L'oiseau bleu /, 1 janvier 1933, mai
PER Û-sy CON REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE POUR LA JEUNESSE PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAIT-J EAN-BA PTISTF.DE MONTRÉAL Rédaction, Administration et Publicité: 1182, rue Saint-Laurent MONTRÉAL Téléphone: PLateau 1131 Abonnement anuel: Canada et États-Unis: 50 sous (Payable au pair à Montréal) CONDITIONS SPÉCIALES aux écoles, collèges et couvents VOLUME XIII — No 10 MONTREAL, MAI 1933 Le numéro 5 sous - LE SEMEUR 258 -OISEAU BLEU LE M MU I Dès l'aube il a quille la paille de l'alcôve.Car l'amour du travail est un vif aiguillon.11/ docker dort encor le pieux carillon; Il a'agenouille et dit la prière qui sauve.Il puise le grain d'ambre au sac de toile fauve, Et, d'un geste rythmé, le répand au sitton.Comme un prêtre, l'eau sai?ite avec le goupillon.Son rêve voit mûrir la plaine encore chauve.Et les corbeaux goulus volent derrière lui Pour se gorger avant qu'il promène la lierse.C'est une aumône aussi que le printemps leur verse.Donne au sol le froment.Quand le jour aura fui.Entre, raillant semeur, dans ta chambre-Ile cluse.Donne au sol le frome 't, au foyer l'enfant rose.Paniphile LE MAY En l'honneur de Dollard Le 24 mai, il est maintenant de tradition de célébrer la fête de Dollard.Dollard des Ormeaux et ses jeunes compagnons, en faisant de leur corps un rempart contre lequel vinrent se briser les hordes iroquoi-ses, sauvèrent la Nouvelle-France en 1660.Leurs noms sont inscrits en lettres d'or au fronton de notre histoire.La patrie reconnaissante leur a élevé un monument au parc La Fontaine, à Montréal, qui rappelle aux générations du présent leur vaillance et leur héroïsme.La jeunesse de nos écoles et de nos collèges se doit, en ces jours d'épreuves et d'inquiétudes plus qu'en tout autre temps, de commémorer avec amour l'anniversaire du combat du Long-Sault, afin d'y puiser des leçons de fierté et de patriotisme."Sans avoir besoin d'être auréolé par la légende, par la seule vertu de son dévouement historiquement constaté, Dollard, écrit M.Aegidius Fauteux, est devenu le héros par excellence du Canada français.De tous nos valeureux ancêtres, c'est celui sur lequel notre souvenir s'arrête avec le plus de complaisance et avec le plus de fierté.Mieux qu'aucun autre il incarne toutes les belles qualités dont s'honore à juste titre la noble race française: enthousiasme, désintéressement et bravoure."L'admiration que nous éprouvons devant le sacrifice de Dollard et ses compagnons est entière et sans mélange: nous sentons pleinement qu'il est impossible à l'Ame humaine de s'élever plus haut.A la fois preux et martyrs, nos héros canadiens unissent les deux gloires 1rs plus belles." Fêtons partout Dollard.Que ce soit là.notre mot d'ordre.Le 24 mai c'est la fête du souvenir, c'est la fête de la jeunesse.Vivent Dollard et ses preux, tous morts au champ d'honneur! _ Viator BONS MOTS EN CLASSE Le professeur.—Qu'est-ce qui se passait au Canada en 1H73?L'élève.—Je ne sais, monsieur, je ne lisais pas encore les journaux u cette époque.DANS LE MENAGE Madame.Qu'est-ce que tu connais dans la toilette des femmes '! Monsieur.—Le prix. L'OISEAU BLEU 259 "UNE PETITE SOEUR DES ANGES** Mai joli, mai, mois de la Vierge, me suggère de vous entretenir de la vie d'une "toute petite sœur des Anges".une petite sœur il nous, Canadienne comme nous, née chez nous.Le Père Cadoux, M.S.C., pardonnera il Fauvette de puiser largement dans la biographie qu'il nous a tracée de Marthe Sasscville, biographie de publication récente atteignant en peu de temps son 13e mille.L'expansion rapide de cette vie sereine parle bien de la popularité de l'enfant que je propose à tous mes lecteurs, jeunes ou vieux.Marthe Sasscville naquit le 10 novembre 1925 à l'ombre du clocher de Sainte-Anne-des-Monts, sur la côte gaspésienne.Des le lendemain, l'eau baptismale fit chrétienne l'enfant qui reçut le nom de Marthe-Hermine, prénoms qui, plus tard, lui feront répondre quand on lui demandera: "A qui la petite fille?" — "Marthe à papa et Hermine à maman!" La neuvième enfant de la famille Sasscville fut consacrée, immédiatement après son baptême, il la sainte Vierge.Bébé à quinze mois, des joues rondes, une bouche mignonne et petite, des yeux noirs oh! combien mutins!.oh! que graves parfois aussi! Charmante petite Marthe avait le don de faire cesser la lecture, quand papa lisait son journal en famille.La petite "escaladait de son mieux les genoux paternels, s'y installait comme sur un perchoir et à force de caresses, forçait son papa il lâcher sa lecture." Marthe était très sensible, simple et fort franche.Lui demandait-on une récitation.Sans se faire prier, elle exécutait tout ce qu'elle savait et cela, sans timidité aucune."Le bon Dieu l'avait douée d'une nature parfaitement équilibrée, joyeuse et calme." "Kilo aimait le silence et se faisait oublier pendant des heures.On la découvrait presque toujours dans quelque coin qui s'amusait avec ses poupées, leur parlait il mi-voix, insouciante de ce qui se passait ailleurs".Marthe était-elle alors enfant parfaite?Que non! Elle était tenace jusqu'à l'entêtement et vive jusqu'à l'emportement Laissons parler "sa petite maman chérie": "Une fois, écrit-elle.Marthe avait fait la méchante.Je voulais qu'elle se chausse seule.Klle en avait l'habitude depuis longtemps; mais ce matin-là.non, elle ne voulait pas.Klle disait que sa chaussure lui faisait mal.Comme j'insistais, elle arracha sa bottine et me l'envoya par la tête.Elle avait à peine trois ans.N'importe, c'était grave.Aussitôt, je la mis en pénitence, à genoux, devant l'image du Saeré-Cu'iir.Je lui ilis de rester là, tant qu'elle ne serait pas prête à me demander pardon.Pauvre Titite! quel chagrin elle a eu.Mais tout de même, elle resta bien un gros quart d'heure à genoux, pleurant toutes les larmes de ses yeux, avant de se décider à baisser pavillon.Enfin, elle me demanda pardon, se leva, prit de l'eau bénite, fit son signe de croix et se précipita dans mes bras, en me disant de sa voix la plus douce: "Le petit diable est parti, maman.Titite ne sera plus méchante".Petite Marthe était habituellement obéissante et surtout très franche.Un accident survenait-il.cassait-elle quelque chose, vite, nana détours, elle avouait le méfait.Primesautière, Marthe l'était.Voici un fait «lui la croque sur le vif.La "maman avait mis à part un lot de friandises en recommandant à ses plus jeunes enfants de ne pas y toucher, car 260 L'OISEAU BLEU ces bonbons-là étaient pour lu "visite".Marthe aussitôt de mettre son manteau, son chapeau et ses gants.Klle sortit alors, frappa à la porte, et en entrant: "Maman, je suis de la "visite*"! dit-elle.Connaissez-vous la façon dont Marthe disait son chapelet?Hello leçon pour nos petits! Sur chaque grain, avec amour, elle répétait: "Bon Jésus, je vous aime!" Jamais Marthe sortit sans aller à la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs voir "le pauvre Jésus qui saigne".La Passion du Christ la subjuguait."Maman, disait-elle souvent, contez-moi le Calvaire".Nos petits entendent-ils la messe aussi bien que Marthe autrefois?Laissons parler l'autour."Elle suivait toute la messe attentivement, les yeux fixés sur le prêtre, dont elle ne perdait pas le moindre mouvement, tout en récitant son chapelet.Comme elle paraissait contente de pouvoir dire après la messe: "Je n'ai pas tourné la tête!" Pieuse.Marthe l'était.Bien des traits frappants nous dévoilent la beauté si pure de cette "petite sœur des anges"."Depuis l'âge de trois ans.Marthe avait l'habitude de dire à chaque sonnerie de l'horloge: "Bon Jésus, je vous aime!." On raconte môme — ceci date de l'hiver do 191 I-I9l"i qu'un jour.Monsieur et Madame Nassovillc avec leurs enfants, les quatre aînés, attendaient un train à la gare de Rimouski.L'horloge de la salle se mit tout à coup il sonner l'heure.Aussitôt les quatre voix argentines d'entonner d'un commun accord: "Bon Jésus, je vous aime!" Il y avait beaucoup de monde.On sourit sans doute, mais ce sourire amusé cachait plus d'admiration qu'autre chose, peut-être".Un fait nous laisse voir Marthe jouant avec son ange gardien."Vous jouez comme cela, rien qu'à vous doux?— Oh! dit-elle, j'ai invité aussi le vôtre et celui de grand'maman.Je les ai si bien cachés que le mien no peut pas les trouver.Je vous dis que je ris.!" —Et le mien, où est-il ?dit sa mère.—Là-haut, le voyez-vous au sommet de l'escalier?répondit l'enfant.Marthe était petite fille affectueuse."Elle ne laissait jamais partir son père pour la banque sans courir l'embrasser".Que de fois elle dit à sa maman: "On s'aime bien nous deux, hein, maman ?" Le Bienheureux Eymard avait coutume de dire: "Le ciel couronne les saints.C'est l'Eucharistie qui les fait".Marthe se prépara au grand jour de la Première Communion par dos sacrifices nombreux: privation d'un dessert, obéissance plus prompte, bonne contenance devant la taquinerie, promptitude à se lever le matin et surtout long jeûne de son "bâton de crème" qu'elle achetait tous les samedis et qu'elle ne mangeait que le dimanche."Détail touchant, sa mère en trouva un, dans le petit coin habituel, après la mort de l'enfant".Klle reçut Jésus-Hostie le 19 mars 1930, jour de la fête do saint Joseph.Klle avait 4 ans 4 mois 9 jours.Dieu tardait de venir chercher pour Lui seul ce petit ange de la terre.Elle disait souvent avoir hâte "à Pâques!" Pourquoi, lui demandait-on?— C'est mon secret! Kn effet, elle tomba malade le 6 avril.Rien de grave tout d'abord, puis le Jeudi saint, 17 avril, elle communia pour In dernière fois.Petite Marthe ne revint pas à la santé.Son entrée au ciel se fit le jour de Pâques.Son bien-aimé Jésus vint chercher cette enfant très pure que fut toujours Marthe Sasseville, petit ange expirant en prononçant les dernières paroles que lui suggérait sa "petite maman"."Bon Jésus, je vous aime! Mon petit bon ange, venez me chercher!" Puisse cette brève esquisse de la vie d'une enfant de chez nous vous aider à aimer Jésus en réalisant la parole du Pape Pic X: "Il y aura des saints parmi les enfants!" Fauvette I.'OIuhu bleu t»l publi» pur I» Société Salnl-Jean- llaptlate *i« Montreal 1IS2.rue Suint Laurent, à Montréal.Alphonse di> ta Kuobelle.tir.rt.Mir La revu* ne parait paa en lufllM et aoOt. L'OISEAU BLEU CORRESPONDANCE Abeille tie Marie Puisse votre apostolat si profond être béni toujours! Je prie que Dieu vous fasse bien large la part de ses faveurs de ehoix.Bonne santé toujours.Nicole — Hun- succès aux prochains examens scolaires qui arrivent a grands pas.C.L.—J'ai reçu la "fameuse" missive de Guy, écrivant au nom de sa classe.Je remercie l'institutrice (que vous connaissez sans doute) de m'avoir fait envoyer correspondance si agréable, si pleine de l'âme de ses bambins.Bons succès à chacun d'eux et i.leur dévouée institutrice.Feu Follet Bonnes amitiés à l'amie "isolée" qui se complaît dans la solitude de "Chez nous".La santé vous revient-elle?Quand donc m'écri-rez-vous, vilaine silencieuse?Cordial bonjour.Papillon Je suis certaine que les religieuses du Christ-Roi ont leur couvent à (iaspé.Ces religieuses ne se donnent que pour les Missions.Je ne puis vous faire tenir tous les renseignements demandés.Ecrivez à la révérende Mère Supérieure.Elle se fera un plaisir de faire connaître sa communauté florissante.Guy — Merci de la lettre.Vous êtes petit ami taquin.Fauvette vous dit son meilleur bonjour.Frou-Frou—Il est bien des biographies d'enfants dont je peux vous faire tenir les titres et auxquels j'ajoute les vies de jeunes gens ou de jeunes filles exemplaires.La moisson est belle, même en ce XXe siècle de matérialisme.Avez-vou8 lu.Marthe Sasseville, par A.Cadoux, M.8.C.; Consummate, du Père Plus; Toujours plus haut, du P.Dragon; Deux enfants, du P.Marmoiton.Toutes ces publications peuvent être obtenues & nos librairies de Montréal ou de Québec.Amical bonjour! Câline Bonnes amitiés à vous et aux chers vôtres que je salue bien cordialement.Soeur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal.Thérèse Eoisy, Waterloo; Marcelle Laflcur, Napierville; Rachel Fontaine, Baliscan; Marie-Rose Quesnel, CMneville; Gra-tienne Lapointe, Watcriiltc, Maine; G.Houle, Montréal; Alice Raymond, Verdun; J.-H.La-chance, Montréal; Marg.Rochon, iMchute Mills: Gertrude Dugal, Montréal, Anita Roussel, Nashua; Mariette Saint-Laurent, Kimouski; G.Beaudoin, Rosette, Rimouski; Camille C, Montréal.Sn'ur Jeanne et Fauvette saluent affectueusement tous leurs nombreux correspondants.C.F.Le coin du phii.atbi.istk Les beaux timbres de l'Année Sainte L'inspiration religieuse en philatélie — Encore des nouveautés américaines — Exemples à imiter — Que ferons-nous pour le l,e centenaire du Canadat Les timbres d'un caractère religieux tiennent une place d'honneur en philatélie tant pour leur charme graphique que pour leur pieuse inspiration provoquée par les événements d'ordre supérieur dont ils rappellent le souvenir.Ils sont fréquents depuis quelques années.Nous nous proposons d'en dresser l'imposante liste un de ces jours, qui demandera un travail assez considérable.En attendant nous sommes heureux de présenter la nouvelle émission de la Cité du Vatican, mise en vente le jour même de l'ouverture de l'Année Sainte — 1er avril — laquelle marque, comme on le sait, le 19ème Centenaire de la mort du Rédempteur.La série, merveille de gravure, est l'œuvre du Maître Shirnbôck, auteur des magnifiques timbres d'Autriche, à la gloire des musiciens, peintres, poètes, etc., de ce pays; et du professeur italien Fedcrici.Elle compte cinq dessins répartis sur 17 timbres réguliers et un sixième dessin identique sur les timbres-exprès.L'ensemble se totalise & 49.57j/£ lires, soit environ S3.00 au cours actuel.Le montant est plutôt élevé pour le commun des collectionneurs.Heureusement, ces jolies vignettes circuleront pendant toute une année et, de ce fait, il sera possible, espérons-nous, de se le» procurer oblitérées à bon compte.Il suffira d'être patient.Au prix de la valeur faciale, et même au double, on fera un excellent placement.Voici la nomenclature complète de l'émission: le premier chiffre correspond A celui des vignettes au dos de cette page.TIMBRES RÉGULIERS (1)—5c.— Armoiries pontificales.(2)—10, \2\A, Lr», 20 et 25c.—Palais du Vatican, vu de la place Saint-Pierre.(3)—30.50, 75 et 80c.—Vue des jardins du Vatican; au fond le dôme de Saint-Pierre ITALIE Timbre do l'Année Sainte.ims Le pape outrant la porte saint*. 262 L'OISEAU BLEU (4)—1 1., 1 1.25, 2 1.75 — Portrait de Sa Sainteté Pie XI (5)—5.10 et 20 1.—Vue de l'église et de la place Saint-Pierre.TIMBRES-EXPRÈS (6)—2 1.et 2 1.50 — Vue a vol d'oiseau de la Cité du Vatican.Le timbre, fidèle historiographe, n'avait pas manqué de se joindre à la célébration de l'Année Sainte de 1936.La série cette fois est émise (en 1924) par l'Italie — la Cité du Vatican n'existait pas encore.Elle es! composée île six timbres, chacun d'un sujet différent et chacun grevé d'une surtaxe de 50% en vue d'aider aux frais du Jubilé.I«cs vignettes, en deux couleurs, de grand format rectangulaire, mollirent quatre basiliques: 20c — Ste-Marie-Majeurc; 30e— St-Jean de Latran; 50c- St-Paul et 60c— St-l'ierrc.Sur le 1 lire, on voit le Pape ouvrant la Porte Sainte; et sur le 5 lires.Sa Sainteté fermant cette même porte.Le tout forme un total de 7.00 lires, plus une taxe 3.80 lires, soit environ .75c de notre monnaie.Cette série est plutôt rare; veinard est le collectionneur qui peut se la procurer à moins de $2.00.De tous les pays, l'Italie s'honore de la publication du plus grand nombre de timbres où préside l'esprit religieux.Mentionnons entre autres, et dans la môme note que ceux décrits plus haut, les quatre timbres (20, 30, 50c et 1 lira) parus en 1923 en commémoration du 3ème centenaire de l'institution de la Congrégation de la Propagation de la Foi.D'un seul dessin principal — le Christ annonçant la lionne Nouvelle au peuple — mais chacun avec une modification dans l'un des portraits et l'une des armoiries ornant les coins, la collection est unique: elle est la seule au monde à reproduire les traits de Notre Seigneur.Ces timbres ont peu circulé par la poste.Enlevés par les collectionneurs dés leur apparition, ils se trouvent à- l'état neuf.C'est une grande aubaine quand on peut se les procurer tels quels, et une plus grande encore si on les découvre oblitérés.Nous avons annoncé dans notre dernière chronique l'émission prochaine aux États-Unis d'un timbre de 3c il l'occasion du 150ème anniversaire (19 avril) de la fin de la Révolution américaine.Il convient, pour être & jour, d'ajouter A la liste des nouveautés la vignette Oglethorpe, 3c Violet, émise par nos voisins, le 12 février, à l'occasion du 200èmc anniversaire de la Cleorgie.Le général .lames Edward Oglethorpe, dont l'efligic est reproduite, fut le fondateur de la colonie de la Géorgie dont il jeta les bases à Savannah.Né a Londres (1696) Oglethorpe, après s'être distingué dans l'armée du prince Eugène dont il devint l'aide-de-camp, tourne les yeux vers l'Amérique où il songe A établir une colonie de miséreux qui, de tout temps, ont pullulé en Angleterre.En 1732, le territoire entre les rivières Altamaha et Savannah est ITALIE Timbre du 3e centenaire de la Congregation de la Propagation de la Fol.tm L'OISEAU BLEU 263 KTATS-UNIS Timbre Oglethorpe — 2e centenaire de la Oeorgle.12 février 1933.concédé à un groupe dont il est le chef et, le 12 février 1733, il aborde à Yamacraw Bluff avec les premiers colons et jette les fondations de Savannah.Le pays est nommé Géorgie en l'honneur de George II; Oglethorpe le gouverne pendant 10 ans et en fait un rempart contre les Espagnols.Rentré en Angleterre, il est mis en accusation, puis acquitté pour une défaite subie à Saintc-Augustine (Floride) ; la même aventure se répète, avec un second acquittement, il la suite de son échec contre les partisans des Stuarts.En 1756 il abandonne la (Jeorgie à la Couronne et en 1765 devient commandant en chef de l'armée royale.Son rôle plutôt brillant, en Amérique, est terminé.Il meurt en 1785.Il faut lui reconnaître le mérite d'avoir combattu l'esclavage et d'avoir fondé une colonie stable.Au moment où on lira ces lignes, auront été émis ou seront & la veille de l'être, encore aux États-Unis, deux commémoratifs du centenaire de l'incorporation de Chicago et en même temps de l'Exposition internationale qui aura lieu cet été en cette ville.L'un, de le, représentera le vieux fort Dearborn, relique historique chore à Chicago; l'autre, de 3c, fera voir l'édifice de l'administration de l'exposition en style ultra-moderne formant un contraste piquant avec le Fort Dearborn.Nous aurons l'occasion de les reproduire.Voilà autant d'exemples louables au double point de vue religieux et profane, dont nos autorités voudront, peut-être, un jour s'inspirer.Ce ne sont ni les occasions ni les sujets qui manquent.Songe-t-on qu'un an à peine nous sépare du 4ème Centenaire de la découverte du Canada.A défaut des grandes fêtes projetées et que les temps difficiles réduiront forcément à.de modestes proportions, une belle série de timbres s'impose en cette circonstance mémorable.L'AUTRICHE «près avoir publié sept timbres à l'effigie de ses musiciens, tous Illustres (1922), six autres consacrés à ses poètes (1931), nous présente six autres vignettes, de 12 g.à 1 s., à l'Image de ses peintres suivant le type cl-contre.Tous ces portraits finement gravés par Bhlrn-boex.l'un des auteurs des timbres de la présente Année sainte, sont encadrés de véritables enluminures; Ils sont l'objet d'une surtaxe au bénéfice d'oeuvres de charité.Qu'on se mette donc à l'œuvre sans perdre un instant.Nous avons des Kcoles de Beaux-Arts, nous avons des artistes: qu'on sollicite sans retard leur concours.Tout en rendant hommage au liasse, nous ferons valoir nos talents.Et le timbre, dont l'influence rayonne sur toute la terre, se chargera d'établir leur renommée et de proclamer celle de notre histoire.Phil.Atiikly UN CLIENT EXIGEANT —-Garçon, votre poulet n'a que les os et la peau.—-Que voulez-vous de plus, la plume?CENTENAIRE DE CHICACO Timbres de le et 3c oblitérés le jour de l'émission — livrés après parution en mai.Enveloppe entière .15 2 enveloppes .25 Timbre Newburg 150e anniv.lin Révolution américaine — Oblitéré le 19 avril, jour de l'émission.Enveloppe entière .10 3 enveloppes.25 Timbre Oglethorpe — 2e centenaire de la Géorgie — Oblitéré 12 fév.jour de l'émission à Savannah, enveloppe entière.-'0 3 enveloppes.25 NOUVEAUTES et RARETES * Neufs — t Série complète 10 — * t Axerbaidjan, compris Mussolini.10 7 — Italie, 1930, anniv.Virgile, sujets divers de l'Enéide, etc.15 6 — Irak, 1923, premiers timbres de ce pays, sujets diff.: — mosquée, animaux, etc.20 4 — 'Nynia, 1901.bicolores — girafe et palmiers .07 12 — *Sax«, 1919.timbres chemin de fer.05 5 — Turquie, 1931-32, neufs et oblit., portrait Kemal Pasha.05 1919, premiers timbres de ce pays — sujets divers coloriés.25 10 — 'Arménie, 1921, sujets mythologiques, paysages, etc.15 14 — 'Bavière, 1919.timbres chemin de fer .05 3 — tCréee, 1932, amiraux de Navarin: Cod-rington, de Rigny, Hey- den.06 fasciste, sujets diff., y 5 — Italie, 1932, anniv.CANADA — TIMBRES FISCAUX 5 — "Bill Stamps", 1868, effigie Victoria, 1, 2, 3, 6 et .09, neufs, cote .24.10 2 — " Registration ", Québec, 1871, castor, cote .20.10 6 — Enregistrement.Québec, 1918 (bilingue) gros chiffres, 5, 10, 15, 20, 30 et .50, cote $1.30 .20 3 — Chômage, Québec, 1932, 5.10 et .15.série complète.07 Port en plus dans tous les cat.Bazar Postal - Boite Poste 4020 - Montréal 264 L'OISEAU BLEU Cai'behik scikntifiquf, DES CLOUS! Ce sont des petits accessoires de l'existence, modestes et indispensables: ils ne cessent de rappeler, au point de vue philosophique, le célèbre proverbe: "On a souvent besoin d'un plus petit que soi".Les machines qui fabriquent leclouordinaire, la pointe, ont un travail continu.Elles utilisent le fil de fer non rougi, de l'épaisseur que doit avoir le clou: elles forment la tête, la pointe, mécaniquement, séparent le clou de la sorte de fil sans fin qui ne cesse de se dérouler dans leurs mâchoires, et le livrent terminé en quelques instants d'une façon sûre et rapide.Une machine de ce genre, tournant à soixante tours par minute, produit environ 3500 grosses pointes à l'heure.Pour les clous plus petits, on augmente la vitesse et l'on peut arriver à uni-production de 20,000 à l'heure.Il y a, bien entendu, divers systèmes de machines à clous.Dans les unes, la tête du clou est obtenue par pression: dans d'autres, se rapprochant plus du travail à la main, on l'obtient par percussion.Généralement la pointe du clou est faite par une fraise qui tourne autour du fil.ou devant laquelle tourne le fil.Quelquefois ce sont des couteaux tranchants qui appoin-tissent: la pointe affecte alors la forme d'une petite pyramide.Les clous peuvent aussi se fabriquer par taillage et découpage dans de la tôle douce, mécaniquement.La tôle avance au milieu d'énormes ciseaux qui s'ouvrent et se ferment en taillant à chaque fois dans la direction voulue.Cela donne des clous sans tête qui ne peuvent être employés que pour certains usages.Quand on veut les munir d'une tête, on les fait chauffer au rouge dans un petit four à flammes, puis on forme la tête dans un moule au moyen d'une presse ou d'un marteau-pilon.Quelques fabricants font la tête il froid immédiatement après le découpage- Pour faire disparaître les petites aspérités qui résultent du découpage, comme on ne peut pas ébarber les clous un par un, on les met avec du sable et du grès pilé dans de gros tonneaux tournants: ils en sortent au bout de quelques heures, ayant perdu toutes leurs aspérités.Les clous de ce genre sont désignés eous le nom de biquet».On fait aussi des clous fondus, fabriqués avec de la tôle étamée si douce qu'ils peuvent se reployer sans se rompre en tout sens.Ils sont destinés à certaines clôtures dans lesquelles, après enfoncement dans des matières tendres, une partie de la longueur du clou doit être rabattue et former, en quelque sorte, crochet.Les clous à ferrer sont fabriqués aveo un soin tout particulier: les meilleurs sont ceux qu'on fabrique à la main: on en fait de spéciaux pour la ferrure à glace.La tête des clous à ferrer diffère de forme suivant les pays: elle est traditionnelle et dépend d'ailleurs de la forme même des fers dont la disposition s'adapte aux diverses natures du sol.La tige se distingue de celle des clous forgés ordinaires à scetion carrée par sa forme plate et rectangulaire.La largeur du clou reste la même depuis la tête jusqu'aux deux tiers environ de la longueur: elle ne diminue que vers la pointe.En ce qui concerne l'épaisseur, elle diminue uniformément depuis la tête jusqu'à la pointe, de telle sorte que le clou a finalement la forme d'un petit coin en métal conforme aux lois de la résistance des matériaux ainsi qu'à la réalisation effective dir frottement maximum.La rupture d'un clou à ferrer dans le sabot du cheval, ou la séparation de la tige en deux parties acérées qui peuvent pénétrer dans le pied, sont des accidents toujours fort graves et qui ont des conséquences dangereuses.Aussi fait-on usage, pour cette fabrication, de fer de qualité exceptionnelle, exempts de scories et de soufflures, et de bulles de gaz: le forgeage en est effectué aussi avec un soin extrême.SCIENTIA {Reproduction interdite) LULU orte.large ouverte, de la cabane.Assis sur un vieux tronc d'arbre.l'Aigle fumait, le regard perdu au loin.Un timide bonjour de son bôtesse le lit sourire.— La Biche légère a bien reposé, demanda-t-il ?On devrait t'appeler ainsi toi qui fais si bien courir les chasseurs de Oandaouagué! Ht maintenant, que va faire la fille du Grand Chef?Tekakwitha se laissa glisser aux genoux de l'Aigle.Parle! je t'en prie, parle l'Aigle, implora-t-clle.le veux retourner servir mon oncle et mes tantes, mais je ne veux pas être l'épouse du Renard ni d'un autre.je veux n'appartenir qu'au Grand Ksprit.Tu ne comprends pas, Grand Chef.toi.plus intelligent que tous les autres de la tribu?.Tu es le plus brave.Tous te craignent et t'admirent.Moi, j'ai vu que tu étais bon.Le Orand Ksprit aime ceux qui sont bons comme toi.J'ai confiauce en toi, l'Aigle.Dcmmide qu'on me tarde comme avant.Nul ne refusera si c'est toi qui demandes! Quand tu parles, tous t'écoutent parce que ton esprit est sage et ton conseil toujours bon.je m'en remets à toi, le plus valeureux de nos guerriers.Secrètement flatté, l'Indien trouva que sa protégée aussi était douée d'une belle intelligence, puisqu'elle l'appréciait à sa juste valeur, lui le redoutable vainqueur en tant de combats sanglants.La grâce ingénue île la jeune fille charmait ;'i COUP sûr par la loi des contrastes ce rude guerrier plus habitué aux violences qu'à la dOUCeur à la cruauté de ses adversaires qu'aux prières humbles et confiantes d'une enfant que lui seul pouvait sauver! L'Aigle ne promet jamais s'il ne veut tenir sa parole, prononça-t-il d'un ton grave.J'irai parler au chef, ancien de la tribu.Je ne te rendrai que si l'on jure de ne point te maltraiter.Kt je n'épouserai pus le Renard'.' Le Renard! murmura l'Aigle.je verrai à ce qu'il ne trouble pas la fille du Grand Ksprit.L'Aigle n'oublie jamais.Le Renard est mon ennemi.J'attends que les Esprits le guident sur le chemin où je passerai.Alors le Renard ne DM jettera plus au visage l'injure et la menace, j'aurai sa honte et sa vie! Non! Ah! non, que mon frère ne tue point le Renard, mais.J'ai dit.interrompit sèchement I'Iroquois.Que Tekakwitha m'attende ici.Je reviendrai la chercher quand le soleil aura fini sa course.Quelle merveille de diplomatie dut êtr.discours prononcé par l'Aigle dans la cabane des vieux parents! Les Indiens étaient passés maîtres en l'art de la persuasion.Ils étaient fins et rusés, la plupart des chefs étaient doués d'une eloquence remarquable.On ne saurait assez.¦ admirer l'intelligence et la souplesse de celui qui parvint à dompter l'effroyable colère de cette famille humiliée, déçue et complètement déroutée par la conduite, pour eux incompréhensible et mauvaise, de leur fille adoptive.Quoi qu'il en soit, lorsque l'Aigle eut terminé son brillant plaidoyer, après s'être consultés, l'oncle et les tantes étendant la main solennellement promirent d'un commun accord do reprendre Tekakwitha et de la laisser libre.—C'est bien, dit l'Aigle avec une sorte de déférence mêlée de hauteur.J'irai chercher la jeune fille où je l'ai trouvée et la rendrai au Grand Chef des Anciens.Je parlerai au Renard car j'ai de graves paroles à lui faire entendre! Nul ne se douta de la menace terrible et de la cruelle ironie cachées dans cette phrase banale. L'OISEAU BLEU 275 On se quitta avec de Grands témoignages d'amitié et d'estime de part et d'autre.L'Aigle sentait se raviver en lui de sommeillantes rancunes.Il était enchant/' de voir le Konard.son ennemi, profondément humilié.en attendant mieux! Il était aussi heureux d'avoir gagné la cause de la jeune fille qui lui plaisait beaucoup, quoique d'une façon fort peu habituelle aux Sauvages.Le soir venu, fidèle à sa promesse, il vint chercher Tekakwitha.Et, comme il lui lit prendre un chemin différent et beaucoup plus court que celui qu'elle avait suivi lors de sa fuite, les étoiles n'étaient pas encore éteintes lorsqu'il la remit entre les mains des tantes bruyantes et empressées.Seul, l'oncle demeura figé en un mutisme boudeur.Un long regard chargé de reconnaissance de la part de Tekakwitha parut impressionner beaucoup plus l'Aigle que les grands témoignages de gratitude des tantes.Il s'éloigna ayant aux lèvres un énigmatique sourire.ALGONQUINE! Dès le lever du jour, Tekakwitha reprit avec sa grâce et son calme habituels le travail quotidien.L'oncle demeurait froid et boudeur mais les tantes semblaient avoir oublié le pénible incident de la veille.Le Renard n'était pas dans la bourgade.Personne ne le rencontra non plus, dans les environs.Tout était donc pour le mieux.Et la vie continuant sou cours paisible, une saison passa ainsi sans histoire.Mais, peu à peu, on revit le Renard.Des voisines, des parentes réveillèrent des souvenirs endormis.On finit par trouver que l'on avait été bien faible à l'égard de cette jeune égarée de Tekakwitha.Au fait, était-elle insensée?Aimait-elle en secret ailleurs, sans en demander la permission '! Il faudrait voir cela, par exemple, que cette orpheline recueillie par pure bonté fût aussi effrontée et hypocrite! Ne voulait-elle que jouer la petite entêtée 1 On ne laisserait pas aller ainsi les choses avec cette orgueilleuse! Et l'on se monta les uns les autres.Le vieux chef, souvent absent, se borna à donner ses ordres avec plus de dureté.Il ne daigna adresser la parole il la jeune fille que pour la blâmer ou la menacer.Celle-ci ne cessa pas, néanmoins, de lui témoigner une filiale soumission.Mais la merveille de méchanceté fut réalisée par les tantes et leurs amies.On chargea Tekakwitha des travaux les plus durs, les plus longs, les plus pénibles.Les jeunes filles de la bourgade se moquèrent d'elle à chaque rencontre.Les enfants même s'amusèrent il lui crier des injures et A lui lancer des pierres.L'une des tantes lui causa un chagrin profond en lui reprochant le "sang mêlé" qui coulait dans ses veines.Fille de rien, dit-elle, lu n'es \m> une vraie Iroquoise.Tu as du sang de captive et de vaincue en toi.Tu n'es qu'une Algonquine et nous les avions humiliés le jour où la mère fut amenée ici par notre frère le grand chef Cerf Agile! Toute la fierté de l'Indienne et l'amour de l'enfant pour sa mère se révoltaient dans le cœur meurtri de Tekakwitha.Bile aurait voulu fermer ces lèvres cruelles qui l'injuriaient avec tant de haine et d'injustice.Mais un rayon d'En-Haut.sans doute, mystérieux et doux, éclaira et réconforta la pauvre petite.Kilo ne répondit rien.Elle pardonna.Elle continua à être serviable.laborieuse et aimante.Décidément, on la crut faible d'esprit.En fait de querelles, les ripostes sont toujours comme les brindilles que l'on jette sur le feu pour le raviver.Faute de brindilles, Tekakwitha se taisant, le feu s'éteignit insensiblement.Mais le surnom resta à l'enfant de Fleur de la Prairie, comme sa chère et sainte maman, elle ne fut plus pour tous que I'.4/001117nine •' DE GRAVES ÉVÉNEMENTS En 1603, de graves événements inaugurèrent une ère nouvelle au Canada.Ces événements eurent des répercussions profondes jusqu'au pays des Agniers.L'expédition de M.de Tracy délivra la colonie du péril iroquois.Ceux-ci, effrayés, offrirent leur soumission et comme preuve de leur loyauté sollicitèrent la venue des missionnaires en leur territoire.C'est ainsi que les Robes-Noires, les Pères Jacques Frémin, Jean Pierron et Jacques Bruyas, furent désignés pour aller évangéliscr les indomptables tribus iroquoiscs des bords de la Mohawk.Les troupes de M.de Tracy, lors de leur expédition au pays agnier, avaient trouvé déserts villages et bourgades.Effrayés, enfin! les Iroquois s'étaient enfuis dans des endroits quasi inaccessibles pour qui ne connaissait pas à fond et le pays et leur extraordinaire manière de se dissimuler, de combattre ou de se défendre.Les soldats français ravagèrent la forêt, brûlèrent les cabanes abandonnées, détruisirent les récoltes.Bref, les Iroquois comprirent que.cette fois, il fallait se soumettre au vainqueur avec sincérité et bonne volonté.Leurs parlementaires ayant ramené avec eux les trois missionnaires mentionnés tantôt furent accueillis avec de grands témoignages de joie.On entoura avec respect les missionnaires leur demandant de les instruire et de demeurer désormais avec eux.Tekakwitha avait suivi avec anxiété les diverses phases de ces graves événements.Elle avait connu les angoisses de la fuite, la tris- L'OISEAU BLEU tesse du retour dans un pays dévasté.Mais elle oubliait tout en écoutant la voix bénie des missionnaires qui.enfin, venaient lui parler de Dieu, de la Vierge, du ciel où reposait Fleur de la Prairie! Fait providentiel, les trois jours que passèrent les missionnaires à Gandaouagué, ils habitèrent la cabane même où demeurait Tekakwitha.Comme elle était la plus vaste et la plus spacieuse, on avait cru bon de demander à l'ancien Grand Chef de la bourgade d'offrir l'hospitalité aux distingués visiteurs.L'oncle était fort hostile à tout changement de croyances pour sa nation.Mais il redoutait une autre guerre avec les "blancs".Il fallait absolument garder la paix avec les nouveaux arrivés en terre américaine; ils étaient devenus trop redoutables.Il consentit donc d'assez bonne grâce à "partager le feu du foyer" avec les Uobes Noires.Tekakwitha put donc écouter longuement les missionnaires.Kilo les servit avec un respect, un zèle qui les surprirent et les touchèrent.Aussi lorsqu'un prêtre vint s'établir définitivement dans la bourgade le Père Jean Pierron, la jeune fille se proposa de suivre assidûment les exercices a la chapelle et en secret, elle se prépara il demander le baptême sans se douter des nouvelles épreuves terribles qui allaient fondre sur elle._ ,., / Juliette Lavbbgne (Suite el fin ilans le prochain numéro).JE VOUS EN SUPPLIE •KiTKS petits enfants, je vous en supplie, parlez bien.Pas de sot amour-propre, pas de crainte ridicule; qu'importe si l'on se moque de votre application; faites en sorte qu'elle devienne contagieuse.Il est vilain d'être snob, dédaigneux, mais il n'est pas vilain de ne pas vouloir fréquenter des enfants qui s'obstinent à mal parler; qui prononcent mal, qui ajoutent à leur vocabulaire, avec la prétention d'être drôles, des mots pris dans le langage de I,«débauche.De grâce, parlez bien; parlez comme vous écrivez.Vous savez tout jeunes, déjà, bien écrire sans faute.Pourquoi ne savez-vous pas parler'.' Les mots se prononcent ordinairement comme ils s'écrivent.C'est facile.De grâce, parlez bien, soyez distingués, afin que toute votre nationalité le soit.Kieu ne fait une plus mau-vaise impression que île rencontrer dans le tramway, ou dans la rue.îles enfants qui causent il tue-tête; et qui, ayant une grammaire supérieure sous le bras, un traité de philosophie, ne savent tout de même pas hic.m ployer leurs verbes en parlant, et, horreur, ne savent même pas que moi ne fait pas moé.Ayez de la fierté.Il est beau d'être Canadien français.Nos ancêtres les plus éloignés, et nos ancêtres les plus proches.— ont également eu de très grands mérites.Notre histoire est très belle.Mais, je vous avoue que j'ai souvent honte, en entendant ainsi parler des enfants dans la rue, de notre prétention d'avoir conservé notre langue intacte.L'élite l'a conservée.Mais l'élite pourrait représenter le plus grand nombre.C'est à vous, enfants d'écoles, à faire que cela soit.Parlez bien, toujours bien.Peut-être, trouvez-vous quelquefois que vos parents ne parlent pas si bien eux-mêmes ?C'est possible, dans quelques cas.Mais si vos parents ne sont pas aussi instruits que vous le serez, ils ont quelque excuse.Ils sont bons.Ils vous font instruire.Profitez-en complètement.Apprenez à bien parler.Et votre exemple sera bon, fera œuvre de propagande.Remarquez-vous; on est porté à imiter, naturellement?.Imitez donc ceux de vos compagnons qui ont un bon langage, et faites en sorte qu'on voulante ensuite.N'ayez pas de sot amour-propre.L'enfant qui se moque de vous parce que vous parlez bien est un petit idiot.Que votre courage ne Hanche pas.Reprenez cet enfant, faites-lui honte, sermonnez-le, tâchez de le convaincre que son devoir est d'apprendre A, parler, comme il apprend a écrire.Vous écrivez: i7, elle, bien, moi; ne dites donc pas: "y" "a" "ben", moé.Dites: Je suis, et non pas: J'chuS.etc.et en tout, prononcez.C'est â pleurer d'entendre tous ces Canadiens qui ne se donnent pas la peine d'ouvrir la bouche suffisamment.J'en rougis plus d'une fois, j'en suis toute triste, et c'est pour cela que je vous l'écris.Je vous en supplie, parlez bien, parlez bien, parlez bien! Il faut le répéter cent fois, mille fois.On oublie.Ne tolérez pas qu'on parle mal avec vous, soyez un petit frère prêcheur -:m- être ennuyeux.Est-ce que vous n'aimez pas à être bien mis.à être propres ?Votre langage a la même importance que votre apparence; il aidera à ce qu'on vous juge bien ou mal; et en plus votre seule réputation n'est pas en jeu: vous ferez celle de votre race.Songez à votre culpabilité, si vous attirez sur elle le mépris.En parlant mal.c'est ce que vous faites.Allons à l'œuvre! Appliquez-vous, faites honneur aux vôtres.Que je n'aie pas honte d'être votre compatriote, si, par hasard, je vous rencontre dans le tramway, et vous écoute.Je vous en supplie, parlez bien.et je tâcherai de vous écrire de jolies histoires pour vous récompenser! Michelle Lf.Normand L'OISEAU BLEU 277 LA CLASSE EN BEAUTÉ Distribution Kiikhk Jean Ki.èvk Claude CLAUDE C'est votre troisième leçon, je erois.sur le sentiment du beau ?.JEAN Exactement.—Sur quoi allez-vous parler?Bien, je l'ai déjà dit ee qu'il faut entendre par le sentiment du beau.J'ai essayé ensuite de te démontrer pourquoi il faut le cultiver.—Et maintenant?—Maintenant, il me semble que je dois te dire par où l'on doit commencer cette indispensable culture.Une minute.Kave/.-vous ce que papa m'a dit?—Non.- Il m'a dit que cette culture est impossible chez les enfants de mon dite.Kb bien.Monsieur ton papa se trompe.Tu vas voir toi-même que sa prétention est injurieuse.—Pour (iui?.Pour vous?-Patience! Prenons le catéchisme pour te prouver que sa prétention est tout ù fait offensante.—Le catéchisme ?—Suis-moi bien.Comment Dieu a-t-il créé l'homme ?-Dieu a créé l'homme à son image et il sa ressemblance.¦—Très bien.Alors ne vois-tu pas que c'est outrager le bon Dieu — je devrais plutôt dire le beau Dieu —qui a créé les àmes à son image et à sa ressemblance que de prétendre qu'elles ne peuvent pas cultiver la beauté.—Il ne dit pas que c'est trop fort pour les âmes des grandes personnes, «n:ii~ pour les âmes des petits enfants de mon âge.—J'ai bien compris.Et je te dirai que Monsieur ton papa n'est pas observateur pour un sou.Il est pour le moins oublieux.Est-ce qu'il ne t'a jamais vu la figure toute réjouie en face d'un beau spectacle, comme celui de l'immensité étoilée du ciel par une lumineuse nuit de juin?(Haussement d'épaules) - S'il avait eu cette intelligente curiosité, il aurait certainement constaté l'affinité d'une ame d'enfant avec la beauté.Non, mon petit, ton papa se trompe.Il n'est pas le seul du reste à se tromper.Et c'est triste qu'il en soit ainsi.C'est à cause de cette erreur que la culture du beau chez l'enfant a été mise (le côté et qu'il est entré tant de laideurs dans notre vie.le plains énormément les pauvres gens qui croient que l'âme des enfants comme toi puisse être faite pour autre chose que pour de la beauté.—C'est vrai, il n'y a pas de raison pour qu'on nous éloigne des belles choses.—C'est exact: il est tout à fait déraisonnable d'agir ainsi.Pourquoi pourriez-vous être initiés il toutes sortes de choses, excepté les belles ?ICs-tu consentant qu'il en soit ainsi?Jamais! —II ne faut certes pas avoir appris aux petits enfants le sens du beau pour croire qu'ils sont fermés à cette culture; car ils verraient, Monsieur ton père et tous ceux qui pensent comme lui, la rapidité étonnante avec laquelle vous savez apprécier tout ce qui est marqué au coin de la beauté.Preuve évidente de l'affinité de leur petite finie avec lu beauté.Comment comprendre autrement Ion beau titre d'Éi.fcvi:.On n'aime la beauté qu'en se dégageant des laideurs de la terre.—C'est un vrai sermon de Monsieur le curé que vous me faites là.Sermon nécessaire, n'est-ce pas?—Oh! oui.Mais c'est la première fois que je l'entends.J'ai hâte de savoir maintenant par où vous allez commencer à cultiver In beauté chez les enfants comme moi.—J'y arrive.Mais je veux auparavant que tu me dises une chose: crois-tu.sincèrement, que la vie de l'âme, c'est la beauté?Crois-tu que faire autrement l'éducation de l'enfant, c'est accoutumer son âme sinon à des choses laides, du moins à des choses exclusivement utiles :' —Oui.Tu erois que si l'âme ne vit pas toujours en beauté, elle n'en pourra pas créer plus tard ?Oui.—A la bonne heure.Tu crois alors (pie la culture du sentiment du beau ne doit pas être accidentelle, mais bien habituelle?Oui.comme l'étude de la grammaire.—Parfaitement.Je ne soutiens pas que tu dois commencer à apprécier dès maintenant les belles peintures, bien que je t'en sache tout S fait capable; mais je soutiens par exemple que tu dois l'initier à la beauté morale tous les jours que le bon Dieu fait luire sur ta tète.—-C'est par là que l'on commence à cultiver le beau ?—Exactement.Lorsque tu auras pris l'habitude de voir la beauté morale, tu seras plus en mesure de contempler les autres sortes de beautés L'OISEAU BLEU —Qu'est-ce done en un mot que la culture de la beauté morale ?—C'est tout d'abord fuir tout ce qui est mal, puis admirer tout ce qui est bien, tout ce qui est vrai, car le vrai, le bien, le beau, c'est tout un.—Je comprends.—Fuir tout ce qui est mal, c'est d'abord faire disparaître en toi ce qui rapproche le plus l'homme de la bête: l'égoïsmc animal, ce sentiment mesquin qui fait qu'on ne cherche toujours qu'à se dorloter, qu'à tout accaparer, quand il est si humain — si divin de penser aux autres.Kst-cc qu'on ne dit pas, dans l'Evangile?Tu aimeras ton prochain comme toi-même.—Alors il faut s'aimer?- Sans doute qu'il faut s'aimer, mais raisonnablement.Il faut s'aimer non pas seulement pour la terre, mais pour le ciel, exclusivement.Il faut en somme se conserver tel qu'on est sorti des mains de son Créateur, puisqu'on doit retourner à Lui.Voilà le premier principe de l'amour de soi.Satisfaire tous ses caprices, c'est s'aimer pour In terre seulement.S'aimer dans son prochain, c'est s'aimer pour le ciel, exclusivement.C'est sortir de ce penchant animal qu'est l'égoîsme pour se donner soi-même aux autres, surtout aux pauvres.—Mais on dit qu'ils ne sont malheureux que par leur faute! —Ils sont peut-être malheureux par leur faute; mais est-ce que eela diminue leur misère ?Au reste, ceux qui parlent ainsi démontrent plus éloquemment que je puis le faire la nécessité de la culture du beau.Pourquoi détruire ainsi en toi, en toutes les petites âmes comme la tienne, l'un des plus beaux sentiments: la pitié?Il ne faut jamais que les parents jettent comme ça des soupçons dans l'âme des enfants.Si tu savais comme ils ont une écrasante responsabilité, ceux qui sont les premiers à se pencher sur vous.Ils semblent ignorer que les premières impressions donnent à l'âme des enfants un pli qui détermine ensuite toute leur vie.Voilà pourquoi il faut, coûte que coûte, que tu emmagasines le plus de bonnes et de belles impressions possible pour plus tard.—Où les prendre ?—Dans de belles lectures, dans de belles actions.—Comme celle de Dollard et de ses compagnons ?—C'est ça.Voilà un fait historique que l'on n'exploitera jamais trop au profit de l'enfance et de la jeunesse.Ce sont des faits semblables qui donneront un aliment continu à ton admiration.La vie ordinaire est remplie, du reste, d'actions de moindre éclat, mais qui n'en ont pas moins la vertu de créer un sentiment inoral ailé.Elles aident à dépasser ce qui passe.Elles ont le don merveilleux de donner de l'optimisme, cet enthousiasme qui transporte et qui fait faire de grandes choses.Elles développent en nous un amour non pas étroit, mais universel.Elles font apprécier la vie.même des êtres inférieurs.—Alors mes petits compagnons qui n'aiment les papillons que pour leur briser les ailes ou bien les clouer aux murs n'ont pas le sens du beau ?—Grands dieux, non! ("est l'esprit de destruction qui les possède.Que c'est navrant, n'est-ce pas.que cette joie stupide de détruire ?Et dire qu'on l'encourage en ne l'entravant pas.—Il no faut pas même mettre de fils à la patte d'un,serin?—Pas même ça, Claude.Tu me trouves exigeant ?—Bien, c'est parce que.—Oui, oui, mais tu ne le feras plus, n'est-ce pas ?Jamais, je vous en donne ma parole.Très bien, ("est que, vois-tu, l'idée du mépris de la vie, quelle qu'elle soit, est dangereuse.Comment celui qui se plaît à martyriser de pauvres petits êtres peut-il s'entraîner à la pitié envers ses semblables?Tu ris?.Je suis sérieux.Tout se tient.Comment aimer à tout briser et respecter ensuite la pensée des autres ?L'arbre tombe.—du côté où il penche.—et du côté où il pousse surtout.Souviens-toi toujours de cette vérité.Elle te sera salutaire dans la vie.Vis donc toujours en beauté et tu n'auras jamais à t'en repent'r.Tout te paraîtra bon alors dans la vie.—Même la misère ?Vous trouve/, ça beau, vous, qu'il y ait tant de souffrance depuis trois ans ?— Tu crois alors que la souffrance est laide?Elle n'est certainement pas belle.—Eh! bien, tu te trompes, mon petit.C'est peut-être par la souffrance qu'il est entré le plus de beauté dans le monde.C'est le creuset des âmes.Il y a de la beauté dans le spectacle d'une âme qui sait souffrir; aussi faut-il aller jusque là pour cultiver le sens du beau.C'est le beau moral dans toute sa splendeur.Et je finis par là.—Notre prochaine leçon?Elle sera plus concrète ou, si tu veux, moins abstraite: nous descendrons des régions de l'esprit et du sentiment vers les objets qui nous entourent.—Où me transporterez-vous?—-Nous irons faire deux promenades.Loin, loin, loin ?—Non.tout près.—Où encore?Curieux, va! Eh! bien, nous irons nous promener dans.ta famille et dans.notre école.—J'ai hâte! —Moi aussi.Honoré d'Ari.ks L'OISEAU BLEU 279 FEUILLETON DE L'"Q1SBAV BLEU" L'ESCLAVE DES AGNIERS ' A RICH KM KC (suite) TjNK heure passa.Normanville se rapprocha ^ en souriant, du dormeur qui commençait enfin à bouger.Le réveil était imminent.Soudain, le gobelet d'étain que les doigts crispés de Chariot avaient retenu jusqu'ici tomba sur le plancher avec un bruit sonore.Chariot eut un sursaut, puis se mit sur son séant.Il regarda quelques instants autour de lui; ses yeux se fixèrent, un peu étonnés, sur Normanville.Les brunies du sommeil le tenaient encore.Le bon rire de Thomas Oodefroy de Normanville lui fit recouvrer sa lucidité.Il fut debout.Avec un mouvement de joie et de vive affection, il lui donna l'accolade.—Bravo! M.de Normanville.Vous voilà hors des griffes de ces tigres! —Comme tu le vois, ('harlot.Mais il parait que tu avais créé un plan superbe en vue de ma délivrance.—En effet.Et je ne sais ce qui m'a pris soudain.Un sommeil de plomb m'a terrassé.Qui donc vous a sauvé?Le Moyne me promettait, pourtant, hier soir, de me prévenir dès l'aube.—Ne t'en prends à personne, mon ami, car personne n'a eu à intervenir à mon sujet.Messieurs les Iroquois me remettaient eux-mêmes en liberté ce matin, en échange bien entendu des deux sagamos que Le Moyne avait eu l'habileté de retenir en otages, hier soir.—Ce brave Le Moyne! Quelle tête fertile que la sienne et bien d'aplomb! cria t'harlot avec enthousiasme.—Chacun voudrait en dire autant de la sienne, n'est-ce pas Chariot?remarqua en riant Normanville, qui considérait avec attention le jeune homme.—8ans doute, sans doute, fit celui-ci, un peu distraitement.Soudain, il leva la tète et aperçut le regard profond que Normanville jetait sur lui.Il rougit légèrement, puis se redressa.—Vous me retrouvez différent, n'est-ce pas, mûri, un peu assagi, j'espère, endurci par la vie pénible menée chez les Agniers où j'occupais le poste peu glorieux d'esclave.Ah! n'eût été la fidèle amitié de Kiné, je me serais cent fois découragé.et peut-être en aurais-je fini avec la vie.acheva Chariot, avec un peu d'amertume.( ') Deuxième partie du rêrit : A l'Erole de H trot paru Hans l'Oismu bleu, d*» mars a dénombre IBSI.—Allons, allons, tu médis de ton courage.Tu n'aurais pas eu cette Iflchcté.Oui, Char-lot, je te trouve changé, beaucoup, et surtout, tu es maigre, presque décharné! Tiens, c'est complet.voilà que tu tousses, ajouta-t-il.voyant le jeune homme pris d'une courte quinte qui le secoua tout entier.—Ouf!.C'est fini.Non, non, je n'ai besoin .de rien.—Prends un peu d'eau tout de même.—Merci.Le jeune homme, comme s'il eût été vexé de ce contretemps, se rendit un instant près de la fenêtre.Il tressaillit en sentant sur son épauler la main de Normanville qui l'avait suivi.—Chariot, dit celui-ci gravement, il faut guérir ce rhume avant de retourner aux Trois-Rivières, auprès de Pcrrine.Klle serait prise d'une folle inquiétude en te retrouvant dans ce piteux état de santé.Eh! Nous remonterons ensemble dans un mois, deux mois tout au plus.Elle n'est encore avertie de rien, n'est-ce pas, ta bonne petite sœur ?Chariot baissa la tête.—Tu m'as entendu.Chariot?-Oui.—Tu approuves ?—Je ne sais pas encore.Comment ?Normanville, mettant ses deux mains sur les épaules de Chariot, le força à le regarder bien en face. 280 L'OISEAU BLEU —Qu'est-ce que tu ne sais pas encore, enfant ?—M.de Normanville, je ne puis retourner aux Trois-Rivières, je ne puis non plus demeurer ici, dit Chariot, avec fermeté, mais en détonnant les yeux.—-Ali! fit Normanville en fronçant les sourcils.Mais il ne voulut pas forcer les confidences du jeune homme.Le silence régna durant quelques secondes.Normanville s'affaira près d'un garde-manger.—Chariot, demanda avec intérêt l'interprète, as-tu pris suffisamment de nourriture depuis ton arrivée?J'ai ici un reste de pâté de venaison.puis un peu d'excellent vin d'Espagne.—Non, merci, je vous assure.On m'a traité royalement cette nuit dans la chambre de M.'I' Maisonueuve.Vous m'avez vu en mains tout à l'heure, l'excédent d'un bon repas.Votre pain est excellent au Fort.Ah! je crois que c'est le pain qui m'a semblé le meilleur mets il retrouver, après tous mes jeûnes forcés chez, les Iroquois.—Hâte-toi d'oublier tout cela.Nous te ferons faire bombance, d'ailleurs, ici, puis .aux Trois-Rivières, dit encore en hésitant et sans regarder Chariot le bon Oodefroy de Normanville.-M.de Normanville, je vais vous causer à tous beaucoup de chagrin, car.Allons, allons, ne nie regardez pas ainsi.Votre sourire est forcé, je le vois bien.Kt puis, pourquoi esquivez-vous toutes les questions que vous pourriez si bien poser'' —Non, mon petit.Tu te méprends, ,1e n'esquive rien! J'aimerais, nu contraire, que ta confiance de jadis se réveille.Dis-moi tout, va.Cela te fera du bien.Kt Bi tu veux d'un conseil ?—Tout sera bientôt avoué, reprit Chariot, qui jouait machinalement avec un pistolet non chargé.Il venait de vérifier tout cela.Oui.des mots simples, brefs, clairs, vont tenir lieu un moment de ce qui me brûle tout l'être, pourtant.—Va droit au but.petit.Ne bats pas ainsi les buissons.M.de Normanville, j'aime, avec toute la chaude tendresse de cœur dont je suis capable?.J'aime une petite Algonquine, au noble cœur, au front hautain, à la grâce si touchante.Je l'ai surnommée Lis en-Fleur.—Je sais cela, du moins, dit en souriant l'interprète.—Comment?Vous ne pouvez savoir cela, voyons.Elle vient des Trois-Riviôres, c'est vrai, mais vous ne l'avez sûrement jamais remarquée.Elle me l'a dit.Elle vous connaît, vous savez.-Ne t'emballe pas.Tu t'es trahi tout à l'heure, en rêve, voilà.Son nom est venu si spontanément sur tes lèvres, que toute ta figure en a rayonné.Ma parole, tu m'as fait revivre mes viugt ans.Que ne le disiez-vous plus tôt ?s'exclama en riant de bon cœur Chariot.Ah! vous connaissiez déjà mon secret, et même vous comprenez mon état d'âme.11 vous rappelle le vôtre, jadis.Ah! M.de Normanville, quel poids vous m'enlevez sur le cœur et sur l'esprit.Que voulez-vous, sauf I'errine et vous, aucune affection paternelle ou fraternelle n'est vraiment entrée dans ma vie.—Chariot, crois-tu que comprendre, sympathiser, veuille toujours dire approuver?Evidemment non.Alors, -an- le blâmer le moins ilu monde pour un attachement qui a surpris ton cœur, ton cœur a/dent de dix-huit ans, je ne puis l'approuver de t'y abandonner avec cette fougue.Vous ne savez pas alors ce que c'est que d'aimer à en mourir, non.vous ne le savez pas.Tenez, M.de Normanville.continua Chariot, avec vivacité et en arpentant la longue pièce elaire et nue, tenez, je me reproche même cette conversation, celte confidence.C'est un retard de plus.Je devrais être déjà en route.—En route?questionna Normanville.Pour où?-Pour le pays des Durons.Elle y est ma Lis-en-FIcur maintenant, et toujours au pouvoir de son ravisseur.Le misérable! Béni sera le jour qui le mettra en face de moi.Mon pauvre petit, que vas-tu gagner à cette chasse?Aie donc plutôt la vaillance de certains de tes prédécesseurs, sur cette terre de la Nouvelle-France.Tu n'es pas le premier, tu ne seras pas.non plus, le dernier, à aimer de fraîches jeunes filles sauvages, dont le dévouement, la soumission envers nous, peuvent quelquefois aller si loin".Un soupir échappa à Normanville.Ses yeux s'emplirent un instant de rêve.Chariot pressa la main de l'interprète."Vous voyez, seule la puissance d'un fendre souvenir peut bouleverser ainsi votre physionomie si calme, un peu fermée d'ordinaire.Vous avez connu, je suis sûr, un sentiment semblable à celui qui domine mon cœur, ma raison, ma vie.—Je l'ai vaincu, petit.—Oh! —Sommes-nous donc venus en ce pays pour obéir à toutes les inclinations qui s'emparent de nos cœurs.Un soldat comme tu l'es, comme je l'étais hier, se doit d'abord à sa patrie nouvelle, semée de dangers inouïs.Puis, s'il faut fonder un foyer, que ce soit avec une fille vaillante et douce de notre pays de France.—M.de Normanville, à quoi bon toutes ces paroles! Je sais tout cela comme vous, allez.Mon cœur se refuse à la conviction., Je suis désolé, mais bien décidé à revoir cette enfant ou.à périr. l'Oiseau bleu —Quelle folie! Enfin.Le Ciel veuille que tu n'ailles pas au-ilevant de nouveaux désastres, de nouvelles douleurs.—Cela ne peut faire reculer "le soldat que je suis", n'est-ce pas ?—Ta confiance, petit, m'est précieuse, en tout cas.Quand comptes-tu partir?Et que faut-il dire à l'aimante petite sœur qui pleure toujours ton absence, la-bas, dans nos chores et sombres Trois-Rivières ?Chariot tressaillit."C'est la seule ombre au tableau, M.de Normanvillc.Oh! Perrine, Perrine." Durant quelques instants, Chariot cacha sa ligure entre ses mains.Son émotion se faisait intense.—Quand comptes-tu partir?reprit sans pitié Normanville, et prépare bien ce mot iV présenter & ta sœur.—J'ai écrit ce mot à Richelieu, il y a près de huit jours, déclara à voix basse le jeune homme.Un Algonquin, ami de Lis-en-Fleur, a consenti & s'en charger.Perrine le lit sans doute en ce moment.—La pauvre petite sœur! Que nous sommes durs, parfois.Chariot, pour les femmes que nous chérissons de tout notre cœur, pourtant.Normanvillc se leva."Chariot, reprit-il bientôt, sais-tu que le Père Daran est très, très malade dans une chambre du Fort?—Je le sais.J'ai même demandé à le voir, si possible.—Un messager sauvage a été dépêché depuis une douzaine de jours il la Résidence des Jésuites, à Québec.On ne sait que faire ici.Le cas du Père est très grave.Mais.sais-tu pourquoi je parle, sans raison apparente, du Père Daran?—Je vous écoute.—C'est que probablement, nous aurons mus peu, & son sujet, des nouvelles de Québec.Et si quelqu'un, profitant de l'occasion, passe ici en route et chargé de lettres pour les Hurons.ce sera une excellente combinaison pour toi.—En quoi cela me regarde-t-il ?fit Chariot étonné de toutes ces circonlocutions.—Tiens, tu attendrais, d'abord durant quelques jours l'arrivée de ces nouvelles, petit; puis tu partirais ensuite pour le pays des Hurons.en compagnie très sûre.Voyons, tu me dois bien cette halte de quatre ou cinq jours tout au plus?.Tu hésites?—Soit.Mais pas plus de cinq jours, M.de Normanville.—Bravo, petit! Comme cela, tu te retremperas bien un peu dans notre atmosphère française si douce, si agréable et qui est nôtre, ici comme aux Trois-Rivières.Allons, viens faire une visite à l'Hôtel-Dieu.maintenant.Mlle Mance désire te voir et dorloter un peu le frère amaigri de Perrine.VII AU PAYS DES HURONS Normanville avait prévu juste."Le 24 d'avril partit des Trois-Rivières le canot de Chastillon pour aller aux Hurons, dans lequel il était avec deux sauvages chrétiens: René Oheraenti et Michel." L'on débarquait sur les rives de Ville-Marie l'avant-dernier jour d'avril.Les colons accourus manifestèrent leur joie.Les voyageurs n'avaient pas fait.Dieu en soit loué, de tragiques rencontres.La figure de Chariot resplendissait.Dès le lendemain, il allait donc pouvoir se mettre en route vers les lointaines terres des bords des grands lacs.Il s'empressait, tout joyeux, auprès de Normanville.occupé à décharger les bagages destinés & Ville-Marie, et à poser en même temps à Chastillon combien de questions au sujet des Trois-Rivières, des siens et.de Perrine.Chariot trembla bien un peu d'émotion en entendant parler de sa sœur bien-aimée.Il redevint grave et silencieux.Normanville vit lui échapper une dernière et touchante tentative pour retenir le jeune homme auprès de lui.Au contraire, il constata sur la figure de Char-lot, autour de la bouche dont les plis se durcissaient, sur son front où une barre rigide se formait, une résolution inébranlable, décidé à surmonter tous les chocs pénibles du cœur, sauf un.Normanville haussa les épaules, mais fut intérieurement convaincu qu'il fallait bien abandonner à son sort cet enfant qui devait aimer avec une belle et puissante virilité, puisque toute autre affection, si vive soit-elle.s'anéantissait ilevnnt son amour vif, sain, impérieux, pour l'Algonquine.Un jour, il se le rappela; I'errinc, avec une moue, lui avait dit: "M.de Normanville, je no vous comprends pas.Chariot a raison île vous, toujours.Et vous savez, pourtant, combien il se montre souvent déraisonnable".11 n'avait pas répondu à ce doux reproche île Perrine.A quoi bon?D'abord, le silence, la discrétion lui allaient bien.Puis, il respectait chez les autres tout acte volontaire lucidement posé.Les événements se chargaient, selon lui, de désillusionner, de contrarier ou de faire échouer les plans de ces fronts qui s'entêtaient.Et puis lui-même, autrefois, n'aurait pas aimé aucune ingérence dans le domaine du cœur surtout.Oui, Chariot, une fois de plus, se montrait sans doute déraisonnable.Et encore ?Le sentiment d'amour qu'il éprouvait si profondément pour la lière Algonquine lui dévorait le cœur à certains instants.Normanvillc le voyait, l'avait observé fort bien.Et de nouveau, il voulait espérer que des traverses, qui feraient sans doute souffrir l'enfant, seraient aussi le creuset d'où 282 L'OISEAU BLEU sortirait, aven une plénitude plus grande, plus avertie, où s'éteindrait, par sa violence même, le premier amour splendide de ce cœur de dix-huit ans.Le 30 avril, au petit jour.Chariot, après des adieux éeourtés à son cher Nonnanville.comme à Le Moyne, quittait les rives hospitalières de Montréal.I.imi-t.-mp>.son regard se tint fixé sur le Fort.Il se détachait en fière, quoique si simple beauté, sur toute cette forêt enveloppée de bruines matinales blanches, légères, lloconneuses.On navigua avec énergie jusqu'au soir.La température s'y prêtait.Un calme magnifique régnait partout.Pas la moindre trace d'Iro-qnoi- à travers ces beaux paysages boisés."C'est à croire que uos sanguinaires ennemis, dit soudain Chariot, ou bien sont demeurés dans leurs propres bois fort giboyeux, ou bien sont massés quelque part, prêts à une attaque sournoisement et habilement préparée".Hélas! Chariot, deux mois plus tard allait Voir se vérifier, de point en point, sa dernière supposition.Qu'il les connaissait bien, ces terribles ennemis des Français, vraiment! Le voyage, dans sa dernière quinzaine ne s'accomplit pas sans encombre.De grands venta s'élevèrent.Il fallut souvent aborder sur du rives inconnues, dresser la tente et attendre jusqu'il huit jours, parfois, que la brise perdit un peu de sa force.Enfin, le 10 juin, on fut à destination.La Maison de Sainte-Marie, sur les bords du grand lac Huron, s'ouvrit toute grande pour recevoir les voyageurs.L'on avait voulu s'y rendre tout «l'abord.N'était-ce pas lâ "le centre" de tous ces pays, "le cœur des missions" que les Jé-luitM y avaient fondées.Ces missions, au nombre de dix, étaient desservies par quinze des héroïques lores.Entre autres, i la Mission de Saint-Joseph, et depuis quatorze ans, le l'ère Antoine Daniel, aux bourgs de Saint-Louis et de Saint-Ignace, les Pères de Hrébcuf et Gabriel l.iilcmant.A la maison de Sainte-Marie se trouvait en ce moment, en qualité de supérieur, le Père Paul Kagueneau.Deux autres Pères l'assistaient.Plusieurs Français s'y trouvaient également, car la besogne y était assez forte.La Maison de Sainte-Marie des Murons ne servait-elle pas il la fois "A'Mpilal pour les malades, d'hospice pour les visites ou les voyageurs, de refuge contre les ennemis, de maison de retraite et de conférences pour les Pères." qui aimaient à s'y rassembler deux ou trois fois par année?La venue de messagers venant des Trois-Kivières ou de Québec, les lettres que tous et clineiiri recevaient & ces occasions, constituaient une petite fête du cœur pour tous ces courageux exilés.Aussi, accueillait-on avec, je le répète, une joie extrême ces voyageurs accourus de si loin.Le Père Kagueneau n'avait pas tout de suite reconnu Chariot, en le mince et fier soldat qui s'inclinait avec grâce devant lui, un sourire sous sa fine moustache a peine dessinée.Mais aux quelques mots du jeune homme qui rappelait un plaisant souvenir d'enfance bien connu du Père, il s'écria: "Chariot! Vous! Oh! la belle et agréable surprise! Moi, qui vous croyais encore entre les mains des féroces Agniers.Vous me narrerez avec soin tous les détails de votre délivrance, n'est-ce pas.mon enfant?Mais auparavant, venez vous restaurer, venez.Je ne vous offre pas un festin de Balthazar, mais qu'importe,vous n'en mangerez pas moins de lion cœur".Le lendemain, il fallut pour Chariot reprendre et reprendre encore le récit de son existence chez les Agniers.Tout près d'une vingtaine de Français accouraient, ou d'un poste, ou d'un autre.L'on espérait quelques lettres, puis l'ambiance chaleureuse, ngréable, stimulante de la Maison de Sainte-Marie exerçait sur tous son action.On prolongeait la visite de plusieurs heures, et ('harlot, que le l'ère Kagueneau tenait a présenter à tous, excitait l'intérêt général.Pauvre Chariot! Qu'il aurait voulu, au lieu île parler ainsi de lui, questionner adroitement toutes ces personnes et apprendre quelques nouvelles concernant l'Algonquinc.Cinq longs jours se passèrent ainsi.Enfin, Chariot, le sixième jour, pria le Père Rague-neau de bien vouloir le recevoir privément.Il avait à lui faire de graves confidences.Et cela pressait.Le Père acquiesça aussitôt.L'entretien se prolongea entre le jeune soldat au cœur désespéré et le vaillant missionnaire, plein de sagesse et de pénétration.Chariot apprit presque tout ce qu'il lui importait de savoir.Oui, deux H lirons accompagnés d'une Algon-quine aux yeux noirs bien tristes, un peu absents, étaient entrés, un soir orageux du mois de mars dernier, dans la Maison de Sainte-Marie.Ces 11 lirons comptaient des parents dans les bourgs voisins.On s'en était donc allé bien vite les retrouver."Mais la jeune fille.Père, n'a pas cherché à se confier & vous.Sa mélancolie ne vous a pas non plus semblé chose si pitoyable qu'il fallût y apporter quelque baume.Hélas! hélas! ma pauvre Lis-en-Fleur! —Chariot, vous pensez bien que la plus élémentaire délicatesse m'interdisait toute question trop directe.Les Sauvages, vous le savez, ont le coeur fier; ils souffrent toujours en silence.—C'est vrai.—Et puis, l'un des Hurons me l'avait présentée comme sa future femme.Aucune protestation n'était venue sur les lèvres de la jeune L'OISEAU BLEU 283 fille.Bile se tint les yeux baissés, durant toute l'entrevue, si je me souviens bien.—Et.reprit Chariot avec peine .elle est sans doute.mariée, maintenant?" Ses yeux, où glissaient un chagrin immense, interrogeaient le l'ère, encore plus que ses paroles.—Non, je ne la crois pas mariée.Chariot.Car.une semaine plus tard, le Huron qui devait l'épouser entrait ici.furieux, menaçant, réclamant sa fiancée algonquine qui s'était enfuie durant la nuit.—Non?Et vous ne me trompez pas?Justes cieux, quel bonheur j'éprouve de la savoir hors des griffes de son ravisseur.Père, cria Chariot, en se levant avec impétuosité, les yeux rayonnants, lu main posée sur son épée.comme pour parer déjà à quelque danger, l'ère où croyez-vous qu'elle puisse être allée se réfugier?Dites-moi ?De grâce! Pourquoi, Chariot ?demanda avec calme le l'ère.—Pourquoi, pourquoi?reprit Chariot.Mais Père, parce que je l'aime, parce que je ne puis vivre sans elle, parce que j'ai fait des milliers de lieues |k>ur la rejoindre coûte que coûte.—Et une fois que vous serez en sa présence à quoi cela vous aura-t-il servi?A vous faire souffrir tous deux inutilement, car, je suppose, Chariot, que vous n'avez pas le dessein de l'épouser, d'épouser une femme sauvage, une Algonquine?—Ce ne serait pas un crime.—Non, sans doute, mais il faut réfléchir aux conséquences d'une pareille détermination, mon enfant.Comment! Personne, jusqu'ici, ne vous a fait entendre le langage de raison, ne vous a supplié de ne pas entreprendre ce hardi voyage qui n'allait sans doute aboutir ft rien.O mon pauvre et fol enfant.—Vous vous trompez, Père, dit Chariot d'une voix assombrie, le front barré d'une longue ride volontaire, l'on m'a sermonné beaucoup.En vain, hélas! Je dois revoir cette enfant que j'aime.Et, finit-il eu se levant, et en serrant les poings, je la reverrai, dussé-je connaître pour cela, et le fer.et le feu.et.—Chut! mon enfant, ne parlez pas ainsi.Il ne faut pas braver la Providence.Mais quel changement! Autrefois, Chariot, vous n'aviez pas cette humeur d'indompté! J'ai souffert, j'ai tant souffert, Père, chez les Agniers.Et c'est là que je la connus et l'aimai, ma bien-aiméc.Nous étions, l'un pour l'autre, tout ce qu'il y a de bon et de bien sur la terre." Un sanglot monta soudain ft la gorge de Chariot.Le jeune soldat domina bien vite son émotion, et tendit la main au Père."Père, soyez-moi miséricordieux, dites-moi où est Lis-en-Fleur ?—Sérieusement Chariot, je l'ignore.Au fait, le Père Daniel, de la Mission de Saint-Joseph, sera ici la semaine prochaine.Attcudez-lc.Il vous dira vite si elle n'est pas dans le bourg qu'il habite depuis si longtemps.Ce sera autant de temps de gagné pour vous, n'est-ce pas?Aurai-je la force de faire taire mon cœur d'ici lit?Mais oui.mon |>'-1ii mais oui.Vous irez ft la chasse en attendant.Cela vous aidera, dit le Père en souriant.—Oui.et si la chance me favorise d'un certain gibier Immain, si je m'y trouve jamais face ft face avec ce Huron, ravisseur (le ma bien-aiméc 6 Père, croyez bien que je lui ferai expier son crime.—Non.vous n'en ferez rien, Chariot.Car.et le l'ère Kagiieueau se leva A son tour, nous allons essayer de remettre un peu de sens chrétien dans votre chère mauvaise téte.—Bénissez-moi.Père, supplia soudain Char-lot, en mettant un genou en terre.Je suis effrayé souvent, de |>orter dans mon cœur ft la fois tant de haine et d'amour.Oui.mon fils, je vous bénis.Ah! votre fougue naturelle, vos souffrances n'ont donc pas éteint chez vous tout ft fait la voix de la conscience.Que Dieu en soit loué! Marie-Claire Davkluy (Iai fin au prochain numéro) AU TRIBUNAL Ia préside ni.-Accusé, vous avez beau nier on vous enverra au bagne: L'accusé.—Monsieur le Président, ça m'ennuierait beaucoup, je n'y connais presque personne. 284 L'OISEAU BLEU Concours Mensuels CONCOURS DE MAI 1933 1 — Métagrammc Avec un P, je représente chaque tour d'un cordage sur le cabestan.Avec un N, je prends les oiseaux Avec un T, je suis un récipient Avec un L, j'exprime le dégoût et l'ennui.2 — Reconstituez le proverbe suivant: a uabc rntniei uiq eivtn ed ioln.3 — Comment appelle-t-on: a) Celui qui ne voit que d'un œil ou qui a perdu un d'il.b) Celui qui est privé d'une main ou d'un bras.r) Celui qui n'a l'usage ni de ses jambes ni de ses cuisses ou qui est complètement privé de ces membres.d) Celui qui a perdu partiellement ou entièrement le mouvement volontaire.Faire parvenir ses solutions au plus tard le 18 mai & L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent Concours de mai 1933 Montréal, P.Q.RÉSULTAT DU CONCOURS D'AVRIL 1—a) Les membres de la famille Le Moyne.b) Catherine Tékakwitha c) Frontenac d) Colborne.2—a) Héliotrope 6) Jonquille c) Oeillet.3—Toge, loge, doge.Deux cent quarante-neuf solutions — dont sept inexactes — nous sont parvenues.Nous félicitons les concurrents nombreux de la propreté des copies envoyées et de l'exactitude des réponses.Cordiales félicitations à tous, si fidèles il cette joute mensuelle! Le sort a désigné: Mlle Rolande Rrouillet, 3954, rue Saint-Hubert.Ecole Cherricr Montréal Mlle Liliane Boucher, Pensionnat du Christ-Roi Mont-Laurier, P.Q.Mlle Hermanee ISourdeau, 5252, rue des Erables, Ecole Chamilly-de Lorimicr Montréal.Mlle Lauretta Le Blanc, Mailboro, Mass., E.-U.M.Ixiuis Bilodcau, 41, avenue Empress Ottawa, Ontario.Mlle Thérèse Legal.Couvent de la Broquerie Manitoba.Une prime de cinquante sous a été envoyée A chacun des concurrents.UN STIMULANT EFFICACE C'EST PENDANT LA JEUNESSE QUE L'ON APPREND A EPARGNER Si vous n'avez pas de compte de banque, vous n'avez pas le stimulant dont vous avez besoin pour commencer à épargner.Un moyen pratique, commode, à la portée de tous, de recueillir les sous, c'est d'utiliser la petite banque à domicile en disponibilité à nos succursales de la région de Montréal et à 43 autres en dehors de la métropole.Demandez à noire aérant de.nous montrer notre petite banque à domicile appelée livret-caisse.LA BANQUE PROVINCIALE DU CANADA Succursales dans quatre provinces du pays SI II H.LA PORTE, K.B.C.P.'USA.ROY.Directeur «t iWlîill'n'r.l L'OISEAU BLEU 285 par la pratique constante de L'ÉCONOMIE LA BANQUE D'ÉPARGNE DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL "La Grande Banque des Travailleurs" Fondée «n 1846 Succursales dans toutes Coffrets de sûreté à toutes let les parties de la ville.Succursales.Service de "La garde ce,» des titres" au Bureau Principal. L'OISEAU BLEU Une belle page d'histoire MONSEIGNEUR LANGEVIN MONSEIGNEUR LANGEVIN Louis-Philippe-Adélard Langevin naît le 23 août 1855.Le R.P.Rodrigue Villeneuve, O.M.I., aujourd'hui cardinal-archevêque de Québec, raconte que le jeune Adélard se prive de sucre pendant le Carême et en envoie le prix à l'Oeuvre de Ui Sainte-Enfance.De l'école de Saint-Isidore de Laprairie, il passe au Collège de Montréal où il remporte le prix d'Histoire du Canada.Il entre dans la communauté des Oblats de Marie-Immaculée en 1882 et il consacre son sacerdoce à l'Eglise et à la Patrie.I,c Père Langevin veut aller porter la foi aux Sauvages du Nord-Ouest et il s'offre à Monseigneur Grondin, évéque missionnaire.Mais il devient le supérieur du Séminaire d'Ottawa OÙ il forme des prêtres patriotes et fonde à l'Université en 1885 la Société des Débats français.Sacré archevêque de Saint-Boniface, Manitoba, en 1895, il prend pour devise cette parole des Livres saints: Garde le dépôt — le dépôt de tous les droits qui lui seront confiés - - et il s'épuisera à les défendre.Un jour, dans une école, il demande à l'un des garçonnets: "De quelle race es-tu, mon enfant ?¦—-"Canadien français," répond timidement l'écolier.—"Non, pas comme ça, mon petit ! Quand on appartient à la première race du monde, on doit être fier.Droit, la main au front, dis à pleine voix: "Canadien français, Monseigneur.Et vous tous, mes enfants, de quelle race êtes-vous?"—"Canadiens français r" s'écrie fortement toute la classe.Pendant l'inoubliable Congrès eucharistique de Montréal en 1910, il enflamme de son ardente éloquence 25,000 jeunes gens réunis h l'Arena et se proclame, en dépit des injustices et des trahisons qui ont dépouillé de leurs droits les écoles françaises du Manitoba, "le blessé de l'Ouest, mais non pas un découragé ni un vaincu".Le grand archevêque patriote meurt à Montréal le 15 juin 1915.On lui fait des funérailles nationales.Au passage du train qui transporte ses restes à Winnipeg, les enfants viennent prier et déposer des couronnes de fleurs et le proclament le défenseur de l'école française et catholique au Canada.Les Canadiens français seraient maîtres de leurs institutions, si seulement, comme Monseigneur Langevin, ils savaient vouloir.Ce n'est pas une seule Compagnie d'assurance-vie comme la Sauvegarde qu'ils posséderaient, mais plusieurs autres et qui seraient prospères.Suscitons cette volonté collective tant désirée; alors, mais alors seulement, plusieurs de nos problèmes considérés jusqu'ici comme insolubles se régleront presque d'eux-mêmes. L'OISEAU BLEU 287 PAVOISONS POUR NOS FETES religieuses et nationales Drapeaux, banderoles, écussons, bannières, guirlandes en papier, oriflammes, câbles en papier, lanternes japonaises et vénitiennes.Nous avons le plus bel assortiment de drapeaux représentant les pays suivants: FRANCE, ANGLETERRE, ETATS-UNIS et CANADA, et religieux: SACRE-COEUR et PAPAL.Demandez notre catalogue illustré de décorations.Toutes ces décorations sont employées pour maisons, salles, magasins; réceptions, processions, parades; communautés, édifices publics, régates, tombolas, euchres, etc.GRANGER FRÈRES 54NolRt:Dàntk;.0iiesI1 Wonlr Tél.LAncasteh 2171 La p/us important» librairie et papeterie français» du Canada COMPOSITIONS DE M.EDMOND J.MASSICOTTE Gravures du terroir, format 14x17 —Le retour de la messe de Minuit pouces, imprimées sur papier de grand —Les sucres luxe.—Une épluchette de blé-d'Inde _, ., ,„ —Le saint Viatique à la campagne Chaque sujet.60 TI .„, ,T ., .Franco 65 — veillée d'autrefois «"«a —La visite de la quête de l'Enfant- Les 17 sujets.8.50 Franco.8.50 .„ .—Le réveillon de Noel —Le traditionnel gâteau des Rois —La bénédiction du Jour de l'An —Un magasin général de jadis —Le mardi gras à la campagne —La prière en famille —Une Messe de minuit dans un —Une noce d'autrefois chantier d'autrefois —L'Angélus —Les visites du Jour de l'An au temps —La fournée au bon vieux temps passé.Service de Librairie du Devoir 43C.rue Nctre-Dame Est Montréal Ecole Polytechnique de Montréal FONDEE EN 1873 Travaux publics — Industrie 1430, rue Saint-Denis, Montréal TELEPHONES :— Administration :— LAncaster 9207 Laboratoire Provincial des Mines :— LAncaster 7880 PROSPECTUS SUR DEMANDE r ecclestechniques DEPARTEMENT DU SECRETAIRE DE LA PROVINCE DE QUEBEC L'HONORABLE ATHANASE DAVID, SECRETAIRE DE LA PROVINCE COURS TECHNIQUE — Cours de formation technique préparant aux carrières industrie Iles.COURS DES METIERS — Cours préparant a l'exercice d'un métier en particulier.COURS D'APPRENTISSACE — Cours de temps partiel organisé en collaboration avec l'industrie.(Cours d'Imprimerie a l'Ecole Technique de Montréal.) COURS SPECIAUX — Cours variés répondant a un besoin particulier.IMécaniciens et véhicules-moteurs et autres).COURS DU SOIR — Pour les ouvriers qui n'ont pas eu l'avantage de suivre un cours industriel complet.AUGUSTIN FRICON ECOLE TECHNIQUE DE MONTREAL Directeur Général de l'Enseignement Technique ECOLE TECHNIQUE DE QUEBEC 1430, rue Saint-Denis MONTREAL ECOLE TECHNIQUE DE HULL Ha m mate de la CIE DE BISCUITS AETNA (LIMITÉE) 1801, rue de Lorlmler MONTRÉAL Téléphone: AM lient 2001 La Photogravure Nationale, Lift 59, rue Sainte-Catherine Ouest MONTREAL Téléphone: MArquctte 4S49 Dessins - Vignettes Photographiai L'HYGIÈNE ÉCONOMIQUE Il y a une contagion économique: l'imprévoyant en vivant aux dépens des autres, affecte leurs finances et retarde leurs progrès.Heureusement qu'il y a aussi une hygiène économique: la rente viagère, qui permet non seulement de se suffire, mais aussi d'aider les autres.Caisse Naticnale cCccnchie HT-.IAC'QI'KH O.MONTHKAI.I1AH1KU1I ÏIHÔ i m ii
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