Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
Été
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (4)

Références

Cité libre., 2000, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
006538595409603 DANS CE NUMÉRO.En juin 1950 Cité libre voyait le jour.« Tiré à 500 exemplaires, le premier numéro nous coûtait 250 dollars.Les dix collaborateurs ont misé chacun 25 dollars et sont rentrés dans leurs fonds en distribuant chacun cinquante exemplaires à 50 cents pièce.» Voilà comment les fondateurs de Cité libre annonçaient la naissance de la revue.Débuts modestes.inversement proportionnels à l'impact qu'a eu Cité libre sur la société québécoise et sur l'histoire de tout le Canada.Cinquante ans plus tard.Cité libre tire à 7 000 exemplaires, en français et en anglais, et ses lecteurs proviennent de toutes les provinces du Canada.Les conditions de production et la présentation de la revue ont bien changé ; le prix aussi.Par contre, les directeurs et le conseil d'administration travaillent toujours bénévolement, nos auteurs et la plupart de nos collaborateurs aussi, et les objectifs sont demeurés les mêmes : combattre le nationalisme ethno-territorial et la langue de bois et promouvoir l'esprit libéral, la liberté individuelle et l'unité canadienne.Un numéro tout à fait spécial.Alors que pendant de très nombreuses années les Canadiens se demandaient, inquiets: a What does Quebec want?», aujourd'hui cette question n'intéresse plus grand monde.Comment expliquer cette marginalisation ?Avec le dernier numéro de l'an 2000, Cité libre suspend sa publication régulière.A lire absolument.EDITORIAL Max et Monique Nemni : Ilévanescence du Québec (i Avis à tous les citélibristes Kl LETTRES 12 OPINIONS 1,1 Été 2000 3 DANS CE NUMÉRO.DOSSIER : LANGUE, CULTURE ET IDENTITE Comme on l'a vu au dernier congrès du Parti québécois, la protection du français « menacé » continue à servir de rationalisation aux excès du nationalisme québécois et à la stratégie séparatiste.Les auteurs de ce dossier se penchent sur divers aspects des questions de langue, de culture et d'identité.Monique Nemni : Comment on cultive l'insécurité linguistique .26 Et si la menace du français était volontairement moussée pour servir à des fins politiques ?Et si cette menace ne venait pas des « autres » ?Monique Nemni secoue quelques idées reçues et montre qu'au Québec, le français n'est pas seulement une langue, mais aussi une arme politique et une idéologie.Jean-Louis Roux : Les arts et les deniers publics.35 Faut-il que l'État subventionne la culture ?À quoi sert le Conseil des Arts du Canada ?À qui profitent ses subventions?Jean-Louis Roux, grand homme de théâtre, aujourd'hui président du Conseil des Arts, répond à ces questions importantes et à bien d'autres.Betty Kobayashi Issenmann : Leçons de sagesse inuit .41 Notre bête noire, dit un jeune Inuit, ce sont « ces groupes de défense des droits des animaux, ces Pharisiens qui s'imaginent qu'ils peuvent nous imposer ce que nous avons le droit de manger et comment nous pouvons nous habiller».Une remarque qui vous fera réfléchir, surtout après que vous aurez lu l'article de Betty Kobayashi Issenman, qui étudie la culture des Inuit depuis plus de 20 ans.Albert Breton -.Les langues sont des biens de capital.46 Albert Breton analyse la connaissance d'une ou plusieurs langues d'un point de vue strictement économique.11 en déduit «que les politiques linguistiques du gouvernement canadien ont permis de réduire les coûts de communication entre francophones et anglophones » et que ce sont les francophones qui en sortent grands gagnants.Robert D.Tamilia : Le français et l'intervention de l'État .50 Voici, en un article, « tout ce que vous avez toujours voulu savoir - et n'osiez pas demander » sur l'historique des lois régissant l'affichage au Québec et leurs conséquences économiques et sociales.Sylvain Lavoie : Bibliothèques publiques et maintien du français .58 « Les francophones n'ont pas accordé la même valeur à la lecture publique que leurs voisins de traditions anglo-saxonnes», rappelle Sylvain Lavoie.Il fait ici un plaidoyer en faveur de la bibliothèque publique dans le maintien du français et de la culture francophone.Marc Angenot : Littérature et nationalisme : mission impossible .61 Marc Angenot est catégorique : vouloir une littérature qui fasse la promotion de l'identité nationale et qui soit en même temps « universelle », c'est vouloir faire la quadrature du cercle.C'est pour cela que, selon lui, tant d'écrivains québécois « ont payé ce prix terrible : produire une œuvre médiocre, bâtarde, limitée au milieu idéologique qui les loue».Un article choc.ENTRETIEN AVEC REED SCOWEN.65 Reed Scowen a irrité bien des Canadiens en proposant dans son livre, Le temps des adieux, que les autres provinces « larguent » en quelque sorte le Québec.Max et Monique Nemni ont rencontré cet ancien député libéral, conseiller économique de Robert Bourassa et délégué général du Québec aux États-Unis et en Angleterre, pour discuter de sa thèse et, plus généralement, du nationalisme québécois.REGARDS CRITIQUES Stéphane Dion : Le gouvernement du Canada et la Révolution tranquille .74 Retraçant les réalisations de la Révolution tranquille, le ministre Stéphane Dion met en relief le rôle moteur du gouvernement fédéral dans la modernisation du Québec.Il montre que les Québécois ont tout intérêt à encourager les deux gouvernements, provincial et fédéral, à collaborer par-delà leur concurrence naturelle.4 Été 2000 DANS CE NUMÉRO.The Gazette : Les mythes de la Révolution tranquille.79 Le « modèle québécois », né de la Révolution tranquille, n'a pas eu que des effets bénéfiques sur la société québécoise.Sven Deimann : Le droit européen et la sécession du Québec.81 Des ténors séparatistes affirment que, suite à une déclaration unilatérale d'indépendance du Québec, la France reconnaîtrait ce nouveau pays.Lauteur montre qu'en tant que membre de l'Union européenne, qui s'est engagée à mener une politique étrangère commune, la France, même si elle le désirait, n'a pas cette marge de manœuvre.Monique Nemni : Ce que Cité libre ne publie pas .84 Jacques Julliard a écrit dans Le Nouvel Observateur une chronique sur le Québec à faire dresser les cheveux sur la tête.Monique Nemni explique - avec ironie - pourquoi Cité libre ne l'aurait jamais publiée.Jean-Pierre Derriennic : Réplique au Nouvel Observateur.87 Jean-Pierre Derriennic a répliqué à la chronique de Jacques Julliard avec rigueur et retenue.Le Nouvel Observateur n'a pas jugé bon de le publier.Cité libre le fait, avec plaisir.PRÊTE-MOI TA PLUME Geneviève Manseau : Une québécitude en pleine mouvance .88 Quelle est cette «identité québécoise» qu'on est censé vouloir préserver à tout prix?«Que veut dire pour vous, être québécois?» Geneviève Manseau a posé cette question à trois jeunes francophones à qui elle a prêté sa plume.VU ET LU Hans-Jùrgen Greif: Littérature sans frontières .92 Dans le monde moderne, où nous assistons à des migrations massives, où les frontières sont de plus en plus poreuses, est-il encore de mise de faire la distinction entre les littératures « québécoise » et « immigrée » ?Non, répond catégoriquement Hans-Jùrgen Greif, pour qui «l'équation langue = identité n'est plus acceptable».Nadia Khouri : Citoyens sans frontières.96 Alan Cairns et ses collaborateurs, dans Citizenship, Diversity and Pluralism, affirment que la citoyenneté est polysémique et que les frontières sont relatives.D'où la nécessité de concevoir des droits universels du citoyen.Des idées solides et rafraîchissantes qui mettent en évidence l'anachronisme du projet sécessionniste québécois.Pierre Léon, poète « québécois » .100 Une triste victoire du discours nationaliste : tout ce qui se dit ou s'écrit en français au Canada est qualifié de «québécois», au Québec comme en France.C'est ainsi que le poème canadien de Pierre Léon - qui vit à Toronto et n'a jamais vécu au Québec - a été transformé, à son insu, en Alsace, en poème « québécois ».Compte rendu Gérard Bouchard et Michel Lacombe : Dialogue sur les pays neufs.par Claude Péclet.101 RÉFLEXIONS SUR LA LANGUE Annette Paquot : La clarté, vue par une linguiste.103 Les débats houleux entourant la loi C-20.dite sur la «clarté» ont amené Annette Paquot à analyser ce concept d'un point de vue linguistique.Utilisant des critères rigoureusement définis, elle montre en quoi les questions référendaires de 1980 et 1995 n'étaient pas «claires».Cité Été2000 libre éditorial 17 evanescence du Québec Max Nemni et Monique Nemni il n'a nullement besoin d'être prophète, ni spécialiste des sondages, pour prédire qu'aux prochaines élections fédérales, des cinq partis politiques canadiens, trois V_>/ n'obtiendront aucune représentation significative au Québec.À l'exception des nationalistes qui semblent en être inconscients, tout le monde sait que l'appui massif au Bloc québécois, avec un appui plus modeste au Parti libéral, se traduit en fait par une prise en otage de la population, qui a pour conséquence la marginalisation politique du Québec au sein du Canada.Bien sûr.on nous affirme que le Bloc est « bien de chez nous », que de toute manière l'objectif ultime étant la « souveraineté », seul compte notre «vrai» gouvernement, celui qui siège à Québec, dans «notre capitale nationale», be Bloc, nous explique-l-on.a pour fonction de préparer notre éventuelle accession à l'indépendance: se souvient-on encore que cette indépendance était si proche qu'il n'allait siéger à Ottawa que pour un seul mandat ?Il ne faut pas être dupes de ce discours démagogique qui cache une réalité autrement plus inquiétante : l'évanescence du Québec sur la scène fédérale.La course à la chefferie de l'Alliance canadienne montre à quel point le Québec occupe peu de place sur l'échiquier politique canadien.En effet, ce nouveau parti, qui va siéger aux Communes en tant qu'Opposition officielle et qui pourrait un jour accéder au pouvoir, est en train de se façonner presque entièrement en dehors des problématiques québécoises.Par exemple, la nécessité pour le chef de tout parti canadien d'être bilingue - une exigence que l'on croyait acquise pour le Québec depuis l'avènement de la loi sur les langues officielles -ne joue plus dans la balance.Tom Long, l'un des candidats dont on parle le plus dans cette course, est un unilingue anglophone non repentant, et Preston Manning, fondateur du Parti réformiste et de l'Alliance, baragouine depuis peu quelques mots de français.De plus, aucun des trois candidats ne fait une campagne serrée au Québec.Et pour cause.Ils savent que leurs efforts ne donneraient pas grand-chose.Leurs rares apparitions au Québec ont essentiellement pour fonction de montrer aux Ontariens que leur parti est national et que l'Alliance n'est plus le Parti réformiste, c'est-à-dire un parti régional, des «red-necks» de l'Ouest.\ l'Alliance canadienne, comme dans tous les autres partis politiques fédéraux, on sait que la vraie lutte aux prochaines élections aura lieu à l'ouest et à l'est du Québec.Un seul chef de parti continue fidèlement à courtiser le Québec : Joe Clark du malheureux Parti progressiste conservateur.Cette exception ne sert qu'à confirmer la marginalisation du Québec puisque ce parti, dépassé par les événements, lui-même marginalisé par son double échec de Meech et de Charlottetown, est incapable de rallier ses appuis classiques dans le monde des affaires et se trouve criblé de dettes.Il est donc clair qu'aux prochaines élections fédérales, la bataille n'aura pas lieu au Québec.Avec 40 à 50 de ses 75 sièges monopolisés par le Bloc, même le Parti libéral du Canada, qui peut compter en décrocher entre 20 et 30, sait que la vraie lutte se fera ailleurs.Pourtant, pendant plusieurs décennies, le Canada tout entier a été à l'écoute du Québec.En fait, dès la première élection du Parti libéral du Québec, en 1960.Jean Lesage demandait le rapatriement de la Constitution, ainsi que des réformes qui tiendraient compte de la réalité francophone canadienne.En 1962, il lançait le célèbre « Maîtres chez nous ».et la réponse du gouvernement fédéral de Lester Pearson ne se lit pas attendre.Dès 19615.il mit sur pied la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le bicul-turalisme (la commission B.B.).Moins d'un an plus tard, se tenait une conférence fédérale-provinciale où la question du Québec occupa la place centrale, comme ce fut le cas pendant de longues années à venir.C'est ainsi que naquit, dès 1964, un projet de réformes constitutionnelles, dit Fulton-Favreau, qui fut, dans un premier temps, accepté avec enthousiasme par le gouvernement 6 Été 2000 itorial L'évanescence du Québec Max Nemni et Monique Nemni de Jean Lesage.Mais les nationalistes québécois - dont René Lévesque - qui faisaient partie de ce gouvernement, ne trouvaient pas cette entente satisfaisante.Ils étaient persuadés que puisque la victoire avait été facile, en mettant plus de pressions sur « Ottawa », ils pourraient obtenir plus.Conciliant, Pearson essaie de donner une place plus importante au Québec.Il réaménage son gouvernement pour accueillir les trois colombes : Jean Marchand, Gérard Pelletier et Pierre Elliott Trudeau, Ce dernier devient premier ministre en 1968.avec l'appui massif de tous les Canadiens et surtout des Québécois.Un an à peine après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Trudeau fait adopter la loi sur les langues officielles qui met en application la recommandation centrale de la Commission B.B.Le français acquiert un statut égal à l'anglais dans toutes les institutions fédérales.Et c'est ainsi qu'en quelques années, la fonction publique fédérale, qui était largement dominée par les anglophones, non seulement s'ouvre aux francophones, mais les favorise : leur représentation, à tous les échelons, dépasse leur poids démographique.Le « French Power» instauré par Trudeau à Ottawa constitue, sans aucun doute, une réussite éclatante.Mais les nationalistes québécois ne s'en réjouissent pas.Ils sont convaincus que puisqu'on leur a offert sur un plateau d'argent le bilinguisme et l'accès à la fonction publique fédérale, c'est qu'ils auraient pu obtenir davantage, en mettant plus de pressions sur le «Canada anglais ».Ils veulent plus.En 1971.Trudeau propose la formule de réformes constitutionnelles dite de «Victoria», considérée aujourd'hui par plusieurs comme la formule la plus équilibrée que l'on ait proposée aux Québécois.C'est au tour de Robert Bourassa d'être satisfait de ce projet de réforme cl d'accepter l'entente avec Otlavva.Mais, de retour à Québec, il cede aux pressions des nationalistes, notamment à celles du Parti québécois, qui vient d'être fondé et dont le discours « souverainiste » enflamme une part grandissante de la population.Grâce à leur nouvelle arme, les nationalistes sont sûrs qu'ils peuvent obtenir mieux que ce que Trudeau leur a offert à «Victoria».Bourassa revient sur sa parole: les Québécois veulent plus.À partir de novembre 1976, date de l'accès au pouvoir du Parti québécois, l'agenda politique canadien, déjà entièrement axé sur la question du Québec, est dominé, pendant de longues années, par la lutte entre le « séparatisme » et le « fédéralisme », incarnée par un duel entre deux Québécois : René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau.Victoire du fédéralisme.D'abord au référendum de 1980, ensuite avec le rapatriement de la Constitution en 1982, accompagnée d'une Charte des droits et libertés.Une nouvelle ère s'ouvre pour le Canada tout entier.Le fait français est en plein cœur de cette Constitution : le bilinguisme officiel et les droits des minorités linguistiques y sont enchâssés et sont mis hors de portée de la clause dérogatoire.Aucun politicien ne peut y toucher.Chose moins connue, cette Constitution permet, dans les faits, à la législation linguistique québécoise de limiter l'accès à l'école anglaise aux seuls anglophones.En cela, et sans aucun doute afin de renforcer le fait français, la Constitution enfreint le principe libéral de la liberté de choix de l'individu.Les nationalistes auraient dû s'en réjouir.Cette Constitution répond aux besoins du Québec tels qu'exprimés depuis 1960.et, par voie de conséquence, a même transformé le Canada tout entier.Mais, n'ayant pas obtenu l'intégralité de leurs demandes, les nationalistes transforment cette victoire en échec, et dénoncent ce qu'ils qualifieront inlassablement de « coup de force de 1982 ».Ils veulent plus, beaucoup plus.Et à partir de ce moment, ils obtiennent de moins en moins.Pourtant, avec l'élection de Brian Mulroney, on a l'impression, dans un premier temps, que les nationalistes pourront, au contraire, obtenir bien plus d'Ottawa, et que le Canada tout entier veut trouver une solution au problème québécois, une bonne fois pour toutes.En effet, René Lévesque, mal remis de l'échec référendaire et du rapatriement de la Constitution, se lance dans le « beau risque » et met la machine électorale péquiste au service du Parti conservateur qui reçoit en son sein un contingent massif de nationalistes québécois, dont Lucien Bouchard.Et c'est ainsi qu'en 1984.Mulroney, qui avait louange publiquement la réforme de 1982.change de musique, et dans le fameux discours de Été 2000 Cité M tare 7 ¦éditorial L'évanescence du Québec Max Nemni et Monique Nemni Sept îles, clame sur les toits que cette réforme a «frappé le Québec d'ostracisme constitutionnel», et il promet de ramener le Québec «dans la famille canadienne, dans l'honneur et l'enthousiasme».On sait aujourd'hui que ce discours a été écrit par nul autre que Lucien Bouchard.La tentative de modifier la Constitution pour accorder au Québec un statut spécial au sein du Canada se traduit, en 1987, par l'accord du lac Meech, qui est endossé par les dix provinces et le gouvernement fédéral.Mais ce projet de réforme constitutionnelle, présenté comme le « Quebec Round ».doit être ratifié par toutes les législatures provinciales dans un délai de trois ans.Comme on le sait, l'accord du lac Meech échoue.Bouchard quitte le cabinet Mulroney en claquant la porte et va fonder le Bloc québécois.Certains pensent aujourd'hui que si Meech avait été ratifié, tous les problèmes québécois auraient été résolus.Ils oublient que cet accord n'était pour Bourassa qu'un premier pas vers d'autres demandes.Ils oublient qu'en février 1990, soit quatre mois avant l'expiration du délai pour la ratification du projet, son gouvernement avait mis sur pied la Commission Allaire qui réclamait une dévolution massive de pouvoirs vers le Québec.Les nationalistes s'apprêtaient à réclamer plus, plus et encore plus.Le 23 juin 1990.Bourassa réagit à l'échec de Meech en déclarant que le Québec « est libre d'assurer son destin » et que son gouvernement ne veut plus négocier avec le « Canada anglais».Pourtant, c'est lui qui pousse indirectement Mulroney à une nouvelle ronde de négociations, en mettant sur pied la Commission Bélanger-Campeau, quelques semaines après l'échec de Meech.C'est également lui qui a utilisé la menace du « couteau sur la gorge d'Ottawa » de la manière la plus crue, de toute l'histoire du Canada.En effet, suite aux recommandations de la Commission, l'Assemblée nationale adopte la loi 150 qui décrète qu'à moins d'obtenir des réformes acceptables pour le Québec, un référendum sur la sécession serait tenu en automne 1992, suivi un an plus tard par la création d'un État québécois indépendant.Le Québec veut plus, beaucoup plus, sinon.La fièvre nationaliste ayant été ranimée par Bourassa.Mulroney met en branle la ronde de négociations qui sera connue sous le nom d'accord de Charlottetown.Ce projet, qualifié cette fois de « Canada round », accorde à chaque province, à chaque territoire et à chaque peuple autochtone ce qui est accordé au Québec, y compris la reconnaissance de son caractère distinct.Mais les Canadiens, qui sont de plus en plus attachés à la Constitution, se rendent compte que ce nouveau projet met en danger l'esprit civique de 1982.La menace de sécession du Québec, provenant du gouvernement « fédéraliste » de Bourassa, ne les effraie plus.Et en octobre 1992, un référendum pan canadien rejette massivement l'accord de Charlottetown.Les nationalistes québécois le rejettent également, parce que, eux, ils en veulent plus.La marginalisation du Québec s'accentue.Le 25 octobre 1993.soit un an après la défaite de «Charlottetown», le Parti libéral du Canada, sous la direction de Jean Chrétien, forme un gouvernement majoritaire sans l'appui du Québec.En 1997, le Parti libéral se fait réélire, toujours majoritairement et toujours sans l'appui du Québec.Jusqu'en 1993, il était inconcevable au Canada de gagner des élections fédérales sans l'appui du Québec.Aujourd'hui, les partis savent qu'ils peuvent s'en passer.Avec l'appui massif qu'il donne au Bloc québécois, le Québec a réussi à se marginaliser encore plus.Mais cette situation convient aux séparatistes québécois.Arrivé au pouvoir, Jacques Parizeau met en branle le «grand jeu» qui aboutira au référendum d'octobre 1995.Lucien Bouchard vient à la rescousse des séparatistes et parvient à faire monter la fièvre nationaliste.Mais pas assez.Le «grand jeu» échoue.En cinq ans, le Québec a subi trois échecs.En fait, depuis 1960, en exigeant toujours plus, les nationalistes ont essuyé un échec après l'autre, minant la crédibilité du Québec tant sur la scène canadienne qu'internationale.La réforme constitutionnelle de 1982, qui aurait dû être acclamée par l'élite québécoise comme la très grande victoire du fait français, est au contraire considérée comme un échec humiliant.À force de demander plus au reste du Canada, cette élite a fait perdre au Québec la place centrale qu'il a traditionnellement occupée dans la politique canadienne.libre Été 2000 itorial [.'evanescence du Québec Max Nemni et Monique Nemni A la fameuse question : « What does Quebec want ?» posée à la télévision dans les années 70 à René Lévesque.celui-ci répondit: «What does Quebec want?MORE.We want MORE.» Toute l'élite politique nationaliste québécoise, qu'elle soit «séparatiste» ou «fédéraliste», a systématiquement adopté ce point de vue: ils ont demandé plus, toujours plus.À force de dire non à tout ce que proposent les autres Canadiens, à force de ne pas se réjouir dos nombreuses ententes conclues avec le gouvernement fédéral, à force de ne pas reconnaître leurs propres victoires, les nationalistes ont obtenu l'éva-nescence du Québec sur la scène fédérale.Lavenir du Canada est en train de se jouer sans le Québec.La cupidité des nationalistes pénalise les Québécois.Au Québec, l'éternelle demande de plus a fini par donner beaucoup moins.Cité libre Casier postal 1147, Succursale « B », Montréal, QC H3B 3K9 Renseignements: (514) 868-0183 Fax: 868-6554 Courrier électronique : citelib@microtec.net Site internet: http://www.citelibre.com CONSEIL D'ADMINISTRATION Aurèle Beaulnes, président lacques Clément, vice-président Guy Sarault, secrétaire Maurice Marette, trésorier Marc Agostini, Pierre Béchard, Dany Gravel, Jacques Hébert, Barbara Kay, Nadia Khouri, Retord MacDougall, |ean-Paul Murray RÉDACTION Directeurs de la revue Max Nemni, Monique Nemni Secrétaire à la rédaction Robin Arguin Correcteur-rédacteur, version anglaise Michael Ballantyne Secrétaire à l'administration Philippe Allard PHOTOGRAPHIES Clarisse, The Gazette, National Geographic, Henri Paul, Olivier Rodriguez, Cité libre PRODUCTION Graphisme : Studio Robillard Impression : Reprotech COMITÉ CONSULTATIF Marc Angenot Département de langue et de littérature françaises Université McGill Michael Behiels Département d'histoire, Université d'Ottawa COMITÉ CONSULTATIF («jite) Albert Breton Département d'économie, Université de Toronto Annie Brisset, Ecole de traduction, Université d'Ottawa Ramsay Cook Dictionnaire biographique du Canada/ Dictionary of Canadian Biographies Andrew Coyne Chroniqueur, Southam News lean-Pierre Derriennic Département de science politique, Université Laval Raymond Hébert Département de science politique, Collège universitaire de Saint-Boniface, au Manitoba John Hellman Département d'histoire, Université McGill Rob Howse Faculté de droit, Université de Toronto Claude Lajeunesse Recteur, Université polytechnique Ryerson Michel Lebel Département de sciences juridiques, Université du Québec à Montréal Annette Paquot, Département de langues, linguistique et traduction, Université Laval Peter Russell Département de science politique, Université de Toronto Lorraine Weinrib Faculté de droit, Université de Toronto Dépôt légal: 1" trimestre I99S ISSN : 1183-7144 Envoi de Poste Publication, Numéro d'enregistrement n° 09379 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Été2000 Cité libre AVIS À TOUS LES CITÉLIBRISTES T cil avril 2000.les directeurs de Cité libre émettaient un communiqué de presse annonçant la J_i suspension de la publication de la revue sur une base régulière.Nous reproduisons intégralement ce communiqué pour le bénéfice de tous les citélibristes.À 50 ans.Cité libre s'oriente vers de nouveaux moyens d'action À l'aube du 50' anniversaire de sa fondation, Cité libre se porte bien, et d'autant mieux que la population du Québec, selon tous les sondages et presque toutes les analyses sérieuses, a carrément opté pour le maintien du système fédéral qui lui permet de s'épanouir dans un Canada prospère qui continue d'être l'envie du monde.C'est ce qui explique que.pour une troisième fois de son histoire, Cité libre prend du recul afin de rajuster ses modes d'action et d'intervention en fonction du nouveau contexte marqué par l'essoufflement du « modèle québécois » issu de la Révolution tranquille.Créée en juin 1950 par un groupe d'intellectuels québécois, dont Gérard Pelletier et Pierre Elliott Trudeau.Cité libre a laissé à trois reprises sa marque dans l'histoire du Québec et de l'ensemble du Canada.Dans sa première mouture des années 50, Cité libre a été l'un des principaux véhicules de la lutte contre le cléricalisme et l'autoritarisme qui caractérisaient l'ère de Maurice Duplessis.La mort de ce dernier, en 1959, marque la fin de la «grande noirceur» ainsi que le point d'aboutissement de la première lancée de Cité libre.En 1962, l'équipe de Cité libre comprit immédiatement les dangers de la nouvelle idéologie nationaliste ethno-territoriale, bien illustrée par le slogan triomphaliste et nombriliste de « Maîtres chez nous ».C'est ainsi que parut, cette même année, dans les pages de Cité libre, le très célèbre article de Pierre Elliott Trudeau, « La nouvelle trahison des clercs ».Cette deuxième étape de Cité libre prit fin avec l'entrée sur la scène politique canadienne des « trois colombes » : Jean Marchand, Gérard Pelletier et Pierre Elliott Trudeau.Et c'est ainsi que les idées présentées dans les pages de Cité libre prirent une forme institutionnelle concrète, notamment en 1982, par le biais du rapatriement de la Constitution accompagnée d'une Charte des droits et libertés enchâssant le français comme langue officielle et affirmant, pour la première fois dans l'histoire du Canada, la souveraineté du peuple et l'égalité des citoyens.C'est en juillet 1991, au lendemain de l'échec de l'Accord du lac Meech et à la veille de la défaite du référendum pancanadien sur l'entente de Charlottetown que Cité libre, dans un isolement presque total, reprit le flambeau de la lutte pour le libéralisme et l'unité canadienne.Une fois de plus, et graduellement, les idées exprimées dans Cité libre se sont répandues et ont pris des formes institutionnelles concrètes.Par exemple, c'est Cité libre qui a ouvert ses pages en premier à Guy Bertrand et qui l'a fortement appuyé.Lavis de la Cour suprême de 1998 sur la question de la sécession du Québec représente une victoire de la raison et du droit à laquelle Cité libre est fîère d'avoir participé.La loi fédérale C-20, dite sur la clarté, à laquelle Cité libre donne son appui, constitue une garantie essentielle que le Canada ne sera pas brisé à l'insu des Québécois.La menace sécessionniste s'est ainsi estompée.À un tel point que Jean-François Usée, un des conseillers politiques les plus appréciés de Parizeau et de Bouchard, reconnaît, dans son dernier livre, que cette stratégie a mené à un cul-de-sac.Parallèlement, Alain Dubuc, éditorialiste en chef de La Presse, reconnaît, lui aussi, que le « modèle québécois » issu de la Révolution tranquille a fait son temps et qu'il faut chercher de vraies solutions à nos problèmes.À Cité libre, nous nous réjouissons que tous les partis politiques québécois s'éloignent de la politique du « couteau sur la gorge d'Ottawa» et que la menace référendaire se soit estompée.Nous sommes fiers d'avoir participé à ce changement de climat tout à fait salutaire.Cité libre a donc sans doute joué le rôle qu'on attendait d'elle, mais elle restera en état d'alerte.10 Cité libre Été 2000 Les dîners de Cité libre auront lieu comme prévu à Montréal et à Ottawa en avril, mai et octobre.Nous fêterons le 50' anniversaire de Cité libre le 8 juin à Montréal et le \'A juin à Toronto.À partir de 2001.nous publierons la revue, en français et en anglais, d'une façon irrégulière, en fonction des besoins et du nouveau contexte politique en émergence.Nous pourrions, par exemple, produire un numéro advenant la montée de la nouvelle droite au Canada ou à l'occasion, fort improbable, d'un référendum sécessionniste.De temps en temps les amis de Cité libre seront conviés à l'un de nos habituels dîners causeries pour faire le point.Cité libre garde intacte sa structure organisâtionnelle : le Conseil d'administration et tous les directeurs maintiennent leurs fonctions.Max et Monique Nemni demeurent les directeurs de la revue.Il y a de l'argent en caisse et le comité de financement reste opérationnel.Pour une troisième fois de son histoire.Cité libre prend du recul afin de mieux examiner la manière la plus efficace d'intervenir dans un nouveau contexte.Merci à tous les citélibristes ! Nous voulons profiter de cette occasion pour vous remercier chaleureusement, vous tous, abonnés, lecteurs, bénévoles et généreux donateurs, de votre confiance et de votre appui.Votre soutien constant nous est très précieux.A vous dont l'abonnement expire après le numéro d'automne 2000 (volume xxvni, n° 4), veuillez noter que Vous pouvez demander un remboursement pour la portion non utilisée de celui-ci.Vous pouvez également laisser cette somme à Cité libre et être ainsi parmi les premiers à recevoir les numéros occasionnels dès qu'ils paraîtront.¦ Max et Monique Nemni Directeurs Été 2000 « Cherchons projet politique novateur » Félicitations aux directeurs pour leur éditorial dans le dernier numéro de Cité libre (Hiver 2000) dans lequel ils font une brillante analyse des politiques cryptoséparatistes du Parti libéral du Québec.Avec l'humoriste Josh Freed, de The Gazette, ils sont assurément les penseurs politiques les plus lucides et les plus éloquents du Québec.Toutefois, j'ai beau souscrire entièrement à leur analyse, je ne suis pas d'accord avec leurs prévisions.Ils semblent tenir pour acquis que le Parti québécois se fera battre à plates coutures aux prochaines élections.Je ne le pense pas, et ce, pour les raisons suivantes.La séparation n'est peut-être plus un sujet d'actualité brûlant, mais les politiques sociales, elles, le sont plus que jamais.Or, en matière de politique sociale, le PLQ ne fait pas mieux que le PQ.Je dirais même que les intentions de Charest d'emboîter le pas au gouvernement Harris de l'Ontario reflètent une perspective beaucoup moins séduisante que le discours social-démocrate de Bouchard, même si celui-là se traduit par des mesures néo-conservatrices.Je connais des fédéralistes bon teint qui ont préféré voter pour le PQ, lequel promettait au moins de préserver l'État-providence, plutôt que d'appuyer un PLQ « Mulroneysé », qui menaçait de le détruire.Pour moi, ces deux options représentent un choix tellement douloureux que je finirai peut-être par m'abstenir de voter.Nous avons besoin d'idées neuves au Québec comme ailleurs, faute de quoi la population deviendra de plus en plus apathique et la politique sera accaparée par des politiciens ignorants et carriéristes.D'où viendront les idées neuves ?Des départements de science politique ?C'est peu probable, car les chercheurs préfèrent écrire plutôt que de participer à la vie politique, et encore, lorsque leurs cerveaux n'ont pas été irrémédiablement endommagés par des philosophies obscurantistes du genre herméneutique, constructivisme-relativisme, paléomarxisme.Malheureusement, je n'ai pas de réponse à ma question.Je propose quand même (ça ne peut pas faire de mal) d'en faire le titre d'un éditorial ou d'une annonce publicitaire : « Cherchons projet politique novateur».On pourrait en profiter pour inviter les politologues canadiens à cesser pendant quelque; temps de citer des pseudosommités ou d'échafauder des modèles théoriques irréalistes pour réfléchir sérieusement, et avec un regard neuf, à la crise politique qui secoue en permanence le Québec, qui entrave sa croissance économique et.partant, celle de tout le pays.Nous avons besoin d'une évaluation scientifique des causes du problème si nous voulons être en mesure de concevoir des solutions réalistes.Ici comme ailleurs, une politique saine passe par une approche scientifique rigoureuse.Si nous nous laissons bercer par les beaux discours et les ratiocinations postmodernistes, nous ne sortirons jamais de la caverne.Mario Bunge Montréal, QC Un noble objectif Votre site Web est superbe et vos idées sur l'unité canadienne tout à fait pertinentes ! J'ai lu plusieurs articles avec beaucoup de plaisir, même si je n'ai pas encore fini.Vous poursuivez un noble objectif, et je vous en félicite.J'espère que l'unité du pays ralliera un nombre croissant de Canadiens, au fur et à mesure qu'ils en comprendront les bienfaits.Les enjeux sont trop importants pour que le débat se réduise à des questions personnelles qu'on laisse dégénérer en crises avant d'essayer de les résoudre.Vous offrez une tribune où l'on peut admirer ou contester les opinions, les idées, les idéaux et les principes des autres.Mille mercis, et que Dieu nous vienne en aide ! Al Soligo Orangeville, ON 12 Cité libre Été 2000 Les parasites de Cité libre Pour que nos lecteurs nient une Idée du type de lettre que nous recevons de temps en temps à Cité libre, nous reproduisons celle-ci exactement comme nous Pavons reçue, fautes incluses.Vous avez dû trouvez mes précédents messages crus et futiles.C'est pourquoi je tiens à vous signaler en language décent que je considère vos opinions comme insultants, stupides et je vous souligne que vous faites parti de la race de parasites qui empoisonnent le Québec, font de la propagande pour les Anglais qui ne cherche qu'à nous assimiler.Vous êtes les victimes de votre propre crédulité : vous ne vous rendez pas compte, avec vos petits esprits bouchés que si nous restons unis au Canada, on se fera écrasés, manger tout crus et que les Québécois francophones seront condamnés à disparaître ?Bien sûr, si vous mêmes êtes des anglophones, c'est la moindre de vos considérations.Pour terminer, je vous rappelerez comment, vous êtes minables, détestables et à quel point je vous méprise.En espérant que vous vous serez rendu jusqu'ici, je vous adresse des salutations juste pour la forme.Marc-Antoine Faubert Montréal, QC Une société juste En tant que citoyen des États-Unis, pays dont la structure constitutionnelle est fixée, pour ne pas dire figée, depuis bien longtemps, je suis fasciné par l'intérêt des Canadiens, surtout des Québécois, pour les questions constitutionnelles.Je constate qu'au Canada (y compris et, parfois, notamment au Québec), il existe une volonté, peut-être moins forte qu'avant, d'édifier une société juste.Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas vous laisser séduire par l'illusion reaganienne que des baisses d'impôt régleront comme par enchantement tous les problèmes économiques : qu'on l'invoque au nom de la « social-démocratie » ou de la responsabilité budgétaire, c'est toujours une illusion.Lors d'un récent voyage à Montréal, j'ai eu l'occasion de lire Cité libre.Cela m'a beaucoup intéressé, même si, pour un simple touriste, vos positions paraissent un peu exagérées (l'anglais ne semble pas très menacé sur l'île de Montréal ; en tout cas, on y entend plus d'anglais que de français à Toronto).Nathan Landau Berkelay, California L'héritage de Trudeau Larticle incisif de Robin Arguin, « Lautre réalité sur Trudeau » (Cité libre.Hiver 2000), m'amène à faire une comparaison entre la décentralisation du gouvernement fédéral réalisée par Trudeau et un mouvement similaire qui visait à donner plus de pouvoirs aux États de la fédération américaine.(Je mouvement a été le cri de guerre des idéologues aux deux niveaux de gouvernement aux États-Unis.En pratique cependant, cela n'a guère donné de résultats.Récemment, toutefois, la Cour suprême américaine a amorcé un virage vers la décentralisation.Elle a par exemple décrété que le gouvernement ne peut pas assujettir les employés d'un État aux lois fédérales sur la discrimination fondée sur l'âge.Les juristes et législateurs américains seraient sans doute les derniers à le reconnaître, mais l'héritage de Trudeau en matière de décentralisation fait tache d'huile.Frank Casey Denver, CO Un témoin privilégié Je viens de renouveler mon abonnement à votre excellente revue pour une autre année.D'origine japonaise, le destin m'a donné la chance d'étudier la science politique à l'Université Laval de 1967 à 1970.Je suis retourné au Japon après la crise d'Octobre et suis revenu à Québec en 1975 avec l'intention d'y vivre en permanence.Toutefois, je vis à Toronto depuis 18 ans.Mon séjour à Québec coïncidait avec la période des grands événements politiques du Québec et du Canada, la période la plus excitante de l'histoire politique canadienne, ce qui a fait de moi un témoin privilégié du Québec et du Canada auprès des Japonais.Je suis actuellement chroniqueur pour The New Canadian, un hebdomadaire bilingue destiné aux Japonais et aux Canadiens d'origine japonaise.Votre revue alimente ma réflexion.Yukio Endo Toronto, ON Été 2()0() 13 Où est l'esprit de Maritain ?Je vous félicite d'avoir publié l'analyse incisive et perspicace de Frédéric Boily, « L'esprit de l'abbé Groulx » (Cité libre.Hiver 2000).sur la série d'articles publiée par Le Devoir l'été dernier et intitulée « Penser la nation québécoise ».Boily montre qu'un grand nombre d'intellectuels bien en vue au Québec continuent de souscrire à la philosophie politique de Lionel Groulx, qu'il qualifie de nationalisme organisciste (la Nation, entendez l'État, est un organisme vivant, un individu collectif).Gela m'a incité à relire IJhomme et l'État, de Jacques Maritain.qui fut publié en 1953 par les Presses universitaires de France.Ce livre reste pour moi l'ouvrage de référence pour comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans une saine démocratie.Le premier chapitre.« Le peuple et l'État », propose des définitions lucides de termes ordinaires : nation, corps politique et État.Pour Maritain.l'État est une conception de la raison, une œuvre d'art, une action morale décidée par le peuple, pour le peuple, et destinée à servir et à protéger - en toute justice - les individus et les nations regroupés dans le tout que constitue la société politique.L'Etat n'est pas une personne, ce n'est pas une sorte de surhomme collectif.Ceux qui l'ont affublé de ces attributs ont favorisé, sinon l'instauration d'un État totalitaire divinisé, tout au moins un climat propice à des rivalités ethniques futiles.Contemporain de Lionel Groulx, Maritain était lui aussi un catholique convaincu, mais il s'opposa vigoureusement au nationalisme organiciste de celui-là en prônant la séparation de l'Église et de l'État, en affirmant que le véritable pluralisme doit se nourrir d'amour civique, et en montrant que tout amalgame entre l'État et la Nation aboutit à une perversion des deux.D'aucuns prétendent qu'à une certaine époque, l'œuvre de Maritain faisait partie des programmes scolaires du Québec.Mais aujourd'hui, ses idées n'ont plus cours.J'aimerais bien savoir pourquoi ?Robert Verrat Saint-jean-Baptiste, QC Michael Behiels a tort Dans un récent article (Cité libre.Hiver 2000).Michael Behiels écrit, à propos de Jean Chrétien et de Stéphane Dion : « Le président Clinton leur sauva littéralement la mise ».Stéphane Dion et Jean Chrétien maîtrisent bien mieux la politique et le golf que Michael Behiels ne maîtrise l'analyse politique.Le président Clinton n'aurait pas pu profiter de cette tribune si Dion n'avait pas organisé le Forum des fédérations.Jean Chrétien n'a peut-être pas l'éloquence de Pierre Trudeau, mais il est suffisamment malin pour savoir encaisser un jeton auprès d'un partenaire de golf, au moment opportun.J'ai plutôt du mal à imaginer Pierre (levant le neuvième trou avec Bill.Clinton est un dirigeant de stature internationale, qui se tient à l'écart de la politique sectaire et antagoniste des nationalistes québécois.Il a su par son discours, et mieux qu'un premier ministre n'aurait pu le faire, replacer dans leur contexte les arguments spécieux de Bouchard et de Facal.John Taylor Merritt, CB 14 Été 2000 Opinions > Les jurons et l'intégration Nous avions beaucoup de points communs, mon voisin et ami Maurice, et moi.Tous les deux à quelques années de la retraite, nous luttions contre la récession, chacun dans notre petite boutique: moi.dans l'imprimerie, lui.dans la confection de voilages sur mesure.Nous avions aussi tous deux des difficultés avec une langue officielle: lui avec l'anglais, moi avec le français, que nous n'avions pas appris à l'école mais bien glané dans la rue et au travail.Et pourtant, cela ne nous empêchait pas de nous rendre visite dès que le carnet de commandes s'allégeait, et d'avoir de longues conversations en « franglais » autour d'une tasse de café brûlant, en hiver, ou d'une bière bien fraîche, en été.Nous étions voisins et nous nous entendions bien, nos deux boutiques se faisant face à l'intérieur d'un énorme bâtiment industriel situé le long d'une voie ferrée bruyante.Nous buvions notre bière en jasant un peu de tout, parfois de rien, mais tôt ou tard, même si nous nous efforcions d'éviter le sujet, la question de la langue et de la constitution revenait sur le tapis.Bien sûr.ni l'un ni l'autre n'était expert en la matière, mais si les experts étaient les seuls autorisés à émettre une opinion politique, Québec et Ottawa seraient plongées dans un silence macabre.«Dis-moi, franchement, lançait invariablement Maurice pour entamer l'un de nos minidébats culturels, tu étais jeune quand tu es arrivé à Montréal, pourquoi as-tu commencé par apprendre l'anglais plutôt que le français?».Kl je lui donnais toujours les mêmes raisons, que je connaissais par cœur : les écoles françaises ne voulaient pas de moi ; la plupart des entreprises de Montréal étaient dirigées par des anglophones: comme j'étais immigrant, j'avais d'autres priorités: trouver un emploi, un appartement pas trop cher et une voiture d'occasion.(Pour des raisons (lui m'échappent aujourd'hui, la voiture me paraissait alors indispensable.) « Bien sûr.répondait Maurice, tu me l'as déjà dit, et de bien des façons, mais voyons, tu aurais pu apprendre le français si tu avais vraiment voulu.» A ce moment-là, comme par consentement tacite, le débat s'arrêtait net.« Je crois que mon téléphone sonne ».disais-je avant de retourner dans ma boutique, (l'est vrai que.la plupart du temps, nous avions alors terminé notre bière.De retour dans ma boutique, bercé par la cadence des rotatives, je repassais dans ma tête toutes les raisons valables et rationnelles qui m'avaient amené à adopter l'anglais, et tout d'un coup, l'explication qui m'avait échappée et qui rendait Maurice perplexe me venait à l'esprit : comme la majorité des immigrants en Amérique du Nord, j'avais choisi l'anglais non pas parce que c'était la langue de Chaucer, de Shakespeare ou de la reine Victoria, mais parce que l'anglais déformé et abâtardi de l'immigrant américain n'en était pas moins une langue parlée avec bonheur par des millions de bouches, grandes ou petites, glabres ou moustachues, et que cette langue, tolérante et facile à apprendre, aurait certainement pu cimenter la tour de Babel.Avec un total de 300 mots, un nouvel immigrant pouvait raisonnablement fonctionner n'importe où en Amérique du Nord.11 pouvait trouver un emploi, négocier la location d'un appartement, courtiser une fille, se marier et avoir une progéniture.Avec un vocabulaire de 500 mois, il pouvait créer sa propre entreprise et se tailler un empire industriel.Avec 1 000 mots, il pouvait se faire élire ou écrire un grand roman canadien.Du balai, l'espéranto ! Le monde entier baragouine l'anglais! Comme beaucoup d'autres jeunes immigrants arrivés juste après la guerre, je me sentais symboliquement accepté par cette nouvelle langue, même lorsque j'essayais de me familiariser avec les jurons : « Qu'est-ce qui ne va pas avec mon maudit ?mon tabamouche?*, demandais-je.Inquiet, à mes collègues francophones.« C'est ton Été2000 CTité libre 15 Opinions'- accent qui est drôle ».répondaient-ils en riant.Comme je voulais vraiment être intégré par mon nouveau milieu, je passais des heures devant le miroir à essayer de prononcer correctement labarnouche.Mais en vain.Même quand j'avais un problème avec une rotative, mon labarnouche angoissé faisait hurler de rire mes collègues de travail.Manifestement, même pour jurer, je n'étais pas assez pure laine ! Je me suis donc mis aux jurons anglais et là.Eureka, même avec mon fort accent d'Europe de l'Est, ça marchait.Personne ne se moquait plus de moi.ni chez les anglophones, ni chez les francophones.Finalement, j'étais accepté, j'étais devenu canadien.Pour les jeunes immigrants dont je faisais partie et qui se retrouvaient dans les sous-sols des cafés modernes du centre-ville, l'emploi de jurons anglais était devenu synonyme d'égalité et d'acceptation dans la société canadienne.Nous avions pris l'habitude de nous saluer, de nous féliciter et de nous consoler de nos échecs à grands renforts de jurons.Je pensais à mes parents restés dans la vieille Europe : « S'ils m'entendaient ! ».Avec du recul, je pense que c'est l'aspect tolérant, indulgent, inclusif et non prétentieux de l'anglais abâtardi de l'immigrant nord-américain qui nous a attirés, comme il a attiré d'innombrables autres immigrants démunis dont la priorité était de trouver un emploi, un toit et de la nourriture, avant la langue et la culture.Sanglais a été pour l'immigrant une langue généreuse.Et nous, ses anciens bourreaux, ne l'oublierons jamais.Quand on vous offre, de quelque façon que ce soit, de faire partie d'une société, et que vous acceptez, le ciment qui vous unit est indestructible.Ed Binder Montréal, QC L'étiquetage des OGM En tant que vice-président de l'Association des producteurs de maïs de l'Ontario, je tiens à vous dire que la polémique qui entoure toute la question de l'étiquetage des organismes génétiquement modifiés (OGM) est d'autant plus absurde que, dans la plupart des aliments fabriqués à partir de végétaux transgenic)ues, il est impossible de détecter des OGM.Modification génétique signifie changement de l'ADN (le code génétique) des plantes, ce qui implique généralement un changement d'une ou de plusieurs molécules.On peut généralement détecter ces changements par un test de l'ADN ou des protéines.Toutefois, dans le cas du maïs, du soja et du canola transgéniques, (qui sont les principales céréales génétiquement modifiées au Canada), l'ADN ou les protéines ainsi modifiés disparaissent dans le processus de transformation de la céréale en toutes sortes de produits alimentaires.Les fécules et les sucres fabriqués à partir du maïs ainsi que les huiles végétales (margarine, etc.) fabriquées à partir des trois céréales ne contiennent pas d'ADN ou de protéines.LADN et les protéines que contiennent le maïs, le soja et le canola cultivés au Canada se retrouvent quasi entièrement dans les aliments pour le bétail et sont réduits en simples unités biochimiques pendant la digestion animale.Si bien qu'on ne trouve pratiquement aucune trace d'OGM dans la plupart des aliments fabriqués à partir du maïs, du soja et du canola génétiquement modifiés.Les tests posent d'autres problèmes : étant donné que les gènes utilisés pour le maïs, le soja et le canola transgéniques proviennent de bactéries qu'on trouve communément dans la terre de culture, il suffit qu'un peu de terre se mélange aux .graines récoltées pour que les tests soient positifs, quand bien même l'espèce cultivée n'aurait pas été génétiquement modifiée.De plus, la plupart des tests commerciaux sont soit très coûteux (environ 500 $ par échantillon pour un test d'ADN), soit imprécis, ou encore les deux.Cela nous amène à la question de l'étiquetage.Certains magasins en Angleterre et ailleurs aflirment ne pas utiliser d'aliments fabriqués à partir d'ingrédients transgéniques, mais d'après les fournisseurs, ils veulent parler d'« ingrédients transgéniques détectables ».En fait, les nouvelles normes européennes dépendent de la capacité de détection.Mais s'il est impossible de mesurer les modifications génétiques, que signifie alors « non transgénique » ?Comment le consommateur pourra-t-il savoir si le vendeur dit la vérité ?16 Été2(X)() Opinions» Les règles d'étiquetage proposées au Japon ne portent que sur les aliments dans lesquels on peut détecter des ingrédients transgéniques.Les Japonais reconnaissent donc qu'il est tout aussi inutile d'élaborer des normes qu'ils ne pourront pas faire appliquer que d'étiqueter des aliments dont les ingrédients provenant d'espèces transgéniques sont chimiquement identiques aux mêmes ingrédients non transgéniques.Par ailleurs, les Japonais et les Européens continuent d'être très rigoureux quant à la définition de « modification génétique ».lis incluent les transferts d'un seul gène d'une espèce à l'autre, mais ils excluent la plupart des formes de modification génétique, notamment les mutations génétiques induites artificiellement (par irradiation ou par drogues mutagènes).Le Canada a adopté une approche originale en ce sens qu'il exige que soient soumis à des tests laborieux tous les « nouveaux aliments » produits à partir d'une mutagénèse artificielle ou d'autres formes de modification génétique, y compris la technique courante du transfert d'un seul gène d'une espèce à l'autre.Le gouvernement du Canada continue de privilégier l'étiquetage facultatif.Il est clair que les militants et les consommateurs lui demandent d'adopter une définition de « transgénique » aussi large que possible.Les enquêtes réalisées auprès des consommateurs, en décembre 1999, pour l'Ontario Agri-Food Technologies, qui a son siège à Guelph, montrent que le public canadien se méfie bien davantage de la modification génétique due à une mutagénèse artificielle que d'un transfert de gène d'une espèce à l'autre, et qu'il se méfie au moins autant des aliments dans lesquels on ne peut pas détecter d'ingrédients transgéniques que des autres.Si l'on veut tenir compte de ces inquiétudes, il faudra peut-être étiqueter 95%, et même plus, des aliments importés ou produits au Canada.La modification génétique se pratique depuis des années pour améliorer le rendement, la qualité et la résistance des cultures, d'où la fréquence des organismes transgéniques dans l'alimentation moderne.Terry Daynard Guelph, ON Réflexions sur la langue Je n'avais pas un don particulier pour apprendre une autre langue, mais cela a néanmoins été un élément décisif dans ma carrière politique.Comme tous les apprentis pilotes de guerre des pays du Commonwealth, j'ai dû quitter mon pays, l'Angleterre, pour me rendre à Halifax avant de gagner Montréal par train.Le Canada offrait en effet à ses alliés la sécurité de son vaste territoire pour y entraîner ces fameux pilotes de guerre qui devaient jouer un rôle décisif dans l'issue de la Deuxième Guerre mondiale.J'ai passé les six premières semaines à Montréal avant de me rendre à l'École de pilotage de l'est de l'Ontario, à St-Eugène, et c'est là que j'ai eu mon premier contact avec la « langue ».Après avoir constaté que tout le monde parlait anglais à Montréal, j'ai été surpris de voir qu'on parlait principalement français dans ce petit aéroport.Les instructeurs portaient des noms français et parlaient peu anglais.Tous les employés étaient francophones, y compris le cuisinier, petit et trapu, que nous aimions tous.Les habitants du petit village ne parlaient que le français et, pourtant, nous étions en Ontario.Lorsque je suis monté pour la première fois dans un avion Fleet Finch, sur la banquette arrière, la seule chose que je voyais, c'était la nuque de mon instructeur.Il m'expliquait ce qu'il fallait faire, et je ne comprenais pas un traître mot.Finalement, nous avons tous réussi le cours.Ensuite, j'ai été affecté à l'aéroport d'L'plands, à Ottawa.Dès que nous avions du temps libre, nous allions de l'autre côté de la rivière, à Hull.Quand, plus tard, j'ai reçu mon insigne de pilote, j'étais absolument convaincu, tout comme mes camarades, que le Canada était un merveilleux paradis bilingue.C'est donc tout naturellement qu'après la guerre, j'ai décidé d'émigrer au Canada, plus précisément au Québec.Je n'entrerai pas dans les détails.Sachez simplement qu'en 1972, je me suis fait élire au Parlement fédéral.Pierre Trudeau, qui était mon idole, m'y avait précédé de quelques années.Le gouvernement fédéral prêchait le bilinguisme, mais il ne joignait pas toujours l'acte à la parole.Un jour, je me fis gentiment reprocher par M.Trudeau mon («ces de zèle.Ma femme avait reçu du Été2000 r Opinions» «Gentilhomme au Bâton noir» une invitation officielle, mais rédigée uniquement en anglais, et j'avais eu l'audace de suggérer qu'en cas de doute sur la langue parlée par le destinataire, on envoie une invitation dans les deux langues officielles, comme c'était le cas de tous les documents déposés à la Chambre par le gouvernement.Un autre jour, John Turner, alors ministre des Finances, demanda le consentement unanime de la Chambre pour déposer des documents en anglais uniquement.Je refusai, tout en sachant que j'allais me faire couper la tête ! Mais permettez-moi de replacer l'incident dans son contexte.Je m'étais lié d'amitié avec deux députés du Crédit social qui m'invitaient régulièrement à leur table, au dîner, afin de parfaire leur anglais, et moi, mon français.Un soir, je leur demandai pourquoi ils n'avaient pas participé au débat à la Chambre, sur une question qui les intéressait directement.Leur réponse me sidéra : ils n'avaient pas pu y participer car les documents pertinents, rédigés en anglais uniquement, n'avaient été envoyés qu'à ceux qui pouvaient lire des documents « anglais » ou « bilingues ».J'avais du pain sur la planche ! Mon action ne m'attira pas que des sympathies, loin de là ! Le bureau de poste livrait les documents du gouvernement aux bureaux des députés, mais comme je voulais recevoir tous les documents dans les deux versions, ils devaient être déposés dans deux paniers distincts, « Herbert français » et « Herbert anglais ».De cette façon, j'étais sûr que les règles étaient respectées.Cela me permettait également de vérifier où en était la traduction d'un communiqué ou d'un document ministériel.Je devins la bête noire des fonctionnaires et du personnel des ministres.Je me demande souvent comment les choses ont évolué après ma défaite aux élections.Maintenant, il appartient à d'autres de poursuivre le combat.Plus de 50 ans après mon arrivée au Canada, je vis dans une famille bilingue, dans un environnement bilingue, et dans une province et un pays qui offrent la meilleure qualité de vie au monde.Hal Herbert Hudson, QC Un gouvernement ethnocentrique Dieu merci, il n'y a pas que la politique dans la vie ! Au Québec, la plupart des francophones n'ont pas avec les anglophones une expérience aussi négative que l'élite nationaliste voudrait nous le faire croire.Et les relations de la plupart des anglophones avec les francophones ne sont pas souillées par le venin et la vulgarité des dirigeants nationalistes francophones et des Gaiganov de ce monde.Sur le front social, c'est très branché, chez les jeunes francophones d'aujourd'hui, d'avoir une copine anglaise et de parsemer ses conversations de termes anglais.C'est aussi très branché d'être un fils ou une fille d'immigrant « trilingue ».À l'instar du maire Bourque, bon nombre de francophones adultes, fatigués de voir leurs familles s'entre-déchirer dans les débats référendaires, se sont débarrassés de l'obsession nationaliste qui se nourrit d'humiliations d'antan.La plupart des anglophones sont bilingues et beaucoup sont mariés à des francophones.Sur le front économique, la collaboration entre les milieux financiers francophones et anglophones n'a jamais été aussi intense ; elle s'est aussi nettement améliorée entre les syndicats canadiens et québécois.Les troupes de danse et de théâtre travaillent ensemble plus que jamais.Toutes ces activités témoignent d'une certaine assurance, d'une certaine confiance en soi, et certainement pas d'une perte d'influence des francophones.Or, la raison d'être du PQ - son programme, son orientation et sa composition - est de défendre les droits et les privilèges de la majorité franco-québécoise.Un tel ethnocentrisme peut convenir à un mouvement ou à une association, mais pas à un gouvernement.Lorsqu'un parti politique dirige un gouvernement, il doit s'efforcer de représenter tout le monde.Le PQ n'a pas fait beaucoup d'efforts dans ce sens, c'est le moins que l'on puisse dire.Prétendre que le PQ n'est pas ethnocentrique revient à s'extasier sur les atours d'un empereur tout nu.James G.Kelly Montréal, QC IX Cité libre Été 2000 Opinions Qui a peur des stereotypes ?Avez-vous remarqué comment on dit souvent que dans le monde de demain, les différences raciales et ethniques ne voudront plus rien dire ?Tout ceci est évidemment attribuante à une certaine forme de rectitude politique bien connue, qui découle d'un paradoxe des plus étranges relatif au discours sur les minorités.Ainsi, alors qu'on nous dit de toute part qu'il faut reconnaître les minorités et leurs différences, l'on stigmatise par ailleurs ceux qui remarquent certaines de ces différences fondamentales, même s'ils ne le font qu'à titre comparatif: l'on s'imagine à tort que celles-ci ne sont en rien révélatrices.Les exemples démontrant le contraire sont pourtant nombreux.Prenons simplement la série de tueries aux États-Unis: les attentats des dernières années dans les établissements scolaires ont tous été commis par de jeunes Blancs.Or, dans le contexte actuel, personne ne peut souligner la chose sous prétexte de passer pour raciste.Kt pourtant, il s'agit d'une question intéressante.Car si les guerres de gang sévissent dans certains quartiers Noirs ou latinos particulièrement durs des États-Unis, le geste de folie meurtrière névrotique reste, à une écrasante majorité, une affaire de Blancs.Ce qui est dangereux dans les stéréotypes, c'est, bien sûr.la généralisation de quelques traits que l'on applique sans discernement à un certain groupe social.Cependant, nier complètement la base factuelle du stéréotype est souvent aussi néfaste que contre-productif.Si le stéréotype veut que les immigrants indiens excellent aujourd'hui à Silicon Valley, ce n'est pas parce que quelqu'un s'est levé un matin en disant : « Tiens, si on inventait le stéréotype des Indiens bons en informatique ! », c'est parce que de 1995 à 1998, par exemple, les Indiens ont crée environ 10% des entreprises informatiques de la région.Si le stéréotype de la forte présence juive dans l'industrie du textile existe encore aujourd'hui, c'est parce que.dans cette communauté comptant pour seulement 2.3% de la population américaine, on retrouve un très grand nombre de designers connus, dont: Donna Karan, Calvin Klein, Ralph Lauren, la famille Fisher, fondatrice de la chaîne Gap.Isaac Mizrahi, et Levi Strauss, fondateur de l'empire Levi's au XIX' siècle.Si le stéréotype de l'excellence athlétique des Noirs existe, c'est parce qu'aux États-Unis, on retrouve dans ce groupe un pourcentage d'athlètes et de champions beaucoup plus grand que le 12% de la population qu'ils représentent : de Muhammed Ali à Tiger Woods, en passant par Mike Tyson, Michael Jordan.Wilt Chamberlain ou Cari Lewis.Ce n'est pas parce qu'un hurluberlu en a décidé ainsi, indépendamment de toutes les observations ou informations statistiques.Si le stéréotype de l'immense contribution artistique des gays au monde de la littérature et des arts existe, c'est parce qu'avec une population de quelque 5 ou 10% de l'humanité, ils ont donné à celle-ci Marcel Proust.André Gide, Wall Whitman.\ndv Warhol.Michel-Ange et combien d'autres.S'il faut, avec raison, combattre les exagérations abusives des stéréotypes, il ne faut pas pour autant les nier systématiquement chaque fois qu'ils ne font pas l'affaire de tel ou tel groupe.Les jeux Olympiques sont aussi fort révélateurs.Au début du mois de juillet, un coureur Danois remportait la finale du 800 mètres lors d'une compétition internationale.Or.ce coureur Danois est d'origine africaine.La raison de ce succès Été2000 CTité libre 19 Opinions danois ne pouvait pourtant pas être mentionnée, comme si le fait de dire que le Danemark a remporté cette course parce qu'il alignai! un Noir à la ligne de départ était raciste.Quelle idiolie! Si le Canada a remporté la médaille d'or au 4x100 mètres aux Jeux d'Atlanta, c'est parce que son équipe de relais était composée de quatre Noirs capable de tenir tête aux quatre autres de l'équipe américaine.Tout simplement.Dans quelques décennies, j'espère que lorsqu'on annoncera les résultats des jeux Olympiques, on nous dira que le Japon avec un athlète d'origine éthiopienne aura remporté la finale devant le Coréen originaire du Soudan.En finale du plongeon de trois mètres, le fiançais Chung Vu Fat l'aura remporté devant l'Allemand Kim Yu Kong et le Rwandais Jean-Pierre Duhamel.Bien entendu, cette évolution ne se limitera pas aux seuls jeux Olympiques.En finale du concours canadien de mathématiques ou de sciences, le Québécois \hmed Abdel Kébir aura alors remporté le premier prix devant rontarien Vim Kim i'hong et l'Albertaine Désirée Amelooyona.Imaginez un peu ! Enfin un monde idéal.Enfin un monde sans frontières géographiques où les différences ethniques et raciales ne voudront plus rien dire.Yvan Petitclerc Montréal, QC Les identités s'ajoutent « La vision dualiste de l'histoire canadienne», tel était le sujet d'un débat tenu le 2li février à l'Université Laval.Les trois conférenciers - Claude Ryan, Guy Laforest et Hugh Segal - ont tour à tour expliqué leur vision personnelle du Canada.Après un certain moment, une question a accaparé mon esprit, J'entendais continuellement dualité, dualité.alors je me suis hasardée à demander : « Je vous entends beaucoup parler de dualité, que pensez-vous de l'affirmation suivante: dans une démocratie, les identités s'ajoutent et ne se soustraient jamais! Qu'en pensez-vous, est-ce conforme ou en contradiction avec la dualité ?» l n silence se produisit, comme si tout le monde réfléchissait en même temps.Chacun se regardant pour savoir qui répondrait à cette tuile lancée dans le discours officiel par une simple petite madame.Peut-être que ce questionnement n'a jamais fait partie des discours structurés et prév us par les spécialistes de la politique.Hugh Segal a plongé et m'a dit: « Madame vous êtes très optimiste ! » Et là il a refait le discours des nationalistes : « Vous comprendrez, il faut protéger notre culture », etc.Il y avait des jeunes de diverses origines.Lun d'eux m'a lancé un regard d'admiration et j'ai senti qu'il partageait mon affirmation du début.Je crois fermement que l'exclusion d'une identité, parce qu'elle est différente de la nôtre, est une offense à la démocratie.Et la Déclaration universelle des droits de l'Homme est formelle à ce sujet.Le fédéralisme nous permet justement de ne pas nous départir d'une identité, mais d'en ajouter une.Marie-France Legault Québec, QC Qui est derrière cette confusion ?Il y a quelque temps, je causais à Paris avec une dame française très distinguée qui me demandait pourquoi le Canada refusait au Québec l'indépendance que cette province désirait.Cette dame avait rencontré des Québécois qui l'avaient bien mal renseignée.Je lui ai expliqué que dans notre système fédéral, contrairement au système français, les gouvernements provinciaux sont souverains en plusieurs domaines importants, tandis que le gouvernement fédéral canadien a des pouvoirs limités.J'ai précisé que même s'il en avait eu le pouvoir, le gouvernement canadien n'aurait pas pu proposer l'indépendance au Québec, parce que lors des deux référendums organisés par le gouvernement québécois en mai 1980, puis en novembre 1995, les électeurs québécois avaient voté contre l'indépendance, même accompagnée d'une association ou d'un partenariat avec le reste du Canada.Il y a quelques années, ma femme et moi étions invités à rencontrer des touristes français dans un restaurant d'Ottawa.Après les présentations d'usage, on me dit : « Dites monsieur Rainville, vous êtes d'Ottawa et vous pariez français?Expliquez-nous, s'il vous plaît.Nous 21} Cité libre Été2000 sommes arrivés du Québec hier soir, et en entrant à Ottawa, notre jeune guide québécoise nous a dit ceci : "Maintenant c'est fini, il n'y aura plus de français ; partout ce sera la langue anglaise".En conséquence, en visitant votre ville ce matin, nous n'avons fait qu'utiliser le peu d'anglais que nous connaissons et.dans tous les cas, on nous a répondu en excellent français.Expliquez-nous, s'il vous plaît, nous ne comprenons pas.» Je leur ai alors expliqué que l'intense propagande sécessionniste a fini par faire croire à beaucoup de monde qu'au Canada, c'est seulement au Québec qu'on parle français.Pourtant, dans la seule ville d'Ottawa, en Ontario, on compte plus de 110 000 personnes de langue maternelle française.C'est deux fois plus qu'à Hull au Québec, ville voisine d'Ottawa, et c'est à peu près le même nombre de francophones qu'au Lac-St-Jean (Saguenay exclus), où je suis né.De plus, bon nombre d'anglophones parlent aujourd'hui français.J'ai ajouté que la propagande soutenue des 40 dernières années avaient engendré beaucoup d'ignorance au sujet de notre histoire et de nos réalités.Il y a deux ou trois ans, je mangeais dans un petit restaurant du centre-ville d'Ottawa.Une femme et deux jeunes enfants attendaient patiemment que des places se libèrent.Lorsque trois chaises devinrent libres près de moi, je me suis levé et j'ai dit à la dame: « Prenez place, je vous en prie.Aussitôt elle me regarde, souriante : - Monsieur est québécois?- Non, je suis de nationalité canadienne.- Mais Monsieur parle français ! - D'où venez-vous, chère Madame ?- De la Beauce, au sud de Québec.- Vous ne savez peut-être pas qu'il y a plus de 110 000 francophones à Ottawa.Se pourrait-il qu'il y ait plus de francophones ici que dans la Beauce ?» Le ciel venait de tomber sur la tête de cette dame, découvrant qu'il y avait des francophones en Ontario.et plus que chez elle.Plus récemment, j'expliquais à un jeune homme de Grenoble, France, étudiant à la Cité collégiale d'Ottawa, que lors du référendum du 30 octobre 1095.un peu plus de la moitié des électeurs québécois avaient répondu Non au projet de souveraineté-partenariat du gouvernement du Québec.Ce jeune homme lut surpris, car il croyait que c'était l'ensemble des Canadiens hors Québec qui avaient voté contre le projet québécois.Or, ce référendum avait été organisé par le gouvernement du Québec et s'adressait aux seuls citoyens du Québec.Les faits mentionnés ci-dessus (et beaucoup d'autres semblables) reflètent la confusion énorme qui entoure notre histoire politique récente.Y a t—il un système de propagande derrière cette confusion ?Qui sont les propagandistes ?Les éducateurs ?Les journalistes ?Les politiciens?Qui, sinon l'élite nationaliste, a intérêt à propager cette confusion ?Roland Rainville Ottawa, ON Le mythe Bill Johnson Bon nombre des observateurs qui ont analysé la décision de Bill Johnson de quitter la présidence d'Alliance Québec (AQ) négligent plusieurs éléments.En supposant que M.Johnson va disparaître complètement de la scène politique, ils trahissent, sinon un vœu pieux, tout au moins une profonde méconnaissance de l'homme en question.Celui-ci est resté à la tête de l'AQ jusqu'en mai et a pu livrer l'assaut aux dispositions de la loi 101 relatives à la langue de travail.Cette poursuite judiciaire n'a pas manqué de déclencher des salves oratoires, auxquelles M.Johnson n'est certes pas resté indifférent.A moins (mil ne soit atteint d'une maladie incurable ou (pie ses talents ne soient sollicités par nos voisins du sud, M.Johnson va encore faire parler de lui pendant un bon bout de temps.C'est un animal politique, et il ne restera pas sur la touche pendant longtemps.D'autres observateurs s'imaginent aussi que l'AQ retrouvera sa docilité d'antan.C'est peu probable et, comme le faisait remarquer John Trent dans The West Quebec fast, le remplaçant de M.Johnson sera peut-être encore plus radical que lui.Enfin, certains prétendent que la présidence de M.Johnson a été un échec total, que son refus de se représenter est un désaveu de ses politiques et de sa stratégie.Or.Johnson est sans doute le président le plus efficace que l'AQ ait Été 2000 21 Q pinions*- jamais eu : sans lui.elle n'aurait jamais réussi à contester la loi sur l'affichage devant les tribunaux, pour ne donner qu'un exemple des succès qu'il a enregistrés pendant ses deux mandats.Sur un autre plan, il y a deux éléments qu'il faut prendre en compte: Johnson n'est pas et n'a jamais été un radical, et la communauté anglophone du Québec a besoin d'un porte-parole influent.Nous, Québécois de toutes les communautés linguistiques, sommes engagés dans un combat politique à long terme.À cet égard, Bill Johnson a joué et continuera de jouer un rôle important.Il est ridicule et suicidaire de s'imaginer qu'il faut à tout prix se ranger derrière un seul homme, que l'« unité » exige une approche homogène et qu'il faut ménager les susceptibilités de l'adversaire, même du plus belliqueux.Il faut savoir brasser la cage.J'ai commencé par affirmer que Johnson n'est pas radical : cela peut paraître extrême mais, dans n'importe quel pays à part le néttre.la cause qu'il poursuit serait jugée plutôt libérale : l'égalité devant la loi, l'égalité en matière d'éducation, l'égalité dans le monde du travail.Il n'y a rien là de particulièrement radical.D'aucuns rétorqueront que si ses objectifs ne sont pas radicaux, ses tactiques le sont, par contre.Qu'en est-il vraiment ?Des manifestations, des lettres publiques, des contestations devant les tribunaux, des appels au boycottage de certains magasins et entreprises : qu'y a-t-il de radical là-dedans ?Dans les années 60.de telles tactiques auraient été jugées bien timorées.Les radicaux sont des révolutionnaires qui veulent modifier de fond en comble un système économique et politique.Ils remettent constamment en question, à tort ou à raison, un système social donné, et c'est le cas par exemple du maoïsme et du marxisme.Or, Johnson ne s'est jamais aventuré sur un terrain aussi glissant.Enfin.Johnson n'est ni un démagogue ni un fanatique.Il sait quand il doit faire marche arrière, et il en donne la preuve aujourd'hui.Les fanatiques courent à leur propre destruction, entraînant avec eux leurs partisans et ceux qui se trouvent sur leur chemin.Johnson, lui, a su mettre un terme à sa campagne pour l'affichage en anglais dans les magasins de Montréal au bon moment, juste avant que les fanatiques nationalistes ne lancent leur contre-offensive.Sa stratégie était efficace, bien pensée et opportune.Certes, ses propos peuvent être cinglants, sa ténacité, fatigante, et sa rhétorique, profondément frustrante.Il ne joue pas au tennis avec ses adversaires, contrairement à certains chroniqueurs de The Gazette.Mais Bill Johnson n'est ni un fanatique, ni un radical, ni un nihiliste, sauf pour les nationalistes et leurs thuriféraires parmi les médias.Il vient de faire un beau coup dans la partie d'échec qui se livre au niveau politico-linguistique; elle n'est pas près d'être finie.lui non plus d'ailleurs.Tant mieux si ce n'est pas notre seul combatant, mais heureusement qu'il est de notre côté.Fred Ryan Aylmer, QC Voilà une question claire ! Quand on pense au projet de loi sur la clarté, on peut se demander ce que veut dire au juste « une question claire » ?D'après la loi québécoise sur la protection du consommateur, celui-ci a le droit de savoir, avant de signer un contrat, non seulement ce qu'il obtient en échange, mais aussi combien il va payer exactement.Pour moi.c'est ça une question claire: êtes-vous prêt à payer tant pour avoir telle chose ?Il faut connaître à la fois la nature de la marchandise et son prix.Pour ce qui est du projet de loi sur la clarté lui-même, j'ai une critique à formuler.Je dois être un genre d'extrémiste car je ne reconnais pas à l'c< Assemblée nationale » le droit de décider du libellé de la question.Si les Québécois, les Albertains ou les Terre-Neuviens ne veulent plus faire partie du Canada, ils ont le droit de se séparer, mais ils ont aussi le devoir d'exprimer clairement et sans équivoque, au reste du Canada tout autant qu'à eux-mêmes, leur désir de ne plus être canadiens.J'estime que les Canadiens ont le droit d'exiger cela du Québec.Pour ce qui est d'une question claire, je me souviens qu'en mars 1995, le PQ discutait déjà ouvertement du libellé de la « question gagnante ».À peu près à la même époque, le magazine québécois L'actualité publiait un sondage exhaustif sur 11 Été2(XXJ Opinions» les attitudes des Québécois, sondage qu'il avait intitulé NOLJI.Ce qui m'a le plus surpris dans ce sondage, c'est que même si 49% des répondants se disaient souverainistes, seulement 16% étaient prêts à renoncer à la citoyenneté canadienne au cas où le Québec deviendrait indépendant.Voici la question que je préconise : « Voulez-vous renoncer, pour vous et pour vos descendants, au droit à la citoyenneté canadienne et recevoir à la place la citoyenneté d'un Étal indépendant du Québec ?».lack Shultz Montréal, QC Quand séparation signifie annexion Les séparatistes du Québec prétendent que, si une majorité claire se déclare favorable à la souveraineté, Ottawa sera bien obligé de négocier un nouveau partenariat avec un Québec indépendant.Mais l'avenir leur réservera peut-être autre chose car la sécession du Québec fera inévitablement ressortir les similitudes qui existent entre le Canada et les États-Unis.Une fois le Québec séparé, les régions anglophones de l'Amérique du Nord deviendront des parties d'un même tout, et la frontière artificielle qui les sépare aura de moins en moins sa raison d'être.Lunion politique entre les deux familles anglophones sera une solution de plus en plus séduisante pour la plupart des Canadiens et des Américains.D'où le scénario fort possible d'une gigantesque fédération anglophone entourant le Québec sur trois fronts.Ce ne sera pas une mauvaise chose en soi, car le pays qui est déjà le plus puissant au monde en sortira encore plus fort politiquement, militairement et économiquement.Mais cela marquera aussi la lin du rêve et des réalisations de plusieurs générations de Canadiens qui voulaient prospérer dans un pays à eux.Toute notre' histoire passera dans l'oubli.Les générations futures, qui se diront Américaines, se demanderont comment les générations antérieures ont pu vouloir bâtir un pays distinct.A cet égard, les soins de santé ne sont certainement pas le seul enjeu pour le Canada.Même s'il est possible qu'un Québec indépendant réussisse à mieux protéger sa langue et sa culture, sa grande dépendance économique à l'égard de la gigantesque fédération américaine le rendra extrêmement vulnérable.Il se sentira à l'étroit, encerclé par la nation la plus puissante au monde, si bien qu'il sera obligé de négocier une sorte d'intégration dans cette super fédération, où il aura encore moins son mot à dire qu'auparavant.Contrairement à l'Union européenne, qui regroupe plusieurs pays occupant des territoires comparables, la scène politique et économique sera tellement dominée par la fédération nord-américaine que le Québec risquera de perdre toute influence, à telle enseigne que sa souveraineté ne signifiera plus grand-chose.Il deviendra comme le protectorat américain hispanophone de Puerto Rico, qui n'arrive pas à décider s'il veut devenir un État ou s'il veut conserver un statut semi-autonome.Ce n'est pas la première fois que le Québec court le risque de devenir un protectorat américain.On se souviendra en effet que.lors de la négociation du projet de Confédération dans les années I860, les Rouges (des nationalistes guère différents des péquistes d'aujourd'hui) encouragèrent les Québécois à rejeter le projet et à opter pour la création d'un État indépendant.Les partisans de la Confédération réagirent en disant, non pas que l'indépendance du Québec était un objectif condamnable, mais simplement qu'elle n'était pas réaliste.Voici ce qu'on pouvait lire dans Le Courrier de St-Hyacinthe.le 25 novembre 1864: «Nous serons seuls, et notre faiblesse évidente nous mettra à la merci de notre puissant voisin du sud.Les Canadiens-Français doivent bien comprendre qu'à moins de mettre sans tarder le cap sur la Confédération, ils seront inévitablement emportés par le courant de l'annexion.» Lexode d'un grand nombre de Canadiens-Français vers les entreprises manufacturières d'une Nouvelle-Angleterre en plein essor ne faisait qu'accentuer cette faiblesse, et l'union des provinces Été2000 23 Opinions» canadiennes apparaissait alors comme la solution pour accélérer leur développement économique et, partant, endiguer cet exode.La Revue canadienne écrivait déjà en 1865 que, si les provinces canadiennes ne s'unissaient pas, leurs économies finiraient tôt ou lard par être tributaires de leur puissant voisin du sud «et.ajoutait-elle, chacun sait que la dépendance économique entraîne inévitablement la dépendance politique».Si le Québec craignait de devenir une dépendance américaine au XIX' siècle, alors que les États-Unis n'étaient encore qu'une petite puissance économique et politique (l'Angleterre étant incontestablement la première puissance mondiale), on peut facilement imaginer où se situerait aujourd'hui un Québec indépendant.Un Québec indépendant devra aussi faire face à un exode de ses jeunes professionnels vers les États-Unis, comme le firent tant de jeunes Québécois avant la Confédération.En fait, le Québec et le reste du Canada sont déjà confrontés à ce phénomène qui s'accentue très rapidement.La combinaison d'un faible taux de natalité - le plus faible d'Amérique du Nord, voire du monde entier - et d'un exode de jeunes professionnels vers des États-Unis « élargis » serait catastrophique pour un Québec « souverain ».La plupart des Québécois sont bien conscients qu'un Québec indépendant serait très vulnérable sur les plans économique et politique.Il est donc raisonnable de penser que, si la conjoncture nord-américaine reste inchangée, les séparatistes n'ont aucune chance; de remporter un référendum.Le moment est peut-être venu pour le Parti québécois de renoncer à ses ambitions séparatistes improductives et de canaliser plutôt ses énergies vers la promotion de la langue et de la culture françaises.Sans pour autant recourir à des lois linguistiques coercitives, dont l'administration coûte cher, il devrait plutôt augmenter les budgets de l'enseignement du français aux anglophones et aux allophones.renforcer l'enseignement du français auprès des nouveaux immigrants et tendre la main aux francophones des Maritimes et de l'Ontario pour qui le Québec est une source de d'inspiration et de réconfort.Je suis moi-même néo-canadien et je parle aussi le français : je suis convaincu que la fédération canadienne est le plus bel exemple de succès au monde.La langue française s'est tellement épanouie que le Québec produit aujourd'hui per capita plus d'écrivains et d'artistes que la France elle-même.Le fédéralisme canadien fonctionne tellement bien que bon nombre de pays, déchirés par des conflits ethniques et linguistiques, essaient de s'en inspirer ; c'est notamment le cas de l'Espagne, qui cherche une solution au séparatisme catalan.Il est temps d'apprécier le fédéralisme canadien que tant d'autres peuples nous envient.Terminons sur une dernière note historique.D'aucuns se souviendront que, lorsque l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique reçut la sanction royale le 29 mars 1867.peu de temps avant la proclamation, le 1er juillet, du « Dominion du Canada », on ne savait pas comment les Américains allaient réagir à cette union d'anciennes colonies.Pendant des générations, les gouvernements américains avaient cherché à élargir leur territoire sur toute l'Amérique du Nord, poursuivant ce qu'ils croyaient être leur « destin manifeste ».Le jour même où l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique reçut la sanction royale, les États-Unis achetèrent l'Alaska à la Russie, définissant ainsi leur frontière septentrionale.La confédération était-elle une étape vers l'annexion ?La question reste posée.La désintégration du Canada au XXI" siècle permettrait sans doute aux Américains de réaliser un rêve vieux de 200 ans, mais c'est le Québec qui en souffrirait le plus.Mahmood Elahi Ottawa, ON Lettres en anglais traduites par Monique Perrin d'Arloz Été 2000 DOSSIE R culture et identité Monique Nemni Comment on cultive l'insécurité linguistique Jean-Louis Roux Les arts et les deniers publics Betty Kobayashi Issenman Leçons de sagesse inuit Albert Breton Les langues sont des biens de capital Robert D.Tamilia Le français et l'intervention de l'État Sylvain Lavoie Bibliothèques publiques et maintien du français Marc Angenot Littérature et nationalisme : mission impossible (loiiiiiient on cultive l'insécurité linguistique Monique Nemni Sometimes legends make reality and become more useful than the facts.Salman Rushdie (Midnight's Children) Gomment ai-je l'audace d'insinuer qu'au Québec, on cultive l'insécurité linguistique des francophones?Mais sur quelle planète est-ce que je vis pour ne pas savoir que cette insécurité est la conséquence logique de la menace qui pèse ici sur la langue française jusqu'à la fin des temps, puisque les francophones ne constituent que 2 % de la population d'Amérique du Nord ?Désolée de faire bande à part, mais pour moi, quand on constitue 2% d'une population, on est minoritaire, on n'est pas nécessairement menacé.Ces mots ne sont synonymiques dans aucun dictionnaire - sauf, peut-être, dans celui des idéologues.Prenons comme preuve un petit exemple: les barbus au Canada sont certainement minoritaires, mais direz-vous qu'ils sont menacés ?Les femmes, par contre, ne sont pas minoritaires, et Dieu sait qu'un grand nombre d'entre elles sont menacées à tout point de vue ici et ailleurs ! On peut, évidemment, être à la fois minoritaire et menacé, mais l'un ne découle pas nécessairement de l'autre.Quelle est donc la situation du français au Québec ?Pour commencer, vous admettrez que si on se limite au Québec, le français n'y est même pas minoritaire.Toutefois, les francophones sont effectivement minoritaires à l'échelle du Canada et du continent nord-américain.Soit.Mais si, comme le clament Lucien Bouchard.Louise Beaudoin et tant d'autres séparatistes, la menace venait du fait que les francophones constituent 2% de la population de l'Amérique du Nord, à quoi nous servirait l'indépendance?Le Québec demeurerait en Amérique du Nord, que je sache.Mais admettons qu'il y ait menace et que celle-ci soit la cause du sentiment d'insécurité linguistique dont nous serions affublés.On nous affirme que depuis la Révolution tranquille, toutes les lois linguistiques ont eu pour seul et unique objectif, non de brimer de leurs droits les allophones ou les anglophones - oh non ! jamais de la vie -mais de permettre aux francophones de mettre fin à ce sentiment d'insécurité en protégeant notre langue si menacée.Or, comme on continue à nous dire qu'il ne faut surtout pas assouplir les lois linguistiques parce que le français est encore très menacé, on peut en conclure que cette menace éternelle résulte en quelque sorte d'une malédiction des dieux.à moins que - oserai-je le dire ou même le penser ?- elle ne soit bien pratique et bien rentable sur le plan politique.Comme je voulais savoir si nous étions victimes d'un sort ou d'une manipulation, je me suis dit que pour y voir plus clair, je devais commencer par le commencement, comparer la situation du français d'hier à celle d'aujourd'hui.Si je trouve que celle-ci n'a pas changé, malgré toutes les mesures prises, notamment la loi 101- ô combien parfaite, combien efficace et combien respectueuse des droits des minorités! -alors nous sommes victimes d'une malédiction des dieux.Si, par contre, la situation s'est nettement améliorée et qu'on continue à nous répéter que nous sommes menacés, alors nous nous sommes trompés de cible ou.on nous raconte des histoires.Je dirai tout de suite que lorsque je décris la situation du français, je veux parler des francophones du Québec, parce que seuls les êtres humains peuvent souffrir.Quand on dit qu'une langue souffre, qu'elle est menacée, on utilise une métaphore anthro-pomorphique (Il fallait bien que je vous montre que je suis linguiste! Dans une langue compréhensible, ça veut dire qu'on 26 Cité libre Été 2000 JR Comment on cultive l'insécurité linguistique Monique Nemni utilise une image qui traite les objets comme s'ils étaient humains).Comme point de départ pour mon analyse comparative, comme je ne voulais pas remonter à la nuit des temps, j'ai choisi la situation des francophones du Québec en I960, date communément associée au début de la Révolution tranquille.Pour mesurer les progrès réalisés, je pense qu'il faut d'abord déterminer les sources de ce sentiment d'insécurité.Si la menace au français venait d'une source externe, des «autres», des «Anglais» par exemple, on pourrait alors évaluer l'efficacité des mesures de défense prises contre ces «autres».En cas d'inefficacité, on pourrait concevoir d'autres mesures, plus efficaces.Par contre, si l'insécurité venait d'une source interne, des francophones eux-mêmes, de leur mauvaise maîtrise du français, par exemple, ou de leur abandon de cette langue, limiter l'usage de la langue de ces « autres » ou leur taper sur la tête ne réglerait pas le problème.Ça semble logique, vous ne trouvez pas?11 m'apparaît donc important qu'en comparant la situation des Québécois francophones de 1960 avec celle d'aujourd'hui, on traite séparément de l'état du français dans ses usages externes et internes.Si les Québécois francophones vivaient une menace externe, ils souffriraient sur le plan économique ou sociopolitique.Ils pourraient être victimes, par exemple, de persécution, de nettoyages ethniques, de discrimination sur le plan de l'emploi ou de la promotion sociale.On pourrait leur interdire de parler leur langue, de l'apprendre à l'école ou de l'afficher publiquement.Par contre, si la menace était interne, c'est-à-dire qu'elle venait de l'intérieur du groupe, la langue serait menacée par les francophones eux-mêmes, qui la parleraient et l'écriraient de plus en plus mal ou qui ne voudraient plus la parler du tout, lui préférant une autre.Quelle était donc la situation en 1960?Quelle est-elle aujourd'hui?Situation des francophones au Québec en 1960 1) Situation économique et sociale (menace externe) Du point de vue économique, on prend aujourd'hui pour vérité absolue que les Québécois francophones étaient alors maltraités par les «Anglais» et qu'ils occupaient les postes au bas de l'échelle, même s'ils étaient bilingues.Vous avez certainement lu, comme moi, et mille fois plutôt qu'une, que c'étaient les «Nègres blancs d'Amérique», qu'on leur demandait de Speak White et ainsi de suite.Les immigrants allaient tous grossir les rangs des Anglais, ne fréquentaient que leurs écoles et ne voulaient pas apprendre le français.J'aurais beaucoup de choses à dire, surtout sur les causes de cet état de choses, mais pour mon analyse, j'accepterai ces données sans discussion.Dans la vie courante, d'autres écrits ont souligné le fait que les francophones devaient souvent parler anglais pour se faire servir à Montréal.On se souvient des mots devenus célèbres du ministre libéral Pierre MacDonald qui se plaignait des « maudites grosses Anglaises chez Eaton » qui ne voulaient ni ne savaient parler français.Je ne sais pas si ces « maudites Anglaises » ont jamais existé, mais je ferai comme si cette description était exacte.Sur le plan de l'affichage, nous dit-on, l'anglais était roi.Quant aux affiches bilingues, du genre École Saint Patrick School, elles semaient la confusion parce qu'on ne savait pas où commençait une langue et où finissait l'autre.Là encore, je ferai comme si tel était le cas.La faute était-elle seulement aux « Anglais ».comme on l'a si souvent répété ?Je ne le pense pas, mais je ferai comme si je le pensais.Je partirai donc de la prémisse que du point de vue économique et social, les francophones avaient de bonnes raisons de souffrir d'insécurité linguistique et que la menace externe était réelle.Visit notre site Internet www.citelibre.com Été2(MK) 27 nOSSIB Comment on cultive l'insécurité linguistique Monique Nemni 2) Maîtrise du français par les Québécois francophones (menace interne) En I960, quel était l'état du français parlé et écrit par les Québécois francophones?Le témoignage le plus célèbre que nous possédions à ce sujet est sans contredit celui des Insolences du Frère Untel.premier best-seller québécois, publié justement en 1960, date de départ de mon analyse.Vous avez déjà certainement lu à ce sujet l'excellent article de Jacques Hébert dans le dernier numéro de Cité libre.Sinon, faites-le sans tarder: vous ne le regretterez pas.Que pensait le frère Untel du français des Québécois ?Vous savez, bien sûr.que c'est lui qui a rendu célèbre le mot jouai - inventé par le directeur du Devoir André Laurendeau - pour décrire cette langue.Mais vous rappelez-vous ce qu'il en disait ?Parler jouai, écrivait-il, c'est précisément dire jouai au lieu de cheval.C'est parler comme on peut supposer que les chevaux parleraient s'ils n'avaient pas déjà opté pour le silence et le sourire de Fernandel'.Nos élèves parlent jouai, écrivent jouai et ne veulent pas parler ni écrire autrement.[.] Le jouai est une langue désossée.[.] Le jouai ne se prête pas à une fixation écrite.Le jouai est une décomposition.[.] Cette absence de langue qu'est le jouai est un cas de notre inexistence, à nous, les Canadiens français, (p.24-25) Vous trouvez que c'est trop fort ?Attendez la suite : Aussi longtemps qu'il ne s'agit que d'échanger des remarques sur la température ou le sport, aussi longtemps qu'il ne s'agit de parler que du cul, le jouai suftit amplement.Pour échanger entre primitifs, une langue de primitifs suffit.j.j Mais si l'on veut accéder au dialogue humain, le jouai ne suffit plus.(p.25).Le frère Untel (Jean-Paul Desbiens, de son vrai nom) trouvait désespérant d'enseigner le français parce que ses élèves ne parlant que jouai, il devait parfois avoir recours à la traduction pour se l'aire comprendre.« Nous parlons littéralement deux langues, eux et moi.Et je suis le seul à parler les deux.» (p.27) Comment des gens ne parlant que le jouai pourraient-ils se sentir linguistiquement en sécurité ?J'anticipe un peu, mais avant d'aller plus loin, je voudrais vous rappeler que c'est précisément cette langue que les poètes et les écrivains nationalistes ont promu avec le plus grand enthousiasme, pensant qu'il suffisait de transformer le «jouai-honte» en « jouai-fierté », en « jouai-identité » pour mettre fin à ce sentiment d'insécurité.Ont-ils réussi ?Nous le verrons plus loin, mais en 1960, le jouai était sans conteste source de honte et d'insécurité.Bilan de la situation en I960: vu l'esprit conciliant qu'on me connaît, j'accepterai tout ce qu'on a dit de cette époque.Je partirai donc de l'hypothèse que non seulement ce sentiment était fondé sur une menace réelle, mais également que toutes les lois linguistiques qui ont suivi étaient destinées à protéger les francophones, et avec raison.Qu'en est-il aujourd'hui ?Situation des francophones en Pan 2000 1) Situation économique et sociale (menace externe) À croire ce qu'on lit, voit et entend dans les médias francophones, à entendre les ténors péquistes, les «Anglais» menacent encore tellement qu'il est urgent de renforcer les lois linguistiques pour protéger le français.Le statisticien (maries Castonguay, la Société Saint-Jean-Baptiste, le Mouvement Québec français et tous les autres prophètes de malheur ne parlent que de recul du français et en prévoient même la disparition imminente si on ne prend pas les mesures radicales qui s'imposent.Les nationalo-séparatistes décrient constamment « l'anglicisation triomphante de 1 Acteur comique français très aimé du public qui avait une mâchoire et de grandes dents qui le faisaient ressembler à un cheval quand il souriait.28 Été2000 DOSSIKJ Comment on cultive l'insécurité linguistique Monique Nemni Montréal ».Nous serions donc à la veille de l'apocalypse.Mais que disent les faits?Dans Sortie de Secours (Les Éditions du Boréal.2000).de Jean-François Usée - que l'on ne peut vraiment pas accuser d'être «vendu aux Anglais» -.on lit que, alors qu'en 1961 les Anglo-Québécois «avaient un revenu salarial moyen de 24 % supérieur à celui de leurs voisins ontariens», 30 ans plus tard, comme des centaines de milliers d'entre eux.parmi les mieux rémunérés, étaient partis vers l'Ontario, ils avaient «perdu la totalité de cet avantage» (p.30).Mais Usée aurait pu - aurait dû ?- également nous faire part du fait que les Anglo-Québécois ont perdu leur avantage non seulement par rapport aux Ontariens, mais aussi par rapport aux Franco-Québécois.En effet, une étude publiée par le Conseil de la langue française en 1992 révélait des statistiques surprenantes.Cette étude avait eu peu de retentissement avant février 1995.c'est-à-dire au moment où Pierre-Étienne Laporte, qui était alors président de ce Conseil, a fait une déclaration fracassante.Celui-ci s'était inquiété publiquement du fait que c'étaient maintenant les anglophones du Québec qui subissaient une espèce de «discrimination inverse».A-t-on idée de dire des choses pareilles en public ! Mais Laporte était bien placé pour savoir de quoi il parlait: l'étude publiée par le Conseil en 1992 montrait que dès 1985.toutes choses étant égales par ailleurs, un anglophone bilingue gagnait 10% de moins qu'un francophone bilingue et 4 % de moins qu 'un francophone unilingue.Pierre-Étienne Laporte dérangeait: le président du Conseil de la langue française ne pouvait pas impunément remettre en cause des idées reçues, et bien utiles politiquement.On l'a donc fait taire.Vous préférez peut-être la version officielle ?Comme par hasard, Laporte a démissionné de son propre gré, sans dire un mot.très peu de temps après sa « sortie » intempestive.En fait, les francophones du Québec sont moins menacés économiquement par les anglophones de leur province que par la province elle-même.Figurez-vous que Statistique Canada révélait qu'en 1992.les Franco-Québécois avaient un revenu familial moyen de 4 121 $ inférieur à celui d'une Le Québec n'est pus, et ne peut pas être seulement français.Il est bilingue, et c'est notre force.famille Franco-Ontarienne (The Gazette.26 mars 1994).Et comment se comportent aujourd'hui les « maudites grosses Anglaises chez Eaton»?Acceptent-elles enfin de parler français à leurs clients?Dieu seul le sait, puisque, comme 500 000 autres anglophones, elles ont pris l'autoroute 401 en direction de l'Ontario.et on ne les a plus revues.Les magasins Eaton les ont d'ailleurs suivies, mais ils se sont rendus, eux, jusqu'au ciel.Et quelle est aujourd'hui la langue de l'af-lichage à Montréal?Je dis.«à Montréal», parce que la question ne s'est jamais posée ailleurs: le français y a toujours régné en maître absolu.Eh bien, en l'an 2000 «le français est présent partout et prédominant dans la majorité des commerces de la métropole et au Québec : sur l'île de Montréal, il est présent dans 94% des vitrines, et 84% des affiches ne comportent que du français» (Usée.op.cit.p.164).Été 2000 29 Comment on cultive l*insécurité linguistique Monique Nemni Vous trouvez que 84%, ce n'est déjà pas mal et vous vous demandez pourquoi on fait tant d'histoires à propos de la taille des lettres des quelques malheureuses affiches qui restent?Que diriez-vous alors si je vous apprenais que selon une étude du Conseil de la langue française, dans l'est de Montréal, ce sont 90,4% des affiches qui sont en français seulement?(The Gazette, 12 décembre 1997).Quant à la fréquentation des écoles françaises, «les immigrants, qui, en 1968.s'inscrivaient à l'école anglaise à hauteur de 89%.vont maintenant, loi 101 oblige, à l'école française dans une proportion de 95%.On note même que, chaque année, plus de 10 000 enfants ayant le droit de s'inscrire à l'école anglaise prennent plutôt le chemin de l'école française ».(Lisée, op.cit.p.164).Vous devez commencer à vous demander où se cache cette « anglicisation triomphante » qui justifie que les militants du PQ continuent à nous rebattre les oreilles de l'urgence de revenir à l'affichage unilingue, de limiter drastiquement l'accès aux cégeps anglophones, de limiter l'accès aux soins de santé en anglais, de renforcer la loi 101, et j'en passe.Vous vous le demanderez encore plus quand je vous aurai communiqué les résultats du rapport Le français, langue d'usage public au Québec en 1997, publié par le Conseil de la langue française en 1999.Voici ce que j'ai trouvé: • Au sujet de la langue de travail : « Parmi les locuteurs du français, 85% de ceux qui ont un emploi parlent le français au travail 90% ou plus du temps» (p.31).De plus, pratiquement tous (95%) effectuent les autres activités reliées au travail en français (p.39).Parmi les francophones inactifs sur le marché du travail, 96% effectuent la presque totalité de leurs activités en français, (p.36) • Dans les magasins, cette fois, 95% des francophones affirment qu'ils utilisent le français 90% ou plus du temps lorsqu'ils parlent à des vendeurs (p.31).Autant dire que tous les francophones ne parlent que français dans les magasins.• Pour la lecture des journaux.86% des francophones ne lisent qu'en français.À ceux-là s'ajoutent 7% qui les lisent de 60% à 89% du temps.Comme vous le voyez, The Gazette, le National Post et The Globe and Mail peuvent raconter ce qu'ils veulent: les francophones ne lisent que la presse francophone ! • Quant aux nouvelles télévisées.71 % des francophones ne les regardent qu'en français.À ceux-là s'ajoutent 14% qui les regardent surtout en français.Pour ce qui est de l'information donc, pour 85% des francophones, c'est presque comme si la télévision anglaise n'existait pas.De plus, vous n'avez pas besoin de compter sur des études pour savoir, comme moi, que nous pouvons regarder une bonne quinzaine de canaux de télévision en français, que nous pouvons écouter des tas de postes à la radio, que nous avons, à Montréal, trois grands quotidiens en français - et j'exclus, évidemment, les genres Allô Police! et les journaux de quartiers.Nous avons deux grandes universités françaises rien qu'à Montréal, auxquelles s'ajoutent celles de Québec, de Sherbrooke, de Chicoutimi, etc., etc.Au dernier Salon du livre, il y avait 131 maisons d'édition.Huit cents auteurs y ont eu des séances de signature de leurs ouvrages.Alors, quelle est le bilan de la situation économique et sociale du français en l'an 2000?Avouez que malgré toute la bonne volonté du monde, vous seriez incapable de trouver dans ce qui précède une menace quelconque du français ni une cause d'insécurité linguistique de la part des francophones.Pour utiliser une expression à la mode : «Plus français que ça, tu meurs!» Examinons maintenant la situation du français du point de vue de la menace interne.2) Maîtrise du français par les Québécois francophones (menace interne) D'abord quelques faits, rapportés par le sociologue bien connu, Fernand Dumont, dans Raisons communes (Boréal, 1995), dans le chapitre six.au titre qui en dit déjà long : « Le français, une langue en exil » : 30 Été 2000 DOSS1E Comment on cultive l'insécurité linguistique Monique Nemni • En 1990, 48% des élèves des écoles publiques de Montréal échouent à l'examen de français du ministère de l'Éducation du Québec.• En 1992, 40% des diplômés des collèges échouent aux examens de français.• En 1991, les étudiants de l'Université Laval font une faute par phrase.Dumont ajoute que dans cette même étude, « un étudiant sur 20 s'exprimait de façon à ce qu'on puisse le lire sans qu'on se casse la tête ».• En 1991.50% des étudiants échouent aux examens d'entrée de français de l'Université de Montréal.• En 1992, c'est 65% des étudiants qui échouent aux examens de l'Université du Québec à Montréal (p.146).« Le moins qu'on puisse dire, c'est que la situation est alarmante et requiert des mesures d'urgence», écrit Dumont (p.146).11 trouve que «le bilan est catastrophique» (p.124).« C'est l'ensemble de notre système d'apprentissage qui est en cause» (p.154).Par ailleurs, dans une analyse de l'opinion des Québécois par rapport à la qualité du français à l'école, Pierre Bouchard et Jacques MauraisJ trouvent que 84% des parents souhaitent que les professeurs améliorent leur français, et 75% des francophones pensent qu'à la fin du secondaire, les jeunes francophones sont incapables d'écrire en bon français.Vous vous souvenez peut-être de la minitempête qu'avait créée, en 1996.la parution de l'essai de Georges Dor sur le langage parlé des Québécois, intitulé Anna braillé ène shot (qu'il a dû traduire en français pour qu'on comprenne: Elle a beaucoup pleuré).Georges Dor se désolait de l'état du français au Québec : « Je ne veux plus m'abstenir de dire à quel point je suis triste [.] de notre pauvreté de langage, de notre indigence même en ce domaine.» (p.14) Plus loin, il ajoute : « On ne parle pas de liberté avec le même vocabulaire qu'on emploie pour par- ler de ses vaches, et on ne construit pas un Boeing 777 avec des meneu-meneu et des t'sé veux dire.» (p.20).Ma parole, on croirait entendre le frère Untel ! D'autres voix ont également décrié la piètre qualité du français au Québec.On connaît les multiples articles de Lysiane Gagnon dans La Presse.Lise Bissonnette écrivait dans Le Devoir du 12 octobre 1996: « Maintenant que nous nous entendons à peu près pour convenir du désastre, il faudra bien un jour, au lieu de chercher des coupables, briser le cercle vicieux».Elle demandait qu'on s'assure que «nul n'enseigne, en ce pays, s'il ne maîtrise la norme linguistique du français parlé et écrit».Même un groupe de travail du ministère de l'Éducation a reconnu, en 1997.que la diminution du temps accordé à l'enseignement du français a eu des conséquences néfastes.En dehors de quelques rares exceptions, toute la population québécoise s'entend aujourd'hui sur l'étendue de la catastrophe.Je suis sûre que vous devez vous poser tout bas les questions qui troublent (ieorges Dor : Depuis la création d'un ministère de l'Éducation, au début des années soixante, le gouvernement du Québec a investi des milliards pour éduquer le peuple.Voilà pourquoi je me pose des questions.Ces personnes autour' de moi n'ont-elles pas reçu une instruction inaccessible aux générations précédentes?Un très grand nombre d'entre elles, pourtant, parlent comme des analphabètes.Pourquoi?Qu'ont-elles appris à l'école?(op.cit.p.26-27) Vous aurez du mal à trouver des réponses à ces questions.Mais si Dieu me prête vie, santé et temps, je vous expliquerai dans le prochain numéro de Cité libre « Comment on a cultivé l'ignorance du français».Mais revenons à nos moutons.Quel bilan peut-on tirer de la situation actuelle?Alors que l'usage public du français n'a presque plus de place pour faire des progrès, la piètre qualité du français parlé et écrit des Québécois francophones fait presque l'unanimité.Si le français est encore menacé, si nous souffrons encore 2 « La norme et l'école.L'opinion des Québécois », Terminounimme, no 91-92.sept.1999.p.91-116.Été 2000 Cite libre 31 flBR Comment on cultive l'insécurité linguistique WSSl Monique Nemni d'insécurité linguistique, la cause n'est pas chez les « autres », qu'ils soient anglophones ou allophones.elle est en nous.Alors pourquoi s'acharne-t-on à poursuivre un malheureux plombier qui a eu l'audace d'écrire sur sa camionnette Plumber-Plombier avec des caractères de la même taille?à donner une amende à un pauvre immigrant, membre des minorités visibles, qui tire le diable par la queue en travaillant de si longues heures dans son petit « dépanneur ».parce qu'il ne parlait pas assez bien le français?à s'attaquer à des affiches en chinois?à des lettrages sur des pierres tombales en hébreu ?à des sous-verres de bière en anglais?Les exemples de telles actions ridicules et méprisables du gouvernement québécois abondent depuis quelque temps.Bien sûr, ce ne sont que quelques illuminés - toujours les mêmes -qui rapportent ces « infractions ».Mais c'est le gouvernement qui sévit.C'est sa politique qui permet ces excès.Moi, quand je prends connaissance d'un cas de plus de cette espèce, j'ai un haut-le-cœur.Mais la question demeure.Pourquoi prétendre, en dépit des faits, que le français est menacé par les « autres », par l'anglicisation triomphante, et qu'il est urgent de revenir à l'affichage unilingue, d'interdire l'accès libre aux cégeps anglophones, et de poursuivre les marchands «délinquants»?La réponse est simple, et moi.comme plusieurs d'entre vous, je le savais depuis longtemps, mais maintenant, grâce au sondage de Léger et Léger publié dans Le Devoir du 27 avril 2000.nous avons des chiffres pour le prouver.Voyez-vous, dire aux gens que pour être bien dans leur peau, il faudrait qu'ils apprennent mieux la grammaire, qu'ils lisent davantage, qu'ils élargissent leur vocabulaire, qu'ils doivent investir beaucoup d'effort s'ils veulent maîtriser leur langue, ça n'est pas particulièrement payant sur le plan politique.Par contre, leur dire qu'ils sont menacés par un ennemi commun à qui il faut enlever les privilèges injustes qu'il détient, leur faire croire qu'ils ont besoin de votre parti politique pour les protéger, ça, c'est une formule gagnante à coup sûr.Demandez-le à tous les démagogues de la terre: ils vous le confirmeront sans problème.Selon les résultats de ce sondage.44 % des francophones croient que le français est menacé et 17% qu'il est en recul.(Pourtant, vous venez de lire les faits qui prouvent tout le contraire!) Il ne reste donc que 31 % qui croient, à juste titre, qu'il n'est ni menacé ni en recul.Et qui est plus apte à protéger le français au Québec?Pour 62% des francophones, c'est le Parti québécois.Même les fédéralistes partagent cette opinion à 42%! Quant à l'appui à la souveraineté (euphémisme pour «sécession»), 55% des gens qui pensent que le français est menacé sont pour la souveraineté: 46% de ceux qui croient que le français est en recul le sont également.Par contre, seulement 24% de ceux qui pensent que le français n'est ni menacé ni en recul diraient Oui à un référendum.Comme vous le voyez, plus on est linguist iquement inquiet, plus on appuie la souveraineté.Vous n'avez pas besoin que je vous fasse un dessin pour comprendre que les séparatistes ont donc tout intérêt à cultiver notre inquiétude.Mais comment fait-on pour convaincre les gens (iue ça va mal quand, en réalité, ça va très bien ?Comment cultive-t-on leur insécurité?Ces questions m'ont déroutée pendant longtemps, mais maintenant, je crois que j'ai compris.Tout est dans le modèle.Quand deux langues existent sur un même territoire, les sociolinguistes vous diront qu'on peut les considérer comme-des langues en contact ou des langues en conflit.Dans le premier modèle, on supposera que la cohabitation paisible est possible et on considérera le bilinguisme ou même le plurilinguisme comme un atout.Dans le deuxième, on considérera que deux langues sur un même territoire sont forcément en guerre et que la cohabitation paisible est impossible.En partant de la prémisse que le français est menacé, on peut donc adopter deux solutions totalement différentes : 1.Répandre le français, s'assurer qu'on peut l'utiliser partout, que les francophones peuvent vivre en français, qu'ils ne subissent aucune discrimination, tout en acceptant les autres langues.Dans ce modèle, la cohabitation est possible.32 Été 2000 Comment on cultive l'insécurité linguistique Monique Nemni désirable.Le contact des langues est enrichissant et le bilinguisme, une vertu.2.Interdire l'anglais, considérer les autres langues comme une menace.Les langues étant nécessairement en conflit, chaque langue doit avoir son territoire.Pourquoi ?Parce que le bilinguisme est anormal, dit le politologue Jean Laponce.dans Langue et territoire (Les Presses de l'Université Laval, 1984).«Si les langues se mélangent mal dans l'espace géographique, c'est d'abord parce qu'elles se gênent, parce qu'elles se repoussent au sein d'un même individu.» (p.3) « La normale veut (iue chaque langue établisse sa dominance et cherche l'exclusivité sur un territoire donné», écrit-il.Ut il ajoute: «Cette dominance et cette exclusivité s'obtiendront d'autant plus facilement qu'une langue aura le contrôle des instruments de gouvernement et en particulier le contrôle d'un État indépendant.» ( p.1) Il n'en fallait pas plus pour que les séparatistes du Québec sautent à pieds joints sur ce dernier modèle, d'autant plus qu'ils y ont vu un merveilleux potentiel mobilisateur! Jean Laponce est d'ailleurs cité avec enthousiasme dans un très grand nombre d'écrits nationalistes.Malheureusement, son modèle présente quelques problèmes de taille, le plus gros étant qu'il est faux.Ses prémisses sont contredites par la presque totalité des recherches récentes.Pour commencer, tous les linguistes vous diront qu'à l'échelle planétaire, c'est le bilinguisme, et non l'unilinguisme, qui est le plus fréquent, donc le plus normal.D'autre part, la très grande majorité des études depuis un quart de siècle, y compris celle de Ellen Bialystock rapportée dans The Gazette du 1" mai 2000.trouvent que les bilingues ont, par rapport aux unilingues.des avantages certains sur le plan du développement de la pensée.3 Quant à la supposée lutte qui fait rage dans le cerveau de chaque bilingue, s'il est vrai que les parfaits bilingues sont rares et qu'une langue domine toujours un peu.deux ou plusieurs langues peuvent cohabiter dans la plus parfaite harmonie chez un individu.Toutes les études psycholinguistiques que je connais trouvent que les bilingues sont très heureux de l'être.Si vous en voulez une preuve, demandez au premier jeune Montréalais trilingue que vous rencontrez si son cerveau est en état de guerre.Il se moquera de vous et de votre question et vous affirmera qu'au contraire, il plaint (eux qui sont prisonniers d'une seule langue.Mais à mon avis, le problème le plus grave de ce modèle est qu'au lieu de combattre l'insécurité linguistique, il l'augmente, il la cultive.En effet, comme on se croit toujours en état de guerre, on attribue aux autres les desseins hégémoniques que l'on a soi-même et on se méfie d'eux.Comme on doit contrôler tout le territoire, puisque les langues sont en guerre et qu'on ne peut pas laisser l'ennemi s'infiltrer dans nos rangs, on voit des menaces partout : il faut débusquer l'ennemi.C'est comme cela que j'explique les mesquineries récentes de la « police de la langue » de l'Office de la langue française.De plus, comme seule compte la «victoire linale».c'est-à-dire le contrôle d'un État indépendant, on vit en attendant dans l'insécurité, la peur, la menace.C'est ainsi qu'à la demande faite par l'administration de la société des transports de Montréal d'autorisation de diffuser les messages en anglais - aussi bien qu'en français, bien entendu - en cas de panne de métro, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste a répondu qu'il n'en était pas question: «Chaque recul en annonce un autre» (La Presse.21 nov.1999).La générosité est incompatible avec un état de guerre.Mais il faut gagner du terrain, coûte que coûte, en faisant reculer l'anglais.C'est pour cela que le gouvernement décrète que pour qu'une municipalité soit reconnue « bilingue »' ' Voir ('salement à ce sujet « Le bilinguisme : mythes et réalités ».de Josiane Mamers.dans Cité libre.Automne 1999.1 Au Québec l'appellation « municipalité bilingue » est abusive et trompeuse.Ku effet, lorsqu'on dit.par exemple, que le gouvernement fédéral est bilingue, cela veut dire qu'il a l'obligation de communiquer avec les citoyens duns les deux langues officielles.Vu Québec, les municipalités dites « bilingues » ont l'obligation de communiquer avec les citoyens en français, et le privilège de communiquer en anglais.Été 2000 33 POSSIH Comment on cultive l'insécurité linguistique Monique Nemni - et non unilingue anglaise - il faut (|uc les anglophones légalement reconnus comme tels constituent 50% +1 de la population.Le Québec généreux envers sa minorité anglophone?Tu parles! (l'est probablement le seul endroit au inonde où [tour qu'une minorité ait des droits linguistiques, elle doit être majoritaire.C'est parce que les fanatiques du français croient au modèle territorial qu'ils ne se sont pas réjouis des résultats de l'étude du Conseil de la langue française qui trouvait que le français était extrêmement solide dans l'usage public.Ils y ont vu.au contraire, un recul des francophones.Comment est-ce possible?C'est simple, il suffit de dire que ceux qui communiquent en français ne sont pas nécessairement francophones: en somme, changer de définition ! Selon le dictionnaire Le Petit Robert et la presque totalité des ouvrages de linguistique, un francophone est une personne : « Qui parle habituellement le français, au moins dans certaines circonstances de la communication, comme langue première ou seconde».Avec cette définition on est bien forcé de conclure que le nombre de francophones au Québec, même à Montréal, a augmenté de manière remarquable.Mais au Québec, société tout à fait distincte, où certains croient que le cerveau fait partie du territoire que l'on doit occuper, ce n'est plus du tout cela.Pour Charles Caslonguay, un francophone, c'est une : « personne de langue maternelle française et qui parle français comme langue d'usage à la maison.» (mes italiques).En lisant cette définition, j'ai été prise de panique.Je me suis dit que si Max et moi nous nous séparions et que je me trouvais un anglophone unilingue, mon Dieu ! mon Dieu ! je ne serais plus francophone puisque je ne parlerais plus français à la maison.Mais Castonguay sait qu'avec cette définition, il peut exclure tous les immigrants et leurs descendants du nombre de francophones.Sous un semblant de plus grande ouverture, le gouvernement québécois ne fait pas beaucoup mieux.«Sont francophones tous les Québécois de quelque origine qu'ils sont qui apprennent le français qui l'utilisent et qui adhèrent à cette valeur commune qui est la langue française au Québec.» (mes italiques).À la lecture de cette définition, Annette Paquot s'est écriée avec effroi : « Je ne suis plus francophone!» (Cité libre, juin-juillet 1998).puisque pour elle la langue française n'est pas une valeur à laquelle elle adhère.En vertu de ce critère, même Céline Dion n'est pas jugée francophone par notre brillante; députée bloquiste, Suzanne Tremblay.Comme vous le voyez, au Québec, le français n'est pas une langue, mais une idéologie.Quand on adopte le modèle territorial, il ne suffit pas que les gens parlent français pour être francophones, ni que les « vrais » francophones puissent parler leur langue partout pour se sentir en sécurité linguistique.Non, il faut que tous les Québécois n'utilisent que le français.Mais le malheur, pour ceux qui croient en ce modèle, c'est que malgré toutes les lois répressives que le gouvernement pourra promulguer, le français n'aura jamais l'exclusivité du territoire québécois, même dans un État indépendant, Langlais a envahi la planète et il ne s'arrêtera pas aux portes du Québec.Les «non-francophones pure-laine» ne se priveront pas de la connaissance indispensable de l'anglais.La ministre Louise Beaudoin aura beau se rendre ridicule avec ses remontrances à la France et ses combats de Don Quichotte contre l'Internet, elle n'y changera rien, parce que la réalité est tenace et les faits sont têtus.La politique de son gouvernement ne pourra que continuer à pénaliser les francophones en les empêchant de bien apprendre l'anglais.Non, la menace du français n'est pas le fruit d'une malédiction divine.C'est une vue de l'esprit nourrie par des politiciens manipulateurs qui cultivent notre insécurité linguistique pour faire carrière et favoriser leur option.Il faut abandonner les modèles erronés, mettre fin aux mythes et à la démagogie.Le Québec n'est pas, et ne peut pas être, seulement français.Il est bilingue, et c'est notre force.Il est temps de le reconnaître et de nous en réjouir.¦ Monique Nemni est professeur au département de linguistique et de didactique des langues de l'Université du Québec à Montréal.34 CTitê libre Été 2000 ss Les arts et les deniers £>ul>lics Jean-Louis Roux Depuis une cinquantaine d'années, le financement des arts par les deniers publics est devenu un principe si universel qu'il serait futile de le remettre en question.Dans tous les pays industrialisés, les arts sont subventionnés par l'État.Au Canada, ces subventions proviennent de tous les échelons de gouvernement : fédéral, provincial et municipal.Les arts ne reçoivent pas seulement un appui financier de l'État.Le gouvernement fédéral façonne et applique des politiques destinées à favoriser le dynamisme et la liberté de la vie artistique à l'intérieur de nos frontières.Pourtant, en période d'austérité, l'appui des contribuables au financement public des arts a tendance à fléchir.Nombreux sont ceux qui considèrent les arts comme un luxe.Certaines provinces -notamment l'Ontario - ont déjà pris des mesures non seulement pour réduire le volume des subventions, mais aussi pour restreindre l'importance de leur rôle dans l'octroi de celles-ci.Face à une mondialisation sans cesse croissante, la survie des arts au Canada est nécessairement tributaire de l'intercession de l'État.Les États-Unis ne relâcheront pas leurs pressions économiques sur le front culturel, comme en témoigne le litige qui nous a récemment opposés aux Américains au sujet des revues à tirage dédoublé.Lorsque surgissent de tels différends, nous voyons la population canadienne se tourner naturellement vers son gouvernement, espérant le voir se porter à la défense de son patrimoine culturel.Le Canada est distinct.Comme le faisait remarquer Marshall McLuhan.notre position de maillon entre le Nouveau Monde et le Vieux Continent nous donne des antennes culturelles uniques.Nous ne partageons pas l'adhésion radicale des États-Unis à la doctrine de la libre entreprise, selon laquelle les relations peuvent toutes être assimilées à des ententes contractuelles révocables en tout temps.Au Canada, nous attachons plus d'importance aux valeurs collectives et communautaires.Cette perspective différente se retrouve dans nos modes de vie, dans notre expression artistique, en général, et dans notre littérature, en particulier.Elle est le fondement même de notre souveraineté et elle vaut d'être défendue.En adoptant des politiques intelligentes dans le domaine des arts, le gouvernement fédéral a posé d'importants jalons pour la préservation de notre identité culturelle.11 est essentiel que nous comprenions bien les rouages de ces politiques et que nous sachions y recourir pour défendre nos positions dans les affrontements qui ne manqueront pas de surgir au cours de ce nouveau siècle.En matière de financement public des arts -et plus précisément à l'échelon fédéral - les questions ne manquent pas.Quels devraient être les objectifs de la politique culturelle fédérale ?Quel est le meilleur moyen d'assurer le financement public des arts?Quelles mesures restrictives ou quelles limites devrait-on imposer à ce mode de financement?Et.dernière question, mais non la moindre, quelles sommes devrait-on y consacrer ?Ces questions et nombre d'autres ont fait l'objet de délibérations sérieuses lors de deux études fédérales importantes: la Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada, en 1951 (plus connue sous le nom de Rapport Massey-Lévesque) et le Rapport du Comité d'étude de la politique culturelle fédérale, en 19M2 (communément appelée Comité Applebaum-llébert).J'ai eu l'honneur de siéger au sein de ce dernier comité.Même si, avec le passage du temps, certaines des recommandations issues de ces Été 2000 35 nossiH R Les arts el les deniers publics Jean-Louis Roux deux rapports sont devenues périmées, il n'en reste pas moins que les principes de base qu'ils renferment - au sujet desquels ils font cause commune - sont toujours d'actualité.La création du Conseil des Arts du Canada a été l'une des principales retombées de la commission Ylassev-Lévesque.Établi par le Parlement en 1957.ce Conseil a pour mandat «de favoriser et de promouvoir l'étude et la diffusion des arts ainsi que la production d'o'uvres d'art.» Depuis, il est devenu le principal organisme mandaté par le gouvernement fédéral pour le financement des arts.Quels devraient être les objectifs de la politique culturelle fédérale?Comme l'ont fait remarquer les auteurs du rapport Applebaum-Hebert,« la seule question qui se pose vraiment est celle de savoir si ces programmes appuient et favorisent l'élan créateur ou.au contraire, s'ils l'ignorent et le briment.» (p.8).D'une part, ils doivent préserver et stimuler l'imagination créatrice de nos artistes et, d'autre part, diffuser le plus largement possible le produit de leur imagination.Pour survivre et se développer, les arts ont besoin d'infrastructure.11 leur faut compter sur un appui communautaire et institutionnel, particulièrement de la part d'organismes qui assurent la transmission du savoir et l'échange des idées.Il leur faut une ou des sources de financement.Kl il leur faut un public qui s'intéresse aux arts et qui reconnaît leur valeur.Laide du secteur privé peut partiellement répondre à tous ces besoins dans les régions populeuses de notre pays.Si toutefois nous pensons que les mêmes conditions devraient prévaloir sur l'ensemble du territoire et que la participation à la vie culturelle est un droit acquis des la naissance par tous les citoyens canadiens, alors nous devons envisager un système de financement public le plus large possible.Dans leur rapport.Vincent Massey et Oeorges-Henri Lévesque soulignent - et cette observation n'a rien perdu de son actualité, loin de là - que les difficultés auxquelles les arts se heurtent pour assurer leur autonomie au Canada sont attribuables à notre faible bassin démographique, à l'immensité de notre territoire et à la proximité des États-Unis.S'ils veulent présenter leurs œuvres dans toutes les régions de notre pays, les petits organismes artistiques à but non lucratif - compagnies de théâtre et de danse, ensembles de musique et organismes d'arts visuels et médiatiques - font face à des coûts prohibitifs.Par ailleurs, l'ouverture de nos frontières et la facilité avec laquelle les artistes canadiens peuvent fréquenter des établissements américains (la Julliard School of Music, par exemple) accentuent notre dépendance envers les États-Unis et encouragent un exode constant de nos artistes vers le sud.Enfin, nous importons des produits culturels américains en quantités astronomiques, en particulier dans le domaine de la presse écrite et électronique.Il ne s'agit pas simplement d'une importation commerciale.Laide apportée -par les fondations Carnegie.Guggenheim et Rockefeller, par exemple - pour développer une infrastructure culturelle et assurer la formation des artistes, a certes été généreuse, et la liberté de ces échanges culturels nous a avantagés à plus d'un titre.On ne saurait nier cependant, selon le Rapport Masse)/-Lévesque: «qu'une proportion exagérée de productions venant d'une même source étrangère peut étouffer au lieu de stimuler nos propres efforts créateurs.» (p.21) Une politique culturelle fédérale doit donc avoir pour priorité l'enrichissement du sol dans lequel pousse les racines de la culture canadienne sur l'ensemble du territoire afin de préserver à la fois notre identité et notre diversité.Les auteurs du Rapport Applebaum-Héhert en font la constatation : il faut se féliciter de nos différences régionales, ethniques et linguistiques au lieu de les considérer uniquement comme des problèmes à résoudre.La diversité est un atout culturel inestimable.Doté de deux langues officielles - liées chacune à plusieurs traditions culturelles distinctes - et formant une véritable mosaïque de cultures et de régions, le Canada constitue un milieu particulièrement favorable à la créativité.Si nous ne tirons pas tout le p;irti voulu de cette richesse, en favorisant les échanges entre nos 36 Été 2000 DOSSIEJ Les arts et les deniers publics Jean-Louis Roux Jean Gascon et Jean-Louis Roux dans Richard II, 1962.nombreuses traditions culturelles, elles évolueront en vases clos, créant ainsi autant de "solitudes".Si nous voulons que cette pluralité devienne une source d'inspiration créatrice, il lui faut pouvoir se manifester à ciel ouvert et en toute liberté.C'est cette voie que nous préconisons, (p.9) Quel est le meilleur moyen d'assurer le financement public des arts?Le gouvernement dispose de deux mécanismes essentiels pour protéger et stimuler les arts.Le premier est d'ordre réglementaire.Le gouvernement peut fixer des quotas à l'importation et à la diffusion des produits étrangers.Mais les risques d'une réglementation à outrance dans ce domaine sont énormes, car le travail de création naît du jeu d'influences diverses et reciprocities.Compte tenu des percées continues effectuées dans le domaine des techniques de communication, il est en outre de plus en plus difficile d'imposer des mécanismes de réglementation.Le deuxième mécanisme est d'ordre financier.Le gouvernement peut stimuler la création artistique en subventionnant les arts ou en favorisant la création d'emplois.C'est précisément la raison d'être du Conseil des Arts du Canada.À trois titres différents - comme artiste dramatique, comme membre du public et, plus récemment, comme président du Conseil des Arts - j'ai pu constater à maintes reprises l'importance cruciale de son travail.Le Conseil exerce; ses activités dans toutes les régions du Canada.Il établit contact avec des organismes et des artistes individuels, quel que soit leur âge.leur origine, ou leur langue.Il permet aux artistes de s'adonner à la recherche, de suivre des coin's de formation et de réaliser des projets artistiques.Il assure le rayonnement international des œuvres d'artistes canadiens.Il diffuse l'information auprès des artistes, des organismes artistiques et du public.Il finance le fonctionnement de notre infrastructure artistique - compagnies de théâtre et de danse, collectifs d'artistes, orchestres, maisons d'édition, etc.Enfin, il encourage l'organisation de tournées au Canada, tant pour permettre aux petites collectivités de se familiariser avec la vaste gamme de toutes les disciplines artistiques que pour offrir des débouchés professionnels aux artistes canadiens.Peler Dvvver.l'un des premiers directeurs du Conseil des Arts, a dit.il v a une trentaine d'années, que le Conseil devait être a thinker, a doer and a rascal, ce qui peut se Été 2000 Cité libre 37 U0SS1K B Les arts et les deniers publics Jean-Louis Roux traduire par : « Le Conseil doit s'adonner à la réflexion, à l'action et à l'espièglerie.» Ce droit du Conseil à déranger tout confort intellectuel m'apparaît essentiel.Plus sérieusement.M.Dwyer a ajouté que: «dans l'avenir, il est fort possible que nous soyons jugés sur notre capacité à distinguer ce qu'il y a de valable dans les œuvres nouvelles, malgré leur caractère perturbateur, et à les protéger de la sensibilité offensée de ceux aux yeux de qui elles sont, dans l'immédiat, dénuées de toute signification.» Quelles mesures restrictives devrait-on imposer à ce processus de financement ?Toute forme de financement, qu'elle soit publique ou privée, peut être source d'abus.Les bailleurs de fonds se considèrent en droit d'exiger tacitement des artistes qu'ils évitent certains sujets épineux.Plus insidieusement, les artistes peuvent aussi s'au-tocensurer.afin d'éviter d'indisposer leurs commanditaires.Lorsque le financement des arts devient règle générale, les risques de censure ou d'autocensure sont d'autant plus grands.Deux mesures restrictives clés portent assurance que le financement public n'entrave pas la créativité de nos artistes.La première repose sur le principe d'autonomie.Après avoir étudié la structure de plusieurs conseils des arts, la commission Massey-Lévesque recommandait d'adopter le modèle mis sur pied en Grande-Bretagne parce qu'il était particulièrement bien adapté à notre régime parlementaire et à notre structure fédérale.Le Conseil britannique avait pour double caractéristique de ne financer que l'excellence professionnelle, et de bénéficier d'un statut d'autonomie.Modèle adopté par le Conseil des Arts du Canada.Le Conseil des Arts reçoit chaque année un crédit parlementaire.Il est redevable auprès du ministère du Patrimoine canadien de la bonne gestion de l'organisme et de la transparence de ses méthodes comptables, mais les subventions attribuées ne sont assujetties à aucune orientation dictée par le ministère, d'où son autonomie.Le rapport Applebaum-Hébert justifie la nécessité d'une telle autonomie: Alors que le [gouvernement | répond aux besoin d'ordre, de prévisibilité et de direction en cherchant à répondre aux désirs communs, en fixant des normes et en assurant l'uniformité de traitement, la (culture) fondée sur la spontanéité, se nourrit de la diversité et de la dissidence et dépérit si on l'emprisonne dans des lois ou des règlements.I,e bien-être même de la société est menacé à partir du moment où l'intervention de l'État subordonne le rôle et les finalités de la vie culturelle à ses buts ou à ceux de toute autre composante de la société.Embrassant l'ensemble des activités artistiques et intellectuelles, le secteur culturel a pour principale fonction l'examen critique de tous les autres domaines, dont la politique, et ne peut, ne serait-ce que pour cette seule raison, leur être assujetti, (p.15-16) Le recours à des comités d'évaluation par les pairs - comités spéciaux composés d'artistes professionnels choisis parmi un bassin de 9000 noms - qui décident des subventions à octroyer est la meilleure garantie du maintien des normes d'excellence professionnelle.Le Conseil organise plus d'une centaine de concours chaque année.Pour chacun de ces concours, un comité de pairs de trois à sept membres est créé.La composition de ces comités doit refléter la diversité régionale et culturelle de notre pays.Des directives claires et nettes permettent d'éviter tout conflit d'intérêts.^implantation de ce système assure que l'octroi des subventions s'appuie sur des normes professionnelles à la fine pointe des nouveaux courants artistiques et que les artistes ne sont pas tentés de s'aulocensurer.lies crédits actuels suffisent-ils?La situation en 2000 est bien meilleure qu'en 1950, mais on ne peut dire que les arts souffrent d'un excédent de crédits.Le gouvernement fédéral continue de prôner une combinaison souple alliant réglementation publique, crédits publics, capitaux privés et entreprise privée.11 n'a pas toujours été facile d'établir un juste équilibre entre tous ces éléments : mais jamais n'a-t-il été sérieusement envisagé d'éliminer l'un ou l'autre des éléments de cette combinaison.Les créations de nos artistes et l'intérêt manifesté par le public canadien pour nos produits artistiques permettent de cons- 38 Été 2000 oossnq R Les arts et les deniers publics Jean-Louis Roux Uitcr sans équivoque que nous avons réussi à trouver un équilibre convenable.On pourrait certainement souhaiter un financement accru des secteurs public et privé.Un 2()()()-2()()l.le Parlement devrait octroyer au Conseil des Arts des crédits de l'ordre de 126 millions de dollars, soit une augmentation de 10 millions de dollars par rapport à l'année précédente.Le Conseil accueillera avec satisfaction cette augmentation.Le Conseil touche également des revenus d'environ 11 millions de dollars d'un fonds de dotation créé par le Parlement en 1957 et de dons et de legs du secteur privé, le Fonds Killam étant le plus important d'entre eux.Compte tenu des frais administratifs, environ 115 millions de dollars seront versés sous forme de subventions.20% de cette somme allant à des artistes et 80% à des organismes artistiques.Cette somme peut sembler considérable.Or.elle ne représente que 3.80 S par contribuable.C'est bien modeste.Dans la catégorie des subventions octroyées aux artistes individuels, seul un candidat sur cinq en moyenne reçoit une subvention.La frustration des comités de pairs a entraîné la création d'une nouvelle catégorie de demande partiellement approuvée : « subvention chaudement recommandée - crédits non disponibles.» 11 est difficile d'établir un parallèle avec l'étranger à cause de la grande diversité des coutumes.Line vaste enquête a été effectuée parmi une dizaine de pays afin de déterminer la part de chacun des citoyens dans les dépenses engagées dans le domaine culturel, couvrant les émissions de radio et de télévision, les films et les vidéos, l'édition, les enregistrements, les musées, les archives, les sites patrimoniaux, les parcs naturels, les bibliothèques, les arts visuels et les métiers d'art, les arts de la scène et le multiculturalisme.Parmi ces 10 pays, le Canada, avec 69 S par habitant, se classe au 6' rang derrière la Finlande (136$), l'Allemagne (130$), la France (87$), la Suède (86$) et les Pays-Bas (70$).En lin de classement, on trouve la Grande-Bretagne (38$) et les États-Unis (9$).mais le 1 Lettre au Conseil (les Arts du Canada, août 1999.financement privé est exceptionnellement élevé dans ces deux pays.U's crédits octroyés par le gouvernement fédéral ont-ils prolité aux arts ?De nombreux artistes qui ont profité très tôt de l'aide du Conseil des Arts ont connu des carrières nationales et internationales remarquables.La formation et le perfectionnement professionnel de la chanteuse de jazz Diana Krall ont été subventionnés par le Conseil des Arts de 1984 à 1994.Cette année, son tout dernier disque compact.When I Look in Your Eyes, a remporté les prestigieux prix Grammy (U.S.A.) et Juno (Canada) du meilleur album de jazz.La liste des artistes qui ont bénéficié de l'aide financière du Conseil est très longue.Comme le dit si bien Michel Tremblay : « Je peux affirmer sans me tromper que ma première bourse du Conseil des arts, en 1968.m'a sauvé la vie, me permettant de passer de vendeur au magasin de tissu.à écrivain à plein temps, du moins pendant trois mois, ce qui était énorme et vital pour moi à l'époque.' » Je tiens à remercier personnellement le Conseil de l'aide qu'il a apportée au Théâtre du nouveau monde.Pendant les longues années au cours desquelles j'ai été associé au TNM, les subventions annuelles de fonctionnement versées par le Conseil ont procuré au Théâtre une certaine stabilité, lui permettant de courir de nombreux risques artistiques et financiers en créant sur scène de nouvelles œuvres dramatiques.Automne Maillet, première romancière de nationalité non française à remporter le prestigieux prix Concourt, a rendu un vibrant hommage au Conseil des Arts : Le gouvernement du Canada, en acceptant et encourageant la création du Conseil des Arts, allait doter le pavs de l'outil le plus efficace et le plus noble pour l'aider à réaliser les plus audacieux rêves de ses fondateurs.|.| A plusieurs reprises, j'ai bénéficié du soutien du Conseil des Ails.C'est ainsi que j'ai pu poursuivre des études en lettres jusqu'au doctorat; à Montréal puis à Paris, préparer une Été 2000 39 ÎR Les arts et les deniers publics Jean-Louis Roux thèse sur Rabelais et les traditions populaires en \cadie: projet qui devait déboucher sur l'univers de la Sagouine et la suite que l'on connaît.[.] Sans doute aurais-je écrit, avec ou sans le Conseil des Arts.Mais aurais-je pu le faire au même rythme, et avec la même liberté?Le peuple aeadien n'avait pas d'antécédents d'écriture avant ma génération.Il avait besoin d'un encouragement inconditionnel et ferme pour croire à son étoile, pour réaliser l'impensable de faire franchir à une culture le passage de l'oral à l'écrit.Pour plusieurs d'entre nous, ce clin d'ieil du destin a pris la forme d'un soutien financier et moral et s'est appelé le Conseil des Arts du Canada.2 Dans toutes les régions de notre pays, les arts ont considérablement bénéficié du financement public.Mais les besoins risquent de s'accroître dans les années à venir.Nous devons donc veiller à ce que notre système de subventions soit constamment révisé et mis en application.¦ jean-Louis Roux, vétéran de la scène artistique québécoise, est président du Conseil des Arts du Canada.- Lettre au Conseil des Arts du Canada, août 1999.Où sont passés les « deux peuples fondateurs » ?À l'occasion du cinquantenaire de Cité libre nous avons comparé la composition ethnique du Canada dans son ensemble et de quelques villes, selon les données de Statistique Canada de 1951 et de 1996.Il faut noter qu'en 1996 le recensement incluait dans les choix « origine canadienne » et « origines multiples », ce que ne faisait pas celui de 1951 qui ne demandait que « l'origine du père ».Il reste que, devant les choix proposés, la très grande majorité des Canadiens (80 %) ne se définissent plus comme étant exclusivement d'origine britannique ou française.Il est grand temps que le mythe des « deux peuples fondateurs » soit mis au rancart.Composition ethnique de la population du Canada 1951 Origines multiples " libre Eté 2000 PRÉTE-MOf S ,, .ta ruuME v 1 ne quebecitude en pleine mouvance Geneviève Manseau que nous avons été dirigés contre notre volonté vers des institutions anglo-saxonnes.Maurice Duplessis vendait nos ressources naturelles pour "un p"tit pain" aux Américains devant qui il se courbait comme un inférieur.Moi.la chose qui m'inquiète, c'est justement cela, notre manque d'esprit critique face à l'américanisation.Nous sommes inondés d'émissions, de films, sans parler d'Internet, qui transportent une idéologie de l'uniformité faisant l'affaire de nos voisins d'à côté.J'ai voyagé un peu aux États-Unis et je peux dire que je n'en veux pas de leur style de vie hyper- stressant.On est bien mieux ici.Mais les jeunes qui gobent à peu près tout ce qui vient de là-bas, en sont-il conscients?Existe-t-il chez eux un désir de promouvoir une nouvelle identité québécoise?Je n'en suis pas sûr quand je constate chez mes amis l'absence d'idées politiques et communautaires.¦ Geneviève Manseau est orthopédagogue et écrivain.Où sont passés les « deux peuples fondateurs » ?Composition ethnique de la population de Montréal 1951 I99tt Britannique 13%) Origines ^B^^ française ^H^.(23%) (20%) Autres (25%) Canadienne (29%) Population totale 1395400 Population totale 3287«50 Composition ethnique de la population de Toronto 1951 Population totale 1 117470 1996 Française Britannique {| %) (11%) Origines multiples C10%) 1 Canadienne (7%) Aulres (51%) Population totale 4232905 Voir également page 40 Été2000 'Il Littérature *>i*ii«s frontières Hans-Jurgen Greif Il est erroné de dire qu'au Québec, les écrivains dont la langue maternelle n'est ni le français ni l'anglais ont fait leur apparition vers le début des années 1980: Nairn Kattan (né en Irak) et Alice Poznanska-Patïzeau (née en Pologne), par exemple, font figure de précurseurs dès le début des années 1900.Mais il est vrai que, depuis 20 ans environ, les voix des « allophones » s'imposent de plus en plus impérieusement: le premier roman de Sergio Kokis, (Le pavillon des miroirs-.1994) originaire du Brésil, a remporté pas moins de quatre prix littéraires, tandis que Ying Chen, née en Chine, construit depuis une dizaine d'années une œuvre hautement prometteuse.En fait, les écrivains « allophones » ont toujours existé, partout dans le monde (le terme est assez récent; dans l'édition de 1985, le Robert le définit comme caractérisant une personne «dont la langue maternelle est une langue étrangère, dans la communauté où elle se trouve»).Ne mentionnons que quelques noms : Rilke, le plus grand poète de langue allemande au début du XX' siècle, écrivait ses poèmes d'abord en russe, puis en français, avant de choisir l'allemand ; Joseph Conrad, d'origine polonaise, parlait parfaitement bien le français, mais préférait rédiger son œuvre en anglais; Samuel Beckett écrivait ses pièces de théâtre en français.La célèbre Salomé d'Oscar Wilde a été un cas assez curieux, puisque son auteur, un des plus brillants esprits britanniques de la fin du XIX1 siècle, l'avait formulée en français d'abord, avant de consentir à la faire traduire en anglais par Alfred Douglas.Que se passe-t-il chez l'écrivain qui abandonne sa langue maternelle pour écrire dans celle du pays d'accueil?Quelles relations établit-il avec la culture de sa nouvelle patrie ?Quel est le regard qu'il jette à la fois sur son passé et sur le présent ?Et quelle est sa perception de l'avenir?Lui faut-il «tuer» sa langue maternelle pour se « fondre » dans son nouvel environnement?Ou travaillera-t-il à promouvoir l'« interculturation ».un processus où les différences entre les cultures ne sont pas effacées, mais continuent à coexister?Il faut relire ce que nous dit Elias Canetti dans la première partie de son autobiographie, La langue sauvée (A.Michel, Paris.1980).Il a été conduit, de façon très douloureuse, vers la langue allemande: né en Bulgarie, Canetti appartient à une enclave sépharade; sa langue maternelle est l'espagnol de la fin du XV' siècle.Le commerce de la famille s'étend jusqu'en Angleterre; les parents s'y installent, le petit Elias apprend rapidement - et parfaitement - l'anglais.Quand, après la mort du père, il doit accompagner sa mère à Lausanne, il y acquiert le français.Mais, il se rappelle «la langue d'amour et de culture» dont usaient ses parents en Bulgarie quand ils revenaient d'un voyage à Vienne.Ils avaient refusé d'enseigner l'allemand à leurs enfants ; user entre eux de cette lingua franca signifiait appartenir à une culture hautement sophistiquée.La mère était d'avis qu'il fallait mériter l'accès à cette langue.L'amour pour son père, l'attachement profond à sa mère font que le jeune Canetti implore celle-ci de lui enseigner l'allemand.Cet apprentissage, tout à la fois pénible et cocasse, l'amène à choisir l'allemand comme langue d'écriture : désormais, il fait partie du monde de ses parents, réclame une filiation qu'il ne renie jamais, même pas quand il apprend les horreurs commises contre son peuple par les nazis.On le voit bien: l'équation langue = identité n'est plus acceptable.Il faut nuancer: la langue peut faire partie de l'identité d'un individu, mais elle ne le détermine plus comme entité.Canetti a été d'abord façonné par un espagnol archaïque, ensuite par son contact avec bien d'autres langues de sa région natale (bulgare, roumain, grec, turc), puis par l'anglais, le français, l'allemand.Il a fait un choix, mais il n'est pas «devenu 92 Été 2000 Littérature sans frontières Hans-Jurgen Greif allemand)) parce qu'il a vécu à Berlin et à Francfort.Tout au plus a-t-il assimilé, par sa mère, la culture autrichienne, sans pour autant devenir «autrichien».Langue, peuple, patrie, nation: les réflexions d'Annette Paquot dans le dernier numéro de Cité libre (Printemps 2000).sont très éclairantes à ce sujet.Les écrivains venus d'ailleurs ont abandonné leur lieu d'appartenance et en ont choisi, délibérément ou non.un autre.C'est ici que le mot d'Amin Maalouf prend tout son sens, quand il affirme qu'il est Français et Libanais à la fois (Les identités meurtrières).Mais comment la société d'accueil se comporte-t-elle face à l'écrivain qui n'embrasse pas entièrement laculture du pays d'adoption ?Pendant près de deux siècles, la langue nationale était considérée comme porteuse de l'ccâme» de toute nation en Occident: écrire exclusivement dans une langue signifiait appartenir officiellement au pays en question, en exprimer «le caractère national».C'est ainsi qu'à la fin du XVIIIe, mais surtout au début du XIX' siècle, plus particulièrement à la suite des guerres napoléoniennes, les États allemands ont découvert une «âme» nationale, les unissant contre l'envahisseur.Dès lors, la voie s'ouvrait au nationalisme.Nous savons quelles en ont été les conséquences.Cultures en interaction Depuis deux décennies environ, nous assistons, surtout en Occident, à des migrations massives, sans précédent dans l'histoire contemporaine, qui rendent les frontières poreuses.Ceci n'est pas sans heurter les adeptes des cultures « pures ».non métissées.Au Québec, qui se définit lui-même comme terre d'immigration, les nouveaux arrivants se concentrent surtout dans la région montréalaise: ils y rencontrent plus facilement d'anciens compatriotes qui les aident à mieux s'insérer dans le nouveau contexte et leur Dany Laferrière leCRJdes OISEAUX FOUS - facilitent souvent l'insertion dans le marché du travail.C'est donc essentiellement dans la région métropolitaine qu'il faut chercher ces écrivains «pas comme les autres» qui (re)pensent leur relation avec la culture de leur pays d'origine et celle du Québec.À l'heure actuelle, il ne s'agit plus de poser la question suivante : « Qu'est-ce que la littérature québécoise?», mais plutôt «De quelles sources se nourrit-elle ?» Dans son excellent essai L'écologie du réel-, mort et naissance de la littérature québécoise (Boréal, Montréal.1988).Pierre Nepveu a très tôt interrogé les concepts d'ethnicité et d'étrangeté.où le premier signifie que l'étranger menace l'identité spécifique du pays d'accueil, tandis que le second traduit et l'angoisse et la fascination des Québécois «de souche» qui se perçoivent eux-mêmes comme une ethnie en migration, abandonnée par sa mère-patrie : du coup, Tétranger devient le miroir de son propre destin.Kntre souvenir et métissage Dans un premier temps, il faut distinguer deux tendances qui ont longtemps dominé la production littéraire «allophone»: 1) la littérature migrante, qui parle du pays perdu ou laissé : 2) les textes proposant un métissage où la mémoire originelle s'inscrit dans l'espace et le temps de l'Ici.On peut dire qu'aujourd'hui la première est de moins en moins pratiquée: par le regard tourné vers le passé, teinté de nostalgie, le pays laissé est encore dépeint soit comme le paradis perdu, ou du moins comme un coin de la terre où il faisait bon vivre malgré la misère qui a poussé l'individu à s'exiler, soit comme matière à comparaison avec le Québec.Dès le début des années 1980.c'est la deuxième tendance qui l'emporte.Ainsi, Dany Laferrière connaît un immense succès avec son premier roman, Comment faire l'amour avec un \ègre sans se fatiguer1.VLB, Montréal, 1985.Une version Mimique a e été traduit eu anglais.lé réalisée par Jacques Benoit et le livre a rapidement Été 20(H) Cité lifc>re 93 VCT*
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.