Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Dossiers "Vie ouvrière"
Dossiers « Vie ouvrière » est une revue mensuelle montréalaise d'animation sociale engagée pour la cause ouvrière qui a été publiée de 1974 à 1978. [...]
Dossiers « Vie ouvrière » est une revue mensuelle montréalaise d'animation sociale engagée dans le monde ouvrier. Publiée de 1974 à 1978, elle fait suite à Prêtres et laïcs (1967-1973). Dossiers « Vie ouvrière », initiative des oblats, est le fruit d'une collaboration entre le Centre de pastorale en milieu ouvrier, la Jeunesse ouvrière catholique et le Mouvement des travailleurs chrétiens. Inspirés par le marxisme et la théologie chrétienne de la libération, les rédacteurs de Dossiers « Vie ouvrière » incarnent une nouvelle gauche chrétienne qui compte participer aux combats de la classe ouvrière. Moins préoccupée par l'action pastorale que ses prédécesseures, la revue veut susciter et nourrir des engagements, chrétiens ou non, envers le monde ouvrier. Pour ce faire, Dossiers « Vie ouvrière » développe une solidarité étroite avec les différentes forces de gauche du Québec. La revue présente chaque mois un dossier couvrant de façon approfondie un sujet de préoccupation pour les militants du monde ouvrier. Elle procède par enquêtes, reportages et articles de fond. L'éventail des thèmes abordés au cours des années est vaste et témoigne de la vivacité du mouvement ouvrier catholique. Dossiers « Vie ouvrière » fait partie d'une longue série de publications incluant aussi le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Vie ouvrière (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004). L'équipe de direction et de rédaction de Dossiers « Vie ouvrière » est composée, entre autres, de Jacques Lemay, Hubert Coutu, Jean Fortier, Lorenzo Lortie, Claude Lefebvre, Paul-Émile Charland, Rémi Parent, Pierre Viau et André Bolduc. BAUM, Gregory, « Catholicisme, sécularisation et gauchisme au Québec », Culture française d'Amérique, 1996, p. 105-120. VALLIÈRES, Pierre, « Le magazine de Vie ouvrière - 40e anniversaire - Troisième partie : les années 70 - L'utopie et l'institution », VO, no 232, septembre-octobre 1991, p. 12-14.
Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1974-1978
Contenu spécifique :
avril 1976
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Prêtres et laïcs.
  • Successeur :
  • Vie ouvrière,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (10)

Références

Dossiers "Vie ouvrière", 1976, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Les groupes marxistes au Québec DOSSIERS VIE OUVRIÈRE" no 104 DOSSIERS VIE OUVRIÈRE*___________________ AU SERVICE DES MILITANTS CHRÉTIENS DU MONDE OUVRIER Comité de la rédaction André Bolduc, Hubert Coutu Fabien Lebceuf, Raymond Levac Lorenzo Lortie, Rémi Parent, Pierre Viau Collaboration: Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J.O.C.) Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M.T.C.) Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (C.P.M.O.) Paul-Émile Charland, secrétaire Abonnement: $8.00 pour un an Adresse: 1201, rue Visitation, Montréal, Canada H2L 3B5 Téléphone: (514) 524-3561 Courrier de deuxième classe — Enregistrement n° 0220 Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec Indexée dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) Imprimerie Notre-Dame, Richelieu, Que. sommaire Avril 197e — voi.xxvi, n» 104 Editorial Les groupes marxistes au Québec Paul-Émile Charland 198 Dossier Notes sur le "mouvement révolutionnaire" au Québec Louis Fournier 201 Quelques remarques de "vocabulaire" Recherches et Échanges 215 De la JOC au Marxisme-léninisme XXX 221 Des chrétiens ont choisi le marxisme Gérald Larose 227 La radicalisation des chrétiens: nouveauté et importance du phénomène Gérard Feran 233 Chrétiens et marxistes dans l'action Pierre Viau 239 Le combat pour la justice Christiane Sibillotte 245 Chronique Appelés à vivre la foi au sein de l'incroyance André Rebré 253 c^ditoiiaL Les groupes marxistes au Québec A la suite du dossier "Marxiste et chrétien?" que nous avions publié en 1973, plusieurs lecteurs nous ont écrit pour nous demander où en était le marxisme au Québec.La question nous semble partir d'une préoccupation positive, d'un préjugé favorable.Pour eux, en effet, le marxisme n'est plus la bête noire qu'il était autrefois.Les lecteurs qui nous ont écrit travaillent, pour la plupart, dans des quartiers populaires ou des organisations syndicales, au coude-à-coude avec des groupes marxistes ou socialistes de différentes tendances.C'est pourquoi ils nous ont demandé de les aider à démêler l'écheveau des divers groupes marxistes.La réponse à cette attente n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire.Le marxisme est une doctrine, mais il est vécu différemment et son application concrète dans une situation donnée entraine des divergences parfois notables.C'est pourquoi, afin d'éclairer les lecteurs, nous avons demandé à Louis Fournier, journaliste ou quotidien Le Jour, de tracer la carte des différents groupes qui composent la famille marxiste au Québec.Cette classification risque d'être injuste et de trop simplifier la réalité; nous nous en excusons auprès des groupes qui ne se reconnaîtraient pas dans cette description, et nous les invitons à nous rectifier au besoin.Pour amorcer un dialogue, il reste que nous avons besoin de connaître notre interlocuteur.Pour comprendre nos différences, il n'y a rien comme de s'obliger à préciser les réalités que recouvrent les mots que nous employons: monde ouvrier, milieux populaires, classe ouvrière, mouvement ouvrier.et puis encore: option de classe, conscience de classe, lutte de classe, projet de société.Voilà des mots que nous employons volontiers.Mots chargés de sens objectif, mais aussi de nos passions — et c'est inévitable.Pour 198 aider à un éclaircissement, nous avons relevé quelques définitions utilisées à l'intérieur des deux composantes des forces de gauche: le marxisme et le socialisme auto-gestionnaire.Marxistes et chrétiens dans l'action // n'est plus nécessaire d'aller en Europe ou en Amérique latine pour rencontrer des chrétiens qui ont adhéré au marxisme sans mettre leur foi entre parenthèses.Au Québec nous rencontrons un certain nombre de militants pour qui Marx et Jésus sont "du même bord".Leur cheminement personnel au sein de longues années d'engagement dans les quartiers populaires les ont amenés à la conclusion que l'analyse marxiste était celle qui rendait compte de la réalité avec le moins d'inexactitude.Nous avons demandé à quelques-uns d'entre eux de nous décrire leur cheminement ainsi que la synthèse à laquelle ils étaient parvenus.Comment un jeune travailleur est passé de la JOC au marxisme-léninisme: c'est ce que notre premier témoin, qui a préféré garder l'anonymat, nous raconte dans son langage.Des chrétiens, et même des prêtres, ont choisi le marxisme: comment est-ce conciliable?Quelle pratique cette option entraîne-t-elle?Gérald Larose, membre du réseau des Politisés chrétiens, nous dit les conséquences du choix qu'il a fait.Le combat pour la justice n'est pas une abstraction, il s'enracine dans des situations bien concrètes.Christiane Sibillotte nous décrit la situation des assistés sociaux, victimes à la fois des préjugés de la société et des récentes lois du gouvernement.La radicalisation des chrétiens La radicalisation des chrétiens est un phénomène nouveau et qui n'est pas sans importance, tant pour leur milieu d'origine que pour les groupes radicaux eux-mêmes.Il n'est plus possible, actuellement, de ramener tous les chrétiens à un seul dénominateur commun.A ce sujet, plusieurs militants de gauche auraient avantage à reviser leurs "préjugés".L'itinéraire de la radicalisation de ces chrétiens passe par le chemin du retour aux sources de leur foi en Jésus-Christ.Ce phénomène récent, qui s'amplifie avec l'aggravation de la situation sociale, aura des répercussions tant sur la vie des Églises que sur la structure de la société elle-même.A mesure que la structure sociale et 199 politique actuelle perdra ses appuis traditionnels et la justification morale qui la soutient, ses fondements mêmes seront ébranlés.Une interrogation salutaire Le marxisme, au Québec, est une réalité qui nous oblige à une interrogation salutaire.Interrogation pour le mouvement syndical qui se veut le défenseur de la classe ouvrière: est-il suffisamment proche des petits, des défavorisés, de ceux qu'on appelle "le prolétariat"?Quel projet de société travaille-t-on à mettre de l'avant?Quelles sont les stratégies les plus réalistes, à moyen et à long terme, dans la réalité québécoise actuelle?Nous savons bien ce dont nous ne voulons plus, mais qui peut dire avec exactitude ce que sera la société de demain?Les positions extrémistes sont parfois nécessaires pour dynamiser l'action, à condition de ne pas retomber dans l'idéalisme que l'on reproche aux adversaires.Les groupes marxistes, au Québec, posent aussi une interrogation salutaire aux chrétiens, militants en monde ouvrier.Nous sommes appelés, avec les autres chrétiens de la classe ouvrière, à vivre la foi au sein de l'incroyance.Avec André Rebré, nous reconnaissons combien la générosité, la qualité de vie, l'oubli d'eux-mêmes de nombreux militants ouvriers ne partageant pas notre foi, ont pu être moteur d'une foi plus vraie et plus engagée pour les militants chrétiens et pour nous-mêmes.Mais nous savons aussi combien cette incroyance, si elle peut purifier et activer la foi, conduit souvent à l'éteindre progressivement ou la saper brutalement.Prenons-nous suffisamment au sérieux cette incroyance en monde ouvrier qui, si elle est un stimulant pour la foi, en est aussi très souvent destructrice?Elle nous oblige, une fois de plus, à revenir à l'événement central du christianisme: la mort et la résurrection de Jésus.Paul-Émile Charland 200 \ Notes sur le ' 'mouvement ré volutionnaire au Québec Louis Fournier Dans un article qui se veut "descriptif", Louis Fournier, journaliste au quotidien Le Jour, retrace les quatre grandes tendances qui existent à l'intérieur du "mouvement révolutionnaire" au Québec.Ces quatre tendances se divisent encore en groupes dont les options politiques diffèrent de l'un à l'autre.C'est à décrire ces groupes que s'est appliqué la recherche de l'auteur, en n'oubliant pas de mentionner le nom de la publication de chacun ' d'eux.On pourrait compléter cet article par celui de Jérôme Régnier: "Diverses interprétations de la grille marxiste" (Dossiers "Vie Ouvrière", N° 79, pages 539-553).Tous les groupes politiques de gauche qui veulent "faire la révolution" au Québec (socialistes, communistes, marxistes-léninistes, etc.) ne s'y rendent pas par le même chemin, tant s'en faut, et la "Longue Marche" est loin d'être terminée.L'objectif stratégique recherché, malgré les divergences, est pourtant assez clair: il s'agit de bâtir au Québec •— voire même au Canada — un "parti de la classe ouvrière", un partit qui arrachera le pouvoir à la bourgeoisie et entamera la construction du socialisme.Ce parti, on lui donne des appellations diverses qui recouvrent, la plupart du temps, des conceptions divergentes.201 Ce qu'il est convenu d'appeler le "mouvement révolutionnaire" au Québec n'est donc pas facile à décrire et encore moins à évaluer.Aussi ne doit-on considérer les notes suivantes que comme une contribution à la description du mouvement, qui est d'ailleurs en évolution constante.Au moment où ces lignes paraîtront, il est probable que certains des groupes mentionnés n'existeront plus ou se seront transformés ou regroupés avec d'autres.Il est certain également que nous n'aurons pas pu les nommer tous et que de nouveaux groupes apparaîtront.Bref, le lecteur doit bien voir les limites et la modestie de ces quelques notes qui visent à permettre aux militants ouvriers de s'y "retrouver un peu".Quatre grandes tendances En simplifiant, on peut identifier quatre (4) grandes tendances parmi les groupes politiques et progressistes qui se sont fixé comme objectif de bâtir un "parti de la classe ouvrière": 1 — Le Parti Communiste La tendance la plus ancienne — pour ne pas dire la plus traditionnelle — du mouvement politique ouvrier est celle du Parti communiste du Québec (PCQ), pro-soviétique, promoteur d'un "parti de masse fédéré des travailleurs".Le PCQ est évidemment qualifié de "révisionniste" par ses adversaires.2 — La tendance trotskyste Une autre tendance, ancienne dans le mouvement ouvrier international mais qui ne s'est formellement structurée ici qu'au milieu des années '60, est la tendance trotskyste, représentée au Québec par trois (3) groupes: la Ligue socialiste ouvrière (LSO), le Groupe socialiste des travailleurs du Québec (GSTQ) et le Groupe marxiste révolutionnaire (GMR).3 — La tendance marxiste-léniniste ("m-1" ou maoïste) La tendance la plus récente, et qui se manifeste par la plus grande floraison de groupes et de "noyaux", est la tendance qu'on peut identi- 202 fier, sous diverses formes, au courant marxiste-léniniste ("m-1" ou maoïste) du mouvement ouvrier international.Ce courant, en référence à la Chine et à l'Albanie, vise à créer un "Parti Communiste de type nouveau".À cette tendance se rattachent divers groupes comme la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada, En Lutte, le Parti communiste du Québec marxiste-léniniste (PCQML), le groupe Librairie progressiste-Mobilisation et, jusqu'à un certain point, Y Agence de presse libre du Québec (Bulletin populaire).4 — Le "Parti des travailleurs" (socialiste) Enfin, une tendance qualifiée de réformiste et social-démocrate par ses adversaires préconise la formation au Québec d'un "Parti des travailleurs", à gauche du Parti Québécois, dans le courant international du "socialisme démocratique".Cette tendance est active au sein des grandes centrales syndicales et du NPD-Québec.Elle se retrouve parmi plusieurs militants de l'action politique "autonome" des travailleurs au sein de la CSN, de la FTQ et de la CEQ et elle a donné naissance au Regroupement des militants syndicaux (RMS).* * * 1 — Le Parti communiste du Québec (PCQ) Le PCQ, pro-soviétique, est la plus ancienne organisation politique de gauche au Québec, bien que son influence et son membership soient plus faibles aujourd'hui qu'il y a 30 ans.Le PC, fondé au Canada en 1921, s'est donné une aile québécoise distincte en 1965, sous la direction de Samuel Walsh.Il compte au moins deux organisations satellites: la Ligue des jeunesses communistes (LJC) et la Ligue des femmes du Québec.Le PC a commencé à décliner ici à partir de 1947, alors qu'il comptait plus de 2,500 membres dont 500 francophones.La grande majorité des francophones ont alors quitté le parti, à la suite d'une scission sur la "question nationale".203 Le PC reconnaît le droit du Québec à la sécession, mais il n'y est pas favorable dans le contexte actuel.Parti "fédéré" Le mot d'ordre actuel du PC est la création d'un "parti de masse jédéré des travailleurs", titre d'une brochure publiée par Sam Walsh en 1973.Ce parti serait créé par une union large de toutes les forces progressistes, style Front populaire ou Union de la gauche.Le PC, actif au sein du Rassemblement des citoyens de Montréal, voit une confirmation de la justesse de sa thèse dans le succès remporté par le RCM lors des dernières élections municipales.Le PCQ est aussi actif en milieu syndical où il compte plusieurs militants et contrôle la direction des Ouvriers unis de l'électricité (FTQ) grâce à l'un de ses "vétérans", Jean Paré.Le PCQ publie un bimensuel, "Combat" et anime une librairie, "Nouvelles Frontières".* * * 2 — La tendance trotskyste Il existe trois (3) groupes au Québec qui se réclament du trotskys-me.Ce mouvement tire son nom de Léon Trotsky, compagnon de Lénine et l'un des leaders de la Révolution russes en 1917.Exilé d'URSS en 1929 par Staline (contre lequel il avait constitué "l'opposition de gauche"), Trotsky fondera en 1938 la Quatrième Internationale, le "Parti mondial de la révolution socialiste" avec des sections dans chaque pays.Il sera assassiné au Mexique en 1940.Schématiquement, les trotskystes pensent que la révolution socialiste ne peut se dérouler dans un seul pays.Chaque territoire passé sous le contrôle des révolutionnaires doit servir de base pour relancer le processus dans le territoire voisin.Les trotskystes cherchent à construire des partis très organisés, sur le modèle du parti bolchevique de Lénine.204 Au Québec Au Québec, deux des trois groupes trotskystes ont comme mot d'ordre la création d'un "parti ouvrier" à l'initiative des syndicats, comme étape transitoire vers la création d'un "parti révolutionnaire".Autrement dit, un parti "socialiste" avant un parti "communiste".Ces deux groupes sont la Ligue socialiste ouvrière (LSO) et le Groupe socialiste des travailleurs québécois (GSTQ).Ils œuvrent au sein du Regroupement des militants syndicaux (RMS).Quant au troisième groupe, le Groupe marxiste révolutionnaire (GMR), il rejette cette étape d'un "parti ouvrier réformiste" et préfère le rassemblement d'une "avant-garde ouvrière large" en vue de la formation d'un parti révolutionnaire.International Sur le plan international, la LSO est une organisation affiliée à la Quatrième Internationale tandis que le GMR (né d'une scission au sein de la LSO en juillet 1972) en est une organisation sympathisante.Et ce, du fait que la Quatrième Internationale reconnaît le droit de tendance en son sein.Quant au GSTQ, il constitue la section québécoise d'une tendance trotskyste qui a rompu avec la Quatrième Internationale, en 1953.Cette tendance, qualifiée de "lambertiste" du nom de son leader, le Français Pierre Lambert, a formé le Comité pour la reconstruction de la Quatrième Internationale.Les trois groupes trotskystes sont liés à des organisation canadiennes similaires.• La Ligue socialiste ouvrière (LSO) La LSO, fondée à Montréal en 1964, est le plus ancien groupe trotskyste au Québec.Elle est surtout active en milieu étudiant, par sa Ligue des jeunes socialistes (LJS).Comme le GSTQ, la LSO considère que le NPD, formé par les syndicats et ayant une base ouvrière, est le parti des travailleurs au Canada anglais.Ses militants œuvrent donc au sein du NPD.205 Au Québec, en revanche, à cause de "l'oppression nationale" des francophones, il faut bâtir un parti ouvrier distinct, avec l'apport des militants du NPD-Québec.La LSO publie un journal, "Libération", et possède sa "Librairie d'Avant-Garde".• Le groupe socialiste des travailleurs du Québec (GSTQ) Le GSTQ est sans doute le groupe trotskyste qui a la plus grande implantation en milieu syndical, malgré sa création récente (septembre 1974).Il compte notamment des militants à la direction du Syndicat des employés du transport de la CTCUM (CSN) et de l'Alliance des professeurs de Montréal (CSN).Cette implantation est conforme à sa ligne politique qui vise à créer "un parti politique s'appuyant sur les organisations syndicales".Le GSTQ affirme que c'est au sein — et non pas en dehors — des organisations de la classe ouvrière qu'il faut agir, d'autant plus que "c'est le seul cadre dans lequel puisse être engagé un véritable combat entre le réformisme et le bureaucratisme de la direction actuelle des syndicats".Le mot d'ordre central du groupe est le "Front unique ouvrier", qui vise à traduire la nécessaire unité de tous les travailleurs, au sein des "fronts communs" par exemple.Le GSTQ publie un journal, "Tribune ouvrière".• Le Groupe marxiste révolutionnaire (GMR) Contrairement aux deux tendances précédentes, rappelons-le, le GMR "n'envisage pas la création d'un parti ouvrier réformiste au Québec comme étape nécessaire vers la mise sur pied d'un parti révolutionnaire".Ce dernier, selon le GMR, ne pourra se constituer qu'"à partir du dégagement d'une avant-garde ouvrière large et de la fusion de cette avant-garde avec le programme, la stratégie et l'organisation marxiste révolutionnaire".La raison de cette orientation, c'est qu'"un regroupement d'un certain nombre de bureaucrates syndicaux et d'intellectuels universi- 206 taires, aussi peu probable soit-il, ne saurait qu'être un obstacle dans la voie du parti révolutionnaire".Le GMR, surtout actif en milieu étudiant, publie un journal, "Combat socialiste", qui a pris la relève de "La taupe rouge".* * * 3 — La tendance marxiste-léniniste ("m-1" ou maoïste) Cette tendance est représentée par un large éventail de groupes et de "noyaux" qui se transforment et évoluent rapidement, au gré des scissions et des fusions."Le jeune mouvement communiste canadien est encore divisé", avoue la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada dans le document d'entente politique qui a marqué sa création, en novembre 1975."Il présente différentes positions sur un grand nombre de questions de ligne politique, y compris les plus fondamentales".Dans le même sens, le Bulletin populaire de l'Agence de presse libre du Québec (APLQ) écrivait dans son édition du 29 janvier 1976: "A l'heure actuelle, le mouvement révolutionnaire est divisé, éparpillé en plusieurs groupes et organisations.Aussi la question de l'unité est-elle au centre des préoccupations de tous ceux qui veulent travailler à construire le Parti communiste" ("de type nouveau").• La Ligue communiste ("m-1") du Canada La Ligue communiste (LCMLQ) a vu le jour à l'automne 1975 et apparaît comme la plus active et la plus influente du courant maoïste au Québec, avec En Lutte.Elle fait des références fréquentes à la "pensée Mao Tsé-Toung" et à celle de Enver Hoxha, chef du Parti Communiste de l'Albanie.C'est en novembre 1975 que le Mouvement révolutionnaire des étudiants du Québec (MREQ), la Cellule militante ouvrière (CMO) 207 et la Cellule ouvrière révolutionnaire (COR) ont annoncé la dissolution de leur groupe respectif et leur fusion en une nouvelle "organisation d'avant-garde".La document d'entente politique publié à cette occasion résume bien l'essentiel de la tendance marxiste-léniniste au Québec et nous en citerons de larges extraits."Notre organisation, affirme le document, est le produit de la lutte pour l'unité des marxistes-léninistes entreprise depuis déjà plusieurs mois", selon le principe maoïste "unité-critique-unité".Fondée au Québec, la Ligue entend poursuivre "la lutte pour l'unité la plus grande des m-1 à travers tout le pays (ndlr: le Canada) et acquérir un caractère véritablement canadien".Pourquoi "canadien"?Parce que la "contradiction principale", explique-t-on, est celle qui oppose le prolétariat canadien à la bourgeoisie canadienne.La "question nationale québécoise" est une "contradiction secondaire" — et encore n'arrive-t-elle qu'après l'opposition entre "le peuple canadien et les deux superpuissances (USA et URSS), particulièrement l'impérialisme américain".Question nationale au Québec Sur la question nationale au Québec, la position de la Ligue est la suivante (comme celle de En Lutte): même si le Québec est une "nation opprimée" par la bourgeoisie canadienne et qui doit pouvoir disposer librement d'elle-même jusqu'à la libre séparation politique", la Ligue est opposée à l'indépendance: "Au Canada, à l'heure actuelle, nous ne militons pas en faveur de la séparation du Québec parce qu'elle nuirait à la cause révolutionnaire du prolétariat en le divisant face à la bourgeoisie canadienne, notre ennemi principal, et en affaiblissant notre peuple face aux visées hégémoniques des deux superpuissances".Le Parti La création d'un Parti communiste (marxiste-léniniste) nécessite trois conditions, selon la Ligue: 1 — Une "ligne politique juste"; 2 — L'unité la plus grande des m-1; 3 — Une base ouvrière grâce à 208 la formation de cellules d'entreprises, "étant donné l'absence quasi complète d'ouvriers communistes dans notre pays".On y parviendra "sur la base d'un large travail d'agitation et de propagande", ce qui est "la tâche principale à l'heure actuelle".Divergences Face aux autres groupes m-1, la Ligue rejette carrément le Parti communiste du Québec marxiste-léniniste (PCQML), le plus ancien groupe maoïste au Québec, qu'elle qualifie simplement de "contre-révolutionnaire" ainsi que le Parti du Travail du Canada (PTC), autre groupe maoïste issu d'une scission au sein du PCQML.À propos du groupe En Lutte, avec lequel des discussions en vue d'une fusion ont eu lieu en vain, la Ligue souligne une de ses divergences: En Lutte définit la "contradiction principale" comme celle qui oppose le prolétariat canadien à la bourgeoisie canadienne alliée à l'impérialisme américain alors que, pour la Ligue, l'opposition est d'abord et avant tout entre le prolétariat et la bourgeoisie du Canada.Vis-à-vis le groupe Librairie progressiste-Mobilisation, la Ligue défend sa position selon laquelle il faut bâtir le Parti "de haut en bas, du sommet à la base"."Nous rejetons, dit-elle, les conceptions opportunistes véhiculées par des groupes voulant que le Parti soit construit de bas en haut".La Ligue communiste attaque durement, bien sûr, le "révisionnisme moderne dont le chef de file à l'échelle mondiale est le.social-impérialisme soviétique et qui a pour représentant, dans notre pays, le soi-disant Parti Communiste canadien".Quant aux trots-kystes, elle les qualifie de "sectes".La Ligue est surtout active en milieu étudiant à cause du plus important de ses groupes fondateurs, le Mouvement révolutionnaire des étudiants du Québec (ex-journal Le Partisan).Quant au reste, elle possède des cellules dans quelques usines.Elle a des liens avec d'autres groupes "m-1" au Canada.Elle publie un journal (bilingue), "La Forge" et on peut trouver ses publications à la Librairie Ho Chi Minh.209 • Le groupe "En Lutte" Les positions et les références de En Lutte sont proches de celles de la Ligue, malgré ses divergences.Le groupe formé autour du journal En Lutte — publié depuis septembre 1973 — est apparu à partir de la fin de 1972, à l'occasion de la publication du livre "Pour un parti prolétarien" de Charles Gagnon, un des animateurs du mouvement.En Lutte veut diffuser "l'idéologie prolétarienne, c'est-à-dire le marxisme-léninisme et la pensée Mao Tsé-Toung appliqués aux conditions de la lutte révolutionnaire au Québec".Le groupe a consacré l'essentiel de son travail, à ce jour, à appuyer les luttes ouvrières — en animant, entre autres, le défunt Comité de solidarité avec les luttes ouvrières (CLSO) — et à mettre sur pied des "comités ouvriers" dans les entreprises et les quartiers.Le 12 décembre 1974, après deux ans de préparation, En Lutte lançait le mot d'ordre "Créons l'organisation marxiste-léniniste de lutte pour le Parti", étape préalable à la création d'un "authentique" Parti Communiste au Canada.En Lutte insiste beaucoup sur les dangers des "courants réformistes" qui sont "les ennemis à abattre au sein du mouvement ouvrier et populaire".Ces courants sont le "révisionnisme" (Parti Communiste), la social-démocratie (NPD) et "Parti des travailleurs") et le "nationalisme bourgeois" (PQ).On peut trouver ces publications à la Librairie "L'Etincelle".• Le Parti Communiste (m-1) Le Parti Communiste du Québec marxiste-léniniste (PCQML), la plus ancienne organisation maoïste au Québec, est sans doute aussi la plus critiquée, non seulement par les autres tendances mais aussi par les autres groupes "m-1".Fondé en mai 1970 à Montréal, il constitue une section distincte du Parti communiste du Canada marxiste-léniniste (PCCML).La direction actuelle de l'Association nationale des étudiants du Québec (ANEQ) serait proche du PCQML.210 Le Parti publie des éditions françaises et anglaises de son journal, "Le Quotidien du Canada populaire" (un mensuel en dépit de son nom).Il y a aussi sa librairie, "Livres et périodiques progressistes".• Librairie progressiste-Mobilisation Ce groupe est surtout connu parce qu'il a pris la direction de la revue "Mobilisation", une des plus anciennes publications du mouvement révolutionnaire au Québec, qui a changé plusieurs fois de ligne politique en cours de route, ce qui a donné lieu à des querelles internes sérieuses.Au début de décembre 1975, la revue annonçait la suspension de sa publication "pour une période indéterminée".On donnait alors les explications suivantes: "La création d'un authentique Parti communiste est la tâche centrale de tous les marxistes-léninistes.C'est pour l'application de cette tâche que se mène actuellement, dans le mouvement marxiste-léniniste, une intense lutte idéologique visant à fonder le Parti sur l'application vivante des principes universels du marxisme-léninisme et de la pensée Mao Tse-Toung.C'est en vue de s'inscrire résolument dans ce mouvement que le comité de rédaction de Mobilisation a pris la décision de suspendre sa publication".Le groupe est donc à faire un "bilan" qui vise principalement, explique-t-on, à "approfondir la rupture avec l'opportunisme de droite".Les comités de travailleurs Selon Mobilisation, cet "opportunisme" s'est exprimé par le Regroupement des comités de travailleurs (RCT), un groupe qui s'est dissout à la fin de 1975 à peine un an après sa création.Apparus à partir de 1972 dans certaines usines de la région de Montréal (Canadian Steel, etc.), les comités de travailleurs étaient conçus comme des organisations extérieures aux syndicats, comme des "noyaux" en vue de regrouper les travailleurs "les plus com- 211 batifs et les plus conscients".Il s'agissait de créer "des bases politiques en milieu de travail", mais sans relier clairement cette action (disent ses opposants) à la création d'un Parti Communiste.Quoi qu'il en soit, le Regroupement des comités de travailleurs n'existe plus mais "l'isolement et la destruction du courant représenté par le RCT ne signifie nullement la mort de l'opportunisme de droite", dit le groupe Mobilisation.La Librairie progressiste possède également une imprimerie.• L'Agence de Presse libre du Québec L'Agence de presse libre du Québec (APLQ) est surtout connue pour sa publication bimensuelle, "Le Bulletin populaire" (lancé en mars 1971) et possède aussi une imprimerie.Proche, pendant quelque temps, du mouvement des comités de travailleurs, l'APLQ a rompu avec ce courant — qui s'est lui-même dissout, à toutes fins utiles — et semble s'orienter maintenant vers le courant marxiste-léniniste.Elle préconise, nommément, la création d'un Parti Communiste "de type nouveau".Le comité de rédaction fait le bilan de son orientation actuelle dans l'édition du 25 mars du Bulletin populaire.4 — Le "Parti des travailleurs" C'est au sein du milieu syndical que la tendance visant à créer un "Parti des travailleurs" est la plus active au Québec.Considérant que le Parti Québécois n'est pas "un parti des travailleurs", cette tendance s'inscrit dans la tradition du défunt Parti socialiste du Québec (PSQ) et du NPD-Québec et se rattache au courant international du "socialisme démocratique".Animée par plusieurs militants de l'action politique "autonome" des travailleurs au sein des grandes centrales syndicales (et notamment au 212 Service d'action politique de la CSN, dirigé par André L'Heureux), cette tendance est à l'origine du Regroupement des militants syndicaux (RMS).Le Regroupement des militants syndicaux Le RMS est une organisation "large" d'échange et de liaison créée en mai 1974, à Montréal, par des militants des trois grandes centrales.C'est un organisme intersyndical souple, plutôt qu'un groupe politique comme tel.La ligne minimum du RMS est la suivante: 1 — Indépendance complète des syndicats face au patronat et au gouvernement; 2 — Action unitaire des trois centrales et création d'une Centrale unique des travailleurs au Québec; 3 — Construction d'un Parti des travailleurs à l'initiative des orga- nisations syndicales.Le RMS reconnaît la "liberté d'allégeance politique" car "c'est à partir des actions et des expériences communes des travailleurs que ceux-ci seront en mesure de bâtir leur programme et leur parti".Le RMS tient des assemblées mensuelles sur les luttes ouvrières et les problèmes du mouvement ouvrier au Québec.Il publie un Bulletin de liaison et des Cahiers.* * * Parti des travailleurs (PTQ) On doit mettre dans une catégorie à part le Parti des travailleurs du Québec (PTQ), qui a été créé en avril 1974.C'est l'équipe du journal "Choc" (qui se présente comme un "mensuel ouvrier de lutte anti-fasciste") qui a été à l'origine de la fondation du PTQ Enrg.Le nom du PTQ a en effet été "enregistré" en Cour supérieure, à Montréal, par quatre artisans du journal dont le directeur, Gérard La-chance.Le 26 avril 1974, "une trentaine de militants ont formé le PTQ", annonçait-on peu après dans le journal.213 La ligne du groupe est la suivante: • "Lutter contre l'impérialisme américain et le colonialisme "canadien" pour la libération nationale du Québec"; • "Lutter contre les capitalistes et leurs États pour les intérêts de la classe des travailleurs"; • "Lutter pour la victoire du socialisme".* * * Le Parti ouvrier nord-américain On doit classer également dans une catégorie tout à fait à part le Parti ouvrier nord-américain (North American Labor Party), violemment anti-maoïste, dont la seule ligne semble être de s'opposer au millionnaire américain Rockefeller.Le groupe publie un journal, "Nouvelle solidarité".214 Quelques remarques de "vocabulaire" Monde ouvrier, milieux populaires, classe ouvrière, mouvement ouvrier.et puis encore: option de classe, conscience de classe, lutte des classes, projet de société.Voilà des mots que nous employons volontiers.Mots chargés de sens objectif, mais aussi de nos passions — et c'est inévitable.Mais dans ce domaine, pour être sérieux, il est important de nous laisser réinterroger par ce que la "classe ouvrière" (et déjà nous employons un mot sans nous être mis d'accord sur son contenu.) dit d'elle-même.Nous ne prétendons pas le faire ici.Simplement, en faisant quelques remarques de vocabulaire, peut-être cela pourrait-il indiquer le sens de la démarche.En gros, deux sources indiquant les deux composantes des forces de gauche en France: 1) Le "Dictionnaire économique et social" (en abrégé: DES), publié aux éditions sociales par le Centre d'Études et de Recherches Marxistes (1975), un des organes du PCF, 2) Le "Livre des Assises du Socialisme'" (en abrégé: LAS) (10-1974) porteur du courant autogestionnaire français.Dans ce même courant se situe à notre avis le livre déjà ancien (1967) de Marcel David: "Les travailleurs et le sens de leur histoire" (TSH).Ces quelques précisions de langage ont pour but de nous provoquer à préciser ou nuancer nos échanges.et à en montrer la complexité, s'il en était besoin.215 MONDE OUVRIER — CLASSE OUVRIÈRE — MOUVEMENT OUVRIER 1) Dans le courant du P.C.F.Un point frappant: dans le DES, et non par manque de place (750 pages), aucun article à "monde ouvrier" ou "mouvement ouvrier".Par contre de longs développements sur "ouvrier", "classe ouvrière", "prolétariat".Pour résumer l'essentiel, prenons le mot "classe ouvrière".".classe des ouvriers salariés modernes qui, privés des moyens de production, en sont réduits pour vivre à vendre leur force de travail à produire directement pour les capitalistes de la plus-value, du capital.(DES - p.120).Le DES a une volonté maintes fois répétée, de s'arrêter au caractère "objectif" des définitions.Ainsi, pour le PCF, le prolétariat, la classe ouvrière, sont définis de façon objective, non pas en eux-mêmes, comme des "sujets métaphysiques", mais dans un rapport dialectique avec la propriété privée.2) Dans le courant autogestionnaire Marcel David a un long premier chapitre dans son ouvrage sur la "condition des travailleurs".Cette condition (objective) est la base même de la définition de la classe ouvrière.Mais pour lui l'appellation de classe est composée de deux éléments: condition et conscience: "La classe ouvrière.est le groupe dont les membres soumis à la condition de travailleurs prennent conscience de la solidarité, qui de fait les unit, et de l'utilité pour eux de s'organiser et d'agir collectivement par le moyen de la lutte en vue d'améliorer leur sort et d'adopter une position commune à l'égard du système et de l'ordre établis." (TSH - p.57).LAS définit bien la classe ouvrière par les éléments objectifs d'exploitation et de domination dont elle est victime: "La contradiction fondamentale demeure qui est l'opposition d'intérêts entre une minorité qui domine la vie sociale, et l'immense majorité des hommes exploités et dominés" (LAS - p.17).Mais sans s'arrêter à une définition on insiste beaucoup ici sur la dimension subjective de la conscience de classe.216 CONSCIENCE DE CLASSE — OPTION DE CLASSE 1) Dans le courant du P.C.F.Le mot "conscience de classe" n'est pas au DES.Mais on note à l'article "classes sociales": ".La classe est un concept théorique, et non un concept empirique.Elle exprime donc en premier lieu une réalité pensée, et à ce titre n'est pas un phénomène directement mesurable.Elle a un caractère objectif qui s'impose à ses membres.De ce fait la conscience de classe n'a pas été retenue par les marxistes comme un critère constitutif.Un ouvrier qui n'a pas conscience de sa condition.n'en reste pas moins un ouvrier.Pour apprécier l'appartenance de classe de tel ou tel individu, il faut s'interroger sur la transposition du concept théorique à la réalité empirique.Ce passage du théorique au pratique est difficile, plein d'embûches mais possible, alors que l'inverse est totalement dénué de sens." (DES - p.124).De même à l'article "prolétariat": ".Formé d'ouvriers salariés, il correspond à ce qu'on appelle la classe ouvrière.De manière assez générale, les deux notions sont synonymes.Cependant parfois on réserve le terme de prolétariat à la seule partie de la classe ouvrière qui, clairement consciente de l'exploitation dont elle est l'objet dans le système capitaliste, travaille à mettre fin révolutionnairement à cette exploitation." (DES - p.544).2) Dans le courant autogestionnaire M.David, nous l'avons noté déjà, insiste sur la place de la conscience de classe dans sa définition de la "classe ouvrière".Elle est, dans un premier temps, ".l'opération par laquelle des individus que rapproche un même type de condition, prennent conscience de leur solidarité et de l'utilité pour eux de s'unir collectivement pour défendre leurs intérêts communs." (TSH - p.53).217 L'insistance mise par LAS sur l'autogestion, la responsabilité, la création, montre bien l'importance de la conscience (personnelle) de classe dans ce courant."C'est tout le sens du socialisme que la conscience des hommes permet d'imposer un cours à l'histoire plutôt que de la subir." (LAS - p.14).LUTTE DES CLASSES 1) Dans le courant du P.C.F.À l'article "lutte des classes": "Mouvement social, objectif, nécessaire, qui caractérise fondamentalement les sociétés de classes et qui provient de l'antagonisme des classes dont les intérêts sont objectivement inconciliables.La lutte des classes n'est pas un phénomène provisoire, fortuit, mais un phénomène inévitable, une nécessité, une loi du développement des formations antagonistes.Cette lutte embrasse tous les domaines de la vie sociale, économique, politique, idéologique." (DES - p.399).2) Dans le courant autogestionnaire Rappel du caractère objectif de la lutte des classes: "Les socialistes n'ont pas inventé la lutte des classes: elle est un fait" LAS - p.14).Mais insistance sur ses aspects nouveaux, multiples, et sur sa dimension subjective: "Les revendications premières demeurent, qui portent sur l'augmentation du niveau de vie et la réduction du temps de travail.Mais on en voit surgir d'autres qui s'attaquent à l'organisation capitaliste du travail, remettent en cause les rapports hiérarchiques, imposent l'exigence du contrôle des travailleurs.Prises de conscience., volonté de participer à la conduite des luttes., volonté des travailleurs de définir eux-mêmes les changements auxquels ils aspirent.C'est sur cette dynamique et cette aspiration à "changer la vie" que les socialistes entendent s'appuyer pour réaliser un projet de société." (LAS - p.22-23).218 PROJET DE SOCIÉTÉ: étapes et moyens 1) Dans le courant du P.C.F.À l'article "révolution sociale": ".Changement radical dans la superstructure politique, institutionnelle, juridique et idéologique d'une société, qui a pour but de modifier profondément la structure économique et sociale de cette société, en rétablissant la correspondance entre les rapports de production et les forces productives.La révolution sociale n'est pas un phénomène accidentel.Elle résulte du développement des conditions matérielles de vie de la société à des étapes données de son évolution et des contradiction internes qui lui sont propres.Pour que la révolution sociale soit possible, il faut que la classe ouvrière soit organisée et consciente, qu'elle ait des alliés et qu'un parti marxiste expérimenté, trempé dans les luttes, dirige la révolution." (DES - p.587).2) Dans le courant autogestionnaire ".// s'agit de prendre le pouvoir pour les transformer .(pour cela), prise en main des leviers de commande de l'État.(mais cela ne suffit pas).Le degré de conscience collective et d'organisation des travailleurs, leur capacité d'initiative dans leurs secteurs, sont une condition essentielle pour que soit mise en œuvre la transformation des rapports de production." (LAS - p.42).".Nécessité d'un large front de classe, appuyé d'abord sur la classe ouvrière.(et tous) ceux que l'évolution du capitalisme dépossède de leur outil de travail." (LAS - p.38).".(le parti socialiste) doit remplir plusieurs fonctions: une fonction de mémoire collective.une fonction de rencontre de militants.une fonction de synthèse et d'élaboration collective." (LAS - p.40).PROJET DE SOCIÉTÉ: la visée 1) Dans le courant du P.C.F.Le socialisme: "régime social caractérisé par la propriété sociale des moyens de production, et par la suppression de l'exploitation de 219 l'homme par l'homme, par la satisfaction des besoins croissants comme mobile fondamental sur la base de forces productives très développées." (DES - p.616).Le communisme: "régime sociale sans classes, caractérisé par la propriété sociale de tous les moyens de production et d'échange, par la disparition complète de la forme valeur, par l'abondance de la richesse collective permettant la satisfaction de tous les besoins individuels." (DES - p.134).2) Dans le courant autogestionnaire Le socialisme est beaucoup plus le mouvement même qui s'expérimente aujourd'hui dans la lutte, qui passera par le programme commun, et "aboutira au but lointain, la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme".L'autogestion en est la clef de voûte.(LAS - pp.24-27).Tiré de la revue Recherches et Échanges n° 51, 3è trimestre, 1975 220 De la JOC au Marxisme-léninisme Je me présente.Je suis un marxiste, et même un marxiste-léniniste.Mon objectif, c'est le socialisme.Suis-je chrétien?Je ne sais pas.Mais je n'ai pas toujours été marxiste-léniniste, alors que j'ai déjà été chrétien.Un vrai.Je ne suis pas un descendant d'université.Je suis tout simplement un ouvrier.C'est par l'analyse, l'étude autour de mes pratiques que je suis devenu un marxiste-léniniste.Mon intention, dans ce texte, n'est ni de verbaliser sur le marxisme, ni de descendre la foi chrétienne.Je veux raconter mon passage d'ouvrier exploité, au marxisme-léninisme.Je veux aussi montrer les obstacles que rencontre le chrétien qui veut d'abord améliorer la société et qui se rend compte un jour qu'il faut la changer complètement.Si je suis un ouvrier, c'est que je n'ai pas eu le choix d'être autre chose.Avec une neuvième année, c'est tout ce qu'on peut faire.Comme tout travailleur, à mes premières années à l'usine, j'avais une certaine conscience de classe.Je dis "certaine" car je n'avais pas une conscience de mes intérêts de classe.Mais je savais que j'étais différent des professionnels, des dirigeants d'entreprise, des prêtres, etc.Par contre, si je me sentais exploité, je n'avais aucune connaissance de la structure d'exploitation.J'aspirais donc naturellement à la vie de ceux que j'enviais, la vie bourgeoise.Premiers pas dans la JOC La JOC et le syndicalisme sont venus ensemble.Mais la JOC ne m'a pas envoyé naturellement dans la lutte de classes.Le principal acquis N.D.L.R.— À cause de circonstances personnelles, l'auteur a préféré garder l'anonymat.221 de ce temps-là fut de me faire comprendre la nécessité d'être solidaire avec mes frères ouvriers.C'était important à cause de la division créée par les patrons dans toute usine, principale arme qu'ils ont pour régner.Mais la JOC nous enseignait aussi (en 1964) qu'il fallait aimer tous les hommes.Peut-être! mais pas tous de la même façon.À celui qui te donne un coup de fouet, tu ne dois pas dire: "Envoie encore"; tu dois lui arracher le fouet des mains.La façon de l'aimer, c'est de le combattre.La JOC nous portait plutôt à établir de bonnes relations avec les patrons.Donc, de l'amadouer, de lui dire: "Frappe moins fort, mais frappe quand même".C'est aussi la JOC qui m'a fait faire mes premières études sur le socialisme: une semaine de formation sociale, inspirée de la doctrine sociale de l'Église.C'est une des choses qui nous conduisait à rejeter le marxisme comme doctrine, sous prétexte que le socialisme russe enlevait toute propriété aux gens.Cela conduisait aussi à défendre la propriété privée et donc la structure d'exploitation.Cela érigeait le coup de fouet "modéré" en théorie.La doctrine sociale de l'Église La doctrine sociale de l'Église n'est pas neuve.C'est ce qu'on a utilisé pour empêcher la montée du pouvoir populaire en 1930.Cela a conduit à l'époque noire de Duplessis.Mais pourquoi nous l'enseignait-on?Il est clair que les intérêts de classe des dirigeants de l'Église étaient différents des nôtres.Mais pourquoi les prêtres, les aumôniers de JOC, eux qui étaient pieds et poings liés avec les ouvriers, défendaient-ils cette théorie fausse?Deux choses m'ont amené à vouloir m'instruire davantage.Je ne contestais pas la doctrine sociale.Au contraire.Mais je voulais en connaître davantage sur le marxisme, chose dont je n'avais jamais entendu parler avant que l'abbé Hamelin et l'abbé Lafontaine m'en parlent d'une façon négative.Ma pratique ouvrière, elle, même avec des succès me menait à un cul-de-sac.Je me sentais toujours dans un carcan.L'essence même du travail, le sentiment de construire quelque chose qui va servir à tes camarades, à ton peuple, à ton pays, m'échappait.Je n'ai évidemment pas beaucoup compris le premier livre marxiste que j'ai lu.Sauf que pour la première fois je me suis mis à contester la religion, à remettre en question des choses de l'Évangile, du moins de 222 la manière dont on me les avait expliquées.Je ne gobais plus tout ce que les aumôniers me disaient.Tournant de la JOC Il fallut pourtant une conjoncture économique différente pour me faire consciemment aller plus loin.Tout le monde sait que de 1960 à 1970 il n'y eut aucune crise, parce que nous fabriquions au pays des armements de guerre, destinés à tuer les hommes, les femmes et les enfants vietnamiens.À cette période il y eut aussi peu de grèves.Probablement que les demandes étant fortes, les profits bons, les patrons contentaient aussi leurs ouvriers.Pas par bonté, mais parce qu'ils n'avaient pas de temps à perdre en grève surtout.Mais cela ne favorisait pas l'éveil ouvrier.En 1969, 1970, il en est tout autrement.La crise commence avec le chômage.Le mouvement syndical prend une ouverture à gauche avec le deuxième Front de la C.S.N.La JOC fait aussi la même chose avec l'action-chômage.Ce qui amène la JOC à s'interroger sur les causes du chômage, c'est la nécessité.Avec le chômage, il était impossible de continuer à panser la blessure du fouet ou à essayer de rendre le fouetteur moins dur.Cela ne donnait pas d'ouvrage au monde.C'est pourquoi nous avons essayé de connaître les structures du système capitaliste.C'est en ce sens que la JOC a fait un pas en avant.Virage à droite Mais la JOC a, en même temps, fait un pas en arrière.Si le virage dans la pratique se faisait bien, il en était tout autrement dans l'étude.Cette étude était empirique, dans le sens que nous recherchions les causes du chômage dans nous-mêmes, à partir de notre action.Certes, quelques personnes faisaient des recherches plus approfondies, mais elles étaient vite qualifiées d'intellectuelles.Leur analyse ne partait pas du quotidien des travailleurs, mais d'acquis du passé des travailleurs.La JOC aurait eu une chance de profiter de l'histoire du mouvement ouvrier pour apprendre, avec son congrès de 1970.Par exemple, nous aurions pu alors faire l'histoire du mouvement ouvrier canadien, puis 223 essayer d'analyser le rôle qu'a joué la JOC dans ce mouvement.Nous aurions alors pu apprendre que la JOC avait été créée pour faire obstacle à la montée du communisme au pays.Nous aurions peut-être suffisamment appris pour l'empêcher de répéter les mêmes erreurs.Nous avons fait un congrès sur l'histoire, certes, mais celle de la JOC en elle-même et tournée sur elle-même.Un congrès réactionnaire que nous avons appelé un retour aux sources, c'est-à-dire à l'origine de la JOC.Au moment où la réalité nous enseignait qu'il fallait remettre en question la forme de JOC que nous avions connue depuis le début, nous retournions voir en arrière pour savoir ce que la JOC était dans ce temps-là, mais sans la situer dans toute l'histoire du mouvement ouvrier.Causes du virage à droite Pourquoi tout cela?Qui dirigeait la JOC, qui lui donnait la direction?La JOC est un mouvement démocratique et est orientée par la base.En second lieu ce sont les permanents qui prennent les décisions.Mais la véritable direction n'a jamais été donnée par ses membres, trop jeunes et trop inexpérimentés.Par direction, j'entends ceux qui indiquent vers où il faut aller, non ceux qui administrent.Les qualités d'altruisme de nos aumôniers du temps étaient très fortes, ce qui ne les empêchait pas de donner la direction au mouvement.En plus d'être plus adultes, plus expérimentés que nous, ils avaient une formation intellectuelle que nous n'avions pas.C'étaient des intellectuels qui refusaient de nous faire accéder à d'autres connaissances que les leurs.Et pour eux il n'y avait que saint Thomas d'Aquin.Ou peut-être se rendaient-ils compte que leur formation idéologique était mauvaise et c'est pour cela qu'ils nous encarcanaicnt dans la méthode "Apprendre de la vie quotidienne".C'est grâce à la conjoncture, mais sans la JOC, avec des camarades que je trouvais trop intellectuels, que j'ai étudié le marxisme.La crise a continué, marquée par l'inflation de 1972 à 1975, et à nouveau par le chômage en 1975 et 1976.J'ai appris un peu plus le pourquoi des choses avec mes camarades tout frais sortis de l'université.J'ai moi-même fait de l'éducation syndicale pendant ces années.C'est la jonction de tout cela qui m'a fait comprendre, en premier lieu, le fonctionnement du système capitaliste: nous appelons cette science le marxisme, et la théorie de l'organisation, le léninisme.224 Quelques questions Dans ce texte, je ne pouvais que résumer des choses que moi-même j'essaie de comprendre.C'est un début que d'autres devront continuer.À part de le faire pour moi-même, je l'ai écrit parce que je sais que l'utopie chrétienne existe encore.Je pourrais moi-même continuer en expliquant ce que je fais maintenant.La principale mise-au-point que je tiens à faire est que j'ai toujours beaucoup de pratique.Je ne suis pas un intellectuel, même si j'ai quelques connaissances.Je fuis toujours, aussi, les intellectuels déracinés.Mais depuis quelques années j'ai tenu à apprendre de l'histoire du monde ouvrier.J'ai étudié Marx, Engels, Lénine, Mao, le Chili, le mouvement ouvrier canadien.Je suis toujours résolu à combattre jusqu'au bout pour la victoire de la classe ouvrière sur la bourgeoisie et finalement pour la création d'une société sans classes.Si je dis que l'utopie chrétienne existe encore, c'est que beaucoup de chrétiens militants ouvriers n'ont pas encore accès à l'étude de leur histoire.Ils se défendent en disant que leur ressourcement est dans l'Évangile.Si c'est ça être chrétien, si c'est refuser l'étude scientifique de la société et des sociétés, moi j'aime mieux être marxiste.Si être chrétien est d'aimer son prochain assez pour haïr une société d'exploitation de l'homme par l'homme, assez pour vouloir à tout prix arracher le fouet à l'oppresseur, assez pour l'empêcher de fouetter à nouveau, alors l'étude du marxisme-léninisme est nécessaire.Dans le passé la bourgeoisie s'est servie de l'instrument chrétien pour fouetter les ouvriers: il ne faut plus que cela se reproduise.Si être chrétien c'est combattre la bourgeoisie, je suis un peu plus chrétien.225 le chômage des jeunes est une démission Le chômage des jeunes est une carence: en ce sens, c'est une démission.C'est une carence des responsables (gouvernement, chefs d'entreprise), mais c'est une carence aussi de la formation des jeunes.Il ne suffit pas de faire accéder beaucoup de jeunes à des diplômes universitaires si on ne peut pas leur procurer du travail ensuite.On ne peut pas accepter passivement qu'un demi-million de jeunes restent sans emploi.Quelle société prépare-t-on ainsi pour demain?Je me demande si on ne tue pas les jeunes.Le travail est un droit fondamental, essentiel pour tout homme, plus particulièrement pour des jeunes.Il faut défendre ce droit par des réformes profondes.(Cardinal Marty, à Radio Monte-Carlo.) Des chrétiens ont choisi le marxisme Gérald Larose Avant de systématiser et de discourir il faut constater et reconnaître ce que porte le terrain concret et actuel de la praxis et de la théorie.Au Québec comme ailleurs, il faut reconnaître: 1 — que parmi les groupes de militants avancés et conscients de leur parti-pris dans la lutte des classes, il s'en trouve qui se reconnaissent chrétiens sans avoir à négocier leur foi au prix de leur militance; 2 — que ces militants chrétiens, à l'instar de fractions grandissantes de la classe ouvrière et des couches populaires, s'approprient le marxisme, le léninisme et la pensée de Mao Tsé Toung comme guide d'analyse et d'action; 3 — que dans la praxis militante de ces dernières années, la lutte idéologique a pris de l'importance comme front d'action et que, dans ce contexte, des militants chrétiens ont commencé à s'intéresser et s'intéressent toujours plus au champ plus spécifiquement religieux; 4 — que le champ plus spécifiquement religieux de la lutte idéologi- que, dans le contexte québécois, s'avère pertinent et est reconnu comme tel par un nombre grandissant de militants chrétiens et non-chrétiens.Ces constats appartiennent à l'histoire récente de la militance québécoise.Qu'on le veuille ou non, ces faits existent et même s'expriment en terme d'organisation.Entre autres, le Réseau des Politisés Chrétiens 227 fait porter le modeste poids de son intervention sur l'aspect religieux du champ précis de la culture et de l'idéologie.Bien que très spécifique, ce type d'intervention contribue au développement de la lutte des classes.Si, aujourd'hui, nous pouvons verser ces constats au dossier des acquis, c'est que la militance internationale et québécoise, non-chrétienne et chrétienne, a connu des sauts qualitatifs.Notre propos n'est pas de reprendre tous les éléments historiques de structures et de conjonctures qui ont favorisé cette avancée.Qu'il suffise de signaler qu'elle puise à l'expérience historique, vérifiée et/ou se vérifiant, de la libération de la paysannerie, de la classe ouvrière et des couches populaires dans plusieurs pays du monde.D'où vient que des chrétiens se retrouvent dans le corps-à-corps de la lutte des classes en s'en appropriant les outils théoriques et pratiques d'analyse et d'organisation?Habituellement originaires du christianisme dominant et bourgeois, ces militants chrétiens connaissent de vives ruptures.Quelles sont-elles?Et leur praxis appelle une alternative au plan théologique, spirituel et pastoral.Quelles en sont les pistes embryonnaires?Dans la pratique actuelle des groupes marxistes-léninistes, quelle est l'apport des chrétiens qui y participent?I.Une exigence de la praxis.L'itinéraire factuel des chrétiens qui, aujourd'hui, épousent la cause ouvrière et populaire, est variable suivant les individus.La plupart d'entre nous, cependant, avons vécu un déplacement de pieds, c'est-à-dire, nous nous sommes départis ou avons été forcés de nous départir de notre position sociale privilégiée (matérielle, sociale et culturelle) pour prendre la condition sociale objective des prolétaires avec ou sans emploi et partageons avec eux le non-espoir d'avancement matériel, social et culturel dans la société québécoise d'exploitation capitaliste, Nous œuvrons, travaillons et vivons dans des conditions qui objectivement nous coupent (comme pour l'ensemble du peuple) toute chance de "salut personnel" (ne capitalisant pas en exploitant de la main-d'œuvre, n'exerçant pas de fonction de surveillance et de contrôle, subissant les avatars sociaux que connaissent tous ceux qui prennent ostensiblement parti pour les travailleurs).Comme tous nos camarades, nous vivons une condition qui nous force à nous laisser définir par notre classe d'appartenance, celle 228 des exploités qui pour se libérer comme classe devra nécessairement prendre conscience de son exploitation, se solidariser et se donner l'organisation et la pratique appropriées pour renverser la dictature économique, politique et idéologique de la bourgeoisie monopoliste nationale et internationale.Notre prise de conscience, dans son processus, n'a rien d'original par rapport à la prise de conscience des autres camarades.C'est le terrain qui la force et la nourrit.De désillusions en démystifications (comme chrétiens, nous avons un lourd héritage d'idéalisme, de spontanéisme et d'activisme), nous avons fini par soupçonner comment toute la mécanique sociale (l'organisation du travail, les lois et leur application, les appareils d'état, la culture et ses véhicules, etc.) est solidement organisée pour défendre et promouvoir les intérêts d'une petite mais extrêmement puissante classe, la bourgeoisie capitaliste, et comment, à notre insu, nous en étions un élément reproducteur.C'est à ce moment-là que nous avons pris du recul pour sérieusement voir clair et nous donner une formation politique.Nous l'avons puisée à l'histoire des peuples et des masses dont les acquis sont des enseignements que nous ne pouvons pas ne pas retenir et dont Marx, Lénine et Mao Tse Toung ont été avec d'autres des systé-matiseurs rigoureux très importants.C'est comme militants que nous nous sommes appropriés (et que nous nous approprions toujours en suivant le développement des contradictions) ces aquis théoriques et pratiques d'analyse et d'organisation.Et c'est à ce titre que nous nous retrouvons avec tous les camarades dans le corps-à-corps de la lutte des classes.II.qui démystifie l'idéologie bourgeoise "chrétienne" Cette appropriation ne s'est pas faite et ne se fait pas sans heurter de front plus d'une composante (s'avérant bourgeoise) de notre héritage chrétien.Le décapage fut fort radical et les ruptures vives.Nous avons commencé par nous réconcilier avec le fait qu'aussi en théologie, les catégories intellectuelles qui sont avancées pour dire la réalité de Dieu et la réalité de l'homme, la réalité de la quête de Dieu et la réalité de la quête de l'homme sont des catégories historiques, humaines, relatives au temps et à l'espace qu'ont occupés ou qu'occupent ceux qui nous ont précédés ou nous accompagnent dans l'expérience de 229 la foi.Et, en cela, le Dieu de Jésus-Christ, malgré les prétentions de la théologie bourgeoise, ne s'est pas laissé enfermer dans aucune de ces catégories.Deuxièmement, nous avons constaté que le discours théologique dominant et ses catégories sous-jacentes (idéalistes), de même que le discours théologique moderne et ses catégories sous-jacentes (psycho-personnalistes) fonctionnent à l'idéologie dominante et bourgeoise en occultant les antagonismes de classes dans les rapports sociaux de production économique, politique et culturelle qui, dans notre société capitaliste, sont des rapports d'exploitation, d'oppression et de domestication de la classe ouvrière et des couches populaires par la classe bourgeoise.Ces discours et ces catégories en sont arrivés (et en arrivent encore) à situer l'homme, l'un en prétexte de Dieu, l'autre, en co-participation alors qu'en Jésus-Christ (c'est le scandale de la juxtaposition des deux termes), il est Dieu.Il nous faut constater que ces mêmes discours et ces mêmes catégories ont réduit la vie chrétienne, l'un, à la vie morale et individuelle, l'autre, à la vie communautaire et de groupe alors que la vie en Jésus-Christ est la vie de tout homme (dans son corps, son cœur et son intelligence) debout, solidaire, organisé pour débarrasser la terre des exploiteurs, des oppresseurs et de tous les producteurs d'aliénations qui empêchent l'avènement du Royaume.À ce titre, dans notre société capitaliste, la lutte (économique, politique, idéologique) de la classe ouvrière et des couches populaires vérifie au présent l'avenir de tout l'homme, de sa guérison dans l'histoire, de son salut.Troisièmement, nous avons effectué un retour aux sources pour saisir la réalité de Jésus-Christ dans sa composante socialo-historique qui nous rappelle que Jésus de Nazareth (qui guérissait les corps, les cœurs et les esprits) a été assassiné par ceux-là même de la classe dominante de Jérusalem qui possédaient le Temple à la fois Tour de la Bourse, parlement, université et église de l'époque; et qu'il est ressuscité (et ressuscitant toujours) pour ceux avec qui il s'était solidarisé, pour ceux qu'il avait guéris et qu'il guérissait toujours.Cette réalité s'est avérée une "Bonne Nouvelle" pour les pauvres et une "Mauvaise Nouvelle" pour les riches.Quatrièmement, nous nous sommes rendus compte que nous participions à cette mort et à cette résurrection (que l'Esprit nous habitait) que dans la mesure où nous assumions quotidiennement (dans nos organisations) et jusqu'au bout (dans la pratique révolutionnaire) par la so- 230 lidarité avec ceux-là mêmes avec qui s'est solidarisé Jésus-Christ, la gué-rison des hommes, de l'homme.Notre approche rompt avec les constructions essentialistes, idéalistes et métaphysiques dans lesquelles on a coulé Dieu, Jésus-Christ, l'Esprit, la vie pastorale, spirituelle, morale et sacramentelle et qui sont devenus "chosistement" des "idées", des "techniques", des "comportements" des "codes" et de la "magie".La réalité et la quête de Dieu comme la réalité et la quête de l'homme, pour nous, n'ont qu'une base, celle, matérielle, que nous occupons et qui est notre temps et notre espace et qu'habite Jésus-Christ.C'est à partir de cette base que nous sommes en quête de Dieu et en quête de l'homme, c'est-à-dire en quête de l'homme-Dieu, en quête de Jésus-Christ.Cette base matérielle, à l'heure qu'il est, est cousue des contradictions de la société capitaliste.Nous ne pouvons passer à côté de cette contradiction fondamentale et force nous est de l'assumer en épousant totalement la cause de ceux qui au plan historique ont été et sont encore le fer de lance du renversement des classes dominantes et qui ont fait et font advenir une société égalitaire, non répressive, libre et créatrice.Cette solidarité n'est pas une idée mais une exigence vitale qui implique tout ce que nous sommes comme corps, comme cœur et comme intelligence et dans laquelle Jésus-Christ s'est totalement perdu pour se retrouver en plénitude et être reconnu comme tel par les siens.Si par voie de spoliation, les classes dominantes ont réussi à se mouler un Dieu fonctionnant à la répression et à la domestication, c'était et c'est encore pour la défense et la promotion de leurs propres intérêts.Mais ce Dieu n'est pas le Dieu de Jésus-Christ.C'est le Dieu des bourgeois, haut et loin, savant et compliqué, parfois et "opportuniste-ment" "cool" et proche, en tout semblable aux politiciens bourgeois qui pour domestiquer les masses jouent tantôt du bâton, tantôt de la car-rotte.Ce Dieu existe et comme l'État il n'appartient pas aux exploités mais aux exploiteurs.Il n'est surtout pas le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu des parias, des prostituées, des exploités dans leurs chairs, dans leur volonté et dans leur conscience.Liés à ces praxis des groupes qui se sont appropriés le marxisme, le léninisme et la pensée de Mao Tsé Toung, nous investissons: 1 — dans la démolition des constructions idéologiques "divines" et "chrétiennes" qui inversent, domestiquent et aliènent la cons- 231 cience ouvrière et populaire en occultant les rapports sociaux d'exploitation et d'oppression; 2 — et dans l'appropriation, par cette même conscience ouvrière et populaire, de la Bonne Nouvelle du Dieu de Jésus-Christ qui s'est solidarisé et se solidarise toujours avec eux et renvoie les exploités à leur capacité immensément renouvelée de changer la face de la terre.C'est dans ce champ précis que l'apport des militants chrétiens liés aux groupes marxistes-léninistes se fait sentir.Et ce champ précis est de prime importance quand on connaît la large et profonde pénétration de l'idéologie bourgeoise baptisée de "chrétienne" en Amérique du Nord et particulièrement au Québec.Cet apport est actuellement très modeste, balbutiant même.En cela, il traduit peut-être le peu d'avancée de la lutte idéologique elle-même.NDLR L'auteur est prêtre, membre du réseau des Politisés chrétiens 232 La radicalisation des chrétiens Nouveauté et importance du phénomène GÉRARD FERAN Il s'est toujours trouvé des chrétiens pour rompre avec le conservatisme idéologique et politique de leur milieu religieux et pour rejoindre des forces progressistes.Ces chrétiens-là ont leurs héros et leurs images d'Epinal dont la première est la figure du "Christ, premier socialiste".Par ailleurs, il est vrai que le christianisme a été l'un des supports idéologiques les plus puissants de nombreuses révoltes et révolutions, même si les Églises chrétiennes constituaient massivement les soutiens des différents ordres établis.Mais si nous nous trouvons aujourd'hui devant une situation complètement nouvelle c'est que la radicalisation des chrétiens ne constitue plus seulement un phénomène idéologique mais qu'elle est devenue tout autant un fait social et politique.Et si les causes remontent fort loin, on peut dire que les effets d'un tel phénomène commencent à apparaître réellement de façon significative dans les années 60.Il n'est pas impossible que l'historien politique de la seconde moitié du XXe siècle soit amené à découvrir là l'un des changements les plus décisifs qui se soient produits au sein du mouvement ouvrier socialiste.Que se passe-t-il en effet?L'évolution vers le socialisme des chrétiens n'est plus à proprement parler un phénomène de rupture avec un milieu d'origine chrétienne mais se situe en continuité avec l'évolution d'organisations de masse.Du coup, même si dans leur plus grande partie les catholiques et les protestants restent conservateurs (l'attitude religieuse constitue encore le critère déterminant du vote politique conservateur), nous ne sommes plus en présence de minorités marginalisées et se marginalisant par rapport à leurs Églises, mais de collectivités, voire 233 d'organisations qui provoquent à terme une évolution globale des Églises elles-mêmes.Je prendrai un exemple pour le montrer: celui de "l'Action Catholique".Les mouvements d'Action Catholique sont nés précisément de la volonté de l'Église catholique de contrer l'apparition d'un mouvement ouvrier marxiste.Par rapport aux minorités catholiques qui rejoignaient ce combat, la création de l'Action Catholique, prioritairement en milieu ouvrier, correspondait à une démarche inverse: bloquer la perspective ouverte par la théorie marxiste de la lutte des classes.Or, en réalité, c'est une logique inverse qui, non sans crises, ruptures et régressions, s'est peu à peu développée: les mouvements d'Action Catholique, et particulièrement ceux du secteur ouvrier: J.O.C.et A.CO., agricole: J.A.C puis M.R.J.C, enfin en milieu scolaire et universitaire: J.E.C.1 sont peu à peu devenus les instruments privilégiés d'une politisation croissante des chrétiens, d'abord sur une base progressiste puis plus nettement sur une base socialiste et révolutionnaire.Passage des chrétiens au socialisme: deux types d'évolution Les conditions nouvelles dans lesquelles s'opère le passage au socialisme d'un nombre croissant de chrétiens n'est pas sans importance pour leur comportement futur sur tous les terrains de la lutte des classes.Ceux qui n'ont vécu le passage au socialisme, la rencontre avec le mouvement ouvrier, la découverte des outils d'analyse marxiste que dans le cadre d'une situation de rupture totale et de marginalisation par rapport à leur milieu d'origine peuvent paraître apparemment plus mûrs pour une "radicalisation".En réalité, sans autre histoire que celle de leur Église qu'ils rejettent, sans insertion de masse, ils tendent à reproduire dans le combat politique les mêmes tendances à la marginalisation, aux ruptures incessantes et au "purisme" sous toutes ses formes.1 J.O.C: Jeunesse Ouvrière Chrétienne - A.CO.: Action Catholique Ouvrière - J.E.C: Jeunesse Étudiante Chrétienne - M.R.J.C: Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne - J.A.C: Jeunesse Agricole Chrétienne.234 Toute autre sera l'expérience de militants qui, constamment insérés dans une action collective, commencent à apprécier ce que sont les rapports de force et les problèmes de pouvoir.Par ailleurs, c'est parce qu'ils sont liés profondément à toute une fraction populaire, ouvrière ou paysanne, même si elle est au départ étrangère au mouvement socialiste, qu'ils finissent par comprendre que la cohérence de leur engagement trouve son expression dans la lutte pour le socialisme.Vouloir schématiser à l'extrême ces deux types d'évolution serait sans doute une erreur.Les deux se recoupent constamment historiquement.Mais sur le fond la distinction, je crois, peut être utile.Et l'on verra son importance quand nous étudierons de plus près ce que peut donner aujourd'hui pour le mouvement ouvrier socialiste l'insertion en son sein des militants chrétiens.Répercussion sur la vie des Églises Nous assistons donc aujourd'hui à un phénomène historique nouveau.Il tient, je viens de le préciser, à la façon nouvelle dont s'opère le processus de politisation des chrétiens.Mais s'il prend maintenant une importance politique considérable c'est qu'il a des répercussions profondes sur l'ensemble des Eglises elles-mêmes.Car la façon dont s'opère une politisation n'entraîne pas des conséquences uniquement pour ceux qui les visent directement.Elle touche aussi le milieu chrétien d'origine.Lorsqu'il s'agit d'une rupture particulièrement tranchée et minoritaire le milieu chrétien et ses institutions ecclésiales réagit par l'autodéfense; l'histoire du catholicisme notamment, mais aussi sous d'autres formes, celle du protestantisme sont jalonnées de ces crises spectaculaires.Mais après avoir éclaté, tout contact se trouve rompu entre la masse des chrétiens et les minorités qui, sur la gauche ou sur la droite, ont fait sécession.Il en va tout autrement aujourd'hui.Même si le passage des chrétiens sur des objectifs socialistes et leur acceptation d'une analyse marxiste de lutte des classes ne va pas sans heurts, le tissu social et idéologique ne se trouve plus totalement déchiré.Certes les Églises, dans leur expression officielle, restent très en deçà de ce que peuvent avancer un certain nombre de chrétiens.Mais elles ne réussissent plus qu'à freiner une évolution, non à la bloquer.235 Je prendrai pour le montrer un exemple particulièrement significatif: la récente déclaration des évêques de France consacré à la réflexion sur "Une pratique chrétienne de la politique".Si l'on analyse le texte pour lui-même, littéralement on n'apprend pas grand-chose.Un certain nombre d'évolutions peuvent être notées par rapport à des déclarations antérieures: ainsi l'utilisation du terme de "lutte de classes".Sur d'autres points par contre, la déclaration des évêques en reste à un certain nombre de schémas traditionnels.En réalité il faut analyser un tel texte en fonction de son histoire.Il est intéressant de savoir par exemple que le thème "Foi et Politique" qui était celui de la dernière session des évêques, s'est trouvé en fait mis à l'ordre du jour à la suite des débats qui avaient agité la précédente session: à cette époque plusieurs mouvements catholiques, présents à Lourdes, avaient organisé de concert des débats parallèles à la session sur ce même thème.Fait surprenant: un grand nombre d'évêques y avaient participé et insisté par la suite pour que le problème soit mis à l'ordre du jour de leur future session.L'important dans cette affaire n'est pas de s'attarder sur l'anecdote.Il est de comprendre la fluidité nouvelle, la circulation d'idées extrêmement rapide entre des chrétiens organisés collectivement et qui ne cachent pas leur orientation socialiste et révolutionnaire, et leurs Églises.Ce processus bien sûr n'est pas linéaire.Des régressions, des ruptures autoritaires, notamment du côté de la hiérarchie catholique, sont possibles, voire probables, tant il est vrai que la plus grande partie des évêques subissent une évolution plus qu'ils ne la contrôlent.Mais fondamentalement quelque chose a changé.On l'a vu tout autant avec le document des protestants sur "Église et Pouvoir".Ce n'est plus seulement à sa périphérie mais dans son cœur, dans ses institutions mêmes que le christianisme est aujourd'hui en train d'être bouleversé.Autrefois massivement idéologie de la résignation et de l'ordre établi, il est en train de devenir ou de redevenir l'un des plus forts supports d'une volonté collective de libération des hommes.Répercussion sur la société Or une telle évolution est précisément contemporaine d'une crise sans précédent des différentes idéologies bourgeoises.Le capitalisme se 236 trouve acculé pour assurer son développement à remettre en cause des idéologies sur lesquelles se fonde la justification d'un ordre social soumis à la hiérarchie et au commandement.Qu'il s'agisse du statut de la femme, de l'existence de la famille, de la nécessité de substituer les critères de compétences aux critères hiérarchiques, partout craquent les vieilles idées au nom même du développement d'un capitalisme qui doit sans cesse se moderniser pour surmonter ses contradictions.Comment ne pas voir que cet éblanlement idéologique joint à la transformation croissante des Églises chrétiennes qui constituaient le plus fort support organisé de l'idéologie dominante, constituent l'un des facteurs de transformation les plus décisifs de notre époque?Lorsque Tixier-Vignancour disait il y a quelque temps que le Cardinal Marty, archevêque de Paris, faisait plus pour la subversion que 10.000 gauchistes, il avait à bien des égards raison.Non parce que le Cardinal Marty tient un discours révolutionnaire, mais parce que le rapport des Églises au Pouvoir, du Christianisme à l'idéologie dominante est en train de changer et que cet ébranlement-là peut produire à terme des bouleversements décisifs dans la structuration d'une société.Tiré de la revue Chronique Sociale de France 1973, n° 3: Les chrétiens et les stratégies de la gauche, page 24.237 Dossiers de Vie ouvrière N° 63 — Nos syndicats ouvriers et le socialisme □ 72 — La socialisation et le socialisme □ 77 — Pour vaincre les inégalités sociales □ 78 — La santé, une question politique □ 79 — Marxiste et chrétien?□ 81 — Ces militants, qui sont-ils?□ 83 — Où va le travail humain?□ 84 — L'éducation populaire, mythe ou réalité?□ 85 — Solidarité multinationale des travailleurs □ 86 — Culture populaire et liberté □ 91 — Les chrétiens et le monde ouvrier □ 92 — L'alimentation et l'entreprise privée □ 94 — Le marché "noir" du travail D 95 — Le sang des ouvriers (accidents du travail) Q 98 — Les travailleurs et le pouvoir municipal □ 99 — Les jeunes travailleurs en 1975 □ 100 — Pour refaire le monde du travail □ 101 — Les jeunes et l'action ouvrière □ 102 — La hausse du coût de la vie □ 103 — Le logement échappe aux travailleurs □ Dossiers de 64 pages; prix $1.00 Total: Je désire m'abonner aux Dossiers de Vie ouvrière pour un an (10 dossiers) : $8.00 Nom: .Adresse : Ci-inclus,, le montant de: Retourner à: Dossiers "Vie Ouvrière" 1201, rue Visitation Montréal H2L 3B5 238 Chrétiens et marxistes dans Faction Pierre Viau Présents à des assemblées de travailleurs et à des manifestations publiques (telles celles contre la loi C-73, contre la hausse du coût du transport en commun, pour ne nommer que les plus récentes et les plus spectaculaires), des militants, comme la plupart des manifestants, accumulent une série impressionnante de tracts et de journaux issus de groupes de gauche et dont la prolifération déroute.Liés à des actions et à des luttes dans des quartiers populaires, et ce depuis plusieurs années, des chrétiens sont aussi amenés à travailler au contact de, et avec des, militants qui se réclament de l'un ou l'autre groupe marxiste.Lors d'une rencontre récente, une quinzaine de ces chrétiens (dont la moitié de religieuses) étaient invités à réfléchir sur leur rapport (et leur frottement!) avec ces groupes marxistes.L'objectif immédiat de cette rencontre était de répondre aux questions qui suivent, en se référant toujours à des situations vécues par les participants.1 — Quand on rencontre, dans l'action ou à l'occasion de l'action dans les quartiers où on demeure, des marxistes, des gauchistes, des révolutionnaires, des socialistes, etc., nos réactions sont-elles de l'ordre de la méfiance ou de la confiance, de la collaboration ou de l'opposition, de l'antipathie ou de la sympathie?2 — À quelles causes rattachez-vous ces réactions que l'on vient de décrire?Causes pédagogiques (tactiques, stratégies, méthodes, organisation), causes idéologiques (objectifs politiques), causes culturelles (formation chrétienne, soumission, respect de l'ordre, rêve de fraternité sans conflit, etc.)?239 3 — Selon vous, est-ce que la société peut se bâtir sans opposition, sans conflit, autant dans l'ordre biologique, psychologique, sociologique, économique que politique?La démarche de la rencontre se fondait sur le vécu des participants, riche de plusieurs années de lutte et de solidarité, nourri au cœur des quartiers populaires.Il ne s'agissait pas de subir un examen sur l'analyse marxiste.Le présent article puise son contenu dans cette rencontre et fait état de situations et de questions.Une société de conflits et de violence Pendant longtemps, l'insertion de chrétiens au cœur des quartiers populaires s'est exprimée par la "présence", par des activités sociales, parfois collectives.On parlait beaucoup, en ces milieux, des pauvres, des démunis, des défavorisés, des laissés pour compte, etc.La bonne volonté de tous et l'effort vers le "bien commun" viendrait à bout de ces situations, somme toute accidentelles et marginales.Au cours de l'action avec les travailleurs sur des questions de logement, de santé, d'école, de travail, etc., tôt ou tard les enjeux se politisent.La "démocratie" en prend pour son rhume quand des résidents de H.L.M.doivent tenir une réunion dans un camion en stationnement par crainte de représailles de la direction du H.L.M.Une vision idéaliste de la société fait place, alors, à une analyse lucide d'une organisation sociale fondée sur des intérêts de groupes (ou de classes) opposés et contradictoires.Une minorité contrôle et accapare le fondement même de l'économie.Pour maintenir et accroître son contrôle elle s'arroge des privilèges qu'elle érige aussitôt en "lois pour tous", faisant croire que ces privilèges sont accessibles à tous au prix de, et grâce aux, sacrifices, au renoncement, à la persévérance et à l'effort personnel.Des travailleurs de la classe ouvrière ne sont pas dupes de cette fumisterie.À l'intérieur de cette logique de l'effort personnel, "on est né pour un petit pain".Une participante à la session s'exprimait ainsi: "À l'école, on t'a donné des outils, des armes autres que ceux de ta classe; on t'a appris à te batailler pour détruire ta classe sociale, te détruire toi-même." 240 Pour ces chrétiens, militants au cœur des quartiers ouvriers, la violence institutionnalisée, légalisée, celle qui entretient l'exploitation est beaucoup plus révoltante que celle qui éclate dans un bâton de dynamite.Cette révolte s'exprime aussi dans des cris: "il faut basculer le système".Une participante affirmait que si l'Église a tant prêché la soumission et le respect de l'autorité, c'est que l'autorité n'est pas respectable.Bref, notre société d'ici est fondée sur un système de classes.Dès lors, l'opposition des militants chrétiens est fondamentalement dirigée contre la droite, l'élite commerçante locale, la caisse populaire, les éche-vins et leur maire, l'Église locale: contre tous ceux qui maintiennent leurs pouvoirs sur les assises de l'exploitation quotidiennement ravageante.C'est pourquoi quand se développe quelqu'opposition, méfiance ou antipathie contre des marxistes, cela se situe à d'autres niveaux.Marxisme et marxistes à gogo Pour se distinguer entre eux, pour persuader l'autre de la justesse de sa propre ligne (on appelle cela la ligne juste), les groupes de gauche utilisent une batterie de qualificatifs qui, si elle est éclairante pour les uns, embrouille le débat, au moins pour les non-initiés.En voici quelques exemples: révisionniste, dogmatique, spontanéité, économiste, gauchiste, social-impérialiste, petit-bourgeois, etc.Les participants à cette session ne sont évidemment pas familiers avec cet arsenal.Ils n'ont pas, également, une connaissance approfondie du marxisme à partir des œuvres de Marx lui-même, de Lénine, Trotsky, Staline, Luxembourg, Gransci, Mao et autres.Les méfiances exprimées originent le plus souvent des pratiques de certains marxistes que du marxisme lui-même (faut-il dire des marxismes?).De plus, ces pratiques n'ont, au demeurant, rien de marxistes en elles-mêmes.Elles s'expliquent souvent par des comportements qui n'ont rien à voir avec ceux d'un militant et par l'origine bourgeoise de plusieurs membres des groupes marxistes.Une participante qui est née et réside dans un quartier populaire s'interroge sur la pléiade de groupes marxistes venus faire un tour dans le quartier.Ça ressemble à des visites touristiques.Quand on est écœuré, parce qu'on ne s'est pas lié à la classe ouvrière, on retourne à la vie des champs, proche des poules et des carottes.Cette participante qui a découvert dans les luttes de quartier que l'élite locale utilise la classe 241 ouvrière pour se faire du capital politique, conclut que trop de groupes de gauche ont le même objectif: se faire du capital politique sur le dos des travailleurs."On est des vaches à lait".Fort heureusement, il n'y a pas que des marxistes à gogo dont la solidarité à fleur de peau exaspère tout militant enraciné au cœur des luttes ouvrières.Les participants à la session ont aussi dégagé les acquis déterminants que le contact et le travail avec des marxistes ont favorisés.Des acquis déterminants La plupart des participants reconnaissent que le fait de travailler avec des marxistes est pour eux l'occasion de se libérer de leur naïveté d'autrefois, toujours prête à refaire surface.Une religieuse affirme qu'elle a été méfiante aussi longtemps qu'elle n'a pas pu identifier comment elle était située par des marxistes du quartier: "On me voyait avec ma structure de religieuse; j'étais par là-même, membre de la mafia locale, alors que je percevais cette structure en moi comme secondaire en regard de mon engagement et de mon action militante.J'ai été méfiante jusqu'au jour où, au contact de certains marxistes, j'ai pu vérifier et admettre l'impact de la culture que je porte et à laquelle je m'identifie.Je n'accepte plus d'être casée sur le seul fait de mon appartenance à une communauté religieuse".De plus, le contact avec des marxistes dans l'action s'avère nécessaire, au plan de l'analyse, pour mener des actions efficaces capables de changer la société."Le contact avec des marxistes m'a déniaisée"."En voyant des marxistes plus renseignés que moi sur la vie du quartier, prenant des responsabilités, acceptant des tâches précises, j'ai beaucoup appris".En somme, il a été constaté que l'absence de stratégie d'action dans nos luttes, en fonction d'une identification précise de ces lieux d'action, relevait soit d'un manque d'analyse soit d'une analyse idéaliste et, de ce fait, paralysante.Le contact avec des marxistes a été déterminant pour prendre conscience de cette situation, bien que cela n'a rien à voir strictement parlant avec le marxisme lui-même.Si l'action militante construit une société autre, c'est qu'elle en détruit une.Cela ne coupe pas pour autant, de façon définitive, les 242 racines multiples et profondes qui alimentent une idéologie toujours menaçante où notre formation, notre culture, notre société d'ici ont largement puisé.Il s'agit de l'idéologie corporatiste.On connaît fort bien la symbolique du corps: l'estomac n'est pas le cerveau, le cerveau n'est pas le pied, etc.Il n'en fallait pas plus pour justifier l'immobilisme, la stabilité, le statu quo et l'harmonie.Si chacun jouait son rôle, acceptait de faire son devoir, son devoir d'état, cela irait mieux de nos jours.Le militant, le plus éclairé soit-il, est sans cesse harcelé par cette idéologie dans laquelle il est né et a grandi.N'est-ce pas souvent l'ébranlement de ces valeurs qui est ressenti en lui quand le militant accuse sur sa gauche et est accusé sur sa droite d'aller trop vite, de vouloir brusquer les choses?Des ambiguïtés à clarifier Entre chrétiens et marxistes, militant au sein de la classe ouvrière, un point d'accrochage revient sans cesse et sur lequel il faudra bien, un jour, s'arrêter.Il s'agit du rapport pédagogique et politique entre la base et les militants, ou pour parler en termes marxistes, entre la masse et l'avant-garde éclairée.Pour plusieurs participants à la session du C.P.M.O., l'acquis d'une longue pratique de six à huit ans, articulée sur le quotidien des, travailleurs, a développé une sensibilité aigùe et une tenace préoccupation pour une pédagogie réaliste, apte concrètement à former et développer une conscience et une solidarité de classe."De ce point de vue, affirme une participante, j'en veux au charriage de certains marxistes: ils charrient la classe ouvrière autant que la droite qui y excelle.Si j'ai beaucoup appris au contact des marxistes sur bien des points, ils en auraient beaucoup à apprendre de moi là-dessus".Sur quels critères évaluer le "charriage"?Sur quels éléments établir la pertinence ou non de l'affirmation énoncée plus haut: des groupes marxistes se font du capital politique sur le dos des travailleurs?On n'est pas encore passé d'une perception sentie et d'une accumulation de faits bruts, à une analyse complète sur cette question.Les travailleurs eux-mêmes auraient beaucoup à dire là-dessus aux militants marxistes et chrétiens dont plusieurs, de par leur origine de 243 classe sinon de par leur formation, appartiennent à la bourgeoisie ou à la petite bourgeoisie.En se refusant à cette critique, l'avant-garde éclairée devient vite l'avant-garde aveuglée, au détriment de la classe ouvrière elle-même.* * * L'engagement social et politique, l'action militante au sein de la classe ouvrière, les acquis auxquels cet article fait écho, tout cela ébranle ce que l'Église, dans son ensemble, légitime dans ses discours et ses pratiques; il ébranle aussi ce qui était vécu par chacun, comme chrétien, avant de prendre parti pour et avec les travailleurs.Comment le chrétien militant peut-il mettre à nu le message de Jésus pour lui rendre sa vigueur originelle comme source et explosion de Vie, comme lutte et victoire de la Vie sur la Mort?Comemnt la lecture de l'Histoire devient prophétie?Des questions qui arrivent en fin de journée, lors d'une session, sont souvent escamotées.C'est le sort qui fut réservé à celles-ci.Qu'il suffise de retenir l'intervention suivante: "Dieu m'a fait signe à travers des personnes.J'ai rencontré du monde qui m'ont donné le goût de connaître Jésus et l'Évangile, qui m'ont donné une autre vision de l'Évangile que la vision "officielle".Grâce à eux, je ne peux plus me réclamer de Jésus si je ne me bats pas pour la justice".244 Le combat pour la justice Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice.Christiane Sibillotte, s.a.J'avoue avoir éprouvé beaucoup de réticence à accepter d'écrire sur un tel sujet.on parle trop de justice (comme on parle trop de libération), on écrit trop là-dessus, en proportion du peu d'actes concrets qui se posent en ce sens.Le "discours" (je pense ici spécialement au discours ecclésial et religieux) est si souvent démenti par les gestes, par la pratique officielle, que bien des messages ou des paroles qui auraient pu éveiller espérance ou procurer réconfort à ceux qui œuvrent pour la justice, semblent finalement des "utilisations" ou des "alibis", ou au mieux des "velléités" de bonne volonté impuissante, plus ' que l'expression d'un vécu cohérent et intégré.Si je me suis décidée à écrire, c'est avec ce sentiment-là, me risquant à essayer d'être moi-même cohérente en acceptant de m'adresser à des gens qui veulent sortir de cette contradiction et pourront se sentir interpellés de façon efficace pour leur vie concrète."Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice": si je regarde la note de ce verset dans la version TOB1, il s'agit de la "justice des œuvres de la vie chrétienne toujours plus parfaite qui est la source de la justice entre les hommes" (c'est moi qui souligne).S'il ne s'agit pas directement de la justice sociale au sens où on l'entend couramment, il s'agit en fin de compte de ce qui y mènerait le plus sûrement si c'était vécu vraiment.Autrement dit, il s'agit de notre "pratique": heureux sommes-nous si nous vivons dans la faim et la soif concrètes de ce qui nous 1 Traduction œcuménique de la Bible, Nouveau Testament, p.53.245 rend "juste", non au sens légaliste, mais au sens de "ajusté" aux attitudes et préférences de Jésus, celles qu'il décrit comme celles du parfait disciple.Et plus encore que de décrire des attitudes, Jésus est venu, il se présente comme le Messie envoyé aux pauvres, les préférés de Dieu.Vivre "ajusté" à lui, c'est donc être accordé à cette préférence: saisir tout ce qui en rapproche.agir inlassablement pour rendre cette préférence effective autour de nous, dans notre monde.ne serait-ce pas cela la vraie soif de justice?Proclamer notre foi devrait donc être en même temps manifestation d'une option radicale pour les pauvres et les opprimés: avoir sans cesse présente la façon dont Dieu a agi dans son Peuple dans l'expérience la plus fondamentale de son histoire: sa sortie d'Egypte et sa libération de l'esclavage.la façon dont Jésus a agi dans son Évangile, comment il vit, comment il sauve.Il ne s'agit pas d'une libération "en haut des oreilles" — pour employer une expression familière —, mais d'une libération réelle et concrète d'une exploitation, d'un asservissement.Deux articles de Guy Bourgeault dans Relations- et dans Dossier de Vie Ouvrière3 relisant avec des travailleurs l'expérience récente de la grève de l'amiante, faisait saisir vivement le réalisme de l'événement de l'Exode.Quels sont dans nos vies les gestes concrets, les actions libératrices qui manifestent la présence du Dieu de l'Exode, du Jésus prenant parti pour les pauvres et les opprimés?Des gestes concrets Si nous sommes embarrassés pour répondre, ne serait-ce pas à cause d'un manque d'enracinement de notre foi dans la réalité de l'histoire?Le dynamisme chrétien, en effet, se vit dans une histoire concrète et en fonction d'un contexte précis.Quand, dans les premiers siècles de l'Église, par exemple, on croyait normal qu'il y ait des maîtres et des esclaves.quand ces rapports étaient considérés comme "naturel", "dans l'ordre".et que la pratique de l'esclavage était vue comme compatible avec la foi au Christ.Paul, interprétant l'Évangile à l'intérieur de ce cadre, cherche à transformer la conduite du maître vis-à-vis l'escla- 2 Relations, novembre 1975.3 Dossiers de Vie Ouvrière, décembre 1975.246 ve, et vice-versa4 et toute l'interpellation évangélique reçue, c'était d'être bon maître et bon esclave.Dans la suite des temps, la pratique de l'esclavage apparut comme inconciliable avec la dignité humaine.Et nous ririons de quelqu'un qui viendrait nous affirmer que l'esclavage pourrait très bien être permis si l'on arrivait à ce que tous les maîtres soient de bons maîtres et les esclaves de bons esclaves!.c'est la structure même du rapport "maître-esclave" que nous rejetons complètement.Ne nous arrive-t-il pas pourtant de tomber exactement dans le même genre de raisonnement quand il s'agit de "lutte des classes" (rapport de "dominants à dominés", "d'exploiteurs à exploité").On pense que la solution chrétienne serait de "changer les cœurs" des uns et des autres, d'arriver à une réconciliation, alors qu'en réalité c'est la structure même des rapports sociaux qui serait à mettre en question et à changer.Dans bien des réactions de chrétiens (pensons aux récents remous soulevé par le fameux "Manuel du 1er Mai"), il y a une peur viscérale qui se manifeste dès qu'il est question de "lutte des classes", on y associe immédiatement le mot "haine" (par exemple, dans le message du Comité episcopal de l'éducation, mai 1975, dénonçant "le recours à la haine et à la lutte des classes").C'est pourtant comme si, face à la pratique de l'esclavage, on avait dit: il ne faut pas prôner l'affranchissement des esclaves, on fomente ainsi la haine entre maître et esclave, c'est un désordre.il faut seulement transformer par la conversion les rapports "maître-esclave".L'Assemblée des Évêques et Archevêque de France à Lourdes en 1972 était plus clairvoyante quand elle disait: "Cette expression (de lutte des classes) rend compte (.) d'une situation qui leur (aux travailleurs) est faite et qu'ils n'ont ni inventée ni choisie".Peu de temps avant, la Commission Épiscopale du Monde Ouvrier écrivait: "Pour eux (les militants de l'Action Catholique Ouvrière), il ne suffit, pas de condamner les abus du capitalisme, mais il faut le condamner en lui-même car il est irrémédiablement source d'injustice".Ces lignes rejoignent exactement le problème fondamental posé par l'Archevêque de Recife, Dom Helder Camara, à Roger Garaudy: "Le prochain pas à accomplir pour nous chrétiens, c'est que soit proclamé publiquement que ce n'est pas le socialisme mais le capi- 4 Cf.épître à Philemon — ainsi que I Co.7, 21-22; I Tim.6, lss.Même si comme le note TOB p.66, l'Évangile met implicitement en cause le statut même de l'esclavage, ce ne fut perçu comme tel que beaucoup plus tard.247 talisme qui est intrinsèquement pervers et que le socialisme n'est condamnable que dans ses perversions.Et pour vous, Roger, le prochain pas à accomplir, c'est de montrer que la révolution n'est pas liée d'un lien essentiel mais seulement historique avec le matérialisme philosophique et l'athéisme et qu'elle est, au contraire, consubstantielle au christianisme"5 On objecte "l'amour universel" que doit professer le chrétien.Mais on oublie qu'un amour dans la justice et l'espérance ne peut se manifester à tous de la même manière.Il nous faut donc aimer l'oppresseur de telle façon qu'il cesse d'être oppresseur.et aimer l'opprimé de telle façon qu'il puisse sortir de son oppression.L'amour véritable doit être orienté vers la libération, des uns et des autres, de leur propre condition d'oppresseurs et d'opprimés.L'Église et les chrétiens, comme les prophètes, doivent dénoncer abus et injustices et proclamer l'égalité et la fraternité, basée sur l'amour qui "fait" la justice.mais pas seulement en paroles, ils doivent les vivre dans leurs réactions et options."Ne savez-vous pas quel est le jeûne qui me plaît, oracle de Yahvé, rompre les chaînes injustes, délier les liens des jougs, renvoyer libres les opprimés, briser tous les jougs", etc., tout ce chapitre d'Isaïe (chap.58, 6ss.) serait à relire, en mettant sous les versets les situations vécues par les hommes d'aujourd'hui, autour de nous, dans nos milieux concrets.Nos réactions spontanées Et à cette lumière, nous pouvons nous demander quelles sont nos réactions spontanées — par exemple, face aux assistés sociaux, aux grévistes, aux chômeurs, à certains mouvements de contestation de notre système capitaliste.quelle est notre "grille de lecture" de la réalité?est-elle teintée par notre "environnement" social?ou par quelle autre influence?Une recherche très valable pourrait être pour chacun de se faire sa "géographie sociale", sa "carte d'environnement", en essayant de re- 5 Cité par Roger Garaudy, dans Parole d'homme, Éditions Robert Laffont, 1975, p.118.248 lever pendant une période de temps x.(un mois ou plus) un certain nombre de données: les personnes que je rencontre, de quel milieu sont-elles?de "quel bord" (oppresseurs?ou opprimés?) ?Quelle est la version que j'entends le plus souvent?avec laquelle est-ce que je me sens le plus spontanément accordé?Vers qui vont plus naturellement mes solidarités?Quelles sont mes sources d'information?sont-elles plutôt convergentes?est-ce que je fais quelque chose pour entendre (écouter.) quelque chose de divergent?Je participais, il y a quelque temps, à une réunion de femmes d'un mouvement paroissial qui m'avaient invitée à venir les aider à réfléchir sur l'engagement social.La discussion étant tombée sur les assistés sociaux, quelques membres de l'assemblée et moi-même avons ressenti la force des préjugés courants: plusieurs interventions accumulaient les exemples d'assistés sociaux qui "fraudaient" le Bien-être social.qui étaient des paresseux refusant de travailler, etc.Quelqu'un soudain fit la remarque: "Comment se fait-il que nous acceptions de charrier toutes ces histoires?Comment se fait-il que nous ayons présents à l'esprit beaucoup d'exemples de ce genre pour dire qu'il ne faut pas trop en donner à ces gens-là, que d'exemple (aussi, ou plus nombreux pourtant) de riches et de puissants de ce jour qui ont escroqué des millions, non pour avoir simplement de quoi vivre, mais pour se payer le luxe et le surplus?".Nous réalisions aussi la différence même du langage qui caractérise ces récits, selon ceux qui les font, ou ceux dont il est question.Par exemple, on dira: "un assisté social a 'fraudé'!" ."une ménagère a 'volé' à l'étalage", mais "un médecin a 'abusé' du Régime d'Assumance-Mala-die" (en retirant des honoraires auxquels il n'avait pas droit).Nous réalisions la différence de sanction aussi: par exemple, un homme a reçu $4,275.du Bien-être social, auxquels il n'avait pas droit, il a reconnu sa faute et restitué cet argent.mais le juge le condamne quand même à six mois de prison "pour faire un exemple afin de dissuader tous ceux qui seraient tentés de percevoir frauduleusement des chèques du Bien-être social".Par ailleurs, des médecins qui ont reçu des dizaines de milliers de dollars frauduleusement perçus de la Régie de l'Assurance-Maladie, n'écopent que de quelques centaines de dollars d'amende; et encore leurs noms sont-ils tus la plupart du temps, alors que celui de notre homme était cité (Le Devoir, 30 mai 1974).On pourrait alléguer d'autres exemples encore: ceux des amendes ridicules imposées aux Compagnies pour publicité mensongère.ou pire, aux compagnies dont le 249 manque flagrant aux normes de sécurité du travail, a causé mort d'homme.La situation des assisté sociaux De tels faits soulèvent le point de nos sources d'information: aux mains de qui sont-elles?les intérêts de qui privilègent-elles?Un autre exemple: les récentes réformes de la Loi de l'Assistance sociale.Les media d'information nous ont surtout parlé de l'augmentation des prestations de 11.2% pour les assistés sociaux.Mais ils ne parlent peu ou si peu des multiples coupures qui, parallèlement, ont été opérées dans les diverses possibilités que les assistés sociaux avaient d'être aidés.ce qui équivaut finalement — non seulement à une "non-augmentation"!.— mais à une effective diminution.Pourtant nos députés fédéraux et provinciaux "souffrant de l'inflation" ont eu besoin de combien substantielles augmentations.?Pour revenir aux assistés sociaux, par exemple, les réparations d'appareils ménagers essentiels (poêle, réfrigérateur.) ne peuvent plus être défrayés par une allocation spéciale du BES, comme cela l'était auparavant.Or, pensons au prix de ces réparations, au fait que les appareils que peuvent se procurer ces familles sont ou de seconde main ou de qualité inférieure, donc plus sujets à des réparations fréquentes.Quand bien même une famille de cinq (deux adultes, trois enfants) recevrait en 1976, $403.(au lieu de $362.en 1975) par mois, comment voulez-vous qu'ils arrivent, sinon en coupant sur les besoins essentiels?Notez que même si une famille compte plus de trois enfants: quatre, cinq, six.ce montant de $403.est la prestation maximum qu'une famille peut recevoir.Cela fait $4,826.par année.N'oublions pas que le seuil de la pauvreté au Canada est situé à $6,200.pour un couple et deux enfants.Il est facile de conclure.Et que pensons-nous, à côté de cela, de nos budgets de religieux(ses)?serions-nous capables de vivre, ne serait-ce qu'à deux sur un budget de $4,626.par année?Mais tout cela, c'est rare que les mass media nous le soulignent aussi clairement.Savons-nous encore que le montant affecté au loyer, dans les barèmes du Bien-être social a été diminué! à $85.(quel que soit le nombre de personnes dans la famille.) alors que tous les loyers ont augmenté considérablement.La balance est, là encore, à prendre sur les besoins essentiels, nourriture, vêtements, etc.250 En même temps — contradiction flagrante — le même gouvernement, par la RAMQ (Régie d'Assurance-Maladie du Québec) paie aux assistés sociaux des médicaments pour un montant très élevé ($18,927,-618.pour l'année 1973-746 — les chiffres ont encore monté par la suite).Ne serait-il pas plus logique de donner à ces familles de meilleures conditions de vie (logement, nourriture), d'accorder des garderies aux mères de famille surmenées et dépourvues de moyens de souffler un peu.plutôt que d'avoir à soigner les maladies découlant le plus souvent des mauvaises conditions de vie?Nous sommes-nous déjà demandé à qui ce régime (très valable dans son principe) profite finalement, alors que (toujours d'après le même rapport de la RAMQ) l'ensemble des médecins du Québec (soit 11,202) se sont partagé $343,482,047., soit une moyenne de $41,047.00 pour chacun (ou $46,344.par spécialiste, et $34,691.par omnipraticien)7.Qu'il soit clair que nous ne jugeons pas ici les personnes, mais le système basé sur le profit à tout prix, et la contradiction qui nous habite, nous chrétiens — et a fortiori religieux —, quand nous pactisons avec ce système.quand ce n'est pas que nous en profitons, plus ou moins consciemment!.8 * * * 6 Rapport de la RAMQ (Régie de l'Assurance-Maladie du Québec), 31.3.74.7 Sur 11,202 médecins, plusieurs sont à demi-retirés ou travaillent à temps partiel, le traitement moyen peut donc être plus élevé, surtout que plusieurs reçoivent en plus une rémunération pour les services qu'ils rendent dans le cadre du programme d'Assurance-Hospitalisation.8 Un exemple de cette "inconscience"! Dans le "Prions en Église" pour le dimanche 1er février 1976, la prière universelle nous propose de prier: "pour les riches, qui sont devenus esclaves de leurs biens, afin qu'ils accèdent au seul bien qui délivre" (bon.d'accord.) puis "pour les pauvres qui se laissent posséder par leurs soucis, afin que Dieu leur fasse découvrir la liberté qu'il donne aux cœurs".Faut-il être bien repu et au chaud, donc complètement étranger à la réalité des soucis des pauvres, pour vouloir qu'ils ne s'en laissent pas posséder?joindre laborieusement les deux bouts au jour le jour, le loyer, le marché, les bottes pour les enfants.essayer de chauffer un logis qui prend air de partout.qui d'entre nous pourrait s'abstraire de ces soucis-là?Au Québec, on compte 193,000 ménages vivant de prestations (Bien-être social, accidentés du travail), 235,000 travailleurs payés au salaire minimum (soit, jusqu'au 1er novembre 1975, $5,200 par an), enfin 270,000 chômeurs environ.Si l'on ajoute les dépendants de chacune de ces catégories, on rejoint facilement le million: soit un Québécois sur six vit au-dessous du seuil de pauvreté! 251 Le synode romain de 1972 disait: "le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l'Évangile".Si nous pensons à la place que tiennent dans notre monde les conflits sociaux comme étant le lieu où ne se fait pas, ou se défait la justice.chacun(e) de nous peut se demander: est-ce que j'y suis présent(e)?et de quel côté?Être neutre, c'est être du côté du plus fort.Jésus a choisi, il a pris parti: avons-nous faim et soif de SA JUSTICE?2381 est, rue Sainte-Catherine Montréal H2K 2J5 Tiré de la revue Appoint, février 1976 F.-X.DROLET INC.Atelier de mécanique et fonderie QUÉBEC, 245, rue Du Pont Spécialité: ascenseurs Tél.: 522-5262 MONTRÉAL, 2111.boul.Henri-Bourassa est Tél.: 389-2258 252 Appelés à vivre la foi au sein de l'incroyance André Rebré Nous sommes appelés, avec les autres chrétiens en classe ouvrière, à vivre la foi au sein de l'incroyance.Celle-ci s'exprime dans des théories réfléchies, qui se veulent scientifiques, donnant naissance à des idéologies, mais aussi, d'une manière diffuse, impliquant une certaine conception de l'homme, de l'autonomie de son être et de son agir, pour façonner son histoire et une société plus juste et plus humaine.À l'intérieur de cette incroyance, le monde marxiste — et les courants divers du marxisme à travers le monde — est celui qui a le plus d'influence en classe ouvrière.Nous reconnaissons combien la générosité, la qualité de vie, l'oubli d'eux-mêmes de nombreux militants ouvriers ne partageant pas notre foi ont pu être moteur d'une foi plus vraie et plus engagée des militants chrétiens et de nous-mêmes.Mais nous savons aussi combien cette incroyance, si elle peut purifier et activer la foi, conduit souvent à l'éteindre progressivement ou la saper brutalement.Prenons-nous suffisamment au sérieux cette incroyance en monde ouvrier qui, si elle est un stimulant pour la foi, en est aussi très souvent destructrice?* * * Je ne baigne pas aussi immédiatement que d'autres Fils de la Charité dans l'incroyance en monde ouvrier, et le vécu auquel je fais référence est plus général et plus diffus que le leur.C'est l'expérience faite par des jocistes entrant à plein dans les organisations ouvrières d'où la foi qui les animait et motivait leur engagement est absente; c'est la séduction qu'exercent certaines idéologies et conceptions athées sur des prêtres et des militants ouvriers, séduction qui transparaît dans les conversations, dans des articles de revues et conduit quelquefois à un abandon de la foi; 253 c'est aussi l'insistance avec laquelle cette question est sans cesse reprise par des Fils de la Charité, surtout des P.O.1, ou d'autres, notamment nos amis de la Mission de France au cours de nos rencontres dans le cadre de la Mission ouvrière, insistance qui me révèle qu'il y a là pour eux une vraie question, c'est-à-dire un affrontement quotidien qu'ils ne peuvent évacuer.Peut-être ce vécu plus général et diffus explique-t-il le tour que je donne à mes réflexions sur la question posée.* * * Ce qui me paraît significatif c'est que, dans tous les cas, ce qui marque dans la rencontre de l'incroyance en monde ouvrier, ce n'est pas d'abord ce que les incroyants ne croient pas mais ce qu'ils croient.Souvent, à leur contact, des jeunes, des laïcs et des prêtres trouvent ce qu'ils n'avaient pas trouvé aussi vigoureusement dans l'univers de la foi: — une conception de l'homme fondée sur son agir plutôt que sur son être; une conception de la société et de son devenir, à rencontre d'une certaine stabilité implicitement admise; la prise en considération des "lois" économiques, sociales, politiques en vue d'un but historique à atteindre offrant à la fois un horizon et un stimulant à l'action.— L'expérience nouvelle d'entrer dans une solidarité de groupe qui s'est fixée un but historique à atteindre collectivement.Cette solidarité s'exprime notamment par le prix donné à l'amitié, au compagnonnage dans la lutte, que viennent sceller les coups durs portés ensemble, les réussites et les avancés de tout un peuple.Par là s'expérimente un sens à la vie humaine, sens partagé par d'autres et avec d'autres, qui se fonde sur un agir ensemble plus que sur des considérations d'ordre général.— C'est à ce niveau de l'expérience quotidienne préalable que les idéologies athées, notamment le marxisme, exercent leur attrait parce qu'elles s'efforcent de prendre en compte cette expérience pour la conceptualiser (la théorie qui éclaire la praxis).Ce qui pose question à la foi, c'est donc la rencontre quotidienne d'incroyants qui ont des raisons de l'être (raisons pratiques et théoriques).1 P.O.: prêtres ouvriers.254 Or il n'y a pas si longtemps la réaction des chrétiens tendait à nier ce fait.On se disait: — ils n'ont pas entendu l'Évangile; s'ils l'avaient entendu dans leur langage, s'ils en avaient eu le témoignage vivant.— c'est l'effort moral du christianisme qu'ils récusent; l'incroyance va de pair avec le relâchement des mœurs.— c'est une trop grande misère qui leur fait rejeter Dieu qui apparaît garant de l'ordre actuel injuste, trop loin des petits.— c'est la vue d'une Église lointaine, opposée à leur classe.Nous savons bien qu'il ne suffira pas d'améliorer la présentation du message évangélique (nouveau langage de la foi, Église en classe ouvrière témoignant sa foi), de combattre pour plus de justice, ni de tabler sur un nouveau visage de l'Église en classe ouvrière, pour retrouver l'unanimité de la foi (dans la mesure où elle a pu exister autrefois) et voir cesser l'incroyance.Force nous est donc de prendre en compte ce fait: des incroyants qui ont des raisons de l'être.Il faut ajouter encore une autre découverte: cette incroyance est généralisée en milieu ouvrier comme aussi en d'autres milieux.Si autrefois c'était l'incroyance qui paraissait étrange, aujourd'hui, c'est la fol chrétienne, en classe ouvrière et ailleurs, qui est l'étrange.* * * En quoi la foi est-elle mise en cause par cette incroyance généralisée?Je parle ici de la foi vécue des chrétiens, prêtres et laïcs, c'est-à-dire de la foi dans son exercice et non au niveau de la réflexion théologique (ce qui pose d'autres questions).Face à l'incroyance généralisée et rationnellement motivée, les croyants perçoivent qu'ils sont minoritaires.Pour masquer ce constat on disait encore, il y a quelques années, en guise de consolation: les masses populaires, à défaut de pratiquer la foi chrétienne, demeurent religieuses et savent faire appel à l'Église aux grands moments de l'existence: la naissance, le mariage, la mort (ceux-là dont l'aspect collectif est le moins visible justement!).Aujourd'hui, à tort ou à raison, cette remarque a perdu son pouvoir dissimulateur car.les croyants ont de plus en plus la désagréable surprise de constater qu'une grande partie de leur message (ou de ce qu'ils 255 croyaient tel) est désormais confisquée par les incroyants: la générosité, l'oubli de soi, le sens des autres, le sens de la justice et des plus petits, l'espérance, le prix de la personne humaine, etc.au point que ce qu'ils ont en propre se rétrécit comme un peau de chagrin.On a encore cherché à exorciser cette constatation gênante en affirmant que tous ces incroyants manifestaient par là qu'ils étaient chrétiens sans le savoir.On peut toucher du doigt le besoin des chrétiens de se sécuriser devant l'incroyance tranquille et généralisée que révèlent tous ces échafaudages pseudo-théologiques.Ils retardent seulement le moment inéluctable où les croyants devenus minoritaires et conscients que leurs "valeurs évangéliques" sont confisquées par l'incroyance constatent.qu'il ne leur reste en propre que ce qui a le moins de chance (c'est du moins ainsi que cela apparaît d'un point de vue purement humain) d'être accueilli par le monde aujourd'hui, à savoir la folie du message d'un Dieu crucifié proclamé unique Sauveur de l'homme.Ce message, en effet, ne se conceptualise pas ou du moins très mal et par là est rebelle à se couler dans les idéologies qui ont cours actuellement; il paraît mal servir la lutte ouvrière et refuser la violence qui affecte les conflits sociaux, économiques et politiques; il privilégie l'initiative de Dieu au détriment, semble-t-il, de celle des hommes dont le salut dépend d'un Autre et seulement sub-séquemment d'eux-mêmes; il relativise les œuvres des hommes en les ordonnant à une fin qui leur paraît provenir d'ailleurs que de leur propre liberté (dessein ou plan de Dieu, volonté de Dieu dont la prière a pour objet la reconnaissance).Voilà la foi réduite à elle-même.C'est sans doute ce que veulent traduire les expressions courantes: "notre foi est mise à nu", "elle est déshabillée", "elle est radicalement remise en cause".Il me paraît important de remarquer que la mise en cause de la foi s'effectue à deux niveaux: — d'abord à celui de l'expérience d'une pratique de l'incroyance: c'est la vie, l'agir vertueux et efficace des incroyants qui posent d'abord question, — ensuite (seulement) à celui d'une intelligence de l'incroyance: les idéologies et les théories nées de l'incroyance exercent une telle séduction 256 parce qu'elles font la preuve de leur efficacité et de leur aptitude à expliquer le réel.Le témoignage donné par la vie des chrétiens ("Voyez comme ils s'aiment") devait, pensions-nous, conduire les non-chrétiens à s'interroger sur la foi ("rendre compte de l'espérance qui est en nous").Aujourd'hui les rôles sont renversés.Comment cette incroyance stimule-t-elle, détruit-elle ou transforme-t-elle notre foi?Un stimulant pour notre foi — Au niveau de la pratique.Le témoignage que donnent des incroyants de leur générosité, du don d'eux-mêmes, de leur sens démocratique, de l'attention portée aux plus défavorisés, de l'universalité de leur espérance, etc.a été et continuera d'être un appel pour beaucoup d'entre nous à une plus grande fidélité à notre vocation chrétienne.Cette émulation — elle peut être réciproque d'ailleurs — est positive.C'est sans doute ce que voulait dire, entre autres choses, le copain qui affirmait: "Je ne regarde pas tellement l'incroyance, j'ai le nez sur ce que les incroyants font de positif".— Au niveau de la réflexion théologique, l'incroyance actuelle, comme toute découverte (par exemple Copernic), le Nouveau monde, les sciences humaines), contraint la foi à s'examiner.Elle doit, d'une part, situer sa place par rapport aux idéologies et théories d'inspiration athée qui sous-tendent l'incroyance, d'autre part se prononcer sur elles.Cet effort d'explication qui lui est demandé (et n'est actuellement pas achevé) est redevable aux réalités humaines qui la questionnent.Dans cet effort la foi doit prendre en compte ce que l'incroyance comporte de vérités nouvelles (ou oubliées) sur l'homme, la société, le monde, l'histoire.Notamment l'incroyance actuelle amène la théologie à penser autrement l'anthropologie (les rapports entre l'initiative humaine et l'initiative divine, entre le Royaume de Dieu et l'œuvre historique des hommes), l'ecclé-siologie (signification de l'Église, mission de l'Église dans un contexte culturel nouveau où les chrétiens sont minoritaires), la Création et l'eschatologie.257 Une destruction de la foi L'expérience de l'abandon de la foi par des laïcs et des prêtres affrontés quotidiennement à l'incroyance, ou de l'insignifiance de la foi qui en est résultée pour d'autres, montre à l'évidence que la rencontre de l'incroyance n'est pas toujours bénéfique pour notre foi.Il me semble qu'au moins en ce qui concerne l'incroyance en monde ouvrier, l'effet destructeur commence d'abord au niveau de la pratique avant d'opérer les ravages dans l'intelligence de la foi.— Au niveau de la pratique.Celle-ci est primordiale dans la mesure où l'on ne se contente pas d'interpréter le monde mais où on veut le transformer.Mais la pratique de transformation du monde rejaillit sur l'homme qui s'y adonne.Ce n'est pas seulement une thèse marxiste mais une réalité objective de l'action humaine qu'utilisent toutes les pédagogies fondées sur l'activité: la J.O.C.parlait de "mettre les gars à l'action"; la révision de vie se basait en un premier temps sur la révision de l'action au moyen du carnet de militant.Bien des jocistes ont par là découvert, à partir de leur engagement en classe ouvrière, toutes les dimensions de leur foi.Parce que cet engagement n'était pas pur activisme mais aboutissait au sein d'une réalité ecclésiale (l'équipe, le Mouvement) à une prise de conscience personnelle et collective des enjeux de leur action (révision de vie) par laquelle se réalisaient leur libération et celle de leurs frères, libération qu'ils savaient plénière en Jésus-Christ.Si, par contre, le lieu ecclésial de partage et de réflexion vient à disparaître ou même à s'effriter, si la révision de vie (ou ce qui en tient lieu) cesse d'être habituelle et avec elle le temps de la prière, de l'écoute de la Parole de Dieu et de sa célébration, alors la pratique n'a plus ni lumière, ni justification, ni stimulant.Ou bien la vie militante cesse, ou bien on épouse les idéologies et les théories qui animent et éclairent la pratique des incroyants avec qui on partage la lutte.— Au niveau de l'intelligence de la foi.La séduction de l'incroyance est d'autant plus grande qu'on éprouve des difficultés à rendre compte de sa foi à soi-même d'abord, puis aux autres.La foi est à la recherche de sa propre intelligence (fides quserens intellectum), sinon elle sombre dans le fidéisme (croire sans comprendre).Cette solution n'est plus de mise aujourd'hui.Mais trouver l'intelligence de sa foi, la trouver en Église, n'est pas chose facile quand on baigne dans un univers culturel 258 tout autre que celui où notre foi est née et a grandi2.Sans doute y fau-dra-t-il du temps, la patience et la réflexion concertée de tout un peuple en Église.Mais il arrive que certains ne puissent attendre.Une transformation de la foi La foi peut-elle se transformer?Et si oui, qu'entend-on par là?Il ne peut s'agir que du sujet croyant (lequel peut être un sujet collectif).Quand je dis, par exemple: je crois que Jésus est ressuscité, il y a à mon acte de foi un contenu objectif: ce fait de la résurrection de Jésus de Nazareth.Ce contenu de foi comme tel ne change pas, ne peut se transformer.Mais le sujet qui croit: moi (ou nous) peut recevoir différemment ce contenu de foi auquel il adhère.Cet acte de foi influe sur moi; c'est moi, personne historique, qui suis concerné par cet acte de Dieu (à la fois de l'ordre de l'histoire en même temps qu'il révèle un avenir hors de l'histoire), qui trouve en lui la signification de mon histoire, de celle de l'humanité et du monde.Or moi (ou nous) je peux changer, à la fois quant à la manière de comprendre le contenu de foi auquel j'adhère et quant à la manière d'agir en fidélité à celui-ci.Il peut donc y avoir transformation de la foi, du côté du sujet croyant, tant au niveau de la pra- , tique qu'à celui de l'intelligence de la foi.— La pratique de la foi est certainement influencée par l'incroyance en ce que celle-ci privilégie le faire sur l'être.À quoi bon, par exemple, des discours sur la foi libératrice si les croyants ne se veulent pas impliqués dans les efforts actuels de libération des hommes?L'incroyance a eu pour effet de mettre en évidence la tâche historique à accomplir, de promouvoir des organisations humaines se fixant comme objectif de la réaliser, de dégager des moyens permettant d'y atteindre (c'est du moins assez clair pour le mouvement ouvrier, peut-être aussi pour certains mouvements révolutionnaires d'Amérique latine et de Chine).Aujourd'hui les chrétiens conscients ne peuvent ni ne veulent bouder ces instruments d'un agir efficace.La foi des chrétiens ne peut se contenter d'une fonction purement contestataire (le beau rôle!) ou même de l'ordre du témoignage d'un au-delà de l'homme et de l'histoire, elle est contrainte 2 Voir les réflexions de Pierre Carré dans "Recherches et Échanges" n° 45, pages 31 et ss, n° 47, pages 5 et ss.259 à considérer l'histoire et le monde comme le lieu où elle a à faire la preuve de sa véracité et de la véracité pour les hommes du Dieu qu'elle annonce.La foi chrétienne est-elle préparée à cette action pour transformer le monde?Elle a certes beaucoup à dire, tant au niveau des moyens que de la fin à atteindre, mais le peut-elle sans avoir au préalable partagé, dans un coude à coude fraternel, l'espérance et la lutte des hommes, des incroyants?— Au niveau de l'intelligence de la foi, d'autres questions sont soulevées qui peuvent conduire à une transformation de la foi.Que signifie, en effet, pour le sujet croyant ce contenu de foi: Jésus est ressuscité?En quoi cette affirmation, qui porte à la fois sur le sens de l'histoire actuelle de l'humanité et sur son accomplissement, éclaire-t-elle une pratique de la foi pour aujourd'hui?Bien des essais théologiques s'efforcent de répondre à ces questions aujourd'hui (théologie du monde, théologie de la révolution).Peut-être le chantier est-il encore trop neuf pour y voir clair.Cependant il semble bien que la résurrection de Jésus et l'avenir ainsi ouvert à l'histoire humaine ne relèguent pas à Farrière-plan le rôle dynamique qu'ont à jouer les idéologies.S'il est vrai qu'il n'y a pas d'utopie chrétienne3, alors c'est que la foi a besoin de la médiation des idéologies pour être efficiente.Le rapport de la foi aux idéologies n'est pas seulement de les contester, de les purifier; il est aussi d'avaliser l'espérance qu'elles interprètent et d'encourager leur fonction motrice pour l'agir des hommes.Mais sur ce sujet aussi le chantier est peut-être encore trop neuf.Quoi qu'il en soit c'est une fois de plus l'événement central de la foi: la mort et la résurrection de Jésus — ce que j'appelais au début la part folle et irréductible du message chrétien — qui s'avère être le foyer lumineux capable d'éclairer toutes nos interrogations actuelles à partir de l'incroyance.Et c'est aussi, nous le savons, ce qui est notre vie et la vie du monde.3 Voir Christian Ducoq dans "Recherches et Échanges", n° 47, pages 37 et ss.260 BERNARDIN FRÈRES INC.ASSURANCES — INSURANCE 8000 ST.DENIS, MONTREAL H2R 2GI TEL.384-9200 K
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.