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Titre :
L'oiseau bleu /
Première revue destinée à la jeunesse canadienne-française, L'Oiseau bleu a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec. [...]

Le premier numéro de la revue L'Oiseau bleu, sous-titré « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », paraît à Montréal en janvier 1921. Créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous la direction d'Arthur Saint-Pierre, fondateur de la publication, L'Oiseau bleu est la première revue destinée exclusivement à la jeunesse canadienne-française. Sa création a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec.

La revue est diffusée dans les écoles et, selon la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle s'adresse aux enfants canadiens de 3 à 18 ans. Certains ouvrages soulignent toutefois que la revue s'adresse davantage aux écoliers de la fin du primaire et du début du secondaire, soit aux jeunes de 10 à 15 ans, car la publication contient beaucoup plus de textes que d'illustrations. La revue est également diffusée auprès des jeunes franco-américains, franco-ontariens et acadiens.

L'Oiseau bleu poursuit le double objectif d'instruire et de divertir les jeunes. La revue a pour mission de renforcer leur sentiment d'appartenance nationale et leurs croyances religieuses. L'enseignement de l'histoire et de la géographie y occupe une place importante; on y trouve des rubriques telles que « Nos plaques historiques », « À travers l'histoire », de même que des récits de voyage comme « Mon voyage autour du monde ».

L'instruction religieuse et morale est présente dans les contes, les fables, les poèmes, les feuilletons et les biographies de saints. La publication comprend également des articles sur les sciences. Pour divertir les jeunes, la revue leur propose des feuilletons, des chansons, des jeux, des illustrations et des concours.

Plusieurs collaborateurs sont invités à participer à la rédaction de la revue, notamment Marie-Claire Daveluy, qui y publie en feuilletons son premier roman, Les aventures de Perrine et de Charlot. Celui-ci est considéré comme une oeuvre fondatrice qui a donné le ton aux oeuvres subséquentes de la littérature québécoise pour la jeunesse.

L'Oiseau bleu, qui a cessé de paraître en juillet 1940, a véritablement été un catalyseur pour la littérature enfantine québécoise.

LEPAGE, Françoise, Histoire de la littérature pour la jeunesse (Québec et francophonies du Canada) - Suivie d'un dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans [Ontario], Éditions David, 2000, p. 113-118.

Éditeur :
  • Montréal :la Société,1921-1940
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Références

L'oiseau bleu /, 1936, Collections de BAnQ.

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PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Rédaction et administration, 1 182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XVI — No 9 MONTREAL, AVRIL 1936 Le numéro: 10 sous 226 L'OISEAU BLEU Le triomphe du Christ T e Christ ressuscité a vaincu le péché, la souf-france, la mort.Il a triomphé de ses ennemis.Comme ils se croyaient sûrs de l'emporter, en le voyant expirer sur la croix! Celui qui, devant tout le peuple, flagellait l'imposture, ne parlerait plus.Le Christ était dans le sépulcre.}f> !(• Sf, Il en sort.C'est l'éternelle histoire.Tant de persécuteurs ont cru que le Christ et sa religion étaient scellés à jamais sous la lourde pierre.Dioclétien fit frapper une médaille ayant l'inscription: Nomine christianorum deleto, le nom chrétien est rayé du monde.0 César! votre empire, à vous, depuis longtemps, est rayé du monde.Vous décrétiez que le christianisme n'existait plus.Et quelle eût été votre surprise, si vous aviez pu prévoir que, tant de siècles après ce verdict, les chrétiens couvriraient le monde de leurs églises et de leurs oeuvres! Voltaire poussait le cri célèbre: Dans vingt ans, le Christ aura beau jeu! Vingt ans après, Voltaire se débattait dans l'agonie pleine de terreurs que décrivent les récents travaux de critique historique et, sur le point de comparaître au tribunal du Christ, vraiment il n'avait pas beau jeu! Lors de la loi scolaire de malheur, en 1879, un ministre fossoyeur récitait des phrases d'enterrement et affirmait en termes qu'il estimait (pauvre petit!) fort impressionnants: Un cadavre barre la route: celui du Christ; nous allons le rouler dans la fosse.Voilà bien longtemps qu'il est roulé, lui, dans la fosse; voilà bien longtemps qu'il s'y est décomposé.Le Christ est aussi vivant, aussi jeune que le matin où il apparut, dans la rosée du jardin et dans la joie blonde de l'aurore, à Marie-Madeleine.* # * Les sectaires ont passé.Il reste.Où sont les dix grands persécuteurs?Même un érudit ne saurait point, peut-être, réciter leurs noms par coeur.Qu'il est loin, Néron! Mais qu'il est près, Jésus-Christ! Jésus-Christ, notre contemporain, auquel nous allons dire, dans l'église voisine: Adoro le.Eux, ils ont voulu attaquer sa grandeur, pareils à l'enfant colère et ridicule qui jette une pierre à l'océan.Ils ont blasphémé, un jour, puis ils sont morts.^ v tt Jésus leur survit.Il est l'éternel triomphateur dont parlent les Psaumes: Pourquoi les nations s'agitent-elles en tumulte Et les peuples méditent-ils de vains projets?Les rois de la terre se soulèvent Et les princes tiennent conseil ensemble Contre Jéhovah et contre son Christ.Celui qui est assis dans les deux rit, Le Seigneur se moque d'eux.Tu les briseras avec un sceptre de fer, Tu les mettras en pièces, comme le vase du potier.Et maintenant, rois, devenez sages; Recevez l'avertissement, juges de la terre.Servez Jéhovah.(Ps.II, V, I et suiv.) Il dominera d'une mer à l'autre: Devant lui se prosterneront les habitants du désert Et ses ennemis mordront la poussière.(Ps.LXXII, V, 8 et 9.) Du lever du soleil jusqu'à son couchant, Loué soit le nom de Jéhovah! Qui est semblable à Jéhovah, notre Dieu?(Ps.CXIII, V.3 et 5.) G.HOORNAERT, S.J.(A propos de l'Evangile.) Histoire naturelle —Dans quelle classe d'animaux rangez-vous la baleine ?—Dans la classe des parapluies, M'sieur.Sur la plage Lili — Oh! comme la mer est basse.Jeannot, inquiet — Espérons que cela ne va pas durer. L'OISEAU BLEU 227 CONTE DE PÂQUES CATCACCTTE Trato, roi très puissant et fort riche, régnait sur un immense territoire.Ses soldats, courageux et cruels, répandaient la terreur dans tout le royaume.Son château, construit sur une haute falaise, projetait au loin l'ombre de ses épaisses murailles et de ses tours massives.Autant le roi était brutal, orgueilleux, impitoyable et vindicatif, autant la reine Rosica, sa femme, était douce, humble et indulgente.Elle était soumise et obéissante à son mari qu'elle avait renoncé à ramener à de meilleurs sentiments.Les sujets d'Irato souffraient beaucoup du régime de violence et d'injustice qu'il exerçait sur eux.Il les surchargeait d'impôts, les obligeait à cultiver ses terres, à relever ses murailles, à garder ses troupeaux.Il emprisonnait quiconque lui opposait la moindre résistance.Ses vassaux ne souhaitaient rien tant que d'être délivrés d'un pareil souverain qui les forçait à travailler le dimanche sous peine du fouet et de la prison, car il ne respectait aucun principe chrétien.La gourmandise était le péché mignon du superbe monarque.Tous les jours, il ne passait jamais moins de cinq heures à table.Une vingtaine de cuisiniers et de marmitons s'évertuaient à lui préparer des mets délicats, des sauces exquises, inconnues des Vatel de l'époque.Les garçons le servaient dans de lourds plats d argent et lui versaient les vins les plus fins que renfermaient des aiguières d'or ciselées.Le roi Irato était particulièrement friand des oeufs; il en exigeait à chaque repas; un cuisinier en particulier, qui connaissait une quarantaine de manières de les apprêter, était chargé de satisfaire ses goûts.Un poulailler spacieux rempli de poules de choix, que l'insatiable Gargantua avait achetées à prix d'or et fait venir de très loin, était confié à la garde du maître-fermier.Gare à lui, si les oeufs n'avaient pas la qualité requise.Le tyran ne lui ménageait ni les horions ni les injures.Inopinément, une maladie inconnue s'abattit sur les précieux volatiles; tous moururent avant qu'on pût diagnostiquer la nature de leur mal.Le fermier était atterré.Tout tremblant, il annonça ce désastre à son maître qui ne sut pas contenir sa colère.Il donna ordre à ses gardes de fouetter l'infortuné serviteur el de l'enfermer dans la grande tour du château avec un boulet de cinquante livres à la jambe.Pendant l'exécution de cet ordre barbare, le potentat faisait venir son maître-queux, homme fourbe et orgueilleux, qui lui était dévoué corps et âme.Turlupino, c'était son nom, accourut aussitôt.Irato lui enjoignit de parcourir la contrée, de s'approprier toutes les belles poules qu'il trouverait et de se saisir des propriétaires qui ne voudraient pas s'en départir ou qui hésiteraient à le faire.Turlupino, pendant plusieurs jours, accompagné d'une dizaine de valets, visita toutes les fermes du royaume, sans grand succès.Il n'avait réussi qu'à mettre la main sur un vieux coq et deux poules étiques qui commençaient à muer, lorsque quelqu'un l'informa qu'il ferait une bonne capture s'il visitait une masure assez rapprochée du palais royal.Là vivait une pauvre veuve avec son fils nommé Désiré.Ils n'avaient pour tout avoir qu'un petit lopin de terre et une chaumière lézardée et branlante.Malgré leur pauvreté, la mère et le fils étaient heureux.Ils supportaient joyeusement la dureté de la vie en bénissant Dieu de l'adoucir par leur affection réciproque.Leur unique bien-être provenait d'une belle poule blanche que Désiré avait trouvée presque morte de froid un jour d'hiver.Par ses bons soins, il avait réussi à la ravigoter.Catcadelte — ainsi la nommait le jeune homme — pondait un bel oeuf blanc tous les jours et rapportait ainsi un petit bénéfice que la pauvre veuve employait à renouveler sa garde-robe et celle de son fils.Lorsque Turlupino et ses aides se présentèrent, la mère de Désiré était bien malade depuis quelques jours.Elle n'avait pour tout aliment que les oeufs de Catcadette.Les sinistres émissaires n'en eurent cure.Après avoir expliqué le but de sa visite, Turlupino dit à Désiré: Va me chercher ta poule blanche, il me la faut.Tout alarmé, le pauvre enfant répondit: Catcadelte est toute notre fortune; de grâce, ne nous l'enlevez pas! Ma pauvre mère malade n'a que ses oeufs pour aliment.— Assez, marmousset, dit le malotru, l'ordre du roi est formel, donne-moi ta poule.— Jamais, dit l'enfant.Cherchez-la vous-même, et dites bien au roi qu'il n'est qu'un bourreau.— Saisissez-vous de ce garnement, dit Turlupino, et fouillez la chaumière. 228 L'OISEAU BLEU Malgré ses cris et ses pleurs, Désiré fut ligoté et déposé dans la voiture pendant que la demeure était mise à sac.L'un des hommes apporta triomphalement une grosse poule blanche qui faisait entendre des cris perçants.La fermière ne pouvait se rendre compte de ce qui se passait et elle appelait son fils avec instance.Personne ne lui répondit, car les ravisseurs s'étaient hâtés de reprendre le chemin du château avec leur capture.Turlupino, tout guilleret, se présenta devant le roi.Celui-ci le reçut avec un air agité qu'il dissipa dès qu'il connut le résultat de l'expédition.Il donna ordre d'enfermer Désiré dans un cachot et il confia Catcadette à un aide-fermier en lui recommandant, avec force menaces, de bien veiller à son entretien.Dix jours, quinze jours passèrent et la merveilleuse poule ne pondait pas plus que ses deux maigres compagnes.On était au Samedi saint.Irato prévint ses serviteurs que, s'ils ne lui apportaient pas un oeuf frais pour son déjeuner de Pâques, il ferait trancher la tête à l'un d'entre eux.Tous redoutaient la colère du despote; aucun ne put dormir de toute la nuit.A l'aube, un des jeunes marmitons courut au poulailler.Il vit avec surprise un bel oeuf blanc dans le nid de Catcadette.Ivre de joie, il le prit et l'emporta au maître-queux.Le roi, prévenu sur-le-champ, enjoignit de lui faire cuire sur l'heure un oeuf si ardemment convoité.L'oeuf, cuit à la coque, fut apporté à Irato sur un plat d'or.Il n'eut pas la joie de satisfaire sa gourmandise.A peine eut-il avalé la première bouchée qu'il fut pris de douleurs indicibles et tomba à la renverse.Les domestiques accoururent et lui donnèrent les premiers soins, mais à l'arrivée du médecin, le roi était mort.L'oeuf de Catcadette était emppisonné.La nouvelle se répandit rapidement dans tout le royaume, mais le peuple manifesta ouvertement sa joie d'être délivré d'un aussi cruel monarque.Dans son cachot, Désiré, en proie à la plus sombre inquiétude, tourmenté par le froid et la faim, désespérait de ne jamais revoir sa bonne mère.Ce matin-là, il entendit sonner les cloches à toute volée.Ne pouvant surmonter son chagrin, il se jeta sur son grabat et fondit en larmes.Un léger bruit frappa tout à coup son oreille.Il releva la tête et vit Catcadette qui laissait tomber une clef à travers les barreaux de la petite fenêtre de son cachot.Vivement, il la ramassa, l'introduisit dans la serrure et la porte de sa prison s'ouvrit toute grande.Précipitamment, il sortit de ce lieu infâme, traversa les longs corridors du château sans être remarqué, et prit la direction de sa demeure.En cours de route, il apprit la mort de son bourreau.En cette fin étrange comme en sa libération, il vit la main de la Providence.Grande fut son émotion lorsqu'il serra dans ses bras celle dont il avait cru être à jamais séparé.A peine venait-il de desserrer son étreinte qu'il entendit, du dehors, un battement d'ailes qui lui était familier.Il sortit aussitôt, mais Catcadette s'envola et disparut avant qu'il pût la saisir.Toutefois, avant de partir, la pondeuse avait pondu un oeuf d'une grosseur démesurée.Désiré le ramassa et courut le montrer à sa mère.Surpris de sa lourdeur, ils l'ouvrirent et il s'en échappa une multitude de pièces d'or.Tous deux en furent émerveillés.Ce fut le commencement de leur bonheur.Ils achetèrent une belle propriété que Désiré sut faire prospérer.Il devint même un des plus riches propriétaires de la contrée.Mais il ne revit jamais Catcadette.Des gens prétendirent avoir vu, ce soir de Pâques, un ange aux grandes ailes blanches planer au-dessus de la pauvre chaumière et dont Catcadette n'avait été que la fidèle messagère.J.-M.NERIS PRÉPARONS DEMAIN La charité bien comprise T7ous vous êtes enthousiasmés de cette expression nouvelle: Vachat chez nous.Sans en comprendre exactement le sens, vous avez deviné une nouvelle formule vous permettant de proclamer votre attachement à vos frères d'une même origine.Ne serait-il pas bon de connaître les raisons qui doivent vous pousser à l'achat chez nous?Si l'on vous demandait quelles personnes vous aimez le plus au monde, vous répondriez inévitablement: "Maman, papa".Si la réponse était jugée incomplète, vous énuméreriez sans hésitation les noms de vos frères, de vos soeurs, de vos oncles et tantes, des cousins et cousines pour y mêler assez souvent ceux de vos compagnons de jeux.Règle générale, au nombre de vos amis préférés sont ceux qui pratiquent votre religion, parlent votre langue, ceux qui vivent dans votre paroisse, fréquentent votre école ou votre collège.Bref, votre cercle d'amis se trouve parmi vos compatriotes.Avez-vous un chagrin?C'est à une de ces personnes que vous le confiez.Obtenez-vous un succès?Vous attendez d'eux des félicitations. L'OISEAU BLEU 229 Insensiblement, vous vous êtes habitués à compter sur eux.S'il arrive que l'un d'eux tombe dans le malheur, vous en êtes tout attristés.Il existe entre vous et vos parents, vos amis, vos compatriotes un lien invisible qui vous rattache les uns aux autres.Le rompre serait rendre votre petit monde fort ennuyeux.Mais vous avez sans doute deviné pourquoi vous vous sentez attirés de préférence vers un de vos compatriotes.Non seulement vous découvrez une similitude de langue, mais aussi une communauté d'idéal découlant d'une histoire commune.Celte sympathie, qui s'exprimera en petits services rendus et acceptés, devient un acte de charité bien comprise.Lorsqu'un pauvre s'adresse en votre langue à votre petit coeur charitable, il vous devient plus sympathique parce que vous voyez, en plus du nécessiteux, un frère par l'origine et votre main s'ouvre plus facilement.Ce geste naturel est une nouvelle manifestation de votre patriotisme.Car le patriotisme ne consiste pas à agiter un drapeau ou à chanter un hymne nationaL II se manifeste par la répétition d'actes plus ou moins importants et parfois inconscients qui prouvent votre amour envers votre famille, envers tous ceux qui pratiquent votre foi et votre idéal extériorisés par votre langue.C'est pratiquer la charité bien ordonnée que d'aider ses parents et ses frères d'abord, les autres ensuite.C'est vivre la charité bien ordonnée que de secourir ses propres amis d'abord, les autres camarades ensuite.Vous avez compris que si vous êtes Canadien français, la Providence avait des intentions spéciales.Vous réalisez qu'Elle avait un but en vous faisant naître de la grande famille canadienne-française.Comme vous travaillez à soutenir la bonne réputation et la force de votre petite famille, ainsi vous devez mettre vos efforts au service de votre grande famille canadienne-française.Malgré votre jeune âge, vous avez constaté ('utilité de l'argent à la maison pour réaliser des projets, même les moins importants.Vos vacances, par exemple, pourront vous réserver une excursion plus ou moins longue suivant les économies faites par vos parents.Suivant leur importance, elles vous assureront des amusements plus ou moins recherchés.L'argent, métal dont on se sert pour mesurer la force économique d'une famille, sert aussi à évaluer la puissance d'un peuple.11 n est pas la force par excellence.Il ne doit pas être une fin.Outil merveilleux avec lequel l'intelligence et le dévouement pourront s'épanouir, l'argent sait être le serviteur de la famille et de la race.Vous faites des économies en vue de vous procurer soit un jeu quelconque, soit une distraction extraordinaire.Ces économies sont des moyens pour arriver à une fin.Si vous les dépensez pour vous seul, vous devenez un égoïste.Si, au contraire, vous faites profiter vos amis du fruit de vos économies, vous pratiquez la charité bien ordonnée.Vous viendrait-il à l'idée d'offrir aux étrangers le partage de vos ameublements et de le refuser à vos frères et à vos soeurs, à vos amis et à vos voisins?Sans savoir pourquoi, vous protestez.C'est parce qu'inconsciemment vous admettez que la charité bien comprise commence par s'exercer auprès des vôtres.L'achat chez nous est la pratique, dans le domaine agricole, financier, industriel et commercial, de ce que vous faites en partageant vos jeux avec vos compagnons ou vos compagnes.L'achat chez nous vous demande de penser aux vôtres avant de songer aux autres.Il ne veut pas vous pousser à rejeter loin de vous ceux qui n'ont pas la bonne fortune de posséder votre histoire et de partager votre idéal.Il vous rappelle que, si vous êtes nés Canadiens français, vous avez des devoirs envers les membres de cette grande famille nationale et qu'il vous faut les remplir au nom d'un grand principe chrétien: Charité bien ordonnée commence par soi-même.Albert NERVIENS GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture et de composition personnelles, sur papier non réglé, le tout accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SOEUR JEANNE L'Oiseau bleu 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.On parlait devant Pierre, d'un jeune gom-meux doté d'énormes pieds longs et plats.—Ce ne sont pas des pieds, dit Pierre, ce sont des planches dans lesquelles on a vissé des tibias. 230 L'OISEAU BLEU LE COIN DU PHILATÉLISTE La géographie et les timbreS'poste Heureuse initiative du Collège de Saint-Césaire, qui mérite d'être imitée partout — Exposition à New-York La Tribune postale, organe de Y Association des Employés des Postes, à Montréal, signale dans son dernier numéro, sous la signature de M.René Caillaud, une initiative qui mérite d'être imitée d'un bout à l'autre de la province.Que nos petits amis s'en fassent les propagandistes avec l'appui des éducateurs qui nous font l'honneur de nous lire, et l'idée d'une puissante valeur pédagogique fera vite son chemin.Il s'agit tout simplement de l'enseignement de la géographie au moyen de la collection des timbres-poste.M.Caillaud écrivait en 1934: "Imaginez qu'une fois ou deux par mois un maître, un professeur rassemble ses écoliers et qu'il fasse circuler de mains en mains un timbre-poste préalablement choisi, ou mieux qu'il en projette, sur un écran, l'agrandissement.Il y a là matière à une causerie intéressante autant qu'instructive pour de jeunes auditeurs, et dans des conditions qui font d'une telle causerie un délassement et une récréation." Or ce confrère, avec une joie légitime, vient d'apprendre que le bon grain semé au hasard d'un article a germé au Collège commercial de Saint-Césaire.On enseigne maintenant la géographie à cette maison d'éducation, en s'aidant des timbres-poste.Les élèves y prennent tant de plaisir et d'intérêt à la fois que la philatélie fait fureur parmi eux et, en conséquence, c'est comme en se jouant qu'ils apprennent la géographie, laquelle semblerait à beaucoup une science rébarbative, si elle ne se trouvait ainsi revêtue de l'attrait dont on a su la parer.M.Caillaud fait remarquer, avec raison, que les timbres-poste peuvent servir à l'enseignement non pas seulement de la géographie, mais aussi de l'histoire, des sciences et des arts, à cause des multiples sujets que leurs vignettes représentent et qui peuvent servir au maître de thèmes sur lesquels broder une infinité de causeries.ETATS-UNIS Timbre émis à l'occasion de l'Inauguration du service postal aérien entre San-Franclsco.Guam et les Philippines, l'automne dernier.* «»»«•»¦ »»» -*7 La galerie des timbres géographiques compte deux nouvelles Images.Les voici qui figurent au milieu de récentes séries; l'une faisant voir la carte de l'Argentine, et l'autre, celle de l'île de Cocos, émis par Costa Rica à titre d'affirmation de la souveraineté de ce Days sur ce coin de terre, objet de la convoitise des Anglais.Les/Pères de Sainte-Croix ne s'en sont pas tenus là.Ils ont fait donner, devant une centaine d'élèves, une conférence, avec projections lumineuses, sur des questions postales, par M.H.Beaulieu, directeur du Bureau de Publicité à l'Hôtel des Postes de Montréal.M.Beaulieu leur a parlé, entre autres choses, de la publicité en général et des avantages et moyens d'action, trop peu connus, que la Poste met à la disposition de sa clientèle pour l'emploi de la publicité.Le lendemain, les jeunes auditeurs eurent, comme sujet de composition, à exposer ce qu'ils avaient retenu de cette conférence.Encouragés par les résultats obtenus, les dirigeants du Collège commercial de Saint-Césaire veulent pousser plus loin leur initiative et associer davantage encore et plus directement la Poste à leur enseignement.En septembre prochain doit commencer un nouveau cours, lequel, illustré de projections, portera sur des questions postales.Il est d'avance décidé que l'élève le plus méritant participant à ce cours recevra, à la fin de l'année scolaire, un prix spécial offert par l'Association des Anciens élèves du collège.v *p 3£ L'exemple vaut sûrement d'être suivi.Ce sera une des façons les plus pratiques de faire de la philatélie, de se promener, en se jouant-à travers le monde pour le mieux connaître.Et grâce à M.Beaulieu, qui sera sans doute heureux de se mettre à la disposition des institutions, un moyen de faire connaissance avec le rouage des postes, l'un des plus vastes et des plus compliqués qui soient dans tous les pays, et dont on pourra, par voies de comparaison et d'application, retenir une leçon appliquable à tous les genres de commerce ou d'industrie, où l'élève d'aujourd'hui sera demain, s'il a le bagage nécessaire, un des hauts employés et peut-être le chef. L'OISEAU BLEU 231 ETATS-UNIS Timbre de 3c du fameux barrage Boulder, lancé lors de l'Inauguration à Boulder City, Nevada, de ce travail gigantesque du génie civil.RI PUBLIC \ LSPXSOLA En appuyant M.Caillaud, nous avons conscience de n'avoir jamais fait paraître plus utile chronique.à la condition que l'on veuille partout ailleurs s'engager dans le sillon ouvert par le Collège de Saint-Césaire.Les révérends Pères de Sainte-Croix, qu'on ne saurait trop féliciter, se feront sans doute un plaisir de renseigner les maisons intéressées sur leur mode d'enseignement en ce qui concerne les timbres et la géographie.Et en septembre nous compterons par dix, vingt et plus les écoles enrôlées sous la bannière de la philatélie.Cf» Signalons la tenue à New-York de l'Exposition Internationale du timbre, dite TiPEX, qui aura lieu du 9 au 16 mai.Plusieurs philatélistes réputés y donneront des conférences, accompagnées de projections cinématographiques.Ainsi, à la séance du 10 mai, à part une démonstration imagée des services postaux présentée par le ministre des Postes de la Grande-Bretagne, on entendra une conférence dont le titre révèle le grand intérêt: "Les timbres d'inspiration religieuse".Le lundi, 11, journée internationale, le sujet portera sur "le tour du monde d'un timbre-poste".Les jours suivants seront consacrés, le mardi 12, aux exposants; le mercredi 13, aux marchands; le jeudi 14, à la poste aérienne, alors rIue l'on compte sur la présence du capitaine A l'occasion de la récente exposition de l'auto à Berlin marquant le cinquantenaire de cette industrie, l'Allemagne a tenu à honorer deux des pionniers: Gotlieb Daimler et Karl Benz, en plaçant leur portrait sur des timbres.L'Espagne pour marquer le 40e anniversaire de l'Association de la presse espagnole, a lancé une Jolie série de sujets appropriés; la vignette reproduite met en vedette un vendeur de Journaux: c'est une "célébrité" nouvelle en philatélie.Hugo Eckener, qui doit, vers cette date, faire une traversée à bord de son Graf Zeppelin.Le vendredi 15 sera réservé aux associations phi-latéliques, et le samedi, 16, aux jeunes collectionneurs dont l'armée, toute pacifique, croît sans cesse.De nombreux pays, dont le Canada, enverront des exhibits et seront officiellement représentés à cette vaste foire qui promet de surpasser tout ce qui s'est fait jusqu'ici.Phil.ATHELY Nouveautés - Actualité * veut dire neufs — + série complète.CURIOSITE MACABRE 8t* — SERBIE, 1934 — Couronnement Pierre 1er — Double portraits — en les plaçant tête-bêche apparaît le masque du roi assassiné — dessin habile voulu par la reine en guise de revanche.Rare, $1.25 AUBAINE RARE 4t* - Italie, 1923 — Commémor.du 3ème centenaire de la Cong, de la Propag.de la Foi — Seuls timbres au monde à l'image de Notre-Seigneur.— Dans des médaillons portraits de Grégoire XV, Ste Thérèse, S.François d'Assise et S.François Xavier.Très spécial.$1.00 EMISSIONS 3*-Belgique, 1935 — Deuil reine Astrid, 10, 25 et 35c.12 2*-Chili, 1935 — Poste aérienne, 10 et 15c.05 2-Hongrie, 1935 — Cardinal Pazmany et sign.Charte univ.Budapest .10 7t - Indes, 1935 — Jubilé Ceo.V.— Monuments divers — 1 à 8a.— Très recherchés 1.00 4* - Mozambique C i e , 1935 — Poste aérienne, 5 à 20c.10 RECENTES 4t-Norvège, 1930 — St-Olaf au combat, ca-théd.Trodhjen, mort du saint, 10 à 30c.15 6 - Roumanie, 1935 — Carol, effigie grand format, profils divers.10 7 - Tchécoslovaquie 1934-35 — Commémora tifs: Smetana, Dvorak, Masaryk, Hymne national, monument Arras, Stefanik .10 2 - Tchécoslovaquie 1935 — SS.Cyrille et Méthode, 50h et lk .05 Port en plus sur commande de moins de $1 Bazar Postal, B'te poste 4020, Montréal 232 L'OISEAU BLEU CONCOURS LITTÉRAIRE DE L'OISEAU BLEU Cent dix concurrents— Noms des gagnants — Mentions honorables Le concours littéraire de l'Oiseau bleu, institué en novembre 1935, s'est terminé le 29 février, à midi.Cent dix concurrents ont pris part à cette joute annuelle.Trop peu de garçonnets ont cru devoir indiquer es moyens à leur portée pour développer leur patriotisme et entretenir en eux le culte qu'ils doivent avoir pour la plus Ibelle des patries: le Canada.Il faut le regretter et le déplorer, car à l'heure actuelle il ne faut négliger aucun moyen de développer chez les jeunes gens le sens national./ Les manuscrits examinés témoignent d'une sérieuse application au travail.Il est des maisons d'enseignement qui ont rivalisé de zèle à concourir; il convient de les féliciter et de s'en réjouir.A Montréal, les académies Saint-Denis, Sain le-A nastasie, les écoles de Marie-1 m mac idée, Notre-Dame-du-Trèn-Saint-Sacrement, Sainl-Alphoim, Sainte-Philomcne.k Verdun, l'académie Notre-Damc-des-Sept-Doidcurs, h I.aehine, l'académie Savaria, à Rigaud, le couvent des Soeurs de Sainte-Anne, à Sainte-Marie, comté de Beauce, le pensionnat Sainte-Marie, au lae Mégantic, le couvent de la Congrégation de Notre-Dame, à Saint-Pascal, comté de Kamouraska, l'institution du Chanoine-Beaudet, puis le pensionnat de Sainte-Anne-des-Pla i ms, méritent d'être cités à l'ordre du jour.Le constant souci des membres du jury fut de découvrir chez les concurrents l'effort personnel et de le récompenser.Le plus grand nombre des manuscrits avaient belle apparence; l'orthographe en était soignée.Plusieurs participants ont eu l'idée de protéger leurs feuilles de composition en les glissant entre deux cartons qu'ils ont enjolivés de dessins en couleurs.Comme marque d'appréciation, le Directeur de YOiseau bleu les a fait photographier pour les reproduire en miniature sur la couverture du présent numéro.Ont mérité les prix offerts: PREMIER PRIX: $3.— Mlle Denise Paradis, Institution du Chanoine-Beaudet, Saint-Pascal, comté de Kamouraska, P.Q.DEUXIEME PRIX: $2.50 — Mlle Julienne Leduc, Académie Sainte-Aimslaste, 155, boulevard Saint-Joseph est, Montréal.TROISIEME PRIX: $2 — Mlle Mariellc Bouille, Couvent de Sainte-Amie, Lachine, P.Q.QUATRIEME PRIX: $1.50 —Mlle Thérèse d'Amours, Couvent des Ursulines, Rimouski, P.Q.CINQUIEME PRIX: $1 — Mlle Jacqueline Saint-Pierre, Couvent des Soeurs de Sainte-Anne, Rigaud, P.Q.SIXIEME PRIX: $1—Mlle Madeleine Lapierre, Académie Saint-Denis, Montréal.SEPTIEME PRIX: $1 — Mlle Raymonde Lalonde, Ecole Notre-Dame-du-Trbs-Saint-Sacrement, 465, avenue du Mont-Royal est, Montréal.HUITIEME PRIX: $1 — Mlle Liliane Bilodeau, Académie Notre-Dame, Saint-Sauveur, Québec.NEUVIEME PRIX: $1 — Mlle Jeanne I'erland, Pensionnai Sain1' -Mnrit, Sainte-Marie, comté de Meaucc, P.Q.DIXIEME PRIX: $1 — M.Roger Bordeleau, College Sainte-Marie, 1180, rue de Bleury, Montréal Six autres prix: abonnement d'un an à l'Oiseau bleu, à partir de septembre 1936.a) Mlle Jeanne-Marguerite Saint-Pierre, Académie Saint-Denis, Montréal.b) Mlle Françoise Lauzon, Pensionnat de Sainte-Anne-tlcs-Plaiucs, Sainte-Anne-des-Plaines, P.Q.c) Mlle Madeleine Saint-Georges, Ecole Saint-Alphonse, S605, rue de Berri, Montréal, rf) Mlle Gabrielle Tardif, Ecole Sainte-Philombne, 5161, 4e avenue, Rosemont, Montréal, c) Mlle Lorraine Rodrigue, Couvent de la Congrégation de Notre-Dame, Lac Mégantic, P.Q./) Mlle Antoinette Augert, Notre-Dame-de-Lourdcs, Manitoba.Mentions honorables: Mlle Yvette Piliatrault, Académie Sa in te-A nastasic, Montréal, Mlle Marie-Blanche Lachance, Académie Notrc-Dame-des-Sepl-Douleurs, Verdun, P.Q., M.André Dupont-Hébert, 4060, rue Saint-Hubert, Montréal, Mlle Marguerite Aymong, 3827, rue Drolet, Montréal, Mlle Claire Leroux, Ecole île Maric-lmniaculée, 1375, rue Marie-Anne est, Montréal, Mlle Lucie Cadotte, 12012, rue Pasteur, Bordeaux, P.Q.L'Oiseau bleu remercie les directeurs de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour l'institution de ce concours.Les soussignés expriment leur reconnaissance aux éducatrices qui se sont donné la peine de guider leurs élèves dans la rédaction de leur composition.Sans cette collaboration désintéressée, cette initiative n'aurait aucune chance de succès.(Signé) Joseph Dansereau, 2e vice-président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, " Alexandre Grenon, adjoint." Alphonse de la Rochelle, directeur de l'Oiseau bleu. L'OISEAU BLEU 233 Deux pauvres petits enfants Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC (Suite) rois années s'écoulèrent ainsi, dans la plus A douce quiétude.L'été, c'était la vie rustique au milieu de la sauvage nature, c'étaient les randonnées sans fin dans les montagnes, les courses sur les collines, les jeux aux bords des clairs ruisseaux.Les deux enfants éprouvaient une joie folle à pénétrer chaque jour davantage dans la forêt sans bornes ,où leur regard ébloui découvrait sans cesse des merveilles nouvelles et des beautés insoupçonnées.C'étaient des chemins de soleil, des découpures de feuillages, des grottes fleuries, des verdures grimpantes, des bouquets de lierre enlacés au tronc des chênes, des floraisons de roses sauvages au sein des noirs sapins.Que de charmes, que de mystères! En hiver, la vie se faisait plus calme, plus familiale.Thérèse apprivoisait les pigeons, André, les lapins.Ils les habituèrent à venir prendre dans leur main le pain et le sucre qu'on leur destinait.Souvent, le soir, le "bon monsieur Basile" contait des histoires fantastiques qui charmaient les deux orphelins.L'aimable vieillard, qui connaissait la valeur de l'instruction et qui songeait à leur avenir, les obligea à consacrer chaque jour plusieurs heures à l'étude et à la lecture.Des livres d'histoire et des récits de voyages, laissés là jadis par des voyageurs, faisaient leurs délices.Pour le bien-être futur de ses protégés, l'ermite n'oublia pas le côté pratique de leur éducation.Il initia Thérèse aux besognes domestiques et André aux travaux du dehors, lui montant avec soin comment soigner les animaux, nettoyer l'étable, couper le bois de chauffage, comment labourer la terre et la faire produire.H leur parlait souvent, leur donnant de sages conseils et de précieux avertissements: — Je vieillis, leur disait-il.Les ans pèsent de plus en plus sur mes épaules; je ne serai pas toujours avec vous, mes enfants.Il me faudra vous dire adieu et cela peut-être plus tôt que je le crains.Vous devez être prêts à vous suffire à vous-mêmes en continuant à vivre cette vie simple et paisible que nous vivons ensemble.La solitude est votre plus grande amie.Sachez la comprendre et l'aimer.Puissiez-vous ne jamais chercher votre existence ailleurs que dans la paix de ces bois! Les ambitions et les rêves exagérés ne sont qu'une source de déboires et de tristesses.Aimez la simplicité de votre vie, mes enfants, et que votre coeur y reste attaché comme à votre bien le plus précieux.Ainsi, par la parole autant que par l'exemple, le bon vieillard donnait à ses protégés l'amour de la vie innocente des bois et des champs.Mais, malgré toutes les exhortations de l'ermite, André nourrissait secrètement en lui le goût du voyage et la fièvre des aventures.Par une claire journée de printemps, le frère et la soeur marchaient au hasard dans la forêt regaillardie.C'était un jour d'une douceur exquise où tout annonçait les proches richesses de l'été.Déjà les feuilles nouvelles ornaient les arbres d'une fine dentelle verte.Les branches neuves palpitaient en jeux d'ombre et d'or.Des rondes d'insectes tournaient, des peupliers miraient leur haute taille dans l'eau bleue des marais et la masse imposante des chênes semblait secouer dans l'air une chevelure de lumière.Des pluies récentes avait fait, ici et là, des petits lacs clairs comme le cristal.Mille fleurs naissantes égayaient le sol.Une odeur puissante montait de cette terre revivifiée.Partout on n'entendait que des chants d'oiseaux, des bruits de sources, des gazouillis de ruisseaux qui se précipitaient du haut des rochers et s'enfuyaient ensuite au milieu de la plaine, pour s'y perdre en leur course vagabonde.André et Thérèse éprouvaient un plaisir immense à la vue de toutes ces choses nouvelles annonçant l'éveil de l'été ardemment attendu.Ils participaient à cette réjouissance terrestre, ils avaient leur part de cette joie dont les frissons secouaient la terre et le ciel.Plus que jamais ils connaissaient le mystère de l'inconnu, l'attrait de ces bois secrets, où des milliers d'êtres rampent, grouillent, vivent et respirent.Une petite rivière dont l'eau coulait en vagues clapotantes s'étendait à leurs pieds.Ils y jouèrent longtemps, s'amusant à jeter dans son onde des fouilles que le courant emportait de côté et d'autre.Les unes, s'accrochant à quelque obstacle insurmontable, restaient suspendues au-dessus de l'abîme.Les autres, emportées par la force de la vague, plongeaient, surnageaient, 234 L'OISEAU BLEU Longtemps, il regarda les deux enfants.puis s'en allaient, victorieuses, plus loin, dans un long voyage dont la fin restait inconnue.— Vois-tu, dit André à sa petite soeur, moi je voudrais être comme celte feuille qui s'en va à l'aventure et que le flot emporte au loin.Je voudrais partir pour des pays lointains où je trouverais une vie nouvelle et mouvementée.— Tais-toi, s'écria Thérèse, tais-toi, tu es fou, mon pauvre frère, tu deviens fou!.Ils en étaient là de leur conversation, lorsque, tout à coup, non loin d'eux, ils entendirent craquer les branches et ils virent, dans les feuillages, un être si étrange et si laid qu'ils faillirent en crier de terreur.Cet homme, grand, le dos courbé, avait un aspect de bête sauvage avec ses sourcils en broussaille, sa longue barbe qui lui descendait jusqu'à la ceinture, et ses longs cheveux en désordre.Ce vieillard avait le front ridé, la peau jaune et huileuse, et sur ses épaules il portait une sorte d'étoffe multicolore dont les plis étaient sales et crasseux.Son regard n'était pas méchant cependant.Ses yeux étaient doux et tristes.Longtemps il regarda les deux enfants que la peur paralysait.Puis, sans prononcer une parole, lentement il leur tourna le dos et disparut à travers la forêt.Enervés de cette sinistre rencontre, les deux orphelins regagnèrent vivement la maison.Ils racontèrent la chose à l'ermite qui se promit bien de trouver, coûte que coûte, dans la forêt ou dans la montagne, la retraite de cet étrange et hideux personnage.Hortense DULAC (A suivre) L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-BaptiaU de .Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Alphonse de la Rochelle, directeur.— La revue ne parait pas en juillet et en août.Amuscns-nous A l'école primaire —Dans quelle famille placez-vous l'homme ?—Dans la famille des ruminants, monsieur.—Pourquoi ?—Parce qu'il est sujet aux rhumes.Un fameux dîner —Eh bien! ce dîner chez votre ami, c'était bon ?—Très bon.Nous avons mangé comme quatre; je mourais de faim en sortant de table.—«Fe ne comprends pas.—C'est facile à comprendre: nous avons mangé comme quatre et nous étions douze.Devinette —Quelle est la chose qui fait le désespoir des teinturiers ?—C'est la lune, parce qu'ils ne peuvent l'atteindre (la teindre).Variations sur la température Un Gascon et un Marseillais se racontent réciproquement leurs voyages, cent fois plus extraordinaires que ceux de Jules Verne.—Moi, dit le Gascon, je suis allé dans un pays où il faisait si chaud que les poules y pondaient des œufs durs! —Et moi, renchérit le Marseillais, c'est encore bien plus fort.Il faisait tellement froid, dans le pays où je suis allé, que les poules y pondaient des œufs à la neige! L'étonnement de Calino —Imaginez-vous, mon cher, qu'on a employé, l'année dernière, trois cents éléphants pour faire des boules de Billard.Calino—Étonnant! Comment peut-on arriver à dresser ces énormes bêtes à faire un travail aussi délicat ?toto parle d'économies Toto est insupportable.Pour lui faire peur, sa mère déclare: —Tu sais, je vais acheter un martinet.—Cela fera encore une dépense, riposte Toto, et tu disjtout le temps qu'il faut fair des économies.A l'examen —Que savez-vous sur Christophe Colomb?—C'est celui qui a trouvé le truc pour faire tenir un œuf debout sur une assiette! L'OISEAU BLEU 235 Avril 1936 No 44 UNE GAIE HIVERNEUSE : LA MESANGE A TETE NOIRE "P lus de Irente petites Mésanges ont décidé cette année de braver avec nous les rigueurs de l'hiver; joyeux passereaux tout pleins de vie et d'insouciance devant la rude saison qui les guette.Elles sont venues me saluer l'autre matin sous les Peupliers, tandis que je me promenais dans le jardin: Thick-e-di-di-di, me criait la joyeuse bande, fière d'exhiber son bonheur de Mésange; di-di-di répondait la voix flûtée d'un retardataire voltigeant autour de moi.On devient vite ami de cette gentille famille, car à peine le premier salut fût-il échangé que l'une d'elles vint se percher à deux pas de moi et me chanta sa plus belle sérénade.Quel joli petit oiseau! Sur la branche, la Mésange à tête noire est une vraie boule de duvet maintenue en équilibre par une mince queue.Le cou et la tête s'enfoncent dans la plume et accentuent ainsi la forme arrondie du corps.Ce dernier est gris souris légèrement teinté de vert, et laisse paraître quelques stries blanches à la naissance des ailes; un capuchon noir recouvre la tête et fait contraste avec deux belles joues blanches; sous le bec un triangle parfait, noir aussi, vient rejoindre le capuchon.Mais il ne fallait pas trop demander à ma nouvelle amie; car, lorsqu'on est Mésange, la sieste est tôt finie.Quelques secondes avaient suffi à l'oiseau pour se détendre et rejoindre sa famille installée sur un Erable à Giguère.C'est ainsi que Mesdemoiselles les Mésanges me convièrent au plus frugal des repas."A l'oeuvre!" semblaient me dire leurs petits yeux inquisiteurs, tandis que je les regardais s'ébattre dans les branches; "pas de paresseuses ni de servantes ici, chacune pour soi".Un gazouillis joyeux accompagnait cette sage leçon de mes hôtes ailés.On s'empressa de goûter aux hors-d'oeuvre sur les samares desséchées.— "Quel drôle de mets", me direz-vous; que peuvent donc trouver les petites affamées sur ces fruits secs si peu appétissants?Eh bien! voilà.Les Mésanges à tête noire sont de grosses mangeuses d'oeufs ou larves d'insectes; par ce fait, elles contribuent largement à prévenir les maladies des arbres ou arbustes, causées par les grands destructeurs que sont les pucerons, chenilles à tente, etc.Nous pouvons donc affirmer que les vieilles samares de l'automne passé tant prisées par la famille Mésange, devaient assurément contenir de nombreuses larves.Mais nous n'étions qu'au début du repas; la dernière bouchée dans le bec, nous filions à toute allure vers les longs Peupliers.Docilement je suivais mes gentilles amies, ayant tout le loisir de les observer.Comme elles vont bien manger sur ces arbres robustes! pensais-je en moi-même; les larves doivent abonder ici.Je me trompais; car à peine s'étaient-elles posées une seconde sur les Carolins que déjà elles s'envolaient vers le grand Saule européen.Il m'est arrivé assez souvent par la suite d'observer les Mésanges en quête de nourriture et jamais je ne les ai vues chercher de larves sur cet arbre qui pourtant abonde autour de la maison.Ceci est peut-être dû à la vigueur des Peupliers de la Caroline, réfractaires aux larves d'insectes.En tout cas, messieurs les Carolins n'ont jamais su attirer l'amitié des Mésanges à tête noire.Il n'en est pas de même du Saule, le favori de mes hiverneuses; c'est en la compagnie d'un vieux centenaire que nous nous sommes retrouvées, mes jeunes amies et moi.Le repas, un instant 236 L'OISEAU BLEU Près de sa maisonnette, la Mésange à tête noire interrompu, fut repris de plus belle sur les fines ramilles des grosses branches.Toute la bande se livra, devant moi, à de véritables tours d'acrobatie, allant chercher la larve toujours à l'extrémité des rameaux les plus grêles.Je les voyais ainsi se suspendre par les griffes, la tête en bas, picorer et fureter de leur bec les moindres recoins de l'écorce.On mettait sûrement en pratique la leçon du début: "Pas de paresseuses, chacune pour soi." Le pauvre vieux Saule remercia sans doute, dans son langage, ses charitables petites visiteuses, dont l'excellente besogne allait lui permettre de vivre, qui sait, quelques années de plus peut-être?Puis la joyeuse famille s'en fut prendre le dessert chez le seigneur Orme; comme le soleil baissait, la bande se dispersa sans plus de façon: le repas était terminé.Mais, notre amitié ne devait pas s'arrêter là; les demoiselles Mésanges sont les plus confiantes des amies.J'avais remarqué très souvent dans nos rencontres comme elles s'approchaient de moi, sans crainte, même si j'avais la maladresse de remuer.De plus, un beau matin, je les avais surprises attablées sur un os que mon chien avait abandonné; les pauvres petites bêtes tentaient de se réchauffer en mangeant le suif, car le bonhomme hiver était terrible ce jour-là.Je résolus alors de bâtir une maisonnette pour la famille Mésange, et de suspendre sous le logis la nourriture quotidienne.Un tronc d'arbre vidé jusqu'à une faible épaisseur de l'écorce me servit de charpente;un bardeau sur le toit, un autre en guise de plancher: le logis est terminé.Il ne restait plus qu'à percer la porte d'un petit trou et à suspendre le suif au bout d'une ficelle, afin d'éviter la visite des Moineaux batailleurs, trop pansus, je l'espère, pour franchir le seuil de la maisonnette.Ayant placé le tout près de ma fenêtre dans les branches d'un vieux Cenellier, j'attendis l'arrivée de mes joyeuses amies.L'attente ne fut pas longue; le lendemain, les petites curieuses faisaient déjà l'inspection du nouveau logis en risquant un coup d'oeil par le trou de la porte.Et chacune vint, à tour de rôle, goûter au dîner inattendu.Depuis ce jour, mes minuscules amies me saluent tous les matins de leurs doux gazouillis: Tchik-e-di-di-di, tchik-e-di-di, puis repartent, joyeuses, avec ample provision de chaleur.S'il arrivait qu'une maman Mésange trouvât mon logis assez beau pour abriter ses petits, ce serait la meilleure preuve de son amitié.Eh! pourquoi pas! nous sommes de vieilles amies maintenant! Georgette SIMARD TERRE NOUVELLE Lorsque le blanc Hiver, aux jours tièdes mêlé, Recule vers le Nord de montagne en montagne, La gaîté du semeur envahit la campagne, Et du sein des greniers renaît l'âme du blé.Ennui de mars, espoir d'avril, attente et rêve! C'est, avant les bourgeons et les proches labours, L'inquiétude exquise et sourde des amours.C'est dans l'arbre vivant la marche de la sève.C'est ton oeuvre, soleil, créateur des matins, Semeur de jours, passant du souverain abîme.Toi qui, majestueux, vas ton chemin sublime, Jetant, un printemps neuf sur nos printemps [éteints.C'est pour t'aimer, soleil, et vivre ta lumière, Que le semeur ainsi t'accueille à l'horizon, Que le blé, prisonnier dans sa blanche maison, Dès les aubes d'avril redemande la terre! Albert FERLAND POUR COMPRENDRE LA SANGUINAIRE.Jeunes Naturalistes, cueillez la feuille de la Sanguinaire et regardez-la à contre-jour.Vous aurez l'illusion saisissante du réseau des veines dans la chair humaine.Mêmes arborisations, même couleur vermeille.Mais il faut arracher L'OISEAU BLEU 237 complètement la plante et mettre à nu le rhizome qui chemine horizontalement sous terre, pour comprendre jusqu'à quel point la Sanguinaire a mérité son nom.Ce rhizome, vraie tige souterraine, casse facilement et nettement, et, aux yeux surpris, la section apparaît, tout entière couleur de sang.Détachez une tranche très mince et portez-la sous le microscope.Autre surprise! Cette coloration, uniforme pour nos yeux grossiers, se résout maintenant en une multitude de rubis qui flambent dans le champ de vision de l'instrument.Si vous demandez aux botanistes l'explication de cette merveille de couleur, ils vous répondront sans sourciller que cette substance si brillamment colorée, cette Sanguinaire, comme ils l'appellent, n'est qu'un déchet de la nutrition, un latex excrémentiel que la plante ramasse en des cellules spéciales parce qu'elle n'a pas d'autre moyen d'en débarrasser ses parties vitales.Ils vous diront encore que toutes les plantes de la famille des Papavéracées à laquelle appartient la Sanguinaire ont la même physiologie, mais que le latex de la Chélidoine est jaune, et celui du Pavot, blanc.Ils vous diront enfin que ce n'est pas là un fait isolé dans la nature, mais qu'au contraire, et quelque paradoxal que cela puisse paraître, beaucoup d'êtres, plantes et animaux, doivent leurs charmes à leurs produits excrémentiels.Sans eux nous n'aurions ni le parfum de la menthe, ni les brillantes couleurs d'innombrables insectes.Les Indiens de l'Amérique du Nord, qui vivaient si près de la nature et la connaissaient si bien, tiraient de la Sanguinaire la teinture rouge dont ils adornaient leurs travaux de sparte-rie et d'habillement.C'était aussi une de leurs peintures de combat.Quand la hache de guerre se déterrait, l'Iroquois belliqueux n'avait qu'un pas à faire pour trouver dans la forêt le sym: bole réaliste du sang qu'il s'apprêtait à verser, et nos pères n'ont que trop connu le masque terrible que faisait à ces ravageurs de leurs établissements le suc vermeil de la Sanguinaire.Les squaws de leur côté considéraient cette plante comme puissamment abortive; d'anciens documents montrent qu'elles avaient enseigné ces prétendues propriétés aux femmes blanches de la colonie française.Sous le nom de Sang-dragon la plante est encore employée dans nos campagnes contre l'hémoptysie, et c'est probablement un reste de l'ancienne doctrine médicale des signatures.Il est à remarquer que ce nom vulgaire, Sang-dragon, était appliqué en Europe à une drogue tirée d'un arbre tropical, le Draco arbor de Clusius.Le nom a sans doute été transporté à notre plante par les premiers colons.La pharmaceutique considère la Sanguinaire comme purgative, vomitive et, à petites doses, diaphorétique, stimulante et expectorante.Un morceau de sucre enduit de jus de Sanguinaire est un vieux remède populaire contre les rhumes opiniâtres.On la considère aussi comme èmménagogue et on lui attribue sur le coeur l'action sédative de la digitale.A haute dose, c'est un poison narcotico-âcre.La liqueur n'est pas seulement brûlante et capable de causer de graves irritations aux muqueuses, mais l'alcaloïde qu'elle contient, la sanguinaire, est un poison interne dangereux.L'étude des tissus de la plante fait voir que les réservoirs qui renferment le latex rouge sont répartis autour des faisceaux libéro-ligneux des tiges et des feuilles, et qu'ils sont formés d'éléments superposés en série, reliés en réseau par d'autres séries.La Sanguinaire n'est pas une beauté qui se cache en quelques points privilégiés de la forêt laurentienne.Son aire géographique est très étendue, couvrant l'Amérique du Nord depuis la Nouvelle-Ecosse, le Québec et l'Ontario, jusqu'au Manitoba.A l'ouest et au sud, sa limite naturelle semble être le Nebraska, l'Arkansas, l'Alabama et la Floride.Dans ce vaste domaine elle manifeste une remarquable indifférence à la nature du terrain, se plaisant dans les sols résultant de la décomposition de roches appartenant à toutes les séries biologiques.L'histoire phylogénique de la Sanguinaire est un mystère.-C'est un genre monotypique, c'est-à-dire qu'il n'est apparenté à aucun autre ni en Amérique, ni en dehors de l'Amérique.La nature tendre de ses tissus ne se prêtant pas à la fossilisation, aucune trace dans les archives de la terre ne peut nous renseigner sur son ancienneté.Ses progéniteurs sont disparus, et la Sanguinaire continue d'exister, par millions de millions, dans un isolement splendide, comme l'un des plus tenaces points d'interrogation de la biologie.Nos artistes et décorateurs vont souvent chercher très loin leurs inspirations et leurs modèles.Pourquoi ne se penchent-ils pas plus souvent sur nos plantes laurentiennes qui pourraient leur fournir une si belle matière d'art?La fleur de la Sanguinaire, sa feuille surtout, si finement taillée et nervée, mériteraient les honneurs de la stylisation.Qui, parmi nos jeunes artistes, va se laisser tenter par ce thème admirable?Frère MARIE-VICTOR IN 238 L'OISEAU BLEU L'ERABLE A SUCRE L'Erable à sucre, qui unit la beauté à l'utilité, est cher à tout coeur canadien.Il est incontestable que l'Erable est au rang des plus beaux arbres des forêts canadiennes.Jeune, sa tête touffue a souvent la forme d'un parfait ovale.Dans la forêt, il s'élève souvent à une hauteur de soixante-dix pieds et étend au soleil le dôme de ses feuilles.Il croît rapidement et est beaucoup recherché pour son ombrage épais.J'ai souvent remarqué que lorsqu'il pousse isolé, à une hauteur de huit à dix pieds, il se forme de robustes branches montantes qui d'abord dessinent un ovale étriqué: mais quand l'arbre devient plus vieux, sa tête s'étend en un dôme arrondi d'une profondeur quelquefois de nuatre-vingts pieds avec de petites branches déliées, qui sont vertes au début, mais qui prennent une teinte rougeâtre à la fin de la première saison de leur croissance.Au printemps, il faudra regarder fleurir ces arbres! Rien n'est plus intéressant à observer que cette métamorphose des feuilles en organes floraux! L'écorce des grosses branches et des jeunes pousses est d'un gris pâle, lisse ou légèrement gercée.Sur les gros troncs d'arbres, cette écorce atteint une épaisseur de trois quarts de pouce et est sillonnée de profondes rides longitudinales, la surface gris-brun se trouvant brisée en petites écailles de même couleur.Le bois de l'Erable est lourd, dur, fort, rigide, d'une couleur brun léger, nuancée de rouge; l'aubier est mince, avec trente ou quarante couches de croissance annuelle et un coeur de deux à trois pieds de diamètre dans les vieux arbres.Ce bois est susceptible d'un beau poli, et en conséquence on s'en sert beaucoup pour finir l'intérieur des bâtiments, surtout pour les parquets, pour la fabrication des meubles et des outils et la construction des navires.Comme combustible, l'Erable a une grande valeur; comme tel nos ancêtres s'en servaient beaucoup, et même à cette heure, les habitant?consument des milliers de cordes d'Erable pour le chauffage.La cendre de cet arbre est riche en alcali, dit-on, et elle produit une grande quantité de potasse.Certaine forme particulière de ce bois, où les veines ondulent et se tordent, s'appelle "Erable moucheté".Enfin je ne serais pas complet si je ne disais que l'Erable est une plante sucrière qui prend une grande importance au Canada.Le principe sucré qu'il contient résulte des transformations que subissent les matières féculentes élaborées dans les feuilles sous l'action de la lumière solaire.Redisons les paroles du ipoète, Louis-Joseph Chagnon: Ecoute, ô mon pays, c'est un vent d'espérance Qui berce les rameaux de l'Erable sacré Sur ton front, c'est un peu de la gloire de France Eclairant ton chemin d'un beau rayon doré.Vois donc, le jour va poindre et ta vertu pré-ornière Porte le sceau royal et providentiel! Avance d'un pas sûr, marche vers la lumière Car c'est de la clarté qui monte dans ton ciel! Un fervent de la nature, Roland MARTIN, Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.Histoire de chasse Plusieurs chasseurs parlent de leurs prouesses.Un audacieux qui les écoute prend part à la conversation: —L'année dernière, dit-il, je blesse un cerf d'une balle, à la pointe de l'oreille et à son sabot.—Impossible, vocifèrent les auditeurs, on ne peut pas avec une même balle blesser en deux endroits si différents! —Patience, messieurs, au moment où je visais le cerf, celui-ci se grattait l'oreille.Examen de la Vue *m Téléphone: Lunettes Elégantes W'fBtL HArbour 5544 ' J PHANEUF & MESSIER OPTOMETRISTES-OPTICIENS Notre spécialité: Examen de la vue des enfants.1767, RUE SAINT-DENIS - MONTREAL (près de la rue Ontario) LA PHOTOGRAVURE TEL MA 1549 LIMITEE 59 ST.CATMERINE OUEST -MONTREAL L'OISEAU BLEU 239 CHRONIQUE JECISTE t le Manuel de la J.E.C.à l'Ecole primaire, quand donc va-t-il paraître?— Bientôt, bientôt.Il est presque terminé; vous verrez qu'il ne sera pas banal.Un bouquin de 15 pages environ, ça ne se fait pas en un jour, vous savez.Tout vient à point à qui sait attendre.Composé par un Frère authentique qui connaît les besoins de l'école primaire, ce manuel répondra à toutes les exigences de l'heure.Il traitera de la première des trois sous-spécialisations de la J.E.C: primaire, secondaire, universitaire.Quelques-uns aiment mieux dire: Jeunesse scolaire, étudiante, universitaire, J.S.C, J.E.C, J.U.C.Querelle de mots! Une seule chose importe: le mouvement d'action catholique.Il faut pour cela une direction diocésaine et nationale; cette direction évidemment ne peut être donnée par des enfants.La J.E.C.des plus jeunes dépendra de la J.E.C.des plus âgés ou bien elle ne relèvera pas de VAction catholique; il faut un apostolat organisé.ENQUETE — ASSISTANCE A LA MESSE 1.Les écoliers assistent-ils souvent à la messe les jours de la semaine?2.Y a t-il des écoliers qui manquent leur messe le dimanche?3.Les écoliers assistent-ils à la messe avec un esprit de foi et de piété?4.Comprennent-ils qu'ils doivent s'unir au prêtre et dire la messe avec lui?5.Connaissent-ils les quatre fins de la messe?C.Savent-ils comment entendre la sainte messe?7.a) En connaissent-ils les différentes par- ties?6) A quoi s'occupent-ils pendant la messe?c) A suivre dans un livre, réciter le chapelet ou à chanter?8.Suivent-ils la messe avec un missel?9.Combien d'écoliers ont un missel?10.Combien savent s'en servir?S'organiser pour procurer un missel aux écoliers et leur enseigner à dire leur messe.LA MESSE EST LE SACRIFICE DE TON GRAND FRERE JESUS EVANGILE — ETUDE Bienheureux les affligés, car ils seront consolés.1.Qu'est-ce qu'un affligé?2.Comment peut-on être affligé?3.Pourquoi Notre-Seigneur appelle-t-il les affligés des bienheureux?4.Est-ce bon de souffrir?5.Comment doit-on accepter la souffrance?6.Doit-on avoir pitié des affligés?7.Les écoliers sont-ils peines de voir souffrir leurs camarades?8.Qu'est-ce que consoler quelqu'un?9.Un écolier doit-il consoler ses camarades?10.Indiquez quelques moyens de consoler ceux qui souffrent.EXAMEN DE CONSCIENCE 1.Je crois que Jésus a dit vrai en affirmant: Bienlieureux les affligés.2.J'accepterai avec joie toutes mes souffrances, les regardant comme des moyens de sanctification et de salut.3.Je consolerai avec douceur les affligés, par amour pour Jésus.PRIERE DES JECISTES Ottawa, 1936 Notre Père qui êtes aux deux.Nous vous renouvelons la consécration de notre jeunesse, afin de préparer dès maintenant la fidélité sans défaillance de toute notre vie.Donnez-nous une foi ardente, la grâce de conserver, coûte que coûte, la pureté de nos âmes.Affermissez dans nos coeurs le désir de garder intégralement tous les commandements de Dieu et de l'Eglise.Inspirez-nous l'esprit d'apostolat qui nous rendra ardents et vigilants dans l'accomplissement de la grande tâche que vous nous confiez: faire rayonner parmi les jeunes l'esprit de l'Evangile et toutes les vérités qu'il commande.Rendez-nous dignes d'être auprès des jeunes gens qui vous oublient les missionnaires de votre lumière, les défenseurs de vos droits, les apôtres de la charité.Ainsi soit-il. 240 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE PROFESSIONS ET EMPLOIS Questions.1.Quel est le rôle d'un pilote?— C'est de régler la marche d'un navire.Q.Que fait le pilote que nous voyons ici?— A l'aide de la roue, il guide le navire au moyen du gouvernail.2.En langage maritime, qu'est-ce qu'un capitaine?— C'est le commandant d'un navire.Q.A quoi est ici occupé le capitaine?— Avec sa jumelle, il scrute l'horizon et cherche à découvrir soit un vaisseau, soit un écueil, soit une banquise.3.Qu'est-ce qu'une jumelle?— C'est une double lorgnette pour la mer, la campagne, le théâtre.Nous avons ici une jumelle marine.4.Quel est le rôle du pliarmacien?— C'est de préparer les médicaments.Q.Quelle est ordinairement l'enseigne d'un pharmacien?— C'est un mortier dans lequel on voit un pilon.5.Que dit donc ce vendeur d'immeubles pour tant intéresser toute une famille?— Il explique d'une manière captivante les avantages incomparables des lopins de terre dont il est chargé de la vente.6.Que fait en ce moment ce marchand de charbon?— Il est à prendre une commande.Au -bas de la gravure, on voit un camion à charbon.On distingue deux sortes de charbon: le charbon de terre ou houille et le charbon de pierre ou anthracite.7.Quel est le rôle du dentiste?— De s'occuper de la chirurgie des dents.Q.Quel est le principal outil du dentiste?— La fraise ou foret, servant à percer ou à roder les dents.8.Un épicier ne vend-il ordinairement que des épices?— Il vend aussi toutes sortes de denrées et de comestibles.9.Comment appelle-t-on une personne qui achète ordinairement chez le même épicier?— Une cliente.10.Que fait ici le tailleur?— Il prend les mesures d'un client pour lui confectionner un habit.Q.Nommez les principales parties d'un habit.— Le pantalon, le veston et le gilet (que nous appelons à tort la veste).Q.Comment se nomment les poches d'un gilet?— Les goussets.11.Qu'examine si attentivement ce financier?— Probablement un état de compte.12.Quel nom donne-t-on à la cliente d'un médecin?— Une patiente.13.Que fait ici le médecin?— Il donne des avis à une patiente pour l'amélioration de sa santé.14.Que tient dans sa main le vendeur d'automobiles?— C'est la maquette ou miniature de l'article qu'il offre au public.15.Qui le regarde attentivement, les pouces dans les aisselles de son gilet?— Un client en vue, sans doute.16.De quel instrument se sert Varpenteur dans le cas présent?— D'un théodolite.Q.Quelle est la fonction de l'arpenteur?— De mesurer la superficie des terres.17.Que propose Voptométriste à ce jeune écolier?— De corriger les défauts de sa vue par des verres appropriés.Q.Qu'est-ce qu'un oculiste?— C'est un médecin qui soigne les maladies des yeux.Q.Que fait Vopticien?— Il fabrique ou vend des lunettes ou autres instruments d'optique.Q.Quelle est la fonction de Voptométriste?— D'examiner la vue et de prescrire tel ou tel genre de verres.18.Qu'est-ce que la chiropratique?(Pron.: Kiropratique) — C'est une méthode relativement moderne de traiter les maladies par le replacement des articulations du squelette humain, surtout celles de la colonne vertébrale.19.Quel est le rôle de Vagent de police?— De faire observer les lois et règlements, de veiller à la circulation des piétons et des véhicules, de prévenir les vols et d'arrêter les criminels.Q.Le mot constable est-il français?— On trouve ce mot dans Larousse, mais pour désigner les agents de police en Angleterre seulement.20.Qui s'occupe des opérations de banque?— Le banquier.21.Comment nomme-t-on celui qui fait un dépôt d'argent à la banque?— Un déposant.22.Quelle est la fonction des expéditeurs de train?— De faire circuler les trains sur les réseaux de manière à éviter les retards et les accidents.23.Que voyons-nous ici?— Un agent d'assurance.24.Qui est chargé de diriger une compagnie bien organisée?— Le conseil d'administration.L'abbé Etienne BLANCHARD L'OISEAU BLEU 241 PROFESSIONS ET EMPLOIS 242 L'OISEAU BLEU de la Matapédia, formant une zone habitée dont la population n'a que deux genres de vie, l'agriculture et le travail du bois.L'excursionniste trouve en ce coin enviable chasse abondante: orignal, caribou, élan, ours noir; petit gibier: vison, martre, pécan.Vous aimez la pêche?Cinquante lacs et une dizaine de rivières, entre autres, le Lac-au-Saumon et la Ristigouche, débouchant dans la baie des Chaleurs, vous offrent leurs eaux grouillantes de saumon de 40, 45 et 50 livres, de truites de 10 à 25 pouces de longueur.Sous les yeux du voyageur avide de beauté se déroule le panorama capricieux, pittoresque, grandiose de Mont-Joli.Val-Brillant.Lac-au-Saumon.Matapédia.La baie des Chaleurs vous introduit d'emblée dans la presqu'île gaspésienne.Le paysage n'est que joli et ne revêt pas le saillant de celui vers lequel vous entraîne rapidement la locomotive essoufflée, trépidante.Le rivage est fortement dentelé et se compose d'une bande de terre arable s'élevant vers l'intérieur jusqu'au niveau du plateau central gaspésien.Les baies, les anses, les caps rocheux, les palais calcaires se succèdent.Le sable fin, doré, ondulé par le flux et le reflux invite le voyageur à venir se reposer et se tonifier d'effluves salins tout en jouissant d'une agréable cure balnéaire.Les maisons se dressent, propres et coquettes, autour du clocher paroissial.Là, comme ailleurs, le clergé a favorisé le développement moral, le bien-être matériel de la population dont les occupations principales sont l'agriculture, la pêche et le travail industriel.Le gibier oi vous avez l'heur de voyager, amis, poussez *^ une pointe jusqu'à l'extrémité est du Québec, parcourant la rive sud de notre féerique province.Une tournée en Gaspésie vous laissera souvenir impérissable, charmant.*f» 3f» ^» Vous arrivez à la gare, le coeur bondissant de joie.Vos portemanteaux, si lourds soient-ils, semblent ne contenir que de la plume.et toute cette exubérance monte en vous parce que vous quittez votre ville à l'asphalte brûlant, à l'air empesté.Vous allez vers l'inconnu, aux confins de votre Québec, vers la péninsule gaspésienne que visitent de si nombreux touristes.La locomotive et sa suite de wagons, dégorgeant de voyageurs, longent la rive sud du Saint-Laurent.Des paroisses florissantes se sont essaimées.Berthier.Montmagny.L'Islet.Sainte-Anne-de-la-Pocatière.Kamouraska.Ri-vière-du-Loup.Sainte-Flavie.et j'en passe.A cette dernière, la voie ferroviaire décrit une courbe et nous transporte dans la riante vallée Percé ! Gaspé ! L'OISEAU BLEU 243 .Vile Bonaventure abonde dans les zones forestières de la Gaspé-sie.Les villages se succèdent.s'échelonnent.Saint-Bonaventure.New-Carlisle.Port-Daniel.Anse-du-Cap.puis, deux mots sortent de la poitrine des touristes rivés à la fenêtre des wagons.Percé! Gaspé!.Au premier plan, nous voyons le rocher Percé, gigantesque masse de roc, sise à 600 pieds du rivage, reliée à la terre par un banc de sable se découvrant à ma-îée basse.Ce rocher, de forme irrégulière, a une longueur de 1,420 pieds à la base et de 1,575 pieds au sommet.L'ouverture de l'arche a une hauteur de 60 pieds au centre.Ce bloc calcaire sert de retraite à un nombre incalculable de goélands et de cormorans.A trois milles au large, en face de Percé, surgit, telle une énorme baleine au repos, l'île Bonaventure.C'est le gîte, le sanctuaire de Fous de Bassan, de goélands, cormorans, guillemots.De plus, quelques vieilles maisons de l'île constituent de véritables petits musées intéressants à visiter.Après Percé, nous traversons quatre coquets villages perdus dans le pittoresque des montagnes, puis nous atteignons Gaspé, la terre historique où Cartier, le Malouin, le 24 juillet 1534, planta la croix qui marquait la prise de possession du Canada.C'est cette baie de Gaspé qui vit tour à tour les flottes de Kirke, de Phipps et de Barques à voile au repos Walker.Wolfe habita non loin de cet endroit, à pointe Penouille.Dans la ville de Gaspé, l'on peut voir la croix commemorative, taillée d'une seule pièce de roc et élevée lors des récentes fêtes historiques en l'honneur de Cartier.D'un côté de la baie, se dresse sur une élévation l'hôpital des Soeurs Hospitalières de l'Hôlel-Dieu de Québec.Traversons l'anse par le pont Ross.Nous avons alors facile accès au couvent des Soeurs du Christ-Roi, puis au collège des Jésuites.De là, en gravissant la montagne, nous atteignons au monastère des Ursulines, siège d'une école normale, d'une école ménagère.Nous traversons des villages perdus dans le pittoresque des montagnes A Gaspé, la population est accueillante, ac-corte et parle un français correct, parfois pittoresque, car les pêcheurs ont conservé certains mots savoureux du XVIIe siècle.Voulez-vous rendre attrayante.succulente, je dirais, votre randonnée en Gaspésie?Demandez à dîner o!e morue fraîche.Rien de plus alléchant que ce poisson que l'on pêche quand bon vous semble.Messire Gaster y trouve son compte.Voilà pour les gourmets.Les amants des reliques de chez nous arrêteront à Gaspé, au tournant de la route nationale et se reposeront dans la vieille chapelle érigée en 1858, unique sanctuaire catholique existant, puisque l'église paroissiale a été détruite par le feu vers 1927.Bientôt nous ver- 244 L'OISEAU BLEU La chapelle de Gaspê, érigée en 1858 rons s'élever la cathédrale confiée à la garde de Mgr Ross, cet apôtre inlassable de la foi, de la colonisation canadienne-française, de la langue de chez nous et de l'enseignement.Allez à Gaspé et vous chanterez, avec l'enthousiasme du patriote sincère qui a su voir et admirer les gens et les choses du terroir, vous chanterez, dis-je: "Rien n'est si beau que son pays"."0 Canada, mon pays, mes amours!" C.F.CORRESPONDANCE Jeune Naturaliste — Les activités de votre cercle intéressent beaucoup amie Fauvette.Venez parler à votre Grande Amie des plantes étudiées, des insectes observés.Il est tant de choses captivantes que nous, gens de la ville, ignorons et, cela, à notre honte et aussi à notre détriment.Nous ne savons pas assez lire dans le grand livre de la nature et voir la vie qui nous environne de toutes parts.Je souhaite longue vie à votre nouveau cercle.Puisse-t-il apprendre à chacun des membres à aimer la flore, la faune du coin qu'il habite.Arc-en-ciel — Amitiés à l'heureuse famille des Laurentides.Papillon d'Azur — Vous faites des lectures de bonne eau, allez! J'aime, comme vous, les biographies des âmes dont les actes ont l'extraordinaire "de n'avoir rien d'extraordinarie".De ce fait, ils nous servent d'exemples à maints titres.Je vous ferai tenir une liste de livres que vous aimerez sans doute à parcourir et à savourer.Pierre précieuse — Fauvette vous assure de sa constante affection.Elle vous souhaite joyeuse fête de Pâques.Henriette M.— Bonjour affectueux.Thérèse L.— Meilleur souvenir à l'amie depuis trop longtemps silencieuse.Abeille de Marie — Fauvette souhaite que l'allégresse pascale emplisse à pleins bords votre âme d'apôtre! Que le Grand Ressuscité vous garde ses prédilections! Amical souvenir! Violette du Sentier — Soeur Jeanne vous remercie de votre captivante missive.Vous avez raison, profondément raison de poursuivre vos études françaises avant que de vous "lancer" dans l'étude de la langue anglaise.Bien des Canadiens français ont le tort suffocant de quitter trop tôt l'école canadienne-française.Sachons d'abord parfaitement notre langue, à nous.possédons-la à fond.le reste viendra par surcroît! Humble Apôtre — Que la joie pascale remplisse le coeur de la "Guide" que Fauvette aime bien! A vous et à vos soeurettes guides, joyeuse fête de Pâques! Mimi-Blanc-Blanc — Il y a belle lurette que vous n'avez écrit à Fauvette.Je vous sais bien occupée parce que vous êtes institutrice dévouée aux élèves dont vous avez la charge.Succès à vous, puis à vos ouailles laborieuses! Quand loisir vous aurez, venez causer avec Fauvette qui vous assure de sa fidèle amitié.Soeur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par le courrier postal: L.Demers; C.Leduc, Amos; Envolée des Champs; Mireille L., Montréal', A.Lamothe, Montréal; P.Fabien; Hervette, Rosemont; J.Rougier, Saint-Hyacinthe; Jean; Mademoiselle X; Marguerite Dubois, Rawdon; Solange Ratel, Rawdon; Micheline T., Gaspé; Eveline Pageau, Manchester, E.-U.; Marguerite Lacombe, Berlin, N.-H.Soeur Jeanne et Fauvette saluent cordialement leurs nombreux correspondants du Coin.C.F.Leçon de physique —Qu'est-ce qu'un baromètre?—M'sieur, c'est un instrument pour voir si le temps a la fièvre. L'OISEAU BLEU 245 FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU LES HOLOCAUSTES — par — MLLE MARIE-CLAIRE D A VELU Y de la Société Historique de Montréal VII — LA MISSION VOLONTAIRE ET SECRETE DE CHARLOT (Suite) Le lendemain matin, les rôles semblèrent renversés.Lise apparut au déjeuner souriante, animée.Un peu de nervosité s'y mêlait toutefois.Chariot, au contraire, se montra contraint.Il observa un silence profond.Seule, Perrine ne se départit pas de la gravité sereine qui lui était habituelle."Si tu pars demain, Chariot, dit soudain la jeune femme, tu ferais bien de te hâter.M.de Maisonneuve ne sait pas encore que tu as avancé l'heure de ton départ.— J'attends André, Lise, avant d'aller au fort.— Tu te chargeras bien d'un message pour Catherine d'Ailleboust, mon frère?demanda Perrine.Je devais y aller cet après-midi.Ton départ fait varier mon programme.— Entendu, Perrine.J'irai.Chariot se leva de table et vint regarder au dehors, par un unique mais large châssis à carreaux vitrés, un luxe rare à cette époque.La jeune femme le suivit, tandis que Perrine s'occupait des soins du ménage.Bébé Pierre dormait encore, sous l'oeil vigilant de la bonne.— Pourquoi sembles-tu sombre, Chariot?demanda Lise.— Tu me trouves sombre?— Oui.— Vois-tu, Lise, maintenant que j'ai ton assentiment, je sens mieux quel dur sacrifice je t'impose.Je sais combien je t'aime aussi.Ma pauvre petite, ton courage souriant de ce matin, est-ce que tu crois que j'en suis dupe?Et Chariot, entourant de ses bras la jeune femme, la pressa contre lui.— Alors, ne pars pas, Chariot, proposa Lise, la voix mi-taquine, mi-émue.— C'est ce que j'aurais de mieux à faire, en pffet, répartit Chariot en soupirant.—Mais alors quel regret, mon ami, au bout de deux jours d'inaction près de moi!.Non, je ne varie pas ainsi, moi, en mes décisions.Char-lot, ton geste est aventureux, mais non sans d'excellentes conséquences pour nos compatriotes.Ils courent de si grands dangers en ce moment à leur petit poste chez les Onontagués.Tu ne pourras qu'aider à les tirer de cette impasse.Ta connaissance de la langue iroquoise, ton adresse manuelle lorsqu'il s'agit de manoeuvrer le canot ou de faire du tir, toutes ces routes entourant les grands lacs que tu connais si bien.tout cela est inappréciable, vraiment.— Hum! Tu n'oublies rien, ma petite Lise?dit Chariot en souriant malgré lui.Ce qui veut dire, continua-t-il, en devenant soucieux, que tu n'as pas beaucoup dormi cette nuit.Dis la vérité?Ton imagination a chevauché terriblement autour de mon départ, n'est-ce pas?Et Chariot se penchant baisa, l'une après l'autre, les mains pâles et fines de sa femme.On frappa à la porte.André de Senancourt entra, un rouleau sous le bras.Il salua rapidement Perrine, Chariot, puis embrassa sa soeur avec une sorte de triste impatience.Celle-ci se mit à rire.— André, toi non plus, ça ne va pas ce matin?Chariot t'aurait-il communiqué son humeur, ou bien y a-t-il autre chose?— Chariot n'a pas raison d'être ainsi.Il veut partir.Il part.Tandis que moi.— Comment, André tu aurais aimé t'aventu-rer avec mon mari dans ces bois sans fin, ces lacs interminables, ces précipices affreux?— Oui, interrompit laconiquement son frère.Dans ce pays, c'est la tâche des soldats d'être on chemin pour de périlleuses expéditions.— Mais alors?— M.de Maisonneuve souhaite me voir rester à Ville-Marie."Il est préférable et plus prudent que Chariot ne se fasse accompagner que d'un Iroquois chrétien", m'a-t-il donné à comprendre.— Alors, tu viendras bien demeurer ici.mon frère, en l'absence de mon mari?Je te le demande sérieusement.— Quelle idée! fit André surpris.Est-ce bien nécessaire?Je ne sais si je dois.J'hésite.— Pourquoi?reprit Lise.Nous en serons tous heureux.N'est-ce pas, Perrine?N'est-ce pas, Chariot? 246 L'OISEAU BLEU Mademois lie Perrine, fit avec amertume André — Il est certain, dit lentement Chariot, qui regardait avec attention son beau-frère, dont le regard s'était rivé avec une douloureuse fixité sur Perrine dès les premiers mots de la proposition de sa soeur, il est certain que ce serait me donner un sentiment de sécurité incomparable.Dès que je songerais à vous, je vous reverrais, assis autour du foyer, chacun à sa place habituelle et devisant parfois du fol absent.Et puis, en cas d'attaque sournoise, messieurs les Iroquois passeraient un vilain quart d'heure avec André et n'oseraient tenter quoi que ce soit.— Mademoiselle Perrine, fit avec amertume André de Senancourt, c'est votre réponse à vous, ns doute, tout ce soin que vous prenez à me préparer un verre de bière fraîche.Vous êtes mille fois bonne, continua-t-il d'un ton ironique.Vous m'excuserez de n'en point prendre, ne serait-ce que pour vous prouver que je ne troublerai en aucune manière mes hôtesses, si je viens demeurer ici, pour les protéger, uniquement pour les protéger.Perrine ne répondit pas tout de suite.Elle replaça verre et bouteille, puis, sans regarder le jeune homme, elle se dirigea vers sa chambre.Avant de disparaître, elle se retourna et dit avec douceur, les yeux bas: "Ne savez-vous pas encore, Monsieur de Senancourt, que ce que veut et désire Lise est parfait?J'y acquiesce de tout coeur, je vous assure." — Que la volonté de Lise s'accomplisse alors, reprit André de Senancourt, en haussant les épaules.Tu m'entends, ma soeur?Toi aussi, Chariot?— Merci, André, ma chère providence, toujours, fit Lise avec émotion.Chariot vint serrer la main de son beau-frère en silence.— Il serait temps que tu étudies ce plan, Chariot, dit alors André de Senancourt.M.de Maisonneuve m'a prié de te le remettre.Viens le voir.Chariot se mit à rire, tout en dépliant le pian.Lise se pencha sur la carte avec Chariot.— Pourquoi ris-tu* Chariot?fit avec surprise son beau-frère.Ce plan ne vaut rien?— Parce que je connais les routes pouvant conduire chez les Onontagués mieux que quiconque/ici.Que me vaudra ce plan?— Chariot, dit Lise tout à coup, les yeux brillants, étudie-le, avec moi, pour moi.Trace en rouge ton itinéraire.Je te suivrai par la pensée ainsi, de toutes manières.Oh! ne me refuse pas.Je t'en prie?— Et ma visite au Fort?— Tu la feras cet après-midi.Envoie un mot au gouverneur par André.Vois, déjà, mon frère veut nous quitter.— Il le faut bien, tu m'imposes un déménagement, fit celui-ci, en s'approchant de Lise.Il lui releva soudain la tête et la regardant bien dans les yeux: — Ma soeur chérie, tu sais que je viendrai avec bonheur vivre près de toi en attendant le retour de ton mari.Mais sache aussi que n'était le péril certain qui entoure cette demeure une fois son chef parti, et son départ connu des Iroquois qui rôdent dans nos bois, sache que, sans cette raison, je n'y viendrais pas.Non, certes, non.Et tu comprends pourquoi, ou plutôt tu le devines?Il me reste tout de même quelque fierté.— Oui, je comprends, mon frère.Je sais aussi que tu décides toujours sagement toutes choses.Quelle confiance tu inspires, va.sinon encore autre chose, finit plus bas la jeune femme, non sans tristesse.Chariot, durant ce dialogue qui lui avait échappé, écrivait un mot à l'adresse du gouverneur.Il ne pouvait vraiment refuser à Lise le léger plaisir qu'elle lui demandait, la veille même de son départ.Il reverrait avec elle, certes, pour elle, l'itinéraire choisi.Puis, il voulait converser avec son compagnon iroquois cet avant-midi même.Si quelque chose n'allait pas à son gré entre ce sauvage et lui, il voulait être en mesure d'en faire part tout de suite à M.de Maisonneuve.André, son obligeant becu-frfcre, verrait à lui ménager ces deux entrevues si différentes.Il était donc libre de consacrer quelques heures de plus à Lise.La journée passa rapidement.Que de petits détails à voir, à côté des préparatifs essentiels. L'OISEAU BLEU 247 La jeune femme avait obtenu de son mari la permission de ne pas le quitter, de l'accompagner partout où il irait.Cependant, durant l'entrevue avec M.de Maisonneuve, elle avait demandé d'être conduite à l'hôpital, où Chariot viendrait la reprendre.Mademoiselle Mance possédait toute son estime et plus que sa confiance.Depuis son arrivée à Ville-Marie, plusieurs fois elle s'était entretenue longuement avec elle.Au sortir de ces visites, il lui semblait avoir recouvré la paix, avec une sorte d'attendrissement de toute l'âme.Elle avait été comprise totalement, et cela sans qu'elle eût prononcé beaucoup de paroles.La perspicacité de la grande infirmière de Ville-Marie avait vite pénétré l'état de son âme aimante.Elle mettait je ne sais quel baume apaisant sur sa sensibilité trop souvent meurtrie par une vie déjà traversée de deuils et de difficultés de toutes sortes.Jeanne Mance reçut la jeune femme avec sa réconfortante affection.Elle la conduisit dans sa chambre, l'assit en un bon fauteuil, placé juste en face d'un petit tableau reproduisant les Irails du baron Gaston de Renty, l'un des fervents associés du Montréal naissant, décédé en odeur de sainteté il y avait huit ans, à peine, et dont Lise avait cnonu la fille aînée, Catherine-Alphonsine, comtesse de Choiseul.La chambre de l'infirmière dégageait beaucoup de chaleur sympathique.Elle venait moins, certes, de la grosse bûche ronflante qui garnissait la cheminée que d'une sorte de gracieux agencement des meubles, tentures, portraits et pieux souvenirs de la vieille France jamais oubliée.Et, surtout, il y avait la présence, l'action d'une forte et riche personnalité.Lise entra aussitôt en matière.— Chère Mademoiselle Mance, mon mari part demain matin.Le saviez-vous?— Vous me l'apprenez, ma pauvre petite.Mais à vrai dire, le voyage se préméditait depuis déjà quelque temps.Vous ne vous en doutiez pas?— Je ne voulais pas y croire.Je chassais cette pensée de mon esprit.J'y mettais toutes, toutes mes forces.Folle petite personne que j'étais, n'est-ce pas?— Vous aimez à vous qualifier ainsi, mon enfant, mais jamais votre mari, n'est-ce pas?dit 1 infirmière en souriant.Elle approcha sa chaise davantage.Elle prit la main de Lise dans la sienne.Ne voyait-elle pas poindre des larmes dans les yeux de l'aimante jeune femme?— Oh! Mademoiselle, reprit Lise, je comprends trop la nature active et l'humeur héroïque de mon mari pour oser lui reprocher quoi que ce soit.Je l'aime d'ailleurs ainsi.Et quand même je devrais souffrir davantage de son caractère impétueux, je n'en voudrais diminuer aucun élan.Vous me blâmez peut-être?— Je vous comprends.Cela ne m'empêche aucunement de désirer voir un peu plus de sérénité en votre jeune coeur.Vous le brisez, mon enfant, à le vouloir trop entier, trop brûlant.— Je suis ainsi.— Vous doublez vos joies, sans doute, mais vos douleurs?La vie, vous le savez, comporte plus de celles-ci que de celles-là.Vous devez, sentir parfois intolérables les peines qui vous surviennent?— C'est vrai.Et tout soudain la jeune femme éclata en sanglots.Elle glissa aux genoux de Mademoiselle Mance.Elle pleura convulsivement quelques instants la tête appuyée sur les genoux de l'infirmière.Elle ne releva la tête qu'en entendant Mademoiselle Mance dire avec douceur: — Chariot verra donc tout à l'heure les veux qu'il aime, tout rougis, gonflés par les larmes?Oh! comme c'est dommage?Il emportera demain une vision pénible avec lui.— Vous avez raison.Mais que faire?s'était alors écriée avec inquiétude la jeune femme.La réflexion de Jeanne Mance avait comme refoulé aussitôt sa douleur.— Vous êtes à l'hôpital, enfant.Tous les maux se guérissent, ici, ceux du coeur comme les autres.Allons, venez avec moi, dans mon oratoire, puis nous préparerons une petite pharmacie d'urgence pour votre brave et trop charmant mari.Oh! je le connais tout aussi bien que vous, allez, lui ayant fait plus d'une remontrance en ces séjours de jadis à Ville-Marie.Mais il échappe à tout conseil de prudence, ce bouillant soldat, et avec une insouciance qui nous désarme.— Il est délicieux! — Oui, oui, je sais.Ne nous répétons pas.Mais avant que je baigne vos yeux, petite, dites-moi, que pense la sage Perrine de ce voyage de Chariot chez les Iroquois?— Sa résignation m'étonne.Elle regrette surtout pour moi l'éloignement de son frère.— Evidemment, elle connaît si bien Chariot.Puis, chez cette jeune fille la tête l'emporte souvent sur le coeur.Mais en sera-t-il toujours ainsi?Tôt ou tard, le coeur prend sa revanche chez dés natures aimantes et fines comme votre belle-soeur.Et votre frère?Le sérieux et un peu mélancolique André de Senancourt?Que dit-il?— Il envie Chariot, vous le pensez bien.Je lui ai demandé de venir demeurer avec nous en l'absence de Chariot. 248 L'OISEAU BLEU — Vraiment?— C'est une mesure nécessaire, il me semble.Ne trouvez-vous pas?A cause de bébé Pierre, je ne saurais prendre trop de précautions.— En effet.Cela vous consolera un peu aussi, vous distraira, ainsi que Perrine, d'ailleurs.— Oh! vous savez, Perrine et mon frère, fit en riant la jeune femme.Ils s'entendent surtout au jeu d'échecs, sans doute parce qu'ils se tiennent en échec.chacun son tour.— Lise, c'est bon de vous voir rire et plaisanter ainsi.Mais espérons toutes deux, n'est-ce pas?qu'il y ait un jour, entre eux, une suprême partie, avec un vainqueur et un vaincu.à jamais.Ce serait du bonheur pour eux, pour vous tous, j'en suis sûre.— Puissiez-vous être bon prophète, Mademoiselle.Mon pauvre frère! Lui si malheureux autrefois! Il en est demeuré.un peu maladroit.Il ne croit pas beaucoup, figurez-vous, aux natures féminines pondérées comme celle de ma belle-soeur.Il le fait bien voir à l'occasion.Puis, Perrine est distante, indifférente, avec une sincérité trop évidente.— Allons, la vie, la Providence plutôt, se chargera de régler ce problème qui vous trouble un peu, mon enfant.Venez, venez, maintenant.Le temps passe vite ici.Oh! j'entends votre mari, je crois.Il est dans le salon voisin à causer avec votre cousin, M.l'abbé Souart.Fuyons de ce côté-ci.Vos yeux ne sont pas assez sereins pour en rencontrer d'autres que les miens.— N'allez pas si vite, Mademoiselle.Votre bras en écharpe en souffrira.Il vous arrachera beaucoup de crispations.J'ai vu cela durant notre bref entretien.VIII.— CHEZ LES ONONTAGUES Chariot avait prié sa femme et sa soeur de ne rien changer à leurs habitudes le matin de son départ.Cela enlèverait toute apparence dramatique aux adieux.N'était-ce pas un voyage de deux mois à peine qu'il entreprenait?.Oui, il valait mieux que Lise et Perrine échangeassent des voeux avec lui, juste au moment où, botté, casqué, enveloppé d'un large manteau, il se mettrait en route pour l'église afin d'assister à la messe matinale de cinq heures à la chapelle de l'hôpital.Avant de se mettre en route, il fallait implorer les bénédictions du Ciel.Lise et Perrine avait acquiescé aux moindres désirs de Chariot.Mais dès l'aube, quel va-et-vient! Il semblait à la jeune femme que Chariot mettait trop d'insouciance autour des objets nécessaires à son confort.Elle lui apportait, tantôt une pe- Dix jours durant, Chariot et son compagnon cheminèrent tite meule pour son couteau de chasse, qu'il faudrait tenir bien aiguisé afin de repousser toute bête un peu féroce.Puis il fallait, après avoir empli jusqu'au bord la gourde d'eau de vie, la bien cacher.Si le sauvage qu'amenait Chariot la trouvait, allait s'enivrer, faire une colère et abandonner son mari, après l'avoir blessé peut-être.Chariot souriait, très ému au fond de l'agitation de sa femme, qui cherchait à tromper ainsi l'angoisse qui l'étreignait en face de la séparation.Enfin tout fut prêt.Lise vint se presser contre son mari.Elle ne pleurait pas, ne parlait pas non plus, mais ses grands yeux regardaient avec une fixité émouvante le visage mobile et charmant de son mari.Chariot, en repoussant tendrement les beaux cheveux de sa femme qui cachaient en partie son front, lui murmurait des mots d'affection à peine saisissables.Je ne sais quel douloureux pressentiment venait soudain de la mordre au coeur.Retrouverait-il jamais le cadre familial, qu'il venait à peine de créer, aussi paisible qu'il le quitterait?Mais il se secoua vite.Qu'allait-il chercher là?Un soldat ne devait pas ainsi s'abandonner.Il accomplissait un devoir volontaire, plus qu'utile à ses semblables.Il mettait à leur disposition des ressources d'expérience que peu possédaient comme lui.C'est bien ce qu'avait compris M.de Maisonneuve, ce qui l'avait décidé, après quelques jours de réflexion, à permettre une pareille randonnée, où tant d'embûches devaient être déjouées, tant de périls, détournés ou victorieusement traversés! L'OISEAU BLEU 249 Perrine, en s'approchant avec bébé Pierre, mit fin à ce cruel adieu.L'enfant semblait mieux portant que d'habitude en ce matin de soleil.11 tendait les bras, tantôt vers sa mère, tantôt vers son père, tout à la fois remuant, gazouillant, de la meilleure humeur du monde.Et Chariot partit avec cette dernière vision touchante: son fils dans les bras de Lise et Perrine enlaçant avec tendresse la taille de la jeune femme, qui ployait un peu sous le poids.Au sortir de la messe, Chariot se vit fort entouré.M.de Maisonneuve vint lui serrer la main.Jacques LeBer, Charles LeMoyne, Lambert Closse, Charles d'Ailleboust, Gilbert Barbier lui présentèrent leurs souhaits.Ils cédèrent bientôt la place à M.Souart, qu'André de Senancourt accompagnait."Mon jeune cousin, fit avec bonté le Sulpi-cien, je vais faire une petite enquête autour de vos bagages.Conduisez-moi près de la traîne et du canot qui les contiennent.J'espère y ajouter ce qui fera défaut.— Monsieur, ce n'est guère possible, je vous assure.Lise et Perrine se sont donné, depuis deux jours, au sujet de mes bagages, un mal inimaginable.Il m'a fallu gronder.Trop de provisions ou d'objets sont un danger en pleine forêt.Mais vous êtes vraiment bon d'avoir ainsi pensé au voyageur.— Tut, tut, mon enfant.Vous m'êtes cher, voyez-vous, en votre qualité de mari de ma petite Lise.Cela m'est naturel de vous aider.— Si vous voulez me suivre, Monsieur, alors?Mon compagnon fait les cent pas autour des fossés de l'hôpital.— Chariot, demanda André de Senancourt avec un peu d'hésitation, tout allait bien ce matin chez toi?— Très bien, répondit Chariot d'une voix rauque.— Compte sur moi pour veiller sur les tiens.Ne t'inquiète de rien.Je réponds de tous sur ma tête, finit le jeune homme moitié sérieux, moitié badin.Il faut croire que M.Souart fut satisfait de l'inspection des bagages de Chariot.Il se contenta de remettre à celui-ci un petit reliquaire fort précieux, de le bénir ainsi que l'Iroquois chrétien, qui semblait se mettre en route avec un plaisir par trop évident.Il apprit à M.Souart, qui le questionnait avec bonté, par le truchement de Chariot, que sa fiancée l'attendait là-bas, près de la bourgade des Ononta-gués.M.Souart, tout aussi bien qu'André de Senancourt.furent enchantés de connaître ce détail, qui les rassurait encore davantage sur la fidélité et l'aide incessante dont ferait preuve ce jeune Iroquois amoureux.Un court moment, tandis que M.Souart remettait une médaille au sauvage, Chariot et son beau-frère échangèrent un regard où la perspicacité de l'un se mêla à la tristesse profonde de l'autre.— André, dit Chariot sans élever la voix, ne m'en veux pas si je te confie que j'ai percé ton secret, hier.André ne répondit pas, les yeux à terre.— Tu aimes Perrine, n'est-ce pas?André de Senancourt releva la tête avec effort."Quand cela serait, Chariot?" fit-il, le front soucieux.— J'en suis heureux, André.Vous méritez tous deux de connaître un peu de bonheur.— Seulement, mon ami, dit André, en revenant à son ton ironique habituel, tu oublies une chose assez importante en la matière: la réciprocité des sentiments.— Cela viendra.Perrine sera touchée dès qu'elle s'apercevra du sentiment qu'elle t'inspire.— Chariot, reprit d'un ton presque irrité André de Senancourt, est-ce que tu aurais aimé à voir naître d'abord de la pitié, dans les sentiments de ma soeur à ton égard?— Non, non, sans doute, fit vivement celui-ci.D'ailleurs, elles sont totalement différentes, Lise et Perrine.Chez l'une, la sensibilité domine, chez l'autre, la réflexion.Bah! un homme de ta valeur, André, finit toujours par imposer sa volonté à une femme.— Le passé, tu l'oublies singulièrement en parlant ainsi, s'écria André, les dents serrés, le regard mauvais.Le passé! Mon passé! Tu le connais pourtant.— Tu ne m'as, pas laissé finir, reprocha Char-lot.Je veux dire qu'un homme de ta valeur impose tôt ou tard sa volonté à la femme qu'il aime, si cette femme a de l'intelligence, un noble coeur et n'aime pas ailleurs.Perrine est tout cela et a le coeur libre.Tu le sais.Alors?— Tu raisonnes en homme heureux.Ton expérience est courte.Tiens, tout me navre assez, en ce moment, pour désirer qu'une bonne balle dans le coeur y mette fin.Mais je suis crovant.ne fais pas ces yeux, Chariot, je vais vivre, prendre soin des tiens, de tous les tiens, c'est promis.Avoue tout de même que certaines existences semblent touchées par une sorte de.de mystérieuse malédiction, finit-il plus bas.M.Souart s'était rapproché sur ces derniers mots.Depuis quelques minutes, par discrétion, il s'était attardé auprès du sauvage. 250 L'OISEAU BLEU — Quels mots terribles vous venez de prononcer, mon jeune cousin, fit-il avec douceur.Il ne faut pas, il ne faut pas.Allons, vous allez revenir avec moi.Je veux vous parler sérieusement.Votre taciturnité vous rend injuste; elle me peine et m'inquiète.Mais faisons d'abord nos adieux.Nos voyageurs devraient déjà être en route.Dix jours durant, Chariot et son compagnon cheminèrent ou firent halte sans que rien d'anormal survînt.Les bois, les rivières ou les lacs s'enveloppaient d'un silence interrompu par leur seul passage.Mais à l'aube du onzième jour un incident assez dramatique accompagna le réveil de Chariot.Marie-Claire DAVELUY (A suivre) Ce que l'on grave sur le bronze.MONTRÉAL RACONTÉ EN STYLE LAPIDAIRE IX.—Vieilles demeures, vieilles terres (Suite) — Et à tant d'autres, mes amis, allez! Que d'intéressantes figures de notre vieux régime français demeurent plongées dans une ombre sans merci.Cependant, relativement au souvenir du seigneur de Hautmesnil, de ce Jean-/ incent Phillipe, un de nos historiens a soulevé le flambeau jusqu'à ces traits.Grâce à un article de M.Aegidius Fauteux, paru dans le Bulletin des Recherches historiques de 1932, nous connaissons l'essentiel sur ce personnage d'autrefois.Nous savons qu'il était né en France vers 1644, fils de Pierre Phillipe, seigneur de Marigny, et d'une demoiselle Souart, suppose M.Fauleux, puisqu'il était le neveu de M.Gabriel Souart, prêtre de Saint-Sulpice.Il vint au Canada en 1662, vers l'âge de dix-huit ans.Il signait, en 1665, comme témoin au mariage de Jean-Baptiste Migeon de Branssat avec Catherine Gauchet de Belleville, cousine de M.Souart, de Saint-Sulpice.En 1671, lui-même épousait en France Marie-Catherine Lambert de Baussy, qu'il amena au Canada et dont il eut treize enfants, six filles et sept fils.Ce fut ce noble seigneur de Hautmesnil, un brave soldat, qui sut se distinguer dans diverses expéditions contre les Iroquois, notamment en 1687, alors qu'il commandait une des six compagnies d'habitants qui formaient, dans le contingent de la milice, levée par le marquis de Denon-ville, le bataillon de Longueuil.En 1695, M.de Hautmesnil retourna définitivement en France.— Je n'aime pas ce retour.M.de Hautmesnil pour agir ainsi ne devait pas aimer beaucoup le Canada, observa Hélène.— Madame de Hautmesnil, non plus, sans doute, appuya Marie.— Mes nièces, M.Fauteux, pour qui les documents n'ont pas de secrets et qui semble si souvent lire entre les lignes poudreuses des archives, de façon pénétrante, pense un peu de cette manière.Son article, quoique gardant le ton impartial de l'historien, me donne du moins cette impression.— Avoir nommé une rue pour perpétuer le souvenir de M.de Hautmesnil, ce n'est pas excessif, oncle?— Nos ancêtres en ont ainsi décidé.Il faut croire qu'ils étaient meilleurs juges que nous, qui ignorons tant et tant de détails sur leur époque.Paix, honneur et gloire à M.Jean-Vincent Phillippe, sieur de Hautmesnil, neveu du secourable, aira,able, généreux M.Gabriel Souart, sulpicien.— Comment, oncle, nous n'en avons pas fini avec la rue Saint-Vincent?fit Marie.L'ombre, du Sieur de Hautmesnil demande-t-elle quelque réparation pour ce que nous avons dit tout à l'heure?Dites, est-ce pour ce motif que nous descendons si vite cette rue?— Non, ma nièce.Elle est heureuse, au contraire, cette ombre, que nous ayons jeté son nom aux résonances fières, en ce quartier où l'on se sent trop souvent une âme mercantile, préoccupée de tout, sauf de poésie ou de vieux souvenirs attendrissants.— Cousin, s'exclama soudain Thérèse, voici une rue qui porte mon nom.Quel honneur! Tu la vois, François, la rue Sainte-Thérèse?— Je vois aussi une plaque du côté ouest de cette rue.Mais sûrement, elle n'est pas encore en ton honneur, ma pauvre Thérèse, dit François.Je vais lire, cousin, n'est-ce pas, ce qu'elle nous apprend?— Lis, enfant, lis.Mais ne t'attarde pas sur les mots.Nous avons quelques autres curiosités à voir pour en causer ensuite.A moins que vous vous sentiez fatigués, ou un peu ennuyés, jeunes parents? L'OISEAU BLEU 251 — Que dites-vous là, oncle?s'écria Hélène.Je suis justement à me dire qu'il ferait bon de rencontrer tous ces beaux gentilshommes dont vous nous parlez.Leurs chapeaux à plumes, leurs vêtements de velours et de satin, mettraient je ne sais quelle couleur et quelle grâce en ce morne quartier d'affaires.Même la neige, ici, ne peut garder longtemps sa blancheur d'hermine.— Mais où sont les neiges d'antan! lui répartit l'oncle en riant.Allons, donnons la parole à François, mes amis.Il semble impatient.— Je lis, cousin, ceci, sur la plaque: Ici vécut, à partir de 1689, Gédéon de Catalogne, ingénieur, officier et annaliste, il travailla aux fortifications de Québec, des Trois-Rivières et de Louisbourg.Cousin, cette plaque est rédigée dans les deux langues.— Un mérite de plus, certes! Merci, François.Mais.que cherches-tu ainsi, dans ton calepin, Thérèse?— Le nom de M.de Catalogne.Je l'ai écrit déjà.Le voici.Il est mentionné sur la plaque concernant Jeanne Mance et l'Hôtel-Dieu.Il y est dit que cet ingénieur acquit une partie du terrain de l'Hôtel-Dieu en 1691.— Rien n'est plus vrai.Arrivé au Canada en 1683, âgé de 16 ans, Gédéon de Catalogne, sept ans plus tard, en 1690, prit part au siège de Québec; puis, le 11 août de cette même année, il se rendit à Montréal pour y épouser Marie-Anne Lemire, fille de Jean Lemire et de Louise Marsolet.Il en eut dix enfants.Comment s'étonner qu'il sentît peu à peu le besoin d'une vaste propriété?.Pauvre Gédéon de Catalogne! Il n'y séjournait jamais, pourtant, de façon continue, d'une année à l'autre.Ses connaissances d'ingénieur furent sans cesse mises à contribution.Ainsi, en 1702 il construisit des fortifications à Bécancour et aux Trois-Rivières.En 1708 et en 1709, le voici à préparer les cartes des districts de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières.Il doit se transporter naturelle?ment d'un endroit à l'autre.En 1711, il est à Québec.Il dirige la construction des redoutes sur les hauteurs de la ville.En 1720, il s'éloigne beaucoup plus encore, et se rend à Louisbourg, afin de fortifier convenablement cet endroit.Il y meurt le 5 janvier 1729.— Je n'épouserai jamais un ingénieur, conclut Thérèse.C'est trop triste d'avoir toujours à se séparer.Pauvre Mme Gédéon de Catalogne et ses dix petits enfants! Tous les promeneurs se mirent à rire.Le mariage de Thérèse était un événement encore si lointain!.On taquina la fillette, un peu vexée maintenant de sa naïve réflexion.La blonde Marie remarqua finalement, un peu de rose aux joues: — Bah ! ipetite Thérèse, ne t'inquiète d'aucune façon.Tu épouseras l'homme que tu aimeras, voilà tout, fût-il ingénieur, soldat, ou gentilhomme fermier.Prends-en ma parole, va.— Tiens, tiens, tiens, fit l'oncle, en menaçant sa jolie nièce du doigt, il y a anguille sous roche.Mais nous ne serons pas indiscrets.Revenons plutôt, un instant encore, au souvenir de Gédéon de Catalogne.Sa maison, en ruines, se voyait encore ici.il y a peu d'années.Vous en verrez l'image dans un volume de ma bibliothèque, intitulé: Vieilles maisons, vieux manoirs.Disons encore que M.de Catalogne est l'auteur d'un intéressant mémoire sur les plans des seigneuries de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal, puisqu'il signait, le 30 octobre 1700, un contrat, une convention avec le Séminaire de Saint-Sulpice, représenté par son supérieur, Dollier de Casson, à l'effet de procéder à des travaux d'excavation relatifs à un canal, notre canal de Lachine.Il devait être achevé le 7 juin 1701.C'est le premier contrat concernant les canaux canadiens que nous ayons au Canada, nous assure M.Wm.D.Lighlhall.La mort de M.Dollier de Casson, en octobre 1700, amena l'abandon de ces intéressants travaux, au dire de l'ingénieur Gédéon de Catalogne.Maintenant, laissons l'ombre de l'actif ingénieur du premier canal de Lachine et, puisque ma nièce Marie aime cette image d'ombres qui passent, s'éloignent, puis s'évanouissent, rendons-nous d'un bon pas au château de Ramezay.Là nous attendent d'autres ombres, vous vous en doutez bien, et combien de hautes et charmantes figures d'autrefois.— Oncle, interrogea Marie, la rue Notre-Dame devait présenter un bien autre aspect que celui d'aujourd'hui, alors que le château de Ramezay, nouvellement construit, faisait l'admiration des contemporains.—Certes! Il y avait plus d'espace en ces temps, tout d'abord, puis plusieurs jardins, des maisons en bois accueillantes et propres, quelques demeures construites en pierre avec porte cochère.Tenez, au bas de cette Place Jacques-Cartier, que nous traversons, un peu plus à l'est du marché Bonsecours inexistant alors, avait été érigé en 1698, sept ans avant le Château de Ramezay, le manoir des barons de Longueuil.Il fut démoli en 1793, cent ans plus tard.Bien.Nous voici à destination.Pénétrons à l'intérieur de la grille pour lire l'inscription posée sur la façade du château.A moins qu'Hélène y voie très bien d'ici.— Oui, oncle, j'y vois parfaitement.Ecoutez- 252 L'OISEAU BLEU moi vous apprendre ce qui suit: "Le Château de Ramezay, construit par Claude de Ramezay, vers 1705.Propriété de la Compagnie des Indes en 1745.Quartiers généraux de l'armée des Bos-tonnais, 1775-1776.Résidence officielle des gouverneurs anglais, 1762-1849.Le Conseil Supérieur y siégea de 1837 à 1841.Oh! quelle succession d'événements, que de changements de propriétaires, que de cadres charmants, rigides, pénibles, ou solennels se constituèrent derrière les murs du vieux château! Il compte en ce moment deux cent trente et un ans d'existence! C'est bien cela, n'est-ce pas, oncle, 231 ans?— L'exactitude des chiffres ne vous fait pas peur, ma nièce.Je m'incline.— Oncle, pria Marie, ne parlez cet après-midi, je vous prie, que des premiers possesseurs du château, des Ramezay.Vous nous avez donné le goût de tous ces beaux gentilshommes de notre régime français.Nous les évoquons grâce à vous, dans leur fière attitude de chevaliers, défenseurs de la cité; puis, ensuite, dans leurs courtoises habitudes de puissants et accueillants seigneurs.— Marie a raison.Ne nous parlez que des premiers maîtres de céans, appuya Hélène.-C'est ce que nous désirons, nous aussi, cousin, fit Thérèse, à son tour, après s'être consultée avec François.— Bien, la question est tranchée.Nous reviendrons, d'ailleurs, rôder ici une dernière fois avant de clore ces promenades historiques.Les plaques commémoratives du régime anglais, ancien et actuel, nous y conduiront en temps et lieu.Donc, revoyons le château de la noble famille des Ramezay, à l'époque où il s'élevait entouré de son jardin et sans cette tour postiche à l'encoignure de gauche.Le seigneur Claude de Ramezay, âgé de 48 ans, l'habitait avec sa femme, Charlotte Denys de la Ronde, et plusieurs enfants.C'était un officier plein de bravoure et de distinction que M.de Ramezay, un chevalier de Saint-Louis depuis deux ans, et que ses services comme gouverneur des Trois-Rivières, puis comme commandant des troupes royales de la Nouvelle-France, avaient fait désigner par le roi Louis XIV, le 15 mai 1704, comme le gouverneur très méritant de Montréal.Il était d'une famille originaire d'Ecosse, mais établie en France depuis quatre générations.Il était donc né, ce Claude de Ramezav, dans le domaine familial de la Gesse, au diocèse de Langres, en 1657.En France, il portait le titre de seigneur de la Gesse, de Bois-Fleurent et de Monnoir.Au Canada, où il arriva vers 1685, âgé de vingt- huit ans, il fut dénommé Seigneur de Ramezay, de Monnoir et d'Yamaska.Sa vie, comme celle des militaires vaillants de son époque, fut mouvementée, remplie de beaux faits d'armes.Ah! mes jeunes amis, comme je voudrais en face de figures telles que Callières, déjà nommé, Haut-mesnil, du Luth, Lamothe-Cadillac et Ramezay, avoir le plaisir de vous raconter tout au long les fastes de ces existences qui sortent de l'ordinaire, je vous assure.Puissé-je du moins, en vous les présentant avec la plus chaude sympathie possible, vous inciter quelque jour à écrire,, ou à faire écrire ces biographies plus attachantes que tant et tant de romans.Allons, saluons encore le souvenir de M.de Ramezay, ce lointain successeur de Paul de Chomedey de Maisonneuve.Revoyons la vivante et sémillante hôtesse de ces lieux, Charlotte Denys de la Ronde, soeur de ce Père Joseph Denys, supérieur des Récollets à Montréal, qui venait d'achever, comme son beau-frère Ramezay, une construction assez vaste, un monastère et une chapelle, à l'autre extrémité de la rue Notre-Dame.Ajoutons, enfin, le coeur navré, que ce devait être au fils de Claude de Ramezay, à Nicolas-Roch, continuateur de la lignée et mari de Louise Godefroy de Tonnancour, qu'allait échouer le pénible devoir de signer la capitulation de Québec en 1759.Et cette tâche douloureuse précédait son retour définitif en France avec sa famille.— Oh! remarqua François, l'air déprimé, comme elle finit tristement la belle histoire des Ramezay.Cousin, éloignons-nous au plus tôt maintenant.J'ai toujours du chagrin, quand je pense à tous ces héros qui devaient souffrir la guerre de Sept ans.— Ah! ça, François, te voilà savant en histoire!.fit l'oncle en frappant amicalement sur l'épaule du garçonnet.— Nous parlons de nos promenades à la maison, répondit modestement celui-ci.Alors, papa, maman, mes frères et soeurs aînés, Thérèse, moi, tous, tous, nous nous penchons sur l'histoire du Canada.Nous apprenons combien de grandes choses, ignorées jusque là.Puis, Thérèse et moi, nous repassons tout cela avant de nous rencontrer de nouveau.— C'est bien, cela, mes petits cousins.Si tous les enfants de votre âge en faisaient autant, nous aurions une forte génération de patriotes, éclairés, instruits, des âmes sans compromissions.Eh! petits cousins, essayez donc de faire quelques conversions.— C'est difficile, fit Thérèse, pensive et lointaine, mais.nous essaierons tout de même, n'est-ce pas, François?Nos amis aiment le ski. L'OISEAU BLEU 253 en hiver, le tennis ou la balle au camp en été.l'histoire, parfois seulement.— Mes jeunes amis, demanda l'oncle et cousin Etienne, si nous faisions quelques pas de plus dans cette même rue Notre-Dame, de façon à nous trouver juste au-dessus des établissements et de la gare de la Place Viger?— Avec plaisir, le soleil de mars est si bon, si chaud aujourd'hui, répondit Hélène pour tous.D'ailleurs, notre marche est lente, coupée, mais couvre peu de distance.— Voyez-vous, reprit l'oncle, malgré que nous n'apercevions en l'endroit où nous serons aucune plaque commemorative, il y aura de belles visions rétrospectives du passé à faire renaître et ces visions nous ramèneront à nos dernières plaques à voir.— Nous sommes tout oreilles, tout yeux, dirent en choeur les promeneurs.— Faites aussi appel à votre imagination, dit l'oncle en souriant.Car il vous faut dès maintenant substituer aux tableaux actuels trois autres images de jadis.D'abord, pendant toute la paisible jeunesse de votre oncle, nous disions en nous rendant où nous allons: "En route pour le carré et la gare Dalhousie!" En y atteignant, nous avions devant nous une gare qui avait l'apparence d'un magasin de nouveautés avec ses larges fenêtres.Pour prendre le train, il fallait descendre un long, long escalier, car toute cette place Dalhousie s'étayait sur une eminence, vieille de plus de deux siècles, je vous assure.— Dalhousie?interrogea Hélène.C'est le nom d'un de nos gouverneurs anglais, il me semble.— Oui, ce fut en l'honneur de George Ramsay, neuvième comte de Dalhousie, gouverneur du Canada de 1819 à 1828, que cette place fut ainsi appelée.Louis-Joseph Papineau eut des démêlés parlementaires retentissants avec ce noble lord.Il aima les lettres, outre la politique, ce gouverneur, puisqu'on le vit beaucoup aider à la fondation de notre première société savante au Canada, la Société littéraire et historique de Québec.Elle fut bilingue, comme on sait.Sur cette place publique s'éleva jusqu'à ces dernières années notre cher hôpital Notre-Dame.Ah! nous y voici, Place Dalhousie.Changeons maintenant le film que veut bien dérouler Sa Majesté le Souvenir.Bon.Nous sommes en l'an 1686, sous le règne du gouverneur prudent, habile, élégant, très brave, qui eut nom Louis-Hector, chevalier de Callières.Montréal renfermait un peu plus de 647 âmes, chiffre officiel de l'année précédente.M.de Callières ne s'était préoccupé depuis quelques mois que d'élever au plus tôt des fortifications autour de Montréal.La ville n'avait eu jusque là ni clôture, ni réduit.Et ces fortifications, revoyez-les avec moi en face de nous.Les frontières de la ville, du côté de l'est, étaient alors ici.Une forte palissade en pieux s'y voyait avec un magasin à poudre.Cela t'intéresse beaucoup, François?Quels yeux tu fais! — Elle avait quelle hauteur, cette palissade, cousin?fit le garçonnet, tout entier, en effet, à la vision évoquée.— Oh! quinze pieds certainement.— Et c'était suffisant pour messieurs les Iroquois?demanda Marie, railleuse.— A peine suffisant, en effet, mais au moins, ils voyaient se dresser un obstacle entre eux et les victimes convoitées.— Une clôture de bois! M.de Callières aurait sans doute rêvé mieux, fit Hélène, en souriant.— Certes! Mais les demandes de la petite colonie d'outre-mer n'étaient pas toujours exaucées en ces temps.Versailles se trouvait loin et occupé de tant d'autres choses.— Ces fortifications, dit soudain Thérèse, qui avait écouté attentivement jusqu'ici, où commençaient-elles, où finissaient-elles?Etienne de LAFONT (A suivre) AU TABLEAU D'HONNEUR DES PROPAGANDISTES Impossible de le nier.Les plus ardents propagandistes de Y Oiseau bleu sont les élèves du Jardin de V Enfance de Y Institution des Sourdes-Muettes, 3725, rue Saint-Denis, à Montréal.Ce sont des as, proportionnellement â, leur nombre.Ils ont vendu 55 exemplaires du numéro de mars.Bravo! trois fois bravo! Est-ce que le tirage de Y Oiseau bleu monterait un peu, s'ils avaient plus d'imitateurs! Honneur aussi aux membres du Cercle des Oisillons.Ils ne le cèdent pas aux autres quand il s'agit de faire leur part.Voici le nom de ceux qui ont conservé le plus de points le mois dernier.L'Oiseau bleu leur offre ses félicitations les plus sincères: 5e année, M.Jean Dumas.99% 4e année, M.Anthimc Bergeron.96% 3e année, M.Jean Saint-Denis.96.5% 2e année, M.Roger Parent.95.5% 1ère année ,M.Guy Rheault.93% 254 L'OISEAU BLEU Concours Mensuels CONCOURS D'AVRIL 1936 1 — Corrigez: a) J'ai acheté une douzaine de "cocotiers".b) J'ai nettoyé le "bain".c) Remettez-moi ma "plume-fontaine".2 — Je suis, avec ma tête, un fleuve d'Asie Et, privé de ma tête, le ciel est ma patrie.3 — Trouvez l'adjectif dérivant de: a) palais, 6) bouche, c) lèvre, d) grappe, e) guerre (autre que guerrier), f) nez.Faire parvenir ses solutions, au plus tard, le 16 mai, à L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent, Montréal, P.Q.Canada.Concours d'avril 1936.Résultat du concours de mars 1936 1 — Expliquer: a)On tirerait plutôt de Vhuile d'un mur.Se dit d'une personne dont on ne peut rien tirer.b)Payer quelqu'un en monnaie de singe.Se moquer de lui au lieu de lui donner satisfaction.2— Exprimer par un seul mot: a)Qui n'a pas de voix.Aphone.fr)Qui n'a pas de nom.Anonyme, innommé.c) Remède qui apaise la fièvre.Fébrifuge.d)Rcmède qui chasse les vers.Vermifuge.S — Métagramme: Tourbe, bourbe, courbe, fourbe.* * * Ce concours a suscité plus d'intérêt que celui de février.Cent quatre-vingt-deux jeunes lecteurs ont répondu aux questions posées et la plupart — vingt-deux ou vingt-trois exceptés —ont trouvé la réponse exacte.L'arrivée de l'Oiseau bleu est saluée avec joie en plusieurs endroits, à Saint-Pierre-Jolys, Manitoba, par exemple.Plus de trente concurrents sont de cette paroisse manitobaine.Est-ce un sens national plus éveillé, est-ce la lutte plus vive que ces écoliers ont livrée, qui les incitent à tout saisir, à ne rien laisser passer, à s'aguerrir pour les combats de demain?On le dirait.Bel exemple que les écoliers de notre province pourraient imiter.Il faut signaler dans le Québec le zèle des élèves du pensionnat de Sainte-Anne, à Saint-Gabriel-de-Brandon, comté de Berthier, du pensionnat des Saints-Anges, à Saint-Jérôme, comté de Terrebonne, des académies Sainfe-Anaslasie et Sainte-Philomène, à Montréal.Jj Oiseau bleu se garde bien d'oublier les dévouées institutrices qui encouragent leurs écoliè/es, qui les stimulent, qui leur indiquent au besoin la voie à suivre pour arriver au succès.Elles doivent en être récompensées par une plus grande application en classe, par un désir plus ardent de s'instruire de la part de celles qu'elles forment ainsi avec une abnégation admirable.La période des examens approche.Votre premier souci est de les bien préparer.Jj'Oiseaii bleu est de votre avis.N'allez pas pour cette raison mettre de côté ses concours mensuels.Il ne le faut pas, non, non! Cherchez et vous trouverez.Quelques instants de réflexion suffiront.Il ne vous restera plus qu'à saisir votre plume et à faire connaître votre réponse à l'Oiseau bleu.Par esprit d'économie, que trois, six, dix, vingt même les lui adressent sous un même pli en ayant soin de l'affranchir suffisamment.Votre chance de gagner n'en sera pas diminuée pour cela.Tous les concurrents sont égaux au tirage au sort.Celui-ci a favorisé ce mois-ci: Mlle Huguette Beauchemin, 5426, 3e Avenue, Rosemont, Montréal.Académie Sainte-Philomène, Mlle Gabrielle Plouffe, Saint-Jérôme, Comté de Terrebonne, P.Q.Pensionnat des Saints-Anges.Mlle Thérèse Frechette, Saint-Gabriel-de-Brandon, Comté de Berthier, P.Q.Pensionnat de Sainte-Anne.Mlle Bertha Fontaine, Saint-Pierre-Jolys, Manitoba.Couvent des Soeurs des SS.Noms de Jésus et de Marie.Mlle Béatrice Hubert, Case postale 30, Rimouski, P.Q.Mlle Louise Lévesque, 6100, rue La Fontaine, Montréal.Ecole Saint-Herménêgilde. L'OISEAU BLEU 255 Une page d'histoire LE DR JACQUES LABRIE 1784-1831 Jacques Labrie vit le jour à Saint-Charles, comté de Bellechasse, le 4 janvier 178I.Son père s'appelait Jacques et sa mère Marie-Louise BroUfiseau.yon ancêtre, originaire de la ville de Saintes, arriva au Canada en 1685: il était simple soldat.Le curé de Saint-Charles, M.l'abbé Louis-P.Sarault, s'intéressa de près au jeune Labrie en raison de son goût pour l'étude et de la droiture de son jugement.Il se constitua donc son professeur d'éléments latins, puis le dirigea vers le petit séminaire de Québec, afin de lui permettre de terminer son cours classique.Le Dr François-Xavier Blanchet l'accueillit auprès de lui et lui enseigna les rudiments de la médecine en excellent médecin qu'il était.Ardent patriote, il se préoccupa de le préparer, de l'initier à l'action patriotique, à l'action sociale aussi.Entre deux leçons de dissection, le jeune Labrie trouva le temps de publier dans le Courrier de Québec, qu'il avait fondé avec F.Perreault et Louis Plamondon, des articles sur la politique canadienne, d'allure modérée.Par tempérament, il s'opposait à la violence.Avec l'aide de son bienfaiteur, le Dr Blanchet, l'étudiant-journaliste se rendit en 1807 à Edimbourg, capitale de l'Ecosse, et en revint l'année suivante avec son diplôme de médecin.Il tenta d'exercer sa profession à Montréal, mais préféra aller à Saint-Eustache, dans le comté des Deux-Montagnes.C'est la qu'il va déploj'er une activité fébrile.11 abusera même de ses forces et mourra prématurément sur la brèche le 26 octobre 1831.Sa vie fut toute consacrée à amélioier le sort de ses compatriotes, à les instruire de leurs devoirs, à relever leur niveau intellectuel.C'est ainsi qu'il établit et dirigea lui-même deux é-coles supérieures à Saint-Eustache: celle des filles était en pratique une école normale.Élu député en 1827, il travailla en cette qualité à faire adopter des lois dont il surveilla la mise en vigueur en s'imposant la tâche de visiter toutes les écoles de sa paroisse et de son comté.Il s'occupait de tout: embellissement, confort, programmes d'études, rédaction de manuels d'histoire du Canada et de géographie.Il exerça sa charité envers les pauvres et l'oeuvre capitale de la colonisation ne le laissa pas indifférent.Chacun se demandera comment il a pu trouver, au milieu de ce surmenage, assez de loisirs pour composer une Histoire du Canada, qui aurait formé trois ou quatre volumes et dont le manuscrit périt dans l'incendie de Saint-Benoît en 1838.Ce fut là son secret.Bel exemple de ténacité, d'optimisme créateur, d'héroïsme même! Les Canadiens français, a l'instar de ceux qu'ils considèrent comme des précurseurs, doivent organiser avec grand soin leur vie intellectuelle et économique.Est-ce que La Sauvegarde, seule compagnie d'assurance-vie canadienne-française, ne doit pas être la première société à recevoir leur encouragement et leur appui ?Les réserves abondantes qu'elle possède é-tablissent clairement sa solidité et sa solvabilité.Appliquons-nous donc tous à étendre le champ de son influence en achetant nos polices d'assurances dans La Sauvegarde. Encourageons nos enfants.LIVRES DE PRIX Récompenses scolaires Livres de prix, collections canadiennes "GRANGER" Volumes de tous formats: cartonnage de fantaisie; brochures reliures demi-toile; tranches dorées Livres français importés de France et de Belgique Belles collections d'auteurs classiques Livres de prières.Chapelets, Crucifix, Médailles d"honneur Couronnes blanches, Plaquettes tous genres Plumes-réservoir, Crayons automatiques Coffrets remplis, Herbiers, Albums.Nos catalogues du gros sont à la disposition des professeurs et des commissions scolaires.54 Ouest, Notre-Dame GRANGER FRERE5 LAncaster 2171 RENTIER EN 1936 Autrefois, pour devenir rentier, il fallait attendre 20 ans: aujourd'hui, vous n'attendez plus que 3 mois.Voulez-vous recevoir votre rente viagère dès cette année?Quelle est la somme dont vous pouvez disposer?Nous dire aussi votre âge, car l'amortissement du capital est basé sur fa probabilité de vie.En attendant, retenez bien ceci: cette rente est garantie.Avec participiation.Nous allons vous l'expliquer.Au long.A titre gracieux.* CAISSE « NATIONALE D'ECONOMIE MONTREAL 55 0., S.-Jacques HA.3291 1 Imprimerie Populaire Limitée
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