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Titre :
Le panorama : le seul magazine en langue française consacré aux vues animées
Le Panorama, sous-titré « Le seul magazine en langue française consacré aux vues animées », est fondé à Montréal en octobre 1919 pour couvrir l'actualité cinématographique. [...]

Le Panorama, sous-titré « Le seul magazine en langue française consacré aux vues animées », est fondé à Montréal en octobre 1919 par l'éditeur et propriétaire Poirier & Cie, qui publie également La Revue populaire et Le Samedi. Magazine illustré, Le Panorama fait écho à la popularité que remportent les « vues animées » et le cinématographe au Québec. Selon ce qu'en dit l'équipe de rédaction, il se veut l'« organe mensuel des théâtres et cinémas ».

Le Panorama, dont l'équipe de rédaction est dirigée par F. Verneuil, s'adresse à toute la famille. Il propose un contenu inspiré des publications américaines sur le cinéma : descriptions de films (distribution, synopsis), photographies de vedettes et traductions d'entrevues ainsi que de lettres d'acteurs ou de réalisateurs (parmi lesquels Charlie Chaplin, Gloria Swanson, Cecil B. DeMille).

Le Panorama dresse la liste des cinémas de Montréal, offre des articles - toujours traduits de l'anglais - sur l'art de réussir au cinéma et rapporte des anecdotes sur les tournages et les studios de cinéma.

Le Panorama offre aussi des textes non signés sur la cuisine, la couture, la danse et le soin des enfants, en plus de présenter des portraits d'artistes locaux, des critiques de films et des contes. Le mensuel publie également des romans-feuilletons (de Jeanne de Coulomb et Gaston Leroux, entre autres).

À partir du sixième numéro du volume 2, chaque parution inclut une pièce de théâtre (d'auteurs tels Benoît-Léon Deutsch, Fernand Vialle et Robert Francheville). Enfin, quelques concours sont lancés par l'équipe du magazine : des appels de scénarios, des jeux, des vedettes à identifier. Le premier concours est organisé en partenariat avec Léo-Ernest Ouimet, distributeur de la compagnie Pathé frères et fondateur du célèbre Ouimetoscope .

Le Panorama se démarque des autres publications de l'époque dans ses éditoriaux, intitulés « Réflexions du mois », qui font preuve d'une pensée plus originale. À titre d'exemples, la rédaction y souhaite l'arrivée du « téléphote » (télévision) dans tous les salons et en profite pour réclamer à plusieurs reprises, non sans un peu d'humour, le sous-titrage des « vues animées » en français.

Le Panorama disparaît en juillet 1921, probablement à cause de la crise du papier qui sévit à ce moment.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 291-292.

Éditeur :
  • Montréal :Poirier & cie,1919-
Contenu spécifique :
v. 2, no 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Références

Le panorama : le seul magazine en langue française consacré aux vues animées, 1920, Collections de BAnQ.

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2 LE PANORAMA Vol, 11, No 1—Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 3X3 MAGAZINE POUR TOUS LESMEMBRES DE LA FAMILLE \>f ^ mm LES REFLEXIONS DU MOIS FR1TZIE BRUNETTE déteste ceux qui font de la vitesse en auto et elle n'hésite pas, à l'occasion, à les traduire devant les magistrats.Elle aurait de la besogne à Montréal.—o— LA C*» UNIVERSAL vient d'éditer un film en quatorze rouleaux sur l'industrie du caoutchouc.Quatorze rouleaux, bigre! Il est vrai que le caoutchouc est un sujet bien élastique .—o— ON NE voit plus sur l'écran le fameux Joe Martin.L'intéressant quadrumane aurait-il déserté son studio?QUEL est le jeune homme, ou quelle est la jeune fille qui n'a jamais dit en voyant un acteur ou une actrice sur l'écran: •J'en ferais bien autant." —o— L'ARGENT fait accepter bien des choses; que de coups de pied au derrière qui sont reçus avec le sourire par des acteurs pour la plus grande joie du public! —o— LE CINEMA combine deux arts: la photographie et la peinture.La photographie se fait sur les bandes de pellicules et la peinture sur le visage des acteurs et des actrices.—o— LA SCENE cinématographique est pleine de contrastes: on y voit des'millionnaires qui sont payés 5 piastres par jour et des "bums" qui ont des contrats de deux cent mille dollars par an.—o— IL SERAIT intéressant de voir jouer le rôle de Vénus par Marie Dressier et celui d'Adonis par Bull Montana.—o— ON EPROUVE une certaine mélancolie à voir défiler sur l'écran l'image mobile de ceux qui ne sont plus.Par exemple Olive Thomas dont la fin brusque el bête a surpris tout le monde.LE CINEMA et le théâtre diffèrent complètement l'un de l'autre: au théâtre ce sont les acteurs qui parlent; au cinéma ce sunt les spectateurs.—o— QUELQUEFOIS au cinéma, la comédie n'est pas sur l'écran mais dans la salle.—o— LE CINEMA éducateur prend une extension rapide.Des films très intéressants nous promènent dans les pays divers ainsi qu'au milieu des ateliers les plus variés.C'est certainement la meilleure et la plus agréable manière de s'instruire.—o— UN BON opérateur qui parcourrait le Canada aurait une merveilleuse collection de films à faire.Les paysages pittoresques, les lacs, les mines, etc., seraient une véritable révélation non seulement aux étrangers mais également à beaucoup de canadiens eux-mêmes.—o— CERTAINES actrices cherchent à dissuader les jeunes filles de se faire admettre dans un studio, elles prétendent que c'est la vie la plus dure que l'on puisse imaginer.A remarquer, toutefois, qu'elles ne mettent pas elles-mêmes leurs conseils en pratique et demeurent là où elles s'estiment sans doute très bien.IL FAUT soixante ans à un homme de génie dans la littérature, la musique, la sculpture, etc., pour se faire connaître de son pays; il suffit de soixante minutes à une jolie fille de se faire connaître de toute la terre par l'intermédiaire du cinéma.—o— CELUI qui dépense 25 cents pour une soirée de distraction au cinéma, en dépenserait peut-être beaucoup plus ailleurs, sans compter encore les conséquences possibles de ces autres "amusements".ABONNEMENT ••.F.de VEKNEIIL.Entered at the SL Albana, Vt.Poat-Offlce aa second claaa matter NOUS ARRETONS le service du l'nnn-r'imu i .tnd l'abonnement eat expiré à moins que nous recevions la aouecrlptlon pour une cutre période.CHANGEMENTS D'ADRESSE— Donnez-nous toujours votre ancienne adresse en noua Indiquant la nouvelle.Prévenez-nous au moins quinze Jours d'avance.TRES IMPORTANT: Ecrivez toujours votre adresse complète et lisible dans toutea \os lettrée. Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 3 LA QUESTION DU PAPIER Cette matière première a subi une augmentation de prix qui a dépassé toutes les prévisions.Le papier coûte, aujourd'hui, cinq à six fois plus cher qu'il y a quelques années et il est extrêmement difficile de s'en procurer.C'est pour cela que le "Panorama" est imprimé sur des qualités différentes, c'est-à-dire sur ie papier qu'il a été possible d'avoir.Si nous n'avions pas agi ainsi, nous aurions été forcés, comme certains magazines américains, de suspendre notre publication jusqu'au jour où nous aurions pu acheter du papier.Nous sommes convaincus que les lecteurs apprécieront nos efforts pour conserver au "Panorama", en dépit de ces difficultés, une apparence luxueuse et qu'ils nous continueront leur faveur comme par le passé.POIR3ER & C>e PARFUMERIES DES GEMMES Empruntant les éléments de coloration des pierres précieuses Poudre compacte de Lasègue Foncé — Vif Rose pour blondes LASEGUE & Cie Chimistes-Parfumeurs PARIS POUDRES DE RIZ ET POUDRES COMPACTES Garam/iq* hygiéniques et ne se déteignant pas sur la peau.ROSE BLANC OCRE La nouvelle couleur ocre est spécialement recommandé pour les brunes Produisent aussi bien à la lumière naturelle qu'à la lumière artificielle, les plus jolis jeux de reflets Finesse Extrême — Parfum Délicat Adhérence Parfaite — Velouté Merveilleux Dans les meilleurs pharmacies et salons de beauté Pou dire compacte de Lasègne Foncé — Vil Rose pour blondes M, CH-ASSAGNE limitée, 43, St-Sacrement, Distributeurs pour le Canada.Montréal 4 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 jOesjardins a des prix beaucoup plus bas que durant la saison d'hiver Notre réputation pour .l'originalité du dessiru, la perfection -de la collection et l'excellence de lu qualité rsl pleinement justifiée dans .les innombrables et sptftndides séries de MANTES, MANTKAi X KCHARPËS et MANCHONS que nuus exposuns en ce moment.13a w> FOI Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 5 -2 Dans la Comp agnie Pathé Hal E.Roach H.B.Warne.Le comédien le plus populaire et son Directeur.Deux célèbres étoiles de la Compagnie Pathé. LE PANORAMA_Montréal, octobre 1920 s LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 ANTONIO MORENO et PAULINE CURLEV.de la Compagnie Vitagraph, visitant ilorphelinat de Lcs-A^gelès.Les enfanta font une réception enthousiaste a ux deux célèbres artistes. Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 9 UNE RECTIFICATION A la page 34 de notre No de septembre, nous avons reproduit une photo de Lucille Carlisle en l'indiquant comme étant à la Cie Universal.C'est une erreur que nous rectifions avec plaisir : Lucille Carlisle appartient à la Cie Vitagraph où elle est la partenaire de Larry Semon en vertu d'un contrat strict.Dont acte.La Famous Players monte en ce moment "Les travailleur»-de la mer", de Victor Hugo.—o— Le 23 octobre 1912, on présentait, à Londres, à Mme Sarah Bernhardt, une adresse de félicitations revêtue de plus fte cent mille signatures, reliée en trois volumes.—q— La FrancoTAmerican Cinematograph, au capital de $100,000,000, vient d'être incorporée dans l'état de Delaware, par MM.Himmel, Lucien .louvaud.Ho\vard-K.W'offlt, Frank-D.Pavey et Tihurcio Sftslanada.Cette 'compagnie a été montée avec de l'argent français, dans le but.'principal de faciliter l'échange des films entre la France et les Etats-Unis.Elle projette, d'autre part, de tourner quelques films et d'acheter quelques^ théâtres où les films français seront projetés sur l'écran.L'AMIE DES OISEAUX Norma Nichols qui tient le rôle de Nada dans la nouvelle série de Pathé, "Ruth of the Rockies'' a le don de charmer les oiseaux.Ils viennent volontiers manger dans sa main et le grave hibou lui-même ne craint pas de se servir de son poignet comme perchoir.Taylor Holmes dans une scene du film "Nothing but Lies" ilfaSirTSYirîs gnagagannag 10 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 Alice Joyce et Robert Gordon, dans "The Vice of fools" The Vice of Fools Film Vitagraph, par Francis james Scénario de Graham Baker Direction Edward Griffith LORSQUE! Stewart Rogers, le financier, se remaria, il avait une fille, Marion, et sa femme avait un fils, Cameron West.Les deux enfants se plurent et il fut presque entendu qu'ils s'épouseraient plus tard.Cependant, la deuxième madame Rogers, qui avait des idées de grandeur, rêvait un autre mariage pour son fils.Cameron, un jour, rencontra Diana Spaulding.Il s'en éprend et néglige Marion, qui, croyant à un flirt passager, va jusqu'à favoriser ses rencontres avec sa rivale.La mère de Cameron est aux oiseaux, car les Spaulding ont du "sang bleu".Mais Cameron rencontre un rival dans Granville Wingate, préféré de Diana, et il est obligé de se contenter du second rang.Au cours d'une rencontre entre les quatre jeunes gens sur les ierrains de golf, Wingate s'emballe au sujet de Marion.Celle-ci consent à flirter avec Wingate, afin de permettre à Cameron d'approcher Diana de plus près et de s'en dégoûter.Jalousie de Diana; audace de Wingate qui embrasse Marion et se fait éconduire.Mais, poursuivant toujours son idée, Marion pardonne à Wingate son effronterie et l'invite à un lunch.Diana, furieuse et dépitée arrive au lunch et déclare qu'elle est fiancée avec Cameron.Ce dénouement dépasse toutes les prévisions de Marion qui est désolée.Quant à Wingate, amoureux de Marion, cette nouvelle le laisse froid.Cameron et Diana s'épousent et Marion repousse les avances de Wingate.Il jure alors de semer le trouble dans le ménage de Cameron et Diana.Diana se fatigue de son amoureux mari, qui sait que sa femme rencontre Wingate, dons toutes les réceptions où elle va.Madame Spaulding inaugure une nouvelle maison de campagne, et à ce moment, Wingate et Diana sont tellement en amour qu'ils projettent de s'enfuir ensemble.Marion s'aperçoit de tout, mais elle a décidé d'éviter tous les chagrins à Cameron qu'elle aime toujours.Au cours de la soirée d'inauguration, l'on doit jouer à un jeu exigeant que les invités soient tous accouplés.Diana arrange les enveloppes de manière à ce qu'elle soient la partenaire de Wingate et que Cameron soit celui de Marion.Au cours du jeu, on en profitera pour s'enfuir.Cameron, attristé et indifférent au jeu, est sorti pour aller griller une cigarette.Marion sort pour le chercher, lorsqu'elle aperçoit dans l'ombre, Wingate, sous la fenêtre de Diana, tandis que celle-ci lui jette ses malles, faites en hâte.Elle monte immé-diatenfent à la chambre de Diana et cherche à l'empêcher de faire ce coup de tête fou.Elle réussit à la faire céder, et munis de son chapeau et de son manteau, elle s'enfuit à sa place avec Wingate.Elle ne se laisse reconnaître qu'une fois la rivière travrsée.Wingate furieux, s'en va à la ville.Diana suit Marion dans sa chambre et lui demande des nouvelles de Wingate qu'elle aime.Marion supplie Diana de rester dans le droit chemin.Cameron entend la conversation, comprend que sa femme n'est pas digne de lui, et il comprend en même temps toute la sublimité du sacrifice de celle qui l'a toujours aimé, la jolie Marion.Cameron a alors une dernière entrevue avec sa femme Diana.Il lui déclare qu'il ne s'opposera pas à sa demande en divorce qui la rendra libre, puis il revient à Marion qui lui pardonne son aveuglement passé.Enfin tout finit par s'arranger et l'on est heureux de part et d'autre, comme on aurait dû l'être si tout s'était passé normalement.Alice Joyce, dans la scène de l'enlèvement de "The Vice of fools" Alice Joyce, dans la scène du travesti, de "The Vice of Fools" 1 Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 11 1 | i boîte réoeptne La photographie des couleurs au Cinéma L'une des plus importantes découvertes françaises, dont on attend sous peu, une démonstration ici-même (par Gorges M.Reclus, ingénieur des Arts et Manufactures de Paris) (Suite) En nous rappelant bien ces faits ou expériences élémentaires, nous verrons à l'aide d'un exemple comment les-qualités des rayons lumineux et des verres de couleur ont été exploitées dans le nouveau système Gaumont.Commençons d'abord par étudier une simple photographie "inanimée", pour ensuite passer à la photographie cinématographique.Prenons, par exemple, la photographie d'un drapeau, en couleurs naturelles, reposant sur un fond de lames d'or, et transportons cette photographie sur l'écran.Commençons alors par placer un verre rouge devant la lentille du caméra; seuls les rayons rouges pourront pénétrer ce verre et s'imprimeront sur la plaque.Consé-quemment, au développage, nous obtenons un négatif ordinaire blanc et noir, sur lequel les parties rouges du drapeau apparaîtront noires.Si, par le procédé courant, nous tirons un positif de ce négatif, nous obtenons une image en blanc et noir, dont les parties correspondantes au rouge du drapeau seront transparentes alors que les parties correspondantes en bleu et jaune, demeureront opaques.Continuons de supposer que, sans changer la position du camera ou du drapeau, nous prenons une deuxième photographie après avoir mis préalablement un verre bleu devant la lentille, puis un troisième, à l'aide d'un verre jaune.En faisant des positifs de checun de ces négatifs, nous constatons que la partie bleue du drapeau devient transparentes dans la seconde photographie, alors que dans la troisième ce sont les rayons d'or ou jaunes du fond qui deviennent transparents.Prenons ces trois pos'tifs en blanc et noir et plaçons-les côte-à-côte.Alors, éclairons le premier avec une lumière rouge, le second avec une lumière bleue, et le troisième avec urne lumière jaune.Lançons-les ensuite tous les trois sur l'écran, au moyen d'un système de lentilles permettant de les superposer.Nous verrons alors le drapeau améri-ca'n et sa hampe dorée, apparaître sur l'écran, avec toutes ses couleurs naturelles.Mais, si au lieu de couleurs simples, nous avions eu des tentes composées, les pièces de verre coloré auraient attiré à elles les rayons susceptibles de les traverser, et les coui'.eurs fondamentales, une fo's projetées sur l'écran, se seraient atténuées jusqu'au point de donner les combinaisons les plus subtiles.Voici donc le problème solutionné, en ce qui concerne la photograplre pure et s mple.Pour la photographie c'né-matograph que, il fut nécessaire de poser trois images de la même scène, simultanément, avec le même appareil et une vitesse égale, pour les trois: l'une des poses à travers une lent'lle rouge, l'autre à travers une lentille bleue et la troisième, à travers une lentille jaune.L'appareil inventé par M.Gaumont comprend trois Chambres no'res superposées aussi près que possible les unes des autres* de manière à ce que les trois lentilles pussent poser simultanément la même scène à des angles variant à pe ne.Un petit disque de verre vert-jaunâtre est placé derrière la lentille supérieure; un d'sque rouge est placé derrière la lentille du milieu et un disque bleu, der-r'ère la lentille du bas.On verra que, grâce à cette dispo-sit'on, la même image se superposera tro;s fois smultané-ment, sur un film ord naire; ce qui permet au caméra l'usage du système ordinaire d'enroulement et de déroulement du film sur les essieux.La seule différence de coms-truct'on de l'appareil, c'est que l'espace compris entre les deux ouvertures du déclc, do t être plus considérable que dans l'appareil ordinaire, puisqu'il doit correspondre à la hauteur de trois images au lieu d'une seule.Enfin, la difficulté que l'on cons'déra t comme la plus sérieuse était contounnée.Afin d'effectuer la projection des scènes, on tire du prem'er négatif un posit f.par le procédé ordinaire; ce po.s'tif fut alors projeté sur l'écran au moyen d'un projecteur.Cet appareil n'a qu'une seule lum ère, ma:s comme le caméra spécial, il a les tro:s lentilles superposées.Chaque lent lie est séparée du film par un verre de couleur.Les lentilles, aux couleurs différentes, sont d'sposées de façon à ce que les trois mages dent ques soient exactement superposées dans la projection.(à suivre) 12 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 ELSIE FERGUSON Etoile de la compagnie Paramount-Artcraft Considérée par l'immense majorité comme l'une des plus belles femme du théâtre parlé, Elsie Ferguson fut l'une des dernières célébrité du drame, à se lancer dans le théâtre muet ou le cinéma.Mlle Ferguson représente au plus haut degré le drame américain de choix, et sa popularité, sur ce continent, aussi bien qu'à l'étranger, est bien à la hauteur de son incontestable talent dramatique.Sa carrière brillante est certes la résultante d'efforts persistants et d'un travail acharné, mais son ambition, qui la poussait à vouloir sans cesse mieux faire, sans s'arrêter aux succès acquis dans le passé, a auréolé son nom d'un prestige extraordinaire, dans le monde des grands artistes.Mlle Ferguson naquit à New-York, le 19 août 1883.Elle débuta au Madison Square Theatre, de New-York, dans "The Liberty Bells ", Miss Dolly Dollars", "The Girl from Kay's", "The Two Schools", "The New Clown", et "The Second Fiddle".Elle fit ses débuts à l'étranger, avec Lawrence D'Orsay, dans le rôle de Ella Seaford, dans "The Earl of Pawtucket ", au Playhouse, de Londres.Elle fit ensuite une grande tournée américaine avec "Pierce of The Plains", "The Battle", "The Traveling Salesman" et autres grands succès du théâtre moderne.Dans "Sucha Little Queen".Mlle Ferguson obtint un triomphal succès, dans le rôle titre, à l'Empire Theatre, de New-York.Ses triomphes les plus récents furent dans " Arizona ", " Rosedale ", "Princesse" et "Shirley Kaye"."Shirley Kaye" fut vraiment la dernière pièce dans laquelle se fit entendre Mlle Ferfuson, et son succès fut très considérable.Depuis plusieurs années, les compagnies dé cinéma avaient vainement essayé de l'engager.Elle croyait qu'elle devait atteindre une perfection scénique et artistique encore plus grande avant de se risquer dans le théâtre muet.Et, comme tant d'autres célébrités dramatiques, ce ne fut que tout récemment qu'elle sentit que cet art nouveau lui offrait un champ d'action assez vaste pour le développement de tout son talent.Lorsque l'approchèrent les directeurs de la Famous Players-Lasky Corporation, lui montrant les productions fameusse des plus grandes étoiles du monde, Mlle Ferguson comprit qu'elle pouvait enfin se livrer au cinéma sans perdre une parcelle de son prestige personnel.Elle débuta donc au cinéma avec "Barbary Sheep", de Robert Hichen, sous la direction immédiate de Maurice Tourneur.Les plus remarquables productions cinématographiques de Mlle Ferguson comprennent les suivantes: "Barbary Sheep'V "The Rise of Jennie dishing", "Rose of the World", "The Song of Songs", "The Lie", "A doll's House", "The Danger Mark", "Heart of the Wilds", "Under the Greenwood Tree", "His Parisian Wife", "The Marriage Price", "Eyes of the Soul", "The Avalanche", "A Society Exile", "The Witness for the Defense", "Counterfeit", "Lady Rose's Daughter" et "His House in Order", Aujourd'hui, Mlle Ferguson joue au théâtre son succès préféré depuis quelques années "Sacred ami Profane Love".par Arthur-Wing Pinero.ELSIE FERGUSON ON VA CINEMATOGRAPH 1ER LA VOIX Suivant le docteur E.-C.Kennett Mees, directeur des recherches au laboratoire de l'Eastman Kodak Co., à Rochester, il paraît que, s'inspirant des recherches faites par le professeur A.-O.Rankine, du Collège Impérial d es Sciences de South Kensington, il aurait trouvé le moyen de cinématogra-phier les sons en même temps que les mouvements.Cette cinématogra-phie des sons serait traitée comme le film que nous connaissons.C'est-à-dire qu'il serait pris un film négatif dont il serait tiré un nombre de positifs illimités et la voix ou un son quelconque seraient projetés par les rayons lumineux.En reproduisant et interprétant cette information, quelques-uns de nos confrères se sont imaginés que les sons seraient ainsi reproduits .d'une façon sensible pour nos oreilles.Nous croyons comprendre qu'il n'en est rien.On sait que le voix par exemple, impressionne d'une manière spéciale les molécules de l'air (vibrations) qui, à leur tour, vont impressionner le disque sensible du téléphone, etc.Le docteur Mees doit s'être arrangé pour impressionner aussi successivement et rapidement un grand nombre de disques sensibles, de manière à ce que les signes laissés par les vibrations soient ou deviennent visibles à l'oeil; il déroule ensuite sur l'écran une succession rapide de ces disques impressionnés.Ceci ne peut produire aucun son; mais une personne qui aurait appris à connaître exactement les signes imprimés par chaque lettre de l'alphabet pourrait théoriquement lire sur l'écran la signification des signes en question, comme on lit l'écriture, la musique, etc WAWAWAWAWATiiTYlIrTYilf Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 13 1 A QUEL AGE LA FEMME SE MARIE-T-ELLE LE PLUS ?Cela, sans doute, va vous surprendre, niais c'est pré-cisi'iiii'iit à l'àfre nu la l'einnie coiffe S te Catherine, qu'elle est le plus appréciée et le plus demandée.C'est en effet entre 25 et 30 ans que se marient 22% des femmes, tandis qu'entre 20 et 25 ans, 36% trouvent l'époux de leur choix.Entre 16 et 20 ans, 13 jeunes filles seulement sur cent se marient, soit 1% de plus que de 30 à 35 ans.Passé 35 ans, le pourcentage diminue d'une façon terrible; il tombe à 6% de 35 à 40 ans, à 5% dans les 5 années qui suivent, à 0.90% entre 45 et 50, à 0.40% entre 50 et 60 ans, et à 0.20% passé cet âge.Priscilla Dean de la C*e Universal s'entend fort bien à jouer des rôles de mendiante comme dans • La Vierge de Stamboul ", mais cela ne l'empêche pas d'avoir beaucoup de chic dans la vie privée.Cette simple reproduction le prouve amplement.Emma Dunn dans une des scènes de "Old Lady 31" PRISCILLA DEAN LE BUREAU DE CENSURE NE PEUT-IL EMPECHER QU'ON INSULTE LA FRANCE?On a montré, récemment, dans un cinéma de l'ouest de Montréal, un film de Karl Lennely, réglé par Herick von Stroheim, ancien officier dans l'armée autrichienne.L'aventure se passait à Paris, naturellement, mais un Paris truqué, dans lequel tous les Français et les Françaises n'étaient que souteneurs, escrocs, traîtres ou procureuses.Les Irois héros honnêtes étaient des Américains.Pouvait-il en être autrement ?11 ne faut pas trop s'étonner de la vogue qu'a pu avoir ce film dans l'ouest de Montréal, où il existe encore de nos concitoyens de langue anglaise trop heureux de voir rabaisser la France dont nous nous glorifions.Mais, pourquoi notre bureau de censure laisse-t-il ainsi diffamer et insulter la France?Dort-il?Est-il aveugle?Ce qui étonne surtout, c'est que son président, un Français de France, le marquis Russy de Sales, ait pu laisser passer un film discréditant son pays qu'il devrait aimer, au moins, autant que nous.BB9 14 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 L/es premières rides Le front garni .du menton.L'ART DU CAMOUFLAGE AU CINEMA C'EST un art extrêmement difficile car l'objectif de l'appareil enregistre les couleurs d'une façon différente que notre oeil.Alors que sur la scène d'un théâtre "parlé", le camouflage doit donner l'illusion par lui-même, il en est autrement devant le camera.Le rouge, par exemple, produit du noir et les rides paraîtront en relief ou en creux selon la couleur employée pour les tracer.De plus il faut compter avec un rude ennemi: la chaleur.Sous la lumière des énormes projecteurs électriques, l'enduit gras qui forme la "base" du camouflage, tend à fondre et à produire sur le visage des petits ruisseaux multicolores d'un effet désastreux.Se planter une perruque sur le crâne et une barbe sur la figure n'est pas, non plus, une chose très simple; il y a Au tour des sourcils.et des favoris. Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 15 IB] Maintenant, un petit coup de pinceau pour accentuer où il le faut.des barbes et des moustaches toutes prêtes d'avance mais beaucoup d'acteurs préfèrent les fabriquer et les adapter eux mêmes.C'est une opération délicate et qui demande beaucoup d'adresse et de temps.Nos gravures illustrent de façon frappante ce qu'un bon acteur réussit à faire de son visage.M.Lucien Littlefield.des studios Lasky, nous montre les différentes phases par lesquelles il faut passer afin de transformer un homme jeune et d'aspect agréable en "bum" tout à fait réussi.L'illusion est complète et si l'homme de la première gravure inspire la sympathie, celui de la dernière et qui est pourtant le même ne vous donne qu'un vague désir, celui de se gratter.B Un chapeau de circonstance.L« diable dans la bours* Et le vide dans le "compagnon" 16 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 Pour devenir étoi'e de cinéma 4 ARTICLE III La première chose qu'il faut faire, lorsqu'on joue un rôle, est de s'oublier soi-même.L'oubli de sa propre personnalité est une des choses les plus difficiles qu'un jeune artiste ait à obtenir pour réussir au théâtre et aux vues animées.L'artiste peut être appelé à jouer un Irlandais, avec l'accent du comté de Kerry, un Ecossais, un Suédois ou tout autre type; les âges des personnages qu'il représentera varieront entre 19 et 90 ans; il interprétera des caractères allant du bon petit jeune homme amoureux jusqu'au bandit le plus infâme.Quoiqu'il arrive, il doit se tenir prêt et avoir les connaissances requises pour remplir tous les rôles qui peuvent lui être offerts au cours de sa carrière.Il est facile de constater que le jeune aspirant au théâtre ou au cinéma a une rude tâche devant lui s'il n'a pas eu au préalable, l'entraînement élémentaire indispensable pour réussir et c'est sur cet entraînement avant les débuts que je veux insister.La meilleure école pour un débutant est celle par laquelle je suis passé, c'est-à-dire la "Stock Company".La "Stock Company" est le meilleur entraînement pour un débutant dans la carrière théâtrale car il est appelé à jouer dans une seule saison théâtrale au-delà de 30 à 35 rôles différents au côté d'artistes dont la plupart sont de très bons acteurs.Le débutant apprendra d'eux consciemment ou inconsciemment, tout comme j'ai appris moi-même du jeune homme à qui j'avais pris le rôle au pied levé et des autres membres de la compagnie dans laquelle je travaillais.Il faut absolument connaître le "mécanisme" du théâtre pour réussir, et il n'y a pas de meilleurs moyens d'apprendre que de jouer soi-même entouré d'artistes plus forts et plus avancés que nous; c'est la seule porte d'entrée pour arriver au théâtre ou au cinéma.S'il existe un autre moyen de parvenir, pour ma part, je ne le vois pas.Après ma première apparition dans le rôle dont je vous parlais dans mon dernier article, je réalisai immédiatement mon incompétence malgré le fait que je gagnais à ce moment 15 dollars par semaine au lieu de 12 que j'avais primitivement; je me rendis parfaitement compte que j'avais des quantités de choses à apprendre.La conscience du peu de connaissances que j'avais m'a complètement sauvé à cette époque; sans elle j'aurais continué à être satisfait du peu que je savais et j'aurais sombré immanquablement quelques années plus tard dans la médiocrité.Mais je travaillais pour acquérir ce que j'ignorais encore, j'appris tous les trucs du métier, j'appris à rire, à pleurer, à supplier, à ordonner, toutes ces choches qui paraissent si simples à celui qui n'est pas initié, a été un travail très pénible pour moi dont je ne me souviens que trop.Mais comme ce sont les plus petites choses qui comptent le plus au théâtre, j'appris ces choses que je n'oublierai jamais, ces choses qui sont l'essence même au théâtre.Dès lors je m'attaquai à tous les genres de rôles, jouant tous les caractères et ne m'arrêtant jamais de travailler et d'étudier.De cette manière j'ajoutai sans cesse du nouveau à mon bagage de connaissances et cela fut important, car lorsqu'un acteur ou une actrice cesse d'étudier il oublie rapidement tout ce qu'il a appris durant sa carrière et c'est de ce moment qu'il commence à rétrograder dans son art.Au théâtre, il faut travailler et étudier sans cesse si on veut réussir, le succès n'est qu'à ce prix.Un des motifs pout lesquels les* jeunes gens désirent être acteurs au cinéma.Le voisinage y est certainement agréable.iiïïTaftrTsfiirsvirTifr B Montréal, octobre 192Q i- LE PANORAMA i ¦ ¦.i Aventures extraordinaires de Joseph Rouletabille, reporter LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR par GASTON LEROUX Le mariage de Mathilde Stangerson et de Robert Darzac a lieu à Paris dans la plus stricte intimité.Après le mariage les époux Darzae veulent revoir Rouletabille, mais U a disparu, Mathilde remet pour lui, une lettre à Sainclair.Ce dernier retrouve le jeune homme et ¦par't avec lui pour Tréport, chercher le Parfum de la dame en noir.Au cours de son voyage, Roule tab3ie est confirmed ans son idée qu'il est le fils de Mathilde.Mais ce secret, Sainclair et lui, seulement, sont seuls à le connaître.Ils reviennent à Paris, rappelés en hâte par madame Darzac.No 3 (suite) —Et vous êtes sûr que ma femme ne l'a pas vu?redemanda Darzac.de plus en plus agité.—Oh! certain, vous dis-je.—Mon Dieu! interromipit Rouletabille, si vous pensez, monsieur Darzac, que vous puissiez abuser longtemps votre femme sur la réapparition de Larsan, vous vous faites de bien grandes iJlusions.—Cependant, répliqua Darzac, dès la fin de notre voyage, l'idée d'une hallucination avait fait de grands progrès dans son esprt et en arrivant à Caravan, elle me paraissait presque calme.—En arrivant à Garavan?fit Rouletabille, voilà, mon cher monsieur Darzac, la dépêche que votre femme m'envoyait.Et le reporter lui tendit le télégramme où il n'y avait que ces deux mots: "Au secours!" Sur quoi, ce pauvre M.Darzac iparut encore plus effondré.—Elle va redevenir folle! dit-il, en secouant lamentablement la tête.C'est ce que nous redoutions tous, et.chose singulière, quand nous arrivâmes enfin en gare de Menton-Garavan, et que nous y trouvâmes M.Stangerson et Mme Darzac, qui étaient sortis malgré la promesse formelle que le professeur avait faite à Arthur Rance, de rester avec sa fille aux Rochers Rouges jusqu'à son retour, pour des raisons qu'il devait lui dire plus tard et qu'il n'avait pas encore eu le temps d'inventer, c'est avec une phrase qui n'était que l'écho de notre terreur que Mme Darzac accueillit Joseph Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.Commencé dans le No d'Août 1920.Rouletabille.Aussitôt qu'elle eut aperçu le jeune homme, elle courut à lui, et nous eûmes cette impression qu'elle se contraignait pour ne point, devant nous tous, le serrer dans ses bras.Je vis qu'elle s'accrochait à lui comme un naufragé s'agrippe à la main qui peut seule le sauver de l'abîme.Et je l'entendis qui murmurait: "Je sens que je redeviens folle!" Quant à Rouletabille, je l'avais vu quelquefois aussi pâle, mais jamais d'apparence aussi froide.VI Le fort d'Hercule Quand il descend de la station de Garavan, quelle que soit Ja saison qui le voit venir en ce pays enchanté, le voyageur peut se croire parvenu en ce jardin des Hespéri-des dont les pommes d'or excitèrent les convoitises du vainqueur du monstre de Némée.Je n'aurais peut-être point cependant,—à l'occasion des innombrables citronniers et orangers qui, dans l'air embaumé, laissent pendre, au long des sentiers, par-dessus les clôtures, leurs grappes de soleil,—je n'aurais peut-être point évoqué le souvenir suranné du fils de Jupiter et d'AJsmène si tout, ici, ne rappelait sa gloire mythologique et sa promenade fabuleuse à la plus douce des rives.On raconte bien que les Phéniciens, en transportant leurs pénates à l'ombre du rocher que devaient habiter un jour les Grimaldi, donnèrent au petit port qu'il abrite et, tout le long de la côte, à un mont, à un cap, à une presqu' le, qui l'ont conservé, ce nom d'Hercule, qui était celui de leur dieu; mais, moi, j'imagine que, ce nom, ils l'y trouvèrent déjà et que si, en vérité, les divinités, fatiguées de la poussière blonde des chemins de l'Hellade, s'en furent chercher ailleurs un merveilleux séjour, tiède et parfumé, pour s'y reposer de leurs aventures, elles n'en ont point trouvé de plus beau que celui-là.Ce furent les premiers touristes de la Ritviera.Le jardin des Hespérides n'était pas ailleurs et Hercule avait préparé la place à ses camarades de l'Olympe en les débarrassant de ce méchant dragon à cent têtes qui voulait conserver la Côte d'Azur pour lui tout seul.Aussi je ne suis point bien sûr que les os de l'"Elephas antiquus", découverts il y a quelques années au fond des Rochers Rouges, ne sont pas Jes os de ce dragon-là! Quand, descendant tous de la gare, nous fûmes arrivés, en silence, au rivage, nos yeux furent tout de suite frappés par la silhouette éblouissante du château fort, debout, sur la presqu'île d'Hercule, que les travaux accomplis sur la frontière ont fait, hélas! disparaître depuis une dizaine d'années.Les feux obliques du soleil qui allaient frapper Jes murs de la vieille Tour Carrée, la faisaient t'clater sur Ja mer comme une cuirasse.Elle semblait garder encore, IS LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 vieille sentinelle, toute rajeunie de lumière, cette baie de Garavan recourbée comme une faucille d'azur.Et puis, au fur et à mesure que nous avançâmes, son éclat s'éteignit.L'astre, derrière nous, s'était incliné vers la crête des monts; les promontoires, à l'Occident, s'enveloppaient déjà, à l'approche du soir, de leur écharpe de pourpre, et le château n'était plus qu'une ombre menaçante et hostile quand nous en franchîmes le seul.Sur les premières marches d'un étroit escalier qui conduisait à l'une des tours, se tenait une pâle et charmante figure.C'était la femme d'Arthur Rance, la belle et étin-celante Edith.Certes, la fiancée de Lammermoor n'était pas plus blanche, le jour où le jeune étranger aux yeux noirs la sauva d'un taureau impétueux; mais Lucie avait les yeux bleus, mais Lucie était blonde, ô Edith!.Ah ! quand on veut faire figure romanesque dans un cadre moyenâgeux, figure de princesse incertaitne, lointaine, pla;ntive et mélancolique, il ne faut point avoir ces yeux-là, my lady! Et votre chevelure est plus- noire que l'aile d'un corbeau.Cette couleur n'est point dans le genre an-gélique.Etes-vous un ange, Ed th?Cette langueur est-elle bien naturelle?Cette douceur de vos traits ne ment-elle point?Pardon, de vous poser toutes ces questions, Edith; mais, quand je vous ai vue pour la première fois, après avoir été séduit par la délicate harmonie de toute votre blanche image, immobile sur ce perron de pierre, j'ai suivi le regard noir de vos yeux qui s'est posé sur la fille du professeur Stangerson, et j'ai vu qu'il aavit un éclat dur qui faisait un contraste étrange avec le timbre amical de votre voix et le sourire nonchalant de votre bouche.La voix de cette jeune femme est d'un charme sûr ; la grâce de toute sa personne est parfaite; son geste est harmonieux.Aux .présentations dont Arthur Rance s'est naturellement chargé, elle répond de la façon la plus simple, la plus accueillante, la plus hospfalière.Rouletabille et moi tentons un effort poli pour conserver notre lberlé; nous formulons la possibilité de gîter ailleurs qu'au château d'Hercule.Elle a une moue délicieuse, hausse les épaules d'un geste enfantin, dé'clare que nos chambres sont prêtes et parle d'autre chose.—Venez ! Venez ! Vous ne 'connaissez pas le château.Vous allez voir!.Vous allez voir!.Oh! je vous montrerai "la Louve" une autre fois.c'est le seul cou triste d'ici! c'elt lugubre! sombre et froid! ça fait peur! j'adore avoir peur!.Oh! monsieur Rouletabille, vous me raconterez, n'est-ce pas, des histoires qui me feront peur!.Et elle glisse, dans sa robe blanche, devant nous.Elle marche comme une comédienne.Elle est tout à fat singulièrement jolie, dans ce jardin d'Orient, entre cette veille tour menaçante et les frêles arceaux fleuris d'une chapelle en ruine.La vaste cour que nous traversons est si bien garnie de toutes parts de plantes grasses, d'herbes et de feuillages, de cactus et d'aloès, de lauriers-cer'fees, de roses sauvages et de marguerites, qu'où jurerait qu'un printemps éternel a élu domicile dans cette encenite, jadis la baille du château où se réunissait toute la gent de guerre.Cette cour, de par l'a;de des vents du ciel et de par la né-gl'gence des hommes, était devenue naturellement jardin, un beau jard n fou dans lequel on voit bien que la châte-la;ne a failli tailler le moins possible et qu'elle n'a point tenté de ramener, trop brusquement, à la raison.Derrière toute cette verdure et tout cet embaumement, on apercevait la plus gracieuse chose qui se pût imaginer en archi-, teclure défunte.Figurez-vous les plus purs arceaux d'un gothique flamboyant, élevés sur les premières assises de ia vieille chapelle romane; les pilliers, habillés de plantes grimpantes, de géranium-lierre et de verveme, s'élancent de leur gaine parfumée et recourbent sur l'azur du ciel leur arc brisé, que rien ne semble plus soutenir.Il n'y a plus de toit à celte chapelle.Et elle n'a plus de murs.Il ne reste plus d'elle que ce morceau de dentelle de pierre qu'un miracle d'équilibre retient suspendu dans l'aiT du soir.Et, à notre gauche, voici la tour énorme, massive, la tour du Xlle siècle que les gens du pays appellent, nous raconte Mrs Edith, la Louve et que rien, ni le temps, ni les hommes, ni la pape, ni la guerre, ni le canon, ni la tempête, n'a pu ébranler.Elle est telle encore qu'elle apparut aux Sarrasins pillards en 1107, qui s'emparèrent des îles Lérlns et qui ne purent rien contre le château d'Hercule; telle qu'elle se montra à Salagéri et à ses corsaires génois quand, ceux-ci ayant tous iprls du fort, même la Tour Carrée, même le Vieux Château, elle tint bon, isolée, ses défenseurs ayant fait sauter les courtines qui la reliaient aux autres défenses, jusqu'à l'arrivée des princes de Provence qui la délivrèrent.C'est là que Mrs Edith a élu domicile.Mais je cesse de regarder les choses pour regarder les gens, Arthur Rance, par exemple, regarde Mme Darzac.Quant à celle-ci et à Rouletab lie, ils semblent loin, loin de nous.M.Darzac et M.Stangerson échangent des propos quelconques.Au fond, la même pensée habite tous ces gens qui ne disent rien ou qui, lorsqu'ils se disent quelque chose, se mentent.Nous arrivons à une poterne.—C'est ce que nous appelons, dit Ed'tth, toujours avec son affectation d'enfantillage;»*la Tour du Jardinier.De cette poterne, on découvre tout le fort, tout le château, le côté Nord et le côté Sud.Voyez!.Et son bras, qui traîne une é'charpe, nous dés'gne des choses.—Toutes ces pierres ont leur histoire.Je vous les dirai, si vous êtes bien sages.—Comme Edidh est gaie! murmure Arthur Rance.Je pense qu'il n'y a qu'elle de gaie, ici.Nous avons passé sous la poterne et nous voici dans une nouvelle cour.Nous avons le vieux donjon en face de nous.L'aspect en est vraiment impressionnant.Il est haut et carré; aussi le désigne-t-on quelquefois sous cette appellation, la Tour Carrée.Et, comme cette tour occupe le co\n le plus important de toute la fortification, on l'appelle encore la Tour du Coin.C'est le morceau le plus extra-ordina're.le plus imiportant de toute cette agglomération d'ouvrages défens;fs.Les murs y sont plus épais que partout ailleurs et plus hauts.A mi-sauleur.c'est encore le ciment roma'Jn qui les scelle.ce sont encore les pierres entassées par les colons de César.—Là-bas, cette tour, dans le coin opposé, continue Edith, c'est la Tour de Charles le Téméraire, ainsi appelé parce que c'est le duc qui en a fourni le plan quand il a fallu transformer les défenses du château pour résister à l'artillerie.Oh! je suis très savante.Le veux Bob a fait de cette tour son cabinet d'études.C'est dommage, car nous aurions eu là une magnTique salle à manger.Mais je n'ai jamais rien su refuser au vieux Bob!.Le vieux Bob, ajoute,-t-elle, c'est mon oncle.c'est lui qui veut que je l'appelle comme ça, depuis que j'ai é'fcé toute petite.H n'est pas ici, en ce moment.Il est parti, il y a cinq jours, pour Paris, et il revient demain.Il est allé comparer des pièces anatomiques qu'il a trouvées dans les Rochers Rouges avec celbs du Muséum d'histoire naturelle de Paris.Ah! voici une oubliette.Et elle nous montre, au miliieu de cette seconde cour, un puits, qu'elle appelait oubliette, par pur romantisme, et au-dessus duquel un eucalyptus, à la chair Iiisse et aux bras nus, se penchait comme une femme à la fontane.Depuis que nous étions passés dans la seconde cour, nous comprenions mieux—moi, du modns, car Rouletabille, Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 19 de plus en plus lindiifférent à toutes choses, ne semblait ni voir, ni entendre—la d/sposit on du fort d'Hercu'le.Ce château avait été construit, en 1440, ipar les seigneurs de la Mortola.Pour l'isoler complètement de la terre, ceux-ci n'avaient pas hésité à faire une île de cette presqu'île en coupant l'iisthme minuscule qui la reliait au rivage.Sur le rivage même, dis avaient établi une barbacane, fortification sommarire en demi-cercle, destinée à protéger les approches du pont-Qevis et des deux tours d'entrée.Cette barbacane n'avait po>int lassé de trace.Et l'iisthme, dans la suite des siècles, avait retrouvé sa forme première; le pont-lev,is avait été enlevé; le fossé avait été comblé.Les murs du château d'Hercule épousaient la forme de la presqu'île, qui était celle d'un hexagone irrégulier.Ces murs se dressai ent au ras du roc et celuli-ci, par places, surplombait les eaux qui, inlassablement, le creusaient, si bien qu'une petite barque eût pu s'y abrtter par calme plat et quand elle ne craignait point que le ressac ne La rejetât et ne la brisât contre ce plafond naturel.Cette disposition était merveilleuse pour la défense qui n'avait guère, dans ces cond'ilions, à craindre l'escalade, de quelque coté que ce fût.On entrait donc dans le fort par la porte Nord que gardaient les deux tours reliées par une voûte.Ces tours, qui avaient fort souffert 'lors des derniers sièges par les Génois, avaient été un peu réparées par la suite et vena ent d'être m'ises en état d'être habitées par les soins de Mrs Rance, qui en avait consacré les locaux à la domesticité.Le rez-de-chaussée de la tour servait de logis aux concierges.Une petite porte s'ouvrait dans le flanc de la tour, sous la voûte, et permettait au veilleur de se rendre compte de toutes les entrées et sorties.Une lourde porte de chêne bardée de ifer.dont les deux vantaux étaient repliés depuis d'innombrables années contre le mur intérieur des deux tours, ne servait plus de rien tant on l'avait trouvée difficile à manier, et l'entrée du château n'était fermée que par une petite grille que chacun ouvrait, maître ou fournisseur, à volonté.Cette entrée était la seule qui permît de pénétrer dans le château.Comme je l'ai dit, 'passé cette entrée, on se trouvait dans une première cour ou "baille" fermée de tous côtés par le mur d'enceinte et par les tours ou ce qui restait des tours.Ces murs étaient loin d'avoir conservé leur hauteur première.Les courtines anciennes qui rejoignaient les tours avaient été rasées et étaient remplacées par une sorte de boulevard circulaire vers lequel on montait de l'intérieur de la baille par des rampes assez douces.Ces boulevards étaient encore couronnés d'un parapet percé de meurtrière pour les petites pièces.Car cette transformation avait eu lieu au XVe siècle, dans le moment où tout châtelain devait commencer à compter sérieusement avec l'arUMerT e.Quant aux tours qui avaient longtemps encore conservé leur homogénéité et leur hauteur première, et pour lesquelles on s'était borné à cette époque à supprimer le toit pointu qui avait été remplacé par une plate-forme destinée à supporter de l'artillerie, elles avaient été plus tard rasées à la hauteur du parapet des boulevards et l'on en avait fait des sortes de demi-lunes.Cette opération avait été accomplie au XVIIe siècle, lors de la construction d'un château moderne, appelé encore Château Neuf bien qu'il fût en ruines, et cela pour déblayer la vue dudit château.Sur le terre-plei'n des anciennes tours, terre-plein entouré lui aussi d'un parapet, on ava'it planté des palmiers qui, du reste, avaient mal poussé, brûlés par le vent et l'eau de mer.Quand on se penchait au-dessus du parapet circulaire qui faisait tout le tour de la propriété en surplombant le roc avec lequel U faisait corps, roc qui, lui-même, surplombait la mer, on se rendait compte que le château continuait à être aussi fermé que dans le temps où les courtines des murs atteignaient aux deux tiers de la hauteur des vieilles tours.La Louve ava'it été respectée, comme je l'ai dit, et lil n'était point jusqu'à son échau-guette, restaurée, bien entendu, qui ne dressât sa silhouette étrange vieillotte au-dessus de l'azur méditerranéen.J'ai dit aussi les ruines de la chapelle.Je viens de décrire ici toute la partie avancée du château d'Hercu'le.On ne pouvait pénétrer dans la seconde enceinte que par une poterne que Mrs Arthur Rance appelait la Tour du Jardinier et qui n'était, en somme, qu'un épais pavillon défendu autrefois par une autre tour, et qui avait entièrement disparu au moment de la construction du Château Neuf.Un fossé et un mur partaient alors de la Tour du jardinier pour aboutir à la Tour de Charles le Téméraire, aavnçant en forme d'éperon au tnilieu de la baille et barrant entièrement toute la première cour qu'ils fermaieiut.Le fossé existait toujours, large et profond, mais le mur avait été supprimé sur toute la 'longueur du Château Neuf et remplacé par le mur du Château lui-même.Une porte centrale, maintenant condamnée, s'ouvrait sur un pont qui avait été jeté sur le fossé et qui permettait autrefo's les communications directes avec la baille.Or, ce pont volant avait été démoli ou s'était effondré, et, comme les fenêtres du château, très élevées au-dessus du fossé, étaient encore garnies de leurs épais barreaux de fer, on.pouvait prétendre en toute vérité que le seconde cour était restée aussi impénétrable que lorsqu'elle était entièrement défendue par son mur d'ence'nte, au moment où le Château Neuf n'existait pas.Le sol de cette seconde cour, de la Cour de Charles le Téméraire, comme les anciens guides du pays l'appelaient encore, était un peu plus élevé que le niveau de la première.Le roc formait là une assise plus haute, naturel piédestal de cette colonne colossale, prod'ig'ieuse et noire, de ce Vieux Château, tout carré, tout droit, d'un seul bloc, allongeant son ombre fornrdable sur le flot clair.On ne p énétrait dans le Vieux Château que par une petite porte.Les anciens du pays ne l'appelaient jamais autrement que la Tour Carrée, pour la distinguer de la Tour Ronde, dite de Charles le Téméraire.Un parapet semblable à celui qui fermait la première cour, reliait entre elles les tours, fermant également la seconde.Nous avons dit que la Tour Ronde avait été autrefois rasée à mi-hauteur, reman'iée et refaite par un Mortola, sur les plans de Charles le Téméraire lui-même, à qui il avait rendu quelques services dans la guerre helvétique.Cette tour avait quinze toises de diamètre extérieurement et se composait d'une batterie basse dont le sol était placé à une toise en contre-bas du mveau supérieur du plateau.On descendait dans cette batterie basse par une pente, aboutissant à une salle octogone dont les voûtes portaient sur quatre gros piliers cylindriques.Sur cette chambre s'ouvraient tro:s énormes embrasures pour trois gros canons.C'est de cette salle octogone que Mrs Edith eût voulu faire une vaste salle à manger, car, si elle était admirablement fraîche à cause de l'épaisseur des murs, qui était formidable, la lumière du rocher et l'éblouissante clarté de la mer pouvaient y pénétrer à volonté par ces embrasures-meurtrières qui avaient été agrandies en carré et formaient maintenant des fenêtres garnies, elles aussi, de puissants barreaux de fer.Cette tour, dont l'oncle de Mrs Edith s'était emparé pour y travailler et y caser ses nouvelles collections, avait un terre-plein merveilleux où la châtelaine avait fa't transporter de la terre arable, des plantes et des fleurs, et où elle avait ainsi créé le plus étonnant jardin suspendu qui se pût rêver.Une cabane, tout habillée de feuilles sèches de palmiers, formait là un heureux abri. 20 le panorama Montréal, octobre 1920 J'ai marqué, sur le plan, d'une teinte grise, tous les bâtiments ou parties de bâtiments qui avaient été, par les soins de Mrs Edith, disposés, agencés et restaurés pour l'habitation immédiate.Du château du XVIIe siècle dit Château Neuf, on n'avait réparé,, au premier étage, que deux chambres et un petit salon, pour les hôtes de passage.Ces! là que Rouletabille et moi devions coucher; quant à M.et Mme Robert Darzac, ils habitaient dans la Tour Carrée dont nous aurons à parler d'une façon plus particulière.Deux pièces, au rez-de-chaussée de cette Tour Carrée, restaient réservées au vieux Bob qui couchait là.M.Stangerson habitait au premier étage de la Louve, au-dessous du ménage Rance.Mrs Edith voulut nous montrer elle-même nos cham-bres.Elle nous fit traverser des salles aux plafonds effondrés, aux parquets défoncés, aux murs moisis; mais, de-ci de-là, quelques lambris), un trumeau, une peinture écaillée, une tapisserie en loques, attestaient l'ancienne splendeur du Château Neuf né de la fantaisie d'un Mortola du grand siècle.En revanche, nos petites chambres ne rappelaient en rien ce passé magnifique.Elles en avaient été nettoyées avec un soin qui me toucha.Propres et hygiéniques, sans tapis,, badigeonnées, laquées de clair, meublées sommairement à la moderne, elles nous plurent beaucoup.J'ai dit que nos deux chambres étaient séparées par un petit salon.Comme je faisais le noeud de ma cravate, j'appelai Rouletabille, lui demandant s'il était prêt.Je n'obtins aucune réponse.J'allai dans sa chambre, et je constatai avec surprise qu'il en était déjà parti.Je me mis à sa fenêtre, qui donnait, comme les miennes, sur la Cour de Charles le Téméraire.Cette cour était vide, habitée seulement par son grand eucalyptus, dont, à cette heure, l'odeur forte montait jusqu'à moi.Au-dessus du parapet du boulevard, j'apercevais l'immense étendue des eaux silencieuses.La mer était devenue d'un bleu un peu sombre à la tombée du so r, et les ombres de la nuit étaient visibles à l'horizon de la côte italienne, s'accrochant déjà à la pointe d'Ospédaletti.Aucun bruit, aucun frisson, sur la terre et dans les cieux.Je n'avais observé encore un pareil silence et une pareille immobilité de la nature qu'à la minute qui précède les plus violents orages et le déchaînement de la foudre.Cependant, nous n'avions rien de tel à craindre et la nuit s'annonçait, décidément, sereine.Mais quelle est cette ombre apparue?D'où vient ce spectre qui glisse sur les eaux?Debout, à l'avant d'une petite barque qu'un pêcheur fait avancer au rythme lent de ses deux rames, j'ai reconnu la silhouette de Larsan! Qui s'y tromperait, qui tenterait de s'y tromper?Ah! il n'est que trop reconnaissable.Et si ceux devant lesquels il vient ce soir étalent disposés à douter que ce fût lui, il met une si menaçante coquetterie à s'exhiber dans toute sa figure d'autrefois, qu'il ne les renseignerait pas davantage en leur criant: "C'est moi!" Oh! oui, c'est lui! C'est lui! C'est le grand Fred.La barque, silencieuse, avec sa statue immobile, fait le tour du château fort.Elle passe maintenant sous les fenêtres de la Tour Carrée, et puis elle dirige sa proue du côté de la pointe de Garibaldi vers les carrières des Rochers Rouges.Et l'homme est toujours debout, les bras croisés, la tête tournée vers la tour, apparition diabolique au seuil de la nuit qui.lente et sourno se, s'approche de lui par derrière, l'enveloppe de sa gaze légère et l'emporte.Maintenant, en baissant les yeux, j'aperçoi's deux ombres dans la Cour du Téméraire; elles sont au coin du parapet auprès de la petite porte de la Tour Carrée.L'une de ces ombres, la plus grande, retient l'autre et supplie.La plus petite voudrait s'échapper; on dirait qu'elle est prête à prendre son élan vers la mer.Et j'entends la voix de Mme Darzac qui dit: -Prenez garde! C'est un p'l'ège qu'il vous tend.Je vous défends de me quitter, ce soir!.Et la voix de Rouletabille: —Il faudra b'ien qu'il aborde au rivage.Laissez-moi courir au rivage! —Que ferez-vous?gémit la voix de Mathilde.—Tout ce qu'il faudra.Et, encore, la voix de Mathilde, la voix épouvantée: —Je vous défends de toucher à cet homme! Et je n'entends plus rien.Je suis descendu et j'ai trouvé Rouletabille, seul, assis sur la margelle du puits.Je lui a'i parlé, et hl ne m'a pas répondu, comme il lui arrive quelquefois.Je m'en fus dans la baille, et, là, je rencontrai M.Darzac qui vint à moi, fort agité.Il me cria de loin.—Eh bien! L'avez-vous vu?—Ou'k.je l'ai vu, fis-je.—Et elle, elle, savez-vous si elle l'a vu?—Elle l'a vu.Elle était avec Rouletabille quand il est passé! Quelle audace! Robert Darzac en tremblait encore de l'avoir vu.Il me dit qu'aussitôt qu'il l'avait aperçu, il avait couru comme un fou au rivage, ma's qu'il n'était pas arrivé à temps à la po:nte de Garibaldi et que la barque avait disparu comme par enchantement.Mais déjà Robert Darzac me quittait, courant rejoindre Mathilde.anxieux de l'état d'esprit dans lequel il allait la retrouver.Cependant, il revenait presque aussitôt, triste et abattu.La porte de son appartement éta t fermée.Sa femme dés:rait être seule un instant.—Et Rouletabille?demandai-je.—Je ne l'ai pas vu! Nous restâmes ensemble sur le parapet, à regarder la nuit qui avait emporté Larsan.Robert Darzac était infiniment triste.Pour détourner le cours de ses pensées, je lui posai quelques questions sur le ménage Rance, auxquelles il finit par répondre.C'est ainsi que, peu à peu, je devais apprendre comment, après le procès de Versailles, Arthur Rance était retourné à Philadelphie, et comment, un beau soir, il s'était trouvé dans un banquet de famille, à côté d'une jeune personne romanesque qui l'avait séduit immédiatement par un tour d'esprit littéraire qu'il avait rarement rencontré chez ses belles compatriotes.Elle n'avait rien de ce type alerte, désinvolte, indépendant et audacieux qui devait aboutir à la "fluffy-ruffles", si en honneur de nos jours.Un peu dédaigneuse, douce et mélancolique, d'une pâleur intéressante, elle eût plutôt rappelé les tendres héroïnes de Walter Scott, lequel était, du reste, paraît-;l, son auteur favori.Ah! certes, elle retardait, elle retardait d'une façon délicieuse.Comment cette figure délicate parvint-elle à impressionner si vivement Arthur Rance qui avait tant aimé la majestueuse Mathilde?Ce sont là les secrets du coeur.Toujours est-il que, se sentant devenir amoureux, Arthur Rance en avait profité, ce soir-là, pour se griser abominablement.Il dut commettre quelque inélégante bêtise,, laisser échapper un propos si incorrect que miss Edith le pria soudain, et à haute voix, de ne plus lui adresser la parole.Le lendemain, Arthur Rance faisait faire officiellement ses excuses à ml'ss Edith, et jurait qu'il ne boirait plus que de l'eau: il devait tenir oe serment.Arthur Rance connaissait de longue date l'oncle, ce vieux brave homme de Munder, le vieux Bob, comme on l'avait surnommé à l'Université, un type extraordinaire qui (à suivre page 37) Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 21 22 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 MILDRED MOORE Elsie Fc.guson MILDRED MOORE Elle est née à New-Albany, dans l'Indiana, il y a une vingtaine d'années.A la suite d'un concours de beauté qui eut lieu à St-Louis, elle débuta au théâtre et maintenant elle est à l'emploi de la Cie Universal.ELSIE FERGUSON Elsie Louise Ferguson esl née à New-York, l'on ne corrtpte plus ses succès au cinéma et la liste des productions où elle a rempli les premiers rôles serait trop longue à établir.Elle appartient actuellement à la Cie Famous Players-Lasky.HENRY HARMON C'est un vétéran du film.Il a paru récemment dans "Old Lady 31', production de la Cie Metro clans laquelle il a confirmé sa réputation du "plus aimable des vieillards." C'est, d'aulre part, un vieillard solide, ayant 6 pieds et pesant 210 livres.Menry Harmon : Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 23 m Pauline Frederick, de la Cie- Goldwyn, dans une scène du film "Bonds of Love".BOB REED ET DOROTHY WOODS L'appareil photographique est un indiscret mais il faut avouer également que Bob Reed est un imprudent.Quand on est cow-boy on se contente de se servir de ses pieds pour porter des éperons et non pour faire de la télégraphie sans fil sous la table.Après tout, ce moyen de communication si pratique est bien permis- aux cow-boys comme aux simples mortels comme vous et moi.La télégraphie sans fil mais avec pied.i I 24 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 Peggy Floyd est une des nouvelles artistes de la troupe Mildred June, une autre artiste de la même troupe et de Mack Sennett.Elle paraît dans une des récentes qui a résolu le problème de l'habillement à bon marché, productions, fort amusante et qui a pour titre: "Married Sans doute son costume ne ressemble pas à ce qu'on voit Life".Ben Turpin est le héros de cette comédie; c'est-à- ordinairement dans les vitrines mais il est certainement dire qu'il y a de la gaîté en perspective pour le public des moins dispendieux qu'une robe de soirée tout en étant plus cinémas.garni., Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 25 •QOOBB-1gm31g31E^^ II Bustor Keaton des Lehrman Studies de Culver City, Californie.Tom Moore, i'acteur bien connu de la Cie Goldwyn.George Walsh, l'acteur athlétique de la Cie William Fox.William Russell, de la Cie William Fox et dont une des-récentes productions a pour titre: "Leave it to me".§ I 89143066932?842938771?3582042? 32 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 "Dr.Jekyll and Mr.Hyde" Dr.Jekyll et Mr.Hyde -mil deux personnages dans le même homme.Deux existences, ou plutôt une existence en partie double dans laquelle John Barrymore déploie un merveilleux talent.Dr.Jekyll et Mr.Hyde est une production qui peut compter parmi les meilleures de la Oie Famous Players.Holes : Dr.Jekyll.John Barrymore Mr.Hyde.Millicent Garew .Martha Mansfield Sir George Carew .Brandon Hurst Dr.Richard Lanyon .Carles Lane John i tterson .J.Malcolm Dunn Edward Enfield .Cecil Clovely Thérèse .Nita Naldi Poole.George Stevens :3| Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 33 ^.T1.7T "Thou Art The Man" (Tu es l'homme) Production Paramount-Artcraft Peut-on être pris avec des marchandises dérobées et être innocent?Gela dépend si l'on "est l'homme".Voilà en quelques mots le thème d'un beau film supérieurement joué par les artistes de la Paramount-Artcraft avec Robert Warwick dans le principal rôle.L'hostoire se passe dans le sud de l'Afrique relativement au commerce illicite de diamants et abonde en épisodes mouvementés.Lois Wilson, la vedette féminine est superbe dans son rôle et se montre la digne partenaire du talentueux Robert Warwick.Quelques scènes typiques du film "Thou Art The Man" 34 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 3] A Lady in Love (La dame amoureuse) Production de la Cie Paramount-Artcraft ETHEL CLAYTON joue dans cet pièce le rôle difficile de Barbara, jeune fille qui offre un mélange curieux d'ingénuité et de rouerie sentimentale.Elle s'enfuit avec un nommé Burton Sedgewick mais elle le répudie ensuite lorsqu'elle apprend qu'il est déjà marié.Elle devient ensuite amoureuse de l'avocat qu'elle consulte et trouve en même temps le moyen d'être la cause de scènes de jalousie dans son entourage.Finalement, elle recouvre sa liberté et peut épouser l'homme de son choix, l'avocat.C'est un peu un labyrinthe sentimental et il faut toute la souplesse d'Ethel Clayton pour s'en tirer avec succès.C'est d'ailleurs une experte dans ce genre qui lui convient non seulement à cause de son talent mais aussi de sa beauté ensorceleuse.il Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 35 The Dancing Fool roles (Le danseur fou) Sylvester Tibbie.Wallace Reid ' Junie Budd.Bebé Daniels Production Enoch JonesBa»SÏÏ?"f?Paramount-Artcraft **** .p' ' *arks McGammon .George B.Williams WALLACE REID, dans le M" B^Jd}UUl&n ""f*» rôle de Ves Tibbie, est amu- Elkus Carlos San Martin .' .Ga nés.W.-H.Brown sant autant que sympathique.„ .m „ «, v_n , M ., ; .Hark ns.Tully Marshall Engage par un vieil oncle a " \ „ , .d .u a uu a , 1 , Dornthv Harkins.Ruth Ashby d dollars par semaine et cou- „ .^ » r „ , , F ,.Tom Reed.Ernest Joy fine dans une routine déprimante, il s'amuse, fait la connaissance de Junie Budd, '""**" — —*" danse.comme un fou mais îï[i^^K86flbiw\3r fifc-*ie_ gagne de l'argent, révolutionne toute la boutique de son oncle et finalement l'enrichit par ses méthodes mo- P]:j v .q dernes.j* ¦ ^* * • Excellent film plein de _ gaite, do vraie bonne humeur et supérieurement in- .terpréti -1 < ¦ | > ' 11 - h 36 LE PANORAMA Montréal, octobre 1920 Humoresque ( Paramount-Arteraft, 6 parties) Production admirable, de fait, l'une des plus importantes de l'année et qui a remporté un brillant succès, très mérité, d'ailleurs.Frank Borzage y a déployé un grand talent et s'est placé au premier rang des metteurs en scène actuels.L'histoire très simple et très touchante, très habilement développée, avec des titres bien appropriés, est un curieux mélange de larmes et de rires.La photo est superbe.La mise en scène très soignée, très fouillée et très détaillée met bien en relief les caractères de la pièce.L'interprétation est digne de tous les éloges.Alma Rubens y joue le rôle de la jeune fille.En résumé, c'est un des films les meilleurs et les plus intéressants à voir.ROLES : Mama Kantor.Vera Gordon Abraham Kantor.Dore Davidson Leon Kantor.Bobby Connelly Leon Kantor (autre rôle) Gaston Glass Esther Kantor.Helen Connelly Esther Kantor.id .Ann Wallick Mannie Kantor.Sidney Carlyle Isadore Kantor.id.Joseph Cooper Isadore Kantor.id .Maurice Levigne Rudolph Kantor.Alfred Goldberg Rudolph Kantor,.id .Edw.Stanton Sol Ginsberg.Louis Stearns Boris Kantor.Maurice Peckre Mrs.Isadore Kantor.Ruth Sabin Baby Kantor.Frank Mitchell Minnie Ginsberg.Miriam Battista Gina Berg.Alma Rubens Montréal, octobre 1920 LE PANORAMA 37 (suite de la page 20) était aussi célèbre par ses aventures d'explorateur que par ses découvertes de géologue.Il était doux comme un mouton, mais n'avait pas son pareil pour chasser le tigre des pampas.Il avait passé la moitié de son existence de professeur au sud du R'*o-Negro, chez les Patagons, à la recherche de l'homme tert'aire ou tout au moins de son squelette, non pont de l'anlhropopithèque ou de quelque autre pithécanthropusy se rapprochant plus ou moins du singe, mais bien de l'homme, plus fort, plus puissant que celui qui habite de nos jours la planète, de l'homme, enfin, contempora n des prodigieux mammifères qui sont apparus sur le globe avant l'époque quaternaire.Il revenait généralement de ces expéditions avec quelques caisses de cailloux et un bagage respectable de tibias et de fémurs sur lesquels le monde savant bataillait, mais aussi avec une riche collection de "peaux de lap'n", comme il disait, qui attestait que le vieux savant à lunettes savait encore se servir d'armes mo:ns préhistoriques que la hache en silex ou le perçoir du troglodyte.Auss'itôt de retour à Philadel-ph'e, il reprenait possession de sa chaire, se courbait sur ses bouquins, sur ses cahiers et, maniaque comme un "rond de cuir", d;ctait son cours, s'amusant à faire sauter dans les yeux de ses plus proches élèves les copeaux de ses longs crayons dont 'il ne se servait jamais, mais qu'il taillait interminablement.Ett quand id avait atteint son but— qu'il visait—on voyait apparaître au-dessu9 de son pupitre sa bonne tète chenue qui fendait, sous les lunettes d'or, le large rire s lencieux de sa bouche joviale.Tous ces détails me furent donnés plus tard par Arthur Rance lui:-même, qui avait été l'élève du vieux Bob, mais qui ne l'avait, pas revu depifs de nombreuses années, quand il fit la connaissance de miss Edith; et, si je les rapporte si complètement ici, c'est que, par une suite de circonstances fort naturelles, nous allons retrouver le vieux Bob aux Rochers Rouges.M'ss Edith, lors de la fameuse soiirée où Arthur Rance lui fut présenté et où il se conduisit d'une façon aussi incohérente, ne s'était montrée peut-être si mélancolique que parce qu'elle venait de recevoir de fâcheuses nouvelles de son oncle.Gelui-cT, depu;s quatre ans, ne se décidait pas à revenir de chez les Patagons.Dans sa dernière lettre, il lui disait qu'il était bien malade et qu'il désespérait de la revoir avant de mourir.On pourrait être tenté de penser qu'une nièce .au coeur tendre, dans ces conditions, eût pu s'abstenir de paraître
de

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