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Titre :
Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
juin - juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
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Cité libre., 1960, Collections de BAnQ.

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Xle année, No 28 JUIN-JUILLET 1960 NOUVELLE SÉRIE LES DESSOUS DE LA CENSURE SOMMAIRE DÉMOCRATIE ET CULTURE CANADIENNE-FRANÇAISE Marcel RIOUX Sur la carte électorale Fernand DUMONT Québec doit dépenser davantage Roland PARENTEAU Notes sur l'élection provinciale Picrre-Elliott TRUDEAU Barrette et l'art de la poudre aux yeux Gérard PELLETIER En plus, des articles de: Jean-Charles Falardcau, Georges Dufrcsnc, Marie Raymond, Philippe Bérubé, Jean Pellerin et Yerri Kcmpf. Sommaire Xle année, No 28 Juin-juillet 1060 Revue mensuelle Comité de rédaction Directeur: Gérard Pelletier Directeurs-adjoints: Jean-Charles Falardcau Picrre-EUiott Trudeau Secrétaire de la rédaction: Jacques Hébert • Imprimé à Montréal par l'Imprimerie Judiciaire Enrg.Autorisé comme envoi postal de deuxième classe Ministère des Postes Ottawa Rédaction et administration: 1130 est, rue Lagauchetiére Montréal 24 — LA 3-1182 Service des abonnements Périodica Inc.5090, ave Papineau Montréal 34 — LA 6-3361 Abonnement annuel: $3.50 Abonnement de soutien: $10 Vente au numéro: Agence de Distribution Populaire 1130 est, rue Lagauchetiére Montréal 24 — LA 3-1182 Page 1 Ni contempteur, ni adulateur Gérard Pelletier Page 3 La démocratie et la culture canadienne-française Marcel Rioux Page 5 "La faute à Papineau" Jea n-Charl es Fala rdca u Page (i Sur la carte électorale Fernand Dumont Page 8 II faut payer les étudiants Georges Dufresne Page 10 Québec doit dépenser davantage Roland Parenteau Page 11 L'art tle la poudre aux yeux Gérard Pelletier Page 12 Notes sur l'élection provinciale Pierrc-Ellioll Trudeau Page 14 Les dessous de la censure André Lussier Page 22 Le dernier des justes et la conscience chrétienne Marie Raymond Page 23 Instantanés Page 24 Lettre à un jeune auteur dramatique Jean Pellerin Page 2G Chronique du temps perdu Philippe Bérubé, Yerri Kempf Page 29 Lettres La maquette typographique ait de Gllloi Robert CITÉ LIBRE NOUVELLE SÉRIE Ni contempteur, ni adulateur.Gérard Pelletier CE document m'étant mal connu, j'ignore si les "dispositions très formelles et très sages du concile plénier tle Québec" trouvent leur compte dans l'allocution prononcée à la fin d'avril par Son Excellence l'archcvêquc-évéque de Gaspé.Il est certain toutefois que cette allocution pose plus de questions qu'elle n'en résout.Précisons tout de suite que nous n'entendons nullement nous immiscer dans les décisions disciplinaires de la hiérarchie.Mais Mgr Bernier ayant souligné lui-même que sa réprimande publique s'adressait à deux prêtres dont il n'est pas responsable, parce qu'ils ne sont pas du diocèse de Gaspé, nous prenons pour acquis que la discipline, ici, n'est pas en cause, qu'il s'agit plutôt d'une opinion discutable et du reste fort discutée.Ce qui frappe, dans la communication de Mgr Bernier, c'est le constant décalage entre les principes qu'il invoque ct les applications qu'il fait de ces principes.Autant les règles invoqués nous paraissent "formelles et très sages," autant les applications nous semblent controuvées."Lorsqu'il s'agit de juger d'un parti, de juger d'une politique, écrit par exemple Mgr Bernier, le prêtre n'a pas à se constituer le juge des pouvoirs publics." La justesse de cette position est évidente.Même en revendiquant pour le prêtre le plein droit du citoyen à ses opinions personnelles, on ne saurait exagérer le danger qui existe de créer une confusion malsaine entre les opinions d'un clerc, voire d'un évêque, et la doctrine de l'Eglise.Cela, toutefois, s'applique au jugement porté sur un parti ou sur une politique.Mais ce n'est ni un parti ni une politique que les abbés Dion et O'Neil ont jugé: ce sont des moeurs, des méthodes et des tactiques électorales dont aucun parti, hélas, ne détient le monopole exclusif.Je présume que sur ce dernier point, Mgr Bernier est d'accord avec nous. Il nous permettra donc d'observer que le prin-ii'pc- invoqué plus haut ne saurait s'appliquer ici.Pourquoi en effet le prêtre, chargé, entre autres devoirs, de prêcher la morale chrétienne, devrait-il s'arrêter au seuil de la inorale sociale?Pourquoi un évêque qui, par exemple réinsérait de bénit une centrale syndicale dirigée par un Dave Itetk, criminel de droit commun, a-l-il accepté de bénir à Murdochville le centre social d'une Compagnie qui venait d'assassiner un syndicat?Au nom tle quel interdit le clerc devrait-il s'abstenir d'appliquer les régies évangélitptes aux comportements électoraux de ses concitoyens?Et quelles1 conclusions n'autoriscrait-il pas chez les fidèles, dont il fustige les autres vices, s'il devait gardci le si lente sur l'immoralité politique?Ces conclusions, elles sont déjà tirées.De nombreux fidèles croient "comprendre" tpie hors la chasteté et le respect dû à l'autorité, il n'est guère tle fautes dont il faille vraiment se soutier.D'autres vont jusqu'à noire tpie la détention du p luvoir exonère de tout blâme parce que les octrois ont la vertu tel laine d'adoucir les jugements moraux.lit Mgr Bernicr poursuit: "Ne soyez, par cotisé-quent, messieurs, je vous prie, ni les détracteurs sj stématiques, ni les adulateurs du pou voir." Bravo! On ne saurait mieux définir l'attitude de dignité qui convient au clergé et à l'épistopal.Mais comment nous échapperait-il qu'après cette définition, Mgr Bernicr lui-même se contente d" condamner sans appel "tleux certains abbés qui oui péché gravement" comme détracteur du pouvoir?Est-ce à dire que du point de vue fie Son Excellence, il n'existe dans notre clergé aucun adulateur du pouvoir?I.a rumeur a pourtant couru que du toté de l'Estrie, on distribuait par-lois des diplômes de moralité politique, summa i ¦ lande, à la veille des élections générales.El te n'est là qu'un exemple entre cent.(lue toute une moitié de la réalité (lotit il parle échappe aussi brusquement à Mgr Bernicr, au moment même oit il vient île brandir la balance de l'équité, avouons que cela étonne.Un tel oubli ne saurait contribuer à "former chez nos fi- • • • • o • tlèles la conscience civique, le sens de la justice en soi iété." • • • Qu'on n'aille pas s'y méprendre: l'immixtion tles ilercs dans le.affaires politiques ne nous a jamais parue désirable.Les diatribes partisanes d'un Mgr Laflèchc offrent, à distance, un certain pittoresque: elles ne nous inspirent pourtant aucune nostalgie.Nous croyons, avec Mgr Bernicr, que le prêtre doit garder "te détachement, cette dignité tpti (le) mettent au-dessus des partis politiques." Nous ne closons pas non plus "qu'il convienne au prêtre de figurer dans les assemblées politiques." Mais quand l'honneur chrétien est en jeu, quand le déferlement du scandale publie dépasse toutes les bornes, ou voit mal que le piètre puisse gauler le silence.Faut-il rappeler qu'en 195G, il était devenu nécessaire qu'une voix se lit entendre, assez résolue pour secouer la home et la prostration collectives, assez "privilégiée" surtout pour qu'on ne pût pas l'étouffer sous qttclqu'accusation de dépit ou de i ommunisine?Mgr Bernicr l'eût préférée plus prestigieuse encore, sanctionnée peut-être par une signaliue épisiopale?Xous aussi.Mais telle quelle, elle sul-lil pointant à rompre le silence étouffant tle la peur; elle fut nu geste tle courage tpie nous ne pourrons jamais désapprouver.Nous souhaitons, nous aussi, que jamais plus la honte n'atteigne celle limite extrême où la voix tles laïques, dont la politique reste le domaine propre, n'arrive plus à dominer les fracas partisans.Mais si la situation détail se reproduire, nous comprendrions mal qu'on réduise au silence les prêtres qui auraient le courage de parler.Mgr Dernier savait, sans aucun doute, qu'en faisant de ses directives diocésaines une communication publique, il ouvrait un débat devant l'opinion.Nous n'éprouvons; pour notre pari, aucun plaisir à différer d'opinion avec lui.Mais nous aillions eu l'impression en gardant le silence sur les équivoques de sa pensée, de trahir une cause que tout chrétien a le devoir tic servir: celle d'un climat polititpie d'où l'honneur ne soit pas absent.• •• ••• Prochaine livraison: août-septembre Comme nos lecteurs le savent tléjà, Cité libre publie dix numéros par année.La revue ne parait pas durant les tleux mois d'été.C'est pourquoi la présente livraison porte comme date juin-juillet, notre livraison suivante sera datée: août-septembre et paraîtra au début de septembre.2 La démocratie et la culture canadienne-française Il ANS k septième volume iln journal de Julien Green quil intitule Le bel aujourd'hui, on peut lire en page 189: "Un jeune dominicain nie cite cette phrase prononcée par l'abbé Pierre, à Montréal: Vous vous fabrique)! des prêtres semblables à vous.île façon à elle sur (pu: des pages entières de l'Evangile ne vous seront jamais précitées." Ce n'est pas seulement pour nourrir et étayer un certain anticléricalisme «pie je rapporte (elle phrase iei; elle me .semble renfermer une vérité pour ainsi dire universelle.On peut évidemment se réjouir que l'abbé Pierre ait constaté si vite el si bien que le catholicisme canadien-français n'est pas tout le catholicisme et que parti, par-là nos cures en passent de bons bonis, (initie curé des Trois messes basses de Daudet, Pour être juste, il faut quand même dire que plusieurs Canadiens s'en Liaient déjà aperçus.Il n est peut-être pas inutile que telle constatation soit reprise par un homme aussi éiuineiil (pie l'abbé Pierre.UNL TENDANCE II ne faudrait pas croire que les Canadiens français soient les seuls à se rendre coupables d'une telle mutilation.Toute institution, diffusée de société à société, a tendante à se particulariser, à prendre la forme des sociétés où elle s'incarne: le catholicisme espagnol a une tout autre résonnante humaine, une tout autre signification que telles du catholicisme allemand.Cette particularisa-tion n'est pas voulue, comme semble le croire l'abbé Pierre, niais s'explique par une espèce d'automatisme de conservation.Plus une société est homogène, plus elle est fermée, plus elle aura tendance à particulariser les institutions qu'elle emprunte à d'autres sociétés ou qui lui sont imposées de l'extérieur.C'est ainsi que l'Evangile (pitiés missionnaires anglais prêchent aux aborigènes australiens devient, après quelque temps, bien différent de ce qu'il est en Angleterre.Comment s'opère cette transformation?Il semble bien qu'en dernière instance il faut faire appel aux orientations culturelles de chaque société, c'est-à-dire à un ensemble de normes, de standards et tle critères de sélection qui agissent comme des agents Mineurs vis-à-vis les institutions reçues de l'extérieur; certains éléments sont acceptés, d'autres sont rejetés, d'autres sont réinterprétés.Mon propos n'est pas d'essayer tic montrer comment le catholicisme québécois s'est particularisé ni de trouver quelles sont les pages entières de l'Evangile qui, selon l'abbé Pierre, ne nous sont jamais prêcliées.Je voudrais plutôt examiner d'une façon très sommaire une autre institu- IVTarcel Rioux tiou.la démocratie, qui, comme le catholicisme, s'est incarnée dans plusieurs sociétés et «pic nous avons aussi particularisée.Tout le inonde semble d'accord pour dire (pie la démocratie ne représente pas tout à lait la iiiéiue chose pour les Canadiens français que pour les aunes Canadiens.Rien de bien surprenant à celai 11 est bien évident que si nous nous sommes fabriqués des prêtres a noue taille, comme le dit l'abbé Pierre, nous nous sommes aussi créé des hommes politiques à notre image.Comment avons-nous particularisé l'idée et la pratique de la démocratie?Ces différences ont-elles tendance à s'atténuer avec le temps?A quoi attribuer (es différences?La plu-pari de (eux qui se soin intéressés à ( eue question oui implicitement postulé que le type anglo-saxon est le seul type possible de démocratie.Il n'est pas sûr qu'il n'existe pas, à côté du type anglo-saxon de démocratie, un autre type quon pourrait appeler Iraïuo-i lisse el dont la plupart des ( a-rat(élastiques dillèrenl de telles du premier; il n'est pas sur non plus que la culture canadienne-française ne soil pas plus près du type lraiit'o-llisse que du type anglo-saxon.Certains sociologues adinellenl l'existence de ce deuxième type niais rétorquent qu'ultimemcnl le type anglo-saxon en viendra à s implanter dans tous les pays.Quoi qu'il en soii de l'aspect général de cette question, (lisons, pour revenir au Canada français, (pie ccs mêmes sociologues soiiliennenl tpie plus l'urbanisation sociologique du Québec se poursuivra, plus l'idée el la praliipie de la démocratie anglo-saxonne auront tendance à se rapprocher de celles du leste du pays.Leur aiguillent principal, c'est que l'exercice de la démocratie implique cpie les individus agissent comme individus el non pas d'abord connue membres d'un groupe, qu'ils soient assez sécularisés pour dislinguet entre l'E-tai et l'Eglise et qu'enfin leur comportement cesse d'être surtout traditionnel pour devenir plus rationnel.S'il est vrai que ces (rois conditions qu'on donne comme des prérequis à l'exercice delà démocratie se confondent avec certains des processus .à un député tout aussi bien que 135,733 autres.Si l'on se réfère aux résultats des quelques dernières élet lions piovin- tiales, on relève aisément d'autres incidentes du même paradoxe.Nos meilleurs journalistes l'ont d'ailleurs lait avec pertinente.Limitons-nous à quelques exemples.En l!l">2, l'Union nationale, tivei 50% des suffrages, remportait 74% des sièges.Plus avant, en l'.MH, le même parti obtenait un peu plus de la moitié des votes tuais 82 sièges sur 92.Ce qui happe et révolte davantage, tlans un pareil système, t'est ht situation des tiers partis.L élection de l'.Ml fournit, sur ce point, une illustration tout à fait remarquable.Avec .ri07,Htil votes, l'Union nationale remportait i8 sièges: avec 531,970, le parti libéral réunissait il) députés: mais, des 191,720 voles qui lui avaient été annulés, le Bloc populaire ne niait que I élus.COMMENT PROCÉDER?Tout le monde (sauf le parti au pouvoir, quel qu'il soit) est forcé d'être d'accord: il faut remanier la carte électorale.Mais c'est ici que le problème commence à se poser vraiment: comment procéder?Ce n'est pas le lieu de proposer de longues analyses statistiques; ce l'est peut-être d'essayer de cerner quelques aspects importants de la question.I.a représentation proportionnelle est, on le sait, la réponse t lassitpie aux difficultés entraînées par la disproportion numérique tles circonscriptions électorales.Pour en rappeler l'essentiel, rien tle mieux tpie de recourir au grand mathématicien Henri Poincaré, qui en a élaboré une sorte tle type pur dans une communication au Comité républicain de la représentation proportionnelle.Au lecteur qui voudra bien parcourir (1) Cette édition est tle 1958.C'est évidemment aussi un petit problème politique que ce retard tlans la parution tle l'annuaire statistique provincial.Faut-il voir là une nuance subtile tle la notion d"'autono-mic"?Fcrnand Dumont jusqu'à la lin la citation suivante, nous concéderons qu'elle n'a rien de très poétique (la politique, non plus, après tout): "Si l'on veut taire élire, par exemple, 600 députés par un total tir 'J millions d'électeurs, chaque député devra représenter ta six-centième partie de l'ensemble du corps électoral, c'est-à-dire 9 millions divisés par 600, ou 15,000 électeurs, ce qui revient à dire que chaque député devra être élu par 15,000 suffrages .) En supposant le nombre unique lixè à 15,000, chaque lisle de candidats présentée dans les diverses circonscriptions obtient d'abord autant de sièges que la somme de ses suffrages contient de lois ce même nombre.Une liste ayant obtenu 54,000 sullra-ges a droit, par conséquent, à 3 siègos, parce que 15,000 est contenu 3 fois dans 54,000.Si une autre liste réunit 5,000 voix, elle a droit à 4 sièges, parce que 15,000 est contenu 4 lois dans 65,000 et ainsi de suite.Les sutlra-ges non représentés c'est-à-dire les restes, sont ensuite additionnés dans l'ensemble des circonscriptions au pre-lit de chaque parti.Si, par conséquent, les restos du parti A lorment un total de 100,000 sullrngcs, il lui sera attribué 6 sièges supplémentaires, 15,000 étant contenu 6 fois dans 100,000.Ces 6 sièges seront répartis successivement entre les listes du parti A qui représente les forts restes" {cl.Lachapelle, Les régimes électoraux, 166-6S).Tout cela est quand même bien ingénieux — et plus solitle que les arguments de M.J.D.Bégin.11 y a un aspect personnaliste, tlans ces calculs, et une volonté tle justice tpii vise à représenter chaque fraction tle l'opinion proportionnellement à sa forte numérique.Cette solution nous est d'autant plus sympathique que tle superficielles objections lui ont été opposées, entre autre tle favoriser le multipartisme.I.e tas tle la Belgique qui a connu, pendant longtemps, à la lois le scrutin proportionnel el le tt ipai lisine suffirait à rendre vaine eetie sorte d'argumentation.D'ailleurs un Que-becquois n'a pas à se réjouir tle notre bipartisme fatal.Malheureusement, il nous semble tpie la représentation proportionnelle n'apporte pas une réponse satisfaisante au problème tpie nous posions au départ.Elle ne touche pas la question essentielle: la division de la carie d'un pays concret cn circonscriptions électorales.• • • En effet, le député ne représente pas des électeurs abstraits, mais, si on nous permet celte expression, tles électeurs avec problèmes.L'arithmétique peut nous indiquer, tlans le Québec, la façon tle répartir tous les électeurs entre quelques députés.11 reste tpie la carte électorale se superpose à d'autres cartes: certaines régions posent tles problèmes beaucoup plus complexes et beaucoup plus aigus tpie d'autres.D'ailleurs (Gérard Filion l'a tléjà souligné) le statut du député n'est 6 pas le même dans ions les secteurs: par exemple, il est évident que le député d'une région rurale est beaucoup plus accaparé qu'un député de la ville, victime (ou bénéficiaire) qu'il est de certaines traditions rurales qui s'attardent.Disons tout de suite que l'on a exagéré la portée de ce genre d'argumentation: il me souvient d'avoir entendu un partisan de M.Duplessis évoquer devant moi, en citant son maitre, les "difficultés de la toute" dans les territoires ruraux, pour justifier la disproportion entre comtés ruraux et urbains.Dans cette direction de réflexion, le problème de la carte électorale se pose à un plan encore plus essentiel.Si les comtés électoraux sont découpés tle la manière tpic nous connaissons, c'est sans doute, dans beaucoup de cas, non pas parce que les territoires correspondants forment îles entités sociologiques ou politiques cohérentes, mais parce que certaines de leurs caractéristiques sociales favorisent ou oui favorisé le parti au pouvoir.De ce phénomène, les politiciens ou les organisateurs électoraux ont toujours eu une perception profonde.Il commence heureusement à en être ainsi des sociologues.Des travaux déjà nombreux poursuivis en divers pays sur la sociologie électorale, se dégage entre aunes choses, uni .uns-l.nation remarquable: la liaison précise cuire les conditio .s de vie, en particulier les occupations, Ct l'orientation du vole.EXEMPLE RÉVÉLATEUR Contenions-nous d'un exemple particulièrement révélateur.A l'occasion des élections de 11)50, des sociologues britanniques ont étudié minutieusement les résultais électoraux dans l j circonscriptions tle la région de Glasgow ci les ont mis en parallèle avec quelques caractéristiques sociales du territoire concerné (cf.Chrimcs, éd.: 77ie ('•encrai Election in Glasgow).Voici la circonscription de Cathcart: l'habitat est le meilleur de la légion, le taux de mortalité y est le plus bas, etc.; c'est là que les conservateurs réunissent leur plus forte majorité et les travaillistes leur plus faible niveau d'adhésions.Avec la circonscription de Tradeston, nous sommes en milieu ouvrier, aux logements insalubres et surpeuplés, etc.; les travailleurs y obtiennent leur plus forte majorité.La circonscription de Gorbals est plus misérable encore; le plus faible pourcentage du vote conservateur se rencontre là, ainsi que le meilleur résultat communiste.Un dernier cas, la circonscription de Catulacliie: contrairement aux territoires précédents, elle présente une ligure sociologique très contrastée (un quartier résidentiel, mais aussi deux zones de taudis); le nombre de votes conservateurs et le nombre tle votes travaillistes y sont sensiblement égaux.Ce sont là, il me semble, des observations troublantes (ct nous pourrions évoquer, dans le même sens, des travaux de Pierre George en Fiance ou ceux de Sctirin pour les Etats-Unis).Elles in- diquent la possibilité d'une manipulation très précise de la carte pour favoriser une tendance politique.Si vous êtes par exemple conservateur et que vous détenez le pouvoir, vous pourriez: 1) faire de petites circonscriptions dans les régions Turalcs ou à l'aise (disons Cathcart) et 2) remanier d'autres circonscriptions hétérogènes du point de vue sociologique de façon à conserver des majorités de ruraux ou de gens aisés( avec Catulacliie).Evidemment on n'arriverait pas à obtenir tous les comtés; il y a bien trop de pauvres pour celai El puis, la sociologie électorale révèle certains phénomènes embêtant: ainsi.M.Goguel (cf.Géographie tics élections françaises) a montré que le parti communiste obtenait des résultats excellents dans des légions économiques dynamiques et dans des zones misérables; il en a d'ailleurs fourni une explication tout à fait vraisemblable.Malgré tout, avec pas mal de sociologie, un technicien du parti au pouvoir pourrait luire du travail liés efficace sur la carie électorale.Comme je ne pose pas ma candidature pour celle fonction, je me contenterai d'une première conclusion lus simple.11 faut continuer de ré-i lanu r, comme on le fait depuis des années, une ic-fonte de la carte éle< toralc.Mais si on ne veut pas se contenter d'une uniformisation numérique de la population dis comtés, il faudra élaborer avec précision les critères ct les valeurs à respecter en cette nés grave allaite.Il semble aussi que ce travail devrait être confié à une commission peut-être permanente cl qui disposerait d'une indépendance semblable à celle des tribunaux.• • • Ce n'est pas le lieu tle proposer une liste de critères pour le découpage de la carte.Soulignons toutefois, eu terminant, la complexité de la tache.C'est la notion même de démocratie qui est, ici, eu question.A première vue, un sociologue serait tenté de choisir, tomme référence privilégiée, l'homogénéité tle la population.Sans se soucier trop du nombre des lecteurs, il chercherait à réunir dans une même circonscription les populations cl les problèmes parents.Cela constituerait une meilleure méthode que celle qui prévaut actuellement.Mais, en pratique, ce serait difficile: les populations et les problèmes semblables ne sont malheureusement pas toujours contigus sur la carie.Surtout, cela provoquerait, sans aucun doute, un simple déplacement de la difficulté — de la carte à la Chambre d'assemblée.On ferait de celle-ci un lieu de rencontre de tous les antagonismes sociaux: étant donné que l'Etat (dit-on) doit représenter le bien commun, 25 pour cent de ruraux ne doivent pas être utilisés (comme c'est le cas présentement) pour effacer les exigences de 75 pour cent d'urbains; mais l'inverse est également vrai.On risquerait, de toute façon, de lai-rc des comtés des entités politiques tout à fait analogues aux pressure groups: on sait la difficulté 7 que l'on éprouve à empêcher ceux-ci de (aire é( la-1er l'Etat eu intérêts d'autant plus contradictoires qu'ils sont mieux structurés.Songeons, par exemple, au Conseil é< onomique français.RÉALITÉ PROFONDE L'antagonisme des conditions de vie et des < lasses est une réalité profonde tle notre société; il ne huit pas chercher à l'enrayer par tles mystifications.Mais ce n'est pas au niveau de- l'Etat que cet antagonisme doit se manifester.Par ailleurs, le député n'oubliera pas automatiquement, le lendemain de sou éleetion, le comté qui l'a élu, pour devenir "le député de la nation" — selon la lit lion démocratique bien connue.Si nous voulons tpie la circonscription n'ait pas pour seule signification d'elle le lieu des calculs électoraux des partis, ou tle constituer tles factions sociales, on reconnaîtra que le problème tle la tarte électorale nous conduit à une dernière exigence.Il faudrait que chaque comté ne soit plus celte réalité abstraite tpti s'anime périodiquement a l'occasion tles élections, mais une véritable en- tité politique.Ce qui impliquerait que l'on donne beaucoup plus d'importance aux conseils de Comtés (ce que l'Angleterre a fait pendant la guerre et elle s'en est trouvée fort bien, comme l'on sait).Cela supposerait surtout tle patientes tentatives, cle la part des citoyens de cette province, pour promouvoir le dégagement d'élites politiques locales (conseils régionaux d'aménagement tlu territoire, etc).JUSTICE CONCRÈTE On me reprochera peut-être d'avoir débordé mon sujet, l'aurais voulu simplement suggérer, au contraire, que le problème tle la carte électorale n'est pas un petit problème parmi d'autres, susceptible d'être inscrit sur un programme polititpie entre l'article 153 el l'article 155.Il pose toute la question tle la justice politique concrète tlans cette démocratie tpie pourrait être la Province de Québec: comment faire monter les problèmes tles diverses légions au niveau d'une polititpie d'ensemble?* Il faut payer les étudiants \ la thèse tle l'éducation gratuite s'esi ajoutée t " depuis quelques années celle du pré-salaire à partir tlu niveau universitaire, sinon dès l'immatriculation.L'expérience, en effet, avait vile démontré tpie sans pré-salaire l'éducation gratuite esl un mythe, au moins pour les classes pauvres.Le maintien aux éludes d'un membre tle la famille demeure une charge puisqu'il huit continuer à payer pour sa subsistante et aussi, d'une façon négative, puisque ce membre ne contribue pas au revenu familial, connue il le ferait s'il était entré dans le monde du travail.Dont le pré-salaire.Cette conception tlu problème s'explique par les étapes tle son évolution et elle est matériellement juste ( il y a d'ailleurs chez tous ceux tpii s'y opposent un pbarisaïsme tpii ne larde pas à transparaître).Cependant la base de l'argument me semble mal choisie.L'ÉTUDIANT UN APPRENTI Même s'il est nécessaire qu'il ne soit pas plus difficile pour les familles pauvres tpie pour les autres de permettre .i un fils ou à une fille de poursuivre des études, ce n'est pas surtout pour cela qu'il faut payer un salaire aux étudiants Georges Dufresne âgés, disons, de plus de 16 ans.La raison tle le faire, c'est qu'ils ne sont plus des enfants mais tles hommes et que leurs études constituent l'apprentissage de leur fonction sociale autant et delà même façon tpie l'apprentissage de l'ouvrier.Tout le monde a constaté que les jeunes gens qui commencent à travailler dès la fin des études primaires ont, après quelques années, un point de vue plus réaliste, plus de maturité, que leurs camarades qui sont encore des étudiants.Evidemment il peut y avoir une maturité hâtive, une fausse maturité.Et le problème se pose dans le cas tlu travail â II, 12 ou IS ans.Mais lorsqu'il s'agit tle jeunes gens tle l(i, 18 ou 20 ans, l'on accordera facilement tpie c'est l'excès de dépendance infantile qui a le plus tle chances d'être anormale.Or je pense tpie cet infantilisme des étudiants, ce retard à assumer leur condition d'adulte, est lié étroitement à la conception que nous avons des études supérieures.Tant que nous verrons en elles un perfectionnement de l'individu qui est antécédent, extérieur, au monde du travail, les étudiants continueront de mûrir plus lentement, de devenir adultes plus tard, que leurs camarades tpii ont "commencé à travailler".Tant 8 que leur activité principale, c'est-à-dire leurs études, n'aura pas tlans la société une valeur d'activité d'adulte elle sera pour eux un obstacle plutôt que le lieux de choix pour l'apprentissage delà maturité.N'est-il pas absurde et injuste que les jeunes gens qui ont le talent nécessaire pour (aires des études avancées se voient refuser les chances tl'accédcr à la maturité qu'on accorde à ceux qui sont moins doués?H en résulte d'ailleurs une perte autant pour la sot iété que pour les étudiants eux-mêmes.Une explication adéquate de cette situation serait sans doute fort complexe.Je me permets d'y voir surtout un anachronisme: une persistance de l'organisation sociale de type patriarcal dans une zone moins accessible que les autres à l'évolution.Quoi qu'il en soit, il me parait urgent de modifier notre conception des études supérieures et de l.s accepter pour ce qu'elles sont principalement, c'est-à-dire un portique du monde du travail au même titre que l'apprentissage des métiers, par conséquent une activité d'adulte et non plus un prolongement d'une activité d'enfant.Ce changement me parait urgent, parte qu'à mon avis, lorsque nous aurons accepté l'étudiant comme un jeune adulte au même titre que l'apprenti-ouvrier, nous serons mieux en mesure de sentir l'absurdité de certaines conditions qui persistent dans le monde de l'éducation: sélection tles étudiants où les talents n'entrent en ligne de compte que d'une façon secondaire, infériorité du niveau des études, étudiants qui s'ont rétribués pour des travaux de vacances alors que c'est eux qui doivent payer pour travailler à ce qui est leur activité principale, les études, etc.Et c'est ici, dans ce contexte, qu'il faudrait placer la question du salaire à payer aux étudiants.En effet, tlans notre société au moins, le fait de mériter un salaire, d'être le gagne-pain de celui qui l'exerce, est en général une qualité essentielle du travail adulte.Il est illusoire tle prétendre avoir changé notre conception des études supérieures tant que nous réinsérons d'accepter ces études comme un travail méritant salaire, un apprentissage qui tloit être rétribué comme les autres.Les deux sont inséparables et devraient avoir leur place à la base tle notre pensée sur les réformes de l'éducation.QUELQUES CONSÉQUENCES L'adoption de ce principe fournirait une justification accrue à la nécessité de sélectionner les étudiants d'après leurs talents.Dans les métiers, on choisit les apprentis d'après leur aptitude et on se base sur leur rendement pour les garder ou les renvoyer.Si les étudiants doivent recevoir un salaire pour étudier, il est justifiable qu'on fasse enquête sur leurs talents avant de les accepter et qu'on les renvoie, c'est-à-dire qu'on les invite à s'orienter vers une autre fonction sociale, s'ils se montrent inaptes aux études où ou les a acceptés.Sut ce point, je tiens .1 dire tpic les psychologues, les orienteurs professionnels sont déjà en mesure de faire une excellente sélection préalable et de compléter cette sélection par des examens périodiques au cours des études.11 faudrait que cette sélection soit ouverte à tous les jeunes et cela le salaire accordé pour les études le permettrait en rendant celles-ci aussi immédiatement attrayantes que l'entrée dans une autre zone du monde du travail.A ceux qui objecteraient que l'adoption d'une telle polititpic provoquerait la ruée vers les éludes de candidats si nombreux que nos maisons d'éducation ne pourraient les absorber, il me paraît assez facile de répondre.Rien n'empêcherai) de limiter les admissions au nombre de plaies disponibles, en ne laissant entrer que les candidats les plus doués.Cela vaudrait encore mieux que de laisser jouer comme aujourd'hui la foi lune des parents ou le hasard d'une protection.Une autre conséquente heureuse du salaire-pavé pour le travail d'étude serait de réduire au rang secondaire tpii lui revient le travail tle vacances.Actuellement, nous sommes dans celte si-luaiion absurde où le travail de vacances, activité accessoire de l'étudiant, est le seul qui lui mérite un salaire donc qui lui donne à ses propres yeux une valeur d'adulte, alors que son activité principale .ses éludes, le replace dans la dépendance, la non-valeur, de l'enfant.Le salaire valoriserait son activité propre d'étudiant el le travail de vacances ne serait plus que ce qu'il mérite d'elle: une activité .secondaire dont la lin est de fournir à l'étudiant la première expérience de sa profession el d'élargir ses perspectives en le faisant vivre dans des milieux de travail divers.Une autre objection que l'on fait à l'accès généralisé des jeunes ouvriers aux études, e'esi qu'il en résulte une perle pour les élites ouvrières.Disons brièvement que si cette crainte nous parait assez fondée devant un système tle bourses tpii lait du lils d'ouvriers un adopté des classes bourgeoises, la perspective nous semble moins sombre si, comme c'est le cas ici, les étudiants sont assimi-niilés à des apprentis et reçoivent un véritable salaire.On peut concevoir alors, il me semble, une évolution favorable qui diminuerait la signification de ce risque.l'admets enfin que celle conception des éludes supérieures comme un apprentissage professionnel ne doit pas être interprétée avec trop tle rigidité.Il est évident qu'il faudra préserver une place pour les études supérieures en tant qu'instrument tle culture.Mais je suis convaincu tpic cela peut se faire sans maintenir le règne des privilèges qui aujourd'hui encore assurent moins la vie florissante tic la culture qu'ils n'entretiennent une forme particulière d'injustice sociale ct le gaspillage d'innombrables talents.9 ? Québec doit dépenser davantage fl N a vu avec quelle frénésie le gouvernement " provincial s'est mis à dépenser les fonds publics au coin s de la dernière session.Attitude tout-à-fail nouvelle par rapport an comportement malthusien du gouvernement antérieur.Celui-ci.hyp-uolisé par le désir de réaliser l'équilibre de son budget, mesurait au compte-gouttes ses dépenses.Bien sûr, certains services, certaines classes sociales bénéficiaient assez facilement des largesses gouvernementales, niais il n'en reste pas moins que dans l'ensemble, le niveau des dépenses publiques s'établissait à un échelon très inférieur aux besoins urgents tle la population en matière d'éducation cl de services sociaux par exemple.EXCELLENT PRINCIPE?Les conceptions financières ,ï la base tle ce système ont souvent été exprimées par les ministres des litiani es (pli se sonl suc c édés au poste lie gland argentier de la province: ne dépenser qu'en lonc-lion des iccelles courantes, réduire la dette le plus possible.Excellent principe à première vue, du moins pour un individu, mais principe depuis longtemps abandonné par la plupart des gouvernements.Il esl admis en finance publique qu'un Etat ipii effectue des travaux tle nature permanente en grande quantité peut en reporter une partie du fardeau financier sur les générations futures.Dans cette optique un déficit budgétaire ou un emprunt ne sonl pas du tout des actes honteux dont un gouvernement doit s'excuser.Remarquons d'ailleurs tpie le déficit budgétaire a été utilisé à maintes reprises mais pas du (oui dans l'esprit signalé plus haut, l'ai une curieuse coïncidence, les déficits les plus élevés se sonl produits au tours îles années d'élections.DEUX RÉPONSES 11 peiu paraître paradoxal de dire que le gou-vcrncmcnl de Québec n'a pas assez dépensé quand on sait qu'en 1959-60 le total de ses déboursés a atteint presque StiOl) millions, alors que cinq ans auparavant il ne s'élevait qu'à $350 millions environ.Il y a deux réponses à cela: d'une pari les besoins de la population sont loin d'être satisfaits; d'autre pan, les receltes fiscales ont subi elles aussi une hausse parallèle à celle des dépenses, hausse altrihiiahlc en grande partie aux concessions fiscales successives du gouvernement fédéral.Résultai net: surplus budgétaires, faibles mais significatifs, étant donné que tous les déboursés occasionnés par les travaux publics de toute nature sont inclus tlans les dépenses.Tous les gouvernements provinciaux n'ont pas procédé tle cette façon.La plupart au contraire se sont révélés d'incorrigibles dépensiers, pour le plus grand bénéfice d'ailleurs de leurs ci- Roland Parenteau toyens, qui s'attendent bien un peu ([lie les taxes qu'ils versent leur soient ristournées de quelque façon.L'Ontario par exemple ne craint pas d'assumer un déficit de quelque $204 millions cn 1959-60, soit plus du cinquième des dépenses totales, qui approchent maintenant le milliard.UNE POLITIQUE PROGRESSIVE Il est d'ailleurs assez symptomatïque de constater que pour la même année, la province de Québec a été (elle qui a eu le moins de dépenses per capita de tout le Canada.Situation qui n'est pas nouvelle mais cpii semble s'aggraver.Voici quelques ihillres qui indiquent ht moyenne de dépenses île certains gouvernements provinciaux représentatifs en 1959-60: Terre-Neuve SI 37 Nouvcau-Brunswick 131 Québec 108 Ontario 159 Saskatchewan 153 Alberta 208 Colombie 180 Moyenne du Canada 117 Il ne saurait être question évidemment d'ouvrir sans restriction les écluses de la dépense publique.Mais l'énonnité et la diversité des besoins de la population du Québec sont trop évidents pour qu'un gouvernement se permette tle garde) aussi solidement serrés les cordons de la bourse.Certaines déclarations de feu le premier ministre Sauvé semblaient d'ailleurs nous engager dans celte voie.Une polititpie progressive tle dépenses publiques exigerait cependant un programme complet et rationnel tles services que les circonstances exigent tle l'Etat, ce que nous ne possédons pas it l'heure actuelle.t*/ La faute .t suite de la page 5 ) prise eu mains de notre destin polititpie, n'a pas commencé.Depuis ce temps, initie conscience a été bien tiraillée.Jamais encore n'est-elle devenue une conscience proprement polititpie.Je laisse deviner pourquoi.Nous continuons à résorber la politique dans une morale élémentaire.Le Canadien français n'est pas encore devenu animal politique.11 demeure un être électoral.Les vedettes qui, en ce moment de 1960, le fascinent, sont ileux prêtres.Quels que soient les pertinents motifs de ceux-ci, ce qu'ils font n'en reste pas moins tlu catéchisme.Laurier disait, il y a déjà longtemps, qu'en politique nous n'avons pas d'idées, seulement tles sentiments.Nous n'avons pas encore tl'idées.Nous en sommes à la casuistique?Progrès?-y|r 10 L'art de Ea poudre aux yeux Gérard Pelletier Car il faut faire tout le mal ensemble afin que moins longtemps le goûtant, il semble moins amer, et le bien petit n petit afin qu'on le savoure mieux.MACHIAVEL Le Prince, Ch.VIII O 'IL fallait en croire M.Barrette, l'Union na-^ tionale aurait établi, au cours de la dernière session, un véritable nevi thaï eu matière syndicale."Ce lut la session de l'éducation n (elle des ouvriers" proclament les coryphées du parti."Ce que depuis îles années réclamait le mouvement ouvrier, nous le lui avons donné.I.a réforme de nos lois ouvrières est chose laite!" C'est se vanter beaucoup.Sans doute la dernière session de la Législature, après sei/e ans d'immobilisme ou de régression, a-t-elle fait un pas tlans la bonne voie.Mais un tout petit pas, avec une démarche hésitante et timide.Tout se passe comme si l'Union nationale avait lu Machiavel avec beaucoup de soin.En 1949, au moyeu du Bill j, M.Duplessis avait déjà tenté tic "faire tout le mal ensemble afin tpic, moins longtemps le goûtant, il semble moins amer." Mais il avait façonné la bouchée trop grosse et son projet de loi, véritable camisole de force dans laquelle il voulait emprisonner les syndicats, dut eue mis au rancart.I.e coup avait raté.Par la suite, M.Duplessis en vota quelques sec-lions: interdiction tles grèves dans les services publics (Bill 00), retrait de certificat pour délits de tendances (Bills 19 cl 20), etc.Mais on avait renoncé à l'attaque massive.Récemment, le premier des Trois Grands de l'Union nationale ayant décédé, on songea, pour garder le pouvoir, à jeter un peu de lest.Mais Machiavel régnait toujours et le tandem Sauvé-Barrette prit bien soin que le bien lui octroyé "petit à petit, afin qu'on le savoure mieux." Si, en effet, on compile un bilan complet des amendements apportés à la législation ouvrière au cours de la dernière session, il se résume à lieux modestes changements auxquels le plus vil battage publicitaire ne pourra jamais donner ligure de ne tu deal.En vertu du premier, le nombre des membres de la Commission de Relations ouvrières csl augmenté et le quorum exigé pour une séance assure désormais qu'il y aura toujours parité tic représentation entre le groupe ouvrier et le groupe patronal, chaque fois (pie la Commission s'avisera tle siéger.Sans doute est-ce là un sérieux progrès mais relevant d'une justice si élémentaire qu'on est por- té davantage à déplorer l'état antérieur de la loi sur ce point qu'à faire grand cas du nouvel article! En second lieu, un aune amendement donne à la Commission le pouvoir de louer l'employeui à reprendre un employé congédié pour activité syndicale el à tléilommagir iclui-ri des pertes qu'il aurait subies par suite de ce congédiement injuste.C'est tout.El au regard de celui qui connaît tant soii peu l'état des relations industrielles dans la province, t'est bien peu.Soulignons d'abord que Us deux amendements, si modeste qu'en soit l'ambition, ne résolvent même pas les difficultés précises auxquelles ils s'attaquent.Depuis toujours, les .syndicats réclament le droit de nommer il de rémunérer eux-mêmes Unis représentants à la Commission.Qui contestera la justesse de telle icclamalinu?Si le mouvement ouvrier a droit à une représentation, c'est à lui d'en choisir lis titulaires, el non pas seulement de suggérer des noms que le Ministère agréera ou rejettera selon -«s humeurs du moment.De plus, us représentants doivent eue libre-, ne dépendre de personne si ce n'esl de leuis mandants.Or la loi, même amendée, maintient que les commissaires sont nommés par le gouvernement, pavés par lui et fonctionnalises du fait même de leur entrée en fonctions.Depuis mu jours aussi, le mouvement ouvrier réclamai! le droit pour la Commission de Relations ouvrières de réinstaller un travailleur congédié pour avoir exercé ses droits syndicaux.Désormais, la Commission est autorisée à faire ce qu'auparavant on ne pouvait obtenir qu'après di s procédures sans fin.Mais au lieu «pie sa décision en pareille matière soit finale, l'employeur garde toujours un droit d'appel «levant les tribunaux (i\ils.Ainsi, seuls Us pciiis employeurs, hésitant «levant les procédures à entreprendre, seront mis à la raison.Les glandes compagnies, une fois résolues à porter leur cause devant les tribunaux, pourront encore détruire l'organisai ion syndicale en faisant durer les procédures au-delà de la patience dont les ouvriers disposent pour faire lace à leurs persécutions.Voilà donc le fruit de «cite "session «les ouvriers." Contre les syndicats jaunes, rien.Des associations dominées par l'employeur pourront continuer en paix de bloquer l'avance syndicale dans les firmes comme la Bell ou la Shawinigan.Contre les briseurs de grève, rien non plus.Les employeurs restent libres d'importer des travaillent s, sous la protection «le la Police provinciale, pour (suite à tu page 13) 1 i Notes sur l'élection provinciale Pierre-Elliott Trudeau [VOUS n'avons jamais, a Cité libre, donné dans ¦¦'les "directives" à la veille des élections.Non-, discutions de politique à longueur d'année et, tant tpie l'Union Nationale était au pouvoir, il eut été superflu d'avertir nos lecteurs que nous allions voter pour l'opposition.Cette fois enrôle, nous n'aurons pas à rompre la tradition! l'éprouve toutefois, quant à moi, un léger besoin d"'cxpliqucr mou vote", comme disent ces messieurs du Parlement.Ces dernières années, j'ai — à plusieurs reprises et publiquement — analysé les données du problème polititpie, et je ne trois pas devoir me défiler au moment oit ce problème exige une solution électorale.|e n'avais pas cru, après l'élection de 1956, que la conjoncture électorale de i960 serait aussi simple qu'elle l'est.D'abord il y avait le Rassemblement qui, par l'éducation et l'action, se proposait d'élargir ci d'alimenter la gauche démocratique.Puis il y eut l'Action civique qui, après la défaite de M.Drapeau à la mairie en l'.).r>7, s'organisait implacablement en vue lies élection provinciale-,.Ensuite, en juillet l'iaS, le P.S.D.national résolut de s'inféoder à un nouveau "mouvement politique populaire ayant une base très large".Peu après (automne 1958), les partisans du Crédit social étaient conviés à se regrouper dans un vaste Ralliement créditistc.A travers tout cela et d'année en année, la Fédération libérale provinciale imposait avec tle plus en plus tle fermeté et de succès ses cailles démocratiques au vétusté troupeau libéral.Kt enfin, il y a un an, le manifeste des vingt-ct-un invitait les hommes de bonne volonté à réaliser un désir assez répandu chez nous: unir toutes les forces véritablement démocratiques contre l'Union Nationale.QUATRE ANNEES DE DESARROI l'espère pouvoir un jour faire l'analyse de ces quatre années.Il suffit de rappeler ici tpie la Fédération libérale accepta la formule d'union des forces démocratiques, alors qu'il toutes fins pratiques cette formule fut rejetée par l'Action civique et par le P.S.D.Ces tleux derniers groupements étaient d'opinion qu'idéologiqucnicnt ils ne pouvaient pas discuter d'union avec un parti aussi "pourri" tpie le parti libéral, et que pratiquement ils n'avaient pas besoin tle cela pour s'imposer à l'électoral.Or, à l'heure où j'écris, il appert cpie d'une part l'Action civique ne présentera pas un seul candidat aux élections du 22 juin, cependant que plu- sieurs de ses membres seront actifs sous la bannière libérale; et que d'autre part le P.S.D.ne présentera qu'une couple de i andidats, encore qu'une large faction du parti voudrait n'en présenter aucun.De la sorte, et par un jusle retour des choses, ceux-là mêmes qui prétendaient "préserver" leurs électeurs contre d "avilissants" contacts avec les Libéraux, aujourd'hui mettent ces élec-teuis dans l'obligation de voter libéral, sans condition et sans garantie.(Car devant le danger de mon où l'Union nationale met la démocratie, je ne crois plus qu'il soit question d'annuler son vote.) Les socialistes et les diapistcs se sont gardé les mains pures.en se coupant les mains.Je veux bien croire que les Libéraux bluffaient peut-être au moment où ils acceptaient de négocier, même en dehors du parti libéral, une formule d'union des forces démocratiques.Je pense aussi que depuis la mort de MM.Duplessis et Salivé et le retrait de l'Action civique, les Libéraux sont vraisemblablement ravis que cette union ne se soit pas réalisée.Je sais même qu'ils refuseraient aujourd'hui de se compromettre avec trop d'hommes de la "gauche" démocratique, voire même avec d'authentiques indépendants.LE PARI DÉMOCRATIQUE Mais enfin ces convictions, que je partage avec-bien du monde, n'ont pas été mises en preuve devant l'opinion publique, et cela à cause tic ia piètre stratégie de l'opposition non libérale.Au contraire, aux yeux de l'électoral d'opposition, seul le parti libéral a accepté le pari démocratique, alors que les autres partis redoutaient "que le grand nombre ne se serve de la règle démocratique pour les transformer véritablement." (Cité libre, no 22, p.29) En conséquence, cel électoral sera justifié, autant en théorie qu'en pratique, d'appuyer carrément le parti libéral aux élections prot haines.I! va sans dire, mais cela ira peut-être mieux cn le disant, que je ne suis pas autrement fier d'avoir à faire ces constatations.Mais si je ne les faisais pas, je renierais le long manifeste publié-dans le numéro sus-dit tle Cité libre, et je reculerais devant la logique à laquelle je risquais d'être pris en jouant à "démocratie d'abord".Car il est certain que si, par exemple, le P.S.D.avait appuyé l'union des forces démocratiques et que les Libéraux l'avaient repoussée, je serais aujourd'hui justifié tic conclure que tous les démocrates sincères auraient à voter contre les Libéraux et à appuyer le P.S.D.12 Mais comme question île lait, le P.S.D.et l'Action civique ont choisi d'être, ces années dernières, doctrinaires dans la pensée polititpic, intolérants dans l'action démocratique et lunaires dans la stratégie générale.I.e résultat net, c'est que le parti libéral a obtenu à peu de frais le monopole des voles oppositionnistes.El le corollaire, c'est qu'un René Lévesque — soudain désireux d'exercer une action électorale — se trouve dans l'impossibilité pratique d'agir ailleurs que dans le parti libéral.Tant mieux pour re parti: je ne lui reprocherai pas sa bonne fortune.Mais lui.il ne m'empêchera pas de conclure que beaucoup de ses électeurs tlu 22 juin prochain exerceront une option de moindre mal, motivée surtout par la réalité tactique.Cents, j'admets tpic tlans le programme libéral il y ait matière pour une action réformiste qui pourrait bien durer quelques années.Mais je n'y ai pas vu ébauchées de véritables réformes de structures (sauf (elles — généralement assez effarantes — qu'on songerait à baser sut le rapport de la Commission Tremblay).Et je ne m'illusionne toujours pas sur le désintéressement de ceux qui financent la campagne électorale.ET APRES?" Qu'an ivci a-t-il après les élections?Le prophétisme serait ici parfaitement oiseux.Toutefois il serait bon tpic dès maintenant tous les hommes d'opposition soiem résolus de ne pas répéter après juin i960 l'indécision de 1952-1956, ni le désarroi de 1956-1960.Cela sera d'autant plus difficile que la conjoncture peut s'avérer extrêmement conluse.Si, par aventure, les Libéraux gagnaient la prochaine élection, il esi à prévoir que les cadres démocratiques encore trop frêles de la Fédéra-lion libérale seront broyés sous la ruée des affamés vers la mangeoire.Si, par contre, les Libéraux étaient battus aux élections prochaines, un vacuuni sera créé, plus ou moins grand selon l'ampleur de leur défaite.Mais dans un ras connue dans l'autre, ce serait une erreur tle croire que le nouveau parti C.T.C.-P.S.D.aura automatiquement les voies libres.Car Drapeau cl l'Action civique peuvent ressusciter autant des cendres libérales que de celles de l'Union nationale.El le parti libéral lui-même, s'il est battu mais seulement de justesse cl s'il choisit de "tomber à gauche", peut continuer d'apparaître, comme une option valable à bien des démocrates.Alors il faudra de nouveau chercher une formule pour faire l'unité des lorces réformistes.Et j'espère que cette fois, on mettra moins d'obstination à ne pas comprendre l'urgence pour notre Province du mot d'ordre "Démocratie d'abord".La démocratie .L'art de la poudre aux yeux (suite de la page II) neutraliser l'effort syndical dans les conflits majeurs.Et l'on pourrait aligner ici des pages el des pages de réclamations légitimes qui n'ont même pas été considérées.Session des travailleurs?Non.Un peu de sucre sur la pilule amèie.El pas trop, encore, pour ne pas indisposer les grands employeurs, bailleurs par excellence de fonds électoraux.Si la fièvre quadriennale, heureuse maladie qui rapproche du peuple électeur les gouvernements les moins démocratiques, si cette chance des petits n'apporte rien de plus avant l'élection, on tremble d'imaginer ce qui suivra la consultation électorale, dans l'hypothèse où l'Union nationale serait reportée au pouvoir.?13 ?( suite de la pnfie 4 ) émettre une hypothèse: le Canadien français conçoit la nature, le milieu humain et l'individu comme des phénomènes qui font pallie d'un univers statique.Dans ce monde ternie, chacun accepte la plaie qui lui est impartie et les événements avec résignation et fatalisme.Les proverbes et les dictons du genre de "ce qui devait arriver arrive" "quand on esl né pour un petit pain", "c'était écrit," "il faut prendre son mal en patience," "tout finit par s'arranger" abondent dans la langue populaire.Dans un tel système, le changement s'explique surtout el se juslilie par la chance, le merveilleux ci le miracle; l'action de l'homme sur la nature ct son milieu est dès restreinte ci ne dépasse pas certaines limites fixées par la tradition.Dans te milieu, il ne s'agit pas tant d'agir sur le milieu que d'essayer de prévoir comment les événements se dérouleront.On envisage la politique un peu comme la température: les prévisions électorales forment le gros des activités pulitiqucsdu grand nombre.|i ne sais pas ce (pie l'abbé Pierre dirait de la vie politique des Canadiens français.Il semble bien que nous faisons subir à la démocratie le même son qu'aux pages de l'Evangile dont il parle.Le sûr c'est qu'il ne faut pas compter sur les successeurs et les continuateurs de M.Duplessis pour changer ce climat politique: il leur est trop favorable.? Les DESSOUS de la CENSURE André Lussier "Ia purification de la mort à laquelle on se donne.L'embrasant, on échappe à toute con-nivonco avec la bassesse" SAINT-DENYS CARNE AU 1 E le concède volontiers: la colère m'a gagné." Une sainte colère à ce qu'il me semble, el qui s'est fait attendre.Mou aveu n'aura pas pour fin l'expiation, mais un espoir de contagion.I.a censure, au Canada Français, a trop péché impunément.Méfions-nous des colères, bien sur.Mais méfions-nous aussi ik- n'en jamais laite.L'esprit de soumission ne dépasse (pie liés rarement celui de démission.Il le camoufle ou cherche à l'excuser.La colère, dans l'absolu des choses, vaut bien moins que la sérénité.Mais il me suffira de savoir qu'il y eut déjà des urnes de géants qui, sans préjudice à la sérénité, ne se leurraient pas dans une commode quiétude.Mounicr ne s écriait-il pas: "Bernanos, prenez le fouet." Celte fois donc, c'en est trop.Demandons à la censure ses papiers cl tentons un regard sur son identité.La perpétuelle sensation d'étouffement que provoque notre morale-censure traverse des moments parfois critiques.Xous savons, par exemple, cpie notre censure s'expose dans toute sa grotesque nudité particulièrement au cinéma.Ce dernier nous servira donc de point de départ.Au Canada français, les grandes oeuvres cinématographiques nous sont presque toutes livrées à l'état de cadavres.On les a saignées pour les blanchir.Ad usuiii Dclphini.Ou nous retire la vérité.On nous sert sur la vie un mensonge.Mensonge qui, je voudrais le démontrer, nous rend prisonniers de ce prétendu mal dont il voudrait nous préserver.Une des récentes malhonnêtetés de la censure me donna la nausée: on a cisaillé pour nous Les .Son ii'ics de Soient! I.accusé qui ictisii-le son propre procès! Les omissions cherchaient à conserver un masque vertueux à ceux dont Miller voulait dévoiler le visage ignoble.Oli! ces ciseaux de la pureté! Quel étalage édifiant de cadavres, à perte de vue.Et j'en viens à penser à la couverture de Time Magazine, aux ballets africains et quoi encore?Des seins, des seins, des seins, la chair, le corps, la femme.ce qu'il y en a de choses à rayer dans la Création imprudente de Dieu! Tout au moins pour notre cher petit peuple dont seule l'émasetilation totale rendra la quiétude d'esprit à beaucoup de ses éducateurs.Petit peuple pour lequel ces derniers réclament un univers angélique.Chaque fois que noue censure nous rappelle que nous avons les yeux bandés, nous entendons une voix qui nous souffle: "Avec sollicitude, je viens encore te mettre les doigts sur les paupières, mon fils, afin tle te préserver des tentacules contaminées du monde séducteur.Ne cherche pas it comprendre ce mystère tle l'obéissance." Oui.Aiicslhésie qui rend la mon séduisante.Morphine, euthanasie.CENSURE RETROGRADE Chaque société, dit-on, a les piètres qu'elle mérite.Ainsi en va-l-il des censeurs.Si rien, en chacun de nous, n'avait jamais appelé la censure telle que nous l'avons, elle n'aurait jamais pu voir le jour ou survivre.Une censure, rétrograde et dérisoire comme la nôtre, ne peut tenir le coup (pie si elle répond à tut appel tpti vient tles profondeurs primitives de l'âme, au niveau tlu pseudo-sacré magiio-iiiigieux.Si les autorités provinciales ont cru devoir nous imposer comme censeurs ceux que nous savons, c'est qu'elles connaissaient à fond la température interne du milieu.Elles savaient tpie ça passerait; non pas inaperçu, mais inlouché, comme un tabou.Ces autorités exploitent le lait tpie, comme peuple, nous n'avons pas souvent la lièvre.Qu'est-ce donc qui nous retient d'y toucher, à ce tabou, à celle morale-censure qui dégage une odeur si morbide, qui sent tellement l'infantilisme pathologique?Censure sans le moindre respect pour l'intégrité d'une création intuitive.Combien tle grandes oeuvres défigurées par nos amputations ptniiai-ncsl Avec quelle irrévérence disgracieuse on coupe, et on coupe toujours! Peu de peuples dépensent plus d'énergie que le nôtre à voiler la face tlu monde.Un ciseau affolé à défaut d'un cerveau qui pense.Qu'est-ce qui nous retient, sinon l'ombre tle ce monstre sacré qui triompha avec l'Inquisition pour ne plus jamais mourir?Nos craintes lui soufflent vie.Noire censure se manifeste en surface par la coupure.Que coupe-Ion?Quels sujets donnent l'alerte?Surtout l'irrévérence a l'endroit de l'Eglise et les plongées plus ou moins intenses dans les expériences amoureuses telles cpie l'artiste seul qu'elles sont vécues.Alors, nous coupons au nom de quoi?Au nom de qui?On ne peut plus laisser dire que c'est purement au nom de ht vertu, gage de salut; que ta dignité de la morale chrétienne et du mariage le demande.Illusion, duperie, ignorance ou hypocrisie 14 bien souvent que cet alibi.Je ne (lis pas que nous sommes tous de mauvaise loi, cc serait du fanatisme.Mais je réclame pour tous le droit tle ne plus prendre tles vessies pour des lanternes.On ne-doit plus négliger le lait que l'intention consciente, surtout en matière tle discipline morale, cache souvent sous de beaux atours la vraie motivation, sous-jacente celle-là, de nos actes.Ceci vaut ci pour ceux qui commandent ct pour ceux qui se soumettent.Ce sont ces masques-là qu'il nous faut scruter.Le Dr Xodel, psychanalyste catholique, disait: "11 faut une oreille très humble el très prudente pour savois écouter Dieu sans lui prêter le langage du sur-moi" i.e.le langage tle nos inclinations inconscientes à la tyrannie morale et à l'auto-punition.Une boutade dit bien la vérité: "Dieu a fait l'homme à son image et l'homme le lui rend bien." Le besoin tle masquer un faible pour la tyrannie morale en éducation amène l'homme à se convaincre qu'il agit au nom de Dieu.Le penchant pour la domination devient le culte de l'autorité et de la discipline: le vice de la soumission passive se cainoullc en venu d'obéissance.Plus de dix années de contact nés étroit, par profession, avec les souterrains plus ou moins névrotiques de noire milieu, années de recherches ct d'enseignement, me donnent voix au chapitre.Quand je dis: illusion, duperie, mensonge, je le fais sous la dictée de ma conscience et de mon expérience; je le fais au nom d'une des vérités les plus bâillonnée chez nous, la vérité du charnel.J'essayerai de me limiter aux répercussions proches et lointaines de cet unique aspect d'un problème sans doute plus vaste.Je précise toutefois qu'à mes yeux, c'est là, tlans le sort que nous réservons au charnel, que se situe le plus grave du danger moral ou pré-moral qui nous menace comme groupe.Peu m'importe qu'on m'accuse de m'intéresser trop aux couches dites primitives et instinctuelles de la personne, puisque l'expérience clinique me donne plus que jamais la conviction que c'est là que nous sommes malades.lit tant que nous serons malades à ce niveau-là, nous devons nous méfier de notre spiritualité ct de notre morale.Je ne souhaite pas, par ailleurs, qu'une sexualité brutale ct primaire, sans transposition, envahisse la production cinématographique ou littéraire.Le roman a suffisamment péché dans le sens d'un emprunt forcé à une pensée freudienne défigurée.C'est de l'artifice el non de l'intuition spontanée.DES TENDANCES REFOULÉES Nous ne saurons jamais avec assez, de lucidité, combien nous souffrons gravement d'une maladie qui est l'apanage du puritanisme occidental, maladie qui se définit par l'isolement de tout un registre de vie; registre où se joue le sort tics tendances instinctuelles et affectives, sexuelles d'abord.Quand elles sont mal accueillies par la raison ou la morale, ces tendances établissent vite des bases inconscientes d'opération.Elles y ont leurs lois propres ci un dynamisme profondément secret."Elles soin (alors) un mobile permanent de nos actions, mobile inconscient cpii peut laisser croire que nous avons obéi seulement à des motivations délibérées.Et c'est toute l'équivoque d'une intelligence qui se croit libre ci qui trop .souvent n'csl cpie serve." (Dr Ch.II.Nodel.Su/)))!.de lu Vie Spirituelle MM(i).C'est là une cles découvertes les moins contestées de la psychanalyse, découverte promeneuse ci embarrassante, Il saute aux yeux d'un grand nombre d'observateurs étrangers (catholiques) que noire maladie grave lient de I asservissement inoi.de.Nous sommes contaminés par les conlic-olfensivcs de < es mêmes tendances instinctuelles que nous croyons obstinément cl si naïvement avoir réduites au silence.Ces tendances biologiques, une lois refoulées dans l'inconscient, savent revenir à la charge, de façon désormais à déjouer noire censure individuelle: en cl Ici, elles "se travestissent eu venus, en apparences vertueuses, venant à la rencontre des vraies vertus, qu'en réalité elles contaminent." (Dr No-dcl).Sexualité avortée Cl soumission passive font bon ménage, de même que la sexualité régressive et l'inclination à l'autoritarisme.UNE MORALE MALSAINE 11 existe une telle chose qu'une morale malsaine, morale qui trahit l'état d'alerte auquel oblige une grossière mise à l'écart de nos composantes instinctuelles (sexuelles).Morale responsable du fait cpie dans notre milieu, .surtout bourgeois, la sexualité ou bien se meurt ou bien s'égare dans un tumulte tic protestation pour la vie.Nous sommes pris dans l'engrenage d'un cercle vicieux: plus la morale fait la guerre à l'instinct, plus l'instinct s'adonne à des retours sournois, ce c|iii à son tour rend la morale plus vigilcnte.Mais illusion et mensonge disions-nous que celte prétendue vigilence de noire morale-censure.Est-ce protéger les jeunes (el les autres par-dessus le marché!) que de leur fermer les yeux, que de leur présenter un monde édulcoré, arbitrairement amputé tic toute une couche de son être?Mensonge sur la vie, duperie sur le jeu tles tendances dans les profondeurs de l'être.Noire morale-censure ne réussit que trop souvent hélas à faire taire l'instinct, le forçant ainsi à son activité souterraine et déguisée.Victoire par la mort.Victoire qui, sous son voile janséniste, se définit par l'échec dans la névrose, dans la sécheresse de l'inhibition.Notre éducation morale nous invite à accorder aveuglément plus de prix à la virginité d'une quelconque femme desséchée, chez, qui se meurt la générosité, plus de prix qu'à l'élan peut-être généreux d'une mère célibataire, pleine d'humilité ct d'amour.Quand celte censure-là triomphe, le produit qui en sort n'esl pas rendu meilleur; 15 il csl faussé, vicié.La victime est coupée de ses sources naturelles «le vie.Elle entre alors en lutte contre elle-même.L'éducation de nos cillants, dans la lainille ct à l'école, excelle à produire une condition morale anémique par la rigidité ci le scrupule, et elle engourdit la libre et généreuse conquête de la perfection.Notre éducation morale excelle à faire naine dans l'âme de nos enfants le monstre de la tel leur.Je ne suis pas seul à ne pas constater les effets que devraient produire «elle préséance que, selon la lettre, nous accordons à l'amour, A l'âge de cinq ans, période du premier giand éveil de la sexualité ci de la raison, à l'âge des premiers soupçons de la liberté, voici qu'un enlant au soir de son initiation au catéchisme, pose à son père sa première question religieuse: Est-ce vrai que le démon me guette ci peut venir par ma fenêtre (pour în'induire au mal)?" Sa deuxième question portera sur l'cnferl La soi-disant morale a vile fait de semer la panique dans une âme fraîche et toute frêle.L'enfant va sentir 1res fort le besoin d'un protecteur et va sentir encore plus fort toute la sécurité qu'il y a à ne rien oser, de crainte de se voir précipiter dans le gouffre de l'enfer par les grilles d'un démon hideux.Morale criminelle que (elle qui exploite ainsi l'âge encore le plus vulnérable.Cette terreur des petits, je ne l'invente pas.El qui plus est, elle se retrouve à tous les âges, laulilée partout, avec toute la loue de son pouvoir d'anéantissement du spirituel.Avec le temps, celle terreur s'infiltre dans les couches inconscientes où elle trouve carie blanche pour ses lavages.Elle se manifestera de nouveau au grand jour, une fois seulement (pie tout sera suffisamment rongé par la peur.Le "poison généralisé" dont parle St-Dc-iiys-Gaincau dans son Journal.Une fois seulement (pie les ailes n'ont plus de ressort.Et en guise de remède à cette infirmité nous offrons une consolation: celle de voir la Mère couveuse qui veut donner plus d'étendue ;'i son aile protectrice.L'ESPRIT DE LIBERTÉ Chez nos garçons, notre morale contribue pour beaucoup à favoriser le sacrifice de l'agressivité libre ci conquérante.L'autorité et la soumission régnent à la manière des tabous.L'étude de l'inconscient ne manque pas de taire la preuve d'une relation de cause à elfet entre une sexualité refoulée et le refuge dans la soumission.Notre morale imprègne, au point le plus vulnérable de la .sensibilité, le sentiment omniprésent tpie c'est le propre du fils infâme que d'entretenir des désirs de libération personnelle.Les responsabilités ici se conjuguent.L'autoritarisme supporte mal l'esprit de liberté; il y voit obsessivement son épée de Damoclès, Une mentalité autoritaire ne se sent heureuse qu'une fois réussie, chez les autres, la paralysie de l'initiative indépendante.Noire milieu tend à ne réserver de place de choix qu'aux automates de tout repos, à ceux qui ne remettent jamais rien en question.Au Canada français, plus un homme se rapproche de son originalité propre, plus il est suspect et tenu à l'écart; plus un homme est libre, moins on le consulte.L'obéissance ct la soumission peuvent être des vertus, je n'en doute pas.Mais dans les laits, on y découvre le plus souvent un travestissement du besoin infantile de plaire, un refuge régressif pour ceux que la responsabilité personnelle effraie.Esprit de soumission qui s'installe toujours au prix de la dévirilisa tion.Je me rappelle ce prédicateur si populaire, disant à son large auditoire son admiration pour la noblesse de comportement d'un jeune maiié.De retour de son voyage de noces (15 jours!), ce jeune homme lui confiait qu'en signe de respect pour son épouse, il était lier de la ramener en toute virginité.Dignité; Grandeur d'âme?Peut-être bien.Vous allez penser que pour moi, ça sent mauvais.Eh bien! cent lois oui! Cela m'inquiète profondément, et le prédicateur, lui, me scandalise.Il traîne son troupeau dans la névrose.Il accentue les malentendus qui rongent le bonheur de la vie conjugale.Cette anecdote témoigne fidèlement d'un aspccl au moins de notre éducaiio.i morale.SEXUALITÉ ET PLAISIR Le problème serait fort simplifié si nous avions la sincérité d'avouer que pour nous, la sexualité est chose vulgaire, le domaine par excellence du diabolique Prince de re monde qui nous invite à nous y vautrer.Nous sommes si dangereusement manichéens; nous ne voyons que double: le Bien et le Mal, l'Esprit et la Chair.Tout l'un ou tout l'autre.Dans nos conceptions sur la sexualité, nous n'avons pas encore, quoi qu'on dise, déliassé les aspects procréation ct plaisir.Le plaisir, quel mot est plus explosif chez, nousl Jamais ré-llexe n'aura été plus vif, déclenché au pins intime de nos entrailles; il se traduit vile par une sensation de malaise, sécrétion de l'idée de mal, de péché, bacchanale éhontée qui étouffe le divin.Le plaisir, sorte de concession à laquelle Dieu se serait vu forcé pour garantir l'espèce.De tous les côtés, le plaisir n'est que piège: ou bien il nous précipite dans les bras du démon; ou bien il fait île nous les serviteurs involontaires de l'espèce.Quand on est trop obsédé par la pensée de voir tout le monde sombrer dans le gouffre de l'érotis-nie, t'est qu'on y a soi-même mal renoncé.Si nous avions une connaissance plus honnête de l'oeuvre de Freud, il nous eut été sans doute salutaire de constater avec lui que c'est une évolution naturelle, d'essence psycho-affective d'abord, nourrie à la source de l'instinct, qui mène l'homme et la femme, dans l'orientation de leurs désirs, au seuil de la paternité et de la maternité.Et non pas la 16 résignation à la progéniture en tant que liais du plaisir.Freud a démontré que l'accès à l'esprit de paternité et de maternité repose sur la conquête de la génitalité qui, elle, ne peut venir que de l'intégration de toutes nos composantes instinc-tuelles (hédonistes, sexuelles, agressives), synthèse ascendante pour le compte d'une orientation désormais altruiste.Donc, pas d'amour altruiste sans génitalité et partant sans un premier mouvement de sain consentement à l'hédonisme primaire, naturel, indispensable à la vie de l'enfant.N'a-t-on pas souvent prêché chez nous qu'il ne fallait pas laisser le bébé (surtout mâle!) caresser le sein qui le nourrit; qu'il fallait freiner les tendances hédonistes buccales des bébés; qu'il fallait conjurer dès son apparition (vers quatre ans) la tendance naturelle des petits enfants à l'exubérance exhibitionniste vers laquelle les pousse un lier orgueil spécifiquement sexuel: ainsi le petit garçon tpii valorise son sexe, la petite fille qui valorise tout son corps et le fait danser sans fausse pudeur.Hélas, oui, la sexualité tle nos enfants est vite happée par le scrupule.Le dressage moral, inspiré par la seule obsession du vice, ne tarde pas à surgir.Petite morale.Morale d'éteignoir.Morale mesquine.Morale en sommé blasphématoire, à son insu.ESPRIT DE PAUVRETÉ ET IMPUISSANCE Sans trop risquer tle perdre de vue notre sujet, prolongeons encore notre regard sur les conséquences d'une sexualité mal épanouie, alin tic voir comment l'exercice de la vertu tle pauvreté peut en être affectée.L'expérience clinique nous a fourni tles preuves devenues classiques du fait que c'est presqu'une impossibilité psycho-biologique que de rester fidèle à l'esprit tle pauvreté quand la sexualité (au sens large) esl insuffisamment intégrée dans la synthèse finale de la personnalité^!) Des communautés religieuses, par leur exemple, nous confirment que le voeu tle pauvreté prononcé individuellement, ne constitue pas une garantie contre les abus auxquels peut s'adonner le groupe.Le psychanalyste sait que l'argent peut devenir le véhicule tle la libido.Une sexualité non épanouie lait un bond en arrière et s'engage tlans les sentiers tle la puissance et tle la cupidité.Le groupe se charge tle ces poursuites pré-obhitives, pré-génitales.Ces sentiers d'intérêts tlans lesquels la communauté se précipite dispensent les individus, pris séparément, tle lutter pour ou contre la recherche tle compensations souterraines rassurantes; je pense évidemment aux individus pour qui, inconsciemment, pauvreté veut tlirc impuissance.L'humble et discret (1) Voir: Gregory Zilboorg "Considérations psychiatriques sur l'idéal ascétique" dans Ascèse chrétienne et l'homme contemporain.Cahiers de la Vil Spirituelle, 1951.charpentier de Nazareth se sentirait-il chez lui à Montréal?Je ne suis pas en mesure tic juger, mais l'expérience clinique et le scandale me font assimiler la scène tlu retour tlu charpentier à celle tles tentations du Christ sur la Montagne: "Je te donnerai toute cette puissance, toutes ces richesses et la gloire." Pourquoi ces déviations-là échappent-elles à la censure?Elles sont pourtant bien de la sexualité égarée! Rien de moins étonnant pour le psychanalyste que de voir le même milieu favoriser à la lois dépareilles caricatures de la vertu trime part et tle l'autre une écrasante morale sexuelle.Les unes sont le réflexe conditionné par l'autre.Le même raisonnement vaut pour le paternalisme et l'autoritarisme.Quand l'exercice de l'autorité est tel que seule la soumission débonnaire lait bonne chère, il trahit la présente ou d'un sadisme ou d'un narcissisme secrètement gonflés.Caricature tle ht paternité et de l'autorité vraies.C'est l'abc île la psyi bologie de l'inconscient.LA FRIGIDITÉ Chez nous plus qu'ailleurs, semblc-t-il, nous relevons une proportion alarmante tle femmes qui, sur le plan physico-biologique, n'atteignent pas un épanouissement pleinement satisfaisant tlans leur vie sexuelle.La Irigitlité ou le dégoût sonl la règle, lie qui nous informe tpie nos hommes ne sont pas encore tles tout-puissants! Sommes-nous vraiment portés à considérer la chose comme un mal?Notre morale-censure regrelle-t-ellc cette Irigitlité?Ne sautons pas trop vite, pour répondre, sur nos manuels de philosophie et de morale, où, sur papier, la sexualité el ht femme ne sonl pas nécessairement traitées en parents pauvres.Répondons avec ce qu'on a fait de nous et peut-être concéderons-nous que nous serions tentés tle voir dans notre demi-sexualité une faveur providentielle.La sexualité, chez nous, n'est pas un bien tpie l'on assume et canalise, c'esl un mal auquel ou résiste.Tout au plus, on lait à la sexualité la charité de la considérer comme un besoin qui a droit à son apaisement chez les plus faibles.Pour tes derniers, il y a le mariage.Pour les autres, la vie religieuse les dispensera de s'abaisser.On aura beau nie mettre le nez.sur des textes plus édifiants et me dire que depuis dix ans "ça bouge", je continuerai d'apprécier les choses en fonction tlu vécu qui s'observe.La sexualité pour nous esl encore une étrangère parasite.On nie aux forces instinctuellcs, nourricières tle loin le dynamisme tle l'organisme, la part première (génétiquement) el indispensable qu'elles ont tlans la charpente totale de la personne.Elles sont vues comme un facteur moins que secondaire tlans la perspective du Salut éternel.Rien de plus logique alors que de les mépriser.Nous sommes, comme groupe, spirituellement très près de ces chrétiens du début du Moyen-Age qui, obsédés par l'imminence tle la fin du monde, 17 jetaient l'interdil sur toute la Nature pour s'assurer une place au Paradis des purs.Nuire attitude à l'endroit de la sexualité est indissociable de noire condescendance andioccn-trique et phallocentriquc à l'égard de la femme.Pourquoi saint Thomas d'Aquin a-t-il jugé à piopos de rappeler qu'un certain évéque avait mis en question l'existence d'une âme chez la femme?Ou encore, relisons: "Le sexe masculin est assurément plus noble que le sexe féminin».Toutefois, afin que le sexe féminin ne lût pas l'objet du mépris, il importait que le Christ prit sa chair d'une femme.' Plus loin: "Dans la conception d'un homme par une femme, il n'y a lieu d'impur.Cependant, concédons là une certaine impureté: le péché csl en cuise, pour autant que la convoitise accompagne toute conception." (saiui Thomas S.Th./// Ouest îîl-art.l) Psychologiquement, nous n'avons pas changé ces données d'un iota.Nous nous en sommes gavés pour le plus grand empêchement d'une vie affective saine.A mille lieues de moi l'intention tle discréditer saint Thomas; $5.00 208 pages ) Les Presses Universitaires Laval Edition — Librairie générale 28, rue Sainte-Famille — Québec 4
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