La lyre, 1 janvier 1923, no 5
Mars 1923 LA LYRE 1 ABONNEMENTS Montréal Canada $2.25 pour un an $2.00 1.15 pour six mois 1.00 .20 l'unité .20 Payable d'avance.: : Eevue mensuelle : : Musicale et Théâtrale Rédaction Annonces Administration 3, RUE CRAIG EST MONTREAL., Que.Tél.Est 8037 Rédigée en collaboration.Publiée par la Compagnie de Publication "La Lyre" le année, No 5 Montréal, mars 1923 Au public Dans notre dernier numéro, nous informions nos lecteurs que, pour des motifs que nous y énumérions, "La Lyre" paraîtrait, désormais, vers le 20 du mois; tous nos abonnés en étaient prévenus, p^r cartes-postales.Mais, hélas ! l'éditeur propose et, parfois, l'imprimeur dispose; la partie musicale de notre magazine, n'étant pas prête à temps, il se produisit un nouveau retard, qui, à notre grand regret, nous décida à supprimer entièrement la publication de janvier et à commencer l'année par celle de février.Or, pour qu'il ne s'écoule pas un ïajjs de temps trop long entre deux publications, cette dernière parut, encore, ait commencement du mois, mais, nous nous proposons désormais d'en arriver à faire paraître progressivement notre revue vers le 25 de chaque mois.Nous possédons, dans la métropole et au dehors, un système des mieux organisés de solliciteurs qui sont accueillis, partout, avec la plus grande sympathie.Les rapports qu'ils nous transmettent sont des plus favorables, dénotent l'appréciation générale de nos faibles efforts pour plaire à tous, et sont, certainement, de nature à nous encourager.Le Public, et c'est son droit, est toujours avide d'information; une des principales questions posées à nos agents est celle-ci : "Mais quel est, ou quels sont les "mystérieux" éditeurs de "La Lyre" ?Pourquoi cachent-ils leurs noms ?auraient-ils des raisons pour garder l'incognito ?" A cette juste question, nous répondrons aujourd'hui : — Pas la moindre raison.— Mais avant de nous faire connaître, nous avons préféré établir notre entreprise sur des bases solides et durables, au double point de vice de la responsabilité et des chances de succès.Or, les résultats déjà obtenus promettant pour l'avenir, nous nous faisons un plaisir de soulever le voile qui recouvrait le soi-disant mystère, et nous avons l'honneur de présenter au public la raison sociale connue sous les noms J.E.Turcot, Henri Miro, Léo LeSieur: le premier, marchand de musique, le second, directeur musical bien connu, le troisième, organiste réputé et dont les compositions et les improvisations gagnent, de jour en jour, de la vogue.Des oeuvres de MM.Miro et LeSieur paraissent mensuellement dans "La Lyre" et sont bien goûtées du Public.LE REGISTRE DES GARDES-MALADES VILLE-MARIE Vous fournira en tout temps et en toutes circonstances des infirmières diplômées, compétentes, avec lesquelles tous les soucis inhérents il la maladie ou û.la convalescence seront atténués dans une largo proportion.Mademoiselle F.ILVÏDISN SS, CARRE ST-LOUIS (Garde-malade diplômée de l'HSpltal Notre-Dame) Tél.Est 3446 Nous ne nous donnons pas comme sommités musicales, loin de nous pareille idée, mais nous avons la prétention de savoir ce qu'est la bonne musique; c'est donc comme fervents disciples d'Uterpe que nous nous donnons la main et unissons nos humble efforts pour aider au développement, à l'extension et à la diffusion de la bonne Musique.Nous ne saurions, en terminant, que réitérer l'invitation déjà faite à MM.les directeurs artistiques et à MM.les artistes lyrique, de visiter les bureaux de "La Lyre"; ils y trouveront toujours un accueil des plus sympathiques.Leurs avis et leurs conseils y seront pris en considération, avec reconnaissance, et suivis dans les limites du possible.Ces messieurs connaissent les goûts de leurs publics respectifs et pourraient fournir à "La Lyre" de précieux renseigneranets qui l'aideraient à atteindre son idéal qui n'est autre que celui de plaire à tous.Respectueusement, LA DIRECTION.LIVRES DE PRIX RECOMPENSES SCOLAIRES La Maison Granger Frères Limitée offre en vente, cette année, le choix le plus varié et le plus considérable de Livres de Prix jamais offert par aucune Maison au Canada.VOYEZ NOTRE EXPOSITION DE BEAUX LIVRES A PRESENTER COMME PRIX SPECIAUX Les personnes qui désirent présenter un Prix Spécial à un Collège ou un Couvent ont ici l'embarras du choix.Nous nous chargeons de livrer à l'adresse voulue et d'expédier même à l'étranger les volumes commandés.Messieurs les Membres du Clergé, les Directeurs et Directrices de Maisons d'éducation, les Commissaires d'écoles sont invités à visiter notre étalage.Ceux de nos clients qui ne pourraient pas se rendre à notre magasin voudront bien nous écrire.Ils sont assurés de la même attention et du même soin que s'ils venaient en personne.Catalogues et conditions sur demande.GRAINGER FRÈRES 4-3 NotRe-Dàme.0uest, "Kontiié^l La plus importante Librairie et Papeterie Française du Canada LA LI 1:1.Hare 1923 Les Concerts Vhi.-.l I .rtot C'est dans la superbe salle Windsor que ce merveilleux pianiste français donnait son récital le 9 février dernier.Il joua un "Concerto" de Vivaldi."Andante Spianato" et "Polonaise" de Chopin ainsi que sa "Sonate en si bémol mineur", "('¦hildrcn's Corner" de Debussy, et enfin "Carnaval" de Schumann.Il ne donna pas moins de cinq rappela dont les "Jeux d'Eau" de Maurice Ravel, qu'il interpréta magistralement.Son programme aurait mérité d'être mieux construit.Il ne rendait certes pas justice à l - !.".• v.i artiste qui nous a semblé d'ailleurs quelque peu indisposé.Mais Cortot est toujours le maître incontesté du piano et soit qu'il rende la "Bourrée" (pour la main «anchei de Saint-Saëns, oeuvre purement technique, soit qu'il donne du Debussy vers lequel il est tout naturellement porté, on sent constamment l'artiste en communion d'Idées avec l'auteur qu'il Interprète.A une virtuosité étlncelante, Cortot joint une sonorité exquise se prêtant a toutes les nuances, une sensibilité très fine, très profonde, et par-dessus tout une justesse d'expression qui en fait un des pianistes les plus parfaits de notre époque.K.L.Reliure pour musique Keliure flexible.Forte et durable, S'.piii ninl à plat.Le dos de cette reliure est garanti.Faites relier dès maintenant, votre musique au moyen de ce procédé chez JOSEPH FORTIER Liée.210 Bue Notre-Dame must.Montréal.Il CE QU'IL 1 AIT U.I.KIt ENTENDRE @ Montréal Avril 3—"Ruth St Denis" et son corps de ballet.5—"Fritz Kreisler".14—"Quatuor Dubois".14—"Chorale Mendelssohn".15—"Chorale Mendelssohn".16—"Chaliapine".23—"Mischa Elman" 28—"Quatuor Dubois".30—"Estelle Aubin".10—"Stanley Gardner".11—"Quatuor Dubois".25—"Quatuor Dubois".I.e t'iiatuor Klcinzaliy Tous les ans à peu près vers la mi-février, cet ensemble presque unique au monde vient nous donner une séance de musique de chambre.Cette année, c'est au théâtre Orpheum.le 18 février, que le Quatuor Flonzaley conviait l'élite musicale de Montréal à l'audition d'un programme composé en majeure partie d'oeuvres modernes: le "Quatuor en sol majeur" d'Arnold Bax.'The Londonderry Air" de Frank Bridge, "Puck" de Josef Speaight, et comme quatuor classique, le "Quatuor en ini mineur, op.50, No 2" de Beethoven, oeuvre sublime, grandiose, dont le second mouvement fut rendu à la perfection.Mais le Quatuor Flonzaley est la perfection même et tout ce qu'il joue atteint de suite une grandeur insurpassahle.Ensemble, nuances, gradation des teintes musicales, fusion des sonorités, bref tout ce qui touche au Beau dans le domaine de l'art musical est rendu d'une façon incomparable.Rappelés a trois reprises différentes, ils donnèrent, en outre, avec un goût exquis, la "Canzonetta, op.12 No 2" de Mendelssohn.—H.M.m m Titia iiulïo le baryton italien qui a donné un concert au théâtre St-Denis le 15 février.Artiste de peu de valeur, Il a chanté, devant un maigre auditoire, des oeuvres archi-connues.Mlle Yvonne d'Arle, soprano, était également au programme.—H.M.LA BAI80N D'OPERETTE FRANÇAIS] La troupe d'opérette française, après 6 semaines de représentations à Montréal.Québec.Trois-Rivlères et Ottawa, a terminé son engagement le 17 février.Les représentations projetés à Boston et i» New-York n'ont pas eu lieu ;\ cause de l'insuccès de l'entreprise.M.J.A.Oauvin n'a pas été heureux; il est Indiscutable que les élé- l.e t'nalu.ir l'Iuir/alej merits amateurs ne doivent pas se confondre avec les éléments professionnels.A chacun sa place, le public ne peut plus tolérer qu'on lui serve des balivernes et veut en avoir pour son argent.Les prix des places étaient trop élevés comparés à la valeur artistique de la troupe.Nous avons admiré Mmes Baehelet, Dumoulin ,M.De Laquerrière ainsi que M.Rolland; quant aux autres sujets il est préférable de ne pas en parler.Les choeurs ont manqué par leur inexpérience et leur tenue en scène.Quant à l'orchestre, nous pouvons dire qu'il n'a pas coopéré à relever le succès artistique de l'entreprise.Pour terminer, un conseil aux futures organisations d'opérettes: L'Opérette française réussira à Montréal quand nous aurons des artistes d'une réputation indiscutable, des choeurs habitués à la scène et un orchestre pouvant interpréter les oeuvres françaises à leur propre' valeur.Du reste, c'est comme cela que l'imprésario M.Gau-vin l'a compris, puisqu'il a l'intention d'engager une autre troupe d'opérette complètement nouvelle pour la prochaine saison.LA REDACTION.RUTH ST-DENIS LA CHORALE MENDELSSOHN C'est au théâtre St-Denis, samedi le 3 mars, en matinée et en soirée, que la célèbre danseuse américaine Ruth St-Denis, accompagné de Ted Shawn, un danseur dont on fait les plus grands éloges, donnera des représentations d'art chorégraphique.Le corps de ballet qui accompagne ces deux vedettes évolue dans des décors somptueux.Le programme pour les deux représentations est le suivant: 1ère Partie: Danses de caractère.1.—1er Mouvement de la Sonate Pathétique .Beethoven 2.—Etude.Chopin 3.—Elan d'amour.Schumann 4.—(a) Valse Op.39 No 15 .Brahms (b) Rêverie.Liszt 5.—Valse Brillante.Mona Zucca 2ème Partie: Danses espagnoles.1.—Danza Espagnola.Granados 2.—Tango.Sonas 3.—Malaguena.Moszkowski 4.—Valse en La majeur.Levitzki 5.—La Boîte à Musique de Betty .Bond 6.—Valse Op.34 No 1.Moszkowski 3ème Partie: Danses dramatiques."XOCIIITL", drame basé sur une vieille légende mexicaine.Musique de Homer Grunn.1er Acte: Une vue champêtre dans l'ancien Mexico.2e Acte.: Intérieur du palais du roi Tepan-calt^in, le roi mexicain.4ème Partie: Danses orientales, comprenant différentes danses charactéristiques de la Chine, de la Crète, de l'Inde, du Royaume de Siam, du Japon et du Java.PRIX SPECIAUX pour Réceptions Banquets Mariages 2140 Dîners EST Thés TEL.: Clubs LA PATISSERIE FRANÇAISE Restaurant & Tea Room KERHULU & ODIAU Limitée 172-1S4 rue S.-Denis, Montréal Succursale : 4901 Sherbrooke 0., TVestmount Les concerts de la Chorale Mendelssohn de Toronto à Montréal sont fixés pour les 14 et 15 mars au théâtre St-Denis, et nulle organisation de ce genre n'est venue depuis de longues années si ce n'est l'Association des Chanteurs Romains, sous la direction de Mgr Cassimiri, qui laissa un si bon souvenir il y a quelques années à peine.Les éloges des journaux, en ce qui regarde la chorale de Toronto, nous laissent clairement entendre que cette organisation est des plus artistiques et qu'elle viendra au grand complet, soit 250 membres, hommes et femmes.Le programme du mereredi soir le 14 est le suivant: (a) To Thee 0 Lord .Rachmaninoff (b) Exultato Deo.Palestrina (c) Eriskay Love Lilt.Robertson (d) Judge Me 0 God .Mendelssohn (a) March of the Men of Harlech Old Welsh (Arr.Kurt Schlindler) (b) Lullaby.Ferrari (c) The Broken Melody.Sibelius (d) The Silversmith .Catalonian Folk Song (Arr.Kurt Schlindler) (e) The Carnival .Rimsky-Korsakow (a) De Sheepfol'.Webbe (b) The Aviators.Saint-Saens (c) Old King Cole.Forsyth, (d) London Town German et celui du lendemain le 15, jeudi, est définitivement arrêté comme suit: (a) Bless the Lord .Ippolitov-Ivanov (b) Adoramus Te.Palestrina (c) The Blue Bird.Stanford (d) How Lovely (Requiem) .Brahms (a) 0 Willow, Willow .Old English (Arr.Granville Bantock) (b) Dear, Canst Thou Tell .Brahms (c) The Abode of Love .Gustav Ferrari (d) Full Fathom Five.(Dunhill) (a) Moonlight.Eaton Faning (b) Lullaby.Elgar (c) Finale Mastersingers .Wagner De plus, à chacun des concerts, un excellent violoniste au nom bien canadien, M.Ferdinand Fillion, se fera entendre dans des pièces de Max Bruch, Rimsky-Korsakow, Grainger, Sarasate, Bach, Kreisler, Hubay, etc.Demandez chez A.J.BOUCHER ENRG.Editeur et Importateur de Musique.28 est, rue Notre-Dame, MONTREAL.GAGNON: Chants Canadiens.Choeur à quatre voix égales.90 sous.GAGNON: Soirées de Québec.Choeur à trois voix égales.75 sous.Mon devoir quotidien de musique.10 sous.Nous recevons de Bernard Laberge, l'imprésario des organistes français Marcel Du-pré et Joseph Bonnet, la lettre suivante que nous sommes heureux de reproduire en priant nos lecteurs d'y porter une attention particulière.Monsieur le directeur de "La Lyre", J'ai bien l'honneur de vous soumettre ' l'idée suivante en vous demandant la faveur de votre appui auprès du public amateur de musique à Montréal et dans les villes environnantes.J'ai conçu le projet de faire donner par Monsieur Marcel Dupré, le célèbre oragniste de Paris, l'oeuvre entière pour orgue de Jean Sébastien Bach, en dix récitals, qui auraient lieu tous les deux soirs, du 1er au 20 octobre 1923, en l'église St-André et St-Paul, rue Dorchester ouest.La possibilité de cette entreprise nécessitant forte garantie, il me faut faire appel à tous ceux qu'intéresse l'oeuvre de cet immortel génie, en leur demandant de vouloir bien souscrire un montant relativement faible et qui assurera aux souscripteurs des billets pour toute la série des récitals et le succès de l'entreprise.La souscription sera de ?25.00 et donnera droit à deux billets pour chacun des 10 récitals, soit $1.25 le billet.Ce montant payable en deux versements dont la moitié le 1er septembre et la moitié le 1er octobre.De plus un programme spécial sera imprimé et distribué un mois à l'avance à to as les souscripteurs contenant une préface, un résumé de la vie de Bach, des notes explicatives détaillées sur l'oeuvre à être exécutée, et les noms de tous ceux qui auront souscrit pour la série entière des récitals.Montréal aura l'aubaine d'être la seule ville au monde, après Paris, à voir se donner les 200 oeuvres de Bach, le seul maître qui ait accompli le prodige de les jouer deux fois, de mémoire, à Paris.Je vous remercie.Monsieur le directeur, de l'hospitalité que vous voulez bien m'ac-corder, et je fais appel à tous ceux qui aiment vraiment la musique.La liste des souscriptions sera ouverte jusqu'au 1er mai et l'on peut se procurer des formules, dès maintenant à mon bureau.Je vous prie de me croire, monsieur, Bernard Laberge, Fritz Kreisler,.l'un des plus grands violonistes de l'univers,, vient à Montréal le 5 de ce mois.Voilà exactement douze ans que la métropole canadienne n'a eu le plaisir d'entendre ce violoniste réputé qui attirera sûrement à son concert une foule d'admirateurs.Vu le manque d'espace nous renvoyons à notre prochain numéro l'analyse des concerts Jacques Thibaud et la chorale de Winnipeg.Téléphone Est 1S7S Spécialité: Tributs floraux Fleurs télégraphiées partout "LE FLEURISTE" VICTOR A.LEMIEUX 108-110, me Ste-Catherlne E., Montréal Succursale: Hôtel Mont-Royal, rue Peel. I Murs lit-.':: L'ORGUE MODERNE par Joseph Bonnet Nous sommes loin du temps où l'orgue n'avait que quelques notes et où %on mécanisme était si rudimen-taire qu'il fallait actionner les touches à coups de poing.De nos jours, l'organiste commande à un monde de tuyaux; il peut à son gré en déchaîner toutes les voix, mélanger les timbres les plus divers: gambes, aux sons de violons; anches, aux sons de trompettes ou de hautbois: jeux ondulants comme des voix, ou riches en har-monies; flûtes, bourdons ou bombardes.Il peut aussi nuancer en enflant le son, ou en l'atténuant au moyen de la boite expressive.Mon intention n'est pas de décrire longuement la mécanique complexe de l'instrument; cela sortirait du cadre de mon étude; mais, comme je serai appelé à parler de technique et d'interprétation, il est indispensable d'indiquer sommairement de quoi est fait l'orgue, intermédiaire entre la pensée de l'artiste et sa réalisation musicale.Maintenant, comme à la Renaissance, il étend son empire au delà de l'église; déjà il est dans presque toutes nos salles de concert et.grâce à la commodité des souffle-ries électriques, dans beaucoup de salons.A l'étranger, en Angleterre, en Allemagne, en Amérique surtout, son usage est infiniment plus répandu qu'en France; le moment est donc venu d'expliquer son fonctionnenienl, aussi brièvement que possible.Chaque note du clavier actionne une soupape communiquant avec un long couloir dont le plafond est percé de trous; sur ces trous, sont placés verticalement des tuyaux destinés à parler, sous la pression de l'air comprimé.Des registres, dont il serait troj) long d'expliquer le fonctionnement, font parler les jeux ou les rendent muets.Les tuyaux, sortes de grands sifflets, sont toujours de même longueur pour une même note; les plus longs sont les plus graves: le timbre seul varie suivant leur largeur, leur épaisseur, leur forme et la manière dont ils sont harmonisés.Leur hauteur varie d'une dizaine de mètres à quelques centimètres; on les désigne par la mesure en pieds de leur note la plus grave: c'est ainsi qu'il y a des 32, des 16, des 8, des 4 et des 2 pieds.On les désigne aussi par des noms se rapportant à leur timbre ou à leur hauteur: bombardes, flûtes, prestants.montres, salicional, gambes, voix célestes, soubasses, etc.Les jeux de mutation donnent les tierces, les quintes ou toutes sortes d'accords, enrichissant d'une merveilleuse manière la sonorité de l'instrument.Les jeux d'anches: bombardes, trompettes, clairons, bassons, hautbois, cromornes, voix humaines, etc., dont la vibration est obtenue au moyen Joseph Bonnet Organiste de St-Eustache de Paris, actuellement en Amérique et professeur d'orgue à l'Ecole de Musique de Rochester.dune anche battante, ont un timbre d'un éclat admirable et d'une variété très grande.Disons encore que les orgues ont plusieurs claviers, de deux à cinq; on appelle les pins usités: grand orgue, positif, récit; les autres, bombardes et écho.Chacun de ces claviers commande une série de jeux; des pédales permettent, soit de les jouer séparément, soit de les accoupler par deux, par trois, etc.soit de les réunir tous sur le grand orgue; d'autres pédales appellent les octaves gra\es ou aiguës des notes qu'on joue La pédale d'expression actionne d'immenses jalousies dont les lattes s'ouvrent ou se ferment, laissant ainsi le son s échapper plus ou moins.Ajoutez à cela qu'on a sous les pieds un clavier de trente notes ayant ses jeux propres, et aussi, grâce à d'autres pédales appelés tirasses, les jeux de n'importe quel clavier.Dans les orgues très modernes, l'appel des jeux se fait par l'air: un Simple effleurement du doigt suffit; plus n'est besoin de tirer et de pousser péniblement les registres; il y a aussi moyen de préparer d'avance plusieurs registrations et de les appeler intantaïu-ment au moyen d'un bouton.D'autres sont immuables, harmonieusement graduées ; enfin, une pédale de crescendo, placée à côté de l'expression, permet d'appeler ou de supprimer progressivement tous les jeux et tous les accouplements.Il y a encore des raffinements qui permettent d'effectuer ces commandes soit au pied, soit à la main.Aucune de ces innovations n'est inutile; je dirai même, combien elles sont indispensables, combien il est impossible que l'organiste ne soit pas absolument seul à son banc, seul responsable de son interprétation.La Musique, l'art idéal par excellence, est la véritable communion psychique.Rien mieux qu'elle ne peut exprimer de façon aussi intense les sentiments de joie, de douleur, de noblesse, d'amour.C'est avec son coeur et toute son àme que l'artiste devra s'approcher des chefs-d'oeuvre et sa technique devra être si grande qu'il la fasse complètement oublier, afin non de satisfaire chez ses auditeurs une vaine et insensible curiosité, mais d'unir leurs coeurs au sien, d'être avec eux l'Etre qui pleure, qui aime, qui espère.Seule, la technique ne serait rien, une mlgalre acrobatie] elle "'a rais.l'être que mise an service «le l'oeuvre d'art el «le l'émotion. .LA LYRE.Mars 1923 Ce titre nous est suscité par un article de Henry Graves, Mus.Bac.4 R.A.M., dans le "Family Herald and Weekly Star" du 10 janvier 1923 et qui se lit comme suit: Combien de fois avons-nous entendu quelqu'un dire, "En fait de musique, je ne connais pas grand'cbose, mais je connais ce que j'aime." N'aurait-il pas été plus au point pour ce quelqu'un de dire, "J'aime la musique que je connais, — car, c'est là exactement ce qu'il voulait dire, écrit Horace Johnson dans "Etude" (dept de "Recorded Music").La musique qui lui est familière, qu'il a entendue tellement souvent qu'il peut en siffler l'air, la musique qui lui raconte une histoire au fur et à mesure qu'elle est jouée, qui lui dépeint un tableau, ou lui rappelle d'agréables souvenirs, — voilà la musique qu'il aime.Et il l'aime pour les raisons énoncées.Si cette personne avait appris à apprécier la musique, lorsque comparativement jeune, "toute musique" eût été ce qu'elle aime, parce qu'elle connaîtrait toute la musique.Elle aurait été mise à même d'entendre une symphonie, dans son entier, comme unité, et non comme un certain nombre de personnes essayant de jouer plus fort les unes que les autres.Il entendrait le thème mis en musique, par le compositeur et pourrait distinguer, par le son, chacun des instruments de l'orchestre.Tandis que, pauvre ignorante, la musique est pour elle une série de sons incohérents, et tout ce nouveau "galimatias", comme elle l'appelle, n'arrive même pas à lui faire vibrer le tympan, à moins que les fortes répercussions du rythme ne lui fasse battre la mesure, d'un pied profane.Nous, de la génération avancée, devons supporter de notre mieux notre fardeau d'une éducation musicale ébauchée à peine, et ajouter, de bric à brac, à notre léger bagage de connaissances et à notre pouvoir de jouissances.Mais les enfants de notre ère sont dans une position à gagner toute la jouissance et le bonheur résultant d'une appréciation intelligente de la musique.Dans plusieurs de nos grandes villes l'on donne, chaque saison, des concerts de symphonie qui sont spécialement adaptés aux enfants.De plus, pratiquement, toute communauté possède une unité musicale quelconque organisée ¦— un choeur, un orchestre ou une fanfare; et, avec un entraînement vocal élémentaire, les instrumentistes d'orchestre ou de fanfare, bien que des adolescents, peuvent acquérir une connaissance qui stimulera chez eux l'expression et l'appréciation musicales.Puis, pour chacun, il y a les petits pamphlets intéressants et utiles d'instruction, que publient les départements édu-cationnels de plusieurs compagnies de phonographes et qui sont d'une valeur inouïe, pour aider les parents et les maîtres à aider eux aussi les enfants de tous âges à acquérir de l'appréciation pour la musique.Dans un article précédent, nous avons eu l'occasion de mentionner, d'une manière générale, la création de disques destinés à stimuler la réponse physique de sautiller et de danser sur de simples airs, réponse qui doit venir de chaque enfant, afin d'établir la fondation d'une appréciation intelligente, et, ce que nous disons ici, peut être considéré comme un nouveau pas vers l'éveil de la connaissance du sentiment que fait éprouver le rythme; qu'il nous soit permis de répéter ici que sans cette connaissance du rythme un enfant n'obtiendra jamais toute la valeur du temps dépensé à l'entraînement de l'oreille, pour qu'il aime la meilleure musique.Les orgues Casavant sont célèbres.Au-delà de 1,000 instruments ont été construits par cette maison et sont installés au Canada, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud.Cette maison est actuellement à travailler sur un orgue assez important pour la ville de Paris, France.Casauant ffrms limitée SAINT-HYACINTHE Stimuler l'imagination.—Le pas suivant est de stimuler l'imagination pour l'histoire ou le tableau qu'exprime la musique.Ce but peut être le mieux atteint par suggestions, suggestions qui se lient à ce qui intéresse les enfants, et à leur expérience.Par exemple, pour une sélection telle que celle de Saint-Saëns, "Le Cygne", le titre seul est assez suggestif pour stimuler l'imagination d'un enfant.Quand ce disque a été joué, les enfants brûlent du désir de vous narrer l'histoire reproduite par la musique.Il n'est pas nécessaire de lui dire que le Cygne nage autour du lac; qu'il se plonge la tête sous l'eau, à la recherche de nourriture, à tel endroit de la musique; ou qu'il plisse et fait ses plumes, à tel autre endroit.La musique ne le dit pas, c'est votre propre imagination qui travaille.Tout ce que dit la musique, c'est qu'un Cygne nage sur l'eau, et un enfant peut voir et entendre cela lui-même.Sa propre imagination lui donne .un tableau de la scène, et vous avez tort de lui faire un tableau détaillé de ce que vous voyez.Comme vous le savez, les enfants croiront tout ce que vous leur direz, et vous n'avez le droit d'influencer leur imagination que pour les placer sur le droit chemin.Une autre méthode de stimuler par suggestion est de montrer à l'enfant un tableau coordonné avec l'expression de la musique.Pour le disque reproduisant une berceuse, le portrait d'une mère ayant un enfant dans ses bras créera une belle impression sur l'esprit de l'enfant et lui fera sentir le rythme ber-ceur et la douce tendresse exprimés par la musique.La forte majorité de ces disques d'expression simplifiée de compositions bien connues sont faits par un solo d'instrument jouant l'air de la sélection, avec accompagnement de soit un petit orchestre, soit d'un ou deux autres instruments tels qu'une harpe ou un violoncelle.Bien souvent on se sert du violon comme instrument solo, et les enfants apprennent vite à en connaître le son, par auditions répétées, et ils peuvent le nommer lorsqu'il est le principal instrument du disque.Le violon est, sans aucun doute, l'instrument le plus important de l'orchestre, et il est celui que tout le monde peut reconnaître immédiatement en le voyant ou en l'entendant.Mais il ne devrait pas être le seul représentatif orchestral avec lequel nous soyons familiers; et c'est pourquoi les départements édu-cationnels des compagnies de phonographes ont fait un grand effort pour enregistrer les nombreux autres membres importants de l'orchestre, soit comme interprètes solistes de reproductions, soit en union avec ou deux autres instruments.En agissant ainsi, ils ont donné aux enfants l'opportunité de se familiariser avec le son et la nuance du timbre, par exemple, des instruments à vent.Ces instruments, après les premiers violons, les seconds violons, les violes et les violoncelles, forment la section la plus importante d'un orchestre.Nuance orchestrale.—Comme illustration d'un telle impression recordëe, il existe.un disque éducateur de "Mendelssohn" (Spring Song) "Chanson du Printemps", dans lequel la flûte joue le rôle proéminent.Cet instrument à vent en est un qui est une élaboration et 'un développement pratique du sifflet bien primitif de saule, que nous avons tous creusé, un jour dans notre vie, et qui donne un son froid et clair.Dans ce disque particulier, la flûte joue l'air de la composition suivie par le violoncelle qui rend le même thème.Cette exécution place exactement en contraste le timbre d'un instrument à cordes avec celui d'un instrument à vent.La sélection est alors répétée une troisième fois par les deux instruments jouant à l'unisson, mettant ainsi l'auditeur à même d'entendre comment le timbre d'un instrument se mêle à la nuance du ton de l'autre.Le genre du disque ci-dessus est .un excellent record pour enseigner à l'enfant à distinguer entre les sons d'un instrument à vent et d'un instrument à cordes.Après cette introduction à chacun des membres d'un orchestre-, il n'y a plus qu'un petit pas à prendre pour enseigner aux enfants que tous les joueurs d'instruments à cordes forment ensemble une grande famille; que le violon, la viole, le violoncelle et le contre-basse — ce gigantesque violoncelle, joué par un musicien se tenant debout, — sont les sopranos, les altos, les ténors et les membres de basse des sections à cordes d'un orchestre.Et il est très logique de leur expliquer que le piccolo, — qui n'est qu'une toute petite flûte, — la flûte, la clarinette et le basson formant les quatre parties de la section d'instruments à vent.De la même manière, la section de cuivre de l'orchestre est comparable aux quatre parties d'un choeur; en effet, les cornets jouent les mélodies de soprano, le hautbois joue souvent les airs d'alto, le trombene interprète la partie de ténor, et le trombone-basse suit les airs les plus bas.Ainsi, l'orchestre forme réellement un village de trois familles, toutes trois habitant et travaillant amicalement ensemble, chaque homme s'appliquant à son métier et travaillant pour lui-même et sa famille.Il y a bien des recueils de disques qui dépeignent exactement la tonalité de tous ces instruments et qui sont précieux pour aider l'enfant à se familiariser avec les sons des différents membres des familles composant un orchestre.A l'aide de ces recueils, il peut apprendre à entendre l'orchestre comme unité, être à même de désigner les instruments à leurs sons, et.en même temps, posséder l'habileté et le pouvoir de comprendre les histoires que les compositeurs et le monde ont tissées dans les différents patrons de musique qu'ils ont dessinés ! \ Quiconque cordait la musique l'aime DISQUES EDUCATEURS .LA LYRE, .Mars 1923 BELPHEGOR ou LE REGNE DES FEMMES Je lisais, ces jours derniers, le très beau roman de Julien Benda Les Amorandes où tant de vigueur, d'esprit et de finesse d'analyse s'allie à une chaleur d'accent et à une puissance d'émotion peu communes.(Je recommande aux musiciens les premières pages du livre et le délicieux commentaire .qu'on y trouve de la Phidylé de Duparc.) Mis en goût, je repris dans ma bibliothèque un autre ouvrage du même auteur, ce Bel-phégor, essai sur l'esthétique de la présente société française, qui donna lieu naguère à d'assez ardentes polémiques sur des questions d'ordre purement littéraire, mais qui renferme aussi tant de suggestives indications sur la musique et sur le plaisir musical dont on n'a point fait jusqu'ici suffisamment état.Ce Belphégor est une violente diatribe contre la littérature et l'art contemporains ou plutôt contre l'état d'esprit de la plupart de nos artistes et littérateurs et du public qui les applaudit.Julien Benda est un classique et, plus particulièrement, un intellectualiste.Il déteste dans le romantisme son goût pour l'irrationnel, pour la passion toute pure.Il est le grand adversaire de Bergson et de sa philosophie "pathétique".Il ne conçoit point d'art où l'intelligence n'ait sa part, la part prédominante.Ce qu'il reproche véhémentement aux Français d'aujourd'hui c'est d'avoir oublié la grande tradition des XVIIe et XVIIIe siècles, de ces deux siècles de la "raison"."La présente société française demande aux oeuvres d'art qu'elles lui fassent éprouver des émotions et des sensations ; elle entend ne plus connaître par elles aucune espèce de plaisir intellectuel." Si l'intelligence et la raison sont vraiment le privilège de l'homme, nous vivons dans une période d'art êmasculé.C'est le règne de la femme et du pur sentiment.Il fut un temps où la femme croyait s'élever en se rapprochant de l'homme, en " lui empruntant quelques-unes de ses essentielles qualités.Ce fut le cas d'une Mme de Sé-vigné, d'une Mme de la Fayette.Mais, à présent, l'homme, — l'homme artiste, — pense devoir se féminiser pour plaire à un public où l'élément masculin devient de plus en plus l'infime minorité.On n'écrit plus, on ne peint plus, on ne compose plus qme pour les femmes.(Ce n'est point le cas tout de même d'un Vincent d'Indy, d'un Othon Frlesz ou d'un Benda.) Cette répulsion de nos contemporains pour l'intellectuel, le net, le clair, l'ordonné, le consistant, cette prédilection qu'ils manifes-tent pour l'indistinct, le confus, le trouble, le pur sensible ont pour, effet "la valeur quasi suprême qu'ils confèrent entre tous les arts à la musique" en tant précisément qu'ils y saluent "l'art sans formes", la "pure fluidité", l'art "enfin libéré des catégories de l'espace".On va plus loin.On prétend "musicaliser" tous les arts.Et à cet état d'esprit de nos gens, Julien Benda oppose celui du grand Arnaud, qui déplorait que "le poison des chansons de Lully se répandît dans toute la France", celui de Mme de Motteville "qui dénonçait le goût du roi Louis XIII pour la musique comme un signe de sa nature maladive", celui de Saint-Simon "qui inscrit, parmi les Les femmes peuvent aimer la musique mais ce sont les hommes qui la composent.Si cet art était essentiellement féminin, les femmes n'y excelleraient-elles point à l'exclusion des hommes?tares natives du duc de Bourgogne, son penchant pour la musique".Poussant plus avant son analyse, Julien Benda distingue deux sortes de sensibilité: "L'une," — dont la vue et le toucher sont les principaux modes, — qui, s'agrégeant autour de l'idée de forme, tire de cette origine un caractère spécial de netteté, de fermeté; appelons-la sensibilité platiscienne ; l'autre — l'ouïè, l'odorat, le goût — qui, exempte d'une telle armature, consiste au contraire dans une sensation sans contour, infiniment plus troublante : appelons-la la sensibilité musicale.La première, sans doute parce qu'elle ébranle des nerfs plus évolués, c'est-à-dire plus spécialisés, semble une sensibilité plus localisée, n'affectant qu'un coin déterminé de la conscience; la seconde semble un envahissement de l'être total.La première est une sensibilité centralisée, rassemblée; elle est une source de tenue; la seconde consiste précisément en une sorte de décentralisation de la conscience, en une sensation diffuse et épandue, source éminente d'ivresse et de vertige." Et c'est ce qu'il y a d'inintelligible, d'ina-nalysable, d'élémentaire et de presque organique clans le plaisir musical que nous aimons aujourd'hui par-dessus tout.A la musique nous demandons le même genre de satisfaction que nous prenons à savourer des mets délicats où à respirer des parfums troublants.Je ne sais pas si je fais bien comprendre l'attitude de Julien Benda.Pour intellectualiste qu'il soit, il ne nie point, — ce serait folie, — le rôle légitime de la sensibilité dans la création esthétique.Il n'y a qu'à lire ses livres, ses romans pour se rendre compte à quel point il est lui-même sensible et de quelle expérience des passions humaines il nourrit son art.Mais ce qui lui déplaît souverainement c'est que l'art se prive du secours de l'intelligence; qu'il se refuse à connaître, à définir, à ordonner, qu'il méprise les idées claires et la méthode."Le plus significatif, dit-il, dans leur désir d'éprouver de l'émoi et uniquement de l'émoi par la peinture de l'âme humaine, c'est leur volonté que l'artiste "s'installe dans l'intérieur" du sentiment qu'il traite, qu'il en "épouse le principe d'activité interne", qu'il "devienne" ce sentiment, qu'il le "vive"; et non pas qu'il le vive afin d'ensuite le mieux comprendre, mais qu'il le vive et s'en tienne là, en dehors précisément de toute intervention de cette maudite intelligence qui "arrête le mouvement de la vie".Leur dogme, c'est qu'en ordonnant son émotion on la perd.Comme si tout le problème artistique n'était pas précisément de l'ordonner sans la perdre ! " Et la musique serait le domaine où la pure émotion pourrait se traduire le plus immédiatement, le plus directement, sans l'intervention de l'intelligence analysante et ordonnatrice.Julien Benda, il est vrai, avoue que certains musiciens ont su mettre de l'intelligence dans, leur art et, par la recherche des symétries, de l'équilibre, des heureuses proportions dans un développement conduit, hausser la musique à la dignité d'un art presque plastique.Ceux-là furent de vrais artistes et, parmi eux, il cite de préférence J.-S.Bach, Richard Wagner et Claude Debussy.Mais s'il y a, parmi les musiciens, de véritables plasticiens, la musique n'en est pas moins par essence, selon Julien Benda, l'opposé d'un art plastique.On ne peut que corriger en elle plus ou moins ce défaut qui est dans sa nature.La sensation sonore n'est point naturellement ordonnée dans l'espace, comme la sensation visuelle.Hors de l'espace, point de forme nettement sai-sissable, point de contour fermement arrêté.Toujours du vague, de l'indécis, du flou, du confus et du trouble.La musique, essentiellement féminine, est à peine un art.Ce n'est guère qu'un cri passionné.La musique n'est-elle pas, en tout ceci, un peu Calomniée, c'est ce que nous voudrions maintenant examiner.Julien Benda rapproche la sensation sonore des.sensations gustative et olfative qui ont un caractère purement affectif.Il n'a point tout à fait tort et l'analogie n'est pas absolument niable.Mais il faut voir aussi les différences, les profondes différences.Constatons tout d'abord ce fait, ce fait incontestable, quoi qu'on en ait dit: il n'y a pas de musique des parfums, de musique des saveurs.Il y a une musique des sons.Pour quoi ?C'est que les parfums et les saveurs échappent presque entièrement à l'analyse intellectuelle.Il nous est impossible, dans un ensemble d'odeurs et de saveurs, de démêler clairement les éléments et les rapports qui les unissent, en même temps que nous percevons leur synthèse.Le tout seul est senti.Les parties qui le composent se fondent en un amalgame confus au sein duquel nous ne distinguons plus les composants.L'ordonnance du système nous échappe.Elle reste impénétrable à notre entendement.Et s'il s'y a d'art que là où nous pouvons déterminer des rapports, des proportions, construire des ensembles ordonnés, d'un ordre évident pour l'intelligence, il en résulte que les sensations d'odeur ou de saveur ne peuvent donner lieu à aucun art.Mais il en est pas de même pour la sensation sonore.La composition n'en demeure point irrëmiédiablement indistincte.D'un agrégat de sons, il nous est possible de percevoir à la fois l'ensemble et les éléments, et même, — et surtout, — de saisir les rapports qui unissent les éléments de façon à forrner l'ensemble.Ainsi lorsque j'entends les sons ut, mi, sol, en même temps que j'en perçois l'accord, je distingue nettement chacune des notes qui le constituent, et si cet accord m'apparaît précisément comme tel, c'est que je juge des relations exactes qui s'établissent entre ses éléments et qui ne sont point celles qui caractérisent tel autre accord.J'ai là une sensation ana- lysable et analysée.L'intelligence qui analyse, qui ordonne, qui définit les rapports est à la base de ma perception sonore et lui permet ainsi de devenir esthétique.iCe qui est vrai d'une harmonie, d'un accord, l'est également d'une mélodie dont je ne percevrais pas l'unité si je ne la construisais à l'aide d'éléments en proportions définies, — et l'est encore et à plus forte raison d'un ensemble polyphonique.Ainsi nous ne dirons pas qu'il y a des musiciens qui ajoutent à la musique la plastique.Et nous entendrons par là que la musique est, par nature et dans tous les sens du mot, mesure, qu'ellen'est jamais pu-je émotion, pure sensation, mais qu'elle est toujours, et jusque dans ses ultimes éléments, ordre, proportion, c'est-à-dire application de l'intelligence à la matière sensible.Si l'on veut que la musique soit essentiellement masculine et la sensibilité féminine, il y a donc quelque chose de masculin dans la musique.Elle n'est point qu'abandon au sentir.Elle est règle, discipline, elle est volonté, ordre et maîtrise de soi.On pourrait même pousser plus loin et soutenir que c'est dans la musique et non dans les arts dits plastiques que l'intelligence analysante et ordonnatrice à la plus grande part.Et voilà qui irait diamétralement à l'opposé de la thèse de Julien Benda.D'abord, quand ces arts dits plastiques emploient (comme c'est le cas pour la peinture) la couleur, voyez ce qui arirve.Il y a là un élément sensible dont nous jugeons bien moins que du son.Les rapports entre les couleurs diverses, les harmonies qu'elles forment sont beaucoup plus obscurs à notre intelligence que les relations entre les sons.Il n'y a point une théorie sur les accords de couleurs qui approche en netteté, en précision, en caractère vraiment scientifique de la théorie sur les accords de sons.La science de l'harmonie musicale n'a point d'analogue dans le domaine de la peinture.Le musicien comprend, à ce point de vue, infiniment mieux ce qu'il fait que le peintre.Mais, dira-t-on, les arts plastiques n'ont-ils point cette supériorité d'utiliser les formes dans l'espace ?N'est-ce point là le fondement de leur particulière consistance, de leur solidité ?N'est-ce point ce qui donne en eux tant de prise à la connaissance, à la perception vraiment intellectuelle f Nous répondrons qu'il n'y a pas que les formes dans l'espace et que l'on peut construire dans la durée tout aussi solidement que dans l'étendue.Le thème de la Forge dans Siegfried est aussi net, aussi arrêté de forme, aussi solide qu'une cathédrale ou une forteresse, qu'am dessin d'Ingres ou un paysage de Poussin.Même nous remarquerons que les formes des objets extérieurs qu'imitent particulièrement le sculpteur, le dessinateur ou le peintre s'imposent à nous du dehors sans que notre intelligence pénètre toujours suffisamment les raisons profondes de leur harmonie.Ce sont des formes senties plutôt que des formes comprises, précisément parce qu'elles sont imitées et non créées par l'artiste.La proportion n'en est point calculée, voulue.Elle est subie, sans être le plus souvent analysée.Au contraire, les formes que le musicien considère dans cet espace sonore qu'est la durée, c'est lui-même qui les invente et il les fait à la mesure exacte de ses exigences.Elles ne s'imposent pas à lui du dehors.Elles obéissent strictement aux lois de sa volonté ordonnatrice, de sa raison gouvernante.Par la musique, l'intelligence se crée précisément un objet parfaitement intelligible, aussi intelligible du moins que peut être ce qui n'est pas pure abstraction, ce qui conserve une base dans le- domaine sensible.Et la merveille, c'est que l'élément sen- sible mis en oeuvre par l'art musical soit justement, en même temps que celui qui par ses attaches avec notre vie organique peut nous émouvoir, nous troubler dans notre intimité la plus secrète, celui aussi qui se prête le mieux à l'application des lois de notre raison, à la manifestation concrète de nos besoins intellectuels et qui le mieux rend perceptibles la mesure, l'harmonie et l'ordre.Si la musique est femme, c'est sous la loi de l'homme qu'elle naît et se développe, et tout ce qu'elle exprime de la véhémence, de la fragilité, de l'incohérence, de la contradiction des passions féminines, elle le traduit dans un langage asservi aux règles les plus étroitement contraignantes, dans les formes les plus délibérément calculées, dans les cadres les plus nettement, les plus clairement, les plus rationnellement dessinés.Les femmes peuvent aimer la musique, mais ce sont les hommes qui la composent.Si cet art était essentiellement féminin, les femmes n'y excelleraient-elles point à l'exclusion des hommes ?Si, en écoutant un prélude de Debussy ou un lied de Fauré, les femmes n'y goûtent qu'un plaisir analogue à celui de savourer une délicate pâtisserie ou de s'enivrer d'un parfum captivant, c'est qu'elles n'y comprennent rien, c'est qu'elles en subissent le charme purement sensible, sans en éprouver ce qui s'appelle vraiment la beauté.Alors nous nous insurgerons, nous aussi, contre le "règne des femmes" qui pourrait, s'il imposait réellement, gâter nos compositeurs et ,leur faire perdre de vue le but principal de leur art.Mais nous ne conviendrons point que les vertus propres de l'homme ne puissent se manifester dans la musique autant que dans la littérature ou dans la peinture, et que, par essence et par destination naturelle, l'art des sons comporte moins de dignité, moins de noblesse, moins de raison et, pour tout dire, un caractère moins "mâle" que les autres.Paul LANDORMT."Le Courrier Musical".L'Instrumentation (1) (Suite) Instruments à cordes mis en vibration par l'archet: le violon, l'alto, le violoncelle, ia contrebasse, la viole d'amour.Ces organes sonores sont l'âme de la musique instrumentale.Timbre pénétrant et riche; sonorité capable de se plier à toutes les nuances d'intensité; mécanisme simple et admirable qui leur donne en même temps une rapidité d'articulation inaccessible à tout autre genre d'instruments et une tenue de son de durée illimitée; telles sont les qualités qui assignent aux instruments à archet une primauté incontesté, tant dans l'orchestre de symphonie que dans l'ensemble des voix et des instruments.Aussi le jeune musicien qui veut s'initier à la technique de l'instrumentation est-il tenu d'étudier avec soin leurs propriétés et leurs ressources par rapport à l'exécution collective.VIOLON C'est le plus aigu des instruments à archet, le soprano de l'antique famille des viole's porté au plus haut degré de perfection.Les quatre cordes du violon sont accordées à la quinte l'une de l'autre.Touchées à vide, c'est-à-dire sans le contact de la main gauche, elles font entendre les sons que voici: i'-' OortU.je Corlc 3"*- t°r!U Ifî conte o On voit que les cordes se comptent de l'aigu au grave.Il en a été ainsi depuis la (11 Voir les numéros de novembre, décembre et février.plus: haïute antiquité pour tous les instruments à cordes pourvus ou non d'un manche.A l'exception du pouce, les doigts de la main gauche servent à produire, par leur pression, sur les cordes, les nombreux sons qu'embrasse l'étendue du violon.Lorsqu'on indique le doigté des instruments à archet, l'index est compté comme premier doigt, le médius est le 2e, l'annulaire le 3e et le petit doigt le 4e.Une corde à vide se marque par O.L'écartement normal entre un doigt et le suivant correspond sur le violon à un degré de l'échelle diatonique, ton ou demi-ton.A la première position, l'index se pose sur le degré immédiatement à l'aigu de la corde à vide ce qui nous donnera l'échelle depuis le sol 2 grave jusqu'à si 4 aigu.Pour produire des sons plus aigus que si 4, le violoniste doit démancher, c'est-à-dire déplacer la main gauche, et la rapprocher du chevalet.En la faisant successivement avancer d'un degré, l'exécutant passe de la première position à la 2e à la 3e, et ainsi de suite jusqu'à la 7e position, dont la note la plus aiguë, la 5, forme aujourd'hui la limite normale du violon à l'orchestre.Il y a toujours une certaine difficulté à passer d'une position à une autre dans les traits rapides.La difficulté est plus considérable pour descendre que pour monter: elle est réduite au minimum lorsque la descente se fait par une progression dont le modèle mélodique n'embrasse pas une distance plus grande que la quarte.En général il faut éviter plusieurs sauts successifs, à moins qu'on ne tombe sur une corde à vide, ce qui est le moyeu le plus facile pour changer de position.On vient de "voir que le doigté du violon a pour base l'échelle diatonique.Pour exécuter sur cet instrument une gamme chromatique on est forcé de poser le même doigt sur deux degrés successifs de l'échelle, sauf aux endroits où l'échelle diatonique procède par demi-ton.Les passages rapides mêlés d'intervalles chromatiques ne sont jamais d'une exécution facile à l'orchestre.Pour faire bon effet dans l'ensemble orchestral, les gammes chromatiques vives doivent ne pas contenir des sons très aigus et se jouer détachées.Le violon, n'étant pas un instrument tempéré, fait entendre la différence entre les sons bémolisës et les sons diésés qui occupent les mêmes touches sur les instruments à clavier.Dans les passages chromatiques d'un mouvement modéré, et où chacune des notes a sa valeur harmonique bien définie, il est donc nécessaire d'écrire les sons correctement, par rapport à la tonalité employée, sans éviter les doubles dièses, et les doubles bémols.Mais lorsque les degrés de la gamme chromatique ne sont que des notes de passage, on choisira l'orthographe la plus simple, pourvu qu'elle soit compatible avec la tonalité.Le violon, de même que l'alto et le violoncelle, peut faire résonner à la fois deux, trois, voire quatre cordes, de manière à produire des accords ou des fragments d'accords.C'est là un procédé souvent usité à l'orchestre depuisi Haydn, qui paraît l'y avoir introduit vers 1760.Pour être facilement exécutables et produire un effet satisfaisant, les accords en double, triple et quadruple corde ne doivent pas contenir les dissonnances chromatiques dont la liaison harmonique est peu saisissable au sentiment spontané, telles que les tierces et sixtes diminuées et augmentées.Les accords sonneront d'autant mieux qu'ils contiendront plus de cordes à vide.Henri MIRO.(à suivre) s LA LYRE Murs 1 !>'_»:( Sous cette rubrique, noun donnons toun 1rs mol».A ttlrt- de i • .m< i.' une llalo ilf» nouveautés musicales populaires.I-e genre est Indiqué, tel que: Fox Trol, Valse.One-Step.etc.Cette musique étant très recherchée pour la danse et l'orchestre, noua espérons combler une lacune en consacrant un espace de notre revue, ft ce domaine.IIS I'M S (JltANDS St HIS III .101 K "To-Morrow" (fox troll."Carolina in the Morning" (fox trot)."Who'll Take My Place" (fox trot)."Georgette" (fox trot)."Lest You Forget" (fox trot, succès il Montréal)."Gee But I Hate lo go Home Alone" (fox trot)."Thru the Night" (valse), "Why Should I Cry over You" (valse)."Sneak" (fox trot), "Three O'clock in the Morning" (valse)."Hot Lips" (fox (rot'."Mr.Gallagher & Mr.Shean" (fox trot).Nl'SIQI'K I'OITEAIKE KKANI.AI.SE l.i' Moulin do Siizotle.Chansonnette-Marche, populaire de René Mercier, auteur de "Paris".Verdun on ne passe pas" et une multitude de succès internationaux."Le Moulin de Suzette" est très entraînant comme musique.Cette chansonnette a déjà été enregistré sur les disques Starr Gennett et tout présage un succès retentissant au Canada.MUSIQUE CLASSIQUE FRANÇAISE Editions Etoile A Seliaeffor PAUL FIEVET Feuillet il* Vllnini I Piano» difficile, l'ii 1 ml,- pour Piano, difficile.Quatre mélodies sur des poèmes de Marcel Charpeaux pour voix graves (musique moderneI.1ère série: No 1 Brouillard.No - Caprice; No :: Iprès la l'Iule; No I Uragea, CIRO URBINI Eatist au Salibal, op.fil.Ouverture dramatique pour orchestre symphonlque, petit orchestre et quintette.Nuit de l'onipci, op.(>(>, Ouverture dramatique pour orchestre.Editions Durand £ lie ETIENNE MILLOT Je me mets en votre merci.Ténor ou Soprano.HENRI BUSSES l.a Salutation V uu'elique, avec accompagnement d'orgue ou dp piano.2 tons.LOUIS Vl'ILLE.MIN in Vvc Maria et un tl Salularis pour so- prano ou ténor avec accompagnement d'orgue ou de piano.Le style moderne de Vulllcmin donne un cachet tout particulier à ces chants sacrés.Rondel Bar une Jonensc
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