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Titre :
L'oiseau bleu /
Première revue destinée à la jeunesse canadienne-française, L'Oiseau bleu a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec. [...]

Le premier numéro de la revue L'Oiseau bleu, sous-titré « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », paraît à Montréal en janvier 1921. Créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous la direction d'Arthur Saint-Pierre, fondateur de la publication, L'Oiseau bleu est la première revue destinée exclusivement à la jeunesse canadienne-française. Sa création a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec.

La revue est diffusée dans les écoles et, selon la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle s'adresse aux enfants canadiens de 3 à 18 ans. Certains ouvrages soulignent toutefois que la revue s'adresse davantage aux écoliers de la fin du primaire et du début du secondaire, soit aux jeunes de 10 à 15 ans, car la publication contient beaucoup plus de textes que d'illustrations. La revue est également diffusée auprès des jeunes franco-américains, franco-ontariens et acadiens.

L'Oiseau bleu poursuit le double objectif d'instruire et de divertir les jeunes. La revue a pour mission de renforcer leur sentiment d'appartenance nationale et leurs croyances religieuses. L'enseignement de l'histoire et de la géographie y occupe une place importante; on y trouve des rubriques telles que « Nos plaques historiques », « À travers l'histoire », de même que des récits de voyage comme « Mon voyage autour du monde ».

L'instruction religieuse et morale est présente dans les contes, les fables, les poèmes, les feuilletons et les biographies de saints. La publication comprend également des articles sur les sciences. Pour divertir les jeunes, la revue leur propose des feuilletons, des chansons, des jeux, des illustrations et des concours.

Plusieurs collaborateurs sont invités à participer à la rédaction de la revue, notamment Marie-Claire Daveluy, qui y publie en feuilletons son premier roman, Les aventures de Perrine et de Charlot. Celui-ci est considéré comme une oeuvre fondatrice qui a donné le ton aux oeuvres subséquentes de la littérature québécoise pour la jeunesse.

L'Oiseau bleu, qui a cessé de paraître en juillet 1940, a véritablement été un catalyseur pour la littérature enfantine québécoise.

LEPAGE, Françoise, Histoire de la littérature pour la jeunesse (Québec et francophonies du Canada) - Suivie d'un dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans [Ontario], Éditions David, 2000, p. 113-118.

Éditeur :
  • Montréal :la Société,1921-1940
Contenu spécifique :
décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

L'oiseau bleu /, 1935, Collections de BAnQ.

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MlN-ili.il.ILLUSTRÉE POUR LA JEUN'ESSE Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME '.IXVI — No 5 MONTREAL.DECEMBRE 1935 Le numéro 10 sous "VENITE, ADOREMUS" 98 L'OISEAU BLEU Joyeux lîoël Salut, petit Jésus, endormi dans la crèche, Né pour souffrir, Qui n'avez dans l'hiver qu'un peu de paille sèche Pour vous couvrir.Salut, petit Jésus, tout petit, tout aimable, Aux yeux'si doux.Souriant aux bergers, à genoux dans l'étable Autour de vous.Salut, petit Jésus, enveloppé de langes, Enfant si beau, Adoré par les rois et servi par les anges, Dans le berceau.Salut, petit Jésus, dans les bras d'une mère Silencieux.Enfant dominateur qui lancez le tonnerre Du haut des deux.Salut, petit Jésus, mon âme vous adore, Roi triomphant ! Mais vous me paraissez bien plus aimable encore Petit enfant ! François Coppée L'OISEAU BLEU 99 ETUDE DU MOUVEMENT JECISTE C'est là le mot d'ordre suggéré et commenté par l'Aumônier à la dernière réunion de la Commission des avant-gardes, le 4 novembre 1935.L'A.C.J.C.évolue au Canada comme ont évolué les associations-sœurs d'Europe, l'A.C.J.F.et l'A.C.J.B.en particulier.Ses dirigeants lui donnent une nouvelle orientation, du moins quant à la forme.N'est-ce pas Sa Sainteté Pie XI qui recommande à la jeunesse de tous les pays, de toutes les professions de s'enrôler sous le drapeau de la grande armée de Y action catholique ?Les avant-gardes ne peuvent donc pas rester en arrière, surtout quand elles savent que Notre Saint-Père le Pape a réclamé avec insistance dans chacune des écoles primaires italiennes l'organisation d'une section interne, d'une avant-garde — le mot est de lui-même — d'action catholique.Il considère que c'est le moyen le plus rapide, le plus sûr et le plus efficace de former des chefs.Le rôle des directeurs d'avant-garde ne change pas, mais il se précise.Pour bien connaître le mouvement de la J.E.C., ils peuvent s'adresser à Montréal au Secrétariat de l'A.C.J.C., 840, rue Cherrier, aux RR.PP.de Sainte-Croix, 3530.rue Atwater et aux RR.PP.Oblats, 1450, rue Sherbrooke est et à Saint-Bruno, P.Q., aux chers Frères de Saint-Gabriel.A sa réunion tenue à Ottawa, le samedi 2 novembre dernier, le comité des directeurs d'avant-gardes des chers Frères du Sacré-Cœur a décidé d'inscrire au programme du congrès qui aura lieu à la fin de ce mois l'étude de la Jeunesse étudiante catholique.Les intéressés sont invités à en prendre note et à se préparer en conséquence.JEUNESSE Jeunesse remplace le Semeur comme organe de l'A.C.J.C.Longue vie à Jeunesse ! L'avant-garde Richard lui a fait un accueil chaleureux.Dès la réception du premier numéro, ses membres ont vendu 65 exemplaires à leurs amis et compagnons de classe.Bravo! Bel exemple à imiter par les autres avant-gardes.SAINTE AGATHE DES-MONTS Notre jeune ami Roger Lortie s'est plu à décrire le beau pays de l'avant-garde Saint-Jean-Baptiste.Sainte-Agathe est une petite ville située à soixante milles de Montréal, dans la partie nord du comté de Terrebonne, au pont culminant des Laurentides.Le niveau de la mer varie entre 1 300 pieds, 1,400 au Sanatorium Laurentien et 1,456 au Lac des Sables qui fournit l'eau à la population.Le terrain est très accidenté, mais les monts ne présentent pas cet aspect dénudé des autres parties des Laurentides que les feux de forêts ont ravagées.Ici, elles sont couvertes d'érables, de merisiers et de hêtres auxquels se mêlent les sapins, les épinettes et les pins qui embaument l'air de leur arôme vivifiant et dont l'éternelle verdure réjouit la vue.Ce qui fait de Sainte-Agathe un lieu d'habitation idéal et un endroit de villégiature recherché, ce qui donne à ses paysages leur ravissante beauté, c'est le nombre de lacs qui l'encerclent.On en compte plus de trente dans le canton.Le plus important, le Lac des Sables, doit son nom au fond sablonneux qui le distingue.Il lui doit la limpidité de ses eaux et la saveur de ses poissons.Ses rivages, aux détours multiples, ont plus de quinze milles de longueur. 100 L'OISEAU BLEU Conte de Noël 'T^rois enfants devisent ensemble au retour A de l'école.Le plus jeune, Luc, se montre le plus ardent des trois.La nouveauté de la vie d'écolier le remplit de ravissement.Chaque soir, il revient plus riche de quelques mots appris, de quelques anecdotes entendues.A six ans, le tableau noir est encore redoutable; mais l'émulation des petits est grande devant le chaos à déblayer.Graduellement se déroulent les bandelettes qui obscurcissaient le cerveau; chaque connaissance acquise est une conquête dans le domaine du savoir et l'on se raconte entre soi, dans le verbiage familier, les faits de l'Histoire Sainte, on chantonne son catéchisme et,objectivement, on opère de petits calculs à l'aide d'images et de choses à sa portée.Malgré les brimades et les taloches échangées, le frottement entre écoliers devient une source de curiosité mutuelle.Aller à l'école, pour Luc, c'est sortir de chez soi, se joindre à la ruche bourdonnante, prendre son élan vers un monde nouveau; c'est secouer toute contrainte, fuir la grisaille de son intérieur; c'est se joindre à Richard et à Andrée qui, désormais, le traiteront en égal.Luc se lève tôt, trépidant, pressé de repartir pour l'école.D'avance, il amasse à grande brassée les joies de la journée.Fidélise, la vieille bonne, tient la maison depuis la mort de leur maman.Excellente ménagère, elle tente vainement de régenter les petits.Que pourrait-elle, la pauvre, pour leur éducation, autre que de nettoyer la place, de préparer les repas et de raccommoder le linge ?Andrée a neuf ans.D'une maturité précoce, elle accepte sans enthousiasme son rôle d'aînée, rôle parfois pénible à soutenir, quand il faut, avec Fidélise, rassurer les petits les soirs où le père ne rentre pas ou rentre tard après s'être enivré.Il faut encore s'ingénier à éloigner la compassion indiscrète des voisins et étouffer les rumeurs qui ébruiteraient à l'école leurs tracas domestiques.Pour eux, la mort demeure une chose mystérieuse et irréparable.Leur âme en prière en effleure chaque soir la signification sacrée en invoquant leur maman qui est au ciel; mais le vide demeure le même, vide qui prend un sens d'éternité.Oh! la tristesse pour trois gosses quo d'être orphelins, de n'avoir de famille qu'un père qui s'enivre et ne se soucie guère de ses enfants! Il y a bien les grands-parents Quiriault, qui croient satisfaire à la mémoire de leur fille adoptive par quelques rares apparitions, et encore ne ménagent-ils pas au père leur mépris et leur dégoût pour son intérieur.Au fait, pourquoi les Quiriault auraient-ils pour eux une sollicitude de grands-parents fortunés?Leur misère ne les intéresse plus.Fidélise aimait madame Clavel.Ses mains ridées par la lessive, tout comme son cœur, débordent de vigilance et de dévouement.Sa fidélité au culte du souvenir de la petite maman peut seule expliquer son endurance à servir le père et les mioches.Lucile Clavel ne les lui a-t-elle pas confiés en mourant ?Ce qu'ignore Fidélise, c'est que Lucile fut élevée jusqu'à l'âge de neuf ans dans une crèche en France, et qu'à son arrivée à Montréal, sa beauté la tira de l'orphelinat pour en faire l'idole d'un couple égoïste et ambitieux.Les Quiriault se parèrent des succès de la fillette.Leur fortune élevée rapidement ne laisse pas d'être suspecte aux yeux de ceux qui ont suivi leur élévation.Lucile jetait sur leur existence de parvenus l'éclat de son charme et de ses talents.La fillette était douce; elle avait l'âme simple et candide des fleurs de serre qui s'étiolent au grand jour.Au pensionnat, elle se heurta à l'indifférence et à l'hostilité des élèves haut hupées.Le secret de ses origines obscures et de sa triste enfance n'en était un pour personne, grâce aux parents adoptifs qui se prévalaient bien haut de leur belle action.En vain, les Quiriault paraient-ils leur fille, l'élégance de sa mise, loin d'éblouir ses compagnes, jetait un sinistre relief sur sa transformation.En dépit du luxe qui l'entourait, Lucile était marquée de la tare de sa naissance.Elle apprit le violon et la danse et devint l'étoile des fêtes du pensionnat.Plus tard, ses compagnes de couvent la recherchèrent, non par amitié, mais pour le brio de sa présence.Le mensonge s'était installé dans sa vie.Pouvait-elle prétendre recueillir autre chose que l'adulation tombée des lèvres distraites, rançon de ses succès et de ses grâces ?Elle avait l'impression persistante qu'elle ne s'accli- L'OISEAU BLEU 101 age ass ^ms^t^^^^s&s&s&sèz sas sa: sas materait jamais dans ce monde trompeur, où elle circulait comme en un rêve.Bien loin, dans ses réminiscences d'enfant, Lucile revoyait la silhouette flottante d'une belle dame penchée sur son petit lit.Qui était celle dont la visite contrastait si étrangement avec l'ambiance de la crèche?Après son départ, les mères de l'orphelinat lui apportèrent des jouets et des bonbons.Elle n'en apprit jamais davantage.Le mystère non élucidé pesa sur sa vie, prit avec les ans de terrifiantes proportions.Ainsi que se gonfle le torrent qui inopinément déborde, son cœur comprimé par le chagrin et l'humiliation éclatait souvent en secret.Son mutisme voilait des rêveries où se confondaient la paix de l'orphelinat et la douceur de camaraderies entre pauvrettes sans nom qui ne lui marchandaient pas leur sympathie.Les bosquets de l'avenue convergeaient vers une madone qui régnait dans sa guérite de verre.Aux grands jours, les dames patron-nesses de l'institution venaient combler les orphelins.A son arrivée au pays, fut bientôt remarquée au parloir la petite fille menue au visage de poupée.Sur-le-champ son sort en fut décidé.Lucile quitta les religieuses pour suivre ses parents adoptifs et tenter dans le monde la grande aventure de la vie.Elle rencontra Félix Clavel, le fils d'une famille amie des Quiriault.Félix manifestait des inclinations pour la musique.Agent pour une organisation musicale, il accordait les pianos, scandait le jazz, se vantait de manier tous les instruments.Il fréquentait récitals et concerts.La jeune fille, en se mariant, croyait échapper à l'exigence de ses parents d'adoption, dont elle jugeait sévèrement les prétentions et la vanité.La nature bohème de Félix lui plaisait.Peut-être le motif secret qui la conduisit au mariage fut-il, avant tout, de posséder un foyer et des petits bien à soi, sur qui déverser l'arriéré de tendresse refoulée en elle-même.Son mariage comblait les vœux de ses parents.Avec la foi naïve de l'amour injustifié, Lucile épousa Félix Clavel, à qui elle apportait le trésor de sa candeur et de sa beauté.Félix ne sut pas l'apprécier.Comme tous les autres, il devait se laisser dominer par les révélations touchant l'orpheline.Lucile subit à ses yeux l'infériorité du mystère de sa naissance.Elle éprouva l'amertume d'avoir lié son existence à un être léger qui ne sut comprendre ni sa supériorité d'âme ni sa nostalgie d'enfant trouvée.Il ne sut faire que des dettes et se mettre à mal avec la famille Quiriault.La seule toilette ajoutée à son trousseau fut réclamée pour refus de paiement par la maison de confection d'où elle provenait.Comme la robe était trop défraîchie pour être remise en vente, Lucile en fut quitte pour l'humiliation de constater l'insolvabilité de son mari et son obstination à ignorer ses créanciers.L'un après l'autre s'éloignèrent leurs amis, sans motiver leur éloignement.A quoi bon instruire la jeune femme des menées fourbes de Félix, habile à exploiter quiconque l'approchait.Docile, elle le suivit à la banlieue dans une maisonnette achetée à tempérament.Elle y éleva des abeilles et des poules, sans jamais profiter du résidu de la vente du miel ou des œufs frais.La venue des enfants devenait un problème pénible à résoudre; le poids qu'elle portait se doublait de l'ignominie de devoir accepter un traitement de pauvresse dans une maternité publique.Elle y mourut.Mandés en hâte, accoururent les Quiriault.L'indignité de Félix rendait plus pathétique la mort do Lucile qui laissait trois orphelins.Les parents adoptifs soldèrent les frais des funérailles.Les petits furent l'objet de leur tendresse désolée; mais les Quiriault ne tenaient guère à s'encombrer de trois enfants.Leur rancœur envers le père s'envenima d'un souverain mépris.Plutôt que de dévoiler une triste histoire, qui aurait soulevé l'indignation, parmi leurs connaissances et jeté le discrédit sur des relations précieuses, ils préférèrent abandonner à son sort la famille Clavel.Ainsi, victimes de la tare congénitale, poussent les gamins sous la garde de Fidélise.Parfois, en dépit de leurs tendres années, se font jour des regrets informulés; la trace du chagrin burine durement leur mémoire.Sans l'approfondir davantage, ils envient les autres écoliers de se mouvoir allègrement dans la plénitude d'une vie normale.Toutefois, le recueillement sauvage dont s'entoure le père n'entrave pas chez eux l'incessante fermentation de vie.Les impressions enfantines, malgré tout, reprennent le dessus, grâce à leur vigueur et à leur renouvellement constant.Ainsi se tisse la trame du temps.Ainsi se succèdent les saisons.Il faut pourtant songer 102 L'OISEAU BLEU sk ses s» ^^^^$^gg££3zsg£$g:8ê£3ê£ ms ses à l'hiver rigoureux et à la Noël approchante.Depuis l'automne, Richard, qui a huit ans, vend des journaux, le samedi, au coin des rues.En vain s'élève Fidélise contre la folie d'érailler sa voix, de battre le pavé glacé et d'y contracter avec le rhume des allures de .Andrée s'efforce de raisonner le galopin.polisson.Andrée s'efforce également de raisonner le galopin; mais comme il s'agit de combler leur caisse de Noël, en vue de se procurer les objets convoités: qui, des skis, qui des livres d'images, qui des patins, elle cède finalement aux instances de son petit frère et finit par convaincre Fidélise de n'y plus mettre obstacle.Leur père n'en saura rien et l'apprendrait-il qu'il serait le premier à s'en divertir.Richard s'enhardit dans son rôle de camelot.Il s'adjoint quelques copains, empile revues et journaux et de faction devant l'éventaire ambulant, il s'égosille, bat des semelles, se gèle les doigts à enlever sa mitaine pour remettre la monnaie des pièces blanches qui pleuvent sur l'édition du soir.Une bonne parole d'un chaland qui double sa mise en soutirant son journal; l'impulsion généreuse d'un passant qui l'attire à un comptoir de café pour lui faire servir un breuvage chaud et un pain fourré; autant d'imprévus qui familiarisent le goussepain avec les habitués de la rue, le défilé régulier des heures besogneuses.A la fin, cependant, s'inquiète Andrée.Le gamin s'épuise à ce truc de mendiant.Forcé d'entendre raison, Richard consent à abandonner son négoce pour une idée nouvelle qui a germé dans son esprit.Il a observé le violoniste sur la place du marché et l'Italien qui déverse sous les fenêtres la musique ronflante de son accordéon, deux pauvres hères qui font une abondante cueillette de sous.Andréa, Luc et lui composeront le trio, dont le violon de sa mère pour Andrée, son harmonica et le tambour de Luc.Ensemble, la veille de Noël, ils iront sur la grande artère de la ville jouer aux abords des échoppes et des boutiques les airs anciens de la Nativité.Il ne faut pas que Fidélise surprenne leur projet, elle s'y opposerait bruyamment.Quant à leur père, peu lui en chaut que ses trois gosses exécutent leur musiquette sur le seuil de sa demeure ou en plein vent.Il ne s'en met jamais en peine.Ils ont appris à se débrouiller sans lui.Les joues piquées par le gel, les yeux brillants, les trois petits musiciens s'arrêtent d'abord devant la vitrine du libraire, où sont étages, en offrande des cartes de Noël, des calendriers de luxe et des livres aux titres prometteurs.A quelques pas de là, ils se rangent sous la marquise qui prolonge la devanture d'un magasin à rayions.La lumière intérieure double l'attirance des toilettes et des jouets exhibés.Ils se mêlent ensuite au flot pressé des arrivants qui font pivoter les portes tournantes et ils vont explorer en curieux le domaine enchanté.Puis ils joueront devant l'atelier du photographe.Dans des cadres profonds, sur le mur extérieur, sont exposés des visages d'enfants, de bambins dans les bras de leur mère; de grandes personnes que la vie semble réjouir; de messieurs au sourire galant ou à la prestance martiale.Cette galerie de portraits, auxquels la ressemblance communique une vie factice, offusque leur fierté de petits gueux.Les trois enfants, à part soi, font de piteuses réflexions qu'ils iront oublier plus loin, chez le confiseur. L'OISEAU BLEU 103 Les gâteaux de Noël alignés sur des chemins de papier dentelé; les plum-puddings glacés et enjolivés de houx; les cannes de sucre d'orge; les cloches d'argent et les tubes-surprise aux fronces de couleur pour le réveillon d'après minuit et enfin, les Pères Noël moulés en chocolat,— en voilà assez pour les retenir longtemps.Andrée rajuste son violon sur son épaule, elle répète à satiété les Noëls anciens: Nouvelle agréable, Ça, bergers, assemblons-nous, Il est né, le divin Enfant.Richard gonfle ses joues à ponctuer les cantiques sur son harmonica.Le frôlement de la "musique-à-bouche" sur ses lèvres la fait vibrer sous ses mains jointes en cornet.Le petit Luc martèle avec son tambour les intermissions.La foule se presse sur les trottoirs, obsédée d'idées fixes: les dernières emplettes à expédier avant la fermeture des magasins.Les passants se succèdent, ils accélèrent le pas comme s'ils entendaient s'agiter au loin les grelots des rennes et faisaient diligence pour illuminer avant l'arrivée du Père Noël le sapin qui croule sous les girandoles et les pendeloques de verroterie.Accoutumés de frayer avec une réalité terne, les petits s'abandonnent aux promesses de cette vigile joyeuse.Ils sont rivés à leur poste, fascinés par la vue des brioches et des éclairs.Si le confiseur allait résister à leur persistante sérénade, ils en déduiront le coût sur le pécule amassé au cours de l'après-midi.Ce n'est pas le confiseur qui vient à eux; mais une femme élégante, qui les couve des yeux, sourit à l'ingénuité du trio enfantin.Elle n'attend que la fin de Ça, bergers pour leur adresser la parole.— Vous jouez comme des anges, leur dit-elle.Son grand chapeau abrite des yeux bleus et un sourire très doux.Elle poursuit: — Venez avec moi, je vous emmène tous trois.Nul des trois ne songe à se faire prier, tant est engageante l'invite.Peu importe le retard à rentrer à la maison.Si Fidélise s'inquiète, il sera toujours temps de la rassurer.Les enfants escortent la dame qu'enveloppe un long manteau de phoque.Ses interrogations pleuvent dru comme des dragées sur leur tête attentive.Ils atteignent un édifice auquel ils accèdent par une longue avenue.Dans le corridor qu'ils traversent en entrant, le feu de l'âtre répand une bonne chaleur.Le heurtoir de cuivre, une chimère, distingue sa porte numérotée.La serrure cède et les trois musiciens pénètrent après elle dans un boudoir, où les convie une table dressée pour la bouchée hâtive à l'arrivée.Il faut bien davantage pour rassasier les petits et la dame leur apporte une tourtière, des petits pains, du fromage, des gâteaux et une crème glacée.Fidélise leur sert rarement un pareil régal.La table, que soutient l'appui d'une fenêtre, ne saurait accommoder plus de trois.D'ailleurs, l'instinct hospitalier de leur hôtesse l'avertit que ses protégés seront plus à l'aise et plus intéressants s'ils ne se sentent pas observés.Elle s'assied devant son secrétaire, griffonne quelques notes et entame au téléphone une conversation, dont le sens leur échappe et enfin, elle avale prestement son thé et des gâteaux, puis propose de les accompagner en voiture.Les accompagner en voiture, jusqu'au fond de l'impasse, à travers le quartier miteux qui tranche si brutalement avec la ville claire, bruissante de rumeurs de fête ?Fidélise accourra à la porte affublée de son tablier.Elle s'exclamera à tue-tête, comme une femme de peine.Leur père les punira pour avoir laissé flairer leur détresse.Andrée se récuse: — Merci, madame.Nous n'avons pas peur.Nous rentrons souvent seuls le soir.— Alors, j'appelle votre père.— On n'peut pas l'atteindre après six heures, quand la fabrique de pianos est fermée.— Je vous ramène donc en taxi.Inutile d'argumenter.Comment faire entendre à la belle étrangère que leur maisonnette a l'abord misérable, qu'elle ne devrait pas leur infliger la confusion de s'immiscer dans leur triste intérieur.Les aînés sont transis, ignorant comment s'en tirer honorablement.Luc, qui voit les choses d'un autre œil, se réjouit de l'aubaine d'une course en auto.— Ces petits sont charmants, songe la dame en noir, qui les fait monter devant elle en voiture.Le chauffeur doit se faire répéter le nom de la ruelle indiquée II s'y dirige à tâtons.C'est bien ça.Une longue promenade dans de sombres venelles aboutissant à une impasse où s'avance timidement la demeure des 104 L'OISEAU BLEU Clavel, persiennes closes sur un extérieur d'un blanc douteux.Luc se précipite hors de l'auto.Il ouvre la porte en coup de vent.Fidélise descend affolée leur demander compte de leur absence.Un geste d'étonnement arrête sa fugue, en apercevant l'étrangère qui accompagne les petits.— Je n'ai pas voulu laisser ces enfants seuls dans la rue, ce soir.Il y circule trop de gens, déclare Isabelle Chantai.— Vous êtes bien bonne de nous les ramener.Vous n'avez pas soupe?Le relent des odeurs de cuisine leur rappelle que le repas du soir mijote encore sur le feu.— Ils ont pris le goûter chez moi.Fidélise va se confondre en remerciements, quand se présente Félix Clavel, attiré par le bruit, gêné d'une pareille intrusion.— Mademoiselle Chantai! — C'est bien moi.Je vous reconnais.Vous faisiez partie de l'Orchestre symphc-nique, un moment?— Il y a déjà plusieurs années.Vous êtes encore attachée à la critique musicale du même quotidien ?— C'est précisément ce qui m'amène, M.Clavel.J'ai écouté attentivement les enfants exécuter dans la rue les vieux Noëls.Leur ingéniosité et leur compréhension m'ont étonnée.Ils sont doués, spécialement la fillette.La sûreté de son archet, la justesse de son oreille sont d'une fermeté au-dessus de son âge.D'ailleurs, bon sang ne saurait mentir! — Andrée s'est exercée seule à reprendre sur son violon les mélodies entendues à la radio.— Voulez-vous me la confier?Notre journal est dépositaire d'une bourse léguée en vue de favoriser un jeune talent.Si vous me le permettez, j'en ferai bénéficier Andrée en l'enrôlant comme élève au Conservatoire.Ses leçons de violon, le samedi, n'interviendront pas avec ses classes.C'est convenu ?Elle vient chez moi au jour que m'indiquera son professeur de violon et je me rendrai avec elle au Conservatoire.Félix Clavel est renversé de la bonne fortune.Lui, le dévoyé, est ému, bouleversé, enchanté.Isabelle Chantai a compris le drame de cette existence de raté.Elle ne veut pas imposer davantage sa présence, elle parle avec une volubilité qui épargne au père l'aveu de sa confusion et prend congé des petits pour qui elle conserve la figure d'une bienfaisante apparition.Félix attire son cadet sur ses genoux.Le Félix attire son cadet sur ses genoux.bambin qu'il n'a pas su apprivoiser éprouve de ces effusions un serrement de cœur.Ses épanchements sont gauches et timorés; mais bientôt recouvrant l'exubérance de ses six ans, Luc, mis en confiance, entretient son père des péripéties de leur tournée, tandis que, près d'eux, Richard compte avidement ses recettes.Fidélise contemple la petite scène l'œil humide.Les aspirations d'Andrée vont enfin se réaliser! Depuis toujours, l'enfant, de tout son être, tendait vers l'instant magnifique où, sans pouvoir imaginer comment, elle saurait reconquérir le prestige des siens auprès des grands-parents Quiriault, fierté de fillette qui s'obstine dans son espoir, s'en nourrit au point que la chose accomplie ne lui semble que l'aboutissement naturel de rêves vagues mais tenaces.Le temps passe.Fidélise besogne encore.Elle est pressée de se rendre à l'église, de s'engloutir dans le vaisseau ténébreux de la (La suite, page 124) No 40 UNE MIETTE PERDUE DE LA LAURENTIE BRION-LA-BELLE !.r\N nous avait répété sur tous les tons, ^ depuis notre arrivée: — Moû, fcroîs que pour aller aux îles Brian, il faut une température exceptionnelle.L'île Brion fut ainsi nommée par Cartier, en 1534, en l'honneur de l'amiral de France, Philippe de Chabot, seigneur de Brion.Les Madelinots l'appellent souvent les îles Brian.Brian n'est sans doute qu'une corruption de Brion.Bien que cette île soit isolée, à neuf milles au nord du groupe principal des îles de la Madeleine, peut-être dit-on encore aujourd'hui les îles Brian parce que l'appellation désignait jadis l'ensemble des îles de la Madeleine: Champlain, en 1632, désignait déjà l'île du Havre-au-Ber uniquement sous le nom de La Magdalene, nom qui fut appliqué ensuite à tout l'archipel.Il faut aussi, pour voir Brion, un pilote excellent.Nous le trouvons en M.Forest, du cap aux Meules: il nous offre un bon botte muni d'une belle engin neuve.Donc, nous partons, le 31 juillet 1934, sous le regard de plusieurs Madelinots, qui nous font de grands signes d'adieu.L'un d'entre eux nous crie: — J'vous dis que vous allez vous faire soleiller aujourd'hui sur l'eau! Le moteur pétarade et le petit botte virevolte sur la nappe liquide.Durant une demi-heure environ, je contemple la dune de l'est, qui a des reflets d'or;.mais tout à coup, je me sens tourner, tourner.J'ai le mal de mer! M.Forest dispose vite les toiles pour en faire un matelas rudimentaire, et je m'écrase au fond du botte pour cinq longues heures! J'ignore maintenant ce qui se passe autour de moi; je ne vois ni mes compagnons, ni le paysage, ni le ciel bleu; j'entends seulement le bourdonnement sourd du moteur, puis je sens que, passé la Pointe de l'Èce (Pointe-de-l'Est), la vague augmente considérablement.C'est affreux, affreux! mais pour voir Brion, je m'empêche de mourir.Brion! enfin! voici Brion, la Terre promise! Chancelante, mais déjà ragaillardie, je lève la tête, tout en croyant rêver.De toutes parts, des nuées de goélands s'envolent en lançant des cris que je crois être des cris de joie! Notre vaillant petit botte pique droit sur la grève qui dessine une anse garnie de blanches flottilles.Il semble que cette anse soit faite exprès pour les pêcheurs qui sont en train de dépecer, au bord de la mer, les produits d'une pêche miraculeuse.En un tour de main, notre botte est tiré sur le sable mouillé que vient lécher la vague.Encore tout étourdie par la mer, et par le soleil dans lequel je perçois mille chandelles, mes pieds Cliché Georgette Simard .la grève de Brion, qui dessine une anse garnie de blanches flottilles. 106 L'OISEAU BLEU se heurtent à une masse énorme et gluante, couchée sur la plage: c'est un flétan de deux cents livres que vient de capturer un des hommes.Je ne voudrais pas m'étendre sur ce paquet peu attirant! Monsieur Bouffard.chef de l'expédition, nous reçoit fort aimablement.Il nous conduit tout près, dans l'un des campements où logent, durant la saison de la pêche, dix à quinze hommes et une courageuse ménagère.A notre arrivée, cette dernière se préparait à mettre au four ce mets si délicieux qu'on appelle communément des beans.Brion ne possède en permanence que deux habitations: celle d'une famille écossaise du nom de Dingwall, qui est, avec M.Bouffard, propriétaire de l'île; la seconde maison, celle du gardien du phare, est située tout à fait à l'autre extrémité de l'île.Cliché Marcelle Gauvreau .Nous demeurons presque clouées sur place.Brion nous intéresse particulièrement à cause de la forêt restée vierge, qui couvre presque entièrement l'île sur une longueur de cinq milles environ.Quel spectacle saisissant que cette forêt primitive, se pliant aux multiples caprices du vent et de la mer! Nous demeurons presque clouées sur place à la vue des arbres qui ont en ce lieu des airs terrifiants! Les Épinettes, par un effet du vent souffleur, brusquement, tournent du même côté leur feuillage noirâtre, comme pour fournir un abri à la forêt.Les Sapins, douloureusement, tordent leurs troncs noueux et dressent par terre des légions de petits cônes, imprégnés de résine, lesquels se tiennent debout, vaillamment, comme des soldats! Tous les Sapins rampent, pour se mieux protéger contre l'effroyable vent du large; il y en a même qui étalent en circonférence leur feuillage dru au-dessus d'un tronc unique, gros et court: c'est bien ici "le pays où l'on marche sur la tête des arbres".Ça et là surgissent des squelettes d'arbres qui font frémir.Tout symbolise ici la souffrance, la lutte, et aussi la mort.Nous côtoyons un petit cimetière de huit pieds carrés, entouré de fil de fer.Deux tombes douloureuses y racontent de la façon la plus tragique que l'île Brion fut une Nécropole pour les rudes marins: Sacred to the memory of John Spencer aged 28, native of London, Master of the Lady Seaton which was wrecked on the East Point Dec.4, 1847, by being washed off the deck and was drawned.Agenouillée là, sur ce tombeau, je médite quelques instants, tandis que le vent commence à siffler, et que déjà la vague fait rage, tout à côté, en se brisant contre le roc.C'est vraiment sinistre: nous avons bien peur de ne pouvoir atteindre demain le rocher aux Oiseaux, pauvres petits oiseaux infortunés que nous sommes! Allons! Vivons d'espoir et essayons de pénétrer le sous-bois mystérieux — où le petit Chaperon Rouge aurait peut-être rencontré le loup! — Là, on trouve nombre d'espèces plutôt communes, telles que les Pyroles, les Monésès, les Mitrelles, etc.Pourtant, l'ensemble constitue une effarante végétation qui, en cette solitude, atteint un gigantisme inconnu ailleurs.Malheureusement, les marin-gouins nous dévorent.Nous en sommes littéralement couverts.C'est un véritable martyre, et bientôt une espèce de carnage, que d'herboriser ici.Les maringouins de Brion ne sont pas habitués à voir du monde! Ma compagne et moi nous devons quitter le bois où nous deviendrions folles.Du reste, nous voici chez les Dingwall, les Ecossois dont on parle aux îles comme étant de riches fermiers.Songez qu'ils possèdent à eux seuls des chevals, huit vaches, beaucoup de volailles, et soixante-quinze moutons qui broutent là-bas, sur la colline.Ces moutons rappellent l'antique troupeau du patriarche Jacob, surtout à cette heure indécise où le soleil se noie dans le golfe.La température est des plus troublantes.Faut-il que nous soyons optimistes pour rêver quand même, cette nuit, au rocher aux Oiseaux dont nous apercevons la faible lumière, à travers la brume.Aujourd'hui, 1er août.Dès quatre heures et demie, je me lève pour scruter l'horizon.Il semble que la mer caîmit et que le temps se beausit; mais vers six heures, les Dingwall se montrent doughtful en fixant l'horizon lointain avec leurs petits yeux connaisseurs.Voir le Rocher que le Frère Marie-Victorin et M.Rousseau n'ont pu voir; l'escalader et constater s'il y a enfin quelques plantes là-dessus; admirer les milliers d'oiseaux qui s'en font un abri! Ce serait trop beau, vraiment! Hélas! il faut que tout bonheur ait ses revers: Maintenant L'OISEAU BLEU 107 que nous sommes à Brion, impossible d'aller au Rocher ! La meilleure façon de chasser nos mélancoliques regrets, c'est de nous promener en charrette.M.Dick Dingwall a complai-samment attelé Neck, un vieux cheval boiteux, à ce véhicule.Nous décidons d'aller au phare, à trois milles de distance, et même plus loin, si possible, afin d'explorer la dune de Brion, où Cartier le Malouin vint atterrir en l'an de grâce 1534.La route du phare contourne le bois immense peuplé de sombres Épinettes, et la vaste mer piquée de caps rouges.Ces caps! il faut les voir! Depuis de longs siècles, ils ont .excavé des grottes, taillé des portails, effilé des aiguilles, dessiné des arcades, cannelé des pilastres.Et cette partie du rivage de Brion est devenue, avec le temps, une suite de portiques ouvragés, mystérieux et sonores, décorés à la sanguine: portiques décevants qui, comme les seuils de marbre des antiques cités de la forêt yucatane, ne mènent nulle part et n'ont qu'un leurre de mystère et qu'un mensonge d'accueil.Toute cette effrayante débauche de sculpture pour que les noirs pigeons de mer puissent, bien à l'aise, accrocher leurs nids en beauté et narguer les colères de l'océan.Le chemin étroit qui borde les rochers est si dangereux que nous sommes forcés, parfois, de descendre de voiture et de conduire le cheval par la bride.Pour la première fois, depuis mon arrivée aux îles, je me sens vraiment prise d'effroi, tant la nature qui nous domine est tourmentée.Mais dans la petite charrette, docilement tirée par le vieux Neck, n'y a-t-il pas des anges gardiens qui nous abritent de leurs ailes?.Voilà le phare, élevé sur la plus haute butte de Brion, face à l'immensité.Ainsi embrumé, a y Cliché Georgette Simard .une suite de portiques.décorés à la sanguine.c'est un site des plus impressionnants, non seulement à cause de l'extrême profondeur des flots, mais aussi à cause de la hauteur déconcertante des falaises au bord desquelles les vagues méchantes se brisent avec un fracas de tonnerre.Le phare! la lumière! le salut! Quelle responsabilité qu'être gardien de cette lanterne aux multiples feux, quand on songe que la plus légère distraction pourrait entraîner les pires naufrages.Près d'ici encore, nous rencontrons un petit cimetière de naufragés.Il y a de quoi méditer sur la mort en face des éléments déchaînés et des tombeaux! Au delà du phare, la dune de Brion existe encore, et c'est par elle que Cartier rendit l'île célèbre quand il en fit une description si exacte dans son Discours du Voyage."Ces îles, dit-il, sont de meilleure terre que nous eussions oneques rencontrée.Nous la trouvâmes pleine de froment sauvage et de pois qui étaient fleuris aussi épais et beaux comme l'on eût pu voir en Bretagne.L'on y voyait aussi une grande quantité de raisins ayant la fleur blanche dessus, des fraises, roses incarnates, persil, et d'autres heibes de bonne et forte odeur." Aujourd'hui même, avec le Frère Marie-Victorin qui a visité l'île Brion en 1919, nous pouvons nous écrier en rendant justice au Discours de Cartier: Rien n'a bougé à Brion depuis trois siècles.Là-haut, sur la falaise, les grands arbres et les prairies pleines de gesses purpurines; à mes pieds, le froment sauvage et les pois de mer "fleuris comme pois de Bretagne".Et la quantité de raisins "ayant la fleur blanche dessus", quelle description merveilleusement précise de la grande canneberge en fleur, gardant encore mous et juteux ses raisins de la saison passée! Quant aux fraises, roses incarnates, persil de mer et spiran-thes embaumées, il n'y aurait qu'à se pencher pour en cueillir des monceaux.Nous avons nous-mêmes observé, récolté et photographié toutes ces plantes.Malheureusement, il faut nous hâter.Le paysage de Brion est déjà tout noir, bien qu'il soit à peine cinq heures et demie.L'île entière est enveloppée comme d'un suaire: Hier, nous avions devant nous Brion l'Enchanteresse; aujourd'hui, c'est Brion la Traîtresse! J'aurai connu Brion sous ces deux aspects principaux qui réjouissent ou menacent, qui attirent ou repoussent le voyageur d'un jour.Le soir vient et un orage électrique éclate.Le ciel est sillonné d'éloises en zigzags.La nuit se passe dans l'inquiétude; dès le matin, la mer flambe et xoashe les caps.Toute espérance d'aller au Rocher est bien disparue.Et même, si nous ne quittions Brion sans tarder, nous y serions captives durant plusieurs jours. 108 L'OISEAU BLEU Cliché Georgette Simard .les Pois de mer fleuris comme Pois de Bretagne.Donc, il vaut mieux partir,.tout en mourant un peu! Nous irons à la Grande-Entrée, mais à bord du gros botte à Bouffard, à cause de la méchante mer.M.Forest ne saurait nous abandonner; il nous suit, par précaution, à bord de son propre botte, qui est toujours muni de sa belle engin neuve.Nous n'avons guère le cœur à rire, car bientôt nous sommes balancées, secouées, trempées jusqu'aux os! Et moi, toujours victime du terrible mal de mer, je suis étendue et presque agonisante au fond du botte contre lequel, rudement, mes reins se heurtent à chaque vague.Pour comble de malheur, à mi-chemin, le boite arrête.On répare maintenant la machinerie durant une forte demi-heure.Enfin, M.Forest nous sauve en fournissant un certain morceau de fer.Le botte danse quand même, et l'odeur de la gazoline aidant, j'ai alors l'occasion de soulager mon estomac deux ou trois fois, tandis que ma compagne commence une gastrite aiguë!.Bref, nous sommes atrocement malades.Mais nous repartons.Courage! Bientôt, oui, bientôt, nous serons à la Grande-Entrée! Soudain, je me sens prise de réconfort; j'ai aperçu un goéland, déployant ses larges ailes blanches, dans un tout petit coin du firmament.Marcelle Gauvreau L'EXPOSITION REGIONALE DES C.j.N.LE MOT DE LA FIN Au pied du Mont-Royal, glorieux dans sa parure d'automne, la Jeunesse du Pays Lau-rentien, en l'an de grâce 1935, a apporté une réponse magnifique à l'invite du Maître: "Voyez les lis des champs".* * * La jeunesse d'une idée — l'idée du retour à la Nature par les Cercles des Jeunes Naturalistes — avait donné en 1933 cette chose exubérante que fut l'Exposition du Mont-Saint-Louis.Tout Montréal — au bas mot 100,000 personnes — accourut pour voir ce spectacle nouveau: nos garçonnets et nos fillettes, 'cheveux au vent, découvrant tout à coup un pays inconnu: la Laurentie Avec l'Exposition au Collège Notre-Dame, nous assistons à une deuxième phase: le harnachement d'un impétueux mouvement, impétueux comme la Nature elle-même, par la main autorisée d'une pédagogie déjà plus sûre d'elle-même.La .source est oubliée déjà, le ruisseau a grossi, il sera fleuve demain! Tous ceux qui pensent, qui savent combien la communion avec la Nature est source de lumière, de joie, de pureté morale, et même de haute pensée religieuse, tous ceux-là se réjouiront de ce nouvel et immense succès.Et c'est le très agréable devoir du président de la Société Canadienne d'Histoire naturelle, mère des deux cent quarante-sept Cercles exposants, de remercier du fond du cœur tous ceux dont le dévoûment se cache derrière toutes ces belles et émouvantes choses que nous avons admirées: La Congrégation de Sainte-Croix et le Collège Notre-Dame, qui ont assumé la gigantesque tâche; Les autorités civiles et religieuses qui ont patronné les diverses phases de l'Exposition; les patrons des Cercles; les donateurs de prix; L'armée des éducateurs laïques et religieux qui, dans tous les coins de la Laurentie, tiennent le flambeau allumé; Et surtout, surtout, la petite institutrice de l'école du rang, qui.il ne faut jamais l'oublier, tient dans ses mains de jeunesse le meilleur de l'âme du pays! Au pied du Mont-Royal, glorieux dans sa parure d'automne, la Jeunesse du pays lauren-tien, en l'an de grâce 1935, a apporté une réponse magnifique à l'invite du Maître: "Voyez les lis des champs." Frère Marie-Victorin Parler français est le complément de toute éducation libérale.Ferdinand BRUNOT L'OISEAU BLEU 109 SS8 ENTRE NOUS SSS de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres", a dit avec justesse La Rochefoucauld.La sévérité excessive tient donc à notre sens erroné de la justice, à nos antipathies, à notre égoïsme appuyé sur une forte dose de fatuité.Apprenons à nous évaluer à notre juste valeur, même si nous devons par là découvrir le profil imparfait et anguleur de notre "moi".Ne réservons pas notre indulgence que pour les parfaits ou que pour nos préférés.Que la charité nous fasse comprendre le point de vue de celui qui semble, selon notre verdict, avoir fait un faux pas.Avons-nous été offensés, supposons alors que chez l'offenseur, l'intention fut droite, que tous les torts ne se logent pas fatalement que de son côté.Qui n'a pas à se frapper la poitrine et à prononcer son mea culpa! Devenons indulgents par charité et par devoir, surtout si la sévérité du pharisien est suzeraine en notre cœur.Le chrétien doit pardonner, oublier, excuser.De ce fait, n'allez pas faire obvier ma pensée de son sens vrai.Il faut savoir parfois user de sévérité dans la vie.rarement, je dirais.S'il faut être fermes, demeurons indulgents et ne jugeons ni ne punissons sous l'influence de la colère ou de la douleur provenant de notre susceptibilité blessée, froissée.Je crois à l'indulgence, fille de la bonté et de la charité, non à l'excessive sévérité ni à la ridicule faiblesse.La vertu réside dans le juste milieu.Que l'Enfant de Noël pare toutes vos âmes du joyau de l'indulgente bonté, de sa bonté à Lui, le grand, le toujours Indulgent.C.F.T es fêtes de Noël et de l'An neuf vous invitent à jeter un regard rétrospectif sur l'année qui s'engouffre dans le passé.Un examen sérieux de nos actions antérieures serait source de réflexions salutaires et pratiques.Impossible de tout scruter, la mémoire humaine étant souvent réduite à un minimum de souvenir.D'autre part, le bilan complet de nos agissements atténuerait peut-être même nos élans de franc optimisme, car nombre de nos actions sont souvent le désaveu, donc la condamnation de notre gouverne.Arrêtons-nous à un point unique ayant trait à "l'indulgence".Cette dernière est cette facilité que nous éprouvons à pardonner les fautes et les défauts d'autrui, à excuser sa faiblesse, à l'aimer, lui, le prochain, en dépit des aspérités de son caractère ou de la pente de ses idées propres.Pourquoi faut-il que nous le jugions toujours sévèrement, celui que le Christ nous fait un devoir d'aimer?Nous lui prêtons nos idées mesquines, nous spéculons à notre façon et à son insu sur ses intentions intimes, lui prêtant nos courtes vues, notre strabisme de jugement, nos rancœurs inavouées, nos antipathies naturelles, nos sourdes vengeances basées sur l'envie et la jalousie.A cela ajoutez notre susceptibilité à fleur de peau et notre brusquerie souvent innée.Le Christ n'a-t-il pas écrit dans son Évangile: "Aimez-vous les uns les autres"."Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre".Faut-il que nous oubliions profondément nos vilains défauts, à nous, pour ne voir et ne retourner en tous sens ceux que le prochain a le malheur de posséder, quand nous ne le dotons pas de défauts forgés par nous pour hausser notre personnalité physique ou morale de nains dépités."Si nous n'avions point 1 10 L'OISEAU BLEU CORRESPONDANCE Future Ursuline — A-t-on reçu le pli adressé à votre nom ?Fauvette est heureuse de constater que des liens de belle amitié s'établissent entre ses oisillons.Croyez à l'amitié, bien qu'elle ne soit le partage que de peu d'âmes.A bientôt donc! Humble Apôtre — Que n'êtes-vous pas arrêtée visiter Fauvette lors de votre voyage en notre métropole montréalaise ?Prenez meilleure résolution.et lorsque vous viendrez à Montréal, vous me ferez le plaisir de me venir voir.Merci de vos missives.Elles me parviennent fidèlement, allez, et je vous en remercie.Affectueux bonjour.Jeune Naturaliste — Bienvenue à vous au "Coin" de Fauvette.Vous allez y rencontrer bien des sœurettes affectueuses, laborieuses, franchement idéalistes.N'oubliez pas de m'écrire souvent.Fauvette s'intéresse à tous ses amis du "Coin", à tous, sans exception.A bientôt! Papillon d'azur — Fauvette vous garde sa meilleure amitié et a bien hâte de vous lire.A vous, un affectueux bonjour.Pierre précieuse — Vous aimerez sans doute beaucoup votre nouvelle correspondante.Croyez à son amitié fraternelle.et demandez-lui de vous entretenir un tartinet du "guidisme" qu'elle chérit à juste titre.Henriette M.—Meilleur souvenir de Fauvette.Thérèse L.— Saluts affectueux à la petite amie depuis trop longtemps silencieuse.Venez causer plus souvent.Cela fera plaisir à Fauvette.Mimi-Blanc-blanc — Succès nombreux et vie heureuse au milieu des enfants qui vous aiment tant.Saluez-les tous de la part de Fauvette qui vous assure de sa meilleure amitié.Humble Apôtre — Votre dernière lettre m'a fort intéressée.Je vous félicite, vous et Papillon d'azur des succès scolaires obtenus en juin dernier.Puissiez-vous cette année-ci encore réussir à plein rendement!.Bonnes amitiés.Violette du Sentier — Bon souvenir de Fauvette.Abeille de Marie — Fauvette vous dit sa meilleure amitié et prie bien à vos intentions.Elle vous reste amie fidèle.«Soeur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal.L.Carignan, ville LaSalle; Emilien Pronovost, La Sarre, Québec; Lise, Liliane Chouinard, Clarke-City; L.Poupart, Québec; A.Lord, Montréal; Lucien Leduc, Ottawa; Agnès Saint-Onge, Rimouski; Marc Lapierre, Beauport; Yves Leduc, Maskinongé.Sœur Jeanne et Fauvette saluent cordialement tous leurs correspondants.Fauvette a x EC dotes canadien x es N'est pas Valois qui veut T 'on croit assez généralement ici qu'il y eut un prêtre inhumé dans la première église de l'Ile-du-Pas près de Berthier; quoique, dans les registres qui existent, je n'aie rien découvert qui pût confirmer cette tradition, je crois celle-ci fondée sur une histoire de revenant, que j'ai/hésité à consigner ici; mais me souvenant de celle racontée par J.-C.Taché, dans ses Forestiers et Voyageurs: pourquoi pas ?me dis-je, et la voici: On avait remarqué plusieurs fois, dans l'église, au milieu de la nuit, une lumière plus forte que celle donnée par la lampe ordinaire; d'abord on en fit peu de cas; puis, comme la lumière continuait d'apparaître toutes les nuits, on s'en émut, et on résolut d'éclaircir la chose; on se réunit donc au nombre de quatre à cinq pour se donner un peu de courage, et l'on s'avança sur une seule ligne vers l'église; mais quelle ne fut pas la stupéfaction de ces hommes, lorsqu'ils virent au pied de l'autel un prêtre revêtu de ses habits sacerdotaux, et demeurant toujours au même lieu! Ils n'osèrent pas entrer et s'en retournèrent, même un peu plus vite qu'ils n'étaient venus, et, de retour chez eux, ils se livrèrent à mille conjectures.En entendant parler de ce qui se passait, un nommé Jacques Valois (le trisaïeul de celui de qui je tiens ces détails, et le père de ceux qui s'établirent à Lachine et à la Pointe-Claire), plus brave que les autres, s'engagea à entrer dans l'église, pour voir de plus près ce dont il s'agissait.Un soir donc, après la veillée avec ses amis, il se rendit à l'église, fit sa prière et attendit.Vers minuit, il vit un prêtre, en soutane, sortir de la sacristie, allumer deux cierges aux extrémités de l'autel, tout préparer pour une messe et rentrer dans le lieu d'où il venait de sortir.Quelques instants après, il l'en vit ressortir, revêtu de ses ornements, portant le calice et monter à l'autel.Pensant bien que la messe allait avoir lieu, notre Valois se rend au pied de l'autel, sert la messe qui se dit à l'ordinaire et reconduit le célébrant à la sacristie; celui-ci après avoir salué la croix', se tourne de son côté, et lui dit: "Depuis trois ans, je viens ici toutes les "nuits, pour redire une messe que j'ai dite "avec trop de précipitation pendant ma vie; "j'étais condamné à y venir jusqu'à ce que "j'eusse trouvé un servant; grâce à vous ma "pénitence est terminée, je vous remercie." Et il disparut.(Suite :î la oatfe 126) L'OISEAU BLEU 111 PRÉPARONS DEMAIN Pourquoi Salaberry à Châteauguay T7"ous êtes-vous jamais demandé pourquoi ™ vous étiez né au Canada, dans la province de Québec ?Vous est-il venu à l'esprit de savoir pourquoi Dieu avait permis que vous fussiez baptisé dans l'Eglise catholique, que votre langue fût le français?N'y a-t-il pas, dans certaines parties du monde, des jeunes gens et des jeunes filles d'autres couleurs, partageant d'autres croyances, parlant d'autres langues que la vôtre?Pourquoi avez-vous été choisi, dans les desseins de la Providence, vous de préférence aux autres, à être les descendants des Cartier, des Champlain, des Hébert, des Talon, des Montcalm ?Pourquoi êtes-vous nées sur cette terre arrosée par le sang de nos martyrs, par les sueurs de nos pionniers, réchauffée par l'amour de nos missionnaires et la charité de nos religieuses ?Dieu ne voulait-il pas que ce coin du Nouveau-Monde l'adorât d'une façon caractéristique ?Ne désirait-il pas que les hommages qui Lui sont dus, lui fussent offerts dans la vieille langue de France en harmonie avec les inaltérables préceptes confiés au Chef des apôtres ?Ce désir manifeste de la Providence est tellement bien accepté que votre première prière fut adressée à Dieu dans la langue française.Depuis que vous avez l'âge de raison, les principes de notre religion vous ont été inculqués dans la langue française.Sans que vous le réalisiez, on vous a préparé à défendre vos croyances catholiques, on vous a pénétré du respect et de l'amour de votre langue.Tout ce que vous appreniez sur les genoux de votre mère, tout ce que l'école vous a enseigné, vous a préparé à soutenir les luttes contre votre foi catholique et votre parler français.Si vous êtes né au Canada de parents catholiques et français, pourquoi n'êtes-vous pas seul de cette famille?Pourquoi comptez-vous plusieurs compagnons et compagnes de jeux, fréquentant la même église, la même école, chantant, en une même langue, les mêmes cantiques, les mêmes chants?Dieu n'a-t-il pas voulu, par cette unité de croyance et de langage, établir un contact plus intime entre vous et vos compagnons et vos compagnes d'amusements ?N'a-t-Il pas espéré former une grande famille catholique et française que l'on appelle le peuple canadien-français ?Cette réunion de familles en un peuple, évidemment facilitée par la bienveillance de la Providence, exige de tous ses membres le même esprit qui anime les relations des frères envers leurs sœurs, des enfants envers leurs parents et vice versa.C'est ce qu'on appelle l'esprit social national qui rend possible et agréable la vie en société de personnes de mêmes croyances, de même langue et de mêmes aspirations.Lorsque vous aurez pensé à toutes ces explications de votre présence en terre canadienne: religion et langue, vous comprendrez pourquoi un de vos ancêtres a cru devoir, à la tête de trois cents compagnons, prendre les armes pour arrêter l'envahisseur à Châteauguay.Salaberry et ses soldats défendaient-ils, à Châteauguay, la langue anglaise et le culte protestant de ceux qui les gouvernaient contre les envahisseurs, hier encore, soumis au même roi ?Salaberry et ses compagnons au- raient pu attendre confortablement chez eux l'ennemi de l'Angleterre.Ils savaient que leurs domaines privés ne leur auraient pas été enlevés.Ils auraient pu conserver leurs biens, ménager leur sang et sauver leur vie.Ils craignaient qu'un nouveau régime ne mît en danger leurs libertés religieuses et les droits de leur langue.A cette époque, ils souffraient du fanatisme de la nouvelle Mère patrie.Cependant ils étaient convaincus que l'Angleterre serait plus favorable que la nouvelle république, au développement de leur idéal religieux et national.Ils ont voulu non seulement assurer pour eux-mêmes ces droits, mais aussi en faire bénéficier les autres familles qui, avec eux, formaient alors le petit peuple canadien-français.Si ces héros ont pu spontanément offrir à leur patrie leur sang et leur tranquillité, ils ont répondu à des sentiments qui avaient été allumés dans leurs âmes dès leur jeune âge.Avec l'époque de Salaberry disparaissent les combats à main armée.Mais comme la vie est une lutte continuelle, notre peuple connut d'autres obstacles.Vous qui apprenez l'histoire de notre pays, vous savez que le fusil fumait encore lorsque le combat s'engageait sur un autre terrain.Ce fut la période des luttes parlementaires.C'est ainsi que vous avez connu les Plessis, les Viger, les Duvernay, les Papineau, les La Fontaine et les Cartier.Tous, à l'exemple de Salaberry et de ses prédécesseurs, ont sacrifié leur bien-être personnel, leur quiétude familiale pour assurer, à notre foi et à notre langue, le droit de cité, pour permettre à notre peuple de se développer suivant les desseins de Dieu.La lutte se continue.Nous verrons, la prochaine fois, sur quel terrain elle nous attend.Albert Nerviens 112 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE LE TRAVAIL Questions.1.Que nous fait voir cette image?— L'industrie; il y a des usines, des cheminées qui fument, un train de marchandise.2.Que représente cet homme ?— C'est le prototype de l'ouvrier; il a une forte carrure, des bras bien musclés, une figure ferme et résolue.Tout chez lui indique la force, l'assurance, la fermeté.3.A quoi vous fait penser ee pont?— Au pont de Québec, fini en 1918 et dont le tablier a une longueur de 1800 pieds, soit dix arpents.Q.Nommez différentes espèces de pont?— Le pont droit, le pont à dos d'âne, le pont tournant, le pont suspendu, le pont dormant, le pont volant, le pont à bascule, le pont tubu-laire, le pont transbordeur, le cantilever.4.Qu'est cet homme ?— Un plombier ou installateur de chauffage.Ce qui l'indique, c'est la clé à tuyau qu'il tient dans sa main.5.Quel est cet outil ?— C'est un calibre de filetage.A chaque bout, on voit de nombreuses lamelles mobiles, toutes numérotées.Un calibre est un instrument servant à mesurer avec précision.Le filet est la spirale d'une vis et le filetage est l'action de faire le filet à une vis ou à un écrou.6.Que fait cet ouvrier?— Il tient dans ses mains un câble dont il examine les torons.Q.Qu'entend-on par les torons d'un câble ?— La réunion des différentes parties d'un câble.7.Que fait cet ouvrier?— Du bétonnage.Le béton, qui sert à faire le bétonnage se compose d'eau, de ciment, de sable et de petits cailloux.Q.Qu'est-ce que du béton armé ?— C'est du béton qui entoure une armature: des fils de fer, des poutres d'acier, une charpente métallique.8.Quel est le métier de cet ouvrier ?— Cet ouvrier est un tourneur.Le tour sert à percer, à fileter, à aléser, à tarauder.Q.Donnez la définition des mots fileter, aléser et tarauder?— Fileter, c'est faire un filet, ou spirale; aléser, c'est polir ou agrandir l'intérieur d'un tube, d'un tuyau quelconque; tarauder, c'est creuser en spirale une pièce qui doit recevoir une vis.9.Que voyons-nous ici ?— Un ouvrier revêtu d'une salopette et d'une vareuse et portant une cantine à la main.Q.Doit-on dire une salopette ou, comme plusieurs le font, des salopettes ?— On dit une salopette, quand il n'y en a qu'une; on dit de même un pantalon, une culotte, un caleçon.Ex: Change de pantalon; ta salopette est percée; un caleçon de laine.10.Comment se nomme le récipient dans lequel l'Ouvrier apporte son repas du midi?— Une cantine.11.Que voyez-vous dans cette image?— Par la fenêtre, des usines; dans la boutique, un arbre de couche, des poulies et des courroies; l'un des ouvriers tient dans sa main un lourd marteau, tandis que son compagnon travaille à un établi.12.Qu'est ceci?— Un bidon d'huile.Q.Quel est le rôle de l'huile dans la machinerie ?—¦ De rendre glissantes les parties qui se meuvent les unes près des autres et de faciliter ainsi le mouvement.Q.Comment distingue-t-on les huiles ?— En huiles minérales (pétrole), en huiles végétales (huile d'olive), en huiles animales (l'huile de baleine).14.Que tient dans ses mains ce démolisseur ?— Une pince.Q.Qu'est-ce qu'une pince monseigneur?— C'est un outil de cambrioleur, devant lequel, comme devant les grands personnages, toutes les portes s'ouvrent.15.Comment s'appelle la partie du camion qui contient le charbon?— Une benne; dans le cas présent, c'est une benne basculante.A l'arrière de la benne, le camionneur fait fonctionner le layon.17.Quels outils voyez-vous autour de cet ouvrier ?— Une scie, un marteau, un rabot, une mèche et un trusquin.18.Comment se nomme cette sorte de roulement?— Le roulement à billes.On voit le palier (A) et les billes (B).19.Et cette autre sorte de roulement ?— Roulement à rouleaux; à observer le palier (A) et les rouleaux (B).20.Que fait-on ici?— A l'aide d'une grue très puissante, on charge une chaudière (ou générateur) sur un camion.21.Qu'est-ce qu'un manomètre?— C'est un appareil destiné à mesurer la tension de la vapeur ou des gaz.22.Qu'est-ce qu'un garant?—¦ C'est ce que tient cet homme, c'est-à-dire, le bout de cordage qui s'allonge après avoir garni le palan.L'abbé Etienne Blanchard 1 14 L'OISEAU BLEU Ce que l'on grave sur le bronze.MONTRÉAL RACONTÉ EN STYLE LAPIDAIRE VII.Au Palais de Justice (suite) Passons maintenant à la deuxième plaque commemorative.Elle a trait à celui que l'on a appelé le "premier historien de la Nouvelle-France", le Père Pierre-Fran ois-Xavier de Charlevoix, de la Compagnie de Jésus.Né en 1682, à Saint-Quentin, en France, il entrait à seize ans chez les Jésuites, et, à vingt-trois ans, débarquait sur nos rives.Durant quatre ans, il enseigna la grammaire au Collège de Québec.Ce fut sans doute pour se reposer des fatigues du professorat ou tout simplement pour remplacer quelques pères absents, soit à Montréal, soit au Sault-Saint-Louis (Caughnawaga), que nous le voyons séjourner ici.Il y travaillait, croyons-le, très paisiblement, à amasser des matériaux et des documents relatifs à cette Histoire et description générale de la Nouvelle-France, que le Père devait publier en 1744, à Paris.Retourné en France en 1709, le Père de Charlevoix revenait au Canada en 1720.En ce nouveau stage de trois ans, il s'occupa, à la demande des autorités françaises, d'explorer "la route menant vers la Mer de l'Ouest", comme l'on disait alors.Au Père nous devons encore une Vie de la vénérable Mère de V In carnation, le Journal d'un voyage dans VAmérique septentrionale.Tous ces ouvrages eurent l'honneur de traductions anglaise, allemande et italienne.Le Père de Charlevoix mourut à la Flèche, le 1er février 1761.— Un Jésuite fort distingué, et de toutes façons! dit Marie.— Oui, la famille du Père de Charlevoix était noble et ancienne.Les armoiries de cette maison conviennent on ne peut mieux à un pèlerin des âmes et du monde tel que le fut le Père de Charlevoix.Ecoutez: "D'azur à une bande d'argent, chargée de trois coquilles de gueules".Laissez-moi maintenant vous présenter le Père Lafitau.On en a dit: "Après Charlevoix, le Père Lafitau est un des jésuites qui se sont le plus distingués comme historiens et comme naturalistes".— Oncle, observa Hélène, la plaque actuelle ne comporte pas le nom du Père Lafitau, si je me rappelle bien?— En effet, et j'aurais plaisir à l'y revoir.Si l'on a eu raison de ne pas vouloir mentionner un fait horrible, concernant les Iroquois, au contraire l'on n'a pas eu raison d'omettre le souvenir de la présence à Montréal, de temps à autre, de 1712 à 1717, alors qu'il était missionnaire au Sault-Saint-Louis (Caughnawaga), du Père Joseph-François Lafitau, jésuite, professeur, procureur, écrivain, botaniste.L'on conserve, paraît-il, à Caughnawaga, ^n fauteuil qui aurait appartenu à ce savant.Nous irons de ce côté quelque jour.— Vous dites botaniste, cousin?interrogea François.Pourquoi ?— Parce que, petit, le Père Lafitau a découvert, durant son séjour chez nous, en 1716, précisément, une plante médicinale célèbre alors dans le monde, le ginseng.Il la découvrit en automne, alors que le fruit avait atteint sa maturité.Le Père ne voulut pas conserver à cette plante son nom chinois et l'appela en l'honneur du régent de France, le duc d'Orléans, VAureliane du Canada (Areliana canadensis).Il n'avait fait que latiniser le nom Orléans.Le commerce s'empara de cette plante, qui avait de merveilleuses propriétés curatives et lui fit rapporter parfois près d'un million de revenu.Le Père Lafitau s'occupa en outre à écrire un ouvrage fort intéressant sur les mœurs des sauvages "cherchant, dit le Père Julien Garnier, dans les pratiques et coutumes des Iroquois, comme des vestiges de l'antiquité la plus reculée".Le Père retourna en France en 1717.Il fut alors nommé procureur des Missions du Canada.Il poursuivit jusqu'à la fin sa carrière d'historien et mourut à Bordeaux le 3 juillet 1746.Une belle et utile existence! — Oncle, dit Hélène, votre science me confond.Comment pouvez-vous compiler avec cette sûreté tant de noms, de dates, de faits ?— Ma nièce, vous pensez bien que je réapprends chaque mois à votre intention toutes ces pages d'histoire.Au fond, n'est-ce pas, savoir, c'est cela: apprendre, puis réapprendre sans cesse.Je ne conteste pas, toutefois, qu'il y ait des mémoires moins fugitives que la mienne.Ça me rend très humble, toutes ces possibilités d'oubli que je constate chez moi.— Vous êtes un amour, oncle, dit Marie, je n'aime pas les messieurs vaniteux.— Il y en a donc ?riposta l'oncle en riant.— Oh! je n'en connais pas beaucoup.Mais j'en connais tout de même, fit la blonde enfant en rougissant un peu.— Et maintenant, demanda François, vous nous parlerez bien du palais de justice?Pour L'OISEAU BLEU 115 la deuxième fois, nous en faisons le tour, cousin.— Ça ne t'effraie pas ce mot: la justice! — Oh! pas du tout.Et Thérèse.— Ni moi non plus, appuya Thérèse.Nous ne serons jamais des criminels, François et moi.Alors.— Evidemment, approuva l'oncle, qui s'amusait de l'air convaincu des petits cousins.Eh bien, mes jeunes amis, notre premier palais de justice, construit vers 1800, approchait de son demi-siècle, lorsque dans la nuit de "jeudi à vendredi, le 17 juillet 1844, vers une heure du matin, le feu éclata".allumé par une main criminelle.Les assises de la Cour du banc de la Reine (à cette époque) et les sessions de la paix, furent tenues dans la vieille prison et les cours civiles avaient leurs séances dans le vieil hôtel du gouvernement (le château de Ramezay).En 1856 le palais de justice, à peu près tel que vous l'avez devant vous, était reconstruit.De 1890 à 1894, il dut être agrandi et restauré.— Vous parlez de la vieille prison?questionna François.Elle était ici ?— Oui, puisque la nouvelle, située rue Notre-Dame est, où se trouvent maintenant les bureaux de la Commission des Liqueurs, avait été inaugurée en 1836.— Elle est à Bordeaux maintenant la nouvelle prison de notre temps, n'est-ce pas?— Tout juste, petit.— Ce devait être terrible la prison en ces temps?remarqua Hélène.— Tout est relatif.Nos ancêtres ne connaissaient pas notre confort moderne et se montraient plus durs à la fatigue, à la peine, au châtiment.Oui, mes enfants, lorsque nous parlons et jugeons du passé, il faut bien entrer dans les mœurs du temps, essayer de comprendre l'état d'esprit de personnes appréciant les choses de façon différente de la nôtre.Si vous essayez de devenir, pour un instant, de jeunes Montréalais de 1696, peut-être pourrez-vous excuser un peu la torture infligée sur la place Jacques-Cartier à quatre capitaines iroquois.Cependant, ce ne fut pas par ordre de Frontenac.Mais M.de Callières, gouverneur de Montréal, sentant, sans doute, l'inutilité d'un refus vis-à-vis de soldats et de sauvages parvenus au paroxysme de la rage, n'empêcha point le supplice du feu "à la manière iroquoise".Voici d'ailleurs son propre témoignage: "J'abandonnay les 4 prisonniers aux soldats, habitants et sauvages, qui les brûlèrent par représailles de deux du Sault que cette nation avoit traitté de la meome manière".— La peine du talion! Quelle triste chose! murmura la bonne Hélène.— En effet.Mais en temps de guerre, que l'on en voit de ces horreurs, enfants! dit gravement l'oncle.Nos sociétés modernes sortent à peine de semblables visions d'enfer.— Et puis, il y avait eu, au Canada, en ces temps, le massacre de Lachine, reprit François.C'était en 1689.Je ne le sais que trop.Ce fut affreux, affreux! — Tu as raison, mon petit.Les Montréalais, pas tous, évidemment, souhaitaient depuis ce massacre, par n'importe quel moyen, l'abaissement sinon l'extinction des insolents Iroquois.Combien avaient à déplorer la perte, dans des souffrances horribles, de parents proches, et d'amis.Combien, depuis ce temps, avaient encore été victimes d'atrocités! Encore une fois, je n'approuve pas, mes enfants, ce supplice raffiné infligé durant six heures à des êtres humains.Je cherche à comprendre la misère de ces temps.qui n'étaient plus, hélas! ceux de M.de Maison-neuve, de Lambert Closse, de tous leurs compagnons, ces preux, ces chevaliers, qui avaient des âmes de saints.— C'est égal, oncle, je ne pourrai plus passer ici sans entendre, sans me rappeler ces quatre capitaines iroquois subissant une peine de mort horrible et chantant jusqu'à la fin-Car c'est ainsi que durent mourir ces sauvages barbares et courageux, n'est-ce pas ?— Oui.Les nôtres, ne l'oubliez pas, ne leur cédaient guère en fait de bravoure et de stoïcisme.Seulement, ce stoïcisme était chrétien.Les Iroquois, du reste, le savaient bien.Puis, n'allez pas croire qu'en ce cas-ci, les capitaines de 1696 moururent païens.Lorsque les Jésuites eurent vu M.de Callières et tenté en vain d'obtenir la grâce de ces malheureux, ils les baptisèrent et les préparèrent à la mort.Maintenant, mes jeunes parents, chassons ces lugubres tableaux.Tenez, je hèle un taxi et vous amène dîner aux environs de Montréal.L'air, la campagne, de gaies anecdotes, vous remettront.— Bravo! bravo! s'exclamèrent les promeneurs.— Où placez-vous notre prochain lieu de rendez-vous, cher oncle?demanda Marie en prenant affectueusement le bras de son parent.— A l'angle nord-ouest des rues Saint-André et Dorchester.VIII — Angle Saint-André et Dorchester "yous êtes satisfait, oncle, demanda Marie.* Nous sommes au rendez-vous de très bonne heure.C'est incroyable, il n'est pas deux heures de relevée.— Nous sommes venues de bien loin, nous, dit Thérèse.Mais comme François était prêt avant le temps, nous ne sommes pas en retard.— Merci, mes jeunes parents, fit l'oncle en souriant.J'aimerais à vous récompenser 116 L'OISEAU BLEU de votre obligeance.Puissé-je en tout cas vous intéresser! — Par vos paroles, certes, oncle, repartit vivement Hélène.Mais j'ai peur que l'endroit ne parle guère à notre imagination.— Oui, les rues, ici sont étroites, sans beaucoup d^échappées vers le ciel, sinon sans pittoresque.Les passants ne semblent préoccupés que de leurs affaires, tout comme sur la Place d'Armes.Et ils n'ont pas tort, après tout, finit Marie.— Je crois, moi, remarqua François, que le cousin Etienne va nous raconter des choses extraordinaires.Vous ne voyez pas qu'il brandit sa canne comme une épée.Et son chapeau.il est placé comme un képi, un peu sur l'oreille.Que je suis content, cousin, que vous ayez ainsi l'air d'un.d'un.— D'un mousquetaire, cria Hélène.Tu as raison François l'attitude de notre parent nous fait pressentir le récit de quelques faits d'armes.Je me trompe, mon oncle ?— Non, rien ne vous échappe, mes amis.J'ai en effet à vous raconter, au début de cet après-midi, une rencontre émouvante entre Français et Iroquois, qui eut pour théâtre ces environs-ci: Dorchester, Saint-André, Cam-peau, Lagauchetiôre, Craig, Notre-Dame.Mais des craintes me poursuivent.Rien, ici, ne parle à votre imagination.Que vais-je devenir avec une évocation?— C'est cela, oncle, reprocha Hélène, raillez un peu.Ma réflexion le mérite.Je la regrette, je vous assure.— Elle manque de vérité, Hélène, reprit l'oncle plus sérieusement.Le sens de la poésie, comme de la grandeur, comme de l'héroïsme, est d'abord en nous.Qu'importe le cadre! A nous de ne plus le voir, ou de le transformer.— Aidez-nous, mon oncle.Racontez, pria Marie.Le miracle s'accomplira.— Mes enfants, auparavant lisons le libellé de la plaque historique qui motive mon récit.Elle est là, devant nous, à l'angle nord-ouest des rues Saint-André et Dorchester.Voyez, cette bonne petite Thérèse! Elle n'a pas oublié son calepin.Bravo, petite futée! Ce que tu en amasseras de belles fiches documentaires, plus tard, sans avoir besoin d'aucune initiation.François, fais la lecture de l'inscription.Ne parle pas haut.Nous allons t'entourer.Vas-y, François.— Oui, cousin.Ici Truteau, Routier et Langevin-Lacroix résistèrent à 50 Iroquois.6 mai 1662.1 — Magnifique! s'exclama Hélène.Cette brièveté indique du cran.Cinquante contre trois! La partie n'était pas facile pour les Français.1 Voir plus loin quelques notes généalogiques sur ces héros.— Cousin, interrogea François, ce doit être des combats de ce genre, qui ont fait appeler les colons du temps: les démons de Montréal.— Bien sûr.Mais dis-moi, François, qui t'a appris ce détail ?— Vous!.L'année dernière, cousin, vous avez passé une soirée chez nous en janvier; il a été question de l'histoire de Montréal.Vous avez parlé en riant de ces démons du Montréal, qui ne ressemblaient pas du tout à ceux d'aujourd'hui.— Non?Eh bien, tu en as une mémoire.Pourquoi1 t'en plains-tu comme tu l'as fait dernièrement.— Quand il y a des mots qui me frappent, ça va.Mais ça n'arrive pas souvent.(À suivre.) Etienne de Lafont NOTES GÉNÉALOGIQUES ET HISTORIQUES (1) Truteau ou Trutault ou Trudeau {Etienne), charpentier-soldat.Arrivé à Montréal avec la recrue dirigée par Jeanne Mance, en 1659.Fils de François et de Catherine Martinier de N.-D.-de-Cogne, évêché de La Rochelle (Aunis).Obtient une concession le 7 décembre 1665.Epouse, le 10 janvier 1667, Adrienne Barbier, fille de Gilbert, et sœur de Marie Barbier de la C.N.-D.Quatorze enfants naquirent de l'union d'Etienne Trudeau et d'Adrienne Barbier.Us furent les ancêtres de toutes nos familles Truteau, Trudeau et Beaudry.(2) Roullier (Mathurin).— Aucune postérité.Mentionné comme faisant partie de la réserve de 1659.Fut, commo on vient de le voir, l'un des héros du combat du 6 mai 1662.(3) Langevin dit Lacroix, ou le petit Lacroix (Mathurin).Fit partie de la recrue de 1653 sous la conduite de M.de Maisonneuve.Né en France, en 1636, à Lude, ville d'Angers, en Anjou, et fils de Mathurin et de Marguerite Mahé.Obtint une concession le 24 juillet 1654.Epouse, lo le 5 octobre 1654, Marie Renant, née en 1633, en France, et sépulturée à Montréal, le 27 octobre 1673; 2o Marie-Thérèse Martin, le 9 octobre 1674.De cette dernière union naquirent sept enfants.Belle descendance jusqu'à nos jours.WLA PHOTOGRAVURE ATIONALE T£LMA 4W UMiTfi 59 ST.CATHERINE OUEST -MONTREAL _L'OISEAU BLEU_Ul Tl était une fois un homme et sa femme qui vivaient paisiblement sur une belle ferme, au pied d'une montagne.Après avoir défriché eux-mêmes la terre inculte et bâti leur maison au prix de multiples efforts, ils jouissaient maintenant du fruit de leurs labeurs.Leur bien faisait l'admiration de tous les habitants de la contrée.L'homme était dur et mesquin, mais, par contre, sa femme était d'une générosité sans égale, et se laissait attendrir par tous les malheurs qu'elle découvrait.Un jour elle reçut une lettre de sa sœur, malade depuis des années, qui lui demandait de venir assister à ses derniers moments, et la suppliait aussi de recueillir ses deux enfants et de les adopter comme les siens.N'écoutant que son bon cœur elle répondit avec empressement à l'appel de sa sœur mourante, et dès que celle-ci eut rendu le dernier soupir, elle emmena les deux petits, bien résolue à les garder sous son toit, malgré la colère de son détestable mari.Le petit garçon, âgé de dix ans, se nommait André.La petite fille, qui n'avait que huit ans, portait le beau nom de Thérèse.Ils étaient tous deux fort jolis et intelligents et André, qui se trouvait l'aîné, possédait un jugement très remarquable pour son âge.La tante Adélaïde, heureuse de sa bonne action, consacrait toute son énergie à l'éducation des deux orphelins.Elle leur enseignait le catéchisme, et de plus, avait retenu les services d'une institutrice dévouée qui leur apprenait la grammaire, l'arithmétique, l'histoire de France, ainsi que le chant et la diction.Déjà le frère et la sœur récitaient ensemble plusieurs passages d'une Berceuse célèbre: Si l'enfant est sage, Sur son doux visage La Vierge se penchera Et longtemps lui parlera."Mettez-lui des ailes Comme atix tourterelles, Pour venir dans mon soleil Danser jusqu'à soji réveil.Qu'il fasse un voyage Aux bras d'un nuage, Et laissez-le, s'il lui plaît, Boire à mes ruisseaux de lait.Donnez-lui la chambre De perles et d'ambre.Et qu'il partage en dormant Nos gâteaux de diamant.Brodez-lui des voiles Avec mes étoiles, Pour qu'il navigue en bateau Sur mon lac d'azur et d'eau — Ces enfants sont merveilleux, disait l'institutrice.Je n'en ai jamais vu de pareils! Et la bonne tante souriait de joie et d'orgueil.Mais l'oncle François, avare et grognon, ne cachait pas son mécontentement, et ne cessait d'accabler sa femme de ses reproches et de ses plaintes: "Malheur de malheur! répétait-il.Qu'avions-nous besoin de tous ces soucis! Avant qu'ils ne soient devenus grands, ces enfants nous coûteront si cher qu'ils nous ruineront.Oui, ils nous ruineront! Et, doucement, la brave femme lui répondait: Ne t'inquiète pas, mon pauvre homme.Une bonne action n'est jamais perdue.Ce que nous faisons aux pauvres, c'est Dieu lui-même qui nous le rend.Il nous le rend dans ce monde ou dans l'autre.Je suis sûre que ces enfants, au lieu de nous appauvrir, deviendront notre consolation." Mais lui ne voulait rien entendre et donnait libre cours à sa méchante humeur.Deux pauvres petits enfants Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC 118 L'OISEAU BLEU Dominé par son avarice et ses vilains penchants il nourrit peu à peu en lui-même un projet diabolique qu'un jour, hélas! il mit à exécution.C'était en automne.Les arbres commençaient à se parer des riches couleurs avec lesquelles ils portent le deuil de l'été.Depuis quelque temps déjà l'oncle François se rendait dans la grande forêt pour couper le bois dont ils avaient besoin durant la rude saison de l'hiver.André et Thérèse aimaient parfois le suivre jusqu'à la lisière du bois.Ce jour-là, il les attira très loin dans la haute forêt, disant qu'il voulait leur faire voir trois petits écureuils: "Suivez-moi, leur dit-il.Non, jamais vous n'avez rien vu d'aussi beau.Prenons ce sentier, c'est au bout, là-bas.Encore un peu de patience et nous y sommes.Vovez-vous la clairière, au fond, là-bas?C'est là!" Les deux enfants partirent en courant vers la clairière qu'il leur indiquait, et le méchant homme se sauva.Quand ils se retournèrent l'oncle François avait disparu.Ils ne comprirent pas tout de suite leur tragique situation.Ils attendirent, croyant que leur oncle allait revenir.Mais il ne revint pas.Longtemps, ils crièrent: Oncle François! oncle François!.Seul, l'écho, courant de cime en .prenant sa petite soeur par main.cime, répétait: Oncle François! oncle François! A travers cet enchevêtrement d'arbres épais et de branches multicolores ils ne pouvaient se reconnaître.Alors, ils comprirent l'horrible vérité.Ils étaient perdus, perdus en pleine forêt! Eperdus, suffoqués, les deux orphelins se mirent à sangloter.Puis, André, tout à coup, se ressaisit, et prenant sa petite sœur par la main ils tentèrent de retrouver leur chemin.Ils marchèrent longtemps ainsi, écrasant de leurs petits pieds les herbes folles et les fougères humides.Ils se croyaient dans la bonne voie.Mais, hélas! plus ils marchaient, plus ils se perdaient.Ils s'enfonçaient de plus en plus dans la forêt inconnue, pleine d'effroi et de mystère.Et la nuit commençait à descendre.La petite Thérèse tremblait et pleurait.André qui reprenait courage la consola en lui disant: "Ne crains rien, ma petite sœur, je suis là, moi! Tu sais bien que la tante Adélaïde va nous faire chercher demain.On va fouiller la forêt en tous sens et on nous trouvera.Il fait noir, c'est vrai, mais il ne fait pas froid.Viens, petite sœur, nous allons nous coucher et dormir.Aide-moi à entasser des feuilles dans cette petite coulée; nous y serons à l'abri du vent, avec un oreiller de feuillages sous la tête.— Mais avant de dormir mettons-nous à genoux et faisons notre prière du soir.Tu sais combien de fois la tante nous a dit qu'il ne faut pas oublier de penser au bon Dieu."Il est un bon père, nous disait-elle.Il n'abandonne jamais ceux qui ont confiance en lui.Mieux vaudrait nous passer de boire et de manger, mes enfants, plutôt que d'oublier un seul jour de faire votre prière".Bonne tante disait cela, tu t'en souviens, petite sœur ?Alors, ils s'agenouillèrent sur le sol, et dans la majesté de l'heure silencieuse ils dirent à haute voix la prière qu'ils avaient apprise des lèvres de la tante bien-aimée.Et, comme pour accompagner la supplique que les deux orphelins lançaient vers le ciel, ¦ de nombreuses étoiles s'allumèrent soudain dans l'ombre de la nuit.Séchant enfin leurs larmes, confiants dans le lendemain, ils s'endormirent, côte à côte, sous la voûte des grands chênes et des verts peupliers, tandis que la forêt, vaste et profonde, semblait étendre ses rameaux protecteurs, sur le sommeil des deux orphelins, des deux pauvres petits enfants.— (À suivre.) Hortense Dulac L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Alphonse de la Rochelle, directeur.— La revue ne paraît pas en juillet et en août. L'OISEAU BLEU 119 FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU LES HOLOCAUSTES — par — MLLE MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal IV — Ville-Marie ! Le lendemain, la température fut à souhait.Du soleil, de la chaleur, une brise excellente permirent le départ de très bonne heure.Dès l'aube, la grève de Québec devint animée, bruyante même.Les canotiers, quelques matelots, des porte-faix s'empressaient, mettaient tout en ordre dans les embarcations qui attendaient les voyageurs.On vit paraître ceux-ci, un peu après sept heures, précédés de soldats.Le gouverneur, M.de Lauzon-Charny, M.de Maisonneuve, M.Gabriel de Queylus, abbé de Loc-Dieu, le Père de Quen, supérieur des Jésuites, venaient d'abord; puis, M.Gabriel Souart, qui descendait plus lentement, en causant avec MM.d'Aille-boust de Coulonges et Jean Bourdon; MM.Galinier et d'Allet, de Saint-Sulpice, suivaient avec deux autres Pères Jésuites; enfin, les nouveaux colons à destination de Ville-Marie, parmi lesquels se trouvaient Jacques Le Ber, ses sœurs, sa femme et son fils, fermaient la marche.Tous s'embarquèrent dans une belle rumeur.Il y avait beaucoup de bagage.Chacun réclamait le sien ou bien voyait à ce que tout fût placé en sécurité."Lise, que fait donc Perrine?demanda Chariot en s'approchant de la chaloupe où sa femme avait pris place, avec le petit Pierre qui dormait à poings fermés, dans les bras de sa gardienne, une brave normande.— Mon ami, je l'ignore, répondit Lise.— Il serait temps qu'elle parût, reprit Chariot, avec un peu d'impatience dans la voix.M.de Maisonneuve semble désireux de voir tout le monde en route.— Tenez, Chariot.la voici, en haut de •a falaise, à gauche.Mère de Repentigny l'accompagne.Oh! voyez quels yeux rouges!.Perrine m'avait promis d'être raisonnable.— Ici, ici, Perrine, appela Chariot.Ta place est préparée près de Lise.Embarque vite.Je t'en prie ?.Mes hommages, Madame, dit-il à madame de Repentigny.Quelle bonté vous témoignez sans cesse à ma sœurl Une voix féminine, joyeuse et vibrante, s'entendit.Mme Jean-Paul Godefroy accourait à son tour avec quelques jeunes filles venant saluer une dernière fois Perrine.— Qu'attend-on pour partir ?fît M.de Maisonneuve à un matelot qui se promenait près d'une chaloupe, où s'affairait M.d'Aille-boust.Celui-ci se retourna.— Chomedey, il me manque une petite caisse de reliques.Un frère convers, chez les Jésuites, s'est aperçu de la chose et l'apportera ou la fera apporter d'un moment à l'autre, m'a appris un des matelots.— Combien en aviez-vous donc ?— Dix en tout.Et empaquetées avec quel soin par ma sœur Gabrielle, à Nantes.A l'abbaye de Saint-Pierre de Reims, les moniales, d'ailleurs tout comme ma sœur, n'en finissaient plus de leurs recommandations, au sujet de ces quarante petites choses.Les ai-je entendues me répéter: "Vous apportez, n'oubliez pas, des ossements de saint Denis, de sainte Clotilde, de saint Benoît, de saint Ici, ici, Perrine, appela Chariot. 120 L'OISEAU BLEU Remy de Reims.Et c'est pour le Montréal, le Montréal seulement.Ah! voici le matelot que l'on a chargé de la caisse.— Hâtez-vous, Ailleboust, de tout mettre en sûreté.Oui, oui, M.l'abbé, vint dire à M.de Queylus, le gouverneur de Montréal, nous allons donner le signal du départ.Tous à bord, tous!.ajouta d'une voix plus forte M.de Maisonneuve.Il rayonnait.Quelle joie d'amener à Ville-Marie son premier clergé paroissial.Et quels sulpiciens distingués allaient le former.Enfin, les embarcations, chaloupes et canots, contenant chacun quatre, cinq et même dix personnes quittèrent la grève, prirent le large, au milieu des exclamations, des souhaits, des signes d'adieux des Québécois, venus assister au départ.Pauvre Perrine! Elle n'avait ni parlé, ni souri beaucoup, toutes ces dernières minutes, bien qu'elle pressât avec affection les mains tendues vers elle.A madame de Repentigny, elle avait murmuré d'une voix mouillée de larmes: îfNe m'oubliez pas!".Elle laissait vraiment à Québec une partie de son cœur.Elle y avait connu de si douces heures, des heures de douleur aussi! Elle y avait de si chères tombes.Son émotion extrême ne s'expliquait que trop.Puis elle s'en allait vers une nouvelle vie.si rapidement décidée.Cette installation dans la sanglante Ville-Marie, qu'elle prévoyait peu, il y avait deux mois! Qu'allait-elle lui réserver?Sans doute, son besoin de dévouement et de tendresse serait comblé.Elle tiendrait une large place au foyer de son frère.Déjà, sa belle-sœur la consultait en tout, se rangeait plus volontiers à son avis qu'à celui de son mari et même de son frère.Celui-ci, Perrine l'avait constaté, s'était incliné chaque fois avec un éclair de mécontentement, puis d'ironie, dans le regard.Pour la première fois, il se voyait supplanter dans ses fonctions de conseiller, et sans doute l'attribuait-il à la versatilité d'humeur des femmes.Un peu d'ombre parut dans les yeux de Perrine à ces souvenirs.Oh! comme les sentiments contradictoires qu'elle éprouvait vis-à-vis d'André de Senancourt pourraient compliquer les choses à l'occasion!.Perrine se promit d'être sur ses gardes, et toujours bienveillante, par amitié pour Lise et Chariot.Quel chagrin Lise avait manifesté la veille en apprenant que son frère ne ferait point route avec eux."Pourquoi?avait-elle demandé.Mais pourquoi?".Puis, voyant Chariot hausser les épaules sans répondre, et Perrine baisser la tête, un peu gênée, la jeune femme s'était tue, tout en demeurant durant quelques instants songeuse et triste, si triste!.Perrine tressaillit soudain, arraché à sa rêverie.Sa belle-sœur lui prenait affectueusement la main.— Perrine, interrogea-t-elle, vous avez l'expérience de ces voyages, ce sera long cette traversée ?— Sept jours au plus, Lise.La saison est belle.— Et les Iroquois?Nous en rencontrerons?.Oh! n'allez pas croire que je craigne pour moi, mais pour mon bébé; je ne veux pas si tôt autour de lui de pareilles horreurs.— Ma pauvre Lise, nous sommes trop bien gardés, cette fois.Et M.de Maisonneuve est la prudence et la sagesse même.Ne pensez plus à ces choses.Perrine avait prédit juste.On fut sept jours en route.Un matin, vers cinq heures, on fut en vue de l'île de Montréal.Un des soldats joua longuement du cor tandis que l'on approchait avec précaution des rives.Un cor répondit au bout de quelques minutes.Le son venait de la direction du Fort, et bientôt, un roulement de tambour annonça que l'on accourait.Soldats et civils se groupèrent nombreux sur le bord du fleuve.L'animation semblait avoir quelque chose d'inusité.M.de Maisonneuve fit remarquer avec surprise à MM.de Queylus et Souart la mine élégante des habitants à une heure si matinale."Sûrement, dit-il, il se passe quelque chose d'inaccoutumé.On célèbre un événement, et des plus joyeux.Tant mieux!" Le débarquement prit un caractère solennel, émouvant, inoubliable.Le major Closse reçut le gouverneur M.de Maisonneuve avec les honneurs militaires; puis souhaita la bienvenue, ainsi que le Père Claude Pijart aux distingués sulpiciens, attendus et désirés depuis si longtemps.Le Major eut aussi quelques mots agréables pour les nouveaux colons.La mêlée devint générale.On fit connaissance.Des invitations furent adressées de part et d'autre.Monsieur de Maisonneuve s'entretint à part avec le major Closse et Charles Le Moyne.— Que se passe-t-il, mes amis, en ces lieux ?Pardonnez-moi, Major, mais je vous trouve l'air très singulier, ce matin, et puis, ces beaux habits, ceux aussi de tous les habitants. L'OISEAU BLEU 121 — Vous permettez que je réponde pour vous, Major?dit en riant Charles Le Moyne.Et sur l'assentissement amusée de Lambert Closse, il prononça: Notre brave Major convole dans une heure, M.le Gouverneur.— Non! Vraiment?fit celui-ci, je suis heureux d'être arrivé avec un pareil à-propos.Sûrement un de vos témoins me cédera la place tout à l'heure.J'y tiens absolument.— Et vous ne demandez pas qui l'on épouse?reprit Charles Le Moyne.— Inutile, mon ami.La charmante Elisabeth Moye'n n'a pas dirigé en vain ses timides et admiratifs regards, vers notre héros.Je me trompe ?— Je vous en prie, M.le Gouverneur, fit un peu confus Lambert Closse.Il demanda la permission de s'éloigner.Tous les préparatifs de la noce n'étaient pas encore au point.Il salua, puis libéra, avant de retourner chez lui, tous les soldats en service d'occasion.Le transport des bagages se ressentit de l'aide apportée aussitôt par les militaires.Monsieur de Maisonneuve retient encore Charles Le Moyn.e.— Je ne vois pas Mlle Mance.Je m'en étonne.Serait-elle malade?Je ne puis croire que la robe de la mariée la préoccupe au point de ne pas être accourue saluer M.de Queylus et ses compagnons.N'est-ce pas un de ses plus vifs désirs qui se réalisent ce matin: le débarquement du premier clergé paroissial de Ville-Marie, choisi par M.Olier, si peu de temps avant sa mort.— Hélas! M.le Gouverneur, un accident des plus pénibles est survenu, en effet, en janvier dernier, à l'Administratrice de l'hôpital.Elle s'est fracturé le bras, disloqué le poignet.Bref la voilà infirme pour toujours, je le crains.Sans doute, n'a-t-elle pas voulu accaparer tous les soins, ce matin, et elle attend avec patience son tour.On doit l'habiller comme on ferait d'un enfant, savez-vous ?— Quelle nouvelle fâcheuse m'apprenez-vous là?commença M.de Maisonneuve.Il dut s'interrompre, le Père Pijart et les Sulpi-ciens s'approchaient: — M.le Gouverneur, Mlle Mance vous exprime tous ses regrets de ne pouvoir se rendre elle-même ici pour recevoir des hôtes qu'elle espère depuis si longtemps.Elle m'a chargé, en outre, de mettre à la disposition des MM.de Saint-Sulpice le logement provisoire qu'elle a préparé pour eux avec quel bonheur.Vous me suivez, messieurs?.M.le Gouverneur, vous savez quel sacrement j'administrerai dans une heure, finit en souriant le Jésuite.-— Oui, notre Major me réservait cette surprise d'un mariage.bien assorti, ma foi! — Mais il n'est pas seul à prendre femme aujourd'hui.Une heure après la cérémonie qui l'unira à la jeune Elisabeth Moyen, je marie un nouveau couple, M.le Gouverneur, apprit encore le Père Claude Pijart: Pierre Gadois, fils de notre premier habitant de Ville-Marie, épouse Marie Pontonnier.Eh! mon ministère à Ville-Marie prend fin très heureusement, je puis le dire.— Bravo! fit encore M.de Maisonneuve.Nous tombons au milieu de réjouissances et de fêtes et n'avons qu'à nous en féliciter.N'était l'état douloureux de la Directrice de l'hôpital, mon retour s'effectuerait par un soleil éclatant.tout comme celui qui monte rapidement à l'horizon.Retirons-nous tous un peu, avant d,e reparaître à l'église, autour du major, qui compte tout à fait sur notre présence.Vous viendrez, un instant, messieurs?pria Paul de Chomedey, en s'inclinant devant les Sulpiciens qui prenaient la route de l'hôpital.Ce sera un véritable honneur pour notre petite population qui se prépare à festoyer, il n'y a pas à dire.Que devenait Chariot durant ces diverses scènes d'arrivée?Et Perrine?On pouvait les voir tous en ce moment s'acheminer vers le Fort, en compagnie de M.et Mme d'Aille-boust.Cette dernière, venue au-devant de son mari, avait témoigné une joie très vive à la vue de Perrine.Elle l'aimait beaucoup et l'avait vue très souvent, à Québec, lors de son séjour, en qualité d'épouse du Gouverneur de la Nouvelle-France.En outre, Perrine lui apportait des nouvelles et une longue missive de sa sœur Philippine de Boullongne, religieuse chez les Ursulines depuis maintenant neuf ans.Aussi bien, les d'Ailleboust, habitant au Fort, se montraient heureux du voisinage que constitueraient Chariot, sa famille et surtout Perrine.La jeune fille marchait un peu en arrière avec madame d'Ailleboust.— Perrine, dit celle-ci en désignant la femme de Chariot, ta petite belle-sœur me paraît fort attachante.D'une grande distinction aussi.— Elle est la parente éloignée des Souart d'Adoncourt, cousins eux-mêmes de M.Gabriel Souart, sulpicien, dont vous venez de faire la connaissance.— Vraiment?.Elle est frêle, trop frêle, cette jeune femme, pour être ainsi transplantée dans un pays éloigné et difficile.à tant de points de vue.Pourvu que nos hivers rigoureux ne lui soient point préjudiciables.Je crois, au fond, que ce sont encore nos paysans et nos paysannes de France qui supportent le mieux le climat du Canada.— Je le crois aussi, Madame, tout en maintenant qu'il puisse y avoir de brillantes exceptions.Et Perrine pressa le bras de sa belle et agréable interlocutrice. 122 L'OISEAU BLEU — Et cet officier, le beau-frère de Chariot, il a un front sévère, un peu énigmatique, mais des yeux fort remarquables.Où est-il donc ?Il nous suivait tout à l'heure.— Chariot a prié André de Senancourt de voir à une installation immédiate quelconque, dans la chambre du Fort, qui lui est affecté.Lise a besoin d'un repos absolu d'ici à quelques heures.Tenez, Madame, voyez, le jeune homme est en route pour le Fort, au pas de course.— Et toi, ma petite Perrine ?La fatigue t'empêchera-t-elle d'assister au mariage du Major et d'Elisabeth ?— Non, le temps seulement de me rafraîchir un peu.Le voyage m'a fait du bien, plutôt, Madame.J'ai eu tant de chagrin dernièrement.Vous savez quelle perte mon cœur pleure, tout comme au premier jour?— Je le sais, mon enfant.Mais voyez comme la Providence arrange toutes choses pour notre bien.Vous avez votre place à un nouveau foyer bien attachant.sans compter que vous pourriez en créer un vous-même.Mais pardon, je connais et j'admire la réserve dans laquelle vous aimez à vous envelopper.C'est la grande affection que je vous porte qui me fait ainsi bavarder.Mais nous approchons de l'hôpital.Nous allons nous quitter ici.Pour quelques instants.Mon ami, dit-elle à son mari qui se rapprochait d'elle, vous m'excuserez si je rentre chez Mlle Mance tout de suite.J'ai promis à notre petite mariée de jeter un coup d'œil sur sa toilette, avant le départ pour l'église.Perrine, si vous ne vous attardez pas trop, venez m'y retrouver dans un quart d'heure.Quelle bonne surprise vous causeriez aux petites pensionnaires de Mlle Mance, Marie et Geneviève Macart, Marie Moyen surtout.Elles seront de ravissantes petites filles d'honneur.— Comptez sur moi, madame.A tantôt, madame.— Mademoiselle Perrine, dit Louis d'Aille-boust de Coullonge, qui se mit à marcher tranquillement à ses côtés, Ville-Marie me paraît très calme, cet été.Nos ennemis les Iroquois se tiennent sagement à leur place, c'est votre avis?— Pour combien de temps, hélas ?— La répression qu'exerce notre gouverneur, Lauzon-Charny, me paraît faible.Dieu veuille qu'elle ne devienne pas funeste pour notre sécurité.Entrez, mademoiselle, entrez au-dedans des murs du Fort.Nous filerons par une petite porte, à droite.Je la connais bien.Venez, par ici, Chariot, ajouta-t-il plus haut.Tous s'engouffrèrent à la hâte dans l'habitation.Aussi bien, à quelque distance, plusieurs soldats de Ville-Marie quittaient la caserne revêtus de leurs meilleurs uniformes.Le mariage du major Closse que tous aimaient, respectaient et admiraient valait ce faste de circonstance.Enfin, Chariot, sa femme et Perrine se virent chacun dans leurs pièces provisoires.Perrine ne mit pas grand temps à sa toilette.Elle frappait bientôt à la chambre de sa belle-sœur.Elle entra.Elle trouva celle-ci, les yeux pleins de larmes, assise dans un large fauteuil à oreillettes.Dans l'embrasure de la fenêtre, Chariot, les sourcils froncés, parlait bas avec son beau-frère André.A l'autre bout de la pièce, la bonne Normande essayait de consoler le bébé qui pleurait.— Lise, s'exclama Perrine, que signifie ta figure bouleversée?Je t'en prie, n'aie pas ces yeux douloureux.Dis-moi, qu'y a-t-il ?ajouta-t-elle moins haut en se penchant sur sa belle-sœur.— Mon cher mari, répondit celle-ci, en essayant de sourire, s'oppose à tout ce que je lui demande.Je dois, paraît-il, passer le reste de la journée dans ma chambre.Je prends très mal cela.Il me plaisait de voir la jolie épousée du major Closse.Elle n'a que seize ans et possède une nature délicieuse, paraît-il.J'ai un peu pleuré.et vous savez, Perrine, lorsque je pleure, votre frère ne montre pas beaucoup de patience.— C'est qu'il a lui-même alors tant de chagrin.Vous le savez bien, les frères et les maris aiment nous voir sourire.toujours.C'est notre courage à nous.Je ne comprends pas, Lise, que vous soyez si peu vous-même.Vous toujours si conciliante, qui vous rendez sans cesse aux avis des autres, et avec tant de grâce.— Je le vois, Perrine.Je suppose, en effet, que je dois être très fatiguée.Allons, je vais obéir.Aidez-moi à ^n'installer sur ce pauvre lit d'occasion."Nous aurons mieux, dès demain", me dit mon frère.A la bonne heure, le bébé se calme comme sa maman.Perrine, votre vue m'est toujours bienfaisante.reposante.Mais comme vous vous êtes faites belle, mademoiselle?Chariot, mon ami, voyez, je redeviens docile.— C'est cela, Lise dit celui-ci, le front rasséréné, en s'approchant et en prenant la main de sa femme dans la sienne.Le repos vous remettra corps et âme.Puis, qui sait, ce soir, vers cinq heures, vous serez peut-être assez remise pour venir présenter, à mon bras, vos vœux aux mariés.— J'en éprouverais un bien vif plaisir.Embrassez-moi, mon ami.Ma sagesse momentanée vaut bien cette condescendance, acheva la jeune femme avec une moue.Durant ce dialogue, Perrine s'était rendue près du bébé.Elle caressa les petites mains L'OISEAU BLEU 123 fraîches.Elle se réjouit de voir que le sommeil prenait enfin le petit être que le voyage avait fort incommodé.— André, que fais-tu?demanda soudain la jeune femme à son frère.N'accompagnes-tu pas Perrine à ce mariage ?Ne t'en va pas ainsi, ou je croirai que cela t'embarrasse d'arriver à l'église une très jolie fille à ton bras.Et Lise se mit à rire en menaçant du doigt son frère, que les paroles de sa sœur retenaient bien malgré lui.— Pour cette fois, Lise, laisse André agir à sa guise.Je conduirai moi-même ma sœur, dit Chariot.Si tu venais, ce serait différent.— Fais à ton goût, mon ami.Mais si j'étais André, je ne serais pas de très bonne humeur.Reviens ici, Chariot, une fois la cérémonie terminée.Tu promets?— Certes, Lise! répondit Chariot, en baisant la main de sa femme.Et il sembla à Perrine, qui avait observé cette petite scène de loin, qu'une impression de soulagement glissait sur la physionomie d'André de Senancourt, lorsque Chariot offrit de la conduire lui-même au mariage.André nota, de son côté, l'éclair reconnaissant du regard de Perrine à la remarque de son frère.Et chacun en conçut un peu d'amertume, sentiment fugitif aussi involontaire que vivement repoussé.Chariot ne revint auprès de sa femme que vers quatre heures, dans l'après-midi.Il en semblait un peu confus.Mais la jeune femme le reçut avec une joie sans mélange.— Eh bien, mon ami, on vous a accaparé de la belle façon.Regardez l'heure! — J'aime mieux vous regarder, Lise.Quelle bonne mine vous avez! Le repos vous a été salutaire.— L'obéissance aussi.Vous êtes content?— Lise, vous avez reçu mon message à onze heures, puis à deux heures?— Tout.Et si vous saviez comme ces attentions, de votre part, me font du bien.— Mais je l'espère.Vous me devenez de plus en plus chère, Lise.Aussi, votre santé me préoccupe.Je ne veux pas connaître le regret de vous avoir conduite dans un pays qui aurait raison de votre peu de forces.'—Chariot, écoutez-moi bien.Je vous aime avec une telle plénitude que je vous aurais suivi partout.Au pôle nord, dans les glaces, ou dans l'Afrique, en sa zone la plus torride, si tel eût été votre bon plaisir d'y aller vivre.Ma vie, ma santé, mon bonheur, tout est subordonné à votre présence auprès de moi.Ne vous faites aucun reproche.Le Canada nie plaît puisqu'il vous plaît; Montréal sera le °oin que je préférerai, puisque j'y aurai le foyer que vous construirez bientôt.Lise.Quelle belle mine vous avez! En entendant la voix de Lise proférer en tremblant ce cri d'affection ardente, Chariot s'était levé et pris à marcher de long en large.Eh! il savait bien que tel était l'état d'âme de la jeune fille très frêle, extrême en tous ses sentiments, qu'il avait épousée.Et lorsque l'occasion se présentait de réentendre l'expression de sa tendresse pour lui, il en éprouvait une sourde gêne.Jamais, il ne pourrait lui rendre, en tous points, cet amour exclusif.Sa nature aventureuse l'emportait bien au delà du cercle familial.Il avait la nostalgie de l'action au dehors, de l'action quelle qu'elle fût.Parfois, tout en tenant affectueusement la main de sa femme, ou en regardant dormir l'enfant qu'il chérissait pourtant, il rêvait de chasses, de courses lointaines, à travers les forêts, les lacs et les plaines.Puis, il ne le savait que trop, il ne pourrait résister à un appel au combat.Le sort du moindre de ses frères ferait frémir sa main sur son épée ou son mousquet, et il partirait.quand même les larmes des siens retomberaient sur son propre cœur.Chariot se disait sans cesse en soupirant: "Sommes-nous toujours responsables de ce feu intérieur qui couve sans rémission et commande si impérieusement à nos actes, parfois?" Mais en ce bel après-midi d'août où tout était à la joie 124 L'OISEAU BLEU à Ville-Marie, où lui-même voyait ses derniers vœux accomplis: son installation à Montréal, il put secouer assez vite toutes sérieuses réflexions.Il retourna s'asseoir près de sa femme, et avec aisance, en souriant, prit la conversation sur un autre sujet.— Vous ne sauriez croire, Lise, comme Montréal a changé à son avantage depuis quelques années.Je vous ai dit, déjà, que la recrue d'il y quatre ans avait amené quantités de soldats, d'ouvriers, de défricheurs.Ils n'ont pas perdu leur temps depuis leur arrivée.Il y a bien une quarantaine de maisons à Ville-Marie, actuellement.Les propriétaires m'en ont été présentés, les anciens comme les Nicolas Godé et les Gilbert Barbier, les nouveaux comme les Lange vin, les Truteau, les Le Duc.Et que de beaux soldats! Un entre autres, que l'on dit "un des plus beaux soldats que l'on n'ait vus dans toute la Nouvelle-France".Un héros dans la bataille, en outre, m'a-t-on appris.Il se nomme Laviolette.— Il est de plus belle taille qu'André, mon frère ?— A vrai dire, ils ne se font aucun tort.Lise, puisque tu me parles d'André, veux-tu me dire ce que signifie la réserve ridicule qu'il observe vis-à-vis de nous ?— Pas vis-à-vis de nous, Chariot, mais vis-à-vis de Perrine, répondit Lise en soupirant.— Comment?Mais quelle raison en aurait-il ?Tu t'imagines cela Lise.— Vois-tu, Chariot, vous les hommes, ne vous rendez pas tout de suite compte des nuances.qui existent en les sentiments de ceux que vous aimez.Voyons, tu admettras qu'André, mon frère, que Perrine, ta soeur, étrangers jusqu'ici l'un à l'autre, sont jetéss par les circonstances constamment en face l'un de l'autre, que cela leur plaise ou non.Par amitié pour nous, ils s'efforcent de faire bonne contenance, mais parfois, ils sont aux abois, ne savent que dire ou que taire, que faire ou s'abstenir de faire.Que résultera-t-il de cette situation, difficile pour eux, il n'y a pas à dire, je me le demande.— Bah! comme de toutes les situations compliquées où les acteurs principaux sont un beau garçon et une jolie fille, par un mariage.Marions-les, Lise, s'exclama Chariot qui s'amusait des explications données par sa femme.— Je le voudrais de tout cœur, Chariot, mais il y aura une longue route à parcourir avant d'en arriver là.La sympathie n'a pas éclaté spontanément entre eux.Alors.— André aime si peu les femmes.— Il a souffert.Cela l'excuse.(A suivre) Marie-Claire Daveluy (Suite de la page 104) nef, où elle s'abîmera devant Dieu, répandant dans l'ombre son âme heureuse, pendant que se poursuivent les derniers préparatifs de minuit.La volée des cloches décuple dans l'air glacé les coups de l'airain.Ce ne sont pas les sonneries habituelles, mais un ébranlement général dans l'espace étoile.— Nous allons tous à la messe de minuit! C'est Luc qui entraîne son papa.Andrée bat la marche.La joie lui donne des ailes.La pensée de sa mère l'enveloppe comme./un frôlement, une caresse bien douce.Agenouillé non loin de l'Enfant-Dieu, Félix Clavel porte son passé dans sa méditation douloureuse.Il est vaincu, désarmé.L'incident a suscité en lui un réveil, un attachement inconnu pour les enfants de Lucile, les siens, qui grandissent sans mère.Les braves petits se contenteraient de si peu.si seulement il avait su se pencher sur eux et se concilier leur affection.L'orgue prolonge le chant de VAdeste fidèles.L'assistance, mue par le même élan religieux, se laisse bercer par le message de l'Envoyé céleste.Dans la somptuosité du sanctuaire, se déroule l'office divin.L'Enfant-Jésus, dans l'étable, sourit aux petits qui sont heureux à cœur fendre! Félix Clavel semble ébloui comme un homme qui vient de recouvrer la vue.D'un regard neuf, il envisage la vie; l'avenir lui apportera en offrande les fruits de son labeur et de sa dignité reconquise.Il attise dans sa pensée les premières lueurs d'espérance.L'aube a lui.Avec l'entrain des vieux Noëls s'accélère le rythme de la messe de l'aurore.Félix Clavel contemple près de lui ses trois enfants, désormais sa raison de vivre.Il a conscience d'avoir retrouvé sa voie et se laisse pénétrer par l'allégresse de cette nuit bénie.Les mioches, qu'enchante la veille joyeuse, se raniment à la flamme nouvelle surprise dans ses yeux.Marie-Rose Turcot GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Sœur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture et de composition ¦personnelles, sur papier non réglé, le tout accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SŒUR JEANNE, L'OISEAU BLEU, 1182, rue Saint-Laurent, Montréal, P.Q- L'OISEAU BLEU 125 LE COIN DU PHILATÉLISTE RÉCENTES ÉMISSIONS Les Antilles françaises; Guadeloupe, Martinique, Guyane—Premier courrier aérien aux Philippines—Nouveau timbre canadien.Faute d'espace nous devrons nous borner à reproduire ce mois-ci quelques-unes des nouveautés dont il a été question dans notre précédente chronique.Ainsi on trouvera ci-contre le timbre de Belgique à l'effigie de la malheureuse reine Astrid, paru le 5 novembre et déjà réclamé par les collectionneurs du monde entier.Aussi ceux de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane émis à l'occasion du me centenaire du rattachement de ces colonies à la France.Chacune a sa série en propre, chacune des deux vignettes réparties sur 6 timbres de 40c, gris-brun, 50c rouge, 1 f.50 ultramarine, 1 f.75 lilas-rose, 5 f.brun et 10 f.vert.Sur ceux de la Guadeloupe sont représentés, sur les trois premières dénominations, le cardinal de Richelieu signant la charte de la Compagnie des Antilles, en 1635 et sur les trois dernières, Victor Hugues vainqueur des Anglais à la Guadeloupe et autres îles, vers la fin du xvine siècle.On se souviendra que, pour la deuxième fois cette année, le grand ministre de Louis XIII figure sur un timbre français — son effigie fut reproduite, ainsi que nous l'avons déjà noté, lors du nie centenaire de l'Académie française, dont il fut le fondateur.Les vignettes de la Martinique font voir: sur les trois moindres valeurs, Belain d'Es-nambuc prenant possession de l'île et sur les trois autres Victor Schoelcher, principal artisan de la libération des esclaves dans les possessions françaises.Enfin les timbres de la Guyane — dont les trois petites valeurs montrent la reprise de Cayenne par d'Estrée, en 1876, et les trois autres un Indigène entouré des produits recherchés de cette colonie tropicale.Notons des Etats-Unis le lancement d'un timbre de 25c, poste aérien, à l'occasion de l'inauguration, le 22 novembre, du service postal trans-pacifique, par voie des airs, entre San-Francisco.Guam et les Philippines.Ce timbre, du format des exprès, présente, dans le sens horizontal, le soleil se levant sur la côte américaine et embrasant l'océan Pacifique sur lequel apparaissent quatre types de navires caractéristiques du progrès accompli dans le transport maritime: un trois-mâts, une jonque chinoise, un paquebot des débuts et un océanique ultra-moderne, le tout dominé par un hydravion.Les angles sont ornés des blasons des Etats-Unis et des Philippines.Enfin enregistrons l'émission au Canada de nouveau "port du" par suite de l'octroi du contrat pour l'impression des timbres à un nouvel imprimeur.Déjà le 4c a paru avec un texte dans le sens vertical alors qu'il était précédemment horizontal.Ce timbre est bilingue, qualité possédée seulement depuis 1930 par la série destinée à disparaître dès que le stock des autres valeurs, le, 2c, 5c et 10c, sera épuisé.Phil.Athely Nécessaire du Philatéliste Contient: — 1 album de 2,000 cases, 200 timbres différents, 200 charnières, 1 carnet porte-timbres avec odontomètre — 1 filigranoscope carton, 1 paire de pincettes.Le tout, une vraie aubai- HVL ne.Bazar Postal, B'te poste 4020, Montréal Port en plus sur commande de moins de II.>£-M # 'mm $ - -, - v ri BELGIQUE Reine Astrid.i|y>t r< .Mr • -.H 126 L'OISEAU BLEU N'EST PAS VALOIS QUI VEUT {Suite de la page 110) Depuis trois ans, je viens ici toutes les nuits.Dans ces traditions, il y a toujours un enseignement; la morale de la légende de M.Taché est: Respect aux morts; la conséquence de celle que je viens de rapporter est qu'il faut rendre service à tous ceux qui ont besoin de nous.N'en pourrait-on pas tirer une autre: qu'il ne faut pas avoir peur des morts?De ces trois conséquences, la première et même la seconde seront facilement admises de tout le monde; mais pour la troisième, je pense que d'ici à longtemps, il y en aura plus d'un qui aura de la peine à l'admettre comme règle de pratique.Que voulez-vous, n'est pas Valois qui veut.Nota — L'anecdote qui précède est extraite de VHistoire de l'Ile-du-Pas par l'abbé Vincent Plinguel, parue dans ^Annuaire de Ville-Marie de 1867.L'abbé V.Plinguet naquit à Montréal le 17 juillet 1810.Ordonné le 21 septembre 1833, il devint curé de l'Ile-du-Pas de 1861 à 1891, date de son décès.E.-Z.Massicotte C'est un crime de lèse-majesté d'abandonner le langage de son pays.Je défendrai toujours la pureté de la langue française.MALHERBE Concours Mensuels CONCOURS DE DÉCEMBRE^ 935 1 — Comment appelle-t-on le sac contenant ou supportant tout l'équipement d'un fantassin?Le même mot peut désigner sac où les ouvriers mettent leurs outils, leurs effets ?2 — Expliquer: a) Faire son deuil d'une chose; b} Cueillir des lauriers; c) Rivalités de clocher.3 — Reconstituez le proverbe suivant: uqi n't d e e n n qu'e un e c c 1 h o n't n n e e qu'n u n s o.Faire parvenir ses solutions, au plus tard, pour le 21 décembre, en n'oubliant pas d'indiquer clairement son adresse respective.L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent, Montréal, P.Q.Concours de décembre 1935.RÉSULTAT DU CONCOURS DE NOVEMBRE 1935 1.— Métagramme: vielle, nielle, bielle.2.— Corrections: le baquet (ou la banquette, le siège de coffre ou d'arrière-train, le siege d'arrière, le spider) la ca/wte, le pare-chocs, le pare-brise et les freins devront être réparés.3.— Charade: Oise, eau, oiseau.En novembre, le nombre des concurrents a augmenté.Cent iringt-neuf se sont donné la peine de chercher les solutions demandées.Il faut les féliciter.Mais ce nombre n'est pas assez élevé; il doit être quintuple centuplé.Allons! Un coup de cœur pour le mois de décembre! Ceux que le sort a choisi sont : M.Charles Giasson 4579, rue Parthenais, Montréal Mlle M.-Blanche Smith 10515, Blvd des Ormes, Slt-au-Récollet, Montréal Mlle Lucienne Bélisle 388, rue Elm, Woonsocket, R.-I- Mlle Marie Goodas Académie Sainte-Anne, Marlboro, Mass.Mlle Thérèse Rochette Acad.N.-D.-du-St-Sauveur, 47, Napoléon, Québec Mlle Madeleine Péloquin Pointe-au-Père, comté de Rimouski, P.Q- La Société de Saint-Jean-Baptiste a adressé à chacun des heureux gagnants la prime qu'il a obtenue. L'OISEAU BLEU 127 Une page d'histoire BARTHELEMI JULIETTE BARTHÉLEMI JOLIETTE 1789-1850 Son trisaïeul Adrien était le frère de Louis Jolliet, découvreur du Mississipi.Son bisaïeul s'appelait Jean-Baptiste et son grand-père François.Celui-ci, le premier, orthographia son nom Joliette.Antoine, son père, qui épousa, le 30 mai 1785, Catherine Faribault, signa Joliet, mais Barthélemi adopta la même orthographe que son aïeul.Madame Antoine Joliet, devenue veuve alors que ses deux enfants Antoine et Barthélemi étaient en bas âge, se retira à l'Assomption chez son frère, Me Joseph-Edouard Faribault, notaire.Sa première instruction, c'est à cet endroit, à l'école de M.Nepveu, que le jeune orphelin la reçut; son stage de clerc de notaire, c'est à l'étude de son oncle qu'il le fit.Ses succès furent rapides, puisque le 3 octobre 1810 sir James Craig lui accordait sa commission de notaire; il commença à exercer sa profession à l'Assomption même.11 n'a que 21 ans, mais il se fait déjà remarquer; il a de la volonté, du caractère, beaucoup de tête.Le 27 septembre 1813, il épousa Marie-Charlotte Tarieu de la Naudière.Cet événement heureux modifia l'orientation de sa vie.Cohéritier de la seigneurie de la Naudière, il s'en vit confier l'administration.A deux milles de la ville actuelle de Joliette s'élevait un moulin à farine inoccupé, à vrai dire abandonné depuis 1826.Un homme de sa trempe ne pouvait pas ne pas concevoir le projet d'abattre des forêts vierges, de coloniser des terres neuves.Il fonda le village de l'Industrie.Une grande activité y régnait: "construction de moulins, d'usines à carder, de fabriques de clous et de bardeaux autour du grand moulin en -pierre, surmonté d'un clocheton".La demeure de M.Joliette, près de laquelle se multipliaient les maisons des bûcherons et des colons, devint le manoir seigneurial.Le nouvel établissement fut vite érigé en paroisse.Le fondateur fit construire une chapelle en 1841, une église en 1843 et un presbytère; puis un collège en 1845, dont la direction a été confiée en 1847 aux Clercs de Saint-Viateur; une distillerie et aussi un chemin de fer pour relier Joliette à La Noraie.Né le 9 septembre 1789, il mourut sans postérité le 21 juin 1850.Voilà ce que peuvent l'énergie, l'opiniâtreté et le courage.Travailler au bien-être de ses compatriotes et au développement industriel et agricole de son pays fut la constante préoccupation de Barthélemi Joliette.L'exemple de sa vie vaut d'être signalé aux Canadiens français du xxe siècle, mieux que cela, il vaut d'être imité et suivi.Dans le but de fortifier la structure économique du Canada français, il faut par exemple encourager la Sauvegarde, la seule compagnie d'assurance-vie canadienne-française.Elle a le droit de compter sur notre ferme appui.Le lui refuserons-nous? Ecole Polytechnique de Montréal FONDEE EN 1873 Travaux publics — Industrie 1430, rue Saint-Dénia, Montréal TELEPHONES :— Administration :— Laboratoire Provincial des Mines :— LAncaster 9207 LAncaster 7880 PROSPECTUS SUR DEMANDE ECOLES TECHNIQUES DEPARTEMENT DU SECRETAIRE DE LA PROVINCE DE QUEBEC L'HONORABLE ATHANASE DAVID, SECRETAIRE DE LA PROVINCE COl>RS TECHNIQUE — Cours de formation technique préparant aux carrières industrielle*.COURS DES METIERS — Cours préparant à l'exercice d'un métier en particulier.COURS D'APPRENTISSAGE — Cours de temps partiel organisé en collaboration avec l'industrie.(Cours d'Imprimerie à l'Ecole Technique de Montréal.) COURS SPECIAUX — Cours variés répondant à un besoin particulier.(Mécanicien* et véhicules-moteurs et autres).COURS DU SOIR — Pour les ouvriers qui n'ont pas eu l'avantage de suivre un cour» industriel complet.AUGUSTIN FRIGON ECOLE TECHNIQUE DE MONTREAL Directeur Général de l'Enseignement Technique ECOLE TECHNIQUE DE QUEBEC 1430, rue Saint-Denis MONTREAL ECOLE TECHNIQUE DE HULL "GRANGER ft LE MAGASIN PAR EXCELLENCE DES Beaux livres.Reliures d'art.Livres canadiens.Reliures amateur, Albums d'images, Bibliothèque enfantine, Garnitures de bureau, tous genres.Stylophares: bases onyx, Boîtes de papier à lettres, de cartes.Ecrins, stylos et crayons assortis.Maroquinerie.Ecritoires.Liseuses, agendas, calepins, articles de fantaisie, verre et porcelaine.)eux de société, jouets.Boîtes de peinture.Décorations pour Noël et le jour de l'An.BELLES ETRENNES Demandez notre catalogue intitulé "CADEAUX" «anqre FRERE* 54 ouest, rue Notre-Dame LAncaster 2171 La plus importante Librairie et Papeterie française au Canada.Nos magasins ferment à cinq heures le samedi (Facilité de stationnement) On n'a pas raison de craindre le long chômage des vieux jours, quand on se bâtit une vieillesse agréable.Voyez ce qui se passe chez nos sociétaires.Ils ont même hâte de vieillir.Pourquoi?.Parce qu'ils pourront, enfin, se reposer .heureux et tranquilles .grâce à la puissance de leurs épargnes, accumulées .DEPUIS L'ECOLE CAISSE NATIONALE D'ECONOMIE 55, St Jacques O.Montréal 1 IlinmiMi PoruLAIM Limités H Arbour 3291 .
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