La lyre, 1 janvier 1929, no 65
MUSIQUE Je tiens TOUT ce que je promets ___ "Dans un petit village", extrait de "L'Intendant Bigot".ROg "Benedicat Vobis", motet à 3 voix mixtes de Duparc."Chanson de Marie-Antoinette", délicieuse mélodie."La Lettre", le succès mondial d'Yvonne Printemps."Les Illusions", mélodie de Broussan."Prière" de Bossuet, la plus jolie inspiration religieuse."Si ton cœur était une rose", jolie Muette de Pesse.DETAIL "Tobie", oratorio de Gounod.40 Vieilles chansons à 2 et plusieurs voix arr.par Radoux.Principes rationnels de la Technique pianistique, par Alfred Cortot.$2.75 $0.25 .55 .50 .75 .50 .40 .50 2.25 2.45 GROS et DETAIL Pour être au courant de la nouveauté, il faut s'abonner à notre Journal mensuel de Brodeme et MUSIQUE .Par an: 25 cts Toujours en mains tous les morceaux annoncés dans "La Lyre" R/VOUL VENNàT -Assortiment — Compétence — Courtoisie — Prix raisonnables 3770-3772 RUE SAINT-DENIS (anciens 642) Tél.Harbour 6515-6310 MONTREAL Service- Pour être au courant de ce qui est nouveau et joli en BRODERIE ET MUSIQUE Abonnez-vous au journal mensuel bilingue le plus intéressant qui paraisse.par an 25cts Nous envoyons un numéro spécimen, si désiré, sur réception de 5 cents.Raoul Vennat 3770-3772 rue SAINT-DENIS (ancien 642) Montréal Tél.HArbour 5310-6515 TÉL.LANCASTER 1907 IMPRIMEUR 987, BLVD.ST-LAURENT MONTREAL LA PREMIERE MAISON D'EDITION AMERICAINE Pour la diversité et l'excellence l'EDITION WOOD est suprême.edition Wood Employée exclusivement par un grand nombre de professeurs eminent*.AU DELA DE 1,000 VOLUMES DE CLASSIQUES, D'ETUDES ET DE RECREATIONS Choisis pour l'enseignement musical par les plus importantes maisons d'éducation de l'univers.En plus des œuvres classiques les volumes ci-dessous indiqués sont toujours en demande.METHODE DE PIANO SARTORIO En quatre vo!um*8 Chacun $1.00 Pièces arrangées de façon systématique et progressive, désignées pour poser des bases Bolides aux études musicales.LES ETUDES PROGRESSIVES DE LA COMPAGNIE WOOD Cinq Volumes Chacun .75 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consé-o.uence l'envoi est continué après expiration de la période payée, à moins d'avis contraire.CHANGEMENTS D'ADRESSE Tout avis de changement d'adresse doit nous parvenir avant le 15 du mois, accompagné de l'ancienne adresse.6e année No 65 Montréal, avril 1929 A UX MUSICIENS Nous continuons notre appel aux musiciens du Canada et de la Nouvelle-Angleterre afin qu'ils nous adressent les nouvelles musicales de leur région.Ce mois-ci, nos lecteurs liront certainement avec plaisir les communications reçues des Etats-Unis où ont triomphé Mlle Fabiola Poirier, M.Arthur Lapierre et cet excellent animateur M.Chambord Giguère, de Providence.Si cette coutume pouvait s'établir, nos lecteurs auraient double intérêt en ouvrant La Lyre.Us auraient souvent l'occasion de constater le succès d'artistes au début desquels ils ont assistés, en même temps qu'ils trouveraient les nouvelles musicales du monde entier.Amis musiciens, aidez-nous à faire de La Lyre le journal musical de langue française de l'Amérique du Nord le mieux informé et le plus intéressant.Aidez-nous aussi à le répandre en nous trouvant des abonnés.Vous avez une bonne commission et aussi un argument facile pour enlever l'affaire.Dans chaque numéro, il paraît de la musique très intéressante.Il est impossible de trouver l'équivalent pour moins de UN dollar.Or, l'abonnement est d'un peu plus de 20 cents, et le numéro seul coûte 25 cents.Qui peut refuser de faire une bonne affaire ?L'ALBUM MUSICAL DE "LA LYRE" Notre Album musical du numéro d'avril est exclusivement composé de pièces d'auteurs canadiens à l'exception de "Valse favorite" de Mozart, composition classique qui sera appréciée de tous les amateurs de bonne musique."J'avais mis mon cœur", romance, est une exquise mélodie de notre compatriote Alex.Laurendeau, ci-devant 1er hautboïste de l'Orchestre Philharmonique de New-York.La Lyre s'estime vraiment heureuse de compter M.Alex.Laurendeau parmi ses collaborateurs."Punchinello", pour piano, de M.Jules Devaux, ïe célèbre compositeur franco-américain, est un morceau très caractéristique et brillant qui devrait être sur tous les pianos.La maison B.F.Wood de Boston a publié un grand nombre de compositions de M.Devaux qui sont très appréciées aux Etats-Unis."La Valse des nouveaux-mariés", pour piano aussi, est écrite dans le genre populaire et facile; M.J.A.Forest a eu une idée splendide d'avoir composé cette valse qui fera le tour de notre province."Scarabée", intermède pour piano, est dû au talent du regretté Gustave Labelle, professeur de violoncelle.La Lyre publiera dans un avenir prochain plusieurs compositions que M.Labelle a confiées à M.Henri Miro.La première sera "Je vous salue, Marie", pour mezzo-soprano ou baryton, avec accompagnement d'orgue, et paraîtra dans La Lyre du mois de mai.Les numéros subséquents contiendront, en plus des chansons du folklore canadien avec des harmonisations nouvelles, des morceaux de violon, violoncelle, piano à deux et à quatre mains; romances, airs d'opérette et opéra, chansons comiques; gigues, reels et quadrilles de chez-nous pour piano et violon.La musique religieuse ne sera pas négligée: la direction possède plusieurs manuscrits pour orgue et chant d"église.LA DIRECTION.LE CONCERT DE LA SOCIETE CANADIENNE D'OPERETTE Le 2 courant a evi lieu, au Monument National, le concert de la Société Canadienne d'opérette, avec le concours de la chorale des Aveugles de Nazareth.On a admiré, comme à l'ordinaire, les qualités de précision et de nuances qui rendent ce chœur très îemarquable, surtcut lorsqu'on pense aux difficultés à vaincre pour obtenir cette maîtrise.Leur programme comprenait des œuvres de A.Chapuis, Saint-Saëns, Florent Schmitt.et quatre chansons canadiennes harmonisées par M.Achille Fortier.D.M., et qui ont fait sur le public la meilleure impression.Mlle Gertrude Doyon et M.Paul Doyen prêtaient leur concours comme solistes.Ces artistes, bien connus du public, ont su faire apprécier, encore cette fois, leurs qualités de solide technique et oe juste sensibilité."TA BOUCHE" AU HIS MAJESTY'S M.Gauvin nous fait l'agréable surprise de ramener pour quelques jours l'excellente troupe de Comédie Musicale déjà, applaudie au Princess.Nous aurons donc le plaisir d'entendre de nouveau ces sympathiques artistes clans "Ta Bouche", le meilleur succès de leur tournée à Montréal et à New-York.Donc, les 15, 16, lî, 1S courant, donnons-nous vendez-vous au théâtre His Majesty's. 4 Montréal, Avril 1929 VOX POPU LI Suite pour orchestre, soli et choeurs en trois parties, sur quatorze thèmes populaires canadiens-français par HENRI MIRO Quelques extraits des grands quotidiens de Montréal sur "VOX POPULI": La "Presse": C'est un ensemble de quelques-unes de nos chansons, parmi les plus connues: l'auteur les groupe, les analyse, en tire tous les effets mélodiques, rythmiques et harmoniques possibles, et les traite à certains moments à la façon d'une symphonie.Le "Canada": Le public a pu constater de quel beau métal la suite de M.Henri Miro est construite, combien elle est riche de nouveauté, combien elle se répand en chaudes effusions quand il le faut, notamment dans la deuxième partie, cet Andante avec variations sur le thème "Isabeau s'y promène", et aussi avec quelle netteté elle éclaire et précise tout ce que ces chants populaires canadiens renferment de saveur.L'œuvre est écrite et orchestrée d'une main sûre et ferme.Le "Devoir": "VOX POPULI" de M.H.Miro est un agencement fort ingénieux de quelques refrains populaires canadiens.L'orchestre développe un thème que les voix reprennent en plusieurs tonalités différentes où ils sont amenés, cela va sans dire, par des transitions très habiles.La "Patrie": La création de "VOX POPULI" a remporté un succès sans précédent dans les annales du Monument National.Le vrai et grand mérite retombe sur le grand artiste qu'est M.Miro, et l'enthousiaste ovation que lui a faite l'immense auditoire d'hier soir est tout en son honneur."Montreal Daily Star": "VOX POPULI" is written with the knowledge and skill which one would expect from Mr.Miro and besides that, with an abundance of invention and humour.Some of Mr.Miro's best work has been put in the second section; there are effective parts and difficult music for everyone.Among the most effective variations are a minuet for first tenor solo, and a fugal arrangement of one verse for the solo voices.The section ends with a splendid full chorus in six parts.I La première audition de "VOX POPULI" cut lieu au Monument National le 6 novembre 1928 par J 1' "Association des Chanteurs de Montréal" sous la direction de M.Jean Goulet.Trois cents chanteurs et | soixante musiciens prirent part à la création de l'œuvre de M.Miro.| La deuxième audition de "VOX POPULI" sera donnée le 19 avril 1929 dans la ville d'Holyoke, Mass., | par le "Cercle Musical" avec une chorale mixte de 175 chanteurs et solistes.Un orchestre de 50 musiciens | a été engagé pour la circonstance et sera dirigé par M.Henri Miro.f La troisième audition aura lieu le 24 juin 1929 au Stade de Montréal, sous les auspices de la Société j St-Jean-Baptiste.L'Association des Chanteurs de Montréal et un orchestre de 65 musiciens sous la direction j du prof.Jean Goulet interpréteront "VOX POPULI" avec leur succès habituel.Pour traiter des représentations et pour la partition, les parties cle chant et orchestre, s'adresser à "La Lyre", 987 boulevard St-Laurent, Montréal, Que., Canada.1.Henri Miro, bureau de ! UNE AUBAINE! I ' " i j Chaque numéro de l'Album Musical contient un beau choix que nous expédierons sur j j réception de 35 sous par album.j ! Adressez vos commandes à "La Lyre", 987 boulevard Saint-Laurent, Montréal.f No 28 I î 0 t ! Dieu que ma voix implore, chant.G.VERDI ! Apollon Marche, duo pour piano.JULES DEVAUX j Valse, piano.FR.CHOPIN î Quand il neige, chant, ALBERT LOZEAU et Abbé GEO.PANNETON | L'Enfant et l'Oiseau, chant .WILLEMS-VILLARD 1 No 30 ) Butterfly, piano.G.MERKEL | To a Little Maiden, piano .VAN DENMAN THOMPSON i Chanson d'Avril, piano.JULES DEVAUX Le petit pont de bouleau, chant .CHOQUETTE-LATOUR Angélus, chant.P.CHASSANG No 29 Elégie, piano.E.NOLLET Méditation Crépusculaire, piano.JULES DEVAUX Danse Infernale, piano.HENRI MIRO La Radiomanie, chant.MORISSET-LATOUR No 31 Ange si pur, chant.GAETANO DONIZETTI Madrigal, chant.CHOQUETTE-LETOURNEAU Pourquoi ?piano.R.SCHUMANN Mazurka d'amour, piano .ERIK MEYER-HELMUND Cinderella at the Prince's Ball, piano, MYRTLE CHURCH HOPKIRK Dreaming, piano.VAN DENMAN THOMPSON 4 Montréal, Avril 1929 Les conférences La Musique de Camille Saint-Saens M.Arthur Letondal en analyse la valeur de façon remarquable au Cercle Universitaire — Réflexions spirituelles de M.J.-B.Lagacé — Le Trio en Fa majeur et les exécutants.M.Arthur Letondal a donné, samedi soir, au "Cercle Universitaire", devant un brillant auditoire, une conférence remarquable sur Camille Saint-Saëns.Le trio en fa majeur (opus IS), chef d'oeuvre incontesté du maître français, fut aussi exécuté par Mlle G.Malé-part, pianiste, M.A.Chamberland, violoniste, et M.Dansereau, violoncelliste, avec une maîtrise qui ravit tous les auditeurs.Ceux-ci avaient été admirablement préparés par le conférencier à goûter cette œuvre grandiose mais d'un genre hermétique pour des profanes.Le talent pédagogique de M.Letondal y contribua peur une belle part, de même que la façon dont elle fut exécutée.Il ne faudrait point oublier de plus que l'on trouve au cercle une ambiance rare chez nous.des esprits aptes à admirer la beauté quelle qu'elle soit.M.le Dr Parizeau et M.Lagacé se sont excusés d'être des profanes.Plus d'un dans la salle se fût cru obligé d'en dire autant; mais il semble bien qu'il se mêle à ces propos une part de convenu.De la conférence on pourra juger par le texte ci-joint.C'est une page à conserver, voire pour les musiciens, à encarter dans leur partition du Trio.L'ordonnance classique y est retracée et commentée.On y trouve une comparaison avec les œuvres pittoresques et ramassées, "concentrées" de notre époque, où chaque note doit être expressive : réaction extrême des œuvres développées de jadis où des plans entiers servaient de repoussoirs aux thèmes principaux.Puis c'est le milieu et l'entourage de Saint-Saëns qu'on nous présente, milieu si intéressant pour les œuvres qu'il a fait naître et pour les personnalités transcendantes qu'on y voit évoluer : un Berlioz, un Wagner, un Listz, génies attachants, cœurs généreux, âmes chevaleresques.Que n'enten-dons-ncus plus souvent de tels travaux, mettant en lumière des chefs-d'œuvre semblables et les rendant aussi faciles d'assimilation ! Le niveau de culture monterait chez nous avec une rapidité étonnante.Soulignons tout de suite la façon dont l'œuvre fut rendue.Après l'inévitable imprécision d'allure de la prise de contact, on doit admirer sans retenue le rythme imperturbable et superbe qui régna dans les quatre mouvements : allegro, andante, scherzo et final.Ce rythme donna une telle autorité aux instrumentistes qu'ils ne perdirent pas un moment l'attention des auditeurs hypnotisés.Sur combien de tables les verres couronnés de vermeil furent oubliés jusqu'à la dernière mesure du final ! Les thèmes de Saint-Saëns sont simples et pourtant majestueux et grandioses.Point de sensation de pacotille : du grand art classique.Les cordes nous pi éventèrent ces thèmes, surtout dans' l'andante, avec une ferveur et un fondu remarquables.Dans le Scherzo, des pizzicati du meilleur effet piquant le velours du piano.On eût dit de l'orchestration élaborée.Partout Mlle Malêpart sut rendre avec maîtrise la redoutable partition de piano.Les grands traits et les cascades avaient un perlé chatoyant : des colliers de perles sonores tirés de l'écrin du piano.Monsieur J.-B.Lagacé remercia le conférencier et les artistes en termes délicats et spirituels.11 regretta que M.Letondal et lui-même n'aient attendu enecre 50 ans pour naître chez un peuple ayant enfin retrouvé sa santé morale et ses cinq sens.Il fit part au conférencier de son admiration pour l'œuvre à laquelle il s'est acharné toute sa vie : épurer le goût musical des siens.11 le félicita de sa sagesse qui a goûté à tout et gardé le meilleur dans la solitude spirituelle."La vie solitaire est la plus exempte de diminutions.On s'attache aujourd'hui à miner l'autorité des chefs-d'œuvre dans un nouveau massacre des dieux.Vous vous êtes réfugié dans la paix des sommets avec les tables de la Loi." Espérons — de nouveau — que de telles manifestations se multiplieront chez nous.Souhaitons de réentendre le même ensemble dans d'autres œuvres.Je sais plus d'un sceptique qui samedi s'est remis à espérer.Nous sommes en recension : les synchro-nismes se multiplient présentement qui en donnent des preuves patentes.Puisse l'Etat comprendre tous les devoirs qui lui incombent à cette heure définitive qui commence.J.-JEugène LAPIERRE, (directeur du Conservatoire National).M.LETONDAL Voici un résumé du texte de M.Letondal : Eu causant de Camille Saint-Saëns, nous ne touchons certes pas à un sujet d'actualité.Saint-Saëns est l'un des derniers grands classiques du XIXe siècle.Pour ceux qui n'ont pas vécu au siècle dernier, — pour vous mesdames, — c'est un personnage déjà loin de nous.Au surplus, Saint-Saëns, dont la réputation est universelle, dont la musique s'impose encore aujourd'hui au programme des orchestres symphoniques, des séances de musique de chambre, au répertoire des virtuoses aussi bien qu'au théâtre, avec "Samson et Dalila", Camille Saint-Saëns dis-je, subit à l'heure actuelle une certaine éclipse.C'est le retour des choses d'ici-bas, la loi inéluctable des réactions.Mais les éclipses, fert heureusement, ne sont pas la mort des astres.Après avoir affirmé leur talent ou leur génie, après avoir conquis la gloire et la renommée, les plus grands artistes passent généralement par cette période grise, maussade, où leurs œuvres sont passées au crible, où leur génie est mis en question.Il en fut ainsi de Mendelssohn.Il en est peut-être un peu de la sorte pour Camille Saint-Saëns.Cette réaction a été sans doute aggravée par la révolution qui s'est faite dans le style musical depuis trente ans.Non seulement aujourd'hui les auteurs sont-ils mis en question, mais tout, la langue même, son vocabulaire, sa syntaxe, tout a été contesté.11 en est résulté un malaise que Saint-Saëns n'a pas craint de désigner comme une véritable anarchie musicale.De là sans doute les haines que lui ont vouées les tenants des libertés nouvelles'.Ce u'est certes pas de ces querelles ni de ces polémiques qu'il faut s'inspirer pour juger l'œuvre de Camille Saint-Saëns.Il suffit, je crois, de situer un auteur en son temps et de savoir discerner ce qui est beau.Il n'y a donc pas à proprement parler de "vieille musique".L'art véritable ne vieillit pas; il évolue, il se manifeste sous des aspects multiples et variés, qui se complètent toujours, mais qui ne "passent jamais." Avec Camille Saint-Saëns, c'est le XIXe siècle que nous étudions.Comme Brahms et Mendelssohn auxquels il ne faudrait pas pas le comparer étroitement, Saint-Saëns, comme eux, tout en employant les ressources modernes, cultive avec soin les formes classiques pures.Il est au surplus beau- coup plus universel, plus souple, d'une clarté toute française, caractéristique du génie latin."La signification artistique de Camille Saint-Sëens, a écrit M.Romain Rolland, est double, selon qu'on l'envisage en France, ou hors de France.Dans la musique française il représente quelque chose d'exceptionnel, quelque chose qui fut à peu près unique jusqu'à ces derniers temps : le grand esprit classique, la haute culture musicale encyclopédique, qu'il faut appeler culture allemande, puisqu'elle s'appuie sur les classiques allemands, fondement de tout l'art moderne.C'est pour cela sans doute qu'il a été en Allemagne le meilleur titre musical de la France depuis Berlioz, jusqu'à l'apparition de la jeune école de César Franck".S'il est vrai, comme l'a dit Taine, que ce qui fait l'artiste c'est la promptitude aux métamorphoses intérieures, nul homme ne fut plus artiste que Saint-Saens.Sorte de Protée insaisissable, il s'échappe et se transforme avec une dextérité sans égale.Il abordera tous les genres et les réussira tous.Après la musique pure il s'attaquera au poème symphonique, produit du romantisme, et à la suite da Berlioz et de Liszt, créera dans ce genre de purs chefs-d'œuvre.Tous connaissent ces merveilleuses évocations, riches de sens descriptif, d'expression poétique qui s'appellent la "danse macabre", "Phaéton", "La Jeunesse d'Hercule" et le "Rouet d'Omphale".Dans ces œuvres, la couleur orchestrale, le sens descriptif, s'allient à une forme parfaite.Saint-Saëns est poète, mais chez lui linstinct poétique ne se sépare pas de la création musicale.Il est avant tout musicien, "musicianisme" disait de lui Franz Liszt.Il serait impossible, dans le cadre de cette simple causerie, de mentionner toutes les oeuvres de Camille Saint-Saëns.Retenons seulement deux sommets, deux chefs-d'oeuvre qui désarment encore aujourd'hui la critique la plus sévère et la plus malveillante.Ces deux points culminants se nomment "Samson et Dalila" et la "Symphonie en ut mineur avec orgue" dédiée à Liszt dans un sentiment d'admiration et de reconnaissance.Cette fois encore ce ne fut pas la France qui donna la primeur de l'ouvrage, car cette symphonie fut exécutée pour la première fois par la société philar-monique de Londres en 1SS6 (juin).La symphonie en ut mineur ne rallia pas, cependant, d'emblée tous les suffrages de la critique anglaise; jouée à la société des concerts du conservatoire, quelques mois plus tard, elle fut bien accueillie en France; et Gounod, qui en ce temps la faisait autorité, la signala comme un pur chef-d'œuvre.En Allemagne, il en fut autrement; la symphonie en ut mineur rencontra des hostilités.Pourquoi cette antipathie, ce revirement d'opinion dans le pays ou Saint-Saëns avait trouvé jadis si bon accueil ?C'est que l'auteur de la symphonie venait de publier un livre intitulé "Harmonie et Mélodie" clans lequel il attaquait Wagner et ses théories sur le drame musical.On a beaucoup reproché à Saint-Saëns, d'avoir souvent changé d'opinion.Ses livres, composés d'articles écrits à des époques diverses, contiennent des contradictions flagrantes.Il fut Wagnérien quand personne ne voulait de Wagner; mais tout le monde fût devenu Wagnérien, quand l'exaltation wagE.érienne fut à son comble, menaçant de tout submerger et de ruiner les meilleures traditions françaises, il eut le courage de crier holà ! Il ne cesse d'admirer Wagner comme un colosse de la musique, mais il s'insurge contre les interminables et puériles légeudes wagnëriennes faites, dit-il, pour des cerveaux allemands et non pas pour des cerveaux français.Les écrits de Camille Saint-Saëns sont pleins de verve et d'entrain, infiniment captivants à la lecture.De ïa^ver- 6 Montréal, Avril 1929 satilité de ses jugements il s'excuse du reste avec beaucoup d'esprit."J'admire profondément, dit-il, sans les comprendre ceux qui, en matière d'art, peuvent se faire de prime abord, une opinion qu'ils ne réformeront plus jamais.On devient amoureux des œuvres d'art, et, tant qu'oncles aime, les défauts sont comme s'ils n'existaient pas, ou passent même pour des qualités; puis l'amour s'en va et les défauts restent.De toutes les déclarations faites par Saint-Saëns au sujet de son art, n'allons pas conclure à une absence systématique d'émotion; on a voulu le représenter comme un intellectuel pur, à l'imagination stérile, au cœur glacé.C'est là une erreur profonde.Nous avons vu qu'il sait, à l'occasion, faire vibrer la corde expressive; mais il le ne le fait qu'à bon escient, quand la situation le comporte.II ne se croit pas obligé de traduire incessamment le sentiment à son paroxysme.Il préfère en marquer les nuances avec délicatesse, et toute son œuvre est dominés par un souci de vérité, d'équilibre et de pondération.De là son caractère nettement classique, de là le culte si marqué qu'il a pour le style, resssem-blant en cela peut-être aux poètes parnassiens, à un Leconte de Lisle, par exemple, qui se plaît à envelopper son inspiration de la forme la plus parfaite.Encore que les polémiques de Saint-Saëns puissent paraître inspirées par un certain intérêt perscnnel, les idées qu'elles expriment cependant concordent avec l'idéal de l'artiste, — idéal auquel il est toujours resté fidèle.Qu'il ait eu une extrême ambition, — on l'a dit, — cela se comprend; qu'il ait eu même une tendance à primer, à ne pas supporter de concurrents, cela s'explique encore.C'est Rivarol, je crois, qui disait que "les grands talents sont, pour l'ordinaire, plus rivaux qu'amis.Ils croissent et vivent séparés, de peur de se faire ombrage.Les meutons s'attroupent, et les lions s'isolent".Isolé, Saint-Saëns le fut, surtout dans les dernières années.Si incontestée que fût sa réputation de symphoniste il eut hélas ! le déplaisir de voir réussir au théâtre les productions d'un rival.Puis c'est Wagner qui fait irruption dans le répertoire.Et voici.Richard Strauss avec l'impudique "Salomé", Moussorgsky avec "Boris Godounoff", Stravinski, la musique impressionniste, la musique atonale, bitonale et que sais-je encore ?Non seulement l'art français, mais la musique est perdue à ses yeux, si de pareilles productions réussissent à s'implanter.Il s'insurge, il plaide; mais par une ironie du sort, par la marche des événements et du temps, celui qui dans sa jeunesse avait été jugé suspect, révolutionnaire même, est devenu pour les jeunes, pour les avancés, une sorte de magister inflexible, figé dans un classicisme périmé.Saint-Saëns aurait pu dire comme Auber à la veille de mourir : "J'ai trop vécu; il ne faut d'exagération en rien".Il aurait pu du moins jouir, durant les dernières années, de sa grande et juste renommée; et comme autrefois Rossi, ne pas se compromettre devant l'opinion, s'entourer d'adulations, se griser encore de l'encens qui brûlait en son honneur en maints sanctuaires.Il ne le voulut pas.Au surplus, cet homme dont la santé délicate s'était conservée comme par miracle au milieu d'un labeur incessant, était devenu le plus robuste des vieillards.Sa foi, son humeur combative ne l'abandonnèrent donc jamais.Sur la brèche il resta jusqu'au dernier jour.Et c'est à Alger, aux bords de cette Méditerranée, dont son âme reflétait le clair génie, la douce lumière, qu'il mourut en pleine poussée de travail, le 16 décembre 1921.Jusqu'au bout Saint-Saëns est resté lui-même, fermement attaché au passé et à sa propre nature.Il est resté l'artiste de la forme, sans aucune concession à la mode, estimant qu'une œuvre bien faite prend d'elle-même un sens métaphysique vaste et certain.La sensation passe, a dit Saint Augustin, mais la forme reste.La musique de Saint-Saëns résistera au temps, non qu'elle s'impose comme une berne, un point d'arrêt; (la vie ne peut être le triomphe d'une seule force) mais parce qu'elle représente un idéal de beauté et d'équilibre dont l'art français, avec d'autres moyens, d'autres modalités, devra toujours s'inspirer.-o- NOUVEAU VISAGE DE LA MUSIQUE CANADIENNE La musique canadienne avait mauvais nom.Elle avait même assez mauvaise réputation.Elle avait des défauts très graves.Outre ceux qui ressortissent à la technique, elle était peuple, pas très intelligente, sans charme et souvent, ô, très souvent, ennuyeuse.J'écrivais il y a.quelques semaines qu'elle paraissait vouloir se parer plus élégamment dans l'avenir et parler davantage la langue des gens du monde, en même temps une langue d'aujourd'hui.C'est, en effet, ce à quoi elle tâche depuis quelques années et si elle n'a pas encore dégagé sa personnalité, si son caractère n'est pas encore reccnnaissable entre mille, d'heureux indices permettent les plus généreux opti-mismes.J'avais raison d'écrire que le concert du 19 mars ne serait pas ennuyeux.Il ne l'a certainement pas été dans l'ensemble et le mérite n'en revient pas uniquement aux interprètes.Les œuvres sont là, bien sonnantes et bien constituées, qui vivent de leur vie propre et qui ont une indéniable valeur musicale.D'ailleurs, le public l'a compris et le succès qu'il a fait à certaines pièces a une signification.Car je ne crois pas qu'il ait agi par sentimentalité.Aucune raison extérieure à la musique ne le poussait à marquer ainsi ses préférences et il arrive que les pièces les plus aimées sont précisément celles O'ù il y a le plus de don, le plus de liberté dans l'inspiration, le plus de franchise dans l'expression, le moins de naïveté dans le métier.Si notre public n'a pas la culture qu'on lui souhaiterait, il a en revanche une sensibilité sans apprêt dont je voudrais voir munis tous les musiciens de métier, qui font profession de ne pas aimer la musique.A défaut de savoir, cette sensibilité dirige quelquefois heureusement le public.Claude Champagne et James Calliiiou semblent aveir été les vainqueurs au concert de mardi dernier.Il est vrai qu'ils étaient .les plus substantiellement représentés et ciu'un Rodolphe Mathieu, avec un "Lied"' d3 deux pages vieux de dix ans, n'avait pas partie égale.Mais qui ne se souvient de sa "Sonate" pour piano, cheval de bataille du concert de 1927, de son "Quatuor à cordes" et autres poulains avec lesquels il gagna la faveur des uns et la défaveur des autres ?Georges-Emile Tanguay était, lui, aussi, représenté par des œuvres courtes, mais qui dénotent une musicalité fine et une sensi- bilité charmante.Sa "Romance" pour piano et violon, aux contours carressants, chante sans se soucier beaucoup que le coeur se porte de moins en moins dans la musique.Son "Air de Ballet" pour piano, d'une conception facile, est une musique aimable, spontanée et sonnant clair.De son côté, Victor Brault sait, pour "Un joli coeur de rose", s'accommoder au piano, à l'occasion, d'une seule note à la fois.Délicieuse économie ! Lionel Daunais, lui se souvient de certaines lignes vocales de Debussy et sa "Rende", maladroite, a quand même de l'allant.Ernest MacMillan a su donner à la jeune fille trop pure, "Blanche comme la neige", une saveur délicieuse que cinq voix d'hommes dégustèrent avec une évidente satisfaction.Charles Baudouin demeure lyrique et important comme on l'était au temps de Duparc.Musique généreuse et déjà d'hier.Musique de folklore, a-t-on dit.C'est une erreur.Musique inspirée de folklore, plutôt, et en partie seulement.Car l'inspiration libre était largement représentée.En tout cas, la "Habanera" de Claude Champagne est tout autant inspirée du folklore espagnol ou hawaïen, que sa "Danse villageoise" du folklore canadien.La musique des classiques n'était-elle pas, elle aussi, inspirée du floklore ?Ne sont-elles pas également inspirées du folklore les Polonaises, les Mazurkas, les Valses de Chopin, les Rhapsodies et autres tourbillonnades de Liszt ?De telles origines ne sont pas inférieures et il nous plaît infiniment de voir un Claude Champagne et un James Callihou accorder aux rythmes de danse une si grande importance.Ils sont ainsi dans une tradition éternelle, classique, romantique et moderne."La musique doit être de la danse".Je défendrais une telle théorie.Les clichés et les lieux-communs ont toujours été de mode chez nous et ils ont longtemps constitué le plus clair de l'originalité de nos compositeurs.Chez un Claude Champagne comme chez un James Callihou, certains, tours connus et de tout repos nous sourient au passage.Une belle cadence, une belle modulation, si inévitable soient-elles, sont de tous les temps et peuvent être aussi belles aujourd'hui qu'elles l'étaient hier.Mais il y a la bonne manière de faire et cette manière, Claude Champagne la possède à un degré rare.Ce dernier concert a été un franc succès.On n'aura plus peur de la musique canadienne, désormais, et on saura qu'elle peut s'entendre sans danger léthargique.On pourra, dans l'avenir, présenter les programmes cle musique canadienne non pas seulement sur le plan sentimental, mais sur le plan musical.Un programme comme celui du 19 mars, qui n'avait évidemment pas la prétention de jouer les œuvres de tout le monde, appartient à la musique.Mais il faut s'entendre : il y a musique et musique.Le programme de mardi dernier a été choisi et composé avec rigueur, ce dont doivent être félicités les organisateurs.Mais il resie toujours .facile de faire des programmes ennuyeux, et à cela la musique canadienne se prête toujours admirablement, aussi bien, en tout cas, que tout autre officiellement reconnue.Il faut savoir choisir.Or, j'estime qu'on a bien fait et que ce n'était pas si facile.Léo-Pol MORIN.(Par courtoisie de "La Patrie" et de l'auteur.) DEMETRIUS BARIL Avocat -:- AVOCAT Chambre 002, EDIFICE VERSAILLES CO RUE SAINT-JACQUES Tél.HARBOUR 0751 MONTREAL BEAUDRY PROFESSEUR DE VIOLON du Conservatoire de Boston Studio: 350 SHERBROOKE Est, Montréal Tél.; L Alienator 5618 Montréal, Avril 1929 P0LYT0NAL1TE - ATONALITE i * v ¦ L'Art musical est sans cesse on évolution Il est des périodes de calme où chacun produit dans l'ordre et l'unité de vues, tout en cheminant dans la voie d'un sage progrè*.Il en est d'autres, où des tendances hardie* se manifestent, où des eiprits audacieux, trouvant les barrières de l'art trop étroites, cherchent à en briser les sévères cloison*, à agrandir le cercle trop exigu des Idtfei, à développer les plans trop scrupuleux de l'architecture et a faire capituler les rigueurs trop absolues de la langue académique.Tant que l'effort vers un développement plus ample s'est produit sans perdre son contact avec le pivot central qui fait la force de l'Art, avec la source génératrice d'où émane la vraie beauté, il n'y a rien eu à craindre de désastreux.Mais aujourd'hui il n'en est plus ainsi, l'n grand malaise règne dans les sphères artistiques, l.-ne révolution est en train de s'opérer qui laisse les sages soucieux.On dédaigne les vieux moules: tout ce qui est de tradition est enveloppé d'un dédaigneux sourire.On n'en veut plus, on cherche du nouveau.L'harmonie con- mi m ante fait hausser les épaules; l'accord parfait est traité de vieille perruque.On laisse ces façons fripées aux nonrriaaOJU encore enjuponiiés.rabâcheurs île fades rudiments.' On ne peut pas tout de même sans cesse piétiner sur place." Et cette évolution effrayante, en mal d'orage, suit son cours, avec ses vagues tumultueuses, bousculant les Idoles aux piédestaux vermoulus, brisant les obstacles que les timorés voudraient opposer à leur marche en avant.— "On ne psut pas ne pas suivre.Comment résister à l'entraînement ?Ceux qui mènent la bande ne sont ils pas des flambeaux?" — Jadis c'était Richard Wagner; hier, c'était Claude Debussy; aujourd'hui c'est Eric Satie.Stravinsky.Honneger.— On ne se contente plus des pluies de roses appogiatiirules, des capiteuses roulées de neuvième; on fait marcher parallèlement, chacune dans son ornière, des suites de mélodies à tons différents, au grand dam des oreilles novices, effarouchée i par ces atroces discordances.C'est ce qu'on appelle imlytonic.Qu'est-ce donc que cela ?.Vous l'avez entendu, c'est la marche simultanée de deux ou même plusieurs mélodies écrites dans des tons différents.Si on remonte le cours des siècles, on trouve h l'enfance de l'art, et.plus près de nous, dans l'écriture coiitrapuntIque.des traces de cette façon d'écrire.Chez Bach, entr'autre*.on en rencontre des exemples frappants.Détachez la phrase; isolez la; la bitonalité apparaît évidente et crue; remettez-la dans l'ensemble, elle ne fait plus bande a part; elle s'incorpore harmoniquenient au ton principal Mais cette fusion, faite de sagesse, parce que respect lieuse île l'oreille, aujourd'hui on la méprise, que dls-Je.on II rejette systématiquement.Plusieurs tons sont nettement établis, parfois a un demi-degré de distaure l'un de l'autre.SI un des tons règne en souverain, dominant ses siitioi donnés et se colorant de leurs fonctions harmoniques, si de cette variété ne résulte pas la disparition de l'unité, la poly-tonle peut alors être tolerable et même avoir sa raison d'être.Dans le drame, par exemple, lorsque deux sentiments opposés sont aux PAR L'ABEË P.CHASSANG prises, ou dans l'action mouvementée d'une foule, la polytonie peut être utilement employée.On en pourrait citer d'heuraux exemples.Mais il est de toute nécessité qu'un art discret, éclairé, préside à l'écriture et atteigne le but visé, sans soumettre l'auditeur à ces dures épreuves, à ces cruautés inutiles qu'un aveuglement impitoyable ne rail pas ménager.Si la cho?e.poussée à ce point d'exagération, est nouvelle, elle n'en est que plus malheureuse, car je doute que l'avenir donne raison à des procédés qui n'enfantent que des laideurs, et mettent à la toiture la pauvre oreille humaine.Mais, nie dira-ton.le sens harmonique et tonal est trop restreins Pourquoi ne pas l'élargir?— Soit; je trouve même fort légitime ce souci, et j'applaudis aux effort* faits en ce sens, tant qu'ils resteront dans les voles de la prudence, de l'ordre, de la beauté.II y aurait une autre voie assez inexplorée, et non la moins féconde, ce serait le retour aux modes anciens, si riches en ressources nouvelles et trop longtemps oubliées.Il nous (errerait de ces sempiternelles tonalités majeure* et mineures dont nous ne savons plus sortir.Ceci n'empêcherait pa?d'user, au b?soln et pour de légitimes motifs, d'une polytona-lité sage, réservée, respectueuse, n'oubliant pas d'allier toujours la beauté à la sincérité."L'art, vivant de contrastes, pourquoi ne pourrait-on dans certains cas, présenter ces contra ".tes simnllanrment.au lieu de s'en tenir à la méthode successive .' — Mais ceci demande des précautions iufinie •¦.pour que le contraste ne dégénère pas en contrail CtUm.au milieu de laquelle l'art ne peut plus vivre.De plus il ne faut pourtant pas oublier que la musique est destinée à être entendue, ce qui oblige il un certain ménagement 8 l'égard de* oreilles de l'auditoire' (O.de Linneourn.Employé suns précautions, ce système devient intolérable dan-; ses résultats."C'est qu'il est un paint dans la dissonance, où les contraste* eux-mêmes ne seraient plus perçus, et où l'on verserait dans la cacophonie pure." Ah ! ce n'est pas à l'église qu'il faudrait' appliquer ce système.Elle est la maison de la prière, l'enceinte sacrée où.dans le silence, les ame3 se recueillent sous le regard de Dieu, le lieu de sanctification où tout doit concourir à rendre meilleur, voix de la chaire, voix du cœur, voix de la tribune.Tout, n'a qu'un même but.éclairer, soutenir, fortif'er.donner dec ailes pour monter vers les cimes ensoleillées de clartés sidérales.Au sein de ce calme suggestif, quel trouble, quel énervement produirait la Joute éche-velée de ces tons hostile* entre eux.le frottement agressif de ces seconde* mineures, se mordillant aussi sauvages qu'opiniâtres ! Le langage du mur n'y trouverait guère son COUpte.-.Ma's la fugue, me clirez-vou*.la fugue qui est assez en honneur dins le style d'église, comporte bien cette dualité de tons différents marcha m côte à côte et formant un ensemble que vous ne rebutez pas.Assurément, mais pour une biiine raison, c'est qu'elles ne sont pas entre elles antipathiques; elles vont de conserve, sans former de ces heurts criards, de ces grincements enveuimés, de ces chocs douloureux qui met- tent à la torture l'ouie la plus résistante, et elles arrivent à se confondre, comme deux paisibles cours d'eau qui vont famil èrement dans le même sens, et qui finissent par mêler fraternellement leurs ondes.Mais cette polytonie rigoureuse, irréductible, devient assommante et insupportable, de* lors qu'elle est le résultat d'un parti pris et qu'elle passe & l'état chronique.Elle enfante des laideurs qui jureraient trop dans le sanctuaire.l'as plus à l'orgue qu'aux voix de la chapelle, pareilles innovations ne doivent s'Introduire.Saint Grégoire et ses antiques mélopées pâliraient bien de frayeur, et Bach et Palestrioa se demanderaient, on se bouchant le* oreillei.si à l'Art divin qu'ils ont doté d'immortel* chefs d'œuvre a succédé le règne de la Folle.Venons-en à Yatonalitc'.Il ne faudrait pas la confondre avec la polytonalité qui fait du contrepoint à sa manière.L'atonalité s'attaque aux fonctions tonales; plus de tonique, plus de dominante ni de sous-dominante: plus d'axe centralisateur autour duquel évolue la phrase mélodique: un vague indécis et incohérent: une dislocation maladive: ni nerfs, ni couleurs; de la grisaille, et du déhanchement sans arrêt.Ce système, employé acculent' llrmrnl pour un sérieux motif, peut donner d'heureux résultats; c'est, par exemple, lorsqu'il s'agit de passer d'un ton dan* un autre, ou pour symboliser l'hésitation, le doute ou donner l'Idée d'un état d'Ame perplexe, d'une situation mystérieuse.Si on veut en découvrir l'origine ce n'est pas dans le diatonisme antique, mais plutôt dan.* la Ranime à six tons entiers en prédilections chez les Russe*, qu'il faudrait la chercher.Debussy fut un de ses plus ardents propagateurs, mais déjà le procédé a vieilli.L'atonie s'est ouvert d'autres voies.Le* altération* h Jet continu lui fournissent un terrain pius riche et une matière plus neuve.Mais son emploi perp'tuel n'engendre qu'un flou inconséquent et bizarre, qu'une démarche sans caractère comme sans but.Cette lutte calculée, irréductible contre l'affirmation d'une tonalité dominatrice met en fuite cette clarté, ce Jeu Intelligent de lumière et d'ombre que lu modulation, appuyée sur elle comme sur un pivot, permet d'établir et de diriger avec art.A l'église quelle figure ferait une musique écrite sans ton précis à côté du chant grégorien qui en a huit bien déterminés et n'en dévie pa* !.- .Et puis quel effet produirait ce maniaque.Ce névrosé, ce remuant jamais en place, au milieu de ce cénacle de gravités claustrales, dans la paisible sérénité de la pieuse atmosphère I Je vous le laisse à deviner.Pas plus que la polytunle, l'atonie ne peut songer à y pénétrer.L'Eglise n'a que faire de ses produits aussi pervers qu'hétérogènes.Ne nous laissons pas entraîner par les flots orageux; restons sur les hauteurs pour bien discerner ce qui passe et juger ce qu'il y a au fond des choses.Méfions-nous de tous ces apôtres cle la nouveauté à outrance qui s'affichent comme des perceurs de voies Inexplorées, et qui.férus d'un principe anormal, le poussent jusqu'à l'extrême.L'exa- poco rit.Dernière Strophe n___ A -m- oi - seau un mou che ; il l'a bec - que - té.// 3=P ^ poco rit IL ppn mm J'avais mis mon cœur dans une pervenche.L'amour a bien ri, le sorcier moqueur! Noir est le sorcier; la magie est blanche.(J'avais mis mon cœur dans une pervenche:) Les pleurs d'une nuit, ont noyé mon cœur.J'avais mis mon cœur dans un bluet pâle.L'amour est un rude et malin garçon, Un dur moissonneur bronzé par le hâle.(j'avais mis mon cœur dans un bluet pâle ) Mon cœur fui fauché, comme la moisson.j'avais mis mon cœur dans la fleur des vignes.L' amour vendangeur, qui chante en dansant.Le vigneron ivre aux gaités malignes, (j'avais mis mon coeur dans la fleur des vignes,) A foulé mon coeur, piétiné mon sang! Je mettrai mon cœur dans ta main si bonne.Il est blessé, faible, et prompt a souffrir.Le garderas-tu?moi, je te le donne! (Tiens, j'ai mis mon cœur dans ta main si bonne!) Garde-le,mignonne; il vient y mourir.921-2 8 Montréal, Avril 1929 f: Nous ne publions que des lettres signées, ou des communications accompagnées il !j d'une lettre signée, avec adresse authentique.Nous ne prenons pas la responsabilité i | I de ce qui parait sous cette rubrique.ij EST-CE A MON TOUR ?"L'INTENDANT BIGOT" gération n'a jamais été le fait des génies.Ils ont créé, en s'appuyant toujours sur le terrain conquis, en enregistrant les lumières acquises et en développant merveilleusement leurs rayons.Ils ont produit des fruits nouveaux, mais sans se séparer de la souche maternelle.Observons ce qu'il peut y avoir de bon et d'utile dans les procédés en vogue, mais n'agissons pas en snobs aveugles qui se jettent follement dans la voie incertaine et vont confiants et grises sous le drapeau des novateurs, sans se rendre compte du bien-fondé de la doctrine et de la valeur de ses résultats.Laissons passer la cohue et attendons.Mais vous me direz: "C'est la mode !" — Ah ! cette mode, quelle perfide conseillère, et ce qu'elle tyrannise et fait accepter de force comme œuvre de bon goût ou perfectionnement dans l'art les innovations les plus incongrues, les pires insanités ! .La mode ne fera pas, malgré la griserie du mot, que le laid ne reste toujours le laid.Je ne saurais mieux finir rue par ces réf!exiions si judicieuses de l'éminent critique A.Boschot: "Sachez donc pour notre plaisir et notre profit, sachons, si nous voulons vraiment aimer la musique et la découvrir où elle est, nous abstraire des engouement de la mode.Certes la vie est dans le changement; et il y eut un jour où les chefs-d'œuvre durables furent, eux aussi, des œuvres nouvelles et audacieuses.Toutefois, s'ils continuent de vivre, ces chefs-d'œuvre, ce n'est pas parce qu'ils ont courtisé une mode changeante et capricieuse, mais bien parce qu'ils furent créés, en toute indépendance, par des âmes de musiciens-poètes, qui travaillaient dans le seul désir d'atteindre à la vérité d'expression et à la beauté, avec une humble ferveur, mais avec une inébranlable conviction.A la base de l'art, il y a la sincérité, qui est la négation de la mode." (Chez les Musiciens, 3e série, p.135.) Laissons passer l'orage et les flots s'épurer.Après, nous jugerons.ALICE RAYMOND fflfANT Méthode, M.Cléricy du Collet, bllxill J.Seul professeur autorise au Canada.Cours pend'int l'étô.311 Carré Saint-Louis, Appartement 2 Tél.HArbour 0713 Studio: 248 Sherbrooke Est Tous les mercredis près St-Denis Tél.Lancaster «1393 M™ M.B.LIPPENS - RICARD 13lève du Maître Paul Gilson, Inspecteur général de l'enseignement musical de Belgique PROFESSEUR DE PIANO, THEORIE, SOLFEGE, HARMONIE, CONTREPOINT Préparation aux examens à tous les degrés Résidence: 202 Rojicry Tous les Jours Pointe St-Charles de 9 hrea à midi.Tél.York G7Ï6 Mme EDMOND TRUDEL Enseignement du Chant Concert M.EDMOND^ TRUDEL Enseignement du Piano Concert, Musique de chambre, Accompagnement 1551, rue St-Marc Tél.Uptown 5820 On a dit tant de choses sur mon œuvre que ça me donne le désir d'en parler.Mais j'essaierai de ne pas être long et je n'irai pas chercher clans les secrets intimes de la vie de quoi assouvir un besoin de démolir.Merci a.la critique honnête et sérieuse qui, me signalant les plus gros défauts de mon œuvre, m'a mis en demeure d'avoir un peu plus de soin à l'avenir et de ne rien écrire à la légère.Ces messieurs, pour leur critique impartiale, ont l'assurance da ma sincère reconnaissance.Mais ce que je trouve singulier, c'est que certains critiques, dont l'autorité est hautement reconnue et qui auraient pu être pris au sérieux, diminuent et même annulent la valeur de leur opinion par des restrictions par trop étroites en un siècle où les idées sont plutôt larges.C'est ainsi que, faisant connaissance de M.Lêo-Pol Morin, lors de la première audition de l'Intendant Bigot au Monument National, ce monsieur n'a eu d'autre politesse à me faire que de m'apostropher par ces mots délicats: "De quel droit avez-vous écrit un opéra, vous qui n'êtes pas allé à Paris?" Quoi répondre à une telle accusation ?Et je laissai porter.Mais voilà qu'à son tour, M.Henri Miro, l'artiste admirable et admiré, de qui j'aurais pu recevoir d'excelientes leçons da composition, au lieu de parler sérieusement, renchérit en disant: "Donc, si la musique n'est pas sa profession, pourquoi doit-il écrire un opéra ?Laissons la musique aux musiciens et la publicité aux agents de publicité';.Cette fois, j'ai ri à me tordre, pensant à tous les médecins dont le nom apparaît au programme de concerts ou comme directeurs de sociétés musicales, et puis aux avocats qui font de la politique, aux notaires, à tous .ces gens de professions diverses qui font du commerce par temps perdu, sans oublier M.Lêo-Pol Morin, pianiste virtuose, qui écrit dans la Patrie pour gagner sa vie.Ce qu'ils en ont du toupet, tous ces gens-là.Laissez-moi rire.Nous ne sommes pas des enfants, M, Miro, et une opinion doit être basée sur l'objectivité même et non sur de telles mesquineries.Et puis, sincèrement, étiez-vous de bonne foi en jugeant mon œuvre d'aprè3 des partitions écrites à la hâte par un copiste à tant la page fpas comme Beethoven, car "il n'est plus à la page", a dit M.LéaPol Morin) et dont la copie, remplie d'erreurs grossières, portait la note de l'auteur "non vérifiée" et n'a servi aux solistes tout juste: que pour leur indiquer leurs entrées en scène.Quant à La Traviala, votre accusation de plagiat est plus grave, et je certifie que je n'ai jamais lu ni entendu cet opéra; c'est bien de l'honneur pour moi d'avoir eu une inspiration identique à Verdi.J'examinerai La Traviata, cependant, pour me renseigner et me convaincre, car je doute fort que vous ayez eu plus de justice et de sincérité, ici qu'ailleurs.J.U.VOYER.17 mars 1929.Ulric Voyer, le compositeur québécois dont "L'Intendant Bigot", opéra en trois actes, a obtenu un très vif succès devant deux salles combles, n'a pas eu l'heur de plaire à M.Léo-Pol Morin, pianiste et critique musical.M.Léo-Pol Morin a étudié la musique en Europe pendant plusieurs années et n'a pas écrit d'opéra; M.Voyer a composé un opéra, mais n'a jamais pu se rendre en Europe pour y étudier dans les conservatoires officiels.et M.Morin de conclure que M.Voyer a eu tort d'écrire un opéra sans l'avoir au moins consulté.J'ai voulu, à ce sujet, relire certain livre sur les "premières" d'opéras maintenant célèbres, et j'y ai fait d'intéressantes découvertes que je me hâte de faire connaître à ceux qui liront ceci.Je cite: "Carmen" de Bizet."Son opéra renferme de beaux fragments, mais l'étrangeté du sujet l'a lancé dans la bizarrerie et l'incohérence".—Clément.La critique fut, en général, hostile, ironique ou dédaigneuse."Manon" de Massenet."Phrases minuscules, poussière mélodique, dont le parfum s évapore avant même d'avoir été senti".—V.Wilder.Presse en général très hostile.Cependant Ernest Reyer écrivait: "Gardons-nous de former sur une œuvre un jugement définitif, quand nous ne l'avons entendue qu'une fois." M.Morin pourrait méditer cette phrase avec profit.Je pourrais encore parler des "premières" de "La Damnation de Faust", de "Samson et Dalila", de "Pelléas et Mëlisande", etc., mais cela ne changerait rien et l'histoire se répétera toujours.Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que M.Voyer a composé un chef-d'œuvre, mais le public aurait tort d'accepter d'emblée l'opinion toute personnelle de M.Léo-Pol Morin.M.Ulric Voyer se sera probablement consolé depuis (si la chose était nécessaire) en lisant dans un récent article de M.Léo-Pol Morin que la musique de Beethoven est de-avenue bien vieillotte (exception faite de la IXe Symphonie) et que son orchestration date par trop.LECTEUR.("L'Evénement", 23-11-29.) oscar o'brien COURS D'HARMONIE Traité RIMSKY-KORSAKOFF Studio: 1405 McKay — Chambre 8 Tels.Up.4564-J — Cal.8103 MONTREAL Montréal, Avril 1929 9 CONCERT RIDDEZ Le 11 mars dernier, à la salle St-Sulpice, M.Riddez donnait un joli concert illustrant une conférence fort intéressante sur le grand Schubert.Aidé d'un bon nombre d'élèves de son studio, M.Riddez nous a donné le programme très représentatif suivant, où l'œuvre de Schubert est vue sous ses différents aspects: "La poste", chanté par M.Marcel Bourgeois; "Le Tilleul", par M.Georges Bourgeois; "La Jeune Religieuse", par Mlle Margot Charlebois; "La Fâcheuse Couleur", par M.Marc Dugas; "Impatience", par Mlle Diana Gloutney; "Barcarolle", par Mlle Simone Dansereau.; "Remerciements au Ruisseau", par M.Marc Dugal; "Les Plaintes de la Jeune Fille", par Mlle Germaine Roy; "La Jeune Fille et la Mort", par Mlle Margot Charlebois; "Marguerite au Rouet", par Mme G.Labelle; "L'Aubade", par Mlle Geneviève Davies; "Le Départ", par M.Marc Dugal; "La Fleur Sauvage", par Mlle Irène L'Heureux.M.Riddez s'était réservé l'interprétation de "La Sérénade", "Le Joueur de Vielle", "La Ville", "Le Sosie", "Le Corbeau".Pour terminer un si beau programme: "L'Hymne à la Musique", "Litanies pour la Fête de toutes les Ames", chantées en ensemble par tous les interprètes.Au piano, Mme Janine Riddez accompagnait comme elle sait le faire toutes ces jolies mélodies.La salle St-Sulpice, très convenablement remplie, a fait grand honneur aux interprètes et à leur excellent professeur.Des pièces si diverses ont été parfaitement rendues et parmi les jolies voix qu'il nous a été donné d'entendre, nous avons remarqué avec grand plaisir les progrès très sensibles de ceux que nous avions déjà entendus.Sur le programme, très bien présenté, offert, aux auditeurs, il y avait une remarque qu'il nous semble opportun de retenir pour le plus grand profit d'un nombre toujours croissant de jeunes chanteurs qui se font un point d honneur de chanter en allemand et en italien, langues qu'ils ignorent complètement, des mélodies qui sont traduites en français et dont ils potirraient alors donner l'interprétation voulue, ce qu'ils ne peuvent faire dans des langues qu'ils ne comprennent pas.Naturellement on leur donne la prononciation, les inflexions, les élisions propres à chaque langue, mais c'est œuvre de perroquet qui conduit à bien des erreurs.Citons le programme: "L'exécution des plus belles œuvres en langue étrangère permet même aux vedettes les plus réputées d'y faire applaudir avec des effets plastiques vocaux, généralement de leur crû, les interprétations les plus erronées, les plus invraisemblables.A ce point que si certains auteurs pouvaient assister au succès de la vedette ayant mis à son programme une de leurs œuvres, il pourrait renouveler le geste de Rossini, assistant au triomphe d'une prima donna dans le "Barbier de Seville'" En lui adressant ses félicitations, il la priait de bien vouloir lui dire de qui était la musique qu'elle venait d'interpréter ou plus justement d'exécuter." Ceux qui ont assisté aux représentations de la Montreal Company au His Majesty's, il y a quinze ans, se rappellent qu'une partie du public réclamait que les œuvres soient chantées en français.D'aucuns ont même dit, à cette époque, que l'insuccès de cette troupe pourtant excellente était dû en partie à ce que le public ne comprenait pas l'italien et se dispensait d'aller applaudir des artistes pourtant remarquables.N'est-ce pas la grande cantatrice Emma Calvé qui rapporte qu'un jour elle chantait à l'Opéra de Boston une œuvre en italien.Son partenaire ne s'était pas aperçu que son pourpoint était complètement déchiré dans le dos, et la représentation allait être compromise si cet acteur se montrait ainsi au public.Sachant que le public ignorait l'italien, elle changea les paroles de la prochaine réplique et avertit son malheureux camarade de prendre garde à lui.Personne ne comprit et tout rentra dans l'ordre, grâce au sang-froid de la cantatrice, qui avait prévu que personne ne s'apercevrait de sa ruse.Il ne fait aucun doute que le snobisme seul maintienne cette pratique à la mode.Seul le snobisme permet les salmigondis de Monte Carlo, où il a été donné à des spectateurs, qui ont applaudi à tout rompre, d'entendre un opéra où un artiste chantait en français, un autre en allemand, un troisième en italien, et Chaliapine en russe.Pour nous, les Américains ont pleinement raison quand ils demandent que les opéras soient chantés en anglais.Ce qu'ils perdront en mélodie ils le rattraperont en compréhension, et cela s'équivaut bien.Applaudissons M.Riddez d'avoir, avec sa franchise coutumière, essayé de déraciner une pratique que certains tendent à généraliser.Applaudissons-le aussi d'avoir montré qu'on peut intéresser le public en présentant un seul auteur, du moment que le choix des pièces au programme est fait judicieusement afin d'éviter la monotonie et la fatigue.Quand il s'agira de fêter des anniversaires de grands musiciens, la route est tracée, et l'on n'hésitera plus à s'y engager.APRES LE DERNIER CONCERT La septième semaine annuelle de musique, organisée par le Delphic Club, s'est terminée par toute une série de concerts qui furent de véritables succès par le nombre des auditeurs et leur enthousiaste appréciation.Maintenant que la semaine est finie, il est bon de se demander si cette institution a complètement atteint les deux buts qu'elle s'est fixés avec tant de soin.On visait à répandre le goût de la musique, c'est-à-dire d'abord l'étude, la compréhension, l'amour de cet art qui combine les sons d'une manière agréable à l'oreille.Elle y réussit certainement.En faisant entendre des exécutants de chez nous, en accordant des bourses disputées dans des concours, le Delphic Club a la plus heureuse influnece pour faire connaître les musiciens et pour encourager les carrières naissantes.Son influence sur le public est-elle aussi forte qu'il pourrait le souhaiter '?Les auditoires sont très nombreux aux concerts gratuits qui sont donnés pendant la semaine de musique.Mais les auditions payantes de l'année se ressentent-elles de cette tentative d'inculquer dans le peuple le goût des concert?Il ne le semble pas.La présence de phonographes et de radios dans presque toutes les demeures, la fréquentation toujours croissante des cinémas et des music-halls qui donnent de la musique de toutes qualités pendant les trois heures de la représentation, la vie chère ou plutôt le luxe devenu indispensable, sont des motifs qui éloignent les gens des concerts.Les spectacles sportifs coûtent cependant aussi cher que les auditions musicales et l'on sait le chiffre élevé des recettes des spectacles sportifs populaires.Si le goût de la musique n'est pas encore tel qu'on pourrait l'espérer, le Delphic Club n'en a pas moins droit à des félicitations pour son beau travail, et il faut encore espérer que ses auditions de chaque année finiront, à la longue, par entraîner les gens à prendre le chemin des concerts.QUEBEC FAIT UN BEL ACCUEIL A L'OPERA DE M.J-ULRIC VOYER Le Théâtre de la Porte Saint-Jean a été témoin d'un événement musical qui fera époque à Québec.C'est ainsi qu'il faut qualifier la représentation de 1' "Intendant Bigot", œuvre lyrique de source et de facture canadienne, la première à s'inscrire parmi les productions des musiciens de chez nous.L'immense auditoire qui remplissait le théâtre a fait à cet opéra un accueil très chaleureux et très sympathique.MM.J-U.Voyer et Alfred Rousseau ont droit d'être fiers de cette soirée, que tout Québec attendait avec impatience.Bien présenté par des interprètes choisis, sous la direction vigoureuse et experte de M.Edmond-J.Trudel, chef d'orchestre, cet opéra canadien a fait une excellente impression.Celle-ci s'est traduite, après le deuxième acte, par une longue ovation à l'adresse des auteurs, puis de tous les artistes.C'-était souligner, comme il convenait, le mérite exceptionnel de M.Voyer, tout spécialement, de s'être attaqué, le premier chez nous, à une œuvre d'aussi grande envergure et d'en avoir tiré un heureux parti.Créer un nouveau genre, c'est déjà un titre à l'admiration.L'Auditorium était bien rempli.Sir Lomer et Lady Gouin honoraient de leur présence cette soirée de musique canadienne, placée sous le haut patronage de l'honorable M.Athanase David, Secrétaire Provincial.Madame L.-A.Taschereau, madame Antonin Galipeault et madame Joseph Edouard Perrault occupaient la loge des châtelains de Spencer Wood, qu'accompagnaient le lt-col.D.-B.Papineau, A.D.C, et le lt-col.J.-D.Brousseau.Bref, nombreux et distingué auditoire.Les deux auteurs avaient aussi pris place dans une loge, avec les membres de leur famille.Le livret de cet opéra, dû à MM.J.-U.Voyer et Alfred Rousseau, nous reporte au vieux Québec de 1757, sous l'administration de l'Intendant François Bigot.Les deux auteurs nous font assister à la lutte que se livrent deux personnages d'inégale condition, le Maxquis Gaston de Saint-Germain et Raymond, un chasseur, pour le cœur d'une jolie brunette, Gemma.L'intendant Bigot s'interpose entre ces deux amoureux, et veut gagner lui-même la lutte en faisant dispa- 9 10 raître l'objet de leur amour.L'intrigue est bien développée, et fait honneur à ses .auteurs.M.Voyer a écrit pour ce livret une musique qu'il a réussi à adapter heureusement au drame.Il a accompli là un effort héroïque.A travers toutes ces pages, il a déployé une inspiration très personnelle et une imagination toujours soucieuse de rester dans les cadres de l'œuvre.Cette musique a des qualités réelles, qui mettent en relief les sentiments de chacun des personnages.Elle met dans la bouche de 1' "Intendant Bigot" des accents d'une grande vigueur, tandis qu'elle se fait gracieuse, très chantante, quand c'est le Marquis de Saint-Germain qui s'adresse à la délicate Gemma.Certaines parties de l'œuvre sont particulièrement remarquables, telle, par exemple, la gavotte du troisième acte, gracieusement enlevée, hier soir, par un groupe de fillettes Bref, M.Voyer a fait une œuvre qui s'appuie sur de solides qualités et qui mérite de durer."L'intendant Bigot" a eu des interprètes qui sont restés à la haûtur de leur tâche.Mademoiselle Marie-Rose Descarries a été très applaudie dans le rôle de Gemma, où elle a joint à une voix fraîche un joli talent scénique.- M.Arnold Becker, basse, un acteur de grande expérience, nous a donné de 1' "Intendant Bigot" une composition adéquate; il a bien fait revivre l'intriguant personnage.M.Louis Gravely, fait un Marquis de Saint-Germain d'une suprême dignité; le magnifique chanteur qu'il est n'a pas manqué d'être très applaudi.-MM.Paul Trottier (Raymond) et Roméo Mousseau (Tomon), ténors de la Société d'Opérette, ont été très au point.Madame Dupuis-Becker, mademoiselle Caro Lamoureux, de Montréal, et M.J.-E.-A.Cloutier, basse, de Québec, ont apporté une précieuse contribution au succès de cet opéra.Le régisseur général, le Dr Paul Trépanier, en est aussi responsable pour une large part.M.Edmond-J.Trudel, chef d'orchestre, a droit à des éloges car il a dirigé avec fermeté l'exécution de cet opéra.Il avait une tâche difficile à remplir, et il s'en est acquitté en musicien averti).Les chœurs nombreux qu'il y a dans cette œuvre sont tout particulièrement bien faits; ils ont été chantés par un groupe de bonnes voix.En somme, cette première représentation de 1' "Intendant Bigot" a remporté un succès mémorable, dont MM.Voyer et Rousseau ont raison de se réjouir.-, iy''À HAROLD BAUER, PIANISTE Harold Bauer, pianiste américain renommé, a donné hier au Théâtre Princess, un concert que nous tenons à qualifier de remarquable.Il s'est révélé à son auditoire comme un musicien d'une sensibilité exquise, d'une intelligence plus qu'ordinaire et d'une technique parfaite.Bauer venant d'un centre où les réputations, souvent échafaudées du jour au lendemain, sont discutables, avait d'abord à vaincre un auditoire, sinon très nombreux, du moins fort sceptique, sur les célébrités qui viennent de l'extérieur; il a conquis tous les suffrages, s'est fait applaudir discrètement, mais sincèrement par les connaisseurs qui l'écou-taient et a laissé à Montréal une impression plus que favorable.Si l'on consulte le programme qu'il a choisi on doit se rendre compte que Bauer est un musicien exquis de la vieille école et qu'il délaisse volontiers les artifices modernes pour se complaire à la reddition d'oeuvres connues, devenues pour la plupart classiques dans leur genre particulier, et presque toujours profondément humaines dans leur conception.De Bach, il a joué la Partita en Si bémol, écrit pour la harpe mais transcrit pour le piano par Bauer lui-même.Puis viennent, le Scherzo en Do Mineur, de Chopin, la Fantaisie en Do Majeur, de Schumann.Cette dernière, la pièce de résistance du programme, le Prélude, Choral et Fugue, de Cézar Franck, Capriccio en Si Mineur de Brahms, l'Impromptu en La Mineur de Schubert et enfin Ondines, de Ravel.Comme on le constate par cette nomenclature intéressante, sauf pour la dernière pièce, Harold Bauer semble demeurer un des derniers tenants de la musique classique et romantique au milieu de la nouvellêr "musique moderne qui voudrait tout submerger.Harold Bauer avait sa place à Montréal.Parce que profondément humain, il préfère le mysticisme et la sensibilité à la description proprement dite, et le programme qu'il a rendu hier était tout à fait repesant.Il mérite bien la réputation qu'on lui a faite de technicien remarquable, mais il semble surtout doué d'une sensibilité exquise et d'une délicatesse raffinée.U plaît, c'est bien; il charme, c'est beaucoup; il emporte, c'est tout.- o- QUEBEC ENTEND UN INTERESSANT TRIO Mlle Fabiola Poirier, Mme H.R.Goodday et M.Louis Gravel au Château Le concert du Club Rotary au Château Frontenac, hier soir, a remporté un magnifique succès.Les organisateurs avaient eu le don de choisir des artistes aimés du public, comme sont mademoiselle Fabiola Poirier, soprano de Montréal, madame H.R.Goodday , violiste, et M.Louis Gravel, baryton, l'un des chanteurs que notre population aime le plus entendre.Un auditoire nombreux et distingué avait répondu à l'invitation du Club Rotary.La salle du Château Frontenac était bien remplie, en effet, et les artistes reçurent un chaleureux accueil.Les recettes le ce concert étaient destinées à l'un des plus vieux hôpitaux de Québec, l'Hôpital Jeffrey Haie.Mademoiselle Fabiola Poirier, soprano, chantait pour la première fois à Québec depuis longtemps.Elle arrive d'un séjour d'étude prolongé à Paris, où elle a fréquenté les plus grands maîtres.L'auditoire a aimé sa voix pure, souple, également belle dans tous les registres et qu'elle manie avec beaucoup d'art.Mademoiselle Poirier a donné un groupe de chansons françaises, anglaises et italienns, peut-être interprétées un peu froidement, mais bien détaillées.Elle a recueillit des applaudissemests et des rappels.Madame Goodday, violoniste, a joué avec mademoiselle Sybille Lax une Sonate de Grieg en cinq mouvements.Les deux interprètes ont bien rendu cette oeuvre, et madame Goodday s'y est particulièrement distinguée par sa sonorité et la souplesse de sa technique.Mademoiselle.Lax l'a très brillamment secondée au piano.Un groupe de pièces valut un nouveau succès à Mme Goodday.M.Gravel a remporté son succès habituel, en dépit du fait qu'il eût à lutter contre un léger rhume.La douceur et le charme de sa voix n'en, ont pas souffert.Le grand chanteur a donné beaucoup de relief aux pièces qui apparaissaient à son programme, et qui lui permirent de mettre en évidence sa diction parfaite, que ce soit en français, en anglais et mémo en italien.Inutile de dire qu'il a été religieusement écouté et applaudi avec enthousiasme.En duo, mademoiselle Poirier et M.Gravel ont chanté un extrait d'Hamlet et un de Montréal, Avril 1929 Manon.Ils ont su très bien marier leurs voix.Des éloges doivent être décernés aussi à l'accompagnatrice de M.Gravel, mademoiselle Cécile Kircuac.et à l'accompagnateur de mademoiselle Poirier, M.Jean-Marie Beaudet, organiste de Saint-Dominique, qui ont fait admirer leurs solides qualités de pianiste.Bref, ce concert a remporté un succès dont le Club Rotary a droit de se réjouir.- o ——— CONCERT DE Mlle FABIOLA POIRIER Mlle Fabiola Poirier, qui chantera prochainement Salomê dans Hérodiade, avec les chanteurs de Montréal, nous a donné le mois dernier dans la salle du Ritz-Carlton un récital des plus intéressants.Dans un programme' fort éclectique, nous avons constaté, avec le public nombreux qui remplissait la salle, combien le séjour à Paris a été profitable à notre excellente soprano dramatique.La froideur qui nuisait à l'exécution, les années précédentes, a disparu et l'artiste rend parfaitement justice aux auteurs interprétés.La diction est parfaite et l'audition de chacune des pièces a été une vraie révélation pour tous.Nous conseillons aux amis du "bel canto" de ne pas manquer d'aller applaudir Mlle Poirier quand elle sera à -l'affiche.Elle mérite pleinement les éloges de M.Fourestier, le jeune et déjà célèbre chef d'orchestre de la Symphonie de Paris, qui disait que Mlle Poirier fera honneur à tous les Impressarii qui la présenteront au public.- o - UN FESTIVAL MUSICAL SERA DONNE A SAINT-HYACINTHE La Société philharmonique de Saint-Hyacinthe célébrera les 27 et 2S juillet prochain le cinquantième anniveror.ive de sa fondation.A cette occasion un festival musical sera donné ave le concerns das fanfares suivantes qui ont déjà promis d'y asister: l'Harmonie de Sherbrooke, l'Union musicale des Trois- Rivières, 1 Harmonie de iDrummondville, l'Union musicale de Juliette, la fanfare de Granby, la fanfare de Sorel et la philharmonique de Saint-Jean.-1 0 - M.E.C.MacMILLAN ET LE JAZZ Un journal local)' attribuait récemment à.M.E.-C.Mac-Millan, directeur du Conservatoire de Musique de Toronto, une opinion absolument contraire à son appréciation fondée sur le bon goût artistique.On l'a représenté comme favorable au jazz, on a même laissé entendre qu'il recommandait ce genre de musique., M.E.-C.Mac-Millan n'a pas tardé à protester, dès qu'il out connaissance de la publicité accordée à ces dires errotës.Dans une lettre écrite à,un musicien très en vue de Québec il écrit: "Je ne puis pas voir comment on peut avoir torturé le sens des remarques que j'ai faites (lors de ma conférence à Montréal) pour me faire dire que je le recommande.J'ai dit que l'exécution de ce genre était quelque fois habile et fréquemment très bonne, mais (pour citer ma propre expression) que le jazz n'était pas plus nutritif au point (le vue musical que les cocktails sous le rapport diététique.Toutefois je suis habitué à me voir interpréter de travers." 1 Prenons-en bonne note: M.MacMillah, comme tous les musiciens de valeur et de formation classique, n'est pas et ne sauj rait être le champion du Jazz. Montréal, Avril 1929 Mlle Genuine i.oBei CONCERT DE Mlle LeBEL Dans une intimité bien faile pour mettre en valeur des mélodies précieuses, Mlle LeBel nous a fait passer de tiop courts moments de pure jouissance artistique.Douée d'une voix claire et bien timbrée, alliée à une diction parfaite, elle sait mettre en valeur tout ce qu'elle chante.D'oeuvres aussi diverses que celles de Debussy.Fauré.Medtner.elle a tiré, ce semble, tout le parti possible, et a donné à chacune le meilleur d'elle-même.El dans l'interprétation des vieilles chansons populaires, elle s'est révélée artiste versatile, capable d'aborder avec goût lu chanson légère comme la mélodie suvante.Au piano, M.Alfred Lallberté.dont on a applaudi les harmonisations élégantes, prêtait à la cantatrice l'appui sûr et discret de son accompagnement.Pourquoi Mlle LeBel se contente-t-elle d'une centaine d'auditeurs, d'amis plutôt Elle appartient au public qui l'a appréciée daus ses auditions au radio, ou chaque mot portait, avec l'accent juste, toujours fidèle interprète de la pensée de l'auteur Souhaitons d entendre plus souvent cotte aitiste.le public lui eu sera reconnaissant.-o- LES CHANTEURS DE NOTRE-DAME t'ne erreur de mise en page est cause que notre dernier numéro ne faisait pas mention du concert si Intéressant donné au Monument National par la Chorale des Chanteurs de Montréal, augmentée du chœur d'enfants de Saint-Laurent.Au lever du rideau, ce beau groupe d'enfants, partie en soutanes rouges, d'autres en soutanes noires, a conquis l'auditoire.C'était autre chose comme présentation, et ce fut autre chose aussi comme exécution.- La grande majorité des Montréalais connaissent la majorité la maîtrise d?N: tre-Dame, mais beaucoup ignoraient, avant le concert, la beauté des voix denfants, et la façon magistrale dont M Dupuis sait les diriger.Dans les comptes rendus de l'excellent musicographe M.Fred.Pelletier, on verra le cas qu'il faut faire de cet excellent ensemble: à la demande générale, le programme du précédent concert sera répété au Monument National le lundi.15 courant.Tens ceux qui n'auraient pu assister à la première audition se doivent d'aller l'encourager cette fois-ci Au moment où les Chanteurs Italiens nous visitaient, nous avons entendu émettre l'opinion qu'il serait possible de créer à Montréal une chorale de même valeur, du moment que l'on prendrait, pour la styler, les mêmes moyens, le même montant d'argent et le même temps.Cela est possible, certainement: mais quel groupe accepterait, à Montréal, la discipline et le travail, long et fastidieux, que cela nécessiterait ?Trouver 80 ou 100 belles voix est chose facile, mais la vie canadienne diffère de la vie romain, et l'abnégation demandée là-bas serait sans doute difficile à obtenir ici.Néanmoins, souhaitons qu'un jour, Montréal ait son chœur diocésain, auquel contribueraient toutes les paroisses de Montréal.Nous avons de belles églises, de belles orgues.Demandons que ce cadre magnifique serre aux manifestations artistiques, dont tout le monde bénéficiera.- o - Nécrologie M.GUSTAVE LABELLE Professeur de i ioloiirell:' M.Gustave Labelle.bien e-onnu dans les cercles musicaux, est décédé le premier courant, à I âge de 51 ans.en sa demeure.7SC9.rue Saint-Denis.Il s'apprêtait à se rendre à l'église quand 11 se sentit gravement indisposé et succomba peu après.Le défunt enseigna la musique, étant attaché au conservatoire de l't'niversité McGill et aussi à l'Institut de Nazareth.M Labelle avait joué dans les principaux théâtres de Montréal et des Etats-Unis.II fut l'un des fondateurs de ITnion des musiciens.Il était de même l'un des juges pour les examens du prix d'Europe.Il fut membre de l'Académie de Musique de Québec.Il organisa, il y a quelques années, le trio Beethoven, et fut l'un des collaborateurs de l'Ecole de Musique de Montréal.U prit l'Initiative de former un quatuor de violoncelles, organisation inconnue jusqu'à ce jour, dans notre ville.Pendant ses nombreuses années de professorat, il avait toujours été un professeur dévoué, foil estimé de ses nombreux élèves, qui comptaient parmi ceux-ci des musiciens connue, entre autres Gabriel Cusson et Brabm Sand, tous deux prix d'Europe.11 laisse de nombreuses competitions pour violoncelle, et plusieurs suites d'orchestre, qui furent très appréciées du public.U était le fils de Charles Labelle.maître de chapelle de Notre-Dame, et fondateur de l'Association Chorale de St-Louis de Franc».- o - DANS LE PROCHAIN NUMERO Paraîtra daus La Lyrr du mois de mai "PRIERE", morceau de concert pour piano, par Henri Miro.13 LE FESTIVAL DE MUSIQUE CANADIENNE DU 19 MARS Nous avons la bonne fortune d: pouvoir présenter à nos lecteurs la photographie des artistes qui ont bien voulu prêter le précieux concours de leur conscience artistique et d .¦ leur réel talent à la défense des œuvres de chez nous, dans l'unique soirée payante de la semaine de musique.Toutes les œuvres Interprétées étaient fort Intéressantes.Les meilleurs critiques musicaux ont été unanimes à en proclamer la valeur et à décrire l'enthousiasme du public qui a obligé les artistes à bisser plusieurs des œuvres présentées.Il semble, de plus en plus, que le public, juge suprême en fin de compte, manifeste sa prédilection pour la musique compréhensible, mélodique rythmée.L obscur, le nébuleux, il l'applaudit, car il est bon garçon, mais c'est si discret.Et si l'on regarde ses voisins et surtout certains musiciens au tempérament sensible, vibrant.l'en s'aperçoit vite que nous sentons tous pareillement: si certains n'osent l'avouer, ils ne sont pas assez maîtres d'eux-mêmes pour empêcher qu'on s'aperçoive qu'ils pensent autrement qu'ils ne veulent l'avouer.Je suis persuadé que le public ne veut plus être étonné: il veut de plus en plus comprendre.Les Interprètes se sont surpassés, tirant tout le parti possible des pièces à défendre.Ils ont été fêtés et c'est justice.Mlle Annette Lasulle 14 (¦¦iliii lirnnlt L'éloge de Mme Cédia Brault et de M.Leo-Pol Morin n'est plus à faire.Ils sont aimés et fêtés partout.Mlle Annette LaSalle, arrivée d Europe il y a quelques mois à peine, est vite devenue une des favorites du public, qui aime sa sincérité et Bon excellente technique.M.Victor Brault.non content de former d'excellents élèves, a eu la bonne fortune de grouper pour ses "Heures musicales" les meilleurs d'entre eux pour former sa "Can-toria".dont les exécutions lui font grand honneur.En plus.M.Victor Brault est un aimable compositeur qu'on applaudit avec plaisir.M.le Dr Whitehead a ouvert le concert en conduisant trois chansons canadiennes qu'il a harmonisées.A pre pou de cette résurrection du folklore, ne faut-Il pas regretter que des chansons souvent légères, toujours sans prétention, soient quelquefois habillées si gravement, j'allais dire si lourdement; c est comme si l'on voulait faire danser un menuet par de gros paysans, en lourds sabots.Dernièrement on nous a donné des arrangements de Radoux, Dupuis et autres.Le public n'a véritablement été emballé que par un petit nombre.Les harmonisateurs veulent nous faire prendre au sérieux des choses simplement spirituelles, avec un peu de sel gaulois, et souvent beaucoup de naïveté alliée à beaucoup de fraîcheur de sentiment.Ces chansons ne doivent pas servir de simple piétexte à des devoirs d'harmonie, dans lesquels on ne relèveiait aucune faute contre les règles, mais où l'on semble avoir habillé dans une robe de l'olret une belle et bonne fille île campagne qui n'a besoin d'aucun far il pour montrer de belles Joue3 roses et des lèvres bien rouges.Attendons quelques années encore, et de toute cette éclosion d'arrangements, le public fera un choix éclectique où nous choisirons sans hésitation des jolies chansons habillées dans le costume qui leur convient.En tel minant, déplorons à nouveau l'apathie du public, qui n'a pas répondu à l'attente des organisateurs.A peine 400 personnes pour une ville d'un million i.La question de langue et de race ne peut être invoquée, puisque les Anglais, MM.Geo.Brewer.James Callihou.Oscar O'Brien, Ernest MacMillan.Dr A.Whitehad partageaient les honneurs de la soirée avec MM.Victor Brault.Ch.Beaudouin.Albert Chamber land.Claude Champagne, Lionel Daunais, Henri Gagnon.Rodolphe Mathieu.Geo-Emile Tanguay.Où était le public qui, avec raison certes, se presse d'habitude, au Princess, pour entendre les comédies musicales américaines et françaises.Comment espérer avoir un jour chez nous des Messager, des Samuel Rousseau, des Ravel si l'on n'encourage pas les jeunes musiciens, si l'on ne veut pas leur permettre de vivre de leur art ?Est-ce que M.David aurait raison quand il dit faire assez pour la musique ?Ne recevons-nous pas moins que la peinture et la sculpture, cependant moins aimées du public, duquel on tire la monnaie ?Est-ce que les cinémas et les sports vident toutes les bourses ?Et la génération nouvelle ne demandera-t-ellc pas des comptes sévères à ceux qui ont mission de la diriger ?Léo-Pol Morin CONCERT DE Mme HCRTENSE LORD Voilà une nouvelle artiste aux débuts fort promeneurs.Il y a tro's ans à peine, élève de M Léo-Pol Morin, elle participait au concert du studio de cet excellent profeiseur.Et depuis celle époque, elle u su se placer au premier rang de nos pianistes montréalaises, par l'autorité et l'aisance de son Jeu.et la juste compréhension des pièces exécutées Il y a quelr.ue< semaines.Madame Lord, à Salnt-Sulpice d'abord, au Rltz-Carlton ensuite, accompagnait joliment lu grande ar tlste française, Madeleine Monnier.Ces Jours derniers, avec le concours de Jean liellanil.le violoncelliste qu'on ne se lasse pis d'entendre.Madame l.ord nous a ilonn'• un vrai régal au Ladles Ordinary du Windsor Le progiiii.nue varié a donné- une idée de la versallté de cette artiste, h laquelle nous souhaitons tout le succès que mérite toujours le travail, Joint a l'amour de son art et à la probité artistique.Montréal, Avril 1929 LA CANTATE DE THEODORE DUBOIS SUPERDEMENT CHANTEE l.a Jolie cantate de Théodore Dubois."|.ci Sept Paroles du Christ", a été- superbement rendue par le chu-tir de chant de la paroisse du St-Nom-de-J?sus de Worcester, Mats.Kl', sous l'habile direction de M.Ercd Uamache.organiste et maître de chapelle.L'église était remplie, et bien qu'il ne fut pa- facile a l'assistance d'exprimer sa satis-faction, étant dans un lieu Siint.le silence religieux avec lequel on écoutait chacune des sept parole i avec les explications qui leur fuient données, témoignait mieux c,ue des applaudissements auraient pu le faire, l'appréciation de la foule Les principaux soli furent rendus par Klit Dora Auger, soprano et M.BMftr Fontaine, baryton, et tous deux se sont vraiment sur-pas ,és par leur bonne interprétation surtout dans "O vos omnes" et ' Hodle".Les autres solistes qui ont également contribué au succès artistique du programme étaient: Mlle Cécile Loiselle.M.Edmond Malate-ta.M.Emeric Lamontagne et M.Frédéric La Ion té.Le chii'ur de chant comprenant cinquante-deux voix était puissant et son interprétation de cette belle iruvre fut excellente.C'est M.l'abbé Albert Aubertln qui expliqua chacune des sept paroles avant l'exécution.Les quatre prêtres de la paroisse étaient présents dans le sanctuaire et on remarquait aussi parmi l'assistance, plusieurs personnes venus du dehors.L'office se termina par le Salut et la Bénédiction du Saint Sacrement.DANS LE PROCHAIN NUMERO 'fout le monde devrait se procurer La I.yrr du mois de mal afin de pouvoir entendre et jiuer "PRIERE", la dernière composition de M Henri Miro.Yicd.r UnittII Montréal, Avril 1929 15 4 I j 1KW LES DEBUTS DU TRIO TRUDEL-CHAMBERLAND-BELLAND Comme nous l'annoncions «lans notre dernier numéro, le Trio de Montréal, composé de MM.Edmond Trudel.pianiste, Albert Chamherland.violoniste et Jean Belland.violoncelliste, donnera son premier concert murdl le 16 avril prochain, ù S h.45 précises, dans la salle des Chevaliers de Colomb.1191 rue île la Montagne.Le programme de ce premier concert se compose des trios suivants : 1.—Trio op 1.No 3 .Beethoven 2—Trio op.32.Arensky 3.—Trio op 63.Schumann Avec un pareil programme, et exécuté par de pareils artistes, il faut que tout Montréal qui aime la musique se fasse un devoir d'assister au concert.U est entendu que ces messieurs ne font pas une question d argent de leurs cone-erts; mais on ne peut leur demander de prendre sur leur temps pour essayer de donner des exéertlins sans reproches, et encore d'en être de leur argent.Il nous faut donc encourager ces messieurs, de façon à ce que le Trio de Montréal porte la renommée de notre ville non seulement au Canada, mais encore, un peu plus tard, cher nos voisins, où Ils recevront la consécration certaine des musiciens.LES SEPT PAROLES A MAISONNEUVE Le Vendredi Saint au soir, la chorale de la paroisse du Três-Salnt-Nom-de-Jésus de Malsonneuve n donné une magistrale audition de la célèbre cantate de Théo, Dubois, "Les Sept Paroles du Christ", sous la direction habile de M.le notaire Théo.Legault.maître de chapelle.Les solistes avalent de fort Jolies voix et les cherurs furent très bien rendus.Disons aussi que les voix d'entant sont Jolies et bien exercées.M.Bernard Brien.organiste titulaire de l'église, était l'accompagnateur.Il s'acquitta de cette tache délicate de façon tout a fait experte.L.M.CONCERT DE CH.GOULET En la salle Ladies Ordinary de l'hôtel Windsor, remplie à sa capacité par un élégant et chic auditoire, où l'on remarquait plusieurs figures marquantes dans le domaine de la musique a Montréal.M.Charles Goulet, baryton, donnait hier soir son récital annuel.Par un choix de pièces d'un genre fin.spirituel, d'une écriture distinguée et où f fuiraient des œuvres de Schumann.Leoncavallo.Radoux.Paer.O'Brien et d'autres, le sympathique interprète sut captiver son auditoire et le tenir sous le charme durant deux heures.Dans le "Grand Air" i Maître de Chapïllei de Paer.M.Goulet a fait preuve de belles qualités vocales et l'Interprétation bien personnelle qu'il en a donnée lui a mérité de chalureux applaudissements.M.Goulet a aussi chanté les ' Premiers br.urgeons" et "Les frère.* ennemis", de Schumann, ces deux pièces toujours agréables à entendre.Cne petite pièce d'O'Brien a été goûtée on ue peut plus.M.Eric Zimmerman, violoniste, exécuta avec art une sonate de Greig.un arioso de Ba'-h et nombre d'autres pièces toutes fort bien réussie* et applaudies.MM.Oscar O'Brien et Rex Battle accompagnaient au piano M.CHARLES GOULET ET LES OEUVRES CANADIENNES M.Charles Goulet, le baryton bien connu, mérite toutes les félicitations d'avoir mis dans son programme du dernier concert plusieurs compositions de M.Oscar O'Brien.Ce dernier, plus connu du public par quelques harmonisations du folklore canadien, poisède un beau talent de compositeur qui sera plus apprécié lorsque nos chanteurs suivront l'exemple de M.Charles Goulet.Il est trè» rare, en effet, que les artistes qui prennent des engagement pour le* concerts, interprètent des œuvres de nos auteurs.La Lyre, dans son album musical, publie tous les mois des romances, chansons et morceaux de p'ano rui peuvent rivaliser aver certaines œuvres d'auteurs européens A notre point de vue.la plu* grande faute échoit aux pro fesseurs de chant surtout, qui ont le défaut de faire chanter à leurs élèves rien que du grand opéta.Nou* pouvons constater dans les concerts de radio les effets néfastes d'un tel enseignement.Les élève* ne possédant pas des dispositions et le talent nécessaire pour Interpréter des extraits d'opéra se ron dent ridicules devant les auditeurs Me* s'eurs les professeurs devraient prendre note du précédent de M.Charles Goulet et tâchei de l'imiter dans l'avenir.MADAME HORTENSE LORD ET M.JEAN BELLAND Excellent programme que celui qu'exécuta l'autre soir, a l'hôtel Windsor.Mme Hortense Lord, notre réputée pianiste locale.Du Schumann, du Chopin, du César Franck et du Bach, il y avait de tout cela au menu artistique servi avec un art consommé par Mme Lord C'est dire que les fervents des grands classiques s'y sont délectés.U faut voir voltiger, sous les doigts agiles de la planiste, les fameux "Papillons" de Schuman et reconnaître le bruissement de leurs ailes dans la succession de notes vives et légère.* dont se compose ce chef-d'œuvre pour se faire une Juste idée de 1 âme que cette artiste sait mettre dans l'exécution des glands maîtres.' Papillons" n'est certes pas un morceau nouveau mais il fait toujours pla'alr de l'entendre et l'auditoire a montré sa satisfaction de le revoir au programme.Le reste du programme n'y fut pas infé-tieur.Les trois parties du "Concerto italien" de Bach, par exemple, ont constitué un début ties piometteur et la suite n'a pas déçu le nombreux auditoire Il ne faudrait pas passer sou* silence la large part qu'a eue au succès de ce concert M.Jean Belland.dont la renommée n'?st plus à faire chez les amateurs de violoncelle.La délicieuse "Sonate en fa d èze mineur" de Jean Huré.qu'il a rendue avec tant d'âme, lui a valu de sincères applaudissements Mme Lord l'a parfaitement second* au piano.Artiste élégant et surtout sen -i-ble, M.Belland devrait nous faire goûter plus souvent et surtout plus longuement le* de lices qu'il sait titer jl habilement de HOB violoncelle.Comme fin de programme.Mme Lord avait choisi un "Impromptu" de Chopin, un "Prelude" très court mais délicieux de Scriablne.la "Danse lente" de César Franck, et "Se^'ui-dllla" d'Albeniz.Pour satisfaire ses nombreux admirateurs, la pianiste dut accorder deux rappels que couvrirent les applaudissements.Est-ce à dire que tout fut parfait dans l'exécution d'un programme aussi difficile que celui d'hier soir ?Hélas ! la perfection n'est pas de ce monde.Mais il faudrait tellement s'ingénier pour trouver des points faibles au jeu brillant de Mme Lord, qu'on préfère y renoncer.L'expression si artistique des moindres nuances n'a pas nui ou ttès peu à la technique soignée que tout le monde connaît à cette artiste.C'est là la récompense d'un travail sérieux et assidu.Quant à M.Belland.son jeu fut simplement merveilleux.Aussi le public espère t-il réentendre sous peu ces deux artistes.Une Monetise Lord 16 Montréal, Avril 1929 LA VIE MUSICALE Notre orchestre cesse ses concerts, pour ce printemps — Les Chanteurs de Notre-Dame et les leçons qu'ils donnent — Une lettre à méditer La "Revue du Chant Grégorien" — La Schola Cantorum et les conférences de son directeur.Après trois concerts sur les quatre ou six qu'il devait donner, le Montreal Symphony Orchestra a terminé sa saison.On parie de reprendre régulièrement ces concerts à lau-tomne de façon à créer dès le début de la prochaine saison une série régulière qui débuterait avant que les gens aient fait leur programme pour tout l'hiver.Devant les saisons irréguiières des années dernières et de celle-ci, en l'absence de tout plan définitif et conçu d'avance, bon nombre d3 personnes n'augurent rien de propice de ces hésitations, de ces atermoiements.En ceci, M.J.-J.Gagnier n'est nullement en cause.C'est lui qui a fondé l'orchertre et qui dirige les concerts; c'est lui qui a fini par grouper et intéresser des personnes capables de supporter des concerts.Mais sa responsabilité cesse là et se limite maintenant à la seule partie musicale.C'est le comité de bailleurs de fonds, ou de garantie des déficits, — on ne sait au juste, — qui est responsable et si les concerts ne se donnent pas, ou se donnent irrégulièrement, ou s'arrêtent à mi-chemin, c'est à leur timidité et à leur psychologie mal inspirée qu'il faut l'attribuer.D'abord et pour beaucoup de raisons diverses, le dimanche, et surtout le dimanche après-midi, ne vaut rien pour ces concerts.Fasse encore pour le temps où les évêques n'avaient pas publié leur mandement collectif de novembre 1927 et pour les concerts qui se donnaient le dimanche soi» Mais le dimanche après-midi, même s'il n'y avait aucune restriction à observer, ne vaut absolument rien, quoi qu'on ait auguré, l'an dernier, d'une seule et unique expérience.Beaucoup de gens, pour qui c'est le seul jour de repos, ne sont pas prêts à aller s'enfermer pendant deux heures, s'il fait beau, et n'aiment pas à sortir, s'il fait mauvais.Un nombre trè3 grand de personnes n'ont que cet après midi-là pour remplir certaines obligations.Par exemple, il serait instructif de compter le nombre de parents qui ont de» enfants pensionnaires, soit au collège, soit au couvent, et qui, quel que soit leur attrait pour la musique, ne sacrifieraient certainement pas la visite hebdomadaire tant attendue.J'en connais qui, aujourd'hui, férus du concert dominical en matinée, déploraient amèrement, il y a quelques années, de ne pouvoir y aller, pour cette raison.Il n'y a que les célébrités mondiales qui puissent, et encore ! faire certains sacrifices aux gens, parce qu'on ne saurait se dispenser de paraître à certains endroits, pourvu que ça n'arrive pas trop souvent.Un soir de la semaine, toujours le même, judicieusement choisi, — pour beaucoup de raisons, le mercredi est le p're, — vaut mieux que tous les dimanches.Le dimanche soir vaut mieux que le dimanche après midi, lequel ne vaut rien.Cela c'est un fait, mais pour s'en rendre compte il faut être en contact avec la population et non pas seulement avec la Société.Aux concerts de cet hiver, c'étaient les sieges à bon marché qui étaient remplis, non tant parce qu'ils étaient bon marché que parce que ceux qui les prenaient étaient des personnes qui sont forcées de calculer et même de l'aire certains sacrifices.L'art réservé à ceux-là seuls qui ont des loisirs ne réunit jamais la foule.Quant à la partie administrative, on doit supposer que ceux qui composent le comité doivent, étant des hommes d'affaires, savoir que l'on gaspille plus d'argent à faire des économies mal dirigées qu à faire tout de suite les dépenses qu'il faut.L'idée de garantir les déficits, si elle était la base de l'administration, peut facilement conduire à diminuer le nombre des répétitions, par exemple; ce serait dans ce cas une politique désastreuse.C'est en tout cas une politique qui fermerait vite les portes d'un établissement industriel.Il n'y a réellement qu'un moyen de mettre l'orchestre sur des bases solides: la formation d'un fonds assez riche pour garantir toute une saison sans tenir compte des recettes possibles et en laissant au chef d'orchestre toute la latitude possible pour le nombre de répétitions qu'il a seul autorité pour décider, pour les cachets à payer et pour les engagements à faire.Ce n'est pas quelques dizaines de mille dollars qu'il faut y mettre, mais quelques centaines, si c'est nécessaire.Or ceci n'est pas si difficile à réaliser qu'on semble le croire.Pourquoi n'intéresserait-on pas toute la population à l'orchestre ?Je tiens de M.Henry Judson, gérant de l'orchestre de Philadelphie, les détails suivants sur une campagne faite dans cette ville pour l'orchestre.Il y avait alors dans le livre de téléphone de Philadelphie environ cent cinquante mille noms de maisons d'affaires, de bureaux, de compagnies commerciales et industrielles, de particuliers.A chaque nom, on demanda une souscription de deux dollars et l'on reçut dans les environs de quatre-vingt mille dollars'.Chose remarquable, il y eut beaucoup plus de particuliers qui répondirent que de raisons sociales.Ce qui s'est fait il y a un bon nombre d'années dans cette ville ne pourrait-il se répéter ici aujourd'hui ?L'objection que la correspondance nécessaire à cette campagne mangerait la moitié des profits a été tournée là-bas, par les membres du bureau d'administration qui ont personnellement payé ces frais.Tout le monde sait que le comité d'administration du Montreal Symphony Orchestra est composé d'hommes qui ont toujours manifesté un grand zèle pour cette cause et pour la cause de la musique en général.Ils y mettent, personne n'en doute, tout l'argent qu'ils peuvent, et l'on ne peut leur reprocher d'avoir d'autres intérêts qui réclament aussi leur temps et leur bourse et qui diminuent ce qu'ils désireraient faire, pour l'orchestre.Ils doivent compter sur l'aide du public, mais pas seulement sur l'aide apportée par l'achat d'un ou deux billets, fût-ce même pour chaque concert.L'autre concours, plus essentiel, ils l'obtiendront en intéressant directement la n:asse à l'existence da l'orchestre, en lui fanant comprendre que c'est elle qui contribue le plus à sa vie, qu'elle l'a fait sien en donnant, si peu que ce soit, ce qu'il faut pour qu'il vive.On parle de coopération, d'opinion publique musicale.Quel meilleur moyen y a
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