L'oiseau bleu /, 1 janvier 1939, mai
CON «*UBLIËE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTB DE MONTREAL Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XIX — No 10 MONTRÉAL, MAI 1939 Le numéro: 10 tous Comment, dit la jeune fille, pourrais-je goûter à ce repas sans que ces bonnes bêtes aient aussi leur pitance?Je vais aller chercher de quoi les régaler. 258 L'OISEAU BLEU Gracieuseté de la Société Radio-Canada le rnt (genrgea VI et la reine iElteabrlli luuturratuit iïu (ttanaîm L'OISEAU BLEU 259 CONTE DE F£ES La maisonnette au fond des bois Un conte pour les petites filles écrit pour VOiseau bleu Par Madame BLANCHE LAMONTAGNE-BEAUREGARD JADIS, un pauvre bûcheron vivait dans une humble cabane, à la lisière d'un bois, avec sa femme et ses trois filles.Un matin, avant de quitter sa demeure pour aller reprendre la cognée il dit à son épouse: — Fais-moi porter rnon repas, dans la forêt, par notre fille aînée, car je prévois ne pouvoir finir mon travail avant l'heure du dîner.Afin quelle ne perde pas son chemin, je vais prendre un sac de mil que j'égrènerai le long de ma route.Elle n'aura qu'a en suivre les traces.Lorsque le soleil fut juste au-dessus des montagnes la jeune fille se mit en marche, portant un pot de soupe chaude.Mais les oiseaux des bois: merles, pinsons, alouettes et moineaux, avaient entièrement picoré le mil, et la jeune fille ne put en trouver un seul grain.Jusqu'aux lueurs du couchant elle marcha au hasard sans savoir où elle allait.Et lorsque la nuit vint, les arbres craquèrent autour d'elle dans l'ombre, elle entendit des cris de hiboux, et elle fut prise d'une grande peur.Enfin, elle vit dans le lointain une lumière qui brillait au milieu des arbres.— // doit y avoir des gens qui habitent là.se dit-elle.Ils me donneront, sans doute, un abri pour la nuit.Elle s'en alla rapidement vers cette lumière, et se trouva bientôt en face d'une petite maison dont toutes les fenêtres étaient éclairées.Elle frappa à la porte, et de l'intérieur une grosse voix lui dit d'entrer.Elle s'avança dans un vestibule très sombre, et elle frappa à la porte d'une autre chambre qui se trouvait devant elle.La même voix lui cria: Entrez donc! .Alors, elle ouvrit et vit, assis près d'une table, un grand vieillard à cheveux blancs.Sa longue barbe touchait presque le sol, et il tenait sa tête penchée entre ses mains.Près du poêle se tenaient un coq, une poule et une vache au poil luisant.La jeune fille raconta sa malheureuse aventure au vieillard et lui demanda de bien vouloir lui donner asile pour la nuit.L'homme dit: Eh bien! mon beau coq, ma poule gentille, Ma vache au poil luisant et doux, Dites un peu, qu'en pensez-vous?Qu'allons-nous répondre à la jeune fille?.— Hou! firent les animaux, et cela devait vouloir dire: nous consentons à la recevoir, puisque le vieillard reprit ensuite: "Il y a ici tout ce qu'il faut.Va-t-en à la cuisine, et prépare-nous à souper." Dans les armoires bien garnies elle trouva des provisions en abondance.Sans plus tarder, elle fit cuire un bon repas.Mais elle ne pensa pas aux animaux.Apportant sur la table les plats appétissants, elle s'assit en face du vieillard, et tous deux mangèrent avec grand appétit.Quand elle eut fini son repas elle demanda: Où se trouve-t-il un lit où je pourrais me reposer et dormir?Et les animaux répondirent: Tu viens de manger, de boire avec lui.Sans penser à nous que la faim- tourmente, Cherche toi-même, enfant charmante.Où tu pourras passer la nuit! .Le vieillard dit à son tour: Monte I escalier.Tu vas trouver deux chambres et un lit dam chacune.Dans les deux lits mets des draps bien blancs, car je veux dormir, moi aussi.Quand elle eut préparé les lits, la jeune fille se coucha sans plus s'occuper du vieillard.Celui-ci monta à son tour, et peu de temps après il entra dans la chambre où dormait la jeune fille.Il lui éclaira le visage avec la lampe qu'il tenait à la main, et secouant tristement la tête, il ouvrit une trappe, et le lit s'enfonça dans la cave.Le bûcheron revint très tard à sa cabane, et, tempêtant, il lança de graves injures à sa femme.— Tu m'as laissé jeûner tout le jour, disait-il, sans plus l'occuper de moi: Tu dois savoir que je ne vis pas de l'air du temps! — Ce n'est pas de ma faute, répliqua-t-elle.J'ai envoyé notre fille aînée te porter ton dîner.Je suppose quelle s'est égarée et que nous la verrons revenir demain.Avant l'aube le bûcheron se leva pour aller travailler encore dans la forêt.II dit à sa seconde fille que, cette fois, c'est elle qui lui apporterait son repas.Aujourd'hui, ajouta-t-il, je vais L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptistc de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Directeur: Alphonse de la Rochelle.La revue ne paraît pas en Juillet et en août. 260 L'O ISEAU BLEU prendre un sac de lentilles.Les grains en sont plus gros que ceux du mil; tu les verras mieux et tu ne pourras pas te tromper de chemin .Quand midi fut à la veille de sonner, la jeune fille partit avec le repas qui était destiné à son père.Mais elle ne fut pas plus chanceuse que sa soeur.Les lentilles avaient disparu.Les oiseaux de la forêt n'en avaient pas laissé un seul grain.La pauvre enfant erra jusqu'à la nuit, et à bout de souffle, elle arriva devant la maison du vieillard.Elle frappa à la porte, et demanda qu'on lui donnât à souper, ainsi qu'un refuge pour la nuit.Le vieillard à barbe blanche consulta de nouveau ses trois bêtes, qui, une fois encore, répondirent: Hou! et tout se passa de la même façon que la veille.La jeune fille se rendit dans la cuisine, prépara un bon repas, puis, elle but et mangea avec le vieillard sans se soucier des animaux.Aussi, quand elle demanda où elle pourrait se retirer pour la nuit, ils ne manquèrent pas de lui dire: Tu viens de manger, de boire avec lui, Sans penser à nous, que la faim tourmente.Cherche toi-même, enfant charmante.Où tu pourras passer la nuit .Tout le reste se passa comme pour la soeur aînée.Quand la jeune fille fut endormie, le vieillard entra, la regarda tristement en penchant la tête, et la fit descendre par la trappe au fond de la cave.Le matin du troisième jour le bûcheron dit à sa femme: Aujourd'hui, envoie-moi à manger par notre fille la plus jeune.Elle est la plus intelligente des trois.Je suis sûr quelle ne se trompera pas de chemin, quelle ne fera pas comme ses soeurs, qui sont des écervelées.La mère ne voulait pas y consentir.— Pouvons-nous, disait-elle, risquer ainsi de perdre la dernière de nos filles?— // ne faut pas avoir peur, reprit le père.Cette fois, elle ne se perdra pas.Par prudence, je jetterai des pois le long de ma route, et notre fille ne pourra faire autre-ru eut que.de les voir.Mais quand la jeune fille s'en alla à son tour, avec sou panier au bras, elle ne trouva plus aucune trace des pois.Les pigeons des alentours avaient tout enlevé.Ne sachant pas de quel côté se diriger, dévorée d'inquiétude, elle songeait à son pauvre père qui devait avoir bien faim, et aux angoisses de sa mère qui l'attendait au foyer.Enfin, quand la nuit fut venue, elle aperçut la petite lumière lointaine, et elle se dirigea aussitôt vers la maison de la forêt.Elle demanda l'hospitalité pour la nuit, et l'homme à la barbe blanche dit encore une (ois à ses animaux: Eh bien, mon beau coq, ma poule gentille, Ma vache au poil luisant et doux, Dites un peu, qu'en pensez-vous.Qu'allons-nous répondre à la jeune fille?Et les trois bêtes répondirent ensemble: Hou! Alors, la jeune fille entra dans la cuisine où se tenaient les animaux.Elle caressa les plumes brillantes du coq et de la poule et posa sa main entre les cornes de la vache au beau pelage.Lorsqu'elle eut préparé la soupe et posé les plats sur la table, elle se tourna vers les animaux qui la regardaient avec des yeux suppliants.— Comment, dit-elle, comment pourrais-je goûter à ce repas sans que ces braves bêtes aient aussi leur pitance?Dehors, il y a de tout à foison, je vais aller chercher de quoi les régaler.Elle apporta de l'orge pour le coq et la poule, et pour la vache une brassée de foin qui répandit sa bonne senteur dans la maison.— Ah! que vous paraissez heureuses mes bonnes bêles! dit-elle.Comme vous devez avoir soif je vais aussi vous apporter à boire.Elle revint avec deux seaux d'eau.Le coq et la poule, sautant de joie, trempèrent leur bec et baignèrent leur tête dans cette eau, comme font les oiseaux sur les bords des sources.La vache, d'un long trait, but à son tour, à satiété.Quand les animaux furent bien repus, la jeune fille se mit à table en face du vieillard, et mangea ce qu'il lui avait laissé.Elle dit ensuite: Est-ce qu'il n'est pas temps d'aller se coucher.Et se rappelant les paroles du vieillard, elle ajouta: Joli coq.et toi.poulette gentille, Vache au poil luisant et si doux.Dites un peu, qu'en pensez-vous.Qu'allez-vous répondre à la jeune fille?.Et les trois bêtes, joyeuses, répondirent ensemble: Oui.dors.Tu pris soin de nous sans ennui, Tu nous fis manger et boire, mignonne, Chacun de nous, enfant si bonne.Te souhaite une bonne nuit! Alors, cédant au sommeil, le coq et la poule cachèrent leur tête sous leurs ailes, et la vache ferma elle aussi ses yeux pleins de douceur.La jeune fille monta l'escalier, et.suivant les indications du vieillard, se mit à remuer les matelas et à les recouvrir de draps blancs et frais.Le vieillard entra dans l'une des chambres et se mit au lit.Voyant qu'elle n'avait plus de service à rendre, la jeune fille, dans une autre chambre, se coucha elle aussi et s'endormit. L'OISEAU BLEU 261 Elle eut un sommeil très paisible jusqu'à minuit.Mais à cette heure-là il se produisit un tel vacarme qu'elle s'éveilla en sursaut.Elle entendit des craquements terribles dans tous les coins de la chambre.Les portes s'ouvrirent violemment en battant les murs.Les poutres du plafond furent ébranlées avec fracas, comme si elles étaient arrachées de leurs joints, et l'on eût dit que l'escalier et le toit s'écroulaient tous deux à la fois.Il se fit ensuite un grand silence, et comme la jeune fille n'avait aucun mal, elle s'installa de nouveau dans son lit et ne tarda pas à se rendormir.Le lendemain, an petit jour, lorsqu'elle se réveilla, elle fut tout émerveillée des choses qu'elle vit.La jeune fille ne pouvait en croire ses yeux.Elle se trouvait couchée dans une grande et belle chambre.Les murs étaient tapissés de fleur d'or sur un loud de soie verte.Le lit avait une couverture de velours rouge, et.pics du lit, sur une chaise garnie de salin, elle aperçut de jolies pantoufles brodées de perles, et des robes d'une richesse qu'elle n avail même jamais soupçonnée.D'abord, elle crut que c'était un rêve.Mais bientôt, elle vit entrer trois serviteurs magnifiquement velus, qui lui demandèrent si elle désirait quelque chose.— Retirez-vous donc, leur répondit-elle.Je veux me lever en toute hâte pour faire une bonne soupe au vieillard.Je veux aussi me dépêcher de' donner à manger au beau coq.à la poule gentille et à la vache au poil luisant et doux.Elle fit sa toilette avec diligence et elle alla frapper à la porte du vieillard, croyant qu'il était déjà levé.Quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir devant elle un beau jeune homme, un prince à l'allure imposante et au sourire charmeur ! — C'est moi que tu cherches, lui dit-il.Une méchante fée ni avait changé en viril lard à barbe blanche.J'étais condamné à demeurer solitaire au milieu de la forêt, ne pouvant garder auprès de moi que trois de mes serviteurs, changés en coq.en poule et en vache.Pour détruire l'effet de ce mauvais sort il fallait que vînt à nous une jeune fille au coeur si tendre qu'elle fut attentive au sort des animaux comme à celui des hommes.Tu es cette jeune fille, et grâce à toi, nous voici délivrés.Lai vieille maison de lu forêt a disparu, et tu vois, à sa place, ma nouvelle demeure, ce superbe château qui me vient de mon père.Je vais envoyer mes trois serviteurs chercher tes parents.Ils habiteront ici, si c'est leur désir, pour le reste de leurs jours.Et toi.tu ne quille-ras pas ce palais, car je veux que tu deviennes mon épouse.Tu es la jeune fille de mes rêves.— Mais où sont donc mes deux soeurs?de-manda-t-elle au beau prince.— Elles sont enfermées dans la cave, et demain, tel que le voulait la fée.elles seront conduites chez un bûcheron, où elles devront travailler jusqu'à ce qu'elles aient appris à devenir meilleures et à ne pas laisser mourir de faim les pauvres animaux.Il faut quelles apprennent que la bonté du coeur est le plus grand bien que le ciel ait donné aux humains, et qu'une main secouruble aux bêtes comme aux hommes vaut mieux que tous les savoirs el que toutes les fortunes.La bonté du coeur est le plus grand des trésors.Ainsi parla le prince charmant.La jeune fille l'aima de toute son âme.Trois jours après ils se marièrent.Voilà comment finit cette histoire: Ils eurent de nombreux enfants, et ils furent très heureux.©©©©©©©©©©©© Riens un peu — Que dessines-tu là, Jean?— Un chien, papa.— Mais, où est la queue?— Encore dans l'encrier.Je n'ai pas terminé mon dessin.Hon.Auront Paqcette Ministère Dn Secrétariat de la Province de Québec '*« BuncHém Ministre Souê-Mintmn Les Écoles d'Arts et Métiers Enseignement gratuit Cours du Jour et du Soir dans les principales villes de la province COURS; Dessin industriel.Menuiserie, Électricité, Physique industrielle, Mathématiques, Ajustage, Dessin main levée, Modelage, Architecture, Lettrage d'enseignes, Peinture, Solfège: Pour renseignements s'adresser à GABRIEL ROUSSEAU, Directeur, 59 rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, TEL.: BElair 2374 Abonnement: $1 par année "TECHNIQUE" ReVU^lntU«fCeW,t,°n 262 L'OISEAU BLEU J'AI, HIER, LE FRONT BAISSE Sur le petit trottoir de bois Que foula son pied tant de fois; Devant la demeure éphémère De la sainte qui fut ma mère; Quand j'ai, hier, le front baissé, Passé puis vingt fois repassé, "Monsieur", m'a dit un bambin rose, "Vous avez perdu quelque chose?" J'ai répondu confusément: — "Je cherche mon âme d'enfant." Lionel LEVEILLE Chante, Rossignol, Chante.19 L'OISEAU BLEU 263 UNE LEÇON A MONSIEUR PAUL ET tu crois Paul, qu'on n'a jamais besoin d'un plus petit que soi?— Tiens, oui! Moi, garçon, je n'ai jamais besoin de toi quand je joue à la guerre; mes soldats me suffisent.Oh! je me passe facilement de toi et de tes poupées.va!.— Mais Paul, c'est La Fontaine qui a dit ça: "On a souvent besoin d'un plus petit que soi.'" Bien sûr, que tu ne vas pas le contredire.Il prouve son idée par la fable que notre institutrice nous a fait étudier.— Bien moi, je te dis le contraire.On n'a jamais besoin d'un plus petit que soi.— Oh! Oh!.l'on verra bien.dit narquoi-sement la petite soeur de Paul.îfï *jc 2fS Le soleil est de feu.Ses longs rayons jettent une traînée d'or sur les champs et les fleurs.La campagne est riante de verdure et les maisonnettes à toits d'ardoise ont un air de coquetterie qui leur sied à merveille.Paul et sa petite soeur déambulent par le chemin du Roi, cueillant de-ci, de-là, d'appétissantes baies rouges qui bordent la route.Le rire frais, pur et argentin égaie leur joli minois.On sent qu'en ces enfants circule une sève de vie saine et robuste.Ils n'ont pas cette pâleur maladive si caractéristique des petits citadins élevés dans les taudis et sans hygiène aucune-Quelle vigueur en ces deux corps d'enfants de la terre! Ils arrivent gentiment à la petite rivière serpentine qui coule là-bas, tout près du vieux mou- lin à souvenirs historiques.Ils ont vite fait d'enlever bas et souliers et de barboter dans l'onde claire et chantante.à l'instar de jeunes canards bien éveillés.— Attention, Paul, dit la soeurette.tu t'aventures un peu loin.Regarde comme tu es éloigné de la grosse roche grise où tu le trouvais il y a quelques instants.— Ah! les filles.comme c'est peureux!.Allons, petite soeur, ne te mêle pas de me faire la leçon, à moi, Paul, qui suis ton aîné.A peine a-t-il achevé cette réplique orgueilleuse qu'il réalise l'imprudence qu'il vient de commettre en s'éloignant de la terre ferme.L'eau, un tantinet agitée, le soulève et lui fait perdre peu à peu son équilibre.— A moi, à moi! sauve-moi.Je.Et à ce moment.Paul tombe lourdement dans l'eau.mais la petite soeur, légère comme une biche, a lestement sauté de pierre en pierre et tend une main secourable à son Paul.Elle peut ainsi l'aider à atteindre à la pierre grise et ainsi empêcher que leur promenade n'ait une issue fatale.* * * Après un silence.— N'esl-ee pas.Paul, que Ton a souvent besoin d'un plus petit que soi?.Et depuis, Monsieur Paul a compris la vérité contenue dans la fable du Lion et du Rat.Jamais, il ne lui arrive de douter de la moralité cachée sous le* voile des jolies fictions narrées-par le Bonhomme qui a nom: La Fontaine.C.F.: 264 L'OISEAU BLEU Correspondance Ariette — J'ai parcouru votre album à découpures.Que de richesses et d'originalité! Que d'idées neuves, vraiment! N'est-ce pas que vous m'accorderez un nouveau régal en me prêtant obligeamment le tome qui fait suite.Merci, à bientôt ! R.T.— Nicole vous envoie ses meilleures amitiés.Elle vous promet moisson abondante de revues que vous distribuerez à vos malades.Je tiens à vous dire que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal poursuit son oeuvre de bienfaisance et propage dans les centres moins favorisés, les livres, revues et autres publications que vous mettrez à sa disposition.La Société se charge d'envoyer chercher tout colis à son adresse.Abeille de M.— Comme le Maître vous éprouve! Après l'éloignement, c'est la maladie à l'hôpital.Nous prions pour l'Amie que vous êtes.Puisse la santé vous revenir le plus tôt possible.Recevez nos meilleures amitiés.Jeannine — Saluts affectueux.Succès en fin d'année.en attendant le repos mérité des vacances estivales!.Amitié.Sr Sl-J.-de-P.— Bientôt vous recevrez une longue lettre qui vous portera toute mon amitié.D'ici là, je vous reste unie de pensées et de prières.Amitié sincère.Soeur Jeanne me prie de vous dire que toutes les graphologies demandées ont été expédiées par courrier postal.A tous les correspondants nombreux, amitiés de Soeur Jeanne et de C.F.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture, de composition personnelle, sur du papier non réglé, le tout, accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SOEUR JEANNE L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent Montréal.P.Q.Cliché Paymna Bébé, sous la garde du fidèle Pataud, ne chauffe au bon soleil de mai. L'OISEAU BLEU 265 No 75 ' Mai 1939 AFFILIES À LA SOCIÉTÉ CANADIENNE D'HISTOIRE NATURELLE ET RECONNUS D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC Concours intercollégial.- Sciences naturelles.LES FOURMIS Description des fourmis.JES fourmis sont des insectes qui appartien-4 nent à l'ordre des Hyménoptères.On les voit souvent trottiner sur le sable ou se glisser sous les pierres des champs.Elles ont le corps brun ou noir, parfois des deux couleurs, selon les espèces.Leur thorax, réuni à l'abdomen par un mince filament, porte trois paires de pattes, caractéristique des insectes.De chaque côté de la tête on aperçoit leurs deux gros yeux à facettes, surmontés des antennes.Leur bouche est formée d'une paire de grosses mandibules; celles-ci, parfois, s'ouvrent et se ferment d'un air menaçant.Plus loin à l'intérieur on découvre les palpes.Moeurs des fourmis.Les fourmis vivent en famille.Comme toute société bien organisée une colonie comprend une ou plusieurs reines, un certain nombre d'ouvrières et des mâles.Ces derniers portent des ailes et n'ont d'autre destinée que de féconder la reine, après quoi ils meurent.Un des moments les plus intéressants dans la vie d'une reine, c'est son vol nuptial.Par une belle journée ensoleillée de printemps la jeune reine, alors pourvue d'ailes, sort de la fourmilière accompagnée du mâle et d'une nombreuse suite d'ouvrières.Tout à coup, mâle et reine, semblables aux lutins des contes de fées, s'envolent en une danse effrénée.Ils volent ainsi jusqu'au soir, puis se laissent tomber sur le sol, grisés de lumière et de soleil.Alors la reine regagne sa fourmilière.Ses ouvrières l'accueillent avec joie.On lui coupe les ailes.Sa vie, désormais, sera exclusivement souterraine; son rôle sera de pondre.Quant au mâle qui l'accompagnait, sa carrière est finie.Il ne cherchera jamais à revenir dans la fourmilière, mais sera probablement dévoré par un de ses innombrables ennemis.Mes citasses .aux fourmis.Maintenant, passons à un domaine plus j>er-sonnel, mes chasses.Non pas les chasses aux grands fauves dans les forêts profondes ou les déserts arides, mais les chasses aux fourmis dans les petits bosquets et les champs, chasses non moins intéressantes, veuillez m'en croire.L'outillage du chasseur de fourmis est peu compliqué et se résume à une truelle pointue et à une "bouteille vacuum".(Fig.1).Arrivé à l'endroit propice, je lève une pierre et j'aperçois un nid.Vite, il s'agit d'aspirer avec le vacuum le plus grand nombre possible de cocons et d'ouvrières.Mais l'opération n'est pas toujours facile: dans leur grand désarroi les fourmis se sauvent de tous côtés apportant leur progéniture. 266 L'OISEAU BLEU Après avoir bien "pipette", je joue de la truelle.Il me faut dénicher la reine.Je la trouve enfin et l'enferme avec les autres fourmis.Mais lorsqu'il s'agit de mettre ces espiègles dans ma fourmilière, un grand nombre d'entre elles se sauyent, et il me faut en tuer plusieurs sans quoi elles envahiraient la maison.Pour comble de malheur, la reine ne semble pas être en très bons termes avec les ouvrières; ces dernières la laissent dans un coin et ne s'en occupent pas.Je ne me décourage pas cependant et quelques jours plus tard, je pars pour une autre chasse, bien décidé à prendre un grand nombre d'ouvrières.Si j'en perds quelques-unes, au moins il m'en restera suffisamment.Après avoir avalé trois ou quatre fourmis, (il fallait voir mes grimaces), je capture la colonie et je cours à la maison examiner ma bouteille.Imaginez mon désappointement, ma reine est morte en chemin.Je n'ai donc plus qu'à jeter mes fourmis.Enfin, après plusieurs chasses infructueuses, j'ai pu me procurer une colonie complète qui m'a permis de faire quelques études.Mes études sur les fourmis.Je vous ai parlé tout à l'heure d'une fourmilière.La mienne est en bois; je l'ai construite moi-même.(Fig.2).Elle se divise en trois compartiments dont deux pour la nourriture et un pour la ponte.Je nourris mes pensionnaires avec du miel dilué dans l'eau; elles boivent à une petite éponge imbibée d'eau.J'ai remarqué que les fourmis allaient déposer près de cette éponge les cadavres et les autres excréments, mais je n'ai pu m'expliquer la raison de ce geste.Les fourmis sont très affectueuses les unes pour les autres lorsqu'elles sont de la même colonie, mais que j'introduise une étrangère Fig.2 — FOURMILIERE dans leur nid elles la tuent immédiatement.C'est ce qui m'a permis de tenter une expérience intéressante.J'avais introduit quelques fourmis rouges dans ma colonie de noires.Ces dernières sautèrent aussitôt sur les intruses et il s'ensuivit de terribles combats.Les adversaires se roulaient et se tordaient comme des vers et ne voulurent pas lâcher prise.même après leur mort.La reine est très bien traitée.Ses sujets vont jusqu'à la traîner par les mandibules pour lui éviter de marcher.Lorsqu'elle s'arrête dans quelque coin, sa cour l'entoure et semble l'adorer; on dirait des Hindous devant un Bouddha.Enfin les fourmis affectionnent les lieux sombres.Si on illumine le coin qu'elles couronnent, elles se mettent aussitôt en quête d'un autre gîte.Peut-être cela leur rappelle-t-il les obscurs souterrains qu'elles habitaient auparavant?Je n'en sais rien, mais c'est un fait.Voilà, brièvement résumées, les quelques observations que j'ai faites sur la vie des fourmis.Gilles BERTRAND versification, Collège Jean-de-Brébeuf.M 1 • j 1 i ! • • Fig.1 — BOUTEILLE VACUUM DANS UNE ECOLE AMERICAINE — Quel est le premier homme?— Washington.— Mais non, mon petit.C'est Adam.— Ah ! si vous comptez les étrangers.* * * L'institutrice achève sa classe de cathéchisme.Elle termine en demandant à ses élèves: — Qui veut aller au ciel?Tous lèvent la main, sauf Pierre.— Ainsi, Pierre, tu ne veux pas aller au lieu?Pourquoi?— Maman m'a dit de revenir à la maison tout de suite après la classe. L'OISEAU BLEU 267 Amuscns-ncus UNE JOURNEE TORRIDE Papa et Bébé sont allés chercher au parc un peu de fraîcheur sous Ips arbres.Tout à coup, le soleil disparaît derrière un nuage.— Vois, papa, il fait si chaud que le soleil aussi se met à l'ombre.3JC îfî ET LE DIMANCHE Le Père explique aux enfants l'histoire de la création.Il désigne un petit pour la répéter.Jusqu'à la fin du sixième jour, tout alla bien.— Que fit Dieu, le septième jour, demande le Père?— Eh bien.Il alla à la messe.* * * Le capitaine.— Avez-vous nettoyé le pont et poli les cuivres?Le matelot.— Oui, mon capitaine, et j'ai balayé l'horizon avec mon télescope.* * * JANINE A BON COEUR — Je plains les poissons, dit-elle un jour.— Pourquoi cela?lui demande-t-on.— Parce qu'avec toutes les arêtes, ils doivent bien se piquer de temps à autre.* * * CANDIDAT DE VALEUR Un malheureux candidat qui soutenait sa thèse de médecine tomba sur un examinateur pointilleux qui.lui tendant mille embûches, le mit dans de fâcheux embarras.— Enfin, monsieur, dit le professeur, il me faut au moins pour terminer une bonne réponse.— Voyons, dites-moi, qu'est-ce que créer?— Créer, balbutia le candidat ahuri, créer c'est faire quelque chose avec rien.— Eh bien, nous allons vous créer docteur en médecine.AVIS IMPORTANT Aux académies, couvents, écoles et collèges Voici venir les vacances! Quelle joie pour les instituteurs et les institutrices, mais surtout pour les écoliers et les écolières! Les maisons d'enseignement recevront de la Société nationale des Canadiens français les prix qu'elle leur a promis pour la diffusion de VOiseau bleu.1.Toute maison d'éducation, dépositaire de VOiseau bleu, a droit à un volume canadien pour chaque quantité de 200 exemplaires de la revue vendus à ses élèves, à partir de l'édition de septembre 1938 jusqu'à celle de mai 1939 inclusivement.2.En plus des volumes de prix, chacune de ces maisons a droit à une médaille d'argent pour chaque quantité de 500 exemplaires et à une médaille d'or pour chaque quantité de 1000 exemplaires de la revue vendus durant la même période.3.L'administration de VOiseau bleu fera parvenir aux maisons d'éducation avant le 10 juin 1939 les prix auxquels elles auront droit, pourvu qu'elles aient acquitté à cette date toute somme due à VOiseau bleu.Sincères et chaleureux remerciements aux éducateurs, aux éducatrices, aux dépositaires, aux propagandistes, aux commissions scolaires qui ont répandu et fait connaître avec zèle notre revue de jeunesse pendant l'année académique 1938-1939.Le Directeur de VOiseau bleu 268 L'OISEAUBLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE ORFEVRERIE - HORLOGERIE LUTHERIE QUESTIONS.1.Pourquoi appelle-t-on cette chaîne gilelière?- Parce qu'elle s'étale dim côté à l'autre du gilet.A.Comment se nomme cette partie de la gilelière?— La traverse.B.Pourquoi nomme-t-on mousqueton, cette sorte d'agrafe de sûreté?— Parce que, à l'origine, attachée à la bandoulière d'un cavalier, elle servait à soutenir le mousquet, et plus tard, le fusil.2.Qu'est-ce qu'un sautoir?— C'est une chaîne d'orfèvrerie ou long collier que les femmes portent autour du cou et qui tombe en pointe sur la poitrine.3.Comment se nomme cet étui métallique destiné à contenir des cigarettes et à empêcher qu'elles ne s'effritent ou ne se brisent dans la poche du fumeur?— Un porte-cigarettes.Q.Ne donne-ton pas aussi ce nom à un autre objet?— On donne aussi cette appellation à un petit tuyau auquel on adapte une cigarette pour la fumer, mais dans ce cas, il vaut mieux dire: un fume-cigarette.4.Comment désigne-t-on ce petit ornement que l'on attache ordinairement à une chaîne de montre?— C'esl un porte-bonheur, qu'on peut aussi appeler un porte-veine.5.Quelle est la désignation de cet autre objet qui s'attache aussi à une chaîne de montre ou à un collier?— C'est un médaillon ou porte-photo.6.Comment nomme-t-on cette sorte de pendule pour salle ou grande pièce?— C'est un régulateur.Q.Le disque métallique attaché au bas de la tige d'un balancier a-t-il un nom?— C'est une lentille.Q.De quel genre est le mot pendule?— S'il s'agit de l'horloge elle-même, ce mot est du féminin; s'il s'agit du balancier, il est du masculin.Dans une pendule, il y a une ellipse; c'est l'abréviation de "une horloge à pendule"'.Q.De quelle manière mesurait-on le temps avant l'invention des horloges et des montres?— A l'aide d'un sablier ou d'un cadran solaire.7.Quel est cet article de lunetterie?— C'est un face-à-main, c'est-à-dire un lorgnon "face-à-main".8.Qu'est-ce qu'une savonnette?— C'est une montre à couvercle.Le mot savonnette signifie encore un savon de toilette ou un blaireau.9.Comment désigne-t-on ce genre d'horloge?— C'est une pendulette.10.Et celle-ci?— Une pendule de cheminée.11.Et celle-ci?— Un cartel ou pendule murale.12.Quelle est cette montre qui a aujourd'hui une très grande vogue?— C'est une montre-bracelet.Q.Qui fait ou répare les horloges et les montres?— C'est l'horloger.Il ne faut pas confondre Vhorloger, Vorfèvre (qui fait ou vend les objets d'or,, d'argent, etc.), le bijoutier (qui fait ou vend des bijoux) et le joaillier (qui fait le commerce des pierres précieuses).Q.Qu'est-ce qu'un chronomètre et un chronométreur?— Un chronomètre est une montre de précision; un chronométreur, c'est une personne chargée de relever exactement la durée d'une course, d'une ronde de boxe, d'une partie de balle.13.A quoi servent ces boutons?— Ce sont des boulons de manchettes.14.Que place-t-on dans un cache-pot?— Un pot de fleurs.15.Quelle est cette sorte d'horloge?— Un réveil ou réveille-matin, qu'on appelle à tort un "cadran".L'aiguille des secondes se nomme trotteuse ( A ).16.Quel est ce signe?— Le swastika ou croix gammée, emblème des nazis.17.Quel est ce grand vase ornemental?— Un surtout de table.18.Quelle est la spécialité de ce miroir?— C'est une glace à raser.19.Comment se nomme cet ornement pour dames?— Une broche.20.Qu'est ceci?— Un service à thé.21.Dans quoi place-t-on les bagues, joncs, alliances?— Dans un baguier.22.Quel est cet instrument de musique?— Une petite flûte.23.Qu'a de spécial ce miroir?— C'est un miroir à volets ou un miroir trois-faces.24.Que forme l'ensemble de ces boutons?— Une garniture de boutons.25.Quel est ce genre de lunettes?— C'est un lorgnon ou pince-nez.26.Comment s'appelle cet instrument?-C'est un stéréoscope.27.Qu'est-ce qu'une chevalière?— C'est une bague à large chaton.28.Cet ensemble d'outils pour se faire la barbe placés dans un écrin (A) a-t-il un nom?— C'est un nécessaire à raser.29.Quel est l'instrument de musique national des Ecossais?— La cornemuse appelée aussi pibrock.L'abbé Etienne BLANCHARD L'OISEAU BLEU 269 ORFÈVRERIE — HORLOGERIE — LUTHERIE 270 L'OISEAU BLEU Le français est ici pour rester ! MES chers petits amis, vous qui étudiez l'Histoire du Canada, vous croyez peut-être que le présent est bien terne si vous le comparez à notre passé glorieux, tout rempli de faits d'armes merveilleux, d'actions héroïques et de fières réponses.Et pourtant, je vous assure, moi, que le présent vaut le passé.Tenez, pas plus tard que le mois dernier, un député de langue anglaise, parlant à l'Assemblée législative du N ouveau-Brunswick, a eu l'insolence de dire: Je ne puis pas comprendre comment l'on pourra réaliser l'unité dans cette province, sans une langue commune: la langue anglaise.N'allez pas croire qu'une aussi stupide affirmation soit demeurée sans réponse.La réplique ne se fit pas attendre longtemps: M.André-}.Doucet, député acadien, rappela à cet ignare député anglo-saxon que le bilinguisme n'est pas, en soi, un obstacle à la bonne entente de deux nations qui vivent côte à côte.Un pays peut fort bien progresser et prospérer sans avoii l'unité de langue.La Suisse, d'ailleurs, en est un bel exemple, puisque trois langues y oui droit de cité: le français, l'allemand et l'italien, sans cependant que son unité nationale en souffre de la moindre façon.Pourquoi alors au Canada, ne pourrions-nous avoir l'unité nationale tout en parlant le français et l'anglais?Après avoir expliqué ces faits au député de langue anglaise, qui semblait n'en rien savoir, M.Doucet, en terminant, proclame fièrement: Si les Acadiens avaient voulu abandonner leur langue, ils l'eussent fait il y a longtemps.Le français est ici pour rester! Cela se fera dans l'harmonie, mais avec fermeté.N'est-ce pas, mes petits amis, que c'est là une fière réponse, digne de tout notre passé?Cette affirmation de M.Doucet n'est pas une parole lancée à la légère, c'est vrai que le français est au N ouveau-Brunswick pour y rester, et la preuve c'est que le samedi 8 avril quand la Société Radio-Canada a inauguré son nouveau poste, à Sackville, N.-B., l'honorable J.-E.Michaud, ministre des Pêcheries, a été invité à parler en français, pour représenter l'élément acadien de la province.Mademoiselle Anna Malenfant, acadienne de naissance, a citante en français /et en anglais, de même que le Quatuor des Alouettes.Le français, mes petits amis, est donc au N ouveau-Brunswick pour y rester, et une autre preuve de la vérité de cette assertion, c'est que les professeurs acadiens, pour mieux savoir le français, et par conséquent l'enseigner mieux aux petits Acadiens, suivent des cours de français pendant les vacances d'été.Autre preuve, encore, que M.Doucet n'a pas parlé en vain, c'est que les Acadiens représentent actuellement 38 p.c.de la population du N ouveau-Brunswick, et ils y détiennent 50 p.c.des terres.N'est-ce pas là une belle victoire pacifique, une conquête merveilleuse?Les Acadiens sont en voie de réoccuper le pays de leurs ancêtres.Celte pénétration équivaut à n'importe quel exploit du passé.Il y a peut-être moins d'éclat, mais il y aura autant, si non plus, de résultat pratique.Vous voyez, mes petits amis, que le présent est aussi glorieux que le passé! Et M.Doucet a amplement raison: le français est au N ouveau-Brunswick pour y rester, parce qu'il est la langue de ceux qui aiment la terre, principe de toute stabilité, de ceux qui savent y plonger leurs racines et s'y attacher avec fermeté.TESTIS Achète BIEN qui achète chez DUPUIS le plus grand magasin canadien-français 865, rue Sainte-Catherine Est — PLateau 5151 je»* ES OS 2\ 1PW Aux Arbres de chez nous 0 /e verf lumineux des feuilles que vous faites, Arbres puissants des monts, des grèves, des marais, Quand Mai revient sourire aux austères forêts, Et fail clianter VAmour dans la terre où vous êtes; 0 le vert lumineux des feuilles que vous faites; C'est bien, les Arbres bons, soyez verts, soyez beaux! Votre oeuvre est grande, et l'homme avec amour l'accueille; Veuillez, feuillez, feuillez, gloire à l'arbre qui feuille l'our la source et les nids, pour l'homme et les troupeaux! Feuillez, Arbres feuillant, splendeur des renouveaux! Aimez notre pays, Pins noirs et beaux Erables.Peuplez la plaine.Aiders et forts, gardez les eaux.Sans vous nos lacs géants se feraient misérables.Et les jours n'auraient plus le miroir des ruisseaux.Aimez notre pays.Pins noirs et beaux Erables.Vivez chez nous, vivez, vivez, Arbres vivants! Frangez d'un vert profond la fuite des prairies; Faites des fleurs, semez votre âme aux quatre vents; Toujours aimés, soyez sans fin dans ma patrie; Vivez chez nous, vivez, vivez, Arbres vivants! 2*r \1 Albert FERLANT) Le Canada chanté: VA me des Bois.- v J//J as 272 L'OISEAUBLEU OISEAU BLEU 273 Doïlard des Ormeaux i Honneur à toi!.révoque aujourd'hui ta figure Jeune, chevaleresque et sainte, si les mots Pour atteindre à ta gloire ont assez d'envergure, Sauveur de notre ville, ô Dollard des Ormeaux! Déjà, les fondateurs de la cité future Voyaient l'horizon noir d'inévitables maux, Quand tu livras ta vie, héroïque pâture, A la guerre embusquée au seuil de nos hameaux.O martyr! Le Peau-Rouge a dispersé tes restes: Dans nos seuls souvenirs enseveli tu restes; Mais, ton pur holocauste en est d'autant plus beau! Et je veux que ces vers, dans lesquels passe l'âme De Montréal reconnaissant et qui t'acclame, Soient une humble épitaphe à ton corps sans tombeau!.Il Dans les bois du Long-Sault, soldats, le vent raconte Votre exploit d'héroïsme et dit vos noms: Lecomte, Grenet, Brassier, Robin, Tiblemont.nobles coeurs Tombés dans la défaite et cependant vainqueurs! Un contre vingt, durant dix jours, sans peur, sans honte, Bravant d'un oeil serein la mort fatale et prompte.D'une ville au berceau vous fûtes protecteurs.En barrant de vos corps la route aux destructeurs.Ah! vous l'avez écrite en traits de sang la page Qui déborde pour nous de force et de courage: Notre histoire n'a pas de plus riche dépôt.Vienne un jour en danger la contrée où nous sommes, Votre sublime exemple enflammera les hommes Et, vers la Gloire, ils le suivront.— comme un drapeau.Avec ma vie" Lucien RAINIER L'OISEAU BLEU GAZOUILLIS DE L'OISEAU BLEU Retours émouvants En novembre dernier /'Oiseau bleu alla voltiger à Saint-Laurent, près Montréal, dans le beau parc du collège de Saint-Laurent, tenu par les Clercs de Sainte-Croix.Il y rencontra une hirondelle qui se préparait à partir pour le sud.— Bonjour, belle hirondelle.— Bonjour, bel ami.— Vous habitez ici depuis longtemps?— Depuis huit ou dix ans.J'y reviens tous les étés.— Alors vous devez connaître mon bon ami le R.P.Eustache Gagnon.— Oh! oui, je le connais bien.Vous savez qu'il a été nommé curé?— Non, j'ignorais.Ou donc?— A Notre-Dame-de-Sainte-Croix, au Mans, en France.— En France, mais comment se fait-il?— La nouvelle paroisse, dont il est le curé, a pour sanctuaire une église jadis bâtie par le fondateur des Clercs de Sainte-Croix, le R.P.Basile Moreau.— Et voilà que le curé en est maintenant un Canadien français.Quel retour émouvant*! — La cérémonie de prise de possession était présidée par le Supérieur général de la Congrégation de Sainte-Croix, le R.P.Albert Cousi-neau, un autre Canadien français.— Comme tous ces détails sont intéressants! — Et remarquez-bien que les Clercs de Sainte-Croix ne sont au Canada que depuis 91 ans.— En effet.Et ce retour toucliant n'est pas unique.Si j'ai bonne mémoire, les Messieurs de Saint-Sulpice, ont, ou du moins avaient un des leurs.Monsieur Léger), P.S.S., professeur au Grand Séminaire d'Issy, près Paris.— Juste retour des choses, bel ami.La France nous a envoyé de ses fils quand nous étions dans le besoin, c'est bien le moins que nous lui envoyions quelques-uns des nôtres maintenant quelle est dans la nécessité.— Et c'est avec plaisir que nous le faisons.Je sais qu'il y a aussi, près de Tours, plusieurs jeunes Canadiens français qui se préparent au sacerdoce, pour ensuite exercer leur ministère en France.— Les Canadiens français se souviennent de ce qu'ils doivent à la France.— Et sont heureux de la payer de retour.Le if in des rieurs Les notes de travail sont mauvaises et papa est fort mécontent.En composition, son fils est toujours le dernier.— Tu es le vingt-septième.Combien êtes-vous dans cette classe?— Vingt-sept.Un mois après, le père s'étonne: — Comment, vous êtes vingt-sept et cette fois tu es le vingt-huitième?— Il y a un nouveau.* * * Un vieux monsieur, doté d'une formidable barbe, dînait un soir à côté d'un évêque, lui-même assez barbu.Au milieu du repas, il se penche doucement vers son voisin de table: — Je me permets de vous signaler, dit-il, qu'il y a un tout petit peu de soupe dans la barbe de Votre Grandeur.— Et moi, répond confidentiellement l'évoque, je me permets de vous signaler aussi qu'il y a un tout petit peu de soupe dans la grandeur de votre barbe.LA PHOTOGRAVURE NATIONALE LIMITÉE 287 ouest, rue Ontario.prr\ Bltury .Montréal L'OI SEAU BLEU 275 Cliché Paysana Et PIERROT ira à la pêche, prendre un gros poisson, comme il Ta fait Tan dernier, pendant que JEAN traira les vaches de grand-père, et reviendra fièrement avec un seau de bon lait chaud.Bientôt les vacances à la campagne ! 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Tu ne pourrais la remettre?demanda sa femme.— Non, non, car justement je vais.Bah! qu'est-ce que cela peut te faire, ma bonne Louise?— Je devine où vous allez, docteur, murmura en soupirant la jeune fille.— Tu vois, Louise, ce que ton exclamation amène.Mais pourquoi cet air navré, ma jeune amie! Pourquoi?Allons, allons.— Au moins, reprit la jeune fille, j'aurai des nouvelles très fraîches d'Olivier, tout à l'heure.— Hé, c'est vrai, s'exclama sa femme, tu vas chez les Précourt.Où avais-je la tête?Tu aimes à le voir avant tout autre malade, chaque matin.Et ce n'est pas moi qui empêcherai ta sollicitude paternelle pour ce cher enfant que j'aime autant que toi.|.— Bien, Louise.Alors, au revojr toutes deux .Mais vous sortez vous aussi, Mathilde?.Vous avez votre chapeau.Puis-je vous déposer quelque part?J'ai ma voiture.— Merci.Je ne vais qu'au presbytère.Madame Cherrier est au courant de ma démarche et de ses motifs.Tout comme elle connaît et approuve le grave entretien que j'aurai avec vous dans deux heures.— Vous verrez, Mathilde, comme le docteur est de bon conseil, dit la vieille dame en serrant affectueusement la main de la jeune fille.— Ta, ta, ta, Louise.Mais dites-moi encore, Mathilde.reprit le docteur, où est ma petite Josephte, ce matin?— Elle dort, je crois.Et c'est. L'OISEAU BLEU 277 Michel et Josephte sont heureux de se retrouver enfin.Des exclamations, des cris de joie, les rires de Josephte l'interrompirent.Le docteur, qui se trouvait près de la fenêtre, se pencha, puis se mit à rire à son tour.— Mesdames, venez voir qui s'amène, ah! la fête va être belle.— Michel, c'est Michel, cria Mathilde, en voyant le petit garçon déboucher sur la route, non loin.Docteur.s'il apportait de mauvaises nouvelles.Mon Dieu! — Voulez-vous bien vous taire, mon enfant! Regardez ce petit! Un messager de malheur, cela! Je connais Michel.Ses yeux ont une autre expression quand il redoute quelque chose.Bon, voici Josephte, qui descend quatre à quatre.Attrapez-la au passage, Mathilde, allez, allez .Manqué!.Elle a des ailes, cette petite.La voilà déjà qui se suspend au cou de Michel.Sapristi, cette jeunesse me ragaillardit.Mathilde les rejoint.Enfin!.— Oui, les pauvres enfants, ils sont contents de se retrouver, ajouta sa femme, qui s'était rapprochée en soupirant.— La situation se corse terriblement, Louise.— Tu sais quelque chose, mon ami?— Pas du tout.Mais je devine que Mathilde n'est pas venue ici, à Saint-Denis, pour vos beaux yeux, ni pour les miens.— C'est évident.— Mathilde ne m'apprendra probablement, tout à l'heure, que ce que je sais déjà fort bien.— Elle compte sur ton esprit sagace, sur ton indulgence, sur ta pitié, sur.— Sur mon affection, tout simplement.Une jeune fille accomplie comme Mathilde Perrault a moins besoin de conseils que de coeurs qui la comprennent et qui l'aident.D'ailleurs, elle a été assez sage pour ne prendre que l'entêtement de son père.— Tu la connais bien.Tu connais bien les femmes, d'ailleurs.Et ta profession.— Mais non, mais non, ma bonne Louise.En l'occurrence, je me souviens de notre jeunesse.Bien mal avisés eussent été ceux qui auraient tenté de nous séparer.Pas vrai?— Chut! Mathilde revient.— Non, mais si tu te voyais la mine, ma chère femme.A tout à l'heure!.Fait-il beau?.Vois ce soleil.Il vaut tous les médecins et tous les remèdes du monde.Un dernier mot, Louise.Soigne ton dîner.— Mathilde ne dînera sans doute pas ici.— Qu'est-ce que tu dis?— Je t'en prie, Séraphin, va-t-en.Je viens encore de me compromettre.Voici, heureusement, Mathilde et les enfants.Entrez, entrez! .Josephte, à table, ton chocolat sera tout froid .Laisse-moi, veux-tu?La fillette venait de sauter au cou de la vieille dame.Elle rayonnait.Elle se retournait sans cesse pour constater que Michel la suivait.Celui-ci s'avançait, pressé contre Mathilde, qui lui parlait à voix basse.*— Bonjour, Michel, fit la vieille dame.Que signifie cette course matinale, à notre village?Ma parole, on dirait que tu savais d'avance quel bonheur t'y attendait.— Oh ! non, Madame, reprit candidement l'enfant, je ne m'en doutais pas du tout.J'ai accompagné Alec sur l'ordre de M.Olivier.Il craint toujours que je m'ennuie à Saint-Denis.Alec en a au moins pour deux heures au village.Le cheval a besoin d'être ferré.Et puis, Alec a des provisions à acheter.— Michel, cria Josephte, viens t'asseoir près de moi.Je ne mangerai pas sans cela.— Tu ne prendrais pas une tasse de chocolat avec Josephte.petit?demanda encore la vieille dame.— Oh! oui, Madame, répondit Michel, qui se glissait avec empressement près de Josephte.Tous deux entamèrent à voix basse une longue conversation.— Eh bien, ma bonne Mathilde, que dites-vous de l'arrivée soudaine de Michel, interrogea Madame Cherrier, en s'approchant de la fenêtre où la jeune fille regardait pensivement.— Je pense que cela va à la fois faciliter et compliquer les choses.Mon petit Michel, que j'ai confessé, m'assure qu'Olivier ne me recevra pas.Il a donné des ordres sévères à tous, à mon sujet.Il va falloir ruser. 278 L'OISEAU BLEU — Je vais garder les enfants à dîner.Cela vaudra mieux.— Comme vous êtes perspicace.et bonne.Il est préférable, en effet, que je me rende seule.Si j'échoue.— Jamais de la vie.Vous serez une trop rude adversaire pour ce pauvre enfant malade.et qui vous aime comme vous l'aimez, au fond.— Je commence presque à en douter.— Mathilde! — Pardon, chère Madame, mais mon coeur est à la torture.— Votre beau plan d'hier soir?Il sera modifié?— Forcément.Mais j'en projette un autre.plus sûr.— Contez cela au docteur, tout à l'heure.Il vous aidera.Mais, dites donc, s'il retournait avec vous chez Olivier?— Non, non, je vous en prie.Je vais louer une voiture au village.Pas un mot de tout cela à Michel et à Josephte.Dès les premières heures de l'après-midi, je vous enverrai un mot .avec certaines instructions.Mais je puis aussi revenir moi-même.Non, je ne me résigne pas à la défaite.Vivre loin d'Olivier ne m'est plus possible.— Je vais prier en attendant votre mot.Courage, Mathilde! — A mon retour du presbytère, prévener-moi si le docteur est revenu.— Oui, oui.comptez sur moi.— A tout à l'heure, Madame.A dix heures et demie sonnant, Mathilde entrait dans le bureau du docteur.— Enfin! Mathilde.Mais comme on est belle! Sapristi, Olivier va contempler une fée aux cheveux d'or tout à l'heure.— Oui, une femme en deuil, et qu'il repousse.Alors, docteur, vous le croyez en état de supporter la contrariété de ma présence?— La contrariété?— Eh oui.Michel m'affirme qu'il ne veut me revoir à aucun prix.L'ordre est donné de me refuser la porte.— L'imprudent! Comme si les femmes n'ouvraient pas surtout les portes qu'on leur refuse.Et puis, il ne pense pas aux fenêtres.— Vous riez, cher bon ami.C'est un signe excellent.— Oh! bon signe excellent.— Alors, que dois-je comprendre?— Ma chère enfant, il faut bien vous pénétrer de ceci.Olivier est gravement atteint.très très gravement.C'est encore un secret de la Providence, si nous pourrons le tirer de là.— Que trouvez-vous au juste qui ne va pas?Le coeur, les poumons?— Rien ne va, c'est plutôt cela.Plus d'huile.dans une lampe pourtant excellente.Arnoldi parle de maladie pulmonaire.Je ne partage pas son avis.C'est l'état général qui est frappé à mort.trop de privations, pas assez de nourriture.et une sorte de rage profonde, qui finit par submerger tout goût de vivre, le bienfait de croire en quelque chose.et même en quelqu'un.J'ajoute, en quelqu'un, parce qu'il a renoncé à vous, en homme foncièrement honnête qu'il est.— Mon pauvre Olivier! Raison de plus pour que je l'entoure, que mon amour le prévienne en tout.Il ne renonce pas à mon amour, allez?— Et si Olivier.meurt?.Malgré nos efforts réufns?.Car vous pensez bien que je vais engager la lutte avec vous.Mais enfin.il faut voir les choses telles qu'elles sont.— S'il meurt.mon Dieu! — Mathilde, voyons la vérité en face, ce matin, tous les deux, il ne faut rien nous dissimuler.— Alors, docteur, si Olivier me quitte.j'aurai veillé durant les quelques mois que le Ciel me le laissera sur ce que j'aime le plus au monde.C'est peu, mais à ce peu, je ne renoncerai jamais.— Quel drame sera le vôtre.— Que voulez-vous?C'est mon lot sanglant, torturant.Mais j'aurai chéri peu de temps Olivier vivant, je le pleurerai, mort.jusqu'à ce que je le rejoigne, à mon tour.Et la jeune fille, cachant sa figure entre ses mains, se prit à pleurer.— Pauvre petite! fit le docteur.— Docteur, reprit bientôt Mathilde, en se maîtrisant, il était nécessaire, en effet, que je sache tout.Il fallait aussi que vous voyez ma détermination à ne plus vouloir me séparer d'Olivier.— Vous partez tout de suite, n'est-ce pas?.Vous vous rendez auprès de lui?— Dans quelques minutes, une voiture vient me chercher.Chaque minute de retard me serre le coeur.— J'y serais retourné, si vous aviez voulu de moi.— Non, non, car je pénétrerai en voleuse, chez Olivier.Je quitterai la voiture bien avant d'entrer dans la maison.— Que le ciel vous protège, alors qu'il vous conseille, mon enfant! — Docteur, voulez-vous me réserver votre fin d'après-midi?Vers quatre heures, si je ne reviens pas moi-même ici, je vous ferai parvenir un mot, ainsi qu'à Madame Cherrier.Je le lui ai dit.— Très bien, très bien.— M.le curé est également prévenu. L'OISEAU BLEU 279 — Fichtre! Vous n'oubliez rien.Quelle femme terrible.Je vois d'ici la petite cérémonie que vous préparez.— Une femme qui aime et à laquelle on mesure les minutes de bonheur, ne saurait rien négliger.— Ecoutez, Mathilde, vous allez trouver, tout à l'heure, Olivier dans un de ses meilleurs moments.La journée est belle, il y a autour de lui, du soleil, de la paix, de chers souvenirs qu'il voit sans se lasser.Nous avons causé avec assez d'animation tout à l'heure.Je m'en faisais même un reproche.Mais ce sang des Cherrier qui bout dans mes veines m'emporte toujours au delà des limites.Mes qua tre-vingts ans n'y peuvent rien.— Cher docteur ! — Allons, bonne chance, car vous trépignez sur place.— Ma voiture est là, voyez! Une dernière question cependant.Docteur, vous me blâmez, comme M.le curé, ce matin, de vouloir épouser Olivier, coûte que coûte?— J'admire votre imprudence, votre témérité.votre folie! — Je comprends.— Voyons, Mathilde, vous pensez bien qu'un vieux médecin comme moi ne peux que regretter que votre belle jeunesse aille au-devant de quelle mission inutile, tragique.Pourquoi tenez-vous tant à ce que votre existence soit a jamais solitaire, pénible, vouée aux regrets stériles, aux larmes.Mais vous vous raidissez.Vos yeux se détournent.Tiens, tiens, vous êtes vraiment une Perrault en ces instants-là.Il faut me pardonner, Mathilde.Je devais vou?mettre en face de toutes les conséquences .de votre geste extrême.— Je ne vous en voudrai jamais.C'est par affection que vous avez ainsi parlé.Mais san* cela.— Sans cela, j'en verrais de belles.Bah! j'ai connu tant de malades avaler en grimaçant quelque pilule salutaire.Allons, mes voeux de succès, mon enfant.Mais vrai, vous mériteriez de ramener à la santé Olivier.Petite héroïne, va! acheva le docteur en reconduisant Mathilde jusqu'à la voiture.— Docteur, dites-moi que je le garderai encore plusieurs mois, mon Olivier, supplia la jeune fille, en retenant un moment la main du docteur dans la sienne.— Hum ! Nous allons essayer.Comptez sur moi et aussi sur le Dr Duvert de Saint-Charles.Il est moins pessimiste que moi et souhaitait même votre venue.— Comment! comment! Et vous me cachiez cela?— Mathilde, le Dr Duvert ne songe qu'à Olivier, il ne vous connaît pas.Moi, je songe au grand sacrifice douloureux que vous accomplirez peut-être inutilement.— Assez, docteur.Je ne vous écoute plus.A tantôt, j'espère.— Folle et héroïque enfant! A tantôt donc! La visite du médecin, vers huit heures avait fait à Olivier un bien inaccoutumé.Il se sentait dispos, moins indifférent à la vie, à tout ce qui s'agitait autour de lui."Quelle vitalité surprenante conserve cet octogénaire!" se dit-il.Les événements vécus si tragiquement depuis deux ans n'avaient pu abattre son énergie, sa puissante facilité à tenir tête à tout et à tous.Peu importe, avec lui, les obstacles! Le nombre et la force des ennemis, qu'était cela également?La victoire n'était due, certainement qu'à un ensemble de forces médiocres que les circonstances favorisaient, tandis que la défaite prouvait une supériorité de principes desservie momentanément par la chance.L'avenir ferait bien tourner les cartes.Hé! les patriotes avaient certainement payé la rançon de leur futur triomphe politique.Cela était évident.Qui voudrait vivre verrait! Olivier avait souri au verbe chaleureux de son vieil ami, qui le regardait attentivement en prononçant ces mots: "qui voudrait vivre verrait!" Vivre, le jeune homme se disait qu'il n'en avait plus cure.La maladie le tenait d'abord; elle décidait de lui, avec quelle promptitude il le sentait; en son âme, il avait abdiqué depuis longtemps devant la vie.Il avait eu, après tout, sa part de lutte, lutte courte, mais si intense, si dure! Il ne regrettait rien.Sa mélancolie présente ne recouvrait qu'une mince surface, de son âme; celle que tout souffle, inconsciemment, agitait, ridait, faisait onduler, mais comme ces plis étaient sans profondeur, ni consistance.La solitude dont il était entouré le guérirait de toute activité si inutile maintenant.Et peut-être, qu'en son coeur, une image trop aimée s'effacerait peu à peu aussi.Olivier, s'endormit soudain au milieu de ces réflexions qui l'avaient assailli pourtant moins fortement qu'à l'ordinaire.L'air était bon, pur, sans trop de chaleur, en ce matin d'été, qui resplendissait partout.Olivier était confortablement installé dans un fauteuil, tout près de la porte de sa chère vieille maison.Rien ne bougeait à l'intérieur.L'excellente ménagère que lui avait trouvée sa vieille amie, Madame Cherrier, travaillait toujours discrètement, à la cuisine ou ailleurs.Ce fut pourtant cette ménagère modèle qui vint interrompre le léger sommeil d'Olivier.Mais quelle agitation semblait la sienne! Et comme elle s'efforçait de la dominer! 280 L'OISEAU BLEU — Oh! pardon, Monsieur, si j'avais su que vous reposiez.— Que voulez-vous, ma bonne fille?demanda Olivier en se soulevant un peu, et en considérant avec surprise cette figure bouleversée.il se demandait par quoi! — Je venais vous demander si je pouvais m'éloigner un peu Monsieur, pour la lessive.Je la fais un peu plus bas, sur le bord de la rivière.Comme vous êtes seul pour l'instant, j'hésitais à le faire.— Alec n'est pas de retour, ni Michel?Ils le devraient, il me semble.— En effet.Je n'y comprends rien, et me verrai forcer de retarder le dîner jusqu'à une heure.— A votre aise, ma bonne.Et faites aussi toutes les lessives qu'il vous plaira.— Bien Monsieur.Ah! vous vous levez?— Oui.Je voudrais me rendre compte si le paquet reçu hier de Montréal contient les vêtements d'intérieur demandés.— Je puis vous aider.— Pas du tout.Je préfère être seul.— Monsieur, il y a une potion à prendre, celle que M.le docteur a préparée lui-même avant son départ.— Vraiment?Où est-elle?— Sur la table dans le vestibule.— Drôle d'endroit! — C'est afin que vous ne l'oubliez pas, Monsieur.— A l'avenir, portez tout cela dans ma chambre.Ma maison n'est pas un hôpital.— Je suis désolée, Monsieur.— Pourquoi?votre intention était bonne.Mais, qu'est-ce que vous regardez là-haut, avec tant d'obstination?— Rien.rien, Monsieur.— Ne prenez pas cette mine de coupable, reprit Olivier en souriant.On dirait que vous êtes complice d'une bien vilaine action.— Alors, je puis vous laisser seul à la maison?— Oui, oui, vous dis-je, et nous dînerons plus tard.Je vais flâner un peu à travers les chambres.après avoir visité ce colis de Montréal, bien entendu.— Ne vous fatiguez pas, Monsieur.Appelez-moi, si je puis vous être utile, en quoi que ce soit.— Voulez»-vou9 bien voue éloigner.Je me sens tout à fait bien, aujourd'hui.En rentrant dans la maison, Olivier s'arrêta un moment tout surpris.Il passa la main sur son front."Comme c'est étrange, se dit-il, il me semble que je viens de respirer un parfum connu.Mon Dieu! mais c'est le parfum que Mathilde, jadis, répandait autour d'elle.—Quand donc le souvenir de ma pauvre fiancée s'affai-blira-t-il?Tout me la rappelle: un chant, un sourire,.un parfum!".Ayant pris sa potion, le jeune homme, lentement, monta à sa chambre.11 défit les ficelles du colis dont ii avait parlé à la ménagère tout à l'heure.Il s'y trouvait, entre autres vêtements, deux robes de chambre luxueuses en soie assez lourde.Les tons étaient neutres, mais la coupe, parfaite, les rendait fort élégantes.Olivier en choisit une, la mit, puis se regarda avec attention dans la grande glace, qui occupait, le coin d'un pan, à droite, dans sa chambre.Il haussa les épaules.Quelle figure maigre, d'une pâleur saisissante lui renvoyait le miroir!.II n'était vraiment plus que l'ombre de lui-même.Hé! bien lui avait pris d'avoir demandé ce tissu épais, aux plis lourds.Cela dissimulait sa maigreur.Olivier se pencha de nouveau sur le colis et en retira une belle cordelière aux tresses larges, puis un mouchoir aux teintes assez claires.Il les ajouta à sa mise, et ainsi, termina, en souriant avec un peu d'amertume cette toilette improvisée."Voici que je redeviens coquet, reprit-il.Quelle aberration!.Pour qui?Poui quoi?.Il n'y aura que les bons yeux de Mi chel tout à l'heure, pour apprécier tout cela.Je ne me guérirai donc jamais de ce goût du faste.Bah! je puis sans danger pour le repos de qui que ce soit conserver cette faiblesse.Une tenue élégante me plaira jusqu'à la fin, je le vois.Mais.que tout cela est d'une futilité triste." Olivier se jeta un moment sur son divan.Il se releva bientôt.La demie de onze heures venait de sonner."Quel silence m'entoure! continua-t-il à monologuer.Je suis bien seul.avec tous mes souvenirs.Pauvre chère grand'mère, est-il possible que votre ombre ne se glisse pas près de moi, en des instants comme celui-ci!.Que diriez-vous de me voir aussi déchu, près, plus près de la mort, que vous ne le fûtes jamais en votre santé fragile, précaire, mais qui n'eut jamais le caractère moribond de la mienne.Grand'mère, comme je vous désirerais près de moi.Je me sens, en cette maladie qui m'éteint graduellement, le coeur pitoyable, faible, comme celui d'un petit enfant.J'aurais besoin de la tendresse de vos bras, du réconfort de votre voix si douce.Je n'aurais pas à fuir votre amour, n'est-ce pas, comme je dois fuir, avec tant de cruelle persistance, cet autre amour que vous connaissiez.qui me blesse, me torture, quoi que je fasse.Mais, s'exclama soudain Olivier en se rapprochant vivement d'une table, où est le portrait de Mathilde?.II était là, ce matin encore, à ma portée.Qui m'a volé ce seul bien qui me reste.Qui a eu cette audace?Qui?.C'est étrange, à n'y rien comprendre.Peut-être Mi- L'OISEAU BLEU 281 chel l'a-t-il placé ailleurs, croyant me faire plaisir.Mais où?Dans la chambre de grand'mère, peut-être?Il sait si bien que celte chambre, c'est comme un sanctuaire pour moi.Et personne n'y entre, non plus, sans ma permission, même pour y faire un peu de ménage.Allons voir.J'ai la clef de cette pièce.Ah .Mon Dieu?qu'est-ce que cela veut dire.pas de clef.Cette fois, il me faut le croire.Michel s'est permis cet acte surprenant de m'en-lever portrait et clef.mais encore une fois, pourquoi, pourquoi?Ce petit homme n'a jamais été aussi audacieux.Allons, je vais m'assurer de son geste avant de l'en reprendre sévèrement tout à l'heure.Il ne recommencerait plus ce caprice, je puis m'en flatter.Je lui prépare une de ces gronderies qui le guériront à tout jamais de ces tours fantaisistes''.Lentement, Olivier se dirigea vers la chambre de sa grand'mère.A sa surprise, il vit que la porte était entr'ouverte, quoique à l'intérieur il fît toujours sombre et que les volets restassent à demi clos.Il entra.D'abord, il ne vit rien d'anormal.Mais tout à coup, près de la fenêtre, lui tournant le dos, il aperçut quelqu'un.Il s'arrêta, portant soudain la main à son coeur Cette silhouette élégante, ce ne pouvait être que.Non, non, il se trompait.Le jeune homme, en chancelant, se jeta dans le premier fauteuil qu'il rencontra.Avec un gémissement, il se voila la figure.Ses mains tremblaient.Quel supplice! La hantise continuait donc! Partout, il retrouvait Mathilde.Il tressaillit violemment tout à coup.Une voix douce parlait près de lui.A ses pieds, une femme s'agenouillait.— Olivier! Mon amour! C'est moi, c'est Mathilde.Je suis enfin près de vous.Chéri !.Parlez-moi! — Mon Dieu ! C'est vrai.Je ne rêve pas.Mathilde!.Et, s'appuyant sur les bras du fauteuil, de ses deux mains qui tremblaient de plus en plus, Olivier fut debout.Une sorte de dureté crispait son front, rendait son regard brillant comme une lame.Il étincelait, tout en se fixant au loin.— Que venez-vous faire ici, Mathilde?de-manda-t-il d'une voix qui s'efforçait d'être froide, mais qui trahissait trop bien le trouble qu'il ressentait.— Olivier, ne vous raidissez pas ainsi.Je vous en prie! — Partez, retournez d'où vous êtes venue.— Non, Olivier.Je suis venue pour rester.— Je ne veux pas vous voir, vous entendre.Allez-vous en, allez-vous en.— Mon pauvre ami! — Pourquoi vous imposez-vous, là où on ne vous désire pas du tout?— Je vous en supplie, taisez-vous Olivier.Oh! Et Mathilde se précipita vers lui.Il faiblissait visiblement.Elle l'aida à se jeter sur le divan.Les yeux du jeune homme se voilèrent, puis se fermèrent.Une défaillance le prenait.Vite, la jeune fille, courut chercher un peu d'eau.Par une sorte d'instinct, elle ouvrit tout juste un tiroir où s'alignait un peu de lingerie.Elle saisit une serviette.Elle revint près d'Olivier.Elle lui lava doucement les tempes, dévorant des yeux en même temps ce visage tant aimé.Quel affreux changement! Qu'il avait dû souffrir pour en venir à cet état de maigreur, de décharnement! Un frémissement agita bientôt les paupières.Les grands yeux noirs du jeune homme s'ouvrirent, errèrent un peu, puis se fixèrent avec une sorte de douloureuse épouvante sur la jeune fille qui lui prodiguait des soins.— Malhilde!.Pourquoi, dites?.ne m'avez-vous pas.épargné cette souffrance.de vous revoir.oh! quelle torture.vous, qui ne.m'êtes plus rien, maintenant.— Vous ne dites pas la vérité, Olivier.Je vous suis chère, toujours.— Non, non ! — Alors, pourquoi me regardez-vous ainsi?— Comme vous êtes belle, Mathilde!.Vous allez bientôt repartir, n'est-ce pas?De grâce?— Plus jamais je ne vous quitterai, au contraire.— Pauvre amie! Vous n'êtes pas sérieuse.— Sérieuse, non, en effet; obstinée, oh! oui.— Je suis le maître encore dans ma demeure.Je vous l'interdis! — Olivier! — Croyez-vous que je vous laisserais commettre une telle folie?— Quelle folie?— De soigner le moribond que je suis devenu.— Je vous aime tel que vous êtes.— Un moribond, oui, un moribond, c'est tout ce que je suis maintenant.Je repousse votre pitié.C'est elle qui vous tient en ce moment.— Vous ne savez donc plus lire dans mes yeux, Olivier?Est-ce la pitié qui les tient secs, croyez-vous, en ce moment?— Quelle horreur! Votre pitié! Connaître votre pitié! — Olivier, sachez-le, si je ne pleure pas en ce moment alors que mon coeur souffre tant de vous voir ainsi, c'est que tout de même, la joie d'être près de vous me bouleverse à crier.m'exalte.— Folle enfant! 282 L'OISEAU BLEU — Chéri, si vous n'avez aucune pitié pour vous, ayez-en pour moi.Je vous aime, Olivier, comme je ne vous ai jamais aimé peut-être.Je me sens appelée à je ne sais quelle grâce suprême, à quelle faveur royale: celle de vous soigner à toute heure du jour.et de la nui! ! — Mon Dieu!.Mathilde.que dites-vous?Je vous en conjure encore, éloignez-vous, je ne puis tolérer que vous parliez ainsi.Et vous me faites du mal, ne le sentez-vous pas?C'est un fer rouge sur une plaie.qui saigne, qui hrûle.depuis tant de mois.Je n'ai plus de force Mathilde.voyez, voyez.Allez-vous en, partez! partez! Et Olivier, dans un suprême effort, se mit sur son séant, puis se leva.Il repoussa doucement la jeune fille, et fit quelque pas vers la porte.Il aperçut tout à coup par terre le portrait de sa fiancée.Il se pencha pour le saisir.Mathilde.vivement, s'en empara avant lui.— Cet objet est à moi, cria exaspéré le pauvre malade.Donnez-le-moi, Mathilde.— Pourquoi?Vous rejetez avec tant d'indifférence l'original qui s'offre à vous, vous ne pouvez vraiment désirer ma pauvre image.— Donnez-moi ce portrait?Vous n'avez pas le droit, Mathilde, d'être aussi cruelle.— Ah! la cruauté est mon fait, maintenant?— Mathilde! — Mon pauvre ami, pourquoi luttez-vous ainsi, contre vous-même, contre moi, contre tous ! — Contre tous! Au contraire.les coeurs honnêtes me comprendront, allez! — Je vous le répète, Olivier, ma décision est prise.Si je suis venue, contre tout respect des convenances, contre la mesquine prudence humaine.c'est parce que plus rien ne compte pour moi en ce monde.Je ne vois plus rien que vous.— Sortons de cette chambre.Elle m'étouffe.Qui m'eût dit ce matin que j'y souffrirai1" ainsi.— Descendons au jardin.— Non, je me retire dans ma chambre.Adieu, Mathilde! Adieu, pauvre et folle enfant! — Oh ! mon Dieu ! Et soudain, la force morale qui soutenait les nerfs de Mathilde tomba, l'abandonna.Elle s'effondra à son tour dans un fauteuil, en sanglotant et en gémissant.Le jeune homme, qui avait atteint la porte de la chambre, s'arrêta, hésitant.Il s'appuya contre le mur, ses yeux étaient pleins de larmes et contemplaient la jeune fille.Un dernier combat se livrait en son coeur.Soudain, il se raidit.Un profond soupir souleva sa poitrine.Non, non, il ne céderait pas.— Mathilde, dit-il, de grâce, dominez votre faiblesse.Soyons dignes l'un de l'autre.Mathilde, ne pleurez plus.Je ne sais pas supporter vos larmes.Chérie, fit-il soudain, je n'en puis plus.Mon amour.Oh! viens! Viens!.Tu vois.Un cri de la jeune fille l'interrompit.Elle était près de lui, les yeux lumineux sous les larmes, le regard plein d'un fol espoir.Elle se pressait contre lui.— Enfin, Olivier! J'entends votre coeur.— Que tu es coupable, ma bien-aimée!.Mais ton obstination en pleurs a raison de tout.Mathilde, n'est-ce pas que se vérifient en cet instant les mots connus: "L'amour est fort.comme la mort?— Plus/fort! — Ma chérie! — La mort, je la tiendrai en échec.— Je mourrai, du moins, ô douceur, mes yeux dans les tiens.Ah! Ne te fais pas d'illusion, mon amie!.Vois-tu.Un cri de douleur de la jeune fille l'interrompit.Elle posait la main sur les lèvres du jeune homme.— Je t'en prie, Olivier, ne parle pas ainsi-Pas en ce moment, du moins, où je suis si heureuse.— Bien, mon amour.— Allons, viens.Elle l'entraînait vers son fauteuil.Elle l'y installait, puis, de nouveau se glissait à ses pieds, tenant ses mains pâles dans les siennes.— Olivier, c'est fini cette lutte entre nous?A jamais?— Ma pauvre petite, puissiez-vous ne jamais le regretter! — Comme vous me méconnaissez! Est-ce que vous jugez mon coeur d'après le vôtre?— Ne plaisantez pas, ma bien-aimée.Il y a une telle tragédie autour de notre tardive réunion.Je me meurs, Mathilde.Hélas! je me meurs.— Je ne m'y résigne pas.— Folie! Comment pourrez-vous refaire une vie qui s'en va.— J'en trouverai à chaque heure le secret.Le jour et la nuit, j'épierai vos traits chéris avec quel soin.Nous verrons tous les médecins.nous tenterons tous les remèdes.— Mais comment vous sera-t-il possible d'agir ainsi?.Vous déraisonnez, Mathilde.Ma maison n'est pas la vôtre.Vous ne sauriez y rester sous aucun prétexte.— Oui, je le puis et je le veux.— Je ne vous comprends plus.— Vous croyez donc que je resterai éternellement votre fiancer?— Ah!.Mathilde,.quelle aberration! Je saisis votre folle, oui votre folle pensée.Mais L'OISEAU BLEU 283 voyons, ma petite fille chérie, on n'épouse pas un mourant.Ne vous ai-je pas rendu votre parole, d'ailleurs?Si je n'avais jugé mon étal sans espoir, l'aurais-je fait, vous qui êtes mon soleil, ma joie, le coeur de mon coeur! — Je ne vous ai pas rendu votre parole.— Par délicatesse.Oui, oui.vous vous êtes lue, ma chérie, pour ne pas me chagriner.Mais votre silence acquiesçait tout de même.— Pas du tout.C'est parce que j'entendais bien vous épouser, vous me comprenez, n'est-ce pas, vous épouser, au sortir de l'en 1er où vous étiez.El maintenant.le plus tôt sera le mieux.Car que dira le monde, que vous évoquiez vous-même tout à l'heure, de me voir rôder sans cesse autour de vous et de votre maison?.Elle pourrait si bien être la mienne.Mais.comme vous êtes songeur tout à coup.Qu'y a-t-il encore, Olivier?— Je me demande si je ne rêve pas tout ceci.Quoi, vous vous êtes mis dans la tête de m'é-pouser, Malhilde.Moi! Ce n'est pas vrai, voyons, ce ne peut-être vrai?— Au contraire.Et c'est tout de suite que vous allez m'obéir.Je ne quitte plus celte maison.Vous m'entendez?Oh! roulez, roulez des yeux sévères! Peu me chaut, allez! — Je vous en prie, Malhilde, écoutez-moi.— Non, non, non.— C'est quelque chose de si cruellement absurde que vous voulez faire là.— Ce que cela m'est égal."J'y suis, j'y reste".Oh! la belle devise historique.pour moi, comme pour je ne sais plus qui.— Prenez du moins conseil avant.— C'eist fait.Et tous sont complices de mon bonheur.Le vieux Dr Cherrier, sa femme, le notaire Migneault et.même M.le curé.Sur un signe de moi, ils seront bientôt ici.Et tout se passera comme je l'entendrai.Olivier?Mon chéri?.— Ce serait de la pure démence, ce mariage.— Cette démence, je la prends à mon compte.— Je suis un être déchu, ravagé de corps et d'âme.La mort même aura en moi une proie méprisable.— Si vous dites encore des choses semblables.Je vais.me remettre à pleurer.— Vous ne pouvez, voyons, me traîner à l'autel.Je n'ai pas même la force de me rendre nulle part.Vous le voyez bien, du reste.— Tout se fera ici.dans la douceur du beau soir qui vient.Je vous en prie, Olivier.Vous vous obstinez en vain.Demain, après-demain, la même triste conversation serait reprise.— Vous me faites peur, Malhilde.Vous voulez donc votre malheur, présent et futur.Descendons au jardin, Malhilde, j'étouffe, je manque d'air ici.— Vous vous trompez, c'est mon bonheur que je défends.— Je perdrais tout sens d'honneur si je consentais.Ayez pitié de moi, Malhilde! Vous ne me comprenez donc plus?— Je vous aime, un point, c'est tout.— Vous exigez trop.— Je le sais, mais j'exige quand même.— Eh bien.— Parlez, parlez, Olivier, cria Mathilde en venant l'entourer de ses bras.— Faites de moi ce que vous voudrez, Mais.— Olivier! mon amour, mon seul, mon unique amour ! — Impitoyable enfant! — Comment! des yeux pleins de larmes.Voulez-vous bien me sourire, mon chéri! — Descendons au jardin, Mathilde.J'étouffe, je manque d'air ici.— Cela se comprend.Je sens comme vous, allez.C'est le ciel, au-dessus de nos têtes, comme dans nos coeurs, qu'il nous faut.Venez, venez.— Comme vous vous exaltez! — Olivier, je ne puis croire au bonheur de ce simple fait.Je suis chez nous, chez'nous, en votre chère vieille maison.Elle sera ce soir à moi comme à vous.— Ce soir?Vous étiez donc sérieuse tout à l'heure.Ce soir?— Eh oui! Et j'ai tant peur de vous voir revenir sur votre décision.qu'à cet inslant même, je veux écrire les messages dont je vous parlais tantôt.— Près de moi, n'est-ce pas?Tout ceci me semble si irréel. 284 L-OISEAU BLEU — Certes, à vos pieds, bien installés tous deux, sous le grand arbre là-bas.Je marche trop vite, chéri?.— Un peu.— Bien.Je ralentis.Pressez mon bras quand je ne vous conduirai pas à votre gré.— Mathilde, dit encore Olivier, une fois confortablement assis sous les arbres, réfléchissez encore.vous allez faire une chose grave.irrémédiable.Je ne pourrai plus tard supporter l'ombre d'un regret sur votre figure.Quel remords me rongerait.me suivrait.jusque dans l'autre monde.— Allons, allons! Encore de la mélancolie?.Voyez donc seulement ma joie.Fi donc! Réfléchir?Quand on est heureuse comme moi.— Je me sens, moi aussi, sur le seuil de quelque beau Paradis.que je quitterai bientôt.heureusement pour vous! — Voilà que vous redevenez méchant.Olivier.— Non, vous savez bien que non, ma pauvie chérie.C'est un reste de cette honnêteté que vous ave/ si bien tuée.— Continuez, continuez.— Mathilde.vous faites de moi ce que vous voulez.Je n'ai jamais été, du reste, de taille à lutter avec vous.Intelligence, volonté, beauté, vous êtes supérieure en tout, là! — C'est cela, admirez-moi.— Ai-je jamais fait autre chose?— Vous me le cachiez, parfois.— Votre puissance était si formidable.Réflexe de défense, voyons! - Bravo! Vous me donnez la riposte.Je vous retrouve.Olivier.Ma pauvre petite, tant mieux que je vous plaise encore.— Je suis une femme qui aime, je ne suis que cela, ne le compi endrez-vous jamais?Tou-ii - mes ressources d'intelligence ou autres tournent au profit de mon sentiment.Allons, je vous quitte un tout petit moment.Il faut dîner.Attendons encore un peu.voulez-vous?— Non, non, nous avons besoin de nous restaurer tous les deux.Il faut m'obéir, Olivier.Lai>se/ mes mains, vovons.Quel entêté! — Quel pauvre malade heureux, plutôt, ma chérie.— Enfin vous me dites le mot que j'attends.depuis.depuis que je suis entrée dans cette maison.Olivier, Olivier, mon coeur danse dans ma poitrine.— Vous en oubliez le dîner.que vous m'imposiez avec sévérité tout à l'heure.— J'y cours, j'y cours.— Chère petite ! Et deux larmes très lourdes glissèrent sur les petites mains qu'Olivier avait encore saisies et baisait avec quelle tendresse douloureuse et confiante.Marie-Claire DAVELUY (A suivre) Nota Bene.— La fin au prochain numéro.©©©©©©©©©ce© ' Peur rire AU MARCHE — Combien celte carpe?— Vingt sous.— C'est trop salé pour un poisson d'eau douce.APRES UNE BROUILLE Les parents de José viennent de se fâcher avec des amis dont le petit garçon, Alfred, est le camarade préféré de leur fils.— Maman, demande José, est-ce que je peux aller voir mon petit ami, Alfred?— Certainement, non; tu sais bien que nous sommes brouillés avec ses parents.— Mais, maman, riposte José, vous pourriez peut-être vous débrouiller'.'' EN RAPIDE Dans un grand dîner, on a oublié de servir le petit Jean.Le soir, il murmure à l'oreille de sa grande soeur: Tu sais, Thérèse, les grands dîners c'est comme les trains rapides.On passe les petites stations.Un enfant économe se prépare le plus brillant avenir • Les "sous" épargnés feront vite des dollars qui seront peut-être à la base de sa fortune future.La Banque Provinciale du Canada L'O I SEAU BLEU 285 Concours de mai 1939 GENS ET CHOSES DE CHEZ NOUS pmt COUSINE FAUVETTE 6— Jésuite, missionnaire au Canada (1640) et béatifié en 1925.7— Prénom de la reine actuelle d'Angleterre.8 — Abréviation anglaise du mot tuberculose — borne.9 — Adjectif possessif— note en musique ¦— adjectif numéral cardinal.10 — Conjonction de négation — parfums.MOTS CROISES 1 23456789 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 mm HORIZONTALEMENT 1 — Religieux réformés de l'ordre de Saint-François qui furent les premiers missionnaires du Canada où ils arrivèrent en 1615.2 — Espèce de grand cerf qui habite les régions boréales de l'Europe et de l'Amérique — le premier martyr de l'Angleterre: périt vers 303, fête le 22 juin.3 — 3e voyelle et 3e lettre de l'alphabet — gendre de Mahomet, 4e calife de 656 à 661.4 — Roi d'Angleterre actuel.5 — Ile du comté du Lac Saint-Jean, formée par le Saguenay à sa sortie du lac Saint-Jean.6 — Genre de palmier des régions chaudes de l'ancien continent, et dont le fruit appelé noix d'arec fournil du cachou — action d'aborder.7 — Prêtre italien, fondateur de la congrégation de l'Oratoire, approuvée en 1575 — prénom du poète canadien, auteur de La cloche de Louis-bourg.8 — Tissu de paille ou de jonc entrelacé.9—Ecrivain norvégien, auteur de drames remarquables à tendances philosophiques et sociales, 1828 à 1906 — chance, événement heureux.10 — Nuage — pronom personnel — abréviation de Notre-Seigneur.VERTICALEMENT 1 — Note en musique — évêque de Saint-Albert (Al- berta), entra chez les Oblats de Marie-Immaculée, mort en 1902.2 — Prophète juif au temps d'Achab et de Jézabel, fut enlevé au ciel, vers 900 avant J.-C.— note en musique — avalé ou avoir été forcé d'endurer.3 — Préfixe grec, signifiant: mauvais — terminaison de verbe — pronom personnel.4 — Pronom indéfini — né à la Jeune-Lorette; pre- mier évêque de Sherbrooke en LS74.5 — Voyelle, 7e et 12e lettres de l'alphabet — vieil- lesse, temps.Faire parvenir ses solutions, au plus tard, le 22 mai à L'OISEAU BLEU, 1182, rue Saint-Laurent, Montréal, P.Q.Solution du problème d'avril 1939 1 2 3 4 5 6 7 8 9 / D U M 0 U L 1 N m 2 E N 0 S a P 0 E m 3 G A 1 ¦ j ¦ D 0 L 4 A ¦ ¦ T 0 H U ¦ ¦ i S A L A B E R R Y 6 F U ¦ C ¦ B E E S 7 E B A H I E n C E 8 ¦ I R E ¦ R u E R 9 0 N C ¦ E T A rr ¦ * * * Gagnantes du concours En avril, le sort a favorisé: 1.— Mlle Pauline Larocque, 320, rue de l'Eglise, Verdun, A cadémie Notre-I)atne-des-Sept-l)ouleurs.2.— Mlle Denyse Durivage, 740, chemin Sainte-Catherine, Outremont.3.— Mlle Noella Mainville, 376, rue Beaudoin, Montréal, École Esther-lilorulin.4.— Mlle Hélène Haniel, 5471, Cinquième avenue, Roscniont, Montréal, École Sainle-l'hilomene.5.— Mlle Jeannine (îarceau, Saint-Thomas, comté de Jolictte, P.Q.Maison de la Providence.6.— Mlle Raymonde Birs, 62S, chemin Sainte-Catherine, Outremont, Pensionnat du Saint-Nom-
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