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Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
juillet - août
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
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Références

Cité libre., 1994, Collections de BAnQ.

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n Volume XXII Numéro 4 Juillet-août 1994 3,95 $ Et si ?.Anne-Marie Bourdouxhe HP o I i t i q u e Daniel Johnson: un rendez-vous avec l'histoire.Max Nemni Science, médias et politique.Aurèle Beaulnes Questions au coeur du débat sur la sécurité sociale.Eric Shragge HÉc o n o m i e Faut-il s'inquiéter des déficits gouvernementaux?.Pierre Joncas La famille, une entité en voie de disparition.ou de transformation!.Louise Landry Balas «Dessine-moi un million».Julie Laferrière Est-il encore justifié de penser s'instruire à l'université?.Isabelle Gagnon ¦S a n t é Mens sana.ou l'eau de vie.Pâquerette Villeneuve S p i r i t u a I i t é Les sessions de guérison intérieure.Louis Grégoire ARTS ET LETTRES Artisan de notre culture.Gérard Pelletier Bombe à retardement.Marie Desjardins fcC i n é m a Latcho Drom et Belle Époque.Danièle Hébert les dirxers Cité libre Venez fêter la Prise de la Bastille avec les amis de Cité libra et assister à une conférence pleine d'humour JVIario Bruneau à l'accordéon musette A MONTREAL le jeudi 14 juillet 1994 à partir de 17h30 Maison Egg Roll 3966, rue Notre-Dame Ouest à l'ouest d'Atwater (Métro Place-Saint-Henri) Renseignements et réservations : Isabelle Randria : (514) 671-8487 «Conseils à un Français qui émigrer au Québec» par Jean de Gaspé-Dubuc célèbre physiognomoniste québécois Résident à l'Institut Pasteur de Paris Retenez vos places dès maintenant Et si! Anne-Marie Bourdouxhe ^a y'est, je viens de l'entendre à la radio, I Daniel Johnson a choisi de faire campagne pour le fédéralisme et pout la création d'emplois.C'est à ctoite qu'il a lu Max Nemni qui écrit dans ce numéro: «Patadoxalement, ce n'est qu'en acceptant le tisque de petdre que Johnson a des chances de remportei la manche et, à plus long tetme, de gagner la guerre.Car l'enjeu essentiel des manoeuvres politiques actuelles n'est pas l'élection d'un nouveau gouvernement provincial mais la ctéation d'un nouveau pays et la brisure d'un autre.» C'est d'ailleuts aussi ce que Jean-François Lizée a longuement expliqué, statistiques à l'appui, le 9 juin dernier, à la centaine d'amis de Cité libre de la vieille capitale.La souveraineté c'est mathématique, on n'y coupeta pas.Et si Johnson gagnait les prochaines élections ?Une autre déclaration, de Patizeau celle-là, c'est qu'une fois au pouvoir le Parti Québécois va engager les pourparlers qui mèneront à la ptéparation de l'indépendance dont, entre autres, le calcul du partage de la dette fédérale.Ce qui nous coûte déjà bonbon.Piette Joncas nous le tappelle dans cette livtaison, les Québécois sont les plus endettés des Canadiens: «[.] l'endettement provincial atteint aujourd'hui 7461$ par personne; si on y ajoute l'endettement fédétal de 17657$ pat personne, l'endettement net par habitant y totalise 25 118$.» Enfin Lucien Bouchard déclarait, ces jours-ci, que si les Québécois se prononçaient pour le Canada cela voudrait dite aussi qu'ils auraient choisi le fédéralisme tel quel, sans renouvellement possible.Est-ce à dire qu'il y a vingt-cinq ans les provinces n'ont contribué en rien à la définition et à l'instauration de nos programmes d'assurance-santé et de services sociaux ?Elles auront sous peu à se prononcer sur la réforme en profondeur que le gouvernement fédéral entend faite subir à tous ces programmes.Eric Shragge s'inquiète ici de l'otientation de cette réforme, en particuliet de ce qui adviendra de l'assurance chômage dans le cadre de l'instauration d'un tégime de revenu annuel gatanti (RAG) cat, «dans le passé [.] des propositions de RAG ont été fotmulées qui dissimulaient des attaques sur les programmes en place : si on y avait donné suite, elles autaient aggtavé le sort des Canadiens de faible revenu.» A en croire Bloquistes et Péquistes, les scientifiques québécois n'ont pas reçu leur «juste part» des subventions fédétales à la recherche et au développement.Aurèle Beaulnes qui s'y connaît en la matière soutient au contraire que: «La performance des scientifiques et ingénieurs québécois est très bonne et ils excellent même dans un gtand nombre de secteuts-clés, tels que la R et D industtielle (34%), la techetche médicale (34%), la recherche en sciences sociales et humaines (37%), la plupart des disciplines de l'ingénietie et de la physique subatomique (30%), les initiatives univetsités-industties (30 à 40%), les réseaux de centres d'excellence (30%) et les contrats spatiaux (38,7%).» Louise Landty Balas le constate, la famille telle qu'elle l'a vécue est devenue un mythe pout la plupart des jeunes d'aujoutd'hui.« Pour eux, la famille c'est autre chose.Mais quoi ?Un groupe d'humains dont cettains, unis pat une relation sexuée officiellement reconnue comme telle—ou pas—vivant ensemble sous un même toit—ou pas—dans une union économique—ou pas— avec d'autres avec qui ils ont des liens du sang — ou pas !» Problèmes, espoirs.Louise Landry Balas en fait le tour.Est-il encore justifié de vouloit s'insttuire à l'université ?C'est ce que s'est demandée Isabelle Gagnon dès son accueil à la faculté des sciences de l'éducation de l'Univetsité de Montréal.Que penserait le Petit Prince de Saint-Exupéry de la société d'aujourd'hui ?Julie Lafer-rière a son idée là-dessus.Quant à Pâquerette Villeneuve, elle nous parle d'un endroit où suivre un régime amaigrissant est une expérience très agréable.À l'aube de la chrétienté, Saint Paul incitait les chrétiens à faire appel à ceux qui, parmi eux, avaient reçu un don de l'Esprit Saint.Au Québec, nous apprend Louis Gtégoire, on fait encore appel à des petsonnes qui sont douées du chatisme de guérison, de science, de prophétie ou de discernement.Quelques mois avant sa mott Fernand Seguin adressait une lettre à Gérard Pelletier qui commençait par cette phrase: «Je sors de l'hôpital où je viens de tecevoit un diagnostic ttès dut à entendre.» et Gétaid Pelletiet de poutsuivre, « il n'en fallait pas davantage pout que je devine la gravité de son mal; je ne l'avais jamais connu geignatd.Je me suis mal consolé de son dépatt, comme tous ceux qui l'avaient connu.Ce n'est donc pas sans inquiétude que j'ai apptis par les journaux la parution de sa biogtaphie.» La suite en page 31.«On veut—règle générale de l'édition en tout cas -être instantanément capté pat l'histoite, aucunement détouté par le style, emballé d'emblée par les personnages, plongé dans l'intrigue avant le troisième paragraphe de six lignes maximum.» Je l'ai avoué à Marie Desjardins, plus souvent qu'autrement je me délecte de ces livres bâtis comme des téléséties.Vite lu, aussi vite oubliés.Elle ne m'en fait pas reproche, surtout à la veille des vacances, mais elle s'en désole et nous dit poutquoi.Belles vacances et bonne lecture.CITÉ LIBRE juillet-août 1994 3 Cité libre ?D qui appartient ans sa livraison de février 1951, soit la deuxième année de son existence, Cité libre répondait à cette question de la façon suivante: * In corpore sano, bien sûr! spiritualité Les sessions de Louis Grégoire E n de nombreux endroits au Québec et en Ontario se tiennent des sessions de guérison _ intérieure.Que ce soit au Jourdain à Montréal, au Cénacle à Cacouna, au Centre L'Alliance à Trois-Rivières, à la Maison Jésus-Ouvrier à Québec ou au Centre de l'Amour à Plantagenet, chacun de ces lieux offre des sessions d'agapèthérapie ou de christothéraphie afin d'assurer aux intéressés une croissance dans leur vie spirituelle.Celles-ci sont la preuve évidente du Renouveau charismatique dans l'Eglise catholique et veulent rendre compte de la vigueur de l'Esprit en des temps qui laissent croire à une certaine défection.La session est structurée de manière à faire méditer les gens sur les phases les plus déterminantes de leur vie Cette thérapie, fondée sur les recommandations de saint Paul dans son premier épître aux Corinthiens des chapitres douze à quatorze, est exercée sous la mouvance de l'Esprit-Saint.Les personnes qui composent l'équipe de soutien possèdent une solide formation dans l'accompagnement, doublée d'une foi éprouvée leur permettant d'hériter de certains dons de l'Esprit.Chaque membre de cette équipe de priants possède des charismes (dons de l'Esprit au service de la communauté) dans le but d'aider les retraitants à vivre leur session.À l'un est donné le charisme de guérison (psychique et parfois physique), à l'autre, le charisme de science (capacité de reconnaître les blessures ou les manques d'une personne dans l'histoire de sa vie), à tel autre, le charisme de prophétie (discours inspiré de l'Esprit adressé au groupe ou à une personne en particulier), à tel autre encore, le charisme de discernement (capacité de détecter les influences occultes ou les emprises maléfiques qui seraient cause de troubles émotifs).La session est structurée de manière à faire méditer les gens sur les phases les plus déterminantes de leur vie: l'hérédité, la conception dans le sein de la mère, l'enfance, l'adolescence, la période adulte.Chacun peut refaire ainsi le parcours de son histoire personnelle en revivant des traumatismes longtemps retenus.Certaines opérations de l'Esprit provoquent alors des CITÉ LIBRE juillet-août 1994 30 libérations fort profondes.L'un des résultats ——— les plus sensibles demeure la capacité de pardonner.L'acte de réconciliation petmet souvent l'obtention d'une guérison totale sinon par étapes, même pour des relations qui, au départ, paraissaient impossibles à dénouer II n'y a pas d'obstacles que le Saint-Esprit ne puisse ftanchit dans la mesure où la foi démontrée est bien celle du charbonnier, cette foi confiante de l'enfant de Dieu qui peut tout demander sachant qu'il seta exaucé d'une manière ou d'une autre.Les témoignages de ceux et celles qui ont patticipé à ces rencontres sont unanimes: tééquilibte de la vie intétieute, teprise du goût de la prière, amélioration de la situation familiale, sociale ou communautaite, délivrance de cas de désespoir et de suicide, meilleute connaissance de Dieu et de soi-même.C'est pourquoi médecins, psychiatres et responsables de communauté recommandent de pareilles initiatives.D'importants tournants ont été pris dans la vie de ces «patients», tournants décisifs en certains cas.Il va sans dite que l'imposition des mains pour la guérison des malades, telle que préconisée dans l'évangile de Marc au chapitre seize, est une ptatique cou-tante dans les milieux charismatiques.Ce ministère permet une descente de l'Esprit que le rettaitant teçoit comme une vétitable effusion.Celle-ci procure un repos dont on ne soupçonne pas l'intensité tant qu'on ne l'a pas expétimentée.Les plus gtands spécialistes en cette matière demeurent le Père Émilien Tardif, missionnaire de Sainte-Croix, thaumaturge reconnu dans le monde entier et siégeant sur le Conseil de l'ICCRS (International Catholic Charismatic Renewal Services) de même que le Docteut Philippe Madré, rattaché à la communauté des Béatitudes en France.Chaque année, durant l'été, ceux-ci sont conviés à un congrès provincial réunissant des milliers de participants.La puissance de libération est surtout manifeste durant les Eucharisties et les moments d'adoration devant le Saint-Sacrement.La disposition intérieure créée par la prière personnelle et communautaite qui monte de l'assemblée, est la seule condition requise pour obtenir les fruits de l'Esprit.Reconnu par le Saint-Siège depuis le 30 novembre 1990, le travail de l'ICCRS est, selon Jean-Paul II, une «vigoureuse affirmation de ce que l'Esprit dit aux Églises (Apocalypse 2,7) alors que nous nous approchons du second millénaire».Le souci particulier de cette otgani-sation est de veiller à ce que les sessions de guérison intérieure restent dans la ligne d'une authentique reprise de ce que les Apôtres ont vécu, devenant ainsi le signe incontesté de la présence du Christ tessuscité parmi nous.lettres Artisan de re culture Gérard Pelletier a: force de vieillir, on finit par perdre lun à un tous ses amis.à moins qu'on ne les ptécède soi-même dans l'éternité.Je n'étais pas un intime de Fernand Seguin mais il existait entre nous une camaraderie ttès cordiale.Nous nous connaissions depuis toujours, nous avions travaillé ensemble à la Société des Auteurs, nous avions animé de concert une émission de télé, ma femme avait collaboté à son Sel de la Semaine, comme techerchiste.La lettte que j'ai reçue de lui, quelques mois avant sa mort, commençait pat ces mots: «Je sors de l'hôpital où je viens de tecevoit un r , r , , Fernand béguin diagnostic très dur a entendre».Il n'en fallait pas davan- ,e sovont >™ginaire tage pout que je devine la par Jean-Marc Carpentier gravité de son mal; je ne et Danielle Ouellet l'avais jamais connu geignard.Je me suis mal consolé de son départ, comme tous ceux qui l'avaient connu.Ce n'est donc pas sans inquiétude que j'ai appris par les journaux la parution de sa biogtaphie.Le génie littéraire n'est guèie ptatique chez nous mais les quelques échantillons que j'en connaissais me faisaient ctaindte le pire.Pour une vie de Judith Jasmin qui méritait de grands éloges, que de sottises n'a-t-on pas publiées sur nos grandes dames et nos gtands hommes du ciu ! Mais cette fois, c'est une heuieuse sutprise qui m'attendait.Des amis chers me l'ayant offert, à l'occasion d'un bref séjour que je faisais à l'hôpital, j'ai lu tout d'une traite l'ouvrage de Jean-Marc Carpentiet et Danielle Ouellet.D'emblée, j'ai admité le solide travail de lechetche sut lequel il est fondé; dès les premières pages, je me suis senti rassuré par la qualité de la langue, la vivacité du récit et les innombrables bonheurs d'expression qui le jalonnent.Libre expression, 380 pages, 1994 CITÉ LIBRE j u i 11 e t- a o û t 1994 31 Et je me suis réjoui du fait que les auteurs ne tombent ni dans l'hagiographie, ni dans la sévérité prétentieuse.Ils nous présentent un Seguin authentique, rempli de talent et de vertus mais aussi de solides défauts.Ils ne font mystère ni des graves erreurs qu'il a commises dans la gouverne de ses affaires et de sa vie, ni de la maladie psychique qui l'a affligé.Mais loin de le diminuer, ce souci d'exactitude campe le personnage dans toute sa vérité et nous le rend plus sympathique que n'aurait pu le faire un maquillage de ses faiblesses.C'est sans doute que l'amitié a présidé à la rédaction (je crois savoir que Carpentier fut pour Seguin un disciple et un ami).Fernand lui-même a d'ailleurs collaboré à l'ouvrage en se racontant de vive voix aux auteurs dans les derniers mois de sa vie.Sans cet apport dont bien peu de biographes peuvent profiter, on n'aurait pas l'impression aussi saisissante , en parcourant certains chapitres, de revivre les épisodes auxquels on a soi-même été partie.A la lecture de quelques pages, je croyais entendre Fernand Seguin dont la conversation était l'une des plus riches que j'aie connues.Ce que les auteurs font bien ressortir, c'est l'insatiable curiosité intellectuelle de ce «savant imaginaire» qui discutait brillamment de physique et de biologie mais aussi de littérature et d'art avec une égale compétence.Et qui n'aimait rien tant que d'expliquer.J'avais parfois l'impression de l'exploiter mais je ne pouvais pas résister à la tentation de le questionner sur les sujets que je connaissais le moins.Cette biographie ne m'a-t-elle donc inspiré aucune réserve ?Si, pourtant; il m'en vient deux.La première est sans grande importance; elle concerne la méticulosité La seconde est moins légère.J'ai regretté que les auteurs ne fissent aucune mention de l'évolution spirituelle de Fernand Seguin.Pour moi qui ai connu son militantisme religieux de jeune homme (dont plusieurs articles au Quartier latin témoignent éloquemment) et qui fus témoin de son brusque virage vers l'agnosticisme, après l'échec de son premier mariage, cette dimension manque au portrait que tracent de lui les auteurs.Une telle évolution annonçait aussi l'époque qui allait suivre.Sans doute Fernand n'était-il guère loquace quand on abordait cet aspect de sa vie.Mais sans doute ne l'a-t-il pas été non plus sur d'autres épisodes dont le livre rend tout de même un compte précis.On comprendra pourtant que ces réserves ne m'empêchent pas d'estimer hautement ce livre que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt et de gratitude envers ceux qui l'ont écrit.^ À la lecture de quelques pages, je croyais entendre Fernand Seguin dont la conversation était l'une des plus riches que j'aie connues.Ce que les auteurs font bien ressortir, c'est l'insatiable curiosité intellectuelle de ce «savant imaginaire» qui discutait brillamment de physique et de biologie mais aussi de littérature et d'art avec une égale compétence.impressionnante de Fetnand qui tenait par exemple à ce qu'on épelât son patronyme non pas Séguin mais Seguin, sans accent sur la lettre «e».Les auteurs n'insistent pas sur cet aspect pourtant fondamental de son caractère.lettres Marie Desjardins U n obscur mais talentueux écrivain de ma famille m'entretenait récemment de ce dont il m'entretient toujours: sa passion pour les mots, l'écriture, la lecture, bref, pour la littérature.Aucune prétention intellectuelle chez lui; l'amout du style seulement, des histoires qui sont la vie.Il me faisait violemment me rendre compte à quel point les temps ont changé.Qui, aujourd'hui, a le temps, l'envie, l'idée, ou tout simplement la capacité, de pénétrer dans l'univers d'un écrivain ?Les êtres ne sont plus les mêmes car ils ne se nourrissent plus aux mêmes sources, ni de la même façon.Depuis son avènement et son règne, l'utile mais stupide télévision est devenue la principale raison de vivre, sinon la vie des hommes qui s'y agglutinent pour voir des gens mourir devant eux, ou pour y apprendre une recette de macaroni prêt en cinq minutes.A une époque où l'absence de l'électricité les épargnait de ce poison, ceux-ci occupaient leurs soirées bien autrement.Pas question ici de refaire l'histoire du monde mais de rappeler qu'en ce temps, par goût, obligation ou désoeuvrement, on lisait.Zola dévorait les milliers de pages de Balzac; Hugo les milliers de Chateaubtiand; les frères Goncourt les milliers de Zola; les enfants les milliers de Jules Verne et de la comtesse de Ségur; tout le monde les milliers de Dumas, Balzac, Zola, etc.Aujourd'hui, il y a trop de livres et pas assez de temps.C'est vrai.Aussi on n'investita plus les nombreuses heures nécessaires pour s'absorber dans l'imaginaire de ces démiurges d'hier et d'aujourd'hui.On balaye Proust: diarrhée littéraire; Balzac: ancien, pénible; Roger Martin du Gard: trop long, désuet; Elisabeth Barbier: trop sentimental; Troyat et ses fresques: CITÉ LIBRE juillet-août 1994 32 n'y a-t-il pas autre chose à lire ?On veut—tègle générale de l'édition en tout cas—êtte instantanément capté par l'histoire, aucunement dérouté par le style, emballé d'emblée par les personnages, plongé dans l'inttigue avant le troisième paragraphe de six lignes maximum.À moins d'être un liseur, un universitaire, un ennuyeux, un solitaire ou un bizarre, on lit bien peu.Réalité qui en cache une autre bien plus profonde.Ce n'est pas nécessairement la lecture ou les milliets de pages qui rebutent, mais bien l'effort à fournit, le temps à investit.On veut êtte heureux tout de suite, réussir tout de suite, gagner tout de suite.Just too bad.La vie, ce n'est pas ça.Zola dévorait les milliers de pages de Balzac; Hugo les milliers de Chateaubriand; les frères Goncourt les milliers de Zola; les enfants les milliers de Jules Verne et de la comtesse de Ségur; tout le monde les milliers de Dumas, Balzac, Zola, etc.Aujourd'hui, il y a trop de livres et pas assez de temps.La vie, c'est les milliers de pages de Balzac, Zola, Proust et les autres.Les ambitions, les amours souffrantes, les misètes, les échecs, les joies que ces scribes de l'existence ont couchés à l'encre noire sur du papier sont les mêmes depuis la nuit des temps.Le pourquoi de la vie, la vie elle-même, tient, pour l'éternité, entte les couvertures de ces ouvrages ; elle tient dans ces mots qui l'ont fixée telle qu'elle est et qu'elle seta toujours, parce que le coeur de l'homme ne change pas.C'est le temps retrouvé de Ptoust, qu'il aurait pu intitulet la vie retrouvée.Patfois, quand je souscris à des conversations pessimistes, j'imagine le monde d'aujourd'hui et de demain.Un monde—une terre—foutue.A l'heure où Jean Valjean, Charles Swann, Rastignac et Michel Strogoff sont les derniers de nos soucis— à moins que l'on soit obligé d'étudiet ces fantômes— les poissons crèvent dans la mer, les poumons se gonflent d'air avarié, les peaux pourrissent sous un soleil meurtrier, les corps ttépas-sent d'avoir aimé, les enfants naissent malades, because la pollution.Le bruit pollue, et les bombes, le pétrole, la médiocrité, la sottise, l'égoïsme, le sac en plastique ou en papier jeté bien au fond de la poubelle bleue, le condom anti-mort englouti sous la force de la chasse d'eau d'un des millions de millions de cabinets de toilettes de la terre.On se pollue.On disparaît, à petit feu, sous nos déchets, sous nos bêtises, sous notre ignorance.Quand je souscris à cette vision pessimiste du destin de la planète terre, et de celui des hommes qui poussent et meurent dessus, je me dis qu'un quelconque cataclysme, en effet, pourrait bien faite en sorte qu'un ménage—atomique ou autre—s'entteprenne.J'imagine alors des hommes se promener dans les décombres, manger des débris organiques, trébucher, tout à coup, sur du rescapé: des livres, des réceptacles de vie.J'imagine ces hommes qui n'ont plus rien à perdre reprendre goût à l'existence, transcender leur seul désir de survie par le pouvoir des mots et des éternelles réalités qui s'y trouvent contenues.Pas de chance pour ces épargnés s'ils tombent sur R.Barthes, P.Bourdieu ou J.Derrida: ils achèveront de moutii à la lecture de ces abstruses intellectualisations litéraro-conceptuelles à moins que, par instinct, ils ne procèdent, pour leur survie cette fois, à la déconstruction que prônaient ces auteurs en voie de disparition, voire déjà catapultés par plus intéressants et essentiels qu'eux.Les rescapés découperont alots ces pages opaques en petits morceaux, petits mots qu'ils réagenceront en désespoir de vie.Ils liront alors peut-être l'espoir, dans le sous-texte qu'ils auront eux-mêmes reconstruit, ironie du sort, et dans lequel ils déchiffreront le mot «aimer» (mais j'en doute) ou bien le mot «art» (ce dont je suis certaine).Plus chanceux seront-ils s'ils tombent sut des lambeaux des Mots de Sartte; ils redécouvriront alors l'angoisse de Avis de la prochaine ASSEMBLÉE GÉNÉRALE des membres de Cité fibre Information Avis est donné de la prochaine Assemblée générale annuelle des membres de la Société Cité libre Information le jeudi I I août 1994 immédiatement après la tenue du souper-causerie, au Restaurant la Maison du Egg Roll situé au 3966, rue Notre-Dame Ouest (à l'ouest d'Atwater, métro Place-Saint-Henri) à Montréal L'ordre du jour proposé pour cette assemblée sera essentiellement celui prévu à l'article 14 du Règlement pour toute assemblée annuelle des membres (incluant l'élection des administrateurs) ainsi que la nomination de responsables des dîners causeries et des abonnements Guy Sarault, secrétaire du Conseil d'administration CITÉ LIBRE j u i 11 e t ¦ a o û t 1994 33 l'enfant séparé de sa mère, de l'enfant écrasé par les attentes de son grand-père, de l'enfant perdu de n'avoir pas de père, heureux seulement d'en tirer son droit à la liberté.Plus chanceux encore s'ils tombent sur quelque chapitre amputé des Mots pour le dire de Marie Cardinal; ils liront, stupéfaits mais pour le plus grand bien de leur résurrection, le mot vagin, audacieux lorsqu'elle l'employait en 1975, difficile à glisser sans malaise dans un texte de 1994, fondamental, essentiel, pour l'homme brisé de 2042, que je me permets d'imaginer mais auquel je refuse de croire.Des années avant que cet homme ne rampe sur le sol dévasté, au lendemain de la fin, de la conclusion de cette universelle et terrible pollution, une jeune femme, enfermée au troisième étage d'un immeuble parisien, rédige jusqu'à l'écoeurement une thèse sur Victor Hugo.C'est Myriam Roman.Tant pis s'il fait grand soleil dehors et que ce soit le mois de juin, et que partout les fleurs colorent les parterres; vaut mieux s'absorber dans la pensée géniale du père des Misérables plutôt que de risquer le cancer de la peau.A l'énième étage d'un autre immeuble parisien, une femme, bien plus vieille, depuis toujours en marche dans le monde de l'invisible, perd contact avec la terre qui grouille pour trouver les mots les plus près de son angoisse—de celle de tout le monde: c'est Anne Hébert.Dans la pénombre de son bureau de travail, insoucieux un instant des photos de famille qui le veillent, un homme, à la fin de son parcours, n'a cessé de réfléchir sur la création, le roman, la biographie, la vie: On veut—règle générale de l'édition en tout cas —être instantanément capté par l'histoire, aucunement dérouté par le style, emballé d'emblée par les personnages, plongé dans l'intrigue avant le troisième paragraphe de six lignes maximum.c'est Henri Troyat.Dans la garçonnière où il se terre, parmi les blousons de cuir qui dorment sur la rampe d'escalier et les livres qu'il n'a plus, un prince des ténèbres encore jeune griffonne à l'encre bleue—et au son— des mots et des mots et des phrases et des phtases qui rendent la douleur d'aimer et de vivre.C'est l'écrivain obscur de ma famille qui écrit depuis son enfance des milliers de pages que personne ne lira sans doute jamais parce qu'elles sont écrites juste pour l'amour des mots, pour combler l'élan premier: dire.Le mystère des mots est qu'il renferme le coeur, l'esprit, l'intelligence, le souffle.Ainsi, alots que tout s'effondre, tout se construit et se reconstruit dans l'esprit et l'imaginaire car il est une solution aux êtres sensibles, profonds, souffrants et lucides: la beauté, qu'ils ne cessent de créer.Car il est une solution à tous les êtres sensibles : chercher la lumière dans le noir, cette beauté que, depuis la nuit des temps, l'homme n'a jamais abandonnée.«C'est utile puisque c'est joli», lit-on dans Le Petit Prince.Saint-Exupéry portait bien son nom.Il a identifié le sacré.Comme Voltaire avant lui.Il faut cultiver son jardin.Faisons des livres avec le papier recyclé et de l'espoir avec les mots, pour ceux qui prennent encore le temps d'investir du temps à apprendre à vivre.Ne serait-ce que pour eux, que pour un, les écrivains ne perdent pas, eux, leur temps.Et tant pis si Jean Valjean n'est plus personne pour personne.Mais j'en doute.^ Cinéma Danièle Hébert L.atcho Drom Avec Latcho Drom (Bonne route), Tony Gatlif réalise un de ses rêves, celui de redonner au peuple Rom son identité.L'odyssée de ces nomades, commencée en Inde il y a plus de 1000 ans, les a conduit dans la plupart des pays d'Europe de l'est et de l'ouest.Gitans, bohémiens, romanichels, zingaros, manouches.presque autant de désignations que de pays traversés.La petite équipe réunie par Gatlif pour tourner ce film comptait tout juste sept personnes.Celle-ci parcourut huit pays en compagnie des Roms pour nous livrer ce portrait de leurs moeurs et leur culture.Le résultat de cette entreprise se traduit en images souvent époustouflantes, soutenues par les chants lyriques et captivants de ce peuple très particulier.L'intention documentaire de Latcho Drom est bien réussie.Dans sa forme, cependant, ce film comporte des longueuts et des répétitions susceptibles d'irriter le spectateur Ceci dit, les Roms gagnent à être connus et Gatlif contribue fort utilement à faire connaître leur philosophie de la vie.A voir.Belle Époque Gagnante de l'Oscar attribué au meilleur film étranger de l'année, cette production espagnole raconte l'histoire d'un jeune homme qui couche avec chacune des quatre filles de l'homme qui l'héberge tout en réussissant à se garder dans les bonnes grâces non seulement des soeurs mais aussi du père.Comédie de moeurs rondement menée, Belle Epoque nous présente la promiscuité comme charmant batifolage sans conséquence.peut-être! Les personnages sont étoffés et les quatre soeurs sont jouées par quatre jeunes filles ravissantes, saines et non plastiques, qui réconcilient le spectateur avec une esthétique féminine qui semblait dépassée.Belle Époque, c'est un moment de plaisir assaisonné de fraîcheur qui laisse le spectateur content d'avoir surmonté son aversion aux sous-titres.Ne pas rater.^ CITÉ LIBRE juillet-août 1994 34 à Montréal, Ottawa et Québec le deuxième les
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