Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
juin
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (3)

Références

Cité libre., 1957, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
CITE LIBRE JUIN 1957 I-SOMMAIRE- Début d'une Réflexion.Cité Libre INMEMORIAM .PIERRE-E.T.La Femme et la Civilisation.Marie RAYMOND La Femme et la Civilisation canadienne-française .Jean LE MOYNE Feuilles Volantes .Pauline TREMBLAY La Femme est-elle exploitée?.Adèle LAUZON Le "Deuxième Sexe" .Dr M.DANSEREAU FLÈCHES DE TOUT BOIS Quatre fois l'an 50 cents le numéro Cité libre Rédaction: 84, rue McCullorh Administration: C.P.10, Station Delorimier, Montréal (34), Canada Numéro 17 JUIN 1957 Début d'une réflexion Les textes qu'on va lire ont en commun une même préoccupation: faire émerger au niveau de la conscience plusieurs questions qui se posent dans notre temps cl notre milieu, au sujet île la femme.Une seconde parente les relie: tous sont incomplets, esquisses ou amorces, dont les auteurs lâchent la plume sitôt indiquée l'orientation de leur recherche, le sens de leur inquiétude.Aucune de nos collaboratrices, aucun de nos collaborateurs n'a la prétention d'instruire ni de renseigner.Leurs textes sont eux-mêmes des questions: "Avez-vous jamais songé que.?" Va quand ils croient le point d'interrogation bien fiché dans nos esprits, notre réflexion mise en marche, ils nous laissent à nos pensées.A ces deux points, toutefois, se limite la patenté qui les relie.Quant au contenu, aux opinions exprimées ou sous-enten-tlues, aux points de départ et d'arrivée personnels à chaque auteur, ils varient d'un texte à l'autre.Le lecteur en quête de contradictions n'aura même pas à chercher.Car CITE LIBRE n'a pas voulu (l'entreprise, avec les moyens du bord, n'était même pas imaginable) rassembler une somme sur la Femme: nous n'avons jamais songé qu'à mettre en marche une réflexion.Pourquoi ce thème à la fois trop précis et trop vaste?Parce que le statut de la femme, dans notre milieu et notre temps, préoccupe les esprits mais de façon trop incidente.On lait vo-lontier, clans un article ou un sermon, l'allusion obligée à la condition féminine.Mais rares sont ceux qui s'arrêtent vraiment à réfléchir sur les changements profonds qui ont modifié, depuis un siècle, le rôle de la femme dans la société.On ne comprendra vraiment le vrai sens des pages qui suivent qu'à la condition de les considérer tomme des pierres d'attente.Il en faudra beaucoup d'autres, publiées au hasard des livraisons à venir, pour dégager si peu que te soit une pensée un peu cohérente.CITE LIBRE In memoriam Albert Béguin et Jacques Perrault si l'on pouvait apprécier la dimension des hommes au vide qu'ils laissent à leur départ, ces deux-là nous apparaîtraient comme des colosses.A tous les tournants de toutes nos routes, nous entendrons notre mémoire chuchoter: "Si au moins ils ne nous manquaient pas." Car ('était deux hommes qui — chacun à sa manière — avaient assumé une part démesurée du poids social.Désormais (eux qui restent en auront plus lourd à porter, même s'ils se savent appuyés dans l'au-delà.L'ignorance, l'injustice, la souffrance, l'oppression, où ((d'elles se rencontrent, atteignent personnellement cette troupe d'hommes, et c'est de vouloir partout et sans cesse en relever les délis qu'ils succombent hélas! à l'épuisement.Ils témoignent à leur façon de la solidarité dont parle Thorcau: "Undcr a government which imprisons any unjustly, the truc place for a just mau is also in prison.the only house in a slave state in \vhi( h a free man can ah ide with honor." béguin — depuis surtout cju'il avait succédé à Mounier à la direction d'Esprit — nous apparaissait comme une conscience du monde moderne, une conscience fervente, exigeante, mais d'une immense douceur, (le qu'il était pour la chrétienté, ce qu'il était pour la France, il l'a même été aux réunions de Cité libre où nous l'avons vu épouser nos problèmes et interroger aussi nos vérités.Cet athlète de l'esprit, en coupe-vent et espadrilles, avec ses grosses lunettes de corne, donnait une âme et une sagesse à tout ce qui peuplait nos rencontres, que ce soit dans une cave à Montréal, ou dans ce quartier des artisans de Paris, où il aimait déambuler.Jacques Perrault était à la fois plus près et plus loin de nous.Plus loin, par son allure à la fois digne et brusque, et par sa retenue.Mais plus proche, parce qu'il était au fort de toutes les mêlées d'ici, parce qu'il était chez nous le témoin toujours présent de la vérité el de la justice, même impopulaires.Qu'est-ce que Perrault en pense?disions-nous souvent quand le problème était particulièrement ardu.Et Perrault déchargeait les hommes les plus divers de leurs fardeaux trop lourds.Nous ignorions par quel prodige un homme si jeune avait eu le temps de faire tant de bien, d'assister tant de gens, d'éclairer tant de difficultés, de combattre tant d'injustices.Mais nous savons maintenant que sa courte vie contenait assez de réserves d'énergie, de probité et d'intelligence, pour nourrir les idéaux de plus d'une génération.Pierre E.-T. La femme et la civilisation Ce propos nie fui suggéré par un ami avec qui je parlais du rôle de la femme dans la vie d'une nation."Il serait facile de faire de la littérature avec un tel sujet", me répondit-il.Puis il ajouta: "Je crois que la femme est avant tout un élément régulateur; toute civilisation porte son empreinte, on trouve son influence à l'origine îles excès tomme des réussites." Depuis notre conversation, chaque lois que je repense cet article, je me sens plus ou moins menacée par une épée de Damoclès qui pourrait bien avoir la forte d'un précis de littérature; niais si j'écarte l'obstacle, un paysage infiniment vaste et harmonieux se dessine, qui englobe les formes les plus diverses île la participation de l'homme à la beauté du monde.Ce paysage concrétise à mes yeux la civilisation.Elle m'apparait comme le produit d'un ensemble; pour approcher cet ensemble, il faut une qualité de présence qui unisse au inonde.Cette présence est liée à des résonances, elle perçoit l'harmonie, le rythme et le mystère de l'oeuvre créée, elle donne la culture.La civilisation est création, la culture est connaissance humanisée, disponibilité; elle accompagne la création, la stimule et la prolonge, reçoit son message, accorde l'homme à son oeuvre.A l'origine, il y a tout le mystère du monde, et le premier de tous: la femme donnant naissance à un enfant.Devant l'oeuvre de continuité qui vient de s'accomplir, l'homme se recueille, soudain une forte inconnue l'envahit, et soumettant son rythme à celui de la terre, déjà il forme les premières figures de sa mythologie.Elles sont toute imprégnées du principe féminin nourricier de la vie, exprimant ainsi, pour la première fois, l'harmonie de la femme et de la création.Lié à la Déesse Mère, se dresse bientôt un nouvel élément sacré: le l'eu.Depuis sa découverte, le loyer n'est plus un asile temporaire niais un abri pour le butin de chasse, un havre de repos confié à une gardienne.Les conditions économiques ont souvent modifié le statut féminin, établi sa dépendance ou proclamé sa liberté; elles régiront toujours de leurs lois toutes les sociétés, niais n'effaceront jamais du souvenir des hommes cet émerveillement premier qui 4 CITÉ LIBRE a fixé dans leur mémoire une double image de porteuse de vie et de gardienne du feu.L'antique vénération du principe féminin dans la nature a donne a l'Egypte l'une des plus belles formes de sa civilisation.L'Egyptien apprend à connaître le inonde par des éléments naturels, il établit ainsi le rapport entre l'art et la vie.Le Nil qui féconde ses telles devient l'objet de son adoration, le grand fleuve est pour lui une présence qui demeure ancrée aux sources du spirituel; puis d'autres visages viennent prolonger l'oeuvre de fécondité.Ces visages paraissent connaître les secrets de la vie: Neith, déesse de la puissance maternelle, possède un temple mystérieux à Sais; Isis, déesse de la terre fertile, préside aux destinées de l'agriculture.Toute l'ancienne Egypte est marquée par le rôle de la femme; elle ordonne les jardins, apprête les mets, fabrique les charmes; porteuse de désirs, son visage reflète le miracle d'un printemps toujours renouvelé.Lien entre les vivants et les mous dont elle prépare les repas, communication et transition, elle porte aux absents la nourriture qui leur permettra de faire le voyage vers l'éternel séjour.Détenant dans ses entrailles fertiles le secret de la continuité, elle entretient le feu; joyeuse ou triste, toute la vie prend chez, elle sa source et y trouve sa fin.Les Berceuses populaires, le Livre des Morts évoquent son image, les vieux granits ont fixé dans le temps sa présence familière; pleureuse ou porteuse d'offrandes, reine ou paysanne, elle demeure un symbole de permanence et de renouvellement.La civilisation grecque primitive sanctionne les mêmes divinités.Théis enseigne à /eus le mystère de l'Univers, on retrouve eu Dcmctcr la terre mère, c'est une jeune fille qui est déesse du grain, puis viennent les nymphes subalternes des fleuves, des fontaines, des bois et des montagnes.Hector chante dans sa patrie l'amour d'une femme et d'un enfant, son chant est un chant d'homme "en travail d'humanité meilleure"; le voyage d'Ulysse est un perpétuel retour vers une terre promise qui se nomme le foyer.Andromaquc et Pénélope sont des "régulatrices de vie" à une époque où s'exprime un humanisme et, quand il s'agit d'Hélène, le poète trouve chez l'adultère un être complexe, victime douloureuse de sa passion fatale.Soudain la voix de Sapho s'élève, elle marque la première faille.Sa poésie participe à la vie de la nature et à celle des sentiments mais n'arrive pas à souder l'un à l'autre; mêlant la fraîcheur du inonde au monstre qui la dévore, son amour détruit, il ne lui donne rien, il lui relire tout.Eros devient une présence qui a perdu ses ailes, il chevauche le sensible, il n'en fait plus partie.Sapho se réfugie dans un rêve symbolique où la CITÉ LIBRE S présence-absence est un cruel délice; elle brûle, solitaire.Le Grec a poussé très loin sa civilisation, si loin qu'il est allé jusqu'à la dégradation sociale.Ce fut l'époque où l'homme transformant sa vie en opération de commerce, le gynécée devint une prison.L'esclave se lait courtisane, elle quitte la maison pour la place publique et.dans la crise de misogynie qui s'ensuit, l'homosexualité figure l'amour dégradé, l.a femme n'est plus substance de l'Univers mais un objet d'harmonie plastique.Le poète la chante, l'artiste la modèle et le peuple l'adore pour la beauté de ses formes.Au moment de son déclin, la Grèce devient un esprit désincarné, incapable de s'accorder à l'ordre créé; le marchand utilitaire et l'hétaïre raffinée ont brisé le fil qui la liait à l'ensemble des humains, cpii la faisait communier à la présence des autres.La Grèce meurt d'être trop exclusivement belle, elle a perdu le secret qui faisait cle l'homme le miroir de l'Univers; durant sa décadence, les poètes tragiques expriment clans leurs chants toute la nostalgie d'une unité disparue.Rome prend la relève, niais ses déesses trop abstraites manquent cle plénitude.Les femmes participent à la vie publique au même titre que les hommes, elles brillent par leur savoir, non par leur présence; et quand la barbarie ravage l'empire des Césars, l'humanité semble avoir définitivement oublié le secret du renouvellement, cette approche du réel à travers un élément féminin qui est une communion vivante avec les forces de la nature.Au milieu des décombres, le moyen âge excessif et robuste dresse soudain les flèches de ses temples.Luire temps, au royaume de [niléc, un Homme-Dieu a fait de sa mère la mère du genre humain.L'Eglise institue le culte de la Vierge, qui complète celui des déesses égyptiennes et grecques en liant à jamais le sort des humains à celui cle la Divinité.L'époque des cathédrales et de l'amour courtois est celui où la femme dispose de nouveau des sources cle la vie.Aux porches des églises fleurit une immortelle statuaire qui lui redonne une part de son mystère; les "fioretti" de saint François célèbrent l'amitié cle la création; les chansons de soldats, si obscènes soient-elles, conservent un note cle véritable amour; clans la dépravation courante, le barde et le trouvère éprouvent le besoin de chanter "la Dame" souveraine du château; ils font de sa beauté la médiatrice entre les deux mondes et chantent déjà cet éternel féminin dont tous les poètes diront que par lui "l'ineffable s'accomplit".Avec la chrétienté, la femme devient vraiment la mère charnelle et spirituelle de l'humanité.Sous le pinceau des primitifs elle reparaît sous sa forme la plus radieuse, celle où l'humble oui d'une vierge accomplit le grand mystère cle l'histoire.Une fem- 6 CITÉ LIBRE me accepte (l'être la servante du Seigneur, dans son sein le Verbe se fait chair, et depuis ce jour l'homme sait cpie son amour aura sa part d'éternité.Puis la Renaissance brille.L'éducation tente d'obtenir le développement harmonieux de l'être, elle retourne aux traditions antiques.Oubliant cependant la leçon de la Grèce, l'érudition y remplace la culture; la femme fait ligure de savante virile ou d'objet de plaisir, niais elle demeure étrangère à la possession du monde.I.a Divine Comédie nous montre l'humanité aux prises avec un esprit sans amour; Dante appelle Béatrice, symbole de l'amour et de la grâce, c'est en elle qu'il cherche le chemin de sa vraie patrie.De son côté, le culte de l'esthétique cherche à retransmettre l'ampleur des formes helléniques, mais il donne clans l'ensemble une pâle copie d'une harmonie perdue; sauf chez certains peintres, peu d'oeuvres du temps approchent la puissance d'un portail roman ou d'une ogive gothique.I.e Grand Siècle s'ouvre dans une atmosphère marquée de luttes intestines et de problèmes politiques.L'homme pourtant veut vivre en société, les guerres l'ont éloigné de son foyer, les cours protocolaires et ambitieuses foisonnent d'intrigues dont il est saturé.11 éprouve la nécessité de présenter sous des formes sensibles l'objet de ses préoccupations et cherche un climat favorable à l'éclosion de sa pensée, un endroit de rencontre où refaire son unité.L'homme se tourne vers la femme et lui demande de briser ce vase clos dans lequel il vit en sourd et muet.Les Salons français vont naître de ce besoin qu'éprouvent l'homme et la femme d'une mise en présence l'un de l'autre; ils vont créer une conversation humaine venue de cette "sorte de prière muette" cpie s'adressent les deux sexes et de laquelle sortent les grandes oeuvres.La femme mêle la bourgeoisie aux nobles, reçoit les artistes, les savants, les poètes et les moralistes, elle établit la concordance des créateurs avec l'esprit du siècle et préside à la formation d'un véritable esprit public.Les cours étrangères lui envoient ses délégués, sachant qu'on fait chez clic des rencontres fécondes.Elle écoute la voix intérieure qui s'élève de la nation; reprenant la liaison officielle de l'homme et de son entourage, elle fait naître le dialogue, libère l'expression, entretient le feu de ce qui lui est donné et, par une sorte d'habitude familière, communique la vie à l'oeuvre qui se préparc."Jamais il n'y a eu de civilisation uniscxuelle mais de communauté", constate Jean Giraudoux.Les Salons ont favorisé une condition de la sensibilité et de la réflexion, ils ont rétabli le couple et fait disparaî- CITÉ LIBRE 7 tre une cloison qui, séparant les êtres, risquait de les rendre stériles; ils coïncident avec l'époque classique, celle du grand Racine.L'attention passionnée des femmes aux idées qui s'élaborent n'est pas non plus étrangère ;ï l'aspect si peu livresque des oeuvres du XVIIième siècle, et ce n'est pas une coïncidence si L'Emile et le Contrai social naissent lit même temps que les héros de la Révolution: Rousseau a rappelé le rôle de la femme, sachant qu'il est lié au principe qui, à travers les frontières et les barrières sociales, peut unir les hommes en unifiant les vies.* * * La Révolution apporte les premiers germes de la vie île démocratie; celle-ci s'implante graduellement dans le monde occidental au cours du XIXe siècle pour triompher définitivement au XXe.Avec la démocratie apparaît l'ère des grandes découvertes scientifiques.On se plaît souvent à dire que nous vivons une époque tic transition; nous sommes surtout dans un siècle de spécialistes où le rythme de la machine est devenu celui de nos vies.11 n'y a pas île doute que la mécanisation, qui multiplie la facilité des rapports, leur donne une rapidité qui les rend de plus en plus utilitaires.Le seul l'ail d'aller chez des amis pour transmettre un message, d'écrire une lettre pour relater un fait, donnaient aux échanges cette part de soi-même volontaire et humaine qui en faisait le prix.L'homme d'aujourd'hui prend sur le temps une avance notoire; entre quatre murs chacun peut tout savoir.Mais la distante qui disparaît souvent creuse un fossé; les liens fugitifs peuvent ne rien apprendre, le fil conducteur, pour être trop ténu, risque de se briser si chacun poursuit sa propre destinée en côtoyant les autres sans vraiment s'adresser à eux.On ne sectionne pas une vie.L'homme d'affaire règle par téléphone des problèmes vitaux, le politicien tâte dans une dépêche le pouls de tout un peuple, l'humanité entière marche au pas de course, et chaque jour la course s'accentue.L'avion transplante en quelques heures le slave oriental chez l'Indien du Mexique, la face du globe déroule ses paysages comme une bobine de cinéma: pour se retrouver, les hommes ont même inventé des endroits de rencontre situés à mi-chemin de la table de travail et du havre transitoire où ils iront dormir.Dans un état d'alerte matériel et moral, les êtres ont perdu le goût et la connaissance de la nature palpable, de la réalité vivante.Le spécialiste se rive à son métier, lentement il se vide de sa propre substance et prend de plus en plus figure d'isolé au milieu d'autres spécialistes.Il est difficile de remplacer le geste par la machine, sans perdre pour autant la présence du réel, le sentiment de la liberté. 8 CITÉ LIBRE Entre l'homme et l'univers créé, se dresse désormais un réseau extrêmement subtil qui enlève la connaissance sensible de tout S).On peut se demander ce que vient faire un tel langage dans un chapitre consacré à la biologie.Que peut signifier ici la coïncidence avec soi-même?Si, existentiellemcnt, être femme voulait dire être en relations complexes avec d'autres êtres, serait-ce vraiment coïncider avec soi qu'être délivrée des servitudes de la femelle?En effet, ce qui fait le malheur de beaucoup de femmes vieillissantes, c'est de se sentir inutiles.Des mélancolies d'involution s'installent alors, où la femme se sent dépcrsonnaliséc dans la mesure où elle s'individualise, les liens avec les autres disparaissant ou s'intériorisant d'une façon exagérée.Il est malheureux (pie Simone de Beauvoir n'ait pas su mieux méditer l'observation, pourtant perspicace, (pie le destin de la femme se faisait d'autant plus lourd qu'elle se rebellait contre lui en s'affirniaiu comme individu (p.69).C'est (railleurs le même problème pour l'homme, qu'elle considère néanmoins infiniment privilégié en comparaison."Sa vie génitale, écrit-elle, ne contrarie pas son existence personnelle; elle se déroule d'une manière continue, sans crise et généralement sans accident." On voit que l'auteur n'a pas compris ce qui se passe dans les cabinets de consultation, dans les hôpitaux, ou même dans les bordels, où la sexualité personnalisée trouve tant de peine à s'exprimer. CITÉ LIBRE 51 Aussi aperçoit-on (lès le début, le caractère polémique de l'ouvrage, au moment même où il aurait fallu relever des faits; quelques-uns s'en trouvent ainsi privilégiés et d'autres scotomisés.Cette mauvaise loi objective se retrouvera dans la suite du livre, où l'effort pour se situer sincèrement s'efface sous le besoin de se justifier.L'attitude adolescente ne semble pas avoir élé dépassée.Cette insuffisance se mesure bien dans le chapitre sur le point de vue psychanalytique traité avec une suffisance toute juvénile; surtout quand on compare avec les importants travaux d'Hélène Deutsch sur la psychologie des femmes.On pourrait taxer l'auteur de mauvaise loi subjective quand ces mêmes travaux restent ignorés à ce moment de la discussion.Pourtant Simone de Beauvoir les connaissait bien, puisqu'elle en fait de nombreuses citations dans son deuxième tome.En passant sous silence les apports d'il.Deutsch, de Karcn Horney et de quantité d'autres, elle aura beau jeu pour déplorer la pauvreté des descriptions touchant la libido féminine, déclarant cpie jamais les psychanalystes ne l'ont étudiée de front (p.!)!)! Elle propose alors, pour cerner davantage la réalité, de confronter la signification de la sexualité avec- celle d'autres altitudes: prendre, capter, manger, etc.Elle semble croire cpie cela sérail d'une grande originalité, mais elle oublie cpie les psychanalystes eux-mêmes l'ont déjà fait, notamment Abraham et Alcxanderl Encore plus malheureusement elle conclut cpie cet examen sort du cadre delà psychanalyse qui, selon elle, pose l'érotisme comme irréductible.Ici encore, elle ignore complètement le travail fondamental de Freud: "Au delà du Principe de Plaisir." Mais on n'en finirait plus de relever clans ces quelques pages les inexactitudes et les incompréhensions multiples, de même cpie des exagérations de langage, qui lui font porter des jugements totalitaires sans appels, du type suivant: "Il y a chez tous les psychanalystes un refus systématique de l'idée de choix et de la notion de valeur cpii en est corrélative" (p.85).Alors, pourquoi donc traiteraient-ils des malades et parleraient-ils de sublimation?Une des incompréhensions qui aura la plus néfaste influence dans la suite est celle du symbole.Elle semble en avoir une notion strictement intellectuelle comme s'il ne faisait cpie représenter une chose.En bonne élève de Sartre, qui ne saurait admettre la notion de l'inconscient, pas plus que du ciel, voici la définition qu'elle propose: "Le symbole ne nous apparaît pas comme une allégorie élaborée par un mystérieux inconscient: c'est l'appréhension d'une signification à travers un analngon de l'objet signifiant; du fait de l'identité de la situation existentielle à travers tous les existants et de l'identité de la facticité 52 CITÉ LIBRE qu'ils ont à affronter, les significations se dévoilent de la même manière à quantité d'individus; le symbolisme n'est pas tombe du ciel ni surgi des profondeurs souterraines; il a été élaboré, tout comme le langage, par la réalité iiumaine qui est mitscin en même temps que séparation" (p.88).Je ne sais si cette défi-uiiiou paraîtra plus (laite tpte les notions psychanalytiques qu'elle jugeait trop floues.Peut-être d'ailleurs qu'avec les mots: analogon, réalité humaine ou mitscin, réintroduit-elle par en avant ce qu'elle met à la porte par en arrière; car s'est précisément celte réalité humaine, dont il resterait à prouver qu'elle n'est pas tombée du ciel et n'a pas de profondeurs souterraines, (pie l'enfant appréhende, sans toujours la connaître dans son devenir.Nous nous expliquerons à partir de l'exemple même qui semble tellement agacer l'auteur.La valeur généralement accordée au pénis proviendrait, selon elle, de ce qu'il symbolise une souveraineté qui se réalise en d'autres domaines (p.90).Voilà une explication intellectuelle qui met la charrue avant les boeufs, car c'est avant même celle réalisation en d'autres domaines (pie l'enfant appréhende le symbole phallique, t'est-à-dire qu'il ressent plus ou moins clairement (consciemment) dans son pénis, plus de choses qu'il ne peut expliquer, ou pourra même expliciter à travers le temps.L'intellectualisation du symbole concourt à le vider de sa valeur affective, dessèche l'esprit et le condamne à ne comprendre qu'une partie infime du réel.Traduire comme le fait Simone de Beauvoir le complexe de castration par la peur de perdre sa transcendance, est peut-être une formule philosophique qui t n'est pas fausse, mais la notion perd ainsi, à force d'être générale, tout te qu'elle a de caractéristique, de valeur clinique et humaine.Toute vérité, une fois connue, pourrait à la rigueur s'exprimer par une notation mathématique, moins choquante pour notre susceptibilité, mais l'homme réel ne peut être connu qu'incarné.Les conséquences de cette intellectualisation se feront mieux sentir dans la suite de l'ouvrage.Il est une autre notion, centrale pour l'auteur, que la psychanalyse aurait pu singulièrement éclairer si elle avait pu l'intégrer, c'est celle de l'aliénation.Car le problème principal que cherche à résoudre le livre est de savoir pourquoi la femme est considérée comme l'Autre.Or eeci, pour Simone de Beauvoir, semble être un mal absolu.Par exemple, elle dit du processus d'identification, selon la psychanalyse, que "c'est s'aliéner en un modèle, c'est préférer au mouvement spontané de sa propre existence une image étrangère, c'est jouer à être" (p.92).Elle ne voit dans l'identification que l'aspect mécanisme de défense; or toute la psychologie dynamique enseigne qu'il y a CITÉ LIBRE 53 là un processus nécessaire, édificatcur de l'être.Nous ne sommes pas une génération spontanée, chacun provient d'un aune, et de même que le nourrisson passe par sa mère, notre réalité passe par les aunes; il y a là une aliénai ion nécessaire, commune aux deux sexes, qui est une façon de se réaliser et de réaliser le monde.11 n'est pas possible et surtout pas uès efficace de s'affirmer en l'air! Selon Simone de Beauvoir, le vrai problème pour la femme serait, refusant tes fuites, de s'accomplir librement comme transcendance (p.93).On peut se demander si la revue que lait l'auteur de diverses théories ne serait pas une façon île s'affirmer transcendante?Mais le rejet systématique qu'elle fait île ces théories ressemble plutôt à une caricature île liberté, qui l'empêche de les comprendre vraiment faute de se plier à la discipline de chacune; une psychanalyse, par exemple, serait certes intolérable pour un esprit en quête d'une libellé aussi absolue! L'affirmation d'elle-même se continue d'ailleurs clans le chapitre suivant, où elle dispose allègrement, en dix pages, du point de vue du matérialisme historique.Je n'ai pas les compétences voulues en cette matière pour juger la valeur de ses critiques souvent brillantes.Je noie cependant qu'elle accuse l'exposé d'Engels de demeurer superficiel (p.11!)), de la même manière qu'elle avait trouvé superficiel le point de vue de Slekel (p.!)I).On pourrait croire, si l'on n'y prenait gai île, (pie la profondeur est un attribut beauvoirieu.Il y a cependant une analogie (pie fait Engels entre la femme et le prolétaire, qui mériterait peut-être plus qu'une simple liquidation; or l'auteur se contente de lui opposer (pie le prolétariat vise à sa disparition en tant que classe, alors que la femme ne saurait se supprimer en tant que sexe (p.101).C'est que précisément beaucoup de femmes, dans notre civilisation, mécontentes de la place qui leur est faite, sembleraient vouloir se supprimer comme femmes.Nous verrons certains symptômes de ceci dans les conclusions mêmes de l'ouvrage.La deuxième partie du premier volume est consacrée à une vaste fresque historique très stimulante, où malheureusement le parti pris polémique reste constant.Nous ne relèverons que quelques exemples au hasard.Si elle doit admettre l'existence (l'un régime politique matrilinéaire, railleur fait remarquer justement que la présence d'une femme-chef ne signifie pas nue les femmes y soient souveraines; ainsi l'avènement de Catherine de Russie n'aurait en rien modifié le sort des paysannes russes (p.121).Elle ne relève cependant pas (pie celui de Pierre le Grand n'a pas non plus beaucoup changé celui des paysans, ce 54 CITÉ LIBRE qui aurait pu gêner sa thèse! Elle revient souvent sur cette image de l'homme connue seul sujet et de la femme tomme l'Autre absolu,
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.