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Titre :
L'oiseau bleu /
Première revue destinée à la jeunesse canadienne-française, L'Oiseau bleu a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec. [...]

Le premier numéro de la revue L'Oiseau bleu, sous-titré « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », paraît à Montréal en janvier 1921. Créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous la direction d'Arthur Saint-Pierre, fondateur de la publication, L'Oiseau bleu est la première revue destinée exclusivement à la jeunesse canadienne-française. Sa création a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec.

La revue est diffusée dans les écoles et, selon la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle s'adresse aux enfants canadiens de 3 à 18 ans. Certains ouvrages soulignent toutefois que la revue s'adresse davantage aux écoliers de la fin du primaire et du début du secondaire, soit aux jeunes de 10 à 15 ans, car la publication contient beaucoup plus de textes que d'illustrations. La revue est également diffusée auprès des jeunes franco-américains, franco-ontariens et acadiens.

L'Oiseau bleu poursuit le double objectif d'instruire et de divertir les jeunes. La revue a pour mission de renforcer leur sentiment d'appartenance nationale et leurs croyances religieuses. L'enseignement de l'histoire et de la géographie y occupe une place importante; on y trouve des rubriques telles que « Nos plaques historiques », « À travers l'histoire », de même que des récits de voyage comme « Mon voyage autour du monde ».

L'instruction religieuse et morale est présente dans les contes, les fables, les poèmes, les feuilletons et les biographies de saints. La publication comprend également des articles sur les sciences. Pour divertir les jeunes, la revue leur propose des feuilletons, des chansons, des jeux, des illustrations et des concours.

Plusieurs collaborateurs sont invités à participer à la rédaction de la revue, notamment Marie-Claire Daveluy, qui y publie en feuilletons son premier roman, Les aventures de Perrine et de Charlot. Celui-ci est considéré comme une oeuvre fondatrice qui a donné le ton aux oeuvres subséquentes de la littérature québécoise pour la jeunesse.

L'Oiseau bleu, qui a cessé de paraître en juillet 1940, a véritablement été un catalyseur pour la littérature enfantine québécoise.

LEPAGE, Françoise, Histoire de la littérature pour la jeunesse (Québec et francophonies du Canada) - Suivie d'un dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans [Ontario], Éditions David, 2000, p. 113-118.

Éditeur :
  • Montréal :la Société,1921-1940
Contenu spécifique :
juin - juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

L'oiseau bleu /, 1937, Collections de BAnQ.

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REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE POUR FER 0-54 CorJ " • LA JEUNESSE ^V^^ fÊ l/Oiseau BlEU PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Rédaction et administration, 1 182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: P La tenu 1131 VOLUME XVII — Nos 11-12 MONTREAL, JUIN-JUILLET 1937 Le numéro: 10 sous A ce moment, ils virent dans leur chambre une très belle dame qui leur dit: "Je suis une fée!" . 290_L'OISEAU BLEU_ £L était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui habitaient un joli petit village à la lisière d'une forêt.Sans être bien riches (ce n'est pas la coutume des bûcherons), ils étaient beaucoup moins malheureux que le papa et la maman du Petit Poucet.L'ouvrage ne leur manquait pas, ils possédaient une gentille maisonnette, et leur jardinet les fournissait de fruits, de légumes et de salades.De plus, ils n'avaient pas sept garçons à nourrir, mais seulement une mignonne fillette, qui n'avait pas encore de petit frère.Cependant ils avaient des voisins plus riches qu'eux; et comme ils devaient eux-mêmes se priver de bien des douceurs et travailler sans relâche pour joindre les deux bouts, ils faisaient parfois des réflexions amères sur leur situation comparée au bonheur de leurs voisins.Tel était le sujet de leur entretien par un soir d'hiver, tandis que la femme tricotait des bas pour sa petite Nanette et que le mari, rentré depuis un moment, se chauffait les mains devant le feu."Oh! disait la femme, si j'étais la maîtresse d'avoir tout ce que je souhaiterais, je serais bientôt plus heureuse que tous ces gens-là.— Et moi aussi, dit le mari; je voudrais être au temps des fées, et qu'il s'en trouvât une assez bonne pour m'accorder tout ce que je voudrais." A ce moment, ils virent dans leur chambre une très belle dame, qui leur dit: "Je suis une fée: je vous promets de vous accorder les trois premières choses que vous souhaiterez; mais, prenez-y garde, quand vous aurez souhaité trois choses, je ne vous accorderai plus rien." La Fée ayant disparu, les deux époux Jurent très embarrassés."Pour moi, dit la femme, si tu me laisses décider, je sais bien ce que je souhaiterai; je ne le souhaite pas encore, mais il me semble qu'il n'y a rien de si bon que d'être belle, riche et admise dans les meilleures sociétés.— Bah! répondit le mari, avec ces choses on peut être malade, ou assommé par un brutal; on peut mourir jeune.Il serait plus sage de souhaiter de la santé, de la force et une longue vie.— Et à quoi servirait une longue vie, si l'on était pauvre?dit la femme; cela ne servirait qu'à être malheureux plus longtemps.En vérité, la Fée aurait dû nous accorder une douzaine de dons, car il y a au moins une douzaine de choses dont j'aurais besoin.— Cela est vrai, dit le mari; mais prenons du temps, examinons d'ici à demain matin les trois choses qui nous sont le plus nécessaires, et nous les demanderons ensuite.— Je veux y penser toute la nuit, dit la femme.En attendant, chauffons-nous, car il fait froid." En même temps, elle prit les pincettes et tisonna le feu; et, comme il y avait beaucoup de charbons bien allumés, elle dit sans y faire attention: "Voilà un bon feu: je voudrais avoir une aune de boudin pour notre souper; nous pourrions le faire cuire bien aisément." A peine eut-elle achevé ces paroles, qu'il tomba une aune de boudin par la cheminée: la Fée exauçait ainsi le souhait que la femme venait de faire sans y penser."Peste soit de la gourmande avec son boudin! s'écria le mari furieux.Ne voilà-t-il pas un beau souhait! Nous n'en avons plus que deux à faire, maintenant.Maudite femme! Je voudrais que tu l'aies au bout du nez, ton boudin!" Dès qu'il eut dit ces mots, le mari s'aperçut qu'il était encore plus fou que sa femme; car, en vertu de ce second souhait, le boudin sauta au bout du nez de la femme, qui, malgré tous ses efforts, ne put l'en arracher."Que je suis malheureuse! s'écria-t-elle.Tu es bien méchant d'avoir souhaité ce boudin au bout de mon nez.— Je te jure, ma chère femme, que je n'y pensais pas, répondit le mari; j'étais si fort en colère que j'ai parlé sans savoir ce que je disais.Mais que ferons-nous?Je vais souhaiter de grandes richesses, et je te ferai faire un étui d'or pour cacher ce boudin.— Ah! ne fais pas cela, répondit la femme: je me tuerais, s'il me fallait vivre avec ce boudin qui est à mon nez.Il nous reste un souhait à faire: laisse-le-moi, ou je vais me jeter par la fenêtre." En disant ces mots, elle courut ouvrir la fenêtre: "Arrête, ma chère femme! Je te donne CONTE DE FÉE8 Les trois Souhaits par Madame LEPRINCE de BEAUMONT L'OISEAU BLEU 291 !a permission de souhaiter tout ce que tu voudras.— Eh bien! dit la femme, je souhaite que ce boudin tombe à terre." Aussitôt le boudin tomba; et la femme, qui avait de l'esprit, dit à son mari: "La Fée s'est moquée de nous, et elle a eu raison; peut-être aurions-nous été plus malheu- reux, étant riches ou différents de ce que nous sommes.Crois-moi, mon ami, ne souhaitons rien et prenons les choses comme elles sont.En attendant, soupons avec notre boudin, puisqu'il ne nous reste que cela de nos souhaits." Le mari pensa que sa femme avait raison, et ils soupèrent gaiement, sans plus s'embarrasser des choses qu'ils avaient eu envie de souhaiter.NOS PLAQUES (Suite HISTORIQUES et fin) O NCLE Etienne, c'est notre dernière promenade.Quelle tristesse! dit la blonde Marie, en rejoignant son parrain, qui faisait les cent pas en face de l'hôtel de ville de Montréal.Elle lui serra la main, avec, vraiment, un peu de mélancolie.— Nous en sommes désolés, tous, tous, ajouta Hélène, n'est-ce pas, petits cousins?— Oh! oui, firent ceux-ci, qui avaient été fidèles au rendez-vous, eux aussi.— Mes jeunes amis, vous me faites plaisir d'apprécier ainsi mes efforts pour vous donner le goût et la fierté de notre histoire.Qui sait, d'autres projets me viendront peut-être en tête, dans un an ou deux, car un voyage que je ferai bientôt me tiendra éloigné de vous durant plusieurs mois.— N'en parlez pas, de ce fameux voyage, observa Marie.C'est assez d'un malheur à la fois.— Bien, ma nièce, vous me flattez, puis, en route! Vous avez raison, nous n'avons qu'une heure aujourd'hui, tout au plus, pour voir nos dernières plaques.Un rendez-vous d'affaires, très urgent, me forcera alors à vous quitter.— Alors, oncle, procédons à nos explorations tout de suite.Nous ne voudrions pour rien au monde retarder vos occupations.— Filons donc, à l'angle gauche de notre élégant hôtel de ville.Il y a là une plaque très artistiquement ornée par Mlle Alice Nolin, une femme sculpteur de notre Canada français.Lis, François, le libellé est bilingue, tu le vois, et nous en écouterons avec satisfaction la version française.— Voici cousin: Jacques Viger, premier maire de Montréal, auteur de la devise "Concordia Sal us", inaugurait, il y a cent ans aujourd'hui, le régime municipal de cette ville.Fernand Rinfret, maire, 5 juin 1933.— Ce Jacques Viger, mes amis, le premier maire de Montréal fut une personnalité des plus distinguées.Et quel érudit! L'histoire de Montréal, demeura, certes, une des passions de sa vie.11 nous laissa de précieux écrits sur notre ville, dont il présidait, avec quelle autorité, les premiers conseils d'échevins.— Montréal, eut un premier maire digne de son beau passé français, bravo! s'exclama Hélène, avec satisfaction.— Retournons de nouveau, et cette fois ce sera la dernière, autour de notre émouvante Place d'Armes, qu'habitent toujours les ombres héroïques de Maisonneuve, de Jeanne Mance, de Closse, de LeMoyne, de Dollard aussi, que j'aperçois chaque fois, laissez-moi vous l'avouer, en lieu et place du voisin iroquois de Jeanne Mance, à la base du piédestal.Mais tout en nous y rendant, et afin de ne pas perdre de temps, causons de la plaque historique que nous y allons déchiffrer, sur la rue Saint-Sulpice, près de la rue Notre-Dame.— Près de la Maison Rolland, alors?reprit vivement François, qui connaissait très bien sa ville.— Oui, François, dit l'oncle, là.où autrefois se trouvaient les jardins de l'Hôtel-Dieu, qui reçurent l'empreinte des pas de Jeanne Mance, de Mère Judith de Bresoles, la première supérieure de l'Hôpital, venue de France en 1659, Mère Marie Morin, le premier écrivain canadien, Mère Marie Le Duc, la première religieuse montréalaise, et de tant d'autres.— Alors, demanda Hélène, la rue de Bresoles, à cet endroit, porte le nom de la première Supérieure dont vous venez de parler?Je l'ignorais.— Oui, ma nièce.Et j'éprouve un certain regret à ne pas l'appeler, cette rue, plus exactement, rue Judith-de-Bresoles, ou rue de la Mère-de-Bresoles.— Voulez-vous que nous notions ces regrets dans notre calepin, François et moi?demanda Thérèse, qui avait écouté très attentivement chaque parole de son parent, et qui s'était montrée silencieuse jusque-là.L'Oiseau bleu est publié par la Société Salnt-.Iean-Baptlste de Montréal.1182, rue Saint-Laurent, a Montréal.Directeur: Alphonse de la RocheUe.La revus ne parait pas en Juillet et en août. 292 L'OISEAU BLEU — Si tu veux, petite, ce sera gentil à mon égard.— Nous voici, oncle, près de cette vieille, intéressante et prospère Maison Rolland, annonça Hélène.Voulez-vous que je lise le libellé assez long, placé tout juste, en effet, à l'angle des rues Saint-Sulpice et de Bresoles?— Certes! — La plaque débute ainsi: 1842-1917 — 75e anniversaire de la fondation de la Maison Rolland.Commencée en 1842 par l'hon.Jean-Baptiste Rolland, sénateur, né en 1815, mort en 1888.Continuée par son fils, riwn.Jean-Damien Rolland, conseiller législatif, né en 1841, mort en 1912.Cette plaque a été posée en 1917, sous les auspices de la Société historique de Montréal.— J'eus l'honneur d'être présent, mes amis, apprit l'oncle, à cette inauguration, étant membre de cette Société.Quelle agréable réception eut lieu, à la suite du dévoilement de la plaque, à l'intérieur de la Maison Rolland.Des membres de la deuxième, troisième, et même quatrième génération de cette belle famille des Rolland nous accueillirent avec affabilité et beaucoup de distinction.— Cousin, observa François, mais c'est tout près d'ici que l'on a fixé aux murs d'un édifice, il y a quelques semaines, une plaque commemorative en l'honneur de notre grand Pierre LeMoyne d'Iberville?— Bravo! François.Tu as lancé ce nom, en le faisant claquer comme un drapeau.Mets-y toujours ce chaud accent, mon enfant, et nos petit Canadiens apprendront tous, peu à peu, que nous avons ici un marin et un soldat incomparable à acclamer, et avant Jean Bait même, quelque illustre qu'il ait été.Oh! Le Moyne d'Iberville.Quel preux! Quel héros! Quel soldat allant de victoire en victoire! — Oncle, pria Marie, rendons-nous en face de cette plaque, pour honorer la mémoire de ce fils de Montréal, dont vous venez de parler avec quelle fierté émue.— Allons, dit l'oncle.C'est sur la bâtisse située au numéro 404 rue Saint-Sulpice que nous trouverons cette plaque.Elle fut dévoilée le 11 avril dernier, par Mme Simon Henri-Martin, membre de la Mission française venue récemment en Amérique, vous le savez, pour commémorer le 250e anniversaire de la mort de Cave-lier de la Salle.Cette femme distinguée, savez-vous qu'elle est la fille d'un historien eminent de la France, de celui qui a prononcé une des plus belles paroles, une inoubliable parole, à notre égard.Parlant de nos héros, de notre histoire, et tournant la page de notre sanglante défaite, en 1760, qui donnait le pays à l'Angleterre, il dit: "Ici, ce fut tout un peuple qui fut grand!" — Magnifique! cria Hélène.Cela nous console du mot de Durham: "Ils sont un peuple sans histoire." — Nous voici à destination.Lis, Thérèse, ta voix claironnante convient à l'évocation de ce beau soldat de la Nouvelle-France, dit l'oncle en souriant avec affection à la petite fille, qui vint se placer près de lui.— Oh! cousin, non, non, ma voix n'a pas la beauté d'un clairon manié par un musicien.Mais, j'obéis quand même avec plaisir, allez: Pierre LeMoyne, Sieur d'Iberville, né à cet endroit, le 20 juillet 1661, mort à bord du "Juste", inliumé dans la cathédrale de la Havane le 9 juillet 1706.Le plus grand homme de guerre produit par la Nouvelle-France.Commission des Sites et des Monuments historiques du Canada.— Merci, petite.Mais.quel air triste tu prends, François.— Cousin, c'est pénible et c'est vexant.Notre "plus grand homme de guerre" voit ses cendres reposer en exil! Oh! j'ai presque honte.gémit le brave petit cousin, en rougissant et en baissant la tête.— Eh bien, mon enfant, que votre génération répare ce nouveau malheur des temps.Tiens, le tricentenaire de notre grande ville approche, fais des voeux, mon François, pour que l'on inscrive au programme des Fêtes ce projet émouvant: le retour des cendres, à Montréal, de notre incomparable Iberville.— Oncle, vous êtes un amour, de penser à de telles choses.Et comme vous aimez votre pays!.Votre voix frémissait tout à l'heure, observa Marie, en pressant la main de son oncle.— Il faudra plus tard remplacer votre vieux parent disparu, n'est-ce pas et aimer beaucoup comme lui votre pays.Vous vous direz alors: "L'oncle dort en paix son long sommeil d'éternité, nous sommes là, tous, pour tenir allumer le flambeau du patriotisme." —Cousin, fit tout à coup Thérèse, dont l'esprit avait un côté pratique, cette plaque de Le Moyne d'Iberville appartient, n'est-ce pas, au régime français, par les souvenirs qu'elle rappelle?— En effet, petite.Il faudra donc, dans tes notes, la ranger avec les marbres et les pierres de cette époque.— Oui, cousin, je ne l'oublierai point, allez.— Mais il faudra, au contraire, placer avec les plaques commémoratives du régime anglais celle que nous avons vu dévoiler, hier, au Parc Jeanne-Mance, par Madame Pamphile DuTrem-blay, née Berthiaume, pour commémorer le couronnement de nos souverains George VI et la reine Elisabeth, au doux sourire.Nous L'OISEAU BLEU 293 n'avons pas à nous rendre en cet endroit aujourd'hui, bien entendu.Voici, cependant, le libellé exact de la plaque de bronze scellée au granit du monument, que nous ne pouvions voir, de notre coin, hier, évidemment: Ici, les citoyens de Montréal, ont affirmé leur allégeance à Sa Majesté George VI, premier souverain à l'avènement et au couronnement duquel, selon le statut de Westminster, le peuple canadien ail participé.N'oublions pas que le 8 mai dernier avaient été scellées dans le socle de cette stèle commemorative des pierres provenant des lieux de naissance du roi, de la reine et de la princesse Elisabeth.— Dieu sauve le roi! conclut Hélène en souriant.— Où allons-nous, maintenant, cousin?demandèrent François et Thérèse.— Jeter un coup d'oeil sur notre avant-dernière plaque, placée sur la façade de la Banque de Montréal, rue Saint-Jacques ouest.— Nous pourrons saluer Maisonneuve au passage, proposa Thérèse.— Ce qu'il doit nous trouver oublieux parfois, du haut de son piédestal, remarqua Marie.— Sa grande âme magnanime comprend et pardonne tout, répondit l'oncle.— Cousin, reprit François, c'est curieux mais quand vous avez parlé tout à l'heure de Le Moyne d'Iberville, votre voix était sonore, en ce moment, on dirait, que votre voix veut prier?— Tiens, tiens, tu as vu cela, toi, mon gosse?Que veux-tu?en effet, Maisonneuve fut à la fois un héros et.un saint.Il fut donc doublement un héros, mes enfants, rappelez-vous-le toujours! Sa vie fut l'hymne du courage, et de la grandeur morale et religieuse.— Nous sommes devant la belle façade de la Banque de Montréal, oncle, dit Marie.C'est à mon tour de lire un libellé, je crois.Oh! il est en langue anglaise.— Allez-y, ma nièce, nous sommes tout oreilles, en voici la traduction.— Cette plaque fut érigée pour commémorer le centenaire de la Banque de Montréal, la plus vieille institution bancaire en Canada, fondée le 3 novembre 1817 et incorporée le 2 juillet 1822.Cet édifice fut construit en 1847, rénové et agrandi en 1905.Le premier président de la banque fut John Gray, et le premier caissier Robert Griffin.Le 14e président, celui de 1917, fut sir Vincent Meredith, et le 8e gérant général, celui également de 1917, fut sir Frederick Williams-Taylor.— Permettez que je m'empare du libellé traduit, n'est-ce pas, Cousin?prie Thérèse.— Il était pour toi, ma petite fille.Prends-le, prends-le.— Et notre dernière plaque, je me demande où elle se trouve, s'enquit François.— Nous prendrons le tramway de la rue Windsor, répondit aussitôt l'oncle.Nous descendrons à l'angle des rues Osborne et Windsor.— Mais c'est la gare du Pacifique Canadien qui se trouve là, s'écria Hélène.— Oui, Hélène.Mais jadis s'y élevait.Tenez, voici notre tramway, prenons-le vite.La fin de mon discours peut attendre.Dix minutes plus tard, tous étaient à l'angle sud-ouest des rues Osborne et Windsor, à la gare du Pacifique canadien.— La plaque n'est pas longue à lire, mes enfants.Qui la lit?— Vous, oncle, dit, Marie, puisque c'est la dernière.— Parfait.Il me fait plaisir de terminer nos promenades historiques, entreprises depuis tant et tant de mois, par l'évocation d'une belle fête qui avait lieu ici jadis.La gare du Pacifique ne se faisait nullement entrevoir, je vous assure, à cette époque.Non, écoutez ce que raconte cette plaque, et faites place dans votre imagination à la vision charmante, vibrante du meilleur patriotisme, qu'elle évoque sans peine.Voici: Je me souviens.Site du jardin de John de Beleslre McDonell où la Société Saint-Jean-Baptiste fut fondée par Ludger Duvernay, le 2i juin 1834.Hommage de Victor Morin, ancien président général, 24 juin 1926.— Oncle, dit Hélène en riant, parions que vous avez choisi à dessein cette dernière plaque.Trop de rapprochements se font dans notre esprit.Nous sommes dans le mois de juin à une dizaine de jours de la célébration du 24 juin, notre fête nationale.C'est vraiment terminer, allez, par un des beaux souvenirs du Canada français, patriote, reconnaissant, fidèle au souvenir.— Il se pourrait, ma nièce.Posons cet accord final, harmonieux, au diapason de la joie de nos coeurs.Nous sommes heureux, chaque année, de faire revivre le geste de Ludger Duvernay, qui appelle à l'union, au sentiment de la fierté nationale, tous nos compatriotes.Et quelle délicatesse du sort, dans le fait que ce jardin appartenait à un Canadien, dont les ascendants maternels, les Picoté de Belestre, étaient des preux, des nobles authentiques, qui avaient vaillamment servi notre vieux régime français, à Montréal.—Est-ce à ce banquet, oncle, que sir Georges-Etienne Cartier chanta: "0 Canada, mon pays, mes amours"?demanda Marie.— Oui, et si nous ne craignions d'effarer les passants, nous pourrions lancer vers le Ciel ce 294 L'OISEAU BLEU chant patriotique, que nous connaissons tous.Quel choeur approprié à nos entretiens finissants ! — Nous le chanterons, ce soir, chez nous, en votre honneur, nous le jurons! crièrent les petits cousins.— Merci, merci, enfants.Et maintenant, quittons-nous.Mon rendez-vous se fait imminent.— Au revoir, cher parent, dirent tour à tour, cette jeunesse enthousiaste, fort reconnaissante des connaissances acquises avec l'oncle, en ces cours charmants, en plein air.— N'oubliez pas le projet annoncé, cher oncle, dit Hélène.Cela enlève un peu de la mélancolie de notre départ.Nous vous entendrons encore, et avant longtemps, espérons-le, deviser sur des passages quelconques de notre histoire.— Au revoir, au revoir, belle jeunesse, je n'oublierai rien.car j'ai presque promis, là! Au revoir, au revoir! Etienne de LAFOND PIERROT PART EN VOYAGE TJ"N cri prolongé accueillit la nouvelle! 11 était convenu, si Pierrot était bon garçon, qu'à sa fête l'attendait une belle surprise.Il en avait reçu la promesse et s'y était rattaché, comme à l'espoir de quelque bonheur inespéré; mais quand, à son réveil, au matin du Samedi saint, lui fut annoncé le voyage projeté, il ouvrit des yeux étonnés, n'osant se rendre à la bienheureuse réalité.Les grandes joies sont muettes.La sienne ne se révéla que lorsque apparut, sur une chaise, le sac de voyage béant, dans lequel s'empilèrent son bel habit, ses pyjamas et les cadeaux destinés à Grand'mère.Et les rires, alors, de fuser clair et le plaisir de se traduire en gambades et en mots délirants.Francine souscrivit à sa façon à tout ce tumulte et la matinée se passa en préparatifs, auxquels se joignirent les sages avis de Maman et ses admonestations pour mettre au pas les enfants tapageurs.Grand'Maman n'a pas été prévenue de la visite de Pierrot.Se cacher derrière les jupes de Tante Gilberte, pour épier le saut que fera chacun en l'apercevant n'est pas la moindre des délices anticipées par le bambin.Francine laissa gaiement partir le garçonnet espiègle qui fait des gorges chaudes de son dévouement pour des enfants de plâtre, comme il désigne ses poupées.— Sont pas en plâtre, mes enfants, riposte vertement la fillette qui, à bout d'arguments, tape énergiquement du pied pour le réduire au silence.Songez que trois fois le jour, Francine prépare le repas de Suzette et de Chaperon Rouge, à qui il faut encore donner le bain et quelquefois des piqûres contre la rougeole ou la grippe.Parfois, vient se joindre aux poupées Aleric, l'Oncle-Gâteau, qui prend alors la forme d'un coussin posé auprès de Suzette et de Chaperon Rouge.Elle sert Aleric avec la même inaltérable sollicitude.Tout alla bien le premier jour.Que fait Pierrot, se demandait la gamine, ne se doutant pas des gâteries dont serait là-bas comblé son aîné.En rentrant de l'église, le matin de Pâques, sur la table de la salle à manger, le bambin aperçut un grand carton, sur lequel était écrit en lettres rouges: — Si Pierrot veut se donner la peine de regarder autour de lui, il trouvera un coq, une poule, un lapin, des poussins et des oeufs.Avec une allégresse croissante, se poursuivit la chasse aux friandises.Sur le dressoir, était étalé un oeuf fleuri; dans le buffet, le lapin; enfin une table miniature, appuyée à l'allège de la fenêtre, portait le reste des trésors convoités.A chaque découverte nouvelle, redoublait la jubilation de l'enfant.Puis, ce fut le dîner de Pâques chez Grand'mère, précédé de l'apéritif chez l'oncle Edouard, en compagnie des tantes, d'Aleric et de la cousine, qui toujours se fait suivre d'un grand garçon aux allures de prétendant.Et dans l'après-midi, une longue promenade en automobile.C'est tout c'a que raconta Pierrot à son retour.Jamais retour ne fut plus joyeux.Tout d'abord, soulagée par le départ de son aîné, Francine n'avait guère ressenti son absence, mais le lendemain, elle interrogeait: — T'ennuies-tu, Maman?— Et sans attendre de réponse, elle insinuait: — Laisse faire, il viendra lundi.Comme elle lui fit fête, pourtant, la coquine! Au moment de déballer la caisse de jouets et d'oeufs de Pâques qu'il rapportait, Pierrot a songé au petit garçon de la mère Pinard, celle qui vient faire le ménage.A l'intention du pauvret, il a préparé une boîte où s'entassent poissons et lapins en chocolat.Francine applaudit au partage.Pour avoir fait la part du petit pauvre, la joie des deux mioches n'en sera que plus grande.Oh! les bons petits enfants! Marie-Rose TURCOT _L'OISEAU BLEU 295 Deux pauvres petits enfants Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC {Suite et fin) [)ES voisins obligeants ensevelirent le pauvre vieux et quelques jours après il fut porté en terre.Thérèse pleura sincèrement ce bon vieillard qui par son courage et son sang-froid l'avait sauvée d'une mort inévitable.Une fois la tombe refermée et tous ses pieux devoirs accomplis, la jeune fille n'eut plus qu'un désir: partir à la recherche de son frère.Elle était décidée de ne point s'arrêter tant qu'elle ne l'aurait retrouvé, quand même il lui faudrait aller jusqu'au bout du monde.Elle mit dans une valise le peu de linge qu'elle possédait, et surtout elle n'oublia pas d'y placer les précieuses pièces de monnaie dont son bienfaiteur lui avait fait don en mourant.Cela représentait une fortune dont elle ne pouvait calculer l'étendue.Elle regardait cet argent avec une joie d'avare, quand elle songeait qu'il allait servir à retrouver enfin le frère bien-aimé qu'elle avait tant pleuré.Déjà des guides étaient engagés qui devaient la conduire jusqu'à la "Vallée de la mort", où elle croyait qu'André devait faire partie de certaine expédition de mineurs.A une pauvre famille que l'incendie venait de ruiner elle donna la maison et son contenu.Ces humbles gens en devaient prendre possession après son départ.Elle ne réserva pour elle que la blanche madone de faïence, qui dans sa cham-brette recevait chaque jour ses confidences et ses supplications.Elle devait l'emporter avec elle et la garder comme un trésor.Déjà, c'était le printemps et presque l'été.De nouveau les merles sifflaient au fond des broussailles.Le ciel plus clair se peuplait de nuages légers, et sur le lac immense, les voiles gonflées de vent et d'espoir s'en allaient dans un essor illimité.Partout, les mouettes battaient de l'aile, et quelque chose d'heureux flottait dans l'air.Ce soir-là, le soleil semblait se retirer à regret.Il languissait sur le coteau et marquait d'une auréole de feu la tête des monts ragaillardis.Thérèse, occupée à mettre de l'ordre dans la maison, se penchait dans la porte ouverte pour y secouer du linge de lit, lorsque tout à coup son attention fut attirée par deux passants de la route qui se tenaient par le bras et marchaient d'une allure lasse et pénible.Leurs vêtements étaient en haillons et leur maigreur faisait pitié.Devant la maison du père José ils hésitèrent, puis, à la fin, ils avancèrent timidement, et l'un d'eux implora l'hospitalité.— Mon Dieu, pour vous coucher, dit Thérèse, je ne sais pas, mais pour manger, j'ai de quoi vous mettre sous la dent.Entrez.Sans dire un mot ils franchirent les marches du perron.Alors, la jeune fille les regarda en face.Au dehors, l'ombre du couchant ne lui permettait pas de distinguer leurs traits, mais à présent, sous le reflet de la lampe qu'elle venait d'allumer, elle reconnu les deux hommes qui venaient de franchir le seuil de sa demeure.Elle dit dans un grand cri: André, Fainéant!.En apercevant sa soeur, André était tombé évanoui à ses pieds.Il fallut plusienurs minutes pour le ranimer.Pendant que Thérèse lui épongeait le front avec une serviette imbibée d'eau froide il ouvrit subitement les yeux.Il pressait les mains de sa soeur en disant: "Malgré mes souffrances et mes fatigues, je suis heureux, je suis heureux.Dieu a eu pitié de nous!" — Nous tombons de faim et d'épuisement, dit Fainéant.Voilà deux jours que nous n'avons rien mangé.Thérèse courut chercher du lait, du pain et des gâteaux.Ils mangèrent avec avidité, comme mangent les gueux de la route que l'on héberge, en passant.Us se regardaient, ils pleuraient et riaient, les yeux pleins d'éclairs, le coeur débordant d'un bonheur fou qu'ils ne pouvaient contenir.— "Cela est-il croyable, répétait Thérèse,! Se Elle dit dans un grand cri: André !. 296 L'OISEAU BLEU retrouver enfin après tant de malheurs, tant de larmes, et voir renaître encore l'espoir d'une vie heureuse! Dieu est bon! Dieu est bon!" Elle leur raconta alors comment le vieux pêcheur l'avait sauvée après le naufrage, comment il s'était attaché à elle, et comment elle remplaça auprès de lui sa fille Elise, morte l'année précédente.Elle leur dit aussi la vie calme et douce qu'elle connut sous son toit et raconta en détails la maladie et la mort du père José.— Notre histoire à nous deux, ma chère soeur, dit André, est plus longue et plus triste que la tienne.Ce n'est qu'après une bonne nuit de sommeil qu'il me sera possible d'en entreprendre la narration.Ils dormirent donc à poings fermés, et le lendemain, le jeune homme, reposé, commença le récit effarant qui va suivre: "Lorsque la chute du navire nous fit rouler à la mer, je fus projeté contre une barre de fer qui faisait partie de la structure du vaisseau.Je sentis une forte douleur à la tête et je tombai dans un long évanouissement.Quand je revins à moi, j'aperçus Fainéant qui, se débattant dans la vague, faisait tous ses efforts pour me saisir.Je lui criai: "Cherchons une épave pour nous y accrocher: c'est notre seule chance de salut".Après une lutte effrayante dans ces flots noirs où sombraient des centaines d'êtres humains, je parvins à retenir au passage une vieille chaloupe que la tempête emportait.J'y montai avec beaucoup de peine, et j'aidai Fainéant à y monter aussi.Alors, nous te cherchâmes partout, ma soeur, dans cette nuit affreuse, sans t'apercevoir nulle part.A travers les cris et les plaintes qui régnaient dans les ténèbres, je ne pus reconnaître ta voix.Nous ne pouvions savoir ce que tu étais devenue.Ah! quel désespoir fut le mien! Je crus devenir fou.Bientôt le courant nous emporta loin du lieu du sinistre.Livrés aux vagues, furieuses, qui menaçaient d'engloutir notre fragile embarcation, nous étions perdus dans cette immensité, dans cette nuit plus noire que l'encre, dans cette nuit presque diabolique.A tout instant nous pensions notre mort arrivée.Nous nous sentions si petits au sein des éléments destructeurs.Maisi lorsque le jour parut le vent commença à se calmer et nous vîmes avec joie les contours d'une île sauvage, où quelques heures plus tard nous pûmes aborder.La vue de cette île fut pour nous un grand réconfort, car nous espérions trouver là quelque nourriture pour subsister.Une fois descendus dans cette île, nous en fîmes le tour.Tout était complètement désert.Les bords étaient garnis d'énormes rochers autour desquels se pressaient des touffes d'arbres épais et presque impénétrables.La faim nous tenaillait et nous ne pouvions trouver aucune nourriture, pas même le plus petit poisson.Epuisés, nous résolûmes de dormir, et nous nous étendîmes sur la grève.A notre réveil, quelle ne fut pas notre surprise de voir à nos côtés un être étrange, d'une laideur repoussante, à demi vêtu, un homme aux allures de bête, dont la barbe et les cheveux tombaient jusqu'à terre.Dès que nous lui avons adressé la parole il nous répondit par un grognement et se sauva dans son antre comme un animal sauvage s'enfuit dans son repaire.Sans aucun doute, cet homme était un naufragé qui vivait depuis longtemps seul sur cette île', ayant perdu la raison et l'usage de la parole.Il n'était plus qu'un animal à face humaine.C'est en vain que nous avons tenté de l'approcher.Il ramassait des cailloux et nous les lançait de toute la force de ses grands bras.Il fallut donc partir de cette île inhospitalière.En reprenant notre chaloupe nous vîmes sur la grève des restes de poisson cuit que l'homme sauvage, sans doute, avait jetés là.Torturés par la faim, nous les avons dévorés sans fierté, trouvant dans ces restes répugnants de quoi nous sauver la vie.Avant de quitter l'île nous prîmes de longues branches d'arbres qui devaient nous servire de rames, et vogue la galère, à la grâce de Dieu! Un brick qui passait au large nous aperçut et nous recueillit.Ces braves marins, après nous avoir donné à manger et à boire, nous déposèrent au port le plus rapproché.De là, nous avons dirigé nos pas vers la haute montagne où des milliers d'hommes s'élancent chaque année à la recherche de l'or.Il nous fallut d'abord traverser "La Vallée de la Mort" où nous avons failli périr dix fois.Comme cette contrée est bien nommée! La mort nous y guette à chaque pas.Ce ne sont que ravins, abîmes, rapides, marais boueux et puants, et précipices dont on ne voit pas le fond.Je ne sais par quel miracle nous sommes sortis vivants de cette vallée infâme.Enfin, nous l'avions traversée; mais d'autres tribulations nous attendaient! Ensuite, nous sommes entrés dans un sentier de montagne, dans un bois si épais qu'il y faisait nuit en plein jour.De tout côté on n'entendait que grognements d'ours et hurlements de loups.C'était sinistre.Faibles et terrifiés, nous avancions comme des condamnés à mort, sans pensée et sans espérance.Mais enfin, nous voici rendus au terrain des mines.Un chef d'équipe nous donne les instructions nécessaires et nous envoie dans un puits avec d'autres mineurs.Ceux-ci nous regardent d'un air sauvage.De suite ils nous apprennent qu'un des leurs s'est tué en tombant dans ce souterrain et que depuis ils voient sans cesse des lueurs mystérieuses se promener dans L'OI SEAU BLEU 297 les galeries, des ombres épouvantables se profiler sur les murs.Ils disent entendre aussi des soupirs et des lamentations.Ces récits nous glacent d'horreur.Nous décidons de nous éloigner un peu.Nous pénétrons dans un autre souterrain où quelques hommes seulement travaillent.Ils ont des sourires mauvais et nous regardent sournoisement.Armés de longs pics de fer nous commençons à donner de rudes coups à la muraille de terre.Peu à peu, la fièvre de l'or nous reprend.Si le succès était là, qui sait?A tour de bras nous frappons coup sur coup.La sueur nous inonde.Des lueurs de sang passent devant nos yeux.Il nous semble que le souterrain est peuplé de bons esprits et de fantômes bienveillants.Soudain, sous nos coups répétés, au fond d'un trou béant, un filon d'or a jailli qui brille, qui scintille comme un soleil ardent! Nous frappons de plus en plus fort.Le minerai précieux tombe à flots.Nos mains fiévreuses l'entassent dans un coin et nos yeux brûlants le contemplent.Enfin, voilà donc la richesse, voilà donc la fortune depuis si longtemps rêvée! C'est maintenant un magot qui est là à nos pieds.Il ne reste plus qu'à le sortir du puits, et le propriétaire du terrain nous paiera rubis sur l'ongle, la moitié de sa valeur réelle.Mais cette douce vision ne devait pas être de longue durée.A ce moment, quatre homme» tombent sur nous et, brandissant leur revolver, nous ordonnent de lever les mains.— "Cet or est à nous, disent-ils, vous nous l'avez volé!" Comme nous tentons de défendre notre bien, ils nous bâillonnent, nous attachent les pieds et les mains et nous poussent au bout du souterrain dans un horrible cachot.Nous les entendons fermer la porte et tirer le verrou.Comment décrire les heures d'épouvante que nous avons vécues dans ce cachot?Aucune pa-lole humaine ne saurait l'exprimer! C'était la nuit la plus noire et la plus hideuse.Aucun bruit extérieur ne parvenait jusqu'à nous.Un froid de glace tombait sur nos épaules et une grouillante vermine cherchait à nous manger vivants.Fainéant pleurait et sanglotait comme un enfant.Moi je gardais encore un peu de courage.Après des efforts obstinés je parvins à rompre mes liens, et je m'empressai de délivrer mon ami.— "Mais à quoi bon, disait-il en pleurant, à quoi bon rompre nos liens puisque la mort ici nous attend?Il n'y a plus pour nous aucune chance de survie.Aucune issue n'est visible.Attendons la mort qui sera notre délivrance et prions Dieu de nous accueillir dans son sein".— Il ne faut pas se décourager trop vite, repris-je.Je veux sonder la muraille, pouce par pouce.Peut-être y découvrirai-je quel- que porte secrète par laquelle nous pourrons nous échapper.je me mis donc à tâter le mur dans toutes ses fentes, de haut en bas et de bas en haut.Le désespoir m'envahissait peu à peu, car je ne trouvais rien.J'allais abandonner la partie, quand, soudain, je sentis sous ma main quelque chose céder.Quatre petites planches liées entre elles s'étaient déplacées, je les poussai davantage, et dans cette ouverture j'aperçus une échelle suspendue au mur.Je dis à Fainéant: Viens!.L'un après l'autre, dans ce passage si étroit que nous avons cru y mourir étouffés, nous avons pu remonter à la surface.Nous nous sommes empressés de remercier le ciel.Encore une fois nous étions sauvés! C'est avec joie que nous avons quitté ces lieux maudits.Dénudés de tout, sans un sou, affaiblis, brisés, courbés comme des vieillards, nous sommes venus jusqu'ici en véritables vagabonds et mendiant notre subsistance.Voilà où nous ont conduits mes ambitions stupides, mes folles chimères, mes rêves de gloire et de fortune! Puisse l'exemple de mon malheur servir de leçon à tous les jeunes fous comme moi! Ce qui me peine le plus, chère soeur, c'est de penser à toutes les souffrances que tu as endurées par ma faute.Si, au lieu de poursuivre mon rêve insensé, j'avais suivi tes sages conseils, tous ces malheurs épouvantables nous seraient restés inconnus.Je te demande pardon, Thérèse, de tout le mal que je t'ai fait.Pardon, ma soeur, pardon!" — et les larmes coulaient sur ses joues pâlies.— Je t'en prie, lui dit Thérèse, rassure-toi, console-toi, mon pauvre frère! Les jours passés sont oubliés, n'en parlons plus.Nous allons recommencer une vie nouvelle et retrouver le bonheur perdu.Tu es riche d'expérience, moi, je suis riche d'argent.Une partie de ma fortune servira à nous faire reconduire chez nous, à notre cher ermitage d'autrefois.J'engage tout de suite une escorte d'hommes et de chevaux.Ces guides experts nous mèneront à travers les montagnes.Ce voyage, paraît-il, prendra huit jours.Mais qu'importe la longueur du trajet puisque nous nous rendrons sans encombre.Sèche tes larmes, mon frère.Tu verras comme nous serons heureux! Tel que les guides l'avaient prédit le voyage dura huit jours.Mais tout était prévu.Ils ne manquèrent ni de nourriture, ni d'eau pour boire, ni de monture pour les porter dans les endroits difficiles.Rendus au terme du trajet, une fois grassement payés, les guides rebroussèrent chemin.Les trois voyageurs entrèrent dans la maison de l'Ermite.André et Thérèse, le coeur serré, revirent avec émotion ces lieux de leur enfance.Ils contemplèrent toutes ces choses fidèles qui les avaient attendus.Le jardin, la 298 L'OISEAU BLEU André et Thérèse, le coeur serré, revirent avec émotion ces lieux de leur enfance.cour, la grande salle, la grange, le poulailler, le grenier et les vieux pommiers qui l'ombrageaient.L'oncle François, le pauvre dément, les reçut avec un sourire muet, mais il était si faible qu'il ne pouvait plus marcher.Ils virent qu'il était proche de sa fin.Les pigeons et les lapins étaient encore là, et même leur nombre s'était accru.Et puis Soleil, le chevreuil protégé de Thérèse, vint à leur rencontre.La joie de tous fut indescriptible.— Que tous les maux que nous avons endurés, s'écria André, servent de leçon à tous ceux qui comme nous seraient tentés de laisser la proie pour l'ombre.Toute ambition désordonnée n'est qu'une source de déboires et de désil- « lusions.Maintenant je n'aurai qu'un désir: cultiver la terre et faire d'une partie de ces forêts des champs fertiles où les épis d'or, emblème de survivance, s'aligneront dans la splendeur des tièdes étés.J'y ferai venir des travailleurs honnêtes et robustes dont le coeur et les bras seront pour toujours voués au sol.Notre devise sera: Travail, simplicité, honnêteté.Vie simple, vie laborieuse, vie honnête; voilà la base de tout bonheur humain.— "Moi.dit Fainéant, je te laisse à tes entreprises.Poète rêveur, amoureux de la beauté des choses, je vivrai caché dans le jardin.Je m'enfoncerai dans la forêt, monde de mystère et de force.Ah! quel bonheur sera le mien! Voyez ces dômes de verdure, ces flèches, ces tours, ces créneaux innombrables se profilant jusqu'au ciel.Est-il en ce monde plus magnifiques châteaux?Des cimes vertes ondulent, des houles chatoyantes palpitent.La lumière y habite.Il y a, comme sur la mer, un bruit ber-ceur de flots.L'ombre se fait accueillante comme un refuge.Quelle paix solennelle! Quelle caressante majesté! Partout l'ombre et la solitude, partout la lumière, la chanson et la vie! Une présence invisible est là autour de nous.Des lueurs s'allument, s'éloignent et reparais- sent.Mille yeux d'or s'éveillent et nous regardent sous la feuillée.Dans la clairière je vois des torches qui flambent, et il y a devant moi des lits de fleurs.Je suivrai la linotte, la mésange, le chardonneret qui, sautillant de buisson en buisson, s'en vont vers l'attirante profondeur.Pourquoi chercher ailleurs des sujets d'admiration puisque la tige, la feuille, la fleur, l'oiseau, le papillon prouvent à eux seuls la puissance de Dieu?Je chercherai l'infini dans la nature, comme l'arbre cherche la vie dans l'atmosphère qu'il respire.Comme l'arbre lumineux et musical qui, par sa tête dans l'azur et ses racines au sol, boit au ciel et à la terre, ainsi, retenu par mille liens à la beauté des choses je m'élèverai sans cesse vers Dieu, et ma pensée montera vers Lui en gestes obstinés, comme les branches qui se tendent sans fin vers la lumière.Et tout en aimant la terre je me sentirai tout près du ciel".GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture, de composition personnelle.sur du papier non réglé, le tout, accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SOEUR JEANNE L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.BONS MOTS Le professeur.— Savez-vous qu'à votre âge Washington était à la tête de sa classe?L'élève.— Oui, et quand il avait votre âge, il était président des Etats-Unis.Examen de la Vue Lunettes Elégantes Téléphone: HArbour 5544 J PHANEUF & MESSIER OPTOMETRISTES-OPTICIENS Notre spécialité: Examen de la vue des enfants.1767, RUE SAINT-DENIS - MONTREAL (prés de la rue Ontario) L'OISEAU BLEU 299 LES CERCLES DES JEUNES NATURALISTES No 56 — Juin-Juillet 1937 affiliés a la société canadienne d'histoire naturelle et reconnus d^utilité publique par le gouvernement de la province de québec APPEL AU PAYSAN LAURENTIEN P AYSAN, c'est toi, le vrai laurentien! Nous l'avions oublié! Mais la crise mortelle où se débat le monde nous a rappelé tous aux saines réalités, et nous t'avons rendu ta place dans l'économie de la nation.Mais noblesse oblige! Réveille-toi, paysan, au sentiment de tes responsabilités.Tu peux et tu dois aimer le milieu rural où tu vis, sans pour cela fermer les yeux et ignorer le vaste monde.Les choses de l'Esprit sont à toi comme les choses de la Terre.La Terre porte l'Esprit.Ta maison, dans les Ormes, sur la route, face au magnifique horizon de la Vallée, peut devenir le centre du monde où affluent toutes les ondes longues et courtes, messagères de l'Esprit, et toutes les pensées que l'homme de partout et l'homme de toujours couche sur le papier, espérant, dans sa naïveté, les rendre éternelles.Tes enfants, autour de toi, sont l'avenir.Porte la coupe à leurs lèvres.Ils aimeront la Terre laurentienne aussi bien que toi, mais autrement que toi, et pour d'autres motifs, car les temps sont changés.Ils l'aimeront non plus parce qu'on leur aura caché le scintillement des villes gigantesques, mais parce qu'on aura révélé à leurs yeux vierges les charmes secrets de la Nature, parce qu'on leur aura appris à lire dans le grand livre qui enseigne toute sagesse, et procure tout repos.Paysan, éveille-toi! c'est toi, le vrai laurentien, et c'est toi l'avenir.Frère MARIE-VICTORIN La Maison,.c'est le seul nom qui convient.LE MACHAON 'EST par une chaude après-midi de juillet.Vu la chaleur caniculaire, je m'installe sous la charmille, humant avec délices le suave parfum qui se dégage des fleurs dont elle est constellée.Tout à coup, sur l'une d'elles, que vois-je?Un magnifique papillon tout palpitant qui sourit au soleil et à la joie de vivre.Hier encore, chrysalide indolente, il ne se souciait de rien, mais aujourd'hui, tout a changé.Ce matin, vers l'aube, il a rompu ses fers et déployé ses ailes; maintenant il vole, ivre d'air et de lumière.Les écailles de microscopiques poussières diaprent sa robe de chatoyantes couleurs; son corps menu semble oublié dans la richesse de sa parure où l'azur, le pourpre et l'or rivalisent d'éclat.Ses pattes rugueu ses se cachent durant son vol gracieux et ne montrent leur rudesse que pour consolider l'insects qui se fixe hardiment dans les poses les plus hasardeuses.Ses antennes délicates et courbées constituent son organe d'attouchement, et heur-te-t-il quelque objet, ce n'est que par inadvertance, car ses yeux merveilleusement puissants voient de tous les côtés à la fois.Il aperçoit ainsi la richesse des fleurs qui l'attirent, mais il les frôle d'une aile légère, n'y reste que le temps de prendre un baiser et les abandonne aussitôt; il ne s'attache à rien et vole de fleur en fleur.Ici une belle rose lui sert d'appui.Que fait-il?Une petite trompe se déroule et plonge dans le calice frais et profond de la préférée de Flore.Elle revient chargée d'un suc délicieux dont le petit gourmand se délecte avec plaisir.Puis il repart effleurant tout, n'aimant rien; il vole dans les prairies et les jardins et se fait tant et si bien admirer qu'il oublie son origine et fait fi d'une chenille qui lui réplique vertement: "Tu te moques de moi; ne te souviens-tu pas que tu as longtemps végété sous cette enveloppe qui te paraît si repoussante?Ta mère était soeur de la mienne et toutes deux rivalisaient de laideur." Petit papillon s'esquiva en pouffant de rire, mais quelque temps après, quelle ne fut pas sa surprise de s'entendre gouailler par un groupe de ses semblables qu'un papillon royal commandait.Il reconnut la larve qu'il avait raillée auparavant, et, tout honteux, s'enfuit sous les quolibets de la troupe joyeuse.Il apprit ainsi 300 L'OISEAU BLEU ce que la plupart des hommes ont expérimenté: "Quand on a une maison de verre, il ne faut pas jeter des pierres aux autres." Madeleine LACHANCE, 13 ans 6e année Cercle La Durantaye, C.J.N.Saint-Michel (Belléchasse,) Québec.* * * LEÇON DE BOTANIQUE Cluique fleur possède un berceau Où de tout petits bébés dorment: Ce sont les graines qui se forment Tout autour des pistils hauts Et lourds de pollen amassé.Voici le papillon pressé Et Vabeille, alerte commère, Qui feront tomber la poussière, Nuage d'or, sur les bébés.C'est un mets doux et parfumé Dont les graines seront avides.Puis vient le moment du départ; Trop petit, le berceau se vide.Tristement la fleur se sépare Des graines bébés, ses enfants.Quelle abandonne au gré des vents.Madame L.DUNAUD * * * QUELQUES REFLEXIONS SUSCITEES PAR LA VISITE DU C.F.ADRIEN, C.S.C.Nous avons eu le bonheur de recevoir cette année la visite du C.F.Adrien C.S.C, directeur général des C.J.N.Cette visite coïncidait tort heureusement avec le deuxième anniversaire de notre cercle.(P.E.Plamondon).Le programme s'ouvrit avec le chant "Rien n'est si beau que mon pays" interprété par la chorale Saint-Charles.Puis le Frère Abel, directeur du cercle, après avoir salué le conférencier bien connu et l'auditoire sympathique, donna un bref historique du cercle et céda la parole au conférencier.(R.Demers).La conférence du C.F.Adrien débuta par de magnifiques projections sur l'embellissement de nos propriétés; c'est, dit-il, le seul moyen d'obvier, au désordre qui règne généralement autour de nos demeures.Il nous montra justement une de nos vieilles maisons canadiennes où l'extérieur faisait grandement pitié, puis la photographie de la même résidence, quelques mois plus tard, heureusement transformée et embellie par des gens de goût et de bonne volonté.(C.-A.Daigle).Dans un dessin schématique, le conférencier nous expliqua, avec quelques commentaires, les principaux agents destructeurs de nos ressources naturelles, puis leurs heureux contre-poids: les maisons d'éducation, les musées, le service des parcs nationaux, l'assistance forestière du Canada, le Ministère des pêcheries; puis, les citoyens intéressés, l'oeuvre des C.J.N., l'organisation provinciale, l'organisation fédérale et les intérêts publics.(J.-M.Darveau).Le C.F.Adrien nous a rendu un grand service en nous mettant en garde contre notre défaut de race, le désordre que par notre négligence nous laissons régner autour de nos résidences.Puis il nous indiqua un remède à cette négligence nationale: l'embellissement de nos demeures.(R.Galarneau).Il nous parla ensuite des beaux arbres de chez nous, que nous ne voyons, hélas, que trop souvent sans éprouver aucun sentiment d'admi ration; mais par bonheur en apercevant leur silhouette sur l'écran, tout de suite nous admirons chez nos arbres les formes, les couleurs, et nous sommes gagnés à protéger effectivement une de nos plus magnifiques ressources naturelles.(G.Plante).L'arbre est le protecteur du pauvre, c'est lui qui fait la richesse d'un pays.Restons les fiers défenseurs de nos forêts et de tout ce qu'elles renferment.Aimons comme saint François nos frères les oiseaux et nos amis les arbres.(P.-P.Genest).Il nous conseilla ensuite, en arboriculture, de planter des conifères alternés avec des arbres à feuillage décidu afin que le paysage d'hiver revête un charme particulier.Ainsi, érables, ormes, bouleaux voisineront avec les pins, épi-nettes, sapins, etc.(J.-L.Jobin).Le mélèze est bien reconnaissable: il est le seul des conifères à perdre ses feuilles en hiver.Le thuya occidental, appelé improprement cèdre, est facilement identifiable à cause de ses feuilles disposées autour des rameaux comme des bardeaux et qu'on nomme feuilles imbriquées.(L.Plamondon).L'if du Canada, appelé généralement buis, est un petit arbre ou arbuste atteignant trois pieds et demi à quatre pieds de hauteur.Rarement droit il pousse près d'un vieux tronc d'arbre ou d'un précipice.Son bois est très tenace à cause de sa croissance très lente.Le nom générique signifie: en arc.(G.Croteau).Ensuite le C.F.Adrien nous engagea à faire un étang avec bordure de pierres plates, dans lequel pousseraient nos jolies fleurs d'eau; ce serait un excellent moyen d'égayer les abords de la maison et d'employer nos loisirs du printemps et des vacances d'été.(G.-E.Rainville). L'OISEAU BLEU 301 Pour ceux qui ont une petite mare ou un petit ruisseau, il est encore facile de faire un petit jardin aquatique en y cultivant des plantes d'eau comme des nénuphars, des iris, etc.(A.Beau-chemin).Un jardin aquatique, qu'y a-t-il de plus simple et en même temps de plus agréable à cultiver?Il n'y a qu'à enfoncer dans la terre une vieille cuve ou une vieille bouilloire dans laquelle on transporte un peu de terre en y ajoutant six ou sept pouces d'eau, quelques bulbes d'Iris ou de Nymphéa qu'on y sème, et voilà: après quelques semaines, le parterre devient un centre d'attraction pour les curieux et un agréable passe-temps pour les vacances.(R.Plamon-don).La partie de la conférence qui traitait de l'ornithologie fut tout à fait instructive.Le C.F.Adrien nous parla des pics.Il y a, dit-il, au Canada, huit sortes de pics: le pic à tête rouge, le pic minute, le pic arctique, le pic doré, le pic à huppe écarlate, le pic chevelu, le pic maculé et enfin le pic d'Amérique.Puis il nous donna les caractères propres à chacun pour nous apprendre à les distinguer au premier coup d'oeil.(R.Beaulieu).La langue des pics est très longue.Elle est armée comme de petits hameçons, et lorsque le pic attrape une larve avec sa langue, il la retire facilement, avec l'assurance que sa proie ne peut lui échapper.(A.Beauchemin).Il est nécessaire, nous dit le C.F.Adrien, de protéger nos pics puisqu'ils détruisent un si grand nombre d'insectes qui, sans le travail bienfaisant de ces oiseaux, feraient mourir nos beaux arbres.(H.Lemay).La conférence du C.F.Adrien terminée, M.l'abbé Cantin remercia l'intéressant conférencier de ces idées d'une portée réellement pratique; puis il eut un mot de remerciement et de felicitation pour l'auditoire qui, par sa manière d'écouter, prouvait une fois de plus le vif intérêt qu'il porte au cercle.(J.-J.Daigle).Après la chant de l'O Canada, tous les membres firent cercle autour du C.F.Adrien.Celui-ci nous avoua combien il nous trouvait chanceux de demeurer dans le voisinage du Jardin Zoologique et nous engagea à bien profiter de cette faveur.En avant Jeunes Naturalistes de Charlesbourg.(C.Darveau).récréons-nous — Combien les oeufs?— Quinze sous, et douze sous les cassés.— Bien, cassez-m'en une douzaine.RIONS UN PEU LE BOSSU OFFENSE — Le jour de l'an un bossu entre dans un magasin où se trouvent deux vendeuses.L'une dit à sa compagne: — Eh! un bossu, voilà une étrenne qui porte bonheur.Le bossu, qui avait entendu, dit: — Je ne suis pas bossu, mais j'ai fait comme les chats: en voyant deux vilaines bêtes, j'ai fait le gros dos.* * * Le parrain du petit Georges a envoyé trois joujoux à son filleul, en lui faisant dire d'en choisir un.— Eh bien! lui dit-il le lendemain, lequel as-tu choisi?— J'ai choisi le cheval.le pantin.et le mouton blanc! * * * Le visiteur.— Comme tu as grandi, Lulu! Te voilà aussi haut que mon parapluie.Lulu.— Est-ce qu'il a le même âge que moi?* * * — Comment, Jeanne, tu as perdu trois dents?Jeanne.— Oui, je suis bien contente, cela m'en fera moins à laver.* * * —Maman, il y a là-bas un homme qui veut absolument que je lui donne cinq sous.— C'est un pauvre?— Non, c'est un marchand de crème glacée.* * * ilngeuaea uaranrra î Ut NUIT \Q**W TÉLÉPHONEZ % MARQUETTE 4549 ^ PHOTOGRAVURE NATIONALE 262 RUE ONTARIO OUEST PRÈS BLEURY MONTREAL 302 L'OISEAU BLEU FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU Le Coeur de Perrine — par — MLLE MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal (Suite et fin) E lendemain du départ de Chariot, il y eut un peu de brouhaha dans la maison.Perrine se hâtait de faire les préparatifs nécessaires.Avec l'aide d'un ouvrier de Ville-Marie, elle aménagea un coin de la grande salle d'entrée, de façon à former une nouvelle chambre, assez spacieuse.Elle voulait s'y retirer dès l'arrivée de son malade et demeurer ainsi à portée de la voix.Il avait été entendu, entre Chariot et elle, que le capitaine de Senancourt serait installé dans la chambre de Chariot.Son frère avait ajouté en riant: "Je camperai, moi, tout près.Manie de soldat.Elle me plaît toujours." — Non, mon frère, lui avait répondu Perrine d'une voix ferme.Tu prendras ma chambre.Durant ton absence, je vais me préparer un coin dans la salle où nous nous réunissons.Je m'y logerai.— Que ce coin soit confortable, sinon, tu n'y entreras point, je te le jure, ma soeur." Perrine veillait donc à ne point décevoir son frère à ce sujet.La tâche lui fut d'ailleurs facilitée par Manette, qui conduisait et surveillait l'ouvrier, avec une constance sans merci.Manette, à un certain moment, eut besoin de l'avis de Madame de Senancourt.Elle frappa à la porte de la chambre de celle-ci.Aucune réponse.Elle se rendit dans la pièce des enfants.La jeune femme ne s'y trouvait pas davantage.Les enfants faisaient leur sieste du midi et dormaient tous deux à qui mieux mieux.Manette referma avec satisfaction la porte.Avec assurance, elle se rendit à l'appartement de Chariot.Elle frappa.Sur l'invitation de la jeune femme, elle entra vivement.Elle recula, surprise, émue.— Madame.que faites-vous là?J'ai cru, en vous voyant, que.que.— Qu'est-ce que tu as cru, Manette?Et la jeune femme, se retournant, fit face en souriant à la bonne Normande, qui poussa cette fois un cri, et porta la main à son coeur.— Madame Perrine.Ah! comme vous ressemblez à Madame Lise.Est-ce elle!.Est-ce vous?.En vous apercevant.tout à l'heure, oui, oui j'ai cru qu'elle était revenue d'entre les morts.pour.pour un peu nous consoler.Oh! Madame, comment avez-vous fait?.C'est à s'y tromper.— Approche-toi, ma bonne Manette.Tiens, regarde cette robe.Lise la portait, l'année qui précéda sa mort.Regarde ces bijoux.Ce sont les siens.Et ma coiffure?J'ai relevé mes cheveux de 1a même manière que ma belle-soeur.Alors, tu crois.tu crois qu'on peut s'y méprendre?demanda Perrine avec une anxiété véritable.— Oui, Madame.El pour peu que la chambre soit sombre, et que vous parliez bas, ce sera vraiment à croire que Madame Lise est ressus-citée.— Tu me causes une satisfaction bien profonde, Manette.— Mais, Madame, interrogea alors Manette abasourdie, pourquoi vous amusez-vous à des choses si tristes?.Car, je vois, oui, je vois tous les coffres de Madame Lise grands ouverts.Perrine se glissa soudain près de la Normande.Elle saisit sa main.— Manette, dès qu'André, mon mari, sera de retour, Lise reviendra auprès de son frère, en.en ma personne.— Madame, Madame, bien vrai, fit Manette, en s'essuyant les yeux; Ah! c'est.le ciel.pour sûr, qui vous a inspiré cela.— Vois-tu, André réclame sa soeur, paraît-il.et il ne veut pas me voir.Eh bien, grâce à cette transformation, que tu vas m'aider à rendre encore plus saisissante, car tu as connu ma belle-soeur depuis l'enfance, André, mon mari, verra sa soeur auprès de lui, oui, mais ce sera sa femme.Ce sera moi qui le soignerai, avec quelles attentions, tu le devines, bonne Manette.La Normande ne répondit pas.Elle pleurait, tout en • s'empressant d'aider Perrine, qui remettait tout en place.— Ecoute, Manette, tu vas me promettre le secret sur tout ceci?— Et votre frère?— Voyons, tu sais bien qu'il faut que je mette Chariot à l'épreuve.Je ne puis, hélas! lui épargner cela.S'il se méprend comme toi,, cette fois, je serai sûre que mon pauvre mari acceptera, pour le soigner, à la fois sa soeur Lise et sa femme Perrine.Et Chariot me pardonnera, car, malgré son émotion, il conviendra que c'est André et sa guérison qui importent seuls, en ce moment.— Madame Perrine, nous prierons d'ici là, pour que tout réussisse.Vous méritez d'être L'OISEAU BLEU 303 heureuse, oh! oui.Et tout de suite.Car vous n'en pouvez plus.Si vous croyez que je ne vois pas vos pauvres yeux gonflés le matin.— Chut! Manette.Il faut ne rien voir, ne rien entendre, je t'assure.Il y avait maintenant cinq jours que Chariot était parti.Perrine commençait à s'inquiéter."André ne se trouvait pas en état de faire le voyage, sans doute", se disait-elle.Elle se rendait chaque après-midi auprès de Mademoiselle Mance, à l'Hôtel-Dieu.Elle l'avait mise au courant de ses projets, heureuse de la voir les approuver.Puis, que de détails à connaître afin d'assurer au plus tôt la convalescence du capitaine de Senancourt.Mademoiselle Mance, encore plus que les trois Mères venues de France pour la remplacer, avait une admirable expérience, acquise auprès de combien de soldats blessés, de victimes des Iroquois! — Il faudra être patiente, ma pauvre enfant, recommandait surtout l'infirmière.Ces blessures à la tête causent de si étranges désordres, parfois.Et c'est lent à guérir.— Je ne manquerai pas plus de patience que d'adresse, grâce à vous, Mademoiselle.Vien-drez-vous parfois juger de la valeur de mes soins?Quelle consolation, quel encouragement! Voulez-vous?— Oui, ma chère Perrine.—Mademoiselle Mance, si maintenant, nous montions au clocher?On voit d'assez loin sur le fleuve.J'ai le pressentiment que mes voyageurs approchent.— Montons.Mais si vous êtes encore déçue, il ne faudra s'en prendre qu'à vous, Perrine.— Oh! vous savez en tout cas que je ne m'en prendrai jamais à vous.Je vous dois tant.Je soignerai mon mari.avec quels espoirs de le guérir, aidée de vos conseils, avec l'appui de votre science.Mademoiselle Mance regarda l'heure.Elle s'exclama.— Sept heures de relevée!.Ma bonne petite, il faut vite vous en retourner et renoncer à aller scruter notre Saint-Laurent.Soyez généreuse.Tenez, voici deux soldats du Port.Je les appelle.Ils vous reconduiront.Mais.comme ils ont l'air de se hâter.Ils n'entendent rien.Sortons.Guettons d'autres promeneurs.— Mademoiselle, oh! regardez.regardez! D'autres soldats quittent le Fort et appellent leurs compagnons.Il y a sûrement quelque chose d'arrivé.— Perrine, mes yeux sont moins bons qu'autrefois.Dites-moi, est-ce le capitaine de Bel-lêtre et le secrétaire de M.de Maisonneuve, M.de Brigeac, que je vois, descendant notre pente?— Oui, ce sont eux.— Faites un signe.Je vais les questionner.— Capitaine, dit Mademoiselle Mance à l'officier distingué, M.de Bellêtre, qui s'approcha à grands pas d'elle, Capitaine, qu'est-ce qu'il y a donc?Les soldats du Fort viennent de sortir en hâte?— Une barque et trois canots seront ici dans une demi-heure, paraît-il, on les a aperçus.M.de Bellêtre s'interrompit.Il venait d'apercevoir Perrine, qui s'était retirée un peu en arrière.Il vit la jeune femme devenir toute pâle, toute saisie, et s'appuyer même au bras de Mlle Mance.— Pardon, Madame, j'aurais dû employer quelques ménagements.mais je ne vous croyais pas à l'Hôpital.Vous attendez avec anxiété votre mari, n'est-ce pas?— Ne vous troublez pas, capitaine, ma Perrine est émue, mais pas plus qu'il ne faut.Je connais son énergie.Elle égale certes la tendresse de son coeur.— Madame Perrine, pria Claude de Brigeac, un mince et grand militaire, aux yeux mélancoliques, permettez-moi de vous escorter jusqu'à la grève.Vous savez combien j'estime votre mari.Je serai heureux d'aider à Chariot à le transporter à la maison.— M.de Brigeac, je préfère revoir mon mari chez moi, dit Perrine la voix basse et tremblante.Je ne puis, non, je ne puis accepter de le retrouver malade, inconscient peut-être, en face de tant de témoins.Veuillez me pardonner.je.— Tu as raison, mon enfant, approuva Mademoiselle Mance, en pressant avec tendresse contre elle la jeune femme défaillante.— Brigeac, reprit le capitaine de Bellêtre, allez vite reconduire Madame de Senancourt chez elle.C'est tout près d'ici.Revenez ensuite me trouver au Fort, dans la chambre du gouverneur.Nous descendrons tous ensemble sur la grève.— Va, Perrine, va, fit Mademoiselle Mance.Prépare bien tout.Ne pense pas.Occupe-toi.Courage!.Confiance! Tout ira bien, crois-moi.Demain, de très bonne heure, j'irai voir le malade et sa vaillante infirmière.Perrine, pas de larmes.Voyons.Oh! je sais que ton émotion a de quoi te bouleverser.Bien, c'est mieux ainsi.M.de Brigeac va avoir raison de ta nervosité.Il veut trop que son ami Senancourt trouve en toi à la fois de la tendresse, de bons soins et une vigilance et un calme incessants.Tu dois, seule, l'en envelopper, souviens-toi.petite, au revoir, à demain.Une heure plus tard, l'on débarquait le malade à moitié inconscient, ayant près de lui Char-lot, qui veillait à tout.Celui-ci, dès qu'il s'était senti le pied sur la grève, s'était informé de sa soeur.Manette, s'approchant, avait prévenu le 304 L'OISEAU BLEU capitaine Le Jeal que Madame de Senancourt préférait revoir son mari chez elle."Oh! elle est bien triste, Madame Perrine.bien fatiguée de vous attendre depuis déjà cinq longs jours".Chariot n'avait rien répondu.L'explication était plausible.Sa soeur retardait l'instant émouvant.Puis, elle avait peut-être craint quelques dures paroles d'André, en l'apercevant.Le blessé persistait dans son refus de ne pas voir Perrine près de lui.Avec quels soins, dans quel profond silence on avait transporté, sur un brancard improvisé, le capitaine de Senancourt.Il divaguait un peu maintenant.Il portait sans cesse la main à sa tête enveloppée de bandages.A quelques minutes de la maison, Pierrot et Lise parurent et coururent se jeter dans les bras de leur père.La petite Lise refusa de se séparer de son papa.Elle le tenait bien serré par le cou; Chariot chemina donc avec son cher fardeau; l'enfant gazouillait.— Petit Père, il y a une surprise qui t'attend à la maison.J'ai promis de ne rien, rien dire.Je l'ai promis à maman.— Qu'est-ce que tu dis?fit Chariot en tressaillant.— Chut! Lise.Il ne faut pas raconter que nous avons., tu sais quoi.Tais-toi, oh! tais-toi, Lise, supplia son petit frère.— Oui, oui, Pierrot, mais je voulais seulement apprendre à mon papa chéri qu'il a deux Lise maintenant à aimer à la maison.—Deux Lise?reprit Chariot.Mais, ma petite fille, je le sais.Il y a toi.et., il y avait ta jolie maman, partie si vite pour le Ciel.— Alors, petit père, s'écria la petite en battant des mains, cela fera trois Lise.Ma vraie maman, moi, et.— Veux-tu te taire, bon, voilà que tu vas le dire encore.Tu as la langue longue, longue, longue.interrompit Pierrot.Tu es vilaine, très vilaine de parler ainsi.— Mais que veulent avouer ces enfants, Manette?Je ne comprends rien à cette convention.Y aurait-il quelque chose de nouveau à la maison?— Non, Monsieur le Capitaine, il n'y a rien.Il y a toujours la peine de Madame Perrine.et son désir de soigner elle-même M.André.— Aussitôt mon beau-frère installé, j'irai causer avec Perrine.Nous jugerons de ce qu'il y a à faire.Ma pauvre soeur, quels jours pénibles.Pas plus qu'à moi, l'amour ne lui est favorable, n'est-ce pas?— J'ai l'assurance que tout finira par s'arranger pour Madame Perrine.Elle a un si grand coeur et une., une si bonne tête, allez! — Tandis que moi, n'est-ce pas?fit Chariot en souriant.— Oh! M.le capitaine, je n'ai voulu dire rien de cela.— Je le sais, Manette.Tenez, nous voici à destination.Ma petite chérie, dit Chariot à sa petite fille en l'embrassant, tu vas suivre Manette au jardin, tandis que nous irons installer avec grand soin lé pauvre oncle André.Dans une heure, j'irai te retrouver sous les arbres.— C'est long, une heure?demanda la petite.— Non, mignonne.— Alors, je veux bien.Prends-moi, Manette.— Petit Père, pria Pierrot, voulez-vous de moi, pour les petits messages?J'aimerais tant vous aider./ — Demain, Pierrot, tu nous aideras.Il y aura beaucoup à faire.En attendant, suis Manette et Lise pour me faire plaisir.Tu veux?— Oui, papa.A tout à l'heure.Oh! voici M.le Chirurgien.M.Bouchard.— Allons, allons, éloignez-vous, mes chéris.Un quart d'heure plus tard, Chariot, voyant le malade confortablement couché et pris de sommeil, grâce à une ponction calmante du médecin, qui s'installait pour un quart d'heure encore près du malade, sortit doucement de la chambre et se dirigea vers la nouvelle pièce que Perrine avait aménagée.Manette l'arrêta au passage.— Qu'y a-t-il, Manette?demanda Chariot surpris.Les enfants?— Non, non, Monsieur, ils sont toujours au jardin, sous la surveillance de votre bon Huron.Il est tout heureux de les retrouver.— Alors?— M.le Capitaine, prenez ce petit cordial.Depuis votre arrivée, vous n'avez pas songé à vous un seul instant.Vous me semblez bien las.— Vous avez un coeur délicat, Manette.Donnez, je prendrai tout ce que vous voudrez, ne fût-ce que pour vous faire plaisir.— Bien.Vous êtes bon, M.le Capitaine, fit Manette avec satisfaction.Et maintenant, je suis tranquille,.vous pouvez entrer chez Madame Perrine.— De quel air étrange vous me dites cela, ma bonne, mais ce retour a été émouvant, vous le ressentez.A tout à l'heure.Vous m'aiderez à organiser les soins pour la nuit.— Avec bonheur, M.le Capitaine, si.mais sa voix ne parvint pas jusqu'à Chariot, si.Madame Perrine le permet! Chariot frappa deux fois avant d'entendre une voix lointaine lui répondre et l'inviter à entrer.Il pénétra avec circonspection dans la chambre.Il chercha des yeux sa soeur, étonné de ne pas la voir s'empresser à sa rencontre.Puis, comme la pièce était sombre! Le crépus- L'OISEAU BLEU 305 Mon Dieu !.qui éles-vous?.Lise ! Et Chariot, se voilant les yeux, s'effondra sur le divan.cule venait rapidement.Il était tout près de la demie de huit heures.— Perrine, où es-tu donc?Je croyais que tu serais heureuse de.Ah!.cria soudain Char-lot.Mon Dieu!.qui êtes-vous?.Lise!.Et Chariot, se voilant les yeux, s'effondra sur le divan.Lise! Oh! Lise! prononça-t-il encore d'une voix étouffée.Puis, un sanglot rauque lui monta à la gorge.Il tendit soudain les bras: "Ma Lise! cria-t-il encore.Perrine courut se jeter à ses pieds.Elle l'entoura de ses bras.— Pardon, Oh! pardon, mon frère chéri, de la douleur que je te cause.Mais il fallait que j'essaie auprès de ton coeur, où vit toujours le grand souvenir de Lise, de la vertu de mon subterfuge.Car, si je ne pénètre pas sous les apparences de Lise auprès de mon mari, il ne consentira pas à se laisser soigner par moi.Et il faut que je le soigne, moi, sa femme, qui l'aime si profondément, uniquement, tu le sais, n'est-ce pas, Chariot?.Mon frère, aie pitié, pardonne-moi ce secret.Vois-tu, maintenant, je suis calme, assurée.Si tu t'es mépris un instant, toi, qui es bien portant, notre malade sera tout à fait dupe, n'est-ce pas?Chariot, réponds-moi?— Ma pauvre soeur, dit, enfin Chariot avec effort, je ne t'en veux que pour une chose.Tu as parlé trop tôt.Oh! quel émoi j'ai éprouvé durant quelques secondes.Lise, ma Lise, elle était là.comme autrefois.Que c'est cruel la mort, quand on s'aime comme nous nous aimions.— Chariot ,tu comprends alors que je veuille user de tous les moyens pour guérir André.Nous aussi, nous nous aimons.sans nous l'être, jamais dit.du moins pour ma part.Chariot, tu vas m'aider pour cette première entrevue?Je veux entrer appuyée sur toi.Crois-moi, j'ai besoin de sentir ton coeur près du mien.Si j'allais faillir! — Non, Perrine.Ton dévouement, l'ingéniosité de ton esprit.— De mon coeur, interrompit Perrine.C'est une femme qui aime, mon frère, qui défend son bonheur par tous les moyens possibles.— Te sens-tu le courage de venir tout de suite près d'André?Je suis prêt pour ma part.— Oui, Chariot, allons.— Prends un cordial, fit le jeune homme, avec un pâle sourire.Ah! je comprends maintenant pourquoi Manette semblait si anxieuse à mon sujet.Le voyageur fatigué ne lui paraissait pas en état de subir un choc aussi violent.Elle était au courant, n'est-ce pas?— Dis encore que tu me pardonnes, Chariot?—Oui, oui.Et mes petits?I^eur conversation mystérieuse de tout à l'heure prend tout son sens.Ma mignonne petite fille m'a dit: tu auras trois Lise à aimer maintenant.C'est vrai.Et tu veux donc que mes enfants t'appellent maman?— Il le faut, Chariot, pour quelque temps, du moins.— Je ne m'y oppose pas, voyons.C'est tellement une mère qu'ils ont en toi.qu'ils auront toujours, j'espère, ajouta Chariot, en soupirant.— Viens, Chariot, j'ai hâte de revoir mou mari.que je ne quitterai plus ensuite.En entrant sans bruit dans la chambre, Perrine et Chariot virent le médecin penché tout près d'André de Senancourt, qui balbutiait des mots incohérents.Le médecin se retourna.Il ne put retenir une sourde exclamation à la vue de Perrine.Chariot mit un doigt sur sa bouche, en regardant vers le lit.Le malade s'agita.Il ouvrit les yeux.Il appela Chariot.— Je suis près de toi, André.Que veux-tu?— Où.suis-je?— Tu ne reconnais pas cette chambre?— Non.— Tu es à Ville-Marie, chez moi.— A Ville-Marie, chez toi?— Oui, et tu reposes dans ma chambre.— Bien vrai?— Regarde partout.— Non, ce n'est pas ta chambre, non, non.— André! — Si c'était ta chambre, Lise serait là.Lise, je veux Lise.Elle seule peut me guérir.Lise! 306 L'OISEAU BLEU — André, je suis là! dit soudain une voix lente, douce, basse.Et Perrine se glissa à genoux près du lit.Le malade regarda un moment la forme prostrée, puis recommença à gémir et à appeler Lise.Alors, Perrine se relevant vint entourer le malade de ses bras.Elle embrassa avec tendresse son front.Elle colla un moment sa joue trempée de larmes près de la figure d'André.Le malade, soudain, eut un faible sourire.Il promena ses doigts sur les cheveux de Perrine.Celle-ci se saisit de sa main, la baisa, un geste coutu-mier de Lise, elle le savait.— Enfin.Lise., tu es près de moi.Ne me quitte plus, je t'en prie.murmura André.— Jamais, André.Je viens te guérir.— Pourquoi?.Je suis si malheureux.La mort.— Tais-toi, ne parle pas ainsi.Je ne puis vivre sans toi, ne le sais-tu pas?— Tu as.Chariot! — Il ne vient qu'après toi dans mon coeur.Et il le comprend.— On dit cela, Lise, à un malade.— Il faut te reposer.Tu as trop parlé déjà.— Tu ne partiras pas.si je dors?J'ai.peur! — Je ne te quitterai plus jamais, je te l'ai dit.— Tu es bonne.et., si belle, Lise, plus.qu'autrefois.Et puis.— Dis ce que tu désires.Et puis?— Lise, ne laisse pas ta belle-soeur entrer dans la chambre.Je ne veux pas la voir.Elle m'a tant fait souffrir.Je voudrais.je voudrais.— Qu'est-ce que tu voudrais, mon André chéri?— La haïr! Haïr Perrine, qui me torture.qui ne peut pas m'aimer.—¦ Oh! tu es cruel.Ne parle pas ainsi.Promets-moi que tu la reverras.Elle est bonne, délicate.Elle se sacrifiera.— Non, non, Lise, je ne hais point Perrine.je ne le puis pas.je l'aime.et.je suis malheureux, oh! si malheureux.Oui, reste ainsi, tout près de moi.garde ma main.quand tu étais petite, c'était moi qui prenais la tienne quand tu voulais.dormir.Ma tendre petite soeur!.Lise.reste.ne.me quitte.Ces derniers mots sortirent avec difficulté, ainsi que de faibles souffles, puis le malade tomba dans un sommeil profond.Il avait sur les lèvres presque l'esquisse d'un sourire.Le médecin regardait le blessé avec attention, puis se tournant, il dit à Chariot: — Tout va bien.Ce sommeil va être réparateur.Mais, mon ami, veillez sur votre soeur, Je vais lui prescrire quelque chose de tonifiant.afin que ces émotions ne la rendent pas malade.Préparez-lui tout de suite, en attendant, mais là, tout de suite un cordial très énergique.Vous m'entendez?Oh! nos femmes de Ville-Marie, ajouta-t-il plus bas, quels êtres de courage et de tendresse ! — J'y vais, docteur, dit Chariot.Ma soeur a besoin, en effet, de refaire ses forces sans plus tarder.Le médecin se pencha sur Perrine.— Madame de Senancourt, ne restez pas agenouillée ainsi, le moins possible, en tout cas.Demeurez assise, ou étendue sur la chaise longue que je vois là-bas, et cela chaque fois que le malade dormira aussi profondément qu'en ce moment.Il faut m'obéir, Madame, n'est-ce pas?Vous voulez, je suis sûre, que vos soins durent.C'est le seul moyen.— Je vous obéirai, docteur.Et Perrine, se relevant, prit le fauteuil près du lit, s'y adossa, ferma les yeux, mais sans quitter la main de son mari.Elle prit le cordial que Chariot lui apporta.Puis, elle fit signe en souriant qu'on la laissât seule avec son malade endormi.XIII.— DENOUEMENT TRAGIQUE Deux mois se passèrent en des inquiétudes continuelles.Le blessé prenait du mieux durant quelques jours, puis, sans cause apparente, retombait dans son état d'inconscience et de faiblesse alarmante.Perrine se maintenait à son poste de garde-malade, avec quelle ponctualité admirable! Son dévouement n'avait pas de bornes.Sa patience égalait son espoir.Elle émouvait tous ceux qui l'entendaient.Elle se disait assurée d'obtenir de la Providence l'entière guérison de son mari.Peu importe le temps! Elle se sentait parfois, la pauvre Perrine, presque confuse de son bonheur triste, si triste.Mais que cela lui était doux d'envelopper de soins, de tendresse, de vigilance étroite, ce mari qu'elle aimait en ce moment comme s'il eût été son frère, son enfant.Il se montrait si faible, impuissant, dépendant d'elle à tout instant.Puis, durant de longues heures, elle le regardait, détaillait chacun de ses traits.Quelle douceur pour son coeur! Une nuit qu'André lui avait paru trop souffrant pour ne pas être veillé, elle s'était installée dans un fauteuil près du malade, sa main tendrement posée sur celle de son mari.Soudain, le blessé ouvrit tout grands les yeux et se mit à la considérer avec une insistance extraordinaire.On eût dit que l'intelligence du malade cherchait à reprendre son équilibre.Perrine se glissa à genoux près du lit.Elle passa tendrement sa main sur le front du blessé. L'OISEAU BLEU 307 — André, dit-elle doucement, pourquoi me regardes-tu ainsi?As-tu besoin de quelque chose?Veux-tu que je remonte tes oreillers?— Non.Je ne veux rien.Mais qui es-tu donc?Il me semble que ma petite soeur Lise.n'avait pas de si grands yeux bleus.ni un front si élevé.Sa bouche était tendre comme la tienne, cependant.Alors, tu es bien Lise?Dis?— Mon amour, pourquoi te fatiguer ainsi?Je suis près de toi.Je t'aime.Rien ne compte que cela.Je ne te quitte ni le jour, ni la nuit.— Lise, je viens de rêver.Sans doute que c'est un rêve, car j'ai eu l'impression.tout à l'heure,.que tu étais Perrine,.Tu me regardais avec amour, il y avait des larmes.dans tes yeux.Comme je suis malade!.Perrine.me regarder ainsi!.Ah! ah! ah!.Lise, Lise, tout tourne autour de moi.Oh! ma tête! qu'elle me fait mal.Lise, prends garde!.Oh! cet Iroquois, il veut s'emparer de toi.Attends, je vais me lever.Non, non, tu ne m'en empêcheras pas.Il fallut que Perrine appelât Chariot.Le malade devenait la proie d'un délire intense, et voulait constamment fuir.Vers le matin, il s'apaisa.Un sommeil lourd succéda à l'agitation de la nuit.Le médecin, à sa visite du matin, rencontra M.Souart, dans la chambre du malade.On lui rapporta la scène de la nuit.Le sulpicien-médecin augurait bien de cette demi-conscience d'André, qui l'avait fait distinguer un court moment, entre Perrine, sa femme, et Lise, sa soeur défunte.— Sans doute, répliquait le médecin.Mais ce premier effort n'a pu se maintenir, à cause d'un état de faiblesse général trop grand.Nous allons le tonifier sans tarder.— Docteur, demanda avec anxiété Perrine, que ferai-je s'il me reconnaît tout à fait et me chasse de la chambre?— Votre coeur vous inspirera, Madame.Sachez vous imposer.D'ailleurs, il manquerait lui-même bien vite du réconfort de votre présence, des soins auxquels son pauvre être physique s'est habitué.Quelles petites mains adroites et tendres vous avez, chère Madame, fit le médecin, ému malgré lui de la situation étrange où se débattait cette belle jeune femme.Il pressa sa main.— Oui, ma jeune cousine de Senancourt, reprit l'abbé Souart, est devenue une garde-malade des plus expertes, et en peu de temps.— L'amour, cher vénéré collègue et abbé, l'amour! Quel miracle n'opère-t-il pas toujours, fit le médecin en souriant paternellement à Perrine.— La charité est tendre, patiente, douce.Elle ne connaît pas de repos, elle., commente le bon M.Souart, un peu naïvement, un peu malicieusement aussi.— Mais vous me citez saint Paul, je crois.Bah! du moment que ma petite garde-malade tiendra le coup, peu importe nos définitions des mouvements du coeur.Venez, M.l'abbé, dans la pièce voisine.Je veux vous soumettre mes nouvelles ordonnances.Tout Ville-Marie s'intéressait et sympathisait au malheur qui frappait de nouveau la jeune épousée.La fatalité semblait vouloir sans cesse la séparer cruellement de son mari.On venait chaque jour aux nouvelles.De grandes conseillères d'abord, comme Mademoiselle Mance, Soeur Marguerite Bourgeoys, Madame Barbe de Boulongne d'Ailleboust; des amies très chères comme Mesdames Charles d'Ailleboust, Lambert Closse, Perrine de Bellêtre, Catherine Gau-.cher de Belleville, une parente assez proche de son mari, une nièce très chère du généreux M.Souart.M.de Maisonneuve venait parfois aussi, accompagné de son secrétaire, Claude de Bri-geac.Toutes ces attentions attendrissaient Perrine et Chariot, et leur aidaient à se maintenir confiants, pleins de courage.On parlait de plus en plus des attaques sournoises des Iroquois.Chacun se garait, mai?toujours, hélas! avec moins de prudence que le gouverneur de Ville-Marie ne le demandait, ne l'exigeait plutôt.Vers le vingt-huit du mois d'août, un mieux sensible et plus durable se manifesta enfin chez le malade.Il reprenait son ancienne physionomie, un peu sombre, presque douloureuse.Il gardait presque continuellement le silence.Seuls ses yeux parlaient à son insu.Ils suivaient Perrine avec une fixité assez troublante.Parfois, il passait avec impatience la main sur son front.On sentait que tout un travail se produisait dans l'esprit du malade, qu'il voulait se raffermir.Le soir de ce vingt-huit août, Chariot rentra très tard chez lui.II envoya Manette remplacer Perrine "bien entendu, re-marqua-t-il, si le blessé dormait, car il avait à parler à sa soeur tout de suite.Perrine accourut.— Qu'est-ce qui se passe, Chariot?Comme tu reviens tard! — Bah! Je viens de quitter le cousin Souart et M.l'abbé LeMaître, de Saint-Sulpice.Nous avons causé peut-être un peu tard, c'est vrai.Ah! l'on t'admire, va, ma soeur, l'on souhaite que tu réussisses en ta tâche.M.Souart est heureux également que les enfants de Lise t'aiment comme.la vraie maman que tu es pour eux."Oui, ai-je remarqué en souriant, si André guérit, mes enfants auront un foyer aussi sûr, aussi 308 L'OISEAU BLEU tendre que celui que Lise et moi avions voulu pour eux.Je puis partir.sans crainte., maintenant.Et Chariot, entourant sa soeur de ses bras, la pressa contre son coeur.— Mon frère, si tu parles ainsi, je ne t'écou-terai pas longtemps.M.Souart aurait dû te gronder de ton attitude coupable.oui, oui, coupable.Tes enfants ont besoin d'un père dévoué, courageux.Et ta petite Lise, songes-tu que son chagrin serait.serait terrible.— Oui, fit Chariot, en baissant la tête, c'est cette mignonne qui parfois me rattache à la vie.Quel coeur passionné et confiant elle possède déjà! — Mais qu'as-tu donc, ce soir?.Tu me parais d'une mélancolie inexplicable.Et justement je voulais t'annoncer que le médecin a paru plus que satisfait tout à l'heure.Le retour à un état mental normal s'affirme prochain chez André.Il suffira peut-être d'une légère émotion pour que la guérison définitive se produise.Cet après-midi, il est resté assis, dans son fauteuil, deux heures sans la moindre fatigue.Il ne m'a pas quitté des yeux, à son ordinaire.Mais tu penses bien que je me plaçais ou replaçais sans cesse à contre-jour.— Oui, Perrine, je crois que bientôt tu seras parfaitement heureuse.Vous vous aimerez comme Lise et moi nous nous aimions.Mais, écoute, si je t'ai priée de venir, c'est pour tout autre chose que pour deviser de notre situation présente ou future, je veux t'apprendre que demain matin, de très bonne heure, je quitterai ia maison.— Oui?Où vas-tu, mon frère?— Le Huron et moi, nous prendrons place au milieu de quatorze ou quinze ouvriers qui se rendent à la maison Saint-Gabriel, sous la conduite de M.LeMaître, cet intelligent et brave Sulpicien que j'aime beaucoup, tu le sais.— Mais qu'allez-vous faire là?— Tourner du blé mouillé! C'est urgent, paraît-il.Cela va m'amuser de me mettre à ce genre de travail.Entendant M.LeMaître en causer tout à l'heure avec M.Souart, j'ai proposé mon a'de et celui de mon serviteur.M.Souart a tenté de me dissuader.Il n'a pas confiance dans mes muscles, et me trouve bien pâle.Mais M.LeMaître m'a soutenu, ajoutant que cette tâche accomplie en plein air me serait salutaire.— Tout cela est fort bien, Chariot, mais est-ce prudent de t'exposer en ce moment?Nous avons besoin de toi, ici.Et si, quelque drame se produisait.— C'est par bonté, allons, ma soeur que tu dis cela.Tu n'as pas du tout besoin de moi, et tu le sais très bien.Je puis être utile.Je le suis par instants.Mais indispensable?Non, je ne le suis pas du tout.A toi seule, tu vaux toute une institution, ma soeur, conclut Char-lot en riant, et en pressant affectueusement la main de sa soeur.— Chariot, n'y va pas.Je te le demande sérieusement.— Mais pourquoi?Je ne sais,.mais mon coeur se serre en y pensant.— Tu es fatiguée, ma soeur.Vois-tu, ta tête commande trop à ton coeur.Celui-ci prend sa revanche quand il le peut.— Vous serez armés?— Comment donc! jusqu'à M.LeMaître qui m'a fait voir, en souriant, un excellent couteau qu'il se passera à la ceinture, pour faire plaisir à M.de Maisonneuve.Comme s'il allait s'en servir, le cher et saint homme! — Comme tu t'agites toujours, Chariot, tu veux ceci, cela.— Ne gronde pas, Perrine.Souhaite-moi bonsoir et bonne chance plutôt.Tiens, laisse-moi encore te faire connaître un détail rassurant.M.LeMaître, en sus de son couteau, aura son bréviaire.Il le récitera, en faisant un guet incessant, a-t-il promis.Tu vois! quelle image paisible j'offrirai demain à ton esprit si tu penses à moi: ton frère et ses compagnons de labeur, tournant du blé mouillé, tandis qu'un pieux ecclésiastique récite son bréviaire, en guettant les Iroquois.qui ne viennent pas.— Espérons-le, fit Perrine en soupirant.Alors, bonsoir, mon frère.— Embrassons-nous, Perrine.Tu me négliges, sais-tu, depuis quelque temps.André, il n'y a qu'André qui existe pour toi.— Tu sais combien tu m'es cher, Chariot.Ne plaisante pas ainsi.Je suis placée dans une situation si extraordinaire que tu devrais mieux me comprendre: — Bien.Tournons la page, ma soeur.Une question encore, cependant.Crois-tu que je réveillerais mes agneaux, si j'entrais dans leur chambre pour les embrasser dans leur lit?Je pars de très bonne heure, demain matin, je te le répète.Je veux entendre la messe, d'abord, puis déjeuner au Fort.— Tu veux entrer tout de suite,, chez les enfants?— Oui.— Tu peux le faire.C'est leur premier sommeil.Il est toujours lourd.— Allons, je m'y rends.A demain soir, Perrine, à six heures de relevée, sans doute.— Au revoir, sois prudent, mon frère, bien prudent, n'est-ce pas?De très bonne heure, le lendemain, Perrine sortit soudain d'un court, mais profond som- L'OISEAU BLEU 309 meil.Elle regarda vers le lit.Rien ne bougeait.Allons! André reposait bien maintenant durant la nuit, et prolongeait même son sommeil assez tard aux heures du matin.Perrine entendit tout à coup la porte d'entrée de la maison se refermer sans trop de bruit."Chariot est parti, se dit la jeune femme.Quel dommage que je n'aie pu échanger encore quelques mots avec lui." Elle se glissa hors de la chambre, non sans un dernier regard vers André qui dormait toujours paisiblement.Elle alla s'appuyer sur la large et unique fenêtre de la maison.Elle pouvait y apercevoir la modeste église de l'Hôpital, à peu de distance.Sa frêle cloche sonnait l'angelus en ce moment."Cinq heures!" murmura la jeune femme qui se signa et récita l'hymne de la Vierge.Puis, dans la clarté d'aurore d'une belle journée d'août, elle aperçut soudain son frère et le Huron déjà tout près de l'église.Que Chariot lui parut long, mince, droit comme un jeune pin, malgré son large chapeau et sa mante.Elle le vit s'engouffrer avec son compagnon sous le porche de l'église.Très pieuse, la jeune fille désira à cet instant s'unir aux prières de son frère.Elle prit son missel et l'ouvrit à la messe du jour.Le 29 août, jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste! Elle frémit un peu.Le souvenir sanglant de la mort du saint fit remonter à son esprit les pressentiments de la veille.Mais elle les secoua avec courage.Dieu veillerait sur son frère.Les paroles du graduel lui firent du bien."Le juste fleurira, y disait-on, comme le palmier, et il se multipliera., comme le cèdre du Liban." Le palmier! le cèdre! image qui convenait à la haute et mince silhouette de son frère, qui était un juste, certes, avec sa noble nature et ses croyances sincères, vécues.Mais d'autres mots, profonds de sens, tombèrent aussi sous ses yeux: "Le juste germera comme le lis et fleurira dans Véternité."Perrine tressaillit jusqu'au fond du coeur.Elle replaça le missel sur la cheminée et retourna vers la fenêtre où le soleil, enfin, pénétrait.Elle leva ses mains jointes vers l'azur qui éclatait de lumière: "Mon Dieu, supplia-t-elle, ne prenez pas auprès de Vous mon frère, pas maintenant."// fleurira dam Véternité*' reprenait-elle pourtant en son esprit, frappé, véritablement, par les paroles du prophète Osée, servant à la fête du jour.Une plainte de son malade la fit sortir de ce monologue, rendu émouvant par le sens qu'elle prêtait malgré elle aux textes des Saints Livres.Puis, les nombreuses occupations du matin, ceux du début de l'après-midi firent oublier à la courageuse jeune femme les angoisses qui l'avaient assaillie à son réveil.La visite du médecin rasséréna tout à fait Perrine.André allait si bien que son état mental pouvait redevenir normal d'un instant à l'autre.Le malade semblait heureux d'avoir souvent les enfants près de lui.Il sourit à Manette lorsqu'elle aida à la jeune femme à bien le hausser dans son lit et la remercia en lui tendant la main.Seule, son attitude vis-à-vis de Perrine ne changeait point.Il la considérait toujours d'un air douloureux et perplexe.Mais aussi, que la jeune femme jouait bien son rôle! Elle parvenait sans cesse à éviter la grande lumière.Dans l'après-midi, le malade se leva durant quelques heures.Il s'habilla seul.Il s'installa dans un fauteuil.Au bout de deux heures, les enfants le quittèrent de nouveau, et il s'assoupit les yeux fixés sur Perrine qui raccommodait, à peu de distance, une petite robe de percale appartenant à Lise.Le demie de quatre heures sonna à la haute montre d'horloge de la cheminée.Perrine soupira."Quand donc André, se demandait-elle encore et encore, sera-t-il tout à fait lui-même?" On frappa à la porte.Perrine ouvrit, un doigt sur la bouche à cause du malade endormi.Manette la pria de se rendre auprès de M.Souart, qui venait d'entrer et voulait parler tout de suite à Madame.Je vous remplacerai, Madame, auprès de votre mari" ajoutait la Normande, en détournant Une figure affreusement bouleversée et tirée.Mais la jeune femme ne le vit pas.Elle se hâtait à la rencontre du Sulpicien.En levant les yeux sur celui-ci, Perrine recula.Elle retint un cri.M.Souart avait les yeux pleins de larmes.— Qu'y a-t-il, Monsieur, est-ce que Chariot serait.— Non, non, mon enfant, il n'est pas mort mais blessé grièvement, j'ai peur.On le panse en ce moment à l'hôpital.Il insiste pour revenir ici.et vous demande sans trêve.— J'y vais, j'y vais.Oh! mes pressentiments prennent corps.Je le savais, je lui ai dit à Chariot que quelque malheur résulterait de son excursion.Et dans le coeur de Perrine s'entendait aussi les mots du Missel: "Le juste fleurira dans i éternité .— Courage, mon enfant! — J'en ai besoin, Monsieur l'abbé.Oh! comme mon coeur est sans cesse torturé! — La Providence vous sera secourable, car vous êtes la providence des vôtres.La pensée, d'ailleurs, que tous en ce moment s'appuient sur vous vous fera surmonter votre douleur.Vous avez une noble nature.Puis, je le répète, Dieu aide.qui aide, mon enfant.Merci, Monsieur l'abbé, murmura Perrine, qui s'était assise un moment, trop durement frappée en tout son être pour pouvoir tenter le moindre geste.Elle se raidissait; elle faisait 310 L'OISEAU BLEU appel à son énergie coutumière; elle essayait de toutes manières de réagir.Cousin Souart, reprit-elle enfin, que s'est-il passé au juste?Il me faut le savoir., en peu de mots, hélas! Je cours promptement à l'hôpital.0 mon malheureux Chariot!.Dites, dites vite, je vous en prie, bon cousin?— Voici, mon enfant, "en peu de mots, comme vous le désirez avec raison.Nos travailleurs, ce matin, s'étaient mis avec ardeur à tourner le blé mouillé; mais en laissant malheureusement leurs armes trop dispersées; M.Le-Maître, auquel ils avaient dit, apparemment, que les Iroquois n'étaient pas loin dans les environs de la maison de Saint-Gabriel, regardait duran?ce temps de part et d'autre, dans les buissons.En recherchant de la sorte, il s'avança.jusque dans une embuscade d'Iroquois.Ces misérables, se voyant découverts, se levèrent tout d'un coup, firent leurs huées et voulurent courir sur nos gens.Ce que notre bon M.LeMaître voyant, il se résolut, au lieu de fuir, de les empêcher de rejoindre nos Français, avant que ceux-ci aient repris leurs armes qui étaient éparses.Pour cela, M.LeMaître prit un coutelas avec lequel il se jeta entre nos gens et ces barbares, criant en même temps à nos Français qu'ils prissent bon courage et se missent en état de garantir leur vie.Les Iroquois, voyant ce prêtre leur boucher leur passage et faire obstacle au cruel dessein qu'ils avaient, le tuèrent à coups de fusils, non pas qu'ils eussent aucune crainte d'en être blessé, parce qu'il ne se mettait pas en devoir d'en blesser aucun, mais parce qu'ils ne pouvaient pas l'approcher pour le prendre vivant et qu'il donnait du courage à nos Français, et leur permettait de se retirer en bon ordre vers la maison de Saint-Gabriel." (1) — Ainsi, dit Perrine d'une voix basse, et combien triste, notre bon M.LeMaître est mort.Oh! mon Dieu! que de nobles victimes font nos ennemis! — Oui, mon enfant, notre maison de Saint-Sulpice est plongée dans la douleur, et tout comme dans cette maison, on y pleure.— Et Chariot?— Votre frère, avec sa générosité ordinaire, et sa fougue de soldat, aida beaucoup aux travailleurs en retraite.mais un Iroquois le guettait, paraît-il, ainsi que son Huron.Celui-ci, à un certain moment, s'approcha très près du buisson, où se tenait son ennemi, le fusil tendu.Chariot vit le danger.Il cria au Huron de se (1) Voir pour ce récit dramatique le texte de M.Dollier de Casson, P.S.S., dans son Histoire du Montréal (1640-1672).J'ai abrégé, mais bien légèrement modifié, les pages originales du premier historien de notre ville.garer, mais malheureusement il s'approcha lui aussi, beaucoup trop près du bois.Et alors.— Et alors?fit Perrine, haletante, en se levant et en posant des mains qui tremblaient violemment sur le dos de sa chaise.— Mon enfant.fit le Sulpicien alarmé, ne tremblez pas ainsi, je vous en prie.— Parlez, parlez, cousin Souart, de grâce?— Un compagnon de l'Iroquois au guet, le plus excellent tireur de la tribu, m'a-t-on dit, accourait à ce moment.Pour venger l'honneur de son compatriote dépité, il déchargea en un instant tout son fusil sur votre frère.Chariot tomba, atteipt au-dessus du poumon droit.Fou de douleur, son serviteur Huron, nonobstant le péril qui l'entourait, le saisit dans ses bras et s'enfuit avec lui, en hurlant de désespoir.Il atteignit en peu de temps la maison de Saint-Gabriel, où tout de suite, quelques soins furent prodigués au blessé.Ce qui fait, mon enfant, que nous pourrons le conserver.encore.plusieurs heures, peut-être.— Mon Dieu! Mon Dieu! gémit Perrine.Quelques heures!.Seulement quelques heures! Tout à coup, ses larmes jaillirent, lourdes d'abord, puis se pressant de plus en plus dans ses yeux.M.Souart poussa un soupir de soulagement.Il attendait depuis quelques minutes cette réaction physique chez la jeune femme.Il s'effrayait de la voir si lente à se produire.Mais l'énergique Perrine, tout en essuyant, ou en laissant couler ces larmes, agissait, ordonnait tout.Elle appela Manette.Elle la chargea de préparer la chambre de Chariot "qui avait été blessé," apprit-elle, d'une voix sans timbre.On allait le transporter ici, dans une demi-heure peut-être.— Et Monsieur André, Madame?Il dort en ce moment, c'est vrai, mais s'il s'éveillait.Chariot tomba, atteint au-dessus du poumon droit. L'OISEAU BLEU 311 Pierrot et Lise se précipitèrent à cet instant dans les bras de leur tante.Ils avaient entendu la dernière phrase de Perrine et savaient que leur père était blessé.— Maman, maman, cria Lise en pleurant, viens,.viens, avec moi.trouver mon.papa chéri.— Et moi, j'irai aussi, fit Pierrot, qui était tout pâle et serrait les poings pour ne pas éclater en sanglots comme sa soeur.M.Souart, très ému, se retira près de la fenêtre.— Mes petits, dit Perrine avec sa douce autorité, non, vous n'allez pas venir avec moi.Tandis que je ramènerai votre papa, vous allez m'aider.11 faut que tout soit prêt, quand j'arriverai.Toi, Pierrot, tu vas aider à Manette à ranger la chambre de papa.— Et moi, maman Perrine?demanda la petite fille, en réprimant avec un courage étonnant ses pleurs et ses supplications.— Toi, ma mignonne, tu vas t'asseoir dans la chambre de l'oncle André, et dès qu'il s'éveillera, tu appelleras Manette.Tout en parlant, Perrine, aidée de la Normande, mettait une dentelle sur ses cheveux et une mante sombre sur ses épaules.Puis elle se retourna vers le Sulpicien.Cousin Souart, que ne suis-je déjà à l'hôpital?Vous venez?XIV.— LA FIN DE CHARLOT La petite Lise avait obéi ponctuellement à Perrine.Elle se tenait assise non loin du malade.Mais bien vite, elle fut reprise par son chagrin.Elle se mit à pleurer, en étouffant avec peine ses sanglots.Elle sursaute tout à coup.L'oncle André parlait.— Qui pleure ici?demanda-t-il.La petite ne répondit pas, effrayée d'avoir éveillée le malade.— Qui pleure?répéta doucement celui-ci.— C'est moi, oncle André, dut lui apprendre la pauvre mignonne.— Moi?.C'est Lise, ce petit "moi", n'est-ce pas?Viens près de l'oncle, ma chérie?— Je vais aller chercher Manette.Tu es éveillé.Maman a ordonné de l'appeler dès que tu ne dormirais plus.— Non, non, petite, je veux te parler avant.Lise s'approcha en essuyant ses yeux navrés, et agrandis par l'effroi.— On a un gros chagrin, mon amour, dit le malade, en pressant la petite fille contre lui.— Oh! oui, répondit-elle.Puis, surprise, elle s'exclama.Oncle André, vous me parlez comme autrefois.Est-ce que tu es guéri, bien guéri?— Oui, petite, l'oncle André sent sa pauvre tête toute revenue.— Maman, qu'elle sera heureuse! oh! oui, bien, bien heureuse, va.Elle t'aime tant.— Ta maman, fit le malade, en tressaillant, ta maman, mais elle est.morte, mon bébé, voyons.— Ça n'est pas ma vraie maman, non plus.— Je ne te comprends pas, petite.— Non, eh bien, ma nouvelle maman, je vais te l'expliquer, avant que tu sois malade, elle s'appelait.tante Perrine, quoi! Mais qu'as-tu, oncle?.Tu ne vas retomber malade?.Oh! enlève tes mains sur tes yeux, veux-tu?J'ai peur.— Ma petite Lise, dit alors avec effort, André de Senancourt, en dominant le mieux qu'il put son émoi, je ne serai plus malade, ne crains pas.Mais veux-tu répondre à d'autres questions?Oncle en serait si content.— Oh! oui, car sans cela, je suppose, tu seras encore souffrant.— Est-ce tante Perrine, dis-moi, mon ange, qui m'a soigné durant ma longue, ma terrible maladie?— Oui, oui.Et même, elle ne voulait pas se faire remplacer par petit Père, la nuit.Je les ai entendus discuter.Petit Père grondait.— Oh! ma Perrine chérie!.murmura à voix très basse André de Senancourt.Puis, serrant tout près de lui la petite Lise, il demanda encore: — Où est tante Perrine, en ce moment?La petite, au lieu de répondre, se mit à pleurer.— Mais, mon amour, qu'y a-t-il?Dis-le, à l'oncle, car il est guéri, bien guéri, comme tu as dit.— Petit Père, fit l'enfant, au milieu de ses sanglots, petit Père.a été.blessé, cet.après-midi.il va revenir.ici., tout à l'heure.avec tante Perrine.Elle est allée le chercher avec le cousin Souart.Manette.et.Pierrot.préparent la chambre, Oncle.ne me sers.pas ainsi! Oh! j'ai peur! Manette! cria soudain la petite fille.— Chut! ma petite fille.Vois, l'oncle va mieux.Il se lève.Il va se préparer lui aussi à revoir ton papa chéri.Manette entrait dans la chambre à ce moment.Elle poussa une exclamation de surprise.— Monsieur André! Vous êtes guéri! Oh! Monsieur André! — Oui, Manette, mais je ne suis pas vaillant encore.— Que la pauvre Madame en sera heureuse-Mais le malheur, un autre malheur fond sur nous.Vous ne savez pas que.Oh! je n'ose parler. 312 L'OISEAU BLEU — Manette, je sais tout, ou à peu près.Les pleurs de cette enfant et quelques interrogations m'ont fait comprendre tant et tant de choses, des choses si belles, et des choses si tristes., douloureusement tristes.Ah! j'entends du bruit.Allez, allez, Manette.Je vais me jeter sur le divan quelques instants.Je veux penser encore à ces événements.Ma pauvre tête est d'aplomb, sans doute, mais elle s'affole encore un peu.Avec quel soin on avait transporté, puis étendu Chariot dans son lit.Il était conscient.Mais ses yeux étaient fermés, et de temps à autre un court gémissement lui échappait.Au pied du lit se tenait le Huron, impassible, mais les yeux rivés sur Chariot.Assise dans un fauteuil, tout près du blessé, Perrine suivait des yeux le chirurgien qui examinait de nouveau la blessure.— Eh bien, docteur?fit-elle en se rapprochant du chirurgien de Ville-Marie, Etienne Bouchard.Il haussa les épaules, tout en replaçant ses instruments dans sa trousse, puis il se dirigea vers la porte.Perrine l'y suivit.— Dites-moi la vérité, docteur.Ne craignez rien.— Madame de Senancourt, votre frère.votre frère est entre les mains de Dieu.— Il est fini, n'est-ce pas?C'est cela que vous n'osez me dire?Le médecin ne répondit pas.Il presssa la main de la jeune femme.— Je comprends, fit Perrine, en pâlissant.— Accordez-lui tout ce qu'il demandera, tout, vous entendez, Madame?— Oui, docteur.Vous reviendrez ce soir?— Vous me ferez demander, si vous le jugez nécessaire.Puis, vous aurez M.Souart.Il ne vous quittera pas cette nuit, m'a-t-il assuré.Au revoir et courage madame.Et le médecin sortit.— Mon Dieu, mon Dieu! gémit la pauvre Perrine.Une plainte profonde échappa en ce moment au blessé.Il ouvrit les yeux.— Perrine! appela-t-il faiblement.— Me voici, mon frère.Que veux-tu?— Voir mes petits.André, dis-lui adieu.pour moi.plus tard.Mais.mes petits, je veux les voir! — Tout de suite?— Oui., cela presse.Je ne veux pas qu'ils me voient.mourir.Pourquoi pleurer, ma soeur?La mort, les soldats la connaissent.si bien! La mort.elle me réunira à Lise, à.l'autre aussi.que j'aimais tant.Là-haut.tous.tous.— Ne parle plus.Je vais faire tout ce que tu veux.— Envoie mon Huron.pour les petits.ne me quitte pas.toi.jusqu'à.la fin, avec mon fidèle Huron.et cousin.Souart! Perrine donna des ordres au sauvage, qui sortit immédiatement.Il revint accompagné de Manette et des enfants.— Approchez-vous, mes petits, fit doucement la tante Perrine.Mais ne touchez pas au lit.La blessure de votre papa est si grave.Il ne faut pas que rien la secoue.— Je voudrais embrasser Petit Père, maman Perrine, oh! laissez-moi embrasser, mon papa chéri, suppliait la petite voix de Lise.Chariot ouyrit les yeux.Quelque chose comme un sourire passa sur sa figure, et deux larmes glissèrent lentement de ses yeux.Perrine fit un signe.Les enfants se penchèrent sur le front du blessé.Ils s'agenouillèrent ensuite près de lui.La petite Lise s'empara de la main de son père.Elle la caressa, la baisa, colla sa joue brûlante sur elle.— Mes petits, mes bien-aimés.dit Chariot avec peine.Je m'en vais.vers votre maman.Aimez de tout votre coeur.tante.tante Perrine.car elle vous chérira comme l'oncle.André.et en souvenir de.de moi.Allez, maintenant.mes amours! — Petit Père, souffla tout bas, Lise, laisse-moi rester ici.tenir ta main.où emmène-moi, où tu vas! —Lise, fit le malade.absent., présent.l'esprit de ton papa.que tu chéris.sera toujours.avec toi.Toujours!.n'oublie jamais cela.Perrine, prends ma petite fille, conduis-la toi même.à Manette.Reviens.tout de suite! — Petit Père, prononça à son tour Pierrot, je serai brave et bon comme toi.toujours! Je te le jure! Chariot regarda longuement son fils, leva la main, puis ferma les yeux.Bientôt, ses plaintes recommencèrent.Le délire fit son apparition.M.Souart arriva.Les derniers sacrements devaient être reçus.Manette prit à part M.Souart, avant qu'il eût pénétré dans la chambre du malade.Elle le mit au courant de l'état d'André.— Et la jeune Madame sait-elle la nouvelle?— Pas encore.Monsieur André voudrait vous voir avant.Cela m'a été facile de tout cacher.Madame m'a ordonné de la remplacer auprès de Monsieur André jusqu'à ce que vous soyez ici.Puis, son pauvre frère ne lui permet pas de s'éloigner un seul instant de lui.Est-ce assez triste tout cela, Monsieur le Curé?J'en ai le coeur chaviré.— Nous sommes tous frappés comme vous, en ce moment, je vous assure, ma bonne fille. L'OISEAU BLEU 313 Allons, je me rends chez le capitaine de Senan-court.Chariot, hélas! ne reprit plus connaissance.Après une courte agonie il expira, après une dernière absolution de M.Souart, vers minuit, le même soir.Perrine lui ferma elle-même les yeux, puis recouvrit son corps d'un drap.M.Souart lui fit signe alors de s'éloigner.Elle le vit s'agenouiller, ainsi que le Huron, qui n'avait point voulu bouger jusque là, sentinelle émouvante demeurée au pied du lit du maître qu'il adorait et qui était mort parce qu'il avait voulu le sauver, lui, un pauvre sauvage.C'est en chancelant et aveuglée par les larmes que Perrine était sortie de la chambre, où venait de mourir son frère.Une voix profonde, émouvante l'appela soudain.— Perrine, ma bien aimée! La jeune femme porta la main à son coeur.Qui donc?Oh! qui donc pouvait lui parler ainsi?Lentement, elle se retourna.André, son mari, se tenait à la porte de sa chambre, les bras ouverts, tendus vers elle.— Perine, ma bien-aimée! là.et par toi.Ma bien-aimée, oh! viens, viens à moi! Tu souffres tant! Avec un cri, la jeune femme voulut aller se jeter sur le coeur de son mari.Elle défaillit.Manette accourut.Elle aida André à transporter sur le divan la jeune femme et lui bassina ensuite le front avec de l'eau fraîche! Le capitaine de Senancourt s'accusait de maladresse.— La pauvre petite Madame n'est pas habituée au bonheur, c'est cela plutôt, Monsieur André.Mais voyez, elle revient à elle.Faites-lui prendre un verre de ce vieux vin, je vous en prie, Monsieur.Je m'éloigne, moi.Si les petits allaient se réveiller.Ils ont déjà eu tant de mal à céder à la fatigue.Perrine ouvrit tout grands les yeux et regarda avec surprise, André, agenouillé près d'elle.— André! Enfin!.Tu m'es rendu! — Prends ce vin pour te réconforter, mon amour.Il le faut.Tu me feras plaisir.Allons, fais un effort.Bien! — André, qui t'a appris?.Tout?Tu sais.oh! tu sais que Chariot.n'est plus.Mon Dieu! mon coeur est déchiré.Ce n'est pas possible!.André de ne plus voir, mon frère, de ne plus l'entendre rentrer chaque soir, et m'appe-ler.de sa voix.pleine de'ntrain.André, pourquoi Chariot, m'a-t-il ainsi quitté?.Oh! Char-lot, Chariot!.Et Perrine se prit à sangloter convulsivement.André la prit tout contre lui.Il laissa un moment ce chagrin étouffant s'exprimer.Puis, avec autorité, il prit entre ses mains la figure tirée, pâlie, couverte de larmes.— Perrine, ma bien-aimée, il faut, tu m'entends, il faut que tu domines ta peine.Pour les petits de Chariot d'abord, car dès demain, ils auront besoin de toi.Puis, un peu pour moi, mon héroïque petite infirmière.Je ne suis pas encore vaillant.Ma chérie, Chariot te parlerait-il autrement que je ne le fais?.Non! ne t'éloigne pas encore.Je t'en prie?Appuyé sur toi, je veux voir tout de suite Chariot.Le premier.de là-haut, hélas! il doit nous voir ainsi.Ne l'a-t-il mérité?Ne le désirait-il pas par-dessus tout?— Comme tu souffres, toi aussi,.André! Cela te fera mal cette visite.— Non! Songe que je n'ai pu revoir Char-lot vivant.répondit-il d'une voix rauque.en détournant son regard.— Nos coeurs sont unis, à l'ombre de quelle douleur, André! — Oui, mon aimée, mais ils s'enveloppent aussi de la bénédiction de ceux qui nous ont quittés, qui nous aiment dans une telle clarté révélatrice!.Puis, souvenons-nous que Char-lot est mort, comme il le désirait.En héros du coeur et de l'action! Il craignait tant de succomber à quelque maladie, fin moins digne, peut-être, de son courage, de sa courte existence de soldat, pleine de gestes de vaillance.— André.tu es bon.ta voix me réconforte.Mon coeur, brisé, torturé, oh! il n'a plus que toi maintenant, toi.et les petits! Garde-le bien! — Le coeur de ma Perrine! si héroïquement dévoué, tendre, discret, vigilant.il y a longtemps que je le veux ainsi tout à moi.Dieu soit béni, en cette joie.comme en notre grande et commune douleur.Marie-Claire DAVELUY Montréal, 6 mai 1937.RIONS UN PEU — Lucette, vous savez ce que c'est qu'une lacune?— Oh! oui, Mademoiselle.Je suis allée à Venise, où il y en a des quantités.jjî îjî îjc Marie découpe un morceau de carton* — Que fais-tu là?lui demande Charles.— Un baromètre.— Un baromètre! Comment t'en sers-tu?— Je le mets sur la fenêtre.— Et puis?—Et puis, je le regarde: s'il est mouillé, c'est qu'il pleut; s'il est sec, c'est qu'il fait beau. 314 L'OISEAU BLEU Courrier de la Fauvette LE TACT Il est une qualité, chers amis, dont je vous veux parler, celle qui va de pair avec le jugement et qui s'appelle le tact.Parfois, au cours des vacances, vous serez, malgré vous, aux prises avec des circonstances où vous devrez déployer toute votre perspicacité naturelle ou acquise, qui n'est rien autre que le tact.Tact veut dire sagacité, finesse d'esprit.C'est ce doigté habile qui régit les paroles, les gestes, les actions de l'homme de jugement.Nombreuses sont les personnes privées de cette qualité si nécessaire au complément de l'être humain en tant que perfectionnement du coeur et de l'esprit.Chez les uns, elle est innée; chez les autres, il y a pitoyable carence.Aussi est-il très difficile à ces derniers d'acquérir cette habileté de l'esprit qui dicte la règle de conduite à suivre en telle ou telle circonstance, par exemple, un "tacet" à garder, une saillie à lancer, un rien à réprimer, un sourire à faire épanouir, un service à rendre et que sais-je encore?qui puisse inspirer le talent de l'à-propos.C'est ce frein qui arrête, en un coeur bien né, toute médisance ou calomnie.c'est ce déclic qui suspend à temps toute parole inconsidérée, toute gaucherie.Elle empêche, en un mot, qu'on "se mette les pieds dans les plats." C'est ce "juste à point" qui prévient tout faux pas regrettable ou préjudiciable à autrui, à sa réputation, à sa sensibilité, à tout ce qui le concerne.Comment alors acquérir cette qualité du tact, d'une nécessité si évidente?Tout d'abord, au premier plan, il faut placer la réflexion, qui met l'intelligence en activité.Par son opération, l'intellect examine à fond les pensées à énoncer, les paroles à dire, les actes à poser.L'esprit acquiert l'habitude de raisonner, de soupeser, d'agir à point.Elle engendre l'attention, la surveillance de soi-même et inculque à la volonté une maîtrise louable.Le deuxième remède à tout défaut de jugement est de déraciner en soi cette dose d'égoïs-me qui constitue le fond de tous et de chacun.L'absence d'amour de soi fait qu'un intérêt plus grand converge vers autrui à qui l'on pardonne plus aisément les travers et les torts.L'on excuse alors plus obligeamment l'esprit de son prochain, même.quand il n'en a pas.L'habitude du monde est aussi indispensable au développement du tact.Elle met à nu les roueries de la société, y fait découvrir les angles et les aspérités, brise les susceptibilités, apprend la nécessité de nuancer ses appréciations, de modifier ses opinions et met en exercice "l'art des concessions mutuelles".Elle apprend la nécessité de posséder de l'entregent.L'esprit d'observation est aussi facteur actif dans l'acquisition de cette qualité de l'à-propos.Mettons à profit les faits et gestes des uns et des autres, afin d'éviter, de supprimer même ce qui est de nature à déplaire ou à choquer.afin de ne pas donner, tête baissée, dans les mêmes écarts ou faux pas que nous reprochons à autrui.Cette causerie, amis, revêt air d'austérité et porte figure un peu terne.Laissez-moi vous en condenser en deux mots la substance et retenez, afin de les méditer au besoin, ces paroles riches de sens qu'une maman adressait dernièrement à l'une de ses grandes filles: ".savoir parler, agir et se taire à propos!" Joveuses vacances d'été à tous! Cousine FAUVETTE Correspondance Jeune Naturaliste.— Succès à vos prochains examens et amitiés de Fauvette.Mimi-Blanc-Blanc.— Vacances reposantes à mie Blanc-Blanc.Il est juste que vous vous reposiez du labeur soutenu que vous avez apporté au cours de cette année scolaire.Puissent vos chers élèves vous avoir 4onné entière satisfaction et joies goûtées.Sincères amitiés de Fauvette.Abeille de Marie.— Fauvette souhaite à sa fidèle amie santé, repos, vacances goûtées, consolations au milieu des âmes dont vous avez charge.Union de prières toujours.Jean-Louis G.— Succès aux examens de juin.puis vacances "au vert" reposantes et intéressantes au milieu des chers vôtres.Saluts de Fauvette.Ariane.— Affectueux souvenir à l'amie que Fauvette aime bien.Je vous écrirai bientôt-Amitiés.* * * Soeur Jeanne me prie de vous faire savoir que les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal : Simone Potvin; Berthe Larouche; Gemma Gamache, Plessisville; Bernadette Lemieux, Edmonton; Henriette Warren; Seule; P.Go-beil, Chicoutimi; Marguerite des Champs, Worcester, Mass.; Simone, Chicoutimi; Colombe Mongeau; F.Lacoursière, Trois-Rivières; Mademoiselle X, Saint-Samuel; M.-A.Tremblay, Chicoutimi; Marguerite Larouche, Saint-Basile.Soeur Jeanne et Fauvette saluent amicalement leurs nombreux correspondants.C.F. L'O I SEAU BLEU 315 Concours de juin-juillet MOTS CROISES 123456789 10 HORIZONTALEMENT 1—Vêtements que les enfants et certains ouvriers mettent par-dessus un autre, pour garantir ce dernier.2—Attacha avec un lien — escarpé, fig.difficile.3—Imprégné de dissolution d'alun — autrefois, grand vassal du roi.4—Cavalier en sentinelle; personne qui devance les autres, prépare leur action — article simple.5—Se transportera d'un lieu dans un autre — voyelles — nom propre féminin.6—Dénué d'esprit, de jugement — nom vulgaire d'un singe américain, dit aussi capucin.7—Fille d'Uranus, déesse de la mémoire et mère des Muses.8—Préposition, mis pour en les — mot latin, signifiant personne.9—Partie dure et solide qui forme la charpente du corps de l'homme et des animaux vertébrés — faire cuire à sec à la broche ou sur le gril.10—Espace qui, au milieu des déserts, offre de la végétation — préposition.VERTICALEMENT 1—Système politique dont le but serait de réunir en une seule autonomie tous les Slaves.2—Extrémités des ailes.3—Mot latin signifiant: louez — partie dure et solide qui forme la charpente du corps de l'homme.4—Adverbe de négation — conjonction de condition.5—Affection et respect pour les choses de la religion — pronom indéfini.6—Entrelacer régulièrement les fils de — 7—Coup de la main — nom de quatre héros de chevalerie qui firent des prodiges de valeur sous Charlemagne.8—Consonnes et voyelle — genre de passereaux, comprenant de petits oiseaux à plumage gris, au chant agréable.9—Magistrat municipal d'une grande ville moderne.10—Genre de caprifoliacées, à bois rempli de moelle et à fleurs aromatiques — colère, en poésie.L'OISEAU BLEU, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada.Solution du problème de mai 1937 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 il 12 1 m A i s o n n e u v e m 2 o m d o l ¦ ¦ p r i s e 3 n o e m i ¦ b i ¦ s ¦ t 4 t r a m e r a m d m m a 5 r a l e r ¦ i s o l a t 6 e n m r ¦ II s u ¦ u n s 7 a g A ¦ a v e r s ¦ c ¦ 8 l e r o y e r ¦ u s e r| 9 ¦ s u r e t m m i e m u 10 m ¦ m n z u t ¦ t ¦ e s 11 a i s e II il o b e r a 12 i f m r e n t y ¦ e u ê Gagnants du Concours Le sort a favorisé: 1.—Mlle Rita Pilette, Mont-Notre-Dame, Sherbrooke, P.Q.2.—Mlyle Marie-Rose Bélanger, 2275, rue Fullum, Montréal.Ecole Sainl-Eusèbe.3.—Mlle Cécile Farmer, Saint-Polycarpe.4.—Mlle Gemma Thibault.83, avenue des Oblats, Québec.Académie de Notre-Dame Saint-Sauveur.5.—Mlle Louisette Senécal, 1430, rue Bourbonnière, Montréal.Ecole du Saint-N om-de-J ésus.6.—Mlle Gertrude L'Heureux, 6830, rue Boyer, Montréal.Académie Saint-Arsène.* * * La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a fait parvenir la somme de cinquante sous à chacun des heureux gagnants. 316 L'OISEAU BLEU Une page d'histoire MONSEIGNEUR PROVENCHER 1787-1853 LE FONDATEUR DE L'EGLISE DU NORD-OUEST Joseph Norbert entrait à l'école gratuite de Messire Alexis-Basile Durocher, curé de Nicolet; elle venait d'être ouverte le 10 mars 1801.Le jeune garçon avait alors quatorze ans, étant né le 12 février 1787.Jean-Baptiste Provencher, son père; très attaché à sa terre, et Elisabeth Proulx, sa mère, se consolèrent de le voir quitter leur foyer — il était le sixième de leurs douze enfants — à l'instigation d'un oncle à l'aise et sans héritier.Tous deux nourrissaient l'espoir qu'il pourrait s'instruire plus aisément.L'école élémentaire se transforma, pendant l'été de 1803 en école latine.C'est à cette date que remonte la fondation du collège de Nicolet.Ses études classiques terminées, il entra dans le sacerdoce; il fut ordonné prêtre à ^ Québec le 21 décembre 1811.Il était 9 curé à Kamouraska lorsque Monseigneur Plessis mit son dévouement à l'épreuve en lui confiant la mission de la Rivière-Rouge.A peine y est-il arrivé que son premier soin est de pourvoir à l'instruction des enfants.Son humble maison-chapelle fut le berceau de la magnifique école qui porte aujourd'hui son nom à Saint-Boniface.Il fut le premier instituteur, le premier éducateur de cette région' de la Rivière-Rouge.Une fois sacré évêque, le 22 mai 1822, son souci constant fut de diriger vers les études classiques les jeunes gens les mieux doués, de faire naître en eux la vocation sacerdotale, bref de former une élite en vue de préparer et d'assurer l'avenir.L'instruction des jeunes filles n'en préoccupe pas moins l'intrépide évêque-missionnaire.Des obstacles presque insurmontables entravent le développement de son oeuvre, en retarde l'épanouissement.Qu'importe! Il réussit à fonder une école dirigée par des institutrices laïques.Après vingt années de démarches répétées, de sollicitations pressantes, il obtient enfin la collaboration des Soeurs Grises de Montréal pour ses chères missions.Vers le même temps, les infatigables missionnaires Oblat de Marie-Immaculée entreprennent l'évangélisation des tribus sauvages de l'ouest et du nord du Canada.Apôtre selon le coeur du Christ, il avait su gagner l'estime des hommes d'Etat et' le respect des indigènes.Il mourut le 7 juin 1853.Cette vie si active doit- servir d'exemple aux Canadiens français s'ils veulent accroître leur influence et fortifier leurs institutions nationales.La Sauvegarde, seule compagnie canadienne-française d'assurance sur la vie, compte sur leur appui le plus efficace.L'encourager, c'est contribuer au développement économique du Canada français. L'OI SEAU BLEU 317 TABLE DES MATIERES AOÛT-SEPTEMBRE 1936 JUIN-JUILLET 1937 A la crèche (poésie).A la Langue française (poésie) Au Cercle des Oisillons.Appel au paysan laurentien.Au pays des géants et des fées.Avis important.A vol d'oiseau.Charles Péguy.130 Albert Lozeau.234 XXX.155 Fr.Marie-Victorin.299 .249 Le Directeur de l'Oiseau bleu.45, 267 .C.F.146 Barbe-Bleue (Conte de fées).Bienville (Jean-Baptiste LeMoyne de).Bons mots.Cendrillon (Conte de fées).Cœur donnant.Comment on gagne une cause.Concours d'enseignes.Concours mensuels.Contes populaires du Canada.Correspondance.Des noces d'or.Deuxième Congrès de la Langue française à Québec Deux pauvres petits enfants.Finaud.Gagnon (Ernest).Gagnon (Ferdinand).Gélinas (Thérèse).Gymnastique orale.(Illustration) Charles Perrault.34 Illustration.287 12, 19, 50.72, 81, 90, 142, 184, 187, 188, 215, 217.249 .(Illustration) Charles Perrault.99 .179 Edouard-Z.Massicotle (Illustration).40 .Le Directeur.136 .27, 60, 94, 125, 157, 158, 189, 190, 199, 285, 315 .Le Directeur de l'Oiseau bleu.2 .Fauvette.19, 49, 81, 115, 147, 179, 217, 251, 283, 314 .Illustration.37 .153, 273 .Hortense Dulac.9, 41, 76, 105, 137, 169,201,233,265,295 .G.de l'Espoir.92 .Illustration.31 .Illustration.63 Pierre Delean.187 .155 Hébert (Louis-Philippe).Illustration.127 Histoire vraie.de champignons.C.F.282 Ils ont besoin de vous.200 Jeux de cartes — Encyclopédie —.168 La Belle au Bois dormant (Conte de fées).(Illustration) Charles Perrault.163 La côte d'émeraude.Marie-Rose Turcot.185 La Girafe (poésie).Miguel Zamacoîs.174 La Jeunesse qu'il nous faut (poésie).•.Cardinal Villeneuve, O.M.1.162 La légende du chevrier.J.-M.Néris.154 L'âme de l'automne (poésie).Albert Fer land.75 L'amitié.C.F.178 La page des philatélistes.Un ami des jeunes philatêUsles 59, 91 j 111, 143, 175, 206, 252, 284 L'appel de l'école.L'Oiseau bleu.6 Latulippe (Monseigneur Élie-Anicet).Illustration.95 La vie est un livre qui n'a qu'une édition.Jean La-pointe.156 Le bon parler.153 318 L'OISEAU BLEU Le chasseur à la ficelle.188 Le Chat botté (Conte 'de fées).{Illustration) Charles Perrault.66 Le Cœur de Perrine (Feuilleton).Marie-Claire Daveluy 20, 51, 82, 116, 148, 180, 210, 242, 274, 302 Leçon de botanique.Mme L.Dunaud.300 Le Petit Poucet.(Illustration) Charles Perrault.3 Le Questionnaire de la Jeunesse.Abbé Etienne Blanchard, 16, 46, 78, 112, 144, 176, 208, 268 Le salut au drapeau.253 Le sapin de Noël (poésie).Nérée Beauchemin.98 Les Cercles des Jeunes Naturalistes.Marcelle Gauvreau 13, 43, 73, 108, 139, 171, 203, 235, 270, 299 Le tact.C.F.314 Les trois Souhaits.(Illustration) Mme Leprince de Beaumont.290 L'Oiseau bleu (Conte de fées).(Illustration) Mme d'Aulnoy.131 Mitou apprend à compter.Cécile Mallei.y.165 Mon aïeul.G.de l'Espoir.122 Mon premier gilet.G.de l'Espoir.167 Noël canadien.102 Nos plaques historiques.Etienne de Lafond.28, 55, 88, 123, 219, 229, 260, 291 Papineau (Louis-Joseph).Illustration.159 Peau d'Âne (Conte de fées).(Illustration) Charles Perrault.226 Peltrie (Mme de la).Illustration.255 Pensées.39, 142, 158 Père Matthieu.C.F.216 P'tit Jean et le Cheval blanc (Conte de folklore).(Illustration) Viator.194 Pierrot.Marie-Rose Turcot.218 Pierrot part en voyage.Marie-Rose Turcot.294 Pour rire.15, 190 Pour s'amuser un brin.207 Propagande.58, 69, 104, 166 Promesses patriotiques.253 Provencher (Monseigneur).Illustration.316 Quelques souvenirs d'un grand homme d'État.Edouard-Z.Massicotte (Illustration).72 Qui connaît cet apôtre ?.C.F.48 Qui s6me récolte.L'Oiseau bleu.90 Rapaillages.C.F.250 Récréons-nous.40, 87, 93,111,153,168,170, 205, 232, 264 Rions un peu.42, 61, 71, 89, 101, 103, 110, 135, 153, 157, 174, 189, 202, 222, 249 Riquet à la Houppe (Conte de fées).(Illustration) Charles Perrault.258 Rosette et sa marotte.J.-M.Nêris.70 Routhier (Adolphe-Basile).Illustration.223 Serez-vous à la page ?.Fauvette.18 Souvenirs d'enfance.G.de l'Espoir.• 25 Tardivel (Jules-Paul).Illustration.191 Un bon mot héroïque.•.' ' Un ours.en visite.C.F.80, 114 Une humble maisonnette (poésie).Blanche Lamontagne-Beauregard.36 Une initiative à imiter.Pierrette Moore.253 Une leçon de patriotisme.Abbé Lionel Groulx.7 Une ouverture de session.(Illustration) EdouardrZ.Massicotte.135 Une Révolte au pays des Fées.Marie-Louise d'Auteuil.68 L'OISEAU BLEU 319 ÉCOLE TECHNIQUE 200, RUE SHERBROOKE OUEST MONTRÉAL COURS DU SOIR Préparant aux carrières industrielles les plus diverses.Enseignement théorique et pratique.Laboratoires et ateliers des mieux outillés.L'Ecole décerne des certificats d'aptitude professionnelle aux élèves qui suivent une série de cours se rapportant à leur spécialité.Mathématiques appliquées Conversation anglaise Electricité (ateliers) Radio (pratique) Dessin à vue (croquis, couleur) Plomberie (ateliers) Ferblanterie (théorie) Forge (ateliers) Ingénieurs stationnaires Menuiserie (ateliers) Modèlerie (ateliers) Estimation en construction Soudure autogène Automobile (mécanique et électricité) Moteurs d'aviation Réfrigération Imprimerie (presses) Mécanicien de machines fixes Tracé du meuble Ebénisterie (pratique) Chimie industrielle Electricité théorique Radio (théorie) Dessin industriel (tout genre) Plomberie et chauffage (théorie) Ferblanterie (ateliers) Ajustage (théorie et pratique) Fonderie (ateliers) Peinture d'enseignes Charpente (ateliers) Construction et lecture des plans Tracé en menuiserie et construction Soudure électrique Aéronautique Moteurs Diesel Imprimerie (composition) Sculpture sur bois Composition du meuble L'ECOLE RECEVRA LES INSCRIPTIONS, LE SOIR SEULEMENT, A PARTIR DU 22 SEPTEMBRE, DE 7 H.30 A 9 HEURES DU SOIR (LUNDI ET SAMEDI EXCEPTES).Pour tous renseignements, prospectus, etc., s'adresser au secrétariat. -r = LIVRES de CLASSE Classiques : canadiens, français, latins, grecs.Livres spéciaux de comptabilité pour Commissions scolaires Nos catalogues sont envoyés sur demande, aux professeurs.ARTICLES de CLASSE Cartes géographiques, globes terrestres Tableaux muraux d'Histoire, de Sciences Tableaux noirs, bagettes, brosses, craie Cahiers d'écriture, d'exercices, de dessin Ardoises, éponges, cloches à main, signaux Aiguisoirs, coffrets, régies, compas, canifs Articles et papier à dessin, peinture à l'eau Sacs d'école, valises d'écoliers, courroies Crayons, plumes, encres de toutes sortes Mobilier scolaire.54 ouest, rue Notre-Dame GRANGER FRÈRE5 No» magasina aont ouverta jusqu'à 5 h.le samedi.— Facilité de stationnement.^^ 1 £rtckime LAncaster 2171 Vous voulez le vivre et le couvert le reste de vos jours?Souscrivez nos rentes viagères garanties.Rien de plus parfait.La somme de vos contributions, c'est vous qui la fixez.La quotité de votre rente, c'est vous qui la fixez.La date de sa distribution, c'est vous qui la fixez.Le présent est l'enclume sur laquelle se forge l'avenir: avenir de bien-être ou avenir de chaînes.Choisissez! Vous pouvez devenir rentier dans trois mois, si vous voulez.EXPLICATIONS A TITRE GRACIEUX REÇU \$ m * BIBLIOTHÈQUE N «CAISSE* NATIONALE D'ÉCONOMIE 5p ouest, rue S.-JACQUES lontréal — HArbour 3291 IONA' DU OU 1 lurnulMl PoruLAiRi Limites
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