Vie ouvrière., 1 janvier 1980, mars
DOSSIERS 1VIE OUVRIÈRE"_________________ AU SERVICE DES MILITANTS CHRÉTIENS DU MONDE OUVRIER Comité de la rédaction Denise Gauthier, Robert Guimond.Raymond Levac.Guy Ménard, Jules Paradis Collaboration: Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J.O.C.) Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MIC) Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (C P MO.) Paul-Émile Charland, rédacteur en chef Lucie Lebœuf, assistante à la rédaction et à la promotion Secrétariat: Françoise Lapchuk Abonnement: $12.00 pour un an; $22.00 pour deux ans Éditeur: Revue Vie Ouvrière Inc.Adresse: 1201, rue Visitation, Montréal, Canada.H2L3B5 Téléphone: (514) 524-3561 Courrier de deuxième classe — Enregistrement no 0220 ISSN 0384-1146 Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec Indexée dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) Imprimerie Notre-Dame, Richelieu, Que. sommaire Mars 1980 — v0i.xxx, n° 143 Éditorial Les adolescents de la classe ouvrière Paul-Émile Charland 134 Dossier Témoignage de jeunes à Valleyfield 137 Ce que pensent les jeunes de Black Lake 141 La jeunesse militante de Mercier 145 Lettre à un étudiant Jean-Marc Bousquet 148 Manifeste de la Jeunesse Ouvrière (J.O.C.) 153 Les enfants, une main-d'œuvre docile — Les petites gardiennes 156 — Un enfant à tout faire 158 Chez McDonald: le travail des jeunes Suzanne Piquette 161 La santé des futurs travailleurs Robert F émet 164 Une autocritique des enseignants La Maîtresse d'école 168 Autour du débat sur l'école privée La Mission ouvrière 173 Le foyer de groupe: une famille à refaire Lucie Leboeuf 175 Des parents témoignent Interview 179 Le disco, ou l'individu traqué Marcel Boulais et Christine Rivest 185 FOI ET ENGAGEMENT Le Christ de l'histoire et de la foi (suite) C.P.M.O.190 (Zditoxial Les adolescents de la classe ouvrière Être adolescent en classe ouvrière c'est affronter un double défi.D'abord, l'insécurité de l'adolescence qui est en soi une période de recherche de son identité.Vivre cette période comme enfant de classe ouvrière, aujourd'hui, place l'adolescent devant une insécurité encore plus profonde, quand ce n'est pas aussi dans une situation de discrimination à l'égard de ses camarades.Il suffit de leur laisser la parole pour entendre s'exprimer non seulement leurs doléances à l'égard des institutions sociales, mais surtout leurs aspirations à participer d'une façon plus active et plus personnelle à ce qui concerne leur vie présente et future.C'est ce que nous avons fait dans un premier temps au cours de ce dossier: nous laisser d'abord interpeler par les adolescents de la classe ouvrière.Déjà conscients des injustices Pourquoi j'ai lâché l'école?."Je faisais partie du journal étudiant à la polyvalente.Je voyais de la manière que ça allait et je voulais informer les étudiants.Je fais un article.Je viens pour le passer, mais tout est contrôlé par le directeur qui censurait les articles ou ne les passait pas.Je me suis alors pincé avec lui et j'ai vu qu'il était contre moi.J'étais mieux de lâcher l'école.J'aimais mieux aller travailler que de voir une exploitation comme ça se faire!" Cette prise de conscience des injustices est sans doute facilitée par la période de l'adolescence qui rend sensible à la découverte de ses droits.Mais, pour se structurer et devenir militante, cette prise de conscience a besoin de l'exemple et de l'appui des adultes: c'est le témoignage des Jeunes militants de Mercier.Mais combien d'autres jeunes ont trouvé dans des familles de militants ouvriers la canalisation de leur révolte et le courage d'un engagement dans leur propre milieu de vie ou de travail.134 Le dossier sur "les militants d'hier et d'aujourd'hui" (n° 138) en fournit des exemples éloquents.Une contestation des valeurs matérielles À côté du grand nombre de jeunes qui sont aspirés par le gouffre sans fond de la publicité, il y a ceux que l'expérience de la vie a conduits à prendre leurs distances à l'égard des fausses promesses bourgeoises."Moi, j'ai lâché (l'école), par besoin matériel: des bébelles, celles des fils de bourgeois, un char.Ça t'écœure de voir que c'est juste eux qui en ont.Moi aussi, pourquoi pas?Et il a fallu sept ans pour que je me trouve une job!" Le chômage des jeunes, la difficulté de se trouver un emploi, les conditions de travail faites aux jeunes.tout cela fait à la longue que ça ne vaut pas la peine de tant déployer d'efforts pour se procurer les produits de la publicité bourgeoise."Moi, je ne travaille pas pour la société, mais pour moi.Un petit trip d'ouvrier pour toffer le système.Mais il n'y a pas une job qui va m'arrêter: quand j'voudrais plus, je lâche." Dans ces conditions, faut-il encore valoriser le travail aux yeux des adolescents?Et par quel motif?Pour se procurer les biens de la "nouvelle mode"?Pour gagner sa vie?Mais s'ils veulent la vivre plus simplement que nous.En l'absence d'un projet collectif capable d'enthousiasmer les jeunes, et sans des conditions de travail plus respectueuses de leur sensibilité humaine, n'espérons pas motiver au travail cette partie de plus en plus nombreuse des jeunes qui contestent les valeurs de la société actuelle.La santé des futurs travailleurs Nous ne pouvions passer sous silence les conditions sanitaires dans lesquelles les adolescents de la classe ouvrière s'initient à leur futur métier.Le Département de Santé Communautaire du Centre Hospitalier Régional de Lanaudière vient de sonner l'alarme par une enquête auprès des ateliers d'école de plusieurs polyvalentes.Bruit excessif, concentration anormale de poussière, ignorance des maladies industrielles: dans ces conditions, comment les jeunes apprendront-ils à défendre leur santé au travail?Et l'auteur de conclure: "Sachant qu'il y a 65% des travailleurs qui ne sont pas syndiqués et qui œuvrent dans de petites entreprises, qui d'au- 135 très que les écoles peuvent les former au chapitre de la santé?Il y a là 100,296 étudiants du secteur professionnel qui ne demandent qu'à apprendre.Ils sont là pour ça.Qu'on leur refuse une telle chance, c'est inadmissible!" La J.O.C.est encore là Nous savons que les jeunes ont toujours eu besoin de se regrouper d'une façon ou d'une autre.Avant les années 60, le Québec possédait un lot de mouvements-jeunesse qui pouvaient répondre à leurs besoins.Qu'on pense simplement au scoutisme qu'on retrouvait dans presque toutes nos paroisses, à la J.E.C., à la J.O.C, aux clubs de réforme de la police et bien d'autres mouvements qui créaient des milieux de vie nécessaires à toutes les générations de jeunes.Or, ces différents mouvements ont connu des crises internes souvent profondes au moment où tous les éléments de notre société ont été remis en question après la révolution tranquille.On a vite senti qu'il fallait se réadapter, mais comment?Les jeunes ont vite déserté ces mouvements et ont commencé à se regrouper par eux-mêmes dans différentes sortes de gangs, tels les gangs de motards ou autres, certains plus violents que d'autres, mais où on voulait s'exprimer dans cette nouvelle société.Pour nous, le premier service communautaire à créer pour le jeune est de lui permettre de se regrouper et de se donner lui-même les outils nécessaires à sa formation et à sa prise en charge.L'adolescent a besoin d'un milieu de vie sain et créateur afin de se développer normalement.Or, les milieux de vie traditionnels sont loin de lui donner satisfaction.Mais la J.O.C.est encore là et se renouvelle constamment.Ce week-end de mars, bloqué pourtant par la tempête de neige de l'année, a réuni au-delà de 500 jeunes et adolescents pour l'inauguration de la semaine de la Jeunesse ouvrière.On lira le manifeste qu'ils ont préparé pour cette occasion.Les jeunes se veulent solidaires avec toute la classe ouvrière, les syndicats, les groupes populaires: "ensemble nous sommes capables de bâtir une société où il n'y aura plus d'exploitation, ni de compétition, mais un monde de solidarité, d'égalité et de liberté".Avons-nous encore la foi d'un Joseph Cardijn pour qui les jeunes travailleurs portaient en eux l'espérance du monde?Paul-Émile Charland 136 JL^oiiizz Témoignage de Jeunes à Valleyfield Jean-Guy, Jacques et Maryse, trois militants jocistes de Valleyfield, témoignent pour "Vie Ouvrière" de leur vécu.Yves St-Arnaud a recueilli pour nous leur témoignage.Famille "Une famille ouvrière c'est d'abord le père qui part avec sa boîte à lunch le matin.La mère qui part l'après-midi avec sa boîte à lunch, et tu as les enfants qui suivent dans les usines comme leurs parents ou des places semblables.Ça arrive chez eux le soir, y'ont encore les problèmes d'ia shop et y'ont pas peur d'en parler." Si jusqu'ici nos trois amis s'entendent, le témoignage se colore bien différemment quand on parle du climat de vie: "une place où tu te sens ben! pour avoir du plaisir, se faire niaiser et l'prendre avec le sens de l'humour." "C'est pas mon fort! Ma mère c'est important; le reste, 5 frères, 2 sœurs j'ies laisse passer! J'ies connais pas." L'égalité femmes et hommes, on y croit mais non sans une petite saveur paternaliste chez les gars: "Chez nous, c'est bien partagé: j'fais les planchers, c'est moi qui a les bras.J'ia laisse sortir ben gros, deux soirs par semaine.Faut qu'elle sorte de son bord autant qu'elle en a le goût.Autrement quand elle part.c'est pour longtemps." Et si l'on pense aux sorties gars et filles, là aussi les opinions sont plus que partagées: "Le gars doit toujours faire le premier pas.C'est lui qui mange le premier coup en toute chose." Maryse n'est pas d'accord: demander une fille, ça ne se fait plus.C'est niaiseux! Mais ça semble piquer les gars: "Elles s'pensent libérées parce qu'elles se reculent par rapport à nous." École La scolarité de nos trois amis: une 12* année non complétée; une 10* année qui s'achève dès le 15 septembre: "Dehors"; une 12* année terminée comme secrétaire de service.Mais qu'est-ce qu'on y a appris pendant ces années?"Pour lui rendre justice on peut dire qu'elle nous a donné l'écriture, et 137 peut-être un peu les maths.À part ça, tu perds ton temps." "Son vrai rôle: elle est là pour freiner les explosions de chômeurs.Et avec ses cours par voies, elle fait marcher le système: y'a toujours de la main-d'œuvre fraîche pour remplacer les trop vieux ou les trop contestataires.Y'en a de plus en plus qui quittent l'école: c'est qu'ils commencent à voir clair." Vous autres, pourquoi?"Pourquoi j'ai lâché?Je faisais partie du journal étudiant à la polyvalente.Je voyais de la manière que ça allait et je voulais informer les étudiants.Je fais un article.Je viens pour le passer, mais tout est contrôlé par le directeur qui censurait les articles ou ne les passait pas.Je me suis alors pincé avec lui et j'ai vu qu'il était contre moi.J'étais mieux de lâcher l'école.J'aimais mieux aller travailler que de voir une exploitation comme ça se faire!" À l'école, on reste toujours un enfant, un futur adulte à former, encore irresponsable?"Moi, j'ai fini ma 12e année, mais des fois /'passais des cours.C'qui me choquait, c'est que quand je foxais les cours, ils appelaient chez nous.On est assez vieux pour savoir ce qu'on fait, en dernière secondaire!" "Moi, j'ai lâché par besoin matériel, des bébelles, celles des fils de bourgeois, un char.Ça t'écœure de voir que c'est juste eux qui en ont.Moi aussi, pourquoi pas?Et y'a fallu sept ans pour que je me trouve une job!" Travail Le marché du travail, la promesse de la mine d'or: enfin le fric, pour se payer "des bébelles", se révèle un filon vite épuisé.Ou plutôt, de filon d'or à celui de problèmes, le chemin n'est pas long, semble-t-il."Ta paye, tu l'as, mais ta chère.de paye, qu'est-ce que tu fais pour l'avoir." Plus souvent qu'autrement, les jeunes se retrouvent sur les "shifts" et c'est dur pour les nerfs, même chez les plus endurcis.C'est dur aussi pour la femme, le ptit".Et la chicane prend bien plus facilement."On mange la claque en maudit.Les cochonneries, on t'ies fait vivre à toi, le jeune.Derrière l'épicerie, à toi de trier les patates pourrit es.Là j'suis pompiste, dans un garage mais j'iave les toilettes." "La même chose à la Dominion Textile.J'travaillais sur une machine.Du ménage ça n'existait pas.Mais la grosse bullshit" de Montréal s'annonce, président et Treste.J'dois passer mon "shift" à faire le ménage.Pourtant j'suis pas le dernier arrivé sur la job, mais le plus jeune.Et un jeune ça doit savoir se faire piler sur les pieds.Pire que ça, deux jours après on me "slacke" avec beaucoup d'autres pour un gros ménage, paraît-il.En fait j'suis le seul.La raison écrite sur ma feuille de cessation d'emploi n'est pas la même que j'ai eue oralement: pas assez vite sur la production.Ça amène des questions: parce que ma cousine est présidente de l'union?138 ou que ma mère est représentante du syndicat?" "Moi j'peux parler de mon stage au Palais de justice.J'en ai travaillé un coup: tout ce que les autres n'aimaient pas faire: taper les lettres à la dactylo sans arrêt, ou faire du classement à quatre pattes toute la journée.Le soir t'avais un mal de dos!" Arrivés sur le marché du travail, pour ces jocistes c'est d'autres inquiétudes accumulées en plus de celles que tu portes déjà: pourras-tu garder ton ouvrage?Pour combien de temps: deux semaines, deux mois?.Avec ton salaire, arriveras-tu à faire vivre ta famille?Le climat avec les gars de la "shop"?Les relations tendues avec le "boss"?Et encore faut-il avoir une job; Maryse, secrétaire, cherche toujours: "C'est pas possible! C'est toujours "avec expérience".t'en as pas, tu commences!" "Moi, j'avais mon cours en électricité.J'suis tombé débosseur.J'ai pas fait vieux os.J'aimais pas le travail." Et puis on se résigne, ou on s'accommode tant bien que mal, puis pour tâcher de ne pas étouffer: "Moi, j'travaille pas pour la société, mais pour moi.Un p'tit trip d'ouvrier pour toffer le système.Mais y'a pas une job qui va m'arrêter; quand j'vou-drai plus, j'iâche." Ces jeunes militants ne témoignent pas d'un optimisme très fort lorsqu'ils parlent "syndicat": un s'est fait jouer un sale tour avec les cartes de compétence: il a perdu la sienne en raison de modifications aux règlements de la construction.Conséquence: son salaire chute de $9.62 à $3.50.Certaines pratiques syndicales leur apparaissent "une poignée de mains entre capitalistes et ouvriers." Mais c'est pourtant l'outil de défense et de protection des travailleurs et le seul.Maryse leur rappelle d'ailleurs qu'ils ont encouragé Sylvie à faire entrer le syndicat chez Mac Donald pour arrêter d'être à la merci totale du patron.Aussi ces militants concluent: "Si on se prenait en main, on ferait des changements plus radicaux et rapidement." Vie sociale Reste-t-il encore du temps?Sur les "shifts", c'est pas possible: tu te lèves à six heures p.m.et à dix heures tu dois penser à te préparer pour la job à onze heures car les "boss" aiment que tu sois 15 minutes à l'avance: "Une vie de courant d'air: t'arrives et tu r'pars." "Et dans l'usine, si tu prends tes heures de "break" pour parler avec les gars, nous informer de nos droits, y a toujours des têteux de boss pour te dénoncer." "Et quand tu travailles pas, c'est pas plus drôle: Tu fais dur! Tu restes à la maison et tu te tournes les pouces.J'ai même pas le chômage.J'ai pas eu encore une première job.Y'a la J.O.C.: ça c'est important, comme lieu de solidarité.On y ap- 139 prend à connaître notre monde, la "T'as pas besoin de bière pour te dé- classe ouvrière; faire des projets, re- gêner." trouver la confiance en soi pour se prendre en main, prendre des respon- "J'suis plus présentable.Maintenant sabilités et les rendre à terme.Décou- j'ai un but: soutenir un combat contre vrir que des vrais amis, ça existe, les injustices.J'ai un idéal: travailleurs c'est une grande découverte: sans contraintes." Ce qu'on dit de nous Claude a quitté la Gaspésie: il espère trouver une job à Montréal.Il ne connaît personne en ville.— "Ça pense rien qu'à partir de chez eux.Qu'il pâtisse.ça lui apprendra." Francine a quitté l'école en novembre: ses amis sortent mais ne l'invitent plus.— "J'comprends pas ça: ils ont tout à l'école, pis ça lâche." Andrée a peur: elle est convoquée au centre de main-d'œuvre.— "Elle n'a pas raison.C'est plein de jobs au centre de main-d'œuvre.Fis y a là des gars aimables." Pierre est gêné d'être sans travail.Il se dégêne dans la boisson et dans la drogue.— "Les jeunes, ça pensent rien qu'à leur fun." Diane a fait 15 shops, cette semaine.Pas d'expérience, pas de travail.— "C't'une bonne affaire qu'ils ne la prennent pas, ils vont perdre de l'argent avec elle." Bertrand est en chômage depuis 10 mois.Son père et son frère le trouvent flan mou et paresseux.— "Y a toujours un mouton noir dans la famille, qui se fait vivre par les autres." Huguette travaille 10 heures par jour.Après, elle a le goût de rien sinon d'aller dormir.— "Ça, c'est une bonne petite fille." Claude, Francine, Andrée, Pierre, Diane, Bertrand, Huguette se regroupent parce qu'ils en ont assez de se faire traiter de même ,et s'organisent pour revendiquer leurs droits.— "Maudite gang de contestataires pis de révolutionnaires! Ils ne sont jamais contents des services qu'on leur donne." Les jeunes de la J.O.C.140 Ce que pensent les jeunes de Black Lake La J.O.C.de Black Lake a regroupé autour d'une table ronde 5 jeunes de 14 à 17 ans pour leur permettre de parler à cœur ouvert sur leur vie actuelle et future.Voici ce qui se dégage de leurs réflexions.Black Lake est la région de l'Amiante, un milieu ouvrier bien caractérisé.Ta famille: comment la vois-tu?— Un endroit de réconfort et de sécurité.— J'y suis le mouton noir parce que mes opinions sont différentes des leurs.— Personne me fait confiance dans ma famille.— Même si on fait des gaffes, on est pardonné.— Pas de lien avec mes frères, sœurs, père, un peu avec ma mère.— Mes parents sont jamais là, ils travaillent tous les deux.— Une famille, c'est fait pour s'en-traider quand on a des problèmes.— Mes frères disent que je suis gâtée, ils sont jaloux; on se "boss" les uns les autres.- On dirait qu'on est trop habitués de vivre ensemble; on ne porte plus attention les uns aux autres.— Les parents manquent de patience avec nous, au lieu de nous montrer comment faire quelque chose, ils le font à notre place.— Ils ne nous complimentent jamais.— Jamais ils nous disent merci.— Jamais ils s'excusent.— Us nous disent souvent que si l'on n'est pas content, de prendre la porte.Ce que je rêve d'y vivre — Plus de dialogue.— Que le père et la mère soient assez patients pour nous apprendre comment faire certain travail, par exemple bricolage et couture, etc.141 — Qu'ils prendraient du temps pour des loisirs avec nous.Que les frères et sœurs, on serait des amis, on se confierait les uns aux autres.— La famille, une gang de chums.— Que mon père soit mon ami: moi, à 40 ans, j'aurais pas peur d'aller dehors jouer ou faire du sport avec mon gars.— Qu'ils cherchent à nous comprendre.— Que les parents auraient confiance en nous.— Qu'ils nous expliquent pourquoi on fait telle ou telle chose, exemple: pourquoi ils nous envoient à l'école.Une famille ouvrière, ça veut dire quoi pour vous?— Ça fait communiste.— Le père et la mère travaillent.— C'est la famille qui se débat toujours pour avoir du travail; le but de leur vie c'est le travail.— C'est de mettre son argent en commun pour le bien de la famille.— C'est une famille qui fait des efforts pour vivre en harmonie.L'École, c'est quoi pour vous?— Il faut y aller pour avoir un métier.— Pour pouvoir faire vivre sa famille plus tard.— Il n'y en a pas beaucoup qui aiment ça y aller.142 — On y va par but, pour pouvoir avoir du travail.— Quand on est en métier (au professionnel), on passe pour fou, pas intelligent.— Plusieurs manquent d'intérêt et se laissent influencer, manquent des cours ou changent de branche.— Ça te prépare pour l'avenir parce que ça développe tes capacités.Ça t'apprend à te méfier des autres.À l'école, il y a les profs; quand on ira travailler ils vont être remplacés par les contremaîtres.— On est des numéros à l'école: les profs se foutent de ce que l'on vit.— Ils se crissent de nous autres, ils peuvent pas faire autrement, ils ont trop d'élèves.— Un prof sur dix jase avec toi.— Moi, à l'école, il y a juste un prof qui s'intéresse à ce que je vis.— Aucun lien avec la direction et les conseillers.L'École, je la voudrais comment?— Que les profs comprennent les jeunes.— Des profs compétents dans la matière qu'ils enseignent: ex.: un prof d'anglais qui enseigne maintenant le français.— Que les profs prennent le temps de te donner les explications nécessaires.— Moins d'élèves par professeur. — Professeurs plus honnêtes.On devrait avoir un syndicat pour nous protéger: quelques fois ils mettent des élèves dehors sans raison valable.— Nous payer pour aller à l'école, seulement $5.ou $10.par semaine: ça motiverait.Pourquoi travailler actuellement?— Pour être plus libre.— Pour ne pas toujours demander de l'argent aux parents.— Pour se payer des sorties.Quelles sortes de "jobs" trouvez-vous?— Travail le soir ou fins de semaine durant les vacances.— Plongeur, pompiste, gardienne.— On se fait exploiter en hostie, parce que il y a plusieurs jeunes qui veulent travailler.— On est obligé de travailler plus que les autres travailleurs qui sont permanents.— Nous, on peut rien exiger; on a des salaires plus bas, mais on ne peut rien faire contre parce qu'ils nous mettent dehors si on demande plus.Comment vous apparaît le marché du travail?— La job ne vous sautera pas dessus.C'est moi qui va falloir que je saute dessus.— Si je veux une job, il va sûrement falloir que j'aille en dehors, dans une autre ville.— Sans expérience, c'est un salaire plus bas; ils vont se fouter de nous, ne se forceront pas pour nous montrer.— Le syndicat, c'est pas bon.— Les syndicats sont là pour nous défendre.— Les syndicats sont là pour défendre les droits des travailleurs et les protéger.Parlez-nous de votre vie sociale — Les filles sont égales aux gars, elles ont les mêmes capacités.— Les gars, les filles, ça se complète en sortant ensemble: on peut s'aider et échanger.— Les gars sont obligés de faire les quatre volontés des filles.— On essaie de se changer et d'évoluer, de résoudre nos problèmes ensemble.— Les filles devraient s'avancer pour parler aux gars, leur demander pour danser et pour sortir avec elles.Moi, même si la fille ne serait pas de mon goût, j'accepterais juste pour l'encourager à continuer de le faire.— J'irai pas demander un gars pour danser, j'ai trop peur de me faire refuser.143 Quels sont vos loisirs?— Sortir avec ma blonde.— Aller au cinéma.— Être dans la J.O.C.— Le scoutisme.— Le sport, la danse.— Le sexe.Que pensez-vous de la drogue?— C'est correct pour les personnes qui sont trop habituées d'en prendre; elles ne peuvent plus s'en passer.— C'est correct une fois de temps en temps pour se détendre, par exemple, un joint de pot.— Les choses chimiques pour se droguer, je suis contre, c'est trop dangereux.— C'est pour fuir les choses que l'on n'aime pas, se dégêner, se défouler.Les suicides ont Le ministère des Affaires sociales du Québec a annoncé la parution d'une étude sur le suicide.Cette étude comporte un ensemble de considérations d'ordre théorique, ainsi qu'un aperçu des types et des méthodes d'intervention possible.Le suicide est un phénomène social qui prend de plus en plus d'ampleur.Au Québec, c'est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes de — Je suis contre la consommation régulière.Pourquoi on s'embarque dans la J.O.C.— Ça nous dégêne.— Ça nous permet de s'exprimer.— Pour connaître le monde.— Pour foncer.— Pour être capable de se débrouiller sans nos parents.— Pour prendre nos responsabilités.— Pour être moins isolé et affronter nos problèmes ensemble.— Prendre confiance en nous.— Ça nous apprend à respecter les autres.— Vaincre nos peurs.Propos recueillis par Hélène Lamontagne André Gagnon grimpé en flèche 15 à 30 ans, la première étant les accidents de la route.La progression du taux de suicide par rapport au total des décès est très importante: en 1950, le taux de suicide comptait pour 3,7 p.cent du total; en 1955, 4,4 p.cent; en i960, 5,0 p.cent; en 1965, 5,7 p.cent; en 1970, 9,0 p.cent et en 1973, 11,4 p.cent.Il importe donc que le Québec cherche des solutions à ce fléau.144 La jeunesse militante de Mercier Nous sommes au nombre de 9 jeunes travailleurs, chômeurs, assistés-sociaux et étudiants, qui se réunissent depuis maintenant un an.Le groupe s'est formé par l'entremise du local A.D.D.S.-Mercier.Celui-ci nous est d'une aide très considérable par les commodités qu'il nous fait part: personnes-ressource, local, etc.Ce qui nourrit notre dynamisme est peut-être cet aspect naturel qu'ont les jeunes de se regrouper et qui nous permet de s'exprimer librement sur les sujets de notre réalité.Nous savons qu'un groupe qui s'affirme arrive à démystifier les "faussetés" divulguées dans la société et qui nous accablent à plusieurs niveaux.Quelques exemples de "faussetés": "flasher", monter sur la tête des autres, chacun pour soi, compétition, fortune, le bon citoyen passif, etc.propagées par l'entremise de la famille, l'école, les mass média, les sports, etc.Le système, quoi! Nous avons soif de nous informer de la réalité dans laquelle nous vivons et de comprendre le pourquoi des différences de classes qui existent dans la société.Nous avons accepté avec enthousiasme de présenter notre témoignage en tant que jeunes vis-à-vis l'école, le travail et la famille.Discussion Line: "Si on ne veut pas travail- ler à l'usine, il faut aller à l'école." Diane: "Mais même si on va à l'école longtemps, ce qui nous attend c'est le chômage." André: "Par des tests d'intelligence, on détermine ta vie." Louise: "J'ai passé un test d'intelligence et on m'a dit que j'étais bonne à rien." Robert: "J'ai été révolté de la polyvalente: on te sépare de tes amis et on n'a même plus le temps de se parler.En plus, ils font semblant de nous donner la parole en élisant des représentants étudiants qui n'auront aucun pouvoir.Ça me fait 145 penser aux élections fédérales qui ont eu lieu." Sylvie: "C'est en dehors de l'école, dans un groupe comme le nôtre qu'on peut devenir conscient de ce qui se passe réellement." Ce court extrait de notre discussion exprime comment nous, les jeunes de la classe ouvrière, on se sent face à l'école.Chacun de nous vit ou a vécu différemment cette étape nécessaire dans la vie, mais certaines constantes ressortent de nos expériences.Il est clair pour nous que l'école est faite en fonction du marché du travail et de ses exigences, et non en fonction de nos besoins.Elle nous prépare à être des travailleurs soumis et disciplinés, à qui on n'explique pas le pourquoi de nos gestes, de nos actions.Les professeurs voudraient que l'on sache tout, sans que l'on puisse discuter, échanger et comprendre pourquoi il est important de savoir ceci ou cela.Ils nous cachent la réalité, parfois de peur que l'on soit révolté.Ils nous considèrent comme des cruches à remplir, et l'on doit tous être pareils, comprendre à la même vitesse et accepter tout ce qu'ils disent.Ils ont plus d'un tour dans leur sac pour nous humilier.En parlant d'humiliation, on a remarqué comment la direction s'arrangeait pour différencier les enfants d'assistés sociaux et de parents à faible revenu: ils nous appellent au microphone pour aller chercher nos billets d'autobus fournis par l'école! Et quand il y a des parties, tout le monde sait pourquoi on n'y va pas, ou pourquoi le professeur nous parle dans le couloir.Moins de la moitié des jeunes de la classe ouvrière terminent leurs études secondaires.Souvent on laisse l'école par contestation, car elle n'est pas à notre image et veut faire un autre de ce que l'on est.Ce qui est dommage c'est que certains d'entre nous se laissent prendre au jeu de la consommation et se laissent modeler par celle-ci, perdant ainsi leur autonomie.Nombreux la quittent aussi par manque de motivation, car l'école semble loin de ce que nous avons besoin pour gagner notre vie.De toute façon, ce qui nous attend c'est l'usine, le travail manuel (les bras) ou le chômage.Mais la réalité du travail est très difficile pour nous, les jeunes.Les emplois sont rares; c'est souvent le chômage au bout d'un certain temps, et le B.E.S.après.Avec leur $100.par mois, on ne va pas loin.Il ne suffit pas seulement de critiquer, mais on pense qu'il faut agir pour transformer ce milieu qui nous ignore.Il faut que les jeunes se regroupent au travail, à l'école, dans les quartiers, et revendiquent ce qui leur est dû.Et ceux qui réussissent à se rendre au Cégep ou à l'Université devraient mettre leurs connaissances au service de ceux qui n'ont pu passer au travers de tous les obstacles que dresse l'école aux jeunes de familles ouvrières.146 La famille Et la famille, le mariage, qu'est-ce que ça signifie pour nous?En comparant ce qu'on vit dans nos familles et celles qui nous sont présentées à la télévision, on voit toute une différence.Elles n'ont pas de mésententes graves ou des problèmes d'argent; et si elles ont des problèmes, ça se règle en une demi-heure.C'est très loin de notre réalité! Très souvent, la famille est pour nous synonyme de problèmes, de désaccord, d'incompréhension, et un endroit où l'on n'a aucun droit de parole.Les parents reflètent sur nous les aspirations qu'ils n'ont pu atteindre.Concrètement, ça peut s'exprimer par une mère qui croit qu'en mariant un homme riche, tous nos problèmes vont se régler.Mais nos désirs sont parfois très différents de ce que la famille espère de nous.Mais la plus grave source de désaccord et souvent de séparation, c'est le manque d'argent qui crée de nombreuses tensions entre les parents et les enfants.Malgré tous les problèmes rencontrés dans la famille, nombreux d'entre nous aspirent au mariage, qu'il soit légal ou pas.La nécessité de partager notre vie avec quelqu'un d'autre est indéniable.Malheureusement, dans la société actuelle le mariage est synonyme de contrat, de mascarade.Les jeunes se marient souvent pour faire plaisir aux parents, sans vraiment être conscients de l'acte qu'ils posent.On se marie pour donner une image, pour faire comme tout le monde, sans prendre conscience que le mariage, la famille, reproduisent les rôles dans la société, c'est-à-dire Fhomme-autorité, la fem-me-dominée.En plus, c'est des grosses dépenses et une source d'endettement pour plusieurs.Pour nous, il est important de vivre quelque temps avec le conjoint avant de s'engager devant témoins (si nécessaire).Mais on croit qu'il devrait y avoir d'autres possibilités de projets de couple que le mariage, celui-ci étant réduit à un acte individualisé et non comme un engagement collectif.En conclusion, nous disons que nous venons au monde tous et chacun sur un même pied d'égalité et qu'il devrait en être ainsi pour le reste de notre vie.147 Lettre à un étudiant Montréal, février 1980.Salut Gille, Aujourd'hui, je prends quelques minutes pour venir te causer de l'école, du travail et de la famille.Ça peut te sembler étonnant mais cela m'intéresse beaucoup.J'ai pris conscience depuis fort longtemps que ces dimensions influencent la vie de quiconque et principalement des adolescents/tes.Je vais te présenter ma vision de ces réalités à partir de votre vécu que j'ai vu et de ce que vous m'en avez conté.On te met sur la voie d'évitement Te souviens-tu, l'autre jour je te parlais d'Alain?Il vient d'avoir 18 ans et il est en secondaire IV.Tu me demandais ce qu'il faisait là.Eh bien! Un jour les orienteurs de sa polyvalente ont décidé, sans doute à cause de la faiblesse de ses notes et/ou de son non-intérêt pour les études, de le "caser" au professionnel court (P.C.).Tu connais ce qu'est le P.C.C'est ni plus ni moins la voie d'évitement, le parking des indésirables.Que veux-tu: il y a une loi du Ministère de l'Éducation qui interdit à l'école de mettre des étudiants/tes dehors avant l'âge de 16 ans.Elles Ces directions d'école) sont bien obligées de les garder mais elles ne peuvent tout de même pas les placer avec les "bons".Car ils/elles risquent de les retarder dans leurs études.C'est pourquoi cette voie d'évitement a été mise sur pied.Dans ce secteur (P.C.), on essaie de te faire avaler plus lentement que chez les "brillants" ce que tu dois savoir pour pouvoir réussir dans la vie.Je parle de "brillants" car tu sais qu'un/e étudiant/e du P.C., ce n'est pas brillant.Il/elle ne peut faire tout ce que les étudiants/es du secteur général font pour préparer leur avenir, aussi l'école ça ne l'intéresse pas.148 C'est comme si ça allait de soi: tu aimes être assis sur ton derrière pendant au moins 11 années de ta vie pour apprendre à vivre plus tard.Mais, en attendant, on ne te fait pas vivre, on t'enseigne.Tu apprends.Toi-même, comme étudiant du secteur général, tu n'as pas une très bonne opinion du P.C.Tu les traites d'imbéciles.Tu fais ce que les autres font.D'ailleurs je ne peux te le reprocher car ce n'est que cet exemple qu'on t'a montré.On ne t'a jamais mis en contact avec eux; d'ailleurs, ce n'est pas très bien vu que tu te tiennes avec eux car tu pourrais devenir aussi crétin qu'eux.Sais-tu qu'à l'école il y a très peu de profs, qui ont choisi de travailler avec ces étudiants/es?S'il y en a un et peut-être deux, c'est très beau.Les autres sont là à cause d'une contingence d'emploi.Même à ce niveau, les étudiants/es du P.C.sont encore très peu choyés/es.Pourtant ce sont d'abord eux/elles qui ont besoin d'avoir des profs qui aiment faire leur travail (ce dont je doute), et qui aiment les étudiants/es avec lesquels/les ils travaillent (ce dont je doute encore plus).Tu sais, Alain s'est ramassé au P.C.sans trop savoir ce qui lui arrivait.Il était tellement perturbé par ce qui se passait dans sa famille.Là aussi, il n'était pas aimé.D'ailleurs, même encore aujourd'hui, il souffre de l'isolement qu'il vit par rapport à sa famille.À ce moment-là, ses parents étaient sur le bien-être social (il y a sûrement des personnes qui vont dire qu'on vit bien sur le bien-être social; à celles-là, je leur dis: vous êtes imbéciles et allez-y voir) (comme disait Félix Leclerc dans l'une de ses chansons: "la meilleure façon de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire.") Depuis ce temps, ils se sont séparés.Actuellement son père vit à Montréal et sa mère à Hull.Quant à lui, il vit ici à Montréal avec son oncle qui est sur le chômage.Tu vois, cet étudiant a toutes les chances du monde pour s'en sortir et surtout pour bien réussir en classe (intellectuellement).Il n'y a pas d'autre place dans sa tête que de penser à ce qui lui est arrivé et à ce qui lui arrive encore aujourd'hui.Personnellement, j'ai essayé de l'aider; mais, d'autre part, il n'a pas grande confiance en moi (ce n'est pas de sa faute il n'y a personne qui lui a fait confiance déjà) et, d'autre part, on me décourage en me disant que je perds mon temps avec lui, semble-t-il qu'il n'y ait rien à faire avec ce genre de bonhomme.Tu ne trouves pas ça écœurant de se faire dire cela dans le monde de l'éducation où, semble-t-il, nous travaillons tous pour le bien de l'étudiant/e.149 Un monde du travail bloqué Quant au travail, Alain ne s'attend pas à grand' chose.Tu connais aussi bien que moi les statistiques quant au chômage chez les jeunes de 18-25 ans.Près de 50% sont sans emploi.En plus quand tu es étudiant au P.C., que peux-tu faire comme travail?De toute manière, je me demande sérieusement s'il s'attend à ce qu'il puisse travailler un jour.Tout simplement, il vit actuellement pour passer le temps et dans la mesure du possible rendre ce temps agréable par certains moyens artificiels.Le travail n'est pas fait pour lui.il n'a pas d'espoir.Ne paniquons pas car ça nous prend du monde pour occuper nos prisons.Et, si jamais il manquait de lieux physiques, nos polyvalentes bientôt vides d'étudiants/es pourront servir à cette fin (nous n'aurions pas grand chose à modifier sinon la terminologie).Il y a aussi mon ami Paul qui étudie en aménagement intérieur.Lui aussi a 18 ans.Il vit à Montréal avec son amie pour partager les frais de logement et de subsistance.Mais ses parents depuis qu'ils savent cette nouvelle, ont décidé de lui couper toute aide financière.Alors ils sont obligés de travailler pour pouvoir manger à tous les jours.Paul, en plus de son travail d'étudiant, doit avoir un travail rémunérateur.Je n'ai pas besoin de te dire qu'ils ne sont pas riches.Ils n'ont pas le téléphone (même si Bell Canada dit dans sa publicité que le téléphone est à la portée de tout le monde).Parfois, ils ne peuvent manger trois repas par jour et, quant aux sorties de fin de semaine, il ne saurait en être question.À l'occasion de la grève des employés de soutien et des profs, il s'est demandé à plusieurs reprises s'il devait revenir en classe ou bien rester à son emploi.Il a décidé de revenir, même si trois de ses amis/es de classe ont décidé de quitter.Toi-même, Gille, regarde ce que tu vis.Tu travailles à tous les deux soirs de 5 heures à 10 heures pour pouvoir te payer ce que tu veux.Tu sais très bien que ton père, avec le salaire qu'il gagne chez Weston, n'a pas les moyens de te payer bien des choses.Vous n'êtes pas sur le bien-être social mais vous n'avez pas de folie à faire.Heureusement que ton père a une bonne santé.Même le renouvellement de la convention collective des employés de Weston lui procure plus d'inconvénients que d'avantages par le fait qu'il ne peut plus faire de temps supplémentaire comme il en faisait auparavant.Peut-être est-il plus souvent à la maison, mais il y a moins d'argent au bout de la semaine.150 Aussi, regarde la grève des profs.Vous (les étudiants), vous vous faites avoir.Comment?Par le fait que vous n'avez pas et que vous n'aurez pas (à moins que vous décidiez d'agir), vos notes de la deuxième étape.Les profs ou les commissions scolaires ou le gouvernement ont négocié cela dans le protocole de retour au travail.Pourtant, cette deuxième étape était terminée.Les profs, quant à eux, ils ont reçu leur salaire pour le temps qu'ils ont enseigné, jusqu'au moment de la grève.Alors pourquoi, vous autres, vous n'auriez rien pour cette deuxième étape?Qui doit agir?Les profs?Les commissions scolaires?Le gouvernement?Les directions d'école?.Non! C'est à vous autres.On n'est jamais mieux servi que par soi-même.Ne demandons pas aux autres de s'occuper de nos affaires.Occupons-nous-en nous-mêmes.Il faut s'organiser Cependant, je ne vous en voudrai pas de ne pas agir.au fond, vous n'êtes pas habitués à vous occuper de vous-mêmes.Nomme-moi un seul endroit dans l'école où tu peux agir sans qu'il y ait un adulte qui ne te dise la manière dont tu dois le faire.En classe, tu n'as rien à dire, tu n'as qu'à écouter et à bien te rappeler ce qui est dit pour qu'à l'examen tu puisses "déverser" le tout sur ta feuille et ainsi être "méritant" d'une belle note.Après tes cours, s*il-te-plaît, ne traîne pas dans les corridors inutilement; va-t-en chez toi, et le plus tôt possible.On n'est pas intéressé à te surveiller dans les corridors.En ce qui concerne les activités étudiantes, va voir ton responsable à ce niveau.Il y en a un pour chaque niveau et, en plus, il y a un directeur de la vie étudiante.Tous à ton service.Que veux-tu de plus?On a tout pensé pour toi et c'est pour ton bien qu'on fait ça.Pour que tu puisses réussir dans la vie, pour que tu te prennes en main! Vois-tu, Gille: tout a été pensé pour toi, mais sans toi.Tout est pensé pour que tu réussisses ton avenir et non pour que tu réfléchisses aujourd'hui.C'est clair et simple! Viens à l'école, arrive à l'heure qu'on te dit (pas avant tu risques de geler dehors), va aux cours qu'on t'a fait choisir (ça serait trop long à t'expliquer) selon l'horaire qu'on (l'ordinateur) t'a soumis, étudie bien.et tu réussiras bien.Ainsi tu seras un étudiant modèle et heureux (semble-t-il).Ne lâche pas.Dans la vie c'est comme ça: tu t'organises ou bien tu te fais organiser.Mais n'oublie jamais qu'"on" tire un plus grand "profit" de toi si tu te laisses organiser.151 Des germes d'espérance Cher Gille, tu pourrais me demander pourquoi je continue à travailler dans cette école, compte tenu de cette situation.Bien sûr, toute cette réalité a souvent comme effet de me désespérer, de me détruire.Je ne dis pas que je ne quitterai pas le monde de l'éducation.l'avenir le dira; mais en attendant je vois quand même ici et là quelques lueurs d'espoir.En Esthétique, depuis septembre, je rencontre à toutes les semaines un groupe de filles avec leur prof pour jaser de leur vie de tous les jours, y réfléchir et aussi pour regarder, analyser la réalité du marché du travail (ex.: le chômage, l'impôt, les salaires, les syndicats, etc.).J'ai vécu à peu près la même démarche avec un groupe de coiffeurs pour hommes.En aménagement d'intérieur, il existe une saine collaboration avec les profs.En octobre, il y a eu un projet de stage de deux jours avec tout le groupe-classe, mais à cause de diverses contraintes de la direction nous avons été obligés d'abandonner le projet.Il y a à ces niveaux-là de profondes motivations et des actions passablement enrichissantes.Il y a aussi le projet de la mise sur pied du Café-étudiant par les étudiants et étudiantes du secteur professionnel sur lequel l'ortho-pé-dagogue et moi travaillons et dont nous sommes très fiers de la participation.Évidemment, Gille, il y a aussi notre cheminement ensemble.C'est parce qu'il y a des types comme toi qui sont intéressés à bâtir un monde différent de celui-ci que je garde espoir dans l'avenir.Gille, je te laisse sur ces réflexions en te remerciant beaucoup pour l'espérance que tu me fais vivre, et je nous souhaite un monde à la grandeur de ce que nous sommes.Jean-Marc Bousquet, animateur de pastorale, polyvalente Jeanne-Mance. Manifeste de la jeunesse ouvrière Samedi, le 15 mars 80, la J.O.C.invitait la jeunesse ouvrière québécoise à un grand rassemblement sous le thème: "Ensemble contre l'isolement" et au lancement de la semaine de la jeunesse ouvrière.Pourquoi cette initiative de la part de la J.O.C?Vécu à l'école, au travail, dans les loisirs, dans le chômage et dans la famille, l'isolement des jeunes travailleurs est la première réalité que la J.O.C.combat par ses actions.La semaine de la jeunesse ouvrière contribue à cette action de la J.O.C.en sensibilisant l'ensemble de la population sur les réalités vécues par la jeunesse travailleuse et en permettant aux jeunes travailleurs de vivre la solidarité et de fêter.Orientée et dirigée par les jeunes travailleurs, la J.O.C.s'affirme comme un porte-parole important de la jeunesse ouvrière.Ses objectifs, ses moyens et ses caractéristiques sont la preuve de la capacité des jeunes travailleurs à s'organiser et à revendiquer leurs droits.Ils et elles se sont rassemblés de partout à travers le Québec, plus de 600 jeunes travailleurs, jeunes travailleuses, étudiants, étudiantes au C.E.G.E.P.Marie-Victorin.Ils et elles sont venus vivre la solidarité et la fêter.Ils sont venus dénoncer dans un grand cri collectif les réalités vécues par la jeunesse ouvrière, et témoigner de leur volonté de "bâtir une société sans exploitation".153 ENSEMBLE CONTRE L'ISOLEMENT Nous profitons de cette semaine de solidarité pour faire connaître la réalité vécue par les jeunes, dénoncer les causes de cette exploitation et affirmer les droits et les aspirations de la jeunesse ouvrière.École Chômage Travail À l'école, on n'y va pas longtemps.Soixante-quinze (75) jeunes sur 100, après le secondaire, se retrouvent sur le marché du travail.Mais on dit que l'école est pour tout le monde.POURQUOI?La majorité des jeunes de la classe ouvrière se retrouve dans le secteur professionnel.Souvent dans des métiers sans avenir.POURQUOI?L'école, c'est pour s'instruire.Mais on ne nous dit rien sur la réalité du travail.POURQUOI?La sortie de l'école ouvre enfin les portes du marché du travail.Pourtant un chômeur sur deux est un jeune.À la fin du secondaire, 26 étudiants sur 100, du secteur professionnel, sont en chômage.Quatre-vingt-dix (90) jeunes travailleurs sur 100 ne travaillent pas dans le métier qu'ils ont appris?POURQUOI?On ne trouve pas de travail et on se fait accuser d'être paresseux et profiteur.On n'a pas d'expérience et on nous demande d'en avoir.POURQUOI?Quand on n'a pas de job, on nous dit: "Cherches-en une, il y en a en masse".Quand on en a une, on nous dit: "garde ta job, l'ouvrage est rare".POURQUOI?Au travail, le jeune vit l'insécurité d'emploi.Dernier à être engagé, il est le premier à être congédié.POURQUOI?C'est le jeune travailleur qui a à subir les pires conditions de travail: bas salaires, heures supplémentaires, shifts.POURQUOI?Les boss profitent des jeunes, sans défense, sans expérience, sans travail, pour créer la division entre les travailleurs et pour maintenir les conditions d'exploitation.POURQUOI?154 Exploitation Dans ce manifeste, nous dénonçons l'exploitation vécue par la jeunesse ouvrière: — Exploitation à l'école organisée pour une minorité; — Exploitation par le chômage voulu et entretenu; — Exploitation par des conditions de travail basées sur le profit et non sur la personne.Toute cette exploitation est organisée pour les intérêts d'une minorité contre les intérêts de la classe ouvrière.Mais peut-on changer les conditions de vie et de travail des jeunes?Faudra-t-il toujours accepter d'être organisé et manipulé par une minorité?Solidarité La J.O.C.croit: que les jeunes travailleurs sont une force de changement dans la société; que les jeunes travailleurs doivent revendiquer leurs droits; que les jeunes travailleurs veulent sortir de l'isolement et vivre la solidarité; que la jeunesse est solidaire avec toute la classe ouvrière, les syndicats, les groupes populaires et qu'ensemble nous sommes capables de bâtir une société où il n'y aura plus d'exploitation, ni de compétition mais un monde de solidarité, d'égalité et de liberté.Unis, nous vaincrons 155 Les enfants, une main-d'oeuvre docile Pierre Deniers revue FOCUS À l'occasion de l'Année internationale de l'Enfant, la revue FOCUS a publié une série d'articles sur le travail des adolescents à l'extérieur du foyer.Nous en tirons les extraits suivants.Les petites gardiennes Que celui qui paye le salaire minimum (S3.50) à sa gardienne lève la main.Comme l'auditoire est silencieux: on dirait une salle de cinéma vide à huit heures du matin.Personne ne bouge.Personne n'ose lever le petit bout du doigt.C'est évident pour tous ceux qui s'en servent un peu.Les petites gardiennes sont mal payées.Pourtant, elles ne se plaignent pas trop, elles non plus.Elles sont tellement contentes de travailler un peu.Et, de toute façons, c'est souvent leur mère qui a pris la décision à leur place.La "job" de gardienne d'enfants, ça se décide d'abord entre adultes, en- tre les grandes personnes qui gravitent toujours trop autour des enfants et des jeunes filles."Vous n'aurez qu'à surveiller dormir le bébé de 10 mois.De toute façon, il dort dur.Il ne se réveille jamais la nuit.Juste de 20 heures à 22 heures.C'est simple comme bonjour." Comme c'est la première fois que vous allez garder, vous ne prenez pas de chances: une réputation de bonne gardienne se fabrique de bonne heure.Vous vous rendez chez la madame à 19.30 heures.La madame est déjà prête à partir.Le bébé est dans le milieu de la place.Il ne reste qu'à lui donner son bain et le coucher.156 Ça commence bien, une carrière de "petite gardienne": "Si ça va mal, tu téléphoneras à ta mère" qu'elle me dit, en fermant la porte.Le bébé est dans le milieu de la place.Comme il me connaît un peu (je l'ai promené en carosse autour du quartier), il ne panique pas trop.Mais je n'ai jamais mis les pieds dans cette maison.Je ne sais pas où trouver ce que j'ai besoin pour m'occuper de ce petit-là.C'est mardi soir, je voudrais regarder la télé tout de suite, ou bien écouter des disques à la radio.Réglons d'abord le cas du bébé.C'est délicat de donner le bain à un bébé de 10 mois.Si je lui fends le crâne sur le bord du lavabo, ma carrière de "petite gardienne" est plutôt compromise.Soyons prudente.Je le couche à 20 heures et il ne s'endort pas.Il a peut-être soif.Je donne un coup de fil à ma mère.Elle me conseille de lui donner un peu d'eau dans son petit verre hermétique.Ça marche.Il ne tarde pas à s'endormir.Le téléphone sonne.Le monsieur de la maison cherche sa madame.Il téléphone du bureau.Il finira plus tard que prévu.Il ne reconnaît pas ma voix et me demande mon nom et mon âge.Il trouve ça curieux que je garde "son bébé" à 13 ans.Je peux commencer à regarder la télé tranquille.Il est 20.45 heures.Le bébé se réveille.Il pleure.Il a le bras pris dans les barreaux de son lit.Pas étonnant, il grouille comme un na- geur en dormant.Ce bébé-là doit avoir des troubles d'estomac.à moins que l'eau que je lui ai donnée fut trop froide, tantôt.Il se rendort dans mes bras.Je vais le recoucher.Il est 21.30 heures.Je suis fatiguée.Je m'endors un peu.La madame est mieux de revenir pour 22 heures.Le bébé dort tranquille.Je téléphone à mon jeune frère pour qu'il vienne me porter mes devoirs de classe.Ça ne me dit pas trop de tomber là-dedans, ce soir.La prochaine fois que maman me prépare une autre soirée comme ça, je tombe malade aussitôt.Je n'ai pas la vocation de "petite gardienne".Mon amie Diane me donne un coup de fil.Maman lui a refilé mon numéro.Elle aussi garde dans son quartier.Mais ce n'est pas la première fois.Elle garde deux jumelles de 3 ans qui se couchent à 20 heures et qui s'endorment à 21.30 heures.Sa madame la paye bien: SI.75 de l'heure.J'ai hâte de voir combien la mienne va me donner.Au fait, il est 22.30 heures.La madame n'arrive pas encore.Ça doit être normal.J"ai tout manqué mes émissions de télé.Mes devoirs ne sont pas faits.Et je m'endors.Demain matin, l'autobus scolaire passe à 7.20 heures juste.Si je la manque, je me tape 3 milles à pied.Comment je vais faire pour me lever à 6.30 heures.H est 22.30 heures.La madame m'a oubliée.Je téléphone à ma mère.Elle vient de se coucher.Elle me dit 157 de ne pas m'inquiéter.Je signale à ma chère maman que j'ai des cours demain matin et que samedi soir prochain, je ne garde pas.J'ai une sortie de prévue.compris! Il est 11 heures du soir.Je m'étends sur le divan après être allée voir le bébé dans son lit (les enfants s'étouffent si souvent avec leur oreiller ou leur sucette quand les gardiennes sont là.); et je m'endors.La madame me réveille.Elle s'excuse.Il est minuit et demi.Le monsieur est avec elle.Elle me remercie d'être venue garder.Le bébé ne s'est pas réveillé.comme d'habitude.Elle me glisse des dollars dans ma main.Je ne vois pas bien.Je suis toute endormie.Elle veut que je revienne garder samedi soir prochain.Je suis trop endormie pour refuser.En arrivant chez moi, je compte les dollars et les sous qu'elle m'a donnés.$2.88 pour 4 heures d'ouvrage.j'enlève une heure de sommeil.pour 3 heures.Ma carrière de "petite gardienne" commence mal.Une main-d'œuvre exploitée La plupart des pays prévoient dans leur législature qu'il est interdit d'employer des enfants avant un âge minimum.Mais la loi et la réalité sont deux choses différentes.Une étude récente du Bureau International du Travail (B.I.T.) estime à 52 millions le nombre d'enfants qui sont sur le marché du travail dans le monde, répartis ainsi: 38 millions en Asie; 10 millions en Afrique; 3 millions en Amérique latine; 1 million dans les pays les plus développés1.Or ces chiffres sont très conservateurs.Ils n'incluent pas les pays dont les statistiques ne couvrent pas les enfants de moins de 15 ans.De plus, les statistiques fournies par les gouvernements tendent à atténuer gravement la réalité.Ainsi, à elle seule, l'Amérique latine compterait de 12 à 20 millions d'enfants au travail2.i Children and Work, février 1978, p.5.2 Juventud trabajadora.mars 1979, p.2; Revista international del Trabajo, vol.49, n" 3, p.235.Référence: Ce que vous faites aux plus petits.Dossier de Développement et Paix à l'occasion de l'Année de l'Enfant.158 Un enfant-à-tout-faire Martin Bergeron aura 16 ans dans quelques mois.Son père est con-tracteur dans le bois.Mais il ne travaille pas ces temps-ci, il est malade et va se faire opérer dans quelques jours.Sa mère reste à la maison, elle s'occupe de ceux qui ne travaillent pas.Martin a 3 frères (14, 21 et 23 ans).Les deux plus vieux sont opérateurs de machines dans le bois.Il a aussi 5 sœurs qui ont 14, 17, 18, 20 et 25 ans.Les plus âgées sont mariées.La famille Bergeron est arrivée à Jonquière alors que Martin avait 8 ans.Avant, elle demeurait sur une ferme à "La Ratière", près de La-rouche."J'ai commencé à passer les journaux comme camelot à 8 ans.Je suis toujours camelot.Je passe 85 "Réveil" à tous les mercredis soir.Ça me donne $12.00 par mois pour faire ça.Ça fait à peu près 4 heures d'ouvrage par mois."Je vends aussi "Le Progrès-Dimanche" à tous les dimanches matin.J'en vends environ 90 par semaine; avec ça je me fais $15.00.La job de pompiste Je suis resté deux ans chez "Aigle d'Or", à Kénogami.J'étais payé $40.00 par semaine.Je faisais un peu de tout.Je répondais aux pompes.Je faisais le ménage.Je faisais ce que le boss me demandait de faire.Je tra-vallais à peu près 25 heures par semaine, un peu plus durant les vacances d'été.Depuis un an, je travaille chez "Spur", sur le boulevard du Centenaire.Je suis payé le même salaire, mais il y a des avantages.C'est plus proche de ma rue où je reste.Je suis toujours pompiste.Durant les vacances d'été, je fais ça 7 heures par jour.Habituellement, je travaille de 2 heures l'après-midi à 9 heures du soir.J'ai congé les lundis et mardis.Ces jours-là, je viens pareil faire des tours, comme à matin, mais je ne suis pas payé.Je réponds au téléphone quand ça presse, c'est tout.Ça prend quelqu'un qui parle pour trouver une job comme ça.Faut pas être gêné.Faut pas avoir peur de se faire enqueuler par le "boss" quand il ne file pas.Si tu restes dans ton coin, t'as pas de chance.Mes autres jobs Pendant le tournoi pee-wee, je vends de la liqueur et des chips, au Palais des sports de Jonquière.Ils engagent des jeunes à chaque année.Je 159 suis toujours engagé.On est payé 5£ du coke et 5£ du chips vendu.Des jours, je me fais jusqu'à $15.00.Il faut en vendre pour ça! Des fois, l'hiver, je gratte les cours.Je suis payé $2.00 ou $3.00 par cours, ça dépend toujours de la bonne-femme.L'hiver, je vends aussi des billets de hockey pour des tirages.C'est mon boss du garage qui prépare ça avec ses "chums".Je passe par les maisons pour vendre ça.Mais c'est pas payant.Dans le mois de juillet, on part, toute la famille, pendant une semaine pour ramasser des bleuets dans le coin de Saint-Félix d'Otis.On fait ça pour la famille.On donne l'argent à notre mère.Moi, je peux ramasser jusqu'à 100 livres de bleuets par jour.Je les ramasse à la main dans des grandes chaudières.Quand il y a des noisettes, l'été, j'en ramacse et puis j'en vends sur le bord des rues.Mais l'année passée, il n'y en avait pas.À part ça, je livre des catalogues de temps en temps, pour les Messageries Villeneuve.On est payé $1.25 de l'heure.Mais ils ne nous appellent pas souvent.Revue Focus, janvier 1980, page 43.Je gagne plus d'argent l'été, durant les vacances, que durant l'école.Des fois je peux faire $80.00 par semaine.Durant l'école, je fais $15.00 par semaine.Qu'est-ce que tu fais de ton argent?J'en donne les trois quarts à ma mère.Le reste, je le garde pour mes dépenses.Je vais aux vues au Centre et au Bellevue à toutes les semaines.Et puis, je m'achète des affaires.Pourquoi je travaille?Ça me donne un nom pour plus tard.Je fais ce qui est normal.J'ai toujours fait ça.Les autres aiment mieux "tripper", "flâner", c'est de leurs affaires.Moi, je travaille.Je n'ai pas d'amis de mon âge.Je travaille toujours avec les adultes.Je suis tout seul.J'ai un bicycle, il est là à côté du garage.Parfois, je vais à la pêche quand mon boss me donne congé.Je ne travaille pas le soir parce que, la nuit, c'est trop dangereux dans un garage.En sortant de l'école, je ne veux pas aller à l'université.Plus tard, je voudrais devenir agent de conservation de la faune pour travailler dans le bois.160 Chez McDonald "Qu'est-ce qu'on peut faire de plus pour vous?" Suzanne Piquette Rien de plus facile que de se faire engager chez McDonald.Toute personne désireuse de travailler là peut facilement y avoir accès.Habituellement, les personnes qui se présentent pour travailler sont des mineurs inexpérimentés à qui les autres endroits sont impossibles d'accès à cause de leur âge et leur expérience quasiment nulle.Les jeunes se sentent alors "choyés" par ce que leur offre McDonald.À entendre parler les employeurs, les possibilités d'avancement sont énormes.Alors vient la seconde étape: 40 personnes, environ, sont convoquées pour le fameux meeting d'engagement.Tout d'abord nous avons droit à un mot de bienvenue des mieux apprêté.Ils nous informent alors de la routine à suivre, un genre de mode d'emploi.La première journée de travail, les prix doivent être sus, la vérification des prix sur le tableau est formellement interdite.Ensuite, un texte universel et obligatoire."Bonjour! Puis-je vous aider?" Le client donne sa commande."Autre chose avec ça?" Préparation de la commande.Remise du change."Merci.Bon appétit.À la prochaine.Revenez nous voir." Une personne à l'emploi de Mac-Donald subit une rotation continuelle: c'est-à-dire qu'un horaire peut ressembler à ceci: Lundi: Frites Mardi: Liqueurs Mercredi: Caisse (2 heures), Liqueur (1 heure) et ainsi de suite.Environ à tous les mois, un superviseur nous rend visite pour vérifier le bon fonctionnement des employés.Sa visite se décrit comme suit: il passe à une caisse, donne sa com- 161 mande comme un client ordinaire.Ensuite, à la fin de la journée, il y a une réunion et si la fille a oublié un mot de son texte elle a droit à un sérieux discours et la mise à pied est presque inévitable.Les nouvelles-venues sont souvent les premières visées lors de ces visites car les erreurs ne sont pas permises, même pour les nouvelles.Si, à la fin de la journée, ta caisse ne balance pas, tu doit payer la différence.Les "tips" sont défendus chez McDonald: aucune fille ne doit prendre de pourboires.La stricte loi chez McDonald se compare à celle de l'armée.Il ne faut surtout pas oublier qu'une fille qui travaille chez McDonad travaille autant en dehors de ses heures; voici quelques exemples: ■— Un seul uniforme est fourni par employé: c'est donc dire qu'une personne travaillant à temps plein doit avoir son uniforme toujours propre et repassé, donc le laver et repasser à tous les soirs.— Au début, des cassettes audiovisuelles servent à notre entraînement, mais elles doivent être visionnées sur les "breaks" ou à temps perdu, avant le travail, donc sans être payé.Le port des souliers blancs est obligatoire, ils doivent aussi être toujours propres et polis.Mais une personne qui n'a jamais travaillé doit se trouver de l'argent pour s'en acheter car ils sont obligatoires dès la première journée.Un horaire est fait à toutes les semaines; il est prêt 3 jours à l'avance, même s'il devrait être prêt une semaine à l'avance.La personne doit donc se rendre à toutes les semaines voir si elle est sur l'horaire ou non.Mon expérience là-dedans se décrit comme suit: "Au moment où j'étais à l'emploi du restaurant, survint une grève d'autobus qui dura au moins un mois.N'étant pas d'une famille à l'aise, je devais me rendre à pied à toutes les semaines voir l'horaire et aller travailler à pied." La possibilité de travailler à temps plein chez McDonald est très minime.Dans mon cas, j'étais toujours libre et j'avais droit à 3 heures par jour, 3 à 4 jours par semaine, et c'était beaucoup.Même si les heures étaient rares, des erreurs se glissaient dans nos payes.Les payes ne coïncidaient pas avec les heures que nous faisions.Quand tu travailles chez McDonald, il y a toujours quelqu'un en arrière de toi qui te pousse toujours à aller plus vite.Par exemple, je me souviens un certain moment, je travaillais sur la friteuse et, en plein "rush", il fallait que je prenne le temps de nettoyer ma friteuse.Chez McDonald, tu ne dois jamais rester à ne rien faire, même s'il n'y a personne dans le restaurant.Ce qui veut dire qu'à ce moment-là tu dois ou bien nettoyer ta caisse, les machines, ou encore remplir le sel, poivre, pailles, serviettes, etc.La même chose est obligatoire lorsque tu finis ta journée; 162 tu dois remplir les jardinières ou vider les poubelles.Les jours fériés sont payés temps simple, sauf si tu as travaillé 37 Vi heures dans ta semaine.Moi, j'ai travaillé au Jour de l'An et j'ai été payée temps simple car je n'avais pas travaillé 37 lA heures.Au rythme où on engage le personnel, c'est sûr qu'il doit y avoir des congédiements pour faire place à d'autres.Donc, les raisons de congédiement sont les plus idiotes que j'aie jamais vues.Voici des exemples: — Une de mes amies a été mise à la porte parce qu'elle a échappé une goutte de graisse par terre alors qu'elle travaillait sur la friteuse.— Une autre fut mise à la porte en lui disant qu'elle ne faisait pas l'affaire après 6 mois de travail.— Moi, ils disaient que je levais les yeux lorsqu'ils me disaient de faire quelque chose.En tout cas, je vous ai donné les plus grands points de ce qu'il faudrait chez McDonald, mais il y en a d'autres.Moi, je retournerais travaiUer chez McDonald car les conditions de travail ne sont pas mieux dans les manufactures.Le monde se plaint que les jeunes ne veulent pas continuer leurs études; eh bien! moi, j'ai mon diplôme de secondaire.J'ai essayé deux fois de rentrer au Cégep avec de très belles notes, mais ils m'ont refusé pour manque de place.Alors on se retrouve sur le marché du travail, sans expérience, et ayant pris un Secondaire général sans aucune spécialité.On se retrouve alors dans les manufactures ou les McDonald et on se fait exploiter.Un jour, il faudra trouver une solution à tout ça.Note de la rédaction Dans quelques McDonald, des tentatives de syndicalisation sont en marche.Mais l'épreuve est de taille.Car devant cette multinationale c'est une majorité de travailleurs jeunes (moins de 18 ans), et souvent des étudiants: une population très mobile.Les grandes personnalités.pourraient se préoccuper davantage des conditions de travail de ces employés de McDonald, de leur exploitation, avant de participer aux journées McDon! Pour McDonald, ça va bien de jouer au généreux en s'enrichissant, entre autre, de l'exploitation de ses travailleurs et travailleuses! 163 La santé des futurs travailleurs Robert Fernet, Département de Santé Communautaire, Centre Hospitalier St-Eusèbe.Le gouvernement actuel fait une promotion sans précédent pour protéger la santé plutôt que guérir les maladies.La loi 17 sur la santé et la sécurité au travail est entrée en vigueur le 21 décembre 1979.Qu'en est-il à ce sujet dans les polyvalentes où les adolescents se préparent au travail dans les ateliers d'école?Le Centre Hospitalier Régional de Lanaudière a pris l'initiative de vérifier l'état de ces ateliers et ses conséquences sur la santé des étudiants et des professeurs.C'est en effet le rôle des Départements de Santé Communautaire de protéger la santé de tous les citoyens sur leur territoire.Dans une lettre au ministre de l'Éducation, Robert Fernet, coordonna-teur en santé au travail, fait le point sur la question: "Dans cette ligne de pensée nous croyons que les ateliers d'école devraient remplir ces fonctions de protection de la santé, étant donné qu'ils sont des institutions de formation opérant à même les deniers de la population."Nous croyons que les écoles devraient remplir trois fonctions minimales essentielles: 1 — Instaurer une salubrité industrielle normale; 2 — Contrôler de façon normale la santé des professeurs et celle des étudiants; 3 — Avoir un enseignement normal et normatif de la santé et de l'hygiène industrielle.164 "Nous pensons, hélas, que les écoles polyvalentes s'acquittent mal de ces fonctions au point où les industries privées, de profils similaires, les devancent à ces chapitres." Problèmes de santé dans les ateliers d'écoles Depuis plus d'un an, les infirmières du Département de Santé Communautaire rattachées au secteur scolaire, avec l'aide professionnelle d'un audiologiste, ont effectué plus de 300 audiogrammes chez les professeurs et les étudiants.Les résultats se passent de commentaires.En effet: 1 — 90% des professeurs (de trois Commissions Scolaires Régionales) du secteur des travailleurs du bois ont été dépistés "positifs" par notre audiologiste.En d'autres termes, ils ont une baisse d'audition significative causée par une exposition au bruit.2 — Pire encore, un audiogramme effectué sur tous les étudiants de menuiserie, mécanique et soudure d'une école polyvalente a dépisté 90% de cas "positifs".Précisons que les problèmes dont nous faisons mention sont certes généraux au Québec puisque les écoles de la région de Lanaudière se classent parmi les plus avant-gardistes quant à l'amélioration des conditions de santé et de sécurité.Les Services de Protection de l'Environnement, lors du 10 novembre dernier, ont investigué deux postes de travail en soudure.Les résultats sont sans équivoque: 1 — Un appareil à arc électrique a fonctionné pendant un certain temps et dans des conditions normales: les résultats donnent une quantité de poussière respirée qui dépasse de 3 fois la norme maximale permise en industrie; 2 — Une soudeuse automatique émettait dans les voies respiratoires des étudiants six fois plus d'ozone que la normale maximale permise en industrie.Précisons que cet atelier est moderne et bien entretenu.Il appartient à une des écoles où le souci d'avoir d'excellentes conditions de salubrité est le plus soutenu.Le bruit dans les 38 ateliers visités est excessif à peu près partout, surtout en menuiserie.165 Les écoles, un ghetto contre la santé Les étudiants méconnaissent trop le langage de la santé et de la salubrité en atelier.Une enquête récemment effectuée dans deux écoles de la Mauricie est révélatrice: — Aucun étudiant d'une classe de menuiserie ne pouvait définir le mot "décibel".— Seulement 3% des futurs soudeurs connaissent le mot "sidérose".— Aucun soudeur ne pouvait identifier les sources d'ozone en industrie.Imaginons un instant les problèmes que les professeurs rencontrent dans leurs ateliers! On voit souvent des sorties de secours barricadées, des compresseurs dans les salles de cours, des extincteurs chimiques en arrière des piles de bois, des bombonnes à acétylène près du système de chauffage, etc.c'est normal puisque les inspecteurs du travail sont rares.De plus, deux professeurs ne peuvent superviser efficacement une quarantaine d'étudiants.Quoi faire?À qui se plaindre?Les comités paritaires sont-ils possibles lorsqu'il y a 9 niveaux hiérarchiques à gravir pour obtenir une solution?Les professeurs bien intentionnés se découragent littéralement, et pour cause! Le résultat est que le seul langage connu est la "sécurité", mais l'étudiant n'est toujours pas plus informé sur sa santé.L'industrie privée dame le pion aux écoles dans le domaine de la santé et la sécurité1.Pour le patron comme pour le syndicat, la santé c'est sérieux! Quant à nous, nous sommes persuadés qu'une telle situation représente l'inverse de la normale puisque, par définition, l'école est un lieu d'apprentissage pour l'industrie.La nouvelle loi du Ministre Marois L'intention du Ministre dans la loi 17 vise l'apport d'un sens de responsabilité dynamique où l'auto-inspection serait instaurée sur les lieux de travail.Pour y parvenir, il faut deux composantes: 1 Note de la rédaction — Si les conditions de santé s'améliorent dans l'industrie privée, cela est dû aux batailles menées par les travailleurs pour arracher des conditions décentes (cf.Dossier Vie Ouvrière, n° 132, et notre position sur la loi 17, Dossier 138, page 508).166 1 — Le droit du travailleur d'être informé et formé sur les dangers qui guettent sa santé et sa sécurité; 2 — En contrepartie, le travailleur bien formé verra à éviter les si- tuations dangereuses soit par l'arrêt de travail ou soit par l'amélioration de son milieu de travail à travers certains mécanismes comme les comités paritaires.Sachant qu'il y a 65% des travailleurs qui ne sont pas syndiqués et qui œuvrent dans de petites entreprises, qui d'autres que les écoles peuvent les former au chapitre de la santé?Nous sommes persuadés que la véritable percée de la Loi 17 dans les milieux de travail se fera au rythme de la formation et l'information des travailleurs en santé et en sécurité.Si les écoles pouvaient et voulaient s'y mettre! Il y a là 100,296 étudiants au secteur professionnel qui ne demandent qu'à apprendre.Ils sont là pour ça.Qu'on leur refuse une telle chance, c'est inadmissible! S'il nous était permis de rêver en couleurs, nous verrions à tous les ans des dizaines de milliers de finissants en soudure, mécanique, construction, etc., envahir les industries bien résolus à protéger leurs poumons, leurs oreilles, leur peau, etc.La résultante serait que d'ici quelques décennies, les maladies cruelles comme l'amiantose, la silicose, certains cancers, la surdité, etc., seraient du folklore.Recommandations Après avoir sommairement brossé le profil des écoles québécoises au chapitre de la santé et sécurité au travail, nous croyons qu'il est urgent que le Ministère de l'Éducation agisse sur trois plans: 1 — Que les ateliers sortent de leurs ghettos et soient traités sur le même pied que les industries par les Services d'Inspection du travail, les Services de Protection de l'Environnement et les Départements de Santé Communautaire.Qu'on modifie certaines Lois s'il le faut! 2 — Que les professeurs reçoivent une véritable formation en santé et sécurité par des gens qui connaissent l'industrie et qui véhiculent l'approche de la "santé publique"; 3 — Que des programmes pédagogiques simples et réalistes soient instaurés dans les ateliers d'écoles partout au Québec.167 Une autocritique des enseignants La maîtresse d'école s'aventure aujourd'hui sur un terrain délicat: l'autocritique des enseignants.1 Plusieurs études2 ont déjà mis en lumière divers aspects de l'école capitaliste: un système de classification qui envoie les enfants de travailleurs dans les voies allégées, au professionnel ou à l'enfance inadaptée, un système d'évaluation (examens, tests et normalisation) qui oblige les enseignants à dispenser un enseignement compétitif, des programmes d'études au service des entreprises privées, des règlements d'école arbitraires, des manuels scolaires aux contenus antitravailleurs, etc.Il importe cependant de clarifier, dès le départ, nos positions: nous ne donnerons nullement raison aux divers clercs et ministres qui accusent les enseignants.Les manœuvres de ces derniers n'ont pour but, selon nous, que de faire dévier l'attention de la population des causes réelles et des véritables responsables du mauvais fonctionnement de l'école.Ces principaux responsables sont ceux qui déterminent les politiques scolaires, les systèmes de gestion, les instruments pédagogiques.Les enseignants ont surtout un rôle d'exécutants, même s'ils sont parfois, comme nous le verrons, des exécutants un peu trop empressés.Ce rôle de l'enseignant a été étudié par de nombreux chercheurs.Il se dégage de ces études un constat assez général: l'enseignant est in- 1 Ce dossier est la version abrégée et revue de la thèse de Madeleine Aubin, intitulée Le processus de marginalisation à la maternelle et déposée à l'Université de Montréal.Cette version a été réalisée par l'auteur de la thèse, Raynald Horth et le comité de rédaction du journal La maîtresse d'école.2 Notamment École et luttes de classes au Québec de la CEQ et les dossiers de La maîtresse d'école, dont plusieurs ont été publiés dans la revue Ligne Directe.168 conscient de plusieurs de ses comportements qui désavantagent la majorité des enfants.La plus connue de ces études est certainement celle de Rosenthal et Jacobson3.Mariella Righini du Nouvel Observateur résume l'étude.Une stupéfiante expérience démontre qu'il y a rarement de vrais "cancres" dans les classes Un professeur américain de psychologie, Robert Rosenthal, eut un jour l'idée apparemment saugrenue de convoquer douze de ses élèves, de distribuer à chacun cinq souris grises et de leur donner quelques semaines pour apprendre aux bestioles à se dépatouiller dans un labyrinthe.Détail important, cependant: il glissait à l'oreille de six d'entre eux que leurs souris avaient été sélectionnées en raison de leur sens de l'orientation particulièrement développé, et il laissait entendre aux six autres que, pour des raisons génétiques, on ne pouvait rien attendre de bon de leurs cobayes.Ces différences n'existaient en fait que dans la tête des étudiants.Les soixante souris étaient toutes rigoureusement identiques.La période de dressage écoulée, Robert Rosenthal se rendit compte que les souris "surestimées" avaient accompli des performances étonnantes, tandis que les "sousestimées" n'avaient pratiquement pas bougé de leur point de départ.Fort de ce résultat, Rosenthal voulut tenter la même expérience dans un lieu de dressage d'un autre type: l'école (.) En mai 1964, Robert Rosenthal et les membres de son équipe débarquent dans une école élémentaire du sud et de San Francisco.Quartier pauvre.Bas salaires.Beaucoup de Mexicains, de Portoricains, de familles "assistées".Bref, des "défavorisés" par le milieu et dont il est généralement admis que les résultats scolaires en pâtissent.Carte de visite des intrus: une "vaste étude" en cours à Hadvard, financée par la National Foundation, sur "l'éclosion tardive" des élèves.Impressionnés par des étiquettes aussi redondantes, les instituteurs ou- 3 Pygmalion in the Classroom.Robert Rosenthal et Lenore Jacobson, (Holt, Rinehart & Winston).169 vrent toutes grandes les portes de leur classe.Ils ne se doutent pas, les malheureux, que les véritables sujets de l'enquête ne sont pas leurs élèves, mais eux-mêmes.Leur contribution est pourtant, en apparence, tout ce qu'il y a de plus "neutre".On leur demande simplement de faire passer aux élèves, en fin d'année scolaire, un test d'un "type nouveau" pour dépister ceux qui pourraient faire un démarrage spectaculaire aux cours de la prochaine année scolaire.En fait, tout est "bidon".Le test — un test standard de mesure du quotient intellectuel — n'est qu'un prétexte; quant aux cas dits "intéressants", ils sont évidemment choisis au hasard, à raison de 20% par classe, et leurs noms sont communiqués de façon délibérément fortuite aux professeurs: "Any way.au cas où vous seriez intéressé par les résultats de ces tests que nous faisons pour Hadvard.".Les professeurs étant ainsi conditionnés à leur insu, il ne reste plus aux enquêteurs qu'à attendre et à voir venir.Un nouveau test sera administré aux écoliers quatre mois après la rentrée, un autre en fin d'année scolaire et un dernier un an après.Les résultats, dépassant toute espérance, ont laissé bouche bée Robert Rosenthal et ses "complices".Les élèves artificiellement désignés comme devant donner les meilleurs résultats ont progressé beaucoup plus rapidement que les autres enfants.Deux cas parmi plusieurs dizaines: José, un petit Mexicain, avait un quotient intellectuel de 61 avant de devenir aux yeux de ses maîtres, une "vedette".Un an après, son QI atteignait 106."Élève retardé" un an plus tôt, il devenait, par simple tirage au sort, un élève doué.Même bouleversement pour Maria, une autre petite Mexicaine dont on vit le QI grimper de 88 à 128.Invités à décrire le comportement de ces "cas intéressants", les professeurs insistent sur leur "gaieté", leur "curiosité", leur "originalité", leur "adaptabilité".L'étude de Jacobson et Rosenthal a eu le mérite de nous démontrer que les mauvaises performances scolaires des enfants n'étaient pas dues qu'à des facteurs génétiques ou familiaux.Les enfants pouvaient s'améliorer et les enseignants avaient une part importante de responsabilité dans cette absence de progrès.Mais la conscience de cette responsabilité n'est pas suffisante pour changer rationnellement son enseignement.Il faut savoir quoi changer.Pour ce faire, nous avons analysé la pratique de deux enseignantes de 170 maternelle, pendant cinq jours; c'était là deux enseignantes ordinaires et faisant leur travail aussi consciencieusement que leurs collègues.Que ressort-il de cette analyse?Les deux enseignantes privilégient, dans la vie quotidienne de la classe, les enfants déjà privilégiés et dévalorisent les autres.Ces comportements sont-ils généraux chez les enseignants?S'appliquent-ils à d'autres niveaux scolaires que la maternelle?Plusieurs indices nous portent à croire que oui et qu'il faut s'en préoccuper sérieusement.Peut-être y a-t-il là matière à ce, qu'en tant qu'enseignants, nous fassions notre autocritique?Ainsi plusieurs groupes d'enseignants de l'élémentaire et du secondaire ont déjà discuté du texte qui suit.À chaque fois, le texte a suscité de vives réactions de la part de quelques-uns "C'est exagéré! Nous ne sommes pas ainsi".Puis après quelques heures de discussions et de multiples exemples, personne ne semblait plus exempt de ces comportements.Les auteurs de la recherche eux-mêmes n'étaient pas exempts de ces comportements.Madeleine Aubin a rapidement comparé ses observations à son propre enseignement.À quelques détails près, c'était pareil.Elle en a parlé à ses amies enseignantes; c'était pareil dans leur cas également.Dans nos cours, à l'université, nous ne fonctionnions pas autrement; il est en effet toujours plus facile de nous laisser aller à ce penchant si "naturel" de travailler et de bien nous entendre avec ceux qui nous ressemblent le plus mais qui, bien souvent, sont ceux qui en ont le moins besoin.De fait, l'aspect le plus dérangeant de cette recherche est de nous faire voir, qu'en pratique, une attitude générale telle "favoriser le bien commun" ou favoriser le "Bien de l'Enfant", ça n'existe pas.Nous avons des pratiques différentes selon les enfants, selon que leur classe sociale d'origine est plus ou moins éloignée de notre classe sociale, selon qu'ils nous ressemblent ou encore, selon qu'ils ressemblent à l'image de l'enfant idéal que nous transmet la formation des maîtres.Il s'agit là d'une analyse qui ne lavera nullement les responsables du système scolaire; elle nous invite cependant à remettre en question les rapports que nous entretenons avec les enfants, les parents et les autorités.Les changements pédagogiques qui en découleraient risquent d"ètre 171 fort peu appréciés par les privilégiés de l'école mais fort bien reçus par la majorité des parents et des enfants.Nous regarderons donc les détails de ces observations.Avec les habitudes culpabilisantes qu'on nous a inculquées, ces observations sont menaçantes pour notre image personnelle.Elles ne décrivent cependant pas des traits de personnalité mais bien des pratiques, pratiques que l'on peut modifier si on cherche à comprendre et à bien analyser la situation sociale qui nous porte à agir ainsi.Ce dossier présente d'abord ce que Madeleine Aubin a vécu à travers sa recherche.Suivent une analyse de ses observations et enfin quelques suggestions concrètes.On peut se procurer des copies de ce dossier auprès de: Les publications de la Maîtresse d'école Inc.a/s section pré-scolaire-élémentaire, Faculté des Sciences de l'éducation, Université de Montréal, C.P.6203, suce.A, Montréal.Tél.: 343-7434.Suggestions de lecture La maîtresse d'école.Les classes d'attente, in Ligne directe, vol.5, n° 2, CEQ, janvier 1977.La maltresse d'école.Les tests, in Ligne directe, vol.5, n° 2, CEQ, février 1977.La maltresse d'école.L'inadaptation scolaire, une question de pauvreté, in Ligne directe, vol.5, n° 4, CEQ, mars 1977.La maltresse d'école.L'enseignement professionnel, pour qui?pourquoi?in Ligne directe, vol.5, n° 5, CEQ, avril 1977.La maltresse d'école.Le progrès continu, pour qui?, in Ligne directe, vol.5, n° 6, CEQ, mai-juin 1977.172 Autour du débat sur l'école privée La Mission ouvrière est un secteur du conseil de la Zone pastorale de Sorel, St-Joseph, Tracy.En 1978, alors que des parents voulaient doter la région d'une école privée, la Mission prend le leadership d'une action collective pour contrer ce projet, afin que les énergies déployées pour améliorer un système d'éducation défectueux soient mises au service de tous dans l'école publique.En février 80, où en sont-ils?Le projet d'école privée est rejeté par la commission scolaire.Elle travaille à un projet d'école alternative dans le secteur public.Est-ce une solution?N'est-ce pas du privé déguisé en public?On le saura à la pratique.Vie Ouvrière reproduit ici une lettre de la Mission ouvrière qui donne les motifs de son engagement dans ce débat.Elle porte des connivences avec notre vision du rôle de l'école.Le débat sur l'école privée est-il un vrai débat ou un faux débat?Pour nous, de la Mission ouvrière, notre position a été claire.Que voulons-nous pour nos enfants?Nous voulons tous qu'ils soient heureux, quelles que soient leurs capacités intellectuelles ou leurs habiletés manuelles, qu'ils puissent s'épanouir.Une fois que nous avons dit cela, pourquoi existe-t-il un problème?Il y a problème dans le système scolaire parce que là, comme dans toute notre société, ce qui est important ce n'est pas l'épanouissement de chaque personne.Dans la société, le problème fondamental est au niveau de la reconnaissance très inégale que la société accorde aux talents et au travail de chacun.Le soudeur, première classe, peut espérer un salaire de $16.000; l'avocat de première classe, un salaire de $50,000; et le journalier qui fait parfaitement son travail, un salaire de $6,000 ou 7,000.De même, celui qui 173 travaille chez lui et qui n'a pas le goût de parler aux autres membres de la famille a des chances de gagner un très bas salaire, alors que celui qui a un travail épanouissant et qu'il aime, pourra arriver chez lui, avoir un comportement épanoui et comme par hasard un revenu de $15,000, 520,000 ou $30,000.Peut-on alors espérer que tout soit rose dans les écoles puisque l'école actuelle vise à faire entrer les jeunes dans cette société et ne vise pas l'épanouissement de chaque jeune?Nous voulons que tous les jeunes puissent s'épanouir à l'école et y développer leur personnalité.L'école publique actuelle est imparfaite.Que pouvons-nous faire devant cette situation qui touche environ 5,000 jeunes au secondaire dans la région?Les promoteurs de l'école privée proposent de construire une chaloupe de sauvetage qui mettrait à part 600 jeunes et leur donnerait le maximum de chances de se retrouver avec les plus beaux diplômes.Nous, nous voulons que tout effort pour améliorer la situation soit fait pour tous les 5,000 étudiants du secondaire et non pour une partie.Nous voulons que les efforts soient mis non pour partir une école privée à côté, mais pour améliorer l'école actuelle dans le but de favoriser le meilleur épanouissement de chacun de nos enfants.La Mission ouvrière Sorel-Tracy.Un jeu sur le chômage Le jeu "Au travail" a été réalisé par une équipe de recherche sur le chômage dans le système économique international.Il ne prétend pas traduire toute la complexité du problème, et encore moins de répondre à toutes les questions sur le monde du travail.Cet instrument d'animation veut, avant tout, être un tremplin pour la discussion à l'intérieur de groupes de chômeurs, d'assistés sociaux, d'étudiants ou de travailleurs.Il n'atteindra son but réel que lorsque les participants se poseront suffisamment de questions pour les amener à réaliser des actions allant dans le sens de la transformation de la société.On peut se procurer ce jeu chez les regroupements de chômeurs de sa région (Mouvement Action-Chômage).174 Le foyer de groupe, une famille à refaire Lucie Leboeuf Un foyer de groupe pour jeunes gars adolescents qui connaissent des difficultés à vivre soit dans leur famille, soit en foyer substitut (certains en sont à leur 19' foyer), soit en institution.Une magnifique maison québécoise sur le bord de la rivière avec éducateurs, éducatrices qui assurent l'accueil et l'organisation de vie interne.Dans le salon, Roger 17 ans, Pierre 18 ans, François 17 ans, Marcel 17 ans, Julien 15 ans, André 17 ans, nous parlent de leur vécu au foyer.Dans le groupe, il y a les anciens et il y a les résidents actuels.Les anciens sont sur le marché du travail et les jeunes du foyer, tous au secondaire.Nous parlerons ensemble de l'école, des temps de loisirs, de la vie au foyer.L'échange s'amorce difficilement, on est peu habitué à parler de soi, on se méfie quelque peu, on se nargue les uns les autres.C'est avec l'école qu'on réussit à démarrer."L'école, c'est dur pour les culottes" L'école, c'est une vraie perte de temps.Tu dois rester assis et écouter.C'est dur sur les culottes! et surtout quand tu aimes travailler.Vaut mieux lâcher! Surtout en régulier, y'a pas grand chose à trouver là.Au moins, au professionnel, y'a la pratique.Tu apprends déjà ton métier.Et, de toute façon, même au CEGEP ou à l'université, tu n'es pas sûr d'avoir ta job.Les perspectives sont beaucoup à la grisaille.Ça fait que P., M., sont aujourd'hui sur le marché du travail.P.a lâché en secondaire III, il voulait travailler: "J'aimerais être fermier, mais j'ai pas la chance d'avoir une ferme.Je me contente d'être rem-bourreur.Et mon métier, je l'ai appris en travaillant, pas à l'école." M., il a refait son secondaire I, trois fois, ça écœure et surtout à l'école, on riait de lui parce qu'il était le plus grand.Et tout le bruit à l'école, ça énervait M., qui avait des crises d'épilepsie."Depuis novembre, j'travaille pour le gouvernement: j'suis chômeur." Comme job, avant: j'ai lavé la vaisselle, j'ai fait d'ia cuisine.Mais tu t'écœures à être "laveur de vaisselle".Et dans les usines, y'a rien.Mon dossier est ouvert au Centre de 175 Main-d'œuvre.Je suivrai peut-être des cours." On est bien conscient que "tu vas pas loin avec une secondaire V, sauf si tu as "une petite pousse".Mais les portes sont étroites et se referment vite.F.comptait devenir pilote d'avion.Mais il porte des lunettes.Y'aurait peut-être navigateur aérien.Ça l'a découragé, il n'a pris que des matières faciles en secondaire V.S'il se décide, il pense à l'armée.Y'aurait plus de chances là comme navigateur.A., lui il aime l'école, il a des projets d'études en Théâtre au Cégep.Mais ils n'en prennent que 10.Les gars, les filles à l'école Nos amis portent bien les bons préjugés sexistes: "une fille, c'est comme un grammophone qui t'ré-pond, tu pèses sur le pied, la trappe se rouvre." En même temps, les revendications d'égalité filles et garçons frayent leur chemin: "Pour moi, l'homme peut être ménagère." "Une fille, c'est pas un objet, j'ai pas d'ordre à lui donner." "Si elle veut travailler à l'extérieur, O.K.! mais un métier pour elle, secrétaire, vendeuse.Et quand même faudra que la maison soit propre!" On protège ses intérêts! Aussi il reste un bout de chemin à faire.Et y'a d'I'es-poir pour que ça se fasse.Mais encore faut-il avoir des lieux où l'on peut se rencontrer, échanger, sans se sentir dans un régime policier et avec les seuls corridors pour "t'effouèrer" comme à la polyvalente.À D., l'autre école secondaire, y'a une salle d'accueil.C'est tout différent.Tu peux même arriver là un midi et ça chante, les gars et les filles.Et le foyer?Une vie de groupe et pas vraiment une famille.Et pourquoi?La confiance, un défi difficile.Les gars, c'est traître."Un jour, mon travailleur social est venu me voir.Un gars avait caché une cassette, après on riait de moi.Tu perds toute ta confiance.Avec les éducateurs, c'est possible!" Pour un gars actif aussi c'est difficile."Moi, quand je suis arrivé, ce n'était que des gars de t.v.Heureusement qu'un sportif est arrivé!" Et les règlements, on les prend pas! On ne nous fait pas confiance! "Tu ne peux pas avoir ta clef!" "Le vendredi soir, y'a une heure pour entrer!" "Si y'a une sortie de ski de fond, faut suivre ou bien prendre l'air d'une autre façon." Pour J., ça semble particulièrement dur: "Tu quittes non seulement ta maison, mais aussi ta ville, ton école, au milieu de l'année.Tu quittes alors que tu pouvais tout faire à ta guise.Aussi, ça m'arrive de faire des crises, les envoyer chi.Laissez-moi le temps." Il semble bien que le foyer, on en mesure sa valeur après l'avoir quitté."Les anciens, quand on quitte, on est un an sans se revoir, puis on reprend et c'est l'fun!" "Quand tu es ici, tu 176 veux faire des fugues, t'en aller.Maintenant, on regarde ceux qui veulent le faire et on voudrait leur expliquer.Tu arrivais, le souper était prêt, les bons soupers de Rose.Avec la vie Il y a des moments où l'adolescent t'aime d'un amour sans limites, tu lui es nécessaire: il fait une bonne grippe ou encore il veut à tout prix une paire de skis.Il y a d'autres moments, et combien plus nombreux, où un jeune est plein de griefs envers son éducateur; il suffit de si peu de choses: un mot désagréable, un ordre rébarbatif.Si vous abordez un jeune après une contrariété, il vous décrira sa vie comme un ensemble de règles rigides; si vous arrivez au moment d'une fête, il vous en mettra alors plein les yeux.Notre foyer est ouvert depuis 4 ans.Nous accueillons des jeunes (6 en moyenne) qui ont manqué d'amour et de sécurité.Ils ont été confrontés beaucoup trop tôt à des situations conflictuelles: laisser-aller éducatif, disparition d'un être cher, agression, éclatement de la famille, autorité nulle ou drastique.Comme ils souffrent, ces jeunes sont agressifs, anxieux, tolèrent difficilement toute contrariété.Nous tentons de faire de notre maison un lieu de "soins intensifs d'amour", un lieu où un jeune se sente accepté totalement, où il peut se permettre d'être lui-même et exprimer ce qu'il ressent.Souvent, il se comporte de groupe, c'est l'accueil, un accueil fiable, toujours quelqu'un sur qui tu pouvais compter.Bien différent de ta famille, ou de ton appartement, seul entr'quatre murs." d'une façon détestable juste pour savoir si tu vas l'aimer malgré tout.Parce qu'il a vécu beaucoup d'instabilité, nous croyons que le jeune qui vient chez-nous a besoin de structures et de règles de jeu qui vont lui permettre de former progressivement sa personnalité.Il apprend à vivre non au gré de ses pulsions souvent si contradictoires, mais en se respectant, en respectant les autres, une parole donnée, un horaire.Autant il a besoin qu'on réponde à ses besoins réels, autant il a besoin qu'on résiste à ses caprices.Difficile ce chemin qui mène à la liberté qu'il chérit intensément et avec raison.Chez-nous, les jeunes ne sont pas à "l'hôtel".Ils ont à s'impliquer eux-mêmes dans toutes les tâches de la maison, comme dans une famille: entretien, collaboration aux repas, vaisselle.Inutile de dire que l'heure de la vaisselle est une heure fatidique.Et, pourtant, quand il s'en va en appartement, il est content de pouvoir se débrouiller dans la tenue d'une maison.Il sait qu'il peut compter sur lui.Exigeante et passionnante la vie d'éducatrice! Un jour, tu es élevée aux nues, tu es reconnue comme un "gé- Une éducatrice prend la parole 177 nie"; le lendemain, le même gars te dira que tu ne comprends rien.Si tu exiges une heure de rentrée, tu es perçue comme un "geôlier"; la voisine, elle, laisse son garçon entrer à l'heure qu'il veut et ne l'oblige pas, elle, à être présent à l'école.L'ennui, avec un adolescent, c'est que c'est la voisine qui est toujours la plus com-préhensive.La solution?Peut-être faire un échange de parents.Et il arrive ce moment où tu oublies tes peines et tes fatigues.Un jour, après avoir vu le film Harold et Maude, un garçon me dit: "tu sais, tu me fais penser à la vieille Maude." "Parce que je suis vieille?" "Non, parce que tu m'as redonné le goût de vivre." Si la vie a recommencé à jaillir, alors que tout semblait éteint, ton espérance à toi n'est plus tuable.Cette espérance, des garçons me l'on donnée.Rose Documents pédagogiques La santé des futurs travailleurs Trois vidéos sur la santé et la sécurité au travail sont maintenant disponibles pour faire l'éducation des travailleurs en état d'apprentissage qui fréquentent les ateliers de menuiserie, de mécanique automobile et de soudure des polyvalentes du Québec.Ces "apprentis" sont généralement des élèves du secondaire IV et V âgés de 15 à 17 ans, qui rejoindront le marché du travail au plus dans les 18 mois suivants.Faut s'entendre là-dessus.Les agresseurs masqués, et Coco s'est échappé sont trois nouvelles productions vidéoscopiques 3i" couleur, traitant la première de surdité industrielle, la seconde des poussières et des gaz toxiques en soudure et la troisième des émanations de monoxyde de carbone.C'est le département de santé communautaire de Lanaudière, par l'intermédiaire de M.Robert Fernet (cf.plus haut, page 164), qui a commandé ces productions en vue d'une utilisation régulière à l'intérieur de l'enseignement du secteur professionnel au Québec.Tous les départements de santé communautaire du Québec auront un exemplaire de chacun de ces documents; on peut donc se référer à eux pour visionner le tout.Pour plus d'information: Département de santé communautaire de Lanaudière, 572, rue Notre-Dame, Joliette, J6E 3J1 (Tél.: 759-8072).178 Des parents témoignent Réunis autour de la table, à Vie Ouvrière, des parents et un animateur auprès d'adolescents sont venus partager leur vécu: Roger et Lueille: 30 ans de mariage, 5 enfants de 13 à 28 ans.Rolande: femme chef de famille depuis 20 ans alors que le bébé avait \Vi ans et l'aînée 13 ans (5 enfants).Doréa et Camille-, parents de 10 enfants, de 16 à 32 ans.Bernard: 3 ans avec les jeunes, à St-Hyacinthe et 3 ans au Pérou; actuellement étudiant.Jean-Marc: parent de deux enfants, un garçon de 17 ans et une fille de 14 ans.Toutes ces personnes militent tant dans la famille que dans leur milieu social: coop, Acef, M.T.C., scoutisme, commission scolaire, parti politique et mouvement syndical.L'éducateur devient l'élève Pour ces parents, nés avant ou pendant la crise, la vie ils ne l'ont pas eu douce: la crise, la guerre, le marché du travail, à 12 ou 14 ans.À la maison, à l'école, "un cadrage d'autorité": le respect, l'obéissance, voilà l'important.Avec l'évolution époustouflante des vingt dernières années "c'est à ne plus s'y retrouver avec nos adolescents.On en vit des mûres et des pas mûres." Un sentiment de désarroi devant ces jeunes qui poussent et le vécu de leurs parents.On n'a plus de pôle de référence pour se guider et 179 établir le contact.Il faut inventer, enfanter dans l'angoisse de l'inconnu."Comme tant de bons parents, membres des Foyers Notre-Dame, on se savait "marqués de la grâce", intouchables sur notre piédestal: assurance tout risque.Puis, un bon matin, tu te réveilles brusquement: finie la pratique religieuse de ton adolescente." La pratique religieuse c'était souvent là le premier lieu d'accrochage, puis on part vivre avec son chum.Si le premier choc est brutal, chez ces parents que la vie a formés au creuset de luttes constantes, la démarche s'enclenche vite vers un dialogue qui connaît ses moments d'éclatement: "Tu te sentais déchiré, tu te débattais au meilleur de ta connaissance, tu en foutais même dehors." Mais une expérience qui connaît aussi ses moments de croissance: "Les enfants nous font descendre de notre piédestal.À parler avec eux, à partager leurs questions, leurs inquiétudes, leurs espoirs, ils nous ont ouverts au monde, ils nous ont éduqués." Pour le parent même prévenu, avec son bouquin de "Parent efficace" à la main: "ça te tombe dessus un matin, alors que tu te prépares à partir travailler, le manteau sur le dos." "Ça ne se passe pas dans la belle nature avec les petits oiseaux.Et surviennent des moments où le dialogue, on le suspend, espérant que le témoignage prendra la relève.Quand tu es un parent de la classe ouvrière et que tu sens que tes enfants peuvent te mettre en boîte avec les grands mots appris à l'école, c'est plus possible." La question religieuse "La question religieuse, c'est le premier accrochage.Finie la messe du dimanche.Quand c'a déclenché, les autres enfants ont suivi.Moi, ça continue de me faire mal: pas au plan de la pratique mais au plan de la foi.Mais la parole, je ne l'ai plus: je vais me faire virer de bord.Alors je ne me laisse plus faire mal." Et quand tu es mère de famille avec le B.E.S.comme seule ressource avec ce que tout ça te vaut de préjugés et de rejet, c'est une bataille qui s'engage: "Je me marie à 25 ans et me sépare après 13 ans de mariage, 5 enfants de 1 an et demi à 13 ans.Et comme bagage, la devise: travaille, prie et tais-toi.J'ai fait toutes les bondieuseries en commençant par les Filles d'Isabelle pour rencontrer enfin un organisme, les 180 avocats populaires dans le temps, qui m'ont appris à connaître mes droits et à lutter avec d'autres." Avec les jeunes, il faut jouer franc jeu.Ça fait partie des règles du dialogue: mettre toutes les cartes sur la table.Un parent, aujourd'hui, ce n'est plus le contrôleur: il est une personne ressource avec qui le jeune vient confronter son vécu."On peut pas vous suivre.À vous d'être assez hommes pour rompre si ça ne marche pas." Être parent, c'est apprendre à faire confiance: tu ne dresses plus les barrières.Tu tentes d'équiper tes jeunes pour qu'ils en dressent, si nécessaire, dans les sentiers qu'ils veulent explorer: À 22 ans, mon gars m'a raconté sa tentative de vol de voiture, à 16 ans: "En arrivant dans le stationnement de Steinberg, je me suis souvenu de ce que tu m'avais dit: Un vol, y'a tout le kit avec, que vous devrez prendre.Je n'irai pas vous chercher au poste".Alors, je me suis sauvé." L'école: "un papier qu'on va chercher" Pour ces parents de la classe ouvrière, qui ont dû quitter tôt l'école pour aider leurs parents, la démocratisation des années 60 c'était un grand espoir.Mais elle connaît bien des déboires.On a le sentiment de s'être fait piéger avec toutes les belles promesses de gratuité, de participation.Encore un lieu où l'on apprend beaucoup en dialoguant avec ses adolescents: — Une école dépersonnalisée: "sur le bulletin de ta fille, pas de nom, des chiffres et des carreaux.On te demande d'ailleurs d'apporter la photo de ton enfant pour la rencontre parents-professeurs." — La façade des comités de parents: "en lisant les règlements de l'école, il n'y avait des appels au respect que pour la direction, les professeurs, l'ameublement.Mais rien sur le respect des élèves.Ma remarque m'a valu les foudres du directeur." — L'école, préparation à la vie: à celle des autres, pas celle des travailleurs et des travailleuses: "Un professeur de religion qui tentait de faire réfléchir ses jeunes depuis leur vécu, celui de leurs parents: la grève chez Pratt & Witney.Il s'est rapidement fait mettre au pas par la direction: "change de côté et rentre dans le rang." 181 — L'école, beaucoup d'appelés, mais peu d'élus: "Dès la première année.Et pour les indésirables qui ne cadrent pas, les portes sont largement ouvertes." Une fille d'assisté social ça garde son trou: "Jamais tu seras professeur de culture physique, ta mère est sur le bien-être." Et ma fille ne l'a jamais été, prof.— Chez C.et D., le dernier, 16 ans, vient de quitter l'école: "En v'ià un que l'école a eu le dessus sur lui.Les autres ils manquaient des cours mais, à la maison, ils se défoulaient et le travail scolaire était fait."On y va pour le papier.On apprend dans nos lectures à la maison", nous disaient-ils.Lui, c'est le noir! Il n'a plus le goût de rien.Et pourtant c'est pas un paresseux! L'été dernier, il a travaillé des heures longues et difficiles sans jamais se plaindre, sans jamais manquer." "Le chômage, c'est tout toi qu'on rejette" Chez J.-M.aussi, le gars de 16 ans a quitté l'école.Lui aussi pour aller travailler.La première semaine, chez ces jeunes, enthousiasme, bientôt sur le marché du travail: coupe de cheveux, visite au centre de main-d'œuvre, on fait des tas d'applications; toujours la même réponse: "on va t'appeler." La deuxième semaine: tu restes à la maison pour attendre les téléphones car il semble que ce soit le seul espoir.Et, la troisième semaine, comme les téléphones ne viennent pas, tu regardes les films jusqu'à deux heures dans la nuit et tu dors le matin, pour compenser et oublier."Parce que, pour le jeune, c'est pas seulement une job qu'on lui refuse, c'est "lui" qu'on rejette." C'est ce qu'on décrivait dans la J.O.C.: comment la société écrasait le jeune chômeur.Mais, quand ça se passe dans ta maison, tu perds patience parfois.Tu réalises avec ton jeune comment c'est artificiel notre société: toute une campagne électorale sur le 180 d'augmentation du pétrole; pas un mot sur le chômage!" Et, pour te trouver une job, le patron te force à te prostituer."Mon gars est allé pour une job; on lui demande: "Si y'a une ligne de piquetage devant l'usine, tu la franchirais?" — J'ai dit "oui", mais j'ia passerais pas." 182 Comment espérer?Tu entends ton frère de 28 ans: "j'ai mes études, ma dette d'études et pas de travail." "Ça c'est un dur bout à vivre comme parent, de voir ton gars dans le noir comme ça!" Et si tu n'as pas d'argent, tu restes isolé dans ton coin.Déjà à l'école, ça fait de la ségrégation: "ceux qui ont le bicycle à gaz à 14 ans, le ski-doo, puis l'auto à seize ans: à lui, ou celle de maman.Ton gars ne peut suivre.Et ça le tourne même contre toi.Faut être de 1940, pour ne pas avoir d'auto!" Dans une école, le professeur veut initier les jeunes au budget.Us doivent dire le salaire des parents, le coût du loyer, de la nourriture, etc.Ma fille raconte: "Un gars dit que son père gagne $35,000 et qu'il a une belle grosse maison.X.a fait rire de lui parce que son père n'a pas une belle maison.Moi, je n'ai pas parlé car avec notre maison et ton salaire, j'aurais fait rire de moi! Mais même s'ils ont de l'argent, ils ne sont pas mieux que nous".Les jeunes, un monde qui rejette les valeurs?Il faudrait plutôt dire: les jeunes, un monde qui rejette la tromperie d'un certain discours adulte sur les valeurs: — faut aller à l'école! — faut travailler! — faut s'marier! — respecter l'autorité! "Les nuits à s'inquiéter et à dialoguer, à faire route ensemble, elles ont donné des racines." Et c'est là un point d'ancrage certain pour ces parents: toujours accueillants, disponibles à travers vents et marées.La famille redevient le port d'attache quand tu sais que l'on te reçoit, "toi." "Quand un de nos jeunes a décidé, lui et son amie, de vivre ensemble, ils nous ont dit: "Nous sommes les mêmes hier et aujourd'hui.Maintenant qu'on a pris cette décision, ne nous obligez pas à couper avec vous." Si la société, plus souvent qu'autrement, les rejette, eux, ils savent où ils veulent aller.Ils ont le courage de ruptures difficiles et ils les vivent 183 et dans leur cœur et dans leur porte-monnaie."Avoir le courage de mettre de côté sa formation universitaire pour devenir artisan en fer forgé, car c'est là qu'ils se sentent heureux, notre fille et son mari, alors que ses confrères gagnent les gros salaires.— Ils ont des arguments qui nous détellent!." La soif de justice, pour laquelle nous nous battons toujours, ils la portent aussi et ils ont même à en souffrir.Tu découvres que ta mili-tance "a déteint sur eux"."Ils connaissent le problème et lui font face." Et ça fait mal à des parents de les voir avoir mal."En arrivant en médecine dentaire, notre garçon qui veut aller chez les Esquimaux exercer sa profession, a vite compris qu'il ne fallait pas parler d'engagement qui questionne trop." L'entonnoir de la sélection est un bon moyen d'éliminer les indésirables.Ou tout simplement tes engagements antérieurs dans la contestation, au CEGEP, ça ne s'oublie pas.C'est le cas de Joseph, qui veut aller dans l'enseignement.On l'a même mis à la porte comme concierge de la polyvalente, job qu'il prenait pour arriver à payer la fin de ses études."Et toi, comme parent, tu l'as supporté dans sa lutte.Ça te pose un problème de conscience." "C'est-y le système qui ne vient pas à bout de voir clair!" "Vous allez vous calmer un moment donné" Où en est le souffle contestataire des années 60?Le projet social proposé aux jeunes serait-il d'en arriver à l'apathie générale?Il suffirait de pitonner et les solutions vous arriveraient pré-emballées?Dans notre société de consommation, la vraie société matérialiste, on cherche par tous les moyens "à tuer cette agressivité naturelle à vouloir transformer le monde; à encarcaner ce souffle de révolte plutôt que de favoriser le regroupement des jeunes, les solidariser." On se quitte sur ces mots qui, s'ils portent une grande tristesse, sont aussi un éloquent témoignage à la jeunese, à son courage, à ses soifs.184 Le disco ou l'individu traqué Marcel Boulais Il nous paraissait difficile de proposer un dossier sur les jeunes sans qu'il soit question du phénomène musique-disco, tellement il semble envahissant de tout notre univers.La revue Focus, dans son numéro de mai 1979, publiait trois articles sur le Disco.Nous reproduisons celui de Marcel Boulais, qui tente un éclairage psychologique de ce phénomène.Suit une note écrite par Vie Ouvrière par Christine Rivest, étudiante en communication.Christine nous guide dans les sentiers musicaux à la mode pour nous aider à les reconnaître.À contre-vent, elle fait appel à la jeunesse comme puissance recréatrice d'avenir.Au fil des années, on se retrouve régulièrement devant des phénomènes qui touchent une large couche de la population.On pourrait appeler ce genre de regroupement, collectif, tant on le retrouve dans beaucoup de manifestations quotidiennes.Le disco a envahi, d'abord, le monde musical, disons plutôt a emprunté un rythme musical, puis l'univers flamboyant de la mode vestimentaire s'y est engouffrée d'une façon quasi hystérique, et aussi les lieux "disco", les discothèques, deviennent les temples de la danse uniforme, engouffrée et robotisée.Quoi qu'il en soit, même partagée par une portion assez importante de la population, ce phénomène s'inscrit ni plus ni moins dans la ligne logique de la démagogie récupérative (quelle démagogie ne l'est pas) dont se font forts les chefs de file que sont les hommes d'affaires.Il ne s'agit donc pas de faire le procès de cette caste, mais bien de voir comment sous le couvert d'un "sain divertissement", commun à plusieurs, le but recherché n'est autre 185 que la sacro-sainte individualité, l'oubli des autres, valeurs si chères au credo du conservatisme de la bourgeoisie.À la base, le disco ne remet rien en question, que ce soit au niveau du rythme (c'est sensiblement toujours le même), des paroles de chansons, de l'habillement, des valeurs sociales, etc.À ce titre, le "mouvement" fut vite récupéré par les hommes d'affaires, qui n'avaient pas à transformer le produit, afin de satisfaire leur faim insatiable de rentabilité.Avec l'aide d'une technique de mise en marché incroyable, de la publicité subliminale, l"'Homo discus" devient une de ces bêtes très individualistes ne cherchant qu'à épater, à faire le jars quoi.D'ailleurs, toute la conception d'une discothèque se fait en fonction "de nous faire sentir qu'on est une star".1 Cette emphase sur l'individualisme, va jusqu'à nier l'exisence des différences sociales en affirmant qu'on ne reconnaît quelqu'un que par "son habillement et sa façon de danser".2 Lorsque tous s'habillent sensiblement de la même façon et dansent à peu près les mêmes pas, il est normal de garder les yeux bouchés et ne pas voir les différences.On est en présence de jolis moules de "cruiser" (sic) en chocolat et de petites minettes crémeuses, dont le seul but est de pavaner orgueilleusement pour faire pâlir les "chums et les chumettes".Encore une fois c'est la transposition des mythes de la bourgeoisie à toute la population: partir de rien et arriver à tout dominer.J'ai la "Fièvre du Sa- medi Soir", non pas pour aller danser, mais bien parce que j'en suis malade.On peut continuer en disant que le rêve devient le fil conducteur des bouffeurs de rythme; danser comme un "dieu", "posséder" la plus belle fille de la place, avoir une auto (quand on n'a pas tout dépensé pour s'habiller et entrer dans la boîte), d'être unique, de porter la dernière exclusivité et aussi avoir de l'argent pour jouir un tant soi peu du "vivifiant" plaisir du disco.L'argent, quel beau mot, pour ceux qui ne font que rêver d'en faire aux dépens des autres, en leur fournissant la distraction.Et cela demeure utile lorsque l'on veut être quelqu'un, pense-t-on.Loin de vouloir changer quoi que ce soit, on se plait à perpétuer les refoulements que la révolution sexuelle a tenté de défaire.Ainsi le parolier du groupe de joyeux guignols "Village People" affirmera à propos d'une de ses chansons "Macho Man" que "ce n'est pas être cynique ou réactionnaire, c'est tout simplement pour exprimer les rêves de tous les mâles américains".3 Sic et sans commentaires."L'Homo discus" de 1979 entre en flagrante contradiction avec les valeurs de la contre-culture de la fin des années 1960, et ce au grand plaisir des conservateurs et réactionnaires de tout acabit.Ce courant n'écoute que le langage de la rentabilité, du vedettariat, de l'individualisme, de la consommation stéréotypée, qui n'a d'original que tous ceux qui y participent ont l'impression d'avoir une personnalité propre malgré le fait qu'ils font 186 tous à peu près les choses de façon similaire.Tout cela part d'un rythme musical qui est entraînant, permet de s'évader des réalités ambiantes, de se voir le maître d'un petit monde anonyme, non contrôlé par le petit dieu, car il n'en est que la marionnette.Car "l'Homo discus" n'est là que pour se divertir.Alors il faut quelqu'un pour le divertir, autant le faire dans un sens qui ne permettra pas une remise en question de "l'équilibre social environnant".À métro-dodo-boulot, on pourrait ajouter moto-phono-disco,4 car pour aller au disco, il faut un boulot qui permette cette aventure.La boucle se referme de nouveau et, pour plusieurs, le paradis, c'est le disco, la "Fièvre du samedi soir", le dernier amant romantique, imiter John Travolta, Olivia Newton-John, ce sont les nouveaux Tarzan, Batman, Dick Tracy, le docteur Welby, qui ne demandent pas mieux que vivre dans une société sans problème, sans anicroche, sans différence.Ainsi va la mode du disco qui ne cherche qu'au fond que produire des petits hommes qui iront se divertir après avoir bien fait leur petit travail bien sagement et, en retour, les exploiteurs de la première heure offriront une saine et bien dirigée distraction.1 Jack et Kathleen Villari, La danse disco.Édition de l'homme, Montréal, 1978, p.209.- Idem., p.220.3 Nathalie Pétrowski, Le Devoir, 3 mars 1979.4 Pris au hasard d'une conversation, Life, novembre 1978.Rolling Slone, mars 1979.Où va la musique disco?Christine Rivest La musique, cette manifestation artistique, n'a jamais laissé une seule personne indifférente, que ce soit nos grands-parents, nos parents ou même les personnes des siècles passés.La musique a toujours transporté une idéologie dans tout système social, quel qu'il fût.Après la révolution des années 60 et 70, les jeunes sont poussés comme dans les années passées, dans le panneau fantastique de l'idéo- 187 logie dominante.La musique n'est plus douce mélodie à l'oreille, mais une machine administrée par des grosses poches qui veulent des sous.Il y a différentes sortes de musique, par exemple: Western, country, électronique, classique, blues, jazz, vieux rock, balades d'amour grosses comme le bras et le rock progressif, que les jeunes ont laissé aux plus vieux, mais eux aussi ont leur musique, celle avec laquelle les promoteurs font des gros sous: Le Disco, le rock heavy et le new waves sont la musique des jeunes.Le disco: Le Rock Heavy: Le new waves: musique rythmique pour la danse, la musique de la libération sexuelle (enfin pour les garçons), la musique des playboys en Z28 et des petites greluches pâmées devant les Bee Gees.La musique des gens de classe moyenne qui deviennent bourgois la fin de semaine.musique rythmique pour la réflexion, aussi une libération sexuelle (toujours pour les garçons).La musique de ceux qui se disent marginaux mais qui mordent dans le système en place, les expériences de la drogue et de la boisson.musique rythmique, toujours, mais pour défoulement d'agressivité, de violence, expérience de drogue chimique, libération violente sexuelle.Les paroles se veulent le plus simple possible et se valent toutes.Le Disco, paroles de chansons d'amour d'un soir avec le prince charmant au volant d'une belle voiture, paroles de la femme objet qui succombe au charme d'un jeune homme chauvin.Le Rock Heavy, paroles de "trips", que ce soit au volant d'un cancer qu'on peut bousiller, ou d'une femme qu'on se partage au lit.Le new wave: paroles et musique un peu rétro des années 50: les paroles et la musique de ceux qui veulent tout le temps rester jeunes, la musique de ceux qui se balancent de la société et qui sont violents et agressifs.les Bee Gees, Village people, Donna Summer, Freddy James, Michael Jackson et bien d'autres.Les groupes disco sont: Les groupes Rock sont: Rainbow, Led Zeppelin, Styx, Boston, Queen, Kiss et bien d'autres.188 Les groupes New Waves sont: Cars, Knack, Cheap trick et bien d'autres.Et c'est dans ce système que l'on veut forcer l'intégration des jeunes."L'invasion tout terrain semble en effet être devenue la norme de la nouvelle stratégie de distribution des produts culturels de masse" (Une culture pour gérer la crise, in "Le Monde diplomatique", octobre 1979).On parle actuellement que le disco sera remplacé par le New waves, les styles d'habillement commencent déjà à se mélanger.Qu'on pense au phénomène "Goldorak" chez les enfants.La meilleure conclusion que je puisse apporter à cette jeunesse un peu folle, qu'on veut faire jouer à la vedette, au super héro, est une chanson de "Supertramp", qui s'adresse aux jeunes, Child of Vision: Well, who do you think you're foolin'?You say you're havin' fun But you're busy going nowhere, just lying in the suri.You tried to be a hero commit the perfect crime but the dollar got you dancing and you're running out of time You're messin' up the water You're rolling in the wine You're poisoning your body You're poisoning your mind You gave me a coca-cola You said it tasted good You watch the télévision It tells you that you should — A — How can you live in this way ?— (why do you think it's so strange?) You must hâve something to say — (Tell me why I should change) There must be more to this life It's time we did something right Child of vision, won't you listen?Find yourself a new ambition I've heard it ail before You're saying nothing new I thought I saw a rainbow but I guess it wasn't true You cannot make me listen I cannot make you hear You find your way to heaven TU meet you when you're there (Répéter A) We hâve no reason to fight 'caus we both know that we're right Child of vision, won't you listen?Find yourself a new ambition 189 IjfoL zt znaacjzmznt Le Christ de l'histoire et de la foi Dans la partie précédente (février, n° 142), nous avons vu que Dieu était intervenu dans l'histoire du peuple d'Israël en accomplissant un acte de libération, l'Exode.Il se révélait ainsi un Dieu créateur de liberté.Mais ce projet de libération n'est jamais terminé.Jésus-Christ viendra s'inscrire dans ce projet en le poussant encore plus loin que ce qu'osait contenir l'espérance d'Israël.4 — Dieu se fait connaître à partir de la libération Le Dieu libérateur est aussi le Dieu créateur Mais ce n'est pas tout.On doit également voir que c'est cette expérience de la libération qui permet de découvrir vraiment qui est Dieu.C'est en effet largement à partir de l'expérience de l'Exode — de leur libération d'Egypte par Dieu — que les enfants d'Israël ont pu approfondir leur connaissance de Dieu.Avant l'Exode, Israël priait et adorait Dieu.Mais sa foi restait assez vague, mêlée à toutes sortes de croyances païennes.L'expérience de l'Exode lui permet de comprendre beaucoup de choses.Elle lui permet de saisir son histoire comme marquée par la présence agissante de Dieu.En comprenant que Dieu est le libérateur, Israël finit ainsi par comprendre qu'il est aussi le créateur; autrement dit: si Dieu a été assez fort pour nous libérer, et s'il nous a aimés assez pour cela, c'est donc qu'il est aussi celui qui nous a faits et qui a fait le monde.Tous les autres dieux 190 Le Dieu libérateur -< ra aussi le Dieu sauveur sont néant à côté de lui.Même si, donc, dans la Bible, le récit de la création vient avant celui de l'Exode, dans la formation de la foi biblique, c'est en fait l'inverse qui s'est produit.De la même manière Israël en est venu peu à peu à entrevoir que ce Dieu libérateur et créateur était aussi celui qui, un jour, viendrait ache%er son travail en établissant définitivement son règne; qu'il était aussi le sauveur, celui qui, de nouveau, libérerait son peuple de tous ses esclavages.Car, on le sait bien, la libération de l'Exode et l'installation dans la Terre Promise n'ont pas créé une société parfaite.Loin de là: le peuple que Dieu a libéré a en effet souvent été tenté de retomber dans toutes sortes de nouveaux esclavages.La Bible parle ainsi du peuple qui s'en va "se prostituer avec les idoles", c'est-à-dire s'éloigner du vrai Dieu libérateur et se faire d'autres dieux: le confort, la richesse, la puissance, et même la pratique religieuse.Ainsi, par exemple, le peuple d'Israël fut tenté de prendre son Temple et sa Loi pour Dieu — c'est-à-dire en somme, de confondre Dieu et la religion institutionnelle (ce qui était en fait une manière de se passer de Dieu.).C'est dans ce paysage qu'apparaissent les prophètes ■— puis Jésus lui-même.Les prophètes essaieront constamment de ramener le peuple à Dieu, de lui rappeler qu'il ne doit mettre sa confiance qu'en Dieu.Mais leur parole est souvent peu efficace.Le peuple, surtout quand les choses vont bien, s'éloigne de Dieu et met sa confiance dans les dieux de toutes sortes qu'il se fabrique.Dieu lui donne parfois de sévères leçons: ainsi, par exemple, le peuple d'Israël est défait par de puissants voisins, exilé, son Temple est détruit.Certains "comprennent" et retournent à Dieu.Mais, souvent, le peuple retombe de nouveau dans ses vieilles habitudes, loin de Dieu.L'injustice est une Cet éloignement de Dieu prend en particulier une forme que les prophètes vont dénoncer avec beaucoup de vigueur: l'injustice et l'inégalité sociale.Dieu avait libéré son peuple pour en faire un peuple de frères, et voilà que par les prophètes 191 ce peuple finit par se comporter comme n'importe quel autre: il y a des riches et des pauvres, des exploiteurs et des exploités.Il tolère l'injustice et l'oppression en son sein.Cette situation fait injure au Dieu qui s'est présenté comme le Père et qui veut que tous ses enfants agissent entre eux comme des frères et des sœurs.Mais ce n'est tellement pas comme ça dans les faits.C'est pourquoi certains prophètes ont une vision plutôt sombre et pessimiste de l'avenir.Ils disent au peuple: si vous ne vous convertissez pas, le châtiment de Dieu sera terrible.Mais, en même temps, se développe chez plusieurs une idée extrêmement importante: celle, justement, du règne de Dieu qui va venir.Qu'en est-il au juste?Les choses vont mal, disent les prophètes.Israël s'est éloigné de Dieu.Dieu l'a souvent puni.Il l'a soumis à ses ennemis qui l'ont malmené.Et pourtant, Dieu n'a pas oublié le peuple qu'il s'est choisi.Un jour, il va venir lui-même pour établir son règne et restaurer son peuple.Ce jour-là, Israël sera de nouveau libre, prospère, fidèle à Dieu.Il y aura la paix et la fraternité entre les hommes.Plusieurs, en Israël, attendaient que ce règne de Dieu soit établi par un roi puissant et extraordinaire, envoyé par Dieu, descendant de David: le Messie.D'où, par exemple, cette question que Jean Baptiste envoie demander à Jésus: Es-tu celui qui doit venir (c'est-à-dire le Messie, qu'on attend depuis si longtemps) ou devons-nous en attendre un autre?Le Dieu de Jésus-Christ n'est pas non plus un Dieu qui se croise les bras.C'est le même Dieu que celui de l'Exode, qui a libéré tout un peuple de l'esclavage.Pour que cette libération soit complète, ce peuple a dû briser les structures de son oppression: la structure politique, tout d'abord, représentée par le pouvoir du pharaon.Mais ce n'est pas tout.Une fois hors d'Egypte, le peuple hébreu ne s'était pas pour autant libéré de toutes les structures de l'oppression.Ses longues années de servitude lui avaient inculqué une mentalité d'esclave.Dieu a donc dû amorcer un long processus d'apprentissage de la liberté pour son peuple.Il a dû enseigner aux Hébreux à devenir des êtres humains nouveaux, libres.Cela n'a pas été facile.Il n'est jamais facile d'apprendre à être libre.Longtemps après leur sortie d'Egypte, quand ils étaient au désert, il arrivait souvent que les Hébreux se plaignent et regrettent au fond leur temps d'esclavage en Egypte: là, au moins, ils étaient assez bien nourris.Là, au moins, ils n'avaient pas de choix difficiles à faire.Il n'est jamais facile d'apprendre à être libre.Des esclaves ne peuvent s'entraider et s'aimer vraiment comme des frères.C'est, en un sens, sauve qui peut et chacun pour soi.Ils doivent regarder souffrir et mourir d'autres esclaves à côté d'eux sans pouvoir rien faire.C'est seulement en se libérant que les humains peuvent vraiment apprendre la solidarité et la fraternité.Tel est au fond le sens de quarante ans que les Hébreux passèrent au désert, dans des conditions souvent difficiles, où ils devaient absolument se serrer les coudes — et mettre leur confiance en Dieu — pour pouvoir survivre.Et pourtant, apprendre à des êtres humains longtemps tenus en esclavage la "leçon" d'un Dieu libérateur n'était pas chose facile.Moïse, pendant les quarante ans du désert, n'y est pas parfaitement parvenu.Il faudra au fond attendre une seconde génération, née dans la liberté.Celle qui avait connu la servitude de l'Egypte était à ce point déformée qu'il était vraiment impossible d'en faire un peuple nouveau et libre.5 — Jésus vient accomplir l'espérance d'Israël C'est dans ce paysage qu'apparaît donc Jésus.D'une certaine manière, c'est bien cette vieille espérance d'Israël qu'il vient accomplir: c'est pourquoi, de fait, plusieurs finiront par voir en lui le Messie attendu.Et pourtant Jésus se présente d'une manière fort différente de celle que la plupart de ses contemporains attendaient: encore une fois, La liberté est un difficile apprentissage 193 Dieu agit d'une manière déroutante.Jésus ne naît pas dans un palais mais dans une étable.Ses parents ne sont pas des grands mais des humbles travailleurs.Plusieurs, de ce fait, refusèrent tout simplement de croire en lui.Au moment où survient Jésus de Nazareth, les choses ne vont pas très bien en Israël.Le peuple s'est largement ancré dans l'esclavage d'une religion devenue à bien des égards légaliste et étouffante.Ses chefs sont comme des bergers qui s'occupent d'eux-mêmes et non de leur troupeau.De plus, Israël est soumis à la domination brutale des Romains.Et certains de ses chefs collaborent avec la puissance romaine.Que fait Jésus?Il vient au fond rappeler à son Peuple que Dieu, un jour, l'a libéré (de l'Egypte), et lui a confié la mission de poursuivre cette libération.Pensons au début de l'action publique de Jésus.Un bon jour, il entre dans une synagogue, à Nazareth, là où les Juifs se rassemblaient le jour du sabbat pour écouter la parole de Dieu (la Bible) et prier ensemble.À cette époque, n'importe quel membre de la communauté pouvait se lever, lire et commenter un passage de la Bible.Jésus se lève et commence à lire un passage du livre du prophète Isaïe: "L'esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a consacré par l'onction.Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur." Ce passage fait évidemment appel à ce qu'Israël attendait du Messie qui allait venir.1 Il évoque par ailleurs une vieille coutume de la Bible: Vannée de grâce (ou "année sabbatique").Cette vieille coutume n'avait cependant jamais très bien fonctionné.À 1 Messie signifie précisément, en hébreu, "celui qui a reçu l'onction".Rite des rois (en Israël et ailleurs).Jésus commence sa prédication en proclamant l'année sabbatique 194 tous les sept ans, en principe, les dettes devaient être effacées, et ceux qui avaient dû se vendre comme esclaves, incapables de payer leurs dettes, devaient être affranchis.C'était en fait une tentative généreuse de la Loi pour diminuer les inégalités sociales.Malheureusement, cette loi demeura plus un idéal qu'une pratique réelle.On le comprend assez facilement.Les créanciers d'autrefois (pas plus que les compagnies de finance aujourd'hui!) ne voyaient pas d'un très bon œil une telle coutume qui leur aurait fait perdre leurs créances.Les auditeurs de Jésus ne sont pas très heureux de l'entendre rappeler cette vieille coutume.Mais Jésus ne s'en tient pas là et commente le passage: "Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture." L'auditoire devient vite hostile (peut-être y avait-il parmi ces gens des notables et des créanciers indisposés par Jésus qui proclame cette vieille coutume "oubliée" de l'année sabbatique.Mais peut-être y avait-il aussi des petites gens qui, écrasés par la peur — n'est-ce pas encore souvent comme ça aujourd'hui?— ne voulaient pas entendre parler de "changement", même en vue de leur libération.).L'Évangile rapporte leur réaction: mais pour qui se prend-il, celui-là?N'est-ce pas le charpentier du village?.Jésus ne semble pas surpris outre mesure: Nul prophète n'est bien reçu parmi les siens.Ceux qui l'entendaient se levèrent, le poussèrent hors de la ville, au sommet d'une colline d'où ils voulaient le jeter.Mais, rapporte saint Luc, Jésus réussit à s'esquiver et à passer son chemin, à s'échapper.au moins pour un temps! Jésus Jésus essayait au fond de ramener son peuple au cœur veut ramener ju message de la Bible, au temps où Dieu avait fait alliance le peuple à Dieu ., .avec son peuple pour que celui-ci apprenne a être libre, fraternel et solitaire.Mais il trouve beaucoup de résistance chez ceux qui ont oublié cette tradition-là et qui ont fait de la religion biblique une nouvelle forme d'oppression et d'esclavage: en particulier les chefs religieux juifs, les au- 195 torités de r"Église" de ce temps-là.Jésus, en fait, refuse d'entrer dans les structures de cette religion officielle.Il ne veut pas jouer le jeu de ces chefs religieux qui maintiennent le peuple dans l'oppression tout en prétendant être les représentants de Dieu.Essayons un peu d'imaginer: il lui fallait beaucoup de courage et d'audace.Jésus est fils de charpentier.11 n'est ni prêtre ni spécialiste de la théologie.Et il affronte directement les personnages les plus respectés de l'"Église" de son temps.(à suivre) Lettre à la revue "Vie Ouvrière" Nous sommes un groupe communautaire qui, depuis octobre '79, chemine en vue d'une meilleure connaissance du monde des travailleurs.La revue "Vie Ouvrière" a été choisie comme outil pour nous sensibiliser aux réalités diverses et concrètes qui peuvent signifier par exemple: recherche d'un travail (dans un pays qui connaît un taux élevé de chômage) — participation aux syndicats — situations de grèves — fermetures d'usines, etc., en y impliquant les réalités familiales.Nous nous retrouvons chaque mois autour de la table pour une soirée de partage, à partir d'un "Dossier" de la revue, chacun des membres du groupe ayant approfondi plus particulièrement un des articles.Notre formule est simple, mais implique chaque participant à dévoiler ses propres découvertes, ses prises de conscience, ses questions.À la fin de nos échanges, nous réalisons qu'une nouvelle conscience nous habite face à la réalité des travailleurs de toutes conditions, surtout dans une société complexe hautement industrialisée et programmée.L'Eucharistie termine la soirée, en y intégrant les éléments qui nous ont le plus marqués et interpellés, au niveau des travailleurs de par le monde.Nous posons des questions: si nous envisageons un changement de société, pourrons-nous équilibrer "qualité de vie" et "qualité de relations humaines".entre syndiqués, employeurs et employés, le travail devant signifier pour toute personne, sa valeur et sa dignité?Merci au Comité de Rédaction, Communauté des petites Sœurs de l'Assomption, Rosemont.11 mars 1980 SIÈGE SOCIAL: 625 Oeslauriers.St-Laurent 336-7070 MONTRÉAL 5940 Papmeau 6270 ouest St-Jacques West 9061 boul Pie IX Bivd 273-8861 489-8221 325-0562 POINTE-CLAIRE Centre d Achats Fairview Fafvtew Shopping Cenfe 694-3310 ST-LAURENT 3703 Côte-Vertu 336-7840 LAVAL 1090 boul Labeiie Bivd (Chomedey 1179 des Laurentides Vtmont 688-3751 LONGUEUIL 405 ouest Cure-Poirier West 677-9136 PAT 11675 est Notre-Dame East 645-9261 GREENFIELD PARK 900 boul Taschereau 656-7180 VITRERIE GUY LEBEAU LTÉE 8i20Aitred Ville dAn/ou 354-7550 G.Lebeau Liée 9 F.-X.DROLET Ascenseurs matériaux d aqueduc et dégoût mécanique industrielle Québec 245 rue Du Pont (C P.178.Limoilou) Montréal-Nord 10094 rue Masse Tel Tél.522-5262 326-9530 LAMARRE, CATY & BERNARDIN LTÉE Courtiers d'Assurances Suite 400.3, Place Ville-Marie Montréal.Québec H3B 2E5 (514) 861-2661 SOMMAIRE Les adolescents de la classe ouvrière Témoignage de jeunes à Valleyfield Ce que pensent les jeunes de Black Lake La jeunesse militante de Mercier Lettre à un étudiant Manifeste de la Jeunesse Ouvrière (J.O.C.) Les enfants, une main-d'œuvre docile Les petites gardiennes Un enfant à tout faire Chez McDonald: le travail des jeunes La santé des futurs travailleurs Une autocritique des enseignants Autour du débat sur l'école privée Le foyer de groupe: une famille à refaire Des parents témoignent Le disco.ou l'individu traqué Ce dossier a été publié avec l'aide d'une subvention de recherche du Ministère du Travail et de la Main-d'œuvre Prix: $2.00
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