L'oiseau bleu /, 1 janvier 1938, juin - juillet
REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE POUR LA JEUNESSE au Bleu PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Rédaction et administration, 1 182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 $3 & VOLUME XVIII — Nos 11-12 MONTREAL, JUIN-JUILLET Le numéro: 10 tous C'était un énorme monstre ovec sept têtes de dragon, avec sept langues rouges et avec une queue de serpent. 290 l'oi seau bleu CONTE POPULAIRE CANADIEN La Bête-à-sept-têtes Voici un autre conte du folklore canadien.Je le trouve cette fois encore dans The Journal of American Folk-lore, janvier-mars 1916, volume XXIX.M.Gustave Lanctôl déclare l'avoir appris vers lo96, à Saint-Constant, comté de La-prairie.J ai I impression que grands-papas et grand'-mamans le racontaient encore à cette époque dans à peu près toutes les régions de la province de Québec, pour égayer les longues soirées d'hiver de leurs petits-enfants.Entre, six et onze ans, je me rappelle fort bien l'avoir entendu, ce conte, et beaucoup d'autres aussi, des centaines de fois à Sainte-Victoire, comté de Richelieu, dans les mêmes termes ou presque sans variantes.VIATOR «¦M IL Y AVAIT une fois un homme et une femme, qui avaient trois fils, Pierre, Jacques et Jean.Comme ils étaient très pauvres, ils manquaient souvent de quoi manger.Pierre, l'aîné, qui ne pouvait plus supporter cette vie de misère, dit à sa mère, après s'être décidé une bonne fois: Faites-moi sept petites galettes, je vais aller travailler et m'enriehir.Sa mère lui fit donc sept petites galettes, et il partit.Marche, marche, marche; il marcha longtemps et arriva enfin à l'entrée d'un grand bois.A peine avait-il fait quelques pas dans la forêt qu'il .entendit une voix qui criait: Pierre.Pierre! La peur le prit.Il n'osait regarder en arrière, tant il était effrayé, pour savoir d'où pouvait bien venir la voix.Mais elle criait plus fort: Pierre.Pierre.' Alors, il se retourna, mais en se retournant, il reçut sur la tête un coup de rondin qui l'étendit par terre, sans connaissance.Au bout de quelque temps.Jacques prit il même décision oue Pierre.A son tour, il dit à sa mère: Faites-mois sept petites galettes de sarrasin, et je vais aller travailler moi aussi et m'enriehir.Sa mère lui fit donc sept petites galettes de sarrasin et il partit dans la même direction que Pierre.Marche, marche, marche; il march j longtemps et en arrivant dans la forêt, il entendit une voix qui criait: Jacques, Jacques.La peur le prit; il continua son chemin sans regarder en arrière tant il était effrayé.Mais la voix se remit à crier de plus belle: Jacques, Jacques.Alors il se retourna, mais au même moment il reçut en plein front un coup de rondin qui l'étendit par terre, sans connaissance.A quelque temps de là, P'tit-Jean dit u;: beau jour à sa mère: Faites-moi sept galette* de sarrasin et je vais aller travailler.Moi, je vous le promets, je reviendrai bien.Le coeur gros de chagrin, car elle l'aimait beaucoup, sa mère lui fit sept galettes de sarrasin; P'tit-Jean les mit dans son mouchoir et partit à la grâce de Dieu.Marche, marche, marche.Après avoïi longtemps marché, il arriva sur le bord d'une rivière.Il y vit une vieille mendiante qui lui demanda: Voudriez-vous m'aider â traverser 1« rivière?P'tit-Jean l'aida aussitôt à traverser là rivière.Une fois rendu de l'autre côté, il lui donna une de ses galettes de sarrasin.Alors la vieille lui dit: Je suis une fée.Poi.r te récompenser de ta charité, pour te témoigner ma reconnaissance, je vais te faire don d'une baguette et d'une ceinture.Avec la baguette, lu feras tout ce que tu voudras; et quand tu mettras la ceinture, tu deviendras invisible.Jugez de la joie de P'tit-Jean! P'tit-Jean prit la baguette et la ceinture, remercia la fée avec des larmes dans les yeux, tant il était content de ce cadeau, et continua 0a route.Quand il arriva à l'entrée de la forêt, il entendit lui aussi une voix qui criait: P'tit-Jean.P'tit-Jean! Mais aussitôt, sans y prêter plus d'attention que cela, il mit sa ceinture et traversa le bois sain et sauf.11 poursuivit son chemin.Mar-h», marche, marche.Il arriva bientôt devant lë château du roi.Un grand diable de sentinelle se tenait à ia porte, qui lui demanda: —Qu'est-ce que tu veux?—Je veux voir le roi! —On ne passe pas sans y être invité.P'tit-Jean mit sa ceinture et.devenu invisi ble, franchit la porte pendant que le solda! ¦ L'OISEAU BLEU 291 cherchait ici et là pour découvrir où il s'était caché.P'tit-Jean monta les escaliers à la course, arriva devant le roi, qui lui dit comme ça: —Qu'est-ce que tu veux?—Sire, je veux ¦n'engager; je suis tout disposé à faire tout ce que vous voudrez et tout ce que les autres ne pourront pas faire.— C'est ce que nous allons voir, et tout de suite, répondit le roi, piqué au vif par la riposte de P'tit-Jean.Va nettoyer mes écuries.Ces écuries n'avaient pas été nettoyées depuis dix ans au moins, autant que je me le rappelle, et elles étaient toutes pleines de fumier.P'ii'-Jean descendit aux écuries.Il les vit.les loucha de sa baguette cl dit simplement: Je veux que les écuries soient nettes.Aussitôt elles furent nettoyées complètement.Tout le fumier était enlevé et les animaux avaient tous une litière de paille bien fraîche.Le roi vint visiter ses écuries: il s'émerveilla de les voir si propres après si peu de temps.— Maintenant, dit-il.à P'tit-Jean.tu vas mener mes vaches au pacage, mais fais bien attention de les mener dans le champ des géants! —On verra, répondit P'tit-Jean avec un air mystérieux.Il fil sortir le troupeau des étables.Alors, une des génisses s'approcha de lui et lui dit: Prends ton couteau et coupe-moi une babiche depuis la tête jusqu'à la queue.P'tit-Jean ne voulait pas tant il était surpris et qu'il craignait de faire mal à la génisse.Mais elle lui dit: Ne crains rien, je suis une fée: taille-moi une babiche depuis la tête jusqu'à la queue.P'tit-Jean prit son couteau et tailla une babiche depuis la tête jusqu'à la queue.La fée lui dit alors: Tu n'auras qu'à dire: Babiche.attache' et la babiche attachera tout ce que tu voudras.P'tit-Jean était très content; il remercia la fée, mit la babiche dans sa poche et mena les vaches au pacage dans le champ du roi.L'herbe était courte et brûlée par le soleil, tandis que -dans le champ des géants, le foin était à pleine clôture et montait plus haut que les vaches.P'tit-Jean.sans hésiter, ouvrit la barrière et fit passer toutes les vaches dans le champ des géants.Les vaches se mirent à manger dans le grand foin et.le soir, quand P'tit-Jean les ramena à Pétable.elles donnèrent deux fois plus de lait que de coutume.P'tit-Jean continua de les mener paître dans le champ des géants, si bien qu'elles engraissèrent à vue d'oeil.Et le roi était fort content de voir ses vaches devenir si grasses et lui donner tant de lait.Lin jour, pendant qu'il était au champ ci qu'il surveillait ses vaches, la fantaisie vint à P'tit-Jean d'aller au'château des géants, dont i! apercevait le toit au loin.Il avait avec lui sa ceinture, sa baguette et sa babiche.Il marcha à travers les champs dont le foin lui montait plus haut que la tête.Il arriva à une barrière, qui était ouverte.Comme il allait la franchir, un énorme géant, haut sûrement de dix pieds, parut devant lui et lui barra le chemin: Que viens-tu faire ici, petit ver de terre?Si tu ne t'en va pas, je te coupe en quatre et je te mets dans mon sac.— Babiche.attache! répondit P'tit-Jean, sans reculer d'un petit doigt.Aussitôt dit, aussitôt fait: le géant se trouva attaché et ficelé au poteau de la barrière.D'un coup de baguette, P'tit-Jean lui coupa la tête et continua sa marche vers le château.En approchant, il vit deux géants qui travaillaient sur le toit à réparer la couverture.P'tit-Jean boucla sa ceinture autour de ses reins et se glissa, invisible, dans la salle à manger du château.Là, il aperçut la fille du roi, avec ses beaux cheveux blonds, en train de mettre la table pour les géant-.P'tit-Jean se cacha sous une chaise.Quand le dîner fut prêt, la fille du roi appela les géants, qui vinrent s'asseoir à table.Alors P'til-Jean, que personne ne pouvait voir, parce qu'il portait sa ceinture enchantée, mangea rapidement la soupe d'un des géants et quand celui-ci voulut manger, il n'en trouva plus.Le géant, furieux, se tourna aussitôt vers son frère, en lui criant: C'est toi qui me joues des tours.Si tu recommences,- je vais te casser la tête.Pendant qu'ils se menaçaient ainsi, P'tit-Jean avait passé de l'autre côté de la table et mangeait la soupe de l'autre géant.En voyant son assiette vide, celui-ci se fâcha à son tour, apostropha son frère et, dans leur colère, les deux géants se mirent à se lancer des objets par la tête, pendant que la princesse tout effrayée s'était sauvée dans sa chambre.P'tit-Jean prit alors sa baguette et coupa la tête des deux géants.Puis ôtant sa ceinture, il alla trouver la princesse et lui dit: Je suis venu vous délivrer de ces géants.Je les ai tués, et nous allons retourner au palais du roi.—C est impossible, répondit la princesse, car la Bêta-à-sept-têtes va nous dévorer dès que nous sortirons du château.—Où est-elle?demand.' P'tit-Jean.—Dans la cour, ici même.Avant que la princesse eût pu l'en empêcher, P'tit-Jean courut aussitôt dans la cour où la Hête-à-sept-têtes dormait au soleil.P'tit-Jean mit sa ceinture et.s'approchant d'elle, se mit à compter les têtes en mettant la main sur chaqun tête et en élevant la voix à chaque tête: Une, L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Haptiste de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Directeur: Alphonse de la Rochelle.La revue ne parait pas en Juillet et en août. 292 L'OISEAU BLEU deux, trois, quatre, cinq, six, sept.Et il lança le mot sept de toute la force de ses poumons.La bête se réveilla en sursaut et bondit en hurlant et jetant du feu par les naseaux, pendant que sa queue battait furieusement le sol.C'était un énorme monstre avec sept têtes de dragon, avec sept langues rouges et avec taie queue de serpent.Mais P'tit-Jean était invisible et, après avoir hurlé en regardant de tous côtés, la bête se tranquillisa et se rendormit.Alors, P'tit-Jean recommença à compter les têtes: Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept! cria-t-il.La bête se réveilla plus féroce que la première fois; ses yeux étaient rouges de colère, ses sept langues se tordaient dans ses gueules grandes ouvertes et ses naseaux lançaient du feu.Elle hurlait, battant le sol de sa queue et cherchait à découvrir qui l'avait réveillée.Mais elle ne voyait pas P'tit-Jean.Elle se rendormi" bientôt.Alors P'*it-Jean prit sa baguette et trancha les sept têtes de la bête.Il n'oublia pas de couper les sept langues qu'il mit dans son mouchoir.Il alla tout de suite retrouver la princesse; ils visitèrent ensemble le château des géants, qui était rempli de grandes richesses.Dans la cave, ils trouvèrent des tonnes d'or et d'argent.Alors, P'tit-Jean ramena la princesse au roi, son père, qui fut grandement réjoui de revoir sa fille.P'tit-Jean lui dit: Sire! J'ai délivré votre fille et vous avez promis de la donner en mariage à celui qui la délivrerait des géants.—C'est vrai! répondit le roi; mais avant d'épouser la princesse, il faut qu'il tue la Bête-à-sept-têtes.Alors P'tit-Jean lui présenta les langues: Voici les sept langues de la bête et son corps est dans la cour du château.Le roi envoya ses gardes au château des géants.Ils trouvèrent les géants morts et 1 i bête décapitée dans la cour.Ils rapportèrent chez le roi toutes les tonnes d'or et d'argent.P'tit-Jean fit envoyer une tonne d'or à ses parents.Le roi lui dit: Tu peux épouser ma fille, mais tu es bien petit.Fleurs télégraphiées Tél.: HArbour 1878 partout ED.GERNAEY Fleuriste Invitation particulière aux membres de la Société de Saint-Jean-Baptiste 1405, rue Saint-Denis MONTREAL On commença de'grands préparatifs pour le mariage.Le matin des noces, P'tit-Jean se toucha avec sa baguette en disant: Je veux devenir un grand officier.Et, soudain, il devint l'un des plus beaux officiers de la cour du roi, avec un uniforme tout chamarré d'or.Il avait un grand chapeau -de vejlours, galonné dfargent, avec une belle plume blanche et il portait au côté une épée d'or.P'tit-Jean descendit dans la cour du château et la princesse en le voyant, se prit à l'aimei davantage.Le mariage eut lieu avec de grandes cérémonies.P'tit-Jean monta sur le trône et il régna longtemps avec bonheur.© © © RIONS UN PEU Bébé, à sa maman.— Petite mère, aimes-tu les histoires?Maman.— Oui, mon enfant! Bébé.— Veux-tu que je t'en raconte une?Maman.— Je veux bien.Bébé.— Est-ce que cela te fera plaisir?Maman.— Mais oui.mon chéri.Bébé.— Mais elle n'est pas longue! Maman.— Ça ne fait rien, raconte toujours! Bébé.— Eh bien! voilà: il y avait une fois.une carafe.je viens de la casser.* * * — Je voudrais bien savoir pourquoi la caissière me compte chaque plat deux fois?— Monsieur va comprendre, elle est bègue.3$C îfc îjî Jean.— Dis donc, grand-père, papa prétend que je ne mords pas au calcul.Qu'est-ce donc qu'on trouve à manger dans le calcul?* * * importance des virgules Il serait difficile de trouver un plus plaisant exemple que le suivant du danger de mal distribuer des virgules.Voyez quel grotesque donne à cette phrase le déplacement de quelques-uns de ces petits signes: "Le jeune homme entra sur la tête, un chapeau de paille aux pieds, des souliers vernis sur son front, un sombre nuage à la main, une canne d'ébène à la pomme sculptée dans ses yeux étincelants, une menace muette." L'OISEAU BLEU 293 jp.Jf- Jp, Jf„ jp.jp.jp, JJî.jp, Jp, Jp, Jp, Jp, Jp, Jp.JJt.Jp.Jp.JJt- Jf» Jp, JJt, Jp.Jp, Jp, jp, Jp, Jp, Jp.Jp, Jp.Jp.Jp.Jp, m jp r9rt jp.* jp.si?•Dp?vp.**p.vp-
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