Recto verso, 1 janvier 2001, novembre
NO 293 NOV I DEC 2001 LUTTE CONTRE LA PAUVRETE Entrevue avec Jean Rochon NUMÉRO SPECIAL SIT ANNIVERSAIRE " | - U SEPTEMBRE [ LA REPUQUE A tmu Plus que jamais, les critiques du statu quo sonnent juste mil dlnformati Sle Conseil reo»onat de développement de nie de Montréal Collecttl des entreprise: rl'insertinn du Ouétar Association québécoise a»s organismes de coopération in lern ationale AQ.OCI Communau CDEC Tourisme Hochelaga-Maisonneuve CHANTIER DE LÉCONOMIE SOCIALE Cenire-Sud/Ptaleou Mont-Royal ■ ^ique et Communautaire & onne fête: I 90§0 ECONOMIE SOCIALE ACTION COMMUNAUTAIRE l.Il ÉIC 0 CARREFOUR DE RELANCE OC «.ECONOMIE ET DE L'EMPLOI DU CENTRE DE OUÉ86C ET OE VANIEH GROUPE DE RESSOURCES TECHNIQUES i O N lOl ARTIER TOUJOURS AU FRONT ! Front d'action populaire en réaménagement urbain P'ï**^* Ly^out! [J Desjardins La caisse d'économie des travailleurs et travailleuses (Québec) COMMUNAUTE DES URSULINES ^ O 155, boul.Charest Est, Québec 1601, av.de Lorimier, Montréal Association des groupes de ressources techniques du Québec Sœurs servantes du Saint-Cœur de Marie NOVEMBRE/DECEMBRE 2001 24 L'ECONOMIE SOCIALE Autre et solidaire.La 2e Rencontre internationale sur la globalisation de la solidanté.PAR DENISE PROULX ET JEAN-SEBASTIEN MARSAN 52 ISLAM AU PLURIEL Des sociétés où les idées s'entrechoquent.PAR ANDRE SEIEANU 57 RAWA Ces Afghanes se battent pour leurs droits depuis un quart de siècle.PAR ANNE-MARIE TREMBLAY 70 OGM Une 2e Révolution verte.PAR DENISE PROULX Aussi dans ce numéro 4 Éditorial 6 Tout court 73 Mots de société PAR DANIELIE SHEITON 11 L'économie sociale en mouvement Des entreprises à visages humains EN COUVERTURE Photo Benoit Aquin pour Recto Verso 5 octobre 2001: la Marche mondiale des femmes et l'AQOCI tiennent è Montréal une vigile contre le terrorisme et contre la guerre _J Dans les ann Madeleine Par et organise la lutte des travailleurs et travailleuses du textile.Soixante ans plus tard, elle est de la Marche mondiale des femmes et de celle des peuples a Québec.* inouï lUOiT «Clin CAHIER SPÉCIAL I RECTO VERSO A 50 ANS L'ouverture au monde, le travail, les femmes et l'engagement : quatre grands thèmes ont traversé les 50 années de notre corporation éditrice.En changement comme la société québécoise, ils ont évolué, mais restent toujours d'une criante actualité.Avec Madeleine Parent, Jacques Keable, Michèle Audette, Marie Frantz Joachim, Pierre Valois, François Saillant et Vivian Labrie.CAHIER COORDONNE PAR ANNE-MARIE TREMBLAY 16 JEAN ROCHON I CARTES SUR TABLE Entrevue exclusive avec le ministre de la Solidarité sociale.« Est-ce que notre couverture des besoins essentiels peut être améliorée et comment ?» 18 (In)sécurité sociale 101 : 15 enjeux de la lutte contre la pauvreté PAR JEAN-SEBASTIEN MARSAN.6011 SEPTEMBRE LA REPLIQUE I CE QUI VA ARRIVER Les événements du 11 septembre et leurs suites ont ébranlé ceux et celles qui combattent l'ordre économique planétaire actuel.De la lutte des témmes afghanes à la prochaine rencontre du Forum social mondiale, plus que jamais il taut cliercher de vraies solutions aux vrais problèmes.Des voix s'élèvent : elles pavent la voie au changement.PAR DENISE PROULX ET ANDRE SEIEANU NOVEMBRE DECEMBRE 200! IECT0 VEISO I 3 MOT DE L'EDITRIUT PARI TENU ! Oui ne dit mot consent», selon le proverbe.Depuis 50 ans, des hommes et des femmes l'ont pris au mot.Ils ont écrit, analysé, présenté des militantes et des militants, participé aux débats qui ont animé la société québécoise.En travaillant sur ce numéro anniversaire, l'équipe actuelle a constaté l'immense richesse du travail accompli par les artisans de la corporation Vie Ouvrière.Rares sont les publications progressistes qui ont suivi l'évolution du Québec depuis 1951, le développement du mouvement communautaire, les luttes pour les droits des travailleurs, la mobilisation pour un monde plus juste.En travaillant sur ce numéro anniversaire, l'équipe actuelle a constaté l'immense richesse du travail accompli par les artisans de la corporation Vie Ouvrière.Nous sommes extrêmement fiers de vous présenter cette édition spéciale portant sur les 50 ans du magazine Recto Verso.Notre pan demeure audacieux.La corporation et sa publication n'auraient pu se rendre à ce moment historique sans l'appui de nombreuses communautés religieuses, d'organisations populaires, syndicales et de coopération internationale.Un appui qui ne s'est pas démenti, plusieurs sont toujours là.Notre pari est d'autant plus audacieux que ces organisations nous soutiennent tout en respectant notre indépendance rédactionnelle, sans laquelle notre projet n'aurait plus de sens.Cet automne, nous avons entrepris une grande tournée de nos points de dépôt.Un réseau de distribution unique composé, pour une large part, d'organisations communautaires et syndicales, de bibliothèques, de librairies et d'institutions scolaires.Dans l'histoire des médias québécois, plusieurs publications indépendantes à grand tirage se sont butées au problème de la distribution.Ici encore, le pari d'une distribution « autonome » a été tenu.Recto Verso est disponible dans 1253 endroits, sur l'ensemble du territoire québécois et dans plusieurs associations acadiennes et francophones canadiennes.Nous avons apporté de nombreux changements au magazine durant la dernière année, dans la recherche visuelle, dans la grille graphique.Le dernier de ces changements - nous le gardions pour la fin - un nouveau logo, élaboré par notre directeur artistique, François Leclerc.Aujourd'hui, Recto Verso poursuit son chemin et change, tout comme le monde que nous habitons.Nos «propriétaires» sont des citoyens et des citoyennes préoccupés par le développement d'une presse progressiste et indépendante, plus que jamais nécessaire dans le contexte actuel de concentration des entreprises de presse.Les membres de la corporation Vie ouvrière inc.décident de l'orientation et de la ligne éditoriale du magazine.Ils ont défini nos orientations en 1978 et les ont révisées en 1983 et en 1989.Auiourd'hui, la corporation éditrice sent le besoin de revoir ces orientations.Elle fait appel à ses membres et aux lecteurs qui désirent le devenir pour y réfléchir.Nous vous convions donc à ce rendez-vous, une assemblée spéciale d'orientation, qui aura lieu le 25 novembre 2001, au Centre Saint-Pierre, 1212, rue Panet, à Montréal.C'est une occasion rare, pour des lecteurs et des lectrices, de s'impliquer dans un média d'information de masse et de peser sur ses orientations.Plus que jamais, votre revue a besoin de votre appui, de vos idées, de votre désir de mieux comprendre les enjeux sociaux et de vous engager dans les débats sur les affaires publiques.C'est un rendez-vous.—Anne-Marie Brunelle VOUS NE VOULEZ PAS PRENDRE LE RISQUE DE RATER UN NUMÉRO?ABONNEZ-VOUS ! VOUS NE PAYEREZ QUE LES FRAIS DE POSTE ET DE MANUTENTION (toutes taxes incluses) D Groupe populaire 25$/an D Individu 20$/an D Institutionnel 25$/an D Soutien 32$/an D Etudiant ou sans emploi 15$/an A l'étranger D individu D institutionnel 30$/an 40$/an NOM ADRESSE COOE POSTAL TÉLÉPHONE 1 I PAIEMENT INCLUS D Faire parvenir votre chèque ou mandat poste Revue Vie Ouvrière inc, 1215, rue Visitation, à : bureau 101, Montréal lOuébec) H2L 3B5 4 RECTO VERSO NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2001 LES GENDARMES DU MONDE Mous ne sommes pas les gendarmes de la planète, Dieu merci!», s'est exclamé M.Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, au sortir du débat sur l'engagement canadien dans la guerre d'Afghanistan.Mais eux le sont! Eux, les États-Unis d'Amérique! Mais laisserions-nous les policiers édicter nos lois?Juger des délits et des peines, rendre les sentences et les exécuter?Certainement pas.C'est un des mérites de l'évolution de nous avoir appris à pacifier nos sociétés, d'abord en y faisant régner la concorde civile (l'homme n'est plus un ennemi pour l'homme) puis en substituant à l'arbitraire du prince l'équité d'une justice indépendante et honnête.Ce qui s'est passé le 11 septembre 2001 doit entraîner une réaction de la communauté des nations.Nul ne peut rester indifférent au malheur qui a frappé les États-Unis, ni en rendre responsable de quelque manière le peuple des États-Unis.Mais une opération de police - car c'est bien d'une opération de police dont il s'agit - ne doit pas résulter en une guerre contre un peuple déjà dévasté par vingt ans de conflit.Le premier moment de stupeur passé, pourtant, même des intellectuels de gauche ont lancé des appels à la vengeance.Au Québec, les féministes ont été les premières à rappeler tout le monde à la raison.La raison commande, dans les circonstances, que les institutions communes de l'humanité soient investies g du pouvoir et des moyens de maintenir la paix entre « les peuples.Le prix Nobel décerné conjointement à S l'Organisation des nations unies (ONU) et à Kofi An- 5 nan, son secrétaire général, vient à point nommé pour | nous rappeler que ces institutions existent.S Il aura fallu les événements du 11 septembre pour S que les États-Unis redécouvrent l'importance du par- S lement des États et lui paient 10 ans d'arrérages de co- | tisation.Mais la super-puissance refuse toujours la création d'un tribunal pénal international.De façon générale, l'actuelle administration états-unienne professe un grand mépris pour les institutions internationales.Malheureusement, les pacifistes ont de la difficulté à se taire entendre dans le concert des médias.Peut-être ne sont-ils pas assez nombreux?II faut joindre leurs rangs.Pour joindre les rangs du pacifisme, il faut satisfaire certaines conditions.Il ne faut pas prôner en même temps la paix et la guerre.La victoire, pour la justice, l'équité, les droits humains, n'est pas au bout du fusil.Il faut prôner une paix durable.Les institutions qui l'instaureront doivent jouir d'une autorité réelle, du consentement des États.Chaque gouvernement devra être convaincu de se soumettre à leur arbitrage, les peuples aussi.Recueillement lors de la journée nationale de deuil, aux Etats-Unis, le 14 septembre 2001.121S, rue Visitation Bureau 101 Montréal (Québec) R21IIS Téléc.: 514-523-5112 recr.overso3videotron.ca Magazine indépendant d'information générale, Recto Verso examine les réalités socio-politiques, économiques et culturelles d'ici et d'ailleurs Publié depuis 1951, le périodique s'inspire depuis toujours des idées émancipatrices dans la perspective d'un plus grand pouvoir des citoyens-nes sur leurs conditions de vie et de travail les articles publiés dans Recto Verso n'engagent queleur-sauteurs-es.conseil D'administration Françoise Guay, François Mercier, Guglain Prince, Nathalie St-Pierre, Edith Fessier, LinaTrudel POUR NOUS JOINDRE 514-523-5998 ADMINISTRATION SERVICE AUX ABONNES POSTE 27 ET POINTS DE DEPOT COOROONNATmCf 6INIRAU Anne-Mane Brunelle DIRECTRICE ADMINISTIATIVE et distriiution MélameLanvee REDACTION POSTE 23 ■ EDACTEUA EN chef Richard Amiot ■ EDAaEil* EN CHEF ADJOINT et diiecteua photo Patrick Alleyn PUBLICITE POSTE 24 DIRECTRICE DES VÎNTES Edith TéSSlér PRODUCTION directeur ARTISTIQUE François Leclerc directeur DE la PRODUCTION Richard Bousquet CORRECTEUR Pierre 0ucl05 sraphisme Composition Heur de lysée inc, François Leclerc et Alain Théroun infression Imprimeries Québécor me.DiSTRituTiON Distributions Faucons 450-649-5116 fréquence de farution 6 numéros par an AYUA Recto Verso est distribue dans plus de 1100 points de dépôt et par abonnements, à travers le Québec et dans la francophonie hors Québec.Recto Verso est présentement en processus d'accréditation dé sa distnbuhon avec le Cana-dian Circulation Audit Board (CCAB).Recto Verso bénéficie de fonds pour le développement de l'économie sociale du gouvernement du Québec.Nous reconnaissons l'aide financière accordée par le gouvernement du Canada pour nos coûts rédactionnels par l'entremise du Fonds du Canada pour les maga-nnes- le Centre St-Pierre.par le 5ecteur Promotion Communautaire, contribue au développement du magazine Recfo Verso Recto Verso est membre de l'Association des me -dias eents communautaires du Québec (AMFCQ).Ses articles sont indexés dans le répertoire analytique de presse Repère Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec.IS5N : 1484-6586 Envoi de publication, Enregistrement : no 1325639 Parution : no 293, novembre 2001 NOVEMBRE/DECEMBRE 2001 IECT0 VERSO | 5 OUft *H*1U ;¥ «HmuinMiJWll ZA>it «*MU ;l XMii*«MiMi Sur les traces des OGM L'ÉTIQUETAGE OBLIGATOIRE Greenpeace promet des visites achalantes aux épiciers.Les manifestants en faveur de l'étiquetage obligatoire des OGM cibleront en premier lieu les supermarchés Loblaws.PAR DENISE PROULX (Il e gouvernement fédéral L n'entend pas le langage de la raison, alors nous allons durcir le ton.On va visiter les distributeurs et les manufacturiers agroalimentaues, on continuera jusqu'à ce qu'ils comprennent", a annoncé Enc Daner, porte-parole de Greenpeace Québec.Le 17 octobre dernier, la Chambre des Communes a rejeté en deuxième lecture, par 126 voix contre 91, le projet de Loi C-287 sur l'étiquetage obligatoire des aliments contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM).La majorité des députés du Bloc Québécois a voté en faveur, ainsi que 34 députés ministériels (libéraux), dont sept du Québec.Les membres du Conseil des ministres présents ont tous voté contre.Allan Rock, ministre de la Santé, qui avait appuyé le projet de loi dans un premier temps, brillait par son absence.Depuis deux ans, les sondages réalisés sur la question rapportent que 95% des Canadiens souhaitent un étiquetage obligatoire des OGM.Action Réseau Consommateur et la Fédération des ACEF du Québec interviendront devant le Comité consultatif canadien sur les biotechnologies (CCCB) et l'Office des nonnes générales du Canada, qui consultent les Canadiens sur la création d'une grille de normes : «Il n'existe aucun consensus entre l'industrie agroalimentaire, les scientifiques et les consommateurs.Les industriels visent une limite minimale de 5% de traces d'OGM pour imposer un étiquetage (la norme européenne est de 1 %).Ce seuil est bien trop élevé et ne correspond pas aux attentes des consommateurs», dénonce Joseph Caron, d'Action Réseau Consommateur.Le rapport du CCCB, en août 2001, suggérait de commencer par un étiquetage volontaire, quitte à le rendre obligatoire ultérieurement.«Nous voulons nous assurer d'une homologation efficace.Le Comité veut encore vérifier des données scientifiques.Pour nous, c'est un aveu que leur système contient des faiblesses importantes», poursuit M.Caron.La députée Suzanne Tremblay, du Bloc Québécois, croit qu'il ne faut pas partir en peur avec l'étiquetage obligatoire.«Il faut dédramatiser les OGM.Des raisins sans pépins, c'est pas si catastrophique que ça.Personne ne peut garantir des ali- Travail autonome Devenir son propre patron?Mythes et réalités du nouveau travail autonome, du journaliste Jean-Sébastien Marsan, aux Éditions écosociété, lève le voile sur cette forme de travail, adulée par d'aucuns, honnie par les autres.Témoignages, entrevues, statistiques et analyses du discours idéologique autour du travail autonome.L'auteur brosse un sombre por- ments 100% sans OGM», a-t-elle commenté.Le Bloc Québécois entend prendre au pied de la lettre la demande de quatre ministres fédéraux, dont Allan Rock, de confier au Comité permanent de la santé la tenue d'audiences pour inventorier les meilleurs moyens de répondre aux besoins d'information des consommateurs.«On pense qu'il faut aborder la question de la traçabilité.Elle existe déjà pour la production du lait, et des nonnes sont sur le point d'être reconnues pour la viande.C'est par là qu'on va faire avancer les choses.La cause n'est pas désespérée», a déclaré Mmr Tremblay.Le Comité consultatif canadien sur les biotechnologies divulguera son rapport en juin 2002.n trait des travailleurs en «solo» sans sécurité sociale.À la merci des patrons, sans collègues de travail, ils sont la cible de donneurs de travail qui en demandent toujours plus pour offrir moins.«Quand la moitié des travailleurs autonomes gagne moins de 20000$ par année, en bossant plus de 40 heures par semaine, il ne faut plus parler d'une occasion d'affaires, mais de lutte pour la survie.» Journaliste depuis 1994, Jean-Sébastien Marsan collabore régulièrement à Recto Verso et à d'autres publications.Louise Harel Ministre d'État aux Affaires municipales et à la Métropole Agir autrement par l'action sociale pour retrouver force et dignité tout en participant au développement de la collectivité québécoise.Québec S! 6 I RECTO VERSO NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2001 î tttt *•!»* jn lu i >Le Réseau d'investissement social du Québec (R1SQ) est un .!.-.I.,nil i!i .inn.il .h i isqui .i Imi min lurr.ilil i|iu i |i.ii m il n min accessible un unan.adapté u la n .ilin 'l< .i nu.ini'.i .1 '.i.ili M ' M .i soutenir l'essor des entreprises « ollei tives pat I nu.i n.n de capital d.inivence servant de leviei fina.i pout l.l H .lll.N 'L I' Ul |.H.|.I l.i.uii .m, iii cesi.tl'.iiu m.n .ni .uni, .i vii.m n.il 'In peut lis .i.u ni .m, .érOf .1, uléphone suh 1111 -■ ( Ji.intii i < s\lc M svi MSQ Ligne sam fraii i (514)899-9916 (514) 259-771» (514)281-2355 m.un [.les 'ni'- orgaiù me Produi u.Ii •.ahii i I iai Boisvs ri Cal m.( .iiiilu .Ni I ii Vhlli iii |.ni Ri.lui.iilli .i I h .I.i, i ( îrapliismi ' omposition Fleur di l ■ (i i.iiini a mi.mini est publié six lois pat s.■ n .100 iiihi en ini'l.iu.i a m i haque i dition .1.agazini /.'■ ' I- ■ 11 .1 .n li.u .1., .I .,|.u .i uni.|.u .un .m.n cl leurs.iiii.uulu.ini .FOND/CT0/V CSN POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI La Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) 55 INAUGURATION DE LA MAISON DE L'ECONOMIE SOCIALE DU QUEBEC Le Chantier de l'économie sociale prend maison Elle s'enracine au Québec depuis plus de 100 ans.Partout, elle mobilise des femmes et des hommes qui œuvrent pour un développement solidaire et une économie plurielle.Depuis cinq ans, le Chantier de l'économie sociale est devenu cet espace national de concertation.de promotion et de développement.L'économie sociale du Québec a aujourd'hui sa maison, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve de Montréal.Le Chantier de l'économie sociale est très fier de s'établir dans ce quartier populaire où l'entrepreneuriat collectif foisonne depuis de nombreuses années.« Le Mouvement Desjardins nous a offert des conditions très avantageuses qui nous ont permis de devenir propriétaire de l'ancien centre de services de la caisse populaire Maisonneuve-Viauville et de recycler cet élément de notre patrimoine communautaire en Maison de l'économie sociale du Québec», apprécie M™ Nancy Neamtan, présidente et directrice générale du Chantier de l'économie sociale.« La contribution du Mouvement Des|ardins à la réalisation de notre Maison rappelle son rôle précurseur dans le développement de l'économie sociale au Québec», souligne M™ Neamtan.Déjà en 191 I.Alphonse Desjardins annonçait son rêve: «La caisse n'est qu'un prélude, bien d'autres organismes suivront englobant tous les besoins matériels susceptibles d'être mieux satisfaits par l'association coopérative.» M.Alban D'Amours, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, confirme ces ambitions : « Bien logé, installé au cœur d'un quartier dynamique de Montréal, le Chantier de l'économie sociale peut désormais poursuivre sa mission avec toute l'énergie dont on le sait capable et contribuer ainsi à faire du Québec un lieu d'innovation sociale, un lieu de solidarité, un lieu où l'intervention à l'échelle humaine sait côtoyer les grandes manoeuvres collectives.» Rappelons aussi l'engagement financier du gouvernement du Québec qui permettra d'effectuer les travaux de rénovations nécessaires pour augmenter la superficie de l'édifice On pourra ainsi y loger d'autres partenaires comme le Réseau d'investissement social du Québec.L'inauguration officielle de la Maison de l'économie sociole du Québec a été célébrée le I" octobre dernier en présence de M.Alban D'Amours, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, et de Mme Pauline Marois, vice-première ministre et ministre d'État à l'Économie et aux Finances, qui entourent ici M"" Nancy Neamtan, présidente et directrice générale du Chantier de l'économie sociale.De nombreux partenaires de l'économie sociale se sont rassemblés pour l'événement.En plus du Chantier, la nouvelle Maison de l'économie sociole du Québec abrite : le Comité sectoriel de main-d'œuvre de l'économie sociale et de l'action communautaire le Réseau des Ressourceries du Québec le Réseau québécois des groupes écologistes le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets Action RE-buts.r » l Q Desjardins CHANTIER DE LÉCONOMIE SOCIALE 5EIM1IL5ÛI1ALL Stratégie de lutte contre la pauvreté le ministre de la Solidarité sociale mise tout sur l'emploi, mais se dit ouvert à toutes les suggestions.PROPOS RECUEILLIS PAR RICHARD AMIOT ET JEAN-SÉBASTIEN MARSAN TEXTE JEAN-SÉBASTIEN MARSAN | PHOTOS BENOÎT AQUIN 161 RECTO VERSO NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2001 Le 15 juin 2001, Québec dévoilait ses « Orientations et perspectives d'actions en matière de lutte contre la pauvreté », prélude d'une stratégie nationale prévue pour 2002.Le processus de consultation sur le document de 35 pages intitulé Ne laisser personne de côté ! s'amorce cet automne sous l'égide de la ministre déléguée à la lutte à la pauvreté et à l'exclusion, Mme Nicole Léger, et d'un comité d'une dizaine de députés ministériels.(Ne laisser personne de côté! est disponible sur le site Internet gouvernemental : www.mess.gouv.qc.ca/francais/ ministere/strategie.htm) Le maître d'œuvre de cette stratégie, dont le gouvernement du Parti québécois entend faire une priorité, est cependant Jean Rochon, ministre d'État au Travail, à l'Emploi et à la Solidarité sociale.Recto Verso l'a rencontré, le 21 septembre dernier.Pierre Laberge, l'attaché de presse du ministre Jean Rochon, écoute son patron répondre aux questions des journalistes de Recto Verso, le 21 septembre dernier, à ses bureaux de Montréal.NOVEMBRE/DECEMBRE 2001 RECTO TERS0 I 17 22 octobre 2001.Pauline Marois, ministre d'Etat à l'Économie et aux Finances, accompagnée de son attaché politique Richard Brunelle, ((consultait)) des représentants du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté, au sujet de son budget de crise, qu'elle allait rendre public dix jours plus tard.Prudent, Jean Rochon refuse de tirer des conclusions hâtives, se réserve pour les discussions à venir.II se prononce cependant sur un barème (sans plancher!) à l'aide sociale, n'écarte pas l'allocation universelle, mise encore et encore sur la création d'emplois.Quelle sécurité sociale pour les Québécois et les Québécoises ?Tandis que se préparent des rencontres régionales sur la stratégie de lutte contre la pauvreté, coordonnées par les Conseils régionaux de développement (CRD), Jean Rochon, qui reçoit Recto Verso dans son bureau de Montréal, lance d'emblée qu'il n'écartera aucune suggestion.«Les questions sont sur la table, on ne veut en éviter aucune », dit-il.« Présentement, est-ce que notre couverture des besoins essentiels peut être améliorée, et comment?», réfléchit tout haut Jean Rochon.Qui dit besoins essentiels dit aide sociale, un programme sous la responsabilité du nouveau ministre (entré en fonction le 8 mars dernier).Jean Rochon ne s'avance pas sur la réclamation, maintes fois expnmée, d'un barème plancher à l'aide sociale, ce montant en deçà duquel l'Etat ne pourrait amputer le chèque d'un prestataire.La prestation de base débute à 501 $ pour une personne seule apte au travail.Le bénéficiaire partage son logement (pénalité de 50$), s'il refuse un emploi (100$ par refus), etc.La position de Jean Rochon n'a pas bougé depuis le printemps 2001, quand l'opposition libérale à l'Assemblée nationale a promis d'instaurer un tel barème et a encouragé le gouvernement dans cette voie.«Ce que j'ai toujours essayé de dire, et je pense que nos interlocuteurs le reconnaissent, c'est que soustraire [du chèque d'aide sociale) comme on le fait actuellement, on est en train d'arrêter ça complètement», assure |ean Rochon.«Il n'en reste plus beaucoup, des raisons de soustraire.Par exemple, la fameuse diminution pour le partage de logement, il y en a la moitié d'enlevée et on s'est engagé à enlever l'autre moitié d'ici la fin du mandat.» Quant au redou- table « test du logement » (si le loyer est trop S bas, la prestation est réduite en consé- * quence!), «c'est dans le collimateur», ajoute S le ministre.% o L'emploi, une fin | La pénalité pour refus d'accepter un ~ emploi pend comme une épée de Damo- s dès au-dessus de la tête des prestataires.I «Cette pénalité-là, |e la vois d'une façon un " peu différente», explique Jean Rochon.Le ministre souhaite la maintenir pour des raisons à la fois idéologiques et stratégiques: tout doit converger vers l'emploi.«La meilleure façon de favoriser l'intégration sociale de quelqu'un, c'est l'emploi», croit Jean Rochon.«Qui peut être de différentes natures : économie marchande, économie sociale, action communautaire.Si on privilégie l'emploi, tout ce qui va amener quelqu'un vers l'emploi sera privilégié.Et quelqu'un qui refuse systématiquement de faire l'effort d'être capable de prendre un emploi, c'est comme quelqu'un qui a un travail et qui décide de ne pas se présenter à l'ouvrage», tranche le ministre.Pourtant, le tout-à-l'emploi a montré ses limites.C'est d'ailleurs une critique récur- 18 | RECTO VERSO NOVEMBRE/DECEMBRE 2001 rente à l'égard de la stratégie de lutte contre la pauvreté du gouvernement.À quoi sert de créer des emplois à tout prix si l'on ne se soucie pas de leur qualité, de leur impact social, environnemental, etc.?Le salaire minimum (présentement de 7 S), une-excellente garantie de pauvreté, même avec un emploi à temps plein, n'a été augmenté que de dix cents cette année.La récession qui pointe à l'horizon fera bondir le taux de chômage et tout sera à refaire.«Quelle est l'alternative à l'emploi?», répond du tac au tac Jean Rochon.«Si, par votre question, vous suggérez que l'emploi n'est pas le ter de lance, qu'il y a autre chose, on est bien prêt à en discuter, mais il faudrait qu'on dise c'est quoi, cette autre chose.■• Certains pays européens (Grande-Bretagne, Pays-Bas) ont préféré augmenter les transferts aux familles pauvres et exclues du marché de l'emploi plutôt que de tout miser sur la création d'emplois.Pourquoi pas le Québec ?« La couverture de base de l'aide sociale, qui correspond aux besoins essentiels, il faut être capable de l'assumer collectivement », rétorque Jean Rochon.«Tout le monde y contribue par ses taxes et ses impôts.Il faut que l'économie roule et pour ça il faut qu'il y ait assez de monde qui travaille parce que c'est ce qui tait marcher l'économie.Idéalement donc, on monte ça [la couverture des besoins essentiels] à un bon niveau, mais il ne faut pas que ça devienne désincitatit au travail.» L'allocation universelle sous examen Dans un vocabulaire différent, le ministre de la Solidarité sociale ramène ainsi l'antique distinction entre les «bons» pauvres (inaptes au travail, victimes méritantes que la société doit soutenir) et les « mauvais » pauvres (paresseux qui refusent de travailler).Ces personnes ont pourtant les mêmes besoins de base.«Actuellement, travailler au salaire minimum est plus intéressant que l'aide sociale, souligne le ministre.En présumant qu'on augmente l'aide sociale à un montant qui soit confortable pour les gens, l'emploi, bien sûr, doit améliorer encore plus la qualité de vie.Autrement, plus personne ne voudra travailler et si plus personne ne travaille, il n'y aura plus d'impôts, de taxes, de programmes sociaux, plus rien», laisse-t-il tomber.« Notre société fonctionne quand chacun |oue un rôle dans la société», insiste Jean Rochon.«Pour moi, l'emploi, ça veut dire ça, ce n'est pas seulement une question économique.Un emploi donne un statut dans une collectivité.On reconnaît que, pour des gens, ce n'est pas possible, a cause de divers problèmes personnels ou à cause d'une récession, lorsqu'il n'y a pas assez d'emplois pour tout le monde.Ceux qui voudraient bien [un emploi] et qui n'en trouvent pas, on leur assure un filet de sécurité de base et personne ne tombera en bas de ce seuil-là.» À cet égard, les partisans de l'allocation universelle (ou revenu de citoyenneté) accordée à tous, peu importe la condition sociale, seront heureux d'apprendre que Québec intensifie les études à ce sujet.« Des études qui se font de façon întersec-torielle avec les différents ministères à vocation sociale ou économique », nous apprend M.Rochon.«On va pouvoir dire oui ou non, comment, qu'est-ce qu'on peut faire et pourquoi.■• Il évite cependant de donner son avis personnel sur l'allocation universelle, que d'aucuns qualifient d'utopie.D'autant plus qu'accorder un revenu inconditionnel sans relation avec les revenus du travail iure terriblement avec l'idéologie de l'emploi que prône le ministre.Une lutte contre la pauvreté sans les pauvres ?■ On ne veut pas mener la stratégie derrière des portes closes, il y a une opération terrain qui s'amorce », explique Jean Rochon, lorsqu'on lui demande de préciser ses activités de cet automne.« On va tout faire pour resserrer notre collaboration avec des groupes qui travaillent sur ces questions-là depuis longtemps, comme le Collectif [pour une loi sur l'élimination de la pauvreté] et la Marche des femmes.» Pourtant, le Collectif a émis de sérieuses réserves sur le document d'orientation de la stratégie, le qualifiant d'approche en vase clos, sans analyses des causes de la pauvreté, avec peu de mécanismes d'application et de suivi.Jean Rochon, de son propre aveu, s'inspire beaucoup du forum sur le développement social tenu en 1997 sous les auspices du Conseil de la santé et du bien-être.À l'époque, a la tête du ministère de la Santé, Jean Rochon avait suivi de près cette série de colloques régionaux.C'est un peu le menu pour l'automne 2001.« Ma collègue Nicole Léger, comme ministre déléguée à la pauvreté et à l'exclusion sociale, va m'assister, avec une équipe de députés qui rassemble des points de vues de différentes parties du Québec et qui s'intégrera a l'équipe ministérielle », précise le ministre.Sous le leadership des CRD, « on va aller voir, en région, des expériences et des projets novateurs.Ça se fera d'ici les Fêtes.Pendant ce temps-là, comme la stratégie recoupe mes fonctions au Travail et a l'Emploi, je vais faire des discussions et valider des choses avec des partenaires», poursuit- il.«On a des tribunes naturelles pour ça, comme la Commission des partenaires [du marché du travail].» La Commission des partenaires du marché du travail rassemble des fonctionnaires, des représentants d'organismes patronaux et syndicaux, mais peu d'intervenants du communautaire.Connie Barakett (Programme d'initiation au travail de la région Est de Montréal), Lise Fortin (Services externes de main-d'œuvre du Saguenay-Lac-Saint-Jean) et Nancy Neamtan (RESO et Chantier de l'économie sociale) y représentent le secteur communautaire.Personne ne détend les groupes de défense des assistes sociaux.La stratégie de lutte contre la pauvreté se fera-t-elle sans les pauvres, en ignorant le travail de terrain réalisé depuis des années, comme le redoute le Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté ?«Le Collectif a tait un boulot important», admet néanmoins Jean Rochon, qui réitère à plusieurs reprises pendant l'entrevue sa volonté de travailler avec l'équipe de Vivian Labrie.La stratégie de lutte contre la pauvreté, avant même de porter fruits, devra convaincre les premiers concernés.Q Queue est l'alternative à l'emploi?S'il y a autre chose, il faudrait qu'on dise c'est quoi, cette autre chose.NOVEMBRE/DECEMBRE 2001 RECTO VEHSO I 19 SQUALE (INSÉCURITÉ SOCIALE 101 15 ENJEUX POUR UNE ASSURANCE CONTRE LA PAUVRETÉ PAR JEAN-SEBASTIEN MARSAN avec la collaboration de Pierre Couture à Québec Sous un ciel chargé, le Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté a marché sur le Parlement de Québec le 17 octobre dernier.Histoire de rappeler au gouvernement Landry les enjeux d'une loi pour éliminer la pauvreté.Partis de l'église Sainte-Ursule, dans le Vieux-Québec, les 120 représentants du Collectif étaient gonflés à bloc.Ils scandaient : « Donnez-nous notre fierté dans la dignité », Sur place, une trentaine de députés, mais aucun ministre, et Jean-Pierre Charbonneau, le président de l'Assemblée nationale, les ont reçus pendant deux heures au Salon rouge.Plusieurs membres du Collectif ont témoigné de leur situation personnelle devant des parlementaires tantôt émus, tantôt songeurs.Vivian Labrie, la coordonnatrice du Collectif, a remis à Jean-Pierre Charbonneau des registres consignant le soutien écrit de plus de 1600 organisations québécoises de tous horizons et les textes de loi visant l'élimination de la pauvreté.En mars 2001, le critique libéral provincial en matière sociale, M.Chnstos Sirros, a fait valoir devant le conseil général du PLQ qu'une loi cadre était l'arme la plus efficace pour lutter contre la pauvreté.En juin, le gouvernement de Bernard Landry a annoncé son intention de déposer en 2002 sa stratégie pour la lutte contre la pauvreté.Une semaine plus tard, c'était au tour du premier ministre du Canada, Jean Chrétien, d'admettre que son gouvernement devait en faire plus pour la lutte contre la pauvreté.Selon le Conseil national du bien-être social, il aurait fallu près de 4 milliards S de revenus annuels en plus, en 1998, au Québec (1 610 000 pauvres ou 22% de la population), pour que personne ne vive sous le seuil de pauvreté.Ce seuil est fixé à 16320$ pour une personne seule et à 32 377$ pour une famille de quatre personnes vivant en ville.Fin juillet, l'Institut Fraser annonçait sa nouvelle façon de calculer la pauvreté.Selon l'Institut, réputé de droite ultra-con- servatrice, un Québécois a maintenant besoin d'un revenu de 7 870$ annuellement pour assurer son bien-être physique à long terme et se maintenir au-dessus des nouveaux standards de la pauvreté.Pour sa part, une famille québécoise de quatre personnes devait compter sur un revenu de 17 436$.La nébuleuse de la sécurité sociale au Québec est morcelée en un grand nombre de programmes sociaux partagés entre le fédéral et le provincial.Cnblé de trous et de rapiéçages, le vaste filet de sécurité sociale ne se manipule pas aisément.Par surcroît, le domaine est mal documenté.Un Québécois sur cinq est pauvre, dans un contexte de forte croissance économique (le taux de chômage était de 8% en décembre 2000, du ïamais vu depuis 1976).Selon le Front commun des personnes assistées sociales du Québec, en tenant compte de la non-indexation des prestations d'aide sociale et des coupures budgétaires dans le programme, le revenu disponible réel des prestataires a diminué de 19,9% depuis 1993.Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la pauvreté signifie la "privation de possibilités de choix et d'occasions qui permettraient aux individus de mener une vie décente.» 1 AIDE SOCIALE (OU «B.S.») Avec lassu-rance-emploi, le programme de sécunté du revenu le plus crucial et le plus controversé.En 1969, Québec adoptait la Loi de l'aide sociale, qui a retiré aux municipalités la charge des plus démunis et simplifié les mesures de soutien au revenu.L'État reconnaît qu'il a le devoir de combler le «déficit entre les besoins d'une famille ou d'une personne seule et les revenus dont elle dispose », stipule la loi.Seuls les moins de 30 ans recevaient une prestation amputée et devaient impérativement dénicher un emploi.Les prestataires sont majoritairement des ■inaptes» au travail dans les années 1970.Depuis les années 1980, les personnes seules aptes au travail et les familles monoparentales constituent la majorité des bénéficiaires.Le nombre de dépendants de l'aide sociale (enfants inclus) est passé d'un demi-million en 1970, à 700 000 en 1983, puis à 815 000 en 1996 (un record).En avril 2001, le nombre d'assistés sociaux était de 574 802.En avnl 2001, l'aide était en moyenne de 605,38$.La prestation de base est de 501 $ par mois, un montant insuffisant pour se procurer « la nourriture, le vêtement, les nécessités domestiques et personnelles ainsi que les autres frais afférents à l'habitation », les besoins essentiels définis dans la Loi de l'aide sociale de 1969.Les réformes de 1988 puis de 1996 et la création des programmes d'employabihté ont multiplié les règles de calcul de l'aide.Il faut distinguer les prestataires ■• sans contrainte» (aptes au travail), ceux éprouvant des «contraintes» (incapacité temporaire) et les individus souffrant de «contraintes sévères» (inaptes au travail).Des allocations peuvent s'ajouter pour contrainte à l'emploi et pour la taxe de vente du Québec, mais peuvent être réduite pour cause de partage de logement, de conioint aux études ou en emploi, de refus d'accepter un emploi, etc.Le prestataire a le droit d'empocher un revenu de travail limité, dont le plafond varie selon les catégories.Les fonctionnaires ont un pouvoir discrétionnaire considérable.Pour une enquête, ils sont investis des pouvoirs et de l'immunité des commissaires nommés en vertu de la Lot sur les commissions d'enquête.Les mesures d'employabihté, sous menace de coupures, flirtent avec le workfarc (travail obligatoire).2 AIDE JURIDIQUE Ce programme jadis accessible est aujourd'hui très sélectif.«L'aide juridique n'est plus un droit, mus un privilège, il faut prouver qu'on en a réellement besoin », résumait une porte-parole de la Commission des services juridiques (qui chapeaute les bureaux de l'Aide lundique de la province) après la réforme de 1996.En 1972, le régime était accessible à 25% de la population.Ce taux n'était plus que de 11 % en 1995.La réforme de 1996 élargit l'accès pour les familles, mais des cn- RECT0 VERSO NOVEMBRE/DECEMBRE 2001 y\ i I ri tères de sélection plus restrictifs et les contributions financières exigées améliorent peu la situation.3 ALLOCATIONS FAMILIALES Un des plus anciens programmes universels fédéraux, instauré en 1944.Jusqu'à la tin des années 1970, les prestations, indexées (et même triplées en 1973), augmentaient régulièrement.Québec verse ses propres allocations depuis 1^68, auiourd'hui sous la responsabilité de la Régie des rentes du Québec.À la Prestation fiscale canadienne pour entants s'ajoutent auiourd'hui la Prestation nationale pour entants du fédéral (pour les familles à faible revenu), les services de garde (gardenes à 5 $ du gouvernement québécois), diverses mesures d'aide aux parents comme le crédit de taxe sur les produits et services (TPS), les allocations de maternité et parentales prévues à l'assurance-emploi.4 ALLOCATION UNIVERSELLE (OU REVENU DE CITOYENNETE OU IMPOT NEGATIF) À ne pas confondre avec le revenu minimum garanti (qui ne vise qu'à rehausser le revenu des plus pauvres).Techniquement, il s'agit d'une fusion de tous les programmes de soutien au revenu en un seul chèque (donc moins de coûts administratifs, de contrôles, etc.).Ce chèque permettrait à 17 octobre 2001.Jean-Pierre Charbonneau, président de l'Assemblée nationale, accueille au parlement 105 militants du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté.Ensuite, douze personnes vivant la pauvreté livreront des témoignages devant une trentaine de députés venus pour l'occasion (aucun ministre).chacun de choisir entre travail, études, famille, etc., sans redouter l'absence de revenu.Ses partisans ne sont pas tous des gauchistes.La thèse réiouit quelques économistes néoliberaux qui croient, grâce à un super "B.S." universel, en finir avec le droit au travail et les revendications des chômeurs.Mais, à qui l'accorder?À tous les citoyens, du berceau a la tombe, ou seulement à la population active J Ce revenu serait-il cumulable avec les revenus d'emplois?Doit-on le taxer ou l'imposer?Et, surtout, à quel montant l'établir?5 ASSURANCE-EMPLOI En 1940, Ottawa i créé l'assurance-chômage, un des premiers programmes universels au pays.En 1971.9b o/o des salaries en bénéficiaient et touchaient b6'V assurance emploi », on assiste -presque en silence- au déclin et au «détournement • du régime canadien d'assurance-chômage 14, fruit de luttes syndicales anciennes.Le travail à temps partiel (de moins de 10% de la main-d'oeuvre, en 1976, ce pourcentage dépasse les 20°/o auiourd'hui) et la précarité de l'emploi prennent de l'ampleur.Les services de santé et d'éducation, faute de personnel, en raison des coupures budgétaires et de la politique du «déficit zéro», sont dans un état souvent déplorable.Mutisme syndical devant les prestations d'aide sociale qui plafonnent (donc qui, en termes réels, binent) à un niveau inacceptable.Les accidents du travail et les maladies professionnelles demeurent un pur scandale.En 2000, la CSST a accepté de reconnaître plus de 138000 accidents de travail, soit une moyenne tout à tait stupéfiante de 379 accidents par )our de calendrier! Ou 16 à l'heure! Cela, sans compter plus de 5000 cas de maladies industrielles identifiées et reconnues par la CSST.Cette année-là, les accidents officiellement reconnus - et tous ne le sont pas, loin de la! - ont occasionné la perte de 12674797 jours de travail ! Oui.douze millions et plus ! Cela ne tient compte que des accidents reconnus par la CSST et aucunement des accidents qui se produisent lors du travail au noir.A|outons que l'on a également compté, en 2000, 180 décès dus à des accidents et maladies industrielles, un par deux lours de calendrier! Le chômage se maintient autour de 8°o et l'on compte 1 500 000 personnes, 55% de toute la main-d'œuvre québécoise, qui n'ont pour toute protection que la très faible Loi sur Us normes minimales du travail.En 1996, la semaine dite normale était de 44 heures et le salaire minimum de b,70S l'heure.Total: 2°>4,80S par semaine.En 2002, le salaire minimum est de 7 S l'heure et la semaine normale est de 40 heures.Total : 280 S par semaine.Avancez en arrière ! On est progressiste ou on l'est pas ! Au terme d'une récente analyse des négociations dans le secteur public, le professeur et ex-syndicaliste Yvon Pemer conclut : « 11 faut qu'au cours des prochaines années nous réapprenions à agir collectivement pour définir, sur de nouvelles bases, les liens que nous souhaitons établir entre le social, le culturel, l'environnemental, l'économique et le politique.Après les dramatiques virages anti-sociaux des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, force est de constater que notre Photo de gauche : Le 26 novembre 1975, les chefs des trois grandes centrales syndicales québécoises, Louis Laberge (FTQ), Yvon Char-bonneau (CEQ) et Marcel Pépin (CSN), pendant une manifestation unitaire contre la loi fédérale anti-inflation limitant les augmentations de salaire.Au micro, le syndicaliste Michel Chartrand.Photo de droite : À l'écran, le président de la CSN, M.Gérald Larose, pendant le Sommet socio-économique présidé par Lucien Bouchard, le 30 octobre 1996.Les syndicats acceptèrent d'appuyer la politique de «déficit zéro» du gouvernement, mais non la clause d'«appauvrissement zéro» réclamée par les groupes sociaux.société a terriblement besoin de renouer avec des politiques axées autour de la solidarité sociale, de l'égalité des chances, du développement durable et du respect et de l'élargissement des droits démocratiques.» En vérité, comment être en désaccord Avec cette conclusion ?Et qui, mieux que le mouvement syndical, peut relever ce gant ?Q Notes 1 Rouillard, Jacques.Histoire du syndicalisme Québécois.Boréal.535 pages.1989 2 Ministère du Travail, Direction de la planification stratégique.Québec 3 Président de la FTQ de 1964 à 1991 4 Voir:Boudreau.Emile.Un enfant de la grande dépression.Lanctôt éditeur.1998 5 Marcel Pépin, président de la CSN de 1965 à 1976 Voir:Keable.Jacques.Le monde selon Marcel Pepm.Lanctôt éditeur, 1998.6 Voir : Fournier, Louis Louis Laberge.le syndicalisme c'est ma vie.Quebec-Amenque.1992 7 Les «trois D»:Amêdée Daigle, Jacques Dion et Paul-Émile Dalpe.respectivement directeur des services, trésorier et vice-président de la CSN.8 Formule Rand : des qu'une entreprise est syndiquée, tous les employés protégés par la convention collective, syndiqués ou non, doivent payer la cotisation syndicale 9 Voir : Fournier.Louis.Solidarité Inc.Québec -Aménque, 1991.10 La Presse, 7 octobre 2001, page A 10.11 Piotte, Jean-Marc.Du combat au partenariat.Recueil d'articles parus au fil des ans.Éditions Nota Bene.1998.12 Voir: «Collabos et heureux de I être ■>.in Le Devoir.30 janvier 1992.page B-8.13 Guilhot, Nicolas.« D'une vente à l'autre, les politiques de la Banque mondiale ».in Le Monde Diplomatique, septembre 2000, pages 20-21.14 VoirCampeau.Georges.De /'assurance-chômage à I assurance-emploi.Boréal, 2001.NOVEMBRE/DECEMBRE 2001 IECT0 VEISO I 37 EN CINQUANTE ANS, LE CORPS DES FEMMES A TOUR A TOUR ÉTÉ DÉMONISÉ, ÉROTISÉ ET MARCHANDISE.AUJOURD'HUI, LA CONTROVERSE TOURNE AUTOUR DU TRAVAIL DU SEXE, DERNIER TABOU DU FÉMINISME.SURVOL D'UNE RÉVOLUTION SEXU-tt/f.PAR ANNE-MARIE TREMBLAY En 2001, les chanteuses pops exhibent leur nombril devant un public de plus en plus jeune.Pascale Navarro et Nathalie Collard montrent les dessous de la pornographie au féminin dans Badgirl.Nelly Arcan, dans un essai au « je -, couche sur papier le quotidien d'une Putain.Enfin, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) se rend à la demande des travailleuses du sexe et amorce le débat sur la prostitution dans notre société.«Le mouvement des femmes avait mis le débat sur la prostitution.sous la couverture», croit Claire Thiboutot, co-fon-datnce et présidente de Stella.Ce groupe de défense est né en 1995, dans l'ancien Red Light de Montréal, pour réclamer des con- ditions de vie décentes pour les danseuses, prostituées, téléphonistes erotiques, escortes et effeuilleuses sur Internet.Les travailleuses du sexe revendiquent le droit d'utiliser leur corps comme outil de travail sans subir de discrimination.En se rendant à la requête de Stella, la FFQlance une tournée provinciale sur le travail du sexe.L'utérus hystérique La religion et la société ont longtemps démonisé le corps féminin.Hystériques et utérus, par exemple, possèdent la même racine (du grec husterikos, «l'attitude des malades étant autrefois considérée comme un accès d'érotismc morbide féminin », révèle Le Petit Robert !).Dans le Québec de Maurice Duplessis, le désir et le libre choix n'existent pas.Entre Eve et Mane, la femme est désincarnée.Vierge ou mère, ou exclue.Les pages de L'action catholique ommère réfèrent d'abord timidement à la vie sexuelle, en mentionnant fréquemment les Services de préparation au mariage, dont les cours ont débuté dans les années 1940.«Dans les SPM, deux documents portent sur la sexualité.Mats les recommandations sont sévères et étroites.Il y avait un cercle noir autour, et la consigne était de ne laisser traîner ces documents nulle part », raconte Micheline Dumont, historienne spécialisée en histoire des femmes.Le mot sexualité, impnmé noir sur blanc, apparaît pour la première fois dans Prêtre aujourd'hui (successeur de L'action catholique ouvrière) en 1965.L'abbé Guy Brouillet publie une séné d'articles sur la vie sexuelle dans le couple, le rôle du curé dans la vie des couples, la masturbation, la contraception, etc.La même année, un article explique la méthode contraceptive sympto-thermique 38 I RECTO VEISO NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2001 1997, devant l'hôtel de ville de Montréal, des membres de la Coalition pour la défense des droits des travailleurs et travailleuses du sexe manifestent contre la répression des prostituées de rue (Voir Recto Verso no 288) Les femmes qui veulent «empêcher la famille» doivent se rendre chez des faiseuses d'anges, souvent des charlatans, qui coûtent cher.Entre 50 000 et 100 000 avortements se pratiquent chaque année dans les années soixante, au Québec.Les femmes, désemparées, usent de tous les subterfuges, jusqu'à des aiguilles à tricoter, pour s'avorter elle-même.Dans un témoignage recueilli par Vu ou-z>rière, une femme raconte ses trucs pour 'faire virer le p 'tit : un bain très chaud avec du thé, un bain chaud avec une tasse d'eau de s Javel, pas n'importe laquelle, La ; Parisienne, te pendre à un tuyau | plusieurs fois par jour, boire " beaucoup de vin rouge chaud.» (ou du thermomètre), une collaboration spéciale de Seréna, un service de régulation des naissances fondé par des laïcs en 1955.« Entre 1955 et i960, les prêtres avaient commencé à parler des enfants qu'on est capable d'élever convenablement, plutôt que des enfants qu'on est capable d'avoir», explique Suzanne Parenteau, docteure à Seréna depuis 1%2.En 1968, le concile Vatican II, sous l'égide de Paul VI, condamne l'usage de la pilule contraceptive.La théologienne Mane Grat-ton estime qu'il y avait pourtant un espoir de changements chez les fidèles de l'Église catholique.Devant cette position du clergé, les femmes cessent de parler de leur sexualité à leur confesseur.Aiguilles à avorter L'avortement aussi est intolérable pour le clergé.Il n'est pas question de « refuser la famille», même si une grossesse met en danger la santé de la mère.« Même si tu pensais risquer ta vie, y avait nen à taire, fallait le rendre |usqu'au bout», écrivait-On dans Dossier Vie ommère, en 1982.Lors d'un accouchement difficile, c'était l'entant qu'on sauvait en premier, parce que «l'entant qui mourait sans avoir reçu le baptême allait aux limbes, alors que la femme qui mourrait en couches allait tout droit au ciel!» - GUY BROUILLET PTRE.PRÊTRE AUJOURD'HUI Entre prêtres et médecins Depuis la révolution tranquille, l'État et l'Église font chambre à part.En 1969, le biH omnibus sort aussi l'État de la chambre à coucher des Canadiens.La loi mise en place par Pierre Elliott-Trudeau déenmi-nalise l'homosexualité et la contraception.Elle assouplit également les règles sur l'avortement.À l'ère du peace and love, des hippies, des communes (1970), les féministes radicales clament que «le pnvé est politique».Les lesbiennes sortent du placard.Des tabous comme l'orgasme, la masturbation, le plaisir, la louissance sont mis à nu.Dans la foulée du retour à la terre, les femmes veulent se réappropner leur corps.« Au nom de Dieu, on a condamné (les femmes) à "enfanter dans la douleur", puis, au nom de la science, on les a contraintes à abandonner le savoir instinctif de leur corps au profit du savoir omniprésent de la médecine», écrivait Dossier Vie ouvrière en 1982.Une armée d'anesthésistes, d'infirmières, de chirurgiens et de gynécologues remplacent les sages-femmes.Les médecins presen-vent abondamment la pilule, malgré des effets secondaires mal connus.Ils procèdent Avril 65 « En classant la masturbation dans le domaine des fautes graves (.) obient-on les résultats escomptés?Peut-on rester insensible à l'opinion d'hommes de sciences très sérieux qui y voient un phénomène normal pour un certain temps?» massivement à des ligatures des trompes comme moyen de contraception.Les femmes qui désirent avorter doivent se rendre à l'hôpital et passer devant un comité thérapeutique composé de trois médecins qui évaluent si la maternité pose un problème de santé pour la femme enceinte.Six ans après l'entrée en vigueur de la loi, 90% des hôpitaux n'ont toujours pas créé de comité thérapeutique.Peu de femmes ont accès à l'avortement.Le docteur Morgentaler, figure emblématique du libre choix, ouvre donc des cliniques pnvées où il pratique les avortements sur demande.C'est le début d'une longue saga judiciaire qui se terminera en 1988, lorsque 1TVG (interruption volontaire de grossesse) sera retirée du Code cnminel.En 1989, l'affaire Daigle-Tremblay relance la cause des pro-vie.Sylvie Daigle désire mettre un terme à sa grossesse.Pour l'en empêcher, son ancien conioint la poursuit en justice.Vie Ommère se prononce : « Pourquoi invoque-t-on le droit du foetus, alors que ceux de la femme, de la mère ne sont pas respectés ?», demande Myriame El Yamani.En 2001, tous les débats sur la condition féminine ne sont pas terminés.Le discours des travailleuses du sexe dérange le mouvement des femmes, qui considère que la prostitution est un acte de violence collectif contre les femmes.Maintenues dans l'illégalité, sans recours, les filles de joie constituent des proies faciles pour les abus de toutes sortes :harcèlement, vol, viol, violence.La décnminalisation «donnerait du pouvoir aux femmes, pour qu'elles soient plus outillées dans le choix de leurs conditions de travail », soutient Claire Thiboutot.Au sein du comité de la FFQ chargé de la question, deux positions coexistent.La première propose que les femmes sont responsables de leur corps et que la prostitution doit être décnminalisée.La deuxième partie des femmes pense que la prostitution ne tait qu'avilir le corps des femmes et qu'elle devrait carrément être interdite », rapporte Vivian Barbot, présidente de la FFQ L'hiver sera chaud entre les lectures de fictions erotiques au féminin et les discussions entre féministes sur la décnminalisation de la prostitution.Q NOVEMBRE/DECEMBRE 2001 1ECT0 VE1S0 I 39 « les femmes « T'es un 6.2 ! » LES AMERINDIENNES NE JOUISSENT PAS DES MÊMES DROITS QUE LEURS HOMMES.CE SONT LEURS ENFANTS QUI TRINQUENT, SUR FOND DE PAUVRETÉ ET DE VIOLENCE.PAR ANNE-MARIE TREMBLAY Les deux enfants de Michèle Audette n'ont pas le même statut : le premier est un Indien, l'autre pas.La différence ?Le père de l'un est Amérindien; l'autre, Blanc.Pas étonnant que Michèle Audette ait fait des droits des femmes la cible de son action à titre de présidente de l'Association des femmes autochtones du Québec, depuis 1998.Pour son implication, Michèle Audette a reçu le Prix de la relève, lors du Salon des femmes à Montréal, en 1997.Avant 1985, explique la jeune Innue, et Québécoise, une Amérindienne épousant un Blanc perdait automatiquement son statut d'Indienne.Au contraire, un Aménndien marié à une Blanche gardait son statut et le transférait même à son épouse.Avec le Bill C-31, la Loi des Indiens a mis fin à cette discnmination.Les femmes et les enfants exclus des réserves ont gagné le droit de retourner chez eux.Par contre, la loi de 1985 engendre de nouvelles injustices, sur le dos des enfants cette fois.Elle crée deux statuts différents pour les enfants nés de couples mixtes.L'enfant d'une Amérindienne et d'un non-Autochtone est un «6.2 ».Ce statut (et les droits qui s'y rattachent) n'est pas transférable à la génération suivante.Un Amérindien, peu importe l'identité de son épouse, 40 I RECTO VEBSO NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2001 «Dans les cours d'écoles, les insultes fants 6.2 qui sont pointés du doigt par militante pour la reconnaissance des engendre des «6.1 ».Dans ce cas, le statut d'Indien se transmet intact.La situation préoccupe d'autant plus Michèle Audette que 45% des Aménndiens inscrits sont ainsi devenus des 6.2.«D'ici 40 ans, il n'y aura plus d'Indiens», s'inquiète Michèle Audette.Elle calcule même que certaines communautés auront disparu d'ici 25 ans s'il n'y a pas de changements à la Loi des Indiens.Les enfants des 6.2 perdent statut, droits et services du même coup.Par ex- ont changé.Maintenant, ce sont les en-les autres», rapporte Michèle Audette, droits des femmes autochtones.emple, explique Michèle Audette, deux enfants vivent côte à côte dans la réserve.Lorsque l'autobus scolaire passe, il amène le premier et laisse l'autre sur le trottoir : les parents du deuxième sont des 6.2.Le racisme qui pourrit les relations entre Blancs et Indiens s'infiltre maintenant dans les communautés.« Dans les cours d'écoles, par exemple, les insultes ont changé.Maintenant, ce sont les enfants 6.2 qui sont pointés du doigt par les autres \ rapporte la mili- tante pour la reconnaissance des droits des femmes autochtones.D'autre part, le Registraire de la loi des Indiens exige la divulgaoon de l'identité du père.Sinon la loi présume automatiquement qu'il n'est pas autochtone et l'enfant devient un 6.2.«Pensons à une Québécoise qui aurait un enfant d'un homme qui ne reconnaisse pas sa paternité et que, à cause de cela, on refuse de soigner son enfant au CLSC», illustre Michèle Audette.Choquant ?C'est pourtant ce qui arrive si une 6.2 tombe enceinte d'un Blanc ou d'un Autochtone qui ne veut pas reconnaître sa paternité.Les enfants de père inconnu sont souvent le fruit d'agressions sexuelles, très courantes dans certaines communautés autochtones.Menaces Selon la loi, les conseils de bande ont le droit d'établir un code d'appartenance déterminant qui peut réintégrer les réserves.Certaines bandes hésitent à réadmettre les femmes et les enfants expulsés en vertu de la Loi sut les Indiens.Bien que ce ne soit pas partout pareil, certains cas sont alarmants.«En Alberta, en 1991-1992, neuf personnes sur dix n'ont pas été réinscrites », souligne Michèle Audette.Encore aujourd'hui, au Québec, une communauté refuse d'inscrire plus de 1000 personnes.Les chefs de ces communautés invoquent le manque de ressources, de logements et les terrains trop exigus de leur réserve pour réadmettre tous ceux qui ont retrouvé leur statut.Bien qu'elle admette que la situation pose problème dans certaines réserves.Michèle Audette n'est pas dupe.« La vérité, c'est que les gens au pouvoir veulent le garder.Ils se sentent menacés quand ils inscrivent plus de gens.» Pourtant, les hommes se sont longtemps battus à côté des femmes pour qu'elles ne soient pas traitées différemment d'eux.Dans les années 1970, plusieurs groupes de défense des droits des femmes autochtones sont nés.«Malheureusement, souligne-t-elle, nos hommes ont décidé de mettre un frein à tout cela.Ils considèrent les femmes comme des vendues.Pour eux, c'est très dangereux de mélan- s ger les nations», déplore la ~ jeune leader indienne.«Jusqu'en 1%5, les femmes ^ qui dénonçaient la loi ont re- f çu des menaces contre elles et s leur famille», raconte-t-elle.Z Pourtant, l'union d'un Indien ; et d'une non-Autochtone n'est £ ni dénoncée ni pointée du S doigt par ces mêmes gardiens de la pureté raciale.Avril 79 « Lors de la Conférence internationale de la femme tenue à Mexico en 1975 et regroupant 35 pays, ces derniers approuvèrent une résolution dénonçant la Loi sur les Indiens comme injuste et discriminatoire pour la femme indienne.Seul le Canada s'y opposa.» -DOSSIERSVIE OUVRIÈRE.AVRIL 1979 La lutte pour la reconnaissance des droits individuels des femmes autochtones ne se passe donc pas seulement au niveau législatif Concrètement, elles ont perdu beaucoup de pouvoir dans leur communauté depuis l'adoption de la « Loi sur les sauvages » en 1876.La situation s'est détériorée à un point tel qu'en 1990, on calculait que 80% des Autochtones subissaient ou avaient subi de la violence au sein de leur couple.Selon Michèle Audette, ces chiffres sont encore vrais.Cette situation est sympto-matique d'un malaise plus protond.Sous la tutelle gouvernementale, des communautés autochtones se sont enfermées dans un cercle vicieux de pauvreté, de toxicomanie, de violence, d'agressions sexuelles et de suicides.« Les gens pensent que nous jouissons de beaux et de grands privilèges.Pourtant, si nous étions si choyés, nous ne serions pas les champions des statistiques au niveau du suicide », réplique Mme Audette.Pour Michèle Audette, il faut changer la loi pour redonner un statut de citoyenne aux femmes et, aux Indiens, les moyens de s'en sortir.« S'il y a des pressions à faire, pour changer la loi des Indiens, on a besoin de l'aide de tous : hommes, femmes.Autochtones et non-Autochtones.Ce qu'on aimerait, c'est être traité d'égal à égal, on ne veut pas reprendre l'île de Montréal ! •• D Michèle Audette, présidente de l'Association des femmes autochtones du Québec NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2001 IECT0 VERSO I 41 H*** femmes Haïti Tap-tap • • »ur la s EN HAÏTI, IL FAUT SE BATTRE POUR SUBSISTER ET NOURRIR DE L'ESPOIR.SINON, ON MEURT.SURTOUT QUAND ON EST UNE FEMME.MARIE FRANTZ JOACHIM Solidarité des femmes haïtiennes (SOFA) L* image de la paysanne haïtienne .en chemin à travers les monta-I gnes, se rendant au marché, est bien connue.Un panier de fruits et légumes sur la tête, elle tire ou pousse un âne marchant lourdement sous le poids des denrées qu'il transporte.Avec la dégradation de la production agricole, la présence féminine a considérablement diminué dans ce secteur.En dix ans, le nombre de femmes dans le secteur agricole est passé de 1 075 654 à 872 243.Au niveau de la production, le peu de terres fertiles disponibles n'est pas accessible aux femmes.Autre image, moins attrayante, maintes fois vue sur les écrans : des femmes qui se bousculent sur le trottoir.Elles veulent une place dans un tap-tap (camionnette) pour se rendre à l'usine, où elles gagnent 1,40 $ US par jour, ou encore moins, simplement parce qu'elles sont des femmes.Mais l'industrie de la sous-traitance, qui fournissait jusqu'à 42 000 emplois en 1990, n'en assure 42 I RECTO VERSO NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2001 plus aujourd'hui que 30 000.La main-d'œuvre féminine est durement touchée, elle qui représente plus de 70% des ouvners de ce secteur.Remerciées sans préavis, elles n'ont d'autre choix que le coin de la rue où elles étalent quelques produits étrangers, arrivés ici en contrebande.Port-au-Prince bourdonne de petites activités individuelles.La débrouille.Secteur informel Pourtant, 77% de la circulation interne des marchandises se réalisent dans ce secteur informel.Et les femmes sont maiontaires parmi les milliers d'acteurs qui y sont présents.La pauvreté progresse en Haïti.Les femmes sont les plus frappées par l'exclusion.Elles sont les plus pauvres parmi les pauvres et subissent la violence inouïe d'une société qui ne leur réserve aucun droit.Dans cette société, la Marche mondiale des femmes ne pouvait pas ne pas avoir un écho particulier.Marcher contre la pauvreté et la violence, c'était l'occasion pour les Haïtiennes d'exprimer leur ras-le-bol et leur désir profond de transformer la société.Et pour cause ! Exclues aujourd'hui, c'est le sort qui leur est réservé depuis l'enfance.À l'inténeur de la cellule familiale, en Haïti, l'enfant mâle, par la grâce de son sexe, est pnvilégié.Quand il faut choisir entre la fille et le Marie Frantz Joachim, de Solidarité des femmes haïtiennes (SOFA), durant la vigile pour la paix du 5 octobre dernier à Montréal.garçon pour diminuer la charge de l'éducation des enfants, le choix se porte tout naturellement sur le second.Résultat, les femmes sont parmi les citoyens les moins scolarisés, les moins formés, les moins qualifiés, les sans-métier, les plus analphabètes donc les plus exclus des sphères de prise de décision.Les tâches les plus ardues et les situations quotidiennes les plus difficiles sont le lot des Haïtiennes.Filles ou femmes, dans les familles démunies, à la campagne et en milieu suburbain, elles sont par exemple affectées à la quête de l'eau.Un seau rempli sur la tête, elles font parfois jusqu'à b heures de marche, avec le risque de se faire agresser.Rien ne change lorsqu'elles tombent dans les circuits de la domesticité, alimentés par la pauvreté et la centralisation.Plus de 300 000 fillettes et |eunes filles sont placées dans des familles de la capitale ou dans les villes de province, où elles sont victimes de toutes sortes d'abus.Châtiments corporels.Viols.La violence est aussi dans la rue.À l'aube ou au crépuscule, les petites commerçantes sont continuellement violées, lorsqu'elles partent ou reviennent du marche.Cette réalité est aussi bien celle des paysannes que des habitantes des faubourgs de Port-au-Prince ou des autres villes, où des quartiers entiers sont plongés dans l'obscu- rité, où règne l'impunité dans un milieu fortement machiste.Voilà l'environnement socio-économique dans lequel a été lancée en Haïti la Marche mondiale contre la pauvreté et la violence faite aux femmes.Ce mouvement a redynamisé le processus haïuen de la lutte des femmes en arrimant les buts stratégiques aux intérêts pratiques, posant simultanément les problèmes de classe et de sexe, c'est-à-dire les problèmes de discnmination, de domination, de violence et d'exploitation.Les secteurs du mouvement social ont répondu favorablement à l'appel, et l'impact de la mobilisation a été considérable du côté de la population.Un an plus tard, il est encore tôt pour évaluer les initiatives des groupements de femmes pour renforcer des actions de lutte contre la pauvreté.Du côté de la Solidarité des femmes haïtiennes (SOFA), nous avons renforcé notre action économique par des efforts de professionnalisation de notre atelier de confection dans le bidonville de Martissant, au sud de Port-au-Prince.Avec cet atelier, nous créons des emplois pour Mars OO « Pour mieux comprendre la détresse d'Haïti, il faut savoir que S 000 ménages, soit 0,5% de la population, détiennent plus de la moitié des richesses nationales! » - LUDOVIC HIRTZ-MANN ET MARTIN BLANCHARD, RECTO VERSO, MARS-AVRIL 2000 du Port-au-Prince, 1989.Clinique médicale «La Famille, c'est la vie», fondée par l'actuel président Jean-Bertrand Aristide, avant son entrée en politique.une vingtaine de femmes qui coupent le siam, le cousent, lui posent des appliques, le brodent pour réaliser des pièces artisanaJes uniques et de qualité, nappes, draps, serviettes de table.D'autres femmes se trouvent une activité rémunératrice en allant placer ces produits dans des boutiques ou en allant les écouler dans les marchés.Entre-temps, des jeunes filles accèdent a une formation professionnelle en coupe, couture, sérigraphie, etc.Par ailleurs, nous encourageons la solidarité économique entre les femmes pour éviter la pratique des taux usuraires qui atteignent jusqu'à 30% par mois à cause de l'inaccessibilité du crédit mormal.Ici, les formules de mise en commun des revenus entre plusieurs associées se traduisent par peut vous aider Agissez dès maintenant www.mce.gouv.qc.ca/saic/francophonie Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes C3E3 Québec caca NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2001 KECT0 VIISO ! 67 LA RÉPLIQUE gens du Sud font les luttes et ceux du Nord les suivent».«Nous avons commencé à définir un programme commun où des questions concernent directement les travailleurs et les femmes», continue de la Cueva.«Les gens du Nord peuvent trouver intérêt à s'impliquer dans les problèmes vécus par les gens du Sud.» Hector de la Cueva veut lancer une immense campagne de lutte à l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).«Ce n'est pas clair pour la ma|onté des populations que les problèmes sociaux qu'ils vivent au quotidien sont liés à la libéralisation des marchés.Ça va s'accentuer avec la ZLEA.Nous voulons tenir un référendum populaire sur la ZLEA et la campagne contre l'ALENA alimentera l'éducation populaire.C'est une lutte à faire dans chacun des pays», explique le leader latino-améncain.Sans enthousiasme ni surprise Au Québec et au Canada, on ne s'entend pas sur la manière de mener cette lutte qui coûtera inévitablement cher et qu'il faudra financer.Soumise à la rencontre du «Les gens du Sud font les luttes et ceux du Nord les suivent», déclare Hector de la Cueva.Sur notre photo, M.de la Cueva en compagnie de Marcela Escribano, coordonnatrice, pendant le Sommet des peuples des Amériques.«Je doute de l'impact politique d'une RQIC, l'idée d'une campagne populaire consuitatlon p0pula.re sur la ZLÉA», contre l'ALENA et d'un référendum sur la ana,yse Marcda Escnban0 d'A|terna.ZLEA a soulevé peu d enthousiasme.Maîtrise en Études de l'environnement de l'Université de Moncton Formation enrichissante Habiletés valorisées par le marché de l'emploi Intégration des dimensions sociales, économiques et naturelles tHUîHIS1 - -Saniisi DIEPPE îtunlisi Milieu stimulant Classes de petite dimension, relation privilégiée avec le corps enseignant Stage auprès de groupes communautaires et des trois paliers de gouvernement Thèse et cours portant sur des questions d'actualité (eau, forêt, zone côtière, agriculture, ressources naturelles).Taux de placement élevé Possibilités de bourses et financement NantHi- lilion de îraïkinen! d'eau (tmtter* •«1J.U.JMJ]ULL (514)521-0913; télécopia Iro.Monlnvil (Quebot) ' l .(514) 521-1283, COum,-l « < hm« «^ «un LU.], www i-< ' 'i H II ■!- 74 IIECTO VERSO NOVEMBRE /DÉCEMBRE 2001 H&Më VSt&?îp-*t r-*&*.ï V ■* -.iL'électricité est dans notre natui Au Québec, 96 °c de l'électricité 'que nous produisons découle de ! la plus pure des sources d'énergie renouvelable : l'eau.Une ressource développée, au Québec, en harmonie avec l'environnement, 1 L'hydroélectricité, une énergie précieuse pour freiner l'augmentation de l'effet de serre qui nous menace.Pionnière en matière de développement durable, Hydro-Québec est engagée dans le programme international de certification ISO 14001 et elle vise, d'ici à 2002, la certification de toutes ses activités ayant un impact sur l'environnement.%"# Q* Hydro Québec www.hydroquebec.com %i w3* vlvn «svndicot! aciliter l'accès à la syndicalisation .c'est contribuer à améliorer les conditions de travail des Québécois et des Québécoises.La rémunération horaire moyenne est 31,2 % plus élevée chez les syndiqués que chez les non-syndiqués (18,42 $vs 14,04$).Pour les femmes syndiquées, elle est 42,9 % plus élevée (17,57$ vs 12,30$).La proportion de la rémunération des femmes syndiquées par rapport à celle des hommes est de 91,3 %.Pour les non-syndiquées, cette proportion tombe à 72,5%.Source: L'emploi et le revenu en perspective, Automne 2000 ♦ Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec FTQ wuw.ftq.qc.ta CENTRAL^ QUÉBÉCOISE
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