous attirent vers différents endroits de villégiature et vous mettez dans la balance les plaisirs qui vous sollicitent vers tel ou tel sport.Que ce soit dens la manière de lancer une ligne pour la pêche à la truite, dans le balancement d'un bâton de golf, d'une raquette de tennis ou d'un aviron, soit encore dans le mouvement que vous donnez à une boule de "bowling," vous avez le poids et la balance qui conviennent à vos forces ou à votre façon de jouer.Ainsi en est-il de la plume dont vous vous servirez durant votre vacance, et U y a le expressément fait pour vous et dont l'équilibre s'adaptera tant à votre main qu'à votre eenre d'écriture ; une plume dont vous pouvez vous servir pendant de longues heures sans éprouver une fatigue du poignet ou de l'avant-bras et dont la petite-plume sera entièrement votre.Aide; donc le vendeur de la Cie Waterman a trouver pour voue cette plume, et U sera enchanté de le faire, car ses connaissances vous seront d'un grand support et ses services réels et durables.Partout ches les meilleurs marchands vous trouverez un choix et un service de tout premier ordre.Prix $2.50, $4, $5 et plus E, Waterman Company Limited 179 rue S.-Jacques MONTREAL Une Belle Rondeur L,A FEMME un peu forte peut paraître aussi bien que sa soeur plus élancée.Il suffit, pour cela, d'un peu de discrétion dans le choix de vos patrons.Les modes des "Home Patterns" pour les femmes fortes ont pour but d'allonger les lignes et d'élancer la pose.Ils coû-tent à peine plus cher que les patrons ordinaires, mais donnent une élégance des plus satisfaisante.Le Service des Modes et Patrons des " Home Patterns" est donné tous les mois dans La Canadienne.Un détail très important POUR éviter des retards inutiles nous avons fait des arrangements pour que les abonnées de "La Canadienne" puissent ordonner directement les "Home Patterns." S'il n'y a pas dans votre ville de marchand qui vende ces patrons, adressez votre commande comme rait: Home Patterns Company, Ltd., 215 Victoria Street, Toronto, Ont.PAULETTE SE MARIE Suite de la page 35 Il fallait couper court aux fables qui commençaient à se prolonger sur nous.On lui permet néanmoins des visites hebdomadaires, dont la première tombe aujourd'hui.Il a dû arriver ce matin à Choisy-au-Bac.La marquise me l'amènera tout à l'heure; à moins qu'il ne vienne directement ici, en automobile.C'est un inttré-pide chauffeur ! Mentirait-il, le vieux dicton qui veut que les absents aient tort ?Un tel changement s'est-il accompli en moi, à mon insu, qu'au lieu d'appréhender sa venue, d'en éprouver une irritabilité de tous mes nerfs, mêlée à un mome ennui, les secondes me paraissent lentes à fuir et que je sois prise de la puérile envie de pousser du doigt le balancier de ma pendule, afin d'en accélérer le mouvement ?// va venir.Je descendrai dans le petit salon, sur la terrasse vitrée, dont on a fait un tiède jardin d'hiver.Pour la première fois, j'aurai de la joie sincère à lui tendre la main; et peut-être partagerai-je un peu l'émoi que disent ses beaux yeux tristes.C'est troublant de penser qu'une frimousse espiègle comme la mienne jette un pareil désarroi dans le cœur, dans l'esprit d'un homme; — d'un homme, jusqu'à présent, réputé pour viril, dédaigneux, voire même un tantinet sceptique.Et c'est peut-être ce qui commence à m'attirer en lui, le chagrin que je sais lui faire.Car, d'abord, ce m'était un plaisir de le décevoir, de répondre par une indifférence exagérée au souci constant qu'il avait de moi.M'invitait-on, chez la marquise, à un diner où il serait, que je prétextais une évasive migraine pour me dérober.Quand, aux réunions de chasse, je le sentais, planté près de moi, attentif à l'instant de me tenir l'étrier, je me réjouissais, presque fébrilement, de tromper sa vigilance, de saisir la seconde où son regard ne m'épierait plus, pour sauter en selle, d'un bond, sans son aide.Puis, quoique pas bien brave, j'éperonnais Sang-Gris caracolais et faisais la folle, dévalant en plein bois, à travers les arbres ! heureuse qu'i/ devint tout pâle, qu'il s'apeurât de mon audace.Et, quand il m'avait rejointe, le front en nage et les dents serrées, contenant mal une visible envie de me battre, je prenais des airs de conquérante ou lui riais moqueusement au nez ! Cela n'était ni coquetterie, ni méchanceté de ma part.Je ne suis pas mauvaise.Alors, qui expliquera le besoin qui me poussait à lui causer de la peine ?Et pourquoi m'était-il sensiblement agréable, le remords de lui en avoir fait?Depuis ce matin, un sentiment nouveau a germé dans mon âme.Ce n'est pas de l'amour encore, s'il est vrai que l'amour fasse mélancolique ! J'éprouve une impatience heureuse, à peine inquiète, du coup de cloche à la grille d'entrée, qui nous réunira.Deux heures un quart.Comment se fait-il que le peintre n'arrive pas non plus ?Mon oncle, dont il a commencé le portrait dimanche dernier, se promène à l'attendre, sous la véranda.Si son homme allait lui faire faux bond.Ça m'amuserait qu'il se fût mis, en pure perte, jur son trente-et-un ! Je n'ai pas désarmé.Tous les avatars qui peuvent échoir au capitaine m'emplissent, de plus en plus, d'une douce allégresse ! Je l'entends ronchonner, ce cher oncle ! Je le vois arpenter la terrasse, sanglé dans son uniforme numéro un, reluisant, battant neuf, lui qui aime, par-dessus tout, ses aises, le dimanche: ia chemise de flanelle sous la vareuse bleue, les pieds au large dans ses pantoufles lâches.Mais, soyons franche.Avouons que nous serions fâchées aussi, ma tante et moi, si le peintre ne venait pas.Drôle d'histoire que celle de ce portrait.L'autre jour, mon oncle s'amène à l'heure du déjeuner, l'œil brillant, le nez au vent, la moustache provocante, en physionomie des grandes nouvelles.Je le connais si bien ! C'est-à-dire que je le sais par cœur, le mari de ma tante ! — Oh ! oh ! m'écriai-je en le voyant venir, il y a du nouveau ! — Peuh ! Peuh ! Peuh !.— Il s'agit de votre promotion ! Allez-vous passer commandant ?L'étoile des braves ( ! ! ) rougira-t-elle votre boutonnière en juillet prochain ?.Il faut entendre le ton sur lequel je lui lançai ces points d'interrogation ! C'est mal, je m'en rends compte; mais je ne peux pas c'est plus fort que moi.Il répondit à mon impertinence, presque gentiment, ma foi: — Paulette, vous pourriez manquer de respect à votre oncle, qui ne demande qu'a être un camarade pour vous, en y mettani moins d'acrimonie ! Voilà plusieurs fois, déjà, que cela se gâte ! C'est dans de pareils moments que.sans regret, mon cœur s'envole à tire-d'aile, vers son prétendant.Sans plus s'occuper de moi, — le malin sait bien où le bât me blesse ! — il se tour na du côté de ma tante et dit: — Figurez-vous, ma chère amie, que le colonel vient de verser, dans ma compa gnie, un dispensé de l'article 23, un élève des Beaux-Arts, qui, après avoir raté son prix de Rome, fait au régiment ses années de rabiot.Il était auparavant, dans la septième, chez cet animal de Luinart.Celui-ci, comme tous les Saint-Maixent, en voulait au pauvre diable d'être moins borné que les autres, et s'acharnait à l'abrutir dans le maniement d'armes et l'éplu-chage des pommes de terre.De hautes influences ont agi pour qu'on changeât notre homme de compagnie.Depuis hier, il m'est échu.Nous avons bavardé ensemble, il m'a dit qu'avec l'autorisation supérieure, il avait un atelier en ville, un atelier où il préparait une grande machine pour le Salon.Je lui ai naturellement laissé entendre qu'il en prit à son aise.Car, en somme, puisque, s'il avait décroché son premier Grand Prix on aurait jugé ses deux ans de rabiot superflus, je ne vois pas bien ce qu'ils ont d'indispensable à son éducation militaire ?— Sans doute, dit ma tante.— Là-dessus, mon homme se dépense en démonstrations d'allégresse, en remerciements.Il est très rigolo, très sympathi que, ce garçon ! Il ne se souvenait peut être pas tout à fait assez de son rôle de bibi de deuxième classe en face de son capitaine ' mais il était si naturel, si spontané; sa familiarité était si de bon ton, si légère, que, vrai ! je ne sus pas lui en vouloir ! Nous allions de long en large, dans la cour du quartier; les adjudants nous contemplaient ébahis, et Luinart nous décocha une œillade sévère.Lui me racontait son histoire une amusante histoire, ma chère vous verrez.Il est fils de paysans.Son père est aubergiste dans un petit village de Bourgogne, du côté d'Auxerre .Dès l'âge de dix ans, il peinturlurait tous ses livres d'étude, les murs de la maison communale, la salle de billard paternelle.Oui, il imaginait des fresques, sans doute bien enfantines, mais où il y avait de l'allure, parait-il, quelque chose des primitifs .Ses parents, qui n'étaient pas des imbéciles, l'expédient à Paris II entre à l'Ecole des Beaux-Arts, y fait merveille.Il n'y a que ce satané prix de Rome qu'il n'arrive pas à areindre, comme il dit.Il est trop révolutionnaire; il voit trop haut, trop loin, s'évade, malgré lui, du cadre restreint el poncif où on veut le circonscrire !.Alors, désespéré, à bout de courage et d'âge, — il a vingt-huit ans, — il plante tout là et rapplique au régiment pour compléter son temps de service.Est-ce assez bête qu'on oblige de pareilles natures à moisir dans le " portez arme !." Elle est jolie, leur République égalitaire !.Bref, mon homme m'apprend qu'il a exposé déjà trois ou quatre fois, qu'il prépare une toile militaire de cinq mètres, pour le Salon prochain, et m'invite à l'aller voir.— Comment s'appelle-t-il ?demande ma tante.— Frédéric Plessis.— Frédéric Plessis ?.Il me semble que je connais ça.Attendez donc.Non; mon Plessis, à moi, ne fait pas de soldats.— Mais, lui non plus, lui non plus,_ ma chère.Dans son atelier, où j'ai été ce matin, il a toutes sortes d'esquisses.¦ champêtres plutôt: des scènes de campagne." Moissons." " Retours de vendanges," etc., etc.— C'est peut-être bien le mien .N'importe.Vous avez visité son atelier ?— Sa grange, vous voulez dire.Car c'est une grange, percée d'un grand vitrage dans le toit.Ah ! ma chère, son tableau .Pst ! je ne vous dis que ça ! La suite au prochain numéro f.a Canadienne, Août 1923 39 SALADES ET PETITS PLATS Suite de la page 27 sel, un soupçon de cayenne et deux cuillerées à thé de vinaigre.Fouetter jusqu'à Ce que le mélange soit ferme.Disposez les feuilles de laitue en pyramide clans une grande assiette et ajoutez entre chaque feuille des tranches de betteraves.Recouvrez avec la sauce Poméra-nienne et servez.Cette salade est très appropriée pour les cas d'urgence.Salade-Concombre Epluche! et coupez en lames des tomates mûres et bien saines.Taillez aussi quelques jeunes oignons blancs et déjà gros, ajoutez-y un petit concombre épluché, taillé en très fines rondelles et qui a dégorgé un quart-d'heure dans du sel.Mettez le tout dans une terrine de porcelaine et saupoudrez de sel, de beaucoup de poivre, de percil, de cerfeuil, le tout haché très finement.Après vingt minutes, ajoutez encore une poignée de chapelure et lorsque celle-ci aura absorbée le jus qui se trouve dans la terrine, assaisonnez d'huile, de vinaigre et de line moutarde.Excellent aussi pour servir d'accompagnement à toutes sortes de viandes froides.Salade de volaille Dressez sur un plat rond les membres d'une volaille refroidie, après les avoir parées et débarrassés de tout reste de sauce.Entremêlez et décores de coeurs de laitue, d'oeufs durcis et coupés en quartiers, de filets ou de rondelles de carottes cuites, de petits cornichons, de filets d'anchois bien dessalés.Recouvrez le tout de bonne sauce mayonnaise.lïîgcuitê aux pommes île terre au miel 2 tasses de farine, 1 tasse de pommes de terre pilées, 3 cuillerées à thé de sel, 1 cuillerée ù soupe de beurre ou graisse, 2 cuillerées à soupe de miel, lait pour faire une pâte molle.Tamiser la farine, la poudre à pâte et le sel ensemble; mélanger le gras à la farine avec deux eouteaux, ajouter les pommes de terre pilées, puis le lait pour faire une pâte pouvant se rouler facilement.Rouler à une épaisseur de un demi-pouce, coupez à l'emporte-pièce et faites cuire dans un fourneau chaud 15 minutes environ.Croquembouches au miel 2 oeufs, 1 tasse de sucre, 1 tasse de miel, 1 cuillerée à thé de soda à pâte, 1 cuillerée ù table de gingembre, 1 cuillerée à tahle de cannelle.Farine pour rouler la pâte.Au'res biscuits au miel 1 tas>e de miel, 3 cuillerées à table de beurre, 1 hlanc d'oeuf, 4.gouttes d'es-senre d'amandes amères, une pincée de sel, 1 ii l1/, tusse de farine, quelques cuillerées d'amandes hachées et sucre blanc pour saupoudrer les biscuits avant la cuisson.Tamiser la farine dans un bol, faire la fontaine, y verser le miel, le blanc d'oeuf, le sucre, l'essence, le sel et le beurre.Mélanger tous ces ingrédients de façon a obtenir une pâte qui s'étende au rouleau.Couper à l'em-porte-pièce et faire cuire sur une feuille a gâteaux beurrée et farinée, à feu modéré.Saupoudrer les biscuits d'un peu d'amandes hachées, avont la cuisson ; au sortir du fourneau saupoudrer de sucre blanc.Pouding nti.r prune* et au miel Laver l'/j de prunes; les laisser couvertes d'eau chaude durant vingt minutes.Les égoutter.enlever la pelure et les trancher.Ajouter 1chopine de lait doux, I ta^se de miettes de pain, l'écorce râpée d'un demi-citron, 3 cuillerées à table de miel et 3 cuillerées à table de beurre fondu.Ensuite tamiser 1 tas'e de farine, 2 cuillerées à thé de poudre à pâte, 1 cuillerée à thé de sel.Ajouter graduellement la farine.Verser la préparation jusqu'aux 2-3 du moule beurré et recouvert.Faire cuire à la vapeur 2Vi heures.Servir avec une sauce faite d'un oeuf battu, une tasse de miel et deux cuillerées à thé de jus de citron bouillis ensemble.Ajouter de l'eau pour une sauce plus claire.Pouding au tapioea et au raisin A une pinte de lait ajouter deux cuillerées a tab!edetapiocaeruet2 lerées à table de tapioca cru et 2 cuillerées à table de riz, Va cuillerée à thé de sel, Va tasse de miel et 1 tasse de raisin à pouding.Faire cuire à feux doux en .emuant constamment jusqu'à parfaite cuisson.Verser dans un plat a gratin et faire prendre au fourneau."Plum pudding" Laver une livre de prunes; les laisser tremper dans l'eau froide durant six lieures, les egoutter et le, couper en petits morceaux.Dans un grand bol, ta-tni'er 4 tasses de farine, 4 cuillerées à thé de poudre à pâte, 1 cuillerée à thé de sel, 1 lb.de sucre brun, 2 cuillerées a thé de gingembre, cuillerée à thé de clou de girofle moulu; ajouter les prunes, 1 livre île raisin à pouding, livre d'écorce de citron hachée, 1 tasse de miel, l'écorce râpée et le jus coulé d'une orange, \ oeufs bien battus, 6 tasses de miettes de pain et l'/2 tasse de beurre fondu.Bien mélanger, remplir 3 bols a pouding beurrés et faire cuire au bain-marie durunt 4 heures.LES MODES Suite de la page 17 Home Pattern 4010 — Robe d'une seule pièce pour être glissée par dessus les épaules; panneau sur le devant du corsage et panneau drapé sur le cOté gauche, au-dessous de la ligne de la taille, formant une cascade.Tailles 36 & 46.Tailles 36, 4 verges de tissu de 36 pouces de largeur et % verge de tissu de 36 pouces, de couleur différente.Prix 35 cents.Décalquable 501, prix 25 cents.Suite de la page 18 deux morceaux.La tunique du devant a deux pointes.Tailles 16 ans, 36 à 40.Taille 36, 3 verges de tissu de 36 pouces et 1H verge de tissu de 40 pouces de largeur pour le tablier.Prix 36 cents.Home Pattern 3570 — Robe d'une seule pièce qui se glisse sur les épaules, pour jeunes filles ou femme de petite taille.Cette robe est tout à fait charmante avec sa jupe à trois volants et son col tombant Tailles 14 à 20 ans.Taille 16.6& verges de tissu de 40 pouces ou 5% verges de tissu de 40 pouces de largeur et 2% verges de ruban pour la ceinture.Prix 35 cents.Home Pattern 3793 — Robe à taille légèrement Longue pour fillettes et Jeunes filles.Ce Joli modèle est tout à fait seyant pour les Jeunes filles, son col circulaire bertha et sa garniture de volants ajoutant un charme particulier à ce modèle.Tailles 12 à 20 ans.Tailles 16, 3 verges de tissu de 40 poures de largeur et 3\ verges de volants.Prix 30 cents.'Je me porte maintenant Mme p G Murdoch box 433, vr .Portage La Prairie, Man., écrit: à merveille' "Depuis des années je souffrais de la bile, de la constipation, de troubles des reins et du foie.J'essayai plusieurs médicaments, sans résultat apparent, jusqu'au moment où j'essayai les pilules du Dr.Chase pour les Reins et le Foie — Dr.Chase's Kidney-, Liver Pills.— Je me porte aujourd'hui à merveille, mais je vois à ce qu'il y ait toujours de ces pilules dans la maison.L'Onguent du Dr.Chase a apporté beaucoup de soulagement à mon mari qui souffrait horriblement des hémorroïdes." DR.CHASE'S KIDNEY-LIVER PILLS One pilule à la dose, 25 cent! la boite, chez tous les marchands ou chez Edmaneon Bates (t Co.Ltd., Toronto.^5222^,11 n'y d qu'un tuer toutes les mouches PAPIERS a MOUCHES IK WILSON jsV LIRE ET SUIVRE IES 0d INSTRUCTIONS ATTENTIVEMENT Le VoiCi:—Assombrissez la pièce autant qu'il est possible de le (aire, fermez les fenêtres, levez un store d'environ huit pouces ahn de laisser pénétrer le soleil, mettez dans une assiette une Rondelle Tue-Mouches de Wilson (ayez soin de bien l'humecter d'eau sans toutefois la recouvrir), placez sur le bord de la fenêtre, là ou la lumière est vive, autant d'assiettes que vous le pouvez, gardez la pièce fermée pendant deux ou trois heures, puis ramasser les mouches et brulez-les.Voyez l'illustration ci-dessous.Mettez les assiettes loin de la portée des enfants jusqu'à ce que vous en ayez besoin pour une autre pièce.Lû vraie manière d'employer la Rondelle Tue-Mouches de Wilson Une Bonne Digestion Les historiens prétendent que les plus grands malheurs dont a souffert l'humanité n'ont pas eu d'autre cause, le plus souvent qu'un caprice de l'estomac des grands hommes.Ce qu'il y a de certain, c'est que le cerveau n'est pas clair si l'estomac digère mal.La source du S ucces peut donc reposer dans l'usage qu'on fera des précieuses recettes de cuisine publiées chaque mois dans "La Canadienne." Informez-vous auprès de nos abonnés ou ce qui est mieux abonnez-vous vous-même.LA CANADIENNE Gardenvale, Que. 40 I.a Canadienne, Août 192.1 Ce fameux shortening ajoute au plaisir de la cuisinière Non seulement parce qu'il produit nombre de mets délicats pour la table, mais parce qu'il rend la tâche de la cuisinière agréable et légère.Il est aussi très économique, parce qu'il en faut beaucoup moins que de beurre ou de saindou.Le Shortening Bijou de Swift est encore magnifique pour la friture, parce qu'il cuit sans brûler et qu'il est inodore et insipide.Votre boucher ou votre épicier tiennent à votre disposition ce shortening fameux empaqueté dans des seaux ou des cartons sanitaires de la dimension et de la quantité qui vous conviendront.Swift Canadian Co.Limited F.W WOOLWORTH CO.tm 1Q Chacun Jfaille Double et Jtfaille Simple Très grands Toutes les nuances Bonnet et frange A maille double pour le spmt A maille simple pour autres occasions filets a Cheveux Xorraine Un invisible cachet d'élégance QUELLE que soit la façon dont vous vous coiffiez, que vos cheveux soient frisés ou lissés, relevés en avant ou baissés en arrière, un filet à cheveux "Lorraine"—à maille double ou simple — ajoutera un cachet d'élégance à votre coiffure.Les filets à cheveux "Lorraine" sont si grands qu'ils s'adaptent à toutes les coiffures — si délicats qu'ils sont invisibles.Ils sont de couleur naturelle, luisants et de bonne durée.Cependant ils ne se vendent que 10 centins, à maille double ou simple.Pour être bien coiffée, vous devez porter un filet à cheveux.L'économie et la qualité vous commandent de porter le "Lorraine".Achetez-en une douzaine ou plus aujourd'hui.Vendus exclusivement et garantis par les magasins F.W.WOOLWORTH CO.LIMITED Clark's CHICKEN UP Til Les Cuisines CLARK vous aideront SOUPES Clark's Au Canada, depuis 45 ans.lea Fèves au Lard Clark jouissent de la faveur du public, parce qu'elles sont les mieux cultes et les mieux sonnées.Sauces tomates — Chili ou ordinaire Clark Tout le monde aime la soupe quand elle est bonne or, cette qualité indispensable, les soupes Clark la possèdent au plus haut degré, e leur goût délicieux fait le bonheur de tous les gourmets.Les soupes Clark simplifient la cuisine:— vous ajoutez de l'eauv vous faites chauffer, puis vous servez.Ce n'est vraiment pas compliqué.Non seulement ces soupes sont délicieuses et commencent bien un dîner, mais elles sont encore très bon marché.Etant très concentrée, chaque boîte de soupe Clark suffit pour quatre personnes.Les cuisines Clark préparent 13 soupes différentes toutes aussi délicieuses les unes que les autres.Plus d'heures longues et monotones employées à préparer l'ancienne soupe familiale et à surveiller sa cuisson, les soupes Clark—que les cuisiniers les plus célèbres ne pourraient pas surpasser—règlent la question, et réduisent les heures de travail et d'ennui.Songez en plus à l'épargne de combustible—si cher et si rare.Chaque boite contenant de la soupe de viande Clark porte le cachet "Canada approved" qui est la garantie officielle de la pureté absolue de tous les produits Clark.Produits de Québec Les soupes Cla k sont préparées au Canada, dans la province même de Québec, par des Canadiens, et la province peut être fière de leur qualité et de leur succès.Brochure Illustrée en couleur, avec conseils pratiques et utiles, envoyés gratuitement sur demande.^ W.CLARK LIMITED, MONTREAL Clark's Etablissements à Monrréj , P.Q., St.-Rémi.P.O.et Harrow, Ont.^SHHft» Clark's
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