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Titre :
L'oiseau bleu /
Première revue destinée à la jeunesse canadienne-française, L'Oiseau bleu a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec. [...]

Le premier numéro de la revue L'Oiseau bleu, sous-titré « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », paraît à Montréal en janvier 1921. Créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous la direction d'Arthur Saint-Pierre, fondateur de la publication, L'Oiseau bleu est la première revue destinée exclusivement à la jeunesse canadienne-française. Sa création a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec.

La revue est diffusée dans les écoles et, selon la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle s'adresse aux enfants canadiens de 3 à 18 ans. Certains ouvrages soulignent toutefois que la revue s'adresse davantage aux écoliers de la fin du primaire et du début du secondaire, soit aux jeunes de 10 à 15 ans, car la publication contient beaucoup plus de textes que d'illustrations. La revue est également diffusée auprès des jeunes franco-américains, franco-ontariens et acadiens.

L'Oiseau bleu poursuit le double objectif d'instruire et de divertir les jeunes. La revue a pour mission de renforcer leur sentiment d'appartenance nationale et leurs croyances religieuses. L'enseignement de l'histoire et de la géographie y occupe une place importante; on y trouve des rubriques telles que « Nos plaques historiques », « À travers l'histoire », de même que des récits de voyage comme « Mon voyage autour du monde ».

L'instruction religieuse et morale est présente dans les contes, les fables, les poèmes, les feuilletons et les biographies de saints. La publication comprend également des articles sur les sciences. Pour divertir les jeunes, la revue leur propose des feuilletons, des chansons, des jeux, des illustrations et des concours.

Plusieurs collaborateurs sont invités à participer à la rédaction de la revue, notamment Marie-Claire Daveluy, qui y publie en feuilletons son premier roman, Les aventures de Perrine et de Charlot. Celui-ci est considéré comme une oeuvre fondatrice qui a donné le ton aux oeuvres subséquentes de la littérature québécoise pour la jeunesse.

L'Oiseau bleu, qui a cessé de paraître en juillet 1940, a véritablement été un catalyseur pour la littérature enfantine québécoise.

LEPAGE, Françoise, Histoire de la littérature pour la jeunesse (Québec et francophonies du Canada) - Suivie d'un dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans [Ontario], Éditions David, 2000, p. 113-118.

Éditeur :
  • Montréal :la Société,1921-1940
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Références

L'oiseau bleu /, 1940, Collections de BAnQ.

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130 L'OISEAU BLEU le s* |§1340f, ê.et aaînte année! IEN ri arrête la marche du temps.A la même cadence, au même rythme, les jours succèdent aux jours et les années aux années.¦ Que sera celle qui commence?Ce que nous la ferons.Je souhaite de tout coeur que Vannée nouvelle soit bonne, heureuse et sainte.Elle le sera si tous les jeunes Canadiens français, Acadiens et Franco-Américains font ce qu'ils ont à faire, c'est-à-dire tout leur devoir.S'ils accomplissent leur devoir d'écoliers catholiques, de langue et de culture françaises, chaque jour, l'année 1940 sera bonne, heureuse et sainte.Le Directeur de /'Oiseau bleu » i ?âA»i ?1 ?AA ?1 ?AA ?1 ?A A ?1 ?AA ?1 ?AA * 1 ?AA ?i ?* i ?ArA M ?T * Ww t Y « W*w + T ?w.w ?T ?VtW ?T ?W»w ?T ?W.W ?T t wJ» ?" • »W ?i ?w.W ?T ?T ? L"0 I SEAU BLEU 131 LÉGENDE DU SAINT-LAURENT «fc> LES LUTINS ^ Adaptation de François CRUSSON BAPTISTE LANOUETTE est-ce toi qui as soigné Belzémire ce matin ?•—Non, pourquoi donc?¦— Quand je suis allé à l'écurie pour l'étriller et lui donner à manger, je me suis aperçu — et ce n'est pas la première fois que cela arrive — qu'elle avait été étrillée avec grand soin, qu'elle avait de l'eau fraîche, de l'avoine et du foin.La stalle avait été nettoyée et Belzé-mire avait la crinière et la queue des mieux peignées.Qui donc en prend si bien soin, si ce n'est ni toi ni moi ?Avant de répondre, Baptiste Lanouette, qui fumait un petit brûle-gueule en plâtre, s'entoura d'un épais nuage de fumée, puis dit mystérieusement: — Alors je n'en vois pas d'autres que les lutins! — Les lutins?Tu te moques de moi, Baptiste.— Eusèbe Roberge, ça fait vingt ans que moi, Baptiste Lanouette, je viens dans les chantiers de la Rivière-au-Chêne, je dois savoir un peu ce qui s'y passe.— Tandis que oi, jeune homme, c'est la première année que tu viens bûcher ici.— Ne te fâche pas, Baptiste, ne te fâche pas, je croyais, moi, que les lutins n'existaient que dans les histoires de nos grands-parents.— Tu vas t'apercevoir, mon petit, qu'ils sont aussi dans les chantiers! Quand ils commencent leurs espiègleries dans une place, ils en ont pour longtemps.— En as-tu déjà vu.toi, Baptiste ?— Bien sûr que j'en ai vu.— De quoi ont-ils l'air?— Ce sont des petits diables pas plus hauts qu'une botte, avec un œil unique en plein milieu du front, mais plus brillant encore que les yeux de chats la nuit.Ils ont le nez fait comme un gland et le ventre comme une grosse tomate.Ce corps étrange est orné de bras et de pattes de grenouilles et la tête est toujours coiffée d'un grand chapeau pointu qui ressemble à un entonnoir renversé.— Pourquoi prennent-ils soin de Belzémire?— C'est qu'ils aiment les chevaux.D'ailleurs ils ne font pas que les soigner, ils s'en servent aussi.— Ah, les sacripants, comment donc ?— Ils viennent les chercher la nuit pour se promener et parcourir de grandes distances.— Tiens, voilà qui explique bien des choses.Certains matins, en effet, Belzémire est nerveuse, excitée et elle semble même épuisée de fatigue.Je me demandais ce qu'elle pouvait bien avoir.Mais, le jour, où se tiennent-ils, ces lutins ?Je ne les vois jamais.— Pas loin: ils se cachent dans quelques recoins des écuries.Inutile de les chercher on ne les trouve jamais le jour.D'ailleurs ils dorment toute la journée.— Ils pourront aussi dormir la nuit, à l'avenir, car Belzémire ne sortira plus.Baptiste Lanouette ne répondit pas.mais se contenta de sourire d'un petit air narquois.Le soir, Eusèbe Roberge, qui aimait beaucoup cette belle jument blonde, au poil si doux, aux membres si souples et si rapides et qui répondait au joli nom de Belzémire, prit les moyens nécessaires pour que les lutins ne viennent pas la chercher au cours de la nuit.Il l'attacha avec une chaîne solide, fermée au cadenas.Puis la caressant amicalement, il lui dit: — Là, ma jolie Belzémire, les lutins pourront bien te soigner s'ils le désirent, mais ils ne te mèneront pas à leur sabbat cette nuit; ne crains rien, tu es bien attachée.Belzémire poussa un petit hennissement de reconnaissance, car elle aimait bien Eusèbe Roberge, qui la traitait avec tant de douceur.Avant de s'endormir, Eusèbe pensa à sa blonde, la belle Cî isole, qui avait tant pleuré L'OISEAU BLEU Revue mensuelle illustrée pour la jeunesse Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent, Montréal, Canada.Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles.Téléphone: PLateau 1131 132 L'OISEAU BLEU quand il était parti pour les chantiers.Ce souvenir l'attrista un peu, mais il ne put s'empêcher de rire en pensant aux lutins qui ne pourraient pas sortir Belzémire.Mais le lendemain quelle ne fut pas sa surprise en entrant dans l'écurie! Belzémire avait la crinière et la queue tressées, nattées et entremêlées de façon si atroce qu'il fallut lui couper la crinière et la queue car elles ne pouvaient plus être démêlées.Eusèbe ne manqua pas de consulter son ami Baptiste à ce sujet: — Pourquoi donc, Baptiste, les lutins ont-ils maltraité de la sorte cette pauvre Belzémire?— Oh, non! ils n'ont pas fait de mal à Belzémire, mais ils se sont vengés de toi parce que tu les a empêchés de s'en servir.— Connaîtrais-tu un moyen, Baptiste, pour se débarrasser des lutins?— Oui.Tu n'as qu'à mettre un demi-minot de mil près de la porte de l'écurie, de sorte que les lutins le renversent en entrant.— Mais comment cela peut-il les chasser?— Les lutins, Eusèbe, sont de drôles de créatures.Si, en rentrant dans l'écurie, ils renversent un demi-minot de mil, pour effacer la trace de leur passage, ils le ramasseront complètement, grain par grain.Comme tu peux le deviner, ils y mettront le reste de la nuit.— Mais je ne vois pas comment ça les empêchera de revenir.— Quand ils se sont fait prendre trois ou quatre fois, ils ont assez de cœur pour ne plus revenir.— Y a-t-il d'autres moyens pour les éloigner ?— J'ai entendu dire qu'en Acadie on traçait de grandes croix sur les portes des écuries et des bâtiments et que là où il y a des croix, les lutins n'entrent pas.— Est-ce que les lutins sont des démons, que les croix leur font peur?— Ils sont au moins des cousins de Satan, car ils font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher monsieur le curé de porter le bon Dieu aux mourants.— Que font-ils au juste ?— Un jour que je conduisais monsieur le curé chez un malade, tout à coup le cheval partit seul au galop, laissant la voiture au milieu du chemin.— Que s'était-il passé ?— Les lutins avaient coupé les traits et autres parties du harnais.— N'exagère pas, Baptiste.— Je te le dis, Eusèbe, c'était comme si on avait coupé le harnais au couteau.D'autres fois, bien pis, les roues de la voiture partaient et nous culbutions dans le fossé.C'est si vrai que nous y allions toujours deux voitures, de sorte que si une manquait, monsieur le curé, portant le bon Dieu, montait dans l'autre.— Alors moi, je n'y comprends plus rien.Si les lutins sont des êtres malfaisants et que tu peux t'en défaire aussi facilement que tu viens de me le dire, pourquoi les souffres-tu depuis vingt ans?Avec un sourire d'immense pitié Baptiste Lanouette répondit: — Mon pauvre Eusèbe, on voit que tu es jeune et que tu ne connais pas les lutins.Si je les endure depuis vingt ans, c'est parce que les lutins, tu sais, on parvient à les attraper; si celui qu'on attrape est une lutine, on peut l'échanger pour un plein baril de pièces d'or.— Quoi! Un plein baril de pièces d'or si le lutin qu'on capture est une lutine?— Oui, jeune homme.Et si tu veux que les lutins reviennent, n'attache plus Belzémire de façon à l'empêcher de sortir.— Penses-tu, Baptiste, comme Gisèle serait heureuse si j'arrivais au jour de l'an avec un plein baril de pièces d'or?— Que feriez-vous avec tout cet or ?— Pour commencer on irait chez monsieur le curé pour mettre les bans à l'église.¦— Tu l'aimes aesez pour l'épouser ta Gisèle?— Bien sûr.Si tu savais comme elle est belle et bonne.C'est le meilleur parti de tout le village! Peux-tu me dire, Baptiste, comment faire pour attraper un lutin?— C'est facile, Eusèbe: tu n'as qu'à passer la nuit dans l'écurie, les yeux bien ouverts, et être assez vif pour saisir le lutin avant qu'il ne t'aperçoive.Le soir même Eusèbe Roberge se rendit à l'écurie pour y passer la nuit.Bien caché derrière des sacs de grain, il attendit patiemment l'arrivée des lutins.Un mince rayon de lumière filtrant par une petite ouverture au-dessus de la porte éclairait l'entrée de la stalle de Belzémire.Aucun lutin ne pouvait passer sans être vu.Eusèbe se réjouissait d'avance en pensant qu'il allait peut-être avoir assez de chance pour capturer une lutine, car n'y a-t-il pas, quelque part dans le ciel, un bon Dieu pour les amoureux?— Eusèbe, Eusèbe, qu'est-ce que tu fais là, grand paresseux de bon à rien! Si tu t'imagines d'attraper les lutins en dormant bien étendu dans la paille, tu te trompes.Lesyeux petits, grimaçant, s'étirant, bâillant, Eusèbe dit: — Je n'y comprends rien, Baptiste, je t'assure que j'ai fait tout mon possible pour rester, éveillé.D'ailleurs je n'ai dormi que d'un œil, et si les lutins étaient venus, je les aurais entendus. L'OISEAU BLEU 133 Tu les aurais entendus?Oui! bien, viens voir Belzémire, elle a les flânes tout blanes d'écume tant les lutins l'ont fait galoper cette nuit.-Ah! les malheureux, si je les prends! — Tais-toi, Eusèbe.Et baissant la voix Baptiste Lanouette ajouta: - Ils peuvent être cachés ici et nous écouter.Il ne faut pas les menacer si tu veux attraper une lutine.Sortons de l'écurie.Après le souper, Eusèbe se préparait à passer (le nouveau la nuit dans l'écurie, mais Baptiste le fit vite changer d'idée: - Vois-tu, Eusèbe, là tu es trop fatigué, tu vas encore t'endormir.Couche-toi de bonne heure trois soirs de suite, pour prendre trois bonnes nuits de sommeil et ensuite tu veilleras.Kusèbe trouva le conseil excellent et le suivit.Le quatrième soir venu il s'installa dans l'écurie, bien décidé il ne pas s'endormir cette fois.Pendant une heure, il attendit sans avoir sommeil: il pensa longuement à son père et à sa mère, à ses frères et à ses sœurs qu'il irait voir au Jour de l'An et à (Jisèle, qu'il espérait bien pouvoir embrasser en lui souhaitant une bonne année, car jamais encore la belle (iisèle ne lui avait permis de l'embrasser.Mais tout à coup Eusèbe oublia Cîisèle.car il vit une planche se soulever tout près de la stalle de Belzémire et un long chapeau pointu apparaître dans l'ouverture.Eusèbe retint son souille de peur d'être repéré par le lutin, qui de son œil brillant fouillait, tous les coins de l'écurie.Bien caché.Eusèbe ne fut pas vu, bien qu'il put voir facilement par un léger espace entre deux sacs de grain.Le lutin, ne voyant personne, sortit de sa cachette, et Eusèbe put constater combien hideux il était avec ses pattes de grenouille et un gros ventre bombé en forme de tomate.Avec l'apparition du lutin, une odeur de roussi se répandit dans l'écurie.Sur la pointe des pieds, sans faire de bruit.Eusèbe, dès que le lutin lui eut tourné le dos, sortit de sa cachette pour le saisir, mais.bing, bang, il donna un coup de pied sur une vieille terrine et le lutin, plus rapide que l'éclair, disparut par où il était venu.Le .Jour de l'An arriva sans qu'Eusèbe eût réussi à capturer une lutine, pas même un lutin.Il se prépara quand même à aller rendre visite à ses chers parents.Il voulait partir de grand matin, à cheval sur Belzémire pour se rendre à la gare où le train le mènerait jusque chez lui.Baptiste Lanouette le taquinait sur ce voyage.-Alors tu es décidé, Eusèbe.tu vas faire vingt-cinq milles à cheval et cent milles en train, le Jour de l'An au matin, tout simplement pour embrasser la belle (ïisèle et revenir aussitôt ?Mais non, Baptiste, répondait Eusèbe en rougissant un peu, pas seulement pour embrasser (iisèle.mais pour passer le .lour de l'An en famille.En famille?Qu"ost-co qu'il peut y avoir de si intéressant chez vous, le Jour de l'An?La bénédiction paternelle et le dîner de famille, Baptiste.L'an dernier, à la tête de tous les enfants, et il y en a seize chez nous, dès sept heures du matin je m'agenouillais aux pieds de papa en disant: Au nom de tous vos enfants et en mon nom, je vous demande, papa, de bien vouloir nous donner votre bénédiction".Et papa, ému, l'air solennel, étendit ses mains au-dessus de nous en disant: "'Mes enfants, mes chers enfants, je vous bénis, et je demande au bon Dieu de bien vouloir vous bénir aussi, vous garder en santé et vous conserver toujours bons, respectueux pour vos parents qui vous aiment de tout leur cœur".Puis, chacun à notre tour, il nous serra dans ses bras et nous embrassa.S'approchant ensuite du vieux ber où le petit dernier jasait gaiement, il le bénit aussi et se tournant vers maman il l'embrassa et lui dit: ''Eh bien, ma vieille, c'est le vingtième jour de l'an que nous célébrons ensemble.Au premier nous étions seuls, mais depuis le bon Dieu nous a donné seize beaux enfants.Kspérons qu'il now- en donnera encore quatre et ensuite, tout ce que nous Lui demanderons, ce sera de les établir convenablement pour qu'ils fassent comme nous".Eusèbe Robcrge, qui s'était laissé prendre par ses souvenirs et les racontait avec joie, s'arrêta brusquement quand il vit que deux 134 L'OISEAU BLEU grosses larmes coulaient sur les joues de son compagnon: — Qu'as-tu, Baptiste ?— Rien, Eusèbe, continue je t'en prie.— A midi, nous sommes tous allés dîner chez grand-père.Papa, mon oncle Joseph, mon oncle Arthur, mon oncle Siméon et mon oncle Auguste, demandèrent la bénédiction de leur père, qui les bénit et nous bénit tous, nous aussi, les petits enfants, au nombre de cinquante-deux, et ce n'était pas toute la famille, car les tantes étaient allées du côté de leur mari.Pour le dîner, il a fallu faire trois tablées.Quel dîner! je t'assure que les poulets, les oies, les petits cochons de lait et les tourtières, puis les gâteaux, les beignes, la crème brûlée et les tartes, tout disparaissait comme par enchantement.Après le dîner, mes deux petites sœurs, Paulette et Jeannette, des jumelles de sept ans, qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau et sont belles comme des poupées, ont récité pour les grands-parents un compliment que la maîtresse leur avait appris.Je ne me souviens plus ce que c'était, mais, dans tous les cas, c'était si beau, qu'à la fin tout le monde pleurait.Mais Baptiste, qu'est-ce que tu as, tu pleures toi aussi ?— Oui, Eusèbe, je pleure, car tout ce que tu viens de raconter me fait mal au cœur.Moi, tu sais, je n'ai jamais connu les belles fêtes de famille, parce que je n'ai jamais connu mes parents.J'ai toujours été traité comme un paria.— Pauvre Baptiste, excuse-moi de t'avoir fait du mal, mais je ne savais pas.— Ce n'est pas de ta faute, Eusèbe, et je ne t'en veux pas.Demain, je vais étriller Bel-zémire et la soigner de bonne heure pour qu'à cinq heures tu puisses partir pour prendre ton train.Le lendemain matin comme Eusèbe se levait pour faire sa toilette, Baptiste fit irruption dans le camp en criant: — Eusèbe, Belzémire est disparue! Pas plus de Belzémire dans l'écurie que sur la main! Eusèbe courut à l'écurie, avec Baptiste, et constata qu'en effet Belzémire était disparue.— Où peut-elle être, Baptiste ?— Où penses-tu qu'elle est, sinon quelque part avec les lutins! — Ah! les.— Tais-toi, Eusèbe, pas ici, ils peuvent nous entendre, et tu le regretterais.Sortons.Eusèbe était si furieux de penser qu'il allait manquer son voyage du Jour de l'An à la maison qu'il en tremblait de colère: — Je t'assure, Baptiste, que si jamais j'attrape un de ces hideux lutins, je Tétripe vivant! — Calme-toi, Eusèbe, calme-toi mon petit et ne vas pas oublier ce que vaut une lutinel Gisèle et toi seriez bien contents d'avoir un plein baril d'or! — Baptiste, fiche-moi la paix avec tes lutines, moi, je m'en vais me coucher.Si Belzémire revient à temps pour que je prenne le train, réveille-moi.Mais Belzémire ne revint pas.Kusèbe passa un triste Jour de l'An.Il avait le cœur gros quand il pensait à ses parents, à la bénédiction de son père qu'il n'aurait pas.au dîner de famille qu'il manquait, et à Gisèle qu'il aurait tant aimé embrasser! Vers le soir Baptiste Lanouette revint.Tout l'après-midi il avait chassé dans le bois.Avec un air un peu mystérieux, il dit à Eusèbe: — Si tu me promets, Eusèbe, de ne pas jurer contre les lutins, car tu sais ils sont méchants et savent se venger, je vais te dire quelque chose.D'un ton boudeur, Eusèbe répondit: — Parle, je te promets que je ne jurerai pas.¦— Certain ?— Certain! — Cet après-midi, pendant que je chassais dans les bois, j'ai aperçu Belzémire qui courait dans les nuages, toute chargée de lutins! Pour ne pas jurer, Eusèbe se mordit les lèvres, mais ses yeux lancèrent des éclairs de colère.Baptiste essaya de l'apaiser: — Mais ne dis rien, mon petit, rira bien qui rira le dernier.Une de ces bonnes nuits nous prendrons une lutine, et nous serons riches pour le reste de nos jours.Et longuement Baptiste Lanouette décrivit à son compagnon les différents plans qu'il avait élaborés pour attraper une lutine.Mais Eusèbe écoutait à peine ce que Baptiste racontait.D'un œil distrait, il suivait les méandres que décrivait la fumée légère qui s'élevait du fourneau de sa pipe, et il se demandait bien si Baptiste était sérieux ou se moquait de lui avec cette histoire de lutine et de plein baril de pièces d'or.Mais Eusèbe n'avait pas le goût de discuter, et comme un enfant oublie sa peine quand on fait miroiter devant lui la promesse d'un beau jouet, ainsi il oubliait son vif désappointement du matin en pensant à toutes les belles pièces d'or qu'il pourrait déposer aux pieds de la charmante Gisèle, si une bonne fois, Baptiste et lui attrapaient une lutine.François Crusbon AU QUARTIER LATIN — Alors, tu as des souliers Richelieu?— Non, c'est des (boileau) boit l'eau. L'OISEAU BLEU 135 No 83 Janvier 1940 AFFILIÉS À LA SOCIÉTÉ CANADIENNE D'HISTOIRE NATURELLE ET UECONNU8 D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC t& # $ Le "Je vous salue Marie" EXPLIQUÉ AUX TOUT-PETITS (1) Je vous salue, Marie, pleine de grâce LA CHAMBRE DE MARIE, toute remplie de lumière, est une retraite où la sainte Vierge prie et travaille.Près d'un coffre en bois sur lequel elle s'assoit pour coudre ou repriser, se tient un petit chat au long poil soyeux.Sur la fenêtre, des lis aux pétales d'un blanc pur comme l'âme de Marie.Sur une corniche, des géraniums florissants aux couleurs les plus vives.Marie est vêtue d'une longue robe bleue à larges manches, semblable à'celle que portent les religieuses.Son visage, d'une grande beauté, est bien reposant à voir.Des cheveux blonds l'encadrent et tombent mollement sur ses épaules.L'archange Gabriel vient d'entrer.La porte entr'ouverte laisse apercevoir le jardin orné de merveilleux chrysanthèmes que baigne le soleil d'or.L'archange est représenté avec de longues ailes fixées à sa robe blanche.Ses pieds sont nus comme ceux de Marie.Il s'approche, les mains levées, disant d'une voix très douce: "Je vous salue, Marie, pleine de grâce".A ces mots, la Vierge, étonnée, fait un geste de surprise.Elle est "pleine de grâce", c'est-à-dire gracieuse et charmante.Petits enfants, voyez combien l'archange Gabriel était respectueux devant la Mère de Jésus.Quand vous récitez le Je vous salue Marie, qui est la prière de la sainte Vierge, tâchez de vous sentir aussi recueillis que l'archange Gabriel, lorsqu'il visita Marie avant qu'elle ne devînt la Reine du ciel.Le Seigneur est avec vous Des fleurs éclatantes, roses, azalées, etc., ornent la chambre de Marie.Une cage dorée, où deux canaris lancent leurs sérénades, est suspendue près des fleurs.Par la fenêtre ouverte les petits oiseaux du ciel entrent dans la demeure de Marie, et de leurs chants mélodieux accompagnent sa prière.La sainte Vierge a distribué des bouchées de pain aux oisillons, qui se les disputent sous le regard indulgent du gros chien Médor.Le Seigneur est avec vous: ces mots signifient que la pensée du bon Dieu occupe continuellement la sainte Vierge.Une auréole entoure sa tête mignonne de quatorze ans à peine.Son regard si doux est penché sur un livre de prière.Elle est agenouillée et prie, dans la solitude.Petits enfants, demandez à Marie d'être aimants, pieux, doux et humbles de cœur, afin que votre priôre, vos petits travaux, et même vos jeux, soient agréables à son Jésus.1 Texte composé d'après les illustration!) de Ida liohatta Morpurgo, dans Hait Mari;: Art Institutes "Ara tacra" Josef Mueller.Munich, 1032.\ 136 L'OISEAU BLEU l7ow« êtes hé/j/c entre toutes les femmes Trois petite anges brillants offrent tour à tour à Marie les fleurs les plus belles, au partuni le plus doux.Ce sont des fleurs sauvages, roses, jaunes ou bleues, qu'ils sont allés cueillir dans les champs immenses tout dorés de soleil et de blonds épis, dans les bois verdoyants émaillés de violettes.Des chevreuils au panache gracieux broutent à l'ombre des sapins.Dans leur promenade charmante, les trois angelcts ont rencontré un petit lapin brun qui, devant eux, a dressé ses longues oreilles et s'est assis en levant gentiment deux courtes pattes.Marie est la reine du ciel, et on lui doit tous les hommages.Quand la Heine d'Angleterre i-sl venue au Canada, partout on lui a distribué de magnifiques gerbes de fleurs.Marie aime les fleurs champêtres qui lui sont offertes, car elles figurent à ses yeux les prières ferventes des petits enfants, celles qu'ils récitent chaque jour, matin et soir, en joignant leurs petites mains.Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni "Le lruit de vos entrailles" est le petit Jésus, le bébé de Marie né dans la crèche de Bethléem.Le doux enfant est couché sur la paille fraîche.Marie, revêtue d'un grand manteau bleu, se tient en adoration devant son nouveau-né.Trois anges gracieux font un concert: l'un chante des mélodies et des cantiques, accompagné par 'e luth et la mandoline dont les accents ravissent l'Enfant-Dieu.C'est la nuit de Noël, et bien qu'à Bethléem i\ asse moins iroid qu'au Canada, Marie tremble pour son divin Fils.Mais près de la crèche miraculeuse, un âne et un bœuf, tout près de Jésus, soufflent sur lui pour le réchauffer.Vous le voyez, mes enfants, le petit Jésus a voulu naître pauvrement, et non pas dans un berceau rose garni de rubans et.de dentelles.N'auriez-vous pas aimé lui offrir des vêtements chauds et une couverture de laine?N'auriez-vous pas désiré apporter des présents à Marie, sa mère, des bonbons et de délicieux gâteaux ?Eh bien, songez qu'il est des légions d'enfants pauvres et malades, qui ne reçoivent jamais d'étrennes au Jour del'An, et àqui vous pourriez offrir des cadeaux utiles, des vêtements et de la nourriture, ou même l'un de vos jouets.Retenez bien ceci, qui vous récompensera déjà: quand vous prenez soin d'un petit pauvre et lui donnez même un seul verre d'eau, que vous lui accordez une bonne parole, un sourire seulement, pour l'amour du petit Jésus, c'est tout comme si vous le faisiez à Jésus lui-même.Sainte Marie, mère de Dieu Le petit Jésus est le bon Dieu, et Marie, sa mère, s'occupe continuellemenl «le lui, ear vous pensez bien qu'elle l'aime énormément.Dans le jardin fleuri de Nazareth,- où plus tard ils allèrent demeurer — s'épanouissent des rosiers grimpants.Marie coud en silence, tandis que l'Enfant-Jésus, assis par terre, s'amuse avec les petits oiseaux qui.gentiment, viennent se percher sur sa main et picorer ses pieds mignons.l'ne clôture peinte entoure le jardinet situé au pied des montagnes bleutées.Trois ange4 blonds s'acheminent vers Marie, pour nous montrer combien la sainte Vierge aime que nous nous dirigions vers elle.La route indiquée est celle qui conduit à son cœur maternel.Je suis sûre que vous tous, mes enfants, seriez fous de joie d'entrer dans le jardin de Marie pour jouer avec l'Rnfant-Jésus.Quand vous récite/, une petite prière.Jésus trouve que c'est comme si vous alliez jouer avec lui.Demandez-lui alors toutes sortes de faveurs pour votre papa, votre maman, vos petits frères et petites sœurs, pour vos amis.et aussi pour ceux et celles qui apprennent aux petits enfants à connaître les beaux jardins remplis de fleurs et d'oiseaux, et qui doivent ressembler à celui où s'amusait l'Enfant-Jésus.Priez pour nous, pannes pécheurs Dans la maison de Marie, la porte demeure toujours largement ouverte, et les enfants malades, pauvres ou malheureux, n'ont jamais besoin de frapper pour y entrer.Marie se lève alors, avec son Jésus dans les bras, et la main tendue leur souhaite la bienvenue.Les petits enfants sont très contents et regardent Marie avec tendresse.Marie est leur mère.* .La chambre de l'Enfant-Jésus leur paraît toute riante avec des fleurs merveilleuses, et près du berceau quelques jouets dont le principal est une petite église en carton.Le petit Jésus est heureux de recevoir chez lui les enfants pauvres.Son grand désir est que votre cœur soit leur refuge, et que vous soyez les amis de tous ceux qui souffrent et qui sont malheureux.Maintenant et à l'heure de notre mort L'enfant qui prie les mains jointes, agenouillé devant l'Enfant-Jésus et sa mère, doit être bien enjôleur.Le Je vous salue Marie s'adresse à la sainte Vierge, qui se fait toujours un plaisir de transmettre à l'Enfant-Jésus la prière des petits enfants.Le petit Jésus pour- L'OISEAU BLEU 137 La Madone Tempi Cliché 7*Ar Montreal Standard Ce tableau de Raphaël est conservé à la Pinacothèque de Munich. 138 L'OISEAU BLEU rait-il vraiment refuser quelque chose à sa Mère?L'Enfant-Jésus reçoit chaque jour de la main d'un petit ange de nombreux bouquets, composés parfois de fleurs rouges dont la couleur flamboyante symbolise l'amour ardent.Si vous le priez avec ferveur, Jésus sera aussi heureux d'accueillir vos demandes que les belles fleurs présentées par l'ange.Il vous protégera "maintenant et à l'heure de votre mort", c'est-à-dire pendant toute votre vie.Ainsi s oit-il Toute prière se termine par "Ainsi soit-il", ce qui signifie: "Mon Dieu, faites que tout cela arrive; j'espère que vous m'accorderez ce que je viens de vous demander." Puis tout retombe dans la paix et la confiance.Le petit Jésus, dans son berceau de bois, dort en fermant ses petits poings roses.Ses jouets préférés, un bébé-canard et un gentil lapin blanc, de même que la petite église au clocher pointu, sont rangés près de lui.Sous la table, le chien Médor somnole, recouvert d'une couverture chaude.Il est tard, car la bougie allumée éclaire de subtils reflets un vase rempli de fleurs, posé sur la table.Marie veille et prie, sous le ciel bleu étoile.Son cœur reste ouvert à toutes les demandes.Le plus gentil des messagers, votre ange gardien, peut alors apporter votre prière très loin et très haut, dans le ciel, jusqu'où régnent Marie et son Fils.Si vous le lui demandez, cet ange si doux pourra même se permettre d'embrasser tendrement pour vous Marie et l'Enfant-Jésus.En pensant à l'explication du "Je vous salue Marie", redites bien cette prière, et demandez à notre bonne Mère du ciel de vous aider à faire plaisir à son Jésus."Je vous salue, Marie, pleine de grâce, Le Seigneur est avec vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.Sainte Marie, mère de Dieu, Priez pour nous, pauvres pécheurs, Maintenant et à l'heure de notre mort.Ainsi soit-il." Marcelle Gauvreau, Directrice de V Éveil, Jardin botanique de Montréal.La marguerite La marguerite appartient à la famille des Composées.La marguerite est composée de deux sortes de fleurons: a) des fleurons en tubes; b) des fleurons portant de petites langues blanches appelées ligules ou rayons.Je connais d'autres fleurs de la famille des Composées: il y a les chrysanthèmes, les chrysanthèmes "pompons", et les soleils.Bien des fois je me suis amusée avec ces jolies fleurs.Je prenais des marguerites et je les effeuillais en me posant des questions.Et maintenant j'ai appris une belle légende sur la marguerite et le chrysanthème.Un jour la sainte Vierge voulait offrir des chrysanthèmes à l'Enfant-Jésus et les chrysanthèmes, trop orgueilleux, ne voulaient pas se laisser cueillir.Alors les ' marguerites, fâchées de cela, ont dit: "Les chrysanthèmes iront demeurer dans les serres et nous, nous allons croître partout dans les champs, pour le bon roi Jésus".Après cette intéressante leçon, notre professeur nous avait réservé une belle surprise.Elle nous amena visiter une exposition de chrysanthèmes, qui ont été cultivés dans les serres du jardin.Il y en avait des mauves, des blancs, des jaunes et des rouge-brun appelés "pompons".Nous avons eu le plaisir de visiter la serre et d'apprendre le nom de bien des plantes: les agaves, les eoléus, les bégonias, etc., etc.Pour finir, nous avons eu des vues qui résumaient toute la leçon.J'ai remarqué surtout une fleur très curieuse appelée "le petit prêcheur" et une belle image de Jésus caressant des enfants qui lui offraient des fleurs.Jésus aime les jeunes naturalistes parce qu'ils étudient les belles plantes qu'il a créées.Marguerite Lâcha pelle, (9 ans), [Élève du Couvent d'IIochelaga et de V Éveil, i LE PEPIN Maurice.— Dis-donc.Gaston, si je plante ce pépin, est-ce qu'il deviendra un pommier?Gaston.— Certainement.Maurice.— Ce n'est pas possible, c'est un pépin de poire.Gérard Lefebvre est le plus grand importateur d'images et d'articles religieux à Montréal Demandez catalogues, prix-courant et échantillons.4388, rue Saint-André Montréal L'OISEAU BLEU 139 DANS l'âtre de la cheminée vient de s'écrouler la bûche embrasée.Une lueur rougeâtre emplit le vivoir.Là, tout près du foyer incandescent, une femme est assise dans une bergère; ses coudes sont appuyés sur les bras du confortable fauteuil, ses mains, fines encore, sont jointes et ses yeux fatigués par bien des larmes regardent fixement sans rien voir de ce qui l'entoure.Tous ces jours premiers de l'année sont teintés pour elle de mélancolie profonde.Oh! elle est si seule.si seule!.Personne ne viendra donc peupler cette solitude qui semble tant peser, ce soir, à son âme.De grands sacrifices ont marqué les étapes de sa vie et généreusement elle les a acceptés.Oh! cœur de mamans qui tremblez toujours si fort pour vos petits, que Dieu vous a faits grands.grands presque toujours jusqu'à l'héroïsme! Les enfants ne le savent pas ou ne s'en doutent guère! Non! je me trompe.Ceux-ci n'auréolent-ils pas souvent dès ici-bas les fronts des douces mamans et des graves papas?.Oh! que vois-je là-bas.tout au fond de la pièce?Deux bambins sont là, jouant.harnachant un gros cheval de bois.C'est la petite fille qui tient les rênes et même le fouet qu'elle applique vigoureusement à l'impassible animal! Quel air décidé elle a! Le garçonnet, âgé de deux ans de plus que sa cadette, lui, se tient sur le garde à vous.Il ne fait pas bon se trouver trop près de la fougueuse écuyère.Le décor vient de changer.Un long soupir s'échappe des lèvres de maman.Dans la cheminée, les ardents tisons de tantôt semblent cendres et l'obscurité, de ses ombres, envahit le vivoir.Maman a maintenant les yeux clos.oui, bien clos et le crépitement du feu.s'amor-tissant ne la dérange nullement.Bile est là à l'autre bout d'une longue route toute blanche.Des gourbis isolés sont semés, ci et là, de chaque côté du chemin, des palmiers font tache sur le sable.il fait chaud.Deux formes blanches se dessinent tout là-bas.Oh! ce sont deux religieuses.Maman distingue bientôt qu'elles sont coiffées de chapeaux à très larges bords.Un ânon, portant paniers accrochés à son bât, les suit et est tenu par la bride par l'une d'elles.Un léger cri se fait entendre et deux bras, hélas! se tendent vers la douce apparition de l'enfant envolée si loin.Maman, maintenant complètement éveillée, se sent heureuse.très heureuse.N'a-t-elle pas rencontré.oui, rencontré.sa petite qui a échangé son cheval de bambine pour un âne arabe dans les couffins duquel est emporté le remède qui soulage et guérit maintes plaies soignées si délicatement par sœur Blanche?Et de son cœur de missionnaire, ne sort-il pas les paroles de vérité qui font connaître le Seigneur et Maître qui l'a courtisée puis emportée si loin.si loin de maman.?Encore bien émue, et voulant prolonger la vision du lointain pays où habite son enfant religieuse, la mère tourne le bouton électrique.Une lumière discrète épand une douce clarté dans la pièce.Elle se dirige vers un guéridon, 140 L'OIjÉAUBLEU en ouvre le tiroir et choisit dans une liasse de missives étrangement timbrées deux lettres.oh! les dernières reçues.toutes deux viennent de directions opposées.Le grand frère, toujours le petit de maman avait écrit lui aussi pour la Noël.Sa lettre porte le sceau de l'aviation militaire.Tout en lisant les chers feuillets, maman absorbée, n'entend pas le léger grincement d'une clé dans la serrure.la porte s'ouvrir.Un jeune homme au visage énergique est là, debout, contemplant cette femme esseulée, sa mère.Deux bras vigoureux étreignent bientôt la maman, en même temps que des baisers sonores couvrent le doux visage.La surprise est grande.maman attendait si peu, ce soir-là.son cher aviateur!.C.P.\Envoi de maman Marthe.] Correspondance Claude T.— Vœux de santé et de succès à mon cher petit ami Claude et à sa sœurette Louise.N'est-ce pas que tu salueras papa et maman de la part de Fauvette?Ariane.— Caresse affectueuse à bébé Jacques.A la maman heureuse, vœux de bonheur, de santé et de prospérité! Abeille de Marie.— Votre santé s'est-elle quelque peu améliorée?Recevez les amitiés et les vœux sincères de Fauvette qui vous reste unie de pensée et de prières.• A tons les correspondants et amis du Coin, Sœur Jeanne et Fauvette offrent les meilleurs vœux de bonheur, de santé, de succès, de prospérité.avec le Paradis par surcroît! Les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal: Madeleine T., Montréal, 2 graphologies; Thérèse B., Lotbinière; Lau-rette M., Saint-Évariste; Madame M., Ville Mont-Royal; Charlotte Laberge; Marcelle Lemonde; Claire Constantino; Pauline Trudeau; Héloïse Déry; Madeleine G., Lac-Georges; Anita Brunet, Montréal; G.Leblanc.Chieoutimi; Marie Poitevin; Mariette Jutras, etc., etc.C.F.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture, de composition personnelle, sur papier non réglé, le tout, accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: Soeur Jeanne, UOiseau bleu.1182, rue Saint-Laurent, Montréal, P.Q.AlllllM m-m IIS Marcel devanl un homme très chauve.— Est-ce vrai que Notre Seigneur a dit dans l'Evangile que pas un seul cheveu de notre tête ne tombe sans sa permission?L'homme chauve.— Oui.Marcel.— Alors, le bon Dieu doit vous avoir donné beaucoup de permissions! Jean, plus espiègle encore.— Non, pas besoin fie tant de permissions, une seule suffit: le bon Dieu a pu dire: Plume-le.Achète BIEN qui achète chez DUPUIS le plus grand magasin canadien-français UJÊJÊ.m ' 11 865, rue Sainte-Catherine Est — PLateau 5151 L ' O I SEAU BLEU 141 LE CADEAU LE PLUS UTILE LA JEUNE INSTITUTRICE, à la rentrée des classes, au retour des vacances de Noël et du Jour de l'An, demanda à ses élèves: — Qui de vous a eu le cadeau le plus utile au foyer paternel?Vingt petites mains se levèrent aussitôt.— Françoise, dis-moi, ce que tu as reçu ?— Une belle poupée, mademoiselle, une poupée moderne, qui dit: maman; et que je peux laver comme un vrai bébé.— C'est merveilleux ! Il n'y en avait pas au temps de mon enfance de ces belles poupées-là.Et toi, Jules ?— Moi, mademoiselle, j'ai eu une paire de skis avec boucles, courroies, bâtons et chaussures.— Alors tu vas pouvoir aller souvent à skis et devenir un champion, bien sûr.Et loi, Jean, quel cadeau t'a-t-on donné ?— Un jeu de mécano, mademoiselle; je vais apprendre à construire des tours, des ponts, à bâtir des maisons.— Oh ! c'est très bien, Jean; lu seras ingénieur un jour.Et loi, Marie?— Un abonnement d'un an à /'Oiseau bleu, mademoiselle.J'ai déjà reçu quatre numéros, mais il y en a encore six autres à venir.— Inutile de continuer mes questions.Cest toi, Marie, qui as reçu le cadeau le plus utile.Voyez-vous, mes chers élèves, /'Oiseau bleu tout en amusant et en récréant ses jeunes lecteurs, les instruit, développe chez eux le goût de la lecture, les renseigne sur toutes sortes de sujets, et surtout leur fait aimer davantage la laîigue et la culture françaises.Il est difficile vraiment de trouver des étrennes plus appropriées aux jeunes de chez nous que VOiseau bleu.Oublions, pour le moment, ses autres qualités pour n'en retenir qu'une: l'habitude de la lecture que ses abonnés acquièrent en le parcourant chaque mois.N'est-ce pas là un avantage précieux ?Oui, oui, et plus encore que vous ne le croyez.Développer le goût de la lecture, c'est assurer l'enrichissement de son intelligence et le plein épanouissement des talents et des aptitudes que Dieu a distribués à chacun.C'est s'assurer aussi les heures les plus agréables de la vie.Par la lecture, en effet, chacun peut pratiquer les cerveaux les mieux faits, les esprits les plus brillants; chacun peut gagner beaucoup au commerce des plus belles intelligences.Chacun peut connaître les œuvres des grands écrivains et s'abreuver sans fin à.la coupe de leur savoir.Lisez donc pendant que vous en avez le temps; profitez de vos loisirs.Ayez à cœur de lire ce qui peut vous distraire, ce qui peut vous reposer aussi, ce qui vous sera utile surtout.Ornez votre esprit; vous vous préparerez des heures de bonheur et de succès.L'Oiseau bleu Riens un peu Un jour, dit-on, une hirondelle fut attrapée par un chat.Le pauvre oiseau, au moment où son ennemi allait le croquer, lui dit: — Les messieurs se lavent toujours les mains avant le dîner.— Vraiment, dit le chat, qui se piquait d'être un gentleman.Et il procéda à sa toilette.Pendant ce temps, l'hirondelle prit son vol.Depuis ce temps, le chat jura qu'il ne se laverait plus avant le dîner, mais seulement après.* * * Le répétiteur de mathématiques du petit Paul lui donne le problème suivant à résoudre: — Je suis allé à la foire de Poissy; j'ai acheté 340 veaux à 56 francs par tête.Combien ai-je dépensé?Le lendemain, il demande à son élève: — Eh bien, avez-vous trouvé la solution du problème?— Comment l'aurais-je trouvée?répond le petit Paul; je ne suis pas allé à la foire de Poissy. 142 L'OISEAUBLEU Arbres Conte pour Je Jour des Rois ^__j Micheline venait de finir sa prière, à genoux devant la crèche, placée au pied de Varbre de Noël.Distraite, elle restait là, contemplant, une fois de plus son bel arbre de Noël, tout garni de petites lumières multicolores, d'ornements aux couleurs éclatantes et de minces lanières argentées, quand elle entendit une drôle de petite voix qui disait: — Micheline, Micheline ?Elle regarda tout autour d'elle, mais ne vit personne.Elle allait se lever quand l'étrange petite voix, qui était comme un souffle léger de la brise à travers les branches d'un sapin, se fit de nouveau entendre: — Micheline, c'est moi, ton arbre de Noël, qui te parle.J'ai une grande faveur à te demander ?— Et tu crois que moi, si frêle, je puis l'obtenir une grande faveur ?— Oui, si tu le veux bien ?— Alors dis, je ferai tout mon possible.— Cet après-midi, j'ai entendit ta mère qui disait: "Demain il faudra défaire l'arbre de Noël".— Et tu ne veux pas te faire dépouiller et jeter au feu ?— Pas tout de suite, Micheline, j'aimerais demeurer ici encore une semaine.— Alors ça le plaît d'être ici f — Oh oui, vois donc comme je suis beau?Toutes ces belles lumières multicolores sont bien plus brillantes que les lucioles qui se jouent dans mes branches, l'été, mais que je ne puis retenir.— C'est vrai que tu es bien illuminé?— Et bien décoré aussi.Mes branches ploient sous le poids des boules blanches, bleues, rouges, jaunes et roses, des joujoux, des bonbons.Jamais je n'ai vu tant de choses éclatantes ?Dans la forêt, il n'y avait que la neige pour orner mes branches.— Près de toi, qu'avais-tu f — Rien, Micheline, tandis qu'ici il y a ta jolie crèche, avec un bel Enfant-Jésus, la sainte Vierge, saint Joseph, un boeuf, un âne, des bergers et leurs agnelets blancs, des Rois Mages splendides qui apportent des cadeaux à ce Nouveau-Né, et toi-même, Micheline, tu viens faire ta prière tous les soirs, devant la crèche.— Est-ce que tu regrettes la forêt f — Non.J'y ai passé des années heureuses, j'étais content de la quitter, c'est encore mieux que d'y rester seul.— Comment donc f — Toute ma famille et mes amis la quittaient pour devenir des arbres de Noël.Je me suis même laissé dire que plus d'un million d'arbres de la province de Québec allaient ainsi se transformer cette année. L'OISEAU BLEU 143 — PZms d'«n million, quel gaspillage ?— Mais non, Micheline.Pense donc d'abord à toute la joie que nous apportons aux enfants dans les foyers où nous pénétrons ?Et puis la coupe et la vente des arbres procurent un revenu appréciable aux cultivateurs, aux bûcherons, aux camionneurs et aux marchands ?— Tu as raison; mais les forêts québecquoises que l'on dépouille?— Pas autant que tu l'affirmes.La coupe judicieuse des arbres de Noëls aide plutôt à la croissance des autres essences si variées et qui sont la richesse de notre patrie.— Celle coutume, alors, est bonne à tous les points de vue?— Assurément, Micheline.— D'où viennent tous ces arbres de Noël?— Des cantons de l'Est, des comtés de Beauce, de Bonaventure, de Gaspé, de Joliette et de Montcalm.Beaucoup viennent aussi du Nouveau-Brunswick et d'ailleurs.— Quelle est l'origine de cette coutume des arbres de Noël, le sais-tu?— On m'a dit, Micheline, que c'est en Allemagne, vers 1605, qu'on a ainsi orné les premiers arbres de Noël.De là, la continue s'est répandue dans les autres pays.— Tu es content, toi, d'être un arbre de Noël?— Oh oui, pourquoi pas ?— Il me semble que ton sort est bien triste.— Triste?Mais non, Micheline.J'ai d'abord connu plusieurs années d'existence paisible dans la calme nature du bon Dieu, avec les oiseaux du ciel et les animaux sauvages de la forêt, puis un jour un jeune fermier est venu me couper, pour me transporter dans la grande ville.Quel voyage ce fut ! Et l'arrivée dans la ville, le bruit, le mouvement, les lumières, j'en étais tout étourdi ! — Ensuite, qu'es-tu devenu ?— Je suis entré ici où je t'ai apporté de la joie.— Ici tu vas connaître trois semaines de splendeur, mais après, mon pauvre ami ?— Trois semaines de splendeur, Micheline, c'est déjà beaucoup plus que bien d'autres n'auront jamais?Et ensuite, je serai dépouillé, ébranché, coupé et brûlé.Avant de devenir cendre mon âme s'exhalera dans un feu clair et joyeux, je procurerai un peu de chaleur, j'embaumerai une dernière fois de mon parfum et ce sera la fin.Que puis-je désirer de plus?— Ta vie, en effet, aura été courte, mais agréable et utile.— Micheline, dors-tu ?La petite fille ouvrit de grands yeux et regarda sa mère.— Mais non, maman, je causais avec l'arbre de Noël?François Crusson 144 L'OISEAU BLEU Un entre mille Gracieuseté d'Entre-Nous Comme une sentinelle, droit, dans la -plaine, cet arbre de chez nous résiste aux assauts des vents du Nord. L'OISEAU BLEU 145 Le vent du nord souffle en rafale Sur les hameaux; Il bondit, se tord et dévale Des hauts coteaux.Il vous mord la face et vous jette, En impromptus, Les tas de neige qu'il brouette Longs et pointus.Il caracole, il paraît ivre, De tant tourner, D'enlacer Varbre qui se livre, Abandonné.Il râle sa funèbre joie, La fait huiler, Affolant les êtres qu'il ploie Pour les violer.Sur la plaine, il passe et varlope Les blancs remous; Dans les vallons, il s'enveloppe Jusqu'aux genoux.Il clame aux heureux de la terre Un chant fongueux, Mais un long refrain
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