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Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
septembre - octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
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Références

Cité libre., 1996, Collections de BAnQ.

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lîfc>re VoIume XXIV Numéro 4 Septembre-octobre 1996 3,95$ WHAT IN HEU, HAS HAPPENED TO ALL YOU PcXILE, TEA-T>R!NKINRER Ie TERRiiOÎRE QUÉbÉCOÎS.Il y A une SOUVERAÎNETÉ AU QuÉDEC, UNE SOUVERAÎNETÉ dEMOCRATJQUE, ÉqA^ pOUR TOUS, UNE SOUVERAÎNETÉ ÉCRÉMENT CApAblE EO d ASSUMER [ES doSSÎERS dE l'riiSTOÎRE, QUÎ EST CApAblE dE RÉpARER les iNJUSTiCES.Lucien Bouchard, £ Le Devoir, 15 septembre 1990 (Rémi Maillard, Lucien Bouchard mot a mot, Stanké.l 996) 55 23 NALISM IS À E E>U ISIVIE NE DanjeI SaLée L AFFRONTEMENT DES NATIONALISMES Depuis la crise d'Oka, la question autochtone s'est posée au Québec avec une acuité qui, semble-t-il souvent, ne cesse de s'intensifier.La démarche politique autochtone contemporaine — et cela est vrai pour l'ensemble du Canada — est intimement liée au désir de reconnaissance (ethno)nationale et à l'obtention des moyens qui permettraient de vivre la qualité d'Autochtone pleinement et en toute autonomie, c'est-à-dire avec tous les bénéfices et avantages que comporte pour un ensemble d'individus l'existence au sein d'une nation à laquelle ils s'identifient.Le discours autochtone actuel s'apparente largement à un discours nationaliste, un discours fondé sur la proclamation particulariste d'une identité culturelle, ethnique et linguistique spécifique et distincte.L'Etat québécois se retrouve à l'égard des Autochtones devant une situation similaire à celle devant laquelle il place lui-même l'Etat canadien.Il n'y a rien de bien surprenant dans la montée du nationalisme autochtone au Québec.Le phénomène s'inscrit parfaitement dans la dérive particulariste et dans l'affirmation politique de l'hétérogène qui semblent caractériser de plus en plus les sociétés libérales en Daniel Salée est politologue.Il est directeur adjoint de l'École des Affaires publiques et communautaires à l'Université Concordia.cette fin de siècle.Le mouvement d'affirmation politique autochtone devrait être d'autant moins surprenant que l'État québécois lui-même a reconnu officiellement à deux reprises, au cours des années quatre-vingt, l'existence en tant que nations distinctes des communautés autochtones vivant sur le territoire du Québec — la première fois, en 1983, par un décret du Conseil exécutif et la deuxième fois, en 1985, par une motion unanime de l'Assemblée nationale.Il fallait bien s'attendre à ce que pareille reconnaissance amène un jour les Autochtones à réclamer les attributs concrets de la nation : un territoire assorti de frontières précises et universellement acceptées, le contrôle et la gestion des orientations sociales, économiques et politiques qui prévaudront sur ce même territoire et, finalement, la souveraineté politique jugée nécessaire à l'accomplissement de ces orientations.Voilà bien le nœud gordien du problème autochtone au Québec.On connaît les aspirations identitaires et nationales des Québécois; on sait aussi le rôle central qu'a joué l'État québécois dans la transformation de ces aspirations en réalités institutionnelles agréées.Or les Autochtones demandent un espace politique que l'État québécois peut difficilement leur consentir sans risquer de mettre en jeu ce substrat institutionnel si nécessaire à la viabilité des aspirations particulières des Québécois, sans risquer d'entamer les fondations sur lesquelles l'identité et la nation québécoises reposent depuis trente-cinq ans.C'est bien pour cela que les gouvernements qui se succèdent à Québec depuis vingt ans n'entendent céder en rien sur la question de l'intégrité territoriale : l'intégrité du territoire est liée à l'intégrité de l'État, elle-même liée Les Premières nations réclament en fait un pouvoir parallèle, autonome, un pouvoir qui, dans l'esprit de certaines d'entre elles, les créerait en communautés politiques souveraines et indépendantes de la communauté politique québécoise.à l'intégrité de la «québécitude».La chose, on en conviendra, est on ne peut plus ironique ; l'État québécois se retrouve à l'égard des Autochtones devant une situation similaire à celle devant laque- 24 lift B'l Ile il place lui-même l'État canadien.LE DILEMME QUÉBÉCOIS Manifestement, les Québécois se trouvent confrontés à un dilemme épineux.Ou bien ils se rendent à toutes les revendications des Autochtones, incluant celle du territoire, risquant de ce fait de voir transformer, et même amputer, les fondements de leur existence nationale; ou bien ils se butent, résistent et imposent la vision historique de la québécitude au risque de paraître illibéraux, antidémocrates et racistes.Les Québécois, à l'instar de tous ceux qui ont coûté à l'expérience de l'État-nation, sont assez mal préparés à composer avec des aspirations identitaires qui s'expriment à travers une volonté ethnon ation aliste qui n'est pas la leur.La question autochtone, telle qu'elle se présente dans le contexte québécois, se pose donc comme un test.Un test d'abord de la société québécoise: est-il possible, en accord avec les professions de foi démocratique et le désir d'ouverture à l'Autre dont se targuent les politiciens et l'État québécois, que les Québécois revoient les paramètres fondamentaux de leur système politique, institutionnel et administratif de manière à satisfaire les exigences particulières des nations autochtones, quitte à abandonner ou à modifier substantiellement le sens traditionnel que revêtent ces mêmes paramètres dans leur vécu historique ?De manière plus générale, la question autochtone se pose aussi comme un test de la viabilité du libéralisme: est-il possible de promouvoir les singularités subjectives et le droit à la différence tout en érigeant une communauté politique qui rallie les sujets, par-delà leurs particularités identitaires, autour d'une conception globale et généralement partagée de cette même communauté politique?Voilà deux questions reliées qui renvoient en fait à la capacité réelle des sociétés libérales de gérer la différence de manière authentique, c'est-à-dire de façon à ce que les individus et les groupes y trouvent leur compte en accord avec leurs aspirations propres.Il n'y a pas nécessairement lieu d'être optimiste.Il faut bien comprendre que toute la question autochtone est d'abord question de pouvoir: question de création et d'obtention du pouvoir, question de contrôle et de domination de ressources territoriales et économiques, fondements de la liberté et de l'identité.Les Premières nations réclament en fait un pouvoir parallèle, autonome; un pouvoir qui, dans l'esprit de certaines d'entre elles, les créerait en communautés politiques souveraines et indépendantes de la communauté politique québécoise.C'est là le cœur du problème.La survie des identités ne s'alimente pas de vœux pieux et de bonnes intentions.Elle implique un combat pour les moyens et les ressources nécessaires à l'affirmation et à la Le discours autochtone actuel s'apparente largement à un discours nationaliste, un discours fondé sur la proclamation particularite dune identité culturelle, ethnique et linguistique spécifique et distincte.consolidation identitaire.Il ne suffit pas à la société et à l'État québécois de reconnaître le caractère distinct et national des communautés autochtones, il faut aussi qu'ils s'engagent, pour être conséquents avec cette reconnaissance, à offrir aux Premières nations les moyens de leur affirmation nationale au point même de consentir à celles Les Autochtones demandent un espace politique que l'État québécois peut difficilement leur consentir sans risquer de mettre en |eu ce substrat institutionnel si nécessaire à la viabilité des aspirations particulières des Québécois.qui le voudraient la souveraineté politique et la pleine possession des territoires auxquels elles estiment avoir droit.Dans le cadre actuel des choses, il y a peu de chances que cela se fasse.Les Québécois auraient, bien sûr, l'impression d'y perdre au change.Cependant, c'est surtout la nature fondamentale de l'État québécois qui rend la chose impossible.En tant qu'État libéral, l'État québécois est d'abord et avant tout un État de droits c'est-à-dire un État commis à la protection des aspirations identitaires individuelles et collectives, mais seulement tant et aussi longtemps qu'elles se fondent dans le moule homogénéisant d'une culture publique d'application générale définie dans et par l'enracinement historique.En ce sens, les Québécois, à l'instar de tous ceux qui ont goûté à l'expérience de l'État-nation, sont assez mal préparés à composer avec des aspirations identitaires qui s'expriment à travers une volonté ethnonationaliste qui n'est pas la leur et qui, au surplus, déborde de la culture publique à laquelle l'histoire les a habitués.D'aucuns auront sans doute noté au cours des dernières années que le nationalisme du PQ s'est considérablement transformé.Bien qu'il continue de s'adresser implicitement aux descendants des victimes de la Conquête, il se veut 25 lift maintenant beaucoup plus large, beaucoup plus englobant et authentiquement préoccupé par les défis urgents que pose la plu-riethnicité à la société québécoise.Officiellement, le nationalisme du PQ est aujourd'hui délesté des connotations ethniques, linguistiques et culturelles qui, il y a une décennie à peine, l'associaient exclusivement à la majorité française du Québec.Le PQ convie désormais tous les Québécois à amorcer avec lui le passage de la «nation-culture» à la «nation-raison», basée sur la notion de citoyenneté.Plusieurs salueront comme un progrès cette vision de la nation qui se démarque sensiblement de la vision étroite et culturaliste d'an-tan.Qu'on ne s'y trompe pas.En apparence généreux et ouvert, le nouveau discours nationaliste débouche inévitablement sur la construction d'un État aux prétentions universalistes et homogénéisantes.Et à moins qu'il ne nie les trois dernières décennies de luttes menées par les Québécois francophones pour l'affirmation de leur identité propre, il y a de fortes chances pour que l'État québécois souverain se constitue d'abord en fonction des objectifs identitaires de ces mêmes Québécois.L'uni-versalisme rationnel de l'État québécois risque fort d'être aux antipodes des aspirations autochtones.Difficile de voir, dans ce contexte, comment le contentieux qui oppose Autochtones et Alloch-tones au Québec pourrait se régler aisément.LES LIMITES DE L'ÉTAT LIBÉRAL La question autochtone au Québec donne toute la mesure de la complexité de la problématique que pose la démocratie libérale aux sociétés qu'elle définit.La question autochtone en effet permet de saisir l'ambivalence improductive Sans pouvoir économique, sans les ressources qui mènent au pouvoir économique, il n'y a pas de reconnaissance possible.du libéralisme; elle nous met devant l'impasse sociétale dans laquelle l'adhésion continue au paradigme libéral peut, à terme, plonger le Québec.En effet, plus l'État libéral repousse les frontières des droits, plus grandes sont les attentes qu'il suscite auprès des groupes minoritaires.En principe, cela ne poserait aucun problème si la société libérale pouvait d'elle-même et naturellement satisfaire ces attentes.Mais tel est rarement le cas.L'élargissement théorique de la sphère des droits rencontre souvent au sein de la société civile des résistances qui rendent l'application pratique des droits difficile, voire impossible.La question autochtone au Québec en est un exemple frappant.On dit officiellement reconnaître et apprécier la différence des nations autochtones, mais on ne veut pas nécessairement fournir les instruments qui, précisément, permettraient aux nations autochtones de vivre de manière pleine et entière leur différence.D'une part, l'État québécois prétend offrir aux peuples autochtones une plus large autonomie gouvernementale «sur des terres leur appartenant en propre», mais se refuse encore à élargir leurs assises territoriales ou encore à leur reconnaître la propriété absolue des réserves qu'ils occupent.De la même manière, l'État admet l'existence de droits particuliers aux Autochtones, mais dans la mesure seulement où ils s'inscrivent dans le respect des lois et du territoire du Québec, niant du coup le droit des Premières nations à l'auto-détermination.Tout cela témoigne en réalité de l'impasse du libéralisme : nous sommes tous pour la vertu tant et aussi longtemps que cela n'oblige pas au sacrifice personnel d'un mode de vie qui nous est cher, d'une position sociale ou économique qui nous avantage, ou d'une institution politique qui nous est coutumière.Il s'agit, à vrai dire, d'une impasse morale et éthique que le libéralisme moderne, dans sa facture actuelle, est incapable de régler.Il en est incapable en grande partie parce que le libéralisme actuel reste intimement lié au capitalisme de marché comme mode dominant d'organisation socio-économique de nos sociétés.Il est ainsi ancré dans un processus d'interaction sociale essentiellement fondé sur la compétition économique entre individus.La politics of recognition and difference, dont participe finalement la question autochtone, n'est pas simplement qu'une affaire de reconnaissance sociale, d'auto-détermination politique ou de dignité personnelle ; c'est aussi, dans le cadre du capitalisme, affaire de gratification, à'empowerment économique.Le contentieux territorial qui oppose les nations autochtones à l'État québécois en témoigne éloquemment.Sans pouvoir économique, sans les Partie prenante de la mouvance intellectuelle et politique sclérosée de l'Occident, le Québec est à mal de concevoir des modèles alternatifs de coexistence communautaire.ressources qui mènent au pouvoir économique, il n'y a pas de reconnaissance possible, il n'y a pas de différence qui puisse vraiment s'afficher ni se faire accepter.Or, le partage du pouvoir et des ressources économiques, c'est précisément le point sur lequel la société et l'État libéraux sont le plus intraitables.Et à ce chapitre, le Québec ne fait pas exception.LA PANNE D'IMAGINATION POLITIQUE Les Québécois se trouvent coincés dans un étau intellectuel inconfortable qui n'est pas sans con- 26 lift traintes politiques.En tant que minorité canadienne, ils sont engagés dans une lutte incessante pour leur affirmation identitaire et la prise en compte politique de leur spécificité.En tant que majorité au Québec, ils prêtent le flanc aux Pour le Québécois-victime, l'idée que sa démarche d'affirmation nationale le mette en position d'infliger à d'autres groupes un sort dont il cherche lui-même à se libérer est aberrante.ce sont, au contraire, tous ces autres, prétendus minoritaires, qui l'empêchent de réaliser ses projets d'émancipation par leur adhésion déraisonnable au Canada.accusations d'inflexibilité politique, de durcissement idéologique et de protectionnisme socio-économique, une critique que les Québécois reçoivent avec un sentiment criant d'injustice et effacent avec d'autant moins d'aisance que c'est encore à travers l'image de victime et de minoritaire que la mythologie nationale alimente leur psyché collective.Pour le Québécois-victime, l'idée que sa démarche d'affirmation nationale le mette en position d'infliger à d'autres groupes un sort dont il cherche lui-même à se libérer est aberrante.Ce sont, au contraire, tous ces autres, prétendus minoritaires, qui l'empêchent de réaliser ses projets d'émancipation par leur adhésion déraisonnable au Canada.Ainsi en est-il de l'Autochtone, si souvent présenté comme un pion du gouvernement fédéral, chargé de mettre un frein aux ambitions nationalitaires légitimes du Québec.Le Québécois serait donc plus victime, plus injustement traité que toutes ces autres minorités qui, elles-mêmes, se réclament, à l'inverse, d'une victimisation identitaire dont le projet national du Québec serait aujourd'hui responsable.Ce que la question autochtone démontre dans le cas du Québec, c'est que le défi qu'elle pose à la société québécoise est insoluble dans la mesure où l'on persiste à en chercher la solution à l'intérieur des paramètres du libéralisme actuel.Si les Québécois semblent perdre au change à la fois en tant que minoritaires et en tant que majoritaires, c'est bien parce que, à l'instar de toutes les autres sociétés occidentales confrontées à une dynamique d'affrontement identitaire et d'hétérogénéité sociétale, ils restent incapables d'imaginer des solutions qui se situent en dehors des schemes totalisants traditionnels.Partie prenante de la mouvance intellectuelle et politique sclérosée de l'Occident, le Québec est à mal de concevoir des modèles alternatifs de coexistence communautaire.Triste retour des choses pour un peuple qui lutte depuis si longtemps pour se sortir d'une configuration de rapports intercommunautaires qu'il trouve étouffante, mais qui, en dernier ressort, ne fait rien de mieux que d'en reproduire la logique.Certes, la résolution de la question autochtone selon des schémas novateurs de relations intercommunautaires qui placeraient Autochtones et Québécois dans un rapport franc, irrévocablement égalitaire, de nation à nation, pourrait conduire à l'altération de la québécitude, de la perception qu'ont d'eux-mêmes les Québécois et du substrat, réel et symbolique, sur lequel repose leur identité actuelle.Concrètement, cela pourrait se traduire par la cogestion de projets précis, et aller même jusqu'à l'abandon des prétentions territoriales et géopolitiques du Québec, voire la reconnaissance de l'autodétermination juridico-politique pleine et entière des nations autochtones qui en exprimeraient la volonté.Certains trouveront pareilles solutions extrêmes et désastreuses pour l'avenir iden- nous sommes tous pour la vertu tant et aussi longtemps que cela n'oblige pas au sacrifice personnel d'un mode de vie qui nous est cher.titaire et national du Québec.Elles ne le sont que si l'on reste accroché à une vision statique, figée dans le temps de ce qu'est et de ce que doit être le Québec.Il faut bien comprendre qu'elles constituent peut-être les seules options qui restent aux Québécois pour construire une société à la hauteur de leurs ambitions humanistes et de l'image de noblesse sociopolitique qu'ils prétendent projeter.C'est en se démarquant d'abord de manière incontestable de ce dont on dit vouloir s'affranchir que la souveraineté véritable doit s'afficher et se mériter.Ainsi seulement, pourra-t-elle, éventuellement, trouver le respect et l'acceptation des autres.¦ 27 DE LA MAJORITE Max Nemnj Dans Le Devoir du 7 mai 1996, Lucien Bouchard défendait le «droit absolu du peuple du Québec de décider de son avenir politique par voie de référendum.» Quant au seuil requis pour établir la victoire référendaire, il avait déjà affirmé, dans La Presse du 6 février 1996 que «la démocratie a toujours été dans le monde entier, la barre du 50 plus quelque chose.» Pour Bouchard donc, ainsi que pour la grande majorité des nationalistes québécois, la règle du 50%-t-l est une sorte de principe sacré que seuls quelques farfelus, à Érigée en absolu, la règle de la simple majorité conduit à des effets profondément pervers.la Guy Bertrand, ont l'audace de critiquer.Deux questions se posent alors : la règle du 50% + 1 est-elle réellement l'essence même de la démocratie ?Et si tel est le cas, y a-t-il des limites à son application ?Depuis le recours judiciaire de Me Bertrand, les débats font rage sur le «vrai» sens de la «démocratie».Or ce débat ne date certainement pas d'hier.Née au V' siècle av.J.C., la «démocratie» voulait dire la participation directe des citoyens aux assemblées législatives.Mais depuis Périclès, chef du premier parti «démocrate» de notre civilisation, cette notion, ainsi que les réalités qu'elle englobe, ont connu des destins multiples.Oubliée pendant près de deux mille ans, soit jusqu'à la fin du XVII' siècle, la démocratie a revu le jour, cette fois Max Nemni est professeur de science politique à l'Université Laval.sous forme de démocratie indirecte, d'abord en Angleterre et, un siècle plus tard, en France.Par ailleurs, au problème de savoir s'il s'agit d'un gouvernement du, par ou pour le «peuple», s'ajoute, sur le plan institutionnel, une complexification croissante des conditions d'exercice de cette démocratie.C'est ainsi qu'aujourd'hui, au lieu de renvoyer à l'idée de gouvernement direct par le peuple, comme c'était le cas dans la Grèce Antique, la démocratie renvoie plutôt à d'autres notions telles Les sociétés dans lesquelles règne un mariage plus ou moins harmonieux entre sécurité, liberté et prospérité ne sont pas des démocraties «absolues», mais des démocraties libérales.que: des élections libres et périodiques, le multi-partisme, l'égalité des citoyens devant la loi, des institutions représentatives, la pro- tection de libertés dites «fondamentales» et la délimitation du pouvoir des gouvernements.Ainsi, c'est par un raisonnement simpliste et démagogique que l'on réduit la démocratie à un seul des mécanismes possibles de son exercice.Commençons par une évidence : la règle de la majorité simple, soit 50 % + 1, constitue effectivement un des mécanismes courants de l'exercice de la démocratie.Mais, contrairement à ce qu'affirme Lucien Bouchard, ce principe, s'il est érigé en «absolu», peut aller à l'encontre de l'esprit démocratique.C'est en son nom et sans «Primauté du droit» ne mène pas au «gouvernement des juges», comme les détracteurs de me bertrand le prétendent, mais à la protection des citoyens contre les excès des gouvernements.contrevenir à la loi que peut se manifester ce que Tocqueville nommait «la tyrannie de la majorité».En effet, érigée en absolu, la règle de la simple majorité conduit à des effets profondément pervers.Ainsi, sur le plan politique, elle tend à la concentration de tous les pouvoirs dans le pouvoir législatif et, par ricochet, dans les mains du parti au pouvoir, quand ce n'est pas dans les mains du dirigeant de ce parti et de ses conseillers immédiats.Sur le plan juridique, fort de sa majorité, le parti au pouvoir pourrait, par exemple, criminaliser des comportements sexuels qu'il jugerait offensant ou interdire des pratiques religieuses qui lui déplairaient.Il pourrait, à son gré, limiter la liberté d'expression ou permettre même la torture.Cette «démocratie» conduirait donc à l'asservissement des citoyens aux volontés changeantes des majorités populaires.Elle pourrait également conduire au dénigrement de l'état de droit, comme le montre l'attitude du gouvernement du Québec dans le cas de Me Bertrand.Ainsi, un système politique basé sur le majoritarisme, ou le «50% plus quelque chose», pour employer les mots de Bouchard, aurait au moins trois effets pervers: 1) les minorités et les individus seraient mal protégés; 2) les gouvernants jouiraient d'un pouvoir excessif et 3) l'état de droit serait en péril.Pour pallier aux excès de cette «démocratie», il faut se tourner vers la pensée libérale.D'ailleurs, les sociétés dans lesquelles règne un mariage plus ou moins harmonieux entre sécurité, liberté et prospérité ne sont pas des démocraties «absolues», mais des démocraties libérales.Pourquoi se tourner vers la pensée libérale ?Parce que celle-ci allie au principe démocratique fondamental d'un gouvernement responsable l'idée de la primauté de la personne.En effet, le libéralisme a Deux questions se posent alors : la règle du 50%+1 est-elle réellement l'essence même de la démocratie ?Et si tel est le cas, y a-t-il des limites à son application ?comme fondement principal l'idée que seule la personne humaine est un être moral doté de raison et qui peut donc assumer la responsabilité de ses faits et gestes.Seul l'être humain peut souffrir ou être blessé dans sa dignité.Il a donc des droits «fondamentaux», tel celui d'exiger de ses gouvernants d'être traité Dans leurs plans, les séparatistes rejettent la «tyrannie de la majorité» que représente la démocratie absolue du 50°/o+l et fondent le nouveau régime, comme dans le canada d'aujourd'hui, sur: 1) le constitutionnalisme, 2) la primauté du droit, et 3) la primauté de la personne.avec respect et dignité.Rejetant donc le concept de pouvoir «absolu» pour tout gouvernement, quelle que soit sa majorité, le libéralisme ajoute à l'idée de gouvernement «responsable» celle de gouvernement «limité».Au moins depuis la Magna Carta, en 1212, on reconnaît que tout citoyen possède des droits fondamentaux qu'aucun gouvernement ne peut, au gré des majorités changeantes, remettre en question.Dans les démocraties libérales, pour éviter justement que les gouvernements ne puissent les modifier facilement, ces droits sont souvent proclamés dans des chartes de droits qui sont elles-mêmes généralement enchâssées dans une constitution.C'est ainsi que la primauté de la personne mène au deuxième principe du libéralisme : la primauté du droit.C'est par un raisonnement simpliste et démagogique que l'on réduit la démocratie à un seul des mécanismes possibles de son exercice.Dans une société libérale, les droits fondamentaux de la personne imposent des limites au pouvoir des gouvernants.Les règles considérées comme justes et appliquées avec équité constituent les assises essentielles au maintien de l'ordre et de la sécurité dans la cité.Mais ces règles ne protégeant pas nécessairement la liberté individuelle, seul un système axé sur le traitement égal de tout citoyen devant la loi peut garantir la liberté de chacun.Dans une démocratie libérale, aucun individu, aucun groupe, aucun gouvernement n'est au-dessus de la loi.Ainsi, «primauté du droit» ne mène pas au «gouvernement des juges», comme les détracteurs de Me Bertrand le prétendent, mais à la protection des citoyens contre les excès des gouvernements.«Primauté de droit» ne veut pas dire, non plus, que toutes les lois se valent.En fait, la hiérarchisation des lois, autrement dit le «consti-tutionnalisme», est un autre principe fondamental des démocraties libérales.La constitution, qu'elle soit écrite, comme dans la plupart des pays, ou «coutumière» comme elle l'est en Angleterre, fournit un cadre légal énonçant les grands principes qui définissent et limitent les pouvoirs des gouvernements.Toute démocratie libérale, en fait tout système politique civilisé, impose des limites au pouvoir des gouvernements, y compris à leurs pouvoirs législatifs.Que ces lois consti-tutionnelles ne soient pas modifiables par le simple jeu de la majorité est propre à leur nature et à leur fonction.C'est ainsi qu'elles protègent tous les citoyens contre leurs gouvernements et qu'elles les rendent réellement «souverains».Si les citoyens acceptaient la règle du 50% + 1, ils se départiraient de leur «souveraineté» et de leurs droits fondamentaux au profit du gouvernement.Là se situe, en définitive, l'enjeu fondamental de l'affaire Bertrand.Celui-ci défend, en fait, notre «souveraineté» ainsi que nos droits en tant que «citoyens canadiens».Il ne s'agit donc pas de deux conceptions différentes de la démo- 29 cratie, celle de Bouchard et celle de Bertrand ou du gouvernement fédéral, mais de la perte de nos droits actuels, de notre souveraineté actuelle en tant que citoyens canadiens, en attendant les droits et la souveraineté hypothétiques que nous donnerait un pays à venir.Et ce nouveau pays, sera-t-il basé sur la démocratie absolue du 50% + 1 ?Pour le savoir, il suffit de lire le Projet de loi sur l'avenir du Québec qui fut l'objet du référendum du 30 octobre 1995.Les péquistes et les nationalistes savent très bien qu'un régime politique décent ne peut être basé sur la règle du 50% +1.C'est pourquoi, dans ce projet de loi sur le référendum, le régime politique prévu pour le nouvel État n'est nullement basé sur cette règle.Au contraire, il accorde une place Que ces lois constitutionnelles ne soient pas modifiables par le simple jeu de la majorité est propre à leur nature et à leur fonction.importante aux trois principes fondamentaux des démocraties libérales.Par exemple, l'article 6 du projet affirme la nécessité d'élaborer une nouvelle constitution.L'article 8 spécifie que «la nouvelle constitution affirmera la primauté de la règle de droit et comportera une charte des droits et des libertés de la personne».En d'autres termes, dans leurs plans, les séparatistes rejettent la «tyrannie de la majorité» que représente la démocratie absolue du 50% + 1 et fondent le nouveau régime, comme dans le Canada d'aujourd'hui, sur: 1) le constitu-tionnalisme, 2) la primauté du droit, et 3) la primauté de la personne.Le pays dont rêvent les séparatistes sera, disent-ils, bâti sur le modèle de la démocratie libérale.Alors à quoi sert le principe «absolument démocratique» du «50% plus quelque chose» reconnu, selon Bouchard, dans le monde entier?Eh bien, il n'est bon qu'à détruire le Canada.¦ Alors, aiclez-nous Comme vous le savez, Cité libre ne survit que par le travail de bénévoles.Nous devons compter sur vous pour nous aider à produire une revue de qualité.Veuillez donc respecter les directives suivantes : 1.Vous pouvez écrire sur le sujet de votre choix ou contribuer au dossier spécial de chaque numéro.2.Afin de faciliter le processus d'évaluation, envoyez-nous trois exemplaires imprimés de votre texte (à 1,5 interligne) ainsi qu'une disquette en WordPerfect 5.1 ou en format compatible.Identifiez le logiciel utilisé.3.Envoyez-nous des textes courts, de cinq à huit pages à 1,5 interligne (1 500 à 3 000 mots).Intégrez, autant que possible, les références dans le texte.Évitez d'en avoir plus de quatre ou cinq en fin de document.N'oubliez pas que Cité libre n'est pas une revue à prétention scientifique, mais une revue d'opinion, d'idées et de combat.Elle s'adresse à un public bien informé mais qui n'est pas nécessairement spécialisé dans tous les sujets.4.Incluez une brève identification personnelle (deux ou trois lignes) et une photo.5.Il est essentiel que vous relisiez — ou que vous fassiez relire — attentivement votre texte pour éliminer au maximum les maladresses de style, les répétitions et les coquilles.La rédaction se réserve le droit de raccourcir votre texte et d'effectuer des changements d'ordre stylistique.6.Respectez les dates de tombée : Numéro de novembre-décembre : le 27 septembre 1996 Numéro de janvier-février: le 22 novembre 1996 7.Envoyez le tout à notre secrétaire d'administra à l'adresse suivante : lean-Paul Murray 4-10, rue de l'Epervier Hull, (Québec ) )9A 2A3 Au plaisir de vous lire ! L'équipe reconnaissante ss INTE PENSÉE UNI DEM Marc Aincjeinot Un bref article publié par Marc Angenot dans le Devoir du 13 juin dernier a déclenché une polémique qui s'est prolongée tout l'été.Si le compte est juste, pas moins de quatorze répliques ont été publiées par le quotidien de la rue Bleury: sept articles dans la page «Idées», quatre lettres de lecteurs, et trois encore après le 19 juillet.Nul ne peut dire que ce soit fini.L'auteur a demandé et obtenu un droit de réplique paru dans le numéro du 7 9 juillet, page A-9.C'est ce texte, suffisamment explicite, pensons-nous, que nous republions ici.J'ai envoyé un article, «50% plus une — Démocratie à la québécoise», à quelques journaux.La Presse l'a expressément refusé.Le silence des espaces infinis a répondu à mes télécopies au Soleil.Le Devoir l'a laissé paraître.C'était prévisible : Le Devoir ne déteste pas la polémique.Après m'avoir demandé de couper un tiers de mon texte, Le Devoir a publié au cours des semaines qui ont suivi onze répliques successives— quatre «lettres de lecteurs» et sept articles, la plupart sensiblement plus longs que mon propre papier.Deux seulement (le texte signé par Michel Verdon dans le numéro des 6-7 juillet et l'article d'Yvon Grenier, le 1 2) ne me trouvaient pas dans l'erreur absolue (quoique M.Verdon me semble chèvrechouter) et se montraient critiques à l'égard de certains reproches fallacieux qui m'étaient assenés.On me répondra que la quasi-unanimité de répliques hostiles et coléreuses reflète simplement l'opinion intellectuelle prédominante au Québec.Si c'est vrai, mon papier vient de recevoir une Marc Angenot est professeur de lettres à l'Université McGill et membre fondateur du Centre interuniversitaire d'analyse du discours et de sociocritique des textes (Montréal).Il vient d'obtenir le Prix des sciences humaines 1996 (ACFAS) pour l'ensemble de son œuvre scientifique, et le Prix de l'essai 1996 (décerné par Spirale) pour son livre Les idéologies du ressentiment (Montréal : XYZ Éditeur, 1996).Il publiera en octobre de cette année aux éditions Balzac à Montréal, une étude d'histoire des idées, La propagande socialiste : six essais d'analyse du discours.confirmation douloureuse mais décisive.C'est une expérience intéressante que de voir alors une classe intellectuelle entière incapable d'inventer un seul argument qui porte sur l'objet du litige et de contredire le texte visé sans en trahir la teneur.L'intellectuel nationaliste ne débat, si je puis m'exprimer ainsi, que par procès d'intention, inferences abusives, amalgames, et surtout par exor-cismes — Vade retro Satanas ! Ce style exorcistique doit être le relent d'un lointain passé clérical.J'ai en effet publié un texte de quatre cents mots, ma seule intervention dans la presse en trente années de vie active ; aussitôt on vous titre en gras (27 juin) pour dénoncer la Croisade que j'aurais entreprise.Croisade, Nuit des longs couteaux, Le Canada est une prison.: constamment chez les nationalistes le pathos, l'abus de langage au lieu de la réflexion ! Le Devoir m'a rendu un grand service, la polémique qui vient de se développer sur (ou du moins à partir de) mon texte confirme, si besoin est, le caractère pesant, effrayant pour la liberté de l'esprit, de cette Pensée unique, remâchant depuis trente ans les mêmes approximations, les mêmes formules toutes faites et demi-vérités, qui tient lieu de pensée et de doctrine dans le monde nationaliste.Mon papier n'était pas un plaidoyer pour le «fédéral» — sauf pour ceux, hélas nombreux, qui pensent que toute allusion aux règles démocratiques et aux droits est un fâcheux symptôme de fédéralisme.Si L'intellectuel nationaliste ne débat, si ]e puis m'exprimer ainsi, que par procès d'intention, inferences abusives, amalgames, et surtout par exorcismes — Vade retro Satanas ! curieux que cela paraisse dans la polarisation des esprits, mon article est l'expression d'une inquiétude pour la démocratie et le respect des droits au Québec et d'une inquiétude pour ce qui subsiste d'harmonie sociale parmi nous après l'appui donné il y a six mois 51 Ill* ik7 par la «moitié moins une voix» du suffrage universel au projet aven-turiste, politiquement dangereux et civiquement injustifiable des Parizeau/Bouchard/Dumont.Avant de faire peur au monde avec les partitionnistes, dites donc un peu qui a tout fait pour diviser cette société ?(Cinquante pour cent moins une et, assure-t-on, soixante pour cent des Québécois — souche — mais ce chiffre est faussé et gonflé, je mets quiconque au défi de le démontrer prouvé).J'avais à dire aussi, essentiellement, que les intellectuels au Québec se sont mis exclusivement au service du «temporel» dans ce qu'il a de tactique et de contingent, trahissant ainsi leur «devoir d'état»— et qu'advenant un Québec indépendant, dont la constitution prévoira une procédure compliquée autour d'une majorité des deux tiers pour amender les règles fondamentales, ils me diront cette fois, faisant chorus avec le Bouchard d'alors, «la démocratie, c'est la majorité qualifiée et la primauté du droit, tout le monde sait cela, d'où sortez vous, mon pauvre ami?etc.» je dénonce des intellectuels en majorité au service inconditionnel d'un parti, d'une faction, sans recul, sans principe autre que la connivence ethnique.Et j'en vois aussi d'autres se censurant, gardant publiquement un silence prudent tout en sachant et en murmurant, mais en toute confidence, que le nationalisme, tel qu'il est devenu, nous entraîne à la catastrophe.J'attends de rencontrer un seul intellectuel, un seul professionnel ou universitaire (c'est le genre de milieu que je fréquente) ayant voté Oui, qui me dise qu'il ou elle voulait véritablement ce qu'un hasard historique aurait pu procurer il y a quelques mois: cinquante pour cent des voix plus une, le gouvernement Parizeau, poussé par son parti, fonçant coûte que coûte vers la déclaration unilatérale d'indépendance, des négociations mort-nées avec le reste du pays, des recours judiciaires illégitimant le processus, enfin une crise sociale et économique majeure.La suite je ne la sais pas — ni vous non plus, chers amis — mais ce qui précède, ce n'est aucunement de la prophétie, vous le savez bien, c'était certain et c'était couru.Et que vous, intellectuels nationalistes, aviez par jobardise et par aveuglement, renoncé au droit de crier « casse-cou » si toute cette affaire avait tourné à la catastrophe n'est pas moins certain .Ah oui ! Je n'ai rien compris, comme me le fait savoir André Turmel : on ne songe pas à ces misérables contingences quand il C'est une expérience intéressante que de voir alors une classe intellectuelle entière incapable d'inventer un seul argument qui porte sur l objet du litige et de contredire le texte visé sans en trahir la teneur.s'agit de venger les Plaines d'Abraham ! Cet homme et ses congénères, à défaut de bon sens et de sens civique, n'ont donc dans ce pays ni enfants, ni fonds de pension ?Vous voyez, c'est ici que vous avez un problème avec les allophones comme moi, avec les néo, avec les immigrants : ce genre d'argument leur est difficile à comprendre.Les non-nationalistes, natifs ou immigrants, tendent à regarder le monde présent avec ses coexistences difficiles, et à penser vers l'avenir et non tournés vers le passé.Réciproquement, il vous est malaisé de comprendre que le pathos que vous nous servez depuis quinze ans sur de prétendus droits collectifs destinés à prendre le pas sur ce qu'ailleurs dans les démocraties, on appelle des droits de citoyens égaux, des Mon papier n'était pas un plaidoyer pour le «fédéral» — sauf pour ceux, hélas nombreux, qui pensent que toute allusion aux règles démocratiques et aux droits est un fâcheux symptôme de fédéralisme.droits tout court, que ce pathos ne vous attire guère d'appui ni de sympathie.Après ceci vous venez me demander sur un ton de procureur et avec la sorte de logique bizarre dont je parlais plus haut: «en parlant du courage de ce Guy Bertrand, ne soutenez-vous pas la partition ?Quel est votre position à ce sujet?» Mais qui donc est parti-tionniste, mon ami ?Qui, sinon M.Parizeau et ses affidés, avec leur referendum qui n'a même pas pu se dérouler en territoire cri, avec une légitimité douteuse quant aux territoires acquis par le Québec en 1898 et 1912 (un prétendu «peuple colonisé» va-t-il quitter la Confédération en emportant avec lui son empire colonial?), avec un Non très majoritaire à Montréal et dans d'autres régions, avec, au minimum, une période de désobéissance civile garantie de la part, notamment mais non exclusivement, des anglophones et des minorités?Avant de faire peur au monde avec les partitionnistes, dites donc un peu qui a tout fait pour diviser cette société?C'est les intellectuels nationalistes, à défaut de bon sens et de sens civique, n'ont donc dans ce pays ni enfants, ni fonds de pension ?vous, et c'est vraiment l'histoire du filou qui crie «Au voleur!» J'ai parlé en bien de Guy Bertrand.Vous me dites que ce Guy Bertrand a retourné sa veste, qu'il est ambitieux, intéressé.C'est bien en J2 de tels arguments que je vois briller l'aveugle foi péquiste car vous devez bien songer que, mon point de vue sur le monde étant différent du vôtre, ces caractères, je tendrais d'abord, éminemment, à les appliquer à Lucien Bouchard, renégat de la haute fonction fédérale et du parti conservateur, et opportuniste dont la foi péquiste vous réserve de jolies surprises — maintenant que vous devez commencer à être fixés sur la profondeur de sa foi social-démocrate .Que Guy Bertrand ait changé de bord et défroqué, ayant reconnu la fausseté du dogme, ne fait même pas l'objet d'un débat, lui qui admet avoir proposé il y a quinze ans à René Lévesque de procéder à une déclaration unilatérale d'indépendance et s'être fait répondre par cet homme de bien cette phrase historique : «Ce serait antidémocratique!» C'est un de mes contradicteurs qui me rappelle cet épisode en croyant me terrasser, — sa foi du charbonnier n'allant pas jusqu'à subodorer que je vais appliquer aussitôt ce reproche posthume de René Lévesque à.Parizeau et Bouchard eux-mêmes ! Ah ! Mais vous suggérez autre chose, reprenant les niaiseries des petits journaux: que Bertrand, s'il n'est pas intéressé, est un exalté, un fou ! Ceci doit être vrai : prétendre que le Québec n'est pas une «colonie» (sauf selon l'évangile de la S.S.j.B.), ni un «territoire occupé», qu'il n'est pas entré de force dans la Confédération en 1867, que les experts interrogés par Bélanger-Campeau ont conclu que le droit à l'autodétermination est sans le moindre rapport avec un droit ubuesque pour un État membre d'une confédération à la quitter unilatéralement, sans respect des formes juridiques et des droits acquis, avec une mince majorité, sur une question truquée, et avec un Non massif sur une grande partie de son territoire, prétendre tout ceci en dit long sur l'état mental du malheureux! Un dernier point: ne parlez pas à tort et à travers de judiciarisation de la société, cela fait informé, mais c'est à côté de la plaque.Où ai-je suggéré que nos problèmes politiques, qui sont largement des problèmes créés par la fuite en avant du PQ sous Parizeau, sont susceptibles d'une solution juridique?Guy Bertrand est juriste, il fait son métier et réalise sa vocation.Qui, s'il vous plaît, a le droit de voir l'angle juridique d'une situation sinon un juriste?Mais il me semble réagir, et je réagis de mon côté, face à un fait qui n'est pas du tout juridique, mais concrètement sociologique, face au mépris du minimum vital juridique ici, dans une société déstabilisée, où le pouvoir assure qu'il nous imposera autant de référendums qu'il faudra — un troisième, un quatrième s'il le faut — jusqu'à la ruine économique, méprisant les résultats, démocratiques, des deux premiers, et ce, jusqu'au jour où, de guerre lasse, une mince majorité ôtera, au mépris du droit, ses droits Les non-nationalistes, natifs ou immigrants, tendent à regarder le monde présent avec ses coexistences difficiles, et à penser vers l'avenir et non tournés vers le passé.garantis par la Constitution et la Charte à ce qui sera devenu la minorité.C'est face à cette situation fanatique, évidemment porteuse de violence, que je vois la cause Bertrand susceptible de tempérer les aveuglements volontaires et de ramener quelques-uns, moins aveuglés, à des principes qui me paraissent inséparables de la social-démocratie.¦ Je dénonce des intellectuels en majorité au service inconditionnel d un parti, d'une faction, sans recul, sans principe autre que la connivence ethnique.DEUX VISIONS DU CANADA Pour La TRoisiÈME année consecunve, Ie CanacJa est cLassé premier (Jans Ie rapport annueI cjes NatîonS'UnIes SUR Ie dÉVElOppEMENT HUMAIN.The Gazette, 15 juillet 1996 « [Le CanacJa est] un pAys Qui a ÉpuisÉ TOUTES lES fAÇONS (Je SE REpENSER dEpuis TRENTE ANS.Lise Bissonnette, Le Devoir, 21 août 1996 Ill* *2 N N NDRE ENS UVERNEM JeaN'Pjerre Derrieinnjc Quand, ailleurs dans le monde, un homme s'oppose à un gouvernement pour défendre des droits ou faire respecter des lois, nos médias d'information en font un héros.Mais, quand cela arrive dans notre pays, les éditorialistes et les caricaturistes volent presque tous au secours du pauvre gouvernement menacé.je ne suis pas sûr que Guy Bertrand gagnera son procès.Il le perdra si le juge accepte l'argument avec lequel le gouvernement du Québec plaide l'irrecevabilité: un particulier ne peut pas contester en justice une loi qui n'a pas encore été adoptée.Mais, si le jugement est rendu sur le fond, il donnera probablement raison, pour l'essentiel, à l'avocat contestataire.De toute façon, celui-ci aura soulevé des questions fondamentales et obligé les gouvernements à regarder en face des problèmes qu'ils devront affronter quand aura lieu une nouvelle tentative de sécession.La question principale n'est pas de savoir si la décision de l'indépendance appartiendra au peuple ou Les républiques de l'URSS sont devenues indépendantes en 1991, non par sécession mais par autodestruction de l'Etat central.aux juges.Elle est de savoir selon quelle procédure sera prise la décision du peuple.Cette procédure sera-t-elle choisie par le gouverne- Jean-Pierre Derriennic est professeur de science politique à l'Université Laval.ment péquiste seul, et sans cesse modifiée par calcul tactique comme entre l'été 1994 et l'automne 1995 ?Ou sera-t-elle déterminée par un accord entre les gouvernements, sous la surveillance des citoyens appuyés au besoin par les tribunaux ?Si un des prix à payer pour l'indépendance doit être la suspension temporaire de l'État de droit, il serait bon de le savoir à l'avance.Il est absurde de prétendre que le choix de la procédure par laquelle le Québec deviendrait indépendant appartient exclusivement à son gouvernement.L'indépendance signifierait l'abolition au Québec des compétences du gouvernement fédéral; il est impossible de soutenir sérieusement que cela ne le regarde pas.Dans une fédération, l'abolition d'un des deux niveaux de gouvernement ne peut pas être la compétence exclusive de l'autre niveau de gouvernement.La dernière trouvaille des nationalistes est de comparer ce que pourrait être la position canadienne sur la sécession à ce qu'était la position soviétique sur le même sujet.Cette analogie n'est pas très bonne.Pendant longtemps, l'URSS a eu une constitution qui proclamait des droits d'autant plus généreux que ses dirigeants savaient qu'ils n'auraient jamais à les respecter.En théorie, les républiques pouvaient devenir indépendantes; en pratique, la balle dans la nuque ou l'hôpital psychiatrique étaient les procédures appliquées aux séparatistes.Sous Gorbatchev, on renonça à ces méthodes et on tenta de définir une procédure de sécession.On a pu croire un moment que la loi soviétique allait devenir, sur ce point, la plus libérale du monde et codifier un droit qui n'est reconnu dans presque aucun autre État.L'illusion a été de courte La question principale n'est pas de savoir si la décision de l'indépendance appartiendra au peuple ou aux juges.Elle est de savoir selon quelle procédure sera prise la décision du peuple.durée: les républiques de l'URSS sont devenues indépendantes en 1991, non par sécession mais par autodestruction de l'État central.Nous devrions plutôt regarder quelles sont, dans les autres démocraties, les procédures de sécession.Dans la constitution de Saint Christopher et Nevis elle doit être autorisée par un référendum à la majorité des deux tiers.Ailleurs, la sécession est interdite ou n'est pas prévue par la loi.Cela ne montre pas qu'elle est un droit évident qui existe sans avoir besoin d'être codifié, comme le prétendent certains en dépit du bon sens.Cela montre que, dans une démocratie, la sécession est une opération difficile et dangereuse qu'il vaut mieux exclure du champ des possibles, j'ai expliqué dans un petit livre HIS *2 publié l'an dernier (Nationalisme et démocratie, Boréal, 1995) les raisons de cette difficulté de la sécession dans tout État démocratique, y compris le Canada.Quelle serait la procédure appliquée par les États-Unis à une tentative de sécession du Texas?Très probablement, la Cour suprême pour l'interdire et le FBI pour l'empêcher.Quand aura lieu en Corse le référendum d'indépendance?Probablement jamais; et, s'il a lieu, il sera organisé dans les moindres détails par le gouvernement français, comme le furent déjà les référendums d'indépendance de l'Algérie, qui ont été tenus en Algérie et en France.J'attends avec impatience le moment où les péquistes nous expliqueront que les États-Unis et la France sont des prisons, ou que les Corses ne sont pas un peuple.Même si 80 % des Québécois voulaient l'indépendance et si 80 % des Canadiens l'acceptaient, il faudrait encore procéder de manière lécale.Sinon, les adversaires de la sécession pourraient l entraver en s'appuyant sur les lois.La vérité est que la politique canadienne envers les indépendantistes québécois est la plus tolérante qui existe dans le monde; ce dont je me réjouis.Selon les normes appliquées aux mouvements séparatistes dans les pays les plus démocratiques, le gouvernement fédéral a non seulement le droit mais le devoir d'intervenir dans la détermination de la procédure de sécession du Québec.Avoir hésité à le faire dans le passé ne le libère pas de ses obligations à cet égard.En 1980, la démarche péquiste ne posait pas de problème de légalité, puisque le référendum était clairement consultatif, donc conforme à la constitution et à la loi québécoise.Il devait amorcer la négociation d'une «entente» entre le Québec et le Canada, qui «permettrait» la souveraineté et serait soumise à un second référendum.Cette procédure protégeait assez bien les droits de tous, puisqu'elle était fondée sur le principe de la séparation par consentement mutuel, et puisque les citoyens gardaient le droit de voter ultérieurement sur un accord détaillé de sécession.L'entente prévue entre les gouvernements aurait eu des problèmes de légalité à régler.Ceux-ci ne se posaient pas en 1980.Le cafouillage légal commence en décembre 1994, quand le gouvernement péquiste décide d'organiser, en vertu d'une loi québécoise qui prévoit des référendums consultatifs, un référendum décisif par lequel les citoyens donneraient à l'avance leur consentement à une séparation aux modalités encore inconnues et à une constitution encore non rédigée.Sur ce chèque en blanc, on a ensuite ajouté un projet de «partenariat», et on en a retiré la future constitution.Après le premier recours judiciaire de Bertrand, on a inversé l'ordre entre référendum et vote parlementaire sur la souveraineté, afin de rendre moins flagrante l'illégalité de l'entreprise.Le gouvernement fédéral aurait sûrement dû s'en préoccuper plus tôt; à Ottawa, c'est souvent le castor bricoleur qui est en charge.Pourtant, à la Chambre des communes en septembre, le Premier ministre a dit clairement que le référendum ne pouvait être que consultatif et que son résultat ne s'imposerait donc pas automatiquement aux gouvernements.Cela aurait dû être dit plus tôt, plus souvent et plus fort.De toute façon, ce ne sont pas les droits des gouvernements qui sont en cause ici, mais nos droits à tous.S'ils ont été mal défendus dans le passé par nos élus fédéraux, ils n'ont pas été abolis pour autant.La démarche judiciaire de Bertrand peut con- quand, ailleurs dans le monde, un homme s'oppose à un gouvernement pour défendre des droits ou faire respecter des lois, nos médias d'information en font un héros.Mais, quand cela arrive dans notre pays, les éditorialistes et les caricaturistes volent presque tous au secours du pauvre gouvernement menacé.tribuer à obliger les gouvernants à agir à l'avenir d'une manière moins irresponsable que l'an dernier, en s'entendant sur une procédure acceptable par tous ou presque tous.Pour nous persuader de la nécessité d'une telle procédure, imaginons le gâchis où nous serions présentement si le Oui l'avait emporté de justesse le 30 octobre : les contestations sur la régularité du vote, l'annulation judiciaire de la Loi sur l'avenir du Québec, et le mouvement partitionniste avec le vent en poupe.Dans une démocratie, les lois servent à gérer les conflits en évitant ce type de situation.Elles permettent à ceux qui ont des buts opposés de s'entendre sur des procédures.Des règles fixées unilatéralement par un parti ne peuvent remplir cette fonction.Cela montre que, dans une démocratie, la sécession est une opération difficile et dangereuse qu'il vaut mieux exclure du champ des possibles.Même si 80 % des Québécois voulaient l'indépendance et si 80% des Canadiens l'acceptaient, il faudrait encore procéder de manière légale.Sinon, les adversaires de la sécession pourraient l'entraver en s'appuyant sur les lois.Et ce serait leur droit le plus strict : les lois sont faites pour protéger les individus et 55 les minorités.Si la loi est mal faite et empêche d'atteindre un but tenu pour légitime, il faut la changer et non la violer.Être la La position des partitionnistes est donc au moins aussi légitime que celle des indépendantistes, il faut répondre aux uns et aux autres qu'ils ont le droit de demander ce qu'ils veulent, mais ne peuvent l'obtenir que dans le respect des lois.majorité donne souvent la possibilité de changer les lois, mais ne donne pas le droit d'agir en dehors d'elles.«Le chef, s'il a la confiance du peuple, est au-dessus des lois» n'est pas le principe de la démocratie, mais celui du bonapartisme.Les nationalistes traitent la loi québécoise avec autant de désinvolture que la constitution.Certains d'entre eux tiennent pour futile la distinction entre référendums consultatifs et décisifs.Ils pensent qu'il est «normal» que la volonté d'une majorité exprimée par référendum s'impose à tous.S'ils ont raison, il faut modifier la loi québécoise pour instituer des référendums décisifs.Ainsi personne ne pourra dire, après coup, qu'il a été trompé.Il n'est pas «démocratique» de tenir un référendum en vertu d'une loi disant que celui-ci est consultatif et de prétendre ensuite qu'il était décisif.C'est pourtant ce qu'on a essayé de faire l'an dernier, sous le signe du homard.Sur la constitution, les arguments du gouvernement péquiste sont inconséquents et imprudents.Le 15 mai, ses avocats contre Bertrand ont plaidé que la constitution est invalide du fait de l'inexécution de son article 55, qui prévoit l'adoption formelle de la traduction française des textes constitutionnels antérieurs à 1982.Il est ridicule qu'après 14 ans cette obligation n'ait pas été remplie; encore une prouesse du castor bricoleur.Mais il n'est pas sérieux de prétendre que l'inexécution d'un seul article suffit pour invalider toute la constitution.Jusqu'à présent la thèse constitutionnelle des péquistes semblait être celle-ci : la constitution de 1867 est peu satisfaisante et doit être changée ou abolie; mais elle est valide : elle a institué l'Assemblée nationale (qui ne «préexistait» pas à la constitution comme le croient certains) et elle a défini le partage des pouvoirs sans cesse invoqué contre les «empiétements» d'Ottawa; c'est la constitution de 1982 qui est invalide à cause de la façon dont elle a été adoptée.Le coup de théâtre judiciaire du 15 mai renverse cette argumentation: c'est maintenant l'article 55 de 1982 qui doit avoir force légale pour que son inexécution puisse invalider la constitution de 1867.Il n'est pas rassurant d'avoir des gouvernants qui se croient libres de toute obligation de cohérence.Et cela pourrait avoir des conséquences graves.Certains de nos concitoyens demandent qu'en cas de sécession les frontières du Québec soient modifiées avant l'indépendance afin qu'ils puissent rester au Canada.Il n'y a rien, la vérité est que la politique canadienne envers les indépendantistes québécois est la plus tolérante qui existe dans le monde .dans les principes de la démocratie, qui interdise de modifier les frontières internes d'une fédération.Celles-ci sont moins difficiles à changer que des frontières internationales et les cas de modification légale des frontières entre des États fédérés sont plus nombreux que les cas de sécession pacifique.Au plan des principes, la position des partitionnistes est donc au moins aussi légitime que celle des indépendantistes.Il faut répondre aux uns et aux autres qu'ils ont le droit de demander ce qu'ils veulent, mais ne peuvent l'obtenir que dans le respect des lois.L'article 43 de la constitution prévoit la possibilité de modifier les frontières interprovinciales et y met une condition sage: le consentement des assemblées législatives des provinces concernées.Il ne sert les nationalistes traitent la loi québécoise avec autant de désinvolture que la constitution.à rien d'opposer aux partitionnistes des discours grandiloquents sur «la démocratie» ou «les frontières sacrées» du Québec.Mais on peut leur opposer l'article 43, qui est la seule garantie légale des frontières du Québec.En déclarant invalide la constitution, le gouvernement péquiste travaille à détruire cette garantie.Il faut éviter deux confusions soigneusement entretenues par les nationalistes.La démocratie n'est pas l'arbitraire de la majorité, mais le gouvernement par des lois qui ont le consentement des gouvernés; ce consentement est souvent donné par des votes à la majorité et parfois donné autrement; mais, en dehors des lois, il n'y a pas de démocratie.Le droit à l'autodétermination est universel, mais le droit de sécession, qui en est une modalité particulière, ne l'est pas; l'autodétermination, comme tous les autres droits, s'exerce selon des lois.Pour se placer au-dessus des lois et intimider leurs adversaires, certains brandissent comme des matraques «la démocratie» et «le droit à l'autodétermination».Ils trahissent l'une et dénaturent l'autre.¦ Ce texte est une version non abrégée de l'article paru dans la Presse du 14 juin 1996. COMMENT LA NOTION DE PEUPLE DIVISE IVIA TRIBU Monique Nemnj L'ignorance est une bénédiction.Ça, je le croyais un peu, mais maintenant, j'en suis convaincue, parce que depuis que je sais que je fais partie du «peuple» québécois, ma consommation d'aspirines est montée en flèche.Vous direz que je fais montre d'ingratitude, qu'au lieu de souffrir de maux de tête, j'aurais dû plutôt être reconnaissante que ceux qui sont convaincus d'en faire réellement partie acceptent de m'y inclure.Après tout, les peuples, c'est comme les clubs privés: n'entre pas qui veut.C'est pour le rappeler aux ingrats, je suppose, qu'on nous répète ad nauseam que le peuple québécois est ouvert et généreux puisqu'il accueille même ceux qui, comme moi, ne méritent pas d'en faire partie.Il faut d'abord que je vous explique que lorsque j'étais ignorante et que je n'avais donc pas de maux de tête, j'utilisais le mot «peuple» dans un sens, me disent certains intellectuels québécois, tout à fait erroné.Je confondais naïvement Je souffre donc de retards historiques.est-ce une carence incurable ou est-ce que les retards historiques, c'est comme les retards scolaires : ça se rattrape ?«peuple» et «nationalité».Alors, quand on me parlait du peuple français, italien ou canadien, je pensais qu'on se référait à tous ceux qui avaient cette nationalité, qui étaient citoyens de ce pays.Comme vous le voyez, j'utilisais le mot «peuple» dans un sens tout à fait imprécis et tout à fait incorrect.Monique Nemni est professeur de linguistique à l'Université du Québec à Montréal La preuve : le nouveau peuple dont je fais partie, c'est-à-dire le peuple québécois, a la nationalité canadienne— et veut même la garder — mais il est pourtant si distinctement différent du peuple canadien qui a pourtant la même nationalité que lui, que ça lui donne droit à un autre pays.D'ailleurs, c'est très simple : on doit choisir entre le peuple canadien et québécois, on ne peut pas faire partie des deux à la fois.Mais voilà déjà une première cause de mal de tête.Si les peuples sont comme des clubs privés, qui peuvent donc être plutôt accueillants ou non, selon les clubs et les peuples, inversement, peut-on, comme pour les clubs, accepter ou non d'en faire partie?Fait-on partie d'un peuple par choix ou par force?Est-ce qu'on peut changer de peuple, comme on change de club ou en est-on membre à vie?Et si on en est membre à vie, peut-on faire partie de plusieurs peuples à la fois ou est-on pris avec le premier peuple auquel on a appartenu ?Vous voyez tout ce que mon ignorance me permettait d'éviter.Mais pour pouvoir même vous montrer pourquoi, pour moi, toutes ces questions ne sont pas, comme on dit, «purement académiques» je dois d'abord résoudre un problème de morpho-syntaxe — ce que le commun des mortels, qui n'a pas la chance d'être linguiste, appelle des problèmes de «grammaire».Figurez-vous que, toute linguiste que je suis, je ne sais plus quel temps de verbe utiliser.Parce qu'avant de faire partie du peuple québécois, je FAIRE partie du peuple canadien.Faut-il que je dise : je faisais partie de ce peuple, j'en fais encore partie, j'en ferai toujours partie, même si mon nouveau peuple obtient le pays dont certains rêvent?Et qu'arrive-t-il de mon appartenance aux peuplades primitives dont je suis issue ?Pour mes peuplades, Jacques Cod-bout sait bien que je n'ai pas de quoi me vanter.En effet, dans son article «Feront-ils de bons Québécois ?» (L'actualité, 15 octobre 1991, Est-ce qu'on peut chancer de peuple, comme on chance de club ou en est-on membre à vie ?et si on en est membre à vie, peut-on faire partie de plusieurs peuples à la fois ou est-on pris avec le premier peuple auquel on a appartenu ?p.115), s'adressant à nous tous, immigrants, comme à un seul homme — ou à une seule femme — il affirmait : «Vous avez quitté votre pays d'origine, son chômage, sa pauvreté, son instabilité, sa violence, ses retards historiques pour habiter une grande ville moderne d'Amérique du Nord [Montréal]».57 lift %2 je souffre donc de retards historiques.Est-ce une carence incurable ou est-ce que les retards historiques, c'est comme les retards C'est pour le rappeler aux ingrats, ie suppose, qu'on nous répète ad nauseam que le peuple québécois est ouvert et généreux puisqu'il accueille même ceux qui, comme moi, ne méritent pas d'en faire partie.scolaires: ça se rattrape?En tout cas, si j'étais intelligente, j'aurais déjà sauté dans le train historique québécois, dans l'espoir de rattraper un peu mes retards.Mais, arriérée que je suis, ou plutôt arriérés que nous sommes tous, nous immigrants, nous sommes «restés étrangers aux quelque quatre siècles d'histoire du Québec et [avons] signifié massivement.[notre] volonté de vivre à l'écart de cette histoire et de rester attachés au Canada».Ça, ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Ministère des Affaires Internationales, de l'Immigration et des Communautés culturelles du gouvernement du Québec qui l'écrit, dans un document officiel qui s'adresse aux Français, pour leur faire comprendre ce qu'est le Québec (La question du Québec : Le peuple québécois, 1995, p.4).j'ai d'ailleurs été ravie, en le lisant, de voir la haute estime dont je jouis auprès du ministère spécialement créé pour m'accueillir à bras ouverts.donc dans l'Histoire ?Ou est-ce que l'Histoire, c'est une espèce de suite de cercles concentriques avec des peuples de plus en plus éloignés de l'Histoire?Et qui serait au centre?Comment est-ce qu'on fait pour être en dehors ou en dedans de l'Histoire?Et qui décide?Et si je suis restée en dehors de l'Histoire québécoise tout en vivant au Québec, dans quelle Histoire suis-je ?Est-ce que mon attachement au Canada me jette d'office en dehors de l'Histoire québécoise comme on expulse d'un club un énergumène au comportement indésirable?Mon Dieu, quelle histoire ! Où sont mes aspirines ?Mais laissons de côté mes peuplades primitives.Oublions-les.D'ailleurs, m'ayant bien psychanalysée, Jacques Codbout sait que c'est mon désir le plus cher.Il écrit, en effet : En fait, le but que vous poursuivez, en tant qu'immigré, c'est de vous faire accepter.Votre objectif est de passer «inaperçu», comme nous tous.Ce n'est donc pas en brandissant vos différences, vos racines, vos couleurs ou vos mythes.que vous réussirez une intégration harmonieuse.Non, voyez-vous, brandir les différences, les racines et les mythes, c'est bon seulement pour le peuple québécois.Pour les autres, c'est contraire à leur objectif.Mais voilà que se pose pour moi un nouveau problème, une autre source de mal de tête.Vous savez tous, comme moi, que le peuple québécois doit devenir souverain pour entrer, enfin, dans l'Histoire.Alors, si je suis restée étrangère à l'Histoire d'un peuple qui est resté en dehors de l'Histoire, est-ce que je suis Fait-on partie d'un peuple par choix ou par force ?Est-ce qu'on peut changer de peuple, comme on change de club ou en est-on membre à vie ?Mais oublions mes peuplades inintéressantes et limitons-nous aux deux peuples dont je fais, je faisais, je ferai, je pourrais faire partie.Pour éviter tous ces temps de verbe, j'utiliserai dorénavant mon ancien peuple pour parler du peuple canadien et mon nouveau peuple pour le peuple québécois, même si je n'ai pas résolu le problème de savoir si j'appartiens encore au premier.La première question que je me pose, c'est de savoir quand j'ai commencé à faire partie de mon nouveau peuple.Est-ce le jour où les déménageurs ont déballé nos meubles à Ste-Foy?J'en doute.Autrement, tous les déménageurs seraient eux aussi québécois.Alors, quand?Je sais exactement où et quand j'ai commencé à faire partie de mon ancien peuple.C'était à Toronto, en 1961, un jour où j'ai juré mon allégeance au Canada et vous voyez donc que mon nouveau peuple est généreux, accueillant et ouvert sur le monde — à condition que le5 immigrants ne soient pas pour le multiculturalisme, qu'ils s'engagent à avoir le cœur québécois, et, comme l'exige Landry, qu'ils «se joignent à un peuple dont le destin se conjugue nécessairement à la souveraineté».à la reine et où des tas de gens comme moi ont chanté O Canada ! avec tous les accents du monde.Personne à ce moment-là, ni par la suite, ne m'a dit que mon désir le plus cher était de passer inaperçue, que je devais donc oublier mes anciennes peuplades pour avoir un cœur canadien.Mon ancien peuple était, est, demeure.assez relax à ce sujet.Il m'acceptait avec mes verrues.C'est que mon ancien peuple confond un peu «peuple» et «nationalité» et je peux vous assurer que c'est très agréable de vivre dans cette joyeuse confusion.Ce qui ajoute à la confusion, là-bas, c'est qu'ils ont eu un certain Trudeau — vous savez, celui qui a dit que l'État n'a pas sa place dans les chambre à coucher de la nation.Vous vous rappelez que tout le monde avait trouvé ça for-midable.Eh bien, ce même Trudeau a dit, quelque temps après, que l'État n'a pas non plus sa place dans le cœur, la garde-robe ou l'assiette de ses citoyens.Il 58 JBESE*Z ss ne l'a pas dit tout à fait comme ça, mais le message y était.Moi, j'ai trouvé ça tout aussi formidable que l'histoire des lits, sinon plus.Mais telle n'a pas été du tout la réaction de l'élite de mon nouveau peuple.Figurez-vous que lorsqu'ils ont vu la loi qui disait que chacun pouvait vivre comme il le voulait, pourvu qu'il paie ses impôts et qu'il obéisse à la loi du pays, ils ont traité Trudeau de tous le noms, et surtout de «multiculturaliste».Ça, voyez-vous, pour mon nouveau peuple, c'est la pire insulte.Il y en a même qui pensent que le multiculturalisme c'est un complot trudeauiste spécialement conçu pour humilier les Québécois.D'autres proposent, sans rire, de faire signer aux nouveaux immigrants un «contrat moral» (oui, oui, c'est le terme exact) dans lequel ils s'engagent à ne pas revendiquer le multiculturalisme.Parce qu'ici, vous comprenez, il faut absolument avoir le cœur québécois, je n'invente rien.C'était écrit en toutes lettres sur des tas de panneaux publicitaires dans le métro et un peu partout, pendant la campagne référendaire.Même que ça nous a coûté 1 200 000 $ à nous autres, contribuables, pour Voyez-vous, brandir les différences, les racines et les mythes, c'est bon seulement pour le peuple québécois.Pour les autres, c'est contraire à leur objectif.nous le faire dire.Et Bernard Landry nous le confirme: «Le Québec a choisi l'adhésion par la présence physique sur le sol et la présence du cœur et de l'affectivité dans la construction ici d'une culture publique.» (Le Devoir, 29-30 avril 1995) Contrairement donc à ce qui est la loi chez mon ancien peuple, l'État ici réclame notre cœur.Pour l'assiette, il nous laisse tranquilles, et pour la garde-robe, ce n'est pas très clair.Vous rappelez-vous toute la tempête déclenchée par un monsieur qui avait demandé de faire partie de la parade de la Saint-|ean Baptiste en costume tra- puisque, comme nous le répètent tous les ténors nationalistes, notre peuple unique est très attaché au français, de quel peuple font partie ceux qui sont très attachés à l'anglais ?ditionnel de son pays africain ?Le président de la Société Saint-jean Baptiste le lui avait interdit en lui rappelant que le 24 juin, c'est la fête des Québécois et non l'ouverture des jeux olympiques.Vous voyez donc que mon nouveau peuple est généreux, accueillant et ouvert sur le monde — à condition que les immigrants ne soient pas pour le multiculturalisme, qu'ils s'engagent à avoir le cœur québécois, et, comme l'exige Landry, qu'ils «se joignent à un peuple dont le destin se conjugue nécessairement à la souveraineté».(Le Devoir, 29-30 avril 1995) Vous comprenez pourquoi j'ai un peu la nostalgie de mon ancien peuple qui était tellement moins exigeant.Pour compliquer les choses, le nouveau peuple dont je fais partie depuis je ne sais pas quand et sans que j'aie demandé d'en faire partie, dit des tas de méchancetés sur mon ancien et lui veut un mal fou.Ça fait que les questions se bousculent dans ma tête: Quand ai-je commencé à devenir l'ennemie de moi-même?Puisque je n'ai rien demandé, comment ai-je fait pour changer de peuple à mon insu ?Puis-je avoir plusieurs peuples dans ma famille ?C'est surtout cette dernière question qui me bouleverse, parce que je ne sais vraiment plus de quel peuple fait partie chaque membre de ma tribu.Vous allez voir comme c'est compliqué.Nous avons eu deux filles à Toronto.Elles font donc partie, de naissance, de mon ancien peuple.Comme elles sont venues avec nous au Québec, je suppose qu'elles ont, elles aussi, changé de peuple.L'aînée a rencontré à Québec un Québécois né à Montréal dont les ancêtres étaient probablement sur les Plaines d'Abraham le jour de la «Conquête ».S'ils n'y étaient pas, je suis sûre qu'ils étaient cachés quelques arbres plus loin.Un vrai fils de mon nouveau peuple, direz-vous.Eh bien, ce n'est pas si simple.Figurez-vous que ses parents, alors qu'il était âgé de huit ans, ont eu la malencontreuse idée d'aller s'établir en Ontario.A-t-il donc acquis comme nouveau peuple mon ancien?Sa mère continue à rendre visite régulièrement à sa sœur qui, elle, n'a jamais quitté Montréal.Quand ces dames bavardent en français autour d'un café, sont-elles conscientes qu'elles font maintenant partie de deux peuples distincts par leur langue, leur culture, leur histoire, etc., que ces peuples ne pourront jamais s'entendre, que le peuple de la sœur montréalaise a, du fait même de sa vous savez tous, comme moi, que le peuple québécois doit devenir souverain pour entrer, enfin, dans l'Histoire.Alors, si je suis restée étrangère à l'hlstoire d'un peuple qui est resté en dehors de l'Histoire, est-ce que je suis donc dans l'Histoire ?distinction, un droit indéniable à l'autodétermination et donc à la création d'un nouveau pays?Ma fille est allée vivre en Ontario avec son mari.Est-elle redevenue membre de son ancien peuple ou n'a-t-elle jamais cessé d'en faire partie ?Et toutes les années qu'elle a passées au Québec, est-ce qu'elles ne comptent plus pour rien ?Et de quel peuple font partie 59 leurs enfants nés à Toronto ?N'ont-ils rien de québécois même si 50% de leurs ancêtres étaient probablement sur les Plaines d'Abraham ?Et si mes petits-enfants font partie de mon ancien D'autres proposent, sans rire de faire signer aux nouveaux immigrants un «contrat moral» (oui, oui, c'est le terme exact) dans lequel ils s engagent à ne pas revendiquer le multiculturalisme.peuple, comment leur expliquer l'urgence de me libérer de leur oppression ?Dois-je leur expliquer que c'est une question de langue ?Après tout, la loi 101 dit clairement que le peuple québécois exprime son identité en français, contrairement au peuple canadien qui exprime la sienne en anglais — non, je me trompe, qui exprime toutes sortes d'identités bizarres en anglais et même en langues exotiques — non, je me trompe encore: c'est un magma informe multicolore et multicultural qui n'a tout simplement pas d'identité.Ce n'est donc pas un peuple et Bouchard a eu raison de dire que le Canada n'est pas un vrai pays.D'ailleurs, tout récemment encore, il nous souhaitait une bonne fête nationale du Québec en nous rappelant que nous formions «un peuple unique, profondément attaché à sa culture et à la langue française».Si mon nouveau peuple est un peuple parce qu'il a une identité, une langue et une culture, comme nous le répètent tant de nationalistes québécois, il s'ensuit que les Canadiens sont un non-peuple et que mes petits-enfants habitent donc un non-pays.Pour compliquer les choses, moi, quand je faisais partie de mon ancien peuple, je parlais français à la maison et avec qui me comprenait, je vous assure qu'il y en avait beaucoup et encore plus maintenant.On dit qu'il y en a plus d'un demi-million, rien qu'en Ontario.Alors, comment expliquer à mes petits-enfants que mon nouveau peuple se distingue du leur par une langue qu'ils entendent parler chez eux à la maison ?Non, je ne pourrai jamais les en convaincre.Serait-ce une question de territoire?je fais partie du peuple québécois parce que je vis au Québec.Mais puisque, comme nous le répètent tous les ténors nationalistes, notre peuple unique est très attaché au français, de quel peuple font partie ceux qui sont très attachés à l'anglais?Parce que je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais les anglophones du Québec se sont réveillés et ils crient maintenant à tue-tête leur attachement à leur langue.Si le peuple québécois, qui est accueillant et ouvert sur le monde, comprend tous ceux qui vivent au Québec, et si ce peuple unique est francophone, de quel peuple font partie les anglophones québécois?Et si mon nouveau peuple peut parler français ou anglais et que mon ancien peut en faire autant, comment fait-on la différence entre un peuple et l'autre ?Passons maintenant à ma seconde fille.En gros, elle a le même cheminement que l'autre, sauf qu'elle, elle a épousé un descendant de Wolfe qui est devenu bilingue par amour de la famille.Ils ont eu deux enfants, nés à Montréal.De quel peuple font partie ces enfants?je suppose qu'ils sont des nés-natifs de mon nouveau peuple, à moins que l'appartenance au peuple ne se transmette génétiquement.Mais voilà que ma fille, comme tant et tant de jeunes très brillants, très instruits et très bilingues, en a eu assez des problèmes d'identité et de chômage de son nouveau peuple.Elle a pris ses clics et ses clacs, c'est-à-dire son mari, ses enfants, ses meubles et même sa nannie et elle est allée s'établir sous un ciel plus clément : Toronto.Son troisième enfant vient d'y naître.Il est donc né-natif de mon ancien peuple.Ma fille a-t-elle trois enfants membres de deux peuples distincts qui, comme on nous le répète, ne pourront jamais s'entendre ?On pourrait dire que si j'ai ces problèmes, c'est que je ne suis qu'une métèque sans racines.Mais trouvez-moi une seule famille québécoise qui ne vit pas une variante de ma situation ! D'ailleurs, si je vous ai raconté tout ça, c'est parce que je savais que vous vous y reconnaîtriez.Voyez-vous, croire qu'il est possible de montrer l'existence de peuples distincts dans le cadre d'un même pays, ça ne peut être défendu que par des gens qui ont la tête dans les nuages ou par ceux que Georges Brassens a appelés «les si mon nouveau peuple est un peuple parce qu'il a une identité, une langue et une culture, comme nous le répètent tant de nationalistes québécois, il s'ensuit que les Canadiens sont un non-peuple et que mes petits-enfants habitent donc un non-pays.imbéciles heureux qui sont nés quelque part».En effet, il faut n'être pas sorti de son trou, n'avoir jamais mis les pieds sur terre, n'avoir jamais réfléchi tant soit peu à la condition humaine pour croire ces balivernes qu'on nous présente comme des vérités.Alors, la prochaine fois qu'on m'offrira de faire partie du peuple québécois, je répondrai, en paraphrasant un slogan de la Société des alcools : «Non merci ! La race humaine a bien meilleur goût».¦ 40 PARTITION DU BEC : RÉPLIQUI LIUS
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