L'oiseau bleu /, 1 janvier 1935, février
PUBLIEE PAR I.A SOCIETE SAIN I-J KAN-HAI'TIS IK DE MONTREAL Rédaction, Administration et Publicité: Abonnement annuel: 1182, rue Saint-Laurent Canada et États-Unis: 50 sous MONTRÉAL (Payable au pair à Montréal) _ CONDITIONS SPÉCIALES Téléphone: PL»teau Il.il aux écoles, collèges et couvents VOLUME XV — No 7 MONTREAL, FEVRIER 1935 Le numéro 5 sous 122 L'OISEAU BLEU Robert Cavelier de la Salle VIVE LE ROY! Le 9 avril 1682, Robert Cavelier de la Salle prenait possession, au nom du Roi de France des vastes régions du bassin oriental du Mis-sissipi qu'il nommait Louisiane, en l'honneur de Louis XIV.Débarqué à Ville-Marie le 1er juillet 1607, M.de la Salle rêvait de découvertes et d'explorations lointaines.Ayant entendu les Indiens parler d'une autre grande rivière que le Saint-Laurent, il conçut l'idée d'une route navigable d'un océan à l'autre, qui ouvrirait un passage jusqu'en Chine.Son frère, sulpicien, pour le détourner de ses projets aventureux, l'encourage à se faire concéder, par les Messieurs de Saint-Sulpice, un domaine situé près de Ville-Marie.Accompagnés d'un Huron, ils se rendent à l'endroit indiqué.L'abbé lui suggère plusieurs noms, mais Robert coupe court à toutes suggestions en disant: "Mon domaine s'appelle La Chine".C'est le nom que porte encore cette localité.Cavelier de la Salle n'abandonne pas ses desseins.Il obtient du roi et des autorités canadiennes la permission de poursuivre, à ses frais, ses explorations.Après plusieurs voyages, plus ou moins fructueux, il réussit à atteindre les bouches du grand fleuve découvert par le Père Marquette et Louis Jolliet.En compagnie du Sieur de Tonti, capitaine de brigade, son toujours fidèle compagnon, de 23 Français et de 31 sauvages, l'explorateur descend la rivière des Illinois et arrive au grand fleuve qu'il nomme Colbert, en l'honneur du Ministre de France de l'époque.Son but, dans toutes ses expéditions, n'est pas seulement d'explorer le littoral du Mis-sissipi.'jnais aussi d'assurer la domination de la France sur les régions qu'il découvre.Le 14 mars, il prend possession, au nom de Sa Majesté, du pays des Arkansas et y arbore les armes de France.La plupart des sauvages que les membres de l'expédition rencontrent sont conciliants et les reçoivent avec aménité.Arrivé en triomphateur à l'embouchure du fleuve, M.de la Salle laisse là son équipage et, accompagné de M.de Tonti, se rend jusqu'au golfe du Mexique.A son retour, il prend solen- nellement possession de cette terre de Louisiane au cri de VIVE LE ROY et y plante la croix pendant que ses compagnons chantent le Te Deum.Un an a"près, il revient à Québec pour repasser en France et y être reçu avec honneur à la cour.Taxé d'irréflexion, d'étourderie par plusieurs, Cavelier de la Salle n'en reste pas moins un grand explorateur et un hardi découvreur.Désireux de coloniser sans retard la riche vallée du Mississipi, il prépare, avec l'autorisation du Roi, une nouvelle expédition.Il part le 24 juillet 1684 sur une flotte composée de quatre vaisseaux et d'un équipage de 288 personnes.Cette fois, M.de la Salle se dirige vers l'entrée du fleuve Colbert par le golfe du Mexique.Son but est de faire de la Louisiane un pays essentiellement français.Il arrive à destination après de nombreuses et étranges péripéties.U entreprend plusieurs excursions au pays des Illinois.Au cours de la troisième, en mars 1687, il est assassiné par les siens.Le courage aventureux de Robert Cavelier de la Salle lui a valu de donner à la France une possession nouvelle grande comme un continent.G.de L'Espoir L'OISEAU BLEU 123 AMIS ÉTRANGES Beaucoup d'enfants canadiens de l'Ouest, je l'ai remarqué plusieurs fois, aiment tout particulièrement les animaux.Leurs préférences ne se bornent pas aux chats, aux chiens et aux chevaux, leurs compagnons habituels; ce sont des bêtes moins domestiquées qu'il leur faut.Ils veulent étudier leurs habitudes, les connaître davantage et parfois les apprivoiser.J'en connais, le croiricz-vous?qui ont adopté .des hiboux.C'est exact; ils étaient intéressants, mais quelle idée tout de même! Perchés sur des bâtons.En dénichant des nids de corbeaux, — cette engeance que le Bon Dieu a créée pour faire le désespoir des fermiers — deux de mes petits voisins trouvèrent, un jour, trois jeunes hiboux sur le point de prendre leur vol.Tout fiers de leur capture, ils ne furent pas lents à former le projet de les apporter à la maison dans le dessein de les faire admirer par leurs parents.Ils construisirent une cabane et y gardèrent leurs protégés avec l'espoir que, l'hiver venu, leur plumage deviendrait blanc.Rien cependant à ce moment-là ne laissait prévoir cette transformation d'un gris tacheté de marron et de blanc.Ces oiseaux, à intervalles assez rapprochés, lançaient un cri, piouic, piouic.Ils répondaient immanquablement aux Only1 — nom que leur donnaient leurs jeunes maîtres — chaque fois que ceux-ci leur apportaient leur nourriture ou qu'ils leur adressaient la parole.Tant et si bien qu'ils les appelèrent Only.Les hiboux mangeaient plusieurs gophers par jour.Ils engouffraient dans leur estomac avec une avidité inimaginable toute nourriture qu'on leur offrait.Les os même semblaient fondre dans leur jabot où disparaissaient comme par enchantement de gros morceaux de chair animale.Leurs repas devenaient une vraie attraction pour les visiteurs qui ne manquaient pas ce spectacle aussi surprenant que comique.Aussi bien nourris, ils arrivèrent vite à leur grosseur normale.Ils n'étaient point méchants, reconnaissaient très bien ceux qui les approvisionnaient et, détail à noter, ils ne se servirent jamais de leurs serres si dangereuses.Perchés sur des bâtons, ils tournaient, à l'approche de quelqu'un, roulaient de gros yeux ronds qu'ils fermaient pour laisser voir une double paupière qui s'abaissait plus ou moins, suivantl'hu-meur du moment.Leur cou, d'une flexibilité rare, leur permettait de faire avec leur tête un tour complet.Et c'étaient.des saluts, des ondulations, une mimique indescriptible, mais vraiment risible.Ils semblaient dire: réellement vous n'avez jamais vu pareils oiseaux! Regardez-nous bien.de face.de profil.voilà notre espèce.Ils hérissaient les plumes de leur jabot, celles de leurs mandibules jusqu'à ce qu'elles dessinassent une superbe barbe taillée en pointe.Leur bec d'aigle, leurs oreilles de chats qu'ils mettaient en mouvement donnaient alors à ces oiseaux un air railleur ou étonné.L'hilarité devenait générale sans pour cela faire cesser ces contorsions variées.Durant tout l'été, ils furent la principale distraction de mes petits amis qui voyaient.ou croyaient voir les plumes de leurs hiboux blanchir peu à peu.Les deux plus jeunes, bambins de six et neuf ans, chargés de leur trouver leur nourriture, redoublaient d'ardeur et de 1 Owl, hibûU, Les enfants en avaient fait le mot Only. 124 L'OISEAU BLEU courage.11 fallait les voir tendre des pièges aux gophers, qui ne visitèrent pas le jardin de la saison.La chasse était fructueuse.Lorsque vînt l'automne, ils les nourrirent de volailles faibles ou malades, car les animaux à poil s'étaient terrés ou étaient invisibles.A la rigueur, ils leur sacrifiaient leurs poules chétives.C'était une ressource appréciable.Mais lorsqu'elle leur manquait?Je crois bien que mes jeunes amis sacrifièrent à leurs commensaux plus d'une poule atteinte de maladie imaginaire seulement! L'hiver se passa assez bien, en dépit du froid; au printemps, mes bons voisins furent bien déçus.Le plumage de leurs volatiles n'avait pas blanchi du tout, cependant qu'ils continuaient à faire: piouic, piouic, d'une voix saccadée ou douce, à rouler des yeux en boule de loto; ils minaudaient tout, autant en faisant claquer leurs mandibules avec un bruit semblable à celui des castagnettes et surtout.surtout ils avaient gardé leur appétit de Gargantua.Comprenant qu'ils ne pouvaient les garder plus longtemps, les propriétaires de ces curieux oiseaux tinrent conseil.à quatre, afin de décider de leur sort.Il ne fut pas question de les tuer, car les hiboux sont très utiles à l'agriculteur; non plus de leur rendre la liberté sur la ferme.Les poulets et toute la basse-cour auraient couru de trop grands dangers.Les enfants hésitèrent longtemps, j'en ai souvenance, mais il leur fallut céder le logis de leurs Only à de nouveaux hôtes, granivores ceux-là, qu'il était nécessaire et urgent d'héberger.Un dimanche, le sacrifice fut sérieurement décidé et le déménagement fixé au lendemain.Je tins à assister à ce spectacle.Propriétaires et locataires étaient aussi affairés les uns que les autres.Ceux-là pour faire évacuer le logement, ceux-ci pour ne pas le quitter.Chaque fois qu'on les mettait dehors, vite les hiboux volaient vers l'ouverture de leur cabane et s'y engouffraient pour y rester.Très doux d'habitude, ils montraient ce jour-là leurs serres avec menace.Les garçonnets furent obligés de bien assujettir le couvercle de la cage et.en route pour les porter à un quart de section éloigné de la ferme.Ils les mirent dans une grande caisse qui devait leur servir d'abri provisoire et leur permettre de se trouver un gîte à leur convenance.Ils laissèrent à leur disposition une bonne provision de viande, suffisante pour plusieurs jours.L'endroit choisi avec soin était tranquille et planté de beaux arbres.Un rêve, quoi! pour des solitaires! Installés là, les Only s'y trouvèrent d'abord très dépaysés; grisés d'espace, ils ne surent que faire.En attendant qu'ils devinssent assez débrouillards, mes jeunes amis, compatissants, leur portaient de la nourriture, tous les deux ou trois jours.Pendant une quinzaine, ces oiseaux s'attachèrent à leur logis d'occasion; ils attendaient patiemment leurs anciens maîtres et.leur pitance.Ils volaient dans les même parages et semblaient regretter leur captivité.Après plus d'un mois: passant par là, à cheval, mes jeunes amis virent encore, et avec quelle joie! leurs trois hiboux qui répondirent à leur appel.Puis ne voyant plus personne, leur instinct les guida sans doute vers d'autres lieux.Passant nar là, à cheval.Ce matin, un hibou hululait dans les bosquets tout près de ma demeure.Ces cris m'ont fait penser aux trois hiboux de mes petits voisins.Que sont-ils devenus?Leurs anciens maîtres l'ignorent.Ce qui est certain, c'est que ceux-ci gardent un souvenir vivace de ces oiseaux.Toutes les fois qu'ils aperçoivent un de leurs congénères, ils ne manquent pas de lancer à plein gosier: Only, Only.Cet appel qui résonne dans l'air comme une tyrolienne me remémore ce que je n'oublierai jamais et qu'il faisait si bon d'entendre: les joyeux éclats de rire de mes amis lorsqu'ils s'occupaient, avec quel entrain! de leurs si étranges hôtes ailés.Myrto Joseph B BONS MOTS bon nic légion de —Accusé, vous n'avez jamais été condamné?—Pardon, mon président, je l'ai été deux fois déjà par les médecins.Vérités courantes L'un— C'est dans l'adversité qu'on connaît ses amis, dit le proverbe.L'autre — Malheureusement, c'est dans ce moment-là qu'eux ne vous connaissent pas. L'OISEAU BLEU 125 j\OS CHAHSOHS POPULAIRES VIVE LA CANADIENNE Vi-ve la Ca-na- dien- ne, Vo-le.mon coeur yo - - le, Vf-ve la Ca-na-, IJn g Ji I dicn- ne er sesjo- lis yeux doux,- Er ses jo-lis yeux doux, doux, doux el" -—i-J-*-'-'- r- ses jo - lis yeux doux.Er ses jo- lis yeux doux, doux,doux ses jo- lis yeux doux — 2— .Xohk ta menons aux noces.Vole, mon coeur, vole Nous la menons aux noces.Dans tous sea beaux atours.Dans tous, etc.— S — Là.nous jasons sans gêne, Vole, mon coeur, vole Là, nous jasons sans gêne.Nous nous amusons tous.Nous nous.etc.Nous faisons bonne chère, Vole, mon coeur, vole Nous faisons bonne chère, El nous avons bon goût.El nous, etc.— â — On danse, avec, nos blondes.Vole, mon coeur, vole On danse avec nos blondes, Nous changeons tour à tour.Nous changeons, etc.— 6 — Ainsi le temps se passe, Vole, mon coeur vole, Ainsi le temps se passe, Il est vraiment bien douxl Il est, etc.KuinitiniiniGïiLffïtEn^ 126 L'OISEAU BLEU Le coin pu philatéliste Pages nouvelles et pages closes L'Iran et l'Afrique Orientale Italienne s'amènent alors que la Sarre disparaît — Les autres qui ne sont plus.Dans quelques semaines, le 22 mars exactement, les collectionneurs devront ouvrir une nouvelle page d'album et y inscrire un titre prêtant à de faciles calembours: IRAN Ce sera le nouveau nom de la Perse, la reprise de l'antique appellation du vaste territoire d'Asie sur la plus grande partie duquel s'étend le royaume des Schahs — mot qui veut dire roi des rois — fondé par Cyrus, et dont la civilisation des plus remarquables atteignit son apogée avec Darius.Nos petits amis qui aiment les belles histoires mouvementées, trouveront profit et plaisir à feuilleter celle du merveilleux pays persan; ils trouveront de substantiels résumés dans les manuels des cours supérieurs ou dans les encyclopédies.Nous y toucherons nous-mêmes un de ces jours.En attendant nous formulons le vœu (lue la Perse — pardon l'Iran — conserve sur ses timbres, à côté des inscriptions dans son idiome national, les mots en français, "poste persane" (demain "poste iranienne") qu'on y lit depuis plus de 50 ans.Les collectionneurs toujours à l'affût des nouveautés devront en même temps pourvoir il loger les timbres d'un organisme postal sur le point de voir le jour: celui de l'Afrique Orientale Italienne, désignation géographique sous laquelle seront compris l'Erythrée et la Somalie italienne que Mussolini , le duce d'Italie, a réunies à la suite d'un récent accord avec M.Laval, représentant de la France.Mais avant que de procéder à ces additions, il aura fallu clore un des plus importants chapitres philatéliques: celui de la SARRE.Les habitants de cet État condamné à une existence éphémère dès sa naissance et doté depuis 15 ans d'un service postal distinct, ayant décidé (13 janvier) par une immense majorité VOLKSHI ses» V0LKSH1LFE La SARRE (1925) La Pleta de Blleskastel "¦M S£RCEBID[1 SKRÇEMEr La SARRE — Timbres de bienfaisance.A gauche — La Charité — Vierge et Enfant-Jésus, de Raphaël (1928).A droite — Madone et l'Enfant, de Feruzzio (1930).— 9 contre 1 — leur rattachement à l'Allemagne, se serviront désormais des timbres de la mère patrie retrouvée.Les émissions sarroises, en devenant désuètes, n'en conservent pas moins une haute valeur historique et acquerront en peu de temps une plus-value appréciable.Déjà doit se considérer heureux l'amateur qui peut réunir une centaine des quelque 225 timbres émis au nom de la Sarre; et très veinard si sur ce nombre il possède les séries de bienfaisance, même incomplètes, de plus en plus difficiles à trouver.La philatélie est avant tout un passe-temps éducationnel; elle peut en l'occurrence, tout en remplissant ce rôle, être le moyen d'un excellent placement.En attendant voyons ce que futcet État à nul autre semblable, créé par le traité de Versailles, au lendemain de la Grande Guerre et dont la disparition abolit une des plus sérieuses menaces à la paix entre la France et l'Allemagne et même à toute l'Europe.Territoire de 790 milles carrés, d'une immense richesse houillère, situé à l'est du Luxembourg et de la Lorraine, formée artificiellement d'une tranche de la Rhénanie prussienne et d'une autre du Palatinat bavarois, comptant une population de près de 800,000 âmes, en grande majorité catholique, la Sarre fut constituée pour une durée de 15 ans (de 1920) au bénéfice de la France qui devint propriétaire absolue de tous les gisements de charbon, en compensation de la destruction des mines françaises et en réparation partielle des dommages soufferts au cours de la guerre.Aux fins d'administration dans tous les domaines, la Sarre fut dotée d'un régime très spécial, nouveau dans le droit des peuples,con-fiô à une espèce de Conseil international de cinq membres, sous l'égide de la Société des Nations.Des Canadiens furent du nombre: l'ancien maire Waugh, de Winnipeg, et, plus tard un Montréalais, M.George Washington Stephens, en qualité de ministre des finances puis de président, à la grande satisfaction des Sarrois. L'OISEAU BLEU 127 La SARRE (1927) Les fortifications de Sarrelouls La SARRE (1927) L'Abbaye de Tholey En réalité les Canadiens, ceux de langue française, doivent au moins un souvenir de reconnaissance émue aux Sarrois dont un certain nombre de leurs ancêtres combattirent en Nouvelle-France au milieu des fameux régiments du Berry et de Royal-Roussillon, sous le commandement de notre grand Montcalm.Ce contingent avait été fourni par le prince de Nassau-Sarrebruck, lieutenant général dans l'armée française.Le village de la Sarre, dans l'Abitibi, en adoptant ce nom, rappelle cette participation à nos luttes.Saluons donc le résultat du vote des Sarrois en vue de leur avenir politique, puisqu'il fut conforme à leurs aspirations nationales.Les premiers timbres de la Sarre parurent le 29 janvier 1920.On se servit d'abord des vignettes de l'Allemagne et de la Bavière, types Ger-mania et effigie du roi Louis III, en les surchargeant d'abord en français du mot SARRE, puis en allemand, appellation désormais permanente, SAARGEBIET.En 1921 les premiers timbres caractéristiques du pays sarrois furent créés pour demeurer avec de nombreuses additions toujours dans la même note, jusqu'au jour du plébiscite.Ainsi vit-on défiler de magnifiques images révélatrices de riants paysages, de fiers monuments: églises, édifices publics, et surtout de très importants établissements miniers et industriels: houillères, hauts-fourneaux, usines de céramique et de verre ies.Ces mêmes timbres surchargés du mot dienst marke servirent à la poste officielle du gouvernement provisoire.En 1923 les Sarrois font une belle manifestation de foi par l'émission de deux timbres représentant l'émouvante Pieta ou Déposition de Croix, de Blieskastel.On y voit la Vierge, abîmée dans la douleur et portant sur ses genoux le corps pantelant de son Fils crucifié, sujet traité par tous les grands maîtres.On a cru La SARRE (1921) Hauts-fourneaux à Dillingen voir dans cette impressionnante vignette une allusion aux souffrances endurées par les Sarrois; réimprimée à la veille du plébiscite, le rapprochement semble bien évident.Cette manifestation d'un caractère religieux fut suivie d'une floraison de très belles vignettes d'inspiration pieuse qui depuis 1926 va s'épanouir annuellement au bénéfice des œuvres de charité de la Sarre auxquelles on pourvoit par une taxe ajoutée sur chaque timbre.Ainsi on présente à notre admiration la reproduction de tableaux saisissants dont plusieurs célèbres: la Charité, de Raphaël; la Madone el VEnfant Jésus, de Ferruzio; Saint Martin de Tours partageant son manteau; Sainte Odile (patronne de l'Alsace) faisant l'aumône, de Feuerstein; le Mendiant aveugle, de Dyck-mans; le Bon Samaritain; V Aumône, de Schiestl; les Orphelins, de Kaulback, et nombre d'autres d'une grande beauté et complétés par des reproductions d'églises, de statues et de châteaux sarrois, non moins bien rendus.En 1933, trois timbres spéciaux de bienfaisance vinrent rappeler le désastre minier de Neunkirchen.Entre temps, pour la poste ordinaire paraissait en 1927, en remplacement des premières émissions maintenant épuisées, une nouvelle série de 14 timbres en 6 dessins faisant voir Sarrebruck, Sarrelouis, Tholey et autres endroits du pay s.Le service était complété par deux timbres de la poste aérienne, comme il convient à un État (!).moderne: l'un en 1928, un biplan au-dessus de Sarrebruck, et l'autre, en 1932, un monoplan survolant Tholey.Enfin le 7 décembre 1934, les timbres en cours recevaient, en vue du plébiscite, une surcharge appropriée — volksabs-limmung —¦ destinée à commémorer cet événement.Avant la Sarre pas moins de six autres de ces États provisoires créés à Versailles et pourvus, quelque temps, d'un service postal particulier avec des timbres en propre, sont disparus — ce qui veut dire au point de vue phi-latélique, l'obligation d'inscrire au bas de nombreuses pages d'album, fini, ou, mieux encore, complet, conclusion assez facile dans certains cas mais non pas pour tous, à moins de recherches laborieuses et surtout de déboursés plutôt élevés.Nous énumérons brièvement. 128 L'OISEAU BLEU ^,SA&RGEBiET".i;isj5fe La SARRE (1921) Houillère — transport par câbles aériens En Autriche, la CARINTHIE, vieux duché de l'empire des Hapsbourg, réclamé à l'issue de la guerre par la Yougoslavie puis, suivant la volonté exprimée par ses habitants, remise à l'Autriche.Vingt-cinq timbres parurent dont 19 empruntés à la poste autrichienne et (» à celle de Yougoslavie, tous portant surcharges.Encore en Autriche, la Silésie orientale, autre vieux duché autrichien qui, après avoir été occupé par la Tchéco-Slovaquie et la Pologne, fut divisé entre ces deux pays.Avant ce partage 63 timbres, tous des vignettes Yougoslaves surchargées, furent utilisés.Viennent ensuite les divisions du territoire allemand, prévues à Versailles.V Allenstein, tranche de la Prusse orientale rendue à l'Allemagne, en 1920, après un vote décisif.On y trouve 28 dénominations, la plupart du type Oermania et portant diverses surcharges.Iai Marieniverder, tranche de la Prusse orientale dont la plus grande partie, cédée à la Pologne au traité de paix, fut, en 1920, restituée à la mère patrie allemande après consultation populaire.Dans l'intervalle, 14 timbres d'un dessin distinct — allégorie de la victoire — furent émis, suivis de 14 autres, type Oermania et autres, surchargés puis de nouveau encore les 14 timbres de la première émission avec l'inscription modifiée —- soit au total 42 valeurs.Enfin la H an te-Silésie, territoire compris avant la guerre partie en Allemagne, partie en Autriche, attribué par les suffrages plébiscitaires à peu près également partagés, le nord à l'Allemagne et le sud à la Pologne, mais demeurant jusqu'en 1936 sous le gouvernement d'une commission mixte germano-polonaise.De ce coin de terre riche en mines encore plus que la Sarre, vinrent pas moins de 104 timbres.Un certain nombre furent imprimés spécialement pour la Haute-Silésie: paysage silésien survolé par une colombe, symbole de paix; mais la plupart furent du fatidique type Oermania, avec des surcharges d'une grande variété.Quelque temps avant le plébiscite, la Pologne avait lancé 7 timbres dits d'occupation, d'un dessin au paysage déjà vu, mais surmonté de l'aigle polonais à la place de la pacifique colombe.Au nombre des disparus, il resterait à ajouter Memel.Ce territoire jadis domaine allemand, où règne actuellement une agitation en faveur d'un retour à la mère patrie, à l'exemple de la Sarre, sert de porte de sortie sur la Baltique à la Pologne, et surtout à la Lithua-nie qui s'en est rendue maîtresse.N'ayant pas bénéficié d'un plébiscite, Memel n'entre pas dans la nomenclature ci-dessus.Notons cependant que, du jour où ce territoire, en 1920, fut détaché de l'Allemagne jusqu'au jour où il fut placé sous la souveraineté lithuanienne, parurent pas moins de 141 timbres memelois.Ce qui fût un nombre considérable de timbres désuets formant une des plus belles collections documentaires de notre époque troublée.Phil.Atiiély AUBAINES ETATS-UNIS Commemor.itifs et divers sujets t signifie série complète 100 Etats-Unis — tous 3t — 1932 — Olym- différents, sans enve- piade, 2c, Lac Placid, 3 loppes ni fiscaux.Rég.et 5c Los Angeles .08 $1.00.Spéc.75 3t — 1932 — 2c.Ar- 22 — 1922-31 — Pré- bor Day, 3c.Penn, 3c sidents et vues diverses, Webster .05 '/2C à $1.Dentelures et 4t — 1933 — 3c Ogle- nuances variées.35 thorpe.3c Newburgh, 3c 5 —1923-31 — 2c Byrd, 5c Kosciusko .10 Harding, deuil; 1 Vic.3t —1933 — 1 et 3c Harding de face, 4c.Exp.Chicago, 3c N.R.- Taft et coils des deux .05 A.03 7t — 1922-25 — Pré- 3t — 1934 — 3c Ma- sidents, le à 10c, tous ryland, 3c Mothers' Day, coils .15 3c Wisconsin, (Nico- 3t — 1931 — 2c Pu- let) .05 laski.2c, Croix Rouge, 10t — 1934 — Parcs 2c, Yorkstown .08 Nationaux, 1 à 10c .40 14f — 1932 — Bi- 5 — Poste avion, 5c centenaire Washington.1928, 5c 1930, 5c Vz à 10c plus 3c.Vio- 1931, 8c, 1932.6c let et le même coil .20 1934 .10 Album "American" — Etats-Unis au complet jusqu'à 1933: timbres-poste, enveloppes, fiscaux et coloniaux américains; 150 pages, 9 x 12, relié toile couleur (pèse 3 livres, port en plus).$1.75 DES ETATS D'EUROPE ABOLIS 25 — SARRE.30 25 — CARINTHIE, au complet.1.00 50 — 1.00 4 _ MARIENWERDER, 14 — ALLENSTEIN, g — MEMEL12 1920.1ère émission 1.00 6 _ SCHLESVIC !l2 13 — ALLENSTEIN, 10 — SILESIE 2ème émission.60 (Haute).15 Port en plus sur commande de moins de $1.00.CATALOGUE GRATUIT SUR DEMANDE Bazar Postal, B'te poste 4020, Montréal L'OISEAU BLEU 129 No 32 LA CENT AILEE DU ROCHER AUX OISEAUX Le mois dernier, je vous ai entretenu de la végétation du rocher aux Oiseaux que j'avais le privilège exceptionnel de visiter, au cours de l'été 1934, avec mon amie Marcelle Oauvreau.Voici maintenant quelques observations sur les cinq espèces d'Oiseaux qui nichent sur le rocher.Afin de bien les voir, il faut nous approcher de la falaise, car ils ne se perchent jamais sur le sommet.Quel spectacle! Ne se doutant de rien, ils sont là, alignés par centaines, sur une étroite corniche suspendue au-dessus de l'abîme.Mais je cède la parole à notre grand naturaliste Jacques Cartier, pour vous décrire ce premier coup d'œil: Icelles isles (le rocher et le petit récif) estaient aussi plaines de ouaiseaux que un pré de herbe qui heirent au dedans d'icelles isles, dont la plus grande estoit plaine de margaulx qui sont blancs, et plus grans que ouays.Et en l'autre, y en avoit pareillement dédits Godez et des grans Apponatz.Nous descendîmes au bas de la plus petite et tuâmes de Godez et de Apponatz plus de mille et en prîmes en nos barques ce que nous en voulûmes.L'on y east chargé en une heure, trante icelles barques.Nous nommâmes icelles isles, Ile Margaulx.Cette description si vivante de notre illustre découvreur donne une parfaite idée du nombre et des deux espèces d'oiseaux qu'on retrouve encore aujourd'hui: les Margaulx (Fous de Hassan) et les Godez (Pingouins communs).Seuls les grans Apponatz (grands Pingouins) sont une espèce éteinte.On ne les retrouve plus que dans les jardins zoologiques privilégiés, notamment celui de Londres, où je me souviens de les avoir admirés.Cet oiseau mesure envi- Février 1935 ron deux pieds de haut; sauf par sa taille, il ressemble beaucoup au Pingouin commun.Les moins farouches parmi les habitants ailés du rocher, sont les Godez, c'est-à-dire les Pingouins communs.Il y a une autre espèce d'oiseaux, écrit ailleurs Jacques Cartier, noirs et blancs, ayant le bec de corbeau, et qui volent haut en l'air et à fleur de l'eau, lesquels sont plus petits que les autres et sont appelez Godez.Comme nous demandions le nom de cet oiseau aux gens du rocher, ils répondirent que c'étaient des Godz.Sauf une légère abréviation de la dernière syllabe, ils avaient retrouvé la prononciation et le nom donnés par Jacques Cartier.Le Pingouin commun atteint environ la taille d'un gros Canard; comme ce dernier il a les pattes palmées et la queue en pinceau, très courte.Au repos, il se dresse dans le sens vertical, appuyé de tout son poids sur les pattes et la queue, la tête légèrement inclinée vers l'arrière.Son bec est strié de lignes blanches, et son manteau noir et blanc produit le plus joli effet.Les ailes du Pingouin commun sont très petites comparées à la taille de l'oiseau.On pourrait peut-être expliquer ce trait caractéristique par le fait qu'il vole fréquemment à fleur d'eau et frôle la vague, en quête de sa nourriture; si ses ailes étaient plus longues, elles lui seraient peut-être nuisibles.Le bon Dieu a bien fait ce qu'il a fait! A notre approche, quelques frayés se jettent dans le vide, bruissement d'aile très étrange.Mais plusieurs, pleins de courage, affrontent le danger pour protéger leurs petits, blottis dans un retrait du rocher.Comme une sentinelle monterait la garde, inquiètes, les mamans se promènent de long en large devant le nid, avec une démarche gauche et vacillante.En montrant un peu d'audace et par des prodiges d'équilibre, nous réussissons à prendre un jeune Pin- Pingouins ef-avec un petit 130 L'OISEAU BLEU Cliché G.Simnrcl JEUNE PINGOUIN .et là, il se prête gentiment aux caprices de notre camera gouin dans son nid.Nous l'installons sur la torre ferme, et là il se prête gentiment aux caprices de notre camera, poussant de temps à autre de petits cris de détresse.Bien vite nous le remettons à sa mère effarée, mais qui se tient encore sur le bord de la corniche.Tout jeune, ce petit être ressemble bien plus à une boule de laine grisâtre qu'à un jeune Pingouin, car rien ne laisse deviner encore ce qui caractérise si bien son espèce.Un épais duvet le couvre tout entier, un peu plus blanc sur la poitrine et le ventre.Sans doute à cause de l'espace restreint que doit occuper chaque oiseau, le Pingouin n'a jamais une nombreuse famille.Un seul descendant paraît lui suffire, et ce jeune repose généralement sur la pierre nue, sans aucune protection contre le froid.Mais notre attention est bientôt attirée par un autre genre d'Oiseaux qui paraissent vivre en bonne harmonie avec le Pingouin, car nous les avons toujours vus perchés ensemble sur les mêmes corniches.Les Madelinots désignent cet oiseau sous le nom de parroquel (Perroquet), et les hommes de science l'appellent Macareux arctique.Vu pour la première fois, le Macareux a une apparence si étrange qu'on ne peut s'empêcher de rire, tout en l'admirant d'autre part.Cet aspect comique est dû au fait que son bec aussi haut que long, très large pour la petite tête de l'oiseau, est recourbé comme celui des Perroquets, d'où son nom.Les autres parties de l'oiseau, ainsi que sa taille, ressemblent beaucoup à celles du Pingouin, son cousin, car tous deux appartiennent à la famille des Alcidés.Comme le Pingouin, il se tient droit, la tête bien cambrée, assis sur ses pattes et sa queue.La couleur du plumage et des membres du Macareux arctique forment un ensemble très harmonieux.Son dos est noir, sa tête brun foncé, le jabot et le ventre très blancs.Quant au bec et aux pattes, un beau rouge voyant tranche agréablement avec les autres couleurs.Autour des yeux, un grand cercle également rouge, produit Le plus curieux effet.Malheureusement, nous n'avons pas la bonne fortune de voir les jeunes Macareux dans leurs nids qui sont cachés dans les crevasses du roc.Toutefois nous pouvons observer les parents au vol, où ils montrent une très grande habileté à frôler la vague comme les Pingouins, et aussi à voler très haut dans les airs, à une grande vitesse.Il nous reste maintenant à obtenir une entrevue avec les M argots.Ce sont les plus difficiles à approcher, car en esprits sages, quoique appelés Fous, ils se défient de notre présence.Ce n'est pas sans raison que Jacques Cartier donna le nom d'île aux Margaulx au rocher des Oiseaux, car leur nombre sur l'île est de beaucoup supérieur à celui des autres espèces.L'illustre marin, lorsqu'il aperçut ces oiseaux pour la première fois, les décrivit ainsi: Il y a aussi une autre sorte, mais plus grands (que les Godez) et blancs, séparez des autres en un canton de l'isle, et sont très difficiles à prendre parce qu'ils mordent comme chiens, et les appelloyent Margaulx.Cette description peut parfaitement s'appliquer aux Margaulx (Margols) du rocher aux Oiseaux, car comme ces derniers, ils sont "séparez des autres en un canton de l'isle" et ne semblent pas apprécier le voisinage des Pingouins et des Macareux, et, il va sans dire, encore moins le nôtre.Ce qui plus est, ces oiseaux se tiennent toujours à moitié chemin de la falaise, là où le roc s'étend parfois en une large plate-forme, endroit qu'il est tout à fait impossible d'atteindre.Le nom actuel de Margot est Fou de Bassan, mais les Madelinots, fidèles à la tradition, ont gardé celui de Margot; ils l'appellent encore Foubazin, ce qui est évidemment une corruption de Fou de Bassan.Ici je me permettrai de corriger quelque peu le texte de Jacques Cartier qui vit les Margaulx, si vous vous souvenez bien, plus grans que Ouays.Ouays en ancien français a peut-être une autre signification que oie dans notre langage moderne, mais les Fous de Bassan n'ont même pas la taille de cet oiseau de basse-cour que l'on élève du moins au Canada; ou bien les Margots ont beaucoup dégénéré depuis 400 ans.Nous les avons plutôt vus de la grosseur d'un Goéland environ, mais toutefois beaucoup plus gracieux que ce dernier.Leur corps très effilé se termine par des rémiges et des rectrices suraiguës, ce qui donne à l'oiseau une taille élancée.Le cou et la tête du Fou de Bassan sont très longs.Le bec pointu est fendu au delà des yeux.On L'OIScAU BLEU 131 dirait la physionomie d'une personne au sourire épanoui.Leur plumage est d'une blancheur éclatante.Au dire des Madelinots.cet oiseau est le meilleur pêcheur de Hareng dans tout le golfe.On raconte même qu'à la recherche de sa nourriture, il plonge avec une telle ardeur et de si haut qu'il se brise parfois la tête sur des récifs cachés à sa vue.Comme les Pingouins, les Fous de Bassan n'ont jamais qu'un petit par couvée.A la fin de juillet, époque où nous visitions le rocher, les jeunes étaient parvenus environ à la moitié de leur croissance, recouverts d'un mince duvet blanc jaunâtre, les pattes longues et le corps efflanqué.Il nous fut impossible de les examiner de près, à cause de l'endroit inaccessible où sont posés les nids.Néanmoins, eu nous penchant sur le bord des corniches, nous pouvions les voir par milliers, entourés des parents, et d'en bas s'éle- CHoM m.Gauvreau FOUS DE BASSAN (Margots) .cl d'en bas s'élevaient jusqu'à nous les accords muques d'un bruyant concert.vaient jusqu'à nous les accords rauques d'un bruyant concert.Parfois, quelques-uns, plus audacieux que les autres, se risquaient jusqu'au sommet de la falaise, mais retournaient bien vite au milieu des leurs.Les Fous de Bassan appartiennent à la famille des Sulidés.Nous avons également remarqué deux autres espèces d'oiseaux qui se tiennent ensemble, mais nichés en des endroits si périlleux que nous ne pouvions les voir que de très loin.Ce sont d'abord les Mouettes à trois doigts que les Madelinots appellent Cïoualiches.Une corniche mesurant à peine six pouces de large est leur coin de prédilection.Pour s'y maintenir, ils doivent se cramponner au long de cette maigre tablette, à la file, tous pressés contre le roc.Cette Mouette est l'une des plus petites espèces que nous ayons au Canada.Elle a la taille d'un Pigeon, et appartient à la famille des Laridés.Son plumage est argenté jusqu'à la moitié du corps, son cou et sa tête sont blancs.Le nid de la Mouette à trois doigts est toujours fait d'Algues marines.Tout près des Mouettes, nous apercevons le Guillemot de Brûnnich.Cet oiseau, de la même famille que le Pingouin commun, celle des Alcidés, n'en diffère que par sa taille et son bec tranchant et effilé.Son manteau est noir et blanc comme celui du Pingouin.Les Guillemots vivent en nombreuse population.Ils couvent dans les roches et ne font jamais de nids.Les jeunes de ces deux dernières espèces furent malheureusement invisibles.Mais notre séjour sur le rocher aux Oiseaux est limité, et déjà notre pilote nous annonce qu'il faut partir.Demeurer plus longtemps serait d'ailleurs une grave imprudence, car le moindre vent pourrait nous empêcher de prendre la mer.Comme nous ne tenons pas à passer l'hiver ici, sagement mais à regret, nous nous préparons au départ.Chose assez rare, paraît-il, pour les visiteurs, nous avons réussi à rester trois heures sur le rocher.Le vieux gardien s'attache à nos pas jusqu'à la dernière minute.Il vient nous reconduire au quai et redescend bravement les cent quatante-quatre marches de l'escalier qui conduit au faîte du rocher.Après nous avoir serré la main, il nous remercie, ma compagne et moi, d'être venues.La barque est mise à l'eau et nous montons sans plus tarder, car déjà une brise s'élève vers l'est.Un dernier adieu et nous voilà reparties, songeuses devant cette merveille de la nature que seul un Dieu tout-puissant a pu créer.Au bout d'une heure, le rocher n'est plus qu'une tache à l'horizon.A la Pointe-de-l'Est, il disparaît complètement; et quelque temps après, un beau soleil couchant nous accueille à l'île de la Grande-Entrée où nous rentrons saines et sauves.Georgette Simard, Etudiante à VInstitut Botaniqm Uni vers ile de Montréal LE TRILLE DRESSE OU TRILLE ROUCE Classe : Monocotylédones Famille: Liliacées Vous avez tous reconnu la gentille fleurette que je vous présente: Le Trille dressé.Nous le nommons Trille du mot latin trilix: triple.Trois feuilles, trois sépales, trois pétales, deux fois trois étamines, stigmate à trois 132 L'OISEAU BLEU lobes, ovaire à trois loges, tout est triple chez lui.Je dirais volontiers triple grâce, tant je le trouve joli! Le Trille rouge dresse fièrement sa gracieuse hampe.Comme tous les membres de la noble famille du Lis, sa tige est simple et droite, ses TRILLE DRESSÉ (Trille rouge) (a) Plante entière.(î>) Fleur, (c) Efamine, (d) Fruit.feuilles sessiles, c'est-à-dire sans pétiole, le limbe étant directement fixé sur la tige.Si la feuille n'a pas la forme allongée de celle de la tulipe, ses nervures n'en sont pas moins paral- lèles, et elle s'apparente avec celle du Lis du Canada.La structure du Trille dressé ne semble pas le ranger dans la lignée de l'ail, de l'oignon ou du poireau.Mais depuis quand les dissemblances entre cousins sont-elles signe de non parenté?Ne vous y laissez pas prendre pourtant, n'allez pas respirer son parfum avec trop d'ardeur.Vous en seriez très désagréablement étonnés.S'il n'a pas l'utilité de quelques membres de sa famille, il a pris, au frottement de ses ancêtres, une odeur fétide insupportable.C'est un défaut, et les botanistes ont eu bien garde de l'oublier! Chez les étamines, le filet est plus court que les anthères.La racine est fibreuse, le rhizome ou tige souterraine, a une forme globuleuse.Dès les premiers rayons chauds d'avril ou de mai, le Trille se hâte de dresser la tête, de déployer feuilles et fleurs avant que les arbres aient re-feuillé leurs branches.Alors, ce sera la nuit au pied de l'arbre, donc la nuit pour le pauvre Trille qui ne croît que sous bois mais demande pourtant la caresse des rayons solaires pour s'épanouir.Dans la première quinzaine de mai, c'est un plaisir de visiter la montagne.Les Trilles y sont en nombre, charmeurs par leur délicatesse et toute la gracilité de leur petite personne.Payez-vous le luxe d'une de ces promenades en mai prochain, et vous serez, comme moi, épris de la beauté des fleurs printanières.Colette Toupin 7e année Cercle Rose-Mystique, C.J.N.Ecole Sainte-Elisabeth * Montréal OVsifjiMpffo^ MLA PHOTOGRAVURE ATIONALE TEL MA LIMITEE 59 ST.CATHERINE OUEST - MONTREAL a n K c dotes c a n a i) ie n n kb La prophétie du savant abbé Laflamme T A puissance motrice développée par les rapides des Cèdres, les chutes de Shawi-nigan, de Drummondville, du lac Saint-Jean, etc., est en train de transformer la physionomie de la province de Québec, de lui communiquer une impulsion inouïe vers le progrès matériel.Le nom de ces grands transformateurs de houille blanche est sur toutes les lèvres, mais on semble ignorer qu'un humble savant, l'abbé J.-C.-K.Laflamme, du Séminaire de Québec, le premier a proclamé, de sa chaire de professeur, la possibilité de capter les forces hydrau- (Suite à Ib oage 137) L'OISEAU BLEU 133 AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA Concours littéraire Y Oiseau bleu Garçonnets, Fillettes, Concurrents Oyez.Oyez! L'Oiseau bleu, fidèle aux traditions établies, attire votre attention sur le concours littéraire qu'ils institue avec la présente publication.Ecoliers, écolières, amis, lecteurs anciens ou nouveaux, grands, petits, vous êtes tous très cordialement invités à cette joute littéraire.L'année 1935 évoque un grand événement historique que vous rappellerez dans votre composition, à savoir: Le deuxième voyage de Cartier au Canada en 1535.Consultez livres, brochures, documents; soyez curieux d'apprendre et de savoir, mais dans toutes vos recherches, dans votre habileté à rassembler vos matériaux, dans votre rédaction, sachez rester personnels, soyez vous-mêmes.Il arrive assez souvent qu'un plagiat inconscient se laisse deviner dans vos compositions.Nous vous mettons en garde contre ce défaut, ennemi de la vraie personnalité.Conditions: Les copies ne devront pas compter plus de 700 mots; il sera tenu compte de la forme et du fond.Les travaux devront être écrits très lisiblement, sur un seul côté de la feuille et signés par chaque concurrent.Chacun aura soin de donner son adresse au long.La limite d'âge pour pouvoir concourir est fixée à dix-sept ans inclusivement.Prix: Les directeurs de la Société de Saint-Jean-Baptiste de Montréal offrent en récompense une somme de $15, qui sera partagée de la manière suivante entre les vainqueurs: Premier prix: $5; deuxième prix: $3; troisième prix: $2; cinq prix de $1 et cinq autres prix: un abonnement d'un an à Y Oiseau bleu.La décision des juges sera sans appel.Les manuscrits devront parvenir à Y Oiseau bleu.au plus tard le 30 mars à midi.L'Oiseau bleu annoncera le résultat du concours dans le numéro de mai.Vite à l'œuvre.Qui aura la palme de la victoire?Bon succès! Le Directeur 134 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE SPORTS ET JEUX 1.Les mots raquetleur, tuque et ceinture fléchée sont-ils français?— Non, ce sont des mots canadiens mais que nous avons raison d'employer parce qu'ils désignent des êtres et des choses inconnus en France.2.Parlez-nous du jeu de polo.—¦ C'est un jeu équestre, populaire dans tous les pays de langue anglaise.Pratiqué d'abord pendant plusieurs siècles dans les pays orientaux, tels que le Thibet, la Perse et le Japon, il a été joué pour la première fois par les Européens à Calcutta en 1863.De là il a passé en Europe.Si ce n'est qu'il se joue à cheval, le Polo ressemble beaucoup au hockey.Les chevaux bien entraînés à ce jeu montrent une intelligence presque humaine et se vendent très cher.3.Quelle est cette sorte d'avion?— C'est un h/plan: c'est-à-dire qu'il a les ailes doubles.Quand le train d'atterrissage se retire dans le fuselage, ou dit qu'il est retractile.4.Parlez-nous du ski.— C'est la chaussure à neige nationale de la Norvège.Au Canada, c'est un sport, mais dans beaucup de pays, il a une utilité pratique, permettant aux forestiers, bûcherons, facteurs, habitants des régions montagneuses, de vaquer à leurs occupations malgré une épaisse couche de neige.5.Qu'est-ce que l'alpinisme?— C'est le sport pratiqué par ceux qui aiment l'ascension des montagnes.Le Mont Blanc a été franchi pour la première fois en 1786 par Jacques Balanat.Le bâton spécial que porte l'alpiniste est un alpenstock.6.D'où vient le jeu de golf?—¦ De Hollande, d'où il passa en Ecosse au XVe siècle.Au moyen de bâtons de forme variée, le golfeur doit faire pénétrer dans 18 trous une balle légère en parcourant un vaste terrain coupé d'obstacles ou hasards.7.A quelle vitesse peut aller une automobile de course ?— A plus de 250 milles à l'heure.8.La motocyclette est-elle rapide ?— Plus même que les automobiles auxquelles le cycliste fait la chasse quand elles roulent en marge du code de la route.9.Quelle est cette sorte de marche ?—C'est le pas de Voie, ou pas de parade des soldats allemands.10.Quel nom porte ce genre de course?— ("est la course au clocher ou course d'obstacles.11.L'art du patinage est-il ancien?—¦ Très ancien.On fabriquait jadis des patins avec des os d'animaux.Le British Museum en conserve d'authentiques.Aujourd'hui, la lame métallique est vissée à la chaussure.Le patinage est un sport élégant et très hygiénique.Le jeu de hockey fait courir des villes entières.De plus, le bon patineur, en évoluant, sait tracer sur la glace de jolies arabesques.12.Qui a formulé les règles de la boxe anglaise telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui ?— Le marquis de Queensberry, en 1866.13.A quelle nation devons-nous le billard?— A la France; il était à la mode du temps de Louis XVI.La table est entourée de bandes élastiques; il se joue avec des billes et une queue terminée par un procédé ou rondelle en caoutchouc ou en liège.Caramboler: c'est toucher du même coup deux billes avec une autre bille.14.Que fait ce gymnaste?— Un saut au tremplin.15.Nommez les parties d'une selle.— Le siège, le nez (avant), le troussequin (arrière), le panneau, les quartiers, les étrivières, et les étriers.Une femme qui va à cheval est une amazone; si elle fait des exercices d'équita-tion dans un cirque, c'est une écuyère.16.Quelle est la fonction du bouvier ou cowboy ?— De garder les bestiaux et de prendre au lasso les animaux sauvages.17.Qui inventa les gants de boxe?— Jack Broughton en 1740.18.Que pratique cet amateur d'athlétisme ?— La course à pied.19.A quel jeu s'adonne celui-ci?— Au football.Le ballon est rond au jeu de football; au rugby, il est ovoïde (forme d'un œuf).Le rugby tire son nom d'une ville universitaire d'Angleterre où ce nom a pris naissance.20.A quel sport se livre cet athlète ?A la course à pied.21.Où se dirige ce joueur de ballon?— Vers le but, afin de le franchir.22.Où voit-on les jongleurs pratiquer leur dextérité annuelle?— Surtout dans les cirques.23.Quel est ce jeu?— C'est le cricket, jeu anglais qui se joue avec des battes de bois et une balle.Les buts portent le nom de guichets; la balle doit les renverser.24.Quelle nation a d'abord joué le croquet?— La France; ce jeu a été transporté en Angleterre en 1852.La boule passe à travers des arceaux.Le premier piquet s'appelle fock et le deuxième besan.25.Que tient ce gymnaste dans ses mains ?— Des mils ou massues.L'abbé Etienne Blanchard 136 L'OISEAU BLEU VENGEANCE D'CISEAUX — Maître Ricquet, prenez ma parole, vous faites mauvais jeu en détruisant les moineaux qui viennent s'abriter dans vos cerisiers.Si gloutons soient-ils, ils vous rendent force services.Un épouvantail ferait leur compte, les éloignerait de nos arbres fruitiers.Allons! répéta le garde-champêtre, ne chassez pas de votre demeure le gazouillis et le charmant caquetage de nos passereaux.Ce sont les destructeurs habiles de tous les insectes nuisibles et les chenilles ont tôt fait de disparaître sous leur activité bienfaisante.— Inutile de plaider la cause de la gent ailée que tu aimes; je forcerai les oiseaux à fuir mon domaine, et mes cerisiers, à l'abri de leurs becs gourmands et avides, fourniront une récolte de cerises des plus alléchantes.Maître Ricquet, entêté et se riant des conseils amis de son garde-champêtre, employa terre et monde afin d'éloigner tout passereau.Ses efforts réussirent et la cerisaie ne connut plus les gais ébats, ni les amusantes querelles des petits voyageurs célestes.Cette année-là, Maître Ricquet jubila à la vue des paniers nombreux dégorgeant de petites têtes rouges à saveur juteuse et exquise, qui faisaient venir l'eau à la bouche.L'année suivante, au début de la saison printanière, oiseaux et oisillons ne vinrent pas gîter sous le feuillage des cerisiers en fleurs.Maître Ricquet se frottait les mains de satisfaction.Enfin, disait-il, moi, le seigneur et propriétaire du domaine, ai raison de l'effronterie et de la gourmandise des moineaux voleurs."Attention, maître Ricquet.les oiseaux eux aussi tiennent leur revanche." Un jour, le possesseur de la cerisaie vint visiter ses arbres de choix.Une ride, lourde de soucis, lui barra le front, son visage se crispa et un juron sortit de ses lèvres.Une légion formidable de chenilles avait envahi les arbres fruitiers et, ceux-ci, rongés à leurs feuilles, à leurs racines, de partout, se mouraient sous le fléau des larves neuves.La récolte fut nulle et la cerisaie vit ses arbres se dessécher.Le maître, en colère, fit raser à blanc estoc ce domaine quasi séculaire dont la transmission s'était faite de père en fils.Et les petits oiseaux, jaloux de l'abri qu'on leur avait ravi, tinrent leur vengeance en s'éloi-gnant pour toujours d'un gîte autrefois familier et en laissant les chenilles accomplir leurs néfastes ravages.Ainsi se vengea la gent ailée! C.F.CORRESPONDANCE Lorraine Saint-Godard —¦ Merci pour votre intéressante missive.Je l'attendais avec plaisir et hâte.Merci des voeux si délicatement exprimés.A vous, bonheur, vrai santé et désirs comblés.Appartenez-vous, là-bas, à un cercle d'études ou d'action catholique?Il est tant de loisirs qu'une jeune fille peut consacrer au développement de sa personnalité ou de son dévouement pour autrui.Bonjour et bonnes amitiés.Yvonne T.Saint-Boniface — Votre lettre nous a fait profond plaisir.Vos ferventes suppliques auront riche répercussion, par la grâce de Dieu, au bénéfice de ceux qui me sont chers.Merci en leur nom.Soyez assurée que Fauvette vous reste attachée de cœur et prie bien aussi pour les vôtres.Bonnes amitiés.Mimi blanc-blanc — Saluts affectueux à la dévouée institutrice de Saint-Bonaventure. L'OISEAU BLEU 137 Fauvette ne vous écrit pas souvent, mais elle ne vous en aime pas moins.Venez lui parler de votre activité apostolique et patriotique.Chaudes amitiés de Fauvette.Abeille de Marie — Occupez-vous toujours le même poste dans l'essaim laborieux où vous semez affection et dévouement?Fauvette vous reste unie toujours de prières et de cœur et vous dit son plus affectueux au revoir.Henriette Martel - T.-Rivières — Succès à la gentille écolière, amie de Fauvette.Ecrivez-moi.vous avez le don de m'intéresser.J'essaierai de vous trouver une correspondante de votre âge.En attendant, cordial bonjour.Thérèse Lajoie - T.-Rivières — Il y a bonne lurette que vous n'avez écrit à Fauvette.Venez lui parler de votre classe, de vos études, de vos lectures.Henriette Martel, correspondante de l'Oiseau bleu, est-elle votre petite amie ?Si oui, aimez-la bien et aimez-vous bien.Ecrivez toutes deux à Fauvette qui vous aime bien! Thérèse Mailloux - M agog — Me don-nerez-vous bientôt des nouvelles de votre cher malade ?Vos soins affectueux et fraternels ont dû brûler les étapes de la maladie en ramenant votre malade vers la rapide convalescence.Fauvette vous attend en une prochaine missive et vous salue cordialement.Thérèse Buist - Cap-de-la-Madeleine — Affectueux souvenir de la part de Fauvette qui eompte recevoir bientôt de vos nouvelles.Amical bonjour.Jeanninc — Bonheur vrai auprès des bambines pour lesquelles vous vous dévouez si généreusement.Je salue, selon les conventions, la "guide" que Fauvette aime bien.Fauvette et Soeur Jeanne saluent cordialement leurs nombreux concurrents et amis.Sœur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal: "Petite Orpheline", Québec; Cecilia Bergeron, Lac Saint-Jean; Annette Asselin, Saint-Joseph d'Aima; Eliane Pclland, Outremont; Simonne Sarrazin, Saint-Félix-de-Valois; Béatrice Héon (2 graphologies) Québec; Annette Forest, Longueuil; S.S.S.Hull; Louise Richard, Québec.Amical bonjour aux nombreux correspondants de Fauvette et de Sœur Jeanne.- C.F.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Sœur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez des lignes d'écriture et de composition personnelles, sur papier non réglé le tout, accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous.Adressez : Sœur Jeanne L'Oiseau bleu 1182, rue Saint-Laurent - - - - Montréal La prophétie du savant abbé Laflamme {Suite de la page 13th liques de nos rivières pour les transformer en lumière électrique, en chaleur et en puissance motrice.C'était en 1882.Une petite dynamo, reliée par deux fils, à courant direct, à l'angle de l'imprimerie Delisle, rue Buade, avait été installée sur le théâtre, dans la salle des promotions de l'Université Laval.Cette installation allait servir au conférencier pour ses démonstrations sur l'électricité comme puissance motrice et génératrice de lumière.Nos yeux d'écoliers s'émerveillèrent à la vue des planchettes de bois sciées par un pouvoir invisible transmis sur de simples (ils.et de la lumière produite par l'incandescence des filaments de platine contenus dans de petites ampoules de verre.Un sourire sceptique voltigea dans l'auditoire quand le conférencier formula la prédiction que, dix ans plus tard, Québec serait éclairé à l'électricité.Sans se déconcerter, M.l'abbé Laflamme reprit "Mesdames et Messieurs, ce que vous croyez impossible va se réaliser bientôt.Avant cinq ans Québec sera éclairé à l'électricité.Et j'entrevois comme prochain le jour où la chute Montmorency non seulement éclairera notre ville, mais encore actionnera les tramways et toutes les puissances mécaniques de Québec et des environs".Nota:—Ce qui précède est extrait de l'ouvrage Québec et l'île d'Orléans, Evocations historiques par J.-Camille Pouliot, juge de la Coxir supérieure, à Québec, 1917.K.-Z.M. 138 L'OISEAU BLEU Ce que l'on grave sur le bronze.MONTRÉAL RACONTÉ EN STYLE LAPIDAIRE Ce jour-là, le temps se montra propice à la promenade.Etienne de Lafond prit son chapeau, ses gants, sa canne, et, tel que promis, sortit, accompagné de ses grandes et jolies nièces, Marie et Hélène N.et de deux petits cousins, François et Thérèse S., dont il aimait la curiosité d'esprit et la grâce enfantine avec laquelle elle se manifestait.Tous, selon ce qui était convenu, entraînèrent leur parent vers la montagne.Aussi bien, cette jeunesse connaissait le penchant de l'oncle et cousin pour le Mont-Royal.Il l'aimait de façon si candide, parfois, qu'il donnait l'illusion d'en être l'unique propriétaire.Mais on comptait aussi, en ce bel après-midi qui mettait de la gaieté partout, se servir de cette petite concession, pour exiger doucement du parent, en retour, une faveur spéciale.On ne la lui demanderait, cependant, qu'une fois réunis sur le sommet de la montagne.Etienne de Lafond, étant dans l'ignorance de cette conspiration, se félicitait intérieurement d'avoir autour de lui la plus charmante, la plus conciliante jeunesse, de tout Montréal, certainement.Enfin, le teint animé, la respiration légèrement oppressée, mais les yeux clairs et ravis, tous s'installaient, tant bien que mal sur la galerie de l'observatoire.On se rassasia une fois de plus de la vue magnifique qu'offraient Montréal, ses environs, ses plus lointains horizons.Etienne de Lafond se taisait.Ses yeux devenaient pensifs, mélancoliques même.Il semblait ne prêter aucune oreille aux propos de ses compagnons, surtout aux questions des petits cousins qui l'amusaient d'ordinaire.Durant un bon quart d'heure, tous respectèrent ce silence.Puis, des signaux muets s'échangèrent.Et Marie, la blonde aînée de ce jeune monde, prit la parole.Sa voix calme, un peu traînante, demeurait d'une douceur bien engageante: "Oncle Etienne, si vous vouliez.si vous vous montriez aimable comme toujours, si.—Hein! Pardon, ma mièce, je rêvais, et de choses pas très gaies, je crois.Qu'est-ce qu'il y a?Vous voulez repartir déjà?—Nous voulons vous demander quelque chose qui nous serait très agréable à tous.—Elle est accordée, cette chose, ma nièce.Précisez.—Nous nous sommes résolus, oncle, à mieux connaître notre ville.Trop de fois, nous restons silencieux lorsque des promeneurs étrangers nous questionnent sur le vieux et même le moderne Montréal, sur ses sites intéressants» ses endroits historiques.Vous pourriez si bien en nous sacrifiant une après-midi par mois, nous conduire là où votre science de l'histoire saurait trouver matière à de beaux récits.Il y a deux ans, vous avez dirigé vers les Mojiuments de la cité beaucoup de notre jeunesse écolière, qui se félicitait de ces promenades mensuelles.Vous trouverez bien autre chose, n'est-ce pas, pour nous?/ —Oncle, cousin, appuyèrent les autres enfants, vous trouverez bien quelque chose pour nous ?De grâce! L'oncle sourit.Il tenait là l'explication de toute la gentillesse déployée depuis le départ de la maison.Mais comment refuser de faire part à cette jeunesse avide d'apprendre des quelques connaissances que ses longues flâneries à travers la ville lui avaient permis d'amasser depuis.oh! misère! depuis quarante ans et plus.—Eh bien, oncle, que décidez-vous! reprit Marie de sa même intonation paisible, en se reculant un peu pour éviter l'éblouissement du soleil qui se jouait dans ses cheveux dorés, sur son front, dans ses yeux bleus comme l'azur.—Je décide, voyons, ce que vous voulez tous, petits tyrans.Mais avez-vous pensé que je débuterais séance tenante?C'est me témoigner beaucoup de confiance.Je pourrais fort bien rester court devant ce vaste panorama.dont il y a tant, tant de choses à dire.—Non, oncle, remarqua la brune Hélène, dont les yeux sérieux, le teint de lis faisaient si bien pressentir que bientôt une cornette de religieuse encadrerait sa figure candide, non, oncle, mais vous en deviendrez encore plus éloquent, voilà tout.—Votre science vous étouffe, on dirait, cousin, quand vous parlez.Vous devenez rouge, rouge, vos yeux brillent, lança ingénument le petit François.—Oh! François, reprocha sa sœur Thérèse, comment peux-tu parler ainsi.—Mais pourquoi pas, ma mignonne, reprit le parent, ne produirais-je pas une telle impression sur François?Et non seulement ici, je puis étouffer à force de science, ce qui est bien flatteur, enfants, allez, mais cela pourrait même me conduire à une explosion, tel.un volcan!.Bah! cela ne serait pas étonnant, nous reposons en ce moment sur un très vieux volcan, en face de plusieurs autres très vieux volcans.Voyez-les dans une distance assez rapprochée, voyez, allant de l'est à l'ouest, Montarville, Saint- L'OISEAU BLEU 139 Bruno, Belœil, Rougcmont, Yamaska, Mont Johnson.—Qu'est-ce que vous dites là?s'exclamèrent en chœur les enfants, en se groupant tout près de leur parent.Ils avaient l'air un peu terrifiés tout de même.Voir à la fois sept volcans, éteints depuis longtemps, sans doute, mais que l'imagination leur faisait si facilement remettre de nouveau en éruption et lançant pierres et laves brûlantes.L'oncle riait.Il tenait son auditoire.—Ecoutez, mes enfants, votre demande tout à l'heure au sujet du vieux Montréal, que vous vouliez connaître, m'a amené à cette date antérieure extrême.Tenez, il y a bien de cela trois cent millions d'années, peut-être, Montréal n'était pas même cette proie que de terribles poussées volcaniques façonnaient.Toute cette terre qui nous entoure servait de fond à une immense mer ou golfe.Vous avez peine à concevoir tout cela, je le vois, et il me faut vous parler le plus simplement possible.Plus tard, vous ouvrirez les ouvrages de nos géologues et de nos géographes et vous verrez que les explications élémentaires de votre parent cachaient tout de même un peu de vérité.—Alors, cousin, dit soudain Thérèse, vrai, notre montagne n'existait pas alors, et rien, rien de ce qui nous entoure ?Il n'y avait qu'une grande mer, morte aujourd'hui?—Oui, une mer, morte aujourd'hui, comme tu dis, enfant, mais sans avoir à recouvrir, au moins, les crimes de Sodome et Gomorrhe, n'est-ce pas ?—Il n'y avait pas de monde, alors, c'était impossible, souligna François.Il n'y avait que des poissons.—Bravo, François! Tu connais ton histoire sainte.Alors, cette mer qui recouvrait toute cette étendue devant nous, déferla ses vagues de bien longues années, puis tout changea.A la fin de l'ère dévonienne, comme disent les savants, des éruptions volcaniques se produisirent, ici.Le Mont-Royal, notre belle montagne, prit naissance, et en lançant feux et flammes, s'il vous plaît.Aussi apparurent le mont d'Oka et toute la chaîne montérégienne, dont je vous montrais les sommets hardis, tout près de nous, à l'instant.—C'est extraordinaire, dit Hélène.Le Mont-Royal un volcan éteint! Ça m'impressionne, oncle! —Il est bien éteint, au moins?demanda François, rêveur.Tous se mirent à rire.—Nous rions, dit l'oncle, mais savez-vous, petits et grands enfants, qu'il y a une prophétie touchant notre Mont-Royal.Un jour, le volcan qu'il a été et qui est bel et bien mal éteint comme le craint François, se réveillera terrible et grondant.Il engloutira sous sa lave brûlante la ville et même cette charmante terre couchée docilement à ses pieds, l'île Sainte-Hélène, que vous voyez, n'est-ce pas, là, là, tout près.Mais n'allez pas vous mettre martel en tête car cette prophétie n'est signée d'aucun prophète connu.—A la bonne heure, dit doucement Marie, cela me paraissait terrible d'être ensevelie sous la lave, comme l'a été Pompéi et les Pompéiens dont vous nous avez parlé un jour.—Je vous ai déjà parlé de Pompéi, ma nièce ?Je l'avais oublié.—De bien d'autres choses aussi, oncle.Mais parlez-nous encore de ce Montréal qui fut tour à tour océan, volcan, puis.—Puis, mes enfants, après les grandes époques glaciaires et autres, tout se stabilisa; puis, tout se couvrit de végétation, d'arbres.Enfin, des sauvages apparurent.et beaucoup, beaucoup plus tard, des blancs.—Jacques Cartier, alors, dit vivement Hélène, puisque c'est lui qui a découvert le Canada.—Et Montréal aussi, dit en souriant son oncle.—Bah! dit dédaigneusement Thérèse.Nous savons tout cela depuis longtemps, que Jacques Cartier a découvert le Canada en 1534.—Oui, oui, dit François, et même, l'été dernier, on a fêté cet événement, partout chez nous.Vous savez, oncle, nous vous avons rencontré à la belle fête du Parc LaFontaine.(A suivre) Etienne de Lafond Montréal, janvier 1935.BONS MOTS REPROCHE — Il me semble que vous avez bien négligemment brossé mes habits.— Mais non, monsieur.— Alors comment se fait-il que j'y trouve une pièce de dix sous que j'ai oubliée hier?LES DEUX MENTEURS Un Anglais et un Français se rencontrent dans un café.Le premier dit: — Moi j'ai passé sur une montagne qui était tellement haute que j'ai entendu les anges chanter.— Moi, dit le Français, j'ai été sur une montagne qui était tellement haute que j'ai été obligé de me mettre à plat ventre pour passer sous le soleil et ma queue de capot commençait à brûler.I,'Oiseau Bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptiate de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Alphonse de la Rochelle, directeur.— La revue ne paraît pas en juillet et en août. 140 L'OISEAU BLEU La Manécanterie de la Nativité Rév.F.HILAIRE, c.s.c.Mgr Georgcs-M.Le l'A ILLEUR, p.a.R.F.SE VERIN, c.s.c.Le dimanche 13 janvier, les auditeurs de Y Heure catholique entendirent le concert de la Manécanterie de la Nativité d'Hochelaga.Fondée il y a à peine un an et dirigée par le Rév.Frère Sévérin, C.S.C, professeur à l'école Adélard-Langevin, cette maîtrise s'est bien acquittée de son rôle.Elle a prouvé qu'elle ne voulait pas démériter de sa marraine: la Manécanterie de Paris, entendue à Montréal il y a deux ans.11 y a lieu d'espérer mieux encore, quand on sait que son directeur-fondateur, le Rév.Frère Séverin, est un maître spécialiste de formation \
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