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Titre :
L'oiseau bleu /
Première revue destinée à la jeunesse canadienne-française, L'Oiseau bleu a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec. [...]

Le premier numéro de la revue L'Oiseau bleu, sous-titré « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », paraît à Montréal en janvier 1921. Créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous la direction d'Arthur Saint-Pierre, fondateur de la publication, L'Oiseau bleu est la première revue destinée exclusivement à la jeunesse canadienne-française. Sa création a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec.

La revue est diffusée dans les écoles et, selon la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle s'adresse aux enfants canadiens de 3 à 18 ans. Certains ouvrages soulignent toutefois que la revue s'adresse davantage aux écoliers de la fin du primaire et du début du secondaire, soit aux jeunes de 10 à 15 ans, car la publication contient beaucoup plus de textes que d'illustrations. La revue est également diffusée auprès des jeunes franco-américains, franco-ontariens et acadiens.

L'Oiseau bleu poursuit le double objectif d'instruire et de divertir les jeunes. La revue a pour mission de renforcer leur sentiment d'appartenance nationale et leurs croyances religieuses. L'enseignement de l'histoire et de la géographie y occupe une place importante; on y trouve des rubriques telles que « Nos plaques historiques », « À travers l'histoire », de même que des récits de voyage comme « Mon voyage autour du monde ».

L'instruction religieuse et morale est présente dans les contes, les fables, les poèmes, les feuilletons et les biographies de saints. La publication comprend également des articles sur les sciences. Pour divertir les jeunes, la revue leur propose des feuilletons, des chansons, des jeux, des illustrations et des concours.

Plusieurs collaborateurs sont invités à participer à la rédaction de la revue, notamment Marie-Claire Daveluy, qui y publie en feuilletons son premier roman, Les aventures de Perrine et de Charlot. Celui-ci est considéré comme une oeuvre fondatrice qui a donné le ton aux oeuvres subséquentes de la littérature québécoise pour la jeunesse.

L'Oiseau bleu, qui a cessé de paraître en juillet 1940, a véritablement été un catalyseur pour la littérature enfantine québécoise.

LEPAGE, Françoise, Histoire de la littérature pour la jeunesse (Québec et francophonies du Canada) - Suivie d'un dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans [Ontario], Éditions David, 2000, p. 113-118.

Éditeur :
  • Montréal :la Société,1921-1940
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

L'oiseau bleu /, 1937, Collections de BAnQ.

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PER m CON J ^ REV l JE MENSUELLE ILLUSTRÉE POUR ^^^^ ^9 ^b.LA JEUNESSE ^^^^k W i OiseauBlEU PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTREAL Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XVII — No 8 MONTREAL, MARS 1937 Le numéro : 10 sou» Mettant un habit tout blanc et monté sur son cheval blanc, P'tit-Jean part pour la guerre. 194 L'OISEAU BLEU CONTE POPULAIRE P'tit-Jean et le Cheval blanc Ce conte populaire que j'ai entendu conter tant de fois par mon grand-père quand j'étais enfant, je Vai retrouvé dans The Journal of American Folklore, volume XXIX, janvier-mars 1916, et dans Contes et récits du Canada, de Ch.Quinel et A.de Montgon, Paris, 1935.Je l'ai reconstitué à ma manière en m'inspirant de ces trois sources.—VIATOR JL y avait une fois un veuf qui voulait se remarier.Il maltraitait tellement son jeune garçon P'tit-Jean que, pris de découragement, celui-ci, un beau jour, s'enfuit du foyer paternel.Il prend le chemin du Roi, et marche, marche, marche, court, court, court.Arrivé au bout de ce chemin et ne sachant plus où aller, il aperçoit un petit sentier qui conduisait au milieu d'une forêt.Après l'avoir suivi longtemps, longtemps, il arrive enfin devant le plus beau des châteaux.Il frappe à la porte; une voix chevrotante lui répond: — Entrez.Une vieille magicienne est là, devant lui.— Mon garçonnet, d'où viens-tu?— Je ne sais pas, répond P'tit-Jean.— Où vas-tu?— Je l'ignore.— Veux-tu t'engager?Je te ferai travailler.— Pour ça, oui, je ne crains pas le travail.Elle le prend donc à son service.Sans tarder, elle le conduit par la main à travers le château, un très grand château, où elle habite toute seule.Ils vont ensuite à l'écurie, où se trouvent deux chevaux.— Tu vois, P'tit-Jean, lui fait remarquer la vieille maîtresse, j'ai un cheval blanc et un cheval noir.Tu auras à les soigner.Au cheval blanc, tu ne donneras que de la paille et, avec ce bâton, tu le battras autant qu'il te plaira.Mais mon cheval noir, tu en auras grand soin; tu lui donneras du foin et de l'avoine et tu l'étrilleras tous les jours.— C'est bien, répond le garçonnet.Us reviennent au château et elle lui fait visiter toutes les pièces depuis la cave jusqu'au grenier; elles sont grandes et luxueuses et renferment une multitude de choses de toutes sortes.Devant une porte fermée à clef, elle s'arrête: — Quant à cette chambre-ci, tu n'y pénétreras pas.Si tu y entres, je le saurai, c'est sûr, et je te mettrai à mort.— Ne craignez pas, répond-il.La vieille magicienne lui annonce le lendemain qu'elle part pour huit jours.— Quel cheval prendrez-vous, lui demande P'tit-Jean, le blanc ou le noir?— Ni l'un ni l'autre.Pendant mon absence, fais tout ce que je t'ai dit: Donne de la paille et des coups de bâton au blanc et de la bonne avoine au noir.Mais surtout, garde-toi bien d'aller dans la pièce où je t'ai défendu d'entrer.Une fois seul, P'tit-Jean s'en va à l'écurie pour y soigner les chevaux.Il commence par le blanc et se prépare à ne lui donner que de la paille quand, à son grand étonnement, le cheval lui parle: — Donne-moi plutôt de l'avoine et réserve la paille au noir; chacun son tour.— Comment se fait-il que vous parliez?lui réplique P'tit-Jean.— Je ne peux pas te l'expliquer aujourd'hui, car ce serait trop long.Sache néanmoins que la maîtresse de ce château est une magicienne, qu'elle m'a voué une haine mortelle et qu'elle cherche à l'assouvir en me traitant le plus mal possible.Si tu es bon pour moi, je deviendrai ton ami et je te rendrai service chaque fois que l'occasion s'en présentera.Le garçonnet n'en revient pas de sa surprise, mais, le coeur content, il £ç hâte de servir au cheval blanc une bonne imion d'avoine et une grosse botte de foin, perid^nT que le cheval noir ne reçoit qu'une poignée1 de paille.Fort mécontent, celui-ci manifeste sa mauvaise humeur par des ruades.P'tit-Jean lui fait goûter du bâton.Chacun son tour, hein ! Rentré au château, P'tit-Jean le visite partout, examine tout, touche à tout.Il en est bien satisfait; pendant six jours, sa curiosité le ramène devant cette pièce dont l'entrée lui est interdite.Que je voudrais donc savoir ce qui se cache ici, se dit-il, poussé par une force qu'il ne peut pas vaincre.Le septième jour, n'y tenant plus, il se redemande: Qu'est-ce qu'il peut bien y avoir là-dedans?Et prenant la clef, il ouvre la porte.Voilà que s'offre à sa vue un trou très profond et une échelle qui y descend.Qu'est-ce qu'il peut bien y avoir là?Prenant l'échelle, il descend, descend, descend.Rendu pas mal loin, il étend le bras et met son doigt où ça reluit le plus, tout au fond.Il retire le bras et voit que L'OISEAU BLEU 195 le bout de son doigt est doré! C'est une fontaine d'or qui coule là.P'tit-Jean remonte au plut tôt et referme la porte.Une fois sorti de là, il essaie par tous les moyens de faire disparaître l'or de son doigt.En dépit de tous ses efforts, malgré l'eau, le sable, la pierre dont il se frotte le doigt, il ne vient pas à bout d'effacer la tache d'or.— Voilà qui me contrarie beaucoup.Je suis bien certain d'être mis à mort.Je vais faire semblant de m'être coupé le doigt et je vais l'emmailloter; cela me fera gagner du temps.Il met son projet à exécution et se fait une belle poupée.La vieille magicienne survient et lui demande: — Qu'est ce que tu t'es fait au doigt?— Je me suis coupé le doigt.— Montre donc, montre donc.— Non, je me suis coupé un peu.Lui saisissant la main, elle arrache l'enveloppe et lui dit: Ah! malheureux, tu es descendu à la fontaine d'or.Il répond: Je ne savais trop que faire, je m'ennuyais et je suis descendu voir; j'y ai mis le doigt et il est devenu doré.— Prends bien garde d'y retourner ou je t'enlèverai la vie.— Ne craignez pas, vu que je connais ce que c'est maintenant.Elle ajoute: Je repars pour huit autres jours; aie bien soin de mon cheval noir; nourris-le, étrille-le.Mais le blanc, rosse-le.La vieille femme étant partie, l'ennui s'empare de nouveau de P'tit-Jean.Le garçonnet ouvre encore une fois la porte et descend à la fontaine d'or.Il avait de longs cheveux, très beaux.Rendu au bas de l'échelle, il se plonge la tête dans la fontaine d'or pour se laver et il en sort avec une belle chevelure toute dorée.Cette fois-ci, pense-t-il, je suis certain que la bonne-femme va me tuer.P'tit-Jean sort de la fontaine enchantée, cherche partout, trouve une peau de jeune mouton et s'en fabrique une sorte de perruque qui cache entièrement ses cheveux d'or.Il se met une nouvelle poupée au doigt.Ainsi accoutré, il se rend à l'écurie.Quand il entre dans la stalle du cheval blanc pour mettre de l'avoine dans sa mangeoire, l'animal, fin comme une mouche, lui dit: — Pourquoi as-tu mis ce chiffon autour de ton doigt?— C'est que je me suis coupé.— Pourquoi as-tu mis sur ta tête cette perruque en peau de mouton?— Je ne sais trop ce que j'ai; je perds mes cheveux.Ils tombent par grandes plaques et c'est très laid.Le cheval se met à rire; il frappe le sol de ses sabots, ce qui est une façon à lui de trépigner de joie.— P'tit-Jean, tu mens.Tu as ouvert la chambre interdite et tu as trempé ton doigt et ta tête dans la fontaine d'or.— C'est bien cela, vous avez deviné juste.Le cheval blanc dit à P'tit-Jean: .— Mon petit garçon, c'est le temps de fuir, car lorsque la magicienne reviendra, tu seras mis à mort.— Oui, oui, murmure P'tit-Jean, je crois qu'il vaut mieux que je me sauve.— Pauvre toi, te sauver à pied! En deux enjambées, la maîtresse t'aura rejoint.Je t'ai promis de te rendre service, je vais tenir parole.Mets-moi la bride que voilà; prends tout ce qui est nécessaire pour un long trajet; n'oublie pas mon étrille et vite saute sur mon dos.P'tit-Jean, plein de reconnaissance, obéit sans se faire prier.Il met dans son sac une étrille, une bouteille, un gros pain et une ration d'avoine.Et les voilà partis.Le cheval blanc galope à une plus grande vitesse que le vent et s'éloigne rapidement du château.La magicienne revient de son voyage.Pas de petit garçon, pas de cheval blanc à l'écurie.Soudain, le garçonnet entend venir derrière lui comme une tempête terrible.Il se retourne et il voit la magicienne, montée sur son cheval noir, qui s'est lancée à sa poursuite.— Si elle nous rattrape, dit le cheval blanc, c'est la mort.— Et la tempête approche.Quand elle est tout près, sans ralentir sa vitesse, le cheval blanc dit: Jette ton étrille.P'tit-Jean jette son étrille.Voilà qu'apparaît subitement une montagne d'étrillés qui retarde la course du cheval noir et de la magicienne.Mais la poursuite reprend bientôt.P'tit-Jean et le cheval blanc s'aperçoivent que le temps se noircit.Ils regardent en arrière et ils voient que ça vient.C'est encore la vieille.— S'il faut qu'elle nous rejoigne, dit le cheval blanc, nous sommes morts tous les deux.Quand elle sera plus près, jette la bouteille.La bouteille jetée, P'tit-Jean voit avec une grande joie s'élever soudain une montagne de bouteilles que le cheval noir a toutes les peines du monde à escalader et à franchir.La crainte les quitte un instant, mais le temps devient encore noir et la tempête fait rage, arrachant et brisant les arbres.Nouvelle galopade, nouvelle alerte.— Jette le pain, commande le cheval blanc.P'tit-Jean jette le pain et il s'élève aussitôt entre lui et la magicienne une montagne de pains.Il s'imagine qu'il est sauvé, mais s'étant retourné, il voit le cheval noir parvenu au sommet de la montagne et dévalant bientôt la pente à bride abattue.Il n'est plus très loin maintenant. 196 L'OISEAU BLEU — Jette l'avoine, ordonne le cheval blanc.L'avoine est lancée à toute volée et il pousse un immense champ d'avoine, si haut, si dru que le cheval noir ne peut y avancer qu'à petits pas.La magicienne écume de colère.— Nous sommes sauvés enfin, dit le cheval blanc.Nous sommes hors du pays où la magicienne exerce son pouvoir.P'tit-Jean et son fidèle ami continuent désormais leur route sans la moindre inquiétude.Comme ils n'ont plus de provisions, la faim n'est pas lente à se faire sentir.Le cheval blanc dit à P'tit-Jean: Rends-toi là-bas, au château que tu vois, en passant par la petite rivière, au milieu des arbres.Va chez le roi t'engager comme jardinier.— Seigneur roi, dit P'tit-Jean, je viens m'en-gager, je viens vous offrir mes services comme jardinier.— Volontiers, mon garçonnet, réplique le souverain.Tu logeras dans cette cabane, en arrière du château, au fond du jardin et tu mettras ton cheval à l'écurie.P'tit-Jean se met sans tarder à l'ouvrage et il exécute tout ce qu'on lui commande.Son com-tentement néanmoins se change vite en déception.Les autres jardiniers sont furieux de l'arrivée de ce nouvel employé; comme il travaille avec entrain, comme il cultive les fleurs avec beaucoup de succès, ils craignent que son activité ne fasse du tort à leur paresse.Aussi l'accablent-ils de mauvais traitements, lui font-ils faire les tâches les plus rebutantes et s'arrangent-ils pour ne lui laisser manger que les morceaux les moins appétissants.P'tit-Jean, très chagrin, s'en va compter sa peine à son unique ami, à son cheval blanc, dans l'écurie.Le puissant propriétaire de ce château a trois filles.La plus jeune, qui est en même temps la plus belle, s'intéresse d'une manière particulière au jeune jardinier.Par bonheur, cette jolie princesse avait sa chambre vis-à-vis le jardin du château.De cet endroit, elle pouvait parfois le matin le voir se débarbouiller la figure.Il enlevait la poupée de son doigt et sa perruque de peau de mouton.Oh! quels beaux cheveux d'or.Cette découverte lui donne la certitude qu'il y a un secret dans la vie de ce jeune garçon, mais elle se garde bien d'en parler à qui que ce soit.A partir de cette constatation, l'intérêt qu'elle lui porte ne fait que grandir.Chaque soir, n'écoutant que son coeur compatissant, la jeune princesse apporte quelque chose à manger à P'tit-Jean qui reprend vite force et santé.Ce traitement de faveur s'ébruite rapidement et les autres jardiniers dont la ja- lousie va croissant s'acharnent à maltraiter davantage leur compagnon de travail.Mais voici un événement tout à fait inattendu et gros de conséquences pour P'tit-Jean.Un roi voisin, redoutable par sa puissance et le nombre de ses guerriers, déclare la guerre au roi, père des trois princesses.Celui-ci s'empresse d'ordonner à tous ses sujets en état de porter les armes de rejoindre leur régiment et de le suivre à la guerre.Le cheval blanc, que P'tit-Jean va voir tous les jours, lui dit: —Le roi, notre bienfaiteur, s'en va à la guerre; il va perdre la bataille car il n'a pas assez de soldats; il faut aller lui aider.Viens ici demain matin et nous irons rejoindre l'armée.Le lendemain matin, P'tit-Jean, qui a enlevé la poupée de son doigt et sa perruque, s'en va trouver son cheval qui est plus blanc que la neige ébouissante, blanc comme il ne l'a jamais vu.Lui-même a revêtu des armes toutes blanches et laissé tomber ses cheveux d'or sur ses épaules.Il monte à cheval et part pour la guerre.Il arrive sur le champ de bataille, se rend auprès du roi, entouré de ses officiers, et le salue de l'épée, pendant que toute l'armée admire ce beau prince qu'elle n'a jamais vu auparavant.La bataille commence; la mêlée devient indescriptible.Le roi, père des jeunes princesses, malgré la vaillance de ses soldats trop peu nombreux, va bientôt succomber sous les coups de son redoutable adversaire.Presque découragé, le valeureux prince s'écrie: — Mon royaume à qui me donnera la victoire.En deux bonds, le cheval blanc, éperonné par son cavalier, se précipite au centre du combat.P'tit-Jean joue de l'épée d'une façon si merveilleuse que tout autour de lui les têtes tombent comme des pommes mûres sous l'effet d'un grand vent.L'ennemi est forcé de demander quartier pour jusqu'au lendemain; P'tit-Jean a gagné la victoire.Il repasse près du roi, lui fait le salut militaire et s'éloigne à toute vitesse.Le château est tout en rumeur.La nouvelle de ce succès a précédé le retour du roi.Celui-ci, tambours battant, clairons sonnant, toutes enseignes déployées, rentre en ses domaines.Il dit à la plus jeune de ses filles: — Je ne sais quel est ce beau prince, si courageux, si vaillant, à l'armure toute blanche, à la chevelure d'or, monté sur un beau cheval blanc, tout fringant, qui m'a fait remporter la victoire.— Pas plus beau que le petit jardinier, répondit-elle. LOI SEAU BLEU 197 Le lendemain, le cheval blanc dit à P'tit-Jean: La bataille recommence aujourd'hui; il faut comme hier aider le roi dans sa lutte, mais soyons tout en rouge cette fois.P'tit-Jean revêt des armes toutes rouges et, monté sur son beau cheval rouge, rejoint l'armée sans tarder.Comme la première fois, il se rend auprès du roi pour le saluer de l'épée.Son cheval est si vigoureux et lui-même joue du sabre avec une telle adresse et une telle agilité que l'adversaire demande quartier de nouveau jusqu'au lendemain.Nouvelle victoire pour P'tit-Jean.En revenant, il repasse près du roi et le salue.Celui-ci veut le saisir mais il en est incapable.Le beau prince s'échappe comme par enchantement.De retour au château, le roi dit à la reine cette fois: Un gentil cavalier, tout de rouge habillé, m'a encore fait gagner la victoire.Ce qui m'intrigue le plus, c'est que je ne peux pas savoir qui il est.La plus jeune des princesses ajoute: Il n'est pas plus gentil que notre petit jardinier.Pour la troisième fois, le cheval blanc dit: Nous allons encore à la guerre aujourd'hui.Pour ce dernier combat, nous serons tout en noir.De fait, armes, sabre, cheval, tout est noir.Comme les jours précédents, P'tit-Jean laisse flotter ses cheveux d'or sur ses épaules.En passant près du roi; il lui adresse un grand salut et, sabre au poing, il se lance dans la mêlée.Pas un combattant ne peut résister à la vigueur de ses coups ni à la fougue de son beau cheval noir.Il remporte une troisième fois la victoire et la guerre est terminée.Le roi vainqueur dit: Que ça coûte ce que ça voudra, il faut que je me saisisse de ce brillant cavalier pour savoir qui il est.P'tit-Jean fait encore un salut au roi en repassant près de lui, mais celui-ci lui jette sa lance qui se brise dans la cuisse du redoutable cavalier.Le jeune homme parvient à s'échapper quand même sans que le roi réussisse à l'arrêter.Le roi dit en revenant à son château: Un beau prince aux armes noires cette fois a encore gagné la dernière bataille; la guerre est bel et bien terminée.Il fait alors battre un ban et proclamer par tout son royaume que celui qui lui rapportera le bout de la lance brisée aura sa couronne et qu'il lui donnera de plus l'une de ses filles en mariage.On vient de tous bords et de tous côtés pour tenter d'ajuster des bouts d'armes variées à la lance royale.Peine inutile, aucune ne s'y adapte.Le cheval blanc dit: P'tit-Jean, revêtez vos armes blanches, comme la première fois que nous sommes allés à la guerre.Le jeune jardinier revêt son armure blanche et, tête nue, laisse battre ses cheveux d'or sur son dos.A cheval, il passe devant le château du roi comme une tempête.On essaie de le saisir sans y réussir.Revenu au château, P'tit-Jean s'empresse de mener le cheval blanc dans sa stalle et lui-même remet à la hâte sa perruque de peau de mouton.La jeune princesse en le regardant s'aperçoit qu'il boite, mais elle n'en dit rien à personne.Le lendemain matin, le cheval blanc dit: Retournons au château comme au deuxième jour de la guerre.P'tit-Jean revêt donc ses armes rouges.En le voyant arriver, le roi le reconnaît: C'est le prince qui a remporté la victoire le deuxième jour.On tente encore de l'arrêter, mais il s'échappe et passe tout droit devant le château.Une fois revenu, il remet son cheval en liberté, enlève ses armes et recommence à jardiner.Le cheval blanc dit le lendemain: Allons voir le roi; revêt ton armure noire comme au dernier jour de la guerre quand tu as été blessé.Et ils partent pour le château, P'tit-Jean habillé de noir et ses beaux cheveux d'or libres sur son dos.C'est le beau prince venu à la guerre, fait remarquer le roi en le voyant.On veut l'arrêter au passage, mais sans plus de succès que les jours précédents.Le roi s'étonne et s'impatiente.Il est donc impossible de savoir qui ils sont.Coûte que coûte, il faut que je le sache.Au roi qui rentre au château, le petit jardinier dit: Venez voir, Majesté, si ce bout de lance s'ajuste bien au vôtre.Après essai, il s'adapte tout à fait et le roi reconnaît que c'est le vrai bout.Il ajoute: J'ai promis l'une de mes filles en mariage et mon royaume à celui qui m'apporterait le bout brisé de ma lance.Prenant P'tit-Jean par la main, il le conduit en présence de ses trois filles en disant: Prends celle que tu voudras.P'tit-Jean tend les bras à la plus jeune et à la plus belle des trois, à celle qui lui avait toujours porté un réel intérêt.Mécontentes, les deux autres filles du roi se mettent à pleurer, parce que le jeune prince a choisi pour l'épouser la plus jeune princesse.Après le mariage, le roi remit sa couronne à P'tit-Jean.Le cheval blanc s'approche et dit: P'tit-Jean, tu es maintenant marié; je viens te voir pour la dernière fois.Tue-moi et coupe-moi en deux.P'tit-Jean prend une hache, tue son cheval blanc et le coupe en deux.Il en sort un beau prince qui lui dit: Merci bien.Le cheval blanc était un prince que la vieille magicienne avait métamorphosé.Et c'est ainsi que se termine ce conte. 198 L'OISEAU BLE Demandez une de nos Petites banques d'épargne à domicile Économises les sous, les dollars s'amasseront d'eux-mêmes La Banque d'Épargne de la Cité et du District de Montréal SUCCURSALES DANS TOUTES LES PARTIES DE LA VILLE L'OISEAU BLEU 199 Concours Mensuels 1.— Corrigez: a) L'ampoule électrique se fixe à un socket.b) Il faut changer le brûleur de notre lampe à pétrole.c) Les fanaux de l'automobile.2.— Quel événement historique rappelle 1937?3.— Quand et où se tiendra le Deuxième Congrès de la Langue française?Attention! les journaux ont annoncé que la date en avait été changée récemment.Faites parvenir vos solutions, au plus tard, le 15 avril à L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.Concours de mars 1937 CASSE-TETE Résultat du problème de février 1937 1 2 3 4 s 6 7 8 9 10 u 12 / A N E S T H E S I Q U Ë 2 T E N I A ¦ Nj o N ¦ ¦ ¦ 3 O N C ¦ I O D I F E R E 4 U N I T E ¦ E R1 A T E R 5 R I R E ¦ E N I M ¦ N U 6 S ¦ E R S ¦ T E A ¦ E B 7 n I R R I T E ¦ N E ¦ E 8 M ¦ ¦ E M ¦ R E T O R S 9 A R S ¦ O ¦ ¦ T ¦ L A C 10 S E P T U A G E S I M E 11 S T E R N U M ¦ H E I N 12 E S S E2 h X ¦ B E N E T 1 II y a erreur ici.Soirie s'écrit soierie.2 Le préfixe signifiant trois est tri et non tre.Gagnants du Concours L'Oiseau bleu en s'adressant le mois dernier à ses fidèles amis avait écrit: Vite au travail! Ayez confiance en votre étoile.Un très grand nombre de lecteurs ont eu confiance.Je vous dis tout de suite combien, car vous ne sauriez le deviner.Le Directeur de la revue a reçu quatre cent vingt-neuf réponses dont quarante-trois inexactes.Et dire qu'il est impossible de faire plus de six heureux, oui, six, pas un de plus.Chacun des concurrents trouve tout de même sa récompense à prendre part à ces concours; les recherches qu'il s'impose ne peuvent que lui être profitables.Les lettres reçues venaient de Beauport, Chi-coutimi, Coaticook, Drummondville, Farnham, Lachine, Lac Mégantic, La Malbaie, Longueuil, Montréal, (académies Baril, du Saint-Nom-de-Marie, François-de-Laval, Larligue, Marguerite-Bourgeoys, Notre-Dame-de-Grâce, Saint-Alphon-se-d'Youville, Saint-Arsène, Saint-Joseph, Sainte-Catherine, Sainte - Clotilde, Sainte - Mélaniv.Sainte-Philomène, Sainte-Véronique, Stadacona, collège Saint-Jean-Baptiste, écoles Cherrier, Gédéon-Ouimet, Le Plateau, Sainte-Cécile, Saint-Eu-sèbe, pensionnats Sainte-Anastasie, Sainle-Angèle, Sainte-Claire, Sainte-Cunégonde, Sainte-Emilie), Notre-Damede-de-Lourdes (Manitoba), Ottawa, Outremont (Mont Jésus-Marie, académie Sainte-Madeleine, pensionnat des SS.NN.de Jésus de Marie), Plessisville, Québec (académie Notre-Dame, à Saint-Sauveur), Rouyn, Saint-Cuthbert, Saint-Gabriel-de-Brandon, Saint-Lin-des-Laurentides, Saint-Pascal, comté de Ka-mouraska, Saint - Pierre - Jolys (Manitoba), Saint-Polycarpe, comté de Soulanges, Saint-Roch-de-l'Achigan, Terrebonne, Verdun, (académies Notre-Dame-de-la-Paix, et Notre-Dame-des-Sept-Douleurs) ville de Saint-Pierre, West-mount, (Ouestmont) et Woburn.Allons! au travail de nouveau.Et revenez encore plus nombreux le mois prochain.* * * Le sort a favorisé: 1.—Mlle Gabrielle Benoît 3115, rue Masson, Rosemont, Montréal 2.—Mlle Thérèse Cuerrier Saint-Polycarpe, comté de Soulanges, P.Q.3.—M.Fernand Tremblay La Malbaie, comté de Charlevoix, P.Q.4.—Mlle Yvonne L'Heureux Saint-Pierre-Jolys, Manitoba 5.—Mlle Lucette Hébert 92, rue Bayard, Québec.6.—Mlle Eliane Saint-Hilaire 6000, rue Briand, Ville-Emard, Montréal.* * * Chacun des gagnants a reçu une prime de cinquante sous. 200 L'OISEAU BLEU ILS ONT BESOIN DE VOUS Ces petits affamés avec leur mère ont trouve asile et protection à l'Ai DE A LA FEMME.Bien d'autres abandonnés sont recueillis et soignés par les oeuvres de la "Fédération de Charité canadienne- française".N'oublions pas que c'est pour les pauvres, les infirmes, les mères sans ressources et les vieillards sans foyer que se fera la campagne du 17 au 27 avril prochain.Lettre aux écoliers et aux écolier es Chers écoliers et écolières, Bien rares sont, ceux qui, parmi vous, n'ont pas un bon petit coeur et le désir d'aider un peu les pauvres qui manquent de tout ce dont vous avez le bonheur de jouir.Depuis quatre années, vous avez souvent entendu parler de la Fédération des Oeuvres de Charité Canadiennes-Françaises.Du 17 au 27 avril, un de ses représentants ira chercher des aumônes, pour ses oeuvres, dans toute la ville de Montréal.Savez-vous qu'en donnant à cette grande association, vous procurez, chaque jour de classe, un verre de lait aux écoliers de votre âge, qui n'ont pas, chez eux, de quoi se nourrir suffisamment?Vous aiderez aussi à envoyer à la campagne des petits infirmes.A d'autres enfants pauvres, vous assurerez le grand plaisir d'aller se baigner, jouer et prendre des forces dans les camps d'été au lieu de rester à la ville, dans les ruelles et des maisons sombres, où ils perdent leurs joues roses et leurs yeux clairs de petits Canadiens.Ce nest pas tout; les plus jeunes, les bébés, recevront, grâce à votre offrande, des trousseaux complets pour les vêtir et les consultations de médecins qui préviendront chez eux les maladies.Combien de vieillards, de mamans, de papas, vous aiderez ainsi en donnant à la Fédération les quelques sous dont vous voudrez vous priver pour eux! Parlez de la Fédération et de ses pauvres à vos compagnons, vos frères et soeurs et expliquez-leur que toutes leurs aumônes, mises ensemble avec la vôtre et celles des citoyens de Montréal qui ne sont pas égo'istes, seront distribuées, par la Fédération, à ceux qui sont dans la misère.L'Oiseau bleu est publié par la Société Salnt-Jean-Baptlste de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Directeur: Alphonse de la Rochelle.La revus ne parait pas en juillet et en août. L'OISEAU BLEU 201 Deux pauvres petits enfants Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC (Suite) [^E lendemain, lorsque l'aube parut sur le lac Muskoka, les flots s'étaient calmés, le vent s'était apaisé.De-ci de-là, quelques épaves s'en allaient à la dérive, au gré de la vague, qui, toujours avec la même fidélité, venait s'abattr» sur les galets.L'onde aux reflets argentés continuait à mirer les nuages et le vol des mouettes.Au loin, parfois, une voile blanche apparaissait et.disparaissait.Le flot, qui connaît tant d'histoires lugubres, gardait ses secrets.Rien ne pouvait révéler la sinistre catastrophe qui s'était produite au sein de la nuit, et au cours de laquelle des centaines d'êtres humains avaient perdu la vie.Thérèse, en étant projetée dans les flots, eut la chance de se hisser sur un large morceau de bois qui était une partie du gouvernail de l'énorme vaisseau.Elle saisit un bout de cordage qu'elle s'enroula autour du corps et au moyen duquel elle s'attacha solidement à l'épave.De cette façon elle put émerger et la vague qui la renvoyait de côté et d'autre ne parvint pas à l'engloutir., Elle priait silencieusement, n'ayant plus la force de crier.D'ailleurs, à quoi ses cris auraient-ils servi dans cet affreux tumulte où l'on n'entendait que des plaintes et des sanglots?Emportée dans l'eau glacée et bafouée par la tourmente, la jeune fille ne cessait de répéter ces mots: Mon Dieu, sauvez-moi! Ayez pitié de moi! Mon Dieu, sauvez mon frère, mon Dieu, je vous en conjure, sauvez-nous tous!.Elle resta ainsi de longues heures, ne voyant rien, ne sachant rien, pauvre chose livrée à la fureur d'une mer déchaînée.Saisie jusqu'aux os par le froid, grelottante, épuisée, au bout d'un certain temps elle perdit connaissance.Sous la brise devenue moins violente, le flot se fit moins tumultueux et moins agité.Poussée par le vent venant du large, l'épave s'en allait maintenant vers la terre.Attirée par les forts courants, et portant toujours son précieux fardeau, elle s'échoua peu à peu sur le sable du rivage.C'est alors qu'un vieillard, un ancien pêcheur, sortant de sa maison, aperçut cette lourde pièce de bois sur laquelle il vit une for- me humaine étendue.Il se rendit au bord du lac aussi rapidement que ses vieiles jambes le lui permirent.— Pauvre petite! s'écria-t-il, en jetant des exclamations de pitié.Comment cela s'est-il produit?Attachée! Elle est attachée sur ce radeau! Ah! sa pâleur me fait peur.Elle est morte, sans doute, en tout cas, elle en a bien l'air.Comme je serais heureux si je pouvais lui sauver la vie! Il dénoua aussitôt les liens qui la tenaient captive, et, ramassant toutes ses forces, le vieillard retourna chez lui, emportant dans ses bras la jeune fille inanimée.Il s'empressa de la coucher sur un lit, et sans perdre un instant il la secoua violemment en lui faisant faire les mouvements réguliers auxquels on soumet les noyés que l'on espère ranimer.Sans répit, sans relâche, il continua son travail de sauveteur.Mais la rescapée demeurait immobile, pareille à une morte.— Mon Dieu, mon Dieu, murmurait le pêcheur, n'aurais-je pas le bonheur de l'arracher à la mort?En son coeur généreux retrouvant une nouvelle ardeur, il éternisa ses patients efforts, guettant sans cesse sur le visage de la jeu- Pauvre petite! s'écria-t-il, en jetant des exclamations de pitié. 202 L'OISEAU BLEU ne fille quelque signe de vie.Enfin, il vil qu'elle remuait les paupières.Puis, soudain, elle ouvrit les yeux, ses beaux yeux pleins d'ombre et de tristesse, ses yeux brûlés par le sel de la mer.Elle semblait s'éveiller d'un mauvais rêve.— Où suis-je?demanda-t-elle faiblement.— Vous êtes chez moi, mon enfant, chez un vieux pêcheur qui n'a plus bon pied et bon oeil, mais qui a encore bon coeur.Après de longs efforts j'ai enfin réussi à vous faire reprendre connaissance.Et maintenant je veux vous voir recouvrer votre santé.Tenez, prenez d'abord ce stimulant, dit-il, c'est de la vieille eau de vie.Puis, voici un bol de lait frais avec du pain.Mangez, il faut manger beaucoup mon enfant.Elle obéit.Peu à peu, son teint reprenait ses couleurs et ses yeux leur vivacité.Le vieillard la regardait fixement.Il porta la main à son coeur et bientôt les larmes inondèrent ses joues ridées.— Elise, murmurait-il, en joignant les mains, Elise.— Je m'appelle Thérèse.— Oui, mais vous ressemblez à Elise.— Qui est-elle, Elise?— Elise, c'était mon enfant, c'était une jeune fille de dix-huit années dont le rire résonnait comme un chant d'oiseau et qui mettait le soleil, qui mettait le bonheur sous mon humble toit.— Où est-elle?demanda Thérèse.— Hélas! mon enfant, elle est morte, elle est morte l'an dernier après huit jours de maladie.Un mal de poitrine l'a emportée.Comme je suis trop vieux pour aller sur l'eau à la pêche, elle tendait elle-même les filets, et par tous les temps.Un soir, l'orage la surprit.Il faisait très froid, il tombait de la neige.Elle tremblait comme .une feuille lorsqu'elle rentra, et ce fut la dernière fois que le lac la vit.Tiens, en fermant les yeux je la revois encore comme si c'était aujourd'hui.Lorsque de son filet elle retirait une belle pêche, comme elle était heureuse de revenir avec son lourd panier d'osier! Son rire était une musique et son sourire une lumière.Non, jamais aucune parole humaine ne pourra décrire la douleur que j'ai éprouvée quand je l'ai perdue! Nul ne sait, nul ne peut savoir comme moi ce que c'est que de perdre le seul être qui nous est cher, qui est notre soutien, notre bien, notre richesse.Après qu'on l'eut portée en terre, durant de* mois je fus comme fou.Je marchais le long de la grève et je disais aux flots: Rendez-la-moi, c'est vous qui me l'avez prise! N'ayant pas de réponse je me dirigeais du côté de la forêt et je criais: C'est toi qui l'as cachée dans tes replis innombrables, dans tes grottes, dans tes marais.0 forêt cruelle, rends-moi mon enfant!.L'écho en se moquant de moi, renvoyait mes paroles de cime en cime, de colline en colline.Je répétais la même plainte dans les champs, sur les galets et sur les routes.Partout je cherchai1* mon enfant, partout je l'appelais.Mais ce fut en vain.Ma grande douleur s'est apaisée.Après l'avoir partout cherchée sans pouvoir la retrouver, j'ai enfermé sa chère image dans ma pensée et mon âme vit sans cesse avec son souvenir.Et maintenant, Dieu m'envoie un ange consolateur.Me voici avec ce don du ciel: Une jeune fille de son âge, qui ressemble tellement à Elise qucparfois je puis croire que c'est elle.Ah! Dieu, soit béni! Dieu soit béni cent fois, mon enfant, si je te garde, si tu consens à rester ici jusqu'à ce que la mort me prenne dans son éternel repos!.— Je resterai.dit Thérèse, comme dans ui souffle.Hortense DULAC (A suivre) RIONS UN PEU — Je viens d'écrire un livre sur l'Afrique.— Tu es allé en Afrique?— Non, mais j'irai si la vente de mon livre est bonne.Bureau: Dessins soumis LAncaster 1771 sur demande C.Lamond 8 Fils 929, RUE BLEURY - MONTREAL Manufacturiers de bijouteries médailles d'or, or plaqué, argent, bronze et aluminium Spécialités : boutons émaillés.Examen de la Vue Lunettes Elégantes Téléphone: H Arbour 5544 PHANEUF & MESSIER OPTOMETRISTES-OPTICIENS Notre spécialité: Examen de la vue des enfants.1767, RUE SAINT-DENIS - MONTREAL (près de la rue Ontario) L'OISEAU BLEU 203 No 53 Mars 1937 AFFILIÉS A LA SOCIÉTÉ CANADIENNE D'HISTOIRE NATURELLE ET RECONNUS D*UTILITÉ PUBLIQUE PAR LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC COMMISSION DES C.J.N.Membres ex-officio — F.Marie-Victorin, F.E.C., Jules Brunei, Jacques Rousseau, Roger Gauthier, respectivement président, secrétaire général, trésorier et chef du secrétariat de la S.C.H.N.Membres désignés par le conseil de la Société — Frère Adrien, C.S.C., directeur général des C.J.N., Sœur Sainte-Alphonsine, C.N.-D., sous-directrice.Les chefs de service suivante: Frère Marie-Victorin (Botanique); Gustave Chagnon (Entomologie); R.P.Léo Morin, C.S.C., (Géologie-minéralogie); Henry Teuscher (Horticulture); Marcelle Gauvreau IPédagogie et bibliographie).Le siège social de la Société et des C.J.A', est à l'Université de Montreal, 1265, rue Saint-Denis.On est prié d'envoyer toute correspondance à cet endroit.Les Oiseaux de mon jardin LE LORIOT DE BALTIMORE JLS étaient si gentils mes petits hôtes ailés, quand le printemps m'apporta leur visite, que je ne peux résister au plaisir de partager avec vous la joie éprouvée à les suivre et à les observer, dans les bosquets de mon jardin.Le Loriot de Baltimore (Icterus galbula) et la Fauvette jaune (Dendroica aestiva) m'éveillèrent un beau matin de juin par leur gazouillis, si nouveau à l'oreille habituée au* sons assourdis et au calme de l'hiver.Sans doute, les grands arbres de toutes espèces avec le voisinage du fleuve, formaient pour nos voyageurs un site des plus attrayants.Finis ces longs mois où l'on vole sans arrêt, insouciant du paysage et poussé par une force implacable qui vous dirige vers les pays lointains.Le terme de la course est enfin arrivé; maintenant il va falloir songer au logis de la future famille, car le long et périlleux voyage n'avait pas d'autre but.* * * Très honorée et surtout réjouie de leur visite, je les guettais chaque matin, car je craignais un peu leur départ; il n'en fut rien.A peine trois jours après l'arrivée, dame Loriot avait déjà choisi l'emplacement de son nid: un long peuplier au feuillage bien garni, capable de dissimuler complètement le berceau des petits.Et quel berceau! le naturaliste qui découvre pour la première fois cette oeuvre d'art est stupéfait d'admiration, il ne peut s'empêcher d'élever son coeur vers le Grand Maître, l'inspirateur de cette merveille, dont le génie transparaît malgré le couvert de l'instinct.Ce chef-d'oeuvre, j'ai vu maman Loriot le bâtir brin par brin, sous la surveillance peu sévère de maître Loriot, qui se baladait, tout en chantant à plein gosier, majestueux dans sa livrée orange et noir.Un jour je remarquai combien le jeu de tennis semblait intéresser dame Loriot.Je l'avais surprise plusieurs fois sur le gravier; de loin elle avait l'air de picorer quelque ver ou insecte, quand, un beau matin, je l'aperçus arc-boutée qui tirait de toute sa for- 204 L'OI SEAU BLEU Le loriot ou I'oriole de Baltimore ce un brin de galon du tennis puis, triomphante, prenait son vol vers le peuplier.Ces brins de coton firent merveille; maman Loriot les utilisa d'abord pour attacher les quatre coins du nid à l'extrémité des ramilles; puis elle les entrelaça avec quelques brindilles d'herbe pour former la base du nid qui se mua bientôt en un petit sac profond, suspendu aux rameaux du peuplier, à quinze pieds de terre.Notre future maman avait aussi mêlé au tout de vieilles ficelles, dont l'une, d'un rouge vif, ajoutait une note de gaieté au logis déjà princier.îfc s|c Lorsque les petits arrivèrent, papa Loriot continua à faire entendre sa riche voix de contralto, mais, conscient de son devoir, il se fit aussi gardien du berceau.L'intéressant couple considéra l'arbre entier comme sa propriété exclusive, et malheur aux intrus, car le bec de maître Loriot est pointu comme une alêne.Quand la petite famille, élevée avec plein succès, eut quitté le nid et le peuplier, c'est dans les grands saules, sur le bord de l'eau, que je la vis folâtrer le plus souvent.Là les jeunes s'essayaient à dénicher les chenilles et les hannetons, leurs plats favoris, tandis que les pa- rents, fiers de leur progéniture, leur donnaient à tour de rôle la becquée, à la grande joie de ceux-ci qui s'égosillaient de plaisir.Mais septembre était venu et le jour du départ aussi; mes gentils amis me quittèrent dè9 la fin du mois pour reprendre en sens inverse le long voyage du printemps passé.Il devint triste, mon jardin, sans leur joyeux gazouillis! Peut-être, chers lecteurs, désirez-vous maintenant connaître la parenté de nos amis Loriots?De moeurs pourtant bien douces, le Loriot appartient à la même famille que les batailleur?Etourneaux: les Icteridae.Comme les Etour-neaux, il a le bec pointu et conique, et, comme eux, il construit son nid attaché aux quatre coins.Un autre caractère frappant de cette famille, c'est la couleur du plumage qui renferme presque toujours le noir, le rouge ou le jaune-orangé.Ainsi le Mainate bronzé (noir), l'Elourneau à ailes rouges (rouge et noir), et enfin le Goglu (jaune et noir), offrent de bon?exemples de ce caractère.La famille des Icteridae est particulière à l'Amérique du Nord.Maintenant que je vous ai présenté mon ami Loriot, je vous reviendrai bientôt, chers lecteurs, pour continuer avec vous mes visites auprès des autres oiseaux de mon jardin.Georgette SIMARD * * * LA PREMIERE FLORE DE L'AMERIQUE DU NORD La première flore de l'Amérique du Nord a paru au début du XIXe siècle (1803).Elle porte la signature d'André Michaux, grand voyageur-botaniste qui, après avoir consacré de longues années à parcourir l'Amérique alors habitée, après avoir atteint et dépassé le grand lac Mistassini, voulut aller visiter la Nouvelle-Hollande, laissant à son fils François-André Michaux le soin de publier et son Flora Boreali-Americana et son Histoire des Chênes.Mais Kunth écrivant en 1825, nous apprend que Louis-Claude Richard est le véritable auteur du Flora Boreali-Americana.Au sujet de Richard, Kunth, nous apprend qu'il ne publia qu'une partie des travaux considérables qu'il exécuta; ce sont des amis, des élèves qui conservèrent à la postérité la plupart des recherches originales auxquelles ce botaniste, si passionné pour la science, consacra toute sa vie." Ce témoignage de Kunth est confirmé par celui de Bou-chardat qui, en séance solennelle de la Faculté de Médecine de Paris, le 7 novembre 1853, proclama que Richard est l'auteur anonyme du "Flora-Boreali-A mericana." Frère MARIE-VICTORIN L'OISEAU BLEU 205 FRUIT ET LEGUME Un correspondant m'écrivait dernièrement pour me demander la définition exacte des mots "Fruit" et "Légume", en me priant d-î bien vouloir lui indiquer les rapports qui existent entre les différentes significations de ces mots.Pour lui répondre, il m'a fallu lui écrire une longue lettre.Une telle question qui paraît bien simple en apparence est plus compliquée qu'on ne le croit, selon les divers points de vue où l'on se place.Lorsqu'un marchand de bonbons et de fruits se permet de vendre des tomates le dimanche, peut-on porter une plainte contre lui en prétendant qu'il vend des légumes?J'ai ouï dire que cette question avait été discutée devant les tribunaux.Je ne sais ce que les savants juges ont pu décider en cette circonstance; cela n'aurait pas influencé ce que j'ai déjà dit à mon correspondant, choses qui ne sont peut-être pas dénuées d'intérêt pour les jeunes naturalistes qui me lisent.Il y a des termes acceptés par les botanistes et d'autres qui sont admis par l'usage; les uns ne consultent pas les autres pour employer ceux qui leur conviennent ou leur donner telle ou telle signification.C'est justement de là que provient l'ambiguité.Pour le botaniste, le "fruit" est l'ovaire de la fleur,—contenant les embryons de graines,—qui est parvenu à maturité.D'après cette définition, la pomme, la tomate, la noisette, la citrouille, le concombre et le grain d'avoine enveloppé de ses glumes sont des fruits.De son côté, le mot légume a, pour le botaniste, une signification très particulière puisqu'il désigne simplement les fruits de la famille des Légumineuses comme les gousses de haricots et de pois.Même pour les botanistes il y a donc des légumes qui sont des fruits! Mais la terminologie des botanistes est loin de s'accorder avec l'usage et comme la langue parlée du peuple, même lorsqu'elle revêt un caractère littéraire, n'est jamais imposée par les hommes de science mais plutôt par l'usage, ce dernier a des droits qu'il faut respecter.Le mot 'fruit" est généralement accepté pour signifier celui des botanistes, lorsqu'il est charnu, plus ou moins acide et sucré.L'usage hésitera toujours pour dire que la noix est un fruit.La tomate peut se manger soit comme une pomme, soit en salade, ce qui fait que l'usage hésite à la placer parmi les fruits ou parmi les légumes.Dans la soupe, elle sera certainement un légume mais en confiture elle sera, sans doute, un fruit.Dans la famille des Cucurbitacées, le melon sera un fruit pour tout le monde, la citrouille tolérée parmi les fruits, mais le concombre n'aura cet honneur que chez les botanistes.Il est assez amusant de préciser ce que l'usage fait du mot "légume".Le Larousse usuel donne, comme définition principale de ce mol: "Tout produit végétal employé comme aliment." Il ne faut pas serrer trop de près cette définition parce qu'elle pourrait exiger que le sirop d'érable soit classé parmi les légumes, étant bien un produit végétal employé comme aliment.Les puristes ou fendeurs de cheveux viendront bien nous dire que ce produit n'est pas tout à fait naturel, étant, comme les sucres de betterave ou de canne transformé, industrialisé.Peut-être, mais les cornichons et la choucroute pont aussi dans ce cas et pourtant, la longue fermentation subie dans des cuves ou des tonneaux ne leur fait pas perdre la dénomination de légumes.Un peu plus loin le même Larousse nous dira que, par extension, le légume "est une plante potagère." C'est beaucoup mieux pour obtenir ce que nous voudrions qu'il nous dise; dans ce cas, les feuilles d'épinards seront certainement des légumes.De son côté, le jardinier voudra que tout ce qui sort de son potager soit légume et l'épicier s'accordera avec la cuisinière pour appeler "légume" la partie comestible des plantes potagères.Cette définition de la cuisinière m vaudrait-elle pas mieux, en définitive que celle du Larousse?Je laisse à d'autres plus renseignés que moi la tâche de nous dire si les pétioles de rhubarbes sont des fruits ou des légumes! Orner CARON, Botaniste provincial RÉCRÉONS-NOUS HISTOIRE NATURELLE La maîtresse.— Antoinette, nommez-moi un insecte à trompe.Antoinette.— L'éléphant, mademoiselle! * * * On vient d'acheter à Lucien ses fournitures de classe.— Il faut mettre des couvertures à tes livres, lui dit sa mère.— Ce n'est pas la peine, maman, répond Lucien, il ne fait pas froid.* * * — Allons, ma petite Louise, je vais te faire de la musique.Quel morceau préfères-tu?— Un morceau de chocolat. 206 L'OISEAU BLEU LA PAGE DES PHILATELISTES Nouvelle série de timbres-poste canadiens à l'occasion du couronnement de Sa Majesté George VI.— Le tour du monde pour 70 sous.— Les semi-postaux de Belgique.- Au Pérou.— En Autriche."p^WFIN, jeunes philatélistes, nous pouvons vous donner quelques détails sur les tim bres-poste que le gouvernement canadien mettra en circulation pour perpétuer le grand jour du couronnement de LL.MM.le roi George VI et la reine Elisabeth.Ils seront en vente au gui-i lict des bureaux de poste le 12 mai prochain.Il y en aura de six valeurs: 1, 2, 3, 4, 5 et 3 cents.Collectionneurs novices, prenez mon avis, je vous le donne à titre gracieux.Dès qu'elle sera parue, achetez cette série dont le prix est minime en somme: 23 sous.Vous ne manquerez pas cette fois-ci de profiter d'une expérience toute récente.Est-ce que vous ne vous souvenez pas?N'avez-vous pas essayé mais en vain d'acheter les timbres du Jubilé d'argent de George V?Ils sont introuvables aujourd'hui dans les bureaux de poste et font prime chez les marchands.Le 5 cents se vend actuellement 15 sous à l'état neuf.* * * Les revues dévouées à la philatélie annoncent que le ministère des Postes des Etats-Unis doit bientôt mettre en vente deux timbres de la poste aérienne, l'un d'une valeur de 20 cents, l'autre d'une valeur de 50 cents.Ces jolies vignettes, pourvu qu'on le veuille bien, serviront à payer l'affranchissement d'une lettre ordinaire que îe ministère des Postes s'engage à faire parvenir à son destinataire, après lui avoir fait faire le tour du monde par voie aérienne.Un si long voyage pour soixante-dix cents, c'est vraiment peu! Il ne faut pas s'en priver.Les amateurs d'enveloppes de poste aérienne pourront ainsi les ajouter aisément à leur coi- ,ection- * * * Les timbres-poste de charité que la Belgique émet chaque année sont en vente depuis le premier décembre 1936.Cette nouvelle série, très belle, comprend huit valeurs différentes: 10 plus 5 centimes, 25 plus 5 cent.; 35 plus 5 cent.; 50 plus 5 cent.; 75 plus 5 cent.1 franc plus 25 cent.; 1 franc 75 plus 25 cent.Ces timbres sont à l'effigie du prince Baudouin, fils du roi Leopold III et de la feue reine Astrid.* * * Deux nouvelles séries viennent de faire leur apparition au Pérou: une de neuf valeurs pour la poste ordinaire, l'autre de treize pour la poste aérienne.* * * L'Autriche a commémoré tout récemment le souvenir de ses inventeurs par une série de six timbres.Tout comme ceux des années dernières, ils atteindront bientôt, comment?ils atteignent déjà un prix auquel les petites bourses ne peuvent toucher.UN AMI DES JEUNES PHILATÉLISTES PHILATELISTES! Profitez des bas prix! x signifie neufs.Autriche 1934, types nationaux.1, 3, 5, 12, 24, 64 gr., la série.05 x Bosnie 1917, commémoratifs, 10, 15, 40, la série .05 x Grande-Bretagne 1936, Edouard VIII.1 1, 1V4, 2Y> pence, la série.25 x Compagnie de Mozambique, 1935, poste aérienne, 5, 10, 15, 20, la série .08 x Iran 1935, poste aérienne, 1, 2, 3.chahis, la série.06 Ajoutez trois sous à votre commande pour prix du port.Payez par bon de poste.J.COURVAL 4674, rue Resther CANADA Montréal JOUR a NUIT TEUMONEZ MARQUETTE 4549 ^2 PHOTOGRAVURE NATIONALE 262 RUE ONTARIO OUEST PRÈS BLEU HY MONTREAL L'OISEAU BLEU 207 LES TIMBRES ET LE MONDE La France, suivant un précédent établi il y a deux ans, a émis à la fin de l'année 1936 quatre timbres soumis à une surtaxe dont le produit est versé à la caisse de secours des intellectuels sans travail.Ces vignettes reproduisent les traits de quatre illustres Français: Jacques Callot, le graveur (20c.-f- 10c, brun), é à Nancy en 1592, mort en 1635; Hector Berlioz, le père de la musique symphonique moderne (40c.-f- 10c, vert), né à la Côte-Saint-André, dans l'Isère, en 1803, mort en 1869; Victor Hugo (50c.-f- 10c, rouge), né à Besançon en 1802, mort à Paris en 1885, l'auteur de la Légende des Siècles; Louis Pasteur (1 f.50 -f- 50c, bleu), le chimiste dont les travaux ont rénové l'art de guérir.POUR S'AMUSER UN BRIN UN MAUVAIS REVE Un ouvrier, qui aimait un peu trop la bière, raconta un matin à sa femme qu'il avait eu un rêve pendant la nuit.Il avait vu quatre rats s'approcher de lui, l'un après l'autre.Le premier était gros et gras, les deux autres étaient fort maigres, le quatrième était aveugle.Le brave homme était inquiet, car il avait entendu dire que les rats portent malheur.La pauvre femme ne pouvait trouver l'interprétation du songe.Son petit garçon, très intelligent, fut le Joseph de ce nouveau Pharaon."Le rat gros et gras, dit-il à son père, c'est l'hôtelier du coin que tu vas voir si souvent, el à qui tu portes presque toute ta paye.Les deux maigres, c'est maman et moi; et l'aveugle, c'est toi, papa!" Ce mauvais rêve est bon, pour qui en comprend le sens et agit en conséquence.* * * SUBLIME LOUANGE Un professeur allait opérer un campagnard atteint d'un cancer à la langue.De nombreux élèves se pressaient autour du maître.L'éminent chirurgien avertit le malheureux qu'à mettre les choses au mieux, il devait se résigner à la pensée de perdre la parole.— Si vous avez, lui dit-il, un désir à exprimer, faites-le maintenant.Songez bien que c'est la dernière parole que vous prononcerez de votre vie.Après l'opération, vous demeurerez muet.Tous attendaient anxieux.Le paysan courba un instant la tête et soudain ces mots partirent de ses lèvres: — Loué soit Jésus-Christ! Une vive émotion s'empara de tous et des larmes perlèrent sur les joues du chirurgien.L'opération eut lieu et l'homme resta muet.La foi peut-elle dicter au coeur une parole plus sainte et plus élevée?* * * Le petit Robert aborde sa maman avec des airs mystérieux.— Dis, bonne maman, n'avais-tu pas recommandé à la cuisinière de toujours fermer à clef le buffet de l'office?— Pourquoi cette question?— Je vais te dire, petit mère.Hier soir, elle ne l'avait pas fermé.— Alors?— Alors, pour lui donner une leçon, j'ai mangé tous les gâteaux qui restaient. 208 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE ARTICLES POUR HOMMES Question 1.—Qu'applique cet homme sur sa figure fraîchement rasée?— De la pommade dermatique.Q.Quel est le but de cette application?—Calmer le feu du rasoir, rafraîchir, aseptiser, tonifier l'épiderme et lui donner du velouté.2.Décrivez ce service à barbe.— Dans la base, il y a une cavité pouvant servir de bol à barbe; la tige supporte un blaireau et un miroir basculant.3.A quoi sert le bol à barbe?— A préparer de la mousse avec du savon en pain ou en poudre.4.De quoi est surmonté ce cendrier?— D'un cercle auquel sont fixés quatre pose-cigares et un porte-allumettes.5.Que voyons-nous ici?— Un autre service à raser.6.Qu'est ceci?— Un cuir automatique.7.Pourquoi appelez-vous ceci un blaireau?— Parce que ce pinceau à barbe est fait avec du poil de blaireau.8 A quoi sert un cuir à rasoir?— A affiler, c'est-à-dire, à donner du fil au rasoir, à le rendre tranchant.9.Quels sont ces articles de chemiserie?— Des brassards.10.En quoi sont ces gants?— En peau de daim ou de chevreau.Q.Nommez la pince qui sert à ouvrir ou étendre des doigts de gants.— Une quille de gantier.11.Avec quoi fait-on des lacets?— Avec du cuir, du coton ou du crin.12.Le nom de la garniture intérieure d'un chapeau?— La coijje.13.De quoi fait-on les mocassins?— Avec de la peau de chevreuil.14.Quel est cet article de toilette masculine?— Un fixe-moustache.15.Quel avantage possède un rasoir de sûreté?— D'éviter les coupures.16.Nommez cet article de tabagie.— Un cendrier sur pied.17.Que voyons-nous ici?— Un briquet.18.Quel est cet objet?— Un couteau on hachoir à tabac.19.De quoi est accompagné ce fume-cigarette?— De son étui.20.De combien de parties se compose une pipe?— Du fourneau, du tuyau et du bout.21.Comment s'appelle ceci?— Un moule à cigarettes.22.Qu'y a-t-il ici?— Une pipe, une blague et des goupillons.Q.Qu'est-ce qu'un goupillon?— C'est une tige garnie de poil dont on se sert pour décrasser les tuyaux de pipe.Nos gens disent aussi un ramoneur.23.Nommez les parties de ce nécessaire de fumeur.— Un plateau, un cendrier, un barillet à cigares et un barillet à cigarettes.24.Comment se nomme la partie extérieure d'un cigare?— La robe, et la partie intérieure s'appelle poupée.25.A quoi sert un porte-cigare ou étui à cigares?— A empêcher ceux-ci de se briser dans la poche du fumeur.26.Dans quoi sont rangées ces deux pipes?— Dans un écrin.27.Quel est le nom de ce vêtement?— Un gilet.(A) indique les poches de gilets qu'on appelle plutôt goussets.28.Qui porte ce genre de culotte dite culotte lacée?— Les explorateurs, les touristes, les alpinistes et les amateurs de sport en général.29.Que signifient ces chevrons?— Ils indiquent les années de service de celui dont le vêtement en est orné.30.Où fait-on usage de la tondeuse?— Dans les boutiques de barbier.31.Quel est le nom de ce récipient dont l'usage est mis en danger de disparition par le briquet?— C'est un porte-allumette.Q.Gaspille-t-on, dans notre pays, beaucoup d'argent pour le tabac?— On consomme cinq milliards de cigarettes par année, soit, à un sou la cigarette, la somme fabuleuse de cinquante millions de dollars annuellement.Q.Que dépense un fumeur qui consume par jour deux paquets de cigarettes de dix sous durant quarante ans.— Soit 20 sous par jour, six dollars par mois, lesquels déposés à la banque et laissés à intérêt composé à 3 p.c.formeront au bout de ce temps un capital de $5,400.Q.Quels autres inconvénients présente l'abus de la cigarette?— Perte de la mémoire, affection des muqueuses, prédisposition à l'alcoolisme et perte de temps.L'abbé Etienne BLANCHARD L'OISEAU BLEL 209 210 L'OISEAU BLEU FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU Le Cceur de Perrine — par — MLLE MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal (Suite) VIII — LA MEPRISE [^E troisième jour, vers huit heures du matin, Ville-Marie apparut.Les voyageurs se hâtèrent de lancer vers le Fort les cris et les signaux habituels.On aborda avec l'aide des quelques soldats et Hurons accourus.Perrine fut surprise de ne voir ni son mari, ni son frère.Elle s'informa discrètement.On lui apprit que le capitaine Le Jeal était parti à la chasse pour la journée, avec son fidèle Huron."Le capitaine de Senancourt, vint raconter un autre soldat, avait voulu demeurer à la maison avec le mioche de son beau-frère.Le petit s'était enrhumé et les inquiétait un peu.Or, comme il n'obéissait pas du tout à la jeune fille sauvage qui en prenait soin et lui passait vraiment trop toutes ses fantaisies, "sur l'ordre du papa, paraissait-il, M.de Senancourt avait décidé de mettre ordre à tout cela.Il avait obtenu son congé de M.de Maisonneuve, le gouverneur, pour jusqu'au lendemain soir." Lentement, Perrine remonta vers sa demeure, en compagnie de Manette la Normande et de sa nièce.Elle se sentait déçue.En arrière, un peu plus loin, des Hurons transportaient ses colis.Elle se tourna soudain vers eux et les pria de déposer dans la grande salle du Fort tous ses nombreux objets et paquets.Elle les ferait prendre dans quelques heures.M.le Gouverneur lui pardonnerait son geste un peu sans gêne.Sa petite nièce, qui comptait maintenant trois ans, riait et gazouillait avec Manette.Elle ne songeait qu'à son frère Pierrot."Il est grand, grand, grand, Pierrot, Manette?Peut-être qu'il ne va pas me reconnaître?.Dis, toi, plutôt, tante, est-ce qu'il va savoir qui je suis?— Oh! oui, mon ange, il saura bien quelle est la bonne petite fille que j'amène près de lui.— Et il jouera avec moi?Je n'aime pas les fusils, les tambours, moi, tu le sais, tante?— Tu prendras ta balle quand tu te récréeras avec Pierrot.— C'est cela, tante, et il verra si je cour* vite, moi aussi.On atteignit la maison.Perrine frappa, mais ne reçut aucune réponse.La porte était même solidement barricadée.Elle fit le tour de la petite propriété, ne vit personne, n'entendit pas le moindre bruit.Elle regarda au loin, et il lui sembla voir venir quelques personnes, portant chaudières et seaux.Sans doute, l'on avait eu besoin de s'approvisionner d'eau pour la journée, et l'on en revenait.Perrine dit alors tout bas à la petite fille en clignant de l'oeil avec Manette: "Ma chérie, nous allons causer une belle surprise à oncle André et à Pierrot.Regarde! Ils viennent là-bas.Nous allons nous cacher derrière le large pommier.Dès qu'ils seront près, nous nous ferons voir, tante, Manette et toi, mon bébé.— Oh! oui, oui, tante, que c'est amusant! Pourquoi la sérieuse Perrine avait-elle cette idée un peu puérile de jouer à cache-cache?Elle se sentait lasse pourtant, sans beaucoup de gaieté, même légèrement tourmentée de son insuccès depuis qu'elle avait touché les rives de Montréal.Il lui semblait qu'elle y pénétrait en intruse.Aucun sourire ne l'avait encore accueillie.Certes, il y avait une sentimentalité blessée dans sa décision de retarder encore le moment d'apparaître.Mais il y avait aussi, une gêne, un malaise à la pensée de se retrouver en face de ce mari qu'elle ne connaissait que depuis peu sous un jour nouveau.Les lettres du capitaine de Senancourt avaient été bien émouvantes à lire parfois.Elle n'était plus dupe de l'amertume ou de la hauteur qui perçaient sous toutes ses réflexions.La jeune femme savait trop à quelles misères silencieusement supportées il fallait attribuer cette brume spirituelle.Peut-être serait-il en son pouvoir de la dissiper?Car, elle avait médité sur la situation qui serait bientôt la sienne.Son sentiment de l'honneur, et, surtout, le fond de piété qui la caractérisait ne lui permettaient plus de regarder, sous un angle d'indifférence ou d'hostilité, ce mari auquel elle avait juré affection, fidélité, soumission, à la face du ciel et de la terre.Elle tenait à lui prouver qu'il pouvait compter sur son dévouement, sur son estime, sinon encore sur un plus vif sentiment.Elle connaissait si peu son coeur encore.Il battait fortement à cet instant le coeur de Perrine.Le capitaine de Senancourt appro- L'OISEAU BLEU 21 1 Perrine renvoya la Huronne sans lever les yeux sur elle.chait.Elle l'entendait maintenant.Il consolait Pierrot qui faisait des résistances.Il voulait être posé à terre et courir avec la jolie Huronne qui lui taquinait la joue avec une branche de foin.Un peu avant d'atteindre le pommier où se cachaient Perrine, Manette et la petite nièce, le capitaine se départit de sa sévérité.Il posa le petit à terre et fit signe à la Huronne de lui abandonner tous les récipients.Celle-ci refusa.En haussant les épaules, le capitaine lui retira, non sans peine, chaudières et seaux et mit la main de Pierrot dans la sienne, en lui montrant du doigt la maison.Il voulait suivre plus posément.Un peu dépitée, la Huronne le regarda se charger de tous les bocaux avec dextérité.Il était encore penché sur la dernière chaudière, lorsque soudain, la jeune fille sauvage lui jeta ses deux bras autour du cou et lui appliqua un baiser sonore sur la joue.Puis en riant comme une folle, elle s'enfuit avec Pierrot vers la maison.Juste à ce moment, Perrine, Manette et la petite fille paraissaient devant le capitaine de Se-nancourt.Tous demeurèrent cloués sur place, soit par la surprise, par l'indignation, soit par la plus honnête des vexations.Les enfants de Chariot sauvèrent la situation.Ils s'embrassèrent, se considérèrent, se mirent à rire et à sauter, n'oubliant ni la tante Perrine, ni l'oncle André en toutes leurs effusions.Perrine et André ne purent qu'échanger quelques mots.La Huronne s'affairait dans la maison lorsque Perrine, le capitaine, les enfants et leur bonne pénétrèrent à l'intérieur.Elle ouvrait la grande chambre fermée que la jeune fille habitait jadis et s'empressait de tout remettre en ordre.Perrine la renvoya sans lever les yeux sur elle; puis, se retournant tout à coup, elle donna à Manette quelques ordres.Elle la priait de se retirer dans la chambre des enfants et de veiller sur les jeux de ceux-ci jusqu'à nouvel ordre.Puis, toujours sans lever les yeux elle dit au capitaine d'une voix sans timbre: — Vous m'excuserez, André, j'aurais besoin d"un peu de repos, de solitude.— Perrine, un mot seulement.Vous n'allez pas vous mettre martel en tête, parce qu'il a plu à une petite sotte.— Je vous en prie, pas un mot de plus.Je suis incapable, en ce moment, de penser, de juger, encore moins de discuter.Plus tard, plus tard.Et Perrine referma doucement sa porte.Elle entendit André s'éloigner, puis le bruit de ses pas ne cessa pas dans la pièce voisine.Il se promenait avec agitation, allant et venant à travers la pièce.On frappa peu après à la grande fenêtre, et Perrine comprit qu'un soldat du Fort voulait entrer avec un message.André vint de nouveau près de sa porte.— Perrine, dit-il, je suis au regret, mais je dois vous déranger un moment.Vos bagage?sont restés au Fort, m'apprend-on.Je vais y voir, tandis qu'un des soldats de ma compagnie fera le guet autour de la maison.Je serai de retour dans une demi-heure.Il s'éloigna.Perrine se trouva alors bien seule.Elle prit un fauteuil, ferma les yeux et s'efforça d'abord de ne pas penser.A quoi bon toutes ces réflexions qui ne lui apporteraient aucune solution?La scène dont elle venait d'être témoin n'avait que deux sens.Ou bien, il fallait en tenir seule responsable l'Indienne audacieuse et coquette; ou bien, n'ayant pas été repoussée une première fois en ses démonstrations, elle s'enhardissait et jouait avantageusement son rôle.Mais qui lui avouerait jamais la vérité?Les inculpés?Elle ne les croirait ni l'un, ni l'autre, hélas! Chariot?Son frère chargerait tout de suite la Huronne dont il avait eu à se plaindre lui-même.Pourtant, comme il avait su, lui, s'en débarrasser avec énergie.Tandis qu'André, plus débonnaire, ou plus sensible à la beauté, peut-être, savait moins réagir.Perrine se redressa avec une confusion inexprimable.Pourquoi demeurait-elle ainsi sans indulgence vis-à-vis d'André?Après tout, qu'était-ce que cette scène ridicule?Elle devait mépriser les manèges de cette fille des bois, les ignorer, regarder d'un peu haut des faiblesses incompréhensibles chez un homme de la valeur d'André de Senancourt.Elle prit une glace.Elle examina la figure qu'elle lui renvoyait.Oui, cela pouvait aller, elle possédait des traits agréables d'expression et ses cheveux blonds l'auréolaient de lumière.On le lui avait si souvent dit que force lui était bien de le croire.Mais alors, elle n'avait pas à 212 L 1 O I S E A U BLEU craindre cette fille huronne.Elle lutterait.Elle serait victorieuse.Perrine repoussa avec un frémissement la petite glace.Quelle révélation!.Elle comprenait.La jalousie venait de naître en son coeur!.Et la jalousie ne pouvait exister sans que l'amour existât aussi.Elle aimait donc André de Senancourt.Cette scène folâtre, entre son mari et l'Indienne, qui l'avait blessée jusqu'au fond de l'âme, avait eu pour résultat de lui apprendre un secret, qu'elle se dissimulait à elle-même, sans doute, depuis quelque temps.Mais alors?.Que ferait-elle?.Elle avait été si longtemps, à l'égard d'André, hostile et indifférente.Il comprendrait à peine ce changement et prendrait pour un sentiment de vulgaire jalousie ce qui ne serait, au fond, qu'un réflexe de défense amoureuse.Elle se leva, marcha à son tour avec agitation à travers la pièce.De temps à autre, la voix de contralto de la Huronne parvenait jusqu'à elle.Elle discutait avec Manette.Perrine sentait sa main se crisper; son coeur se gonflait de mécontentement.Elle faisait appel presque en vain à ses sentiments d'habitude charitables.Oh! cette fille! Elle la chasserait dès le lendemain.Elle arrangerait toutes choses avec Chariot, non avec André, car elle aurait peur de lui faire trop bien lire en son coeur.Et le temps n'en était pas venu.Elle s'assurerait auparavant des sentiments de son mari envers cette petite folle, qui avait fini par prendre une trop grande place au foyer de son frère.Mais que disait-elle là?Ce foyer, c'était le sien aussi, maintenant.Elle y avait des droits.Elle les ferait valoir.Vers midi, elle sortit de sa chambre et vint prendre sa place à table.André n'était pas encore de retour.Il y avait eu deux heures de corvée à donner au Fort, et un billet courtois en avait averti Perrine à temps.Elle avait donc donné des ordres à Manette, non à la Huronne, sur les travaux à accomplir.Puis ses bagages étaient arrivés.Elle avait vaqué à plusieurs petites besognes, combattant le mieux qu'elle pouvait une migraine atroce.Vers quatre heures de l'après-midi, elle ne se sentit plus la force de travailler et se retira dans sa chambre de nouveau.André n'était pas revenu depuis le matin.Les enfants jouaient dans la chambre à côté, et un soldat gardait la maison en fumant tranquillement, ou en sifflotant de temps à autre avec douceur.Perrine s'endormit soudain.Sa tête pâlie, triste, gardait, même dans le sommeil, de douloureuses crispations.Elle se réveilla vers six heures et se sentit reposée.Entendant Manette frapper, elle lui dit d'entrer tout de suite.L'honnête figure de la Normande qui lui était dévouée si entièrement lui fit du bien.Elle sourit.— Madame va mieux?dit celle-ci avec inquiétude.— Oui, Manette.Ce sommeil que tu as veillé à ne pas troubler m'a tout à fait remise.Je te remercie.— J'en suis bien heureuse.Car Madame a été désappointée depuis le matin.C'est une triste arrivée que la nôtre.Et Madame a eu de quoi songer, hélas! — Mon frère est-il de retour, Manette?— Pas encore.Il ne tardera pas, dit-on.— Et mon mari?— Il est venu, il y a une heure, mais apprenant que vous reposiez, il est reparti.Il se rendait au-devant de Chariot, a-t-il dit.— Manette, je sais que je puis avoir confiance en toi.Tu parais m'être attachée.— Madame, avec moi, il n'y a que vous et les petits qui comptiez maintenant.J'aimais bien Mademoiselle Lise et Monsieur André, mais aujourd'hui, c'est à vous que vont tous mes soins.— Manette, tu as l'expérience de la vie, toi, vas-tu me blâmer lorsque tu apprendras que je vais renvoyer cette Huronne dans sa tribu?Je ne saurais la supporter plus longtemps ici.— Non, Madame, fit la Normande.C'est une évaporée,.non pis que cela, c'est une mauvaise engeance qui s'en prend au bonheur de?autres pour le détruire.D'ailleurs, je suis guérie maintenant et puis veiller sur les petits.Nous n'en avons pas besoin.— Ne crois-tu pas que son père veuille s'y opposer?— Vous commandez ici.Ce Sauvage n'a qu'à obéir.Et votre frère comprendra la situation.— Je sais.Mais mon frère prise tellement les soins de son serviteur.Voudrais-je le priver de ce réconfort?Puis, mon mari.— Ah! celui-là, Madame, je ne le comprends pas.Il aurait dû gifler cette tête folle.Et, c'est Monsieur André qui a enduré cela, lui si fier.— Manette, je t'en prie, ne parle pas ainsi.Tu vas me faire croire.des choses fort désagréables.Toi aussi, tu admets qu'il aurait dû la repousser, n'est-ce pas?— Ecoutez, Madame, avec des hommes sérieux, graves comme Monsieur André, on ne sait jamais.En tous cas, il peut s'en expliquer.— Il a tout de même des yeux pour apercevoir une jolie fille, qui vit non loin de lui, le sérieux capitaine de Senancourt.Ma pauvre Manette, tu penses comme moi, je le vois.— D'acord.Mais ça n'est pas de l'amour cela, allez. L'OISEAU BLEU 213 — Non, Manette?Qu'est-ce alors?— On appelle ça chez nous avoir un béguin.Et dame, comme vous n'étiez pas là pour éclipser la petite peau-rouge.Les hommes ne son', pas des anges, Madame Perrine.Vous le savez bien.— Mais c'est désespérant ce que tu m'apprends là.Allons, parlons d'autre chose.veux-tu?Un bruit de portes, des rires, des cris de joie éclatèrent dans la maison.Chariot entrait, et sa petite fille lui sautait dans les bras.Vite, Perrine, aidée de Manette, rafraîchit sa figure, refit sa coiffure et ouvrit la porte, juste au moment où Chariot criait gaiement: — "Si tu n'ouvres pas, Perrine, j'enfonce la porte." Le coeur de la jeune femme se dilatait enfin.Elle embrassa encore et encore son frère.Tout son coeur rayonnait dans ses yeux.Elle prit entre ses mains la figure de Chariot, et en détaillant chaque trait, avec quelle secrète douleur.Qu'il était maigre, pâle, et n'était cette farouche énergie dont il ne se départait jamais, et qui forçait sa vitalité à ne point s'éteindre, qu'elle aurait eu à s'inquiéter, vraiment! — Ma chère Perrine, dit Chariot, une fois les effusions terminées, quel soulagement de te voir revenue! Nous nous ennuyions à périr, André et moi, en cette maison.Il y manquait par trop une présence féminine précieuse comme la tienne.N'est-ce pas André?.Tiens, où est-il passé mon cher beau-frère?.Toujours discret, ce vieil ami?Puis voyant un sourire ironique se dessiner autour de la bouche de sa soeur, il ajouta en riant: — N'est-ce pas qu'il est toujours taciturne mal à propos, ton mari?Pourtant, que tu es ravaissante, ma soeur! Des roses sur tes joue3, des beaux yeux bleus qui brillent, des cheveux.qu'une reine envierait.Oh! oh! le capitaine de Senancourt va posséder une femme que tous vont lui envier.Et toi, ma soeur qui oserait jamais se mesurer avec toi?— Mon frère, quel fol enthousiasme!.Et tu sais, je ne suis pas du tout convaincu qu'un joli minois.n'importe lequel, va!.ne puisse crier bientôt victoire en substituant le sien au mien.— Attendons.Je parie deux contre un.— Non, tu ne vas pas parier, mon frère.C'est un trop gros risque.Et Perrine, moitié sérieuse, moitié souriante, regarda attentivement son frère.— Hein?Ma parole, on dirait qu'il y a anguille sous roche.Déjà?.Mais tu badines?— Supposons que je badine, Chariot.Allons souper en attendant, n'est-ce pas?— Perrine, je ne sais pourquoi, mais tes yeux m'inquiètent.Qu'est-ce qui s'est passé depuis le matin?Je veux le savoir.Est-ce que cette folle fille des bois.— Mon frère, nous sommes tous rendus à bout de forces, ce soir.Demain, demain, nous causerons paisiblement de beaucoup de choses.Il est certain que ma venue apportera quelques changements ici.II faut en discuter froidement, André, toi et moi.— Trêve de circonlocutions, ma petite soeur.Je te confesserai, André ou toi, avant que la nuit soit bien avancée.L'on sortait à peine de table, où l'on s'était entretenu assez agréablement, lorsqu'un soldat du Fort vint chercher le capitaine de Senancourt de la part du Gouverneur.Il ne s'agissait que.d'une courte entrevue, mais urgente.Chariot fut surpris d'être négligé en cette occasion.Mais André lui repartit vivement que c'était sur sa demande que M.de Maisonneuve ne le dérangeait pas ce soir.Sa soeur, sa petite fille, à peine revenues, nécessitaient sa présence à la maison.Chariot parut surpris de cet arrangement.— Ecoute, André, tu as dû faire sourire chez le Gouverneur.Un mari ne prend pas les choses aussi froidement d'habitude.— Oh! un mari.fit André, un peu raidi, Perrine et moi, nous ne sommes pas encore faits à l'événement de septembre dernier, je crois.— Je le crois, en effet, répondit Perrine avec une indifférence habilement feinte, elle aussi.— Excusez-moi tous deux, reprit André.Nou?n'avons qu'une séance d'une heure à tenir.A tout à l'heure.Le capitaine de Senancourt hésita un moment.Puis, il revint sur ses pas, prit la main de Perrine et la baisa avec tout le respect dû à une souveraine.Mais aucun sentiment plus tendre n'y paraissait.— André, ne m'en veuillez pas, reprit Perrine, si je ne prolonge pas la veillée.J'ai vraiment besoin de repos.Je vous reverrai demain.— Ma chère petite, fit le capitaine de Senancourt en souriant, je comprends quelle doit être votre fatigue, après un tel voyage.A demain alors! — Eh bien, moi, fit Chariot, dont l'étonne-ment en face de cette scène, où tant de froideur et d'indifférence se manifestaient à l'envi, d'un côté comme de l'autre, eh bien moi, je ne me contente pas d'une heure, Perrine.Tu te reposeras demain.Ce soir, j'ai besoin de te regarder, de te tenir devant moi, je veux croire à cette joie de te savoir enfin dans la maison, dans ta maison.Mais qu'est-ce que tu fais, André?.Sors tout de suite.Tu reviendras plus vite.Tu as bien le temps de contempler Per- 214 L'OISEAU BLEU Le capitaine de Senancourl.prit la main de Perrine et la baisa avec tout le respect dû à une souveraine.rine, demain.Et en face, pour.qu'elle le voie.finit Chariot en riant, s'étant assuré qu'André était bel et bien parti avant de faire cette réflexion.Hein! ma Perrine, est-il étrange, cet André?.On dirait que tu l'intimides encore, ou bien.qu'il a quelque chose à se reprocher qu'il n'ose agir ouvertement.qu'il m'amuse! — Tu es peut-être plus près de la vérité que tu ne crois, mon frère.Ta dernière supposition, vois-tu.— Comment?— André, voyons, pourrait bien n'être pas irréprochable?— C'est de la coquetterie, cela, ma soeur.— Tout arrive, mon frère, en ce moment.— Tu sais trop que le coeur d'André t'appartient.— Et si j'en doutais, ce soir, après tout?— Je ne te crois pas.D'ailleurs tu viens d'entrer à ton foyer.Il ne s'est rien produit d'anormal que je sache.— Tu es si sûr que cela, mon frère?— Perrine, tu commences à m'énerver.S'il y a quelque chose d'insolite, ici, dis-le.Mais ne bats pas ainsi les buissons.— Si je parle, ce sera bien malgré moi, mon frère aimé, mais si je crois la mesure nécessaire.Il y a une chose en tout cas à laquelle je suis fermement résolue.Chariot.Et je ne varierai pour rien au monde là-dessus.— Je te comprends de moins en moins, ma chère petite soeur.Puis, de quelle voix tu me dis ces choses.Tu es toute rose, tes yeux brûlent, comme deux feux ardents, ta bouche est remplie d'amertume.Justes cieux, je saisis en- fin qu'il y a eu un incident, peut-être grave, et que j'ignore encore.Parle, ma soeur.— Viens près de moi, mon frère.Car j'ai du chagrin, aussi, peut-être.— Perrine, parle, de grâce.— Chariot, demain, je renvoie dans sa tribu la Huronne qui a soigné Pierrot jusqu'ici.— Demain?La Huronne?.Mais pourquoi, pourquoi?— Préfères-tu me voir retourner à Québec?Si elle ne part pas, c'est moi qui partirai.— Il ne s'agit pas de choses entre elle et toi, voyons ma soeur.Cette tête folle ne nous dit rien qui vaille, tu le sais bien, à son père, à moi, à André.— Tu t'illusionnes, mon frère.— Allons donc! Rappelle-toi mes lettres à son sujet.— Aussi, ce n'est pas de toi que je doute.— Et son père, si tu crois qu'il ne la gifle pas d'importance, parfois.— Ce n'est pas de son père, non plus, que je doute.— Mais tu rêves debout, ma soeur, ce serait d'André alors que tu.Ah! ah! ah!.André, mon beau-frère, fier comme pas un.Tu déraisonnes, ma parole.Ton accusation.— Je ne l'ai pas accusé, mon frère.— Sans doute, sans doute, mais c'est tout comme.Et je suis plus qu'heureux qu'il ne soit pas ici.Il serait mécontent que tu aies osé, même en esprit, faire un rapprochement, entre cette fille, jolie, peut-être, mais trop délurée, si vulgaire.— Bien, Chariot.Quel ami André a en toi! — Je le crois bien.— Mais si nous laissions ton beau-frère.— Ton mari, ma chère Perrine! La jeune femme resta un moment interloquée.Son frère avait parfois des mots sévères, qui portaient droit, et dont la spontanéité, l'inattendu, empêchaient qu'on s'en blessât.Mais ils n'en étaient pas moins durs à supporter au premier moment.— Ecoute, Perrine, je vois très bien qu'il y a une chose que tu ne tiens pas à me dire.Je ne forcerai pas tes confidences.Mais d'autres seront moins discrets.Tu sais bien que mon serviteur huron, apprenant demain que tu chasses sa fille, voudra en connaître la raison, et arrachera à celle-ci la vérité, à coups de bâton, s'il le faut.— Tu ne laisseras pas maltraiter inutilement cette fille sauvage, Chariot, n'est-ce pas?— J'interviendrai certainement.Mais voici.Si elle part, son père voudra la suivre. L'OISEAU BLEU 215 — Tu ne peux te passer de ce Huron, Char-lot?Dis-le-moi?.De grâce.Dis-le, dis-le?Chariot s'était levé, et arpentait en silence la pièce, les yeux à terre, le front barré d'un pli.Il ne pouvait tout de suite répondre à sa soeur.Il se sentait perplexe, mécontent, un peu ahuri aussi.Qui lui aurait dit qu'une scène pareille l'attendait au soir si désiré de l'arrivée de Perrine.Le silence dans la maison était parfait.Les enfants dormaient, Manette, sans doute aussi à leurs côtés.La servante hu-ronne couchait, pour ce premier soir, dans le hangar près de la maison.Son père s'y était installé depuis quelques jours, et s'y déclarait très confortable.Perrine regardait son frère avec anxiété.Jamais elle n'aurait cru lui causer une telle déception en parlant du renvoi des Hurons.Mais elle se rendait à l'évidence.La fidélité, les bons services du Huron l'avaient rendu vraiment indispensable.Que faire alors?Jamais elle ne se résoudrait, de son côté, à vivre auprès de cette fille qui lui avait fait, et pourrait encore lui faire tant de mal, et de mal irréparable tôt ou tard.— Chariot, dit-elle, la voix tremblante, je n'aurais pas dû revenir.Sans être appelée du moins, ou par toi., ou par., mon mari, ajouta-t-elle avec effort.J'avais cru bien faire, pourtant.— Ma pauvre soeur, fit Chariot, aussitôt touché, ne dis pas cela.Je suis si heureux, malgré tout, de te savoir enfin auprès de nous.Mais.tout cela m'a pris au dépourvu.Tiens.si tu le veux, tu vas te retirer.Tu as besoin d'une bonne nuit de repos.Moi aussi.Cette chasse d'où je reviens bredouille m'a éreinté.Je vais fumer un instant.puis je me retirerai aussi.Demain, nous reprendrons cette conversation avec plus de calme.Puis, André doit être mis au courant.— Tu lui parleras, mon frère.Cela suffira.— Bien.Bonsoir, alors, ma chère, chère soeur.Aie confiance.Tout va s'arranger.Bon, j'entends André.Sauve-toi.Il ne se couchera pas, j'en suis sûr, sans s'être déchargé le coeur ou l'esprit auprès de moi.Bonsoir, bonsoir! Perrine eut juste le temps de pousser doucement sa porte, André entrait dans la vaste pièce.Chariot s'était tourné vers la cheminée, et regardait pensivement brûler la bûche énorme qu'il avait jetée tout à l'heure dans le brasier.André vint s'asseoir non loin de lui.— Chariot, dit-il, te sens-tu trop fatigué pour causer encore quelque temps, ce soir?— Pas du tout, André.Qu'est-ce qu'il y a?André ne répondit pas tout d'abord.Il s'était levé pour prendre sa pipe, l'allumer, puis demeurait maintenant debout, les yeux à terre.— "Quelles complications, dit-il enfin, autour de choses qui ne valent pas même la peine qu'on y pense." — Vérité vieille comme le monde, approuva Chariot en riant.Marie-Claire DAVELUY (A suivre) BONS MOTS LA FIN DE SATAN — Le diable est mort, déclare avec un air de grande importance un petit garçon en arrivant à l'école.— Qu'est-ce qui vous le fait croire?demande le professeur étonné?— C'est mon père qui l'a appris, répond avec assurance l'enfant.J'étais avec lui dans la rue, hier, quand un cortège funèbre a passé.Il me dit alors: "Pauvre diable! Il est mort!" * * * Thérèse se promène avec sa maman au parc LaFontaine.Le soleil se couche, les nuages sont illuminés et Thérèse en demande la cause: — C'est le soleil qui se couche, répond sa maman.— Ah! Il a allumé dans sa chambre, alors?* * * LE MENDIANT PRATIQUE La dame.— Hier, je vous ai donné quelques sous.Vous revenez encore aujourd'hui?Le mendiant.— Il faut m'excuser.Vous m'avez dit hier: "Je n'ai pas d'autre monnaie".Alors, je pensais qu'il s'agissait seulement d'un acompte. 216 L'OISEAU BLEU PECE MATTHIEU 'ETAIT vers la fin d'une ravissante matinée de juin.Un soleil radieux revêtait d'or et de pourpre Ville-Marie.Les grands arbres qui faisaient bordure à ses rues regorgeaient d'une gent ailée des plus variées et aussi des plus actives.C'était un va-et-vient continuel; ici, une becquée apportée aux nouveau-nés toujour?insatiables, là, une paille, un fêtu, un brin de mousse ou de laine ajouté au nid caché à la fourche du vieil érable ou de l'orme séculaire.Le soleil commençait à descendre vers l'horizon et disparaissait lentement dans un brasier de feux et de couleurs indescriptibles dont l'Artiste divin, au pinceau créateur, possède seul le secret et qui ne sait signer son nom que par beauté, bonté, amour et splendeur.Tout doucement, le calme enveloppait la ville.Les sabots des chevaux attelés aux longues charrettes ne résonnaient plus qu'à intervalles rares; les coupés, les landaus étaient remisés.Chacun rentrait sous son toit accueillant où le fumet d'un de ces "anciens" soupers ravivait l'appétit.Seul, assis sur le coin du perron de l'antique chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, père Matthieu était encore là, finissant de rafistoler une corde cassée de son vieux violon.Oui, ne riez pas, père Matthieu était artiste.artiste du bon Dieu, mais aussi de tous ceux qui passaient par là.Il savait jouer le3 cantiques de la Vierge, de son Fils et puis même.les rigodons les plus entraînants.Donc, après avoir raccommodé son instrument, il compta et recompta les quelques sols tombés dans sa sébile; l'aumône avait été bien légère, ce jour-là, mais notre vieillard semblait habitué à pareille déconvenue.Quittant la place après une humble prière à la douce Madone, il regagna vite son pauvre gîte.Soudain, il s'arrêta, car il venait d'apercevoir au sommet de la côte faisant face à la chapelle sa petite amie Madeleine, tout de blanc vêtue, accompagnée de sa mère.Un large sourire éclaira son visage de pauvre gueux.Cette enfant était messagère de joie, d'aumône, de chaleur et d'amour pour ce hère si seul, si isolé.La connaissance s'était nouée, il y avait plus d'un an.Madame X, faisant une promenade accompagnée de sa fillette et de quelques petites amies, avait dirigé les bambines vers le temple vénéré.Notre bonhomme avait vu venir la troupe enfantine.Choisissant les meilleurs morceaux de son répertoire, il eut tôt fait de captiver ses jeunes auditrices.Les naïfs cantiques sortirent de son instrument de fortune.Il avait mis toute son âme à les exécuter.Puis vinrent les vieilles danses.Dame! les petits pieds s'agitèrent.on fit cercle autour de l'artiste, les menottes s'enchaînèrent et la ronde lutine s'organisa à la grande joie du vieillard.Madame X, amusée de la chose, interrompit cependant l'élan des mignonnes, car quelques badauds, attirés par la naïveté charmante du spectacle, arrivaient.Alors, spontanément, Madeleine s'empara de la sébile, la tendit à tous.Cette fois-là, le récipient fut rempli et joyeuse elle le remit au père Matthieu, avec un sourire qu'il n'a jamais oublié.Le soir venu, regagnant sa mansarde, notre homme crut avoir la berlue en sentant la poche de son vieux paletot si lourde de sous. L'OISEAU BLEU 217 * * * Les ans passèrent.Nos deux personnages vieillirent également.Père Matthieu est devenu plus voûté., plus lent dans son pas de mendiant.Ses doigts courent encore sur les cordes vibrantes du violon, mais hélas! ils ont perdu de leur agilité d'antan.Parfois, cependant quelque chose charme dans le jeu du vieillard, parce que se rapprochant peut-être du Ciel!.L'enfant d'hier, maintenant jeune fille, est restée vive, prime-sautière et joyeuse.Son regard reflète la bonté compatissante qui s'incline, celle qui tend la main et qui sait s'oublier pour autrui.Madeleine n'a jamais abandonné le père Matthieu.Sa charité discrète a fait éclore bien des bonheurs dans la pauvre vie du mendiant.Aujourd'hui, comme jadis, la jeune fille a descendu la côte faisant face à la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours.Elle a l'air grave, recueillie même.Toujours comme autrefois, notre vieil artiste est là.L'attend-il?Elle s'arrête près de lui.tout bas et lentement lui parle.Celui-ci l'écoute religieusement, tandis que des larmes abondantes coulent de ses yeux.— "Oh! mam'zelle, serait-ce possible?.pour toujours?.Que vais-je devenir?" Elle, le visage irradié de l'intime bonheur qui bientôt sera réalité, lui dit son don total au Christ.De plus, sous le toit de Mère Gamelin.ne va-t-elle pas, soeur de la Providence, devenir sa soeur à lui, sa mère.la servante des souffreteux?.Quels mystères la charité du Christ ne révèle-t-elle pas!."Bien sûr.encore quelque temps et père Matthieu sera abrité, là, dans le refuge si étroit des commencements de la fondation de la vénérable fondatrice?.Cette communauté naissante, c'était le petit grain de sénevé jeté en terre et il serait téméraire de dresser le bilan du bien accompli par les filles de Mère Gamelin sur cette terre d'Amérique.Mon histoire est terminée en ces pages, mais cependant elle se continue, se prolonge.car les Soeurs de la Providence, mes jeunes amis, restent des ouvrières infatigables, des apôtres à l'humilité profonde, sachant que seule la cause du Christ doit triompher chez ceux-là que la pauvreté, l'abandon, la maladie et l'amertume refoulent dans les rangs des mécontents et des vaincus! Ces religieuses réalisent, sous des formes infinies, le jeu de la divine Providence.De leurs oeuvres multiples, gardons mémoire fidèle et reconnaissance éternelle! C.F.— Comment, tu as déjà fini ton gâteau?— Mais, maman, tu sais bien que cela s'appelle un éclair.Correspondance Clorinde D.— Meilleures amitiés à la recluse de "là-bas".Puisse-t-elle réaliser pleinement tous les projets nobles et utiles qu'élabore son souci du "toujours mieux".Fauvette et Soeur Jeanne saluent chacun des vôtres et vous invitent à leur écrire plus souvent.Feu-Follet.— Je souhaite vaillance et réconfort à ma petite amie malade.Le printemps vous apportera regain de vie, forces renouvelées.et du soleil plein le coeur.Amitiés! Pierre Précieuse.— Merci de votre missive affectueuse et si débordante de confiance.Fauvette s'intéresse vivement à votre vie et prie pour que les deux chers malades recouvrent forces et santé.Dites-moi, sont-ils entrés enfin en convalescence?Je souhaite à chacun cou* rage soutenu et joies renouvelées au sein de la famille que Dieu éprouve.Violette du Sentier.— Je vous remercie du volume envoyé.Il est intéressant! Je le placerai dans la bibliothèque en question et je sais moult jeunes filles qui tireront grand profit des conseils donnés par l'auteur, psychologue si averti.Merci et amical bonjour.Future Ursuline.— Puissiez-vous trouver en votre vie de dévouement bonheur profond, durable, et consolations multiples.Vous êtes à même de constater que l'enfance n'est pas ton-jours aussi ingrate qu'on veut le laisser croire.Affectueux au revoir! Papillon bleuté.— Vous faites oeuvre nationale en faisant pérégriner parmi vos connaissances et amis "Osons" de J.-H.Marcotte.Cette publication contient matière à réflexion, à examen de conscience.Je souhaite que cet écrit atteigne, par sa diffusion, une grande proportion de notre peuple canadien-français.Ariane.— Souvenir affectueux à l'amie si fidèle.Voeux de rétablissement à votre maman.Amitiés.Mimi-Blanc-Blanc.— Vos missives se font plus rares, mie Blanc-Blanc.Peut-être, la tâche scolaire prend-elle tout de vous-même, même le moindre loisir qu'il est bon de garder pour soi uniquement?Fauvette vous invite de nouveau et désire vous lire prochainement.Amitiés.Jean-Louis G.— Je charge mon petit ami de saluer, de la part de Fauvette, papa, maman et .cheftaine.Je vous souhaite, à vous, santé et succès toujours! Abeille de Marie.— Puisse le Maître vous choyer royalement et vous rendre le bien que vous semez si largement autour de vous.Fauvette vous assure de ses prières et de sa fidèle amitié.Elle vous reste unie toujours. 218 L'OI SEAU BLEU Jeune Naturaliste.— Je souhaite à mon petit ami de toujours aimer la nature, les arbres, les insectes.Que le coin que vous habitez là-bas doit être coquet en toute saison! Profitez-vous déjà des excursions qui vous permettront d'enrichir votre herbier assez bien garni?Le printemps sera tôt à nos portes, ami, et partout éclatera la vie.Alors, il faudra bien observer autour de soi, petit ami.les arbres, les boui-geons.le brin d'herbe.Soeur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal: G.Thomas; Gisèle Denaull, Montréal; J.Germain, Descïiambault; R.Raymond; Mlle F.Maloney, Côte-Nord Yvette Mo-rin; J.Gauthier, Montréal; P.Fabien, Montréal; J.Arsenault (2 graphologies), F.Tessier (2 graphologies), Aline Dansereau, Outremont; Madeleine Ouellet, Saint-André de Kamouras-ka; René Simon, Amos; S.Toupin, Sainte-Mé-lanie; Henri Dumont, Québec.Soeur Jeanne et Fauvette saluent cordialement tous leurs nombreux correspondants.C.F.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture et de composition, sur papier non réglé, le tout, accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: Soeur Jeanne L'Oiseau bleu 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.PIERROT p IERROT se prépare à sa première Communion.Selon les incidents qui, chaque jour, en favorisent l'éclosion, il couvre d'étoiles d'or, indiquant ses petits sacrifices, le bulletin enfilé derrière les rayons de livres et de jouets qui dominent son petit lit.Les colonnes, en marge des jours de la semaine, portent comme en-tête: Diligence à s'habiller le matin, Bonne conduite (ce qui se traduit par les sacrifices que commande l'obéissance à sa maman, la répression des colères en vue du maintien de la paix avec Francine, qui a trois ans et cède rarement.) La bambine malmène les jouets de Pierrot.En sa qualité de précieuse cadette, elle le gouverne par le jeu constant de sa coquetterie et sait tout se faire pardonner.Pierrot comprend qu'elle est petite, turbulente et qu'elle est belle comme une poupée, bien plus belle d'ailleurs que Topsy, qui a le visage noir, les lèvres rouges et des nattes rigides.Fort de la supériorité de ses six ans, Pierrot a l'intuition des merveilles qui, constamment, se révèlent à lui, depuis qu'il apprend à lire, à écrire, à dessiner et à compter.Songez qu'il sait tracer mille chiffres arabes et aligner des chiffres romains aussi adroitement qu'il manie ses blocs ou'ses lotos.Les dictées de Pierrot sont des poèmes.Tout dans son cahier s'exprime par images.Les voyelles montent les degrés d'un escalier esquissé au crayon rouge.Une belle lune jaune est crayonnée dans un ciel bleu.J'y vois des dessins de lapins, de rats, de castors, un bateau, une vache, un chat.Il répète le même dessin selon qu'il faut additionner des ballons, des canards, des pommes, des papillons, des parapluies, des oies et des maisons.Ainsi passent rapidement les heures de classe.Il apprend également à lire ses contes illustrés, la page des enfants dans le journal.Il est curieux du secret de la structure et du mécanisme des avions et des zeppelins.Il fait des •voyages sur la mappe à la recherche de l'Ethiopie, dont on a parlé à la radio.Il étudie son catéchisme.Sa piété a quelque chose de suave et de profond.Dans le monde surnaturel, où il vient de pénétrer, s'éveille sa jeune intelligence, son âme d'enfant s'élève vers le bon Dieu qui s'incline ver?lui.Pierrot s'émeut à voir tendre la main.Il a versé dans la main de la Baronne de Hueck dix sous de ses économies pour la Maison d'Hospitalité aux Chômeurs et est convaincu d'avoir pris part à un grand mouvement philanthropique.Le jour de sa première Communion, le petit Jésus ne saura rien lui refuser.Quand sera réunie la famille pour le grand jour, à qui pensera Pierrot?A celui qui est dans la pensée de tous; mais le petit Jésus, ce jour-là, fera encore plus beau son ciçl, puisque son papo, là-haut, se réjouira du spectacle de son petit garçon s'approchant pour la première fois de la Table Sainte.La sollicitude de celui qui n'est plus veillera à la réalisation des rêves ambitieux qu'il formait ici-bas pour ses deux petits.Pierrot ne l'oublie pas.Marie-Rose TURCOT L'OISEAU BLEU 219 NOS PLAQUES HISTORIQUES (Suite) REMONTONS un peu plus.dit l'Oncle Etienne.Bien.Nous voici à l'angle des rues Notre-Dame et Bon-Secours.Avant de tourner à gauche, jetons les yeux vers le pont de la Compagnie du chemin de fer Pacifique Canadien.Il y avait une demeure intéressante autrefois à cet endroit, tout au début du régime français.Aussi, la Société des Numismates, en 1892, songea-t-elle à faire apposer une plaque sur un édifice situé sur ce que l'on appelait à cette date la Place Dalhousie.Le libellé de cette plaque était ainsi conçu, en langue anglaise seulement: "To Brigadier-General Thomas Gage, second in command under Amherst; firu British Governor of Montreal, 1760; afterwards last British Governor of Massachusetts, 1775".— Oncle, remarqua Hélène, il me semble que vous avez déjà rappelé le nom de ce militaire qui fut courtois envers nous.—Il se pourrait.Et tu as raison de souligner le souvenir des bons procédés de cet officier, puisque, dans une requête des Montréalais à son égard, on alla jusqu'à faire observer que son nom était vraiment le gage de meilleurs jours se levant pour nous.Ce calembour de venait un précieux hommage.— Vous n'avez pas traduit les paroles de la plaque de 1892, cher oncle, fit Marie, mais je suis sûre que c'est parce que vous nous croyez assez au courant de la langue anglaise pour le faire sans votre aide?— Bravo, c'est la vérité même qui sort de votre bouche, ma nièce.Mais.les yeux de ma petite Thérèse ont un peu d'inquiétude.Rassure-toi, mon enfant, j'ai copié avec exactitude ce dernier libellé comme tous ceux que nou3 verrons encore cet après-midi.Et je te les remettrai transcrits dans les deux langues.— Nous voici en face du Château de Rame-zay, apprit François.Comme vous le regardez attentivement, cousin! Pourquoi?— J'y cherche l'ombre du premier imprimeur de Montréal, Fleury Mesplet, qui y entrait, un jour, vers 1776 en compagnie de Benjamin Franklin.Tous deux y revinrent plus tard, en l'année 1778, afin de mettre à exécution l'un de leurs projets: la fondation d'un journal, qu'ils appelèrent la Gazette.C'était une mince petite feuille, rédigée dans les deux langues, française et anglaise.La Gazette de Montréal a donc de bien vieilles origines, et demeure le troisième journal paru en Amérique, mes enfants.— J'aime ce nom: Fleury Mesplet, chanta Marie.Il est harmonieux et fut porté par un homme de goût, je suis sûre?— Nous avons de jolies éditions, en effet, qui sortirent de ses presses.Ce sont les premiers livres imprimés à Montréal, (en 1776).Les deux plus anciens, que l'on peut voir dans no.' grandes bibliothèques, ont pour titre: 1.—Règlement de la Confrérie de l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement et de la bonne mort.et 2.—Jonathan et David ou le triomphe de l'amitié, une pièce de théâtre jouée bientôt par les élèves du collège Saint-Raphaël, dirigé par les Messieurs de Saint-Sulpice.Mesplet ne retourna jamais aux Etats-Unis.Il continua chez nous, au milieu de mésaventures parfois < pénibles, son métier d'imprimeur.II se mari* deux fois, avec Marie Mirabeau, d'abord, puis avec Marie-Anne Tison.Il survécut à cette dernière et s'éteignit à Montréal, le 28 janvier 1794, à l'âge de 59 ans.Il y a une plaquette intéressante consacrée à ce premier imprimeur de Montréal et à ses oeuvres.Elle est écrite par le bibliothécaire actuel de la ville: M.Aegidius Fauteux.— Vous nous la ferez lire, oncle, pria Hélène, un de ces dimanches sombres, où ne pouvant nous promener avec vous, par les vieilles rues de Montréal, vous voudrez bien nous offrir asile et protection à l'ombre de votre bibliothèque personnelle.— Excellente idée, appuyèrent tous les jeunes parents de l'oncle Etienne.Promettez! Promettez! demandèrent-ils tous.— Mais avec grand plaisir, mes amis.Non loin du Château de Ramezay, tout juste au-dessous, voyons encore en esprit, mes enfants, une vieille demeure que les excellents antiquaires de 1892 voulurent honorer d'une plaque aujourd'hui disparue.Elle se lisait comme suit: "The Residence of the Honourable James Mc-Gill, Founder of McGill University, 1744-1813." Il y avait, paraît-il, en cette maison construite à la fin du dix-huitième siècle, des caves magnifiques aux voûtes en pierre d'une étonnante solidité.— Et l'honorable M.McGill, vous nous raconterez bien quelque chose sur sa vie, cousin?demanda François.— Quelle chance de posséder un oncle qui tient ainsi à notre disposition tout un arsena?de connaissances! s'exclama soudain Hélène.— Mais il y a longtemps que nous savons et répétons cela à toutes nos connaissances, clai- 220 L'OISEAU BLEU ronna Thérèse.Je ne te comprends pas, Hélène.Tu ne vas pas me faire croire que tu viens de découvrir cela! — Non, non, certes, fit vivement Hélène.Mais il faut le clamer avec un enthousiasme toujours aussi neuf.— Pour ma part, dit Marie, je fais des envieuses en quantité quand je parle de notre savant et charmant oncle.Et ce que cela m.; plaît! — Mes enfants, ne gâtez pas ainsi votre vieux parent.La vanité est accessible à tout âge.— Vous avez juste assez d'orgueil pour n'être jamais vaniteux, oncle, repartit paisiblement Marie.— Petite psychologue! fit en riant l'oncle Etienne, en pressant avec affection le bras de sa jolie nièce Marie.Maintenant, dit François, en revenant à la charge, un mot sur M.MacGill, s'il vous plaît?— C'était un Ecossais que l'honorable James MacGill.Il naissait à Glasgow, en 1744, et émigrait jeune au Canada, avec son frère Andrew.Ils acquirent une belle fortune dans le commerce des fourrures.James MacGill eut en outre, une vie bien remplie d'homme d'Etat.Il fut tour à tour député à la Chambre d'Assemblée, puis dans les Conseils législatifs et exécutifs.En 1812, lors de l'invasion de l'armée américaine, il voulut, malgré ses soixante-huit ans, prendre du service et reçut, dans les rangs de la milice montréalaise où il avait pris place, le grade de brigadier-général.Il mourut l'année suivante.Sa femme, née Charlotte Guille-min, était décédée sans postérité.L'honorable James MacGill, par son testament du 8 janvier 1811, donnait sa proprité de Burnside, qui comprenait 46 acres et plusieurs bâtiments, don auquel était jointe une somme de 10,000 livres sterling, pour la fondation d'un collège devant être affilié à une université que le gouvernement se proposait alors d'établir dans la province.— Un admirable citoyen que le vieux Monsieur MacGill, dit Hélène.Inclinons-nous devant sa mémoire.Merci, oncle, de votre intéressante présentation.— Je salue bien bas, pour ma part, ajouta François, le militaire de soixante-huit ans!.C'est bien touchant, cousin, de servir ainsi son pays jusqu'à la mort.— Bravo, François! Tu me fais espérer des actions héroïques pour la fin de ta vie, dit l'onde en plaisantant le garçonnet.— Vous ne riez pas un peu de moi, cousin?reprit en clignant de l'oeil le débonnaire et aimable François.Mais ça ne fait rien, j'ai dit ce que j'avais dans le coeur.— Et continue d'être toujours aussi généreux et franc, mon jeune ami, reprit aussitôt, le cousin, en frappant amicalement sur l'épaule de François.— Voici la rue Saint-Gabriel, oncle, dit Marie.Votre pas se ralentit.Qui donc habita jadis ici, sous le régime anglais?—D'autres ombres dociles viennent au-devant de l'oncle Etienne, reprit à son tour Hélène.Voyez les yeux charmés de notre parent.Allons, cher oncle, dites-nous bien vite, qui voyez-vous ici?—Qui, qui?demanda avec sa curiosité habituelle la vive et pétulante petite Thérèse.— Je vois presque une multitude s'approcher de moi.Car, en cette rue Saint-Gabriel, juste en face du poste de pompiers que vous voyez, s'élevait vers 1793 un entrepôt construit en pierre et dont les contrevents étaient pourvus de barres de fer.De cet entrepôt sortaient sans cesse les magnats de la fourrure de ces temps-là.Ils avaient nom: Sir Alexander Mackenzie.Joseph Frobisher, Simon Fraser (le découvreur), Alexander Henry, John Jacob Astor, Washington Irving, Simon McTavish, Gabriel Franchère et combien d'autres?— Imposant défilé, en effet, cher oncle; s'écria Marie.—Il nous faut des présentations, de grâce, oncle, supplie Hélène.—Et tout de suite, cousin, s'empressèrent d'ajouter Thérèse et François.— Faisons la connaissance du groupe que formaient tous ces riches personnages, d'abord.Ces North-Westers, comme on les appelait, étaient propriétaires de la société rivale de In vieille et sommeillante Compagnie de la Baie (THudson, et qui portait le nom, naturellement, de "The North-West Fur Company".Fondée en 1783, la Société nouvelle éblouissait le monde de son temps par sa magnificence et son faste en toutes occasions.L'auteur américain cité tout à l'heure, Washington Irving, fut son invité lorsqu'il entreprit sa tournée mémorable chez nous, et qu'il se rendit tout d'abord à Montréal.Dans une de ses oeuvres qui a pour titre: Astoria, il a décrit et immortalisé par quelques pages enthousiastes l'assemblée annuelle des North-Westers à Fort William, situé au nord du Lac Supérieur, comme vous le savez, n'est-ce pas, mes petits géographes?Quel voyage luxueux était entrepris par ces grands seigneurs, possesseurs de fortunes colossales! Tous remontaient les fleuves, les rivières et les lacs, entourés du confort le plus chatoyant dans les embarcations qui regorgeaient des plus riches fourrures.On eût dit, toujours au témoignage de Washington Irving, leur invité, que de nombreux souverains faisaient voile pour d'heu- L'OISEAU BLEU 22! reuses, merveilleuses et lointaines contrées.Banquets et fêtes se succédaient, en effet, dès que l'on arrivait à destination, dans l'immense construction en bois, pourvue de pièces nombreuses, et splendidement ornées de panoplies et de peaux de fourrures d'un prix inestimable.— On dirait d'une féerie, cousin, s'exclame Thérèse.Les bons génies de la fourrure nous amènent en leur vaste palais hospitalier.— L'imagination de Thérèse n'est jamais à court, dit Hélène en riant.Le fait est que le* tableaux colorés d'Irving s'y prêtent.— Et les magnats, comme vous dites, cousin, ajouta François, si vous les faisiez défiler un à un devant nous.Oh! nous ne voulons pas vous fatiguer.Quelques mots sur chacun, de ces mots que vous choisissez si bien, cousin, suffiront amplement.D'ailleurs, nous avons d'autres vieilles demeures à voir aujourd'hui, je le sais.— Tu le sais?— Vous avez dit à Papa au téléphone que votre après-midi serait chargé, que nous irions de la rue de Bon-Secours à la rue Saint-François-Xavier.Et papa a rapporté vos précieux renseignements à maman devant Thérèse et moi.— Bien, me voilà pris.Je serai forcé de m'exécuter jusqu'au bout.Seulement, mes jeunes amis, il faudra m'avertir si la fatigue ou l'ennui s'emparent de vous.— Il n'y a pas de danger que cette chose arrive, cria vivement le garçonnet.— François a raison, reprirent les nièces et cousines en choeur.— Qui allez-vous nous présenter le premiei parmi ces riches seigneurs de 1783, parmi tous ces North-Westers?demanda Marie, les yeux remplis d'une curiosité bien flatteuse pour l'oncle Etienne.— Alexander Henry, d'abord, qui avait à cette époque 44 ans.Il était né dans l'Etat du New Jersey au mois d'août 1739.Il devint l'associé des Frobisher et des McTavish, à son retour de l'Ouest qu'il avait exploré avec succès.Nous avons le récit de son voyage qu'il fit imprimer à New-York en 1809.Henry mourut à Montréal en avril 1824.— Et d'un, dit François! — Voici maintenant Joseph Frobisher, l'un des puissants fondateurs de la Compagnie.Saluez-le tout simplement, car nous reparlerons, une autre fois, de ce marchand célèbre, tout comme de son compagnon le plus proche, Simon McTavish.Faites connaissance avec Sir Alexander Mackenzie, un Ecossais, qui émigrait en Amérique, à New-York d'abord en 1773, puis à Montréal en 1778.Il se fit bientôt explorateur, "le rêve de sa vie", a-t-on écrit à son sujet.Il fut le premier Européen à pousser jusqu'à l'Océan Arctique.On a dit aussi qu* "ce héros écossais réalisa le premier ce rêve d'un passage par terre jusqu'aux rivages de l'Océan Pacifique.En 1794 il s'installe à Montréal et s'occupe de la Compagnie du Nord-Ouest.Il la quitte bientôt, ne pouvant parvenir à s'entendre avec Simon McTavish.En 1805, Alexander Mackenzie reprenait le chemin de l'Ecosse, où il épousait, en 1812, une héritière, Geddes Mackenzie.Il en eut deux fils et une fille.Il mourut subitement à Mulmain (Perth), le 12 mars 1820, à l'âge de 56 ans.Bon écrivain, Mackenzie nous a laissé la relation de ses voyages d'exploration.Il publia son ouvrage, à Londres, en 1801, sous le titre: Voyage from Montreal through the continent to the frozen and Pacific Ocean, in the years 1789 and 1793.— Savez-vous, oncle, remarqua Hélène, que c'est fort intéressant d'apprendre qufe de si beaux récits de voyages existent chez nous.Pour ma part, rien ne me semble comparable, en fait de lecture, à ces relations, à ces narrations de voyages les plus aventureux et les plus utiles.— Oui, peut-être, lui répliqua François, mais il faut savoir très bien l'anglais.Et moi, hélas!.— Bah! petit cousin, fit l'oncle, tu vas t'y mettre de tout coeur, et tes progrès te surprendront.— Oui, mais justement, reprit vivement Thérèse, c'est cela qui est difficile pour François: s'y mettre.papa dit.— Chut! petite Thérèse, interrompit l'oncle en riant, sois plus encourageante! — Revenons aux N orth-W esters, pria Marie.Vous avez de nouveaux personnages à présenter.— Certes! Voici Simon Fraser, qui fut traitant, premier commis, puis bourgeois ou associé de la Compagnie du Nord-Ouest et auteur lui aussi d'un Journal d'exploration.Cet Ecossais catholique était né dans l'Etat de New-York vers 1776.Ce fut lui qui explora, en 1808, jusqu'à son embouchure la rivière qui garde toujours son nom, et qui coule du côté occidental des Montagnes Rocheuses.Il décéda à Saint-Andrew's près de Cornwall, le 19 avril 1862 Son Journal a été publié dans les Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest, par M.L.-R.Mas-son, (Québec, 1889).De nouvelles pages d'un haut intérêt pour ma nièce Hélène, n'est-ce pas?— Merci, cher oncle, de ce précieux renseignement.— Faisons maintenant la connaissance de John Jacob Astor.— L'ancêtre des milliardaires américains du même nom, je suppose?demanda avec beaucoup de curiosité la nièce Marie. 222 L'OISEAU BLEU — Celui-là même.Astor était né à Waldorf, près de Heidelberg, en Bade, le 17 juillet 1763 Il vint en Amérique vers 1783, voulant y rejoindre son frère aîné, en train de faire fortune dans le commerce des fourrures.A partir de 1784, chaque année John Jacob Astor se rendait à Montréal pour y faire ses achats de pelleteries, qu'il rapportait ensuite à New-York.En 1798.il avait amassé son quart de million, qu'il doublait dix ans plus tard.Astor avait à son service un bon nombre des trappeurs canadiens, entre autres Gabriel Franchère.Le millionnaire Astor mourut le 29 mars 1846, âgé de 85 ans.On rapporte qu'il avait fait en mourant des legs considérables, de $50,000 à $400,000 dollars, en faveur des institutions américaines.Il laissait deux fils et trois filles.— Vous avez raison, oncle, remarqua Hélène, cette petite rue Saint-Gabriel a connu de fastueux et célèbres personnages.Leur souvenir me hantera dorénavant quand je passerai ici.Mais vous avez parlé d'un Gabriel Franchère, lout à l'heure?— Oui, c'est le dernier des North-Westers qu'il me reste à vous faire connaître.pour l'instant.Franchère fut lui aussi un traitant (des fourrures), un voyageur extraordinaire, et l'auteur d'une fort intéressante Relation.Cette fois, François n'aura pas la crainte de ne pas comprendre: cette Relation d'un Voyage, à la Côte du Nord-Ouest de VAmérique septentrionale (1810-1814), narrée par Franchère, fut rédigée en bon français par Bibaud, un de nos auteurs canadiens bien connus, et, publiée en 1820.—Mais où était né Gabriel Franchère?En France?demanda Hélène.— Pas du tout, à Montréal, le 3 novembrr 1786.Il est bien l'un des nôtres.En 1815, il avait épousé Sophie Routier.Mais cet esprit aventureux ne put se fixer paisiblement chez nous.Il en partit vers 1834, se rendit jusqu'au Sault Sainte-Marie et s'y établit comme négociant de fourrures.Il ne demeura pas non plus en cette lointaine petite ville On le voit bientôt à Saint-Louis (Missouri), puis à New-York, où il devient directeur de la Compagnie Franchère.Il mourut enfin à Saint-Paul, Minnesota, le 12 avril 1863, à l'âge de 77 ans, alors qu'il habitait chez son gendre, maire de la ville.— Quelle fièvre le posséda, ce Franchère, le forçant toujours d'aller habiter sous les cieux les plus divers?.fit Marie, que cela eut l'air de rendre songeuse.— S'il était heureux avec cette manie de bouger sans cesse.il faisait très bien, n'est-ce pa.-votre avis, oncle?interrogea Hélène.— Evidemment, on ne discute pas de semblables et extraordinaires vocations.Mais les Canadiens français de ces temps comptaient tous des coureurs de bois parmi leurs proches ascendants.Il y avait là un pli atavique difficile à redresser.— Adieu donc, chers N orth-W esters, dit François.Oncle, où allons-nous, maintenant?— Saluer la demeure d'un célèbre chevalier.Descendons jusqu'à la rue Saint-Paul.Nous nous arrêterons en route près du no 67 de la rue Saint-Paul (ouest).Bien.Gagnons du temps en lisant sur l'un des petits papiers que j'ai ap portés le libellé de la plaque que nous y allons trouver: Ici vécut le Chevalier de Chapt, sieur de la Corne et de Saint-Luc, seul survivant du naufrage de- /'Auguste, 1761.Servit avec distinction dans les armées française et anglaise.Il exerça une grande influence sur les nations sauvages.Mourut le 31 mars 1817.— Quel personnage intéressant, oncle! s'écria Marie.— Sans doute, sans doute.Le Chevalier Luc de la Corne était né au Canada en 1711, ou en 1712 selon d'autres auteurs, Après la conquête, il retournait en France, lorsque survint cette catastrophe: le naufrage du navire, Y Auguste.rempli de nos compatriotes français, et dont sept passagers seulement survécurent au désastre.La Corne Saint-Luc, comme on l'appelait, fit la guerre contre les Américains en 1775-1776.En 1775, il était déjà un personnage politique en vue, membre du Conseil législatif de Québec.Il avait épousé, en 1742, Marie-Anne Hervieux, dont il eut sept enfants; puis, en 1757, Marie Guillemin et enfin, en 1774, Marguerite Boucher de Boucherville.Il mourut en 1784, non en 1817, comme l'indique notre plaque historique qui aurait besoin de petites corrections, n'est-ce pas?— En effet, approuva Thérèse.Vous avez mis les dates exactes sur vos petits papiers; c'est si important pour François et moi, cousin, pria Thérèse Etienne de LAFOND (A suivre) RIONS UN PEU PENSEE NAIVE M.Paul, qui a cinq ans, est en train de faire sa prière: — Mon Dieu, accordez la santé à mon père et à ma mère; mon Dieu, accordez-moi la grâce d'être bien sage.Maman, pendant que j'y suis, si je demandais aussi au bon Dieu d'accorder le piano; tu dis qu'il est si faux? L'OISEAU BLEU 223 Une page d'histoire ADOLPHE-BASILE ROUTHIER 1839-1920 Sir ADOLPHE ROUTHIER En 1880, les Québecquois voulaient donner à la célébration de la Saint-Jean-Baptiste une solennité et un éclat sans pareils.Ils désiraient à cette occasion réunir comme en un Congrès national tous les Canadiens français du Canada et des Etats-Unis.Ernest Gagnon a raconté en 1910 que "le Comité des fêtes était précisément réuni chez lui dans son modeste bureau d'étude.Routhier et Calixa Lavallée étaient du nombre."Il nous faudrait un chant national, suggéra l'un Oes membres de ce comité.Nous avons bien Vive la Canadienne.C'est gai et c'est joli.Mais ce n'est pas assez sérieux et assez enlevant." Gagnon reprit aussitôt: "Pourquoi _ ne demanderions-nous pas à M.Routhier et à M.Lavallée, l'un poète, l'autre musicien, de nous en composer un?" L'idée fut acceptée d'emblée.Le poète et le musicien acceptèrent séance tenante.Ils se concertèrent.Routhier écrivit les vers.Lavallée trouva la musique.Huit jours après, nous avions notre chant national." 0 Canada, terre de nos aïeux fut do a écrit le sénateur Thomas Chapais : juin 1880, sur les Plaines d'Abraham, par un choeur puissant, aux applaudissements frénétiques d'une foule enthousiaste et émue.Remarquables par leur beauté et par la noblesse des sentiments qu'elles expriment, les strophes de M.le juge Routhier ont gagné depuis la faveur de tout le peuple canadien.Sans en avoir peut-être le pressentiment, l'auteur venait de doter le Canada de son hymne national.Né à Saint-Placide, comté des Deux-Montagnes, il mourut à Saint-lrénée-les-Bains, comté de Charlevoix, le 27 juin 1920."M.Routhier a donné aux hommes de l'avenir deux grands exemples, a écrit le sénateur Thomas Chapaix: celui d'un labeur constant et celui d'une foi sans tache." Les Canadiens français d'aujourd'hui peuvent s'appliquer à imiter cette vie d'un labeur constant en fortifiant leurs institutions financières.Ils feront preuve de patriotisme s'ils aident et encouragent comme ils doivent le faire la Sauvegarde, la seule compagnie canadienne-française d'assurance sur la vie.Elle vaut ce que valent ses concurrentes. UN LIVRE.Cadeau toujours appréciable.Toth (Mgr Tihamer) — LA RELIGION ET LA JEUNESSE.In-8, 230 pages.$1.15 — — — LE CHRIST ET LA JEUNESSE.In-8.292 pages.Cras (Pierre) — LA FIDELE HISTOIRE DE SAINT-JEAN BOSCO.In-8.345 pages.Besslères, S.J.R.P.) — JESUS, FORMATEUR DE CHEFS.In-12.285 pages.Pineault (Abbé Joseph) — DISCERNEMENT ET CULTURE DES VOCATIONS.In-12, 315 pages Kellhacker (Martin) — Le MAITRE IDEAL d'après la CONCEPTION des ELEVES.In-12, 315 pages 1.15 .90 .90 1.15 1.15 DEMANDEZ NOTRE CATALOGUE DE LIVRES RELIGIEUX 54 ouest, rue Notre-Dame GRANGER FRERE5 Not magasins sont ouverts jusqu'à 5 h.le samedi.— Facilité de stationnement.LAncaster 2171 uclurae 4?Vous voulez le vivre et le couvert le reste de vos jours?Souscrivez nos rentes viagères garanties.Rien de plus parfait.La somme de vos contributions, c'est vous qui la fixez.La quotité de votre rente, c'est vous qui la fixez.La date de sa distribution, c'est vous qui la fixez.Le présent est l'enclume sur laquelle se forge l'avenir: avenir de bien-être ou avenir de chaînes.Choisissez! 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