Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (10)

Références

Cité libre., 1962, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
• CITE LIBRE Xlllo onnéo, No 45 MARS 1962 NOUVELLE SÉRIE DROLE DE PROSPÉRITÉ (lin en pJtff 20 1*article de Yvci Le lijllf I Le Brésil ( lirr en page 6 l'article (t.* Naïm K.ilUn> SOMMAIRE L'ARMÉE AU POTEAU LES PIEDS-NOIRS ROLAND GIGUÈRE Pierre Godin Michel Van Schendel Gilles Marcotte Les textes de: Gérard Pelletier, Pierre Vallières, François Piazza, Lysiane Gagnon, Pierre Vadeboncoeur, Guy Viau et Yerri Kampf. S d m m n i r e XHIe année, No 45 Mars 1962 Rcvuo monaucUe Comité do rédaction G'o-di'n'cf oui-» : Gérard Polletler PIorre-Elliott Trudeau Se m'taire de) la rédaction: Jacques Hébert Editeur et propriétaire Le Syndicat coopératif d'édition Cité libre Imprimé à Montréal par Couette «t Fila Lté* Autorisé commo envol postal de deuxième classe Ministère des Pontes Ottawa Rédaction et administration 3411, rue Saint-Dcnit Montréal 18 — VI.9-2228 Service du abonnement! : Cité Lil.ru C.P.10 — Montréal 34 LA.6-3361 Abonnement annuel: $3.60 Abonnement do soutien: $10 Vente an numéro: Distribution Laval 999, rue du Collège.Montréal — Tél.: WE.5-4821 Page 1 Morceaux choisis Gérard Pelletier Page 3 Premières démarches de notre liberté Pierre Vallières Page 6 Le Brésil, terre de toutes les races ,Yaïm Kattan Page 13 Les Pieds-Noirs Michel van Schendel Pfge 18 Punta del Este François Piazza Page 20 Drôle de prospérité Yves LeBalle Page 21 De la révolte Lysiano Gagnon Page 22 L'armée au poteau I Pierre Godin Page 25 Nonl Pierre Vedeboncoeur Page 26 Connaissez-vous Roland Giguère?Gilles Marcotte Page 29 Un ménage d'artistes Guy Viau Page 31 Chronique du temps perdu Kern Kempl La maquette typographique est de Gilles Robert CITE LI NOUVELLE SERIE MORCEAUX CHOISIS Gérard Pelletier D M mÉSISTER À L'EUPHORIE.Je propose ces trois mots comme exergue ou troisième chapitre d'un éventuel Guide de rhomme d'action.Et si l'éventuel auteur de ce livre possible devait se préoccuper surtout du militant canadien-français de l'époque actuelle, je lui conseillerais même de consacrer à ce thème le tout premier chapitre.A l'exception des pessimistes invétérés, nous sommes tous, en effet, menacés par l'euphorie.La tentation s'explique aisément : il est par trop facile de prendre une hirondelle pour le printemps, quand on sort d'un interminable hiver.Parce qu'un certain dégel se manifeste dans plusieurs domaines (éducation, moeurs politiques, activités culturelles) nous sommes portés à croire que c'est arrivé, comme dit le langage populaire.Il faut avoir la tête assez froide pour ne pas céder à un enthousiasme prématuré.Disons que la petite collection de morceaux choisis dont voici le cortège veut être un antidote à certaines illusions courantes.Je la dédie tout particulièrement à ceux qui nous écrivent chaque mois pour nous inviter à plus d'optimisme, à ceux qui nous reprochent de nous attarder à des problèmes dépassés, de nous acharner sur des erreurs défuntes.Voici d'abord un extrait de l'article que M.l'abbé E.Lacroix, prêtre, ancien élève de l'Université grégorienne de Rome, aujourd'hui domicilié à Québec, consacre au problème des clercs et des laïques dans l'enseignement U n'est pas inutile de préciser que l'abbé Lacroix s'attaque, dans cet exposé, à un article de Relations sur le même sujet Ecoutez-le s'en prendre à l'auteur qu'il désigne toujours comme "le Révd Père", uni le nommer : • PREMIERE CITATION • DEUXIEME CITATION "Dans le sous-titre "La présence des Clercs est essentielle", le Révd Père établit très bien le DROIT (les majuscules sont de l'abbé Lacroix) des Clercs à renseignement.Malheureusement, il a cette affirmation: "Je sais aussi qu'un vif ressentiment existe chez les laïques de la génération de 30 à 40 ans qui, il y a quinze ou vingt ans, auraient désiré consacrer leur vie à l'enseignement et se sont heurtés à des portes closes." Le Révd Père ne le dit pas; mais ceci n été affirmé par le célèbre Gérard Pelletier, l'homme nux problèmes, dans La Presse et dans McLean et peut-être aussi ailleurs.C'est sa marotte; laissons-la lui.ça l'amuse.(.) "Pourtant, tout cela s'explique à qui veut bien admettre le DROIT de PROPRIETE (lus majuscules sont de l'nbbé Lacroix).En effet, où sont les collèges classiques qui sont la propriété des laïcs, des collèges que des laïcs ont fondés à ln sueur de leur front, pour lesquels ils se sont mis au blanc et ont pris le risque financier comme l'ont fait les prêtres séculiers et les religieux?(.) "Ces Universités de Québec et de Montréal sont à NOUS.C'EST NOUS (les majuscules sont de l'abbé Lacroix) du clergé, qui les avons fondées de peine et de misère.Certains collèges sont à NOUS (idem).(.) Les Gouvernements ont versé des octrois?Oui, mais depuis peu seulement ; mais depuis quand le fait de recevoir des octrois même sollicités, fait perdre le DROIT de PROPRIETE (idem) à qui les reçoit?Je le répète: Avons-nous, oui ou non, le DROIT DE POSSEDER ?Si nous l'avons, ce droit — et nous l'avons — n'avons-nous pas le droit de requérir les services des professeurs qui nous conviennent?C'est là le noeud de faf-laire (l'italique est de l'abbé Lacroix).U n'est pas ailleurs." Le plus beau, dans toute cette diatribe, c'est la candeur.Après avoir lu ce qui précède, jugez un peu de la dose qu'il en faut pour écrire sans broncher, comme fait l'nbbé Lacroix, ce vif reproche au Jésuite coupable: "Mais puisque c'est le clergé dont en fait actuellement le procès, y uurnit-il moyen d'avoir des preuves qu'il y a, dans le clergé actuel (l'italique est de l'auteur) répugnance ou refus de la promotion du laïcat?Qu'il (le Jésuite de Relations) en donne des preuves avant que de supposer ou de laisser croire ou de concéder." Mais l'abbé Lacroix n'est pas le seul a s'indigner des abominables concessions que fait le clergé dans ce domaine.Le bulletin paroissial de Sayabec nous instruit là-dessus par la plume d'un e-uré qui n'y va pas de main morte, on va le voir.Pour lui: "L'histoire se répète et nous sommes à vivre, au pays du Québec, l'expérience de la France.La France, elle, pouvnit au moins apporter comme excuse la nouveauté du fait.Et alors que la France se débat aujourd'hui pour reprendre le terrain perdu et répuier les dégâts causés par ses intellectuels, nous, du Québec et à la grande consternation de nos frères voisins des autres provinces canadiennes et de la Nouvelle-Angleterre, nous faisons des concessions." Si concession il y n, M.le Curé de Sayabec ne dit pas lesquelles.En tous cas, ce n'est certainement pas lui qui concédera la bonne foi aux catholiques qui osent élever la voix.Après avoir comparé votre humble serviteur (pour un article fort modéré, dans le magazine McLean) au chef d'Etat de la Pologne communiste, il enchaîne : "Jadis, les ennemis de l'Eglise se connaissaient et ils arboraient crânement leur étendard Aujourd'hui, ils se disent de l'Eglise, ils la minent et prétendent la défendre.Oui, combattre l'Eglise sous le couvert de la religion.Le loup ravisseur sous la peau de l'agneau." • TROISIEME CITATION Certains me reprocheront de chercher trop loin mes exemples.Veut-on lire de la prose montréalaise?Il s'agit cette fois du bulletin paroissial de Sainte-Madeleine-Sophie, 1000 est, boulevard Gouin, qui reproduit du Droit d'Ottawa (tiens?) un "document" intitulé: Programme de laïcisation.On lit dans le préambule : "Nous venons de mettre la main sur un document secret de grande importance ; c'est un plan de laïcisation préparé par les ennemis de l'Eglise, camouflés en progressistes.Pour ne pas nous effaroucher, ils se cachent et poussent en avant des politiciens sans principes et des propagandistes populaires, avides d'honneurs et d'argent.En dévoilant ces projets diaboliques, nous espérons susciter des apôtres qui défendent les précieuses traditions qui font le bonheur et la force de notre patrie." Or, parmi les articles de ce programme, on peut lire: 2 {suite ù la page suivante) Et d'un. PREMIÈRES DÉMARCHES DE NOTRE LIBERTÉ T~\ ANS Les enfants de l'absurde, Paul Van den Bosch faisant le point de sa génération — celle qui a eu quinze ans nu sortir de la guerre — parle d'une espèce d'oppression qui appartiendrait en propre aux Européens d'aujourd'hui : le sentiment d'avoir tout étreint, tout possédé, tout épuisé, tout détruit.Le domaine humain a été tellement retourné que l'imagination n'y découvre plus rien.Et puis le soleil s'est refroidi sur l'Europe.L'Europe a-t-elle encore quelque chose à donner au mon- RÉSISTER À L'EUPHORIE (suite de la page précédente) "3°: PUBLIER DES ARTICLES ANTICLERICAUX et libres penseurs dans La Presse et Le Devoir et dans les revues Cité Libre et Liberté.Dans ces journaux et revues, publier des caricatures et des articles qui ridiculisent le clergé, les communautés religieuses ef /es gens de droite.(C'est nous, cette fois, qui soulignons.)." • QUATRIEME CITATION Comme dernier texte de ces morceaux choisis, j'en veux citer un, fort court mais plus inquiétant, peut-être, que tous les autres, à cause de l'intelligence reconnue et des importantes fonctions de son auteur.Il s'agit de Mgr Maurice O'Bready, vice-recteur de l'Université de Sherbrooke et principal de l'Ecole normale de la même université.Comme il recevait la médaille de Commandeur de l'Ordre du Mérite scolaire, le vice-recteur a eu cette parole dont le caractère absolu laisse rêveur: "Une seule école neutre ou athée dans la Province de Québec, catholique à 91% et croyante à près de 100% serait un illogisme, une abomination et une disgrâce." Quelle catastrophe, en effet, s'il fallait, par une école neutre, témoigner aux incroyants le respect de la conscience et le droit des parents à choisir pour leurs enfants l'éducation qu'ils désirent, toutes choses que nous réclamons pour nous-mêmes, catholiques, avec l'ardeur la plus farouche et du reste la mieux justifiée.Résistons à l'euphorie.Pierre VALLIÈRES de ?"Nous sommes nés dans les ruines", écrit Van den Bosch.Et il ajoute : "Nous ne sommes pas aigris.Acculés à l'entreprise.nous irons chercher dans les décombres tout ce qui pourra nous être utile." Pour refaire l'Europe ou pour faire le monde ?Beaucoup de jeunes Européens ne croient plus à l'Europe, c'est-à-dire qu'ils ont renoncé à en faire le centre du monde.Ce qui les intéresse, aujourd'hui, c'est toute la terre parce qu'elle est le vrai domaine de l'homme.Et pourtant, un Européen n'a-t-il pas l'obligation de refaire l'Europe, en commençant par son propre pays, pour, à travers lui, modestement, construire le monde de l'homme ?On agit sur le monde entier en vivant sa propre existence concrète dans la fidélité à son être propre, de même qu'on ne parvient à l'universel que par une appréhension intérieure et profonde du singulier.Le présent, et lui seul, peut servir d'appui à l'avenir que nous voulons.L'avenir est quelque chose qui se surmonte, qui se construit en fondant dans le présent un pouvoir neuf, une grande passion, une force intacte au service d'un but plus vaste et plus positif que la guerre, comme par exemple la création d'un nouvel humanisme, celui qu'appelle aujourd'hui l'humanité au seuil d'une époque incertaine.Quel est donc notre présent, à nous, Canadiens français ?A vrai dire, nous avons encore l'impression d'btbitcr une réalité nue, vide, et de nous y sentir dépourvus de toute passion forte.Il me semble que c'est leur tradition, c'est-à-dire un long choix libre et vécu de certaines valeurs universelles, qui fait la richesse du présent des vieilles nations, quel qu'il soit Paul Van den Bosch, malgré le désenchantement généralisé sur lequel il a ouvert les yeux, peut se dire riche d'un passé et surtout d'une maturité.U appartient à son passé autant et peut-être davantage qu'à son présent U est porté malgré lui par le flot des générations successives qui ont connu tant de chefs dont les grands choix profonds commandèrent et fécondèrent (commandent et fécondent encore) des entreprises sociales, politiques ou intellectuelles qui firent date dans l'histoire et qui servent toujours de référence aux hommes.S'il connaît l'angoisse et la solitude, il ne connaît pas l'iso- 3 ? lement, cette espèce d'impuissunce chronique à vivre et à "faire sa marque", cette démission inconsciente, et peut-être fatale, devant le monde qui se construit autour de nous, sans nous, cette soumission repliée et frileuse qui ne sert plus qu'à préserver le corps et l'àme du péché.Pour nous, il s'agit moins de "refaire la renaissance" au sein d'une histoire déjà pleine de réussites et d'échecs, que de sortir de l'isolement, notre principale expérience historique jusqu'à maintenant; il s'agit d'émerger, de naître, de prendre possession du monde en prenant d'abord possession de nous-mêmes.XXX Nous sommes nés d'une idée.Une idée d'une poignée de Français en quête d'une terre vierge, où la conversion des Indiens était subordonnée au besoin irrésistible que l'esprit européen ressentait alors de s'universaliser.Mais ks Français ne crurent pas longtemps à leur •dée.Les difficultés militaires et économiques, le pourrissement de la monarchie française ne permirent pas sa parfaite réalisation.On passa l'idée aux Anglais qui essayèrent de lui donner un nouveau visage.Mais l'idée était vivante, elle possédait déjà un commencement d'autonomie et ne put accepter de mourir pour donner vie à une autre.L'idée française survécut, malgré l'omniprésence des Anglais et la fuite en masse des Français.Et ln petite idée devint 'canadienne", oscillant longtemps entre plusieurs projets d'assimilation; de coexistence, d'indépendance ou de séparatisme.Peu à peu une détermination en elle s'est dressée : se définir.Et d'abord répoidre à la question primordiale : que suis-je venue réaliser ici ?Cette question est récente, car jusqu'à ces dernières années on n'avait pas permis à la question de se poser.Parce que la France, notre mère-patrie, était chrétienne, on avait spontanément de l'idée française un projet dp Dieu : porter collectivement en terre d'Amérique le ilambeau du catholicisme.Mais le projet de Dieu sur nous, on finit par s'apercevoir, récemment, qu'aucun d'entre nous ne le connaissait et que, sans cesser de jeter l'ancre dans l'éternité, nous avions à nous fixer un but, à réaliser une destinée temporelle ct que pour cela nous ne pouvions compter que sur nou;.Notre histoire nous appartient enfin.Cette découverte nous fait peur, elle nous dévoile l'imprévisibilité de notre avenir, elle nous accule à une responsabilité qui ne pourra s'exercer que si nous trouvons à la source de notre existence l'être, la certitude, la force sur laquelle nous pouvons compter pour commencer véritablement une histoire qui soit nôtre.Nous n'avons pas trouvé la certitude, l'être, dont nous avons besoin — ou plutôt nous n'avons pas encore reconnu le sens de notre être.La première démarche authentique de notre liberté devra être une interrogation loyale sur le sens de notre présence sur cette terre.Car rien, è première vue, ne nous justifie ; et nous sommes réellement les seuls à pouvoir répondre aux questions que nous pose la réalité.Seule la réflexion philosophique peut nous fournir une solution concrète en nous remettant à nous-mêmes.Nous avons trop longtemps vécu d'aliénatiou.Trop longtemps nous avons été pensés par d'rutres.Trop longtemps nous nous sommes pensés nous-mêmes avec des idées préfabriquées en Europe.Il est grand temps que nous nous mettions en face de ce que nous sommes réellement, de ce que nous portons caché en nous-mêmes.Ce que nous portons caché en nous-mêmes.seule la pensée peut l'unifier progressivement au sein d'une expérience vitale de contemplation et d'action, d'une existence authentique.II s'agit donc de nous mettre "en état de saisissement", pour qu'à travers l'expérience la vérité intérieure de notre être s'abandonne à nous.XXX Mais une seconde démarche de notre liberté devra accompagner lu première, si notre réflexion ne veut pas devenir pure magie métaphysique, poétique ou mystique.La valeur de nos découvertes dépendra de la communication qui pourra s'établir entre nous, de l'échange que chacun voudra bien faire à l'autre ^e sa propre expérience de recherche et d'incarnttion.Ce ne sera pas facile, car, comme le dit Jaspers, "je peux m'accorder avec autrui dans la vérité, et je ne le peux pourtant pas ; ma foi se heurte à une foi différente, et cela justement alors que je suis sûr de moi ; quelque part, à la limite, nous semblons voués au combat, sans espoir de nous unir, avec pour seule issue la soumission ou l'anéantissement ; la mollesse et la passivité de ceux qui n'ont aucune conviction font qu'ils se rallient aveuglément, ou se contentent de défis obstinés." Il arrive souvent que nous nous butions à un dialogue de sourds avec les "adulte-,", non seulement parce qu'ils ne détiennent pas les solutions que nous cherchons, mais parce qu'ils n'aperçoivent même pas nos problèmes — soit qu'ils fassent de notre révolte une simple impatience de nous affirmer, alors qu'elle est p'u-tot un désir profond de conquérir notre liberté d'homme — soit qu'ils fassent de nos multiples et insistantes interrogations une curiosité maladive, alors qu'elle est une recherche pénible de la vfrité — soit encore qu'ils fassent de noa affirmations "nationalistes" un besoin naturel XXX de faire un peu de politique pour nous dégourdir les membres, alors qu'au fond de notre coeur nous désirons la révolution pour nous délivrer de l'inefficacité et de la déchéance actuelle de la démocratie libérale, riche d'une doctrine impuissante et d'une économie corrompue et corruptrice des valeurs qui ne se vendent pas et pour lesquelles nous voudrions vivre et mourir pauvrement.Mais entre nous aussi, les "jeunes", il n'est pas toujours facile de dialoguer, même si nous ressentons tous le même besoin de libération.Nous sommes souvent d'accord pour tuer (de bouche) ce qui nous précède, pour succomber à notre tentation permanente de revendication, mais nous nous divisons sur la responsabilité nouvelle que nous impose notre fraîche lucidité.En fait, la plupart d'entre nous se dérobent devant la tâche à accomplir — par un manque de foi ou par peur ?Mais que serait la liberté que nous réclamons si elle ne nous était pas donnée que pour choisir la responsabilité et le travail, tout autant que l'amour?Si surtout elle ne nous était pas donnée pour le risque?Il ne faut pas croire qu'il faille absolument rejoindre les rangs du RIN, du Mouvement laïque ou du Nouveau Parti pour faillir le moins possible à la mission de la jeunesse qui en est une d'engagement.Dans un parti, on peut tout simplement trouver un emploi à ses temps libres et rien de plus, il est beaucoup plus difficile de s'engager au niveau de la "parole juste, vécue et exprimée" (Anne Hébert).Le dialogue justement nous place d'emblée à ce niveau.II nous rappelle sans cesse qu'il n'y a pas de vérité qui suffise à un seul, et aucun engagement profond qui puisse se prendre isolément.Chacun existe avec autrui et autrui n'exclut personne.Quant à moi, l'existence ne m'intéresse pas si elle ne^ doit pas permettre une union profonde d'être libre à être libre, si elle doit empêcher ma liberté de trouver sa plénitude dans l'amitié.XXX Ces deux premières démarches de la liberté, la réflexion et le dialogue, me paraissent indispensables pour parvenir à la maturité, à une pleine originalité nationale faite avant tout de cette part du Canada français qui saura assumer la responsabilité de son être personnel.Ai-je tort de croire en notre avenir et de l'espérer ?Ne sommes-nous pas un petit groupe ethnique insignifiant?Des orphelins sans héritage, dans un paysage trop vaste pour nous?D2S enfants.qu'aucune révolution encore n'a mis debout, n'a placés devant les options fondamentales, et qui s'agitent parfois pour une question de drapeau ou de chèques bilingues?Nous vivons en marge, dans la périphérie incertaine d'un monde qui a perdu son centre.Notre avenir est lié étroitement à celui des autres nations qui de plus en plus s'entremêlent — après s'être déchirées mutuellement — pour former la première civilisation planétaire.Au sein de cette civilisation qui s'invente sous nos yeux, quel rôle pouvons-nous jouer ?Nous sommes les derniers-nés de la famille, nous serons sans aucun doute les derniers à faire la révolution, (si nous la faisons), les derniers à prendre notre place n In table commune.Actuellement, nous sommes dans la cour.C'est "le temps des jeux".Pouvons-nous croire sérieusement à notre importance ?L'insuffisance de notre trndition, l'absence de quelques intellectuels qui puissent nous palier de l'essentiel, la peur de l'engagement spirituel et la faiblesse de notre exigence d'universalité, nous laissent souvent démunis, nous les plus jeunes, les tout-derniers, sans force et sans voix, en face des besoins qui grandissent en nous.Si des auteurs étrangers ne nous avaient éveillés à ces clartés et à ce mouvement de l'esprit qu'exige le choix que nous nous sentons appelés à faire de notre destinée, aurions-nous jamais pris conscience de notre intériorité et de l'importance, très rarement mesurée, hélas ! de l'acte intellectuel et de l'acte de foi ?Si Malraux, Camus, Sartre, Dostoievski, Bernanos, Péguy, Mounier, et quelques autres n'avaient réveillé en nous la volonté obstinée de regarder jusqu'au fond de notre condition, qui nous aurait appris que seule importe l'aventure de notre âme ?L'enseignement du catéchisme n'a-t-il pas toujours été aussi pauvre ici que notre littérature où les options ne sont jamais prises et les jeux toujours faits I Mais le message exigeant des écrivains d'aujourd'hui, nous ne l'avons pas reçu comme la jeunesse d'Europe.Elle refusait de mourir.Nous demandions à vivra Et peut-être avons-nous tout emprunté à ces grands hommes, jusqu'à notre désir d'êtri" enfin nous-mêmes.Oui, être enfin nous-mêmes, car nous n'avons rien d'nutre à apporter au monde que nous-mêmes, c'est-à-dire, en langage platonicien, notre manière à nous de vivre les idées universelles, d'incarner les valeurs et de nous accomplir en elles.XXX "Dans un pays tranquille nous avons reçu la passion du monde", écrit magnifiquement Anne Hébert.C'est vrai.Mais notre passion est encore tout intellectuelle.Elle n'a pas encore de moins ni de jambes ni de visage pour se réa- ( suite à la page 17) 9 LE BRESIL: terre de toutes les races.Naïm K ATT AN N.D.L.R.Le Brésil possède à travers le monde entier une enviable réputation : celle d'un pays où les tensions raciales ne jouent aucun rôle néfaste en dépit du fait que tous les teints du monde y foisonnent, depuis le blanc le plus blanc jusqu'au noir le plus noir, en passant par toutes les autres nuances.Cette réputation est-elle justifiée ?Notre collaborateur Naïm Kattan a voulu vérifier sur place, lors d'un voyage dans la grande république du sud.Il nous livre ici le résultat de son enquête.4'T>AHIA serait un siège idéal pour l'Orga-nisation des Nations Unies".C'est avec ces mots que m'a accueilli M.Juraci Magalhaes, gouverneur de l'Etat de Bahia, fonction qui correspond à celle de Premier Ministre provincial au Canada.Comme tous les bahiannis, M.Magalhaes est très fier de sa ville.On le comprend.Il ne faut pas rester longtemps à Bahia pour être pénétré de son atmosphère très particulière."Nous, les Brésiliens, me dit le gouverneur Magalhaes, nous comprenons difficilement ce qui se passe à New-York.Comment se peut-il que des Noirs, à cause de leur peau, puissent ne pas trouver n se loger dans une ville qu'on considère très avancée, très cosmopolite et qui, par-dessus le marché, abrite le siège des Nations Unies?Ici, non seulement les gens de toutes les couleurs, de toutes les races, de toutes les religions sont accueillis avec chaleur, mais, de plus, ils se sentent tout à fait chez eux.Car, à Bahin, depuis de nombreuses générations, les gens de toutes races sont allés au-delà de la coexistence et du respect mutuel.Us se sont mêlés.Notre ville, c'est la ville du métissage".En quittant le gouverneur Magalhaes, je me suis rendu à l'Université de Bahia pour rencontrer le professeur Thaïes de Azevedo qui a fait, pour le compte de l'UNESCO, une enquête sur les relations raciales de cette ville."Bahia, me dit-il, doit sa réputation non seulement à sa situation privilégiée sur les rives d'une baie magnifique, et à ses églises d'un style roco-co exubérant, mais aussi, dans une certaine mesure, aux excellentes relations qui existent au sein de sa population bigarrée en Lie gens de différentes couleurs".Stephan Zweig a tracé de Bahia et de ses vieilles traditions un tableau très vivant.Pour lui, c'est avec cette ville que le Brésil a commencé, et non seulement le Bré- sil, mais aussi l'Amérique du Sud."Dans cette cité a été élevée ia première pile de l'immense pont lancé sur l'Atlantique; en elle a pris naissance, par la combinaison de la matière européenne, africaine et américaine, le mélange nouveau qui à l'heure actuelle fermente si activement." "Dès sa fondation sous le nom officiel de Citade do Salvador, Bahia commença à être connue par sa richesse, qu'elle devait au sucre produit par ses fazendas (plantations) et ses en-genhos (usines à sucre).Elle était aussi renommée pour l'éclat du culte dans ses nombreuses églises, par les processions religieuses qui parcouraient ses étroites rues grimpantes et par les traditions si typiquement portugaises de ses habitants.Centre d'importation d'esclaves africains, Bahia était aussi célèbre par la forte proportion des Noirs dans sa population, au point que les voyageurs étrangers de la période coloniale parlent de cette ville comme d'une "nouvelle Guinée".Fondée en 1549.siège du gouvernement général du Brésil et résidence du vice-roi portugais jusqu'en 1763, date à laquelle la capitale de la colonie fut transférée à Rio de Janeiro, Bahia passait pour "la plus portugaise" des villes du continent américain.Elle est encore aujourd'hui une des plus importantes villes du Brésil.Grâce à la nature conservatrice et traditionaliste de sa civilisation, grâce aussi à la distance qui la sépare des autres centres urbains importants, elle passe pour être l'un des îlots démographiques et culturels de ce qui a été appelé l"'archipcl brésilien".Ce qui la rend tout particulièrement intéressante, c'est le fait qu'elle fut toujours un creuset de races, certainement le plus représentatif et le plus symbolique des relations raciales du pays.6 QU'EST-CE QU'UN BLANC ?"Pour comprendre, poursuit le professeur Azevedo, la composition de la population locale et interpréter correctement les statistiques démographiques de Bahia, anciennes et modernes, il est bien nécessaire de connaître le sens des termes qui servent à désigner les différents types physiques réunis dans son vaste creuset.Les expressions les plus usitées sont "branco", "pre-to", "mulato", "pardo", "moreno" et "cnboclo" qu'on peut ainsi traduire : Blanc, Noir, mulâtre.Apparemment, ces vocables désignent des types physiques déterminés ; en réalité, leur sens est inspiré beaucoup plus par le contexte social que par des caractéristiques raciales telles que la couleur de la peau, les cheveux et la forme du visage.Sont Blancs, d'une manière générale, les individus à phénotype blanc; les personnes très grandes, aux yeux clairs, aux cheveux également clairs et fins sont très souvent appelées "brancos finos" (blancs fins) parce que ne présentant aucun indice de mélange avec les types de couleur.Cependant, des individus riches et d'un rang élevé, quel que soit leur aspect, peuvent fort bien être appelés Blancs.Quand on entend une personne de condition humble, domestique ou ouvrier agricole, traiter un supérieur de "mon Blanc", on est parfois surpris de découvrir que la personne à laquelle le titre s'adresse est d'un teint très foncé.Les débardeurs et porteurs qui sont presque tous noirs traitent indistinctement les Blancs et les mulâtres d'apparence prospère de "mon Blanc".Les gens du peuple ne cessent de répéter que "celui qui a de l'argent est Blanc".Le professeur Azevedo me donne ensuite une description, non pas raciale mais sociale, de la population de Bahia."Un sociologue de couleur dit qu"'un Noir brésilien peut se blanchir dans la mesure où il s'élève économiquement et acquiert les manières d'être des groupes supérieurs".L'attribution à une classe sociale supérieure est basée, au Brésil, davantage sur la culture ou la position économique d'un individu que sur ses caractéristiques raciales.Les mulâtres au teint clair, socialement "blanchis" ou "Blancs dans la couleur" (brancos na côr), sont communément appelés "Blancs de la terre" (brancos da terra) ou "Blancs de Bahia" lorsqu'ils occupent une situation importante et qu'on désire ne pas les froisser en les appelant mulâtres.Dans la caractéi isation de ces "présumés Blancs" la fortune ou le rang social jouent toujours un grand rôle.En parlant d'un métis clair aux traits légèrement négroïdes, on peut dire avec une certaine ironie : "Un tel est Blanc, socialement parlant, puisqu'il a déjà occupé un des postes les plus élevés de l'Etat".C'est pour ces raisons qu'un médecin de Bahia adonné aux études d'anthropologie écrivait, dès 1898, qu"'anatomiquement, les Blancs de Bahia se classent entre les "pardos" et les descendants directs des Portugais non métissés." UNE PROMENADE Une promenade dans les rues de Bahia corrobore les observations sociologiques du professeur Aîevedo.On a l'impression que tous les continents et que tous les peuples du monde se sont donné rendez-vous sous le ciel de cette ville aux odeurs fortes, aux couleurs vives, mais dont ln douceur nous pénètre lentement.C'est une ville où tout prépare à l'amour, l'nmour sous toutes ses formes.Ceux qui sont frappés par le nombre de couples qui s'embrassent dans les rues de Paris assisteront à Bnhin à un spectacle qui pourrait les enchanter, les choquer ou les scandaliser, selon leur humeur.Malgré la misère, malgré tous les estropiés, les infirmes, les aveugles qui encombrent les rues, Bahia respire ln joie de vivre.La chaleur des contncts humains fait tomber les préjugés les plus tenaces.Des hommes qui ont toujours envie de se donner des tapes dans le dos ne peuvent songer trop longtemps à la couleur de ln peau de leur voisin et ceux que chaque silhouette féminine fait vibrer ne voient dans la variété des couleurs qu'une variété de gammes de cette beauté langoureuse qui exalte l'érotisme.Un des proverbes brésiliens dit que l'homme ne peut pas embrasser toutes les femmes mais il peut cependant faire son possible.Cet amour de la vie, cette soif haletante devant tout ce qui consacre, enrichit et exalte l'amour, est la plus grande marque de la civilisation de cette ville brésilienne, l'un des plus beaux exemples de la civilisation humaine.Le grand romancier, Jorge Amndo, buhiannis lui-même et chantre de sa ville, m'a dit lorsqu'il m'a accueilli dans son appartement à Rio de Janeiro : "Le plus pauvre et le plus primitif des bahianais est un homme civilisé." C'est dans l'Etat de Bahia que se trouve la plus grande proportion de Noirs.En effet, l'esclavage de l'Africain a été une conséquence de la monoculture du sucre et c'est dans le nord-est que sont concentrés encore aujourd'hui les Noirs brésiliens.Voici du reste le pourcentage des hommes de couleur par rapport aux Blancs, suivant les Etats : Etats du nord-est Maranhao .53,11 Piaui .54,68 Ceara .47,23 Rio Grande du Nord .56,49 Paraïba .46,16 Pernambouc .45,45 Alagôas .43,20 Sergipe .53,19 Bahia .71,23 7 Etals du sud Sao Paulo 12,02 Pnrana 12,29 Santa Catarina 5,55 Rio Grande du Sud 11,27 Il faut dire qu'à cause de métissage, la population brésilienne se blanchit.Les statistiques, par exemple, révèlent que le pourcentage de Noirs par rapport à la population diminue de génération en génération : 1872 1890 1940 Noirs % % % Bahia 75,97 74,41 71,21 Alagôas 74,48 68,92 43,14 Mnranhao 71,17 68.37 53,06 Pernambouc 65,40 58,83 45,37 Ajoutons que les métis sont valorisés car ils représentent une ascension sociale.Le folklore amoureux brésilien ubonde en chants adressés à l'honneur de la mulâtresse : Couleur brune, couleur d'or, Couleur de cannelle roulée, Celui qui n'aime pas le brun Est aveugle il ne voit rien.Les brunettes si jolies Ne devraient jamais nnître; Ce sont des fruits parfumés, Tous révent de les savourer.La petite mulâtresse du Brésil, Est une douce manne céleste, Un petit fruit bien sucré, Un savoureux "cambuca" (fruit du Brésil) Les brunes sont des magiciennes, Elles forcent les blanches à dire : "L'amour que les brunes font, Les blanches ne savent le faire" UN ECRIVAIN SOCIOLOGUE A Recife, cette capitale de la canne à sucre, une ville où, tour à tour, les civilisations portugaises, hollandaises ont laissé leurs traces, je rends visite au plus célèbre des sociologues brésiliens : le professeur Gilberto Freyre."Je ne suis pus, selon les canons américains, ce qu'on peut techniquement appeler un sociologue, me dit M.Freyre.Je suis un écrivain, un humaniste qui s'intéresse à la sociologie." M.Freyre me reçoit dans sa grande maison à Api-copus, banlieue de Recife, Cette maison fait revivre, dans son expression la plus belle, l'architecture portugaise transplantée dans cette ancienne partie de l'Empire.Pendant des années, avec soin et amour, le professeur Freyre a accumulé tout ce qui peut rappeler l'eustétité aussi bien que l'éclat baroque de cette grande civili- sation arabo-européenne qui s'est parfaitement adaptée aux tropiques."En arrivant dans cette terre sud-nmériceme, les Portugais n'étaient pas, à proprement parler, des Européens ; ils étaient déjà mêlés, influencés profondément par les Arabes, par l'Afrique et par l'Asie.Pour eux, les gens de couleur n'étaient pas des inférieurs.Les premières personnes plus foncées qu'eux avec lesquelles ils ont établi le contact, c'étaient leurs maîtres et leurs conquérants: les Arabe.Us pouvaient difficilement ensuite considérer les Noirs et les Jaunes comme des races inférieures."Hybride dès le début, la société brésilienne est, de toutes celles de l'Amérique, celle qui s'est constituée le plus harmonieusement quant aux relations entre les races : dans une ambiance de quasi réciprocité culturelle, ce qui a permis aux peuples retardataires de profiter au maximum des valeurs et des expériences de peuples plus avancés, à la civilisation adventice de s'adapter au maximum avec la civilisation native et le conquérant avec le peuple conquis.U s'est ainsi organisé une société chrétienne dans sa superstructure, avec la femme indigène, nouvellement baptisée, comme épouse et mère de famille ; intégrant à son économie et sa vie domestique bien des traditions, des expériences et des ustensiles des propres autochtones"."En sautant à terre, poursuit le professeur Freyre, l'Européen tombait sur une Indienne nue ; les propres Pères de la Compagnie de Jésus étaient obligés de faire attention pour ne pas heurter du pied des corps féminins.Bien des clercs, des autres ordres, se laissèrent contaminer par la luxure.Les femmes étaient les premières à se donner aux Blancs, les plus ardentes allant jusqu'à se frotter contre les jambes de ceux qu'elles supposaient des dieux.Elles s'abandonnaient aux Européens pour un peigne ou un morceau de miroir.Les femmes se promènent toutes nues et ne savent se refuser à personne, elles vont même jusqu'à taquiner et importuner les hommes en se glissant avec eux dans les hamacs, car elles considèrent comme un honneur de dormir avec les Blancs; et cela est vrai d'un Brésil qui, déjà, se poliçait, et non du Brésil des premiers temps, au moment du libertinage effréné, sans robes noires de Jésuites pour enlever aux moeurs leur spontanéité."Cet amour fut seulement physique, purement charnel, et il en naquit des fils dont les pères chrétiens ne s'occupaient pas, à la mode européenne, pour les éduquer ou les élever à l'ombre de l'Eglise.Gamins qui grandissaient au hasard, parmi les bois; quelques-uns si blonds et de peau si claire que les colons de la fin du XVIe siècle, en les découvrant, eux ou leurs fils, les identifièrent facilement comme des descendants de Normands ou de Bretons." Le professeur Freyre est intarissable."La coutume, me dit-il, de changer de femme ou de 8 changer de mari, certes la morale catholique ne pouvait l'admettre et elie ne l'admit pas au Brésil : celle, tout au rnoins, dure, orthodoxe, des Jésuites- Leurs efforts pour faire respecter la monogamie dans la colonie ont dû être désespérés.Non seulement parmi les Indiens baptisés, mais parmi les propres colons portugais, que le clergé séculier, en conflit avec les Pères, laissait dans le concubinage avec les "négresses".Déjà entraînés à la polygamie par le contact avec les Maures, les Portugais rencontrèrent, dans la morale sexuelle des Amérindiens, un terrain facile d'expansion pour leurs tendances de demi-Arabes (refoulées les deux derniers siècles et maintenant brusquement relâchées) celles de vivre avec de nombreuses femmes."Deux sexualités vibrantes s'affrontèrent ici, celle du Portugais et celle de la femme indigène.On dit généralement que c'est l'Africain qui a apporté la lubricité au Brésil ; il nous semble, nu contraire, que des trois éléments constitutifs de notre ethnie, ce fut le moins sexuel de tous, et que le plus libidineux ce fut le Portugais." QUESTION D'ADAPTATION Si les Portugais ont pu établir une nouvelle civilisation au Brésil c'est qu'ils ont pu s'adapter aux Tropiques, contrairement aux autres Européens qui se cantonnaient dans une attitude de supériorité raciale dès qu'ils mettaient les pieds sur le sol des Continents africain, asiatique ou américain.Les Portugais se sont facilement adaptés au climat tropical.En premier lieu, ils ne se sentaient pas supérieurs au point de vue racial.D'abord, ils n'étaient pas sûrs d'être d'une race blanche d'une pureté indiscutable.En fait le sang portugais s'est mêlé de sang arabe tout au long des siècles où l'Empire arabe s'étendait à la péninsule ibérique.Les Arabes étaient les maîtres, la race supérieure, et le Portugais ne pouvait dès lors considérer ceux qui régnaient en seigneurs sur son territoire comme faisant partie d'une race inférieure.U y a en cela une différence assez nette entre l'attitude de l'Espagnol et celle du Portugais.Le grand philosophe espagnol, Miguel de Una-muno, a tracé une ligne de démarcation entre le comportement hiératique et dramatique du Castillan et celui du Portugais qu'il a qualifié de lyrique et de franciscain.En abordant les tropiques brésiliens, les Portugais s'inspiraient d'une vision du monde qui les plaçait aux antipodes des Anglo-Saxons qui se sont établis en Amérique du Nord.Ces derniers voulaient rétablir le royaume de Dieu et reconquérir leur innocence sur la terre vierge d'Amérique, tandis qu'aux Portugais, les nouvelles colonies permettaient de conquérir un supplément de valeurs qui enrichissait leur existence.En d'autres mots, ils ne voulaient pas, par le labeur et l'effort, rétablir le règne de Dieu, mais plutôt aller à la redécouverte du paradis perdu.Pour cela, il fallait partir à la recherche d'un accord total entre l'homme et la nature.Et c'est à cause de leur pragmatisme, de leur réalisme, de leur amour éperdu de toutes les manifestations de la vie que les Portugais ont pu donner naissance ù cette nouvelle civilisation tropicale.Les femmes qui s'offraient n eux étaient leur récompense- Le puritanisme sexuel ne pouvait avoir droit de cité et la femme soumise ne pouvait être méprisée en tant qu'être humain.Les Portugais ont adopté sans réticence la nourriture des Indiens.Et, en vérité, ln cuisine brésilienne consiste, aujourd'hui comme hier, en un mélange de plusieurs arts culinaires: celui des Africains, celui des Indiens de l'Amazone et celui des Portugais.C'est dans le vêtement aussi que les Brésiliens marquent leur implantation libre sur le sol des Tropiques.U suffit d'aller de Rio à Buenos Aires pour mesurer la différence entre les deux pays.Certes, l'Argentine connaît moins que le Brésil le poids de l'humidité et de la chaleur.Mais il fuit chaud en Argentine et on est surpris de voir les Argentins toujours gantés, cravatés, d'une élégance impeccable.Les Brésiliens ont adopté un certain laisser-aller dans le vêtement.Us ne pensaient pas, comme tant d'autres Européens, qu'ils s'abaisseraient s'ils adoptaient le coctume des Indiens.Cette civilisation tropicale surgit devant les yeux du visiteur, d'abord dans ses manifestations architecturales.L'architecture brésilienne contemporaine est adaptée au climat chaud et humide du pays.Les Hollandais, quand ils ont occupé le nord du Brésil, ont tenté d'importer de leur pays natal des modèles d'habitations.Ce ne fut pas une réussite et ils n'ont pas laissé de grandes traditions architecturales dans le pays.Du reste, qu'une alliance Indo-lusitanienne les ait obligés à quitter le pays, permet de penser que ce qu'on leur reprochait n'était pas d'être colonialistes, mais surtout de refuser la culture locale et de ne pas vouloir se laisser entraîner dans le courant d'une civilisation naissante.A RIO : UN AUTRE SON DE CLOCHE Dans la capitale, Rio, à l'Institut Getulio Vargas, je me suis entretenu avec un sociologue qui rend un autre son de cloche.Guerriero Ra-mos est un mulâtre de Bahia.Depuis plusieurs années, il a entrepris de démystifier la sociologie brésilienne traditionnelle.U s'oppose à ses collègues les plus illustres et ne mâche pas ses mots à leur égard.Ainsi, il n'a pas hésité devant moi à traiter de charlatan le célèbre humaniste Gilberto Freyre."Le Noir, m'a dit le professeur Ramos, est le thème favori des soi-disant sociologues bré- 9 siliens.Mais c'est un thème folklorique.On parle du problème noir nu Brésil, de l'ascension de la rnce noire, on en fait un sujet de choix.Je suis hostile h cette attitude non pas parce que je pense que les Noirs n'ont aucun problème au Brésil, mais parce que je considère que le problème est mal posé au départ.Il y a maldonne.On tente de rejeter le Noir brésilien dans une catégorie rigide, de l'y enfermer et de bâtir des montagnes de théories là-dessus." J'ai dit à Ramos que la démocratie raciale existe cependant au Brésil, qu'il suffirait pour s'en convaincre de comparer ce pays aux Etats-Unis.Avec son regard doux, son sourire bienveillant, son air paisible, ce jeune sociologue émet des idées fortes, violentes même, qui prêtent en tout cas à la controverse."Je n'aime pas la polémique, me dit-il, mais je n'y peux rien ; mes idées portent à la polémique.°our revenir nux Etats-Unis, je ne vois pas pourquoi on comparerait les Noirs du Brésil à ceux des Etats-Unis.L'erreur des penseurs brésiliens en général et des sociologues en particulier, a toujours été de craindre le particularisme du Brésil.Pendant de nombreuses générations, nous avons imité, parfois servilement, l'Europe.Nous nous sommes déclarés de civilisation occidentale, c'est-à-dire européenne : nous avons érigé l'idéologie européenne, l'idéologie de l'homme blanc, en un idéal insurpassable.Ceci nous a conduits à une double aliénation : d'abord, nous ne sommes pas des Européens et nous ne sommes pas des Occidentaux.En toc* cas, nous ne le sommes pas dans la mesure ou des pays comme la France, l'Angleterre ou l'Allemagne le sont.Par conséquent, nous nous sommes toujours sentis les provinciaux de l'Europe, inférieurs dans notre propre pays.Mnis ceci a permis à l'homme blanc d'édifier toute une idéologie de sa suprématie."Au XIXe siècle, les sociologues brésiliens affirmaient tout bonnement que la race noire est inférieure.Maintenant on ne le dit plus, mais dès qu'un Noir occupe une place qui traditionnellement était l'apanage et le privilège du Blanc, on le signale, on le remarque et on en fait "un cas".Le Noir monte, et si pour monter il doit se blanchir, c'est qu'on considère la condition du Noir sur le plan ethnique comme inférieure." "Le Noir lui-même a, jusqu'à présent accepté cette vision d'une société où la couleur de la peau acquiert une importance capitale.Pour lui aussi, l'idéal est blanc.Lui aussi souffre d'aliénation, car il ne s'accepte pas tel qu'il est.Je reproche à une telle sociologie son irréalisme.Elle procède par catégories importées et préconçues.Son point de départ n'est pas la vie; or c'est la vie quotidienne qui est la source la plus réelle de toute pensée sociologique et de toute représentation culturelle d'une société.NOIR BRESILIEN OU BRESILIEN NOIR ?"Depuis quelques années, nous n'imitons plus l'Europe mnis ce sont les Etats-Unis qui occupent la place laissée vacante par les vieux pays, et on arrive à comparer la condition du Noir brésilien à celle du Noir américain.Il s'agit là d'un jeu de l'esprit.Bien sur, la situation du Noir américain est horrible, mais c'est un problème que tout Noir brésilien peut comprendre, non en tant que Noir, mais en tant que Brésilien.U y a peut-être un problème de sémantique dans tout cela.On dit Noir brésilien et moi je dis Brésilien noir cur l'homme qui est de couleur nu Brésil est d'abord un Brésilien.Ses problèmes sont des problèmes brésiliens." Je demande à M.Ramos si le problème n'est pas d'ordre plutôt racial et économique."Oui, me dit-il, mais aussi d'ordre psychologique.Il y a un problème de misère et de faim dans notre pays mais le Noir a aussi des obstacles psychologiques à surmonter.Il s'agit d'éliminer les équivoques.Il s'agit de partir d'une conscience réelle de la réalité ethnique du pays".Mais le problème en est-il un de recherche sociologique ?demandé-je à M.Ramos."Oh non, me répond-il, ce n'est là qu'un aspect secondaire.Il s'agit de reformuler la vision que les Brésiliens ont de leur pays.Nous avons fondé en 1944 un théâtre expérimental des Noirs.Nous avons mis en scène des pièces où tous les acteurs étaient noirs.Nous avons ensuite organisé des congrès de Noirs brésiliens et des congrès afro-brésiliens".Mais, dis-je à M.Ramos, ne risquez-vous pas de développer un nouveau racisme noir?"Pas du tout, dit-il fermement.Je n'ai que trop entendu cette accusation.Ce que nous avons voulu faire c'est formuler les catégories, les méthodes et le processus scientifir.i'es destinés à traiter le problème racial au Brésil.Nous avons voulu aussi rééduquer les Blancs brésiliens et leur permettre de se libérer des critères artificiels.Nous avons voulu finalement décomplexer les Noirs et les mulâtres.Nous avons voulu leur donner la conscience qu'ils font partie de la communauté nationale.Le comportement du Blanc brésilien, surtout celui du nord-est, me dit Ramos, a quelque chose de pathologique.Il crée le problème noir par une réaction de protestation.U magnifie et idéalise le colonialisme portugais d'une part, et tente d'éluder son manque de confiance en lui-même en créant un problème noir.Son tort, c'est de considérer la vie des Noirs comme une réalité figée, tandis qu'elle est mouvante, changeante.Je préconise une pensée brésilienne ou une sociologie brésilienne développée à partir des réalités du pays et non en calquant des réalités sur des 10 théories nées d'une réalité différente.Ce qu'il fuul, c'est voir le Brésil avec des yeux neufs, non pas ceux d'Américains ou d'Européens de seconde zone, mais avec les yeux des fils du pays qui tentent de saisir leur destin pour le modifier." "Le Noir, sous la plume de ces soi-disant sociologues, ajoute Ramos, est devenu un sujet exotique.On lui trouve des qualités comme si la couleur de la peau prédisposait à des instincts immuables, comme s'il s'agissait de qualités biologiques innées.La couleur de la peau ne doit être ni un obstacle ni une norme.On a trop pris l'habitude de considérer la couleur noire comme anormale et la couleur blanche comme un idéal.Le fait est que le Noir se comporte toujours essentiellement comme un Brésilien, donc comme tous les Blancs, son comportement ne se distinguant que suivant les contingences régionales et le niveau social.Il n'y a pas de religiosité noire spécifique, ni de criminalité noire particulière." UN PARADIS.PAR COMPARAISON Je pose alors à M.Ramos une question précise et directe.Le Brésil est-il le pays de la démocratie raciale ou ne s'agit-il là que d'une légende?Sa réponse est aussi directe que précise : "Comparé aux Etats-Unis, me dit-il, le Brésil est un paradis démocratique sur le plan des relations raciales.Le loi brésilienne punit sévèrement toute discrimination raciale.Du reste, l'opinion publique esl très sensible là-dessus et très vigilante".Les positions d'un Ramos et d'un Freyre sur ce problème pourraient sembler contradictoires mais, en fait, et malgré les apparences, elle se rejoignent.Ramos s'insurge contre ce qu'il considère comme un faux problème.Pour lui, l'existence de gens de couleurs différentes ne peut et ne doit pas constituer un problème."Il existe un problème dans les relations raciales aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et dans d'autres pays.Cela ne veut pas dire que les sociologues et les écrivains brésiliens devraient partir des données théoriques des sociologues et des ethnologues européens et américains pour créer d'une manière artificielle un problème similaire ou Brésil".Au fait, ce que recherche Ramos, c'est qu'on aborde cette question à partir des données réelles au Brésil et, en vérité, il indique le chemin à suivre pour construire une nouvelle civilisation qui concevrait comme absolument normale l'existence côte a côte de personnes de couleurs différentes.Freyre dit la même chose en se basant sur le passé colonial.Ramos veut libérer le Brésil de ce poids afin de lui permettre de construire sa propre civilisation.cien ministre des Affaires étrangères du Brésil, M.Afonso Arinos de Melo Franco, il me dit que c'est lui qui n eu le grand privilège de proposer au gouvernement brésilien la nouvelle loi contre la discrimination raciale."Il n'existe dans ce pays aucune restriction contre un groupe ou un autre, me dit-il.Un Noir, par exemple, peut fréquenter n'importe quelle école, habiter n'importe quel quartier, s'étendre sur n'importe quelle plage, manger dans n'importe quel restaurant On ne trouve même pas cela exceptionnel car c'est le contraire qui paraîtrait anormal et même incompréhensible".Durant mon séjour à Rio, une jeune fille européenne qui s'était récemment établie au pays, a insulté un jeune cireur noir, le traitant de macaque.Cette insulte l'a conduite devant les tribunaux.L'IMMIGRANT S'INTÈGRE Il est intéressant, également, ù ln lumière des relations raciales qui existent nu Brésil, d'aborder la question de l'intégration des immigrants dans ce pays.L'histoire, les traditions et la composition démographique du Brésil, ont permis à ce pays d'intégrer assez rapidement les nouveaux venus qui se sont établis depuis un siècle sur son territoire, soit u:-.apport d'environ cinq millions d'immigrants- Ceux-ci venaient principalement de l'Italie, du Portugal, de l'Espagne, de l'Allemagne, de la Pologne, du Japon et de la Syrie.Les immigrants originaires du Portugal, de l'Italie et de l'Espagne ont mis moins de temps que les autres groupes ù s'intégrer à la vie du pays.Cela se comprend car ces pays ont de grandes affinités culturelles avec le Brésil.Les Allemands et les Japonais ont formé des communautés plus ou moins isolées.Des barrières de langue, de religion, de traditions familiales les séparèrent de l'ensemble des Brésiliens.U suffit d'aller dans une ville comme Porto Ale-gre pour s'apercevoir que l'influence allemande est encore très forte dans le sud du Brésil.J'ai eu l'occasion de passer quelques heures avec l'un des romanciers brésiliens les plus célèbres, Erico Verissimo, qui a décrit l'épopée des gauchos et du sud du Brésil dans de nombreux romans dont plusieurs furent traduits en français."Nous sommes, me dit-il, très influencés par notre voisinage avec les pays hispaniques du continent.Il se glisse dans notre langage certains termes espagnols.De plus, la présence de nombreux groupes germaniques a exercé une très grande influence sur le développement de cette partie du Brésil".Et, en fait, Porto Alegre donne l'impression d'être une ville transplantée du centre de l'Europe.L'action du climat est perceptible car les vagues torrides sont d'une durée beaucoup plus courte dans le sud du pays.11 Quand j'ai eu l'occasion de rencontrer l'an- On y voit très peu de Noirs et encore moins d'Indiens.J'ai demandé à l'un des directeurs de la Revista do Globo, le grand magazine du sud brésilien, s'il existe dans cette partie du Brésil une plus grande discrimination raciale que dans le reste du pays."Légalement non, me répond-il, car nous obéissons tous à la même constitution et on punit aussi sévèrement ici que dans les autres villes brésiliennes toute discrimination raciale.Cependant, les Noirs peuvent se sentir moins a l'uise ici que dans des villes comme Rio ou Bahia.Ce n'est certainement pus uniquement en raison de lu présence ici de certuins éléments européens, c'est surtout qu'il y a très peu de Noirs.Cette purtie du puys fut découverte et développée presque uniquement pur des immigrants et ce sont eux qui lui ont donné son caractère propre".MÊME LES JAPONAIS Les Japonais sont restés longtemps isolés dans leurs colonies agricoles.Leur apport ù l'agriculture brésilienne est énorme et il n'existe aucun sentiment hostile à leur égard.Cependant, les Brésiliens éprouvent une grande difficulté à comprendre qu'un groupe mette si longtemps à s'intégrer à la masse des Brésiliens.Muis le temps a fait son oeuvre et on trouve aujourd'hui des Japonais un peu purtout, aussi bien à lu Chambre fédérale que duns les jour-nuux et le commerce.Ils ne parlent que le portugais et les mariages entre Japonais et Brésiliens sont de plus en plus nombreux.Il y a très peu de préjugés au Brésil envers les immigrants.Il y a, au départ, une méfiance envers des personnes qui semblent étranges pur les coutumes, la langue et la culture, mais dès que l'immigrant fait le premier pas et dès qu'il manifeste son attachement au pays et sa volonté de faire partie du groupe qui l'entoure, il est accueilli sans réticence.Le Brésil a une longue habitude de l'intégration des groupes.La rencontre entre les personnes de cultures différentes ne s'est jamais effectuée au dépens d'une culture ou d'une autre.U y a au Brésil une tradition de syncrétisme dont on voit les vestiges dans tous les domaines, nussi bien dans la religion que dans le sport, ln nourriture et le vêtement.Et c'est pour ça que les immigrants ont pu adopter la culture brésilienne sans être forcés d'abandonner la culture qu'ils ont reçue en héritage.La présence des groupes d'immigrants au Brésil représente un élément très important dans l'enrichissement du pays.Ces immigrants sont arrivés en grand nombre au moment où on commençait à s'établir dans une partie du pays délaissée jusqu'alors.Us ont choisi tLe langage est l'r.ritrrsrion d'une société.* ( Chris» MAliKfciîl i Problèmes de l'heure LA DUALITE CANADIENNE ESSAIS SUR LES RELATIONS ENTRE CANADIENS FRANÇAIS — ET CANADIENS ANGLAIS SOUS LA DIRECTION DE — mason WADE - jean-e.FALARDEAU un volume bilingue de 454 pages, relié.$8.50 SOUS PRESSE LE CANADA : EXPERIENCE RATEE OU REUSSIE ?tous les textes des conférences prononcées au premier Congres des Affaire* Canadiennes.• Volume bilingue.Les textes des conférences sont Imprimés dans leur langue originale avec traduction résumée.LES PRESSES DE L'UNIVERSITE LAVAL - 28, rue Sto-Famillo - Québec 4
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.