L'oiseau bleu /, 1 janvier 1936, décembre
PER CON REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE POUR LA JEUNESSE PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XVII — No 5 MONTREAL, DECEMBRE 1936 Le numéro : 10 sous Le fils du roi mit Cendrillon à la place d'honneur et ensuite la prit pour la mener danser. 98 L'OISEAU BLEU Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! Le sapin de T^pël Le frère des buis et des houx, Le sapin des arpents de neige, Jouit, au pays de chez nous, D'un liturgique privilège.Près de la Crèche, le hameau Erige encore dans l'église La parure du baliveau, Qu'une étoile argentine irise.Suivant le rituel ancien De la divine nuit de fête, Le petit sapin canadien Est enguirlandé jusqu'au faîte.L'arbre se dresse, endimanché, Sous les velours verts qu'il étale, Tel, vêtu d'un satin broché, Le portechape dans la stalle.On raconte que, certain soir, A travers le givre et la mousse Du bucolique reposoir, Glisse une berceuse tout douce.Est-ce le sapin de Noël Dont le murmure, avec mystère, Se mêle aux musiques du ciel Et berce l'Enfant solitaire ?Nérée BEAUCHEMIN (Patrie Intime) CP L'OISEAU BLEU 99 CONTE DE FÉES CENDCILLCN par CHARLES PERRAULT JL était une fois un gentilhomme qui épousa, en secondes noces, la femme la plus orgueilleuse et la plus désagréable qu'on eût jamais vue.Elle avait deux filles qui lui ressemblaient en toutes choses.Le mari avait, de son côté, une jeune fille, mais d'une douceur et d'une bonté sans égales; elle tenait cela de sa mère, qui avait été la meilleure personne du monde.Les noces ne furent pas plus tôt faites que la belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur: elle ne put souffrir les bonnes qualités de cette enfant, qui faisait paraître ses filles encore plus haïssables.Elle la chargea des plus pénibles occupations de la maison: la pauvre enfant nettoyait la vaisselle et les escaliers, frottait la chambre de madame et celle des demoiselles ses filles; elle couchait tout en haut de la maison, dans un grenier, sur une méchante paillasse, pendant.que ses soeurs étaient dans des chambres parquetées où elles avaient des lits à la mode, et des miroirs où elles se voyaient depuis les pieds jusqu'à la tête.La jeune fille souffrait tout avec patience et n'osait s'en plaindre à son père, qui l'aurait grondée, parce que sa femme le gouvernait entièrement.Lorsqu'elle avait fait son ouvrage, elle allait se mettre au coin de la cheminée et s'asseoir dans les cendres; c'est pourquoi on l'appelait dans le logis: Cendrillon.Cependant, avec ses auvres habits, Cendrillon était cent fois plus elle que ses soeurs, quoique magnifiquement vêtues.Il arriva que le fils du roi donna un bal; nos deux demoiselles y furent invitées.Les voilà bien aises et fort occupées à choisir les habits et les coiffures qui leur siéront le mieux.Nouvelle peine pour Cendrillon, car c'était elle qui repassait le linge de ses soeurs et qui plissait leurs manchettes.On ne parlait que de la manière dont on s'habillerait.— Moi, dit l'aînée, je mettrai mon costume de velours rouge et ma garniture d'Angleterre.— Moi, dit la cadette, je n'aurai que ma jupe ordinaire; mais, en revanche, je mettrai mon manteau à fleurs d'or et ma chaîne de diamants, qui n'est pas des plus vilaines.Elles furent près de deux jours sans manger, tant elles étaient transportées de joie.On rompit plus de douze lacets, à force de les serrer pour leur rendre la taille plus menue, et elles étaient toujours devant le miroir.Enfin, l'heureux jour arriva.Quand il s'agit de les coiffer, elles appelèrent Cendrillon pour lui demander son avis, car elle avait le goût bon.Cendrillon les conseilla le mieux du monde et s'offrit même à les coiffer: ce qu'elles voulurent bien.En les coiffant, elles lui disaient: — "Cendrillon, serais-tu bien aise d'aller au bal?— Hélas! Mesdemoiselles, vous vous moquez de moi; ce n'est pas là ce qu'il me faut.— Tu as raison: on rirait bien, si on voyait une Cendrillon aller au bal." Une autre que Cendrillon les aurait coiffées de travers; mais elle était bonne, et elles les coiffa parfaitement bien.Une fois revêtues de leurs plus beaux atours, elles partirent et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu'elle put.Lorsqu'elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer.Sa marraine, la voyant tout en pleurs, lui demanda ce qu'elle avait."Je voudais bien.je voudrais bien." Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever.Sa marraine lui dit: "Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas?— Hélas! oui, dit Cendrillon en soupirant.— Eh bien! seras-tu bonne fille?reprit la marraine; je t'y ferai aller." Elle lui dit ensuite: "Va dans le jardin et apporte-moi une citrouille." Cendrillon alla aussitôt cueillir la plus belle qu'elle put trouver et la porta à sa marraine, ne pouvant deviner comment cette citrouille pourrait la faire aller au bal.Sa marraine creusa la citrouille et, n'ayant laissé que l'écor-ce, la frappa de sa baguette: la citrouille fut aussitôt changé en un beau carrosse tout doré.Ensuite, la Fée alla regarder dans la souricière, où elle trouva six souris, toutes en vie.Elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la souricière: à chaque souris qui sortait, elle lui donnait un coup de sa baguette, et la L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Directeur: Alphonse de la Rochelle.La revue ne parait pas en Juillet et en août.i: 100 L'OISEAU BLEU souris était aussitôt changée en un beau cheval; ce qui fit un bel attelage de six chevaux, d'un beau gris-de-souris pommelé.Comme elle était en peine de quoi elle ferait un cocher: "Je vais voir, dit Cendrillon, s'il n'y a pas quelque rat dans la ratière; nous en ferons un cocher.— Tu as raison, dit sa marraine, va voir." Cendrillon lui apporta la ratière, où il y avait trois gros rats.La Fée en prit un d'entre le3 trois, à cause de sa grande barbe, et l'ayant touché, le changea en un gros cocher qui avait une des plus belles moustaches qu'on ait jamais vues.Ensuite, elle dit à Cendrillon: "Va dans Je jardin: tu y trouveras six lézards derrière l'arrosoir.Apporte-les-moi." Elle ne les eut pas plus tôt apportés que sa marraine les changea en six laquais, qui montèrent aussitôt derrière le carrosse avec leurs habits chamarrés.Ils s'y tenaient attachés comme s'ils n'eussent fait autre chose de leur vie.La Fée dit alors à Cendrillon: "Eh bien! voilà de quoi aller au bal: n'es-tu pas bien aise?— Oui, mais est-ce que j'irai comme cela, avec mes vilains habits?" Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et aussitôt ses pauvres vêtements furent changés en des habits d'or et d'argent, chamarrés de pierreries.Elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus jolies du monde.Lorsque Cendrillon fut ainsi parée, elle embrassa la Fée et monta en carrosse; mais sa marraine lui recommanda, par-dessus tout, de ne pas dépasser minuit, l'avertissant que, si elle restait au bal un moment de plus, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, son cocher un rat, ses laquais des lézards, et que ses habits reprendraient leur première forme.Elle promit à sa marraine qu'elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit.Elle part, ne se sentant pas de joie.Le fils du roi, averti qu'il venait d'arriver une belle princesse qu'on ne connaissait point, courut la recevoir.Il lui donna la main à la descente du carrosse et la mena dans la salle où était la compagnie.Il se fit alors un grand silence; on cessa de danser et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler la beauté de cette inconnue.On n'entendait qu'un bruit confus: "Ah! qu'elle est belle." Le roi même, tout vieux qu'il était, la regardait avec admiration et disait tout bas à la reine que depuis bien longtemps il n'avait vu une si gracieuse personne.Toutes les dames étaient attentives à considérer sa coiffure et ses habits, pour en avoir, dès le lendemain, de semblables, pourvu qu'il se trouvât des étoffes assez belles et des ouvriers assez habiles.Le fils du roi la mit à la place d'honneur et ensuite la prit pour la mener danser.Elle dansa avec tant de grâce qu'on l'admira encore davantage.On apporta une fort belle collation dont le jeune prince ne mangea point, tant il était occupé à la considérer.Elle alla s'asseoir auprès de ses soeurs et leur fit mille honnêtetés; elle leur fit goûter des oranges et des citrons confits que le prince lui avait offerts, ce qui les étonna fort, car elles ne la reconnaissaient point.Pendant qu'elles causaient ainsi, Cendrillon entendit sonner onze heures trois quarts; elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie et s'en alla le plus vite qu'elle put.En arrivant, elle trouva sa marraine qui l'attendait, et, après l'avoir remerciée, elle lui dit qu'elle souhaiterait bien aller encore le lendemain au bal, parce que le fils du roi l'en avait priée.Comme elle était occupée à raconter à sa marraine tout ce qui s'était passé au bal, les deux soeurs heurtèrent à la porte.Cendrillon alla leur ouvrir."Que vous avez été longtemps à revenir!" leur dit-elle en bâillant, en se frottant les yeux et en s'étirant comme si elle n'eût fait que de se réveiller.Fjlle n'avait cependant pas eu envie de dormir depuis qu'elles s'étaient quittées."Si tu étais venue au bal, lui dit une de ses soeurs, tu ne t'y serais pas ennuyée.Il est venu la plus belle princesse, la plus belle qu'on puisse voir; elle nous a fait mille civilités, elle nous a donné des oranges et des citrons." Cendrillon leur demanda le nom de cette princesse; mais elles lui répondirent qu'on ne la connaissait point, que le fils du roi en était fort en peine, et qu'il donnerait toutes choses au monde pour savoir qui elle était.Cendrillon sourit et leur dit: Elle était donc bien belle?Mon Dieu! que vous êtes heureuses.Ne pourrais-je point la voir aussi?Hélas! Javotte, prêtez-moi votre habit jaune que vous mettez tous les jours.— Vraiment, dit mademoiselle Javotte, je suis de cet avis.Prêter mon habit à une vilaine Cendrillon comme cela?Il faudrait que je fusse bien folle." Cendrillon s'attendait à ce refus, et elle en fut bien aise, car elle aurait été grandement embarrassée, si mademoiselle Javotte eût bien voulu lui prêter son habit. L'OISEAU BLEU 101 Le lendemain, les deux soeurs allèrent au bal et Cendrillon aussi, mais encore plus paré?que la première fois.Le fils du roi fut toujours auprès d'elle et ne cessa de lui tenir des propos aimables.La jeune demoiselle ne s'ennuya point et oublia ce que sa marraine lui avait recommandé; de sorte qu'elle entendit sonner le premier coup de minuit, lorsqu'elle ne croyait point qu'il fût encore onze heures.Elle se leva et s'enfuit aussi légèrement qu'aurait fait une biche.Le prince, qui la suivit, ne put l'attraper; mais elle laissa tomber une de ses pantoufles de verre, qu'il ramassa, bien soigneusement.Cendrillon arriva chez elle, tout essoufflée, sans carrosse, sans laquais et avec ses vilains habits; rien ne lui était resté de sa magnificence qu'une de ses petites pantoufles, la pareille de celle qu'elle avait laissée tomber.Le prince demanda aux gardes du palais s'ils n'avaient point vu sortir une princesse: ils dirent qu'ils n'avaient vu sortir personne, excepté une jeune fille fort mal vêtue.Quand les deux soeurs revinrent du bal, Cendrillon leur demanda si elles s'étaient encore bien diverties et si la belle dame y avait été.Elles dirent que oui, mais qu'elle s'était enfuie, lorsque minuit avait sonné, et si prompte-ment qu'elle avait laissé tomber une de ses petites pantoufles de verre, la plus jolie du monde; que le fils du roi l'avait ramassée et n'avait fait que la regarder pendant tout le reste du bal, et qu'assurément il pensait beaucoup à la belle personne à qui appartenait la petite pantoufle.Elles disaient vrai; car, peu de jours après, le fils du roi fit publier, à son de trompe, qu'il épouserait celle dont le pied irait juste à la pantoufle.On commença à l'essayer aux demoiselles de la cour, mais inutilement.On l'apporta ensuite chez les personnes de la ville, et on la présenta aux deux soeurs, qui firent tout leur possible pour y faire entrer leur pied; mais elles n'en purent venir à bout.Cendrillon, qui les regardait et qui reconnut sa pantoufle, dit en riant: "Que je voie si elle pourrait m'aller?" Les deux soeurs se mirent à rire et à se moquer d'elle.Le gentilhomme qui faisait l'essai de la pantoufle, ayant regardé attentivement Cendrillon, et la trouvant fort belle, dit que cela était très juste, et qu'il avait ordre de l'essayer à toutes les jeunes filles.Il fit asseoir Cendrillon et, approchant la pantoufle de son petit pied, il vit qu'il y entrait sans peine et que la pantoufle lui allait parfaitement bien.L'étonnement des deux soeurs fut grand, mais plus grand encore quand Cendrillon tira de sa poche l'autre petite pantoufle qu'elle mit à son pied.Là-dessus arriva la marraine, qui, ayant donné un coup de baguette sur les habits de sa filleule, les fit devenir encore plus magnifiques que tous les autres.Alors les deux soeurs reconnurent Cendrillon pour la belle personne qu'elles avaient vue au bal.Elles se jetèrent à ses pieds pour lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu'elles lui avaient fait souffrir.Cendrillon les releva et leur dit, en les embrassant, qu'elle leur pardonnait de bon coeur et qu'elle les priait de l'aimer bien toujours.On la mena chez le jeune prince, parée cornue elle l'était.Il la trouva plus belle que jamais; et, peu de jours après, il l'épousa.Cendrillon, qui était aussi bonne que belle, fit loger les deux soeurs au palais et les maria, dès le jour même, à deux seigneurs de la cour.MORALITÉ Ce conte vous fait voir combien la modestie et la bonté l'emportent en mérite sur l'orgueil et l'ostentation.Cendrillon, avec sa grâce toute simple, finit par épouser le prince, qui, certes, n'aurait pas voulu de ses soeurs, malgré tout le raide fracas de leurs grands airs et de leur allure.Remarquez aussi la générosité de la jeune fille, qui, devenue riche, fait le bonheur de ses soeurs, oubliant tous les maux qu'elles lui avaient causés.RIONS UN PEU — Tu vois, Ginette, là-haut, c'est le croissant de la lune; dans huit jours, elle sera ronde.— Et quand sera-t-elle carrée, maman?— Quel est le contraire de sceptique?Le fils du médecin — Antiseptique, Monsieur.Madame — Quel ennui! impossible de savoir l'heure: toutes les pendules sont arrêtées et ma montre également.Simone — Je vais courir au jardin consulter le cadran solaire.— Mais, petite étourdie, il fait nuit.— Cela ne fait rien, je prendrai une lanterne.— Suzette, si tu es bien sage à Pâques, je te donnerai un oeuf.— Oh! ma tante, j'aimerais mieux une poule. 102 L'OISEAU BLEU yOICI le récit tel que l'a fait le R.P.J.-A.Guertin, missionnaire zélé de la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée.Oui, ce devait être le plus petit des chantiers de la Rivière Noire.Pourtant une cinquantaine d'hommes, assis en cercle, se serraient les coudes et se chauffaient autour d'un poêle où se consumaient des bûches d'érable et de merisier.Ces fiers gaillards qu'un même travail avait réunis étaient originaires des quatre coins de la province de Québec.Quelques-uns venaient de Sorel; ils étaient renommés pour la vigueur de leurs bras.D'autres avaient vu le jour au Bie ou à Rimouski.La nostalgie de leur beau Saint-Laurent les rendait tristes.Que de fois leurs yeux ne l'avaient-ils pas contemplé, tantôt majestueux, lorsqu'il coule vers l'Atlantique, tantôt puissant et déchaîné par la tempête, quand il vient se briser avec fracas sur les rochers du rivage.La plupart néanmoins avaient fait leur apprentissage de la forêt aux environs de Hull, nouvel établissement de colonisation, dont les foyers se multipliaient à vue d'œil autour d'une petite chapelle à toiture peinte en rouge.Quoique d'origines si diverses, tous étaient rompus au dur métier de bûcheron.Ils savaient manier la hache comme un notaire la plume.Ils possédaient de plus cette qualité bien française qu'est la gaieté.Leur belle humeur les poussait à ehanter pendant les longues veillées les joyeux refrains apportés jadis de la France par leurs valeureux ancêtres.Ce soir-là, ils restaient là, assis, les coudes appuyés sur les genoux, silencieux, leur tricot de laine boutonné jusqu'au cou, les yeux rivés avec obstination sur la flamme du foyer.Pas une chanson, pas une histoire, pas une parole.Pierre Duval, conteur infatigable, n'en finissait pas de bourrer sa pipe et de la débourrer.Louis Morin, le violoneux, ne réussissait pas à se défendre contre la fumée qui pique et rougit les paupières.Antoine Lévêque, un enfant de seize ans — le plus jeune de la bande — après avoir quitté la table, le cœur gros de chagrin, s'était enfermé dans son "tiroir à momies" et se roulait en soupirant sur sa couchette de sapin.Un nuage de tristesse s'étendait comme un suaire sur ce camp de bûcherons, si gais et si enjoués d'habitude.Comment cos rudes ouvriers rompus à tous les contretemps, endurcis au froid et aux rigueurs de l'hiver canadien, s'étaient-ils laissé abattre ainsi?Une pensée, un souvenir, avaient suffi à les jeter dans cet état d'esprit.Ce soir-là, c'était la veille de Noël.Et alors?Alors, voilà que dans ces âmes neuves et frustes, des désirs s'étaient réveillés en eux: une soif insoupçonnée d'émotions religieuses, une faim insatiable du bon pain de chez nous, pétri et servi par les mains d'une mère, d'une sœur et d'une épouse.Sans se lasser et sans rompre ce lourd silence qui pesait sur eux, tous suivaient le lent travail de la braise rouge et or.Parfois, pour attiser le feu, l'un d'eux y jetait un rameau de sapin ou d'épinette.La flamme dès qu'elle atteignait la résine s'élançait haute et droite avec des crépitements.Ces chrétiens avaient l'illusion de voir se profiler dans l'ombre la silhouette d'un clocher.Dans les interstices des tisons, plusieurs croyaient distinguer des autels et des vitraux illuminés, tandis que d'autres, l'oreille attentive, semblaient percevoir dans le bourdonnement du bois qui éclate soudain sous la morsure du feu mille échos lointains: des carillons de fête, des modulations d'orgues, même des lambeaux de cantiques, de cantiques de Noël, qui avaient enchanté leur enfance.Tout à coup, Louis Morin dressa vivement la tête.— Ecoutez, écoutez, c'est un son de clochette que j'entends là.— C'est le premier coup de la messe de minuit, répondit Pierre Duval, avec un soupir de regret.A ce moment, la porte du chantier s'ouvrit avec grand bruit et un petit homme nerveux sauta, bondit par-dessus le seuil la figure toute blanche de frimas. L'OISEAU BLEU 103 — Bonsoir, mes bons amis! Suis-je à temps pour le réveillon?Tout interdits par cette arrivée soudaine, les bûcherons se regardent un instant, puis un cri spontané, formidable, un cri fait de surprise, de joie et de délivrance, un cri poussé par cinquante poitrines vigoureuses ébranla la forêt jusque dans ses profondeurs.Hourra pour le Père Reboul! Pendant un instant, ce fut un échange rapide de poignées de main énergiques, un flot d'exclamations joyeuses, d'éclats de rire sonore et de questions sans réponse.La digue était rompue.— Allons, mes bons amis, interrompit le Père Reboul, il n'y a pas une minute à perdre, si vous voulez avoir la messe de Minuit.Je vais réciter mon bréviaire; pendant ce temps, préparez l'autel.Vous voulez tous communier, n'est-ce pas?C'est entendu.Et toi, Moriu, que ton archet nous fasse de la belle musique.En un clin d'œil, la toilette du chantier fut faite.Tout fut bientôt mis en place: les cierges, le missel et les burettes.Pendant que les plus âgés, le cœur gonflé, l'œil humide, défilaient tour à tour aux genoux du Père Reboul pour se confesser, Antoine Levêque, sorti de sa cachette et tout à fait consolé, s'acharnait à battre du marteau au coin du foyer.L'enfant ne pouvait pas comprendre une messe de Minuit sans crèche et il prétendait en construire une avec une boîte de vermicelle, des branches de sapin et du frimas.authentique.Ses compagnons, touchés de cette foi naïve, fouillèrent à la hâte leur sac de toile écrue.et les poches de leur veston; ils feuilletèrent les pages jaunies de leurs paroissiens romains.Bientôt la crèche improvisée fut tapissée d'images pieuses et ornée de statuettes représentant tous les saints du paradis.Une seule chose leur manquait et c'était bien la principale: la statue de l'Enfant-Jésus.Tous se consultèrent.Ils voulaient en fabriquer une avec de la neige blanche de la forêt.— Elle vous fondra dans les mains, fit remarquer le chef-cuisinier avec raison; prenez plutôt ma farine à pâtisserie.Ils en étaient là, quand le Père Reboul, mis au courant, envoya chercher une poignée de paille à l'étable et en couvrit le fond de la boîte; puis, détachant lentement son crucifix de missionnaire, il le baisa avec respect et le déposa sur la litière en disant: Celui-ci nous suffira pour ce soir.Et la messe commença.Que se passa-t-il alors, dans cet obscur chantier, entre le ciel et la terre?La légende nous a conservé bien des versions.Tout ce que l'on sait, c'est que jamais, sous les arceaux des vieilles cathédrales, cantiques de Noël ne furent chantés avec autant d'âme et enlevés avec un pareil brio.Ce que l'on sait, c'est que le vieil apôtre-missionnaire dut se reprendre en trois l'ois pour faire son sermon.Ce que l'on sait, c'est qu'au moment de l'action de grâce, quand le Père annonça: "Un Pater et un Arc pour vos parents, vos femmes et vos petits enfants," tous lui répondirent par un sanglot.Ce que l'on sait enfin, c'est que cette messe de Minuit, qui se termina les larmes aux yeux, ne fut jamais surpassée.Tant il est vrai d'affirmer que dans toute âme française, âme de bûcheron ou de laboureur, quand la foi du baptême et la charité s'y trouvent, on peut attendre tout le reste et que là où passe l'Enfant-Jésus caché dans la sainte Hostie, il y a gloire à Dieu dans le ciel et, sur la terre, paix et joie pour les âmes de bonne volonté.RIONS UN PEU La dame au petit mendiant — Voyons, mon enfant, on ne sonne pas à 8 heures du soir pour demander l'aumône.Le gamin — Je vais vous dire, ma bonne dame, la vie est si difficile que je suis obligé de faire des heures supplémentaires. 104 L'OISEAU BLEU PROPAGANDE Abonnez^vous à /OISEAU BLEU Je suis heureux d'inscrire au ceux qui, par leur active propagande, ont le plus contribué à faire connaître et à répandre / OISEAU BLEU.L'académie Saint-Arsène, 6972, rue Christophe-Colomb, Montréal.L'académie Marguerite-Bourgeoys, 2040, rue Plessis, Montréal.L'école Saint-Hyacinthe, Couvent de la Présentation de Marie, 22, rue Walker, Westbrook, Maine.L'école des Saints-Anges, 1361, boul.St-Joseph est, Montréal.L'école primaire supérieure Le Plateau, 3700, avenue Calixa-Lavallée, Montréal.L'académie Madeleine-de-Verchères, 6017, rue Cartier, Montréal.Le pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, Chemin Sainte-Catherine, Outremont.L'académie Sainte-Cécile, 7347, rue de Gaspé, Montréal.L'académie Notre-Dame-de-la-Paix (garçons), 3500, rue Wellington, Verdun.L'école du Saint-Nom-de-Jésus, 1659, rue Desjardins, Montréal.L'école Notre-Dame-du-Très-Saint-Sacrement, 465, avenue du Mont-Royal est, Montréal.L'académie commerciale des RR.FF.Maristes, Chicoutimi, P.Q.L'académie Sainte-Mélanie, 819, rue du Collège, Montréal.L'académie Notre-Dame, 83, ave des Oblats, St-Sauveur, Québec, L'académie des SS.de l'Assomption, , rue Maple, Spencer, Mass.Le pensionnat de la Cong, de Notre-Dame, Pointe-aux-Trembles, Montréal.Sincères remerciements.LE DIRECTEUR L'OISEAU BLEU 105 Deux pauvres petits enfants Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC (Suite) Quitter cette infâme demeure, tel était maintenant l'unique désir d'André et de sa soeur.Le jeune homme avait appris de la bouche même de Fainéant la cupidité, la malhonnêteté et la cruauté des maîtres de ce logis.D'ailleurs, il trouvait, lui aussi, la vie dure à "l'Auberge du Cheval noir".On le faisait travailler comme un mercenaire tout en lui ménageant la nourriture.Jamais il ne pouvait manger à sa faim et il sentait peu à peu ses forces dépérir.De l'aube jusqu'à la nuit, beau temps mauvais temps, il cassait de la pierre au moyen d'un énorme pic de fer dont la lourdeur lui arrachait les bras.Cette tâche trop lourde l'exténuait et, pour le payer de sa peine, Frédéric, qui trouvait toujours son travail insuffisant.1 accablait de reproches et d'injures.Le dos courbé, les membres las, maigre et brisé, chaque soir il revenait à la maison, plus sombre et plus triste qu'un forçat.Il ne lui restait qu'une joie: c'était le sourire de sa soeur, de sa bonne petite soeur, qui, sous un visage toujours égal, cachait la tristesse de son coeur.Mais, malgré toutes ces tribulations, André ne perdait ni son courage ni ses illusions.Il se berçait de beaux rêves d'avenir et il retrouvait une nouvelle énergie à se dire que chaque heure d'infortune le rapprochait du but de ses ambitions et de la richesse convoitée.L'avenir était sa hantise, son soutien, son obsession.La nuit, ses songes étaient traversés de mille visions où se mêlaient succès, gloire, fortune.Il se voyait d'abord mineur infatigable, penché sur les crevasses des montagnes, arrachant un métal précieux aux entrailles de la terre.Il se pliait, il suait, brûlé de convoitise et de fièvre, mais ses mains trempaient dans l'or, il cueillait la fortune, il la serrait dans ses bras.Puis, une fois en possession d'une richesse formidable, il se faisait le créateur d'une petite ville nouvelle, ruche immense où bourdonnaient des milliers d'abeilles humaines.Des édifices monstres, des fabriques, des usines débordantes de travailleurs, des routes, des chemins de fer, des parcs, des jardins, des parterres, tout cela naissait de sa dévorante activité et de son redoutable génie.Il était devenu un homme puis- sant, un créateur, un maître d'énergie.Sa vie pouvait servir d'exemple à la jeunesse du monde entier.Son beau rêve était réalisé.Il nageait dans la joie, il régnait sur son destin comme un roi règne sur son peuple.Lorsque, à chaque aurore, il reprenait le lourd fardeau quotidien, sa pensée enthousiaste recommençait à se nourrir de cette forte confiance en l'avenir.Peu à peu, au long des jours, il confia ses projets à Fainéant qui travaillait sans cesse à ses côtés.Le jeune homme pâle et souffreteux l'écoutait avec sympathie et, un soir, lui ouvrant son coeur, il dit à André: — Ah! cher ami, que je suis heureux de vous avoir rencontré.Ce sera la plus grande joie de ma vie.Depuis longtemps je guette le jour où il me sera possible de quitter ces lieux.Ce jour heureux est enfin venu! Je partirai avec vous et votre soeur, et j'irai où vous irez.Dans le succès comme dans la peine, je serai votre compagnon fidèle.Grâce au ciel, voici que l'heure de la délivrance va sonner pour moi! Depuis mon enfance je n'ai connu que la tristesse et le découragement.Dès mes plus tendres années, mon père et ma mère m'habituèrent au vol et, malgré moi, je servais leurs sinistres desseins.Ils me forçaient à dévaliser les voyageurs, à vider leur bourse la nuit, durant leur sommeil.Quand j'osais récriminer, ils me punissaient rudement et me jetaient dans un caveau obscur où il me fallait demeurer plusieurs jours sans manger.Ils ne venaient me délivrer que lorsque je consentais à me plier à leurs exigences.Cette existence honteuse me répugnait et je portais au fond de mon âme un dégoût perpétuel.Avec quelle joie je vais sortir de ce cachot, de cette prison! Je suis comme un oiseau en cage, comme un papillon aux ailes brisées.Je voulais monter dans l'espace, mais je ne pouvais pas m'enfuir.Tous mes efforts étaient vains.Ah! voici donc venir l'heure où je pourrai fuir cette atmosphère malsaine où j'étouffe, ce foyer où les plus nobles sentiments sont flétris et foulés aux pieds.Vous voyez la pâleur de mon visage, la petitesse, la laideur de mes membres atrophiés, c'est là l'oeuvre de mes parents sans coeur, c'est le résultat de leurs mauvais traitements et de leur cruauté.Mais si le 106 L'OISEAU BLEU corps est resté chétif, l'âme, elle, est vigoureuse et belle.Elle vibre, elle -tressaille à l'approche de la lumière; comme un oiseau réjoui par la venue du printemps, elle bat de l'aile en face de la liberté!.— Comme vous êtes éloquent, Monsieur! dit tout bas Thérèse, qui, furtivement, s'en venait prendre part à leur conversation.Vous oubliez, cher Monsieur Fainéant, qu'il ne doit pas être facile de s'enfuir d'ici, les alentours sont bien gardés!.— Oui, je le sais.Quand j'étais plus jeune, je n'aurais jamais osé tenter l'aventure.Je craignais trop les représailles de mon père, au cas où l'entreprise n'aurait pas réussi.Mais à présent, après mûre réflexion, je n'hésiterai plus un instant quand le moment propice sera venu.Mon plan est préparé et je crois que l'occasion ne devra pas tarder.A la même date, chaque année, mes parents reçoivent la visite de trois amis, trois copains, êtres inconséquents et sans scrupules comme eux.Dans quelques semaines nous les verrons apparaître.Comme ils viennent de loin, ils séjournent ici toute une semaine et leur venue donne lieu à des fêtes qui durent presque nuit et jour.Ces hommes emportent avec eux une grande quantité de vin et tous font bombance à qui mieux mieux.Us boivent jusqu'à l'orgie.Quand ils seront ivres, nous partirons en toute hâte et nous serons bien loin d'ici lorsqu'ils auront fini de cuver leur vin.Ah! il nous répugnera de profiter d'une telle circonstance pour reprendre notre liberté perdue! Mais que voulez-vous, nous n'avons pas le choix.Il n'est aucun autre moyen à notre portée.Nous sommes surveillés, guettés sans relâche et vous savez combien de fois mon père nous a avertis dé ne jamais songer à quitter cette maison sans son bon plaisir.Si, par malheur, il nous retrouvait après la fuite, sa vengeance serait terrible.Je connais un cachot où il nous enverrait finir nos jours! Là, c'est la nuit continuelle.Jamais aucune lueur n'y pénètre, le sol est d'une humidité puante et la vermine nous mangerait vivants!.— Mon Dieu, je tremble, j'ai peur! s'écria Thérèse toute pâle et bouleversée.— Non, non, ne craignez rien, lui dit Fai-nénat avec douceur, tout en jetant autour de lui un regard scrutateur.Ayez confiance en moi.Le plan que j'ai tracé est sûr.Je vous jure que nous partirons d'ici sans encombre et que, tous trois, nous nous rendrons sains et saufs à ce grand port bien achalandé où des bateaux à voiles conduisent à destination les chercheurs d'or.Tout ce que je vous demande, c'est de prendre, en secret, à la cuisine, un petit sac de .Je tremble, j'ai peur! s'écria Thérèse.provisions de bouche qui nous serviront le long du voyage; et je me charge du reste.A bientôt donc, chère amie, et courage! Là-dessus ils se séparèrent.Or, à peine quinze jours plus tard, un soir, à l'heure où le soleil se couche sur la crête des monts, on vit arriver les trois camarades à l'Auberge du Cheval noir.La température était très douce, quoique ce fût en hiver.Mais le printemps s'annonçait hâtif.Déjà, la neige des arbres tombait en gouttelettes et la forêt était parsemée de petits marais où se miraient en passant des nuages roses et floconneux.Des bandes de moineaux volaient partout en folles courses.Les joyeux compères arrivèrent en coup de vent, à dos de cheval, suivis d'un grand mulet, qui, dans un petit traîneau, tirait des cruches et des barriques.La mégère et son mari, qui les attendaient avec impatience, les reçurent avec un vif enthousiasme.Ces trois hommes étaient d'une taille colossale, rouges, rayonnants, et leur grosse figure de soûlards s'éclairait largement d'un rire bestial.Leurs chevaux furent mis tout de suite à l'écurie ainsi que le vieux mulet et les trois amis furent priés de s'asseoir dans la grande salle où les tables et les chaises se mêlaient sans ordre sous la lueur d'une lampe blafarde.Dans la cheminée noire et fumante un feu de bûches achevait de s'éteindre.Thérèse reçut l'ordre de leur servir à souper et vite, car leur appétit avait été vivement aiguisé par les cahots de la route.Puis les cruches de vin furent apportées, une à une, et les verres sortis du fond de l'armoire.Rosalie, L'OISEAU BLEU Frédéric et les nouveaux venus, donnant libre cours à leur joie, trinquèrent ensemble maintes et maintes fois.Les verres aussitôt vides étaient immédiatement remplis.La gaieté de l'ivresse inondait déjà leur visage et leur donnait un stupide regard.Ils parlaient tous les cinq à la fois, gesticulant, riant, disant des choses incohérentes et babillant tandis que le verre vacillait dans leur main tremblante.Les assiettes, comme les verres, furent remplies plusieurs fois à plein bord.A la fin du repas, la gaieté fut à son comble.Le plus jeune se leva pour entonner une chanson d'ivrogne et les autres répétaient tant bien que mal les étranges refrains.Bacchus, assis sur un tonneau.Dit qu'il ne boira jamais d'eau, Ni d'eau de puits, ni de fontaine.Tant, qu'il verra la coupe pleine!.C'est du vin nouveau, Faut vider les bouteilles, Cest du vin nouveau.Faut vider les pots!.De vigne en vigne, La voilà, la jolie vigne, Buvons, buvons, buvons le vin.La voilà, la jolie cruche au vin, La voilà, la jolie cruche!.Entre les couplets, chacun se versait une nouvelle rasade.En peu de temps ce fut l'ivresse complète.Ils étaient devenus rouges, essoufflés, presque muets.Une lourdeur insurmontable s'était répandue dans leurs membres et, l'un après l'autre, ils s'effondrèrent dans leur chaise, cédant à un sommeil de brute.L'un d'eux cependant restait encore à table et cherchait à remplir son verre.En chantant toujours le joyeux refrain: De vigne en vigne, La voilà, la jolie vigne; De cruche en cruche, La voilà, la jolie cruche.il se pencha et étendit le bras pour tirer à lui la dernière grosse cruche, celle qui devait enfin rassassier sa soif.Mais trop ivre pour pouvoir garder son équilibre, il roula sous la table, où il resta étendu sans mouvement, comme un mort.Alors, lcslcmciil.Thérèse saisit tout ce qui restait de victuailles dans les plats.Elle en fit un solide paquet et sortit, refermant sur elle la porte de l'auberge.André et leur nouveau compagnons l'attendaient au dehors.La joie dans lame et le sourire aux lèvres, ils s'enfuirent tous trois dans l'ombre de la nuit.Hortense DULAC (A suivre) JOUR a NUIT TELEPHONEZ MARQUETTE 4549 ^ PHOTOGRAVURE NATIONALE LUI.2Ô2 RUE ONTARIO OUEST PRES BLEURY MONTREAL Examen de la Vue Lunettes Elégantes Téléphone: HArbour 5544 PHANEUF & MESSIER OPTOMETRISTES-OPTICIENS Notre spécialité: Examen de la vue des enfants.1767, RUE SAINT-DENIS - MONTREAL (près de la rue Ontario) 108 L'OISEAU BLEU ir No 50 Décembre 1936 AFFILIÉS A LA SOCIÉTÉ CANADIENNE D'HISTOIRE NATURELLE ET RECONNUS D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC COMMISSION DES C.J.N.Membres ex-officio — F.Marie-Victorin, F.E.C., Jules Brunei, Jacques Rousseau, Roger Gauthier, respectivement président, secrétaire général, trésorier et chef du secrétariat de la S.C.H.N.Membres désignés par le conseil de la Société — Frère Adrien, C.S.C., directeur général des C.J.N., Sœur Sainte-Alphonsine, C.N.-D., sous-directrice.Les chefs de service suivants: Frère Marie-Victorin (Botanique); Gustave Chagnon (Entomologie); R.P.Léo Morin, C.S.C., (Géologie-minéralogie); Henry Teuscher (Horticulture); Marcelle Gauvreau (Pédagogie et bibliographie)J Frère Narcisse-Denis, F.E.C., (Publicité).Le siège social de la Société et des C.J.N.est à l'Université de Montréal, 1265, rue Saint-Denis.On est prié d'envoyer toute correspondance à cet endroit.SOUVENIRS D'ETRETAT (FRANCE) 28 juillet— [^EPUIS longtemps, j'avais grande envie d'aller à Etrelat.Enfin, nous voilà! Etre-tat, beau pays de marins et de touristes, pendant l'été.En face de nous une baie bleue, en forme de croissant, bordée d'un sable d'une blancheur éblouissante.Du côté gauche, une colline, toute verte, se termine par une grande falaise blanche où la mer a percé un grand trou.C'est la même chose à droite: un autre grand trou.Ce sont comme les fenêtres gothiques d'une grande abbaye vétusté.Ici, nous ne nous ennuyons jamais.Nous sommes étendues au soleil, dans les chaises à treize francs, et nous pouvons voir une scène, en plein air, tout comme au cinéma.Les vagues roulent sans cesse, pendant que les baigneurs montrent bruyamment leur joie.Sur la terrasse, une jeune mariée et son époux, les petites demoiselles d'honneur, en costumes bleus, se groupent pour se faire photographier et tous les invités les taquinent et font des plaisanteries à ce sujet.Un jour de bonheur parfait, pour tout le monde.Il y en a si peu! il faut en profiter! Sur la plage, un homme amène un singe et tous les enfants se hâtent pour le voir.Le singe et les enfants sautent tous ensemble, de la même manière.Le singe a peur de ses imitateurs, et quand ils s'approchent trop près, il grimpe sur l'épaule de son maître, en les regardant sournoisement.Sur la colline, on peut voir des moutons en grande masse fourmillante.Ce sont comme des parasites remuants, sur le dos vert, pendant que les chiens essayent de les chasser, on ne sait où.Tout à coup, sur la vaste mer bleu foncé, apparaît, tout près, un grand bateau à vapeur.C'est comme un iceberg de blancheur féerique, entre le bleu du ciel et de la mer.Les bateaux, les pêcheurs, les baigneurs diminuent avec la majesté de ce spectacle, mais, seulement pour un instant. L'O I SEAU BLEU 109 30 juillet— Hier, de nouvelles scènes! Vingt jeunes enfants, âgés de sept à treize ans, ont fait de la gymnastique sur la plage.Un homme, très fort et agréable, a dirigé les camps, les exercices, les sauts sur la barre, pendant que les jeunes gamins en costumes de bain, bleus, rouges, roses, verts, la peau brune comme des châtaignes, se sont agités autour de lui.Ils avaient le corps un peu mince, mais la taille droite, et ils étaient très gracieux.Il n'y avait que deux jeunes filles; les autres étaient des garçons! Ce n'est pas difficile de deviner pourquoi.Les parents de ces jeunes filles, désespérés, ont demandé qu'elles fassent la gymnastique pour les occuper.L'une d'elles était toujours en avance sur les gamins: ceci un peu humiliant pour les garçons! Mais cela n'est pas si surprenant.Par le travail et par le talent, les femmes se montrent capables de lutter avec les hommes, aussi bien dans le domaine de la science, quoiqu'elles fussent, aux jours de l'homme des cavernes, tout à fait inférieures.D'ici cent mille ans, est-ce que la balançoire va changer de côté et l'homme tombera-t-il de haut en bas?.2 août— Aujourd'hui la mer est grise, inquiétante, légèrement fâchée.Elle jette de grosses vagues sur les cailloux de la plage.L'incessant bruit sourd me donne sommeil; la grande inquiétude de la mer m'apporte la paix et une sublime sérénité.Ordinairement, je n'aime pas les bruits, ceux des rues, des machines diaboliques que l'homme a faites, mais le chant de la mer est un son rythmique.Cela exprime l'harmonie des lois de la nature.C'est le rythme de la vie qui a fait l'homme et l'homme fait de son mieux pour détruire ce qui est si bien! 3 août— Aujourd'hui le temps est beau.La mer est calme et d'un bleu vert.Le ciel est clair; seul un nuage, légèrement violet, s'étend à l'horizon.Les bateaux à voiles et à vapeur profitent de l'occasion de voyager facilement et il semble que tout à coup le monde marin s'élève pour ETRETAT — Entrée du Casino cl falaise d'Amont porter leurs cargaisons pendant le calme des beaux jours.Il y a sur la plage des baigneurs et des gens.Cet après-midi beaucoup de gros hommes et de grosses femmes sont venus en foule.Ils sont si laids que c'est en me divertissant que je les regarde plonger dans la mer.Mais au contraire, il y en a qui sont bien faits, avec presque la grâce de l'amphore, alors je n'aime pas les voir engloutir par la mer.5 août— Ce matin, j'ai regardé les baigneurs qui nageaient pendant que d'énormes vagues levaient leurs crêtes, et les grosses personnes aussi bien que les minces, et sans aucun mal! Il était difficile pour eux de gagner encore la plage, car les vagues avaient tellement de force que cela devenait un peu dangereux.J'ai vu une femme renversée par une vague et pendant un instant tout à fait confuse, mais elle se leva, plongea encore dans la mer, pour montrer qu'elle n'avait pas peur.Sur la plage venait de passer un long défilé de "scouts".Ils avaient l'air bien fatigué, courbés sous le poids de leurs sacs qui contenaient suffisamment de choses pour quelques jours de voyage.Ils étaient suivis de deux jeunes gens, l'un d'eux très remarquable, la peau brune et avec une masse de cheveux bouclés, un manteau bleu jeté légèrement sur l'épaule.Il avait l'air d'un saint Jean ou d'un saint Pierre.Toujours des couleurs changeantes! Aujourd'hui, c'est le bleu qui est en vogue et, avec l'orange des parasols, sur les différentes terrasses, c'est assez joli. L'OISEAU BLEU +9-ETRETAT.ofurla Qy* ."Viwj l*9alaue Ctmout 6 août— Une autre scène! Les grosses vagues très hautes font un bruit de tonnerre.Il n'y a pas de baigneurs.On reste presque effrayé par le grand spectacle.Les vagues qui, hier, s'élon-geaient sur la plage, toutes chatoyantes, sont aujourd'hui tout émaillées de blanc et l'écume monte, imitant des fontaines.Les hommes qui se riaient de la puissance des vagues sont aujourd'hui tout à fait sans confiance devant une telle force.On songe à l'impuissance du petit grain de poussière qu'on appelle l'homme, mais on songe, en même temps, à la domination des forces spirituelles qui existent en lui.8 août— Hier, c'était un jour de tapage.Une grande foule s'était assemblée sur la plage, sur les collines, dans les rues, dans les cafés, partout, excepté dans le ciel.On pouvait croire que tout le monde s'était décidé à prendre l'air à Etre-tat, même les bateaux à voiles que l'on pouvait voir au loin, comme des papillons blancs posés sur l'horizon.Deux hommes, presque aussi noirs que des nègres, ont conduit cinq bébés sur la terrasse pour exhiber leurs talents de gymnastique.Le plus petit, bébé de trois ans, pouvait se tenir debout, la tête dans la main du maître, les pieds en haut.Deux fillettes de sept ans ont dansé et cabriolé et l'une d'elles a même courbé le dos au-dessus du dos du maître jusqu'à ce qu'elle eût les mains et les pieds joints, faisant une ceinture autour de lui.Un petit garçon, peint comme un clown — et comme quelques dames aussi — a circulé parmi la foule pour quêter, pendant que d'autres garçons se moquaient de lui, chose assez triste pour le petit gamin.Il faudrait que les dames peintes soient exposées à la même moquerie pour deve- nir plus sages.C'était triste, cette troupe de bébés très jeunes et très malheureux.Lasses des bruits, nous avons grimpé la colline pour voir la statue de Nùngesser et Coli.Ici, une vue superbe de "Golflinks", petit village posé comme un grand nid parmi les arbres.Là-bas, la grande étendue de la mer bleue, étince-lanle, et de chaque côté les falaises blanches.C'était presque féerique! Tout près la magnifique statue et la petite chapelle.C'est d'ici que partirent les deux jeunes hommes, courageux, cherchant à conquérir l'espace, symbole de l'esprit de l'homme qui tend vers l'immortalité.O.M-, U H.ot.directrice, de Susan B.GANONG 'Netlierwood School" Rothesay, N.-B.RIONS UN PEU l/n beau sujet de fable L'autre jour, un passant regardait un livreur aux prises avec une énorme caisse, aussi large qu'une entrée de porte, dans laquelle il s'évertuait en vain de la faire manoeuvrer.Aimablement, le passant demande: — Désirez-vous un coup de main?— Volontiers, répond le livreur.Et, durant cinq minutes, les deux hommes, chacun à l'une des extrémités de la caisse, font des efforts sans résultats.Finalement, le passant obligeant fait cette remarque entre deux efforts: — Je crains bien que nous n'arrivions pas à faire sortir cette caisse.— La faire sortir! clame le livreur à bout de souffle.Vous ne voyez donc pas que je m'érein-te à la faire entrer! ©G L'OISEAU BLEU LA PAGE DES PHILATÉLISTES Un événement qui aura son retentissement dans le monde des philatélistes: le couronnement, en mai 1937, du roi Edouard VIII — Les commémoratifs de /'Exposition internationale de la Presse catholique: Cité du Vatican VERRONS-NOUS, d'ici à quelques mois, la répétition de l'enthousiasme qu'a fait naître l'émission des Jubilés d'argent des colonies anglaises?C'est très probable.L'effervescence, en effet, causée dans le monde des collectionneurs par les désormais fameux timbres-poste lancés à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du règne de George V n'est pas encore complètement calmée que déjà l'on annonce pour le commencement du printemps, dans chacun des Dominions britanniques, y compris le Canada, et des colonies anglaises, une série de timbres-poste en vue de commémorer le couronnement d'Edouard VIII.Ces séries, du moins celles des colonies proprement dites — les Dominions n'ont pas encore, pour la plupart, décidé quel modèle ils choisiront ni quelle quantité ils émettront — se composeront de trois valeurs seulement; la plus élevée ne dépassera pas trois pence ou l'équivalent.Par exception, deux ou trois colonies seront représentées par une série de quatre timbres ou plus.Il convient de mentionner le port d'Aden, qui est devenu colonie anglaise.Ces timbres, sans aucun doute, à l'exemple de ceux du Jubilé d'argent, seront très recherchés et prendront bientôt par conséquent une plus-value considérable.Il a été impossible jusqu'ici de savoir de combien de valeurs se composera la série des timbres que le Canada fera graver à cette occasion.Nous présumons pouvoir vous le dire dans une prochaine chronique.* * * Parmi les séries de timbres parues ces semaines-ci, celle qui commémore l'Exposition internationale de la Presse catholique mérite une mention particulière.Elle se compose de huit timbres dont voici la description: le 5 centesi-mi, vert foncé, et le 50 cent, violet-rouge, représentent des colombes qui volent gracieusement autour d'une cloche d'église.Ce dessin, d'un symbolisme saisissant, est bien fait pour rappeler à tous que la paix, représentée par la colombe, ne peut trouver sa parfaite réalisation que dans les enseignements de l'Eglise ca'ho-lique, symbolisée par la cloche à la voix douce et puissante.Le 10 cent,, bleu foncé, et le 75 cent, rose, font voir un livre ouvert devant la façade d'une cathédrale, allégorie très claire à la presse catholique.Sur le 25 cent, vert-jaune, et le 80 cent, brun-orange, apparaît la figure souriante de saint Jean Bosco, récemment canonisé, fondateur d'un ordre religieux célèbre, ami et protecteur des jeunes et dont la biographie se lit comme un roman.Les deux derniers timbres de cette série, le 1 lire 25 cent., bleu, et le 5 lires, brun-olive, reproduisent l'effigie d'une autre gloire de l'Eglise: saint François de Sales.Il convient de rappeler que saint Jean Bosco a choisi saint François de Sales comme patron de son ordre religieux.UN AMI DES JKUNES PHILATÉLISTES RÉCRÉONS-NOUS — Yvette, c'est toi qui as vidé le pot de confitures?— Non, maman.— Ne mens pas: ton petit frère t'a vue.— Ce n'est pas possible; il dormait.PHILATELISTES CANADIENS Profitez des bas prix poui augmenter votre collection de timbres canadiens.CANADA 60 différents.32 100 différents.•'
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