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Titre :
L'oiseau bleu /
Première revue destinée à la jeunesse canadienne-française, L'Oiseau bleu a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec. [...]

Le premier numéro de la revue L'Oiseau bleu, sous-titré « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », paraît à Montréal en janvier 1921. Créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous la direction d'Arthur Saint-Pierre, fondateur de la publication, L'Oiseau bleu est la première revue destinée exclusivement à la jeunesse canadienne-française. Sa création a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec.

La revue est diffusée dans les écoles et, selon la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle s'adresse aux enfants canadiens de 3 à 18 ans. Certains ouvrages soulignent toutefois que la revue s'adresse davantage aux écoliers de la fin du primaire et du début du secondaire, soit aux jeunes de 10 à 15 ans, car la publication contient beaucoup plus de textes que d'illustrations. La revue est également diffusée auprès des jeunes franco-américains, franco-ontariens et acadiens.

L'Oiseau bleu poursuit le double objectif d'instruire et de divertir les jeunes. La revue a pour mission de renforcer leur sentiment d'appartenance nationale et leurs croyances religieuses. L'enseignement de l'histoire et de la géographie y occupe une place importante; on y trouve des rubriques telles que « Nos plaques historiques », « À travers l'histoire », de même que des récits de voyage comme « Mon voyage autour du monde ».

L'instruction religieuse et morale est présente dans les contes, les fables, les poèmes, les feuilletons et les biographies de saints. La publication comprend également des articles sur les sciences. Pour divertir les jeunes, la revue leur propose des feuilletons, des chansons, des jeux, des illustrations et des concours.

Plusieurs collaborateurs sont invités à participer à la rédaction de la revue, notamment Marie-Claire Daveluy, qui y publie en feuilletons son premier roman, Les aventures de Perrine et de Charlot. Celui-ci est considéré comme une oeuvre fondatrice qui a donné le ton aux oeuvres subséquentes de la littérature québécoise pour la jeunesse.

L'Oiseau bleu, qui a cessé de paraître en juillet 1940, a véritablement été un catalyseur pour la littérature enfantine québécoise.

LEPAGE, Françoise, Histoire de la littérature pour la jeunesse (Québec et francophonies du Canada) - Suivie d'un dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans [Ontario], Éditions David, 2000, p. 113-118.

Éditeur :
  • Montréal :la Société,1921-1940
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Références

L'oiseau bleu /, 1937, Collections de BAnQ.

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PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAIM-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL ¦g Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada m te Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux colleges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XVIII — No 4 MONTRÉAL, NOVEMBRE 1937 Le numéro: 10 sous Ivre de fureur.le bon Pierriche détacha au malheureux animal un coup de pied si vigoureusement appliqué que le goret., pirouettant sur lui-même, s'abattit comme frappé de la foudre. 66 L'OISEAU BLEU CONTE CANADIEN par LOUIS-HONORÉ FRECHETTE IL Y AVAIT une fois un habitant qui s'appelait Pierriche.Ce Pierriche était un frère cadet de ce fameux José le brocanteur, l'homme aux cinquante écus, dont j'ai déjà eu l'honneur de raconter les mémorables aventures.Comme son aîné, le héros de cette véridique histoire avait bon coeur, bon pied, bon oeil; mais comme lui aussi il se trouvait Court d'esprit, par malheur, car d'aucune façon II n'aurait, comme on dit, pu découvrir la [ poudre.Bien plus, ce n'eût été très facile à résoudre, Quand Pierriche, en son champ, menait [paître les boeufs, Quel était le plus boeuf d'entre eux.Grâce à ses malencontreuses spéculations, José le brocanteur avait été contraint de demeurer éternellement célibataire; Pierriche, au contraire, qui n'avait aucunement le génie du commerce, avait rencontré de bonne heure un coeur qui répondit au sien, et après une cour assidue de cinq ans, neuf mois et vingt-huit jours, il avait juré au pied des autels une inviolable fidélité à Marie, Madelon, Madeleine ou Madelinette, car c'est ainsi qu'il appelait tour à tour sa chère femme, suivant que le baromètre de son humeur était au beau fixe, au variable ou à l'orage.Ces époux champêtres avaient choisi pour résidence une chaumière perchée sur une butte, espèce de nid rustique presque enfoui sous le feuillage épais d'arbres de toute venue qui se miraient dans l'onde transparente d'une petite rivière bien capricieuse, coulant tout exprès au pied de la butte pour désaltérer Pierriche et Madelon et leurs enfants, car j'ai oublié de dire que Pierriche était père de famille.A l'époque où commence cette histoire, il avait quatre enfants — dont un au berceau, — ce cher Pierriche; — plus une vache qui lui donnait du lait, du beurre et un veau pour labourer son champ, un goret en bas âge, chaque printemps, plus une paire de boeufs et enfin, — puisqu'un historien fidèle ne doit omettre aucun détail ¦— deux oies et un jars, el quelques volailles.C'était une singulière pâte d'homme que Pierriche.Quelqu'un qui ne l'aurait pas vu à son foyer domestique, aurait juré qu'il était la crème des maris présents, passés et futurs.Sous sa rude et grossière enveloppe il avait, en effet, tant de tendresse pour ses enfants; il disait si souvent, à qui voulait l'entendre, que sa Madelinette était la perle des femmes; tous les dimanches et jours de fête il faisait si allègrement, par n'importe quel temps, deux grandes lieues pour se rendre à l'église la plus voisine, n'oubliant pas de se confesser au moins quatre fois l'an, de donner à son tour, sans se faire tirer l'oreille, le pain bénit et de payer scrupuleusement et exactement sa dîme; en un mot, il paraissait si bien s'acquitter de tous ses devoirs que Pierriche, tout pauvre qu'il fut, était réputé le plus heureux mortel du canton et de bien loin.Mais hélas! trois fois hélas! toute cette félicité n'était qu'extérieure, et le proverbe qui dit: "Il ne faut pas trop juger sur les apparences", a mille fois raison.Pierriche, le bon Pierriche, l'excellent Pierriche, le modède du canton et de bien loin, avait un défaut, un gros défaut, un des plus affreux défauts qui puissent obscurcir le ciel conjugal: Pierriche était < 4 Département du secrétaire de la Province de Québec LES ÉCOLES D'ARTS ET MÉTIERS Cours du jour et du soir dans les principales villes de la province.ENSEIGNEMENT DES ARTS ET DES MÉTIERS.— COURS DE SOLFEGE.Les Écoles d'Arts et Métiers publient "TECHNIQUE", revue de vulgarisation scientifique, publiée sous le patronage de l'honorable Albiny Paquette, $1.par année.25, rue Saint-Jacques est, Montréal BEIair 2374 t ? L'OISEAU BLEU 67 grognon, et son humeur grognonne le rendait naturellement querelleur et tracassier.Dans les mauvais jours d'automne, — alors que les chemins sont boueux, défoncés, pleins d'ornières et de cahots, — Pierriche avait-il le malheur de rentrer chez lui, mouillé jusqu'aux os et éreinté, car les endroits les plus mauvais, ça ne coûtait pas le moins du monde à ce brave Pierriche de s'atteler à sa lourde charrette et de donner un aussi vigoureux coup de collier qu'aucun de ses boeufs; — eh bien! notre héros avait à peine mené ses animaux à l'étable et débarrassé ses épaules humides de son lourd capot d'étoffe du pays, qu'il répondait en grognant, en grommelant à Made-lon qui lui faisait d'affectueux reproches 6ur le peu de soin qu'il prenait de sa santé: "Oui, oui! tu l'as dit; j'aurais dû laisser ma charge et mes boeufs dans les cahots, hein! Madelon?.Apparemment tu aurais été les en retirer, toi?.Tiens, tiens, ne dis plus rien, ça te va mieux, bien mieux!.Ouaiche, les femmes!.Si c'est bon à quelque chose, ça n'est pas bon à grand'chose! Un homme fait dix fois plus de besogne qu'aucune d'elles dans une journée." L'hiver, quand les jours sont si courts, et les tempêtes de neige parfois si redoutables au loin, Pierriche venait-il à s'attarder à bûcher dans le bois, Madelon comptait les minutes avec inquiétude; à chaque instant elle allait interroger le chemin, prêtant l'oreille au moindre bruit qui annonçât l'arrivée du retardataire, et si l'époux la surprenait ainsi, au lieu de lui savoir gré de ce témoignage de tendresse, il reprenait de sa voix la plus grognonne: "Tiens! Madelon, je gage bien que tu me croyais perdu?.Bientôt, pour te faire plaisir, il faudra sans doute que je laisse les arbres se bûcher et les souches s'arracher tout seuls: à moins que tu n'aies l'envie d'y aller toi-même.Ma bonne vérité, je crois que tu en ferais du propre.Ah! les femmes! les femmes! ne m'en parlez pas, un homme fait dix fois plus de besogne qu'aucune d'elles dans une journée." Bref, hiver comme été, printemps comme automne, Pierriche, le bon Pierriche, l'excellent Pierriche, le modèle du canton et de bien loin, chantait toujours la même gamme rien que la gamme à propos de tout et à propos de rien.Que voulez-vous, c'était passé chez lui à l'état de maladie chronique, de tic douloureux; il ne pouvait plus vivre sans grogner, et il grognait d'autant plus que Madelon, cette pauvre chère Madelon, ne répondait à ses rebuffades que par des larmes dévorées en silence et une patience angélique.Il y avait environ huit ans que Pierriche, devenu son propre bourreau, tirait continuellement à boulets rouges sur son bonheur conjugal, lorsqu'un beau soir, ou plutôt un vilain soir qu'il était revenu plus maussade et plus bourru que de coutume, il se mit à dire et à redire, répéter et répéteras-tu son éternelle complainte: "Si les femmes sont bonnes à quelque chose, assurément elles ne sont pas bonnes à grand-chose.Un homme fait dix fois plus de besogne qu'aucune d'elles en une journée." Cette fois Madelon n'y tint plus; on se serait lassé à moins.S'il est vrai que les airs les plus beaux finissent par fatiguer à force d'être joués, à plus forte raison une complainte aussi insipide, aussi fatigante et d'une telle ténacité, devait-elle aboutir à une révolte.Toutefois, Madelon ne mit aucun emportement dans ses reproches: "Pierriche, dit-elle d'une voix émue, mon bon Pierriche, il y aura demain huit ans que nous sommes mariés, et ce serait mal commencer la neuvième année que de continuer de la sorte.Est-ce cela que tu m'avais promis quand tu as juré devant le bon Dieu et devant M.le Curé, d'être toujours bon pour moi?Est-ce cela que tu me promettais quand j'étais fille et que tu venais me voir, tous les soirs, sur la brune?Me disais-tu, dans ce temps-là, que les femmes ne sont pas bonnes à grand-chose?Pourquoi donc m'as-tu prise alors, mon pauvre cher Pierriche?Te rappelles-tu cette lois que tu m'avais apporté ces beaux souliers français que j'ai encore aujourd'hui?Alors tu n'étais pas un gros méchant bourru comme maintenant, et tu me disais de ta voix la plus douce: "Ma chère petite Madelinette, tes pieds sont trop jolis, trop délicats pour être renfermés le dimanche dans des souliers de boeufs; mets ceux-ci pour l'amour de ton Pierriche; ce seront tes souliers de noces; et nous ne nous sommes mariés que trois ans et demi après! Tu le sais bien. 68 L'OISEAU BLEU "Oh! dans ce temps-là tu m'aimais bien plus qu'aujourd'hui.Et cependant ai-je gaspillé ton butin?N'est-ce pas moi qui ai filé, taillé et cousu ton capot et tes culottes des dimanches?As-tu jamais acheté dans le fort une verge d'indienne pour les enfants?N'est-ce pas moi qui ai habillé Pierrot et notre petit Baptiste?N'est-ce pas moi qui ai fait tous les habillements de notre pauvre chère petite Josette?Oh! Pierriche! Pierriche! J'avais bien raison de dire tout à l'heure que tu n'aimes plus Ma-delonl Et Madelon essuya ses larmes avec le coin de son tablier."Ouaiche! fit Pierriche qui commençait à s'émouvoir, car en définitive il se sentait coupable; tout cela ne veut rien dire; un homme est un homme et une femme n'est qu'une femme.et un homme fait dix fois plus de besogne dans sa journée qu'aucune créature dans tout le pays.Oui-dà! reprit Madelon; eh bien! s'il est vrai qu'un homme fait dix fois plus de besogne qu'une créature, veux-tu faire mon ouvrage demain, Pierriche, et moi je ferai le tien?Oh! Ah! ah! en voilà une bonne, exclama Pierriche, en souriant de son plus gros rire; mais deviens-tu folle, Madelon?Point du tout.veux-tu, Pierriche, mon bon Pierriche?Comme tu voudras, Madelon.Eh bien! c'est fait.à demain.Oui, oui, à demain, Madelon, et tu verras si une créature peut faire dix fois plus de besogne qu'un homme.Le lendemain qui était le neuvième anniversaire de son mariage, Madelon prit le petit Baptiste d'une main, la faux de son mari de l'autre, et partit pour le champ, précédé de Pierrot et de Josette.Pierriche la regarda partir d'un air narquois, et tout en l'accompagnant jusqu'au perron, il ne put s'empêcher de lui dire sous forme d'adieu — tant il est vrai qu'on a beau vouloir ATATATAVAVAVAYAYA chasser le naturel, il revient toujours au galop: "Oui, tu vas en faire de l'ouvrage! Ah! les femmes! les femmes! un homme fait dix fois plus de besogne qu'aucune d'elles en une journée." Sitôt qu'au détour du chemin Pierriche eut vu disparaître sa petite famille, — car si bourru, si grognon qu'il fût, Pierriche, ce bon Pierriche se serait fait couper en quatre pour sa femme et ses enfants, — il rentra dans sa chaumière et demeura quelques moments indécis, en peine de ses bras vigoureux, ne sachant pas comment commencer cette besogne toute nouvelle pour, son tempérament et ses habitudes.Enfin, comme il fallait commencer par quelque chose, le bon Pierriche retroussa bravement ses manches de chemise, et se mit à ranger, le mieux qu'il put, c'est-à-dire le plus gauchement possible, tout ce qu'il y avait à ranger ou à déranger dans son intérieur.Puis vint le tour du balai qu'il réussit à casser, car il le manoeuvrait à tour de bras comme un fléau.Sur ces entrefaites, l'enfant, le Benjamin de la famille, qui sommeillait dans le berceau, fit mine de se réveiller, et Pierriche — dans sa précipitation — jeta par la fenêtre, d'une manière si raide, le tronçon du balai qui lui était resté dans les mains, qu'il cassa la patte de son jars, ce qui ne l'empêcha pas de bercer le petit.Tout en berçant, il lui vint à l'idée de faire du pain.Pierriche monta dans son grenier, en descendit une poche de farine qu'il vida dans la huche, et se mit à pétrir la pâte avec fureur.On était alors dans la canicule, et le soleil — un beau soleil du mois de juillet, — jeta par la porte ouverte des torrents de chaleur sur la huche de Pierriche qui tournait et retournait sa pâte geignant et suant à grosses gouttes.Pierriche avait dans sa cave un petit tonneau de bière d'épinette.Pierriche avait chaud, Pierriche avait soif; Pierriche pensa donc qu'il ne ferait pas mal d'aller se rafraîchir, et comme il mettait vite à exécution ses idées quand il lui en passait par la tête, Pierriche souleva la trappe de son plancher et se dirigea à tâtons vers le fameux tonneau.Comme il se désaltérait largement avec cette légitime satisfaction d'un propriétaire qui boit de son propre crû, il entendit tout à coup, au-dessus de sa tête, un bruit formidable.Pierriche se précipita vers la trappe et d'un bond fut hors de la cave.Horreur! ô spectacle trois et quatre fois déchirant pour un père nourricier!.Le goret en bas âge avait renversé la huche et dévorait la pâte à pleines gueulées. L'OISEAU BLEU 69 Ivre de fureur, et ne sachant trop ce qu'il faisait, Pierriche, le bon Pierriche détacha au malheureux animal un coup de pied si vigoureusement appliqué que le goret en bas âge, pirouettant sur lui-même, s'abattit comme frappé par la foudre, ouvrit un oeil mourant qu'il referma soudain, et ne bougea plus.Adieu les deux réveillons de Noël! adieu les fêtes du Nouvel An et des Rois! avec son dernier soupir, le goret emportait la douce perspective du boudin et des jambons.Pierriche entrevit tout cela dans un éclair; et pour comble d'infortune, il s'aperçut alors qu'il tenait à la main la cheville de bois qui bouchait son tonneau.Adieu l'ambroisie champêtre! adieu ce doux et agréable breuvage d'épinette que ses enfants aimaient tant! Il était donc vrai que pendant qu'il assassinait traîtreusement son goret, l'épinette coulait à grands flots dans sa cave!.A cette effroyable pensée, le malheureux, l'infortuné Pierriche, poussant des cris qui n'avaient plus rien d'humain, s'arracha une poignée de cheveux de désespoir.Il se disposait à en arracher une autre quand l'enfant, réveillé par ses cris, se mit fort à propos à pleurer de toutes ses forces.A ces pleurs qui remuaient ses entrailles de père, Pierriche courut au berceau, enleva son enfant comme une plume et se mit à l'embrasser et à le faire sautiller sur ses genoux.Puis comme le petit Benjamin continuait à pleurer de plus belle, Pierriche, qui d'ailleurs avait besoin de s'étourdir, — tourna le dos à sa malheureuse victime étendue sur le plancher à côté de la pâte qui commençait à lever, et entonna d'une voix à ébranler une cathédrale: C'est la cocotte grise Qui a pondu dans Véglise; Elle a pondu un petit coco Pour le petit Pierriche qui va faire dodo, Dodiche, dodo!.Pierriche allait aborder d'une voix encore plus formidable le second couplet de cette chanson harmonieuse et essentiellement soporifique, lorsqu'en jetant un coup d'oeil par la fenêtre de derrière qui donnait sur le potager, il aperçut sa vache dévorant à belles dents ses plus beaux choux."Ah! la gueuse! ah! l'écœurante! s'écria Pierriche en déposant à la hâte et bien doucement le petit dans son berceau, je crois bien, Dieu me pardonne! que le diable s'en mêle!.et Pierriche se précipita hors de sa maison, la bouche pleine d'interjections et d'imprécations à l'adresse de sa vache: "Ohé! hue! dia! la vilaine!.Ourche, la gourmande!.Mais la vache se souciait bien davantage de tondre les choux que d'écouter les invectives de son maître.Le pauvre Pierriche n'osant plus donner de coup de pied, fit comme le brigand Cacus, de mythologique mémoire: il s'enroula autour des poignets l'extrémité de la queue de l'animal, et comme il avait une force herculéenne, bon gré mal gré, il traîna la vache hors de son potager et replaça tant bien que mal la clôture qui en gardait l'entrée.Tout cela avait pris du temps; quand Pierriche, essoufflé, à moitié rendu, rentra chez lui, les volailles, les deux oies et le jars boiteux se disputaient les restes de la pâte.Evidemment tout conspirait contre ce pauvre Pierriche, et le malheureux ne savait plus à quel saint du paradis se vouer, ni que faire pour réparer autant que possible cette déplorable avalanche de désastres successifs.Toujours est-il que Pierriche ne fit aucune cérémonie pour chasser, même brutalement, de son logis, les volailles, les deux oies et le jars boiteux; et afin de prévenir leur retour, il ferma la porte avec rage.Mais ici se présentait une autre difficulté: la porte demeurant fermée, Pierriche perdait de vue sa vache qui paissait dans le sentier menant au bas de la butte, et rien ne lui prouvait suffisamment qu'elle ne retournerait pas rendre visite à ses choux.Alors une idée lumineuse traversa l'esprit de Pierriche.Il prit la corde à linge, longue de plusieurs brasses, adapta un noeud coulant à chaque extrémité et courut en placer un autour du cou de la vache.Puis, comme il ne pouvait tenir la porte ouverte, il fit passer la corde par une petite lucarne qui se trouvait au-dessus, la coula sur une des poutres qui soutenaient le plancher de haut et se plaça autour du corps l'autre noeud coulant.De cette manière Pierriche devait se trouver averti des moindres changements de direction de sa bête.Ces dispositions terminées, comme il s'en allait midi, Pierriche songea sérieusement aux préparatifs du dîner.Mais hélas! il était écrit sans doute que Pierriche ne pourrait pas même faire bouillir la marmite; car à peine l'avait-il mise au feu que la vache, dégringolant dans la rivière, enleva Pierriche à six pieds du sol.Le malheureux, se sentant ainsi monter tout d'un coup avec la rapidité d'un décor de L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Directeur: Alphonse de la Rochelle.La revue ne parait pas en Juillet et en août. 70 L'OISEAU BLEU théâtre, n'eut que le temps de s'arc-bouter avec force à la poutre et demeura suspendu dans le vide, gigotant comme un possédé et criant avec désespoir: "A moi, Madelon, à moi, Madelinette!" tandis que la vache, étranglée par le noeud coulant qui lui serrait l'encolure, se débattait dans l'eau heureusement peu profonde et menaçait de se noyer.Ma foi, lecteurs, je ne sais trop ce qui serait advenu de Pierriche et de sa vache si, par bonheur, au moment même de cette effroyable catastrophe, Madelon et ses enfants ne se fussent plus trouvés qu'à quelques arpents de la maison.Elle avançait à grand pas, cette chère Madelon; elle avait le pressentiment d'un désastre quelconque, et ses pressentiments furent confirmés quand elle aperçut son jars qui boitait et sa vache à l'eau."Ho! Pierrot, vite, mon vieux! Jette-toi à l'eau et cours haler la vache, cria Madelon en coupant la corde d'un coup de faux, ce qui permit à Pierriche de retomber sur ses pieds, et Madelon frémissante, inquiète, ouvrant au large la porte de sa demeure, tomba face à face de Pierriche encore étourdi de sa chute et de sa suspension forcée, et restant immobile, hébété, la bouche béante devant sa femme qui le regardait avec étonnement, tandis que les enfants surpris regardaient tour à tour leurs parents et que le petit Benjamin, — comme s'il eût conscience de la scène solennelle qui allait se passer, — observait dans son berceau un silence profond digne des plus grands éloges.Enfin Pierriche, revenu à lui et ne pouvant plus contenir ses larmes qui l'étouffaient, se jeta en pleurant dans les bras de Madelon."Madelinette, ma chère Madelinette, lui cria-t-il à travers ses pleurs, je suis un brigand, un scélérat, un sans-coeur! Mais oui!.sanglotait Pierriche, s'accusant de plus en plus à mesure que Madelon voulait le disculper; je te le répète, je suis un sans-coeur; je t'ai ruinée, ma pauvre Madelon.J'ai tué le goret d'un coup de pied; nous n'avons plus de bière d'épinette.Tout cela n'est rien, mon cher Pierriche! Bien oui, tu le vois, je suis un bon à rien, j'ai gaspillé notre farine, et j'ai cassé la patte du jars.Tu ne me pardonneras jamais tout cela.Eh! bon Dieu, oui, mon cher Pierriche, mon bon Pierriche, je te pardonne tout cela et je t'aime toujours autant que le premier jour de nos noces.Je t'assure que ce jour est le plus beau jour de ma vie.Ah! Madelinette! ma chère Madelinette! jamais je ne me pardonnerai de t'avoir fait souffrir comme je t'ai fait souffrir.J'avais bien raison de le dire, tu es la perle des femmes.et maintenant je répéterai dans tout le canton, et partout ailleurs, que si les hommes sont bons à quelque chose, ils ne sont pas bons à grand'chose.et qu'une femme, — comme toi, surtout, ma bonne Madelon, — fait dix fois plus de besogne qu'aucun homme dans tout le pays." En disant ces derniers mots, Pierriche appliqua sur les joues de sa femme deux baiser3 retentissants, le petit Baptiste alla embrasser Benjamin, et Jacquot embrassa Josette.Ai-je besoip de le dire, chers lecteurs, dès ce jour Pierriche fut radicalement guéri de son humeur grognonne qui le rendait naturellement tracassier et querelleur, et d'un gros bourru qu'il était auparavant, il devint, grâce à sa chère Madelon, aussi doux, aussi tranquille, aussi pacifique que le plus doux des agneaux.Il ne reste plus qu'à tirer une conclusion morale de ce petit conte que vous avez eu la patience de lire.Cette conclusion morale, je l'emprunterai à la philosophie, en répétant avec La Fontaine, qui lui aussi était un profond philosophe, ce petit vers rempli de sagesse, que je recommanderai tout particulièrement aux dames, et qui pourra en même temps servir de titre à mon histoire: PLUS FAIT DOUCEUR QUE VIOLENCE! ©C© BONS MOTS Jean vient d'être condamné aux travaux forcés à perpétuité.— A perpétuité, votre Seigneurie?mais je ne vivrai jamais assez longtemps pour fairo toute ma peine! — Vous ferez ce que vous pourrez, on vous tiendra ensuite quitte du reste.Bureau: Dessins soumis LAncaster 1771 sur demande C.Lamond Fils 929, RUE BLEURY - MONTREAL Manufacturiers de bijouteries médailles d'or, or plaqué, argent, bronre et aluminium Spécialités : boutons émaillés L'OISEAU BLEU 71 Jean veut faire un habitant ENCHANTEMENT des premières heures du jour, griserie de l'aube claire ou chanson de la pluie qui tinte aux vitres ou sur le toit, chaque matin, avec l'aubade des grives amoureuses, ramène le même rythme, la même cadence.Il est six heures.Jean s'éveille.Le lac est là, en face du chalet, enchâssé dans les montagnes vertes.Le bruissement de l'eau se propage comme un rire étouffé.La feuillée chante, le coq des Canaque a coqueriné deux fois.Tout le monde, en ce moment, est debout à la ferme, jusqu'au bébé, qui titube en marchant et s'agrippe aux jupes de sa maman.Jean regarde autour de lui, dans la chambre, où les lits sont étages comme des couchettes de bord, Les deux collégiens, ses aînés, dorment.Rien ne bouge dans les pièces voisines, ni sur la véranda grillagée où somnolent les autres.D'un bond, il saute à terre, détache son gilet de pyjama qu'il laisse tomber pour enfiler ses salopettes de coutil bleu.Il relève les jambes de la culotte, les roule jusqu'aux genoux; puis, alerte comme un chat voleur, il s'enfuit pieds nus par la porte de la cuisine, dont il a fait sauter le crochet.Et le voilà parti, foulant le sable du grand chemin, dont la chaussée est fleurie d'iris sauvages et de boutons d'or.Le taillis épais, où se pressent vinaigriers et bouleaux, masque la vue du lac, le long du parcours.Jean est pressé d'arriver à la maison blanchie, au bout de la pointe, en face du quai où se balance la chaloupe, près du puits à brimbale.La besogne, qui commande à cette heure, fait trépider de joie les enfants.Les grands ont pris le visage austère de terriens vigilants qui ne laissent rien au hasard.— Bonjour, Jean, crie en le voyant Thérèse, une gamine de son âge.La complicité du sourire et des yeux vient sceller entre eux l'entente tacite qui les lie.Le petit garçon a flairé l'esprit d'initiative, l'habileté de sa compagne à se débrouiller, à sauter les clôtures pour suivre partout les hommes.Jeter du grain aux volailles est l'affaire des enfants.Poulets et dindons piaulent et glou-gloutent dans le poulailler où le coq-d'Inde fait la roue.Infatué de son importance, il dandine sa tête et agite sa crête rouge de gallinacé stu-pide, posant avec arrogance son pied palmé, comme s'il s'appuyait d'une canne.Dans la porcherie aux soupiraux verts, est enfermé le maître-porc, que l'on gave pour la boucherie.Il est grognon.Sa hargne ne ralentit jamais et pour cause.Il a pris du poids, au point qu'il peut à peine bouger.Sordide et boueux, il a les yeux d'un pochard et la queue frisée.Les autres cochons trottinent dans l'enclos voisin.Jean suit Simone sur la côte.La terre des Canaque est un bien familial, un héritage.Le sol épuisé par des récoltes successives ne produit plus que du foin clairsemé.Les vaches grimpent sur les pentes herbues du versant qui mené au bois.Du haut de la colline, on aperçoit derrière la maisonnette des Beauvais le lac qui brille au loin, à proximité du four à chaux.Simone peut traire une vache en trois minutes, elle y va fermement.Jean voudrait l'imiter, mais il a les mains trop molles et la vache indocile menace de tout renverser.Quand les moutons conduits par Elphège ont regagné le pâturage, d'où on les avait ramenés la veille, avant la brunante, de peur des loups qui rôdent la nuit, quand les vaches sont traites, les enfants Canaque (ils sont douze, qui grouillent partout dans le jardin, dans l'écurie, au poulailler et dans les clxamps) reviennent en gambadant vers la pointe.La fumée monte de la cheminée de la cuisine.Le déjeuner est servi.Les crêpes aux oeufs et les crêpes de sarrasin roussissent au feu.Du pain cuit au four, du beurre frais, du miel et des grillades au lard pour les hommes, c'est le menu quotidien.Simone et sa mère font sauter dans le poêlon crêpes et omelettes, tandis qu'autour de la table les autres mastiquent avec la lenteur (Fun hache-paille, mouillant le tout de thé noir ou d'eau de source.* * * Au chalet, le café enbaume.Lucie revient de la messe.Denise et Marie font la revue des jeunes rencontrés la veille à la réunion du soir, autour du feu de grève.Les deux collégiens montent l'eau dans la barrique, à la tête de l'escalier du perron.— Pourquoi tu ne fais jamais de crêpes, le matin, maman, demande Jean?— Comme chez Canaque?Se tournant vers tante Angèle: Tu Tas entendu?Il ne jure que par les Canaque.Nous finirons par en faire un habitant. 72 L'OISEAU BLEU — Veux-tu rn acheter une tern, tante An-gèle?— Sûrement, mon petit, je veux Cacheter, une terre.Encore une vocation qui se dessine.(Elle songe à France, qui s'est faite missionnaire d'Afrique.) — Et un cheval, et une vache et trois poules, renchérit Jean?— Tante Angèle répète après lui: — Et un cheval, et une vache et trois poules.— // faudra au moins trois oeufs par jour, insiste le galopin, qui se voit déjà faisant la levée des oeufs frais.J'aimerais à m'établir sur une terre loin dans le bois, avec une maison sans fond.— Une maison sans fond?— Je veux dire une maison qui n'est pas clouée au plancher et qu'on peut transporter au besoin, où l'on veut.Ainsi, quand les loups viendraient hurler le soir, je les verrais venir et s'ils risquaient de passer sous la porte, avec ma hache je leur couperais les pattes! Sais-tu quoi faire, tante Angèle?quand on voit venir un loup?— Que faire, Jeanrwl?— Se jeter à la nage.Les loups ont peur de l'eau et se sauvent alors dans le bois.Sur le même ton enjôleur, en veine de confidence, Jean reprend: — Thérèse ferait une bonne femme d'habitant, mieux que Jeanne, qui est paresseuse.Je sais qu'elle est paresseuse, Jeanne.Je m'en suis aperçu et Thérèse me Ta dit.L'entrée des collégiens interrompt sa confession.* * * Jean connaît tous les replis ombreux, il connaît les pistes dans la montagne et les sentiers battus dans la forêt.Il sait comment atteindre les points culminants qui livrent la perspective des lointains aux écliancrures liquides parsemées de nénuphars.Dans le maquis sauvage, nous avons cueilli des framboises sous la brûlure du soleil, puis au bois touffu, où l'on aboutit en longeant la falaise mordorée, par delà la terre valonneuse des Canaque, nous nous asseyons sous le grand chêne pour muser ensemble.Hélène est cuivrée comme une petite Canaque, ses deux nattes pâles comme du lin mûr, lui communiquent Vétrangeté d'une sylphide.Agile comme l'écureuil, comme le petit suisse jaune qui court sous le perron le matin, elle nous a précédés en sautillant.Afin d'empêcher Jean de grimper au chêne et de déchirer son Ixabit aux branches, je tire de mon répertoire de contes des aventures d'enfants perdus dans la forêt, que viennent délivrer de bons génies ou d'astucieuses fées.Hélène est toute pénétrée de la splendeur de Tété et de la féerie des récits.Elle reviendra avec moi escalader l'énorme rocher qui se dresse comme un dolman dans l'enclos voisin.Nos chaudières remplies de fruits, nos chaudières que le soleil a badigeonnées d'or, signalent notre retour.Le chalet s'anime des cris perdants de Nicole, qui affirme avec éclat sa supériorité de deux ans.Les glandes personnes jouent au bridge sur la terrasse.En chaise longue, près du quai, Marie est absorbée dans sa lecture.Denise en maillot bleu est prête pour le bain.Les deux collégiens s# précipitent vers la grève.Jean préfère se baigner avec les Canaque, à l'autre bout de l'île.* * * J'ai revu chez lui mon ami Jeannot.En complet de flanelle gris, ses yeux bleus embusqués derrière ses lunettes, il avait repris son allure d'écolier frêle qui regrette la fin des vacances et ses salopettes de coutil bleu.— Tu reprends ta classe, demain, Jean.Tu retrouveras tes petits camarades de l'an dernier?Son sourire esquisse une moue, tandis que son regard s'accroche au mien, son regard où je revois l'oasis ombreuse au pied du chêne touffu, le poulailler des Canaque, et la terre sur la côte; puis Thérèse, brunie de soleil, habillée dans les nippes défraîchies des pensionnaires.Je revois le gamin insouciant qui trottait dans le sable pieds nus et montait seul en chaloupe, pour mieux jouir de la beauté du jour.— C'est que, me dit Lucie, forcément, Jean s'est trouvé isolé en famille.La distance est trop grande, qui le sépare des collégiens.Hélène, qui le suit, s'efforce de le rejoindre, mais au fond, Jean est un petit homme bizarre, épris de nature, un coureur des bois.Ainsi, même en ville, je le surprends parfois, le matin, à descendre en tapinois et s'enfuir au jardin, une orange à la main, qu'il mangera à cheval sur la barrière, pour être plus près de la montagne.Un coureur des bois ou un poète en herbe, mon ami Jean.Marie-Rose TURCOT ©©©©© ©©©©©©© POUR RIRE La poupée de Jeanne est malade.Jacquot fait le docteur: — Votre fille a bien mauvaise mine, madame.Je vais lui tâter le pouce et après je lui tâterai les autres doigts. L'OISEAU BLEU 73 LES CERCLES DES JEUNES NATURALISTES No 59 — Novembre 1937 AFFILIÉS A LA SOCIÉTÉ CANADIENNE D'HISTOIRE NATURELLE ET RECONNUS D'UTILITÉ PUBLrQUE PAR LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC IÛI * $ UN EXEMPLE D'INGENIOSITE AU COURS de l'été dernier, j'avais l'avantage d'arrêter quelques instants au couvent du Saint-Sacrement, 946, chemin Sainte-Foy, Québec, que dirigent avec compétence les religieuses Jésus-Marie de Sillery.La révérende Mère directrice, Mère Marie Saint-Philippe, dont l'affabilité est remarquable, m'a fait visiter cette école très moderne et vraiment digne d'envie pour une pauvre habituée de l'Institut Botanique! Et puis.et puis, quel plaisir ce fut que de rencontrer, dans un des longs corridors du couvent, l'une de mes "élèves" les plus enthousiastes de l'été 1935, à Sillery, Mère Saint-Onésiphore, qui me parla avec enchantement de son cercle des Jeunes Naturalistes! Que cette bonne petite Mère me pardonne, car je ne puis m'empêcher de dévoiler ici son ingéniosité.Mère Saint-Onésiphore m'a montré une presse botanique de son invention et de sa propre confection, une petite presse très commode et des plus complètes pour l'herborisation.Cette presse est apportée sur le terrain comme un simple cartable à herboriser, ce qui signifie qu'elle est à la fois légère et assez solide pour presser parfaitement les plantes.Les deux couvercles extérieurs de la presse ne sont autres que des couvercles de.tinettes de beurre, fabriqués expressément pour cet usage, semble-t-il, puisque la dimension des planchettes de bois est à peu près celle d'un herbier d'enfants.La presse est extensible, et garnie à l'intérieur de compartiments taillés dans des.échantillons de toile.On y découvre tout ce qu'une religieuse peut apporter de bienfaisant au petit botaniste: des pochettes renfermant des papiers à herboriser vides d'un côté, l'autre côté étant destiné à recevoir les papiers contenant les plantes; des cachettes où dorment des étiquettes, un crayon, une loupe, une petite règle, etc.Mère Saint-Onésiphore s'est improvisée sellier pour tailler et trouer des lanières en cuir, qui entourent la presse et peuvent au besoin la fermer presque hermétiquement! La directrice du couvent du Saint-Sacrement, secondée par ses religieuses, a certainement fait un grand effort pour introduire les sciences naturelles dans l'enseignement.J'ai contemplé avec ferveur des petites compositions d'enfants de la troisième année, pages soigneusement écrites sous une enluminure caractéristique représentant des fleurs naturelles montées, de charmants dessins ou même des coupures en rapport avec le texte écrit.Avant de laisser la parole à ses élèves, qu'il me soit permis de féliciter Mère Saint-Onésiphore de son initiative, de son esprit de travail et de son enthousiasme à servir la cause des N* Marcelle GAUVREAU $ LA VOIX DES PLANTES .Ma petite fleur se nomme le géranium.Je l'ai cueillie dans le parterre, chez nous.Sa corolle est très petite et très délicate.La tige se tient droite et ferme.Les feuilles du géranium sont toujours en grand nombre et ont toutes les nuances de vert.Cette fleur est bien jolie, car elle est d'un beau rouge et c'est le bon Dieu qui la fait pousser dans notre beau parterre.(Marguerite Papillon, aidée par maman).Je l'ai cueillie dans un pot de fleur, chez nous, à la maison.Ma fleur a une corolle rose.Son nom est géranium.Elle a une petite tige et de très petites feuilles rondes.La fleur est jolie, parce que le bon Dieu l'a permis poui contenter l'homme, et aussi pour nous faire penser de la mettre sur l'autel.C'est pour cela que le bon Dieu a fait les fleurs si belles, i Monique Côté i.J'ai pris cette plante dans le parterre devant la maison de ma petite compagne de classe.Elle se nomme, paraît-il, Y herbe-à-dindes, mais comme elle n'était pas en fleur, je pensais que c'était une fougère sauvage.Cette plante m'intéresse, parce qu'elle est belle; ses feuilles délicates me charment.Elle a été facile à cueillir, vu qu'elle est jeune et que la racine était peu profonde.Il en est ainsi pour nos défauts: quand nous les corrigeons dès qu'ils apparaissent, nous avons moins de difficultés et nous ressemblons plus vite au Petit Jésus.(Madeleine Adam).Le cosmos est une belle fleur que l'on sème dans les parterres.Il y en a des blancs, de9 74 L'OISEAU BLEU rouges, des violets et des jaune-orange.J'aime bien cette fleur.Je l'ai ramassée mercredi avant la classe, avec mon petit frère.Sa tige et ses feuilles sont vertes, les pétales sont rouges et le centre est jaune et noir.Nous devons remercier Dieu de tout ce qu'il a fait de beau pour nous.(Jeannette Boutin).Une mauvaise herbe est celle qui n'est pas utile et qui nuit à la culture.Le chiendent est une plante bien mauvaise qui étouffe toutes les cultures qui se trouvent sur son chemin.Mon âme est aussi un jardin dans lequel je ne dois pas laisser pousser les mauvaises herbes qui sont les défauts que le péché originel a mis dans mon coeur.Une bonne petite fille doit donc se corriger dp sa vanité et de son orgueil, etc., défauts qui empêcheraient le bon Jésus d'y faire germer les vertus.Travaillons beaucoup au jardin de notre âme et nous serons bien récompensés par le bon Jésus.{Hélène Breton.aidée un peu).Cette plante s'appelle le plantain.Elle n'est pas rare, car on la trouve partout.Je l'ai cueillie dans notre parterre, après la classe, pour nous aider à faire notre composition.Cette mauvaise herbe est l'image de nos défauts; autant elle est nuisible dans le parterre, autant mes défauts tachent mon âme et empêchent Jésus d'y prendre toute la place.(Yvonne Moreau).LA VOIX DES ANIMAUX .Mon petit chat s'appelle Loulou.Il a une belle tête et deux petites oreilles.Ses deux pattes d'en avant me semblent bien jolies, trè3 fines, poilues.Sa queue est longue et assez grosse.Son poil est d'un gris bleu, doux et court.Mon chat a un tout petit défaut, celui de nous griffer lorsque nous le prenons dans nos bras.Je l'aime quand même.(Pauline Arsenault).Le nom de mon petit chien est Teddy.Je l'ai découpé dans un livre pour le coller en haut de ma rédaction.Sa tête est ordinaire, son corps a beaucoup de poils longs, ses pattes sont courtes.Il est vraiment beau.Il semble doux.Je suis sûre qu'il me ferait des "belles", s'il était en vie.(Charlotte F is et).Mon petit chien?Il s'appelle Bijou.J'ai trouvé sa ressemblance sur un journal.Il a la tête blanche et brune, les oreilles pendantes et la gueule ouverte.Il a une tache brune sur son dos.Ses pattes sont grosses et longues.Mon Bijou est très intelligent et bon gardien.11 aime les enfants.(A.Beaulieu).J'ai dessiné ces petits oiseaux d'après une gravure de mon livre anglais.Ce sont des moineaux.Leur tête est ronde; ils ont un bec fin.Leur plumage est brun avec de petites plumes noires.Pour leur nourriture, je donne aux moineaux du pain moulé, de l'eau et du riz.Je remarque qu'ils aiment beaucoup leurs petits "enfants".(Aline Duquel).J'ai découpé ces deux oiseaux dans un vieux livre et je les ai posés sur une petite branche d'arbre, à gauche de ma feuille.Ces oiseaux sont le canari blanc et le canari jaune.Ils doivent venir directement des îles Canaries.Leur tête est bien ronde; leurs yeux sont comme des petites boules noires.Leur plumage est riche, doux, soyeux et d'une teinte naturelle.Leurs pattes sont assez longues et bien formées.Je remarque que les ailes du canari blanc sont plus longues que celles du canari jaune.Le tfanari me fait penser à mon petit oiseau qui est mort; c'est le vilain chat qui l'a dévoré.Les oiseaux que je préfère sont le canari, le serin, le pinson.Celui que je déteste est le perroquet.Il a un beau plumage, mais son babillage est agaçant.(G.Lamonlagne).Quand j'ai fait ma visite au Père Noël, je suis partie de chez nous avec mon papa et mon petit frère, Ronald.Nous avons pris le tramway et nous sommes allés le voir au Paradis des Jouets, à la Compagnie Paquet.J'ai payé le Père Noël et en retour il m'a donné une boîte de tire dans laquelle il y avait un cadeau.Je me Suis dépêchée d'ouvrir ma boîte avant que mon petit frère ouvre la sienne.Quelle surprise!.Savez-vous ce qui en est sorti?.Un beau petit vieux singe jaune qui crie en se levant le menton! Je vous le montrerai et vous allez rire longtemps.J'ai remercié beaucoup le Père Noël de sa bonne tire et de son beau cadeau.Il m'a dit: "Reviens encore avec ton petit frère et je te donnerai encore de belles choses." Je termine en vous disant que je vais retourner le voir cette année, le bon vieux Père Noël ! ! ! (Thérèse Bérubé).POUR VOUS MES ENFANTS Avec le mois de septembre, VEveil ou cercle des Tout-Petits-Naturalistes, a renouvelé ses membres.Cette école-miniature, comme l'on sait, s'adresse aux tout petits de trois à sept ans, ou aux enfants un peu plus âgés qui suivent des cours privés.Le 18 septembre dernier, les élèves anciens et actuels étaient invités à inaugurer l'année par une visite au Jardin Botanique de Montréal, angle Sherbrooke et boul.Pie IX.Ils se sont rendus nombreux, accompagnés de leurs parents.Il fallait les voir, mes Tout-Petits-Naturalistes, ouvrir des yeux extasiés dans ce beau grand jardin qu'ils croyaient être le paradis terrestre! Ils ont d'abord admiré le jardin ornemental aux multiples couleurs, puis, assis sur de petites chaises pliantes ou debout dans les avenues du jardin économique, les enfants L'OISEAU BLEU 75 ont écoulé avec un vif intérêt les explications données par leur directrice.Quelle révélation d'apprendre et surtout de voir qu'il existe, outre les tomates ordinaires, des tomates-poires, des tomates-prunes, des tomates-cerises et des tomates-à-grappe! Les tomates les mieux connues se mangent comme légumes avec du sel, du poivre et du vinaigre, mais les autres, nommées d'après leur ressemblance, sont consommées en confiture et même en marinades! Quant aux tomates-à-grappe, elles sont cultivées par curiosité! Allant de surprise en surprise, les enfants se sont arrêtés en face de chaque "carré" du jardin économique.Ils ont fort apprécié les diverses variétés de choux, depuis le "grand-grand-père de tous les choux", — un vulgaire choux sauvage! — jusqu'au mignon chou de Bruxelles.Et que dire du grand chou frisé?C'est certainement le plus élégant, selon l'avis des petits eux-mêmes! Le chou à pomme rouge, le chou à pomme verte et même le chou-fleur sont beaucoup mieux connus! La famille des citrouilles a fort intéressé les enfants.Tous savent maintenant, — et avec quelle fierté! — que le melon et le concombre appartiennent à la même famille que la citrouille.Enfin, les tout-petits ont renouvelé connaissance avec les légumes familiers du menu de chaque jour, mais qu'ils n'avaient jamais pu contempler dans un jardin potager: pois, fèves, pommes de terre, carottes, betteraves, etc.Si on utilise pour s'en nourrir certaines feuilles comme la laitue, le chou et les épinards, d'autres plantes, telles les tomates, nous offrent leurs fruits savoureux.Quant aux carottes et aux betteraves, elles ne sont que des tiges renflées sur lesquelles poussent les racines.Voilà un peu ce que mes petits élèves ont appris au Jardin botanique.Maintenant ils suivent chaque samedi les cours réguliers qui se donnenl a l'hôtel l'ensylvanie.Des animaux vivants, de gros modèles en papier mâché, des images frappantes, des dessins au tableau noir, des plan le?montées en herbier et illustrées au moyen d.- projections lumineuses, les rendent tout aussi heureux.Les petits sont toujours les bienvenus à VEveil.Puissent-ils y venir en grand nombre! Marcelle GAUVREAU La directrice de I'Éveil, Mlle MA liCELLE G A J'Y RE AU, et 'es Tout-Petils-Kalurnlistes, photographiés en face du pavillon du Jardin Botanique de Montréal.À gauche, Mlle Marie-Laure Quintal, institutrice, accompagnée de quelques garçonnets de l'école Gabriel-Ixilemant. 76 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE NETTOYAGE et ÉPOUSSETAGE QUESTIONS.— 1.Que fait celte diligente ménagère?— Elle est à peinturer une chaise.Q.— Pourquoi peinture-t-on les meubles des maisons?— Afin de leur donner meilleure apparence, d'empêcher le bois de se gâter et le fer de rouiller.Q.— Qu'est-ce que le vernis?— C'est un enduit transparent, dont on couvre la surface de certains ouvrages pour les préserver de l'action de l'air, de l'humidité ou pour leur donner de l'éclat.Les vernis sont des dissolutions de gommes-résines ou de résines dans des dissolvants appropriés.2.— Quel est cet ustensile?— C'est un chasse-poussière.On s'en sert pour enlever la poussière des fauteuils, canapés, chaises rembourrées et autres meubles en les battant vigoureusement.3.— D'où vient le nom de la poubelle?— D'Eugène Poubelle, préfet de la Seine de 1883 à 1896, qui la rendit obligatoire à tous les propriétaires de Paris.Q.— A quoi sert la pédale de la poubelle?— A soulever le couvercle sans se salir les mains, ou quand elles sont embarrassées.4.— Quel est le but de ce dispositif adapté à ce seau de ménage?— Cet essoreur sert à chasseur l'eau des vadrouilles sans qu'il soit nécessaire de les tordre avec les mains.5.— A quoi est occupée cette dame?— A tapisser, ou couvrir de papier peint, un mur de sa maison.Q.— Peut-on dire indifféremment "tapisserie" et "papier peint".— On dit préféremment papier peint.Cependant, les mots tapisser el tapissier sont d'usage courant.6.— Quel est cet objet?— C'est une vadrouille, servant à nettoyer les planchers.Au bout du manche de la vadrouille est un torchon.(7) Q.— Le mol vadrouille a-t-il un autre sens?— Il signifie une promenade de débauche: aller en vadrouille.8.— Comment nomme-t-on cet instrument servant à battre les tapis?— Une tapette.9.— A quoi sert ce goupillon?— A nettoyer les cheminées de lampe et les récipients à large ouverture.Ce mot désigne encore la baguette métallique surmontée d'une boule creuse par petits trous, qui sert à l'église pour faire des aspersions d'eau bénite.Q.— D'où vient le mot goupillon?— Ce mot vient de goupil, renard, à cause de la ressemblance de cet ustensible avec la queue de cet animal.10.— Quel est cet article de ménage?— Une pelle à poussière, qu'on appelle improprement un porte-ordures.11.— Celte dame est à faire le peinturage de sa cuisine.Que tient-elle dans sa main droite?— Un pinceau.Q.— Comment se nomme la partie en bois des pinceaux à laquelle son attachés les poils?— La hampe.12.— N'y a-t-il que le papier collant pour faire la guerre aux mouches?— Il y a encore le papier-poison et la sorte de tapette appelée tue-mouches.13.— Quel est l'usage de cette brosse à long manche articulé?— C'est un lave-vitre.Q.— Quel est le nom de la brosse à long manche servant à nettoyer les plafonds?— C'est une tête-de-loup.14.— Quelle est la caractéristique de l'aspirateur de poussière?— C'est de nettoyer à fond, sans soulever les poussières et répandre les germes des microbes qu'elles contiennent.Le nettoyage et l'époussetage ordinaires ont pour inconvénient d'étendre partout une bonne partie de la poussière qu'il faudrait plutôt enlever.15.— En quoi est fait ce plumeau?— En plumes de dindon; on l'appelle encore épous-sette et houssoir.16.— Qu'y a-t-il au sommet de cet escabeau de ménage?— Un porte-seau surmonté d'un seau.17.— Quelle différence y a-t-il entre la vadrouille de corde (17) et la vadrouille ordinaire (7) ?— La vadrouille de corde sert à enlever la poussière, tandis que l'autre s'emploie pour laver le plancher à grande eau.Si le plancher n'est pas ciré, il est bon d'humecter la vadrouille de corde.18.— Que voyons-nous ici?— Deux balais.19.— Quel est cet ustensile?— Un petit escabeau.20.— Que tient cette femme dans sa main?— Une tige ou tringle de rideau.21.— Comment appelle-t-on cet appareil?— Un balai mécanique, ou balai à tapi9.L'abbé ETIENNE BLANCHARD L'OISEAU BLEU 77 NETTOYAGE et ÉPOUSSETAGE 78 L'OISEAU BLEU Vous arrive-t-il parfois ?VOUS arrive-t-il, parfois, de laisser derrière vous la métropole enfumée et empestée et de vous diriger vers la campagne illimitée-piquée ça et là, de maisons séculaires et de vieux arbres au feuillage ondulé, touffu et protecteur?Citadins affairés, nous brûlons la route, perdus en une vitesse vertigineuse, sans souci d'observer, tant soit peu, ce que nous dépassons ou traversons.La terre de chez nous devrait appeler nos regards et provoquer en nous de salutaires réflexions.Avez-vous remarqué cette maison, sise non Loin de' la route?Que ne cherchons-nous à pénétrer le secret qui la tient?Son toit décoloré, vermoulu, rongé en quelques endroits, ses fenêtres qui ne regardent plus le soleil, la terre et la vie, sa porte dont l'accueil de jadis est étouffé sous de larges planches clouées.Tout, de son être abandonné et mourant, vous dit le départ de ses terriens vers l'usine de la ville, l'atelier étouffant, le logement étroit et insalubre., la servilité de quelques dollars péniblement gagnés.Histoire quotidienne, répétée, que cet exode de nos campagnards vers les cités rongeuses de santé physique et morale! Terre abandonnée, maison close, condamnée, se fermant à jamais sur toute une lignée de braves gens.bâtiments chancelants d'où ne montent plus le sympathique beuglement, ni le long hennissement, ni le piaillement chicanier.La mort a passé.vos joies se sont éteintes avec ceux que l'appât des villes a fascinés.Coin de terre où la forêt a reculé sous la cognée de nos pères.témoin des labeurs incessants, nourrie de l'effort prolongé de nos colons énergiques.Terre, ayant re- cueilli le geste du semeur, de celui qui savait se courber sur le sillon et saisir la sublime leçon du grain qui levait.terre où des générations intactes ont vécu le meilleur d'elles-mêmes., terre pleine de l'affection de ceux dont le travail devait sauvegarder l'avenir de la race.terre sacrée, aimée, amie.et cependant abandonnée.tu as vu s'éteindre dans le départ de tes fils la royauté de l'homme des champs.Maison paternelle, emmurée dans la torpeur et le silence.maison morte jusqu'à ce que des étrangers, de moeurs, de langue et de religion différentes des nôtres viennent la ressusciter, tu cries éperdument ton abandon douloureux! La ville regorge des déracinés du sol.Elle les brûle de sa poussière et de son asphalte; elle les entasse en des taudis étroits et sombres, ronge leurs poumons, anémie leur corps et surtout gâte leur coeur.Hier rois et maîtres de la campagne canadienne, aujourd'hui esclaves de l'usine, de la misère, du dollar parcimonieusement servi et de patrons métèques.Par leur exode vers la ville, nos paysans ont desservi notre pays, payant d'infidélité et d'ingratitude les ancêtres au passé glorieux et détruisant l'avenir de leur génération.Que n'a-t-on découvert, derrière la fatigue des champs, toute la grandeur et la beauté du travail! Tristes leçons que celle de la terre qui meurt! Maison abandonnée, toi qui as entendu la chanson du ber, toi qui as vu les nôtres grandir, travailler, prier.pleurer.toi qui les a vus vivre pleinement, puis mourir chrétiennement, L'OISEAU BLEU 79 puisses-tu bientôt bourdonner de l'activité de tes fils revenant vers toi, tel l'enfant prodigue vers son père! Puisses-tu voir à nouveau la glèbe retournée et ensemencée.et couvrir de ta joie débordante et de ta sérénité la moisson dorée de la terre de chez nous! C.F.Correspondance Ariane.— Il m'a fait plaisir de vous revoir.Puissiez-vous, de nouveau, pousser une pointe vers notre métropole.Je vous remercie de votre correspondance assidue.Croyez à l'affection sincère de Fauvette amie! Abeille de Marie.— Je vous remercie de l'amitié que vous conservez à Fauvette.En retour, elle vous offre ses humbles prières et l'assurance de son fidèle souvenir.Clorinde D.— Je salue l'amie que j'aime toujours beaucoup.Si mes lettres se font rares, c'est que le travail quotidien, lui, se fait dru.Ecrivez-moi plus souvent.Croyez à ma profonde amitié.M imi-Blanc-Blanc.— Voeux de santé, de succès et d'apostolat fécond au sein de la ruche active où vous déployez un dévouement soutenu.Puissent vos élèves répondre toujours à votre sollicitude.Amitiés de Fauvette.Jean-Ls G.— Fauvette suppose que son jeune ami est toujours un fervent de l'étude.Elle lui souhaite santé améliorée, succès nombreux et le charge de saluer, pour elle, papa et maman.Jeannine.— Puissent vos élèves aimer toujours leur institutrice dévouée et toujours répondre à votre sollicitude soutenue.A vous et à elles, succès et santé.Souvenir amical de Fauvette.Claude J.— Notre petit ami oublie-t-il ses anciens voisins?Je te charge d'embrasser Mimi pour nous tous et de saluer affectueusement papa et maman.A toi, succès, santé et beaucoup d'ambition pour t'instruire! Gérard T.•— Merci de ta missive intéressante.Tiens Fauvette au courant de tes études, de tes succès et même de tes échecs! A bientôt, petit ami de Fauvette.Bébé Mignon.— Une "grosse" caresse à Bébé Mignon qui fait tant plaisir à Fauvette en lui écrivant.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture et de composition personnelle, sur papier non réglé, le tout accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SOEUR JEANNE L'Oiseau bleu 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Québec A UN EXAMEN DE MEDECINE — Dites-moi les noms des os du crâne?L'étudiant après avoir balbutié.— Excusez-moi, Monsieur.Ce doit être l'émotion.Impossible d'en trouver un seul.Je les ai pourtant bien tous là, dans la tête.)|E 3§C 2§C — Maman, pourquoi qu'y pleut?— Mais., pour faire pousser les fleurs et les légumes! — Ah ! bien, mais y pleut aussi dans la cour.00' JRfiNUIT WOV telephonez i.* marquette 4549 ^PHOTOGRAVURE NATIONALE 2Ô2 RUE ONTARIO OUEST PRÈS BLEURY MONTREAL Fleurs télégraphiées Tél.: HArbour 1878 partout ED.GERNAEY Fleuriste Invitation particulière aux membres de la Société de Saint-Jean-Baptiste 1405, rue Saint-Denis MONTREAL 80 L'OISEAU BLEU FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU Les Petits Patriotes du Richelieu par MLLE MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal {Suite) IV — A L'ASSEMBLEE DE SAINT-OURS L'ON AVAIT un peu bousculé les habitudes de la maison, en ce dimanche du 7 mai 1837, à cause de l'assemblée de Saint-Ours qui devait commencer juste à deux heures de relevée.Dès le retour de la grand'messe, vers onze heures, le dîner, très sommaire, avait été servi.Immédiatement après, l'excellent serviteur de la famille, Alec, avait fait son apparition, conduisant la large voiture de famille, attelée de deux chevaux gris, un peu poussifs, mais de fière allure.Tous les Précourt apparurent sur le perron en compagnie de la grand'mère, qui s'appuyait tendrement sur le bras d'Olivier.Non loin, dans l'encadrement d'une fenêtre, la bonne Sophie se penchait.Marie monta la première en voiture.Elle serrait étroitement autour d'elle sa riche mante de soie brune, car la température était fraîche.Elle portait une capeline de paille toute fleurie de roses, d'où ses cheveux blonds s'échappaient en boucles fort seyantes.Des gants de chevreau blanc, une ombrelle élégante, de fins souliers de soie brune complétaient sa toilette.La petite Jo-sephte semblait un Cendrillon à ses côtés.Son manteau d'étoffe du pays, de couleur grise et brune, son chapeau de paille noire garni d'un simple ruban gris, autour de la calotte, ses gants de fil gris n'avaient rien de brillant.N'eût été la grâce naturelle de la petite fille, jointe au sourire qui ne quittait pas ses lèvres, on ne l'eût pas distinguée de la première petite paysanne venue.— Josephte, remarqua d'un ton maussade la grande soeur, tu ne pouvais te vêtir mieux que cela?— Elle est très bien mise, pour la circonstance, répliqua à sa place Olivier, qui la soulevait de terre à cet instant.Il la plaça près d'Alec qui se i mgea aussitôt avec empressement afin que la petite pût se sentir à l'aise, assise entre Olivier et lui.— Marie, fit la grand'mère inquiète, crois-tu que notre petite ne semblera pas convenable, ainsi vêtue.— Oh! si elle ne descend pas de voiture, cela peut aller, grand'mère, répondit la jeune fille, en haussant les épaules.Et puis, la grande autorité a prononcé, messire Olivier, ajoula-t-elle plus bas, en regardant ironiquement son frère, qui s'inclina en riant.La bonne humeur du jeune homme était visible.Ce voyage à Saint-Ours lui était plus qu'agréable, indispensable en ce moment à son bonheur.Une raillerie de plus ou de moins dans la bouche de sa soeur, bah! qu'était-ce pour lui.aujourd'hui ! — Allons, bon voyage, mes enfants, revenez ce soir le moins tard possible, prononça la grand'mère en leur faisant signe de s'éloigner.— Grand'mère, cria encore la voix de la petite Josephte.Ne vous ennuyez pas trop.Je vais penser à vous.souvent.Bonjour.Le reste se perdit au milieu du bruit du fouet et des cris d'Alec, qui retenait avec peine l'élan prodigieux des chevaux, heureux de cette randonnée dans la campagne fraîche, par des chemins dont le soleil avait séché les dernières boues.Peu de paroles furent échangées avant d'atteindre le village de Saint-Denis.Le docteur Séraphin Cherrier, dont la maison s'élevait au bord de l'eau, à peu de distance de l'église, attendait les Précourt sur le perron de sa demeure, en compagnie de sa femme.Tous deux étaient vêtus avec soin et constituaient vraiment un vieux couple plein de charme, tout souriant, et non sans une petite pointe de moquerie, afin sans doute de faire fuir toute attitude ou toute parole trop solennelle.Leur fière urbanité réprouvait la raideur à l'égal d'un manque de goût.Olivier sauta à terre, et vint s'incliner devant Madame Cherrier, qui s'informa aussitôt de la grand'mère Précourt.Puis, la vieille dame se rapprocha de la voiture et échangea quelques mots avec Marie.La petite Josephte, aidée par son frère, parvint à se pencher assez bas pour embrasser l'amie de sa grand'mère de tout son coeur.Le docteur regarda à sa montre.— Tu nous excuseras, Louise, mais il faut filer.Il est midi et un quart.Le président de l'assemblée de Saint-Ours, ton vieux malin d'époux, ne doit pas faire attendre ce très bouillant confrère Wolfred Nelson?Au revoir, à ce soir! Dix minutes seulement avant deux heures de relevée, la voiture des Précourt s'arrêtait près de l'estrade, élevée pour la circonstance, L'OISEAU BLEU 81 dans une prairie, non loin de l'église de Saint-Ours.Une foule considérable se massait tout autour de l'enceinte.Le Dr Nelson causait, debout, sur la tribune avec les autres orateurs de la manifestation politique.De temps à autre, le Dr interrompait.Il regardait du côté de la route avec une impatience à peine déguisée.Enfin.il aperçut le Dr Cherrier, qui s'avançait vers la tribune, tout en échangeant au passage quelques mots avec de vieilles connaissances.Olivier Précourt, soudain, souffla quelques mots à l'oreille du docteur Cherrier.— Bien, bien, répondit celui-ci, à voix assez haute.Quittez-moi ici, Olivier, votre soeur a besoin de vos services.Mais comment peut-elle préférer une visite de cérémonie.assommante, voyons, comme le sont ces sortes de visites, à une réunion vivante comme celle-ci?.Mystère!.Allez, allez, vous dis-je.Voici François Coderre qui approche, avec son bras de.de.— De dix-neuf ans, hélas! seulement, docteur.Mais c'est Bolide.— Eh! eh! jeune homme, de quoi vous plaignez-vous! De n'avoir pas encore vingt ans?Envieriez-vous, par hasard, mes quatre fois vingt ans?— J'envie leur bonne humeur, certes, reprit en riant François Coderre, tout en conduisant le Dr Cherrier, habilement, lentement à travers la foule.Il avait vu le Dr Nelson lui faire signe de se hâter.Enfin, le siège présidentiel se vit occuper.Le Dr Cherrier salua avec plaisir la foule, les orateurs, tout en prenant entre ses mains, qui tremblaient un peu, le texte de son discours d'ouverture.Le silence s'établit.On avait hâte d'entendre les paroles de vibrante protestation des chefs politiques de la région.Le nom du Dr Nelson courait sur toutes les lèvres.On s'attendait à des mots décisifs.Il formulerait avec clarté, bonheur et énergie la pensée de tous les patriotes accourus avec empressement à sa demande.Avant de commencer son discours, le Dr Nelson se pencha et dit tout bas au Dr Cherrier: "Que fait donc le Dr Dorion?Et votre jeune ami Précourt?Ils devraient être ici, sur l'estrade?— Eh! eh! fit le Dr Cherrier, en clignant de l'oeil et en regardant non loin de lui, vous êtes, aujourd'hui, bien troublé, mon beau chirurgien.Il y a longtemps que Dorion et Précourt se tiennent en face de vous, là, là, dans la foule.Précourt, mon fougueux ami, m'a dit vouloir se tenir au milieu de tous, afin de bien diriger les enthousiastes réactions.— Mais c'est parfait d'avoir songé à cela.Je commencerai donc sans plus tarder mon attaque contre cet impertinent lord John Russell.— Hein! soyez.prudent autant qu'un homme à haute température comme vous, puisse l'être! avait encore ajouté, entre haut et bas, le Dr Cherrier.Il observait de son petit air narquois la figure enflammée du docteur Nelson, qui venait de redresser le buste en se tournant vers la foule; on l'applaudissait avec force cris, rires, mots de bienvenue et d'avance fort encourageants.Mais tandis qu'on prêtait l'oreille aux ardentes objurgations du député patriote, Josephte, assise sagement auprès d'Alec, filait dans la large voiture confortable.Elle regardait droit devant elle, trouvant un peu monotone la route qui conduisait de Saint-Ours à Sorel.Sans doute, le Richelieu, avec ses rives fleuries d'arbustes, ornées de beaux arbres, dont les branches se reflétaient dans l'eau d'une limpidité de miroir, lui plaisaient beaucoup.Ses regards d'enfant, déjà initiés au beau, aimaient à se poser sur tout ce coin de pays qui lui semblait bien à elle.Cadre naturel, harmonieux, de la petite fleur sauvage et gracieuse, qu'elle était bel et bien encore.Les chevaux eurent un écart tout à coup.Alec, surpris, les retint en regardant ici et là pour connaître la cause de ce bond.Josephte le prévint.Elle cria avec joie, la main sur la rude main du cocher.— Oh! Alec! arrêtez, s'il vous plaît.Je crois reconnaître le petit garçon qui est là assis près d'un arbre.Oui, oui, c'est Michel.Oh! vite laissez-moi aller.— Bien, ma petite demoiselle.C'est cela, vous voulez descendre.Attention, le marchepied est haut pour vous.Mais Josephte était déjà à terre et se dirigeait avec empressement vers le gamin, qui la regardait venir bouche bée, n'en pouvan* croire ses yeux.— Michel!.C'est toi, Michel!.Que je suis contente!.Mais qu'as-tu donc?Tu ne me reconnais pas?Le petit garçon fit signe que oui, mais sans la regarder.Il ramassait le sac en tapis qu'il avait déposé près de lui, le chargeait sur son dos et se dirigeait, en silence toujours, vers le chemin.Josephte le suivit, puis elle marcha soudain très vite de façon à pouvoir le dépasser et faire volte-face tout à coup.Elle lui barra la route.— Michel, tu ne passeras pas avant de me dire ce que tu as contre moi.— Je n'ai rien, répondit le petit garçon, en soupirant, les yeux à terre.— Alors, pourquoi n'oses-tu pas me regarder en faisant ce mensonge?répliqua la petite fille, un peu indignée.— Un mensonge, cria l'enfant en se redressant.Jamais, non jamais, je ne mens.Laissez-moi passer, mademoiselle. 82 L'OISEAU BLEU Michel, tu ne passeras pas avant de vie dire ce que tu as contre moi.— Mademoiselle! s'exclama la fillette en frappant du pied.Ecoute, Michel, je m'accroche à ton bras.non, je vole ton sac.ah! ah! ah!.Poursuis-moi, maintenant.je cours vite et bien, va.Josephte, triomphante, allait s'enfuir à toutes jambes, lorsqu'elle vit le petit garçon se jeter par terre et envelopper sa figure de son bras replié.Allait-il pleurer?La petite fille revint lentement.Elle réfléchissait.Elle s'assit près de lui.— Michel, dit-elle doucement, en posant la main sur la tête du garçonnet, vois, Michel, je te rends ton sac.Je ne veux pas que tu pleures.Je t'aime toujours, moi.— Je ne pleure pas.Oh! non, fit Michel en relevant la tête.Je suis un homme, comme dit le docteur Duvert.Mais je ne sais plus que faire.je ne sais plus que dire.— Pourquoi?Mais pourquoi?fit Josephte.— Eh bien! voilà, expliqua enfin l'enfant d'une voix ferme.Je ne dois plus jamais vous parler, petite fille, parce que le grand frère Olivier, qui a l'air bien bon pourtant, ne le veut pas.— Qu'est-ce que tu dis?cria la petite fille abasourdi.Olivier ne veut pas que tu me parles.Répète-le encore?— Tu as très bien compris, alors.— Mais c'est Marie qui a été désagréable, l'autre jour, tu le sais bien.Je ne comprends pas que tu parles d'Olivier.— Je ne me serais pas occupé de ta grande soeur, vois-tu, et du moment que je n'aurais pas été dans ton beau jardin, je t'aurais répondu, si tu m'avais parlé, .ailleurs que là, par exemple.— Olivier a défendu de me parler?Quand cela, Michel?Avant-hier encore, il a dit que tu étais un petit garçon, "peu riche, mais très bien né".Tu entends?C'est ce qu'il a dit C'est un peu difficile à comprendre ces mots-là.Mais c'était en ta faveur, car il souriait en parlant.J'étais assise sur ses genoux.J'ai bien vu, bien entendu.Et grand'mère a approuvé.— Pourtant, reprit tristement l'enfant, chez le docteur Duvert, l'autre soir.— Ah! tu étais là, toi aussi?Vrai?— C'est chez mon maître.— J'oubliais.Alors, c'est là qu'il t'a durement parlé.— Non, non, pas durement.— Michel^ écoute.Je sais ce que nous allons faire.Tu vas monter avec moi dans la voiture.— Non, non, fit le petit garçon effrayé.— Oui, oui, reprit Josephte, d'un ton d'autorité.Tu te placeras sur le siège en avant avec Alec.Et moi, toute seule, en arrière.Je ne te regarderai pas.Je ne te parlerai pas.Je promets de faire cela, Michel.Tu entends?Je le promets les yeux et la main levés vers le ciel.C'est grave de faire cela, va.Mais js le fais.Regarde! — Mais pourquoi t'écouter et te suivre?Qu'est-ce que je gagnerais?D'abord, je puis marcher.Le docteur Duvert attend les papiers qui sont dans le sac, ce soir seulement à huit heures, avant que je retourne avec lui en voiture, à Saint-Charles.— Aussi, Michel, je ne t'ai pas encore tout appris.Je continue.Lorsque nous serons arrivés à Saint-Ours, nous descendrons de voiture, nous irons, l'un en arrière de l'autre, moi, en avant, toi, en arrière, jusqu'au terrain, où sont tous les patriotes.Nous les regarderons défiler.Nous guetterons Olivier.Et alors, tous les deux, tu entends, nous lui demanderons, si c'est bien vrai que nous devons nous tourner le dos.Car tu sais, Michel, quand même, tu le répéterais jusqu'à demain, non, jusqu'à.jusqu'à la fin du monde, je ne te croirais pas-Olivier, mon bon grand frère Olivier, avoir dit cela! Jamais! Jamais!.Alors que décides-tu?— Je ne sais pas.Je.— Veux-tu jouer à pile ou à face?J'ai un beau louis neuf dans ma poche.Si tu retournes face, lu feras comme je viens de te dire.Si non, eh bien, j'attendrai jusqu'à demain pour savoir la vérité.Tiens! Prends le louis.Une! deux! trois!.Vite, mais vite, envoie le louis bien haut.Oh!.j'ai peur de regarder.Bravo! bravo! reprit bientôt la fillette en sautant de joie.C'est la face que tu as tournée.Viens, viens vite.Montons! — Josephte, dit le petit garçon, tu oublies ton louis.— Ramasse-le.Garle-le, Michel.Je suis contente de te le donner. L'OISEAU BLEU 83 — Oh! non.Jamais! Je n'en veux pas.— Tiens ! Pourquoi ?— Je ne prends que les sous que je gagne.— Mais tu es un petit orgueilleux, Michel! — Si tu veux.Vois-tu, il y a en moi quelque chose qui refuse ferme, va! Je ne veux pas de ton louis.— Bien.C'est drôle, ça ne m'empêche de te trouver à mon goût.Oh! ne reprends pas tes airs tristes, voyons! J'aurais fait comme toi à ta place, je crois.Dès qu'ils furent à portée de la voix, la fillette cria au cocher, qui la regardait venir avec surprise.— Alec, descends, veux-tu, et aide-moi à me placer au fond de la voiture.Michel, le petit messager du docteur Duvert, vient avec nous jusqu'à Saint-Ours.Lui et moi, nous voulons aller y rejoindre Olivier.Il faut que nous lui parlions.On était déjà en route depuis dix bonnes minutes lorsque le bon Alec, surpris du silence des enfants, se pencha vers Michel.— Dis donc, petit, es-tu muet?— Non, monsieur.— Alors, pourquoi ne parles-tu pas à la bonne petite demoiselle qui t'a péché si joliment sur la route tout à l'heure?— Alec, expliqua d'une voix résolue et claire la fillette, qui voyait l'embarras de son compagnon et n'en pouvait plus de ne pas intervenir, Alec, ne demande rien à Michel.Nous avons décidé de ne pas nous regarder, ni nous parler, jusqu'à ce que nous ayons causé avec Olivier.Tu entends?— Oui, mademoiselle.Mais c'est un drôle de jeu que vous avez choisi, soit dit sans vous offenser.Dans mon jeune temps, on savait mieux s'amuser.Enfin, c'est votre affaire, ma petite demoiselle.Je vais fouetter les chevaux, afin d'arriver plus vite et faire cesser votre pénitence.— C'est cela, Alec, claironna encore la petite du fond de la voiture.Oh! ne passe pas devant le manoir des Saint-Ours.veux-tu?pria-t-elle encore.— Pas de danger, Mademoiselle, car la belle demoiselle Marie en ferait une grimace en nous apercevant.Allons, filez, les gris.Et Alec fit légèrement retomber son fouet sur les bêtes, qui bondirent et filèrent à toute vitesse vers Saint-Ours.L'assemblée tirait à sa fin, lorsque la voiture des Précourt atteignit les maisons voisines de l'église.Les enfants descendirent en hâte.Fidèle à sa consigne, Josephte, la tête fièrement relevée, précédait son compagnon de quelques pas.De temps à autre, elle se retournait pour lui sourire.Bientôt, la foule se déversa par toutes les issues possibles, sentiers, chemins de traverse, et surtout la grande route.Josephte montra de l'inquiétude.Michel ne demeurait plus sans cesse non loin de lui.Les remous de la foule l'obligeaient de reculer ou de biaiser.Elle le perdait de vue.Qu'importe! L'adroit garçonnet filait vivement à travers tous les groupes, et assez tôt pour ne pas voir la figure de Josephte s'alarmer par trop à son sujet.On aperçut enfin le terrain, qui avoisinait l'église cl où s'élevait l'estrade.La place se vidait lorsque les enfants s'en approchèrent.Ils s'arrêtèrent, demeurant à distance l'un de l'autre, mais attentifs à bien voir chaque groupe et, dans chaque groupe, chaque personnage.A la vue de l'avant-dernier de ces groupes, Josephte se retourna, joyeuse, vers son compagnon.Elle venait d'apercevoir Olivier, qui marchait près de M.Marchesseault, de Saint-Charles, du Dr Dorion et de François Coderre, de Saint-Ours.Olivier Précourt avait aperçu, lui aussi, presque au même moment, la petite figure anxieuse de sa petite soeur.II s'excusa auprès de ses compagnons, et vivement s'approcha d'elle.— Qu'est-ce qu'il y a Josephte?Tu m'avais promis de ne quitter ni Alec, ni la voiture.— Olivier, regarde un peu plus loin, qui me protège au lieu d'Alec.C'est aussi sûr, va.Le jeune homme fixa les yeux sur les passants ici et là.— Non, non, en arrière de moi, pas très loin.—-Tiens! Je vois Michel.Est-ce lui?Il est un peu jeune ton protecteur.Viens ici, Michel.Ainsi, c'est toi qui encourages les fantaisies de Josephte.— Mais non, mais non, Olivier.Tu n'y es pas du tout.Michel, au contraire ne voulait ni me parler, ni même me regarder parce que.Et Josephte s'interrompit, toute rougissante.— Parce que?fit Olivier, avec un peu d'im-patience.Ses amis s'éloignaient et il eût désiré les suivre.Au passage, Marchesseault lui avait crié: "Rejoins-nous, chez le Dr Dorion.Nelson et Duvert y viennent tout à l'heure." Alors, Josephte, vivement monta sur un banc qu'on avait adossé pour la circonstance, au mur d'une maison, et ainsi grandie, à portée de l'oreille de son frère, elle lui souffla à mots plaintifs et tout d'un trait: — "Oh! Olivier, ne me refuse pas, conduis-moi avec Michel que tu vas inviter, chez la bonne Mme Coderre, la tante de ton ami François.Elle aime tant grand'mère, qu'elle m'aime aussi, à cause de cela.Elle nous donnera du lait à Michel et à moi, car nous avons bien faim.puis quand nous serons sur la belle galerie, et tout seuls tous les trois, tu écouteras ce que nous avons à te dire, Michel et moi.C'est sérieux, tu sais. 84 L'OISEAU BLEU — Allons, allons, Josephte.Sois raisonnable.Demain, nous causerons de tout cela à la maison.— Michel n'y sera pas.— Nous le ferons venir.— Marie grondera.— Josephte! — Dis oui, Olivier, je t'en prie., j'aurais trop de peine sans cela., je.je.Et la bonne petite, qui sentait les larmes la gagner, se détourna.Olivier, les yeux à terre, semblait fort ennuyé.— Michel, demanda-t-il, es-tu libre en ce moment?— Oui, monsieur.Le Dr Duvert, à qui je dois remettre des papiers, m'a donné rendez-vous pour huit heures, près de la maison du Dr Dorion.— Bien.Alors, ces papiers sont sûrement indispensables pour la réunion de ce soir.On nous attendra tous deux.Venez, venez mes petits, allons manger.Le jeune homme tira sa montre.Elle marquait près de sept heures.— Josephte, il est trop tard, nous n'irons pas chez Madame Coderre.Nous la dérangerions.Aujourd'hui, chaque maison, vois-tu, a un bon nombre d'invités à servir.Non, vous allez me suivre, chez un bon habitant, à dix minutes d'ici.On m'a dit qu'il servait des rafraîchissements à qui se présentait.Es-tu trop fatiguée pour marcher, Josephte?Alec peut nous conduire.— Je ne suis pas fatiguée du tout, Olivier.J'ai un peu faim, non, j'ai beaucoup faim seulement.Michel aussi, quoiqu'il ne le dise pas.— Marchons vite, alors.On fit quelques pas, en silence.Michel ralentit sa marche, de façon à demeurer un peu en arrière du frère et de la soeur.Perdu dans des réflexions que les paroles dramatiques entendues tout à l'heure, à l'assemblée faisaient monter en tumulte à son esprit, Olivier ne s'aperçut pas tout de suite du mutisme de 6es compagnons.Il s'en avisa soudain.Surpris, il interrogea Josephte.— Petite, qu'y a-t-il donc?Tu gazouilles d'habitude, quand tu es avec moi.Et puis Michel.est là! — Oui, oui, répondit la petite fille.Mais.mais je ne puis t'expliquer cela maintenant, ni ici.— Non?— C'est trop grave.— Quel mystère tu veux créer! fit le jeune homme en riant.Mais dis donc, mon petit homme, ajouta-t-il, en se retournant vers le garçonnet, pourquoi traînes-tu derrière nous?Marche en ligne avec nous.Tu es las peut-être?.Je puis ralentir.— Merci, monsieur, fit l'enfant, en se rapprochant.Vous êtes trop bon.Et puisque vous le permettez.me voici près de vous.— Comment, si je permets?Je n'ai pas besoin d'enfant de choeur, moi, comme M.le Curé.quand il porte le Saint-Sacrement.Les deux enfants partirent à rire.Josephte se suspendit au bras de son frère, puis tout en évitant de regarder du côté de Michel, elle se mit à bavarder, racontant sa promenade du côté de Sorel, sa chance d'avoir rencontré Michel, et la résolution prise d'avoir une conversai ion tout de suite avec Olivier.On arriva à l'endroit convenu.La maison, humble d'apparence, élaft d'une propreté parfaite, avec son bois peinturé de blanc, et son toit d'un beau rouge foncé.Un petit jardin potager se voyait à droite.Une vieille femme y cueillait des radis et quelques pieds de laitue.Elle ne parut pas apercevoir les nouveaux venus.Une jeune femme, souriante, à la taille robuste et vêtue d'étoffe du pays grossièrement tissée ouvrit à cet instant la porte.— Vous nous servirez bien quelque breuvage, et.ce que vous auriez sous la main, ma bonne dame, pria courtoisement Olivier en soulevant son chapeau.— Entrez, monsieur, entrez avec les enfants.Il reste encore un beau pain frais, de la crème, du sucre du pays.Il y a aussi du cidre et de la bière, je crois.— Et du lait, madame?demanda gentiment Josephte.Nous aimerions en boire, mon petit compagnon et moi.— Oh! pour le lait, ma petite demoiselle, vous en aurez comme vous n'en buvez pas souvent.— Vous avez un coin où nous pourrons nous installer, seuls, tous les trois, demanda encore Olivier, en suivant la jeune femme à l'intérieur de la maison.La pauvre habitation n'avait qu'une très grande salle, à l'entrée.Trois personnes s'y Les deux enfants partirent à rire. L'OISEAU BLEU 85 trouvaient, trois hommes autour d'une grande table.Dans un coin, un large banc disparaissait sous les vêtements des visiteurs.La jeune femme en un tour de main eut transporté tout cela dans la chambre du fond.On apercevait, dans cette unique chambre, dans un ber, un bébé joufflu profondément endormi.Au mur, en arrière on voyait un crucifix, un tableau de la Sainte Famille en couleurs très vives et un petit miroir avec une grande cassure au milieu.Olivier s'assit sur le banc, et plaça sa soeur près de lui.Michel resta debout, roulant sa petite tuque entre ses doigts.— Eh bien, Michel, qu'est-ce que tu attends?Place-toi près de moi, ou près de Josephte.A ton goût.— Oui, monsieur.Merci monsieur, fit le petit, les yeux baissés, un peu honteux.Il s'approcha lentement et vint s'asseoir près du jeune homme.Olivier le regarda, étonné.La gêne de l'enfant commençait à l'intriguer.Quelle différence avec l'assurance que le petit avait témoignée à sa première visite à la maison de la grand'mère! La jeune femme revint bientôt, traînant une sorte d'établi de menuisier qu'elle installa en face du jeune homme et des enfants.Elle recouvrit cette soi-disant table d'un vieux tapis rouge en toile, tout fané, mais d'une méticuleuse propreté.Olivier sourit avec sa bonne humeur habituelle, en face des préparatifs rustiques.— Vous êtes ingénieuse, madame, dit-il, nous serons très à l'aise, ici, pour manger et causer.— Tant mieux, si vous êtes content, monsieur, fit la jeune femme.Et ne craignez pas d'être dérangés par les messieurs de la grande table.Je les connais.Ils ne s'intéressent qu'au prix des grains, des fromages et des volailles.Puis, regardez, mon mari qui s'amène avec un jeu de dames.Dans dix minutes, ils s'y intéresseront tous si bien qu'il faudrait un tremblement de terre pour leur faire seulement lever la tête.Ainsi, jasez à votre aise, tout en mangeant ce que je vais vous apporter, monsieur.L'appétit de chacun empêcha d'abord toute conversation suivie.Josephte se déclara bientôt rassasiée.Elle refusait tartines et confitures que l'accorte fermière lui enjoignait de reprendre.Elle se renversa en arrière, toute songeuse, soudain.La fermière s'éloigna, mais non sans s'être assurés qu'il y avait encore du lait, de la bière fraîche et des galettes de ménage sur cette table improvisée.— Olivier, dit d'une voix suppliante Josephte, est-ce que puis parler à Michel, rire avec lui?— Comment! fit celui-ci ahuri.Tu demandes.— Je demande si je puis rire et parler avec Michel, reprit patiemment la petite.— Ecoute, Josephte, tu es malade ou tu perds la bonne petite tête que Dieu t'a donnée, pour me poser une semblable question.— Pas du tout.C'est toi qui as défendu que Michel.— Moi!.Ah! ça, qu'est-ce que cette histoire?Tu sais, Josephte, comme dit ta soeur aînée, je n'ai pas la cervelle de Papineau.Veux-tu avoir la bonté de t'expliquer clairement?s'écria Olivier, en repoussant verres, assiettes, couverts et en allumant sa petite pipe d'ébène.— Ce sera vite expliqué.Olivier, toi qui es bon comme personne ne l'est dans le monde à part de grand'mère, tu as défendu à Michel de me parler, avant-hier, chez le Dr Duvert.— Voici une nouvelle pour moi, une vraie.Et qui t'a fait ce conte?— Michel.— Hein! — C'est Michel.Demande-lui, tu verras bien.— Parfait.Olivier se tourna vers le petit garçon, qui se tenait immobile à ses côtés, la tête basse et les pommettes toutes rouges, véritable image de la confusion, mêlée à beaucoup de tristesse.— Michel, pourquoi as-tu inventé une pareille histoire, qui peine Josephte, et.qui me ressemble si peu.Est-ce que je ne t'accueille pas toujours avec plaisir?Est-ce qu'en ce moment, je me montre mécontent de te voir avec Josephte?.Allons, parle.— J'aimerais mieux m'en aller, monsieur, fit le petit garçon en soupirant.— Ah! non, par exemple.Comment, un honnête petit garçon comme toi me laisserait croire de vilaines choses sur ton compte?— Eh bien, monsieur, dit enfin Michel, c'est vrai que vous n'aimez pas que je parle à Josephte.Vous m'avez dit, ¦— oh! bien doucement, et après m'avoir demandé si je me plaisais avec votre petite soeur, que vous aviez à me parler sérieusement.Alors, j'ai compris, continua l'enfant que vous vouliez m'é-carter de votre route avec des mot3 charitables.et que.— Michel, voyons! Ta fierté naturelle, étonnante pour un petit homme comme toi, t'a joué un vilain tour.Tu t'es imaginé, toi, une chose qui n'était nullement dans mon esprit à moi.Tu entends?— Oui, monsieur Olivier.Oh! bien vrai, ce n'était pas cela.Et l'enfant, leva de grands yeux confiants, plein d'admiration, vers le jeune homme qui lui souriait doucement.— Bravo! bravo! cria Josephte, en frappant joyeusement ses mains l'une contre l'autre.Tu vois, Michel, comme j'avais raison de 86 L'OISEAU BLEU ne pas te croire, jamais, jamais.Olivier, tu sais, c'est plus qu'un ange, c'est un archange! — Et maintenant, Michel, reprit le jeune homme, qui riait malgré lui de l'éloge de Jo-sephte, veux-tu connaître ce que j'avais dans l'esprit en te parlant.— Si vous voulez, monsieur.— Je veux te mettre au collège à l'automne, à Montréal.Tes jours de congé, tu les passeras à me faire mes messages.Je puis faire cela, petit, avec quelle facilité.J'ai bien vendu mes grains, l'an dernier.J'ai de l'argent à placer dans quelque entreprise bienfaisante.Tu seras cette entreprise, petit.— Merci, monsieur Olivier.Comme ce sera beau d'être instruit.mais.— Ah! il y a un mais.Quel drôle de petit homme tu es! Avec toi, il y a toujours de l'inattendu.Allons, parle.Dis-moi tout bien franchement.—- (A suivre) Marrie-Claire DAVELUY AVIS IMPORTANT ?++?
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