L'oiseau bleu /, 1 janvier 1935, octobre
t-) III 11-1- PAR LA SOCIETE SAINT-JE AN-BAPTISTE DE MONTREAL Rédaction et administration, 1 182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux colleges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XVI — No 3 MONTREAL.OCTOBRE 1935 Le numéro 10 sous jAcoues CARTI€R MAURICE RAYMOND 34 L'OISEAU BLEU Deuxième voyage de Jacques Cartier au Canada T e dessin qui orne la couverture de ce numéro, oeuvre de M.Maurice Raymond, diplômé de /'École des Beaux Arts, est la reproduction du timbre commémorait'/ que la Société de Saint-Jean-Baptiste a émis à l'occasion du quatrième centenaire du deuxième voyage de Jacques Cartier au Canada.La Société, nationale des Canadiens français s'est plu, cette année, à évoquer ce grand événement historique.Elle Va signalé en maintes occasions.L'Oiseau bleu y a intéressé ses lecteurs.Il en a fait le sujet de son dernier concours littéraire, dont le résultat a été publié dans la livraison de juin-juillet.Rien, semble-t-il, ne saurait être mieux approprié au.dessin de M.Raymond, que la publication du travail qui a valu ^ ^1 ¦- y LH-E——1 -er dans 1 î - - • - le.— s— Trois gros navires sont arrivés, (bis) Chargés d'avoin', chargés de bled.Nous irons sur l'eau Nous y prom' promener.Nous irons jouer dans l'île.— 3 — Chargés d'avoin, chargés de bled, {bin ) Trois dam's s'en vont les marchander.-4- Trois dam's s'en vont les marchander, (bis) Marchand, marchand combien ton bled ?— 5 — Marchand, marchand, combien ton bled ?(bis) Trois francs l'avoin', six francs le bled.— 6 — Trois francs l'avoin , six francs le bled, (bis) C'est ben trop cher d'un' bonn' moitié.— 7 — C'est ben trop cher d'un' bonn' moitié, (bis) Montez, Mesdam's, vous le verrez.— 8 — Montez, Mesdam's, vous le verrez.(Iris) Marchand, lu n'vendras pas ton bled.— g — Marchand, tu n'vendras pas ton bled, (bis) Si je l'vends pas, je Vdonnerai.— 10 — Si je l'vends pas, je Vdonnerai, (bis) À ce prix, l'on va s'arranger. L'OISEAU BLEU 59 Ce que Ton grave sur le bronze.MONTRÉAL RACONTÉ EN STYLE LAPIDAIRE (suite) VI.Place d'Armes—II "Les deux anges de Ville-Marie" T 'oncle Etienne fut le premier au rendez-vous.Il chercha des yeux ses jeunes compagnons.Il fît le tour de la grouillante Place d'Armes.Personne.Il n'attendit guère, cependant.Nièces et cousins descendirent d'un tramway Rosemont légèrement en retard.L'oncle feignit de la consternation."Comment, dit-il à ses parents, vous me faites attendre au point que je me pose cette angoissante question: "Est-ce que je n'intéresserais plus mes auditeurs?" — Oncle, repartit en riant Marie-la-blonde, regardez l'horloge en face de nous.Nous ne sommes que trois minutes en retard.Vous n'exagérez pas un peu ?— Il se pourrait, ma nièce, n'en parlons plus.— Cousin, dit Thérèse, savez-vous que c'est la troisième fois que vous nous conduisez à la Place d'Armes?— Ce ne sera pas la dernière.C'est un excellent endroit de concentration pour nos recherches historiques.— Je ne m'en plains pas, dit bien haut François.Je salue chaque fois, ajoutait-il la main au front, militairement, Paul de Chomedey de Maisonneuve, gouverneur de Montréal.Bravo! petit, dit l'oncle.Il passe ici trop d'hommes d'affaires préoccupés de la seule question d'argent.Tous frôlent chaque jour, sans jamais s'en émouvoir, tout un passé de gloire française et catholique.Tu répares, petit.— Pour ma part, dit Hélène, je crois que l'oncle Etienne aime avec passion l'angle des rues Notre-Dame et Saint-Sulpice.Il y a quelque diablerie là-dessous.Avouez, oncle, que messire Satan et monsieur le Vent hantent votre imagination.— Peut-être, peut-être.Mais le diable mord chaque fois la poussière, ma nièce, croyez-le.Cette fois, ce sera la vision des deux anges de Ville-Marie: Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys, qui mettra en fuite le Prince des Ténèbres.Nous allons évoquer leur souvenir, à toutes deux, autour des plaques commémoratives que nous verrons cet après-midi.— Nous prenons la rue Saint-Sulpice, alors?demanda Marie.— Oui, oui, dit François, qui sembla tout fier de son savoir, car l'Hôtel-Dieu était situé le long de la rue Saint-Paul, autrefois, à partir de la rue Saint-Sulpice.— Allons, dit l'oncle.Suivons notre "scout" Fronçois! Mais auparavant, saluez, en l'église Notre-Dame d'aujourd'hui, la troisième église paroissiale de Montréal.Et puisque nous traversons la rue, en ce moment, revoyons encore, en imagination la deuxième église paroissiale, celle qui s'élevait justement ici, au milieu de la rue.C'est vraiment une terre sacrée que recouvre l'asphalte.De chaque côté de la rue se détachait la pierre en saillie de deux chapelles latérales, dont celle de Saint-Amable.Sous cette chapelle s'étendait un vaste champ des morts.Beaucoup de citoyens distingués de Montréal voulurent reposer en cet endroit.— Oncle, dit Hélène, où s'éleva le premier cimetière de Montréal?Le moment est propice de vous le demander.— Le premier cimetière, ma nièce, était à la Pointe-à-Calliôres, c'est-à-dire aux environs de l'endroit où se trouve aujourd'hui l'ancien édifice de la Douane.— C'est dommage, remarqua François, qu'aucune plaque historique ne rappelle ce lieu.— Cela viendra, ne crains rien, François, assura l'oncle.— Et durant combien de temps enterra-t-on les morts à la Pointe-à-Calliôres, demandèrent les jeunes promeneurs?— Durant douze ans, de 1643 à 1654.Puis, le deuxième cimetière fut ouvert près de la maison de l'Hôtel-Dieu, rue Saint-Paul.On enterra "in novo Hospitalis Domus cœmeferio", disent les textes.Ce cimetière servit de sépulture aux Montréalistes durant vingt-quatre ans, de 1654 à 1678.Et maintenant, mes enfants, voyons les plaques choisies à l'occasion de notre promenade d'aujourd'hui.Car nous commençons à attirer l'attention en stationnant si longtemps à cet angle des rues Notre-Dame et Saint-Sulpice.— C'est parce que nous dérangeons la circulation, expliqua François.Les messieurs surtout n'ont pas l'air content.— Descendons de quelques pas seulement.Bien.Voici la rue de Brésoles et la première plaque historique à voir.Lis, François.— Oh! moi! moi! pria Thérèse.— Pourquoi pas?dit l'Oncle, François en galant petit homme te cédera la place.— Je suis habitué à lui donner ma place à 60 L'OISEAU BLEU la maison, dit François, elle est la plus jeune, et je dois être, moi, dit maman, le plus raisonnable.— Ah! ah! ah! reprit en riant l'oncle.Tu ne te venges pas un peu, mon ami ?Mais cette réflexion passa au-dessus de la compréhension des enfants.Ils s'affairaient, d'ailleurs.François prenait le calepin de Thérèse pour transcrire le libellé de la plaque et la fillette donnait des instructions à son frère sur le maniement de son crayon.— Thérèse, allons, nous attendons la lecture de la plaque .dit Marie.— Voici, voici, reprit celle-ci de sa voix claironnante: 1642-1917.— 276e anniversaire de la fondation de Montréal.Judith Morcau de Brésoles, Catherine Macé et Marie Maillet, -premières religieuses hospitalières, collaboratrices de Jeanne Mance vinrent en 1659 habiter VHôtel-Dieu qui s'éleva sur partie de.ce site.Soeur de Brésoles, née en 1611, mourut ici le 1er juillet 1687.Cette plaque a été posée en 1917 sous les auspices de la Société historique de Montréal.— Commentez, cher oncle, pria Marie.Il y a trop d'événements rappelés sur cette plaque.Nous nous y perdons.— C'est vrai, c'est vrai, dit toute cette jeunesse.Commentez, commentez, cher parent! Primo, alors, dit l'oncle, cette plaque vous dit le souci des membres de la Scciété historique de Montré d de ne pas laisser passer sans traces nos glorieux anniversaires.En 1917, au 275e anniversaire de la fondation de Montréal, elle pensa, entre autres choses, à rappeler le souvenir de l'Hôtel-Dicu, de Jeanne Mance, des continuatrices de son œuvre, les premières hospitalières de Saint-Joseph venues à Montréal.Cette rue de Brésoles, qui porte le nom de la 1ère supérieure de l'Hôtel-Dieu, va nous permettre de revoir en imagination ce qui existait ici en 1659: les jardins de l'Hôtel-Dieu, entourés d'une palissade que durent escalader bien des fois les féroces Iroquois.Venez.Faisons lentement le tour de cette petite rue que j'aimerais tant voir porter le nom de rue de la Môre-de-Brésoles, ou encore, rue Judith-de-Brésoles.Il n'y aurait pas d'erreur possible alors sur le personnage que l'on veut honorer.— Oncle, dit Marie, nous foulons en ce moment un sol bien célèbre.Nous mettons nos pas dans les pas de Jeanne Mance, puis dans ceux de ses continuatrices arrivées dix-sept ans plus tard.Cela m'émeut, malgré l'absurde décor du moment.Ces vieilles et hautes bâtisses qui se pressent les unes contre les autres, comme pour aller à l'assaut du commerce et de l'industrie, n'évoquent guère la grâce, la couleur, le cadre frais d'un jardin.Qu'importe, l'imagination aidant, comme vous dites souvent, nous replaçons toutes choses dans la note de jadis.— Vous mourrez historienne, ma nièce.Votre vocation s'affirme.— Vous reprenez la rue Saint-Sulpice du côté du fleuve, oncle, pourquoi?dit Hélène.— Oh! nous n'allons pas très loin.Tenez, Loi, à l'angle sud-est des rues Saint-Paul et Saint-Sulpice, nous apercevons une nouvelle plaque.Arrêtons-nous.Elle est en bronze cette plaque, très belle avec son médaillon, représentant Jeanne Mance, couverte d'une écriture dont les caractères se détachent très bien.Elle est récente.Lis cette fois François ?— En anglais ou en français, cousin?Elle est bilingue cette plaque.- Lis en français, évidemment, petit.Mais soyons heureux de voir une fois de plus un libellé rédigé en nos deux langues officielles.— Je lis ceci, dit François: Ce site forme partie du terrain accordé par la Compagnie de Montréal à Jeanne Mance, venue avec de Maisonneuve en 16.!f2, et qui érigea le premier Hôtel-Dieu en 1644- Le terrain fut concédé en fief en 1682, par les Mrssiiurs il'- Saint-Sulpice, seigneurs
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