La Canadienne : le magazine du Canada français, 1 janvier 1923, v. 8, no 1
149 Vol.VIII, No.1 Gardenvale, Octobre, 1923 Canadienne LE MAGAZINE DU CANADA FRANÇAIS Abonnement DEUX DOLLARS GARDEN CITY PRESS GARDENVALE.QUE.Le numéro VINGT CENTS DOMINION LINOLEUM Le plancher joue un rôle important dans le décor intérieur de la maison, il contribue à lui composer un air hospitalier et à donner l'impression qu'il fait bon d'y vivre.Si l'atmosphère de bonheur qu'il crée est agréable aux hôtes, il l'est bien d'avantage aux membres de la famille.Le moment est opportun de choisir votre couverture de plancher, avant les mois d'automne et d'hiver.Vous ferez un choix judicieux en adoptant le Linoléum Dominion, plaisant à la vue et confortable sous le pied.Vous pouvez vous le procurer pour les dimensions exactes de la chambre, et ainsi vous couvrirez le plancher d'une seule pièce sans aucune crevasse.Ou bien, si vous préférez une carpette, il en existe une qui répond à vos besoins.Votre fournisseur vous renseignera sur le coût, dont la modicité vous causera une agréable surprise.Dès MAINTENANT, choisissez une Couverture de Plancher Linoléum f^îj^ ^^^'{^^^^^^^^\ D0MINI0N- Exiêez l'Encers en Fort Canevas Burlap. La Canadienne, Octobre 1923 i et j'ai gagné tout cet argent en restant chez moi—et à temps perdu y y s—\ E FUT un réel plaisir et sans que j'aie dû négliger ni mon travail de maison \i ni mes enfants—et en très peu de temps je réalisais tout l'argent nécessaire." "Mais, dis-moi, Margie comment as-tu pu faire cela?" Madame Keene en était des plus ébahies—Margie s'était plainte, il y a quelque temps, de ce qu'elle ne pouvait joindre les deux bouts, et maintenant sa maison était joliment meublée, tandis que sa garde-robe était remplie de fraîches toilettes.Elle pouvait bien être souriante de bonheur."Rien de mystérieux dans tout ça," s'exclama Margie."Je vais te confier comment je m'y suis prise." Ayant roulé sa jolie table à thé, et versé de sa théière en argent le thé bien chaud, les deux inséparables amies, confortablement assises, discutèrent, entre deux gorgées, les événements merveilleux qui venaient de se produire dans la vie de Margie."Tu te souviens," dit Margie, " que John fut obligé d'accepter un salaire inférieur lors du changement d'aministration de sa compagnie.Nous en fûmes très contrariés, mais que pouvions- nous faire de plus?Nous n'avions qu'à nous débattre à même ce salaire inférieur, tout en cherchant à sauver les apparences."Tu connais la lutte qu'il nous fallut alors livrer.Souvent n'ai-je pas cru qu'il me faudrait tout abandonner, et que cet état de choses ne pouvait durer.Enfin, J'écrivisà ma soeur, maîtresse d'école à Rockville—et sa réponse résolut tout ce problème en un instant.Tiens voici sa lettre dont je te lirai des passages.Ce que contenait cette merveilleuse lettre Margie prit la lettre dans son écritoire et en lut des passages à son amie."C'est pourquoi je te conseille de t'en procurer une dès maintenant.Je possède la mienne depuis bientôt un an et ne sais comment je pourrais m'en passer .je t'en aurais parlé eussé-je su plutôt.Jai toujours cru que toi et John étiez en aisance .Procure-t-en une de suite.Sers-t'en alors que tu as quelques moments de liberté.Tu pourras alors te créer un revenu personel tout en gagnant quelque argent pour tes besoins .Durant les trois derniers mois, jai réalisé environ $300, ce qui me permettra de faire mon premier paiement sur ma maison .et je suis assurée que tu trouveras ce moyen idéal de gagner de l'argent à temps perdu et tout en restant chez toi." Madame Keene avait écouté sans dire mot.Le tout lui semblait comme un conte des "Mille" et une nuits" ! Pouvoir gagner tant d'argent tout en restant chez soi, sans négliger ses autres devoirs, sans se voir forcée de rendre compte au "Seigneur et maître" de la maison ! Elle s'approcha de Margie alors que celle-ci continuait son récit.'Je te prie de croire que je ne perdis pas un seul moment en me procurant l'une de ces remarquables machines à tricoter Auto Knitter dont m'avait parlé ma soeur.John et moi l'installâmes dans la salle à dîner et, sous peu, savions tous deux nous en servir à perfection.Le premier mois ne me rapporta pas grand'chose.Dès le deuxième mois je réalisai $43.00, ce qui me permit d'acheter le phonographe, et tu sais comme j'en désirais un! Le mois dernier j'ai réalisé plus de $500 Sache, ma chère, que je ne tricote à la machine qu'à temps perdu, et seulement quand j'en ai le loisir! C'est merveilleux.Dès que je désire une nouvelle robe, ou quelque nouvel article pour la maison, je sais comment en trouver l'argent nécessaire.Tiens, j'ai ouvert un compte à la banque dès hier.Je vais épargner une partie de mes revenus chaque mois." ****•• Ce récit de Margie à Madame Keene ressemble de près aux récits de plusieurs dames qui nous écrivent.Entre autres, comme exemple, cette lettre de Madame R.Hewson de l'Ontario qui nous rapporte qu'elle a gagné $275.80 dans l'espace de cinq mois.Mademoiselle Ruth Elley de l'Ontario a pendant un an, tenu un compte minutieux et trouvé qu'elle avait gagné au delà de $750.00 en tricotant pour nous à la machine.Madame F.A.Nunns, de la Nouvelle-Ecosse, nous écrit une très intéressante lettre, nous confiant qu'elle avait non seulement gagné de l'argent à l'aide de sa "machine à tricoter" Auto-Knitter, mais qu'elle avait en plus, épargné—en tricotant bas, guêtres, gilets de laine et autres objets nécessaires à sa famille.Combien désirez-vou* gagner ehez-vous, à temps perdu?Aimeriez-vous gagner $5 de plus par semaine, ou $10, et même $15?Aimeriez-vous gagner assez d'argent pour vous acheter un nouveau phonographe ou bien un ameublement de salon o u quelque toilette à la mode?Que votre machine à tricoter Auto-Knitting résolve ces ennuyeux petits problèmes d'argent.Cette machine, une méthode éprouvée et digne de confiance, vous permettra d'employer à profit ces heures ou demi-heures d'oisiveté, en vous faisant réaliser ce surplus d'argent nécessaire à l'achat de vos besoins—qu'en dites-vous?Allez-vous ajouter votre nom de paye déjà longue de la merveilleuse Auto-Vos instants de loisir vous feront-ils réaliser quelque argent?Détails complets envoyés gratuitement C'est avec plaisir que nous vous enverrons, sans déboursé ou obligations, les information complètes en rapport avec votre plan Auto-Knitting.Vous êtres priée, de vous procurer ces informations gratuites dès maintenant.Nous les enverrons par tout le pays à des milliers de personnes et peut-être que quelques unes d'entre elles seront forcée d'attendre.Prenez bien en note qu'il n'y a ni déboursé ni obligation.Découpez et mallez le coupon et tous les détails vous parviendront gratuitement.Agissez sur le champ avant que vous oubliez.The Auto-Knitter Hosiery (Canada) Co., Ltd., Dept.8710, 1870 Davenport Rd., West Toronto, Ont.The Auto-Knitting Hosiery (Canada) Co., Ltd., Dept.8710, 1870 Davenport Rd., West Toronto, Ont.Moi aussi Je suis intéressée à ce que chez-moi, mes instants de loisir me rapportent quelques dollars de plus.S'il-vous-plait m'envoyer les détails complets concernant votre plan Auto-Knitting.Bien entendu que ceci ni m'oblige en rien.Ci-inclus un timbre de 3 cents pour défrayer le coût d'affranchissement pour les informations que vous m'expédiez.Nom Adresse Villa .Province 2 La Canadienne, Octobre 1923 Aperçu du Mouvement Eucharistique au Canada |E NE m'attarderai pus à vous faire l'histoire eucharistique du Canada.Un érudit de la plus haute competence le fait, aujourd'hui même, dans une des réunions de ce Omgrès.Je ne veux, pour m'en tenir aux limites de mon travail, que vous donner un aperçu du mouvement eucharistique au Canada, à l'heure actuelle.Il est certain que depuis quelques années (20 ans, peut-être, environ), un mouvement eucharistique assez puissant s'est dessiné chez nous: faible et imperceptible d'abord, mais augmentant graduellement de puissance et dYtendue, pour devenir de plus en plus général et pour ainsi dire irrésistible.Le changement est si grand, que les anciens l'avouent et, comparant leur temps avec le nôtre, ils nous disent parfois naïvement : que c'est à ne plus s'y reconnaître, tant l'évolution des âmes vers la dévotion eucharistique a été profonde et générale.C'est surtout depuis qu'a paru le décret de Pie X sur la Communion, suivi d'année en année par d'autres actes pontificaux qui en précisaient encore le sens et la portée, que le mouvement des âmes vers l'Eucharistie s'est accentue et a marché chez nous à pas de géant.Si nous considérons d'abord, les oeuvres d'adoration, nous verrons qu'elles se sont beaucoup développées au Canada.L'Exposition perpétuelle des Quarante-Heures a été organisée dans la plupart des diocèses, et il est certains d'entre eux où elle fonctionne admirablement d'un bout de l'année à l'autre.Partout où elles ont lieu, les Quarante-Heures sont devenues une solennité paroissiale de la plus grande importance, une date de rénovation pour 1e s âmes, et comme une seconde Pâque où tout le monde à peu près, surtout dans les campagnes, tient à s'approcher de la SainK-Table.L'Exposition et l'Adoration mensuelle du Très Saint-Sacrement, ont lieu aussi dans lu plupart des paroisses, des communautés et des maisons d'éducation; ici toute la journée, là durant une ou plusieurs heures seulement, au jour fixé d'avance, le plus souvent, le premier vendredi.Cet exercice n'est pas toujours laissé à l'initiative et à la piété privée.En beaucoup de lieux, il devient un office public et solennel où tout le monde est convoqué.Cette heure d'adoration se fait alors par les quatre Fins du Sacrifice, avec des prédications ou des lectures, des prières et des chants.Il est telle paroisse populeuse de ville où l'assistance à ces exercices se compte par 1,500 à 2,000 personnes.Dans une autre paroisse, que je pourrais nommer, on a établi une Heure d'Adoration spéciale pour les hommes, une pour les femmes, une pour les enfants des écoles, et à chacune de ces heures, l'église est toujours pleine à regorger.En beaucoup de lieux on a été plus loin et, sous la zélée impulsion du Prêtre, l'Adoration est devenue hebdomadaire.Au jour et à l'heure jugée la plus convenable, le jeudi soir, par exemple, ou le dimanche, les âmes de bonne volonté de la paroisse se réunissent à l'église; le prêtre ouvre le Tabernacle ou même expose le Très Saint-Sacrement et l'Adoration se poursuit pendant une heure de la manière indiquée plus haut.Il est de petites paroisses rurales, où l'on voit de 50 à 100 personnes assister à cet exercice hebdomadaire; et des paroisses de ville où l'assistance va jusqu'à 200 ou 300 personnes.Dans beaucoup de pensionnats et de collèges, l'Heure Sainte, c'est-à-dire l'Adoration mensuelle, parfois même hebdomadaire, s'est établie avec un succès étonnant et elle est devenue, en quelque sorte, par la seule force des choses, un point du règlement très aimé et très goûté.Ailleurs, le zèle des prêtres est parvenu à introduire dans la paroisse la Visite quotidienne du Très Saint-Sacrement, et l'on voit aux moments les plus favorables de la journée, de bonnes âmes, de rudes ouvriers, det enfants an sortir de l'école, aller saluer l'Hôt» divin Extrait d'une conférence du R.P.GALTIER, Père du T.S.Sacrement.— XXIe Congrès Eucharistique International, Montréal du Tabernacle.Ailleurs encore, le prêtre profite de la prière du soir pour attirer les fidèles à l'église et leur faire ainsi visiter le Très Saint-Sacrement.Mais il est un point de la dévotion eucharistique sur lequel le mouvement, depuis quelques années, a été plus accentué et plus consolant encore, si l'on tient compte des anciens préjugés et de l'abstention générale de jadis: je veux dire de la fréquentation de la Sainte Table.C'est bien ici que se trouve le vrai étiage auquel on peut juger le mouvement eucharistique dans un 'pays.Le Canada est, à ce qu'il me semble, je le disais ù Cologne l'an dernier, l'un des pays du monde où depuis l'apparition du décret de Pie X, le retour des âmes vers la Sainte Table s'est dessiné avec le plus de rapiditié et de puissance et le nombre des communions a le plus considérablement augmenté.Dans la plupart des paroisses, surtout rurales, où il était déjà de tradition que presque tout le inonde s'approchât de la Communion une à deux fois par an, beaucoup ont été amenées à la communion de tous les trois mois.Aux premiers vendredis du mois le nombre des communions est très considérable, et cette habitude de la communion mensuelle va toujours s'affermis- emple.Par la parole publique, par la direction privée, et surtout, par une assiduité plus grande ou confessional, ils se sont efforcés d'attirer de plus en plus les âmes ù l'Adoration, à la communion, à la dévotion au Très Saint-Sacrement.Deux moyens leur ont particulièrement réussi pour attirer les âmes à l'Eucharistie: la Prédication eucharistique, surtout celle des Triduums eucharistiques tant recommandés par Pie X ; et l'établissement de l'Archiconfréric du Très Saint-Sacrement.Ils sont de plus en plus nombreux les centres de Confréries érigés dans les paroisses, communautés, maisons d'éducation qui se sont fait affilier à l'ar-chiconfrérie ou l'Agrégation eucharistique dont le siège est dans l'église des Religieux du Très Saint-Sacrement à Rome.Une paroisse où l'Archiconfré-rie est vivante devient vite une paroisse eucharistique.snnt et se généralisant partout, pour peu que le prêtre se montre zélé et dévoué.Ce matin là, lu Sainte Table voit accourir des convives par centaines; et je pourrais citer telles paroisses de ville où l'on distribue deux ou trois mille communions tous les premiers vendredis du mois.Ery certains lieux, l'exposition du Très Saint-Sacrement a lieu de bon matin, durant les messes, et les ouvriers et les ouvrières sont conviés à venir adorer et à communier à la fois, avant d'aller à leur travail.Pour beaucoup d'hommes et de femmes peu libres en semaine, nous voyons fleurer la communion hebdomadaire; et je pourrais vous parler de nombreu'es congrégations d'hommes où l'on voit un grand nombre de membres communier tous les dimanches.Dans les paroisses urbaines et même rurales, la Sainte Table réunit, tous les jours, un groupe assez nombreux de convives.Il est telle église de Montréal où se distribuent, chaque année, environ 200,00(1 communions.Mais c'est surtout dans les Collèges, les Pensionnats, les Communautés religieuses, que la communion fréquente et quotidienne a été mise en honneur.Sous les efforts répétés des confesseurs, des directeurs et autres aumôniers, les préjugés sont tombés, et l'on a vu le banquet sacré réunir un groupe toujours croissant de convives.Pour être complet je devrais dire un mot, en terminant ce rapide aperçu, des Institutions Eucharistiques qui ont germé sur la terre du Canada, depuis quelques années.Je sais bien que toute famille religieuse honore l'Eucharistie de toutes ses forces, et à ce point de vue, le Canada compte une magnifique effloraisun de communautés où le Saint-Sacrement est entoure d'hommages assidus.Cependant il est certains Ins-tuts religieux dont la fin plus spéciale et plus directe est de glorifier le Saint-Sacrement de nos autels.Notre siècle, je vous le disais, en a vu éclore un certain nombre en divers pays.Le Canada n'en est pas dépourvu, et c'est ainsi que l'on a vu, il y a vingt ans, les Fils du Père Eymard, venir ériger à Montréal leur premier sanctuaire d'adoration et d'apostolat, qui est devenu le berceau et le centre de plusieurs oeuvres eucharistiques.Après eux, on a vu les Franciscains fonder à Québec, un sanctuaire d'Adoration.Puis un peu plus tard, en 1902, était fondée à Hull, diocèse d'Ottawa, la Communauté des Servantes de Jésus-Marie, avec le but de réparer les péchés du monde et de prier pour les prêtres au l'Hostie exposée.Enfin, c'était la ville de Chicoutimi qui ouvrait >es murs, en 1903, aux filles du Vén.Père Eymard, les Servantes du Très Saint-Sacrement dont le but est l'Exposition solennelle et l'Adoration du Très Saint-Sacrement, et dont les sanctuaires deviennent vite un foyer ardent de dévotion eucharistique.Je m'arrête, forcément obligé d'être incomplet dans cette étude rapide, car que d'autres choses il y aurait encore à ajouter.La vérité m'oblige pourtant il dire que tout n'est pas parfait au Canada, pas plus qu'ailleurs, sous le rapport de la piété eucharistique.Bien des préjugés restent à vaincre, des indifférences à secouer, en certains milieux, soit parmi les fidèles, soit parmi les prêtres.Il est des collectivités et des individus qui sont restés en dehors du mouvement eucharistique et réfractaires aux directions pontificales et ù la grâce eucharistique des temps actuels.Tel qu'il est pourtant, cet aperçu rapide du développement actuel de la dévotion eucharistique en notre pays est très consolant, dans son ensemble; et j'ose même dire, en terminant, que c'est à sa foi et à son amour envers l'Eucharistie que le peuple canadien doit d'être jusqu'à ce jour un des peuples les plus religieux de l'univers.Tous ces résultats eucharistiques ont été obtenus par le zèle du clergé, secondé par l'esprit de foi de nos populations.Dès que parut le décret de Pie X, dès que fut connue la vraie doctrine de l'Eglise et le désir du Pape, les prêtres, un peu partout, se mirent à l'oeuvre.Les Prêtres-Adorateurs, au nombre de 2,000, pour la plupart membres aussi de la Ligue Sacerdotale de la Communion, donnèrent l'ex- Noui avons pu reproduire ici qu'un extrait de cette conférence de l'éminent prédicateur qu'est le R.P.Oaltier.La première partie traitait du "Mouvement eucharistique dans le Monde"; la deuxième partie, celle que nous avons le plus à coeur, du "Mouvement eucharistique au Canada," et la troisième, de la "Mis-lion du Per s Eymard." — (N.de la R.) La Canadienne, Octobre 8 Vol.VU—No.7 ABONNEMENT, 11.00 par année, parable d'a-Tance, pour le Canada et l'Empire Britannique.Le numéro, 20 cents.Etats-Unis, fa.oo.Autres pays étrangers, 14.00 par année.Les remises peuvent être faites par mandat-poste, lettre recommandée, mandat-express ou chèque auquel on a ajoute le montant de l'échange.ATTENTION.Changement d'adresse.Nous changeons l'adresse d'un abonné à sa demande, mais 11 faut donner l'ancienne adresse en meme temps que la nouvelle pour que le changement puisse être fait.La Canadienne Le Magazine du Canada Français Octobre 1923 Enregistrée au bureau de poste de Toronto, Ont., comme matière de seconde classe.Demande a été faite pour l'enregistrement de La CANADIENNE comme matière de seconde classe au bureau de poste de Buffalo, N.T.Eédacteur-en-chef : Marque déposée en 1*1* au Ministère du Commerce et de l'Industrie, Ottawa, Ontario.Le magasine est publié par Garden City Près, Oardenvale, Que.EDMOND PICHÉ Publiait* «t Abonnements) GARDEN CITY PRESS Garden vale, P.Q.aUCCTT&SAXiES Toronto Montréal 363 Adelaide Ouest Oardenvale, F.O, B K.HsuUp A.E.Whiting Hew York 336 IMXtn Arcane G.X.Miller Cnicag-o People'! Oai Bide;.W.H.Stock-well Congrès Eucharistique Provincial de Québec Compte rendu de ces fêtes mémorables •EST à l'historique cité de Québec que vient d'être accordé l'honneur d'un premier Congrès Eucharistique provincial.Des milliers de congressistes, venus tant des paroisses avoisinantes que de tous les coins de notre province, sans compter les nombreux touristes qui étaient alors à Québec, ont été témoins d'impressionnantes cérémonies religieuses qui se sont déroulées du 13 au 16 septembre dernier.Nos lecteurs et chers abonnés sauront apprécier, espérons-le, le compte rendu et les illustrations que nous leur avions promis et donnons, en ce moment, avec tous les détails intéressants de ces grandes fêtes religieuses du Congrès Eucharistique provincial de Québec.Ouverture officielle du Congre» L'ouverture officielle du Congrès eucharistique fut annoncée par la sonnerie à toute volée des cloches de la ville.Dès sept heures, jeudi soir, le 13 dernier, la foule commença à envahir l'église de St-Jean-Baptiste où devait avoir lieu la première cérémonie sous la présidence de Son Eminence le Cardinal Bégin, archevêque de Québec.Cette vaste église était joliment décorée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.Des banderolles aux couleurs blanches, rouges et or présentaient un coup-d'ooil ravissant.Dans le sanctuaire, une profusion de fleurs naturelles.Les tribunes sont pleines, tandis que la grande nef regorge d'invités et de prêtres qui n'ont pu trouver place dans le choeur.Pas une place ne resta inoccupée.Dans le choeur nous remarquions Son Eminence le cardinal Bégin; NN.SS.Gauthier, coadjutcur de Montréal; Léonard, évêque de Ri-mouski; Ross, évêque de Gaspé; Limoges, évêque de Mont-Laurier; Rouleau, évêque de Valleyfield; Halle, Vicaire Apostolique de l'Ontario Nord; Ga-gnon, auxiliaire de Sherbrooke; Mgr Gauthier, P.A.V.G.; Mgr.C.N.Gariépy, P.A., recteur de l'Université Laval.Au premier rang de la grande nef, parmi les nombreux invités, nous avons remarqué: Son Excellence le lieutenant-gouverneur et Lady Fitzpatriek; l'hon.L.-A.Taschereau; S.H.le maire Samson; M.A.Sauvé; M.le juge Flynn, M.C.J.Magnan, et autres.Cette cérémonie d'ouverture du premier Congrès eucharistique provincial fut un spectacle à la fois très beau et très émouvant et l'émotion crut encore quand monta sous les voûtes de l'église la voix du vénérable cardinal archevêque de Québec qui entonna le Veni Creator.Après le chant de cet hymne, Mgr.C.N.Gariépy, vice-président du Congrès, monta en chaire pour prononcer le discours d ouverture du Congrès en lieu de S.G.Mgr P.E.Roy, Coadjutcur de Québec et Président du Congrès, qui dut, sur l'avis de ses médecins, s'abstenir de toute participation aux cérémonies d'ouverture du Congrès.Discours de Monseigneur Qarièpy Prenant pour texte les paroles de Notre Seigneur à deux disciples de St-Jean-Baptiste: "Venez et voyez", Mgr Gariépy dit que ces paroles, les organisateurs du Congrès les adressaient au peuple."Us ont répandu," dit-il, "cette invitation dans tous les coins de la province et en grand nombre vous avez répondu à leur appel.Il manque, malheureusement, quelqu'un à cette fête, notre vénéré et tant aimé président.Pendant plusieurs mois, Sa Grandeur Mgr Roy a travaillé avec nous ù organiser et à prévoir toutes choses, et voilà qu'à l'ouverture du Congrès, Dieu l'éloigné de nous et le met dans une espèce de tabernacle, une salle d'hôpital, où II lui impose de faire son Congrès comme Lui, caché.Cette épreuve, Mgr Roy l'a acceptée avec résignation, et s'il est absent de corps, il est présent par son esprit et ses mérites qui sont nombreux."Le Congrès," ajoutait-il, "comprendra des réunions d'études et de piété et une grande réunion qui sera l'apothéose de Jésus-Christ, la grande procession extérieure.Les réunions d'études pour les prêtres et les fidèles contribueront à éclairer notre foi, à nous faire comprendre ce que doit être pour nous l'Eucharistie, à nous convaincre de la présence réelle, de la grandeur du Saint Sacrifice de la messe et du désir que nous devons avoir de l'Eucharistie." "Il faut," continuait-il, "que cette manifestation soit vraiment une apothéose par le nombre de l'assistance et par sa ferveur, afin que l'on voie, dimanche, sur les Plaines d'Abraham, que si le prestige français a sombré à cet endroit, un autre prestige a demeuré en notre pays, le prestige du Wivin Maître." Discours de S.O.Mgr.Gauthier Sa Grandeur Mgr.Gauthier, Coadjuteur de Montréal, monta ensuite en chaire pour prononcer le sermon dont le texte était tiré de l'évangile de St-Jean: "Je suis venu pour qu'Us aient la vie et qu'ils l'aient en surabondance." "Ces paroles," dit Mgr Gauthier, "mettent en pleine lumière l'objet que nous allons étudier pendant ce Congrès.Cette réunion n'est pas un Concile.Ce que nous cherchons avant tout, c'est un renouvellement de notre dévotion eucharistique par les réunions d'études, les prédications et les démonstrations extérieures.L'Eglise catholique reçoit de son Chef toute sa vie; Jésus-Christ est la source de laquelle descend dans l'Eglise l'influx vital.C'est dans l'Eucharistie qu'il se donne et veut se donner en surabondance." Le prédicateur signale ensuite que de toutes les formes de religion qui existent dans le monde, l'Eglise catholique est la seule qui reproduise exactement la vie de Jésus-Christ."L'Église est pour les catholiques un corps où Dieu demeure; en elle II continue d'agir, de parler, de souffrir, de mourir et de ressusciter.U ne pouvait affirmer d'avantage l'in-dentité de l'Eglise avec Lui.Saint-Paul démontre aussi que l'Eglise est le prolongement de la vie de Notre-Seigneur.Le Christ est mort pour nous, mais par la mort sanctifiante, qui est une participation à la vie divine, Il continue de vivre en nous et II donne véritablement la vie à son Eglise.U l'enseigne lui-même quand il dit: "C'est moi le pain vivant descendu du ciel.Le pain que je vous donnerai, c'est ma chair et je vous la donnerai pour le salut du monde." "En posant ainsi la question, Notrc-Seigneur énonce et résout un problème capital.Le fond de toutes choses, c'est que l'homme ne manque pas de pain.Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien; c'est là toute la question.Cette question, Jésus l'a résolue au désert quand il a multiplié les pains pour nourrir la foule et il la résout encore tous les jours.On ne meurt plus de faim dans une société qui s'inspire de son esprit.Il n'y a pas seulement le pain du corps qui préoccupe l'homme; il se préoccupe aussi du sens de la vie et de sa fin dernière." Après avoir rappelé avec une rare éloquence l'institution de l'Eucharistie, le distingué prélat dit que le vin et le pain changés au sang et au corps de Jésus-Christ renferment la vie même du Sauveur et restaurent dans l'âme la vie morale comme le pain restaure la vie du corps."Notre Seigneur s'empare de nothe corps et de notre coeur où il s'installe comme à la source même de notre activité et y augmente la grâce sanstiftante.Il semble qu'il existe là que pour nous; Il s'accommode de nos misères et de nos amertumes et nous fait resplendir de l'éclat de ses vertus.C'est par là qu'il donne à l'Eglise une royauté qu'elle ne partage aVec personne." x Le prédicateur termina en demandant à Jésus-Hostie de conserver au peuple canadien-français sa vie catholique qui a fait sa force dans le passé.Cette cérémonie grandiose d'ouverture se termina alors par un salut solennel.Messe Pontificale à St-Sauveur Le temps radieux qu'il fit ce deuxième matin du Congrès annonça aux nombreux congressistes une journée féconde et triomphale.Dès les premières messes, une foule de dames et jeunes filles se réunissaient dans les différentes églises et chapelles de Québec pour prendre part à la communion générale.Cette édifiante cérémonie devait être suivie de la messe pontificale à Saint-Sauveur.Lorsque notre envoyé spécial se rendit à l'église de Saint-Sauveur, une foule immense remplissait déjà la vaste église.L'intérieur, l'autel et le choeur, avaient été décorés à profusion, le tout présentant un coup-d'oeil magnifique.L'extérieur était décoré de nombreux oriflammes, drapeaux uux couleurs papales.Les congressistes continuaient d'affluer en grand nombre.Plusieurs évêques assistaient à cette messe solennelle et l'on pouvait voir dans la nef qui regorgeait de fidèles, autant de prêtres que de laïques.L'entrée du cortège dans le choeur, — enfants de choeur précédés de la croix; membres du clergé, prêtres-assistants et l'évêque-officiant, tous revêtus de leurs vêtements sucerdotaux, — fut un spectuclc impressionnant.Debout, la foule2 vibrait sous le sons de l'orgue, tandis qu'un choeur puissant entonnait: "Ouvrez vos portes éternelles¦".Sa Grun-deur Mgr Forbes officiait, assisté du R.P.Magnan.Dans le choeur, NN.SS.Léonard, Gagnon, Bruneault, les prélats domestiques Feuilteuult et Paquin, le chanoine Soucy et un grand nombre d'autres membres du clergé avaient pris place.S.G.Mgr Bruneault, de Nicolet, monta en chaire poui prononcer un discours très pratique dont nous reproduisons ici le texte: "Unie est vita aeterna, ut co-gnnscant te, solum deum ve-rum, et quem misisti Jesum Christum.La vie pour l'éternité consiste à connaître que vous êtes le seul vrai Dieu, et que votre envoyé est le Christ Jésus." (Jona.XVII, 3.)" Mes frères, "Pour ceux qui aiment Dieu tout inspire la bonté.Le moindre mot de l'Evangile suffit à l'âme fervente pour lui faire trouver le chemin de Dieu.Mais il semble que pour tous, même pour les pécheurs, il y a des passages de l'Evangile où l'on ne) (A suivre paga 0) La Canadienne, Octobre 1023 LE CHEVALIER DE MORNAC CHRONIQUE DE LA NOUVELLE-FRANCE 1664 INTRODUCTION Vers l'année 1664, la Nouvelle-France traversait une des phases les plus douloureusement critiques, de son histoire.Rendus fiers et tout-puissant?par le succès de leurs armes, qui, douze ans auparavant, avaient anéanti la grande nation huronne.les Iroquois régnaient cn maîtres sur le territoire du Canada.Tandis que les guerriers des cinq cantons iroquois tenaient en état de blocus Montréal, Trois-Rivières et Québec, qui n'étaient encore que de petits bourgs mal protégés par des palissades de pieux, leurs bandes de muraudeurs assassinaient les laboureurs isolés dans les campagnes.Bien loin de songer à attaquer, les colons français ne se défendaient Qu'avec peine.Tel était le découragement et si grande la terreur universelle, que les émigrés parlaient d'abandonner ce pays de malédiction pour retourner en France.La situation semblait en effet désespérée.Négligée par la compagnie des Cent-Associés, qui ne songeait qu'à la traite des pelleteries, affaiblie par les dissensions entre les gouverneurs et l'autorité ecclésiastique, dans le Conseil-Supérieur, la colonie naissante se peuplait en outre si lentement qu'elle ne pouvait foVirnir assez de défenseurs pour tenir tête aux Iroquois.Il eut fallu leur opposer un corps de troupes imposant, et c'est à peine s'il y avait au Canada une centaine de soldats, dispersés dans les différents postes.Depuis longtemps les gouverneurs et les jésuites demandaient à grands cris des secours.Mais leurs supplications allaient mourir sans résultat par delà l'Océan.De prime-abord, cette indifférence de la mère-patrie doit sembler inexcusable; mais lorsqu'on se transporte de l'autre côté de l'Atlantique pour jeter un coup-d'oeil sur les tumultueux événements qui Par JOSEPH MARMETTE bouleversaient alors le royaume de France, on s'explique cette apathie à l'égard de la pauvre colonie.La mort du cardinal Richelieu, arrivée en 1642, bientôt suivie de celle de Louis XIII, les désordres civils qui signalèrent la régence d'Anne d'Autriche, les troubles de la Fronde, la bataille qui^vait fait rage aux portes de Paris, la confusion à laquelle le royaume entier était en proie, tout cet éclat d'armes et de discordes qui remplissait la France étouffait sans peine le faible bruit des quelques voix qui s'élevaient en faveur du Canada.Si les particuliers, qu'enveloppait la guerre civile, ne songeaient point à la Nouvelle-France, comment Maza-rin, à qui les factieux en voulaient surtout, aurait-il pu s'occuper d'une colonie naissante et perdue au delà des mers?Ce ministre n'avait eu déjà que trop de peine à se maintenir entre la turbulence du Parlement et les prétentions du grand Condé, à venir jusqu'en 1653.Ensuite, il s'était trouvé tout absorbé par le soin de pousser la guerre contre les Espagnols, commandés par Condé mécontent.La bataille des Dunes, livrée près de Dunkerque par Turenne à ces derniers, avait laissé la victoire définitive aux troupes françaises et anglaises, alliées contre l'Espagne, à laquelle Dunkerque fut immédiatement enlevée pour être remise aux Anglais, suivant les conventions antérieures arrêtées entre Cromwell et Mazarin.La guerre ainsi heureusement terminée, le cardinal, en digne élève de Richelieu, trouva que le meilleur moyen d'assurer la durée de la paix était de marier Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse d'Espagne.Les négociations qu'il lui fallut entreprendre et mener à bonne fin.précédèrent de plusieurs mois l'union du roi de France avec l'infante.Ce mariage diplomatique fut célébré en 1660.Mazarin étant mort l'année suivante, Louis XIV avait pris aussitôt le sceptre d'une main ferme, bien décidé de régner par lui-même et de maintenir la tranquillité intérieure, ainsi que d'augmenter la prospérité du royaume, tout en le faisant respecter et en l'agrandissant au dehors.Mazarin, qui avait trop songé à remplir ses propres coffres—il possédait à sa mort près de deux cents millions—avait laissé les finances dans un état déplorable; mais grâce à l'administration sage et vigoureuse de Colbert, le trésor public fut sitôt rempli que, dès 1663, Louis XIV pouvait racheter des Anglais Dunkerque, qu'il s'empressa de fortifier.Le même Colbert, si entendu à l'administration intérieure, savait aussi tout le bénéfice qu'on pouvait attendre des colonies.L'Espagne en était un frappant exemple, elle qui, depuis plus d'un siècle, entretenait la guerre contre toute l'Eeurope, grâce aux immenses ressources que l'ingrate patrie adoptive de Colomb tirait de l'Amérique.Aussi la Nouvelle-France attira-t-elle tout d'abord l'attention de Colbert, qui, la voyant dépérir entre les mains de la compagnie des Cent-Associés, se hâta de placer la colonie plus immédiatement sous le contrôle de l'autorité royale.Par un édit du roi, de 166-1, le Canada fut cédé à la compagnie des Indes-Occidentales.En même temps, i/ouis XIV nommait le marquis de Tracy vice-roi de toutes les possessions françaises en Amérique, M.de Courcelles, gouverneur du Canada et M.Talon, intendant.Le choix était des plus judicieux.Il ne falTait rien moins que la réunion de ces trois hommes de talent et d'énergie pour arrêter la colonie sur le penchant de sa ruine et la relever par un puissant effort.Pour seconder les vues de ces hommes éclairés, le régiment de Carignan, composé de vingt-quatre compagnies, fut mis à leur disposition.La flotte, sur laquelle on embarqua les troupes fut aussi char- La Canadienne, Octobre 1923 5 gée d'un grutid nombre de familles de cultivateurs et d'artisans, amenant des boeufs, des moutons et ies premiers chevaux qui aient été vus en Canada.(1) Soldats, marchands, colons, tous comptés, formaient plus de deux mille âmes, c'est-à-dire une population presque aussi considérable que celle déjà résidante en la Nouvelle-France.Tous ces secours n'arrivèrent qu'en 1665 à Québec.Mais la colonie était sauvée.Mais mon but n'est pas de m'arrêter d'une manière spéciale sur la période de progrès qui allait succéder à un état d'affaissement si prolongé.Bien que je doive indiquer cette heureuse renaissance au dénouement de l'action de cette oeuvre, j'ai voulu surtout décrire les périls, les angoisses, les terreurs et les drames qui marquaient presque chaque journée des hardis pionniers, nos admirables aïeux.Ce que je veux peindre ici, c'est cette vie d'alarmes, d'embûches et de luttes terribles dont est toute remplie l'héroïque époque qui précéda l'arrivée du régiment de Carignan; les craintes des habitants des villes, les incessants dangers du colon isolé dans les campagnes et souvent hors de la portée de tout secours; puis, à côté de cette existence parsemée d'épouvante, mais que rendaient cependant supportable encore certaines jouissances de la civilisation, les moeurs ou plutôt les coutumes barbares de^ tribus iroquoises; les marches forcées et pénible-, de leurs prisonniers de guerre; les malheurs et la dispersion de la nation huronne; les tortures des captifs, leurs souffrances dans les villages iroquois; les rafinements de cruauté des vainqueurs sur leurs prisonniers sauvages ou blancs; l'admirable courage de ces derniers au milieu de tourments inouïs; enfin la marche stoïque de la civilisation contre la barbarie aux abois.Et, pour adoucir les sombres couleurs d'un pareil tableau, l'insoucieuse gaîté gauloise, ac-eompagnée d'un amour pur comme l'image de Beatrix que Dante emporte en son âme pour mieux endurer la vue des horreurs de l'enfer.CHAPITRE PREMIER L'arrivée i Le soleil s'élançait, tout resplendissant, au-dessus de la cime boisée des falaises de la Pointe-Lévi.Ses traits de feu trouaient le manteau de vapeurs grises, qui tombait des épaules du mont Stadacona et s'en allait effleurer de ses franges ouatées les eaux du grand fleuve, encore endormi aux pieds de la ville de Champlain.Secoué par la brise du matin, le brouillard commençait à se disperser dans l'air, où ses lambeaux se dissipaient avec les dernières ombres de la nuit.C'était le matin du 18 septembre de l'an de grâce 1664, qui s'annonçait si radieux à la petite ville de Québec.Là-bas, entre l'extrémité de la Pointe-Lévi et le flanc onduleux de la belle lie d'Orléans, aux feuillages rougis par l'automne, les voiles blanches d'un vaisseau semblaient planer dans l'espace.Quelque flocons de brume qui roulaient encore en se jouant, sur la crête de petites vagues qu'un léger vent de nord-est commençait à soulever sur le fleuve, enveloppaient le corps du navire, dont les voiles, seules en vue, se rapprochaient graduellement de la ville comme celles d'un vaisseau fantôme.Bientôt, les victorieux rayons du soleil balayèrent devant eux ces restes de brouillard, qui disparurent en un instant, comme les traînards de l'ar-rière-garde d'une armée vaincue, sous la dernière volée de mitraille des vainqueurs.Le trois-mâts apparut alors en entier, sa voilure coquettement inclinée à bâbord, tandis qu'un houillonnement de blanche écume dansait gaiment au-devant de la proue du vaisseau; car la brise fraîchissait du large.Or, en ce moment, maitre Jacques Boisdon, l'unique hôtelier de Québec, ouvrait les contrevents de son hôtellerie, sise sur la rue Notre-Dame et près de la grande place, à la haute-ville.(2) Le bonnet de laine rouge de l'hôtelier était gaillardement rabattu d'un côté sur sa bonne grosse figure enluminée, les aiguillettes de son haut-de-chausses lui retombaient jusqu'au genou en décrivant un demi-cercle sur la respectable rotondité de son ventre, tandis que le vent du matin se jouait dans le collet déboutonné de sa chemise de toile commune de Bretagne, et caressait de sa fraîche haleine les chairs du cou trapu de l'aubergiste.Ceux qui ont lu François de Bienville, se rappelleront sans doute que l'illustre Jean Boisdon était le fils du premier hôtelier de Québec, Jacques Boisdon que nous mettons en scène aujourd'hui.Bien qu'ambitieux, Jacques, premier du nom en Canada, n'avait pas cette soif de gain qui fut si fatale à son sacripant de fils.C'était un brave (1) Les colons de la Nouvelle-France, pour témoigner leur gratitude a M.de Montmagny.avalent cependant fait présent d'un cheval à ce gouverneur, assez longtemps avant cette époque.(2) La rue Notre-Dame prit plus tard le nom de M.de Puade, comte de Frontenac, lorsque ce gentil-homme devint gouverneur du Canada.homme que le gros père Boisdon, aimant à rire à ses heures et à lever le coude.en tout temps.Sous ce dernier rapport, maître Jean, son fils, lui devait ressembler.Boisdon père aimait bien un peu l'argent, non par vile estime du métal, mais bien plutôt pour les jouissances matérielles qu'il procure.S'il faisait un peu la cour à sa clientèle, c'est qu'il songeait, en lui versant de bonne et fréquente mesure, que le menu de ses trois abondants repas quotidiens s'en augmentait d'autant, et que la bonne chère adoucissait singulièrement aussi l'humeur revêche de Perpétue, sa digne épouse.Comme il achevait d'ouvrir son dernier volet, il entendit le bruit réjouissant des casseroles que sa vaillante moitié agitait à l'intérieur.La seule idée de la belle omelette au jambon de Bayonne, qui l'attendait bientôt, toute fumante et dorée, sur la table du déjeuner, le fit sourire, et se sentant les jambes engourdies par le sommeil, il enfonça ses deux mains dans les poches profondes de son haut-de-chausses, et fit quelques pas dans la rue pour se dégourdir et se remettre en appétit.Il allait ainsi, longeant la grande église et se dandinant avec béatitude, vers la demeure de Mgr.de Laval, (1) lorsqu'un cri de joyeuse surprise lui échappa.Ses regards venaient de tomber sur la rade, qui alors était parfaitement visible de la haute ville; car l'amas de maisons qui se pressent maintenant en face du nouveau bureau de poste, ne masquait pas la vue en ces temps reculés, tandis qu'à l'endroit où, quelque vingt-cinq ans plus tard, devait s'élever le premier évêché, il n'y avait qu'une seule maison appartenant au procureur-général, M.Ruette d'Au-teuil.(2) Après un instant de contemplation, il tourna brusquement sur lui-même et se prit à courir ou plutôt à rouler vers son logis.Il arriva cheze lui toui essoufflé, et cria en ouvrant la porte de l'hôtellerie: —Perpétue !.Perpétue ! —Allons! qu'est-ce qu'il y a?fit dame Boisdon, qui cassait en ce moment des oeufs frais, dont le jeune en se répandant dans la poêle, autour de tranches roses de jambon saupoudrées de brindilles de persil, semblait un petit lac dont les flots d'or baigneraient des îlots de corail et d'émeraude.Boisdon sentit que l'eau lui en venait aux lèvres.—C'est bon! dit-il en clignant de l'oeil.Mais au lieu d'une omelette, c'est dix au moins qu'il va falloir faire.Sa femme se retourna tout d'une pièce, et se cambrant sur sa hanche droite, le poing armé d'une énorme cuiller, elle repartit d'un ton aigre: —Comment! Perds-tu la tête, vieux gourmand?Dix omelettes pour ton déjeuner ! —Non, non, Pétue, fit Boisdon en passant sa grosse main sous le menton pointu de sa longue et sèche femme.C'est que, vois-tu.(il était essoufflé) je viens de voir un vaisseau d'outre-mer.qui entre à pleines voiles dans le port.Dans un quart d'heure .il aura jeté l'ancre.Je cours à la basse-ville.et, sur la chaloupe du père Jérôme Thibault .je me rends à bord du bâtiment.ouf !.pour voir s'il y a des gens.qui se retireront chez nous .chose dont je ne doute pas.Allons! vite mon pourpoint, Pétue, mon pourpoint! —Eh bien ! laisse-moi le temps d'aller le chercher.Il est en haut, sur le pied de la couchette.De ses deux longues jambes, Perpétue gravit l'escalier en un clin d'oeil et redescendit de même.—Allons ! bon ! fit l'hôtelier, et il endossa son habit avec quelque difficulté.Il n'est que six heures.Je serai revenu avant huit avec des voyageurs, j'espère.Tu tireras un grand pot de vin d'Espagne, du petit tonneau bleu, tu sais, celui du fond.C'est du meilleur.Et Boisdon sortit en trottinant.—Tiens, le voilà qui oublie son chapeau et qui part avec son bonnet rouge sur la tête.Ces hommes ! ils sont tous un peu fous ! Jacques ! Jacques ! dit-elle en se penchant par l'ouverture de la porte entrebâillée.Mais son mari ne l'entendait pas et courait aussi vite que le lui permettaient ses grosses jambes vers la rue qui descendait au magasin.(3) Cependant le navire, à haute poupe et aux flancs fortement bombés, venait de jeter l'ancre devant la ville.Des matelots perchés sur les vergues car-guaient la dernière voile.Tout sur le pont était en mouvement.Le capitaine donnait ses ordres pour (1) En 1664.Mgr.de Laval demeurait dans une maison bâtie à l'endroit ou s'élève aujourd'hui celle de la Fabrique de la cathédrale, à côté du presbytère de la haute ville.On voit cependant, sur un plan de Québec, fait en 1660 et intitulé: "Vray plan du haut et bas de Québec Comme II est en L'an I860," on voit, dis-je que Mgr.de Laval avait d'abord occupé la maison de Mme de la Pelleterie, près du couvent des l'rsellnes.(2) C'est sur ce terrain que s'élevaient les bâtiments du Parlement Provincial que le feu vient de détruire.(S) C'est ainsi que se nommait alors la côte de Lamontagne.M.l'abbé Laverdlère.l'érudit annotateur de cette belle édition des oeuvres de Champlain que tous connaissent, prétend que le nom de la côte de Lamontagne lui vient d'un individu qui s'appelait ainsi et demeurait quelque part sur le pnreours de la côte.Chacun sait que le Magasin se trouvait au Heu où s'élève aujourd'hui l'église de la basse-ville, et que c'était le premier édifice centrait à Québec du temps de Champlain.faire descendre les deux chaloupes à l'eau; de3 matelots tiraient sur les câbles.On entendait le grincement des poulies, les cris du sifflet du contremaître, et des jurons qui tombaient de la mâture.Quelques passagers, debout sur la poupe, regardaient avec curiosité les soixante-dix maisons épar-ses à la basse-ville et sur lis hauteurs de Québec, ainsi que les côtes élevées et iauvages qui entouraient la ville et dont les sommets boisés, aux sombres dentelures, se découpaient hardiment sur l'horizon rosé par les feux du soleil levant.Parmi ces émigrés qui avaient ainsi quitté le beau pays de France pour venir apporter a la colonie naissante le secours de leurs bras, il en était un surtout, qui se faisuit remarquer par sa bonne mine et son grand air.On voyait qu'il était gentilhomme Pourtant son costume se ressentait, soit des fatigues du voyage, soit peut-être aussi, du frottement par trop prolongé de l'aile du temps.Quoique campé crânement sur l'oreille gauche, son feutre gris avait évidemment dû voir bien du pays et essuyer beaucoup d'orages depuis qu'il était sorti des mains de certain chapelier de Caudebec.Ses larges bords s'affaissaient quelque peu et sa couleur grise primitive tirait singulièrement sur le jaune pâle.Un pourpoint, sorte de gilet très-court, en drap rouge garni de passements d'or un peuternis, enserrait ses épaules, par dessus lesquelles retombait un ample manteau de route, en drap couleur de musc, que relevait par derrière le fourreau d'ur.e épée retenu sut la hanche gauche par un baudrier encore assez richement brodé d argent.Entre les deux pans de ce manteau, apparaissaient d'abord le haut-de-chausses, d'une couleur écarlate qui avait dû être vive quelques mois auparavant, mais qui tendait maintenant à prendre une teinte violette, puis les plis bouffants de la chemise, que le peu de longueur du pourpoint laissait librement voir au-dessus du haut-de-chausses.Enfin de lourdes bottes de voyage, à éperons d'argent, et dont l'entonnoir affaissé s'évasait au-dessus du genou, chaussaient ses pieds, petits comme ceux de tout homme de race.Malgré l'état assez délabré de son costume, notre gentilhomme avait fière mine.Il était grand, brun, et sa figure longue mais fine accusait vingt-huit ans.Dominée pjjr un nez fortement aquilin, sa lèvre supérieure disparaissait sous une moustache, noire, dont les bouts, soigneusement frisés, serpentaient coquettement aux coins de sa bouche ferme et moqueuse, tandis qu'une royale se tordait en spirale sur un menton avancé, dont la forme annonçait un généreux appétit.I,a mode de porter la barbe commençait à se passer à la cour du jeune roi, et pourtant les gens de guerre conservaient encore ces belles moustaches du temps de Richelieu, qui donnaient un uir si crâne et que les femmes aimaient tant.—Cap-de-diou ! s'écria-t-il soudain, (car c'était un brave enfant de la Gascogne que le sieur Robert du Portail, chevalier de Mornac) le beau cap! Et son oeil noir et intelligent montait et se promenait sur le Cap-aux-Diamants.—Mais sangdiou! la pauvre petite ville que cette capitale où nous venons faire la cour à dame Fortune ! Il disait cela avec ce diable d'accent gascon, unique en son genre, et que nous nous garderons bien de vouloir imiter en ce récit.Puis, abaissant son regard jusqu'à l'eau: —Oh! mais, capitaine, dites donc, quel est ce gros homme coiffé d'un bonnet rouge, et qui emplit à lui seul l'arrière de la chaloupe que l'on voit s'approcher?—Ce doit être notre joyeux hôtelier, compère Jacques Boisdon, répondit le capitaine en se penchant sur le bastingage pour mieux examiner ceux qui montaient l'embarcation signalée.—Celui qui tient l'unique hôtellerie de Québec?—Précisément, et, comme je vous l'ai déjà dit, c'est chez lui qu'il vous faudra descendre.La chaloupe du père Jérôme Thibault arrivait en longeant le navire et la face épanouie de Jacques Boisdon apparaissait souriante au-dessus du ventre rebondit qui, à chaque oscillation du canot, balottait lourdement sur les genoux de l'aubergiste.—Mordiou ! la bonne trogne ! ricana le Gascon Si j'avais sur le chaton de ma bague autant de rubis que ce gaillard en a sur le nez, je pourrais rebâtir le château de Mornae, ce pauvre manoir de mes aïeux dans les ruines duquel nichent en paix les hirondelles.Oh! cadélis ! la belle outre à gonfler de vin que cette large panse ! En ce moment, plusieurs interpellations, parties de tous les points du vaisseau, indiquèrent au Gascon à quel point l'aubergiste était populaire parmi les marins.—Hé ! bon jour, père Boisdon.Comment ça va-t-il, vieux cachalot?Et dame Pétue se porte comme un charme?Buvons-nous toujours sec, grosse éponge ! Puis une voix grêle qui descendait du bout de la grande vergue: —Père Boisdon, mes amours ! avons-nous encore de ce bon vieux guildive du petit tonneau rouge.Hé! dites donc, vieux loup de terre?(A suivre, page 24) 6 La Canadienne, Octobre 1928 revient jamais sans éprouver le désir d'être meilleur.Sentez-vous votre vie morale s'amoindrir?Relisez les chapitres cinquième et sixième de S.Mathieu, le discours sur la montagne et son immortel programme de vie: justice plus haute, bonté supérieure, pureté intègre, esprit de patience, confiance en la Providence.Vous êtes, je suppose un homme intègre, une femme honorable, dans votre vie privée, dans votre famille.Mais, à certains jours, vous constatez, avec quelqu'effroi, que votre piété ne tient plus qu'à une pratique d'où votre coeur est absent ; vous vous demandez si vous n'êtes pus devenu seulement un honnête homme selon le monde et si la charité surnaturelle habite en vous.Je n'hésite pas à vous dire: Mon Frère, avez-vous jamais relu devant le tabernacle, les chapitres de l'Evangile où Saint-Jean rapporte l'entretien du Sauveur avec ses disciples après la Cène?Près de quitter ceux qu'il aime, il semble que le divin Maître ait cherché dans son coeur les mots qui iraient toujours droit aux coeurs sincères.Vous y trouverez ces deux grandes leçons sur la vie, développées par !¦¦ bon Maître: Je suis la Voie, la Vérité, la Vie," voilà la leçon de l'esprit."Comme mon Père m'a aimé, ainsi je vous ai aimés; demeurez dans mon amour.Mon précepte est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés".Voilà la leçon du coeur.Et couronnant ou résumant, par sa prière sacerdotale, toute cette leçon sur la vie chrétienne, N*.S.en montre le terme, qui est la participation à la gloire éternelle du Père: "Glorifier votre Fils.Vous lui avez donné pouvoir sur toute chair, pour qu'à tout ce que vous lui avez donné, il donne la vie éternelle.Or la vie pour l'éternité consiste à vous connaître, vous le seul vrai Dieu, et à reconnaître votre envoyé, Jésus-Christ." Invité à l'honneur de vous parler ce matin de l'Eucharistie dans la vie chrétienne, rien ne me paraît plus apte à vous édifier que de développer familièrement devant vous le sens de la leçon de vie contenue dans ce texte du Sauveur: "La vie pour l'éternité con-site à vous connaître, vous le seul vrai Dieu, et votre envoyé, Jésus-Christ." Pour ne pas donner à cet enseignement un caractère trop abstrait nous verrons comment dans la Messe nous avons tous les moyens de donner à notre vie humaine la valeur d'éternité dont parle le Sauveur.Toute vie, en effet, tire sa valeur en premier lieu, de la fin qu'elle se propose ou de ses motifs habituels; en second lieu, de la qualité des personnes avec lesquelles elle entre en commerce; troisièmement, enfin, du foyer auquel elle emprunte son aliment habituel, l'aliment intérieur qui 'entretient.Or le sacrifice de la messe |i r-met à ceux qui l'offrent de donner à leur vie la fin la plus haute; de plus la messe nous vaut sur l'autel la présence réelle de l'Homme-Dieu et le commerce ennoblissant le plus notre vie; la messe, enfin s'achève par la communion et présente à ceux qui feulent y recourir le foyer où toute vie physique, morale, intellectuelle, spirituelle, trouve un aliment qui en assure la durée éternelle.Voyons une peu chacune de ces affirmations.Toute vie, avons-nous dit, tire sa valeur de la fin qu'elle poursuit.Vous dites de quelqu'un: c'est une gTande âme, c'est une noble figure, ou bien : c'est un coeur vil, c'est un être vilain, selon les buts qu'il poursuit, selon les motifs qu'il se propose.Or, la messe est d'abord le sacrifice de la Loi nouvelle, et, à ce titre, elle rend à Dieu ce qui est dû; hommage religieux exigé par la justice, elle reconnaît sa souveraineté, lui offre une réparation proportionnée aux dettes du péché, le remercie de ses bienfaits, le supplie de n'en pas interrompre le cours.Voici un fidèle qui assiste à la messe.Il quitte les pensées que le monde lui inspirait.Il voit le prêtre se présenter à l'autel.Tout le langage de la liturgie est facile à saisir; il n'est qu'une suite d'invitations à rattacher notre vie de tous les jours à des objectifs qui comptent, par un culte qui adore Dieu en esprit et en vérité.De là ces signet extérieurs d'adorations; génuflexions, inclinations, marques de respect données à la pierre de l'autel, encensements; de là ces prières qui demandent pardon, crient neuf fois vers le Seigneur; Ayez pitié.Eleison, expriment l'aversion du péché et la conversation vers le Maître tout-puissant: de là ces lectures de l'Epitre et de l'Evangile qui font appel à la foi, et nous mettent en unité de pensées avec les apôtres, les prophètes, les témoins de la vie du Rédempteur, tous les hommes qui, à travers les siècles, ont été de vrais adorateurs de Dieu; delà encore ces gestes d'offrandes à la majesté divine, quand les oblats du pain et du vin sont apportés; delà enfin, ce chant de reconnaissance envers Dieu le Père qui sert de préface à l'acte auguste de la Son Eminence le cardinal Bégin, archevêque de Québec, qui a prie une part active au Congrès eucharistique provincial de Québec.consécration, et les prières du canon qui mettent en cause toute l'Eglise militante et l'Eglise souffrante pour obtenir de Dieu la continuation de ses miséricordes.Quand l'âme du fidèle a ainsi conformé ses intentions à celles de la liturgie, dites-moi n'est-il pas déjà chez elle une autre conception de la vie?Croyez-vous qu'elle aura en vain harmonisé ses vues avec celles des âmes saintes qui ont paru sur terre, et avec celles de l'Homme-Dieu qui est leur Maître à toutes?Que la cloche se fasse donc entendre maintenant dans le sanctuaire; qu'elle annonce la grande parole par laquelle se renouvelle l'oblation et l'immolation du Calvaire.Voici le corps et voici le sang de l'Homme-Dieu, mystère de foi, Qui s'offre pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés.Met Frères, vous travaillez, vous grandisses, la maturité est venue, la vieillesse s'en vient.Les vies qui comptent, ce sont les vies que soutient un grand dessein, les vies qui ajoutent à la gloire extérieure de Dieu, qui hâtent l'avènement de son règne.Et nous savons que, dans l'ordre actuel de la Providence, il n'y a pas de zone neutre, où l'on pourrait n'être ni pour Dieu ni contre lui.Par la fin qu'on se propose, on est de la cité du bien ou de la cité du mal.Voulez-vous mettre dans votre vie les hautes et réconfortantes sécurités que donne la conscience de chercher le règne de Dieu et sa justice, eh bien ! vous en avez le moyen.La Messe est un sacrifice dont l'hommage est parfait.Vous tenez là le signe sensible mis à la dsiposition de ceux qui veulent être partout des adorateurs du seul vrai Dieu en esprit et en vérité.Rentrés chez vous, vous pouvez déjà avoir la certitude que vous avez mis l'ordre dans vos pensées, dans vos sentiments, dans votre vie; tout cela vous l'avez prosterné, pendant la consécration devant le vrai Dieu, et vous avez rectifié vos intentions.Vous pouvez reprendre votre travail, votre vie privée et votre vie sociale; en ous associatnt à l'acte essentiel du saint sacrifice, vous avez agrandi la valeur de toute votre humble destinée, vous avez donné à votre vie ordinaire sa seule fin légitime.Vous avez eu à votre disposition le signe sensible derrière lequel votre foi sait que se trouve la grande réalité de l'Homme-Dieu offrant sa vie en notre nom à tous, pour nous permettre de réparer l'erreur du péché et de retrouver notre fin en un Dieu apaisé.Toute vie humaine, avons-nous ajouté, tire sa valeur non seulement de la fin qu'elle poursuit, mais encore des personnes avec lesquelles elle entre en commerce.C'est pourquoi l'on vous recommande de fuir la société des méchants qui pervertit, de rechercher les nobles amitiés qui entraînent à la vertu.Or, le culte eucharistique de la messe, après avoir mis à notre disposition un sacrifice d'adoration parfaite en l'honneur du seul vrai Dieu, met aussi à notre portée la présence réelle de l'Homme-Dieu.Car l'Eucharistie n'est pas seulement le sacrifice de la loi nouvelle, elle est encore un sacrement.Ce sacrement s'offre à notre piété aussi longtemps que durent les îspèces qui contiennent le corps et le sang de l'Homme-Dieu."Désormais le monde ne me verra plus", a dit le Sauveur dans son discours d'adieux, mais vous me verrez parce que vous vivrez, et que moi aussi je serai vivant." "Parce que vous vivrez"; c'est la condition.Parce que vous voulez être des justes, et que le juste vit de sa foi, vous croyez à la parole de Celui qui a institué l'Eucharistie comme le sacrifice de la loi nouvelle, mais aussi comme un sacrement permanent.Derrière ces signes modestes, vous savez quelle aimante, quelle vénérable réalité se cache.Le fidèle qui assiste à la messe sait qu'après la consécration se trouve réalisé sur l'autel le mystère de la présence de Jésus-Christ.Et dès lors, il recherche le commerce de Celui à qui jamais on n'a recouru avec foi, sans en redevenir meilleur.Vous savez quelle action profonde l'Homme-Dieu a exercé sur ceux qui l'ont approché pendant sa vie mortelle.Simple commerce extérieur, la société du Sauveur relevait pourtant chaque jour l'âme de ses disciples.Ils apprenaient de lui le sens de la vie et de la mort: ils devenaient plus justes, plus aimants, plus chastes, plus confiants en la Providence.Quand il fut monté au Ciel et que l'Esprit-Saint, qui est l'Esprit du Christ, fut venu achever de les confirmer dans leur foi, ils trouvèrent, dans leur commerce quotidien avec la présence eucharistique de leur Maître, la seconde condition qui donne de la valeur à une vie et qui y met de l'éternité.Faisons de même.Nous savons que nous pouvons pas nous flatter de reconnaître dûment le seul vrai Dieu, si nous méconnaissons Celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ.Or nous le méconnaîtrions, si nous ne recherchons pas son commerce selon le mode de la présence réelle qu'il a voulu lui-même adopter. La Canadremne Octobre 1838 Bien plus, sous ce mode, l'Homme-Dieu attend toute sa gloire extérieure de nous.Nous ne pouvons pas ajouter a sa gloire dans le Ciel.Sa prière est exaucée: "Glorifiez votre fils de cette gloire qu'il a eue avec vous de toute éternité." Sa prière est exaucée dans le ciel.Mais pour nous, qui voulons tendre ici-bas vers le vrai Dieu en le glorifiant, il nous faut reconnaître Celui qu'il a envoyé, et lui rendre gloire dans sa présence réelle.Vous avez donc bien raison de venir ici, après vos heures de travail, entrer en commerce avec Celui qui vous jugera un jour.Vos minutes d'adoration dans les nuits de veille, sont un moyen de donner à votre vie ordinaire toute sa valeur.Ce n'est jamais en vain que vous vous laissez conduire à l'écart; vous lui parlez, vous chantez sa bonté, vous ne laissez pas les pierres d'un temple acclamer seules sa divinité.Croyez bien qu'en retour, il vous bénit de ce que vous voulez bien veiller une heure avec lui.Il vous parle au coeur.Il harmonise vos sentiments avec les siens.Il vous fait concevoir la vie non comme une fête, mais comme un devoir sérieux.Et vous retournez à votre tâche réconfortés, meilleurs époux, meilleurs pères, meilleurs citoyens, pour avoir rencontré le regard profond du Christ Jésus, pour avoir entendu sa parole et pour avoir lu dans Ses traits hénis l'expression de sa divine sympathie."O vous qui travaillez, venez et je referai vos forces." Ce qui donne de la valeur à une vie, avons-nous dit, c'est la fin qu'elle poursuit, et ce sont les amitiés, la société qu'elle recherche.Disons enfin que c'est aussi le foyer auquel elle emprunte son alimentation, et la qualité de ses aliments.Telle est la loi de la vie physique et de la vie du coeur, comme de la vie intellectuelle.Si vous faites de bonnes lectures, votre intelligence grandit et s'ennoblit.A l'inverse, ce n'est jamais impunément que votre intelligence recourt au foyer impie ou immoral que vous offrent les lectures mauvaises et les compagnies suspectes.Or, la messe se termine par la communion, qui achève l'intégrité du Saint Sacrifice et qui fait pénétrer jusqu'en nos entrailles la présence réelle de l'Homme-Dieu.Car telle est la fin de chaque hostie consacrée.Elle l'est bien pour rendre à Dieu l'hommage d'un sacrifice parfait, pour nous permettre de connaître la présence réelle de Celui qu'il a envoyé et d'entrer en commerce d'esprit et de coeur avec lui, mais c'est, après tout, pour se consumer dans une poitrine humaine."Prenez et mangez.Celui qui niante ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.Si vous ne mangez la chair lu Fils de l'homme, vous n'aurez pas la vie en vous.Ma chair est véritablement une nourriture .I,e pain que je donnerai, c'est ma chair pour monde." Il est impossible d'être plus clair.Vivre, pour être, c'est se mouvoir soi-même en vertu d'un principe intérieur qui est la source des mouvements et des opérations de cet être.Vivre de la vie dont nous parlons et qui aura son prolongement dans l'éternité, c'est avoir la grâce de l'adoption surnaturelle qui nous fait enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ.Cette grâce nous est venue par le baptême.Or, c'est la foi qui introduit toute âme dans la vie surnaturelle.D'autres ont suppléé, répondant de notre foi, lors de notre baptême; mais dès que nous sommes devenus capables de l'acte de foi, c'est nous qui y sommes tenus, car nous ne recevons le Christ que par la foi: Quotquot mit, m receperunt «uni, etc.Tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir des enfants de Dieu; hie qui credunt in nomine ejui ce sont ceux qui croient en son nom." Or, cette réception de Dieu par la foi, nous savons ce qu'elle Impliqua depuis la promesse et l'institution de l'Eucharistie.Pour que la vie divine vienne en nous, il suffit que Dieu veuille nous la donner.Toutefois il a institué lui-même les sacrements pour en faire le moyen ordinaire et normal, avec la prière, de la dispensation de la grâce.Et entre ces sacrements, qui produisent chacun la grâce qu'ils signifient, nous adorons à la messe le Très Saint Sacrement qui est le Pain de vie.Oui, mes Frères, Celui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les a aimés jusqu'à la fin.La plus grande marque d'amour, c'est de donner sa vie pour ceux qu'on aime.Il l'a donc donnée.Et pour que nous eussions en quelque sorte la certitude physique de pouvoir tenir dans nos mains l'aliment d'une vie si nécessaire, la seule nécessaire en somme, sa bonté a choisi le signalement qui nous est le plus familier; le pain et le vin.Leur laissant leur apparence expressive de l'aliment de notre vie corporelle, il a lui-même prononcé les paroles de la consécration; il a donné à ses prêtres le pouvoir de les prononcer après loi; 11 s'est par là rendu substantiellement présent sous ces signes, et son désir est que nous reconnaissions à ce signe la présence de Celui que Dieu le Père nous a envoyé, Jésus-Christ.Son désir est que nous le traitions comme nourriture spirituelle, que nous l'introduisions au foyer de nos affections, afin que là, notre âme entre en contact conscient avec son corps, avec son âme et sa divinité.Seul le péché grave serait un obstacle à une telle union.Mais vous savez qu'il a institué le confessionnal: "Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez." Et désormais, invités à participer à cet aliment an-gélique, nous savons le moyen de nous revêtir de la robe nuptiale.Nous serions également inexcusables de ne pas recourir sans être convenablement revêtus des vertus d'innocence que notre repentir et l'absolution du prêtre peuvent nous rendre.Je n'ai pas besoin de vous exposer longuement, après cela, que si vous lui permettez de venir alimenter votre vie surnaturelle, lèveront en vous toutes les autres formes de la vie même naturelle.Car toutes deux viennent de Lui, qui est venu pour que ses "brebis aient la vie plus abondante." Vous pourrez donc lui demander, quand vous l'aurez admis dans votre coeur de rendre votre foi plus vive, votre espérance plus ferme, votre charité surtout plus généreuse.Si votre esprit est atteint d'orgueil et si votre orgueil vous rend durs à votre prochain, vous pouvez lui demander les leçons de douceur et d'humilité que sa vie a prodiguées.Si votre sensibilité frémit devant les effrayantes séductions de la Le Pape et le Congrès Son Eminence cablo gramme suivant le Cardinal Bégin a reçu le Cardinal Bégin, Archevêque Québec, Canada.Saint-Père très sensible filial hommage premier Congrès Eucharistique Provincial réuni Québec.Envoie de coeur, avec voeux succès et fruits abondants, bénédiction apostolique.Signé) Card.GASPARRI la vie du chair, vous pouvez lui demander l'apaisante efficacité du contact de sa chair très pure et de son sang qui a rendu ici-bas possibles la virginité et la chasteté.Si vous avez besoin de prudence pour protéger votre foyer conjugal contre la nostalgie des amours coupables ; de force, pour avoir partout le courage de vos convictions religieuses et patriotiques; d'une justice incorruptible, pour rendre à Dieu ce qui lui est dû et pour respecter les droits du prochain dans l'exécution de vos contrats de travail, en un mot, fil vous voulez que la plus haute et la plus noble vitalité morale rayonne en vous, demandez-lui de faire ce pourquoi il vient en vous: demandez-lui de vivre et de grandir en vous.Car pour moi, dit l'Apôtre, la vie, c'est le Christ.Ainsi, en vous apprenant à mourir au péché, pour vivre de la vie divine, le Christ que vous aurez reçu aura mis dans votre vie humaine quelque chose de sa plénitude de vie divine.Vous pourrez même lui demander d'aimer mieux ceux que vous devez aimer, d'avoir le degré de forces physiques et intellectuelles qui vous permette d'accomplir plus facilement vos devoirs d'état, car il est Celui qui passe toujours en faisant le bien, et qui a pleuré sur nos misères même physiques avant de les guérir.Mes Frères, vous aimez la vie, parce qu'elle est un grand bienfait de Dieu.Eh bien! ne le profanez jamais.Et, s'il vous était arrivé de la vider de la présence de Dieu en perdant la grâce sanctifiante, vous savez ce que votre conscience vous inspire.Obéissez, franchissez toute la distance que vous avez franchie.Enfant prodigue, rentrez chez le Père de famille, accusez-vous humblement, et laissez vous revêtir de la grâce et des vertus chrétiennes.Puis, voulant que votre vie garde les promesses d'éternité qu'elle peut contenir, retenez que la vie pour l'éternité consiste à "connaître" le seul vrai Dieu et son envoyé Jésus-Christ.En présence des saints autels, prenez la résolution, durant ce Congrès d'assister toujours à la messe comme au drame central de toute notre vie chrétienne.Voua y trouvère» le moyen d'orienter à nouveau votre vie vers sa vraie fin par votre participation à l'adoration parfaite du Saint Sacrifice; vous y apprendrez à conserver la noblesse de votre vie par le commerce qui vous y est offert avec la personne de l'Homme-Dieu dans sa présence réelle; vous y trouverez enfin le foyer de la vie dans toutes ses formes en recourant par la communion à Celui qui s'est appelé le Pain de vie.Et Lui, s'engagera à garder votre âme et à ressusciter votre corps pour la vie éternelle.Ainsi soit-il.Démonstration des enfants de Saint-Malo L'imposante cérémonie religieuse de Saiht-Sau-fut suivie d'une séance sacerdotale qui eut lieu à l'école des Frères de Saint-Sauveur.MM.les abbés A.Robert et O.Caron en furent les rapporteurs.Dans l'après-midi, à 2.30 hrs.démonstration des Enfants de Saint-Malo.Cette démonstration de notre jeunesse québecquoise, événement impressionnant s'il en fut un, mérite d'être rapportée.Plus de cinq mille enfants avaient répondu à cette invitation pour se rassembler devant l'église de Saint-Malo dont ils remplissaient le parterre.S.G.Mgr Limoges, de Mont-Laurier, avait accepté de présider cette démonstration.L'éclat de cette fête était rehaussé par la présence de S.G.Mgr Léonard, évêque de Rimouski, et de nombreux prêtres.Nous remarquions aussi des Frères des Ecoles Chrétiennes et des Religieuses.Entourant cet autel qu'on avait élevé près de la porte centrale de l'église, tous ces jeunes entonnèrent des cantiques de louange au Saint Sacrement.Spectacle édifiant que le plus endurci des coeurs ne put contempler sans en ressentir une forte et sainte émotion.Mgr Bouffard, qui devait prononcer le discours, s'excusa de ne pouvoir accomplir cette tâche tout en annonçant que le R.P.Turcotte, dominicain, le remplacerait."Dans cette démonstration," dit le §|r* distingué prédicateur, "je vois une belle occasion de présenter à Jésus un témoignage de foi, de reconnaissance et d'amour.Comme autrefois, les enfants sont les privilégiés du coeur de Jésus.Mais Jésus qui a tant aimé les enfants appelle leur amour.Tout est dans ce mot divin, grand comme Dieu; là est le secret d'atteindre au Coeur de Jésus; c'est cela aussi qu'énonce l'Eucharistie qui est la plus haute expression de l'amour divin.L'Eucharistie est plus qu'une oeuvre d'amour; c'est le résumé de toutes Ses oeuvres d'amour.C'est Jésus présent au tabernacle, sur l'autel et dans nos coeurs; c'est Jésus resté parmi nous, c'est le Calvaire transporté chez nous; c'est un Vendredi Saint ininterrompu! Non seulement elle rapproche le ciel de la terre, mais elle le jette dans nos coeurs." Ce cri des enfants, répétant à la suite du prédicateur les différentes invocations, fut très impressionnant.La bénédiction du Saint Sacrement termina cette démonstration.Pendant l'après-midi et à la veillée, eut lieu dans toutes les églises de la ville, l'Heure d'Adoration.Messe Pontificale a l'église de Limoilou Nous en sommes à la troisième journée du Congrès eucharistique.Cette nouvelle journée, qui devait être féconde en démonstration de Foi de nos congressistes, vit se lever un soleil des plus radieux.Dès les premières messes, une foule d'enfants remplissait les églises.Communion générale.La messe pontificale de Limoilou devait être consacrée au Prêtres, Religieux et Religieuses.C'est par centaines qu'ils remplissaient ce magnifique monument de la foi qu'est l'église de Limoilou.S.G.Monseigneur Ross officiait.Le Révérend Urbain, capucin, curé de Limoilou, souhaita la bienvenue à toute l'assistance.En termes bien sentis, il dit combien heureux il se trouvait d'adresser la parole à son distingué auditoire.Faute d'espace, nous regrettons de ne pouvoir reproduire ce discours.Sermon du R.P.Faure, O.M.l.Le sermon de circonstance avait été confié au R.P.Faure, O.M.l., qui succéda, dans la chaire, au Révérend Urbain.Comme sujet de son instruction, ce distingué prédicateur avait choisi: "L'Eueharittie et la Perfection." "L'Eucharistie," dit-il, "est le grand sacrement de la perfection, d'abord parce qu'elle produit en sur- 8 La Canadienne, Octobre 1923 abondance la grâce qui la prépare.La perfection étant la pleine possession de Dieu, Il faut à l'âme une grâce qui la purifie profondément.Cette grâce est l'horreur instiuctive du péché, effet merveilleux du don de crainte.Le -acrement de la Sainte Eucharistie la produit dans les âmes dociles parce que, par la pratique de la Sainte Communion, elle sait unir mystiquement à la crainte, au dégoût de l'agonie de Notre-Seigneur Jésus-Christ.Ces souffrances du divin Rédempteur sont celles qui ont plus particulièrement mérité l'horreur du péché qui purifie les âmes et prépare en elles la perfection.L'Eucharistie est encore le sacrement de la perfection parce qu'elle produit en surabondance la grâce qui y conduit.Dieu seul peut, par son travail intérieur, adapter l'âme et ses facultés à l'union intime avec la Sainte Trinité.Ce travail divin est d'ordniaire très douloureux pour les âmes sur lesquelles il s'exerce soit par les épreuves du dehors, soit surtout par les angoisses intérieures.Il faut une grâce de courage et de force pour que ces épreuves ' produisent leur admirable effet.L'Eucharistie est le sacrement du courage.Une preuve indirecte est celle de l'effet de la communion dans les âmes des enfants.En 1910 a paru le décret 'quant singulari." Depuis lors, les enfants ont été admis à la première communion dès l'âge de raison.Aujourd'hui, nous en recueillons les premiers fruits dans ce devoir d'apostalat qui se manifeste actuellement parmi la jeunesse de cette Province de Québec.Cette grâce de courage doit produire chez leurs aines la soumission au travail divin qui tend à les conduire à la perfection.Enfin, la Sainte Eucharistie est d'une efficacité telle, qu'elle peut établir les âmes dans l'état des parfaits.Ceux-ci sont tellement transformés en Dieu, qu'ils s'exclament, tout comme l'apôtre Saint-Paul: "je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi." Cette transformation est celle de la charité qui est devenue un feu consumant.L'Eucharistie a pour grâce sacramentelle de s'attaquer plus particulièrement à l'égoïsme et de détruire tout ce qui empêcherait l'union parfaite de l'âme avec Dieu.Que l'usage de ce divin Sacrement fasse de nous des parfaits sur cette terre de Québec sanstifiée par des fervents de l'Eucharistie: les Récollets, les Jésuites, Marie de l'Incarnation, Catherine de Saint-Augustin, Marguerite Bourgeois, Mgr de Laval, et quelques autres." Promotions de l'Université Laval pouvait à peine contenir la foule d'invités qui s'y étaient donnés rendez-vous.Un bon nombre d'auditeurs durent même se tenir debout, pendant qu'un grand nombre d'autres durent quitter l'Université sans avoir pu entrer dans la salle d'audience.Nos représentants de l'Etat étaient venus se joindre à notre clergé pour dire la grandeur et la force de Jésus-Hostie.Les orateurs de cette mémorable soirée furent S.G.Mgr Rouleau, l'hon.L.-A.Tas-chereau, l'hon.T.Chapais, l'hon.juge Rivard, M.le Commandeur C.-J.Magnan.Son Eminence le cardinal Bégin avait tenu à présider cette réunion.Nous remarquions au premier rang de l'assistance: NN.SS.Emard, Limoges, Ross, Gagnon, Brunault, Forbes; les prélats Marois, Paquin, Cloutier, La-rouche, Millot, Boulay; les honorables E.Lapointe, Dr.H.Béland, J.-E.Caron; les hons.juges Tellier, Bernier, Pouliot, Dorion ; MM.Dr.Alf.Morisset, N.Portier, J.Sirois et autres.Ce fut Mgr Gariépy qui souhaita la bienvenue aux Cette messe pontificale fut alors suivie d'une nouvelle séance sacerdotale.Réuuis dans l'église de Saint-François d'Assise, quelques centaines de prêtres écoutèrent religieusement les causeries du R.P.Archambault et de l'abbé P.Mayrand, rapporteurs pour cette réunion de lavant-midi.Manifestation de la Jeunesse à Saint-Roeh Notre jeunesse catholique avait répondu généreusement à l'appel qui leur avait été lancé par les organisateurs du Congrès.Plus d'un millier d'entre eux s'étaient donnés rendez-vous à l'église de Saint-Roch.Cette manifestation fut présidée par S.G.Monseigneur Joseph Halle, vicaire apostolique de l'Ontario Nord.Tout d'abord, un cantique à la Sainte-Vierge, puis le discours de l'abbé A.A.Godbout, curé de Saint-François d'Assise.S.G.Monseigneur Halle prit à son tour la parole.Son allocution fut écoutée religieusement.Nous en donnons ici les "grandes lignes.Comme texte de cette allocution, Mgr Halle avait pris ces paroles du Christ: "Je suis le Pain de vie." Monseigneur nous dit que trois voix proclament la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie: la voix du Ciel, la voix de la Terre et la voix de l'Enfer."La voix du ciel, c'est celle de Jésus-Christ lui-même qui dans son évangile le dit à maintes reprises.La voix de la terre, ce sont les millions de martyrs, les missionnaires et les miracles eucharistiques qui la font entendre depuis plus de dix-neuf siècles.La voix de l'enfer, c'est le blasphème contre tout ce qui touche à l'Eucharistie." C'est en faisant un vibrant appel à la jeunesse pour qu'elle augmente son amour envers l'Eucharistie, que le distingué prédicateur termina son discours.Séance Publique à l'Université Laval Tandis qu'avait lieu cette touchante démonstration de la jeunesse à l'église Saint-Roch, la salle des Inauguration et bénédiction du magnifique temple des Pères du T.S.Sacrement ** invités tout en exprimant la satisfaction qu'éprouvait l'Université à prendre une part si active à ce congrès.C'est en termes délicats qu'il présenta les orateurs à l'auditoire.S.G.Mgr Rouleau fit la preuve de la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie.Notre premier ministre provincial, l'hon, L.-A.Taschereau, après avoir exprimé le désir de voir le pouvoir civil soumis à l'autorités religieuse, donna lecture d'un message que le gouvernement provincial a adressé à S.S.Pie XI; M.C.-J.Magnan montra le devoir du paroissien envers l'Eucharistie; M.Chapais fit voir le rôle que doit jouer l'Hostie dans la question sociale; M.Rivard traita des relations intimes qui existent entre l'Eucharitie et la justice.Il montra comment la justice ne pouvait s'exercer sans Jésus-Hostie et fit allusion à la spoliation de 1870 alors que les nations laissèrent la liberté à un pouvoir d'enlever les propriétés du Souverain Pontife.Il exprima l'opinion que la paix régnera dans le monde seulement le jour où les nations auront suivi les enseignements donnés par le Pape et qu'elles lui auront rendu ses possessions.Messe de Minuit à l'Eglise Saint-Sauveur A l'occasion de l'Heure Sainte, une foule d'hommes et de jeunes gens avaient envahi l'église Saint-Sauveur.Cette Heure Sainte fut suivie d'une messe de minuit à laquelle officiait Monseigneur Limoges.Le sermon, dont le texte fut: "Demeure en moi et moi en vous," fut donné par le R.P.Binet, O.M.l., de M un i il.i La bénédiction du Saint-Sacrement terminée, en termes élogieux, le R.P.Lelièvre remercia publiquement Monseigneur Limoges d'avoir rehaussé par sa présence ces cérémonies, et la foule se dispersa au dehors tout en chantant nos vieux cuntiques de Noël.Cérémonie d'inauguration de l'Eglise du T.S.Sacrement La paroisse du Saint-Sacrement fut, dès les premières heures de cette inoubliable journée de la Grande Procession, envahie par des milliers de congressistes venus pour assister à l'inauguration de ia nouvelle église du T.S.Sacrement.Une foule trop grunde pour être contenue dans le nouveau temple, qui est cependant de grandes proportions, se pressait dans l'église haute pour assiter à cette mémorable cérémonie.Son Eminence le cardinal Bégin officiait â la cérémonie de bénédiction et prenait place au trône pour entendre la messe chantée par S.G.Monseigneur Léonard, évêque de Rimouski.Plusieurs évoques et prélats prenaient place dans les stalles du choeur et un nombreux clergé débordait dans la nef.La partie musicale fut exécutée avec beaucoup de succès par un choeur composé de chantres de la ville, sous la direction de M.l'abbé Placide Gagnon.Le sermon de circonstance fut prononcé par M.l'abbé Camille Roy.Nous regrettons de ne pouvoir reproduire cette belle pièce d'éloquence qui fut goûtée par un grand nombre d'attentifs auditeurs.Grande Procession—Clôture du Congrès Au-delà de 100.000 personnes figurèrent ou assistèrent au défilé de la Grande Procession qui a clôturé le Congrès eucharistique provincial de Québec.Depuis le matin du grand jour, les gares avaient compté une vingtaine de convois spéciaux qui avaient déversé dans la ville des milliers et des milliers de visiteurs auxquels il faut ajouter des milliers d'autres venus en automobile ou par bateau des régions plus ou moins éloignées de Québec.Toute la matinée, des groupes arrivaient de toutes parts, bannières en tète et portant drapeau de toute couleur et de toute forme.Vers l'heure du midi, tous ces participants à la grande fête de l'Eucharistie se dirigent vers les points de rassemblement qui leur ont été assignés.Dans les rues privilégiées, qui forment le parcours de la procession, c'est par milliers que la foule se presse pour attendre le passage du Sauveur.D'autres sont massés dans les estrades qui ont été érigées à divers points du parcours et sur lesquels des sièges furent mis à la disposition du public.Pour recevoir le Grand Visiteur qu'elle acclame, la population a voulu faire plus que d'assister au défilé de la procession.Des décorations ornent les édifices publics, des arcs de triomphe resplendissants s'élèvent sur le parcours de la procession, et des interminables lignées d'oriflammes sillonnent l'espace.U n'est rien qui ne proclame la divine majesté du Christ.C'est à l'église de Jacques-Cartier qu'eut lieu le ralliement de tous les corps publics et unités qui devaient prendre part à la procession.Il avait été convenu que le défilé se mettrait en marche à 1.30 hrs., mais ce n'est que vers les 2 heures que le défilé fut formé et prêt à partir.Le Défilé Le Royal 22ème régiment, précédé de sa fanfare, ouvrait la marche.Le Heut.-col.Henri Chassé, D.S.O., M.C., commandait l'unité, et le capt.Chas.O'Neil dirigeait le corps de musique.Venaient ensuite les Cadets de St-Jean-Baptiste, les élèves du petit Séminaire, ceux du collège de Levis, puis les paroisses accompagnées de leur curé respectif, avec leurs bannières et leurs drapeaux.Ce furent Lévis, St-Jean-Baptiste, Thctford-Mines, Notre-Deme-du-Chemin, St-Ambroise de l'Ancienne-Lorette, St-Romuald, Jacques-Cartier, St-Casimir de Portneuf, St-Gré-goire-de-Montmorency, St-Michel-de-Bellechasse, Stadacona, l'Ange-Gardien, Plessisville, Charles-bourg, Beauport, Montmagny, St-François-d'Assise, St-François de Montmagny, Notre-Dame de Québec, St-Coeur-dc-Marie, St-Roch, Jacques-Cartier, St-(A suivre page 32) Ces vieilles lettres l.a Canadienne.Octobre 19'.'3 par MARIE RUTH LOTI ".et te voyant apparaître au détour du chemin, mon coeur reçut un choc!.Inconsciemment Je murmurai: "c'est elle".et depuis Je t'aime follement".Ici, la jeune fille qui relisait en souriant des lettres datant de cinq années, partit d'un franc éclat de rire et A s'adressant à sa compa-gne qui écoutait d'un air moqueur, elle dit: —"Que les hommes ont donc la constance chancelante, ma chère! On jurerait que celui-ci était sincère et à l'épreuve du lendemain.et pourtant, ces billets doux sont tout ce qui reste de ce grand amour" qui devait durer au delà, de l'éternité.—Et il revient demain c e chevalier errant?interrogea Andrée Rémy, regardant fixement sa brune petite amie qui repliait mé-t h o d i q u e-ment les billets Jaunis qu'elle venait de lire à haute voix.Au ton de voix taquin d'Andrée, Yvette Prieur leva vivement sa tête* brune dont les boucles coupées court ondulaient naturellement et donnaient à s a physionomie une expression enfantine.—Tiens.tiens.pourquoi ce petit ton de voix, mademoiselle?Crols-tu qu'il y a anguille sous roche?Andrée se prit à sourire et répondit: —La vie est un imprévue, ma chère.Mais je parierais gros qu'il se prépare en ce coin, une résurrection d'idylle digne de faire pâlir d'evlne les amoureux les plus fortunés qui soient! Oh ne rie pas, mon Y von!.Je vous vols tous les deux â la deuxième rencontre.le chapitre dangereux des '"te souviens-tu", suivi d'un petit déjeuner de billets jaunis., et Cupidun qui rajuste tant peu que mal son carquois poudreux et vous décoche une flèche rouillée qui va au but tout de même.oh! la.la.mes enfants, soyez heureux! Rouge de colère, Yvette se levant toute droite, s'écria en frappant du pied: —Ce que j'y tiens à ces billets jaunis.Ils iront tous au feu tantôt pour te montrer qu'il n'y aura pas de "déjeuner de billets Jaunis".—Vas-y voir! riposta la moqueuse Andrée en se levant à son tour! • • • Le lendemain à la gare de Y., (plage très en vogue parmi les citadins Montréalais) deux jeunes filles attendaient le train rapide venant de la ville.Trois heures trente hulte minutes .un rugissement se fait entendre du coté ouest .Trois heures quarante .la locomotive entre en gare et du wagon de 1ère, sautent lestement deux Jeunes gens bronzés comme des mulâtres, les cheveux taillés en brosse, avec d'identiques petites moustaches brunes qui abritent un malin sourire tandis qu'ils inspectent la gare fourmillante à cette heure.—T'sais, constate le plus grand, qui vient d'apercevoir là-bas, deux frimousses famillières, ta dulcinée y est; comment qu'est le coeur?L'autre, qui répond au nom de Pierre et qui n'est autre que l'auteur des billets jaunis qui amenèrent l'escarmouche entre Yvette et Andrée, répondit d'un ton indifférent: —A-t-ll jamais battu?Point n'ai souvenance.—Vas-y voir!! riposte Gaston en riant.Soudain un cri retentit près d'eux.—Pierre!! Gaston!! C'est Andrée qui vient de rencontrer les deux voyageurs qui, se voyant découverts, feignent une surprise et un empressement dignes d'un premier-rôle.Après les salutations du retour, les interpellations Joyeuses qui croisent d'un groupe à l'autre, tandis que les deux couples gagnent la sortie, inconsciemment Pierre et Yvette se regardent.Devant l'insistance du jeune homme à la fixer Yvette rougit et jette d'un ton gamin à son compagnon : —Tu fais de l'histoire ancienne?Vieux jeu, mon cher.11 sourit malgré lui et répondit: —Mais non, Yvon, Je cherche à retrouver sur ton visage un peu de l'Yvon d'il y a cinq ans, et.—Et?interrompit évoqueuse, la jeune fille.—Je ne retrouve rien que.la petite fossette narquoise du menton acheva Pierre, taquin.—C'est toujours quelque chose, ça,.il y en a d'autres qui ont tout ruiné, finit Yvette, agressive.Le Jeune homme n'eut pas le temps de relever cette boutade, car Gaston et Andrée revenaient vers eux " —Que fait-on ce soir pour fêter le retour?proposa Andrée.Après délibération ils convinrent de se réunir sur la terrace de la villu d'été des Rémy pour entendre conter les exploits des voyageurs, avec accompagnement de clair de lune et de cigarettes parfumées.Puis ils se séparèrent en riant joyeusement par anticipation de ce solr-là.Il était près de neuf heures, ce même soir; Andrée, Pierre et Gaston, se taquinaient mutuellement en attendant Yvette qui tardait.La lune était vraiment en verve ce soir-là, et s'amusait à prêter des mimiques étranges aux trois hôtes joyeux de la terrace grise.Bientôt, la retardataire parut et Gaston ne put se retenir de siffler d'admiration en voyant venir la gracieuse apparition qu'elle faisait, tout de blanc vêtue, grande et mince, exqulsement jolie sous le halo troublant que lui Jetait en ce moment dame la Lune.Il se pencha vers Pierre immobile, et murmura, narquois."Oh! la tentation de me mettre à genoux—.En la voyant venir toute blanche dans l'ombre'" Pierre était à peine remis de sa stupeur, en retrouvant femme celle qu'il avait aimée enfant, qu'Yvette se penchait vers lui en disant^ —Et, on aime ma robe messieurs?Je fais de l'effet pour les voyageurs ce soir; qu'est-ce qu'on dit?acheva-t-elle mutine et coquette.Gaston plus maître de soi, se leva vivement et saluant jusqu'à terre s'exclama; —Nous sommes confondus!.Mais.moins que notre eminent compagnon qui semble être encore à Londres, au His-Majesty s, la première fols qu'il vit Ruska la fameuse danseuse russe.—Oh! firent les deux jeunes filles en s'asseyant l'une près de l'autre, dans une pose attentive, voilà les histoires qui commencent! Raconte Gaston, acheva Andrée— —Tu sais, Gaston, pas de blagues, hein?Interrompit Pierre faiblement.—Ah! Ah!, jeta Andrée, .Messire Pierrot qui craint les indiscrétions! Vas-y Gaston! —Voyons, fit ce dernier en s'asseyant confortablement, que voulez-vous que je vous raconte?Des histoires de femmes?Je vous avouerai qu'il n'y en a pas, Fit-il très sérieux, excepté.celle de Ruska et de Pierre acheva-t-il taquin.—Raconte! raconte! crièrent ensemble les jeunes filles qui riaient sous cape de voir l'air déconfit de Pierre.—Pour lors, continua Gaston dogmatique, que vos serviteurs après avoir parcouru successivement l'Italie, la Suisse, l'Espagne, la Belgique (.pays ôù ils firent escale en attendant des finance des papas d'outre-mer pour continuer) la France (d'où ils oublièrent de repartir pendant ni 'mi et l'Allemagne (où ils gagnèrent plus d'une indigestiAVi de choucroute) vos serviteurs, dis-je, arrivèrent à Londres, ville des brouillards et des dames à longs pieds.eh eh!.souliers je veux dire.par un soir de première au "His-Majes-ty's".Il plevait.Par hasard — Pierre et moi entrâmes.11 restait une loge remise au dernier moment.Nous y voyez-vous en costumes de voyage, barbus comme des petits St-.lean Bap-tistes après quelques mois de désert?C'était le soir de Ruska.danseuse russe de réputation.Le rideau, se lève sur un jardin au clair de lune; Ruska appâtait, en nymphe des bois, ravissante, fascinante, captivante.en.je l'avoue, achève-t-ll toujours narquois.En entrant sur la scène.Ruska sans préméditation lève les yeux vers notre loge et aperçoit l'ami Pierre en extase.Flattée c'est sûr, et nous reconnaissant pour des étrangers, la danseuse eut une pirouette délicieuse, et et nous adressa du bout des doigts un baiser, comme çà.tenez.èrires des jenues filles!) et tout le temps de la "performance", nous Jeta des oeillades assez encourageantes pour que notre ami Pierre aille se poster à la sortie, près de la petite porte des "étoiles"! Mais là, il en vit trente-six chandelles, mes agneaux, car lorsque Ruska apparut, notre ami avoue qu'il n'a Jamais rencontré de "vieux tableau" plus réussi! Un nez! ! mes enfants, à faire loucher d'envie un Israelite de la rue Craig.et du maquillage! ! en veux-tu en v'ià.et une chevelure qui venait c'est sûr, directement de chez Poncet!! Bref, Pierre en fit une fièvre, et durant la nuit, il en eut des hallucinations et criait comme un possédé: "Oh! ce nez!! Mais c'est la mer Rouge quand il saigne", plagiant Rostand dans son délire! Et.c'est tout, mesdames — Depuis ce temps, lorsque notre ami apercevait de loin une sillouette élégante, sceptique il fermait les yeux en disant: "Encore un "vieux tableau" j'en parierais ma pipe!" Andrée, tout en s'essuyant les yeux tant elle avait ri, remarqua : —C'est bon, ^a! Ça t'apprends, Pierre, à vouloir conter fleurette aux actrices! Le jeune homme répondit avec conviction: —Remerciez la Providence de m'avoir gkjéri à si peu de frais, plutôt! La soirée fut aussi gaie qu'elle avait débuté, et les jeunes gens se quittèrent assez tard en se donnant rendez-vous pour le lendemain, à la grève.—Dis donc, Pierre, interrogea Gaston avant de s'endormir, t'as l'air d'un Cupidon à qui les ailes repoussent ce soir.prends garde.—Vas te coucher, interrompit furieusement notre héros en faisant semblant de s'endormir énormément.—J'y suis couché, depuis une demi-heure, parbleu! On volt bien que rumour est aveugle! (V la suite page 2j) 10 I.a Canadienne, (Jrtobre 1928 CONTE BLEU VtHigt ! voici que frissonne L'espaci comme un grand baiser, Qui ion de naître pour personne Xe peut jaillir ni s'apaiser.S.MALLARME.I Quand il fut en âge de quitter l'école, James Webster entra dans les bureaux de la savonnerie Moonlight, importante maison dont le personnel, nombreux comme celui d'un ministère d'Etat, occupait tout un grand immeuble de la Cité, à l'ombre de la cathédrale Saint-Paul.Comme il ne conceva-t d'autre ambition que de travailler toute sa vie pour la maison Moonlight, James Webster — Jim.ainsi que l'appelaient familièrement ses collègues — était parfaitement heureux : à périodes fixes, il franchissait un éorielon qui relevait dans la hiérarchie des employés, et une augmentation de ses appointements récompensait l'exactitude de ses services.Son existence était parfaitement réglée.Chaque matin, à ntuf heures et quart, Jim descendait du train à la gare de Liverpool Street.A neuf heures et demie, il passait ses manches de lustrine et s'asseyait devant sa table.Chaque soir de semaine, sauf le samedi où l'on avait congé l'après-midi, il partait à cinq heures, et, par le chemin de fer qui l'avait amené, regagnait la petite maison de Forest-Gate, dans la banlieue est de Londres, où il demeurait avec sa mère, ses frères et ses sœurs.— une petite maison de briques rouges, semblable à toutes ses voisines bien alignées derrière un jardin minuscule, et qui font à la ville immense une ceinture monotone et infinie.Son enfance s'y était écoulée.Sa mère, veuve d'un fonctionnaire colonial mort aux Indes, élevait bravement, avec l'aide d'une petite servante, ses trois garçons et ses deux filles.Elle avait connu des jours difficiles; Inais maintenant que James et Arthur, ses deux aînés, travaillaient, l'aisance s'était accrue.Le cadet était encore à l'école, ainsi que ses deux sœurs, deux jolies filles qui semblaient avoir pris pour elles seules toute la part de beauté dévolue à la famille.Les garçons, en effet, et James plus encore que ses frères, étaient fort laids: mais l'aspect simiesque de son visage n'avait jamais troublé le jeune homme, non point qu'il fût fat et toujours content de soi, mais parce qu'il soupçonnait à pein^ qu'un garçon de vingt-quatre ans pût tirer avantage d'un physique agréable.Et comme il ne s'était jamais trouvé le loisir de philosopher, il n'avait encore, jusqu'à ce jour, médité sur l'originelle inégalité des hommes auxquels la nature accorde, à l'étourdie, aux uns un charme séducteur, aux autres une épouvantable disgrâce James ne passait devant un miroir que le temps nécessaire pour faire sa barbe: il n'observait de sa mine ensavonnée qu'une apparence joviale de force et de santé; et la laideur de sa face le laissait insouciant, ou.pour mieux dire, il acceptait sans révolte et comme une par RENE DUMESNIL chose indifférente d'être doté de joues épanouies et roses, d'yeux ronds et à fleur de tête, sous un front énorme prolongé par un gros nez, et surmonté d'une tignasse crépue.Pourtant, un soir de mai, il avait appris que certains mots tendres, quand ils sont dits par une bouche troo lippue, perdent leur sens et font rire au lieu d'émouvoir.Mais, si l'aventure l'avait fort dépité dans le moment, il en avait quand même et bien vite pris son parti.Et s'il enviait encore les jeunes hommes marchant auprès d'une jolie fille, et, sans rien lui dire, rêvant avec elle du bonheur d'être amoureux, au moins ne souffrait-il pas outre mesure de n'avoir point comme eux un "doux cœur" pour y épancher le sien.Au surplus, le célibat lui paraissait très acceptable: une existence partagée entre la famille et le bureau, quelques jeux de plein air pour divertissement, c'était un idéal d'autant meilleur qu'il semblait parfaitement raisonnable et facilement accessible.Féru de criket, il passait ordinairement à lancer des balles les après-midi des samedis.Et ces soirs-là, heureux et recru, il prisait mieux encore que de coutume le talent culinaire de la maman Webster, habile à préparer de substantielles gâteries.Quant aux dimanches, le service religieux, les chorals de Haendel chantés autour du piano, la lecture des revues illustrées, ou bien, à la belle saison, de longues promériades en canot sur la Tamise, suffisaient à les remplir.Ainsi, dans la quiétude familiale bien rarement troublée.James Webster vivait heureux et sage, et c'est avec une sincérité parfaite qu'il remerciait Dieu de lui avoir donné, dès cette vie, un avant-goût de la paix promise aux hommes de bonne volonté.II Ce sage, pourtant, avait une passion: partir chaque été pour "dépenser" ses vacances sur quelque plage.Lui qui, durant onze mois, n'eût point quitté sans motif impérieux la petite maison de Forest-Gate, s'en allait le premier samedi d'août, joyeux comme un conquérant, revoir la mer.Longtemps à l'avance, il préparait son voyage, ne laissant rien au hasard: dès la fin de juin, en homme prudent et économe, il compulsait les indica teurs et les guides, correspondait avec les vieilles dames qui dirigent les pensions de famille, balançait les avantages offerts, comparait les prix, pesait les inconvénients soupçonnés, et, son choix arrêté, jouissait par anticipation de tout le plaisir qu'il s'en promettait Les premières chaleurs et le "glorieux" soleil du solstice excitaient son désir de quitter les rues torrides de la Cité.Alors, les journaux illustrés, le Mirror, le Sketch, se faisaient complices de sa hâte: on y voyait en première page des groupes joyeux barbottant sur les grèves.L'imag» de ces joies prochaines rendait interminable le temps qui l'en séparait; et peut-être, à ce moment, le travail de James Webster se ressentait-il de son impatience.Sur le pont du vapeur qui l'emmenait vers Ryde, en août 1912.James, les mains dans les poches, la casquette enfoncée jusqu'aux oreilles, sifflait gaiement.Pour la première fois depuis son entrée dans la maison Moonlight, il allait disposer d'un mois entier.Et, récapitulant tous les bonheurs que peuvent contenir trente lournées de liberté, il goûtait pleinement le premier de tous, celui du voyage, et ne se lassait pas de regarder.Le paquebot traversait la rade de Spithead.Devant lui.les clochers et les villas de Ryde noyés dans la masse du feuillage s'encadraient au loin entre les hautes falaises de l'Ile couronnée de verdure.Vers l'arrière, la côte plate et basse du Hampshire allongeait de chaque côté de la passe la ligne gris-jaune de ses sables.Dans l'axe du sillage, le gréement archaïque du Victory de Nelson, séparant les deux villes jumelles de Gosport et de Portsmouth, disparaissait lentement.Tandis que s'effaçaient les détails, les mâts trapus des navires modernes amarrés dans les bassins militaires émergeaient au-dessus des toits et profilaient leurs formes géométriques et nettes sur le fond sombre, au lointain, des South-downs.La lumière se jouait dans l'écume et les embruns soulevés par les aubes.La brise fouettait les visages, gonflait les manteaux, sifflait dans les drisses el les manœuvres, arrachait au couronnement des cheminées une spirale de fumée vite évanouie dans l'air pur.Le pavillon claquait avec un bruit incessant d'étoffe déchirée.Des voiles blanches, glissant au ras de l'eau, évoluaient parmi les coques uniformes et grises des cuirassés à l'ancre.Le mouvement ininterrompu des vedettes et des paquebots peuplait la rade.Plus loin, à droite, vers Cowes, au pied des hauteurs boisées d'Osborne, une flottille de yachts aux acrènes blanches dormait immobile sur les flots calmes de la baie.A gauche, vers la haute mer, les forts de Spit et de No-mans-Land.Ilots artificiels de ciment et d'acier, semblaient de gigantesques bouées flottantes.Le vapeur accosta l'appontement de Ryde.Une passerelle fut jetée, puis les grues et les mâts de charge enlevèrent les bagages.James gagna le train rangé sur la jetée.Une h"ure plus tard, il arrivait à Shanklin.III Là, comme à Londres, la vie de James Webster fut parfaitement réglée.Pour ne rien perdre de son temps, il avait ordonné jusqu'à la flânerie.Levé dès sept heures, il descendait à la plage, tète nue, vêtu légèrement, son maillot et sa serviette de bain jetés sur l'épaule.Dans l'escalier taillé a même la falaise qui conduit à la mer, il rencontrait d'autres baigneurs.Avec eux, James nageait un long moment, puis remontait par un détour vers le village.Le chemin serpentait le long d'un ruisseau dans la verdure et brusquement s'ouvrait à droite sur la large promenade La Canadienne, Octobre 1923 if de Keats' Creen.Là, James s'assevait sur un banc, bourrait sa pipe et songeait béatement.Devant lui, sur l'arête de la falaise à pic.une ht\" touffue d'hortensias formait une épaisse muraille fleuri": à ses pieds, hôtels et villns, serrés contre la paroi de granit: au delà, l'esplanade et la mer Dans l'air calme du matin le soleil évaporait la rosée des pelouses.James goûtait une paix infinie.Sa pensée allait vers la maison de Forest-Gate.A ce moment, sa mère et ses sœurs vaquaient aux soins du ménage.Bientôt toute la maisonnée, sauf Arthur moins heureux - allait partir pour passer ouelqu'-s jours chez un parent, fermier dans les Midlands.Au retour, une autre année naisihle et laborieuse commencerait, toute pareille sans doute à ses devancières.Betty, l'aînée des deux sœurs, quitterait bientôt l'écol"; peut-être ne tarderait-elle pas à se marier Et lui-même, James, peut-être aurait il quelque jour aussi son propre foyer La demie de huit heures tintnit à l'église Saint-Sau veur-de-la-Falaise arrachait James à sa flânerie.Alor il regagnait sa chambre pour s'habiller.Quand il descendait, il trouvait tous les hôites atten dant dans le jardin les coups de gong annonçant le pre mier déjeuner.Il y avait là, rassemblés dans ce coin et regardant la mer que laissait voir une large échan-crure ménagée dans la haie vive, deux familles anglaises, un vieux ménage américain, des Allemands, un Belge, un Français, — un raccourci de l'humanité.Sous un vernis de civilisation presque uniforme, les caractères propres des races et des individus se devinaient.La franchise de James Webster était sympathnue à tous.Il entendait la plaisanterie et savait y répondre sans froisser personne, mais non parfois sans finesse.Les conversations engagées dans le jardin continuaient à table: des variations sur le temps et l'état de la mer accompagnaient par tradition le premier service.Avec les œufs, arrivaient les journaux de Londres; alors on commentait les nouvelles: la veille, dans la Cité, il avait fait une chaleur si forte qu'un juge avait osé siéger sans perruque, — fait inouï dans l'histoire judiciaire.Que l'on devait envier James, à la maison Moonlight!.Tantôt, il expédierait à ses collègues un lot de cartes postales célébrant le doux climat de l'Ile Après la dernière tasse de thé, la maison se vidait jusqu'au second déjeuner.Le Parisien et le Belge, tous deux célibataires aussi, s'étaient liés avec James.Bien qu'il n'entendit pas un mot de français et que ses nouveaux amis parlassent un anglais assez médiocre, leurs relations n'en souffraient point.James les questionnait sur le continent qu'il ne connaissait pas et qui lui paraissait de mœurs plus étranges que les contrées fabuleuses dont son père, jadis, lui contait les merveilles, mais où l'on vivait au moins selon les coutumes anglaises.Ses étonnements réjouissaient ses amis, appliqués à lui démontrer l'erreur de ses préjugés.Mais il gardait au fond de lui-même un doute sur la vérité de leurs récits.Souvent ils louaient un canoë et côtoyaient le rivage pour se mêler aux baigneurs.Quand ils s'étaient suffisamment amusés à ces jeux, ils dirigeaient l'embarcation vers le large, doublaient la jetée-promenade ou bien allaient voir relever les casiers à homards que les pêcheurs visitaient.L'après-midi se passait en excursions à pied.Parfois des jeunes filles les accompagnaient.En moins d'une semaine, ils avaient escaladé déjà tous les sommets environnants, grimpé sur les falaises et parcouru les vallées.Ils rentraient fourbus, changeaient en hâte de vêtements pour le diner, puis achevaient la soirée sur les greens, au concert.Dans l'air tiède du crépuscule, les fleurs des jardins semblaient plus odorantes.Ils restaient sans rien dire, appuyés à la balustrade, devant les flots dont le murmure adouci montait jusqu'à la terrasse.Tandis que mourait lentement le jour, l'eau se nuançait de larges taches sombres, ou bien reflétait des lumières scintillantes.Parfois, des forts de Sandown, un projecteur allumé soudain fouillait l'horizon, promenant sur la baie un mince pinceau de rayons, et la silhouette d'un navire apparaissait brusquement au large dans un halo doré, puis tout rentrait dans l'ombre.Le concert terminé, le silence et l'obscurité complices de l'amour s'étendaient sur Keat's green.En bas, sur l'esplanade, des acteurs chantaient et dansaient sur des tréteaux en plein air.Au loin, les éclats des phares trouaient la nuit.Des couples enlacés passaient.Alors James se sentait envahi d'une langueur extrême.Il soupirait, et suivait la foule qui, lentement, s'écoulait.IV James, qui tout d'abord avait recherché toutes les distractions bruyantes et naïves de la plage, semblait maintenant les fuir.Ses amis essayaient en vain de l'entraîner: il demeurait à contempler l'Océan.Quand il passait près d'un couple, il éprouvait une sorte de malaise et détournait les yeux.En son cœur naissaient des désirs tumultueux et imprécis; un immense besoin de tendresse l'amollissait.Le parfum des fleurs, la voix de la mer dans la nuit calme le troublaient confusément.Il retrouvait des sensations puériles, retenait avec peine des larmes venues sans cause au bord de ses yeux.Les nerfs tendus, il marchait sous les arbres, et la brise agitant les feuilles le faisait tressaillir comme eût fait une caresse.D'en bas, lui parvenaient des bribes de refrains où revenaient des mots d'amcnir obsédant et doux et qui, pour monter jusqu'à lui, semblaient s'être allégés de leur banalité.Un soir qu'il restait seul ainsi, il ne vit pas venir le Français.— Eh bien ! mon cher, vou* rêvez donc à la lune, comme les amoureux ?Le mot amoureux lui fit l'effet d'un choc.Il rougit et ne répondit point.Son ami l'entraîna.Comme ils passaient près d'un lampadaire, James tourna la tête pour cacher son trouble.Amoureux, certes, il l'était, mais sans objet précis.Les paroles de son ami le lui révélaient soudain.Le Français, devinant cet embarras, n'osait poursuivre.Ils rentrèrent en silence.Pour la première fois de sa vie, James ne put s'endormir.Il revoyait tous ces couples heureux d'un bonheur inconnu de lui.Il imaginait de tendres idylles où l'on s'en va la main dans la main et où les lèvres se joignent comme dans les romances .Il tâchait à préciser, sans y parvenir, l'image d'une jeune fille.Elle avait passé les vacances précédentes à Southsea dans la même maison que lui: il croyiit l'avoir revue la veille sur la digue; sûrement il ne s'était pas mépris.C'était bien elle, sans doute possible, mais l'enfant dont il avait garde le souvenir était devenue femme, ses traits s'étaient affinés, et pourtant il avait reconnu le clair regard de ses yeux bleus, le nez court et droit comme celui d'un jeune faune, les cheveux blonds sous le grand voile flottant autour du chapeau.Dans ce hasard, il vit l'intervention de la Providence, et, brave tout à coup, décida de lui parler le lendemain même.Dans la matinée, il parcourut la plage, poussa très loin vers Sandown, revint du côté de Ventnor, scrutant les tentes alignées sur la grève et ne put l'y découvrir.Il remonta dans la ville et continua de chercher parmi la foule flânant aux étalages.Il tressautait à l'appel des timbres que faisaient tinter les cyclistes pour demander passage, et hâtivement les dévisageait, en vain.Des chars à bancs venus de tous les pjints de l'île arrivaient au grand trot de leurs quatre chevaux secouant leurs grelots.Perchés sur chaque voiture, des hommes en livrée écarlate, suspendus d'une main à une courroie, soutenaient de l'autre une longue trompette droite et sonnaient des fanfares.Les touristes, descendus près de la poste, se rép indaient dans les rues, tandis que les postilions en quête d'amateurs vantaient les merveilles d'Osborne, le château de Carisbrooke, la prison de Charles 1er et la roue que meut un âne, enfermé comme un écureuil, piur faire monter l'eau du puits.Vers midi, James aperçut enfin la jeune fille: elle se hissait sur un coach qu'il ne put rattraper.Il courut au bureau d-;s excursions et s'enquit de l'heure où les voitures rentraient.Le soir, quand apparut l'équipage qu'il guettait au tournant du chemin, et qu'il reconnut parmi les voyageurs la forme blanche et le voile bleu qu'il espérait, James eut envie de s'enfuir.Mais déjà elle était devant lui.— Oh ! Mr.Webster ! vous êtes ici ?— Oui, depuis une semaine.Et vous aussi, miss Smith ?— Depuis hier.Nous sommes, mon beau-frère, ma sœur et moi, aux Cèdres pour une quinzaine.Je suis allée cet après-midi à Bemb^idge et à Ryde.Quel temps merveilleux et quel beau pays ! .Demain, nous irons à Ventnor par le Landslip et Bonchurch.Vous devez connaître la route puisque vous êtes arrivé avant nous.Voulez-vous nous y mener ?Il accepta et la reconduisit.Le lendemain, dix minutes avant l'heure fixée, James était au rendez-vous.Miss Kathleen Smith, sa sœur et son beau-frère vinrent exactement et dirent à James tout leur plaisir de le retrouver cette année encore.On partit.Dès que furent dépassées les dernières maisons, James fut accaparé par le beau-frère de Katlheen, fila-teur dans le Lancashire, qui commença de discourir sur la politique.De temps en temps, il fallait franchir des barrières maintenant les troupeaux dans les pacages.Çà et là, des bouquets d'arbres s'élevaient parmi les bruyères roses.Ils descendirent dans le fond d'une vallée, remontèrent le versant opposé, puis pénétrèrent sous un bois de chênes.La mer apparaissait au loin, à chaque clairière.Parfois des roches chaotiques se dressaient au milieu de troncs morts enserrés de lierre.L'homme, insensible à la beauté du paysage, parlait " du privilège exorbitant des lords," voyait dans leur veto la survivance d'un droit féodal intolérable chez une nation moderne; il déplorait les armements maritimes de l'Allemagne dont il aurait fallu, au premier prétexte, écraser dans l'œuf les flottes naissantes; il s'exaltait à propos des projets de loi sur les assurances et les retraites, prophétisait l'autcncmie de l'Irlande et l'avènement du parti travailliste.Son éloquence submergeait James dont les yeux ne quittaient point Kathleen.Il ne se souciait guère de la dernière victoire électorale des unionistes ou du discours de Lloyd George, et répondait oui ou non au hasard; mais le politicien, tout heureux d'avoir rencontré un auditeur aussi patient, continuait.Il avait abordé les grands problèmes coloniaux.Etait-il sage d'accorder aux Dominions une indépendance presque absolue ?Les possessions d'outre-mer ne manqueraient pas d'en tirer avantage contre la métropole.Ne convenait-il pas au contraire que celle-ci maintint fermement son hégémonie ?Déjà les nations envieuses voyaient avec joie les signes avant-coureurs d'une désagrégation de l'empire Les lieux communs puisés dans les magazines hebdomadaires se succédaient.Le filateur était intarissable On atteignit les premières maisons de Bonchurch, qu'il n'avait pas Iini.Les femmes voulurent prendre le thé.Elles visitèrent la vieille église pendant qu'on le préparait, puis s'attardèrent à donner du pain aux cygnes, sur l'étang en face de l'auberge.Une mouette captive sautillait, l'aile coupée On s'aperçut alors qu'il était trop tard pour revenir à pied et l'on décida de gagner rapidement Ventnor et d'y prendre le train de six heures.James dut abandonner l'espoir d'un tête-à-tête avec Kathleen pour ce jour-là.La bande s'entassa dans un wagon de troisième classe plus qu'à demi plein déjà.On se sépara en se promettant d'aller le surlendemain au bois d'Appuldurcombe.James avait le sentiment d'avoir perdu sa journée.Cette occasion manquée se retrouverait-elle ?Il refusa l'offre de ses amis qui voulaient l'emmener au concert, se coucha tôt.dormit mal.et se leva le lendemain de fort méchante humeur.a V C'était un dimanche.Dès qu'il eut déjeuné, James Webster se rendit à l'église, mais il n'y vit pas Kathleen.Il la chercha vainement parmi les badauds groupes pour voir défiler devant le portail les jeunes gens d'une colonie de vacances.Des fifres les précédaient, jouant l'airdc Guillaume Tell."Toi que l'oiseau ne suivrai pas," que les cu-vres reprena'ent.Un tambour-major, g'gantesque et chamarré, lançât très haut sa canne, la rattrapa't, exécuta't des moulinets, puis marchait à reculons en marquant la mesure.La troupe suivait: c'étaient de misérables enfants du quartier de Deptford, l'un des plus pauvres de Londres.La pensée de revoir Kathleen et de lui parler bientôt empêcha James de s'apitoyer sur ces jeunes garçons rachitiques et souffreteux.Il s'en fut vers un attroupement dont émergeait un homme tout de noir vêtu et qui portait une petite croix de drap blanc cousue sur le plastron de sa lévite, boutonnée jusqu'au menton.Du haut d'une chaise, l'homme haranguait la foule, et de son discours confus, les mots de Christ, de salut et d'âme, fortement accentués, parvenaient seuls aux derniers rangs de ses auditeurs.Là non plus James ne rencontra pas celle qu'il charchait.Alors il remonta vers Keats' Green.Une foule endimanchée s'y promenait; les femmes passaient, comme à la parade, (devant une double haie de spectateurs assis sur des fauteuils pliants le long des hortensias en fleur.Il ao.'rçut enfin Katheen.Elle avait une robe blanche et un grand chapeau garni de roses, et venait seule vars lui.— Je vous cherchais, lui dit-il en l'entrainant vers le bout de la promenade moins encombré.Il lui proposa de s'asseoir.Elle accepta.Mais alors, il ne sut plus rien dire.Elle paraissait gênée autant que lui et n'encourageait point les confidences.Enfin 1 s'enhardit: — Je voulais vous dire combien j'ai été heureux de vous retrouver cette année, vous savez .— Moi aussi, j'ai eu plaisir à rencontrer quelqu 'un de connaissance dans ce pays où nous n 'avons pas d'amis II répéta: "Oui, j'ai été très heureux, vraiment très heureux"; puis il rougit, ouvrit la bouche comme s'il eût voulu parler encore, et.ne trouvant rien, regarda Kathleen et reconnut sur le visage de la jeune fille l'ironique sourire dont une autre avait accueilli sa première tentative amoureuse, un soir, dans le train de Forest-Gate.Alors il se leva, balbutiant: — Excusez-moi .je dois rentrer.Il partit à grandes enjambées sans savoir où il allait.Une douleur indéfinie l'accablait, dont il ne souhaitait pas cependant s'alléger.Il échoua sur un banc.Une femme qui poussait une voiture d'enfant vint s'asseoir auprès de lui.Le petit s'éveilla; elle le prit dans ses bras pour le bercer.Elle murmurait de petites phrases tendres, des mots tout pareils à ceux dont la maman Webster et Jim lui-même usaient pour endormir Aurora.James sentait sa tristesse se résoudre en une sorte de pitié vague et de douceur universelle.U eût souhaité de rencontrer à ce moment un compagnon d'infortune pour le plaindre et pour être consolé lui-même.Comme ia poupée du marmot était tombée à terre, il la ramassa et, la posant sur la voiture, en prit prétexte pour engager la conversation.L'enfant le regardait de ses yeux étonnés.James fit un effort pour sourire et se pencha vers lui.Alors, de ses petits poings soudain crispés, le petit le repoussa, et, terrifié, détournant la tête, se blottit en pleurant dans le giron de sa mère.D'un coup, James fut saturé d'amertume.Pourquoi tous les êtres et les plus innocents eux-mêmes le repoussaient-ils ?Personne ne se montrerait donc secourable à sa détresse ?C'était là, il le voyait bien maintenant, l'obstacle au bonheur dont il rêvait.11 traverserait la vie sans que personne soupçonnât jamais qu'il fût autre chose qu'une manière de bouffon.Si les femmes le supportaient auprès d'elles, ce serait toujours comme une sorte d'être sans sexe, un camarade dont on peut accepter de menus services, dont on s'amuse qu'il soit jovial, mais dont la présence importune, dès qu'il fait mine d'abandonner son rôle.Un rôle, oui, c'était cela qu'il lui faudrait jouer tout au long de son existence, et cacher soigneusement, refouler au plus secret de son âme ce qu'il était permis à tous les autres de laisser deviner: l'immense besoin de tendresse dont il sentait son cœur gonflé.VI Quand il descendit à l'heure du dîner, James trouva de nouveaux hôtes arrivés dans l'après-midi: trois femmes, la mère et les deux tilles, occupaient une petite table derrière la sienne.Après le repas, l'ainée prit le bras de sa mère, et celle-ci, discrètement, la guida: la jeune fille ét%i\.aveugle.(V.la suit.*, narje 2?) 12 1 i Canadienne, Octobre 1923 Home Pattern 3487.— Manteau en deux longueurs, pour dames et Jeunes filles.Tailles 16 ans, 5% verges tissu de 36 pouces ou 3% verges tissu de 54 pouces de largeur; 12H verges de bordure et une bande de fourrure, 1% verge de lon-geur par T1 pouces de largeur.Prix 36 cents.Home Pattern 3326 — Robe d'une seule pièce qui se passe par-dessus la tête, pour dames et Jeunes filles.Tailles 14 et 16 ans, 36 à 44.Taille 36, 3% verges tissu de 36 pouces ou 2H verges tissu de 54 pouces de largeur et 4 verges de bordure.Le contour de la robe est de 1% verge.Prix 35 cents.Décalquable 14980, 30 cents.Home Pattern 3000.— Manteau-Sweater, pour dames et jeunes filles.Tailles 16 ans, 36 à 48.Taille 36, 3% verges tissu de 44 pouces de largeur et % verge de 12 pouces de couleur différente.Prix 35 cents.3385.— Knickers, pour dames et Jeunes filles.Tailles 116 ans.28 à 36 pouces tour de taille.Prix 25 cents Home Pattern 3519.— Manteau pour dames et jeunes filles.Tailles 16 ans, 36 à 40.Taille 36.1 % verge tissu de 36 pouces de largeur et 5 verges de bordure.Longeur au centre est de 24 pouces.Prix 30 cents 360S.— Blouse qui se passe pardessus la tête et ouvrant en avant, pour dames et Jeunes filles.Tailles 16 ans, 36 ft 42.Taille 36, 2V4 verges tissu de 36 pouces de largeur et là',i verge de bordure.Prix 30 cents 3090.— Jupe droite, pllssée d'une seule pièce, pour dames et Jeunes filles.Cette jupe ouvre en arrière.Tailles 16 ans.26 à 34.Taille 26, 3% verges tissu de 36 pouces ou2% verges tissu de 54 pouces de largeur.Prix 30 cents.Home Pattern 3750.— Blouse-manteau, pour dames et Jeunes filles.Tailles 16 ans, 36 a, 46.Prix 30 cents.3481.— Jupe pour dames et jeunes filles.Tailles 16 ans, 28 à 36.Prix 30 cents.En 36 tour de poitrine et 36 tour de taille, 1% verge tissu de 54 pouces de largeur et 1 % verge de 40 pouces de couleur différente.Home Pattern 3820.— Cape pour dames et Jeunes filles.Tailles, petite, moyenne et large.Taille moyenne, 4 verges tissu de 36 pouces ou 3 % verges tissu de 40 ou 44 pouces de largeur.Prix 30 cents.3761.— Robe ù, taille légèrement longue, pour dames et jeunes filles.Tailles 16 ans, 36 ft 42 pouces tour de poitrine.Taille 36, 3V4 verges tissu de 36 pouces 3% verges de 40 pouces ou 2% verges tissu de 54 pouces de largeur.Prix 35 cents.Home Pattern 3620.— Manteau-Cape, pour dames et jeunes filles.Le bas de ce manteau peut être rond ou a, pointes, avec ou sans col.Le col du manteau est convertible, les manches "raglan" en deux pièces ont des poignets tournés.Talnlles 16 ans, 36, 40 et 44 pouces tour de poitrine.Taille 36.6 verges de 40 pouces.SVt verges de 44 ou 4 H verges tissu de 54 pouces de largeur et 1% verge tissu de 36 pouces de largeur pour la doublure de la cape.La bande de fourrure sera de 1% verge de longeur par 10 pouces.Prix 35 cents. La Canadienne, Octobre 1928 I Home Pattern 3510.— Robe a taille légèrement longue, pour dame ou femme de petite taille Tailles 12 à 20 ans.Taille 16, 5% verges tissu de 40 pouces de largeur et 7% verges de 5 pouces d 35 cents.Home Pattern 3430.— Robe .tune seul, pièce, pour enfants.Les munches longues avec poigie^s peuvent être courtes, si on le préfère.Cette rolie ouvre en avant, au col Tailles 6 à 14 ans.Taille s.2V4 verges tissu de 36 pouces ou 1% verge tissu île 42 ponces de largeur et Vi verge de 27 pouces de couleur différente.Prix 25 cents.Home Pattern 4021.— Kobe Jumper, poUI enfants.Cette robe peut être sans ci inline.I.a guimpe séparée ouvre en avant et est retenue a la taille par un élastique Taille 2 à 10 ans.Taill.S.1 % verge tissu de 32 pouces ou 1% verge tissu de 42 pouces de largeur et 1% verge de 35 poutM s de couleur ilifférenle.Prix 25 cenls.Home Pattern 3581.— Robe jumper, il un i - • l « -pièce, pour enfants.Cette robe se passe pai*ô> la tête et a deux longueurs de manches.Tailles 6 ù 14 ans.Taille 8.1 verge tissu de 36 pouces de largeur, 1% verge de bordure et 2\ verges de ruban pour la ceinture.Pour la guimpe il fau-• lia 1 Vi verge tissu de 32 pouces de largeur et 1% verge de garniture Prix 25 cents. Page manquante Page manquante 14 l,a Canatlfcnxe, Octobre i :»•.>;{ 14983 — Service pour lunch.Point-croisé.La broderie est noire sur toile blanche.On peut substituer la broderie noire par une autre couleur ou par une combinaison de couleurs différentes, tels que: rouge et noir., bleu et jaune, ou bleu, rouge et noir.Pour un vivoir ou une t'iblothèque, ce dessin se fera sur de la toile écrue.Le patron contient la nappe du centre, 56 x lfc pouces et € petits napperons.11 x 1* pouces.Prix 40 cents.BANDES ET MO IÏFS POINT-CROISÉ 14ss1 — Bordure.Point-croisé.Le patron donne 3 verges tie bordure de 2Vfc pouces île largeur.Ce dessin se fait sur les serviette», dessus de buffets et tabliers d'enfants.Prix cents.1453s — Sept bordures étroites, pour serviettes.Chaque bordure a une verge de long.Trois doivent se faire à point de reprise, une a point de boutonnière et plumetis.une autre, festonnée et à l'anglaise et les deux autres que nous voyons dans la vignette doivent être à point-croisé.Prix 25 cents.14974 — Dessin point-croisé.Pour couverture de chaise.On trouvera dans le patron, 1 carré de 16 pouces et une bande de 1 verge par 2\ pouces qui servira soit pour le dos d'une chaise ou le bout d'une écharpe.La broderie peut être de plusieurs ou d'une seule couleur.Le rouge et le noir produit de l'effet.Le bleu, le vert ou le rouge et bleu s'adaptent bien pour la toile de table Le patron contient les bouts et 6 dos de chaise.Prix .10 cents Huit» de faire le polnt-croise < Point de chausson Cet ouvrage se fait de deux points d'égales longueur se croisant à angle droit.Les points doivent être faits sur le dessin allant dans la même direction puis revenir dans la direction opposée en croisant les points sur ceux déjà faits Pour chaque point faire attention à ce que l'aiguille prenne une même quantité d'étoffe, en haut comme en bas.Ce point contrairement au premier se fait de gauche à droite.* H9«; — «.n bas) Bordure étroite et dessin.Point croisé.Pour dessus d'oreilier 27 \ 19 pouces, napperons, ou rideaux, etc.Le fond sera fi point rte reprise.Le patron contient deux décalquable*.Prix 50 cents.pour T rot*:», oiouj-i-i- ei loue oe rrienaae, ce dessin eat tout 4 fait Joli quand 11 est travaillé —i noir »ur un fond blanc, écru ou bleu, ou encore mieux avec des • ouleura Bohémiennes, rouge, jaune, bleu et noir Le patron contient une bordure de i verger de longueur par 2 pouces de largeur et 2k motifs, I x Z % pou'-es Prix cent» 149S1 i .'i gauche) Dessin fi point-croisé pour couvre-pied ou écharpe.Le patron contient 4 motifs.24 x 7 ::4 pouces et une bande •« pouce «le largeur pour la courtepointe.Prix IÎH eenls.14859 — (a gauche).Dessin.Point-croisé.Le patron contient 2 décalquables et une planche rte couleur.Ce dessin qui est de 21 pouces s'emploie .cur napperons, serviettes, oreillers, sais on tabliers.Prix :10 cents.15087 — Dessin.Point Croisé.Se fait généralement pour lunch.Jetée de table, robes pour femmes et enfants, etc.Le patron contient 1 bordures, de 1H a % pouces de largeur; iussI S colriH.h répétitions et 8 motifs lolKeaux).Prix .15 cents. I.a Canadienne, Octobre 1923 1!> 14734 — Couverture d'oreiller pour enfant Le patron contient un décalquable pour oreiller, 1 s x 14 % pouces.La broderie est en solide et A l'anglaise, les bords sont festonnes et l'oreiller est en toile fine.Prix 25 cents 14828 — Dessus d'oreiller, pour Bébé.Le patron contient 2 dessins du feston pour le devant de l'oreiller et 2 rangs de feston pour le dos.Cet oreiller a 14 pouces de longueur, on peut, si on le désire, lu faire plus longue La broderie est à l'anglaise pour les petits points, en broderie relevée pour les fleurs et les feuilles et le bord festonné et rembouré.Prix 3U cents.14733 — ("ouverture pour voiture d'enfants.Le patron contient assez de bordure festonnée pour une couverture de voiture de 33 x 36 pouces de largeur, avec un rabat de 6V4 pouces.Elle se brode à l'anglaise et broderie relevée pour les fleurs et les feuilles et le feston à point de boutonnière pour appareiller l'oreiller No.14S2S.Prix 30 cents.14714 147-?.6 si n **t 14467 — Bonnet brodé1, patron pour de* coupe.Un* seule pointure, 25 cents.14516 — Chapeau, t'ne seule pointure.Prix, 25 cents.14714 — Bonnet pour Bébé.Pour un enfant d'un an.25 cents.14863 1451* 14 726 — Chapeau de Bébé.Une pointure.Prix 25 cents.14863 — Chapeau d'enfant.20 pouces de circonférence.30 cents.14864 — Chapeau d'enfant.20 pouces de circonférence.30 cents.14829 — Couverture pour voiture d'enfants Le patron contient assez de bordure festonnée pour une couverture de voiture de 33 x 36 pouces de largeur, avec un rabat de 6% pouces.Elle se brode à l'anglaise et broderie relevée pour les fleurs et les feuilles et le feston a point de boutonnière pour appareiller l'oreiller.No.14S2S.Prix 30 cents.14716 — Deux dessins de petits chaussons pour bébé.Le patron contient 2 grandeurs — trois et six mol».Ces Jolis petits chaussons peuvent être en piqué, soie cordée, drap ou #n peau.Prix 25 eents.14936 — Oreillers pour Bébé.Ce patron contient 2 décalquables.17 x 13 pouces de hauteur.Une oreiller a les bords festonnés avec dessin au centr*.l'autre est unie monogramme .ou Initial l'rix 30 cents 14464 — Dessins pour petits chaussons de Bébé.Ces chaussons sont en toile, drap ou soie cordée.Le patron contient un décalquable pour une paire de chausson, les semelles sont de 4\ pouces de long.Il n'y a qu'une grandeur.Prix 25 cents 14937 — Couverture pour voiture d'enfants Ce Joli dessin appareille l'oreiller pour enfants 14936.Elle est en piqué, toile fine, ou batiste Cette couverture a 21 pouces de largeur et 37 pouces de longueur avec le feston.Prix 30 cents. 20 La Canadienne.Octobre 1 i>'jy Les fruits succulents de l'automne Servent à préparer une variété de mets délicieux ,A fin de l'été rappelle à la cuisinière qu'avec lea beaux Jours de la saison disparue sen sont allés les délicieux fruits rouges qui.pendant les mois de juin, juillet et août jouèrent un rôle important dans la préparation des repas de la famille.Mais la saison qui s'en va se remplace par une autre dont les richesses ne sont pas moins abondantes — et nous avons les beaux fruits dorés de l'automne.Aussi bien faut-il se rappeler qu'à l'instar des fruits d'été, les fruits de l'automne ne sont jamais plus attsay.ints que servis à l'état naturel.Cependant, l'appétit est si capricieux que pour le satisfaire il faut avoir retour! à maintes ruses culinaires dont le principal mérite est d'offrir une constante variété On ne manque paa de mets délicieux dont la popularité est due au fuit qu'ils ne sont pas autre chose que des fruits frais présentés sous une forme agréable Noua avons choisi pour les lectrices de "La Canadienne" quelques recettes typiques qui ne manqueront pas d'en suggérer d'autres à une ménagère dont l'esprit est éveillé.On sait que cette dernière n'est jamais en peine pour trouver quelque chose de nouveau pour les Faites cuire dans une assiette allant au four, non graissée, dans un four à chaleur modérée environ 20 minutes, jusqu'à ce que le gâteau se détache de l'assiette.Séparez le gâteau et remplissez de pêches coupées et sucrées.Montez le gâteau, lorsque l'autre partie aura été mise en place, sur le dessus de l'autre moitiée.puis garnissez de crème fouettée Tarte-pêche, à la crème Faites le mélange suivant: 3 tasses de farine Vi cuillerée â thé de sel Vi tasse de graisse Vjtasse de beurre û V4 % tasse d'eau Enlevez l'eau du beurre; sassez deux fois lii farine et le sel, coupez le beurre dans la farine, avec un couteau, ajoutez graduellement l'eau, en délayant toujours avec un couteau.Quand le mélange est bien fait, mais non collant, étendez sur 1a planche à pâtisser une minute.Couvrez avec un linge et mettez dans une place froide environ S minutes.Remettez sur la planche et couvrez de beurre la moitié de la surface de la pâte, pliez en deux sur la partie non beurrée, puis pincez les bouts afin d'empêcher l'air et le beurre de passer; recouvrez la moitié de la.nouvelle surface avec le reste du beurre puis repliez de nouveau, pincez les bouts de h pâte et remettez nu froid environ minutes Roulez 3 â 7 fois et finale ment mettez la pâte à H pouce d'é paisseur.Faites cuire dans un fc très chaud les premières 5 minutes diminuez la chaleur petit à jusqu'à four modéré.la four et petit Tarte à ta crème île péejke ¦Converti d'une meringue durée Ici nous ne faisons souvent qu'Indiquer comment un beau fruit naturel peut tout simplement garnir avec avantage un met ordinaire.Dans ce cas le fruit devient partie intégrante du mets lui-même Dans d'autres circonstances, si le fruit est quelque peu cuit il ne doit tout de même l'être que très peu afin de conserver son urome de fraîcheur.• Gâteau - Pèche Faites une pâte ordinaire en mettant 2 fois plus de beurre.Faites cuire dans un four vif.Séparez le gâteau en deux parties égales et beurrez les dessus des deux parties.Mettez entre le gâteau un rang de pêches coupées et saupoudrez de sucre blanc.Vous pouvez mettre de la crème fouettée sur le rang de pêches, si vous aimez.Le gâteau peut être rond ou carré.Vous garnirez le dessus du gâteau avec des moitiés de pêches et de la crème fouettée, si possible.Gâteau - éponge aux pèches Il n'y a rien de plus délicieux que des petits gâteaux ifUx pêches Voici une recette pour un Kât> au-éponge; 4 oeufs \ tusse de sucre granulé 5 cuillerées à table de farine de pomme de terre.3 cuillerées Vi table de farine 1 cuillerée à thé de poudre à pâtisserie 1 cuillerée à thé d'essence Mêlez ensemble le jaune des oeufs, Vi tasse d esucre et l'essence jusqu'à ce que le sucre soit dissout.Fouettez le blanc des oeufs bien dur mais pas sec; versez dessus le reste du sucre (Vi tasse) ;usqu'â ce qu'il devienne velouté.Mêlez ensemble les deux mélanges.Sassez ensemble la farine et la poudre à pâtisserie et ajoutez au mélange.Faites Crème Bavaroise, aux pèches l'n moule de crème Bavaroise ou de blunc-manger est excellent ser\i avec des pêches fraîches.Pour la crème: 2 cuillerées de gélatine Vi tasse d'eau Vi tasse de sucre 1 chopine de bonne crème 6 pêches mûres dissoudre la gélatine dans un peu d'eau ajoutez dans une casserole le sucre et l'eau, puis les pêches coupées en petits carrés et laissez cuire jusqu'à point d'ébullition.ajoutez La gélatine et faites geler.Quand le mélange commence à épais-sri ajoutez-y la crème qui aura été préalablement fouettée très dure.Versez dans un moule et mettez au froid.Au moment de servir renversez le moule dans une assiette plate et garnissez autour du moule avec des moitiées de pêches recouvertes de sucre à fruit et dans le centre de chaque pêche mettez une cuillerée à café de gelée rouge.Si vous aimez vous garnirez de crème fouettée le dessus de cette crème Bavaroise.Soufflé aux pèches 4 Les pêches, les pommes et les poires s'emploient pour un soufflé; si on choisit les pommes ou les Crème de pêche bavaroise, garnie de pèche» fraîche» et de gelèx poires, il faudra premièrement enlever les coeurs et les pelures, puis les faire légèrement, cuire dans un sirop.Passez au tamis assez de fruits pour obtenir une Vi tasse de Jus, ajoutez 1 cuillerée à table de beurre et le jaune de 3 oeufs qui Salade de poire et fromage doux auront été préalablement battus jusqu'à ce qu'ils soient durs.Ajoutez 3 cuillerées de sucre, le jus d'un citron et en dernier lieu le blanc des 3 oeufs battus.Remplissez des petits mouleB et faites cuire dans un four à chaleur modérée.Servez immédiatement Pèche fouetté* Si vous aimez les crèmes fouettées vous apprécierez celle-ci qui est très facile à faire: 2 tasses crème 2 cuillerées à thé de sucre 1 douzaine de guimauves 3 pêches Coupez les pêches et les guimauves en petits morceaux carrés.Mélangez le sucre dans la crème et ajoutez les fruits et les guimauves.Servez dans des verres à patte.Pouding aux pèches On peut employer encore des pèches, des poires ou des pommes.Vi tasse de beurre 1 tasse de sucre 2 oeufs Vi tasse de lait 2 tasse de farine lVi cuillerée à thé de pâte à patisserie Mélangez le beurre et le sucre.Ajoutez les oeufs, le blanc et le jaune ayant été battus séparément.Sassez la farine et la poudre ensemble et ajoutez le lait peu à peu.Coupez les fruits en tranches et mettez dans le fond d'un plat allant au four, si vous employez des pêches, saupoudrez-les de sucre et de quelques gouttes de Jus de citron.Si vous employez des poires ou des pommes, saupoudrez-les de muscade.Recouvrez les fruits avec le mélange préparé et faites cuire dans un four à chaleur modérée Salade macédoine de fruits La salade macédoine de fruits est préparée comme des fraises et des framboises.Pour la préparer, vous prenez un compotier, dans le milieu duquel vous mettez une certaine quantité de fraises seules ou mêlées avec des framboises, pour en faire un petit monticule; vous les sucrez avec du sucre en poudre, ensuite vous formez au-dessus une couche de tranches d'oranges, puis une seconde couronne de pommes; viennent ensuite les pêches, les poires, et au sommet un bouquet de fraises et de framboises.Saupoudrez cette ornementation de sucre fin et parfumez avec l'essence que vous aimez le mieux.La macédoine de fruits ainsi présentée est un dessert bien acueilli, qui est relativement peu coûteux et facile à faire , Compote de poires Prenez des poires pas trop grosses, sucrées et fondantes, pelez-les avec goût, en ayant soin de ne couper les queues qu'à moitié, vous y ajoutez un non de vin si vous le voulez, et vous parfumez les poires avec de la canelle ou de la vanille.Mais il est utile de faire remarquer que toutes les espèces de poires sont bonnes pour faire la compote et que leur cuisson est plus ou moins prolongée, selon la nature des poires.Il est utile de rappeler que les fruits en compote ne doivent pas se faire cuire dans des casseroles en fer battu, parce que le fer noircit les fruits.Groseilles perlées Ayez de belles grappes de groseilles rouges ou blanches, trempez-les dans l'eau puis saupoudrez-les de beaucoup de sucre en poudre.Dressez-les sur des compotiers.Cette manière de glacer des groseilles en fait un dessert charmant et peu l'oûteux; seulement il d'est pas nécessaire de le préparer trop d'avance parce que le sucre pourrait H fondre. La Canadienne.Octobre 102.'i Shortening Bijou de Swift r HPOUJOURS frais et bon ~ pur et sain m le Shortening Bijou de Swift, si vous l'employez, assure à votre table les friandises les plus tentantes.ii rend légère et agréable la tâche de cuisiner.Il est aussi très économique parce qu'il en faut beaucoup moins que de beurre ou de saindoux.« Vous constaterez aussi que le Shortening Bijou de Swift est magnifique pour la friture, parce qu'il cuit sans brûler et qu'il est inodore et sans goût.Votre boucher ou votre épicier tiennent à votre disposition ce Shortening fameux empaqueté dans des seaux ou des cartons sanitaires de la dimension ou de la quantité qui vous conviennent. CONTE BLEU Dans le jardin où il alla fumer.James entendit que le malheur de miss Nell Chase occupait toutes les conversations.Quel plaisir, se demandait-on, la pauvre créature pouvait-elle tirer d'un séjour au bord de la mer '.' Que devait-elle éprouver, si ce n'est un regret plus cruel de ne point participer aux joies goûtées auprès d'elle par ceux de son âge ?L'hôtesse détrompa tout le monde: les trois femmes séjournaient à Shanklin chaque année.Le père, officier de marine, venait passer son congé auprès délies.Nell se montrait d'humeur égale, gaie même, et semblait parfaitement heureuse.D'ailleurs on en pourrait juger, car elle passait au jardin presque tout son temps.James l'y aperçut dès le lendemain.11 avait souffert une nuit d'inquiétude el le bain matinal n'avait point dissipé sa tristesse.Quand il rentra, l'aveugle installée dans un fauteuil causait joyeusement avec sa sœur et le Français.Rien dans son aspect ne révélait au premier abord qu'elle fût difiérente des autres jeunes lilies.Elle était vêtue simplement, mais non sans grâce, d'un corsage et d'une jupe blancs, et ses cheveux blonds tordus en nattes épaisses encadraient un visage régulier et fin.Seuls, la fixité du regard, le port de la tête un peu renversée en arrière et la prudence des gestes lui donnaient une sorte de gravité sereine et contrastaient avec l'extrême mobilité des expressions de son visage.James s'approcha du groupe et son ami le présenta.Il balbutiait quelques mots quand les coups de gong du déjeuner couvrirent sa voix et cachèrent son trouble.A table, il songeait encore à sa déconvenue de la veille, et sa pensée, par d'imprévus détours, associait la pauvre enfant qui venait d'arriver a sa propre infortune.Celle-là connaissait une disgrâce pire encore que la laideur, et devait souffrir plus qu'il ne souffrait lui-même Puis la promesse qu'il avait faite d'accompagner Kathleen au bois d'Appulducombe lui revint à l'esprit.Il s'en dégagerait.A quoi bon supporter tout un après-midi la présence d'une irritante fille qui, visiblement, le dédaignait ?Mais comment reprendre sa liberté sans paraître marquer trop de dépit de ce dédain ?Le Français justement lui demandait ce qu'il comptait faire de sa journée.James eut l'idée de l'emmener avec lui.Ainsi croyait-il bien au moins échapper à la conversation du terrible beau-frère de Kathleen.Mais ce calcul fut déjoué.A peine James Webster eut-il nommé son ami.que tout se passa comme l'avant-veille.Même à l'ennui de subir les digressions politiques du filateur s'ajoutait la déception d'entendre le rire de Kathleen et de sa sœur marchant auprès du Français.Parvenue sous bois, la troupe s'arrêta et s'assit sur la mousse.Alors James essaya de cacher son amertume sous une gaieté forcée.Il réussit à plaisanter jusqu'au retour, et pourtant il éprouvait plus de rancœur malgré le succès de ses mots.— J'ai passé, grâce à vous, Jim, une délicieuse journée, lui dit le Français quand ils furent seuls.Elle est charmante, miss Kathleen.Cette phrase, avivant les regrets de James, fit naître en lui une explosion de jalousie qu'il parvint à grand'-peine à contenir.Le soir, après dîner, un groupe se forma près de l'aveugle.Une fois encore, James compara son infortune à celle de la jeune fille.Son visage à elle demeurait plein de grâce en dépit de son incurable cécité.Et puis elle semblait si doucement résignée, si heureuse même, qu'il l'enviait.Le cercle se dispersa.James demeura près des trois femmes.Bientôt la nuit tombante les fit renoncer à feuilleter les journaux illustrés qu'ils avaient pris, et seule l'aveugle, continuant de promener un doigt sur les lettres en relief de s.>n livre, poursuivit sa lecture.La brise se levait, plus fraiclie dans le calme du sjir, James en fit la remarque, pour rompre le silence.La mère proposa de rentrer, mais la jeune fille protesta.—On est si bien ici je voudrais achever ce livre, encore quelques pages.Je puis lire sans lumière, moi; j'est mon privilège.Mrs.Chase couvrit d'une écharpe les épaules de sa fille et se leva pour faire quelques pas dans le jardin.James l'accompagna.— J'admire, lui dit-il quand ils se furent éloignés, quelle bonne grâce miss Nell sait conserver.— Non seulement elle ne se plaint jamais, mais elle est toujours la première à demander que sa sœur et moi ne nous privions ni d'une sortie ni d'un plaisir pour demeurer auprès d'elle.Il faut presque que nous nous fâchions, quand nous sommes ici.pour lui faire le matin !a lecture des journaux.Elle trouve que c'est du temps perdu pour nous, que nous serions mieux sur la plage Et pourtant, clic ne peut les lire elle-même.(suite de la page U) Le lendemain, James chercha dans le jardin la famille Chase.Ne la voyant point, il se mit en quête et l'aperçut installée sur un banc de Keats' Green.Il n'osait approcher, mais Edith, la plus jeune, l'ayant reconnu, vint au-devant de lui.Cne impérieuse sympathie l'attirait vers ces gens qu'il croyait malheureuse comme il l'était lui-même.Il offrit à l'enfant de l'emmener faire une promenade en mer.Elle accepta d'enthousiasme et lui conta que son père la conduisait ainsi souvent avec Nell.James ne cacha point sa surprise.Edith ajouta, étonnée à son tour.— Mais Nell aime beaucoup la mer.Quelles sensations un être privé de la lumière pouvait-il éprouver d'une promenade en mer ?En vérité, tout ce qu'il apprenait de la jeune fille bouleversait les idées qu'il s'était faites jusqu'alors sur la condition des aveugles.Il n'osait point l'interroger, et malgré l'envie qu'il en eut, inviter Nell avec sa jeune sœur lui semblait une imprudence dont il ne croyait pas pouvoir se rendre responsable.Il avait, maintenant, changé le cours habituel de son existence.A part le bain, toutes ses distractions de naguère étaient à peu près abandonnées, et sans qu'il s'en rendit bien compte, le soin qu'il prenait de miss Chase lui tenait lieu du reste et adoucissait son dépit.Souvent la mère sortait avec Edith et confiait à James son aînée.Il lui lisait les journaux, mais ce qu'il aimait plus que tout, c'était, sa lecture achevée, de causer avec la jeune fille.Et malgré la banalité de leurs conversations, ces tête-à-tête lui semblaient pleins de charme.Près de Nell, il pensait moins amèrement à Kathleen, ou même parvenait à l'oublier.Certain de n'être point moqué, il éprouvait une sécurité dont le souvenir de ses déconvenues le privait auprès des autres jeunes filles.Sans se forcer à la gaieté, sans jouer son rôle ordinaire de bouffon pour se faire pardonner sa laideur, il osait être lui-même et parler selon sa vraie nature sans redouter que son masque travestit ses sentiments.Sur la terrasse dominant la baie, il passait avec la jeune aveugle presque toutes ses journées.Le matin, la plage, au-dessous d'eux, s'animait; ils en percevaient distinctement tous les bruits.A travers les groupes allongés sur les fauteuils de toile, attendant l'heure du bain, des bandes de minstrels circulaient, s'arrêtaient tous les vingt pas pour chanter en s'accompagnant de guitares et de banjos.Des âniers offraient aux enfants leurs montures pour des promenades sur le sable.Des marchands passaient, proposant des bananes ou des citrons portés dans une boite suspendue à leur cou.Puis on attelait des chevaux pour haler les cabines.Ils s'enfonçaient dans l'eau jusqu'au ventre.Et par delà tous les cris, tous les chants, toutes les rumeurs d'allégresse et de vie, le flot brisant ses vagues sur les rochers faisait entendre au loin la plainte rythmée de l'Océan.L'aveugle aimait cette musique infinie de la mer dominant les bruits joyeux de la plage, comme elle aimait, quand son père l'emmenait en canot, la caresse de la brise chargée d'embruns, sur son visage.Parfois, James guidait Nell au retour.s Alors, de la sentir appuyée à son bras, confiante et abandonnée, une bouffée de désirs et de regrets, le souvenir de ses rêves, l'image de Kathleen, imprécise et lointaine, le grisaient.VII Le temps passait.James était presque heureux.Le jour qu'il s'était fixé pour le départ arriva.Comme il devait prendre le premier train du matin, il fit ses adieux la veille, et dans son trouble il ne vit pas combien Nell semblait elle-même émue.Dès le retour à Londres, la vie monotone et affairée le happa; mais un grand changement s'était fait en lui.S'il accomplissait comme avant les gestes réguliers de son existence, c'était sans joie et comme un automate.Il avait appris à s'ennuyer, et le criket même ne lui donnait plus le plaisir qu'il en tirait autrefois.Souvent une vague tristesse l'engourdissa-t; une espèce de regret nostalgique de son enfance l'envahissait; alors, pour occuper les heures désœuvrées des samedis et des dimanches, il lisait.Mais dans chaque héroïne de roman, il retrouvait les traits confondus de Kathleen et de Nell.Parfois il essayait de rappeler à sa mémoire l'image de la jeune aveugle, et ses souvenirs péniblement rassemblés ne lui donnaient qu'une vision imprécise et fuyante.Un si grand changement dans l'humeur de son fils, malgré le soin qu'il prenait à le dissimuler, inquiéta Mme Webster.Mais, soit qu'elle en devinât la cause, soit qu'elle se crût impuissante à le soulager, ou bien encore par discrétion excessive, elle n'osait l'interroger.Pourtant, elle s'enhardit quand revint l'été, et comme James, contre ses habitudes, ne faisait aucun projet pour ses vacances et semblait même n'en point désirer le retour, sa mère le questionna.La réponse qu'elle en eut ne fit qu'accroître son souci: James ne savait ce ou'il ferait, et même ne quitterait peut-être pas Londres.A la vérité, cette année-là plus que jamais, l'envie de fuir bien loin le harcelait.Mais tous les paysages évoques lui semblaient vides et froids si Nelle ne les devait animer.Pressé de prendre parti, il se décida pour les lacs d'Ecosse, puis au dernier moment changea d'avis et prit son b'ilet pour Shanklin.Il y vécut les premiers jours dans la lièvre: à la pension de famille on attendait les Chase.Ils avaient retenu leur appartement pour la semaine suivante.Un espoir indéterminé hantait James; il n'essayait point de léclaircir, et par une sorte de superstition, l'écartait, au contraire, de ses pensées.Pourtant, à la tristesse des mois passés à Lourdres succédait un nouvel enthousiasme.Il était plus que jamais le joyeux garçon, organisateur de parties; mais, dès que la jeune fille fut arrivée son exultation fut tempérée par la crainte.En l'apercevant un matin, installée comme l'année précédente, tout le temps écoulé loin d'elle lui parut aboli.Elle avait reconnu la voix de James et ne se montrait point surprise qu'il fût là pour l'accueillir.Même elle l'invita à lui lire les journaux comme à l'ac-'/toutumée, et comme si c'eût été pour elle la reprise d'une longue habitude ou l'exercice d'un droit naturel.Insensiblement leurs conversations se muaient en confidences; il lui contait sa vie laborieuse et calme, ses années d'enfance dans la petite maison de Forest-Gate.Elle, pareillement, lui disait la tendresse des siens, rendant si légère son infirmité, lui confiait le mystère d'une vie s'écoulant tout entière dans une nuit perpétuelle et sans aurore.Elle appréciait le tact de ce garçon qui la traitait comme il eût fait d'une clairvoyante et qui, par délicatesse, ne l'avait jamais considérée comme un objet de curiosité.Car Nell, dont les yeux obscurcis dès la naissance ignoraient l'éclat du jour, ne se croyait pas diminuée par l'amaurose et subissait les plaintes indiscrètes des curieux ou des indifférents comme une offense.Il passait auprès d'elle la plus grande part de ses journées.Une fois qu'il refusa d'accompagner les autres jeunes gens dans une excursion, Nell l'en remercia quand ils furent tous deux seuls: — Je ne veux cependant point, ajouta-t-elle, qup .vous vous priviez pour moi du plaisir de visiter l'île.On la dit si jolie.et je dois vous ennuyer à la longue.— Comment pouvez-vous penser cela?M'ennuyer auprès de vous?.Mais c'est parce que j'espérais vous retrouver ici que j'y suis revenu cette année.Elle ne répondit pas.Alors il crut qu'elle aussi, comme Kathleen au même endroit un an plus tôt, allait se moquer.Il baissa la tête.Quand il osa la relever, et regarder la jeune fille, il aperçut des larmes qui coulaient de ses yeux éteints.Il lui prit la main et murmura: — Nell.Nell.Et lui aussi fut tout près de pleurer.Il ne pouvait croire à tant de bonheur: Nell ne le repoussait pas.Il tremblait qu'un événement fortuit vint rompre le charme, et, timide, n'osait lui dire ouvertement qu'il l'aimait.Un soir qu'il revenait de porter une lettre à la gare, il entendit Edith qui disait à sa sœur: " Quel dommage que ce pauvre Jim soit si laid ! " Il s'arrêta, cloué par une angoisse soudaine.Mais une voix grave et qui lui sembla douce infiniment répondit aussitôt.— Laid?lui?.Je suis heureuse d'être aveugle vraiment, car moi je ne verrai jamais son visage; je sais que son cœur est beau, et je sais aussi que je n'en veux pas voir davantage.Alors James Webster connut qu'il pourrait encore être heureux.Il demanda pardon au Seigneur d'avoir si longtemps désespéré.Et murmurant: 0 Lord ! not my will, bul thine, be donc ! il remercia Dieu de ce que sa volonté se confondit si bien avec les propres désirs de sa créature.FIN La (.aiiadimiii , Octobre 1028 Quelle est votre marque?SI vous avez jamais ri à la lecture du conte délicieusement fantaisiste de Frank Stockton — "Rudder Grange" — vous vous rappelez le chemineau qui avait grimpé sur un pommier pour échapper à Lord Edward, le féroce chien de garde.Le propriétaire de la maison, vous vous souvenez, vint voir queUe était la cause de tout le tapage et le chemineau lui fit cette promesse:—"Si vous voulez enchaîner ce chien," dit-il, " et me laisser partir, je vais arranger les choses de façon à ce oue vous ne soyiez plus jamais ennuyé par les chemineaux." Ce fut un marché conclu.Le lendemain on découvrit qu'une marque étrange avait été gravée profondement sur un arbre qui se trouvait au bout du sentier.On ne vit pas de chemineaux de tout l'été au grand émerveillement de la maisonnée.Plusieurs semaines plus tard, le propriétaire aperçut quelqu'un, ayant toute la dégaine d'une chemineau, qui examinait avec soin la marque gravée sur l'arbre.Et il réussit, en le payant, à faire consentir l'aventurier à lui en expliquer le sens.Il apprit ainsi qu'il était désigné comme "un gueux avare et mesquin, qui garde un chien vicieux" et qu'il n'y avait " rien à faire chez lui." Chaque boutique, chaque usine, chaque négoce a sa marque — pour les initiés qui savent la comprendre.C'est celle qui lui est donnée par ses employés.Une chose est certaine: c'est que personne n'échappe à la marque qui lui convient bonne ou mauvaise.Vous avez connu l'établissement où tous les employés détestaient leur besogne— où la mauvaise humeur, l'amertume, les querelles, régnaient en permanence—où l'on entendait Jim dire à Bill " ne travaille pas à l'établissement X à moins d'y être forcé par la famine." L'établissement avait pour emblème une marque noire.Peut-être dites-vous: "Cela ne me regarde pas" — Mais vous vous trompez — Cela vous regarde — où que vous soyiez et qui que vous soyiez: Cela vous regarde au milieu de toutes vos occupations quotidiennes —¦ que vous soyiez sur une ferme à labourer la terre ou que vous soyiez dans une ville employé dans une banque —¦ que vous soyiez le Président de votre compagnie ou le plus humble de ses employés.Toute grève générale vous atteint — même si vour n'y êtes pas mêlé directement.Par exemple, quand les employés d'une compagnie de messageries se mettent en grève — si vous achetez du lait, ce dernier ne vous sera peut-être pas livré ; si vous vendez du lait, ce dernier surira peut-être pendant que vous l'avez encore.Votre bébé ou votre bourse sont exposés à souffrir.Les aliments périssables pourront se gâter et alors les prix monteront jusqu'au vertige.Les matériaux de construction ne seront plus transportés et les travaux à vos maisons, à vos écoles, seront arrêtés.C'est non seulement votre luxe, votre confort, mais encore les choses de première nécessité qui peuvent vous être enlevées sans avertissement — quand le travail s'arrête ! Vous avez aussi connu d'autres endroits, d'autres commerces où les employés étaient heureux, ou tout était harmonie, où les grèves étaient inconnues, où le travail était un véritable plaisir.Marque blanche, pour cette institution.D'où vient la différence entre les deux ?Pourquoi une marque noire dans un cas et une marque blanche dans l'autre ?Toute la différence repose dans la conception que se font du travail les têtes dirigeantes et dans le degré de bonté humaine qui les anime.# * * Un changement considérable se produit, à l'heure actuelle, dans les affaires.S'ins-pirant des conceptions nouvelles, les patrons qui sont sages ne se préoccupent pas seulement d'arracher le plus d'effort possible de leurs employés comme s'ils étaient autant de machines.Un art nouveau inspire les industries — l'art de la coopération.Le patron qui a cette conception des choses voit l'homme tout entier dans celui qu'il emploie — et non pas seulement ses bras et son cerveau.Il sait oue les Bras, le Cerveau et le Cœur ont droit à des égards.Et le patron qui s'inspire de cette pensée constate qu'en pratique sa propre prospérité dépend du bien-être accordé tous les jours à ses employés.Il reconnaît que chacun de ses employés doit être considéré à un quadruple point de vue — physique, mental, social et pécuniajre.Il leur fournit de meilleures conditions de travail.Ils les paye de façon à leur permettre de vivre convenablement.Il les aide à économiser.Il s'assure leur intelligence aussi bien que leur adresse.Il sait qu'ils ont besoin de récréation.Il voit à ce qu'ils aient tout cela; il va même plus loin en assurant leur vie.Nous sommes à l'aube d'un jour nouveau dans les affaires — nous voyons le jour où patrons et ouvriers s'entendent mieux et tracent en commun les plans de leur mutuel bien, être.Les hommes comprennent enfin que les idées humanitaires sont aussi importantes que les pièces de machinerie et que les ouvriers heureux constituent le grand actif secret de plus d'une entreprise.t -A k & La Metropolitan Life Insurance Company a à son service un personnel de chercheurs, aux Etats-Unis et au Canada, qu'elle a chargé de réunir des informations sur tous les commerces.C'est une sorte d'aimant gigantesque — une sorte de bureau de liquidation où se fait l'échange des meilleurs idées du commerce et de l'industrie.Tous les jours des patrons s'enquièrent auprès de la Metropolitan de ce qui se fait pour développer la sympathie entre patrons et employés en rendant l'industrie plus humaine.l'n des traits principaux de ce nouveau conCgpt du commerce, c est I importance qu'à prise l'Assurance en Groupe.C'est lass urance, "au prix du gros," qu'un patron achète en» prenant une police couvrant tous ses employés.Mais la Metropolitan Life Insurance Company a constaté qu'avec son Assurance en Groupe elle ouvrait de nouveaux horizons, mais assumait aussi de nouvelles responsabilités.Grâce à ce service, nous avons pu établir des relations étroites avec des centaines d'industries et de commerces très variés; nous avons pu ainsi en étudier les besoins et, souvent leur apporter notre aide.I ne de nos polices d'assurance en groupe garantit une protection sur la vie pour la somme totale de $51.400,000- c'est l'unité d'assurance la plus élevée qui soit connue dans les annales de l'assurance.I ne simple feuille de papier avec une signature, et en annexe, une liste de 42.000 personnes — 42,000 personnes auxquelles on assure plus de santé et de bonheur! 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