L'oiseau bleu /, 1 janvier 1929, novembre
PUBLIÉE PAR LA SOCIETE SAINT.JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Itédnrtion, AdmlnlHlrnlIun et Publicité 1182.nie Snlnt-Lnurent MONTREAL.Téléphonei LAocailfr t.'WI Abonnement annneli Canada et Etats-Unis: 50 sons (Payable au pair à Montreal) CONDITIONS SPECIALES BU école*, collés rm et con venta Vol.IX — No 9 MONTREAL, NOVEMBRE 1929 Le numéro: 5 sous L'OISEAU BLEU Votre ami, Guy de Fontgalland Chers petits lecteurs! Connaissez-vous ce nouveau modèle de la jeunesse, cette fleur du paradis, poussée sur notre terre?Ce petit Guy de Fontgalland?— Non, n'est-ce pas?— Pourtant, la réputation de ce petit Français a déjà fait le tour de l'Europe et je crois qu'elle vient d'arriver en Amérique où elle sera bien accueillie, surtout dans notre cher Canada.Je ne vous raconterai pas tous les détails de l'existence de notre ami Guy.Non.Je vous dirai seulement quelques faits de son édifiante vie, afin que vous puissiez admirer toutes les merveilles accomplies par la grâce, dans l'âme d'un si jeune enfant.Il avait votre âge.Guy est né le 30 novembre 1913 dans la grande ville de Paris, capitale de la France.Sa pieuse mère le consacra pour trois ans à Marie, lui fit donner le baptême la veille de l'Immaculée-Conception et l'éleva avec Boin dans l'amour de Jésus et de sa divine Mère.Ses efforts furent récompensés, car toute sa vie il fut fidèle aux dévotions que lui inspira sa maman.Cette belle âme d'enfant fut vite mûre pour le ciel; aussi, en 1926, au matin de l'année, Jésus et Marie vinrent la chercher comme ils le lui avaient dit intérieurement à l'âge de 7 ans et plus tard au soir de sa onzième année.Guy voulait être prêtre; Dieu en fit un ange.Heureux enfant.Notre-Seigneur dit un jour à sainte Gertrude: "Pense à moi et je penserai à toi".C'est bien ce que fit notre petit Parisien.Très souvent, sa pensée quittait la terre et volait jusqu'au ciel.Il était si pur, si franc et si généreux, que la Trinité Sainte habitait avec joie ce petit temple vivant et le comblait des douceurs de sa divine présence.Et lui, dans ses célestes causeries, se donnait avec générosité à son petit Jésus-.Dès sa plus tendre enfance, ses yeux se fixent sur Jésus, il veut l'imiter le plus parfaitement possible.Ne le vit-on pas un jour pendant que sa mère lui mettait une paire de gants neufs, l'arrêter brusquement et lui dire: "Maman, le petit Jésus portait-il des gants?— Non mon chéri." Alors, dit l'enfant, tout pensif: "Je n'en porterai pas".Sa vie entière est remplie de ces fleurs de générosité.Impossible de ne pas se laisser prendre au charme de ce bon petit coeur.Il aime Jésus, de toute son âme et redit souvent ce nom terrible et doux, avec foi et charité.Il a la simplicité des enfants de Dieu.A sa mère qui lui demande ce qu'il a dit à Jésus après sa première communion: il répond qu'il avait écouté son ami, car "Jésus et son Guy" s'entendent à la perfection.A Marie, la mère de Jésus, il donne le nom affectueux de "Ma maman du ciel" et pour se rappeler son souvenir, il voudra que tous les objets qui seront à son usage, soient de couleur bleue ou blanelie.Aussi, Marie le prit-elle en spéciale affection.— En 1924, il était à Lourdes, le pays de l'Immaculée.Il y pria d'une façon exceptionnellement appliquée et remarquée de la foule des pèlerins.C'est pendant une des nombreuses visites qu'il fit à la grotte miraculeuse que Marie lui dit intérieurement: "tu mourras bientôt".Cette nouvelle ne l'émut pas, car il savait qu'il allait auprès de son petit Jésus.Guy pensait au ciel, c'est très vrai; mais il n'oubliait pas ses amis de la terre.Son père, son frère Marc et surtout sa tendre mère venaient en première ligne après Dieu.A sa bonne maman il dévoile tous ses secrets, cependant il en réserve un : c'est celui de l'approche de sa mort.Il est si bon fils qu'il ne veut pas affliger sa mère par une telle révélation.Il aime le pape, et pour lui, il rêvait de construire un "aéro", afin de permettre au Pontife romain de se promener au-dessus du Vatican.Cet ange de la terre ne pouvait plus rester parmi nous.Il le savait, et quand, le 7 décembre, au milieu de la nuit, il eut une attaque de diphtérie, il comprit qu'il ne lui restait plus que quelques jours à vivre au milieu des siens.Il se décida à dévoiler son terrible secret."Maman, dit-il, j'ai un secret à te dire.mais, bonne maman, je vais te faire pleurer.— Parle mon chéri".— Et s'enlaçant de toute la force de ses petits bras autour du cou maternel il dit bien doucement: "Le petit Jésus m'a dit que j'allais mourir bientôt" .Des larmes abondantes furent ln seule réponse de sa mère.— "Oh! ne pleure pas, bonne maman.c'est Jésus qui le veut".C'était le point de départ de son calvaire.Des souffrances horribles qui le purifieront vont le conduire jusqu'au 24 janvier.Le saint enfant va accepter ces douleurs pour expier sa vie d'écolier pendant laquelle, il fut quelques fois inattentif: plus occupé des idées de l'autre vie que de ses leçons.Enfin, le 24, un samedi, il fit ses adieux aux membres de sa famille et envoya chercher le prêtre qui lui donnerait l'Extrême-Onction.C'est entre les bras de sa maman, qu'il reçut les sacrements des mourants et qu'il prononça ces demie- L'OISEAU BLEU ¦ res paroles: "Jésus, je t'aime".et paraissant sourire à quelqu'un — "Maman!" — Son âme avait brisé son écorce terrestre pour se jeter dans les bras de sa "Maman du Ciel".Il était allé roir l'autre côté du ciel, et se joindre aux anges ses frères.Voilà, chers petits lecteurs, la vie d'un de vos amis.Elle vous apprend la générosité, la franchise et le don de vous-mêmes à Jésus, afin de trouver en sa compagnie, le bonheur sur cette terre et la gloire dans le ciel: notre demeure éternelle.LOUIS LES SOUVENIRS Qu'ils soient d'or ou de marbre; qu'ils soient au fond d'un coffret, des brindilles d'herbes ou des bouts de ruban; qu'ils soient entre les feuillets d'un livre, d'humbles fleurettes ou de magnifiques pensées, les souvenirs, ces riens roses, résistent au cruel sort de l'oubli.Qu'ils soient même, cette guirlande fleurie, enrubannée faite de toutes nos actions, de tous nos gestes glissant furtivement au fond de notre coeur, les souvenirs, vivantes choses, délicats anneaux d'une chaîne précieuse s'entassent & mesure que se déroulent les minutes exquises et demeurent quand tout passe.Mais à l'heure de l'affaissement, ils viennent, essaims joyeux, effaçant par le reflet consolant qu'ils renvoient, les couleurs mystérieuses d'un rêve trop tôt brisé.Les souvenirs reviennent aussi quand le coeur les appelle, quand la mémoire veut les tirer de la cassette thésaurisatrice pour éparpiller aux yeux ébahis le mirage chatoyant des jours heureux; comme au soir agonisant d'une belle journée, sur le pâle horizon, le crépuscule laisse un dernier vestige de la beauté du jour disparu.Les souvenirs.petits poèmes gracieux et tendres, chantent dans toutes les notes, les fêtes par excellence; celle du tout petit aux boucles blondes; du vieillard aux mèches argentées, remémorant tout ce que nous aimons.Les souvenirs.antiquités d'un passé défunt, reliques d'une vie a jamais éteinte, fleurissent le bord de la montée, enguirlandent la descente, et parfument l'existence tout entière.0 Souvenirs! Vivantes choses.Encore vous vivrez, quand nos lèvres seront closes.Alice de VALCOURT LA BELLE OCTAVIE (Extrait du "Journal d'une Campagnarde") La belle Octavie vient de mourir.Quel désarroi dans notre petit village! Cette mort c'est un peu le deuil de chacun, car elle était un ange cette fille, et tous l'aimaient.Ah! il y a vraiment de bien braves gens sous lo ciel! Aussi belle de l'âme que du visage, toujours douce et souriante, elle semblait avoir du soleil dans son sourire.Ses beaux cheveux noirs bien lisses sur les tempes, ses yeux tour à tour graves et rieurs, sa bonté, sa finesse, sa compassion, tout contribuait à faire d'elle un de ces être privilégiés qui sèment le bonheur sur leur passage.On l'avait surnommée "la belle Octavie" à cause de son beau visage et de son grand coeur.Et jamais un nom n'avait été mieux porté.Devenue moins jeune, elle n'en était pas moins belle, quoique un peu plus songeuse et de cheveux grisonnants.Mais quel sourire jeune et quelle voix charmante! C'était plaisir de la voir passer dans le petit sentier pour aller soigner ses poules.Ce qu'elle leur en disait des choses, et ce que le soleil mettait de beaux reflets sur son fin visage! .Mais nous ne la verrons plus.D'autres printemps viendront, d'autres printemps et d'autres étés, et nous ne la verrons plus ouvrir ses volets au soleil, semer ses radis, jeter le grain aux poules, et mener dans les herbes humides, sa vnche aux cornes arrondies.La belle Octavie ne l'est pas mariée.Et cela, non pas faute de prétendants, mais pour avoir soin de sa vieille mère.Elle lui garda toujours une vénération sans bornes qui fut la source de son inlnssable dévouement.Chaque fois qu'un nouveau "cnvalier" se présentait, la vieille, en suppliant, disait à sa fille: "Tu sais, mon enfant, je veux mourir dans ma maison; tu n'es pas pour me lnisser seule" .Et tout de suite la réponse venait, réponse dictée pnr l'amour qui va joyeusement jusqu'au sacrifice: — "Non, non, vous savez bien que je pars pas.Je ne m'en irai jamais; soyez tranquille! .Chaque fois, l'amoureux s'en allait, et la vieille recommençait a être heureuse.Mais cette pauvre femme, qui avait de l'âge, dépérissait graduellement.Sa vue s'affaiblissait, son dos se courbait, ses jambes tremblaient.Cette année surtout, depuis la fin de l'été, après que les brises fraîches eurent annoncé l'automne, elle toussait, se plaignait, se traînait péniblement les pieds.Et la belle Octavie, inquiète et désolée, redoublait de soins, l'encourageait de ses paroles douces et de son rire clair.— "La santé va revenir, vous allez voir, disait-elle.Et plus vite L'OISEAU BLEU que vous pensez! Tenez, voilà pour votre rhume, le sirop de sucre et d'oignons.Voici votre tisane do sureau blanc et puis le remède du vieux docteur, qui va vous guérir, certainement".Elle ne disait pas que pour payer cette potion célèbre elle avait tricoté en cachette une douzaine de paires de bas.L'automne vint tout à fait, sapant la sève des plaines, arrachant les feuilles jaunies, et jetant dans l'air les plaintes de son vent farouche.Tout était dépouillé, tout était nu et triste.La nature mourait lentement.Plus de ces jours tièdes qui mettent le coeur en joie, plus de ces après-midi heureuses et chaudes où tout rit, où tout chante sous le frémissement du soleil ; plus de ces soirs embaumés où l'amour sort comme par magie de tous les pores de la terre.C'était l'heure des rafnles et des choses mortes.Le haut peuplier, sous la fenêtre, achevait de perdre ses feuilles.U n'en restait plus que trois ou quatre, balancées furieusement par le lugubre vent de novembre.Et la vieille disait souvent: "Je partirai avec la dernière feuille.Quand on est vieux on ne tient plus qu'à un fil.Vois-tu, quand la dernière feuille tombera, ce sera à mon tour".Chacune de ces paroles entrait comme un dard cruel au coeur d'Octavie.Et voilà la brave fille qui se met à chercher un moyen d'empêcher la dernière feuille de tomber.— "Tant que ma mère la verra, se dit-elle, elle nura plus de courage, et la guérison viendra.Il faut absolument qu'il reste une feuille au peuplier! .Mais rien n'empêchera les gelées de la dessécher cette feuille, et le vent de l'emporter.Il n'y a qu'une chose à faire, c'est d'en tricoter une.Quant à la forme j'en suis capable, en tricotant à mailles serrées.Le plus difficile c'est la couleur.Moitié verte, moitié jaune.Ah! j'y arriverai bien.Moitié verte, moitié jaune." La belle Octavie court ouvrir ses tiroirs.U y a un bout de laine verte qui reste d'un veston tricoté pour le pauvre père Joson, l'année dernière.Mais rien de couleur jaune.Chez les bonnes voisines elle ne trouve rien non plus.Il faut donc aller au magasin du village pour chercher un paquet de teinture.Aussitôt la brunante venue, pendant que la malade repose, elle se rend à pied au village, et revient toute trempée par une pluie torrentielle qui l'a surprise en chemin.Mais elle a la précieuse teinture jaune.En peu de temps la laine est teinte et mise au grand vent pour sécher.Dès qu'il fait nuit, avec hâte, avec joie, elle commence son tricot.Dans sa petite chambre froide, sous la lampe fumeuse, elle crée la feuille de laine, qui, aux yeux de la chère vieille, éternisera la vraie feuille, la feuille du peuplier.Un vieux fil d'acier est ensuite passé autour et dis- simulé avec soin.Voici maintenant ln feuille artificielle prête à prendre place sur la branche desséchée.Il n'y a pas de temps à perdre.Déjà le jour commence à poindre.Et la dernière feuille est sur le point de tomber.Allons, vite à l'ouvrage! Avec des précautions infinies, la noble fille entnsse roches et souches au pied de l'arbre, pour en atteindre les branches.Elle y parvient après des efforts inouïs.A plusieurs reprises elle croit qu'elle va tomber et se fendre la teto sur le sol.Le vent gronde et siffle; il hurle autour des maisons et fait ln brait des grandes vagues.La voilà qui est toute en sueurs, et dans sa hâte, elle ne s'aperçoit pas qu'il neige à gros flocons et qu'elle est toute enveloppée de frimas.Ses vêtement sont glacés sur elle.Le vent souffle de plus en plus fort, et la voilà qui tremble à en claquer des dents.Elle a froid maintenant jusqu'aux os.Enfin, la feuille de laine était necrochée.Mais la brave fille rentra avec un frisson terrible qui devait l'emporter.C'est en vain que toutes les voisines, atterrées, l'entourèrent des soins les plus maternels.Au milieu des larmes et des lamentations de tous, elle mourut quelques jours après, d'une forte attaque de pleurésie.Et ce fut la belle Octavie qui s'en alla avec la dernière feuille du peuplier.Blanche LAMONTAGNE-BEAUREGARD Téléphone: Invention qui sert à propager les cancans et à connaître l'heure.Rideau: Entrave à la curiosité d'autrui.Chat: Médecin qui guérit la maladie du sommeil. L'OISEAU BLEU I Historiettes et Bons Mots Expérience refusée Le duc de Wellington, qui gagna la batailjc de Waterloo, n'aimait pa» qu'on le dérangeât inutilement.Les audiences qu'il accordait étaient généralement de courte durée.C'est à peine s'il indiquait un siège à ses visiteurs, quelle que fût leur qualité.On lui annonça un jour, vers midi, à l'heure où il allait quitter son bureau, un individu qui insistait vivement pour le voir.Fnites-le entrer, commanda le duc.— Qu'est-ce que vous voulez, interroge brutalement le terrible homme de guerre?— J'ai l'honneur d'apporter à Votre Grâce une veste à l'épreuve de la balle, balbutia lo visiteur.— Cest bien, dit Wellington, mettez-la.L'inventeur rayonnant, se dit tn petto: — Ça va.le duc veut voir l'effet que ma veste produit sur le dos de quelqu'un.Et, tout heureux, il endossa la veste magique.Un soldat parut.—Va me chercher un fusil chargé! lui or-donna-t-il.Alors l'inventeur se rua vers la porte et disparut en courant sans demander son chemin.* * • En consultation Le docteur.— Votre bébé n'est pas gravement malade.Madame, un peu de fièvre.Je vais tâcher de la lui couper.La petite soeur.— Je cours chercher les ciseaux, monsieur le docteur.» • * La manie de prendre Moi, monsieur le juge, j'ai toujours pris les Intérêts de mes clients.Le juge.— Evidemment: mais vous preniez aussi leurs capitaux.• « • L'oubli de soi-même Je t'aime tant ma Catherine, disait Baptiste à sa femme, que je voudrais nttirer sur moi tous les maux qui te sont destinés: mal de dents, mal d'oreilles, etc., etc.— Et s'il est dit que je doive devenir veuve?— Que je devienne veuf avant toil » * • — Quel est le comble de l'honnêteté pour un domestique?— C'est de ne jnmais prendre un escalier dérobé.» * • — Quel est le comble de la probité pour un débiteur?— C'est de rendre le dernier soupir.• • • Nouvelle servante — Je vous préviens que je suis un peu sourde.— Tiens! moi aussi.— Tant mieux, nous pourrons nous entendre plus facilement.CE QU'IL FAUT LIRE Achard (Eugène): Aux bords du Richelieu.Alexis (Père), des Frères mineurs Capucins: Le Canada historique et pittoresque.Bourassa (Napoléon): Jacques et Marie.Conan (Laure): L'Oublié.Daveluy (Mlle Marie-Claire): Les aventures
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