L'oiseau bleu /, 1 janvier 1937, mai
PER CON REV LTE MENSUELLE ILLUSTRÉE POUR J £fe LA JEUNESSE ^BV^." u OiseauBlEU PUBLIÉE PAR TA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XVII — No 10 MONTRÉAL, MAI 1937 Le numéro : 10 sous Je ne comprends point, Mademoiselle, dit Riquet à la Houppe, comment une personne aussi belle que vous peut être aussi triste que vous le paraissez;. 258_L'OISEAU BLEU_ CONTE DE FÉES Riquet à la Houppe par CHARLES PERRAULT £L était une fois une reine qui mit au monde un fils si laid et si mal fait qu'on douta longtemps s'il avait forme humaine.Une fée qui se trouva à sa naissance assura qu'il aurait beaucoup d'esprit; elle ajouta même qu'il pourrait en donner autant qu'il en aurait à la personne qu'il aimerait le mieux.Tout cela consola un peu la pauvre reine, qui était bien affligée d'avoir un si vilain marmot.Il est vrai que cet enfant ne commença pas plus tôt à parler qu'il dit mille jolies choses; il y avait dans toutes ses actions je ne sais quoi de si spirituel qu'on en était charmé.J'oubliais de dire qu'il vint au monde avec une petite houppe de cheveux sur la tête, ce qui fit qu'on le nomma Riquet à la Houppe, car Riquet était le nom de la famille.Au bout de sept ou huit ans, la reine d'un royaume voisin devint mère d'une fille plus belle que le jour.La reine en fut si heureuse que l'on craignit que sa trop grande joie ne lui fît mal.La même Fée qui avait assisté à la naissance du petit Riquet à la Houppe était présente, et, pour modérer la joie de la reine, elle lui déclara que cette petite princesse n'aurait point d'esprit et qu'elle serait aussi stupide qu'elle était belle.Cela mortifia beaucoup la reine."N'y aurait-il pas moyen, dit-elle, de lui faire avoir un peu d'esprit?— Madame, répondit la Fée, je ne puis rien pour votre fille du côté de l'esprit, mais je puis tout du côté de la beauté, et, pour vous être agréable, je lui donne pour don de pouvoir rendre beau celui qui lui plaira." La princesse, en grandissant, devint plus stupide de jour en jour.Ou elle ne répondait rien à ce qu'on lui demandait, ou elle disait une sottise.Elle était, avec cela, si maladroite qu'elle n'eût pu ranger quatre porcelaines sur le bord d'une cheminée sans en casser une, ni boire un verre d'eau sans en répandre la moitié sur ses habits.D'abord on allait vers elle pour la voir et pour l'admirer: mais bientôt, s'en-nuyant auprès d'elle, on la quittait.Malgré toute sa stupidité, elle le remarquait bien; et elle eût donné sans regret toute sa beauté pour avoir un peu d'esprit.La reine ne put s'empêcher de lui reprocher plusieurs fois sa bêtise: ce qui faillit faire mourir de douleur cette pauvre princesse.Un jour qu'elle s'était retirée dans un bois pour y plaindre son malheur, elle vit venir à elle un petit homme fort laid, mais richement vêtu.C'était le jeune prince Riquet à la Houppe, qui, ayant vu.le portrait de la princesse et l'ayant trouvé très belle, avait quitté le royaume de son père pour avoir le plaisir de la voir et de lui parler.Ravi de la rencontrer ainsi toute seule, il l'aborde avec tout le respect et toute la politesse imaginables.Ayant remarqué qu'elle était affligée, il lui dit: "Je ne comprends point, Mademoiselle, comment une personne aussi belle que vous peut être aussi triste que vous le paraissez; car, bien que je puisse me vanter d'avoir vu beaucoup de belles personnes, je puis dire que je n'en ai jamais vu dont le beauté approchât de la vôtre.— Cela vous plaît à dire, Monsieur", lui répondit la princesse; et elle n'ajouta pas un mot."La beauté, reprit Riquet à la Houppe, est un si grand avantage que, lorsqu'on le possède, on ne devrait s'affliger de rien.— J'aimerais mieux, dit la princesse, être aussi laide que vous, et avoir de l'esprit, que d'avoir de la beauté comme j'en ai, et être aussi bête que je le suis.— Si ce n'est que cela qui vous afflige, Mademoiselle, je puis aisément mettre fin à votre douleur.— Et comment ferez-vous?dit la princesse.— J'ai le pouvoir, dit Riquet à la Houppe, de donner de l'esprit autant qu'on en saurait avoir à la personne que j'aimerai le plus; et, comme vous êtes cette personne, il dépend de vous que vous ayez autant d'esprit qu'on en peut avoir: il suffit pour cela que vous vouliez bien m'épouser." La princesse demeura tout interdite et ne répondit rien."Je vois, reprit Riquet à la Houppe, que cette proposition vous déplaît, et je ne m'en étonne pas: je suis si laid! Mais je vous donne une année tout entière avant de m'épouser, afin que vous plissiez peu à peu vous habituer à cette idée; et moi je vous rendrai spirituelle tout de suite." L'OISEAU BLEU 259 La princesse avait si peu d'esprit, et en même temps une si grande envie d'en avoir, qu'elle s'imagina que la fin de celte année ne viendrait jamais, de sorte qu'elle accepta la proposition qui lui était faite.Elle n'eut pas plus tôt promis à Riquet à la Houppe qu'elle l'épouserait dans un an à pareil jour, qu'elle se sentit tout autre qu'elle n ('tait auparavant: elle se trouva une facilité incroyable à dire toute sorte de choses intéressantes, et à les dire d'une manière fine, aisée et naturelle.Quand elle fut retournée au palais, toute la cour ne savait que penser d'un changement si subit et si extraordinaire; car autant on lui avail entendu dire de sottises, autant on lui entendait dire de choses sensées et spirituelles.IOute la cour en eut une joie qui ne peut s'imaginer.Le bruit de ce changement s'étant répandu, les jeunes princes des royaumes voisins firent leur possible pour se faire aimer de la princesse, et presque tous la demandèrent en mariage; mais elle n'en trouvait point qui eût assez d'esprit, et elle les écoutait tous, en évitant de s'engager à aucun d'eux.Un jour, elle alla, par hasard, se promener dans le bois où elle avait rencontré Riquet à la Houppe, afin de rêver à ce qu'elle avait à faire.Soudain elle entendit sous ses pieds un bruit sourd, comme de plusieurs personnes qui vont et viennent, et qui travaillent.Ayant prêté l'oreille plus attentivement, elle entendit une voix qui disait: "Apporte-moi cette marmite"; une autre: 'Donne-moi cette chaudière"; une autre: "Mets du bois dans le feu".La terr» s'ouvrit à ce moment, et elle vit sous ses pieds comme une grande cuisine pleine de cuisiniers, de marmitons et de toutes sortes de gens nécessaires pour faire un festin magnifique.Il en sortit une bande de vingt ou trente rôtisseurs, qui allèrent se camper dans une allée de bois, autour d'une table fort longue, et qui, tous, la lardoire à la main et la queue de renard sur l'oreille, se mirent à travailler en cadence, au sun d'une chanson harmonieuse.La princesse, étonnée de ce spectacle, leur demanda pour qui ils travaillaient."Mademoiselle, lui répondit le chef de la bande, c'est pour le prince Riquet à la Houppe, dont les noces se feront demain." La princesse se ressouvint alors qu'un an auparavant, à pareil jour, elle avait promis d'épouser le prince Riquet à la Houppe; et, à cette pensée, elle faillit tomber à la renverse.Elle l'avait complètement oublié, parce qu'au moment où elle avait fait cette promesse elle était encore une bête, incapable de retenir quoi que ce fût.Elle n'eut pas fait trente pas, en continuant sa promenade, que Riquet à la Houppe se présenta devant elle magnifiquement vêtu comme un prince qui va se marier."Mademoiselle, dit-il, vous me voyez exact à tenir ma parole; et je pense que vous venez ici pour tenir la vôtre et me rendre, en m'épousant, le plus heureux de tous les hommes.— Je vous avouerai franchement, dit la princesse, que je ne m'y suis pas encore décidée.Et même, je crains de ne pouvoir me résoudre à vous prendre pour époux.— Ah! dit Riquet, ma laideur est peu commune, je le sais et je comprends que cela vous inspire de l'éloignement pour ma personne; mais, à la réserve de ma laideur, y a-t-il quelque chose en moi qui vous déplaise?Etes-vous mécontente de mon esprit, de mon humeur et de mes manières?— Nullement, répondit la princesse; d'après votre réputation et d'après ce que je vois, j'aime en vous lout ce que vous venez de me dire.— Si cela est ainsi, reprit Riquet à la Houppe, je vais être heureux, puisque vous pouvez me rendre le plus beau des hommes.— Comment cela peut-il se faire?lui dit la princesse.— Cela se fera, répondit Riquet à la Houppe, si vous m'aimez assez pour souhaiter que cela soit; et, afin que vous n'en doutiez pas, apprenez ceci: la même Fée qui, au jour de ma naissance, me fit le don de pouvoir rendre spirituelle la personne qui me plairait le plus, vous a fait le don de pouvoir rendre beau celui que vous aimerez et à qui vous voudrez bien faire cette faveur.— Si la chose est ainsi, dit la princesse, je souhaite de tout mon coeur que vous deveniez le plus beau et le plus gracieux des princes!" Elle n'eut pas plus tôt prononcé ces paroles que Riquet à la Houppe devint l'homme du monde le plus beau, le mieux fait et le plus charmant qu'elle eût jamais vu.Elle lui promit sur-le-champ de l'épouser, pourvu qu'elle obtînt le consentement du roi son père.Le roi, ayant su que sa fille avait beaucoup d'estime pour Riquet à la Houppe, qu'il connaissait d'ailleurs pour un prince très spirituel et très sage, le reçut avec plaisir pour son gendre.Dès le lendemain, les noces furent faites, ainsi que Riquet à la Houppe l'avait prévu, et selon les ordres qu'il en avait donnés longtemps auparavant.L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.1182.rue Saint-Laurent, à Montréal.Directeur: Alphonse de la Rochelle.La revu» ne parait pas en Juillet et en août. 260 L'OISEAU BLEU NOS PLAQUES HISTORIQUES (Suite) ^ES petits parents ne tardèrent pas à revenir sur leur pas.Ils semblaient penauds, — Oh! cousin Etienne, il y a en effet, rue Dorchester, sur les murs de l'Hôpital général, de grandes, d'immenses plaques mais elles sont écrites.— En anglais, finit Thérèse avec sa vivacité ordinaire.— Bien.Je vais remédier à cet inconvénient en les lisant moi-même tout haut pour tous.Sans compter que Thérèse recevra les copies bilingues de ces libellés intéressants, qui se passent de commentaires, vous verrez.Vous comprenez tous assez bien la langue anglaise pour me suivre, n'est-ce pas?— Lisez bien doucement, cousin, s'il vous plaît, demanda Erançois.Je suis moins fort en anglais que Thérèse.— Comme toi, tu me dépasses en histoire naturelle, reprit aussitôt la fillette, qui ne voulait pas être moins généreuse que son frère.— Quand les petits cousins auront fini de se faire des compliments, dit Hélène en riant, nous prierons l'oncle de prendre bien vite la parole, n'est-ce pas?— Regardez, mes enfants, commença celui-ci, cette première plaque de marbre.Elle est posée sur l'aile ouest de l'ancienne partie de l'édifice.On l'appelle: The Reid Wing.On y lit: "This wing was erected by Elizabeth McGil-livray, widow of the late Honorable James Reid, Chief justice of Montreal, in the testimony of her veneration for the memory of a husband, whom site loved and honored, and in fulfilment of his wishes.He died on the \9th January 1848, in the 79th year of his age, having sat on the bench 32 years as a judge.He was distinguished for judicial knowledge, inflexible integrity and dignified firmness.His conduct as a citizen was honorable, independent and consistent.Benevolence, generosity and christian humility marked his character as a man."Blessed the dead who die in the Lord! They rest from their labours and their works do follow them." — Amen, murmure Hélène.C'est presque incroyable qu'on puisse se payer le luxe d'une oraison funèbre aussi complète! — Cette femme fut le modèle des veuves! dit l'oncle Etienne en souriant.— Et le juge Reid, un mari comme il y en a encore, espérons-le, observa la belle nièce Marie.— Et que je vous souhaite, ma blonde enfant, conclut l'oncle.— Thérèse, dit François, je trouve, moi, qu'elle parle un peu trop, Madame Reid.Sur le marbre, il faut faire court.Papa l'a dit.Qu'en penses-tu, toi?—Moi aussi, peut-être, mais c'est bien beau d'aimer son mari autant que cela.Tous riaient des réflexions des enfants tandis que l'on se plaçait devant la deuxième plaque posée sur l'aile est de l'édifice.— Ici, apprit l'oncle, vous avez The Richard-son Wing/of the Montreal General Hospital.Ecoutez maintenant ces mots plus sobres d'un aussi pieux souvenir: This building was erected A.I).1832, to commemorate the public and private virtues of the Honorable John Richardson, a distinguished merchant of tliis city and member of the executive and legislative councils of the Province.He was the first president of this hospital and a liberal contributor to his foundation and support.He was born at Portsoy, North Britain, and died the 18th of May 1837, aged 76 years.— Oh! que c'est gentil, oncle, nous venons saluer la mémoire de ce monsieur très distingué, presque le 18 mai 1937, au centenaire de sa mort tout juste.Vous le saviez d'avance, oncle, demanda Marie?— Peut-être!.Mais en histoire, vous comprenez, les centenaires se multiplient en certaines années, répondit l'oncle Etienne.— Oui, oui, appuya François, comme c'est vrai, papa ne parle que des patriotes de 1837 depuis quelque temps.C'est un autre centenaire cela.— Oh! il parle de bien autre chose aussi, papa.Mais, toi, il n'y a que les batailles qui te fassent dresser l'oreille, comme dit maman.— Et toi aussi, va, quand c'est Madeleine de Verchères.— Où allons-nous, maintenant, onele?s'en-quit Hélène.— Nous retournerons à la maison, mes jeunes amis.Il y a des traces de fatigue sur vos physionomies.Non, non, ne protestez pas.Nous reprendrons dans une quinzaine nos promenades historiques.— Et où nous donnez-vous rendea-vous?demanda Marie.— A la brasserie Molson, rue Notre-Dame.Il y a là de petits faits intéressants à rappeler.VIII.—MENUS FAITS ET SOUVENIRS Chacun fut exact au rendez-vous.On savait que l'on entreprenait l'avant-dernière excursion de l'année. L'OISEAU BLEU 261 — Oh! que c'est intéressant cette vieille rue Notre-Dame! remarqua Marie, après avoir échangé, ainsi que sa soeur Hélène, des bonjours avec l'oncle et les petits cousins.— Moi, c'est le beau fleuve Saint-Laurent que j'aime, cria avec enthousiasme François.On le voit de partout, ici.— Pas plus que moi, François, va! renchérit Thérèse.— Eh bien, petits cousins et belles nièces, faites un effort d'imagination, et voyez voguer sur notre beau fleuve Saint-Laurent, il y a 128 ans, le premier bateau à vapeur connu.Je vous en ai apporté une vignette.Regardez-la tour à tour.Bien.Ne riez pas ainsi.Tout a un commencement.Rappelez-vous les premières voitures automobiles?— Alors je suppose, oncle, demanda Marie, qu'une plaque, non loin d'ici, rappelle l'événement?— Tout juste.Suivez-moi.Voici la brasserie Molson, mes amis.Tenez, vous y apercevez déjà, n'est-ce pas, une plaque en bronze?A côté s'en trouve une autre, en marbre, au texte à peu près identique Nous nous contenterons de lire la première.Ecoutez: Le premier bm-teau à vapeur canadien "Accommodation" fut construit à Montréal en 1809 par l'honorable John Molson.Il fit son premier voyage de Montréal à Québec les 3-6 novembre 1809.Au cours de la guerre de 1812-1814, ce bateau rendit de grands services entre Québec et Montréal.Erigée 1928.(Bilingue).— Quel dommage que vous n'ayez qu'une vignette, cousin, soupira François.J'aimerais à regarder l'image de ce premier bateau de chez nous, parfois.— Je tiendrai compte de ton désir, petit.Et un de ces jours tu en recevras peut-être une-Filons maintenant, sur la rue Notre-Dame toujours, jusqu'aux environs de la Dominion Rubber Co., à l'est de la rue Papineau.— Nous y serons bientôt.Nos pas sont élastiques, et nous allons bon train, remarqua la blonde Marie.— Nous marchons trop vite, peut-être?— Non, mon oncle.Pour l'instant, cela peut aller, je vous assure.— La distance n'est pas considérable, d'ailleurs, cousin, dit Thérèse.Avons-nous un après-midi bien chargé?J'aimerais beaucoup à le savoir.— Raisonnablement, petite.Et pour finir une surprise vous attend.— Non?Pas une légende?— Peut-être! — Bravo! Bravo!.Tu as entendu, François?— Certainement.Mais tu parles si haut que je n'ose élever la voix, moi aussi.— Tu deviens "aristo", vrai, François, fit Thérèse, un peu piquée.— Pourquoi pas?L'oncle Etienne l'est bien.Maman dit qu 'avec ses cheveux blancs, il a l'air d'un marquis.— Merci, François, dit l'oncle qui riait de bon coeur.Merci aussi à ta maman.— Nous voici rendus rue Papineau, annonça Hélène.— Je vois la plaque.Prenons de l'avant, Thérèse, veux-tu?— Et tes airs d'aristo?— Viens, viens.Je les reprendrai tout à l'heure.— Inutile, mes petits amis, de vous hâter.Nous nous pressons tous en ce moment.Je ne sais pourquoi, par exemple.Bon!.Voici notre libellé en face de nous.Lisons: Voici l'endroit où se trouvait la fonderie Bennett et Henderson.C'est dans cette usine que furent dessinés, construits et installés les deux moteurs avec lesquels le "Royal William" réussit pour la première fois la traversée de VAtlantique avec de la vapeur comme seule force motrice.(Traduction).Comme vous voyez, j'ai préféré vous lire la plaque en notre belle langue.Tu es contente, Thérèse?— Archi-contente! Merci, cousin, fit la petite.— Et la vignette du Royal William?— Hélas! elle manque à ma collection, petit.Mais je me la procurerai si c'est possible et ne t'oublierai pas alors.Et maintenant, prenons le tramway.— Pourquoi, oh! pourquoi?dit Hélène.— Parce que nous retournons à l'angle des res Notre-Dame et McGill, en face de la plaque rappelant le souvenir de la fameuse porte des Récollets, qui se trouvait jadis en cet endroit.Il y a là un souvenir dont nous avions remis à plus tard l'évocation, n'est-ce pas?— Oui, oui, la mémoire m'en revient, dit Hélène.— Voiai notre tramway.Montez.Installez-vous.C'est l'oncle, le vieil oncle qui paie l'écôt.Et c'est bien du moins.Un quart d'heure plus tard, l'oncle Etienne et son jeune monde avaient devant les yeux la belle plaque en bronze posée rue Notre-Dame, angle McGill.— Mes enfants, dit l'oncle, nous allons supposer que la vieille porte des Récollets a roulé en grinçant sur ses gonds, et qu'elle nous fait v&r, tout près de nous, un régiment marchant lentement, tête basse.Et voici que nous songeons, grâce à la mission lointaine que nous rappelle la plaque commemorative, que justement, "le général Hull, 25 officiers et 350 soldats de l'armée américaine, tous prisonniers de guerre, y passèrent le 10 septembre 1812." 262 L'OISEAU BLEU — Vous avez bien dit cela, oncle, dit Marie.Il m'a semblé qu'un lointain roulement de mornes tambours scandait vos mots.— Entendre cela, avec le bruit du trafic.Ma nièce, vous me flattez beaucoup.Grand merci! — A la bonne heure, reprit François, nous avons été victorieux, cette fois.Pauvre général Hull! — Qui était-il, oncle?interrogea Hélène.— Beaucoup de choses: Avocat, capitaine, puis général, puis gouverneur du Michigan.Cet Américain, né en 1753, mourut en 1825.Interné à Montréal, en 1812, il fut bientôt remis en liberté sur parole.— Nous sommes souvent ainsi, oncle, n'est-ce pas, observa Hérene, très généreux avec nos ennemis?— Tu as raison, mon enfant.Et c'est ce que nous devons être, d'ailleurs! Le général Hull eut une triste fin, car il demeura enveloppé jusqu'à la mort dans l'ombre de sa défaite.'En considération de son âge et de ses services antérieurs" sa sentence de mort avait été annulée".Il comptait, en effet, en 1812, à l'époque de sa défaite, cinquante-deux ans.En 1824, un an avant de mourir, il publiait une série de lettres destinées à justifier sa conduite.— Je dis comme François: "Pauvre général Hull!" — Moi aussi, dit Thérèse.— Vous vous dirigez où donc, oncle?pria Marie.— Oh! tout près.Bien.Nous sommes presque à l'angle des rues Sainte-Hélène et des Récollets.— Tiens, j'aperçois une plaque.— Nous ne ferons que la lire rapidement-Puis, nous agirons de même pour les deux autres, situées à quelques pas de la première.— Lisez, cousin, n'est-ce pas?Elle est en langue anglaise.— Je la traduis, voici: Emplacement de la première église Saint-Paul, presbytérienne, 1831.Pasteur.Rév.Edward Black.Abandonnée en 1868.Poussons un peu plus loin, sur la rue Sainte-Hélène, au no 17.Nout trouverons les deux autres plaques tout près l'une de l'autre.— Voici le No 17, cria Thérèse.Oh! tout est encore inscrit en anglais sur ces mementos de marbre.— Je reprends donc la parole.Voici mes deux traductions.Celle-ci d'abord: Emplacement de la première chapelle Baptiste, 1831.Rév.John Gil m our, pasteur.Abandonnée en 1866.Et voici la seconde, tout près, vous le voyez: Sur cet emplacement fut organisée la première "Young Men's Christian Association" d'Amérique, le 25 novembre 1851.Erigée à V'occasion de la célébration du Jubilé, le 8 juin 1901.— Cousin, dit François, votre exactitude est parfaite, et vous n'avez oublié vraiment aucune des plaques montréalaises.Notre étude de ces souvenirs d'autrefois demeure sans lacune.—Nous retournons sur nos pas, oncle?dit Marie.Pourquoi?— Nous nous rendons non loin d'ici, à l'ancienne maison d'un des magnats de la fourrure.— Us étaient donc bien nombreux?— Oui.Celui dont nous allons tout à l'heure revoir la demeure se nommait Joseph Fro-bisher, et fut l'un des fondateurs, de la Compagnie du Nord-Ouest.Il fut heureux en affaires.Sc-m fils le fut moins.Il naissait à Montréal en 1782.A l'âge de seize ans, par conséquent en 1798, il entrait, à s»n tour, en remplacement de son père, dans la Compagnie rivale de celle de la Baie d'Hudson.Il y fut, comme son père, encore bon lutteur et victime même.Il dut subir certaines peines à cause des rivalités existantes.En 1819, il fut interné au fort York, sur la rive nord de la rivière Hayes.Ayant réussi à s'évader, Benjamin Frobisher, fils de Joseph, entreprit de rejoindre le plus prochain poste de la Compagnie du Nord-Ouest, sa Compagnie.Il périt d'épuisement et de faim, au lac des Cèdres, le pauvre malheureux!.Benjamin Frobisher avait été député de Montréal à la Chambre, du 6 août 1804 au 27 avril 1808.Il n'avait que trente-sept ans à sa mort.— Quelle fin tragique, oncle! s'exclama Hélène.Tout comme celle de Simon McTavish, n'est-ce pas?— Oui, ma nièce.Vous avez bonne mémoire! Je vous en ai parlé il y a quelque temps déjà.— A dire vrai, oncle, je n'y ai pas grand mérite.Vous avez rappelé vous-même, hier, les souvenirs de ce magnat, devant maman.Vous avez dit aussi qu'une sombre légende enveloppait à jamais le souvenir de Simon McTavish.Puis.—Chut! ma nièce.Vous éventez la mèche.Attendez encore un peu, et vous la connaîtrez tous cette sombre légende.— Nous montons la côte bien rapidement, Oncle, cela ne .vous essouffle pas?demanda Marie.— Un peu.Mais voyez, nous nous rapprochons de l'endroit désigné.Nous y voici.Reprenons haleine.un moment.— La plaque commemorative est encore en anglais, je suppose, fit Thérèse avec une moue.— Hélas! oui, remarqua l'oncle en s'appro-chant.Il regardait en riant la fillette.— Oh!.Vous n'avez pas la traduction sur vous?Quel dommage, cousin! Elle va manquer à ma collection. L'OISEAU BLEU 263 —Non, non, je voulais te taquiner un peu, car, tu n'aimes donc pas à m'entendre lire?.Je m'en acquitte mal?.Tu regrettes de ne pouvoir faire toi-même la lecture?Tous s'amusèrent de l'air consterné de la fillette, qui prenait au sérieux les remarques ironiques de son parent.— Cousin, oh! cousin, vous ne croyez pas cela?Moi?.Je n'aimerais pas à vous entendre?— Voyons, voyons, ma petite fille, dit le cousin, reprend ton air joyeux et affairé.Je badinais, je t'assure.Et maintenant écoutez le libellé de cette plaque, posée sur le no 1089.Côte du Heaver Hall: C'est ici que se trouvait Beaver Hail, habitation construite en 1800, par Joseph Frobish-er, run des fondateurs de la Compagnie du Nord-Ouest, à laquelle Montréal doit d'avoir été.pendant plusieurs années, le centre du commerce des fourrures de l'Amérique du Nord.— Beaver Hall!.Quelle satisfaction j'éprouve de savoir enfin pourquoi cette côte que nous montons si souvent porte un tel nom.Oncle, conclut Hélène, que de reconnaissance nous vous devons!.— Notre reconnaissance ne connaîtra plus de bornes, cher oncle, je vous assure, lorsque dans quelques instants, vous nous aurez raconté la légende de M.McTavish, ajouta Marie.— Continuons donc notre ascension du Beaver Hall, tandis que je vous offrirai mon récit.Nous prendrons finalement la rue Sherbrooke, et serons non loin figurez-vous, de la rue McTavish, qui veut rappeller le souvenir de ce riche Norwestern.— N'habitait-il pas autrefois dans les environs?demanda Marie.— Oui, près du réservoir de la ville, sur la propriété même des Allan, "Ravenscrag", par conséquent.Ses restes reposent non loin de là.Rappelez-vous ma causerie d'il y a trois ou quatre ans, sur son monument qui s'élève près du réservoir?— Nous nous rappelons, oui, oui, répondirent en choeur, les jeunes parents.— La légende que je vais vous offrir a justement trait à la maison de Simon McTavish, que l'on appela, tant que ses murs restèrent debout, "la maison hantée." — Oh! ça va être trerible, la légende, murmura Thérèse.François, reste près de moi.— Ce sera plutôt fort intéressant, fit Hélène.Notre génération hélas! ne croit guère à tous ces méfaits commis par des trépassés.Est-ce que, Thérèse, tu vas recommencer, en ta génération, à admettre des mystères que seuls des poètes, comme notre oncle, rendent captivants et.et plausibles même, parfois?— Mais je n'ai pas peur, Hélène, voyons, reprit Thérèse, un peu gênée.Seulement, ça m'impressionne, et François aussi, des légendes, où il y a comme cela, des pas, des bruits de voix et tant d'autres choses.Mais une fois le récit terminé, je n'y pense pas plus qu'il ne faut.Cousin, commencez de grâce.— Simon McTavish, raconte l'oncle aussitôt, un des plus riches marchands de fourrures de Montréal, vers 1805 ne se sentait pas heureux, allez, enfants, malgré tout l'or qu'il possédait et dédaignait de compter.Il ne faisait que songer.Il regrettait que sa femme, jolie, bonne, aimable, et qui possédait tout son coeur, ne lût pas avec lui, en ce Canada qu'il habitait si volontiers.Elle était demeurée là-bas, voyez-vous, dans les kelles montagnes de l'Ecosse.Elle ne se souciait pas de venir habiter notre pays de neige.Pourtant, elle portait beaucoup d'affection à son cher mari.Un jour, Simon McTavish se résolut de construire une belle demeure, la plus belle de Montréal, si possible, pour y recevoir sa femme qui se décidait enfin à venir le rejoindre.Il y mit beaucoup de hâte.Quelle joie, il éprouvait en songeant que, bientôt, il y entrerait au bras de sa jolie femme écossaise.Un soir, il s'y rendit afin de juger par lui-même si tout était bien achevé, comme le lui assuraient ses ouvriers.Il y alla seul, le coeur dispos, le front tout rayonnant.Il allait ouvrir la porte d'entrée, lorsqu'il leva les yeux soudain, vers le beau ciel parsemé d'étoiles et faisant fête à une lune resplendissante.Juste ciel!.Qu'était cela?.Simon McTavish recula en portant la main à son coeur.Il se serrait d'angoisse et d'horreur.Enfants, il venait d'apercevoir, figurez-vous, se balançant à l'arbre, qui s'élevait près de sa maison, une forme blanche, fine et souple.Sa femme, c'était sa femme qu'il voyait ainsi suspendue.El le bruissement des arbres semblait un funèbre murmure, racontant le trépas inopiné d'une femme peut-être trop aimée.Simon McTavish n'osait plus bouger.Il savait pourtant que sa femme bieu-aimée était à des lieues et des lieues de Montréal, que cette apparition était le jeu de son imagination tout enfiévrée par l'attente.Qu'importe! II se troubla.Et si profondément que nonobstant sa force de caractère, il se sentit incapable de réagir et décida d'interrompre les derniers travaux qui s'effectuaient.Il devint triste,' très triste, et soucieux, et tourmenté.On en parla partout.On le plaignait bien fort.Mais ce fut pis encore lorsque, par les navires, au printemps, arriva une grande lettre bordée de noir.Elle apprenait, hélas, qu'en effet sa femme si jeune et si charmante s'était suicidée.Et de la façon que lui avait montrée la vision horrible en ce 264 L 1 O I S E A U BLEU soir fatal, où il s'était rendu, tout joyeux, à sa maison presque terminée.Simon McTavish ne put survivre à la nouvelle de la mort de sa femme.Il s'affaiblit peu à peu étant tombé dans le plus morne désespoir.Après sa mort, on voulut vendre sa belle propriété de la montagne, qui était tout en pierre avec deux belles ailes arrondies chaque côté.Impossible!.On avait peur de l'habiter.N'y entendait-on pas, les soirs de lune des bruits étranges, terrifiants?Et surtout des plaintes, des râles, semblant venir d'une personne que l'on étrangle, ou qui étouffe.Tout cela se mêlait au bruit du vent dans les grands arbres qui entouraient, nombreux, la riche propriété.On crut même voir danser parfois, sur le toit, une multitude de petits esprits grimaçants, tout de blancs habillés-Mais de ce dernier méfait des trépassés, l'o.i n'était pas très sûr, car le témoin qui le racontait passait pour s'enivrer souvent.Il avait donc pu rêver, et croire dur comme fer à son rêve, n'est-ce pas?.Et voilà pourquoi, Simon McTavish demeure et demeurera toujours aux yeux de la prospérité le propriétaire de la maison hantée de la montagne.qui n'existe piu.s mais ne fut jamais, jamais, habitée par personne.Tenez, nous voici non loin de Ravenscrag.Allons saluer et souhaiter la paix aux restes d" ce vieux norwestem malheureux Simon McTavish.— Oncle, nous sommes vraiment impressionnés, tout comme Thérèse, dit Marie.Merci tout de même, merci.— Oui, grand merci, reprirent les promeneurs en choeur.— Allons, une fois notre tribut d'hommage payé à cet ancien magnat, nous nous secouerons un peu.Tenez, votre vieil oncle vous amènera souper à un excellent restaurant où il faudra beaucoup rire.— Bravo! Bravo! Nous consentons.Quelle excellente façon de terminer notre trop courte excursion d'aujourd'hui! s'exclama tout ce jeune monde.{A suivre) Etienne de LAFOND N.B.—La fin.au prochain numéro.RÉCRÉONS-NOUS SENS PRATIQUE La maîtresse.— Quel est le principal usage de la peau de vache?Lili (7 ans).— De recouvrir la vache, mademoiselle.Au guichet d'un chemin de fer.Jean.— Un billet monsieur s*îl vous plaît.L'employé.— Où allez-vous monsieur.Jean.— Vous êtes bien curieux; c'est mon affaire.L'employé.— Mais enfin il faut pourtant bien que je sache-Jean, vexé.— Eh bien, je vais chez ma tante, là! * * * Est-ce hier ou avant-hier que vous avez mangé des dattes à votre déjeuner?— Ma foi, je ne m'en souviens plus; je n'ai pas la mémoire des dates.Kxamen de la Vue Lunettes Elégantes Téléphone: HArbour 5544 PHANEUF & MESSIER OPTOMETRISTES-OPTICIENS Notre spécialité: Examen de la vue des enfants.1767, RUE SAINT-DENIS • MONTREAL (prés de la rue Ontario) JOUR a NUIT telephonez MARQUETTE 4549 PHOTOGRAVURE NATIONALE ni.2Ô2 RUE ONTARIO OUEST près bleury MONTREAL Bureau: LAncaster 1771 Dessins soumis sur demande C.Lamond & Fils 929, RUE BLEURY - MONTREAL Manufacturiers de bijouteries médailles d'or, or plaqué, argent, bronze et aluminium Spécialités : boutons émaillés. L'OISEAU BLEU 265 Deux pauvres petits enfants Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC {Suite) ^ANS sa pauvre chambrette, sous le toit du père José, Thérèse s'était arrangé un petit autel, sur lequel trônait une madone, une statuette de faïence blanche, ternie par les années.Cela, sans doute, appartenait jadis à Elise.La Vierge au visage souriant, au regard maternel, tenait serré contre son coeur l'enfant Jésus, potelé et rêveur.Sur la vieille commode aux sculptures usées la jeune fille avait placé une nappe de toile bien lavée et repassée et dont les bouts retombaient de chaque côté du meuble.Là-dessus elle avait installé la blanche madone et l'avait entourée de tiges et de coquillages.Elle y mit de longues feuilles des grèves qui formaient une couronne, et des herbes marines séchées, plus belles que les plus belles fougères des bois.Elle y plaça encore, ici et là, des coquilles roses lavées par les marées, et de jolis cailloux tout veinés d'argent.C'est là que le matin et le soir, et aussi plusieurs fois dans la journée, elle s'agenouillait avec ardeur et suppliait la Vierge Marie de lui faire retrouver son frère.— "O ma mère du Ciel, s'écriait-elle, faites qu'il revienne vers moi, accordez-moi de le voir venir sur la route, même s'il est défaillant et presque mourant! je souffre de penser que je ne suis plus à ses côtés, que je ne puis l'entourer de mes soins et veiller sur lui.Pour le suivre j'ai quitté des lieux chéris, j'ai laissé mes belles forêts et mon jardin où je vivais heureuse, dans la paix.Maintenant, je l'ai perdu, je suis séparée de lui.je n'entends plus même sa voix, je ne sais rien, je ne sais rien de lui et de sa vie.Ah! ce chagrin est trop cruel! Etre séparé de ceux que l'on aime, n'est-ce pas la plus grande souffrance?O notre Mère du ciel, ayez pitié de moi, ayez pitié de lui!." C'est en ces termes qu'elle priait la Mère de Dieu.Et les larmes de ses yeux se mêlaient aux supplications de son coeur.Mais quand elle quittait sa chambrette elle séchait ses pleurs et reprenait un visage souriant pour ne pas attrister davantage son sauveteur.Elle voulait être bonne pour lui, elle voulait même être gaie afin de ressembler à Elise, qui souriait toujours et chantait comme un rossignol, lui avait-il dit.En allant voir aux filets, en préparant les repas, en vaquant aux soins de la maison, elle fredonnait des chansons, essayant de retrouver tous les airs connus; et cependant son coeur était triste à mourir.Oui, elle voulait être bonne.Les paroles de Monsieur Basile lui revenaient à la mémoire: "Ouvrez votre âme à toutes les infortunes, soyez charitable, penchez-vous sur les malheureux et lâchez de soulager leur misère.Donner du bonheur aux autres est le plus sûr moyen d'en trouver soi-même".Toutes ces belles pensées hantaient son souvenir et lui dictaient son devoir envers ce vieillard compatissant qui l'avait arrachée à la mort en la recueillant sur les rives du lac Muskoka.Elle voulait être généreuse jusqu'au bout.Sa décision était irrévocable.Elle ne l'abandonnerait pas tant que la mort ne viendrait pas le prendre.Comment pourrait-elle le laisser seul alors qu'il avait tant besoin de son aide?Ce serait là une ingratitude qu'elle se reprocherait comme un crime.Le dévouement et l'affection qu'elle gardait à son père disparu, elle les reporterait sur ce pauvre vieux dont les épaules se courbaient sans cesse sous le poids des années.Le père José, en effet, se sentait décliner rapidement.Hélas! la vieillesse mettait sur lui son implacable déchéance.Ses pas devenaient plus lourds, ses gestes plus lents.Il ne pouvait plus faire aucun travail, et ses forces lui permettaient à peine de faire le tour de sa pauvre et chère maison.C'était le deuxième printemps que Thérèse passait avec lui.De nouveau les caps et les récifs quittaient leur manteau de glace.Les chaumières, ouvrant leur porte, chauffaient leur toit fumant sous les ardeurs du soleil printanier.Des bandes de goélands et de mouettes passaient en jetant des cris joyeux, et les bateaux à voiles s'envolaient vers le large comme des oiseaux de mer.Le vieillard et la jeune fille s'attardaient maintenant, le soir, sur le seuil de leur demeure.II?aimaient y respirer l'air plus tiède, et regarder, tout près d'eux, la vague phosphorescente dont les bras de feu enlaçaient le rivage.Ils s'attardaient dehors, et souvent ne rentraient qu'à la nuit tombante.Et le vieux pêcheur racontait des souvenirs de sa jeunesse, des aventures, des histoires, et quelques-unes de ces nombreu- 266 L'OISEAU BLEU ses légendes qu'il avait apprises au cours de sa longue carrière de marin.De cette façon il s'efforçait de la distraire, car il craignait sans cesse de la perdre, et il songeait que peut-être la venue des beaux jours donnerait à Thérèse le désir de partir à la recherche de son frère.Un soir, il lui demanda tristement: "Peut-être désires-tu t'en aller, mon enfant, à présent que la route est si belle et que le printemps est revenu?." — Mais non, père José, mais non, répondit-elle vivement.Vous savez bien que je ne vous quitterai pas! Je vous dois cela, je vous l'ai promis et je tiendrai ma promesse.Il eut un sourire de joie.— Dieu te récompensera, ma fille, je te le jure! Et à propos de promesse, laisse-moi te faire un récit qui, j'en suis sûr, va t'intéresser: "Tu as vu, sans doute, là-bas, à l'extrémité du Lac, cette grosse pierre grise qui a une forme humaine et que les vagues, dans leur furie, viennent frapper sans jamais la détruire?.Ce rocher fut jadis un homme que le châtiment de Dieu arrêta dans sa course.Voici cette histoire telle que je l'ai entendue de la bouche de mon père : — "Autrefois, notre région était infestée de pirates qui semaient partout la terreur et le vol.Ils ne se contentaient pas de piller en mer tous les vaisseaux qu'ils rencontraient, ils dévastaient aussi, sur terre, les châteaux et les églises, emportant dans leurs repaires secrets les objets les plus précieux et les bijoux les plus rares.Une cathédrale des alentours possédait le plus riche ostensoir au monde, un ostensoir taillé dans l'or massif et incrusté de rubis et d'éme-raudes d'une valeur inestimable.Or, une nuit, la cathédrale fut pillée et l'ostensoir avait disparu.Ce fut une clameur d'indignation générale.Les pirates voleurs furent partout recherchés, mais en vain.Ils demeuraient introuvables sur terre et sur mer.Un jour, un jeune pêcheur vint dire à l'évê-que qu'il connaissait la cachette des pirates."C'est dans une anse, sous un énorme rocher, dit-il; ils ont creusé là un souterrain dont j'ignore la profondeur.L'autre nuit, j'étais seul sur l'eau, et j'attendais la brise propice pour ramener ma barque à terre.Soudain, je vis un gros navire s'approcher de la rive.Des hommes en descendirent, portant avec soin et sans bruit de nombreux colis qu'ils allèrent déposer dans cette grotte secrète.Je ne compris pas un seul mot de ce qu'ils disaient.Puis je les vis retourner à leur navire et prendre le large aussitôt." — C'est là qu'est notre ostensoir! s'écria l'évêque.Il faut aller le chercher au plus tôt! Elle courut dans la montagne chercher des plantes sauvages et lui fit maintes potions.Aux cinq jeunes gens qui le suivirent le prélat fit faire le serment de lutter jusqu'au bout, sans défaillance, pour reprendre le pieux trésor.Tous jurèrent.Et ils partirent.Hélas! à la porte de la caverne deux pirates les reçurent à coups de lances.Epouvanté, un des jeunes gens, manquant à sa promesse, rebroussa chemin à toutes jambes.Le digne prélat frappa de sa croix les pirates, qui tombèrent morts.L'évêque reprit alors le riche ostensoir, et le jeune homme qui s'était enfui fut sur-le-champ changé en statue de pierre.Dieu voulut montrer ainsi combien il est indigne de manquer à ses promesses." — Je suis certaine de ne pas être changée en statue de pierre, dit doucement Thérèse.— Dieu te le rendra, mon enfant, reprit le vieillard en lui serrant les mains.Et, ce soir-là, réconforté, il s'endormit en souriant.Quelques mois plus tard le pauvre vieux tomba sérieusement malade.Une douleur persistante au coeur, des faiblesses, des étourdisse-ments l'obligèrent à s'aliter.Thérèse le soigna avec un grand dévouement, espérant le voir bientôt revenir à la santé.Elle prit dans l'armoire des couvertures fraîchement blanchies, et elle plaça son lit près de la fenêtre, où des yeux il pouvait suivre sur l'onde les allées et venue* des bateaux et le passage des blanches mouettes.— "Les heures vous paraîtront moins longues".lui dit-elle.Elle courut dans la montagne chercher des plantes sauvages, et lui fit maintes potions et tisanes.Aucune amélioration ne se produisit.Le petit village n'avait pas de médecin, mais plutôt un charlatan que l'on disait très versé dans la connaissance des plantes médicinales, et qui faisait parfois des guérisons surprenantes.Elle le fit mander.Il examina le malade et après l'avoir longuement regardé il dit à Thérèse: — "C'est inutile, mademoiselle, il n'y a rien à faire.Voyez-vous, la vieillesse est un mal qui ne L'OISEAU BLEU 267 se guérit pas.Il est vieux, le père José, vous savez.Personne ne sait son âge, mais il est bien vieux.Je n'étais qu'un petit bonhomme et lui depuis longtemps courait le large.Aujourd'hui, il est comme une lampe sans huile qui va bientôt s'éteindre.C'est inutile, il n'y a rien à faire".Et il s'en alla.— Mon Dieu, mon Dieu, gémissait Thérèse, faut-il donc que je le perde, lui aussi?Hélas! que me restera-t-il?.Et sa douleur était immense.De jour en jour, rapidement, la maladie faisait son oeuvre.Bientôt, le père José fut incapable de se mouvoir.Des accès de fièvre intense, des spasmes, des crises cardiaques le laissaient presque comme mort.Il fit venir le prêtre et se prépara à quitter cette terre.Puis, quand il fut seul avec Thérèse, il la retint près de lui et lui parla en ces termes: — "Mon enfant, le temps est venu de te confier un grand secret.Il ne faut pas que je l'emporte dans la tombe.Je sens que la mort est proche.Peut-être n'ai-je plus que quelques jours à vivre.Avant de te quitter laisse-moi te remercier de ton dévouement admirable.Tu devins mon ange gardien, tu fus la joie de mes dernières années, le soleil de mes vieux jours.Par les traits de ton visage et par la bonté de ton âme tu ressembles à ma chère fille que je pleurais.En toi j'ai retrouvé son affection, son regard, sa voix, son sourire.Tu m'as redonné le bonheur perdu.Et le ciel permet que ta bonne action soit récompensée ici-bas." II s'arrêta pour se reposer un peu.Puis il continua d'une voix faible: — "Ecoute-moi bien, mon enfant.Quand tu m'auras fermé les yeux, descends dans la cave de cette maison, juste à l'endroit où sont les barils de poisson tu creuseras la terre à environ deux pieds de profondeur.Là tu trouveras un coffret d'acier rempli jusqu'au faîte de pièces d'argent.Cette monnaie représente une fortune colossale.Tu seras riche pour le reste de tes jours.J'ai trouvé jadis ce coffret dans la mer, alors que j'y plantais des poteaux qui devaient retenir mes filets.Je gardais cette fortune pour Elise.Maintenant, elle te revient, elle est à toi.Je te la donne, chère enfant.Retourne vivre dans tes forêts.Et sois heureuse.Que Dieu te garde, chère enfant!".Aux côtés de Thérèse en larmes, quelques instants après le vieillard expirait.Hortense DULAC (A suivre) AVIS IMPORTANT Prix de "l'Oiseau bleu" aux écoles, collèges et couvents Les vacances ne tarderont guère à venir maintenant.Les maisons d'enseignement recevront de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal les prix qu'elle leur a promis pour la diffusion de YOiseau bleu.1.Toute maison d'éducation, dépositaire de YOiseau bleu, a droit à un volume canadien pour chaque quantité de 200 exemplaires de la revue vendues à ses élèves, à partir de l'édition de septembre 1936 jusqu'à celle de mai 1937 inclusivement.2.En plus des volumes de prix, chacune de ces maisons a droit à une médaille d'argent pour chaque quantité de 500 exemplaires et à une médaille d'or pour chaque quantité de 1000 exemplaires de la revue vendus durant la même période.3.L'administration de YOiseau bleu fera parvenir aux maisons d'éducation avant le 10 juin 1937 les prix auxquels elles auront droit, pourvu qu'elles aient acquitté à cette date toute somme due à YOiseau bleu.Le Directeur de YOiseau bleu remercie chaleureusement les éducateurs, les éducatrices, dépositaires et propagandistes de YOiseau bleu de leur zèle à répandre et à faire connaître notre revue de jeunesse.LE DIRECTEUR DE L'OISEAU BLEU 268 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE VALISERIE et MAROQUINERIE Questions: 1.Comment se nomme ce coffre en métal ou en bois où l'on enferme les objets que l'on emporte en voyage?— Une malle.Q.Quelle différence y a-t-il entre une malle et une valise?— Une malle a la forme d'un coffre; une valise est une sorte de sac de voyage pourvu de poignées et que l'on emporte avec soi.La valise est ordinairement en cuir ou en simili-cuir.Ne pas confondre les deux.2.Comment nomme-t-on cet article de toilette?— Une trousse de manucure.3.Quelle nom donne-t-on à cette malle si ingénieusement agencée?— Malle garde-robe.Q.Que remarquez-vous à l'intérieur de cette malle garde-robe?— Des tiroirs à compartiments et des cintres ou supports pour les vêtements.4.Que voyons-nous ici?— Une valise ou sac de voyage.5.Quel est cet article?— Une boîte à chapeaux.6.Dans quoi met-on les billets de banque que l'on porte sur soi?— Dans un portefeuille.7.Et la monnaie?— Dans un porte-monnaie.A remarquer que portefeuille s'écrit en un seul mot et porte-monnaie en deux mots unis par un trait d'union.8.Que fixe-t-on aux valises ou malles pour indiquer le nom du propriétaire?— Un porte-adresse ou étiquette.9.Qu'est-ce qu'une écritoire?— C'est un article de cuir ou autre substance qui se ferme comme un livre et contient tout ce qu'il faut pour écrire.10.Quelle différence y a-t-il entre une papeterie et une écritoire?— Une papeterie est beaucoup plus complète qu'une écritoire.On peut distinguer dans celle-ci une plume, un crayon, des feuilles de papier, des enveloppes, un encrier et un buvard.11.Pourquoi appelle-t-on cet article de voyage une valise à soufflets?— Parce que ses côtés se ferment en se pliant comme les soufflets d'une forge.12.Comment se nomme cette valise carrée?— Un porte-habits ou mallette.13.Comment désignez-vous cet accessoire de voyage?— C'est un porte-colis.On y distingue la poignée (A) et les courroies (B).11.Quel est l'usage de ceci?— C'est un nécessaire de toilette.15.Que distingue-ton comme faisant partie de cette trousse de voyage?—Une glace à raser, une brosse, un chausse-pied, des tire-boutons, des i iseaux/ un canif, de la poudre à dents et de- faux de toilette.16.Quelle sorte d'outils peut-on mettre dans cette trousse?— On peut y mettre des instruments de chirurgie, différents genres de clés, des pinces, etc., pouvant servir à réparer une automobile en panne.17.De quel tissu est fait ce fourre-tout?— En plaid (étoffe écossaise quadrillée).On fait aussi des manteaux de voyage en cette étoffe.18.En quoi est cette sacoche?— En fibre.Ces fibres proviennent du bois.19.Pourquoi appelle-t-on ce portefeuille un échéancier?— Parce qu'il est divisé en compartiments dans lesquels on place les effets de commerce, billets, chèques, traites, etc., par ordre d'échéance.20.A quel usage est destiné ce sac à main?— C'est un porte-musique.On peut y placer de grandes feuilles sans être forcé de les plier.21.D'après les articles que contient cette mallette, pouvez-vous dire à quoi on l'emploie?— C'est un nécessaire à pique-nique.Q.Quelle différence y a-t-il entre un nécessaire et une trousse?— Un nécessaire est une boîte qui contient divers objets utiles ou commodes; une trousse est un étui ou portefeuille divisé en compartiments et renfermant les instruments nécessaires à certains praticiens: trousse de médecin, de chirurgien, de vétérinaire.Q.Qu'est-ce que du maroquin?— C'est du cuir de chèvre préparé d'une certaine manière.Q: D'où vient le mol maroquin?— Du Maroc, célèbre par la fabrication de ce produit.Q.Qu'entend-on par maroquinerie?— C'est le commerce du maroquin ou des objets faits en maroquin: sacoches valises, étuis, porte-monnaies, portefeuilles, nécessaires, serviettes, porte-musique, etc.Abbé Etienne BLANCHARD 270 L'OISEAU BLEU No 55 Mai 1937 AFFILIÉS A LA SOCIÉTÉ CANADIENNE D'HISTOIRE NATURELLE ET RECONNUS D'UTILITÉ PUULIQUE PAR LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUÉHBC COMMISSION DES C.J.N.Membres ex-officio—F.Marie-Victorin, F.E.C., Jules Brunei, Jacques Rousseau, Roger Gauthier, respectivement président, secrétaire général, trésorier et chef du secrétariat de la S.C.H.N.Membres désignés par le conseil de la Société — Frère Adrien, C.S.C., directeur général des C.J.N., Sœur Sainte-Alphonsine, C.N.-D., sous-directrice.Les chefs de service suivants: Frère Marie-Victorin (Botanique); Gustave Chagnon (Entomologie); R.P.Léo Morin, C.S.C., (Géologie-minéralogie); Henry Teuscher (Horticulture); Marcelle Gauvreau (Pédagogie et bibliographie).Le siège social de la Société et des C.J.N.est à l'Université de Montréal, 1265, rue Saini-Denis.On est prié d'envoyer toute correspondance à cet endroit.litaire qu'elles mènent dans un petit ermitage édifié avec beaucoup d'art et de patience, et dont elles défendent l'entrée même à leurs semblables au prix de leur vie.En général, elles n'ont rien d'attrayant pour le commun des mortels.Pourtant, que d'heures délicieuses un naturaliste passe en leur compagnie.Par un beau jour ensoleillé de printemps, arrête-toi, Jeune Naturaliste, dans la course matinale, à l'orée d'un bois encore humide de rosée.Tes regards seront certainement attirés par une charmante Araignée jaune, galonnée de rouge sur les côtés: c'est la Mesumena vatia.Elle travaille fiévreusement.Notre petite amie tend un piège perfide aux innocents insectes du bosquet, car il lui faut déjeuner.Approche-toi d'elle: aussitôt elle "pique une tête"', et voilà! Elle est en sûreté parmi les herbes et les feuilles mortes.Eloigne-toi d'un pas et attends quelques secondes: bientôt tu reverras la petite monter à son ouvrage, lentement et prudemment, par un fil qu'elle aura eu soin de sortir de ses filières en tombant.A tes regards émerveillés, son dos chargé de rosée "exhibera un manteau LES ARAIGNEES Jeunes Naturalistes, est-ce le dégoût ou simplement la crainte qui vous empêche de porter autant d'intérêt à ce groupe d'animaux qu'aux autres?Je n'ose le croire.Je voudrais sauver votre honneur en disant que votre désintéressement est dû plutôt à la difficulté de conserver les sujets capturés.En effet, il faut une petite bouteille contenant du formol ou de l'alcool pour chaque spécimen.Tout de même, nos principales Araignées devraient trouver place dans vos musées d'histoire naturelle.Les Araignées ne sont pas des insectes: elles ont huit pattes et les insectes n'en ont que 6ix.Les Araignées font partie avec les Scorpions, les Opilions (faucheurs) les Acariens, etc., de l'embranchement des Arthropodes (pattes articulées).Elles sont de la classe des Arachnides.Les Arachnides, ou Araignées proprement dites, sont caractérisés par leur préférence pour les endroits obscurs et cachés; par la manière particulière de capturer leurs proies au moyen de filets habilement construits; par la vie so- L'OISEAU BLEU 271 d'or niellé d'argent".Tu seras étonné de ne plus apercevoir, l'ascension terminée, le fil sauveur.C'est que l'Araignée est très soigneuse et ne laisse rien perdre.En montant elle pelotonne son fil, et elle le mange lorsqu'elle est rendue en haut.Ensemble, nous étudierons le groupe des Araignées: il est très intéressant et très instructif.Il n'y a aucune raison, surtout pour un Jeune Naturaliste, d'entretenir du dégoût ou de l'horreur pour ces petites créatures, qui nous manifestent* à un haut degré, la gloire de Dieu.¦ * * * Caractères.— Les Araignées ont un corps composé de deux parties distinctes: un céplialo-thorax (tête et thorax ou corselet) pourvu de huit pattes articulées, et un abdomen (ventre) pourvu de filières.La tête, soudée au thorax, porte généralement huit yeux, parfois six, et très rarement quatre ou deux.Ils sont toujours simples.Les yeux se répartissent sur la face supérieure et sur la partie antérieure de la tête.Dans la classification des Araignées on doit considérer avec soin le nombre d'yeux, leur disposition relative, leur distance, leur direction et leur volume.La forme du corps, son revêtement plus ou moins épais de poils longs, hérissés, ou courts, ainsi que d'autres caractères secondaires, sont peu utilisés dans la classification, car ils sont très inconstants dans une même espèce.Les chélifères, ou antennes-pinces, placés au-dessus de la bouche, sont terminés par un crochet percé d'un orifice comme les dents venimeuses des serpents.Les Araignées s'en servent pour paralyser et tuer leur proie, dont elles sucent le sang.Si ce venin est violent pour 1 insecte, il ne produit aucun effet sur l'homme.Les palpes maxillaires, composées de six articles, portent à leur hase un talon masticateur.Ces palpes, chez la femelle, se terminent toujours par une griffe dentée ou non; chez le mâle, l'article terminal s'épaissit et ressemble déjà à une massue, avant la dernière mue.Les Araignées ne subissent pas de métamorphoses, mais de simples mues, et naissent avec la forme qu'elles garderont toute leur vie.Leur corps est couvert d'une enveloppe chitineuse.Les pattes thoraciques servent généralement à la marche ou à la course, parfois au saut e! à la nage.Les crochets terminaux de ces pattes Les Araignées Une Ar&nea.y«*x \Mt_c KIk fwe We face •ipha/otitprmX Stigmates #V^v*-u On/'C» /ni/s Fit l'ère 0nttr*fCt/r'c S- Ah rawée vue rar la face dorsale.Araignée vcé par la face ventrale 272 L'OISEAU BLEU présentent des différences de structure en rapport avec la constitution des toiles.Ces griffes ressemblent à des peignes et servent, en effet, à la confection des toiles.A la base de l'abdomen relié au céphalothorax par un court et frêle pédicule, on trouve, entre les stigmates aériens, l'orifice des organes génitaux.A l'extrémité de l'abdomen se trouvent les filières, généralement au nombre de six ou quatre, disposées par paires.Ces appendices portent à leur extrémité de petits tubes saillants qui sont les conduits excréteurs des glandes sc-ricigènes.Il en existe plusieurs sortes dans un même individu.Chez les Aranea (Epeires), par exemple, il y a seize grandes glandes et environ six cents petites, se répartissant en cinq catégories.Les unes sont chargées de sécréter les fils des toiles; d'autres servent à entortiller les proies; d'autres encore, à faire les cocons; d'autres, enfin, servent à la fuite quand l'animal se sent en danger.^ Vous serez peut-être étonnés d'apprendre, Jeunes Naturalistes, que l'intérêt porté aux Araignées remonte au temps le plus lointain.En effet, elles ont même servi de thème aux Anciens pour imaginer leurs légendes mythologiques.La tradition grecque rapporte qu'Arachnée, "fille du fabricant de pourpre Idmon, ayant appris de Pal las-Athénée l'art de filer, eut l'audace de défier sa divine maîtresse et engagea la lutte avec elle.Arachnée confectionna un tissu artistique représentant l'histoire des amours des Dieux.Dans son dépit de se voir surpassée par une simple mortelle, l'orgueilleuse déesse déchira l'ouvrage de sa rivale qui se pendit de désespoir.Athénée, repentante, lui rendit sa vie et son talent, non plus dans son état primitif, mais sous la forme de l'animal qui fut baptisé du nom d'Araignée.Ainsi naquirent les Arachnides." On dit que le roi Salomon proposait aux gens de sa cour l'Araignée comme l'image du zèle, de l'adresse, de la sagesse, de la retenue et de la vertu.Le grand philosophe Aristote, qui daigna s'occuper des Araignées, — car il était naturaliste à ses heures, — nous a laissé des notes sur leurs caractères, leurs moeurs, leurs habitudes et leur régime.A notre époque les arachnéologistes sont assez nombreux: Clerk, Latreille, Hahn, Kick, Lucas, Simon, Thomas, Comstock, etc., ont beaucoup approfondi les connaissances zoologiques sur ces Articulés.Courage donc, petits amis, domptez vos aversions et soyez plus galants à l'avenir auprès des filles d'Arachnée qui sauront vous charmer et vous faire plaisir.F SERVULE, F.Ch.LE CERCLE ANDRE-MICHAUX Le cercle André-Michaux du Collège Lon-gueuil est certainement l'un des cercles les mieux dirigés et les plus actifs de toute l'organisation.Son nom rappelle le grand voyageur-botaniste qui visita le Canada vers 1792, et qui est l'auteur de la première flore de l'Amérique du Nord.Le Cercle André-Michaux au travail.Le cercle André-Michaux fonctionne par sections: section de la botanique, sous la direction du R.F.Rolland-Germain, le principal collaborateur du R.F.Marie-Victorin dans les travaux qui ont amené la publication de la Flore laurentienne ; la section d'entomologie dirigée, par la R.F.Jules, l'un des principaux collaborateurs de M.Chagnon dans ses études sur la faune entomologique de la région de Montréal-la section de dessin.Le cercle André-Michaux a pris une part ac-, tive aux grandes expositions des C.J.N.Plusieurs vocations de naturalistes sont déjà dessinées parmi ses membres.* * * LES PETITS MINOUS Moi.je suis un vieux professeur.Pas de cheveux, ventre plat, des lunettes.Vous me croyez sévère, inaccessible aux émotions?Pourtant, hier, j'ai été charmé.J'ai vu des fleurs, des enfants: la couleur et la vie.Et dans ce décor, une grand'maman qui donnait une leçon de choses.— Grand'maman, regarde les beaux petits minous que nous avons trouvés au bord de l'eau.— Que c'est gentil! fit grand'maman, en prenant le paquet de branches de saule dans ses mains.Vous avez là des fleurs de saule.— Est-ce que les arbres ont des fleurs?demanda Jacqueline.— Mais oui! Comme toutes les plantes du bon Dieu.Regardez bien ces fleurs de saule. L'OISEAU BLEU 273 C'est aussi délicat qu'une rose.On dirait des épingles d'or piquées sur la branche du petit saule.Voyez la poussière qui en sort, une vraie poudre d'or.Les savants appellent cela du pollen.Vous êtes-vous jamais demandé à quoi cela servait?— Non, grand'maman, dit le franc Michel.— Eh bien, je vais vous le dire.Tiens, justement, toi Alexandre, et toi aussi Bernard, vous avez des petits minous verts moins beaux que les autres.Pourtant, ils ne sont pas moins utiles que les autres.La poussière jaune sera transportée par le vent et les insectes sur ces minous verts qui vont grandir, grossir et porter un toupet blanc.Dans un mois les petits minous verts vont se défaire tout seuls et voler au vent.Les petits minous seront devenus des graines: ces graines vont tomber en terre, et former des saules.Retournez au bord de la rivière dans un mois: vous verrez voler au vent les petits minous verts et blancs.Les minous jaunes, comme ceux-ci, Françoise, seront fanés depuis longtemps.Heureuse grand'maman, qui ouvrez les yeux et le coeur de vos petits enfants aux merveilles de la nature.Vraiment, les couvents, qui forment les futures mamans, ont raison d'enseigner les sciences naturelles.Une maman peut, au long du jour, verser bien des idées dans le cerveau de ses enfants.Des idées sur Dieu, sur son oeuvre, sur la Création.Ce faisant, la maman se gagne le coeur des siens, qui aimeront à l'entendre, qui ne chercheront pas ailleurs des moyens de s'amuser.Et la maman rendra service au pays, qui a le droit d'attendre d'elle des fils éveillés, fiers de» choses du pavs.Bernard TACHE.S.J.L'Action paroissiale, mai 1936.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture, de composition personnelle, sur papier non réglé, le tout, accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SOEUR JEANNE L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.DEUXIÈME CONGRÈS DE LA Langue française au Canada Québec—27 juin - 1er juillet 1937 Appel aux jeunes Conservons notre héritage français La jeune génération a beaucoup entendu parler du Congrès de la Langue française tenu à Québec en 1912.Plusieurs parmi ces jeunes ont feuilleté, quand ils fréquentaient le collège, les procès-verbaux de ces grandes assises.La plupart ont appris par coeur la péroraison du discours d'Etienne Lamy, représentant officiel de VAcadémie française; ils en ont déclamé les principaux passages et ils se rappellent les premiers mots de l'hymne de Mgr Paul-Eugène Roy à la langue française.Tous ces fragments perpétuent dans nos jeunes esprits des souvenirs que nous n'avons pu vivre, et que nous aurons plaisir à raviver quand se tiendront à Québec les nouvelles assises nationales.Ces assises éveilleront dans nos coeurs et dans nos esprits les nobles pensées et les grands sentiments qui doivent être la nourriture de tou! peuple désireux d'échapper à l'enlisement graduel et au déclin de son génie.Elles attiseront la flamme qui est bien près dans certains milieux de s'éteindre, et permettront à la nouvelle génération d'élever fièrement le flambeau que lui transmirent les porteurs de lumière de 1912.C'est à Québec qu'en juin 1937 la France enverra ses messagers de la pensée française.Ils viendront resserrer les liens qui les attachent à leurs cousins du Québec, continuant depuis trois cents ans la tradition et les coutumes françaises.Appliquons-nous à les bien recevoir en donnant à notre vie nationale son plein épanouissement. 274_L'OISEAU BLEU_ FEUILLETON PB L'OISEAU BLEU Le Coeur de I eiline — P«r — MLLE MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal (Suite) IX.—TEMPS D'ALARMES ^E surlendemain de son arrivée à Ville-Marie, Perrine reprit ses habitudes de piété et de travail.On la revit à la messe.Elle avait lieu chaque jour, pour les femme.*, à la chapelle de l'Hôtel-Dieu, à huit heures.La première fois qu'on y retrouva Perrine, le plaisir fut vif, chez toutes ces jeunes femmes, que la vie difficile, dangereuse, hardie, que l'on menait à Montréal, rapprochait singulièrement les unes des autres.Si souvent, on avait à supporter les mêmes douleurs, à ressentir les mêmes poignantes inquiétudes.Et toutes avaient de nobles coeurs, beaucoup de courage, de la bravoure héroïque, à l'occasion.Quelles questions embarrassantes l'on posait à Perrine, sembla-t-il d'abord! Mais la jeune femme, qui voyait clair en son coeur maintenant, répondait avec une sérénité dont elle était elle-même étonnée.Sans exagérer le moins du monde, elle avouait son chagrin d'être de nouveau séparée de son mari."Mais, ajouta-t-elle, la vie d'une femme de soldat est faite, hélas! de ces sacrifices, de ces séparations imprévues! Il faut s'y conformer, même si le coeur se serre davantage, à chaque heure du jour.Le mois de juin viendra-t-il jamais! finissait-elle en soupirant.— Pauvre Perrine! remarquait Madame Charles d'Ailleboust des Musseaux.Elle était née, comme on le sait, Catherine de Repentigny, et connaissait depuis l'enfance la jeune femme."Ma pauvre vieille amie, reprenait-elle bientôt, quel malheur que M.de Maisonneuve ait songé à envoyer à Québec ton mari, au lieu de.de., n'importe quel autre officier, sauf, bien entendu, mon mari, ajoutait-elle en riant.Madame d'Ailleboust possédait l'esprit primesautier et original de la famille.Ses boutades rappelaient le souvenir de sa soeur Madame Jean-Paul Go-defroy, l'amie de Perrine.On se mit à rire autour de la jeune femme, à réclamer contre le choix qu'elle faisait, du mari de chacune, peut-être.Puis, après quelques souhaits de bon courage à Perrine, toutes s'éloignèrent en groupe sauf celles dont les serviteurs ou les maris accouraient pour les ramener à la maison.Avant de quitter Perrine, que Chariot entourait avec ses enfants, Catherine d'Ailleboust dit vivement: "Venez à la maison, ce soir, vers cinq heures, Perrine.Les Closse doivent venir.Ils seront heureux de parler de Québec ave.-vous.— Je m'y rendrai avec plaisir, Catherine.D'autant plus que ta chère mère m'a chargée de petits souvenirs pour toi.— Vous viendrez, Capitaine?pria Madame d'Ailleboust en regardant Chariot.— Je serai chez vous à six heures, chère amie.M.de Maisonneuve me retiendra jusque là, certainement.— Très bien.Au revoir, mes amis.J'aperçois l'un de nos hommes.Ici, ici, Philippe! Et vite, à la maison! — Cela ne t'ennuiera pas, Perrine, cette visite chez Catherine, sitôt après ton retour, demanda Chariot à sa soeur, tandis qu'il se dirigeait lentement vers la maison.L'air était pur et presque tiède, par ce beau matin d'avril plein de soleil, de chants et de verdure hâtive.— Pourquoi, mon frère?Je serai tenue, vois-tu, de figurer de temps à autre auprès de ces aimables jeunes femmes.Aujourd'hui, demain, ou dans une semaine, il me faudra briser la glace, n'est-ce pas?Alors.— Oh! je ne m'inquiète pas de ton courage.Mais il me semble que ces premiers jours eussent paru meilleurs, si nous les avions passés* ensemble seulement.— Tu deviens exclusif, mon frère?Puis, j'ai senti chez toutes une si réelle sympathie pour ma situation douloureuse du moment.Cela m'.-' fait du bien.— Perrine, elle est.douloureuse, vraiment, ta situation?.Tu le penses, dis, dis?demanda anxieusement Chariot.— Oui, mon frère.— Quelle joie j'en éprouve! — Chariot! — Mais oui.Tu me convaincs qu'enfin André va compter dans ta vie.Ce pauvre ami connaîtra donc la douceur d'une affection féminine, qui sera vraie, sincère, noble toujours! — Je l'espère, mon frère.— Perrine, pardonne-moi, mais je te trouve cruelle de ne pas écrire les sentiments que tu éprouves à.— Je t'en prie, Chariot.Laisse-moi agir à ma guise en tout ceci.Vois-tu.je me sens un L'OISEAU BLEU peu étourdie sous le choc d'une bien étonnante révélation.Tiens, n'en parlons plus.— Je respecterai ma promesse, ne crains rien, Perrine.Je t'en parle pour la dernière fois.Mais j'ai confiance que ton coeur, qui est si bon, si tendre, aura bientôt une de ces inspirations qui nous rendra tous heureux.— Je suis une fiancée, il me semble, plutôt qu'une mariée, Chariot.Mon bonheur est trop subit.Dans la petite pièce où Chariot mettait ses outils de pêche, quelques fusils hors d'usage et plusieurs petits barils de poudre, il y eut un peu de bruit, lorsque Perrine, Chariot et les enfants mirent le pied dans la maison.Perrine s'exclama, prit peur.Tu entends, mon frère?— Mais oui.Je reconnais les voix surtout.C'est mon Huron, avec sa fille et son gendre.Rentre dans ta chambre avec les enfants.Je les saluerai de ta part.— Ils sont mariés, alors?— Depuis hier, vers cinq heures du soir.A midi, les nouveaux époux quitteront Ville-Marie pour toujours.Le père en est désespéré, mais comprend qu'il vaut mieux se résigner à une séparation temporaire.— Nous lui rendrons la vie facile, n'est-ce pas, Chariot, à ton fidèle gardien?— Oui.Sais-tu qu'il s'attacha beaucoup à mon Pierrot?Les sauvages adorent les enfants, du reste.— Oh! Chariot.Pas tous, hélas! — Je ne parle pas de nos ennemis les Iroquois, bien entendu.— Est-il bien désirable que Pierrot fasse sa compagnie habituelle de ce Huron, si bon qu'il soit?— Bah! je le quitte si peu moi-même.— Naturellement, toi présent, tout est parfait.Qu'il fit bon quelques heures plus tard dans la grande salle de réception des d'Ailleboust!.Dans un angle et surveillés par la fidèle Normande, Pierrot et Lise jouaient avec Louis et Pierre d'Ailleboust.La gracieuse Barbe d'Ailleboust, âgée de huit ans, l'aînée de la famille, se mêlait de bonne grâce aux jeux des bébés, ayant souflé à Manette ces mots affectueux: "Reposez-vous, bonne Manette, je vais amuser mes frères et leurs amis.Et voyez, là-bas, comme petite mère semble heureuse, avec Madame Perrine! Elle est déjà moins pâle.moins fatiguée.ah! sûrement, elle va montrer le nouveau petit frère à Madame Perrine.il n'a qu'un mois, mais il est bien beau, va, Manette!" Le jeune Paul d'Ailleboust fit bientôt son apparition, en effet.Perrine le prit entre ses bras et demanda la faveur de le garder, tout en devisant avec son amie au coin de la cheminée.On venait d'y jeter quelques bûches.L'air s'était soudain refroidi au dehors.La neige tombait.L'on avait à subir l'une de ces giboulées d'avril, venant contrarier pour quelques heures le bel effort déjà accompli par le printemps.On frappa à la porte.Perrine poussa une exclamation de plaisir en apercevant la Visiteuse qui portait, pressé contre elle, un ravissant bébé de dix mois.— Isabelle Closse!.Oh! quelle joie de vous revoir! Vous n'étiez pas à la messe, ce matin.Je vous ai bien cherchée des yeux.— Rien n'est plus vrai, Isabelle, assura Catherine d'Ailleboust.Perrine semble avoir un bien vif sentiment pour vous.Si je me sentais portée à la jalousie!.— Voyons, Catherine, sois sérieuse! Ton bébé, vois, il s'en chagrine.dit Perrine en souriant, et en essayant de calmer l'enfant qui se mettait à geindre, en effet.—Donne-moi, mon fils, chère amie.Un autre poupon réclame d'ailleurs tes soins.Bien.Isabelle a compris que tu voulais voir sa petite Jeanne-Cécile de près.— Elle ressemble beaucoup à mon mari, ne trouvez-vous pas, Perrine?demanda avec sa gracieuse douceur, Madame Lambert Closse.— Certes! Mais les yeux bleus de cette mignonne en rappellent d'autres aussi! — Puissent-ils être moins mélancoliques que ceux de sa maman! reprit la jeune femme en soupirant.— Ecoutez, ma chère Isabelle, reprit la voix courageuse de Madame d'Ailleboust, je ne sais pourquoi, vous vous abandonnez ainsi à la tristesse.Votre mari est un héros.invincible! Quel Iroquois pourra jamais l'abattre! — Catherine, vous avez raison.Près de vous et de Perrine, je me sens d'ailleurs l'âme en assurance.Mais sitôt que je suis seule, d'obscurs pressentiments me hantent.Et les événements ne nous donnent-ils pas plus que notre part d'inquiétudes?— Isabelle, songez à Perrine.La voilà pour la deuxième fois séparée d'un mari qu'elle connaît à peine.mais qu'elle aime bien tout de même.Son sort pénible eût pu être le nôtre.Nous sommes, comme elle, femmes de vaillants soldats.— Oui, Catherine, dit Perrine, en baissant la tête, mon sort est pénible.et.A ce moment, une petite voix d'enfant s'éleva très haut.— Je m'appelle Lise, Lise, Lise, maintenant.Demande à tante Perrine, si tu ne veux pas me croire, Barbe d'Ailleboust. 276 L'OISEAU BLEU Quelques minutes plus tard, Chariot faisait son apparition avec le Gouverneur lui-même.— Lise, elle s'appelle Lise, bien vrai, tout comme la mignonne que j'ai perdue?dit tout émue, Madame Lambert Closse.Perrine, appelle ta petite nièce que je fasse connaissance.11 faut qu'elle m'aime cette petite.Ça fera du bien à mon coeur qui pleure toujours ma première née.A six heures, on vit arriver Charles d'Aille-boust avec Lambert Closse, puis, quelques minutes plus tard, Chariot faisait son apparition avec le Gouverneur lui-même, Paul de Chome-dey, sieur de Maisonneuve.A la vue du gouverneur, Perrine fit quelques pas vers lui.—Madame de Senancourt, fit M.de Maison-neuve en baisant avec sa belle courtoisie la main de la jeune femme, j'ai tenu à vous voir dès cet après-midi, où que vous soyez.Je ne puis me pardonner mon involontaire maladresse de soldat.Vous avoir privée de votre jeune mari dès le lendemain de votre arrivée! Vous m'en voulez beaucoup?— Un peu, M.de Maisonneuve, répliqua en rougissant Perrine.— Seulement, un peu?quelle indulgence.Madame, fit Lambert Closse, légèrement moqueur.Si ma petite Lise parlait ainsi, on pourrait la croire, mais vous.— Mon ami, reprocha sa femme en se pressant contre lui, quand cesserez-vous de me taquiner à cause du grand amour que j'ai pour vous?— Jamais, ma chérie, car j'espère que ce grand amour va durer sans fin.Mais, Isabelle, où est donc notre petite Jeanne?— Dans les bras de Manette, là-bas.Elle dort.C'est à Perrine qu'elle doit son repos, vous savez.— Si nous prenions tous un peu de bière fraîche?demanda Charles d'Ailleboust.Ou du vin d'Espagne?— C'est cela, fit sa femme, en se levant pour tout préparer.— J'aiderai à votre mari, dit Chariot, nous servirons tous trois notre bon peuple fidèle.Voyez! ce peuple se sent à cet instant à Québec.Regardez les Closse, puis M.de Maison-neuve?Ah! si j'étais ma soeur Perrine, je leur ferais d'incroyables récits.S'en apercevraient-ils seulement?Pourvu qu'on parle de Québec.Mais la blonde épouse du capitaine de Senancourt ne sait que dire la.pâle vérité.— Ou la sanglante vérité, hélas, capitaine Le Jeal, repartit vivement Catherine d'Ailleboust.Les nouvelles sont-elles assez tristes partout, aux Trois-Rivières surtout.Avez-vous appris d'autres incidents pénibles mon ami?deman-da-l-elle à son mari.Cet enlèvement du jeune François Hertel me navre.Sa mère doit être folle de douleur.— Non, seulement, nous faisions tout à l'heure le compte des disparus depuis quelques mois.Il y a bien soixante-dix des nôtres, figurez-vous, qui manquent aujourd'hui à l'appel.— C'est à faire frémir! Et vous êtes tous, plus braves que prudents.Qui sait si demain ne nous réserve pas de pires douleurs, finit-elle plus bas.— Catherine, quelle mélancolie!.Vous n'êtes pas ainsi d'habitude, dit son mari avec un peu d'inquiétude.Est-ce que vous vous seriez trop fatiguée depuis le matin?La jeune femme ne put s'empêcher de rire, tout en serrant au passage la main de son mari.— Capitaine Le Jeal, voyez le sort que subit toute femme un peu gaie.Ce n'est pas le sentiment qui fait jamais pâlir son front, mais la fatigue, la maladie.Charles, laissez-moi, nos invités attendent.Charles, voyons.— Oh! que c'est joli un mari aussi affectueux! s'exclama de loin.M.de Maisonneuve.— M.le Gouverneur, vous qui avez de l'autorité sur mon mari, venez ici, mettez-le à l'ordre! Bien.C'est fait.Vous n'avez eu qu'à paraître.—Et cependant.Madame, reprit M.de Maisonneuve, le front soudain soucieux, j'aime que vous apportiez ainsi une note vivante et gaie.Votre mari vous dira quelle conversation tragique, nous venons justement de tenir.— Comptez sur moi, M.le Gouverneur.Je veux que mes hôtes songent à sourire, durant encore une heure.Mais j'y mets une condition.Vous resterez avec nous.— Je ne puis vous accorder qu'un quart d'heure, hélas! — Enfin!.Soyons magnanimes, n'est-ce pas, Charles?Acceptons.— Madame, demanda un peu en confidence le gouverneur à Catherine d'Ailleboust, ne trou- L'OISEAU BLEU 277 vez-vous pas très triste la physionomie de Madame de Senancourt.— Oui, mais ses yeux brillent d'un éclat que je ne lui connaissais pas encore.Puis, suivez mon raisonnement.Si elle est très triste comme vous dites, c'est qu'elle s'ennuie, et si elle s'ennuie, c'est qu'elle aime, et si elle aime notre beau ténébreux de capitaine, son éloignement ne fera que rendre plus profond, plus sûr, plus brûlant cet amour.Cela fera à Ville-Marie, en juin prochain, un ménage heureux de plus.— Heureux!.0 petites épouses courageuses de mes braves officiers, comme je vous admire.et vous plains! — Il ne faut pas, M.le Gouverneur, nous saurons accepter de durs sacrifices, nous aussi.Il faut que la Nouvelle-France vive! Seulement.— Seulement, Madame?— Si vous le vouliez, nous ne parlerions plus de ces choses devant mon amie, Isabelle Closse.Sa mélancolie et ses pressentiments me bouleversent toujours.Et vous savez, au fond, elle a raison.Ce preux qu'est le Major de Montréal va au devant du danger avec un empressement qui fait mal.— Il semble invincible, pourtant?— Jusqu'ici, c'est vrai.Oh! M.le Gouverneur, voyez.Je vous écoute si bien que je ne songe à rien vous offrir.Capitaine Le Jeal, tandis que mon mari va s'occuper des dames, venez m'aider à servir M.de Maisonneuve et aussi, ce lion de Ville-Marie, le Major Closse.Ah! ah! Major, vous m'avez entendue.Vous haussez les épaules.— Je me rends compte, une fois de plus, chère Madame, que l'on ne gagne rien à vouloir écouter un entretien qui n'est pas pour vous.—Major, soyez au moins pour l'instant, un lion dévorant.Goûtez à ces tartines.Prenez de ce vieux vin d'Espagne! s'exclama Chariot, qui avait suivi avec intérêt la conversation dd elle revint, elle tenait à la main une petite feuille repliée.— J'accomplis ma promesse.Tu m'as demandé un mot affectueux pour André.C'est fait.Je le glisse en sûreté dans tes bagages.Chariot, soudain se trouva près de sa soeur.Sa physionomie paraissait bouleversée.Interdite, Perrine saisit sa main.— Chariot, qu'as-tu?Parle! Tu me fais peur.— Ma pauvre soeur!.Ce mot affectueux.est inutile, maintenant.— Que dis-tu?— André.— Eh bien?.— André est.— Tu me tortures.Il est mort?Oh! mon Dieu!.Et Perrine porta en gémissant la main à son coeur.— Non ma soeur.Il vit.Mais il ne vaut guère mieux pour l'instant.Ses blessures sont graves.Comme à l'ordinaire, les sauvages l'ont frappé à la tête.Il a été la victime choisie par eux dans un combat récent.— Comment sais-tu cela.— Deux messagers hurons, de Québec, sont débarqués ce midi.J'ai causé avec eux au sortir de l'assemblée.Naturellement, leurs explications ont besoins d'être complétées.— Pourquoi ne m'as-tu pas dit ces choses pénibles tout de suite?— Perrine, j'aurais voulu reculer encore le moment de tout t'apprendre.Quelle nuit tu vas passer!.Mais, vois-tu, demain matin, nous ne disposerons que de peu de temps, puis les enfants seront là.— Tu as tort, Chariot, de m'avoir épargnée ainsi.Je t'en prie, aie confiance dans mon courage, dans ma volonté de rester debout, auprès de ceux que j'aime, quoi qu'il leur arrive-Chariot, tu me caches encore quelque chose.De Grâce! — C'est que si ces sauvages avaient mal rapporté les faits?—¦ Dis toujours.— D'abord, sache, que là-bas, à Québec, le deuil est profond, général.On déplore la mort L'OISEAU BLEU 281 du bon Sénéchal, Jean de Lauson, et de sept de ses compagnons, alors qu'il volait, avec eux, au secours de son beau-frère Couillard de l'Espi-nay, qu'il croyait, à tort, pris par les Iroquois dans sa maison à l'île d'Orléans.— Les pauvres malheureux, souffla" tout bas Perrine.— La nouvelle de cette fin tragique, rapportée par celui-là même qui en était la cause inconsciente, et qui avait été le premier à entendre au loin le bruit des terribles décharges, et à accourir sur les lie.ux, consterna tous les Québécois et fut même regardée comme une calamité publique.Québec ne voit pas si souvent que Montréal de ces horribles massacres.¦— Quand ce funeste combat a-t-il eu lieu?— Le 22 juin il y a cinq jours à peine.Avec sa bravoure ordinaire, tu te la rappelles comme moi, Perrine, le Sénéchal a défendu chèrement sa vie."On le trouva, m'a-t-on appris, les bras tout meurtris et tout hachés des coups qu'on lui avait donnés" (2).Mais que pouvait-il, lui et ses sept compagnons contre quatre-vingts Iroquois, solidement retranchés derrière un roc énorme.— Mais.André?.Il n'en était pas?— Non, alors son cas, héroïque lui aussi mais isolé, fit qu'on l'oubliât, avec sa détresse.guérissable celle-là au moins.— Où est en ce moment mon mari?— Perrine, n'aies pas ces yeux dilatés et horrifiés.André vit, je te l'ai dit tout à l'heure.— Où l'a-t-on conduit?— Mais à l'Hôtel-Dieu.On l'a arraché à la mort, certes.en cet endroit béni.— II y a longtemps que ce., ce malheur est arrivé à André?— Quinze jours, m'ont dit les sauvages.— Et c'est tout?— Non, Perrine, hélas! — Alors, dis tout de suite.— Une hemorrhagic cérébrale s'est déclarée, c'est du moins, ce que je devine d'après les récits imagés des Hurons et André lorsqu'il a repris conscience plusieurs jours après avait perdu toute mémoire de ce qui s'était passé.Et non seulement la mémoire de son douloureux état, mais de tous les événements de ces dernières années.Il appelle sans cesse Lise, la croit vivante.Il m'appelle aussi.— Et moi?.Moi?Dis-moi bien tout Char-lot.Je souffre.mais me taire la vérité me torturerait plus encore.— Eh bien il.il défend à tous de te laisser approcher.Car il croit que tu le détestes, que tu le hais même.(2) Historique.Voir la Relation de 1661.— Mon Dieu! Et Perrine en chancelant vint s'abattre sur un fauteuil.Elle était demeurée debout jusque là, marchant au hasard, parfois, dans la pièce.Chariot, appuyé sur la cheminée, la suivait avec inquiétude des yeux.Tout de suite il courut près du fauteuil en voyant sa soeur s'y jeter.Il se glissa aux pieds de la jeune femme.— Perrine, qu'allons-nous faire?.Vois, je veux t'obéir.J'ai confiance en ton courage, en ton jugement si net, si prompt.— La place d'André est ici auprès de moi.Peu importe les torturantes divagations à mon égard, répondit Perrine en se raidissant toute.— Ecoute, ma soeur, j'ai consulté un moment, en compagnie du cousin Souart, qui est un excellent docteur, tu le sais, notre chirurgien Etienne Bouchard.II a vite compris le cas particulier d'André.Cela arrive assez souvent, ici, avec cette manie qu'ont les Iroquois de toujours nous frapper à la tète.Il recommande de ne pas contrarier les désirs de notre malade et de compter sur une guérison certaine au bout de quelques semaines, ou de mois, car cela dépend des soins reçus.Un choc, une grande émotion peut toujours hâter le retour à l'état normal.— M.Bouchard peut avoir raison.Non, il a raison, je le sais.Mais je passerai outre, Char-lot.André sera soigné ici.et par moi seule.— Perrine, comme tu t'exaltes! — Peut-être, mais les choses se passeront ainsi, dussé-je emporter moi-même mon pauvre blessé jusqu'ici.— Calme-toi, ma soeur! — Ne confonds pas.Etre résolue n'empêche pas le calme de l'âme, mon pauvre ami.— Mais si André ne peut supporter sans danger l'émotion de te voir autour de lui?— Laisse-moi trouver la solution de ce problème.Déjà un projet m'a fait tressaillir toute.— Lequel?— Tu le sauras à ton retour.Quand tu auras ramené ici, tu entends, ici, mon pauvre mari, alors.tu en jugeras et prononceras avant que j'en tente l'essai.— Et si tu échoues?— La Providence ne le permettra pas.Aie confiance, toi aussi, Chariot.Et maintenant.retirons-nous.Regarde l'heure! — Prenons tous deux un cordial avant de nous quitter.Je vais le préparer.Appuie-toi en attendant au dossier de ce fauteuil.Tu es bien pâle, Perrine.— Bien.Hâte-toi n'est-ce pas?— Oui, oui.Marie-Claire DAVELUY (A suivre) 282 L'OISEAU BLEU Histoire vraie.de champignons — Vous dites.Quoi!.Oh!.merci.et Guy interrompt toute communication.—"Mon Dieu, mon Dieu!.Que faire.Huit invités et ma chère femme tous empoisonnés! Quelle fatalité! Oh! les maudits champignons! Comment prévenir Ginévra et les autres?.* * * Ding! Ding! Ding!.tinte la cloche téléphonique du Dr X ami intime de Guy et de Ginévra.— "Le docteurX est-il là?.Vite., c'est très pressé!.— "Hello!., oui.Ah! vraiment, ton chien est mort empoisonné par des champignons.et tu crains pour la vie de tes convives.Voici, mon cher, il n'y a qu'une chose à faire! Fais venir des taxis, explique à chacun de tes invités tes angoisses fondées à leur sujet et conduis-les tous à l'hôpital où je me rends immédiatement.On peut difficilement se figurer la consternation de ce groupe d'amis devisant tantôt si joyeusement, lorsqu'on leur apprend leur em» poisonnement.Tous partent pour l'hôpital.Le docteur X est déjà à son poste et le personnel prévenu attend nos infortunés.Le traitement consiste en lavages d'estomac et en ingurgitations d'émétiques.etc.etc.Tout moyen est employé pour neutraliser le désastreux effet des cryptogames cent fois maudits par le mari de Ginévra.l'homme chanceux par excellence qui se félicite fort in petto de n'en avoir pas dégusté.Notre amis défraye à l'hôpital la somme de cinq dollars par tête pour les soins donnés à ses malheureux conviés, puis il les fait reconduire OYONS, Guy.cost vraiment étrange, même enfantin de ta part de t'obstiner à ne pas vouloir que je serve des champignons à nos invités de ce soir.Tes craintes d'empoisonnement sont irraisonnées et tout à fait puériles." La gentille ménagère parvient à décider son mari à aller lui quérir, chez le marchand du coin, ces champignons, primeurs de la saison.— "Ah, bah! se dit-elle quand son Guy fui parti.nous en ferons d'abord manger à notre chien avant l'arrivée de nos invités.et s'ils sont vénéneux.nous verrons bien." Madame X, aidée de sa bonne, prépare un dîner des mieux réussis.et les fameux végétaux comestibles fleurent bon! Tonton, le cani-dé, en a mangé le premier.Sa large langue rose, essuyant ses babines, montre à Guy et à sa femme Ginévra, combien il les apprécie.Pauvre victime!!.Cela se passe vers les six heures du soir!! * * * Vers huit heures, les amis de nos amis arrivent.On se met gaiement à table, l'on mange avec appétit et en gourmets.Les bolets méritent mille et un compliments à notre hôtesse.* * * Ding! Ding! Ding! — "Monsieur est demandé au téléphone", dit la bonne.— Hello! Hello.— Pardon si je vous dérange, crie une voie au bout du fil téléphonique.c'est votre voisin qui vous parle.Savez-vous que votre chien est mort?.il gît sous l'escalier. L'OISEAU BLEU 283 en auto, chacun à son foyer respectif.La nuit, malgré maintes appréhensions, se termine heureusement pour tous.Aucun symptôme alarmant ne se manifeste, mais chacun prend la ferme résolution de fermer la porte à tous les champignons de quelque catégorie ou de quelque couleur qu'ils soient.* * * Neuf heures, le lendemain matin.Monsieur s'apprête à se rendre à son bureau, lorsqu'il est demandé au téléphone — "Sans doute., vient-on m'apprendre la fin pénible d'un de mes invités de la veille!." Guy, nerveux, court à l'appareil.— Oui.Hello.hello.Jean.— Tu dis?.Comment! mon chien a été écrasé par ton auto, hier soir!! ¦— Oui.Et la voix transmise à l'oreille de Guy, de continuer: "Oui, j'ai écrasé ton chien.et comme tout était illuminé chez toi et que l'i recevais de nombreux amis et.afin de ne pas te déranger, j'ai préféré attendre.et ne t'aver-lir que ce matin, de l'accident fatal survenu à Tonton.C'est moi qui ai placé le chien sous l'escalier de la remise." Le récepteur tombe des mains de Guy.Sa femme Ginévra entendant le bruit, accourt.et nos amis se regardent longtemps sans pouvoir proférer le moindre mot.puis.la stupéfaction passée.rient.de la terrible mais cocasse aventure.Imaginez la tête de chacun de nos mangeurs de champignons en réalisant tout le comique des péripéties que je viens de vous narrer.Bonjour amical à tous mes lecteurs et amis fidèles oisillons! C.F.Correspondance Abeille de Marie.— Affectueux souvenir à la meilleure des amies.Votre lettre pascale m'a causé grand plaisir.La retraite annuelle vous a-t-elle fatiguée.Votre état de santé s'est-il vraiment amélioré?Je vous reste unie de coeur et de prière.Clorinde D.— Ma carte de mars vous a-t-elle atteinte ou s'est-elle perdue à pérégriner au hasard?Mes voeux de Pâques ne semblent pas vous être parvenus.Votre famille se porte-t-elle bien?Que faites-vous, mie fidèle?.Fauvette pense souvent à vous et vous "bon-joure" amicalement.Jean-Louis G.— Voeux de succès pour vo« examens de juin! Saluts à chacun des vôtres.Ariane.— Fauvette vous garde le meilleur de son amitié et compte vous revoir bientôt.Ne viendrez-vous pas sous peu en notre babylone montréalaise?.Puisse votre chère maman convalescente se rétablir parfaitement.A vous, affectueux bonjour! Mimi-Blanc-Blanc.— Je souhfaite à vos élèves pleins succès aux examens de juin.Puissent les résultats répondre largement au dévouement inlassable dont vous entourez vos ('lèves.A vous santé et succès toujours! Papillon, bleuté.— Les livres français dont vous me parlez peuvent être de grande utilité à nos frères canadiens-français moins fortunés que nous.Téléphonez à la Société Saint-Jean-Baptiste, à PLateau 1131, et l'on ira chercher bénévolement le colis que vous destinez aux nôtres.Persuadez vos amis de la nécessité de l'Oeuvre du livre français.De plus, l'on recueille les disques de gramophone dont vous ne faites plus usage afin de répandre la bonne chanson française.Soyez de la partie et secondez les organisateurs de ces mouvements patriotiques par une généreuse quote-part: livres, revues, journaux, disques français etc.Merci au nom de ceux qui bénéficieront de votre envoi.Future Ursuline.— Amical bonjour.Revenez causer., cela fait grand plaisir à Fauvette.Jeannine.— Succès à vos élèves dans les épreuves scolaires de juin.Je prierai à vos in- .tentions afin que les résultats répondent pleinement à votre dévouement de tous les instants auprès de vos élèves de 'le année.Sincères amitiés.Claude luirai.— Je souhaite à mon petit ami Claude santé meilleure et succès en classe.Je le charge de saluer pour Fauvette papa et maman et d'embrasser petite soeur si mignonne."Grand'maman no 3 .embrasse affectueusement ses petits-enfants! Soeur Jeanne nie prie de vous dire que le?graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal: Germaine Thibault; Gérard La* tonde; Rayraonde Varrieux: Simon Gosselin: G.Gosselin (2 graphologies) Colette Chartrand; Madame Dulude: Pauline Fabien; Aline Dan-sereau (5 graphologies) : Madeleine Ouellet; P.Reeves: Madelon Théoret; Paulette Forest; Mimi Pauline Lalanne; M.Saint-Martin; Andrée Saint-Martin.H.Harren; Aima Vigneault; Colombe Mageau; Simonne Potvin, Marie Le-sage.Soeur Jeanne salue tous ses nombreux correspondants.C.F. 284 L'OISEAU BLEU LA PAGE DES PHILATÉLISTES Au Canada: les timbres-poste de George VI et la série du couronnement de ce prince.— Réflexions d'actualité.moment où paraît Y Oiseau bleu de mai, jeunes philatélistes, les nouveaux timbres-poste du Canada, à l'effigie de George VI, sont en circulation depuis plusieurs semaines déjà.Les valeurs de 1, 2 et 3 cents sont en vente aux bureaux de poste depuis le premier avril et les valeurs de 4, 5 et 8 cents depuis le premier mai au moins.Vous n'avez pas manqué sans aucun doute de comparer cette vignette avec celle des timbres de George V, imprimés en 1935; cette série qui n'est pas très ancienne — son émission remonte à deux ans seulement — est tout à fait épuisée.Combien parmi vous peuvent se vanter de posséder ces timbres, que les collectionneurs ont tout de suite recherchés?Le 8 cents de cette série, l'avez-vous?Gardez-le dans votre Album si vous vous l'êtes procuré à temps.Il est introuvable aujourd'hui.* * * Jusqu'ici il a été très difficile de savoir exactement de quelles valeurs se composera la série des timbres commémoratifs du couronnement.Plusieurs marchands de timbres canadiens, qui acceptent dès maintenant des commandes, pour le compte de leurs clients étrangers, réclament la somme de quarante sous pour cette série complète.Ce fait indique qu'il n'est pas exagéré d'affirmer qu'elle comprendra les mêmes valeurs que celles de la série du Jubilé d'argent de George V en 1935, à savoir: 1, 2, 3, 5, 10 et 13 cents.Prenez mon avis, mes jeunes amis: procurez-vous sans retard ces six timbres si vous ne voulez pas plus tard — oh! dans un avenir assez rapproché — payer le double de ce qu'ils valent en réalité.H* H* Un trop grand nombre de pays ont depuis quelques semaines inondé — c'est le mot — le marché philatélique de plusieurs séries de timbres d'une utilité très contestable et d'un prix presque inabordable.Habitude contraire aux véritables intérêts de la philatélie.Il faut nécessairement qu'il se produise une diminution sensible dans la quantité des timbres nouveaux que les philatélistes ne veulent plus acheter.La somme qu'ils doivent dépenser pour acheter les timbres-poste nouvellement parus est trop élevée, trop considérable.Leur pouvoir d'achat n'est pas illimité.Puisse ce souhait ne pas être vain! UN AMI DES JEUNES PHILATÉLISTES PHILATELISTES! Je ver;ds mon assortiment de timbres étrangers par paquets-surprise! SATISFACTION GARANTIE: e paquet numéro 1 contient des timbres de eaucoup de pays, y compris plusieurs neufs, aussi des Etats-Unis, timbres exprès (special deUvery).poste aérienne, etc., etc.23 sous Le paquet numéro 2 contient tout le paquet numéro 1 et.en plus, des timbres des colonies anglaises et françaises, des anciens commémoratifs des Etats-Unis, des timbres de Terre-Neuve, etc., etc.50 sous Le paquet numéro 3 contient tout le paquet numéro 2.et,' en plus, des timbres des colonies portugaises, des Etats-Unis, des commémoratifs neufs, du Maroc, d'Edouard VIII, un bloc de 4 timbres neufs, de la poste aérienne, de la Cité du Vatican, des timbres triangulaires, etc., etc.Un paquet de grande valeur.Un dollar Ajoutez trois sous pour prix du port.Payez par bon de poste.J.COURVAL 4674, rue Resthcr Montréal CANADA L'OI SEAU BLEU 285 Concours Mensuels MOTS CROISES Souvenons-nous des Fondateurs de Montréal par Marie-Claire Daveluy 1 23456789 10 11 12 HORIZONTALEMENT: 1.Un héros, un saint, un fondateur.2.Sir Georges-Etienne Cartier mit ce mot dans sa devise.— Action de s'emparer.3.Inséparable de Ruth.— Signifie deux.4.Préparera dans l'ombre.— Possessif.5.Etre sur le point de mourir.— Mit à part.6.Dans.— Connaissance d'une chose.— Quand ce ne sont pas les autres, ce sont ceux-là.7.Officier turc.— Le contraire du revers.8.Nom de famille d'un mystique auquel Montréal doit tout.— Faire usage.9.Un peu acide.— Partie intérieure du pain.10.Expression d'indifférence.— Dans les.11.Etat agréable.— Grevas les finances.12.Château et prison d'Etat en France.— Un géant de la charité qui fut secrétaire de la Société de Notre-Dame de Montréal.— Du verbe avoir.VERTICALEMENT: 1.Le Père Vimont le bénit le 17 mai 1642.— Quand Ville-Marie sortit de l'ombre.2.Fruits d'or.— Arbre toujours vert.3.Ce qui surpasse.— Fleurs.4.Ordonner.— Conjonction.— Terminaison à l'infinitif.5.Mourut en donnant ses fils à Montréal.— Du verbe avoir.6.Habilla de vêtements.7.Ce qu'une mère donne si volontiers.— De bonne heure.8.Tête d'une tige de blé.¦— Préposition.— Fonda Ottawa.9.Ville ancienne .— On dit aussi ut.— Le prochain numéro la donne.10.Le contraire de: Meurs! — Parcouru des yeux.— Pronom personnel.— Note de la gamme.11.En matière de.— Protégée par Mme de Bullion.— Breuvage.12.Nations.— Une Charlotte délicieuse, petite ou grande.Faire tenir ses solutions le plus tard le 27 mai à L'OISEAU BLEU, 1182.rue Saint-Laurent Montréal, Canada.Solution du problème d'avril 1937 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 p R E F E R E N C E R U ¦ I L O T E ¦ R O I S E A U ¦ O R O T S E ¦ ¦ E U N U S E s S A R T S ¦ R ¦ L E T II E S ¦ C I D E L E E ¦ ¦ C O C O ¦ E R U D I T I O N A T C H I N ¦ ¦ N ¦ U S E m ¦ N O R D ¦ LE SORT A FAVORISE CETTE FOIS: 1.— Mlle Noëlla Brais 7014, rue de la Roche, Montréal Académie Saint-Arsène 2.— Mlle Irène Lemyre Saint-Cuthbort, comté de Berthier, P.Q.Couvent de Sainte-Anne 3.—M.Roland Collette Saint-Hyacinthe, P.Q.Académie Girouard 4.— Mlle Jeannette Gauvin 102V£, rue Hermine, Québec Académie de Notre-Dame.Saint-Sauveur 5.— Mlle Jeanne Charette Saint-Pierre-Jolys, Manitoba Couvenl de Saint-Pierre-Jolys 6.— Mlle Jeannine Martin 9557, rue Hochelaga, Montréal Ecole Saint-Victor * * * La.Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, a fait parvenir la somme de cinquante sous à chacun des heureux gagnants. L'OISEAU BLEU ECOLE TECHNIQUE 200, RUE SHERBROOKE OUEST MONTRÉAL ¦ ¦ ¦ COURS DU SOIR Préparant aux carrières industrielles les plus diverses.Enseignement théorique et pratique.Laboratoires et ateliers des mieux outillés.L'Ecole décerne des certificats d'aptitude professionnelle aux élèves qui suivent une série de cours se rapportant à leur spécialité.Mathématiques appliquées Conversation anglaise Electricité (ateliers) Radio (pratique) Dessin à vue (croquis, couleur) Plomberie (ateliers) Ferblanterie (théorie) Forge (ateliers) Ingénieurs stationnaires Menuiserie (ateliers) Modèlerie (ateliers) Estimation en construction Soudure autogène Automobile (mécanique et électricité) Moteurs d'aviation Réfrigération Imprimerie (presses) Mécanicien de machines fixes Tracé du meuble Ebénisterie (pratique) Chimie industrielle Electricité théorique Radio (théorie) Dessin industriel (tout genre) Plomberie et chauffage (théorie) Ferblanterie (ateliers) Ajustage (théorie et pratique) Fonderie (ateliers) Peinture d'enseignes Charpente (ateliers) Construction et lecture des plans Tracé en menuiserie et construction Soudure électrique Aéronautique Moteurs Diesel Imprimerie (composition) Sculpture sur bois Composition du meuble L'ECOLE RECEVRA LES INSCRIPTIONS, LE SOIR SEULEMENT, A PARTIR DU 22 SEPTEMBRE, DE 7 H.30 A 9 HEURES DU SOIR (LUNDI ET SAMEDI EXCEPTES).Pour tous renseignements, prospectus, etc., s'adresser au secrétariat. L'OISEAU BLEU 287 Une page d'histoire BI EN VILLE 1680-1708 JEAN-BAPTISTE LE MOVNE DE BIENVILLE Jean-Baptiste Le Moyne, sieur de Bienville, était le douzième enfant de Charles Le Moyne de Longueuil et de Catherine Primot-Thierry; il naquit à Ville-Marie le 23 février 1680.Dès l'âge de dix-sept ans, il prit part au combat du Pélican, commandé par son frère Pierre d'Iberville II se battit avec la bravoure d'un héros et fut même grièvement blessé.Après sa guérison, il prit du service comme garde-marine à bord de la Badine, vaisseau commandé par le capitaine d'Iberville, chargé par le roi de France de poursuivre l'exploration de la Louisiane, commencée par Cavelier de la Salle.C'est ainsi que Bienville eut une part très active à la découverte des bouches du Mississipi.Reconnu pour sa bravoure, pour son £ jugement et pour sa clairvoyance, il fut nommé adjoint à M.de Sauvolle, commandant du fort de Biloxi A la mort de ce dernier, le 22 août 1701, Bienville le remplaça à la direction de ce poste.Au cours de toutes ces expéditions en Louisiane, Bienville rechercha l'amitié des chefs des tribus indiennes et se les attacha par son tact et sa droiture, il s'en fit des alliés sincères et fidèles.Quel ascendant ne parvint-il pas à exercer sur eux?C'est grâce à cette autorité qu'il sauva, en plusieurs circonstances, cette colonie naissante.A l'instar des grands fondateurs d'Empire, il fut en butte à la jalousie de ses subalternes; ses adversaires portèrent jusqu'au pied du trône de graves accusations contre lui.Il s'en tira sans en être éclaboussé.En récompense de ses services, le Roi le créa chevalier de Saint-Louis.Il fonda la Nouvelle-Orléans.Cette fondation a sauvé son nom de l'oubli.Aujourd'hui encore, la population cosmopolite de cette grande ville américaine exalte la gloire de ce héros canadien L'Histoire lui a décerné le titre de Père de la Louisiane, qu'il gouverna pendant trente-cinq ans.M.de Bienville mourut à Paris le 7 mars 1768.Les Canadiens français1 du 20e siècle se doivent d'étudier la vie de ce fondateur de villes.Ils apprendront comment s'y prendre pour gagner la confiance des autres nations et comment s'imposer à leur attention.Plus ils fortifieront leurs institutions financières, plus ils exhausseront leur prestige.La Sauvegarde, seule compagnie d'assurance canadienne-française sur la vie, compte sur l'encouragement unanime des Canadiens français.C'est en achetant ses polices d'assurance que ceux-ci lui permettront d'atteindre le but pour lequel elle a été formée. 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