L'oiseau bleu /, 1 janvier 1940, juin - juillet
REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE POUR LA JEUNESSE PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL VOLUME XX — Nos 11-12 MONTREAL.JUIN-JUILLET 1940 Le numéro: 10 sous 290 L'OISEAU BLEU LEGENDS DU SAINT-LAURENT LÉGENDE DE SAINTE ANNE Adaptation de François CRUSSON TRENTE-HUIT, trente-neuf, quarante! Quarante paquets de castor, c'est une belle chasse, Anne! — L'habile chasseur l'a méritée.Combien les marchands donneront-ils en retour ?— Cent écus par paquet.C'est donc dire que mon canot transporte pour quatre mille écus de peaux de castor.Il y a longtemps que je n'ai fait une chasse aussi fructueuse.Faut avouer, toutefois, que tu m'as merveilleusement aidé.— Que vaudrait ton épouse sauvagesse si elle ne t'aidait à la chasse ?— Tu sais bien, ma jolie fleur des bois, que je t'ai épousée parce que je t'aimais, et non pour ce que tu pouvais me rapporter! La jeune Peau-Rouge de la tribu des Outa-ouais regarda son époux en souriant, mais ne répondit pas à son compliment.Elle était fière, elle, l'humble enfant de la forêt, d'être mariée à un visage pâle, et surtout à cet intrépide coureur des bois: Louis Cadieux.Quand il eut fini de charger son canot, il s'approcha de sa jeune femme, s'assit par terre auprès d'elle et lui dit: — Tout est prêt.Demain, au point du jour, nous partirons pour Ville-Marie.— C'est loin Ville-Marie ?— De quinze à vingt jours d'aviron! — L'Iroquois infeste-t-il le pays ?— Tu les redoutes donc beaucoup les Iroquois! — Leurs flèches sont déjà entrées dans ta chair.— Ils m'avaient blessé, en effet, de leurs traits empoisonnés et j'allais mourir, seul, loin de tous quand.— Je t'ai vu et mon cœur s'est ému devant ton pâle visage, si beau, si jeune et déjà couvert des ombres de la mort.— Pendant trente jours tu m'as soigné comme si j'avais été ton enfant! — Le Grand Manitou t'avait confié à mes soins.— Pour mieux accomplir ton œuvre de miséricorde tu construisis, là où j'étais tombé, une légère hutte de branches, et tous les jours tu venais panser mes plaies.— Jamais personne ne découvrit la cachette de mon précieux trésor.— Peu à peu, tes remèdes, tes bons soins, et le plaisir de te voir, chaque jour, me ramenèrent à la santé.— Pendant que je guérissais ton corps, toi, tu nourissais mon âme des vérités éternelles.Tu me parlais de Dieu, de son Fils fait homme, de Marie, de Joseph et d'Anne, dont je pris le nom quand la Robe noire fit couler l'eau sur mon front.— Chrétienne, tu devins mon épouse, et tu m'accompagnas désormais, aussi fidèlement que mon ombre, dans mes courses à travers les bois.— Dans la forêt pas un oiseau, aucun être n'a été plus heureux que moi! — C'est vrai que nous avons été heureux et que nous le sommes encore! Pense donc, quelle vie aussi! Libres enfants de la grande nature, c'est à Dieu seul que nous rendons compte de nos actes.— Nous habitons les bois épais ou la rive des lacs, la plaine ou le sommet de la montagne! — Dans cette immense nature nous sommes rois et maîtres, tout nous appartient: les fruits des arbres, les racines du sol, les animaux de la forêt ou les poissons des rivières; tout est à nous! — Aujourd'hui riches, demain pauvres, mais toujours libres, toujours heureux! — Oui, certains jours nous sommes dans l'abondance; chair de castor, plus délicieuse encore que celle du mouton, blé d'Inde, truites des ruisseaux, baies de toutes sortes, eau-de-vie! — D'autres fois, disette absolue.Sept jours, huit jours passaient sans apporter d'autre nourriture que de l'écorce de bois ou de la tripe de roche.t°J L'OISEAU BLEU ^ Revue mensuelle illustrée pour la jeunesse t^J Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent, Montréal, Canada.rfy.Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 ~!~ Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles.tyj Téléphone: PLateau 1131 L'OISEAU BLEU 291 — Et pour breuvage l'eau limpide des sources.Quel charme tout de même que cette vie dans la splendeur de la nature! Te souviens-tu, Anne, des merveilleux levers de soleil que nous avons admirés sur la plage des lacs, à l'orée des bois ?Quelle magnificence, quelle gloire quand le soleil, précédé et annoncé par toutes les nuances de l'aurore, paraît enfin à l'horizon! — La somptuosité du couchant, suivie de la douceur du crépuscule et du charme silencieux de la nuit me plaît davantage.— La nuit qui nous enveloppe, parfois, de ses voiles épais, mais devient si splendidement belle, en d'autres occasions, quand elle est inondée de la douce lumière de la lune, ou que sa voûte scintille de myriades d'étoiles! — Et les midis brûlants où nous cherchons la fraîcheur des sous-bois! — Ou mieux encore quand nous livrons nos membres à la fraîche caresse de l'eau limpide des lacs! — Après l'été, l'automne vient avec la richesse inouïe de ses teintes! — Oui, les feuilles qui se fanent et meurent prennent, avant de tomber, des nuances d'une insurpassable beauté: — Quelle féerie quand toute la nature s'habille de blanc! — Et que les arbres eux-mêmes s'ornent de givre aussi étincelant que le cristal au soleil, ou se chargent d'une neige lourde qui fait ployer les branches.Mais n'oublie pas Anne, que la plus belle de toutes les saisons, c'est le printemps avec la magie grisante de son renouveau.— De la résurrection de la nature! C'est aussi la saison où le ciel nous a souri en nous faisant cadeau de notre fils, qui sera beau, fort et courageux comme toi! — Habile, bon et aimant comme toi, Anne ma chérie! Dieu nous aime, mon amie, pour nous donner en partage une vie si belle! — Alors remereions-le, ainsi que ma patronne sainte Anne, puis, comme il se fait tard, prenons un peu de repos, car un long voyage nous attend.Le lendemain matin, le soleil n'était pas encore levé que Louis Cadieux et sa femme Anne, avec son bébé dans les bras, prenaient place, ou milieux des paquets de castor, dans leur léger canot d'écorce, lourdement chargé malgré sa fragilité.D'habitude le coureur des bois et son épouse avironnaient, mais en ce beau matin de mai, comme rien ne les pressait, il lui dit, en montant dans l'embarcation: — Anne, il n'est pas nécessaire que tu avironnes ce matin: nous avons beaucoup de temps et d'ailleurs nous descendrons au fil du courant.Assis-toi en face de moi et prends soin du petit.Louis Cadieux donna quelques vigoureux coups d'avirons, puis laissa les eaux rapides de l'Outaouais charrier son canot et le rapprocher peu à peu du but de son voyage: Ville-Marie.Le gazouillis des oiseaux, heureux de saluer le lever prochain du soleil, s'élevait joyeux, des rives boisées de la rivière.L'air était embaumé du parfum des diverses essences résineuses de la forêt.Louis Cadieux respira profondément et comme le soleil pointait à l'horizon il dit à son épouse: — Quel superbe matin! Et quelle joie de vivre je ressens aujourd'hui! Mon sort aussi est enviable, pense donc: voyager au milieu de cette nature grandiose, emporté, sans effort par les eaux calmes et rapides de cette rivière, assis dansmoncanot chargé de tout ce qu'il y a de plus beau et de plus précieux au monde: toi, ma chère Anne, notre enfant, et quarante paquets de castor valant quatre mille écus! Comment n'être pas heureux! — Tu préfères cette vie à celle que tu menais autrefois avec les visages-pâles ?— Oh oui! et de beaucoup.Nulle comparaison d'ailleurs entre les deux! — Quelle vie désires-tu pour notre enfant! — J'espère qu'il sera, comme moi, un coureur des bois, car je ne connais point d'existence plus intéressante et plus heureuse que la mienne! Quand le soleil fut rendu au milieu de sa course, les voyageurs arrêtèrent pour manger et prendre un peu de repos.La jeune maman en profita pour baigner son petit et l'exposer à la chaude caresse du soleil, puis les époux s'amusèrent, quelque temps, à lui faire faire ses premiers pas, sur le sable fin du rivage.L'enfant, heureux de se tenir, seul, sur ses petites jambes, poussait des cris de joie qui trouvaient leur écho dans le cœur des parents.L'heure du départ venue, Anne et son enfant prirent place au milieu du canot.Louis Cadieux passa son fusil en bandoulière et comme il soulevait son embarcation pour la remettre à flots une flèche siffla près de ses oreilles.La jeune Outaouaise et le coureur des bois comprirent, aussitôt, qu'un parti d'Iroquois les avait repérés et ils ne purent retenir un cri d'effroi.Des hurlements féroces retentirent dans la forêt, et plusieurs flèches volèrent de chaque côté des jeunes époux.Louis Cadieux fit un effort suprême, dégagea son canot d'écorce, lui imprima une vive impulsion, et à l'instant même où il allait sauter pour y prendre place, il enfonça dans le sable mou du rivage, et le frêle esquif partit seul avec la jeune Peau-Rouge et son enfant.Mettant ses mains en porte-voix, Louis Cadieux cria à sa compagne: — Couche-toi dans le canot avec le petit! Je vais dépister les Iroquois et vous rattra- 292 L'OI SEAU BLEU perai juste au-dessus des chutes de Calumet! L'habile coureur des bois n'eut aucune difficulté à échapper aux Iroquois, mais traverser la forêt fut beaucoup plus pénible qu'il ne l'avait d'abord cru.Tout le temps qu'il se frayait un chemin à travers les arbres, les arbustes et les buissons il pensait aux dangers que couraient sa femme et son enfant, seuls dans le canot lourdement chargé.Il songeait surtout que s'il n'arrivait pas à les devancer, aux chutes de Calumet, ils seraient dans un péril imminent.Suivant les instructions de son mari, Anne Cadieux s'allongea au fond de la fragile nacelle, et couvrit son enfant de peaux de castor pour le protéger des flèches meurtrières de l'Iroquois.Elle-même s'enveloppa dans la tente pour se mettre à l'abri des traits de l'ennemi qui pleuvaient autour du canot.Dans son désarroi, la pauvre enfant des bois invoquait en pleurant sainte Anne, sa patronne pour lui demander protection pour son époux, son enfant et elle-même.Lorsqu'elle n'entendit plus les flèches tomber sur son embarcation ou dans l'eau autour de celle-ci et qu'elle se crut bien à l'abri de leur atteinte, la jeune maman sortit de sa cachette, prit son enfant et le serra sur son cœur.Mais quand elle leva les yeux pour voir si son mari ne l'attendait pas quelque part sur le rivage, elle lança un cri d'effroi en constatant que déjà le canot s'engageait dans les chutes de Calumet.Nulle part, sur les rives, elle ne voit son époux.Impossible d'atteindre l'aviron demeuré à l'arrière.La jeune Peau-Rouge vit l'imminence du danger qui la menaçait et l'incapacité où elle était d'y parer.Le canot, déjà, subissait l'assaut des vagues qui le battaient de tous côtés: plus il avançait et plus les flots devenaient tumultueux: bientôt ce seraient les rapides puis les ehutes où son frêle esquif irait s'engouffrer.La jeune maman, son enfant serré sur son cœur, lança un déchirant appel à sa patronne: «Bonne sainte Anne, protégez-nous!» Aussitôt, une femme d'aspect vénérable, vêtue de longs voiles blancs et gris bleus, apparut à la proue du canot et sourit à la jeune Indienne affolée.L'esquif s'engagea dans les rapides, menacé de toutes parts par les eaux bouillonnantes et les roches énormes qui parsemaient d'épaves le cours descendant de l'Outaouais.Guidée par l'étrange apparition, la fragile nacelle semblait à peine toucher la crête des vagues.Elle filait avec vitesse nullement incommodée par la fureur des flots mugissants.Lorsqu'elle aperçut la chute, Anne Cadieux ferma les yeux et retint son souffle; elle colla sa figure sur celle de son petit, craignant que leur dernier instant ne fût venu.Mais non, toujours piloté par la céleste apparition, le canot, sauta la chute sans aucun danger pour ses passagers et sans qu'une seule goutte d'eau pénétrât dans l'embarcation.Le fragile canot arriva enfin dans des eaux calmes.Sainte Anne sourit de nouveau à sa protégée, puis disparut.Consciente du merveilleux miracle opéré en sa faveur par sa sainte patronne, Anne Cadieux éleva son fils dans ses bras, comme pour l'offrir, et dit: «Bonne sainte Anne, voici mon enfant! Vous l'avez sauvé: faites-en maintenant ce que vous voudrez!» Et dans son cœur la pieuse Outaouaise pensa aussitôt: «Mon petit deviendra peut-être un coureur des bois en robe noire!» Anne Cadieux et son fils, sans autre incident, se rendirent jusqu'à Ville-Marie.L'épouse du coureur des bois espérait toujours voir apparaître son époux sur les bords de la rivière, mais elle ne le vit nulle part.Elle essaya alors de se persuader qu'elle le retrouverait en arrivant à Ville-Marie et se hâta d'y parvenir.Mais là nul ne l'avait vu; personne ne savait ce qu'il était devenu.Confiante que son époux la suivrait de près, elle demanda un asile aux religieuses où elle se retira avec son enfant.Elle y fit transporter les quarante paquets de castor qu'elle avait dans le canot, puis elle attendit patiemment le retour du coureur des bois.Louis Cadieux, pour mieux dépister les Iroquois qui l'avaient attaqué, évita les sentiers de la forêt, et s'engagea en pleine brousse.Sa marche en fut forcément ralentie et quand il arriva près des chutes de Calumet il était complètement épuisé; il se laissa choir sur le rivage, espérant, contre tout espoir que le canot d'écorce portant sa femme et son enfant n'était pas encore passé.Le lendemain, toute la journée, il attendit son épouse, mais aucune embarcation ne descendit la rivière.Découragé, craignant que sa femme et son fils ne fussent noyés, le coureur des bois, resta sur le rivage sans pouvoir arriver à aucune décision.Le soir, il constata que tout ce qui lui restait, comme provision, consistait en un pain de maïs.A part son fusil, quelques cartouches et sa hache, il n'avait rien autre chose.La mort dans l'âme, le pauvre coureur des bois, regarda avec angoisse, le soir, le pâle croissant de lune qui éclairait sa misère, sa solitude et son dénuement.Le mois de mai passa, juin, juillet et août s'écoulèrent aussi sans apporter à Anne Cadieux aucune nouvelle de son mari.Tous les jours, son bébé sur le dos, à la manière indienne, elle quittait le couvent pour aller sur la place publique afin de rencontrer les coureurs des bois.A tous ceux qu'elle voyait elle posait la même question: «Avez-vous aperçu mon mari» ?— Les uns après les autres ils baissaient la tête et secouaient les épaules sans prononcer aucune parole. L'OISEAU BLEU 293 Au îetour, des larmes dans la voix, mais essayant quand même de sourire, immanquablement elle disait à la vieille religieuse qui ouvrait la porte: — Ma sœur, vous n'avez pas bien prié car on n'a pas encore retrouvé mon mari! — Mon enfant, répondait invariablement la portière, les desseins de Dieu sont impénétrables, il faut les accepter sans les comprendre.Un peu lasse, la jeune femme passait à la chapelle où elle étalait sa douleur devant sainte Anne qui l'avait si merveilleusement protégée, le jour où elle s'était vue séparée de son mari pour la première fois depuis leur mariage.Au commencement de septembre, un jour qu'elle revenait au couvent plus lasse et plus découragée que jamais, la Révérende sœur Supérieure la fit demander à son bureau et lui dit: — Mon enfant, depuis longtemps déjà la sœur portière vous répète que les décrets de Dieu sont insondables et qu'il faut savoir accepter toutes les manifestations de sa sainte volonté, bien souvent sans même pouvoir deviner en quoi cela peut nous être bon et utile.— Ma sœur, vous êtes porteuse de mauvaises nouvelles, je le sens! Je savais bien, d'ailleurs qu'un malheur était arrivé à mon mari! — Ma pauvre petite! Il faut être courageuse! — Les Iroquois l'ont-ils tué ?S'est-il noyé ?— Non, mon amie, il s'est paisiblement endormi dans le Seigneur, après vous avoir écrit une longue missive.La voici.Anne Cadieux prit le rouleau d'écorce de bouleau que lui remit la religieuse, et tout en berçant son petit qui gazouillait, elle lut à travers ses larmes: Anne, mon épouse bien-aimée, ma femme trts chère, Un an de bonheur parjait, une année complète de joie, d'amour et de paix dans la splendeur de la nature, c'est bien vite écoulé, mais qui, à part toi et moi, peut se t anter, dans celte mllée de larmes qu'est le monde, d'avoir goûté une telle année ?Nous, ma chérie, nous l'avons eue et nous l'avons pleinement savourée.Notre fils demeurera, pour toi, la preuve tangible de notre bonheur ! Anne, ma jolie fleur des bois, nous avons été heureux ! Que Dieu en soit béni ! Et maintenant, mon amour, il me jaut te dire adieu.Depuis longtemps je remplis les doux échos de la campagne de mes tristes soupirs, car je languis et je sens que je vais bientôt mourir.La douce harmonie du chant des oiseaux me rattache à la vie: oh, que n'ai-je des ailes comme eux, ma bien-aimée, pour voler aussitôt auprès de loi ! Seul en ces bois, que j'ai eu de soucis, pensant sans cesse à toi et à notre enjant ! Tous les jours je me deman- dais avec angoisse: sont-ils noyés?les Iroquois les auraient-ils massacrés?Un jour que je m'éloignai de ma pauvre cabane, au retour je vis une colonne de jumée s'éle er dans le ciel sans nuage: je crus un instant que les Iroquois avaient incendié mon humble logis.Je me cachai alors dans la forêt et n'avançai plus qu'avec mille précautions, afin de voir sans être vu.Mais, tout à coup, quelle surprise ! J'aperçois trois visages-pâles, trois jigures de Français, aux traits aimables et souriants ! Mon pauvre coeur, mal préparé pour une joie si imprévue et si vive, se mit à battre dans ma poitrine avec une telle violence que j'en fus tout étourdi et quand je voulus m'élancer pour aller les embrasser mes genoux plièrent et mes jambes se dérobèrent sous moi: je voulus alors les appeler: ma jaible voix s'étouffa dans ma gorge et aucun son n'en sortit.Je tombai dans les hautes herbes, évanoui.Quand je retrouvai l'usage de mes sens, le soleil, déjà, descendait à l'horizon et les trois Français étaient partis pour ne plus jamais revenir.Affaibli, malade, découragé, je me traînai péniblement jusqu'à ma pauvre hutte de branches, où je passai la nuit sans sommeil, sur le qui-vive, afin de me défendre contre un loup, qui hurlait lugubrement.Le lendemain, toute la journée, pendant que je t'écrivais cette lettre, un noir corbeau voltigea autour de mon habitation.Ce mangeur de chair humaine semblait attendre que je tombe, sans vie, pour me dévorer le coeur.Anne, mon amour, ma femme bien-aimée, je reprends encore aujourd'hui ma triste missive.Comme tu vois, c'est avec mille difjicultés que ma main, sans force, trace ces caractères irréguliers.Je sens que la fin est procfie.Pendant que je t'écris, et me sens mourir, un rossignolet chante gaiement sa joie de vivre.Petit chanteur des bois, va, vole auprès de ma chère épouse et de mon fils bien-aimé pour leur dire que je leur ai gardé ma foi et mon amour, et porte-leur mon suprême adieu.Louis A travers les larmes qui inondaient sa figure, la pauvre Peau-Rouge vit encore quelques lignes de caractères fort irréguliers avec des lettres démesurément allongées et d'autres toutes petites.Avec peine et misère, il semble, le pauvre coureur des bois avait encore tracé les mots suivants: — C'est donc ici que le monde m'abandonne; entre vos mains je remets mon âme, Sauveur des hommes, Très sainte Vierge, bonne sainte Anne, ne m'abandonnez pas, mais faites que je meure entre vos bras l François Crusson C'est une sottise de craindre ce qu'on ne peut éviter.— Cyrus». 294 L'O I SEAU BLEU LES CERCLES DES JEUNES NATURALISTES Nos 88-89 — Juin-Juillet AFFILIES À LA SOCIÉTÉ CANADIENNE D'HISTOIRE NATURELLE ET RECONNUS D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC g) * $ À L'ÉCOLE SAINTE-BRIGIDE DU 10 mars au 19 avril 1940 le C.J.N.Sainte-Brigide, de l'école Sainte-Brigide de Montréal, a organisé un concours de maisonnettes d'oiseaux.Six cents circulaires furent distribuées dans toutes les classes; chaque circulaire contenait les instructions nécessaires et plusieurs modèles de cabanes d'oiseaux.Quatre-vingt-trois maisonnettes furent présentées à l'exposition, qui eut lieu dans la bibliothèque de l'école, du 19 avril au 26.Le jury, composé de quatre juges, étrangers à l'école, firent le choix des cinq premières maisonnettes, pour l'utilité et la beauté de la forme et des couleurs.Le vingt-six.à quatre heures, toutes les maisonnettes furent remises; chaque concurrent reçut aussi trois livrets sur les oiseaux, don du gouvernement fédéral, et trois enveloppes de graines de fleurs offertes par la Société canadienne d'Histoire naturelle.Les cinq gagnants reçurent de magnifiques prix, présentés par plusieurs bienfaiteurs parmi lesquels il convient de mentionner le R.F.Adrien, C.S.C., et Mlle Marcelle Gauvreau.Les cinq premières maisonnettes habitées seront primées aussi et chaque gagnant recevra un prix.Si nous avons eu un si brillant résultat, c'est grâce/ à la bonne volonté de chaque concurrent.Même les plus petits (ceux de première année) se firent un devoir de présenter sept maisons.Félicitations et merci à tous ces amis des petits oiseaux.Nous espérons lancer le même concours l'an prochain, avec un meilleur succès encore.Et comme le bon exemple entraîne, nous croyons que d'autres Cercles des Jeunes Naturalistes entreprendront un concours semblable, afin d'étendre l'amour et la protection de nos chers oiseaux.Frère Martinus-Samuel, f.e.c.Directeur du C.J.N.Sainte-Brigide, École Sainte-Brigide, Montréal.LA FÊTE DES ÉRABLES Au Pensionnat de Lachine NOUS voici au deux d'avril.Peu à peu, le soleil fond les gros bancs de neige amoncelés le long des murs de notre parterre.Et çà et là, se forment d'allègres petits ruis- Les quatre-vingt-trois concurrents de l'Ecole Saint-Brigide, photographiés avec le directeur du Cercle des Jeunes Naturalistes, le R.F.Marlinus-Samiiel, f.e.c. L'OISEAU BLEU 295 seaux qui vivront tout juste «l'espace d'un matin».Le printemps est revenu.L'entendez-vous jeter dans l'air, avec le cri joyeux des corneilles, l'annonce du renouveau qui enivre la «gent pensionnaire» ?Au tronc des érables monte une sève abondante et sucrée.Notre Préfète de discipline, voyant cette belle température, nous dit, avec un sourire où passe le reflet des délicieuses journées vécues dans une vaste érablière du Nord: «C'est le temps des sucres! Les érables doivent couler aujourd'hui!» — Oh! ma sœur, reprend Madeleine Ferron, une jeune naturaliste, pourquoi n'irions-nous pas aux sucres chez mon oncle Omer, à Louise-ville?Mon oncle serait si content de nous recevoir! — Oui, nous irons aux sucres! — Où donc, ma sœur?— Chez mon oncle ?— Ah! c'est mon secret! — Ici même, ma sœur, nous pourrions entailler.Il y a beaucoup d'érables dans notre parterre et dans notre cour de récréation.Et le lendemain midi, groupées autour des érables sveltes et fiers du parterre de notre vieux couvent, nous voici en train d'entailler.Jeannine Sarrazin tient un vilebrequin, d'autres apportent chaudières et «goudrelles».Ce n'est pas une banale opération qui se prépare! Toutes nos jeunes naturalistes se font un point d'honneur d'y prêter leur concours.Tout d'abord, nous examinons attentivement nos sujets.Ce sont des Acer rubrum, vulgairement appelés érables rouges ou plaines.Nous apprenons que de tels érables ont donné leur nom à l'une de nos municipalités bien connue: Sainte-Anne-des-Plaines, la petite patrie de l'une des nôtres, Claire Lacombe.La plaine est bien un érable.Mais sa sève n'est pas aussi sucrée que celle de l'érable à sucre, Y Acer saccharum.Et le sirop qu'on en retire n'est pas aussi doux.Faut-il le dédaigner ?Non pas.A défaut de grives, on se nourrit de merles, dit un vieux proverbe.Mais comment distinguer, autrement que par le goût de la sève et du sirop, une plaine d'un érable ?Levons la tête et voyons, à l'extrémité des rameaux, de petits bourgeons rouges.Ce sont les fleurs de la plaine, qui déjà préparent activement leur épanouissement pour la fin d'avril.Vous verrez que la plaine fleurit avant l'apparition de ses feuilles.Ce caractère la distingue bien de l'érable à sucre dont les feuilles et les fleurs apparaissent en même temps.Il existe aussi dans les feuilles une différence que nous serons à même de constater, lorsque nous irons herboriser.L'opération va commencer.Attention! Il faut perforer le tronc assez profondément pour atteindre les vaisseaux du bois, qui sont la continuation de ceux de la racine et par lesquels monte la sève brute.Mais comment se fait-il que l'eau de l'érable soit sucrée ?L'amidon, contenu dans les tissus de l'érable, se transforme en sucre sous l'action de la gelée.Mais nous voici au moment solennel ! Jeannine enfonce bravement le vilebrequin dans l'écorce rude.Du tronc blessé s'échappe une plainte douce, comme celle d'un cœur qui sent le dard de la souffrance pénétrer au plus profond de lui-même.Nous sommes là, les yeux fixés sur un même point, curieuses de voir si la sève jaillira.Mais oui, la voici qui coule et descend en un large filet, le long du tronc.Vite! posez la goudrelle! dit Jeannine.La belle eau qui se perd! Que c'est dommage! Et en voyant ainsi pleurer l'érable, j'ai cru plus fortement que la nature est tout près des humains, qu'elle parle une langue que nos cœurs comprennent, et que l'âme de l'arbre est un peu comme la nôtre.Oui, l'érable souffre, l'érable gémit, parce qu'il aime.Il aime le soleil, la pluie, l'air, et la lumière et le vent; il aime cette sève qu'on lui dérobe.Même il aime Dieu à sa façon, n'est-ce pas?Mais tandis que je songe — incorrigible songeuse que je suis! — les goudrelles se sont posées et le précieux liquide tombe goutte à goutte dans les chaudières de fer-blanc, avec un petit son clair qui met la joie au cœur.Et chacune de nos trente plaines nous livre généreusement la sève que nous lui réclamons.Ainsi en est-il de ces âmes débordantes d'affection et d'amour, qui ne demanderaient qu'un peu de souffrance pour donner le meilleur d'elles-mêmes.L'opération terminée, nous retournons à nos classes, laissant au soleil d'avril la garde de notre minuscule érablière.Depuis l'entaillage, les Jeunes Naturalistes recueillent, trois fois le jour, l'eau d'érable abondante et pure: à l'aube, à midi et vers quatre heures du soir.Elles portent à la cuisine le produit de chaque tournée avec un espoir qui ne sera pas confondu.Et voilà qu'aujourd'hui, le 6 avril, sous un riant soleil, nous élevons la cabane à sucre dans le parterre du couvent! Sous l'action du feu, notre eau d'érable s'est réduite de beaucoup et nous préparons la délicieuse trempette.Nous avons aussi, venant d'une vaste érablière d'Acer saccharum, du sirop épais et doré destiné à la tire.Le grand magicien qui opérera ces transformations, c'est le bon gros poêle que Sœur Supérieure a fait installer au centre du parterre.Il ronronne gaiement, et sa flamme lèche avec volupté les grandes casseroles remplies jusqu'aux trois quarts! 296 L'OISEAU BLEU Vive l'érable et son merveilleux produit ! Cette acclamation court sur toutes les lèvres et se traduit dans tous les yeux.Et puis la journée se prête si bien à nos ébats! Le soleil, heureux de notre gaieté, se fait chaud et plus doux.Nos cœurs chantent, sur un rythme de jeunesse heureuse, la joie de se sentir libres par une après-midi de congé! Adieu grammaire, histoire, latin, arithmétique et chimie! Adieu! il n'y a pas de place pour vous au banquet de l'érable! C'est vraiment un banquet improvisé et une cabane très spacieuse que présente notre parterre.La haute muraille de pierre grise tient lieu de murs, le gazon humide forme le parquet, et la toiture est d'un bleu suave et doux tacheté de bancs d'ouate.Ajoutez à cela l'orchestre des pierrots jaloux, les candélabres des rayons solaires, les colonnes élancées de nos Acer rubntrn, et vous pourrez imaginer la cabane à sucre où évoluent une foule de pensionnaires en toilettes multicolores.En effet la plupart ont revêtu des couvre-tout de couleur voyante, qui s'harmonisent avec leur coiffure et qui leur confèrent un petit air de paysannes actives et diligentes.C'est l'heure de goûter à la succulente trempette: de grandes tranches de pain s'imprègnent d'un breuvage bouillant à l'arôme délicat.Et puis voici l'excellente tire.Nous étendons sur la neige, amassée dans de grands plats, une couche de tire liquide qui se transforme en une délicieuse croûte dorée.Et que dire des œufs au sirop, de l'eau d'érable qui désaltère si bien?Son goût d'écorce chatouille agréablement la gorge.Tout un monde de petites gourmandes rit, s'interpelle, se taquine du bout de leurs palettes gommées, tandis que les amateurs de photographie se plaisent à fixer sur la pellicule curieuse les attitudes pittoresques, comiques ou même tragiques des héroïnes du jour que le sirop enivre! Du haut de sa niche, sainte Anne nous sourit maternellement, comme pour nous dire: «Réjouissez-vous, ô jeunesse heureuse, aimez la vie que Dieu vous donne et acceptez les plaisirs que vous offre la belle nature de chez nous!» Merci donc à vous, mon Dieu, merci à nos dévouées maîtresses qui savent si bien nous instruire en nous récréant.Merci aussi à M.l'Aumônier qui nous fait l'honneur de présider notre partie de sucre, à laquelle, hélas! notre chère Sœur Supérieure ne peut assister.C'est à sa délicatesse et au dévouement de ses auxiliaires que nous devons la joie de cette journée.Inutile d'ajouter qu'au milieu de notre plaisir nous n'avons point le temps de compter les heures.Cependant les aiguilles de l'horloge avancent doucement et sûrement, comme des personnes âgées qui savent bien que tout passe et que les beaux jours sont courts.La fête se termine dans un sentiment de satisfaction générale, de bonheur intime et reconnaissant.De cette belle journée, il ne nous reste que le souvenir, doux comme le sirop d'érable, pétillant comme le feu de la sucrerie, lumineux comme le soleil d'avril qui, à l'avenir, allumera dans nos cœurs une flamme d'amour pour les heures joyeuses et sereines passées sous la garde maternelle de Sainte-Anne de Lachine.Cherubina Scarpaleggia, Quatrième année L.S., Présidente du Cercle des Lys* Évangéliques, C.J.N.w BIENVENUE À NOS FRÈRES OISEAUX LE printemps vient de paraître.Sur les guérets noirs ou bruns, courent de grands vents.La source a retrouvé sa chanson.Dans la campagne, le ruisseau roule, en de capricieux méandres, ses eaux tumultueuses.Sous les écorces rugueuses ou lisses, monte, vive et forte, la sève qui demain fera éclater le bourgeon prometteur de verdure et de fraîcheur.Au flanc de l'érable, s'accroche la vanesse avide de sucre.Sur les talus sablonneux, la cicindôle promène ses élytres aux durs reflets métalliques.Les gazons se reprennent à verdir de leur vert tendre, délices du regard.Toute la nature semble se parer pour l'arrivée de nos frères les oiseaux.Déjà l'on entend la voix claironnante du merle.Sur la branche des pommiers voisins, le pinson chanteur, gai coryphée du printemps, lance à tous les échos sa vive sérénade.Arrivez tous, petits frères ailés, car j'aime écouter vos chaudes vocalises qu'on dirait brodées dans la joie.Comme votre présence m'est une leçon de gaieté et d'entrain! Bienvenue à tous! Vous avez un peu de notre âme, «gracieux enfants de l'argile»; et c'est pourquoi je vous aime tant.Venez, venez sans crainte, quittez votre pays d'exil et revenez chez nous, pays de vos amours, pays de vos labeurs.Dans les bois, dans les prés, dans nos jardins, partout, venez nous prêter l'aide de vos menus becs et nous délivrer de ces perverses petites L'OISEAU BLEU 297 Les principaux gagnants du concours, portant fièrement la maisonnette d'oiseaux qu'ils ont eux-mêmes contruite.bêtes qui s'attaquent à nos arbres, à nos fruits, à nos grains.Nous vous protégerons contre les insouciants qui mettent à prix vos innocentes petites têtes et nous vous préparerons de jolis «châteaux» pour abriter vos amours.Bienvenue à vous tous, frères ailés.Venez, venez, venez chez nous.Pinsons, rouges-gorges, fauvettes et mésanges, venez chanter l'hosanna du printemps.Venez nous dire votre félicité de vivre et la joie de vous ébattre sous le grand ciel du bon Dieu.Petites sœurs hirondelles, au vol rapide et gracieux, venez nous égayer de votre inlassable gazouillis.Salut à vous tous, chardonnerets, grives, loriots, alouettes et goglus.Salut à vous, harmonieuse phalange des chanteurs de la nature.Salut à vous! Venez, venez chez nous, nos cœurs chantent avec vous.— Frère A., École Normale Saint-Gabriel.Si nous avions assez de volonté, nous aurions toujours assez de moyens.La Rochefoucauld LES FRAISES DES BOIS Quand de juin s'éveille le mois, Allez voir les fraises des bois Qui rougissent dans la verdure, Phis rouges que le vif corail, Balançant comme un éventail Leur feuille à triple découpure.Qui veut des fraises du bois joli ?En voici, en voici mon panier tout rempli Des f raises du bois joli.Rouge en dehors, blanche en dedans, Comme les lèvres sur les dents, La fraise épand sa douce haleine Qui tient de Vambre et du rosier; Quand elle monte du Jraisier, On sait que la jraise est prochaine.Qui veut des fraises du bois joli ?En voici, en voici mon panier tout rempli Des j raises du bois joli.Pierre Dupont 298 L'OISEAU BLEU Les nôtres sur la SI, au début de l'année scolaire, j'eusse offert de parier avec vous que je trouverais quelque chose de nouveau à vous conter sur les nôtres chaque mois, certains eussent peut-être été prêts à relever le défi ?Eh! bien, qui aurait gagné ?Nous voici au dernier mois et, comme de coutume, je vous apporte mon article.Un peu plus court que d'habitude, il est vrai, mais convenable quand même, vu surtout le peu de temps écoulé depuis le précédent.Alors, y en aura-t-il encore parmi vous à esquisser un sourire dédaigneux devant les faits et gestes des nôtres ?Non, n'est-ce pas ?Finis les doutes et les vaines craintes au sujet de la valeur de nos compatriotes, quant à leur habileté, à leur endurance, à leur don d'adaptation à toutes les circonstances.Au moins vous, lecteurs de ces chroniques, saurez quoi penser de ceux qui nous critiquent injustement, nous ridiculisent ou nous vilipendent.Je suis même persuadé que vous trouverez le ton et l'attitude à prendre en pareil cas.D'avance, je vous en félicite et vous en remercie au nom de la collectivité.Une page de notre légende dorée Du lointain Labrador, nous arrive une histoire belle à faire pleurer.Vous avez entendu parler de ces trois aviateurs qui se sont perdus dans cette région et y sont morts.Voici des extraits des lettres de l'un d'eux, J.-C.Côté, à son épouse et à son fils, dom Claude, Bénédictin, lettres qui, hélas! n'atteignirent qu'une veuve et un orphelin.«Cela aurait été si doux de vous revoir un instant, même avant de rendre le dernier soupir, et de recevoir l'Extrême-Onction des mains de mon cher moine!.Je prends tout comme étant la volonté de Dieu.Je crois que les prières des Bénédictins m'aident.Oui, je les aime, mes Bénédictins; ils ne me partent pas de l'idée.Ce soir, devant le Crucifix, nous allons demander avec ferveur une bonne mort, paisible, douce; nous avons demandé pardon de nos fautes tous ensemble.Nous avons renouvelé notre foi en Lui qui a souffert pour notre rédemption.J'implore ma bonne Mère la Sainte Vierge chaque minute du jour.Ce qu'elle me donne de forces, la Puissante Invocatrice auprès du divin trône! Maintenant, mes deux chéris, puisez vos forces où j'ai obtenu les miennes.Vivez tous les deux en communauté d'idées et d'amour pour le Christ.Nous avons offert toutes nos souffrances pour l'expiation de nos péchés.Que sa sainte volonté soit faite! Nous avons lutté chrétiennement pendant onze semaines.Mon Éva et Claude chéri, je scène universelle vous quitte pour l'éternité, avec résignation et une foi inébranlable.Mille baisers!» Voilà comment se conduit un chrétien de chez nous devant la mort.Voilà comment il professe sa fidélité aux siens; voilà comment il envisage la plus dure réalité.Ne dirait-on pas une page de l'histoire des plus beaux temps du christianisme ?Autre exemple de ce que les nôtres peuvent accomplir dans les circonstances le plus difficiles./ Un autre médaillé Un journaliste de la Nouvelle-Angleterre, M.Wilfrid Beaulieu, directeur du Travailleur, de Worcester, Massachusetts, est l'objet d'une belle marque d'estime de la part de la France, qui lui décerne une médaille d'honneur pour le travail qu'il poursuit en faveur de la culture française aux Etats-Unis.Monsieur Beaulieu est l'une de nos meilleurs plumes au delà du quarante-cinquième parallèle.Extraordinaire Monsieur Beaudry-Leman, président de la Banque Canadienne Nationale, vient d'accéder à la direction de deux compagnies états-unien-nes, la Delaware and Hudso7i Company et le Delaware and Hudson Railroad.A cette occasion le Canada, de Montréal, fait les commentaires suivants, que je crois utile de vous transcrire: «Il est rare qu'un Canadien, surtout un Canadien français, devienne membre du conseil d'administration de compagnies dont le siège est à l'étranger.C'est un fait qui ne doit pas avoir beaucoup de précédents, si même il en a, et qui mérite d'être signalé.Cet ingénieur, qui est devenu l'un de nos premiers financiers, est l'un de ceux dont les succès personnels appartiennent à la collectivité dont il est issu presque autant qu'à lui-même.Sa belle carrière démontre péremptoirement que, contrairement à une opinion trop répandue, il n'est pas interdit aux intellectuels d'avoir le sens des affaires non plus qu'aux hommes d'affaires d'avoir de la culture, que les études ne nuisent pas au sens pratique ni celui-ci à celles-là, qu'ils peuvent au contraire l'un et l'autre contribuer au succès d'un homme et le rendre plus complet.» Autre fait notable L'un de nos ingénieurs diplômés de l'École Polytechnique, M.Jean Lefebvre, qui était à l'emploi de VImperial OU, Limited, à Montréal, se voit appelé comme technicien du service des ventes de la Tropical OU Company, en L'OISEAU BLEU 299 Amérique du Sud.Fait unique peut-être: un Canadien français appelé à un tel poste, dans une compagnie anglaise et en dehors du pays.De plus, Monsieur Lefebvre agira comme conseiller de voirie pour la Colombie de l'Amérique méridionale.Double distinction qui démontre les capacités des nôtres dans les domaines les plus divers.Il brise un ancien record Enfin, je termine avec un exploit sportif, genre sur lequel j'ai souvent insisté parce que je crois que nous le négligeons encore trop.C'est aujourd'hui notre ami Gérard Côté, de Saint-Hyacinthe, qui se couvre de gloire en gagnant le 44ème marathon annuel de Boston, battant ainsi 164 concurrents de tous pays et abaissant le record établi jusqu'ici.Il est à remarquer que notre compatriote n'a atteint son but que grâce à sa persévérance, car il avait déjà pris part à cette course plusieurs fois auparavant sans jamais y obtenir le premier rang.Bonne leçon pour ceux qui seraient tentés de se décourager, même dans les sports.Justement, mes chers lecteurs, je me permets de revenir sur un sujet favori.Vous allez avoir l'occasion, au cours des vacances, de vous lancer en toute liberté dans les jeux et les sports; profitez-en.Rien ne repose mieux des études et ne dispose mieux à d'autres études que quelques semaines d'exercices physiques pratiqués au grand air.Confiez-vous à ceux qui seront chargés de vous diriger et suivez sagement leurs avis.Vos progrès vous étonneront.Vous vous sentirez bientôt dans votre élément; et puis qui sait si, un bon jour, vous n'atteindrez pas à une renommée mondiale, comme Gérard Côté et d'autres .attirant du même coup les yeux de l'univers et sur votre personne et sur votre chère patrie ?Quant à moi, qui vais vous quitter pour au moins deux mois, je vous présente mes vœux de saines et réconfortantes vacances.Puissent mes réflexions avoir tellement bien incrusté en votre cerveau la foi en votre nationalité et en vous-mêmes que vous ne l'oubliiez jamais plus et que vous teniez toujours et partout à revendiquer les droits et l'honneur de notre «race fière», même et surtout durant les vacances.Antoni JOLY Une bonne instruction est celle qui augmente en nous la connaissance des choses, et une mauvaise, celle qui augmente en nous la connaissance des mots: cette simple distinction permet de juger celle qu'on donne généralement, aujourd'hui.Abel Bonnard Douanes scolaires LES jeunes lecteurs de /'Oiseau bleu qui sont déjà allés aux Étals-Unis en automobi e ont dû arrêter, en passant, au bureau des douanes américaines, et en revenant aux douanes canadiennes, pour que l'agent examine leur bagage afin de voir s'il y avait des droits à payer sur ce qu'ils transportaient.De même, sur le train, l'agent fouille les valises de tous les voyageurs pour découvrir s'il y des impôts à percevoir.L'Oiseau bleu croit qu'il serait bon, en s'ins-piranl de cette idée, de fonder maintenant un bureau de douanes scolaires.Tous les écoliers et toutes les écolières, avant de partir pour leur long congé d'été, passeraient devant ce bureau pour faire examiner leur bagage.Ceux qui n'apporteraient pas, avec eux, suffisamment de livres de lecture, verraient leurs vacances raccourcies d'autant afin de suppléer ainsi à ce dont ils se privent en ne lisant pas.S'imagine-t-on, en effet, que des écoleirs et des écolières puissent partir pour deux longs mois de repos sans emporter quelques livres ! C'est incroyable, car les vacances, après tout, sont une période de détente et de délassement, mais non de paresse et d'oisiveté.Les mois d'été, en effet, passeront beaucoup plus agréablement,'et aussi beaucoup plus utilement si vous emportez des livres avec vous: par la lecture voris compléterez les études faites au cours de l'année; vous meublerez votre intelligence de notions nouvelles, vous développerez votre imagination; vous acquerrez mille et une connaissances utiles, qui vous seraient demeurées étrangères autrement.La lecture, la lecture bien faite pendant le repos estival peut avoir une répercussion importante stir toute votre vie.Ne manquez donc pas de vous approvisionner de nombreux volumes intéressants avant de vous présenter aux douanes scolaires pour pénétrer ensuite dans le royaume des vacances.L'Oiseau bleu LA PHOTOGRAVURE NATIONALE LIMITEE 282 ourtt, rue Onforio, prè» Bltury .Montréol ¦ 300 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE LA CONSERVATION DES ALIMENTS 1.Que voyons-nous ici?— Un ouvrier qui termine l'installation d'une glacière.Q.— De quoi dépend en grande partie notre santé?— Des aliments que nous mangeons.Q.— Durant les grandes chaleurs de l'été, contre quoi faut-il défendre les aliments?— Contre la fermentation.C'est dans les entrepôts frigorifiques, tels que nous en voyons dans le port de Montréal, que l'on protège le beurre, la viande et les œufs contre la contamination.Q.— De quoi sont pourvues les compagnies de chemin de fer?— De vagons frigorifiques dans lesquels elles transportent, aussi intacts que possible, les comestibles venant de l'étranger.Q.— Connaît-on les glacières à la campagne ?— Peu; c'est dans le puits, suspendus près de l'eau, que l'on conserve la viande fraîche et le beurre.Moyens de réfrigération fort rudimentaires.2.Qui apporte à la maison le produit commandé au marchand de glace ?Le porteur de glace.3.Où place-t-on le lait et les boissons pour leur conserver leur délicieuse fraîcheur?— Dans la glacière.4.Quels breuvages prépare-t-on avec de la glace?— Toutes les liqueurs glacées.5.Les glacières modernes sont-elles perfectionnées ?— Ce sont tout à la fois des fabriques et des magasins, ou réserves, de glace artificielle.Q.Quel est leur fonctionnement?— Elles contiennent de petites machines frigorifiques au chlorure de méthyle ou à l'anhydride sulfurique.Au moyen d'un compresseur mû par l'électricité, ces substances se changent en gaz; ce changement produit un refroidissement de l'air qui absorbe la chaleur contenue dans le récipient et dans les aliments.Q.— Comment confectionne-t-on ces petits morceaux de glace semblables aux petits cubes de sucre?— De l'eau, mise dans les tiroirs (A) en forme de plateaux et divisés en carrés d'un pouce, se congèle en petits cubes.Composés d'eau congelée, ces cubes peuvent sans inconvénient être mis dans l'eau, le thé et les liqueurs douces pour les rafraîchir.6.Le poupon bénéficie-t-il aussi de la glace ?— Elle conserve frais et sain le lait que contient le biberon du bébé; c'est là l'une des armes servant à combattre la mortalité infantile.7.Que protège encore la glacière ?— Le lait à l'usage de la famille, les légumes, le beurre et les fruits.8.Quel avantage retirera cette viande d'être ainsi déposée sur la glace ?— Sa comes-tibilité ervsera prolongée.9.Que protège encore la glace ?— Les jambons, les côtelettes et la saucisse.10.Quo font les gouvernements pour la conservation alimentaire ?— La considérant comme une question vitale, ils n'épargnent rien pour la favoriser.Ils chargent des inspecteurs officiels d'examiner les viandes des boucheries et entrepôts frigorifiques qui sont destinées à la consommation.11.Durant l'été, suffit-il de protéger les aliments contre la chaleur?— Il faut aussi les défendre contre les mouches qui envahissent nos habitations.Ces insectes nuisibles recherchent par habitude les détritus, les viandes avancées, les denrées contaminées.Par les longs poils de leurs pattes, ils transportent toutes sortes de germes sur les aliments où ils viennent s'étaler et se promener.12.Indiquez un moyen de tenir les mouches à l'extérieur des maisons.—Les portes et fenêtres moustiquaires.13.Quelle substance contribuera à maintenir la fermeté de ce jambon et de cette volaille ?— La glace.14.A l'aide de quel instrument règle-t-on la température des glacières et des pièces frigorifiques?—En utilisant un thermomètre.15.Où pullulent surtout les mouches?— Dans les poubelles dont les vidangeurs, le matin, retardent de faire la levée (.A).Q.Que voit-on ici ?— Les mouches qui suivent le garçon-épicier venant livrer des comestibles à une demeure si mal protégée.16.Quel est l'effet de la glace ou de la température glacée sur ces belles viandes ?— D'en conserver la comestibilité et les qualités hygiéniques.Q.Que déclare le docteur Frédéric Dam-rau?— Que les aliments, dans neuf familles sur dix, sont gardés dans des conditions telles qu'ils sont une menace pour la santé publique.Souvent le lait est tellement rempli de bactéries que l'absorber, même en petite quantité, pourrait causer de sérieuses maladies.L'abbé Etienne Blanchard 302 L'OISEAU BLEU MA SOEUR.LA PLUIE TIC.tic.tic.Pluie orageuse, tu danses sur l'asphalte; rageuse, tu rebondis; raide, tu fais tombouriner tapageusement les tôles ma! clouées des hangars et des abris; indélicate, tu forces le piéton de s'engoncer et tu lui plaques les vêtements sur le corps; agressive, tu t'aplatis sur les pare-brise des automobiles.Dans les souliers des gamins, pluie rageuse, tu cries fflic.fflic.fflac!.Comme toi, ma sœur la Pluie, les humains éprouvent à l'endroit des gens et des choses, des raideurs et des incivilités.Si parfois dans une vitre, tu ressembles à une larme que l'on prolonge à plaisir, tu me diras.qu'il m'arrive, par inadvertance ou par animadversion, de noyer de tristesse, chez autrui, un regard pourtant plein de bonté! M'en veux-tu, pluie, ô pluie, si parfois j'affectes tes brusqueries et les claironne.quand bon me semble.Tu m'apprends, cependant, qu'avec énergie, il faut savoir donner à plein collier.Tout comme toi.lorsque tout à l'heure, je t'ai regardé tomber.abondante et audacieuse.hardie même.Tu me rappelles, ô pluie, les larmes irascibles ou dépitées, celles qui soulagent.celles qui calment.et qui peu à peu préparent le pardon.* * * Salut, pluie fine, filigrane de verre, tulle à transparence mate, avec persévérance tu tombes.Tu pénètres le sillon et nourris la terre sans blesser le végétal ou la jeune fleur.Pluie patiente, je te salue.Tu me chantes la persévérance.l'endurance.Ne m'apprends-tu pas le fin doigté dans l'art d'aborder.d'aider.de conseiller.?Tu prêches la délicatesse dans les procédés, la douceur dans l'action.Tu ne brises pas la tige faible ou étiolée.Par toi, je saisis mieux l'art de la charité pénétrante.celle qui s'infiltre jusqu'au cœur afin de mieux guérir.* * * Giboulée d'automne.ou de mars ou d'avril, je te salue, même si contre toi, je peste.Tu fais parfois œuvre de destruction.Tout comme les habitants de la machine ronde.Tu as les laideurs du cœur humain, celles que nous voulons dissimuler.celles qui glacent.celles qui tuent l'affection, le courage, l'enthousiasme.celles qui détruisent les rêves trop fragiles, tels des nids mal défendus.Giboulée, tu m'entretiens de la dernière résistance à l'arrivée du printemps.résistance que nous vivons quand, par la guigne, la maladie ou la vieillesse, par l'absence d'entregent ou d'initiative, nous voyons les favorisés, les influents, les habiles du siècle, envahir les postes que nous croyions si bien tenir.Giboulée, tu me portes à réfléchir et je te remercie.* * * Salut, pluie intermittente, ondée taquine et capricieuse qui fait sourciller la pimpante sténographe ou l'acheteuse dernier cri.que de fraîches toilettes tu gâches.Tes taquineries respirent la malice des humains car les nôtres sont aussi parfois malséantes ou malveillantes.Pluie intermittente, je crains ton humeur volage et d'à-coups.Tu dégonfles si vite les nuages.entre deux rayons de soleil.Tu L'OISEAU BLEU 303 ressembles au chagrin de l'enfant, à l'angoisse d'une minute sitôt dissipée mais aussi vite renouvelée.Pluie intermittente, en toi, je me reconnais, moi qui suis pétrie d'inconstance, de_sautes d'humeur, de larmes et de gaieté.*fc *fc J0i Ma sœur.laJPluie, je te loue.pour tout ce quejtujm'apprends.C.F.Correspondance Mimi Blanc-Blanc.— Bonnes vacances à l'institutrice si active et si dévouée.Vos enfants ont sans doute subi leurs examens finals avec succès.Je vous souhaite vacances reposantes et heureuses.Ariane.— Bébé Jacques est sans doute un sage et gros garçon.qui fait le bonheur et l'orgueil de sa maman.A vous et à votre famille, un amical bonjour.Abeille de Marie.— Votre santé s'est-elle enfin stabilisée ?Puisse l'été vous apporter forces, repos.et même un voyage en notre Babylone.Affectueux souvenir.Jeannine.— Vacances ensoleillées et réconfortantes à l'amie de Fauvette.Je compte bien multiplier nos entrevues, cet été.Amical au revoir.Jean-Louis.— Je devine que mon ami Jean-Louis a bien hâjte d'aller en villégiature.Sèmera-t-il les semences qu'a distribuées la Société Canadienne d'Histoire naturelle ?Si oui,.il me ferait plaisir de savoir si elles ont donné rendement satisfaisant.Amitiés à Jean-Louis et à sa famille.Sœur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal: Joan Hébert, Chutes Shawini-gan; C.Grégoire, Dorion; Jacqueline Diebers, Lotbinière; Armandine Noël; Rolande Mathieu; Blandine Cousineau, Vaudreuil; I.Grégoire, Vaudreuil; G.Larue, Neuville; Jeannine T.Rawdon; Solange Abel', S.Suzanne, Gatineau Mill; Ludovic Noël, Abitibi.Sœur Jeanne se joint à moi pour saluer tous ses nombreux correspondants.C.F.* GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture, de composition personnelle, sur papier non réglé, le tout, accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: Soeur Jeanne, \J Oiseau bleu, 1182, rue Saint-Laurent, Montréal, P.Q.Pensées Un extérieur simple est une parure pour ceux qui ont rempli leur vie de grandes actions.— La Bruyère.Deux choses valent mieux que le bonheur: le rêve qu'on en fait et le souvenir qu'on en garde.— Faguet.I tin rire Paul (4 ans) a le hoquet, et ne peut s'endormir.Il s'étonne et demande à sa mère: — Maman, qui est-ce qui fait ce bruit?— Tu as le hoquet, mon petit, c'est que tu grandis.Le lendemain, Paul dit à son frère: — Tu sais, j'ai grandi cette nuit.J'ai entendu le bruit que ça faisait! Hon.Henri Gboulx MINISTÈRE DU SECRÉTARIAT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC J*Alt Bruchébi Ministre Sous-Ministre Les Écoles d'Arts et Métiers Enseignement gratuit Cours du Jour et du Soir dans les principales villes de la province COURS; Dessin industriel.Menuiserie, Électricité, Physique industrielle, Mathématiques, Ajustage, Dessin à main levée, Modelage, Architecture, Lettrage d'enseignes, Peinture, Solfège.Pour renseignements s'adresser à GABRIEL ROUSSEAU, Directeur, 59 rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, TEL.: BElair 2374 Abonnement: $1 par année *'TECHNIQUE" Revue de vulgarisation scientifique 304 L'OISEAU BLEU L'AUBERGE DE MARIE PICARD par MARIE-ROSE TURCOT {Suite Colette.— Et c'est la dernière fois que vous l'avez vue, Grand'Mère?Grand'Mère.— Non.Chaque fois qu'au temps des fêtes, elle revenait au Manoir, elle arrêtait à l'auberge avec ses enfants.Elle me raconta que trente ans après l'attaque du fort, à la cour du roi de France, on parlait encore dans les veilles de sa belle vaillance, (esquissant un geste de fatigue) : Allons, je vous ai conté de fil en aiguille la belle aventure de la demoiselle du Manoir.Ça me fouette encore les sangs d'en parler.Mais il faut partir, mes petits, il se fait tard et vos mères seront inquiètes.Vous reviendrez demain.demain.Ensemble.— Merci, Grand'Mère.Renée.— Moi, je pourrais l'écouter tous les jours, cette belle histoire.Raymonde.— Moi aussi.Micheline.— Et la jolie chanson, maman me la chante souvent-Pierre.— La mienne aussi, (il entonne: Marie Picard.les autres suivent).Gisèle, (câline) — Maintenant, Grand'Mère, racontez-nous le conte que vous nous avez promis hier.Grand'Mère.— Je vous ai promis un conte hier.Ensemble.— Oui, Grand'Mère.Gisèle.— N'importe lequel, tu en sais des drôles et des terrifiants, bou-ou ! Grand'Mère.— Mais je suis un peu fatiguée, mes enfants.je ne suis plus si jeune.Les enfants.— (désappointés) Oh! Grand'Mère.Grand'Mère.— Je ne veux pas que vous soyez tristes pour ça.Peut-être que Margot voudra vous en raconter un conte.demandez-le lui.Raymonde.— (s'adressant à l'une des deux bonnes assise près de Grand'Mère).Margot, tu es gentille.raconte-nous un conte, veux-tu?.Margot.— Mais il se fait tard, mes petits.Grand'Mère, dites-leur qu'il faut rentrer tout de suite, sans se faire tirer l'oreille.Les mauvaises rencontres sont à craindre dans nos parages.Demain, je vous raconterai Pipette.Mimi.— Pipette, quel drôle de nom.Gisèle.— Moi je sais ce que je demanderais au bon Dieu s'il venait encore parmi les enfants.Colette.— Qu'est-ce que tu demanderais?Gisèle.— Je demanderais que le soleil ne se couche jamais.Il ne ferait jamais noir et nous ne serions pas toujours obligées d'aller nous coucher.Mimi.— Moi, je demanderais plutôt qu'il fasse disparaître de la terre tous les sauvages et Jin) du monde.comme ça, nous pourrions nouj promener le soir en paix.Grand'Mère.— Oui, mes enfants; mais en attendant que tous les sauvages aient disparu du monde, il faut se garer des mauvaises rencontres.Vite, vite, partez avec Margot qui vous fera un bout de conduite.Les enfants.— Au revoir, Grand'Mère.Margot.— Si nous chantions, chemin faisant.Les enfants.— Oui, oui.Margot.— Que chanterons-nous?Ensemble.— Les Trois Petites Dorionnes.(Ils chantent) — Qui est-ce qui passe ici, si tard?Compagnons de la marionnette! Qui est-ce qui passe ici, si tard?Compagnons! — Ce sont trois petites Dorion Compagnons de la marionnette! Ce sont trois petites Dorion, Compagnons ! — (La sentinelle) : D'où viennent-elles ici, si tard?Compagnons de la marionnette! D'où viennent-elles ici, si tard?Compagnons ! — (les petites Dorion) Viennent de la représentation Compagnons de la marionnette! Viennent de la représentation.Compagnons! — (la sentinelle) Où allez-vous d'ici si tard?Compagnons de la marionnette?Où allez-vous d'ici si tard?Compagnons! — (les petites Dorion) Nous retournons à la maison, Compagnons de la marionnette, Nous retournons à la maison, Compagnons! — (la sentinelle) Passez-don' petites Dorion, Compagnons de la marionnette, Passez-don' petites Dorion, Compagnons! (Les enfants sortent en chantant.La Grand'Mère cesse de filer le rouet.la seconde bonne l'aide et rentre sa chaise.Le rideau se ferme).Marie-Rose TURCOT L-OISEAU BLEU 305 FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU Le Mariage de Josephte Précourt par Mlle MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal (Suite) XVI — Mme OLIVIER PRÉCOURT APPREND LA NOUVELLE JOSEPHTE avait prié Jules de la quitter à la porte de sa maison.Elle avait besoin de solitude.Elle se sentait un peu lasse à la suite de ces instants émouvants où elle avait consenti à l'épouser.Le jeune homme acquiesça à regret, car la présence de Josephte lui était nécessaire pour croire à son bonheur.«Etait-ce bien vrai, se demandait-il sans cesse, Josephte Précourt, la belle, l'inaccessible Josephte est devenue ma fiancée!» Tous les obstacles étaient vaincus.Même l'affection de cet Américain, que de tendres et dramatiques souvenirs rapprochaient si bien de celle qu'il aimait.Les circonstances l'avaient servi depuis quelque temps dans la personne de sa sœur Blanchette.Pauvre Blanchette!.Il aurait un dur moment à passer près d'elle, ce soir ou demain.Cette enfant l'avait regardé d'étrange façon tout à l'heure.Aucune affection n'éclairait ses yeux, et même une sorte d'antipathie.Non, non, qu'allait-il chercher là! Sa sœur s'était affolée, une grande détresse l'avait secouée, c'était tout.Certes, il s'attendait à ce qu'elle n'acceptât pas sans de nouveaux combats, les conséquences d'une situation à laquelle elle était mêlée, et d'une façon que tous, d'après elle, interprétaient faussement.Bah! Blanchette en reviendrait de son attitude désespérée.Ne travaillait-elle pas au bonheur d'une autre au mépris du sien propre ?Elle aimait Michel.Elle finirait par céder à cet amour.D'ailleurs, celui-ci, convaincu de l'inutilité de son sentiment pour Josephte se tournerait vers cette enfant qui lui plaisait, cela était évident.Et ce geste éloignerait à jamais Josephte de son ami d'enfance.Puis, les Paulet savaient garder jalousement tout ce qui devenait leur bien.Blanchette ne différait ni d'Hélène, ni de lui là-dessus.Jules se prit donc à voir la vie sous son meilleur côté.Il sifflota une romance.Soudain, il rebroussa chemin.Il retarderait d'une heure, au moins, son retour à la maison.Il ne désirait pas converser ce soir avec Hélène ou Blanchette.Sa joie ne devait se mélanger d'aucune contrariété.De bonne heure, le lendemain, il irait s'informer de l'état d'esprit de sa sœur.Il ferait entendre raison à Blanchette, coûte que coûte.Josephte, de son côté, avait remonté lentement, et même avec quelques pauses, l'escalier qui la conduisait chez elle.Son esprit était bouleversé, son cœur, en feu.Son geste d'il y avait une heure à peine, et qui la liait pour la vie à Jules Paulet, lui semblait irréel, quelque chose d'énorme, de dramatique, qui tenait un peu du cauchemar et dont elle allait se réveiller.Sans doute, Jules Paulet lui inspirait de l'affection.Elle le savait sincèrement épris.Elle avait et garderait toujours sur son esprit un empire certain.Oui, elle serait heureuse à ses côtés, elle le serait si.Mais, arrivé à ce point de ses réflexions, la jeune fille se refusait à poursuivre tout raisonnement.Un tableau torturant se levait.Michel, ce n'était pas possible, Michel l'avait donc oubliée au point de s'attacher avec quelle douceur rapide à Blanchette Paulet.Si on lui avait rapporté la scène de tout à l'heure à la bibliothèque, elle l'aurait niée avec une sorte d'indignation.Hélas! elle avait vu.Les yeux expressifs de Michel s'étaient posés, avec quelle mélancolie sur ceux d'une jeune fille dont il baisait la main.Et elle ?Comme sa tète se penchait avec tendresse vers lui.Quelle fin brutale, presque vulgaire, se disait Josephte en soupirant, au beau sentiment que Michel lui avait porté jusqu'ici.Il en était donc venu là.si vite.Comme un amoureux quelconque.Il ressemblait à toutes les âmes médiocres.Quelle tristesse! Quelque chose s'éteignait en elle.Une croyance idéale en la beauté de certaines âmes gisait lamentablement.Son cœur se rebellait encore, cependant, il souhaitait s'être mépris.Mais à quoi bon maintenant!.Ne venait-elle pas de mettre de l'irréparable entre Michel et elle.Elle se redressa soudain.Elle entendait parler tout près d'elle, au salon.Qui donc était-ce ?.Ce ne pouvait être.cousine Mathilde.Elle serait revenue, ce soir justement, de Saint-Denis ?.Mais oui, mais oui.c'était elle! Et Josephte, vivement, mettait la clef dans la serrure, ouvrait la porte et se trouvait bientôt dans les bras ouverts de sa parente.— Cousine Mathilde, que je suis heureuse de ton retour.Enfin, te voici avec ta petite.— Ma petite Josephte, oui, oui! Allons, regarde-moi un peu.Des larmes! — L'émotion.de ton .arrivée.inattendue! 306 L'OISEAU BLEU — Ta sensibilité n'est pas aussi maladive, d'ordinaire.— Parfois.— Montons dans ma chambre.Nous nous installerons confortablement sur le grand divan.Nous causerons.— Je me sens un peu fatiguée, cousine, ce soir, pour une longue conversation.Mais tu as raison, viens là-haut et racontons-nous quelques-uns des événements de ces derniers jours.Viens, viens donc, pria Josephte en se pressant avec une sorte d'abandon, de détresse même tout contre sa cousine.— Josephte, tu commences à m'effrayer ?Il y a quelque chose qui ne va pas, dis-moi-le tout de suite.— Montons, cousine.— Et maintenant, ma petite fille, disait quelques minutes plus tard, Mme Précourt, en regardant avec attention Josephte, qui elle ne bougeait plus assise toute droite, les yeux au loin, et pâle, si pâle.Maintenant, tu vas m'ap-prendre tout ce qui s'est passé depuis mon départ.— Tout ?fit en tressaillant Josephte.Ce serait peut-être prolonger très tard la soirée.— Vraiment ?— Oui, fit Josephte, en baissant les yeux, en joignant convulsivement les mains, et en se rejetant au fond du divan.— Quelle pose dramatique! — Tu trouves, cousine ?Et Josephte, se dominant, se redressa en souriant.— Quel sphinx tu peux être parfois, Josephte! — Tu arrives et grondes déjà.— Non, mais je ne sais comment aborder la petite âme farouche que j'ai près de moi.Josephte, en des instants comme ceux-ci, où je sens qu'il se passe quelque chose, que tu es bouleversée, je voudrais qu'Olivier fût entre nous.— Olivier, mon frère tant aimé.murmura avec une douceur pénétrante la jeune fille.— Il aurait su mieux que moi provoquer les confidences.— Non.cousine.Ne parle pas ainsi.J'ai en toi une confiance absolue.Mais.vois-tu, il y a des moments où moi-même, je ne vois plus très bien dans mon cœur.L'orage assombrit tout.— Eh bien, fit Mathilde, en prenant dans la sienne la main de la jeune fille, attends qu'une accalmie.— Cousine, interrompit la jeune fille, avec une tranquillité apparente, je me suis fiancée ce soir.— Qu'est-ce que tu dis ?s'exclama sa belle-sœur, en sursautant.— Oui, je me suis fiancée avec Jules Paulet, reprit Josephte, assise de nouveau toute droite, les yeux détournés.— Je ne puis le croire.— Rien n'est plus vrai.— En mon absence ?— Ce sont les circonstances qui ont dérangé l'ordre des choses.Jules sera ici demain.Il n'attend que ton retour pour apprendre ensuite la nouvelle à ses parents.D'ici là, Hélène et Blanchette, qui le savent aussi sont au secret, comme Jules et moi.— Il n'y a personne d'autres, encore ?Je n'en serais pas surprise.— Cousine, je t'en prie! — Je n'en reviens pas.Quelles foudroyantes fiançailles! — Ne fallait-il pas en finir, un jour ou l'autre, reprit la jeune fille, avec une sorte de lassitude indifférente.Je te l'ai dit et écrit.Jules me pressait beaucoup depuis quelque temps.— Tout de même.— Et puis, ne le sais-tu pas encore, rien ne se passe conventionnellement dans ma vie.— Ne parle pas sur ce ton mélancolique.Dis-moi, au moins que tu es heureuse, petite.— Je pourrais ne pas l'être ?— Josephte! — Cousine, une fiancée ne fait tout de même que fixer une certitude amoureuse.— Regarde-moi, petite.Tes yeux fuient sans cesse les miens.— Bien.Je te regarde.— Pauvre enfant! — Comment ?— Il y a un monde de choses dans tes yeux agrandis, mornes.— Je suis fatiguée, je te l'ai dit.Demain, tu me verras tout autre.— Non, les yeux du cœur ne trompent pas.Ils voient au delà de la lassitude physique.— Ne compliquons rien, chère, bien chère cousine.Et puis, et la jeune fille se leva, laisse-moi te dire avec affection bonsoir, bonne nuit.Nous avons besoin de repos toutes les deux.Le voyage de Saint-Denis à Montréal nous accable, parfois, tu le sais.Il y a si peu de confort sur les bateaux.Mathilde Précourt ne put s'endormir très tôt.Elle réfléchissait.Elle revivait les derniers événements, cherchant à deviner ce qui avait amené le geste désespéré de Josephte.Car, c'était bien cela, au fond.Mathilde ne succomba qu'après de longues heures au sommeil.Elle en sortit presque tout de suite, croyant entendre du bruit, non loin d'elle.Doucement, elle se leva, et se glissa dans le corridor.Elle n'entendit plus rien.Elle retournait à sa chambre, lorsque soudain, elle perçut, bien clairement, de gros sanglots étouffés.Elle porta la main à son cœur.Grand Dieu! ses pressentiments, la veille, ne l'avaient pas trompée.Josephte pleurait, pleurait amèrement, tout près d'elle.Fallait-il qu'elle fût malheureuse L'OISEAU BLEU 307 Elle retournait à sa chambre, lorsque, soudain, elle perçut, bien clairement, de gros sanglots étouffés.pour s'abandonner ainsi seule, à un tel désespoir.Comme Mathilde eût aimé courir auprès de.la jeune fille, prendre part à son chagrin, tenter de la consoler.Mais.ce geste de pitié bouleverserait davantage cette enfant restée si farouche depuis les malheurs tragiques de son enfance.D'ailleurs, et Mathilde le constata en soupirant, Josephte avait tout à fait fermé la porte de sa chambre, contrairement à ses habitudes.Elle tenait à souffrir sans témoin.Pauvre petite sœur d'Olivier, si aimante, si discrète, si fière.La patiente bonté de Mathilde allait de nouveau être mise à rude épreuve.Mais cette fois, la jeune femme décidait de passer outre à toute délicatesse.et dès le lendemain! Elle aiderait, à cette enfant sans expérience, qui avait besoin de direction, en ce moment.Quelle chose grave qu'un mariage sans amour!.Car les sanglots de Josephte, au soir de ses fiançailles, ne prouvaient que trop qu'elle n'aimait pas d'amour Jules Paulet.Peut-être, aussi, y avait-il autre chose.Elle l'apprendrait, coûte que coûte.Elle utiliserait la moindre petite circonstance susceptible de l'éclairer.Mathilde, enfin, regagna son lit en frissonnant.Son grand cœur invoqua la Providence pour cette détresse d'enfant sans mère.et qui repoussait douloureusement toute autre affection compatissante.XVII —LA VÉRITÉ ÉCLATE Le lendemain matin, Mathilde Précourt vint frapper à la porte de Josephte.Elle ne reçut aucune réponse.Doucement elle pénétra dans la chambre.Elle vit que la jeune fille, qui s'était endormie très tard, elle le savait hélas! brisée, moins par la fatigue que par la peine, avait trouvé ensuite l'oubli dans un sommeil lourd et sans rêve.Elle referma la porte et descendit donner des ordres.Sous aucun prétexte, Mlle Josephte ne devait être dérangée, et dès qu'on l'entendrait remuer là-haut, son déjeuner devait lui être porté.Mathilde s'occupa ensuite de ranger certains papiers dans un petit secrétaire d'acajou placé près d'une fenêtre, dans le salon.De temps à autre, elle regardait pensivement au dehors.Le temps était beau en ce matin du vingt-quatre avril.Le printemps réchauffait et reverdissait tout.Dans un jardin voisin, certains arbres à la sève précoce, se couvraient déjà, de petites feuilles, pressées de naître à la lumière.Quelques passants filaient allègrement, réjouis par cette atmosphère de soleil et de renouveau.Mathilde retint tout à coup une exclamation.Hélène Paulet s'arrêtait devant la maison, avec de grands gestes d'amitié et de surprise.Mathilde l'appela et courut elle-même lui ouvrir.Un doigt sur les lèvres, elle la fit entrer sans bruit dans le salon et la pria de l'attendre un instant.Elle se rendit à la cuisine, et demanda de nouveau à la bonne de monter de temps à autre à la chambre de Mlle Josephte, et de venir l'avertir au salon dès qu'elle l'entendrait bouger.Puis, elle retourna vers sa visiteuse.— Tu permets, Hélène, que je ferme les portes de la pièce.Josephte prolonge son sommeil, ce matin.— Ne vous gênez pas pour moi, Madame.La chère Josephte a besoin de repos après les émotions d'hier.Elle vous a sans doute tout appris ?— Des choses bien extraordinaires, Hélène.— Des choses heureuses, magnifiques.Jules en perd la tête ce matin.Moi aussi.Vous souriez?— Cela t'arrive souvent de t'exalter.— Mais cette fois, quelle merveilleuse occasion! Ah! s'il n'y avait pas ce matin cette Blanchette, qui s'avise d'être malade.et de pleurnicher sans cesse.— Blanchette ?Mais qu'a donc la chère petite ?— Des émotions, elle aussi, tout comme mon cher frère.Seulement, elle les supporte moins bien.— Évidemment, elles ont une autre cause ?— Oui.Josephte vous a mis au courant, je vois.Ah! Cette entrevue sentimentale avec Michel Authier.Quels aveux ont dû être prononcés! Quelle attitude fervente, tous deux! — Vraiment, Hélène ?— Cela crevait les yeux.Ah! ah! ah! j'en ris encore.Josephte ne vous a pas dit, je suis sûre, notre surprise à tous de surprendre ces amoureux dans la bibliothèque, à un moment intempestif.Josephte paraissait suffoquée de la conduite de Blanchette, figurez-vous.Le fait est que la petite cachottière.— Ecoute, Hélène, tu vas me narrer tout cela posément, n'est-ce pas ?Et sans trop élever la voix. 308 L'OISEAU BLEU — Mais vous le savez déjà ?— Je le sais mal.Une fiancée ne sait parler que de son propre bonheur.— Madame Précourt, vous parlez d'or.Si Jules pouvait vous entendre.Il trouve Josephte un peu froide, parfois à son égard, même hier, alors qu'elle le rendait si heureux.Mais ne froncez pas les sourcils.Jules adore votre petite belle-sœur.Il l'excuse en tout.Et puis, il a confiance que son amour vaincra la réserve de Josephte.Mais.vous permettez que je raconte la scène dramatique des fiançailles tout de suite.J'ai beaucoup de messages à faire ce matin.— C'est cela, petite.Moi aussi, du reste, je suis un peu pressée; j'ai à sortir également.Et c'est ainsi qu'en laissant simplement parler cette Hélène Paulet, légère et spirituelle, Mathilde Prôcourt apprit à la fois la cause de la brusque décision de Josephte et son désespoir nocturne si pénible.Dès qu'Hélène, un quart d'heure plus tard, se fut éloignée, heureuse d'avoir convaincu lui semblait-il, même Madame Précourt, de l'attrait qu'éprouvaient l'un pour l'autre Michel Authier et sa sœur Blanchette, la jeune femme s'habilla prestement, s'assura de nouveau que Josephte dormait toujours, puis sortit, en avertissant qu'elle serait de retour pour midi.Comme elle se sentait désemparée, la belle-sœur dévouée de Josephte!.Quelles étranges complications sentimentales ravageaient les cœurs qui l'entouraient.Car, elle n'était pas dupe des manœuvres habiles d'Hélène.Sans doute, Blanchette avait un penchant pour Michel, mais c'était la loyauté même que cette enfant, et sachant Michel très épris de Josephte, quoique le manifestant peu, elle n'avait certes pas cherché à nuire, ou même à diminuer cet amour.Non, il y avait en tout cela un peu de hasard, qu'un esprit habile et vigilant, et c'était celui d'Hélène, avait sû utiliser.Ne désirait-elle pas, à l'égal du fiancé, le mariage de Josephte avec son frère.Eh bien, elle allait en avoir le cœur net.Elle en savait trop et pas assez.Une autre déposition devait être entendue.celle de Michel.Elle se rendrait à son bureau tout de suite.Ah! si Josephte n'avait pas été bouleversée au point où elle l'avait vue, cette nuit, elle serait peut-être restée passive.Après tout, Jules Paulet n'était pas un prétendant à dédaigner, et Michel, le pauvre Michel, quel avenir pouvait-il offrir à Josephte!.Il importait en tout cas d'être bien informée afin de ne pas laisser ceux qu'elle aimait s'en aller à la dérive sans crier au moins au péril.Mathilde Précourt fit un léger détour avant d'aller frapper chez Maître Amable Berthelot.Elle se rendit à Notre-Dame et vint s'agenouiller au pied de la statue de la Sainte Vierge.Ce matin-là, Michel s'était rendu de bonne heure au bureau.En l'apercevant, Amable Berthelot poussait une exclamation de surprise.— Vous êtes souffrant, Michel ?Je ne veux pas vous effrayer mais on dirait d'un spectre.— Une nuit d'insomnie a pu causer tant de ravages! répondit en riant Michel.— Cela dépend de la cause de l'insomnie.Mais, mon cher Michel, faites attention à la nuit prochaine.Reprenez-vous.Demain il faut être en bon état.C'est le grand jour.— Le gouverneur signera donc le fameux projet de loj d'indemnité ?Lord Elgin est un honnête homme, il n'y a pas à dire.— Oui, cette qualification si siniple, honnête homme, vaut tous les titres de noblesse.Combien l'ignorent! — J'ai rencontré des groupes de tories surexcités en venant ici.Ils sont au courant de la marche des événements ?— Ils le seront davantage ce soir.— Méditent-ils vraiment quelque mauvais coup ?— Comment donc! Nous n'avons qu'à bien nous tenir.— J'ai entendu le nom de La Fontaine revenir à maintes reprises dans la bouche de ces énergumènes.— Évidemment notre grand homme d'État devient leur tête de Turc.Mais nous serons là, n'est-ce pas, Michel ?Dites donc, seriez-vous libre cet après-midi, vers cinq heures, vous me rejoindriez chez Coursol où doit se rendre le beau-père de celui-ci, le Colonel Etienne-Pascal Taché, d'autres aussi.Il serait bon de se concerter, sur la conduite à tenir, demain.— Je suis toujours à votre disposition, M.Berthelot.— Entendu, alors.Mais.s'exclama Amable Berthelot, en se rapprochant de la fenêtre, voyez donc ce rassemblement à deux pas d'ici.Michel, une dame hésite à passer près de ces hommes bruyants.Mais c'est Mme Prôcourt.— Je vais à son aide, M.Berthelot.L'atten-diez-vous ?— Non.— A tantôt.Michel sortit à la hâte, rejoignit Mathilde Précourt et entrait bientôt à l'étude en sa compagnie.M.Berthelot s'avança la main tendue.— Chère Madame, je vous croyais encore à Saint-Denis! — Bonjour, M.Berthelot.J'en suis arrivée hier soir, seulement.— Vous voulez me voir ?Une grave raison doit vous pousser à sortir ce matin.Malgré le soleil, le printemps, la rue n'est pas sans péril.Elle le sera encore moins, demain.Nos adversaires vont montrer les dents. L'OISEAU BLEU 309 — Comme vous semblez préoccupé! Est-ce que vraiment, il y a lieu de tout craindre, autour de la séance du parlement, demain, comme vous dites.— D'aucuns vous diront que non, que je continue de mettre toujours les choses au pire, et Dieu veuille qu'ils aient raison.Mais entrez, Madame, dans mon bureau.Je vous tiens debout.— Ce n'est pas Maître Berthelot que je viens voir, mais.— Michel Authier ?Il s'est discrètement retiré.Et même, voyez sa porte s'est refermée.— J'y vais.— Je vous accompagne.J'ai deux mots à dire à mon clerc.Michel, dont le cœur battait un peu, car que signifiait cette apparition soudaine au bureau de Maître Berthelot, de la belle-sœur de Jo-sephte ?Elle souhaitait même le voir, elle le lui avait dit alors qu'il traversait la rue à ses côtés.Il vint donc répondre en hâte aux coups frappés à sa porte, et s'effaça pour laisser passer la jeune femme.Amable Berthelot, parla, la main sur la poignée de la porte qu'il s'apprêtait à refermer: «Je sors, Michel, pour une heure à peu près.Je n'attends personne d'ici à onze heures et demie.Je vous confie le bureau.Au revoir, Madame Précourt, ajouta-t-il, mes hommages!» Michel se trouva seul avec Mme Précourt, qui s'installait dans le fauteuil qu'il avançait; lui-même prit une sorte de tabouret et s'assit en face d'elle.Le front du jeune homme se barrait de plis, ses yeux regardaient avec une certaine anxiété sa visiteuse, très calme, pourtant.— Je vois que tu te mets martel en tête au sujet de ma visite, Michel.Je t'en prie, n'aie pas ces yeux qui s'affolent.— Pardonnez-moi, Madame, fit Michel, en passant avec lassitude la main sur son front, mais voyez-vous j'ai peu dormi cette nuit, et.— Tu n'es pas le seul à avoir connu l'insomnie.— La cause peut en être différente.Le bonheur aussi tient éveillé.— Je comprends à qui tu fais allusion.— Comment ne seriez-vous pas au courant du grand événement d'hier soir ?— En effet.Je suis arrivée de Saint-Denis, tout juste pour apprendre la nouvelle.— Elle n'a pas dû vous surprendre.— Au contraire.J'ai même reproché à Jo-8ephte.Mais laissons ces à côté.Michel, j'ai eu un court entretien avec Hélène, ce matin.Elle m'a donné une version de la scène des fiançailles, qui me laisse perplexe, un peu chagrine, aussi.Je ne comprends pas très bien ta conduite en tout ceci.— Josephte ne pouvait elle-même corroborer ou contredire les propos d'Hélène Paulet ?— Josephte! Ah! Michel, notre petite fille a repris hier soir ce front mystérieux, que tu connais comme moi.Bien malin qui pourrait la comprendre quand elle a décidé, seule, et de façon catégorique, de se taire, d'agir de telle ou telle façon.— Tout de même, elle a dû vous expliquer ce que ma présence à la bibliothèque avait signifié pour elle.— Elle n'a pas même mentionné ton nom durant notre courte conversation.— Ah! — Ne t'affecte pas ainsi, Michel.J'y vois, au contraire, une preuve que ta conduite a peut-être, en effet, influé sur sa décision.Si elle en a souffert, pourquoi tournerait-elle maintenant le fer dans la plaie ?Il y a de l'irrémédiable entre vous.— Que voulez-vous de moi, Madame ?fit tristement Michel.— Raconte-moi tout, et même, au nom de notre cher Olivier, qui te le demanderait, je suis sûre, laisse parler ton cœur sans contrainte.Josephte n'est-elle plus au premier plan, dans tes affections, et Blanche Paulet.— De grâce, Madame, pria Michel, vous au moins, ne voyez pas les choses sous cet angle.Oui, je vais décharger mon cœur, oui, je dévoilerai les petites intrigues d'une jeune fille ambitieuse et légère, légère à faire frémir.Seulement, Madame, vous me garderez un secret inviolable.d'ici à un mois, au plus.Car je retourne aux États-Unis.Je me dévore le cœur ici, et bien inutilement.— Pauvre Michel!.Eh bien parle.Je t'écouterai comme Mathilde Perrault t'écoutait jadis, alors que tu risquais tout pour m'apporter ou me redire ce que mon cher Olivier te confiait.— Merci, princesse, balbutia Michel, qui essuyait avec impatience quelques larmes qui perlaient à ses cils.Il se leva, marcha vers la fenêtre, cherchant de toutes façons à maîtriser son émotion.Il revint enfin vers Mathilde Précourt qui le regardait avec quelle compassion.Il parla.Il fit un tableau bref, mais complet et combien douloureux, de la scène des fiançailles.Il n'accusa pas un seul instant Josephte, trouvant, au contraire, mille raisons pour justifier sa conduite.— Michel, comme tu aimes noblement notre petite fille.Car c'est une petite fille encore que Josephte, vis-à-vis de la vie.du monde, de ces grands sentiments qui résistent à tout, qui balaient tout, entre deux êtres.On ne s'en joue pas ainsi, n'est-ce pas, surtout par un coup de tête d'amoureuse affolée.J'avais besoin, d'être éclairée à ton sujet.Tu sais ce que tu veux et ne veux pas, toi, Michel.Et si les événements, qui contrecarrent si souvent, 310 L'OISEAU BLEU les projets les plus sages, les mieux concertés, changeaient soudain le cours des choses.Oui, advenant quelque changement dans la destinée de Josephte, je me tournerai avec assurance de ton côté, je saurai comment manœuvrer.Tu ne saurais croire, mon petit Michel, comme tu viens de me faire voir clair dans ta mauvaise tête et dans ton cœur.très entêté, lui aussi, finit Mathilde en se levant et en tendant la main au jeune homme.A son tour, des larmes voilaient son regard.Mais elle souriait aussi.Elle sortit vivement.Michel, à la fenêtre la suivit des yeux, moins pour s'assurer de la sécurité de la rue, que pour s'emplir les yeux, et le cœur, de la vision d'une jeune femme dont la compassion intelligente venait de le sauver d'un désespoir non sans péril pour son avenir.XVIII—L'INCENDIE DU PARLEMENT À MONTRÉAL LE 25 AVRIL 1849 Quelle effervescence dans les rues de Montréal dès le début de l'après-midi du 25 avril 1849.Une sorte d'allure fébrile gagnait tout ce monde qui passait par groupes de plus en plus compacts.L'on se massa bientôt aux abords du parlement.Par instants, les voix s'y élevaient très hautes.La discussion devenait d'une violence extrême.Chaque député était signalé par la foule, à son entrée.Pour les uns, la haine populaire se manifestait par de sourds grognements; d'autres étaient accueillis par des rires insultants et des quolibets.L'arrivée des ministres, qui s'amenèrent en corps, fut annoncée d'avance.Ils passèrent préoccupés, distraits, quelques-uns presque renfrognés, au milieu du silence très lourd de la foule, qui ne le rompit pas tout de suite dès que la porte se fut refermée sur La Fontaine et Baldwin, parus les derniers.Soudain, on entendit venir l'équipage du gouverneur.Cette fois encore, le peuple s'abstint de bruyantes manifestations.Un murmure hostile gronda seulement.Lord Elgin salua à maintes reprises avec son affabilité habituelle.Chaque fois qu'il soulevait son chapeau, son large front apparaissait couvert de nuages.Il se doutait que le geste de fermeté qu'il allait poser, serait accueilli de façon alarmante pour la sécurité publique, par ces tories fanatiques qui avaient sû ameuter tant d'esprits intolérants incapables de comprendre que le droit et la justice n'existaient pas seulement pour eux, ou se manifestaient de façon différente dès qu'il s'agissait des victimes françaises de la rébellion de 1837-1838.Une fois le gouverneur et sa suite disparus dans l'enceinte parlementaire, la foule devint moins dense aux alentours de l'édifice.Des mots d'ordres furent donnés et bon nombre des émeutiers allèrent stationner à l'entrée des rues avoisi- nantes.D'autres groupes de meneurs s'approchèrent très près, au contraire, des portes du parlement, guettant les premières nouvelles au sujet de la sanction de cette inconcevable loi d'indemnité aux victimes du Bas-Canada.Vers cinq heures, un cri sinistre, répercuté aussitôt par des centaines de voix, fit onduler de façon terrible cette foule aux abois.On comprit que le gouverneur venait de passer outre aux sévères avertissements, et que la loi était bel et bien sanctionnée! Peu à peu les menaces, les vociférations les plus diverses, les injures montèrent à un diapason qui devint assourdissant.On entendait ici et là, des bribes de phrases: «Le traître Elgin n'a pas reculé.Le crime est accompli».Ou bien: «En route pour afficher notre juste colère, pour couvrir de placards incendiaires tous les murs des rues, à commencer par la façade du parlement)).Et encore: «Que d'autres demeurent et usent de sales projectiles pour mieux couvrir de honte le gouverneur et ce ministre sans conscience.» Et l'on passa de ces décisions violentes à l'exécution.Partout, la foule se livrait au tumulte, aux actes de brutalité.Qu'il fût difficile à lord Elgin de se rendre à sa voiture, toute proche pourtant, et escortée par des aides de camp, qui, eux reçurent, de façon indigne, dégoûtante, des centaines d'œufs, dont la foule en colère se plaisait à les couvrir.Des roches soudain furent lancées avec force sur l'équipage du gouverneur, mais parti aussitôt, au grand trot des chevaux, il fut peu atteint.Les membres du parlement eurent leur part des avanies de ces terribles manifestants.Mais comme on commençait à se disperser dans la hâte de lire les affiches, plusieurs députés furent épargnés.Chaque placard fut entouré de groupes serrés qui applaudissaient.Sur un grand nombre se lisait une convocation d'urgence de tous les vrais Anglais de Montréal pour une assemblée tenue à huit heures, le soir même au Champ de Mars.Des mesures extraordinaires seraient prises, du consentement unanime des personnes présentes, contre l'indigne gouverneur Elgin «ce pantin entre les mains déloyales de La Fontaine», et qu'appuyait un ministère ennemi de la Couronne anglaise.Durant cette journée orageuse, les dames Précourt avaient reçu quelques visites.On devisa beaucoup des menaces terribles qui rendraient précaire, peut-être, le ministère Bald-win-La Fontaine.On citait le dévouement à toute épreuve des amis du grand homme d'État canadien.Et comme une amie intime de Mme Charles Coursol, née Taché, se trou- L'oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1182.rue Saint-Laurent, a Montréal.Directeur : Alphonse de la Rochelle.La revue ne parait pas en Juillet et en août. L'OISEAU BLEU 31 1 vait parmi les visiteuses des Précourt, on entendit parler fréquemment d'Amable Berthelot, et de son jeune et charmant clerc, Michel Authier.Les petites mains de Josephte se crispèrent sur le bras du fauteuil au souvenir poignant de Michel.Pauvre Josephte 1 Que la journée, sa deuxième journée seulement, de fiancée soi-disant heureuse, lui avait semblé longue, pénible, remplie de sombres perspectives! Un peu d'inquiétude la tenait quoi qu'elle fît pour en bannir la pensée, au sujet de Michel, qui ne refuserait pas d'aider au péril de sa vie ce La Fontaine qu'il admirait si profondément.Ces tories exaltés, à quels excès ne se porteraient-ils point, une fois la loi d'indemnité sanctionnée ?Une autre raison remplissait le cœur de la jeune fille, de mélancolie, de regrets toujours étouffés lorsqu'ils reparaissaient.Le matin même, vers onze heures, elle était allée voir Planchette, encore un peu souffrante et triste, si triste depuis la scène des fiançailles.La démarche lui avait coûté.Mais Jules avait insisté pour qu'elle accordât cette marque d'affection à sa sœur, l'assurant qu'elle trouverait Planchette seule, car Hélène était partie pour la journée, avec des amies.De plus, il comptait sur sa fiancée pour décider sa sœur «à les accompagner, à un petit dîner, le soir même, chez des parents, qui avaient aussi invité Mesdames Précourt et Paulet.La demeure de ces parents se trouvait presque en face de la maison du premier ministre, Hippo-lyte La Fontaine, et on serait sans doute en mesure d'avoir d'excellentes nouvelles de la marche des événements, le jour de la sanction de la loi d'indemnité.Quelle entrevue émouvante fut celle des deux jeunes filles qui aimaient Michel!.Très embarrassées, au début, la droiture du caractère de chacune vint à l'aide.Rien ne fut bientôt dissimulé autour des petits incidents qui avaient amené la méprise tragique et finale de Josephte.Blanchette s'alarma, à la vue de la figure tirée de la fiancée de son frère.Elle tenta de provoquer, avec sa douceur pénétrante, quelques confidences.Elle comprenait si bien, quel bien en eût résulté pour la jeune fille.Mais Joseph te ne voulut rien avouer, rien confier, rien expliquer même, souriant avec tristesse à la bonté compatissante de son amie.Mais qu'elle lui était reconnaissante, et elle le lui dit des larmes dans les yeux, d'avoir ainsi réhabilité Michel dans son esprit.Elle n'osait ajouter ((dans son coeur,» car elle s'était juré d'être loyale, même dans les petits détails, au fiancé qui l'aimait sans partage, sans avoir jamais jeté les yeux, ni témoigné la plus petite affection à toute autre jeune fille, plus belle, pourtant et plus charmante qu'elle.Mais, malgré ses efforts, dans la journée, son cœur s'était chaque fois serré en songeant au chagrin que devait ressentir Michel de s'être vu si complètement méconnu par sa petite amie d'enfance.Et plus jamais elle ne pourrait s'en expliquer librement avec lui.Car sans doute, sortirait-il bientôt complètement de sa vie.«Mon Dieu, mon Dieu, se répétait en soupirant Josephte, on me croit une fiancée au comble du bonheur, et je ne ressens au fond de mon cœur, qu'angoisses, doutes, tristesses, et.remords.Michel, pardon, Michel!.Ah! tu as toujours valu mieux que moi.» A six heures, Jules sonnait à la porte des Précourt.Sa voiture stationnait tout près, et l'on y voyait, assise près du cocher la blonde et pâle Blanchette, qui avait finalement cédé au désir de son frère.Mais peut-être la jeune fille avait-elle un autre motif, secret celui-là, de se rendre chez ses parents.Car Jules avait apporté de terribles nouvelles au souper.L'émeute, à causes de la sanction de la loi d'indemnité, allait prendre des proportions terribles tous le craignaient, à l'issue, ce soir, de l'assemblée du Champ de Mars.Une conversation qu'avait entendue Jules, il y avait une demi-heure à peine, par deux émeutiers influents, laissaient entrevoir des représailles non pas Achète BIEN qui achète chez DUPUIS le plus grand magasin canadien-français 865, rue Sainte-Catherine Est — PLateau 5151 312 L'OISEAU BLEU prochaines, mais immédiates.Blanchette, en écoutant son frère, se disait que rester à la maison ce soir-là, la rendrait folle d'inquiétude, et pour sa mère ,et pour Jules et Josephte qui se trouveraient non loin du théâtre des hostilités et aussi pour.pour Michel! s'avouait en soupirant beaucoup Blanchette.Il courrait défendre les assiégés, elle le devinait, là où on le prierait de le faire, sans aucun égard pour sa sécurité, l'âme désespérée, et ne tenant plus à grand'cho-se depuis qu'il avait perdu irrémédiablement Josephte.Les lèvres de la jeune fille, cependant, devaient rester closes vis-à-vis des dames Précourt.Son frère le lui avait fait promettre.Car après tout, si ces sinistres prévisions, ces conversations menaçantes, n'aboutissaient à rien de tragique, pourquoi troubler le calme d'une soirée, si agréable d'ordinaire chez ces parents des Paulet.La soirée débuta de façon paisible.Un peu d'alarme traversait les physionomies cependant.Jules reprochait amicalement à sa fiancée de prêter davantage l'oreille aux bruits de la rue, qu'aux paroles qu'il lui adressait.Un peu après neuf heures, de violents coups de marteau furent frappés à la porte de la maison.En même temps, on perçut au dehors des pas précipités, des cris d'appels, et bientôt, une clameur horrible, encore lointaine, s'entendit.Elle agrandissait sans cesse.Tous se trouvèrent debout, les yeux remplis d'effroi.Ciel! que se passait-il donc ?Jules courut ouvrir.Le maître de la maison suivit plus lentement.Deux amis de Jules Paulet entrèrent et montèrent au salon sans qu'on les y invitât, surexcités, affolés.Ils racontèrent quels événements terribles se passaient, à Montréal à cet instant même: le parlement était en feu, les députés en fuite, la police impuissante jusqu'ici, et un grand nombre d'émeutiers se dirigeaient, maintenant, vers la maison du premier ministre.«Heureusement, ajouta un des jeunes gens, que les amis dévoués de M.La Fontaine font en ce moment disparaître celui-ci, ainsi que sa femme, et qu'ils se disposent ensuite à empêcher tout dégât considérable à la maison de notre homme d'Etat, si parfaitement incompris de ces brutes de tories.» Le bruit grandissait sans cesse dans la rue, à mesure que les jeunes gens parlaient.Soudain le mot «fire, fire!» retentit avec un ensemble formidable.C'était une foule, maintenant qui passait sous les fenêtres où se tenaient, affolés, ne sachant quel parti prendre, les parents et les amis des Paulet.Soudain, Josephte poussa un cri d'angoisse terrible.Elle pointa un groupe, non loin d'elle, et tous reconnurent à la lueur des torches que l'on portait, Amable Berthelot, Michel Authier, Charles Coursol, messieurs Chauveau et Cau- chon.Quelques militaires étaient avec ce groupe des amis fidèles de La Fontaine.On semblait guetter quelqu'un ou quelque chose.Mais tout à coup des flammes s'élevèrent au-dessus du mur qu'entourait la propriété La Fontaine.A cette vue, l'on vit Michel Authier, se détacher du groupe et s'élancer en avant en criant à ses amis: «Faites diligence pour les pompiers.Je cours sauver certains papiers importants».Blanchette, plus morte que vive, entendit elle aussi ces propos, et comprit à quel geste héroïque se décidait Michel.Elle pressa contre elle Josephte défaillante, en murmurant: «Viens à l'intérieur, Josephte.Nous allons prier.Quelle scène terrible!» Mais Josephte la repoussa.«Je vemx savoir ce qu'il advient de Michel, moi.Laisse-moi, Blanchette, je veux courir là-bas.J'étouffe ici.Oh! Michel, Michel, reviens.Michel!» Madame Précourt saisit Josephte à son tour.«Ma petite fille, reviens à toi.je t'en prie.Oh! tais-toi de grâce, voici Jules.» Mais rien ne comptait en ce moment pour Josephte.Michel, elle ne voyait que lui; le danger qu'il courait.Une subite et douloureuse révélation éclatait.Elle n'avait jamais aimé; elle n'aimerait jamais que Michel.— Jules, cria-t-elle, en tendant les mains vers lui, avec désespoir.Jules, pardonnez-moi.Mais Michel est en danger.Michel, et je l'aime, je l'aime plus que tout au monde.Oh! Jules, qui me conduira près de lui.Michel.Jules, pitié!.Et la jeune fille défaillit soudain.Il fut providentiel cet évanouissement car l'affolement la stupéfaction de Jules, sa jalouse exaspération contre Michel, qui venait de détruire irrémédiablement son bonheur.furent pénibles à constater dans cette figure où la rage et la douleur se confondaient.Blanchette pleurait silencieusement près de son frère.Elle le suppliait tout bas Je la ramener au plus tôt à la maison.Mais le jeune homme demeurait immobile.ses lèvres exsangues murmuraient.Ingrate Josephte!.Perfide Josephte.Josephte .Mon Dieu! Mon Dieu!.Mais les circonstances s'apparentaient de plus en plus à la tragédie et ne laissaient aux maîtres de la maison et à ses invités aucune liberté d'agir.On entendait très bien maintenant la lutte des pompiers.Elle semblait dure-Tout à coup, alors que Josephte revenait à elle et se pressait, tremblante, les yeux sans regards, tout contre Mathilde Précourt, l'on entendit un groupe s'approcher à pas rapides de la maison.Un homme précédait ce groupe: «Une voiture, une voiture, criait-il.nous avons un blessé, considérablement brûlé.L'hôpital n'est pas loin.» Jules descendit comme un fou, en criant: «La mienne est à votre disposition, Messieurs.» L'OISEAU BLEU 313 tandis que Josephte en pleurant, et gémissant, murmurait à sa cousine: «C'est Michel, cousine, le blessé.C'est Michel, mon cœur me le dit.par pitié.suivons-le.à l'hôpital.N'importe où.Je le puis, maintenant.Michel vit.C'est tout pour moi.Il vit.Merci, Mon Dieu! Il fallut toute l'affectueuse sollicitude de Mathilde pour avoir raison de ce désir fou de Josephte, impossible à satisfaire pour l'instant, car enfin la force militaire accourait partout pour mettre l'ordre, s'offrant à reconduire à leur maison seulement tous les citadins que l'émeute avait surpris en dehors de leur foyer.Mathilde en profita pour ramener ainsi Josephte.Elle laissait chez des parents dévoués la pauvre Blanchette encore toute désemparée.Jules n'avait pas reparu.Pourquoi serait-il revenu, d'ailleurs, sinon pour torturer inutilement son cœur et ses yeux.Tout était bien fini entre Josephte et lui.XIX —MICHEL ET JOSEPHTE SONT ENFIN RÉUNIS Michel était demeuré plusieurs heures inconscient à l'hôpital de la rue Saint-Antoine, où il avait été transporté, à la hâte.Tout son côté droit était grièvement brûlé.Une partie de la bibliothèque en flammes, de l'honorable M.La Fontaine s'était effondrée, non loin de lui, tandis qu'il mettait enfin la main sur les papiers dont le premier ministre était si anxieux de sauver du feu.Des bois enflammés l'avaient atteint lourdement à l'épaule.Il était demeuré là sans pouvoir bouger, des minutes interminables.De temps à autre, il appelait au secours.Enfin, un pompier l'avait entendu et délivré.Il était temps.Atrocement brûlé, il perdait peu à peu conscience de tout, mais les documents étaient intacts, et il put même signifier à son sauveur que des choses précieuses que sa main gauche retenait encore avec force avaient besoin de sa vigilance durant le transport à l'hôpital.Puis, la nuit s'était faite complètement.Lorsqu'il rouvrit de nouveau les yeux et put promener un regard conscient autour de lui, il fut tout étonné de ce qu'il voyait; une chambre inconnue, aux murs nus et si blancs, si blancs; une odeur d'éther et de plusieurs autres médicaments frappaient son odorat, et près de lui, mais .à qui appartenaient ces grands yeux bleus aimants qui le regardaient si fixement ?A qui cette petite main qui tenait enlacée sa main gauche ?Et cette voix .Rêvait-il, un délire bienfaisant le saisissait-il enfin ?.Mais la voix s'élevait encore, si douce, si aimante, i — Michel, c'est moi, Josephte.Je suis tout près de toi.Tu es revenu parmi nous, enfin!.Tu me vois, tu m'entends, n'est-ce pas ?Michel, mon bien-aimée Michel! — Josephte, murmura faiblement le jeune homme.toi! Que fais-tu.ici ?— Je te soigne, je veille sur toi, je t'arrache à la mort.Car je ne puis plus vivre sans toi.je le comprends, va, maintenant, Michel.— Je ne comprends pas.beaucoup, moi, au contraire.Mais ne me quitte pas.Je t'aime tant, Josephte, moi aussi.Je ne souffre presque plus.quand je te vois.— Plus jamais nous serons séparés, Michel.— Merci.tu es bonne.de me tromper.ainsi.Non, non, garde ma main.Jules ne peut.le défendre.en ce moment.— En ce moment, ni plus tard, Michel.Crois-moi! — Oui, Josephte.Mais j'aimerais dormir gardé par toi, ainsi.Reste.ne pars pas.je.Et de nouveau Michel fut enlevé à toute conscience.Mais il semblait cette fois reposer paisiblement.Le médecin qui entra bientôt prononça enfin le mot que Josephte attendait depuis tant d'heures d'angoisses et de douleurs: «Sauvé petite, il est sauvé!.Mais veillez-le bien encore.Aucune autre visite d'ici à deux jours.Et ne lui parlez qu'à peine vous-même.Faites encore ce dernier sacrifice, mon enfant,» avait ajouté le vieux praticien, en pressant doucement la petite main de la jeune; fillle qui pleurait de bonheur, agenouillé, au pied du lit.Mais dès le surlendemain, l'excellente constitution de Michel faisait des merveilles.Il demanda lui-même qu'on le haussât dans son lit plus confortablement.Il s'informa tout d'abord des événements, puis de Maître Amablc Berthelot.Mais.justement celui-ci entrait, immédiatement après la visite du médecin, qui permettait quelques entretiens.PAYSANA.La Revue Mensuelle des Arts Domestiques La Revue de l'Elite Rurale La Revue de la Meilleure Ménagère doit se trouver dans tous les foyers Education familiale — Instruction agricole — Botanique — Tissage — Tricot — Couture — Puériculture — Hygiène Pour $2, abonnement de trois ans = 36 numéros; pour $1, abonnement d'un an s 12 numéros.Case postale 25, Montréal 314 L'OISEAU BLEU — Tu ne refuseras plus de m'épouser, maintenant, vilain Michel! — Enfin, Michel! Vous voilà capable de recevoir vos amis, fit son patron en saisissant avec émotion sa main valide.— M.Berthelot, je suis content, moi aussi.Je reviens d'assez loin, n'est-ce pas?.Hier après-midi, j'ai cru reprendre pied chez les vivants, mais.dans des conditions si merveilleuses que.je ne pense pas .ce matin .cette douceur réelle, .possible .— Et si vous ne vous étiez pas abusé ?.Attendez, attendez que je sois parti, Michel.— Mais je ne veux pas que vous partiez si vite.M.Berthelot, les documents.de l'honorable Hippolyte.?— Sont entre ses mains, Michel.Il ne pouvait en croire ses yeux.Sa reconnaissance est vive.— Non, non.Ne parlez pas ainsi.— Bien au contraire.Et le bon Amable Berthelot déposa soudain sur le lit une large missive officielle.Michel, le premier ministre a décidé de vous rendre la monnaie de votre pièce.Papier contre papier.Dès que voudrez lire le document, que je vous laisse, vous verrez que votre départ pour les États-Unis est contremandé et qu'un bel avenir se lève maintenant pour vous au Canada.— Cher M.Berthelot.c'est possible tout cela ?— Comment, mais vous devenez un des beaux partis de la ville.Vous n'aurez qu'à choisir, parmi.et M.Berthelot se prit à rire doucement, afin de dissimuler son émotion, parmi nos plus belles jeunes filles, tiens!.Mais ne me faites pas de tels yeux stupéfaits.Tenez, je vais vous lire la lettre.Le jargon officiel d'une belle nomination de coroner-adjoint, en outre d'un contrat de société dans le bureau légal de Maître Amable Berthelot, tout cela va vous entrer dans l'esprit comme une indéniable réalité.— Oh! non, non, ne lisez pas, je m'incline devant «es incomparables nouvelles, sans que vous en ajoutiez davantage, allez.Mais.— Il n'y a pas de mais.Je connais une petite personne qui vous mettra, là-dessus vite à la raison, tout à l'heure ?— M.Berthelot, que voulez-vous dire ?Vous savez bien que.— Il ne m'appartient pas de vous en révéler plus long.Mais vous avez bien gagné un peu de bonheur, Michel.Croyez-y ferme comme roc.Allons, je m'en vais.— Sitôt ?— Une autre visite s'annonce.Voyez, on frappe.Ah! entrez, entrez, Mme Précourt.Oh! les belles roses, mais pas plus rafraîchissantes à regarder que vous, chère Madame.Au revoir, Michel.A demain.Mathilde Précourt s'avança vivement vers Michel dès que M.Berthelot eut refermé la porte.Ses yeux rayonnaient.— Mon petit Michel, quelle bonne nouvelle! C'est presque de la convalescence que ton état nous promet, ce matin.— Je me sens mieux, en effet.Et n'était ma maladresse au sujet d'une brûlure.— Ne parle plus de cela, de grâce mon enfant.Aussi bien, je ne veux pas te fatiguer par une longue conversation.Je vais allçr droit au but.Michel, il faut que la princesse redevienne un peu ce qu'elle était autrefois pour toi.une sorte de maman, à laquelle on obéit sans répliquer.— Chère Madame Précourt, vous le voyez bien, puis-je résister même à des ennemis, ainsi abattu, sans force.Alors votre bonté.— Bien, Michel.Voici ce que je veux de toi, en ce moment.Tu vas voir Josephte, cet après-midi.— Josephte, la fiancée de Jules Paulet ?Non, non.— Elle n'est plus la fiancée de Jules Paulet.— Ce n'est pas possible.— C'est pourtant la simple vérité.— Mais.— Sa parole lui a été rendue.Le pauvre Jules comprend d'ailleurs qu'il ne pouvait épouser une jeune fille dpnt le cœur appartenait si bien à un autre.— Princesse! — Oui, Michel, ton héroïsme d'il y a trois jours a décidé de graves événements.Des fiançailles se sont rompues; un voyage de deux ans en Europe s'est résolu pour Jules Paulet et ses sœurs.— Je crois rêver.— Il y a encore de très beaux rêves qu'on fait tout éveillé, à ton âge, Michel.Et tu as, en outre, combien mérité ton bonheur, je le répète.— Où est Josephte ?Mais.dites-moi, Madame, je n'ai pas déliré heureusement, avant-hier, Josephte était près de moi, me parlait. L'OISEAU BLEU 315 — Oui, elle n'a quitté ton chevet qu'hier, la pauvre petite.Un mal de gorge s'est déclaré et j'ai pris peur.D'ailleurs, tu allais mieux tout à fait.Et, j'ai tenu à la faire reposer, avant que de nouvelles émotions.— Je veux voir Josephte, princesse, tout de suite.! — Non, non, cet après-midi seulement.Ecoute-moi, encore Michel.Dès que tu seras en état de sortir, je te conduis moi-même jusqu'en notre vieille maison de Saint-Denis.— Et Josephte ?— Elle y viendra plus tard, il faut bien respecter les convenances, souligna avec malice, la bonne Mathilde.— Je veux tout ce que vous voulez, Madame Précourt, vous êtes toujours la sagesse et la bonté même.Mais à une condition.Josephte va entrer.Elle est.je suis sûre.elle est.— Oui,oiii, ici,ici, cria une petite voix enrouée de larmes, en ouvrant la porte.Et Josephte courut vers le lit, s'emparant de la main de Michel, et le regardant, souriant, pleurant, tout son cœur dans ses yeux.— Michel, Michel! Enfin, nous voilà réunis.pour toujours.Tu ne refuseras plus de m'épou-ser, maintenant, vilain Michel! — Josephte.apprends-moi.— Mais qu'est-ce que cette lettre, que tu saisis.farouchement.Oh! à partir d'aujou-d'hui, il ne peut plus y avoir de secret entre nous.Laisse-moi lire ce long document.— Lis si tu veux, ma chérie.Après tout!.Tu es surprise, n'est-ce pas ?Quelle bonté l'honorable M.La Fontaine me témoigne.— Tu trouves ?fit Josephte avec une moue.Mais il t'a presque tué, notre cher Premier.— Ne parle pas ainsi.— Michel, avoue-le-moi, bien sincèrement, si ton avenir ne devenait si bien assuré, aurais-tu encore repoussé la petite main que tu tiens dans la tienne ?— Non, Josephte, car une de mes dernières pensées avant de sombrer tout à fait dans une nuit horrible, fut que, si la vie m'était conservée, plus personne, plus rien ne nous séparerait désormais.Je t'enlèverais à tous.Tu étais à moi, comme j'étais «à toi.Tu m'aimais je l'avais deviné, va, malgré tous ces incidents malheureux, presque autant que je t'aimais.— Presque autant, dis-tu ?Presque,Michel ?Ceci reste à prouver.Mais nous avons toute la vie pour en décider.— Josephte, je suis heureux.Mais, ma belle petite promise, ne me quittera pas aujourd'hui, n'est-ce pas ?Sinon, je douterai encore de tout ce bonheur.— Bientôt, je ne te quitterai plus jamais, Michel.Et ce sera sous le ciel de notre Richelieu héroïque, à deux pas du tombeau de notre cher Olivier, que nous échangerons nos promesses d'éternelle affection.Marie-Claire DAVELUY Fin ©©©©©©OC©©©©©©©©©©©©©©©© Y si-Vil disparaître?A U mois de novembre 1920, les directeurs de la Société Saint-Jcan-Baptiste de Montréal •*• *¦ fondaient une revue pour la jeunesse.Mais quel nom lui donner?Les jeunes eux-mêmes auraient le privilège de le choisir.L'institution d'un concours leur en fournirait le moyen.M.Victor Morin, alors président général de la Société, promit au nom de ses collègues une somme de vingt-cinq dollars ($25) à celui ou à celle qui suggérerait le plus joli nom.Ce fut celui de I'Oiseau bleu qui l'emporta.Pendant vingt ans I'Oiseau bleu est resté fidèle à la jeunesse canadienne-française, à la jeunesse acadienne.à la jeunesse franco-américaine.Il leur reste, il n'en faut point douter, profondément attaché.Il devra néanmoins cesser de paraître, pour le temps de la guerre mondiale, par suite de la décision qu'ont prise les membres du Conseil général de la Société.D'autres oeuvres nécessaires s'imposent en raison de la gravité des circonstances.Il est possible que la Société publie un numéro particulier au cours de l'année prochaine, de même qu'en 1942, lors des fêtes du Troisième centenaire de la fondation de Montréal.Si elle ne le fait pas, tous les lecteurs dont l'abonnement n'expire pas avec la présente livraison recevront par la poste la somme qui leur est due.A tous les amis de I'Oiseau bleu : abonnés, lecteurs, annonceurs, propagandistes, dépositaires, et surtout à tous mes dévoués collaborateurs et collaboratrices, j'adresse mes plus sincères remerciements.Et bonnes vacances aussi, quand même! Le Directeur de POiseau bleu, Alphonse de la Rochelle 316 L'OISEAU BLEU Concours de juin-juillet 1940 GENS ET CHOSES DE CHEZ NOUS Pu COUSINE FAUVETTE MOTS CROISÉS 123456789 10 HORIZONTALEMENT 1 — Femme écrivain contemporaine, collaboratrice à l'Oiseau bleu, auteur de Jeanne Mance, du Filleul du Roi Grolo, des Aventures de Perrine et de Chariot.2 — Excellent dessinateur, graveur de cartes géogra- phiques (1786-1832).— Pronom indéfini — adjectif possessif.3 — Toute ouverture dans un corps; habitation étroite — Génitif latin singulier de Dieu.4 — Père de la Nouvelle-France, natif de Brouage, en Saintonge; il mourut à Québec en 1635.5 — Ni ecclésiastiques, ni religieux — Préfixe latin.6 — Qui a une saveur rude et désagréable.— Partie du titre d'un roman de mœurs écrit par Le Sage.7 — Célèbre coureur de bois qui accompagnait Cham- plain en 1615, lors de.l'exploration de l'Outaouais Paroisse, village de la province de Québec (Deux-Montagnes).8 — Métal précieux, jaune et brillant.— Partie du nom d'un ingénieur de la marine, né en Béarn et inventeur de galiotes à bombes (1652-1719).9 — Principale difficulté d'une affaire, le nœud.— Abréviations de: défense contre avion.— Abréviation de Notre-Dame.10 — Jésuite, né en 1637, missionnaire au Canada; il évangélisa d'abord les Outaouais, puis les Hurons du Sault Sainte-Marie.VERTICALEMENT 1 — Absorbé.— Pronom personnel féminin.— Physi- cien allemand né à Erlangen.Il a découvert la théorie mathématique des courants électriques.2 — Abréviation de docteur.— Nom d'un avion qui a fait le service transatlantique entre le Canada et l'Angleterre.3 — Paroisse et village de la province de Québec (Abitibi).— Abréviation de Conseiller du Roi.4 — Ville et port du Mexique.5 — Voyelle (4e) et consonnes.— Que l'on doit, qui est causé par, ce qui est dû à quelqu'un.6 — Rivière de la province de Québec, prend sa source dans le comté de Saint-Maurice et se jette dans le lac Saint-Pierre.— Crevasse, fente; teigne qui attaque les étoffes et les papiers.7 — Le premier de tous les nombres.— Au.moyen âge, petit poème narratif ou lyrique.— Verbe anglais: manger.8 — Jésuite missionnaire au Canada en 1641; fonda la mission du Sault Sainte-Marie, avec le Père Marquette.9 — Génitif latin singulier de: mon, adjectif possessif: meus.— Voyageur américain, fit deux expéditions dans les régions arctiques.10 — Littérateur et conférencier canadien.Le Répertoire canadien nous a conservé quelques-unes des remarquables conférences qu'il se plaisait à faire à VInstitut Canadien de Québec ou de Montréal.* * * Faire tenir ses solutions, au plus tard, le 26 juin 1940, à I'Oiseau bleu, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.* * * Solution du problème de mai 1940 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ¦ D 0 L L A R 0 s 0 T 0 L T 0 R D U E L A N S ¦ Y ¦ U T ¦ B I G 0 T ¦ A R A A E ¦ 1 L A I C H 0 C A S S 0 N ¦ p A U A U E A T C ?M A D H U R 0 N s ?I I E L A N C E E S E S ¦ T M S ¦ S U ¦ 1.— Mlle Agathe Gaudette Village de Saint-Antoine-sur-Richelieu, P.Q.Couvent de Saint-Joseph 2 — Mlle Gisèle Ouellette 2043, rue Frontenac, Montréal Ecole Gédéon-Ouimet 3.— Mlle Anne-Marie Lemay Saint-Thomas, comté de Joliette, P.Q.Maison de la Providence.4.— Mlle Réjeanne Comtois 2515, rue Delisle, Montréal Académie de Sainte-Cunégonde.5.— Mlle Simone Labrecque Saint-Esprit, comté de Montcalm, P.Q.Couvent du Saint-Esprit.6.— Mlle Lise Beaudin 320, avenue de l'Église, Verdun Ecole Notre-Dame-des-Sept-Douleur8.* * * Chacun des gagnants a reçu en prime de la Société de Saint-Jean-Baptiste la somme de cinquante sous. L'OISEAU BLEU 317 Une page d'histoire UNE FONDATRICE DE MÉRITE M' Mi ri Marie-Anne ( 1809 - 1890 ) Je n'aurais jamais cru trouver en cette personne tant de qualités.Mgr Joseph La Rocque 'ONSEIGNEUR LA ROCQUE exprima cet avis au moment même où Mère Marie-Anne traversait la plus dure épreuve de sa vie.Marie-Esther Sureau dit Blondin naquit à Terrebonne le 18 avril 1809.Elle était la troisième enfant d'une famille de douze.Son père Jean-Baptiste et sa mère Marie-Rose Limoges étaient de modestes cultivateurs, mais ils vivaient dans la pratique des vertus chrétiennes.Élevée pieusement par sa mère, la petite Esther pouvait réciter seule, dès l'âge de quatre ans, le Pater, l'Ave Maria, le Credo et les Dix commandements.Sa piété alla s'accroissant sans cesse, si bien qu'à douze ans elle priait pendant des heures entières et jeûna tout le temps du carême.Pour se mortifier davantage, elle couchait sur le plancher de sa chambre.Après deux années d'études au pensionnat de la Congrégation de Notre-Dame, à Terrebonne, Esther demanda et obtint d'être admise au noviciat de cette communauté.Dieu avait d'autres vues sur cette âme d'élite.Au cours de sa deuxième année, sa santé fit défaut et elle dut retourner dans sa famille.Un an plus tard, après s'être rétablie, Mlle Blondin voulut se consacrer à l'éducation de la jeunesse.Elle apprit alors que Mlle Suzanne Pineault, autrefois novice à la Congrégation de Notre-Dame, cherchait une sous-maîtresse pour l'académie qu'elle dirigeait à Vaudreuil.Elle s'y rendit et pendant six ans, elle se dévoua auprès des enfants.En 1839, elle prit elle-même la direction de cette école où elle continua d'enseigner pendant neuf autres années.C'est en se donnant tout entière à cette tâche que Mlle Blondin constata que l'éducation des jeunes campagnardes laissait à désirer."Il y a là un vide à combler, disait la future fondatrice, je me sens appelée à ce genre d'apostolat." Elle exposa à l'archevêque de Montréal, Monseigneur Bourget, son projet de fonder une communauté.Il l'invita à prier beaucoup, pour que Dieu l'éclairât, et à se mettre à l'œuvre.Le 4 septembre 1848, Marie-Esther Blondin réunit six compagnes.Petit grain de sénevé d'où sortira un grand arbre: l'Institut des Soeurs de Sainte-Anne.La fondatrice portera désormais le nom de Sœur Marie-Anne.Au mois de mai 1849, Monseigneur Bourget, à sa première visite, la relève de sa charge de supérieure.Sœur Marie-Anne s'engagea alors dans la voie de l'humilité et de la soumission, gages de sainteté.La vêture eut lieu le 15 août 1850 et la profession religieuse le 8 septembre suivant.Mère Marie-Anne devint supérieure de la petite communauté.En dépit de l'extrême pénurie des ressources, à cause de cela même peut-être, l'œuvre se développa rapidement, si bien que Mgr Bourget se vit obligé de transporter le jeune institut à Saint-Jacques-de-l'Achigan au mois d'août 1853.Environ un an plus tard Mère Marie-Anne consentit, sur la demande de son évêque, au plus dur sacrifice qu'une fondatrice puisse faire: elle se déposa elle-même et n'accepta plus jamais d'être la supérieure de ses propres filles spirituelles.Après avoir dirigé sa communauté pendant quatre ans seulement, elle vécut trente-six ans dans l'ombre et l'abnégation.Son sacrifice fut béni de Dieu.Le 17 octobre 1864, la maison-mère se fixa à Lachine où la communauté continua de grandir et de prospérer.Avant de fermer les yeux pour toujours, le 2 janvier 1890, Mère Marie-Anne sut que son Institut comptait déjà cinq cent quatre-vingt-dix-sept sœurs professes et quarante-trois maisons d'enseignement.Depuis la communauté des Sœurs de Sainte-Anne a pris un splendide essor.Les Canadiens français doivent avoir confiance en eux-mêmes.La solidarité nationale sur le terrain économique ne doit pas être un vain mot pour eux.Qu'ils se groupent autour de leurs industries, de leurs maisons d'affaires, de LA SAUVEGARDE en particulier, puissante compagnie d'assurance sur la vie.Société canadienne-française, elle va de l'avant. 318 L'OISEAU BLEU TABLE DES MATIERES AOÛT-SEPTEMBRE 1939 JUIN- JUILLET 1940 Abondance de leur cœur (de 1').François Crusson.204 Albani (madame).95 Amusons-nous.20,40,44,72,118,140,175,205,251, 284,303 Anniversaires de mariage (les).93 Arbres de Noël (les).François Crusson.142 Armelle et grand-père.C.F.283 Auberge de Marie Picard (1').Marie-Rose Turcot.267, 304 Avis important.Le Directeur de /'Oiseau bleu.262 Bonne, heureuse et sainte année.Le Directeur de /'Oiseau bleu.130 Bons mots.11,51,54,93,134,138,180,211,221,239 Bout des doigts (du).François Crusson.170 Bruchési (Mgr Paul).34 Cadeau le plus utile (le).L'Oiseau bleu.141 Calvaire (le).80 Cercles des jeunes naturalistes.Marcelle Gaxivreau .18,41,76,105,135,173,199,236, 265,294 Chasse-galerie (la).François Crusson (Illustration).35 Closse (Lambert).30 Coin des rieurs (le).47,86,125,303 Comment préparer son mariage.l'ne mère de fa?nille.93 Concours mensuels.29, 62,94,126,158,189,222, 254,285,316 Contes, chansons et légendes.Alphonse de la Rochelle.3 Correspondance.Fauvette.10, 51,75,140,167,211,232, 303 Crémazie (Octave).286 de Rigaud (Philippe).159 Dernier Noël du père Aubuchon (le).C.F.Deux frères (les).Blanche Lamonlagne-Beaurégard.233 Douanes scolaires.299 Ducharme (Guillaume-Narcisse).223 du Gast, (Pierre, sieur de Monts).255 Elles étaient venues ensemble.François Crusson.11 Encyclopédie.' ' Épopée.C.F.231 Faites ça et vous vivrez.28 Fédération des Œuvres de charité canadiennes-françaises./?.G.202 Frère Ane et.L'Oiseau bleu.40 Gauthier (S.E.Mgr).Le Directeur de /'Oiseau bleu.66 Glas du missionnaire (le).François C.usson (Illustrations).236 Golgotha (le).208 Grand concours de Poupées historiques du IIle centenaires de Montréal.232 Graphologie.Soeur Jeanne.10 Il était quatre enfants.C.F.In Memoriam.Le Directeur de /'Oiseau bleu.194 Je me souviens.F rançois Crusson.73 Jeunes victimes du massacre de Lachine.François Crusson.12 Joies saines.Cousine Fauvette.50 Jolliet (poésie).Louis Frechette.84 Langues d'Esope (les).L'Oiseau bleu.239 Lartigue (Mgr Jean-Jacques).^3 L'OISEAU BLEU 319 Latulippe (Rose).François Crvsson (Illustration).195 Laurier (sir Wilfrid).190 Lecture (la).Camille Duguay.205 Légende de sainte Anne (la).Francois Crusson (Illustration).290 Le Mariage de Joseph te Précourt.Marie-Claire Daveluy.21,55, 87,119,150,181,214, 244,276,305 Les uns.et les autres.54 Loup-garou (le).François Crusson (Illustration).99 Lutins (les).François Crusson (Illustration).131 Maman rêve.C.F.139 Ma soeur la pluie.C.F.302 Mathieu (André).L'Oiseau bleu.103 Mère Marie-Anne.••.317 Mésaventure de Casse-Noisettes (la).Marie-Rose Turcot.71 Naissance d'une demoiselle.Marie-Rose Turcot.48 N'attendez point d'être soldat.L'Oiseau bleu.271 Noël.Le Directeur de l'Oiseau bleu.98 Notre unique patrie.François Crusson.45 Nôtres sur la scène universelle (les).Anloni Joly.46, 85,110,148,179, 206, 252 263,298 Ombres du passé (des).François Crusson.7 Ouvre tes yeux et regarde.271 Pensées.12, 28,48, 70,175, 282, 303 Pérennité de la Croix (la) (poésie).Clément Marchand.81 Petits sacrifices de Jeannot (les).Marie-Rose Turcot.13 Poésie des feuilles (poésie).Albert Ferland.49 Pour nous récréer.".264 Pour rire.61,102,107,157,207, 253,264 Pour un toutou.Cousine Fauvette.9 Près de la crèche.H2 Prêtre fantôme (le).François Crusson (Illustration).67 Prière à l'Enfant-Jésus (poésie).Blanche Lamontagne-Beauregard.113 Questionnaire de la jeunesse.M.Etienne Blanchard, P.S.S.15,52,82,116,146,168,212, 240,274,300 Quinze minutes.L'Oiseau bleu.79 Réalités.Cousine Fauvette.210 Récréons-nous.188, 201,243 Retour à l'école (le).François Crusson.8 Revanche des berceaux (la).François Crusson.108 Rions un peu.10,27, 38, 79,104,141,149,165,198,230 Rolland (Jean-Baptiste).127 Rondel d'automne (poésie).Alfred Des Rochers.17 Rosaire de grand'maman (le).J.-M.Néris.39 Sauvage mouillé (le).François Crusson (Illustration).4 Sauvetage émouvant (un).Marie-Rose Turcot.178 Si j'étais professeur.1,1 Stances aux étoiles (poésie).Charles Gill.176 Tête qui roule (la).François Crusson Illustration.162 Timbres historiques.242,272 Trésor inépuisable (un).L'Oiseau bleu.118 Un peu d'histoire.167 Vaisseau fantôme (le).François Crusson (Illustration).258 Va-t-il disparaître?.Alphonse de la Rochelle.315 Vendredi Saint (le) (poésie).Lucien Rainier.209 Vent du nord (poésie).Êva Sénécal.145 Vision.C.F.16» LIVRES DE PRIX ¦*> RECOMPENSES SCOLAIRES Livres de prix, collections canadiennes "GRANGER".Volumes de tous formats: cartonnage de fantaisie; brochures, reliures demi-toile; tranches dorées.Livres français importés de France et de Belgique.Belles collections d'auteurs classiques.Livres de prières, Chapelets, Crucifix, Médailles d'honneur, Couronnes blanches, Plaquettes de tous genres, Plumes-réservoir, Crayons automatiques, Coffrets remplis, Herbiers, Albums.Nos catalogues du gros sont à la disposition des professeurs et des Commissions scolaires.54 ouest, me Notre-Dame GRANGER FRÈRE5 Nos magasins ferment à 1 heure le samedi.LAncaster 2171 -_ r"> r—\ *—» tÊâ M# Mf .mais ne risquez pas vos cents : con-fiez-nous-les No$ $ociétaire$ $ont d'autant plu$ $ûr$ d'encai$$er leur$ rente$ qu'elle$ $ont ince$$ible$ et in$ai$i$$able$.Nous en avons 24 sortes.Quel est votre âge ?allons vous quer la vôtre Nous expli- CAISSE NATIONALE D'ÉCONOMIE 41 ouest, rue S.-Jacques Montréal — HArbour 3291 1* ' • (ME CNE (Si CM • (me CNE (ie »e m m CNE m (Se CNE (ie (ie • (ie (je CNE CNE • CNE CNE CNE CNE CNE cne CNE CNE cne (me (me • (me (ne (me • (me (ne CNE (me (me (ne (me ™ «is in ni ni ¦ »"» »¦» n •—» • CD en < H) o »-^.O Imprimerie F.f.Devoir, Monti
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