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Titre :
Vie ouvrière.
Vie ouvrière est une revue catholique mensuelle d'animation sociale engagée pour la cause ouvrière qui a été publiée à Montréal de 1979 à 1990. [...]
La revue mensuelle Vie ouvrière est publiée à Montréal de 1979 à 1990. Elle fait suite à Dossiers « Vie ouvrière » (1974-1978), revue catholique d'animation sociale engagée dans le monde ouvrier, élargissant ses préoccupations aux laissés pour compte des luttes syndicales : travailleurs non syndiqués, pauvres, chômeurs, assistés sociaux et marginaux. Vie ouvrière montre aussi une sensibilité à l'égard d'un large éventail de problématiques sociales plus larges. La montée du féminisme a des répercussions sur les orientations de la revue. La question autochtone fait aussi l'objet d'une certaine attention; le dossier d'avril 1979 y est consacré. Vie ouvrière fait une place plus grande aux militants chrétiens impliqués dans le missionnariat et la coopération internationale, et on y trouve de nombreux dossiers et articles à saveur altermondialiste sur la solidarité internationale. La première livraison de 1981 marque une rupture dans la facture visuelle de Vie ouvrière. La page couverture monochrome habituelle fait place à une page illustrée et colorée et des photographies et des illustrations parsèment maintenant les textes, donnant une allure de magazine à la revue. Celle-ci procède toutefois toujours par enquêtes, reportages et articles de fond. Vie ouvrière fait partie d'une longue série de publications incluant aussi le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004). La publication de Vie ouvrière résulte d'une collaboration entre le Centre de pastorale en milieu ouvrier, la Jeunesse ouvrière catholique et le Mouvement des travailleurs chrétiens. VALLIÈRES, Pierre, « Le magazine de Vie ouvrière - 40e anniversaire. Troisième partie : les années 70 - L'utopie et l'institution », VO, no 232, septembre-octobre 1991, p. 12-14.
Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1979-1990
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Dossiers "Vie ouvrière",
  • Successeur :
  • VO
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Références

Vie ouvrière., 1982, Collections de BAnQ.

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• > 2^0 S vie ouvrière novembre 1982 165 ^ COMMERCE FLORISSANT vie ouvrière Revue fondée en 1951 et publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J O C ), le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M T C ) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (C P M O ) Directeur: Paul-Émile Charland Conseil de direction: Dominique Trudel.Pierre Purcell, François Rocher.Gilles Comeau, Marie-Paule Lebrun.Recherchiste: Martine D'Amours Comité de rédaction: Denise Gauthier.Diane Perreault, Françoise Marcellin, Jean-Marc Lebeau, André Charbonneau.Jacques Boivin.Jean Forest, René Arsenault.André Beauregard.Couverture: Claudette Rodrigue Secrétariat: Yolande Hébert-Azar Abonnement: 8 numéros par année - Abonnement individuel: 15$ par année - Abonnement de groupe 20$ par année - Abonnement outre-mer 17$ par année Distribution en kiosque Diffusion Parallèle.Montréal téléphone (514) 521-0335 Collaboration photographique: Pierre Gauvin-Evrard (Info-CSN) Référence!: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertories dans le Répertoire analytique d'articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec Dépôt légal â Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Les Presses solidaires Inc.Courrier de la deuxième classe, enregistrement n° 0220 Revue Vie Ouvrière 1201, rue Visitation Montréal, Que.H2L 3B5 Téléphone (514) 524-3561 Photo de la coinerture (voir page 4) Nous remercions les membres du BCJ et PIMP, qui nous ont permis de rencontrer des jeunes et ont partagé avec nous leurs connaissances de la réalité de la prostitution chez les jeunes.Les lieux et personnes qui apparaissent sur les photos ont été choisis au hasard et n'ont pas nécessairement de lien avec ceux mentionnés dans les articles. • ^ vie ouvrière Volume XXXII Novembre 1982 N* 165 L'EXPLOITATION SEXUELLE DES JEUNES Martine D'Amours.Le fast-food des mal-aimés page 5 Quand on est pogné pour faire la gaffe Elle a été le sujet de conversation à la une cet automne: la prostitution des mineurs! Combien pourtant se sont arrêtés à comprendre les raisons qui poussent les jeunes dans cette voie?Au départ, nous ont-ils avoué, il s'agit d'avoir de l'argent pour répondre à un besoin pressant, à une urgence.En période de crise économique, un commerce lucratif dans une société décadente.page 21 MTS, maladie transmise socialement S'il existe des maladies transmises sexuellement, il y en a une qui se transmet socialement, et c'est l'abus sexuel des jeunes.L'Image de la relation homme-femme que transmet la pornographie ne fait qu'accentuer le manque d'affection dont souffrent les jeunes.Des intervenants sociaux analysent ici l'origine de cette maladie.page 37 Topless ou all-dressed Gagner sa vie en dansant: qu'est-ce qu'en disent les jeunes que nous avons interviewés?Le menu visuel qu'on offre au client doit être de plus en plus varié et croustillant pour satisfaire des appétits émoussés par l'habitude.page 49 Réprimer ou libérer?Les Bureaux de Consultation Jeunesse et le Projet d'intervention auprès des mineurs prostitués (P.I.M.P.) offrent aux jeunes un endroit où ils peuvent trouver une mince lueur d'espoir: qu'on s'occupe d'eux sans les juger.La société est-elle prête à les suivre?Faut-il aller jusqu'au Nicaragua pour voir comment une société a dit "non" à la prostitution? éditorial Fast-food des mal-aimés Pourquoi une revue comme Vie Ouvrière a-t-elle décidé de produire un dossier sur l'exploitation sexuelle des jeunes?Certainement pas pour en faire une revue pornographique de plus.Certainement pas non plus parce que le sujet semble être à la mode par les temps qui courent.Alors?Au départ, il nous a semblé qu'il s'agissait là d'une réalité vécue, non pas exclusivement, mais également, par la classe ouvrière.Il existe bien sûr plusieurs types de prostitution — depuis la prostitution de rue jusqu'à la prostitution de luxe — mais les jeunes que nous avons rencontrés appartiennent à ce qu'on pourrait appeler le "cheap labor" de la prostitution.Ils et elles opèrent dans les parcs, les fonds de cour et sur les grandes artères; ils et elles le font souvent en échange d'un repas, de cigarettes, d'argent de poche.Ensuite, il nous est apparu que l'exploitation sexuelle des jeunes constituait un commerce florissant en période de crise.Quelle ville, quelle région, aussi économiquement désorganisée soit-elle, ne possède pas ses clubs porno, ses cinémas soi-disant erotiques, sa petite industrie du sexe?Et pour cause! Quand les gens ordinaires voient s'écrouler autour d'eux le petit univers qu'ils tentaient de bâtir depuis des années, ils n'ont souvent que leurs rêves pour survivre psychologiquement à une réalité devenue trop difficile à supporter.Et les capitalistes ont découvert là une manière de recyclage lucratif: ils vendent à ceux-là mêmes qu'ils ont dépouillés les rêves et les fantasmes qui leur permettront de continuer à faire tourner la machine.Demandez aux jeunes prostitués qui sont leurs clients.Ils vont répondront que le client, c'est 2 M.-tout-le-monde, c'est le bon père de famille qui espère, en payant un jeune, trouver un semblant de relation, une illusion de pouvoir, le sentiment d'être quelqu'un.Du côté du jeune aussi il existe ce désir d'être reconnu, choisi.Evasion des sans-pouvoir.Fast-food des mal-aimés.Oui, des mal-aimés.Car bien sûr, comme à leur habitude, les capitalistes ne fréquentent pas eux-mêmes les fast-food.Eux ils se réservent la prostitution de luxe, la pornographie "high-class" et tirent les profits du fast-food destiné "aux autres".Enfin, dans cette réalité de l'exploitation sexuelle des jeunes, nous avons trouvé beaucoup plus qu'une manifestation de la crise économique.Nous y avons découvert une re- production, en miniature, de tous nos rapports sociaux.Même hiérarchie des classes sociales qui fait en sorte que la prostitution est vécue et vue différemment selon qu'elle se pratique sur la St-Laurent ou dans les hôtels chics de l'ouest.Mêmes rapports de pouvoir entre hommes et femmes et entre jeunes et adultes.Même vénération du sexe mâle et du pouvoir mâle qui, pour s'affirmer, doit prouver qu'il fait jouir, par la violence s'il le faut.Révélateur d'une société qui offre aux femmes le choix entre une job mal payée, un mariage assorti de dépendance économique ou .la prostitution.D'une société qui exclut ses jeunes et les confine à chercher un réseau où ils se sentiront enfin acceptés et valorisés.et tant pis s'il s'agit de réseaux de prostitution.D'une société de consommation poussée à un point tel que c'est des individus qu'on va maintenant consommer.D'une société où l'aliénation signifie qu'on va payer pour se faire jouer la comédie qu'on est quelqu'un parce qu'on domine le corps d'un autre.D'une société enfin, où la soi-disant libération sexuelle n'a été en fait que la "libération" (ou l'aliénation?) du sexe mâle, adulte et blanc, au mépris de la sexualité des femmes et des jeunes.Car la prostitution, la danse dans les clubs n'ont strictement rien à voir avec une découverte de la sexualité par les jeunes, sur leurs propres bases.Il s'agit bien plutôt d'une utilisation du jeune, pour le temps où son corps est beau et ferme — Comme disait l'un d'eux: "ils aiment ton corps à 16 ans, à 18 ans, 3 même à 20 ans, mais rendu à 25 ans t'es aux poubelles".La pornographie va plus loin encore en utilisant le corps des femmes et des jeunes à des fins de violence ou, tout au moins, de perpétuation de la domination.Et ceci nous ramène à quelques questions bien d'actualité: ceux qui s'objectent à ce qu'une éducation sexuelle complète et non discriminatoire soit donnée dans les écoles sont-ils conscients des véhicules violents et sexistes qui tiennent lieu actuellement d'information sexuelle.Nous ne voulons pas d'une sexualité définie en ces termes.Nous ne voulons pas non plus du puritanisme qui a confiné la sexualité à la sphère cachée, au mariage et à la reproduction.Nous voulons une sexualité partie prenante de rapports humains, égalitaires, aimants, libérateurs.* titre tiré de la pièce Tourist Room En couverture Le super pistolet à rayon MAIS, A QUOI SERT-IL?Je passe chercher mon journal à la tabagie du coin.Dans la vitrine, un objet attire mon attention.Je m'adresse au commis: — Qu'est-ce au juste que cet objet?— C'est une joke! — ?.Et où est la joke là-dedans?Le commis me fait une démonstration.Quand il presse sur la gâchette le pistolet produit des étincelles en même temps qu'un bruit de sirène et de crécelle ou de mauvaise mitraillette.— En vendez-vous beaucoup de ces objets?— Ah! Oui.À deux pas de là, le cinéma met à l'affiche "L'HOMME ÉTALON"; comme si le titre n'était pas assez éloquent, l'affiche insiste: "Aucune ne lui résiste".De retour à la maison je parle de ma dernière trouvaille.Mes enfants avaient vu l'objet en question, avant moi! Geneviève, 7 ans: "C'est niaiseux." Alexis, 5'/î ans: C'est cochon".C'est alors que j'ai décidé de photographier l'objet pour nous en faire un aide-mémoire jusqu'à ce que nous ayons vaincu cette mentalité qui produit de tels objets.Claudette Rodrigue 4 1.Quand t'es pogné pour faire la gaffe Pas une .mais plusieurs prostitutions Martine D'Amours Quand on pense à prostitution, on a tous en tête l'image qu'on se fait de la Main: filles violemment maquillées faisant le trottoir, battues par leurs chums qui sont aussi leurs pimps, livrées sans merci aux désirs des clients.mettez-en! Mais la réalité est beaucoup plus complexe: il n'y a pas qu'une sorte de prostitution, facilement assimilable à celle décrite dans certaines pièces de Michel Tremblay, mais des prostitutions vécues différemment selon qu'on travaille dans l'est ou dans l'ouest, selon qu'on est majeur ou mineur, garçon ou fille; selon qu'on habite une petite ville ou la métropole.6 Prostitution de l'est, prostitution de l'ouest Ce n'est pourtant pas un hasard que la seule image que nous ayons de la prostitution corresponde à celle de la Main."Pourtant, me disait une avocate qui travaille dans le milieu, il y a à peu près 200 filles sur la Main; c'est peu.Je suis certaine qu'il y en a plus dans l'ouest, dans les milieux de call-girls, dans les clubs privés.Mais les policiers disent que ça coûte cher d'investiguer dans l'ouest, que c'est aléatoire et que ça rapporte peu.tu arrêtes 2 filles.Alors c'est mieux d'investiguer sur la Main, parce que tu arrêtes 5 filles, 1 pusher.et que tu gardes ton contrôle sur le territoire.Dans l'ouest, la prostitution est moins évidente, elle ne se fait pas sur la rue.Or ce qui dérange, c'est ce qui paraît.Et ce qui paraît, c'est la Main.Les filles considérées comme paresseuses, sales, cochonnes, ce sont les filles de la Main".Or la prostitution c'est aussi une affaire de classes sociales.Les filles de la Main, les filles de l'est, font une prostitution de rue parce que leur milieu de vie c'est la rue.Parce qu'elles proviennent d'un milieu plus "heavy", elles se prostituent dans un milieu plus "heavy", dans ce qu'elles connaissent.Bien sûr, la Main, est un milieu violent mais aussi un milieu non-artificiel, où les rapports humains se jouent très directement, dans la violence comme dans la solidarité.Il y a un code et il faut le respecter, sinon, il y a du cassage de gueule.Il ne faut pas rentrer là naïvement, parce que tu te fais avoir.Petit lexique Faire la planche: Se laisser masturber par le client.- Faire une branlette: Masturber le client.Faire une blue-job: "Sucer le client".Pusher: Vendeur de drogue.La Main: Rue St-Laurent, entre Dor- chester et Ste-Catherine.Est-ouest: La prostitution "de l'est" réfère plus à la prostitution de rue qui se pratique dans l'est de Montréal: rues St-Laurent, Ste-Catherine etc.La prostitution "de l'ouest" se pratique davantage dans les hôtels, les clubs chics, de l'ouest de Montréal.Transexuel-elle: Personne qui décide se changer de sexe et qui subit habituellement des opérations en ce sens.Transexuelle: Homme qui se transforme en femme.Transexuel: Femme qui se transforme en homme.? Dans l'ouest, c'est une autre sorte de code, plus diffus, plus hypocrite, comme semble dire Geneviève, interviewée dans le film Plusieurs tombent en amour."Mon premier client, je l'ai fait dans l'ouest, j'étais avec une de mes amies.C'est un autre monde que la Main.Étant donné que c'est des gens bourgeois, avec une morale bourgeoise, t'es obligée de mettre des gants blancs, faut que tu tournes autour du pot.Ben souvent, avant de flirter, avant que ça vienne sur la table, c'est long.C'est toute une ambiance.C'est tout un décor.Ça prend une mise en scène.Faut que tu commences par te faire inviter à souper.Tandis que sur la Main, c'est une autre affaire.Y a ben du monde que ça les déprime d'aller là mais moi, je trouve que si tu regardes pis que tu t'impliques, tu trouves qu'il y a une certaine tendresse.Y organisent des jeux — des jeux de poches.* Alors là, ça dépend de quel point de vue tu te places.Pour le monde qui est là-bas, c'est le fun.Mais pour quelqu'un qui est de l'extérieur, y va trouver ça "quétaine".Mais je pense que c'est porter un jugement trop vite parce qu'il y a quand même une réalité derrière ça.Y a ben du monde qui vivent juste de ça.Tu peux pas arriver pis balayer tout ça avec un mot: c'est quétaine.Parce que c'est la classe ouvrière qui s'amuse, avec ce qu'elle a: la bière pis les femmes.On appelle ça des trous." (jeux de société, musique etc) Tout ceci fait que quand les filles ont commencé à travailler sur la Main, elles ont de la misère à aller travailler dans les hôtels.Dans les hôtels, tu peux passer la soirée avec un client, ça prend du temps, faut que tu lui parles, que tu l'écoutés parler de sa femme, que tu sois cultivée.Les filles de l'est trouvent que c'est une perte de temps: sur la Main, ça se passe en 15 minutes.Cette différence de classes de prostitution se retrouve aussi chez les Sans avoir pu enquêter précisément à l'extérieur de Montréal, nous avons eu, par des contacts, une petite idée de ce qui se passe à Québec, en région et dans les quartiers populaires des grandes villes.Québec posséderait, comme Montréal, ses réseaux établis de prostitution, avec semble-t-il, une prostitution de luxe bien organisée et clandestine (Québec est une ville de députés, de fonctionnaires etc.) On m'a dit qu'il s'y pratiquait aussi une prostitution saisonnière assez importante; pendant l'été, des étudiants profitent de l'affluence des touristes pour gagner de quoi payer leurs études.J'ai demandé à un jeune, originaire de la Côte-Nord, s'il y avait beaucoup de prostitution, chez lui, à Baie-Comeau."Il y en a autant qu'ici, mais c'est plus caché.Des filles sortent dans les bars; garçons.Les petits gars qui se tiennent au Parc Lafontaine et qui font des passes pour 205-25$ constituent le "-prolétariat" de la prostitution masculine."Il y en a d'autres qui ont pas de misère; toujours bien mis, bien habillés, ils travaillent dans les hôtels, se font emmener en voyage.Eux autres font pas le parc Lafontaine".des gars qui descendent de la Manie les invitent à prendre un verre, deux verres.Tranquillement, elle lui parle de ses problèmes d'argent.élever un enfant seule etc.Si le gars est assez habile, il va finir par lui proposer de régler son problème d'argent.Et quand il redescent à nouveau de la Manie, il revient chez elle.Ça a l'air d'une relation d'amants mais c'est une relation de clients." Enfin, une enseignante d'un quartier populaire de Montréal m'a parlé de la façon dont la prostitution des filles mineures fonctionne dans son quartier."Les petites filles de 11 à 14 ans pratiquent une prostitution de hangars et de fonds de cour.Les clients sont souvent des hommes d'âge mur.Les filles le font pour l'argent, afin de pouvoir Prostitution de petites villes, prostitution de quartier 9 s'habiller, aller danser.À 15 ans, elles peuvent aller à la brasserie du coin, dans la cave, faire des passes pour 1$.C'est une femme assez âgée qui les amène avec elle, organise l'affaire, trouve des clients et.reçoit de l'argent.Combien?Je ne sais pas: 20$, 25$, 30$?Quand elles ne fournissent pas comme le client veut, il arrive qu'elles se fassent battre.Elles ont peur de parler, parce que peur d'être battues et aussi peur du come-back de leur mère si elle savait.Les gens se connaissent dans un quartier comme ici.Quand elles attrapent 18-19 ans, elles travaillent aux beignes à laver la La différence entre la prostitution des filles majeures et celles des mineurs, garçons ou filles, semble se situer au niveau de l'organisation du milieu.De plus en plus de mineurs des deux sexes travaillent seuls, ou deux par deux, mais sans pimps, sans intermédiaire à qui ils donneraient un pourcentage de leurs revenus en échange de protection.Au niveau des garçons, c'est très clair: ils travaillent seuls, sauf peut-être quelques jeunes de 11-12-13 ans que des plus vieux protègent, mais pas en échange d'argent semble-t-il.Chez les filles mineures également, il semble que le "travail autonome" soit à la hausse.Au contraire, les prostituées adultes opèrent souvent à l'intérieur d'un réseau, agence par exemple, ou avec un pimp.vaisselle en arrière et.on peut remarquer qu'il y a un va-et-vient terrible de clients dans cette partie du magasin.Enfin, il y a dans le quartier un bordel assez bien identifié: en haut d'une taverne, en face du parc, à côté de maisons abandonnées.La prostitution est organisée comme suit; des femmes mariées pendant le jour, des filles du secondaire de 4h à 6h ou 4h à 8h et des filles de 18-19 ans à partir de 8h.Je crois qu'elles sont payées à l'heure, 5$ à 10$ l'heure.Elles signent un contrat: si elles le brisent, elles risquent de se faire briser quelque chose." C'est un défi assez périlleux — nous ne le relèverons pas ici — que d'essayer de situer ces fameux réseaux et ces fameux intermédiaires.Il est à peu près impossible de savoir qui manipule les réseaux et apparemment assez dangereux de chercher à le savoir.Il est généralement difficile de situer la relation qui existe entre la prostituée et son pimp.Le pimp traditionnellement, c'est celui qui assure la protection de la prostituée, en échange d'un pourcentage de ses revenus.Mais il peut également jouer d'autres rôles: protéger le territoire de la fille, lui fournir de la dope.On m'a dit que certains pimps peuvent demander jusqu'à 80% du revenu de la fille.Slime, le pimp interviewé dans le film Plusieurs tombent en amour raconte que sur 50$, il prend Prostitution d'adultes, prostitution de mlneures(rs) in 15$ et que "le reste va à la fille pis pour la chambre du Monsieur".Mais on m'a dit aussi que tous les pimps ne se ressemblent pas.Plusieurs sont les chums des filles, certains ne font pas beaucoup de profit, d'autres au contraire se font entretenir, se font payer des chars.Certaines filles se font casser la gueule parce qu'elles ont refusé de travailler pour un gars, d'autres semblent pouvoir changer de chum sans trop de problèmes.Mais pourquoi les filles entretiennent-elles des pimps?L'une d'elles en donne cette réponse: "T'en vois tellement dans la journée que t'es pas intéressée à avoir des relations avec n'importe qui.La plupart du temps, le bonhomme sait ce que tu fais, évidemment y veut toujours en profiter un peu.Toi la plupart du temps, tu le laisses en profiter.Tu provoques les relations pimp-prostituée aussi parce que t'as besoin de te confier à quelqu'un, de parler à quelqu'un.T'as besoin d'être avec quelqu'un qui te donne de l'affection, même s'il ne baise pas avec toi, qui te parle, qui te considère comme une personne et non pas comme une chose.Un moment donné, tu te rends compte que la personne abuse de toi du côté financier.Ça devient moins intéressant quand tu te rends compte de ça, que ce qui veut, c'est l'argent.Alors tu cherches quelqu'un d'autre; le même procédé se renouvelle tout le temps.On n'est jamais longtemps avec le même bonhomme".(Une prostituée dans Plusieurs tombent en amour.) 11 Prostitution de gars — prostitution de filles La principale différence entre la prostitution des gars et celle des filles réside dans le fait que la prostitution des gars est homosexuelle, tandis que celle des filles est hétérosexuelle.La femme-client doit sans doute exister, mais de façon tellement marginale et exceptionnelle qu'elle demeure une grande inconnue.Parmi les autres différences entre la prostitution masculine et féminine, nous avons déjà parlé du milieu, qui est beaucoup plus structuré dans le cas des filles que des gars et, ce qui lui est relié, la consommation plus importante de drogues "dures" dans les milieux structurés.Deux autres différences majeures se situent au niveau de la relation avec le client et du type même de relation sexuelle."Les clients, la majorité, te font des compliments, te disent que t'es beau.Chacun voudrait t'avoir à lui tout seul.Il y en a qui m'ont demandé d'aller rester avec eux." (Mario, 16 ans) Certains vont même dire qu'ils ne voient pas leur prostitution comme celle des filles.Ils trouvent la leur moins pire, moins avilissante."Les fi[les c'est pire que nous autres.Y se font enfiler.Nous autres on se fait pas enfiler.C'est pas la même affaire.Moi je vis pas de ça.Je travaille, pis ça c'est rien que pour mes dépenses.Le client peut me demander de le sucer, ou d'y faire telle affaire, mais si y veut m'enculer, y va payer!!" (2 jeunes dans Plusieurs tombent en amour) Au niveau de la relation avec le client Les jeunes mâles prostitués sont traités par leurs clients, non seulement sans mépris, mais avec une sorte de respect et d'admiration.C'est plutôt le jeune qui méprise le client."Les clients promettent la lune.Celui chez qui j'ai resté, qui me présentait comme son amant, me promettait une moto, me donnait beaucoup d'argent." (Luc, 18 ans) "Tous les clients promettent des affaires.Je m'en calisse ben parce que je sais que c'est pas vrai.Je veux pas savoir son nom, y saura pas le mien.(.) Les clients y pensent de nous autres ce qu'on pense d'eux autres.On est là pour se faire payer; ils sont là pour nous payer (.) Y en a qui sont sur un trip gai, pis qui sont pas beaux, pas jeunes; y pogneront pas, alors y sont obligés de payer".(2 jeunes dans Plusieurs tombent en amour/ 12 Par contre, les clients traitent les filles prostituées de façon beaucoup plus familière et cavalière.Ils ont la réputation d'utiliser la prostituée puis de la mépriser.Mais ce mépris, les filles le leur rendent bien."J'ai l'impression que c'est ben plus le bonhomme qui vient avec moi qui dégrade son sexe en me donnant de l'argent, parce qu'il est pas capable d'avoir — y est pas capable, ou y veut pas ou y a pas de ressources pour vivre une relation normale où y pourrait faire l'amour toute une nuit, où y pourrait faire l'amour bien, parce qu'y est pas capable de le faire bien de toute façon".(Geneviève dans Plusieurs tombent en amour) "Pour moi c'est un power trip; je peux leur faire faire n'importe quoi avant qu'ils aient joui.Non pas après, parce qu'après.Mais avant, j'avais toute la puissance du monde sur ces hommes-là.Probablement qu'y aimeraient pas ça se le faire dire en pleine face.Qu'ils étaient seulement des jouets pour moi, qu'ils étaient seulement 50S.Alors que lui, le seul pouvoir qu'y a, c'est le pouvoir monétaire.Tandis que moi, le pouvoir que j'ai c'est le pouvoir sur son corps.Lui y a aucun pouvoir sur mon corps, y peut pas me faire jouir, y peut pas rien me faire sentir.C'est moi qui a tous les pouvoirs dans la transaction, c'est pas lui du tout.Y a aucune tendresse, aucune affection, ni d'un côté, ni de l'autre.Y a aucun contact, sauf le contact physique, c'est un contact très rapide.C'est comme baiser une poupée de caoutchouc.Tas toujours les p'tits bruits, les p'tits sons pour faire croire que lui te fait jouir parce que, comme ça, ça le fait jouir plus vite.Y en a beaucoup comme ça des paons qui relèvent la tête, qui sortent la tête haute.Sont contents, y s'en vont sur la rue, y sont un homme, y sont forts.Pour cinq minutes, ils ont prouvé qu'ils étaient quelque chose." (une fille dans Plusieurs tombent en amour) 13 Au niveau du type de relation sexuelle Dans la relation, très courte d'ailleurs, qu'ils entretiennent avec le client, les gars sont plutôt passifs.Ils "font la planche" et c'est le client qui agit.Ce n'est pas rare d'entendre les gars dire: "S'il me donne 25$, je fais la planche"."S'il est trop vieux, je fais la planche." "Si je le trouve pas de mon goût, je fais la planche." Au contraire, les filles — et les transe-xuelles — sont actives: c'est rare qu'une fille va faire la planche.Mais il ne faudrait pas croire pour autant que les prostitués ont souvent des relations complètes avec leurs clients.Non, parce que les clients ne viennent pas vivre une relation sexuelle; ils viennent satisfaire des fantasmes.Une intervenante qui travaille dans le milieu me racontait que: "Les filles font des blue-jobs.Elles touchent, elles ne sont pas touchées.Pour te dire, sur la Main, il y a des transexuelles non opérées et les clients ne savent jamais que c'est des gars.Autrement dit, la majorité des clients ne font pas l'amour; ils se font sucer, c'est tout — et avec une capote en plus.J'ai assisté l'autre jour à une discussion entre des filles qui se demandaient s'il fallait ou non enlever son chandail pour 50$.Et il y a des filles qui font des blue-jobs pour 50$ sans enlever leur chandail.Parce que c'est pas des plaisirs sexuels que le gars vient chercher.Ça n'a rien à avoir avec la sexualité.C'est des fantasmes qu'ils viennent chercher.C'est des affaires bizarres: battre, se faire battre.Ces filles-là ont devant les yeux la laideur de notre société.14 j/r I un cfifitv M (juv Simoneatu "Un percutant documentaire sur la prostitution masculine et féminine à Montréal.'' couleur 16 mm .un certain milieu de la prostitution «dite» sexuelle.Un révélateur des rapports hommes-femmes La prostitution, on Ta vu, c'est une affaire de pouvoir.Le client croit qu'il a le haut du pavé parce qu'il paye.La prostituée, elle, sait bien qu'elle détient le leadership de la relation.Comme disait une intervenante qui travaille dans le milieu: "la puissance sexuelle de la prostituée, c'est les fantasmes du client." Prouver qu'on est un homme, s'imaginer qu'on fait jouir.Poussant plus loin la logique, on s'aperçoit que la prostitution est également un symptôme de la place faite aux femmes dans la société en général et dans les rapports entre les sexes en particulier.15 "Dans un système fucké, les relations hommes-femmes sont fuckées.Alors c'est aussi bien de faire payer que de faire gratis.C'est une job.Une très bonne job.Dans le système où on vit, y a pas tellement d'ouvertures pour une femme; ou je fais quatre clients et je gagne 160$, ou je m'enferme 8 heures par jour dans une manufacture, en avant d'une machine à coudre ou dans un hôpital.Sauf que t'es libre.Si ça te lente pas d'y aller, tu y vas pas.Le client, si tu le trouves pas à ton goût, tu l'envoyés chier: "garde ton argent, bonhommme".(Une fille dans Plusieurs tombent en amour) "Pour eux autres (les hommes) c'est la même chose, que tu te fasses payer, que tu te fasses pas payer, si tu couches avec plus qu'un homme, t'es bonne à rien", (idem) "La prostitution, c'est un grand mot.Y en a qui vont te dire ça d'une façon Le motif qui nous vient en tête d'abord, celui dont les jeunes parleront eux-mêmes ou elles-mêmes volontiers, c'est celui de l'argent."Je faisait entre 150$ et 300$ par soir.Le lendemain, j'en avais pus, je le dépensais toute.Mais j'avais encore le goût d'en avoir".(Vidéo: Va jouer dans le Trafic) moins crue: "trouve-toi un gars qui a de l'argent: fais-toi inviter." Combien de filles, après un bon repas au restaurant avec un bonhomme, vont être mal à l'aise, parce qu'elles ne payent pas le repas: se sentent obligées: vont coucher avec le bonhomme parce que ça fait 2-3 fois qu'il les invite." (idem) Et j'irais plus loin en disant: combien de femmes, mariées, ou non, et dépendantes financièrement de leur conjoint, sont forcées d'utiliser leur sexe pour obtenir ce qu'elles veulent?Ça se traduit souvent par la menace "Si y fait ça, — ou si y fait pas ça —, y va jeûner".Dans une société où les femmes sont déterminées par l'exercice du travail ménager gratuit, où plusieurs n'ont aucun revenu propre, où le modèle familial est fondé sur la suprématie de l'homme, c'est quelquefois leur seule arme, leur seul pouvoir de négociation.Qui leur reprochera de s'en servir?Mais au départ, il ne s'agit pas souvent d'avoir de l'argent pour de l'argent, mais de l'argent pour répondre à un besoin pressant, à une urgence.On est en fugue, on a besoin de manger et d'un lieu pour dormir."Les jeunes disent qu'ils font des passes à 30$ mais il arrive qu'ils en fassent pour 20$, 15$ Pourquoi la prostitution des mineurs?16 et même moins, dépendant s'ils ont ou non un besoin immédiat d'argent"."L'an passé, pendant les vacances, ma mère m'a battu.Je suis parti.Je couchais dans le Parc.Je faisais des clients pour 20$; deux-trois clients par jour.Je dépensais au restaurant, pour des cigarettes et je payais la traite aux autres".(Mario, 16 ans) "La première fois j'avais 8 ans, je faisais du pouce.Un gars m'embarque.Il m'a demandé de le sucer.Moi je voulais pas.Il voulait me donner de l'argent.C'est quasiment pas re-fusable.J'ai commencé à cet âge-là".(cité dans Va jouer dans le Trafic) On comprendra l'attrait pour un jeune de faire une passe de 20 minutes pour 30$ ou 25$.25$ c'est le 1/5 de ce qu'on te donne par mois, sur le bien-être.Mais il n'y a pas que ça.Plusieurs (8/10) jeunes rencontrés dans le cadre du Projet d'intervention auprès des mineures prostitué(e)s proviennent de milieux défavorisés, non seulement financièrement mais aussi intellectuellement et affectivement.Ils sont à la recherche d'affection, de relation, d'indépendance."Je cherchais de l'argent et de l'affection.J'en avais eu avec mon 2e père" (avec lequel il a commencé à coucher à l'âge de 7 ans).(Mario, 16 ans) "Y a des jeunes qui cherchent un père.Noël.Pis les clients te promettent la lune." (Pierre, 18 ans) "J'ai ma liberté, je fais ce que je veux, quand je veux.Si je vais pas coucher chez nous, je vais pas coucher chez nous.Y a personne qui me dit faut que tu sois rentré chez nous à minuit, comme c'est déjà arrivé", (cité dans Va jouer dans le Trafic) "Y a beaucoup de jeunes qui trouvent leur première indépendance à travers ça, qui pour la première fois, peuvent se ramasser un montant d'argent appréciable.Mais c'est assez dur aussi, la prostitution.Y en a qui disent que c'est pour une vie facile; ça peut l'être au début, il peut y avoir un enchantement, surtout quand t'es jeune, parce que lu peux pas résister, mais vient un temps que si tu continues, faut que tu t'attri-ques en fonction de paraître plus jeune, parce que ça devient compétitif." (idem) Ainsi, la prostitution des jeunes ne s'explique pas seulement par le manque d'argent, l'absence de jobs et le besoin matériel; tous ces éléments sont bien réels mais ils doivent être compris à l'intérieur d'un ensemble plus vaste qu'on pourrait appeler, la place, ou la non-place, faite aux jeunes dans notre société, (voir article 2ème partie)» 17 Un élément omniprésent du milieu : le policier Jean-Guy Nadeau * "Si c'était pas de la police, ce serait pas pire"________________________________ Quand on parle de prostitution, on pense d'abord à la prostituée et au client, quelque fois au pimp ou au "milieu", jamais au policier.Pourtant, la prostitution est d'abord organisée: en des endroits, des signaux, des prix qui permettent aux personnes de s'y rencontrer et elle est aussi surveillée, contrôlée.Nous nous sommes rendus compte que le policier, chargé par la société de ce contrôle, est souvent présent dans l'esprit des prostituées quand elles attendent des clients ou se font aborder par des hommes.On les imagine dégoûtées par les clients, tannées d'être réduites à des objets sexuels.Mais ça ne semble pas le pire.Une call-girl parmi d'autres nous disait: * Intervenant dans le milieu enseignant en théologie morale et pastorale à l'Université de Montréal "Je paranoïe, ça pas d'allure.Les bonshommes m'appellent, puis je dis que l'annonce est cancellée.J'ai toujours peur que ce soit un flic.Ce qu'ils veulent, c'est jouer sur nos nerfs.Si c'était pas de la Police, ça serait pas pire Mais quand t'as toujours peur de te faire arrêter, tu sors pus.Maintenant, j'ai peur d'aller marcher dehors, de recevoir quelqu'un dans mon appartement.Peur de respirer fort puis de te faire dire que tu pollues l'air.On n'est jamais sûre du lendemain, d'une semaine à l'avance.Tu vois là, Noël s'en vient, pis j'suis même pas sûre de pouvoir aller chez ma soeur.Il faut que je fasse attention.Mais j'ai mes comptes à payer et je voudrais bien faire des cadeaux moi aussi." Le policier, un acteur de la prostitution Nous croyons que quand la prostitution est criminalisée, le policier en est acteur au même titre que le client et "sa" prostituée (c'est volontairement que j'inverse les termes).Car la prostitution ce n'est pas seulement l'échange sexuel et monétaire entre des personnes, c'est aussi et surtout l'imaginaire qui constitue cet échange, c'est-à-dire les images plus ou moins conscientes que portent les gens qui s'y rencontrent.Or le policier fait partie de l'imaginaire des prostituées et de leur vécu quotidien.Il les surveille, contrôle leurs allées et venues, les arrête, les accuse, les enferme.Avec le pimp, s'il y en a un, et quelquefois le travailleur social, il est le seul à connaître le vrai nom, l'adresse des filles.Et elles savent bien tout ça.Policier ou client?Des prostituées disent coucher avec des policiers, de façon à s'assurer leur protection: être averties d'une enquête ou d'une descente par exemple.Les policiers affirment que non: "Si c'était vrai, le policier serait dénoncé et renvoyé aussitôt.On est assez averti contre ça", répond le lieutenant responsable de l'Escouade des drogues et moeurs, qui ajoute que ses hommes sont choisis aussi sur la base de leur moralité: "ils sont tous mariés et heureux dans leur couple".Pourtant, aux fêtes de la Fraternité, ils ne sont pesque jamais accompagnés de leur épouse et le taux de séparation et de divorce semble très élevé chez eux, affirme l'épouse d'un policier dont nous n'avons pu par ailleurs confirmer les propos.Mais on le comprend quand on connaît leurs heures de travail qui s'élèvent souvent à 12 et 16, quelquefois à 20 heures.On le comprend aussi quand on songe au pouvoir "légal" sur des femmes que leur accorde leur situation.Or la recherche et l'illusion du pouvoir sont, avec celles de la tendresse et de la rencontre, au coeur de la prostitution.Des erreurs de chronométrage_______ Par ailleurs, le même lieutenant reconnaît que les "erreurs de chronométrage"" dont parlent souvent les prostituées sont excessivement rares.Qu'est-ce qu'une erreur de chronométrage?Pour surprendre une femme en flagrant délit de "tenir une maison de débauche"1, un policier se fait passer pour un client, monte avec elle, la paie avec de l'argent marqué.Quand elle est déshabillée et manifestement disposée à remplir sa part du contrat, les collègues du policier interviennent et la surprennent "en flagrant délit".Mais voilà, il arrive que les montres soient mal synchronisées ou que les collègues intervenants aient oublié l'heure H.Le faux-client est alors obligé de passer à l'acte lui aussi.Si la police admet que cette pratique est rare, c'est qu'elle est bien présente! Comment les prostituées considèrent les policiers Il n'y a pas qu'un seul type de relations entre policiers et prostituées.Alors que plusieurs sont écoeurées des pratiques qu'on vient d'évoquer, d'autres considèrent les policiers simplement comme un risque du métier, ou même comme des partenaires: "Ils font leur travail, nous on fait le nôtre.Il faut bien qu'ils fassent respecter la loi".D'autres leur font jouer le rôle de protecteur — et elles vont les voir pour se débarrasser de leur "pimp", leur protecteur en titre! Pour d'autres enfin, il représente leur "mauvaise conscience" et pour plusieurs, un emmerdement majeur, une oppression injuste et injustifiée.(1) C'est l'article 193.1 du Code Criminel qu'on utilise quand la femme opère Seule à son appartement.^9 Une relation ambiguë • écoeurer les filles Deux attitudes contradictoires existent chez les policiers eux-mêmes.Ils disent que leur rôle c'est d'appliquer la loi, mais aussi "d'écoeurer les filles pour qu'elles s'aperçoivent qu'elles sont mieux de faire autre chose".Et ils y ont une certaine efficacité: "Si c'avait pas été de la police, j'aurais fait ça toute ma vie", dit Christiane.Mais on connaît mal ce qu'elles deviennent, et cette efncacité est tout individuelle.À la limite, on peut dire que l'intervention policière permet de "renouveler le stock" de femmes disponibles en assurant leur "roulement".On nous pardonnera ces expressions, qui, dans le langage du milieu, rendent bien compte de la réalité.• se faire désirer d'elles Mais les policiers savent aussi être aimables avec les filles, tout en restant fermes, dans les couloirs de la Cour Municipale, par exemple.Ils les interpellent amicalement par leur prénom, prennent des nouvelles, dînent avec elles, leur enlacent les épaules avec le bras, etc.Une bonne camaraderie quoi, entre de beaux jeunes hommes à la mode et des jeunes femmes qui attendent nerveusement leur comparution.Or ces jeunes hommes sont justement ceux qui les accusent, montent la preuve contre elles et soufflent les sentences aux procureurs.Surgit alors une question: de quel jeu ou de quel chantage les filles sont-elles objet?Un de leurs supérieurs à qui nous faisions part de notre étonnement nous a répondu que "ça fait partie de l'image des policiers et ça facilite leur travail.Les filles se confient beaucoup aux policiers.Elles les désirent.les trouvent beaux, bien habillés".Et nous de réagir: "Vous pensez pas qu'elles vont vraiment se confier aux policiers?Vous êtes pas les mieux placés pour ça".— "C'est bien vrai.nous, notre travail, c'est de les arrêter.Après ce n'est plus notre affaire".Une relation de dépendance Ce qui nous embête ce n'est pas que ces policiers fassent, après tout, preuve de gentillesse.Mais c'est leur double jeu et la dépendance dans laquelle ils placent les filles.D'un côté représentants de la loi et de l'autre play-boys, pour obtenir des renseignements et se fait plaisir.Les filles n'ont pas le choix déjouer; en tout cas elles pensent que leur cause dépend de leur attitude face aux policiers.Et ceux-ci ne cachent pas qu'elles ont avantage à être gentilles avec eux et que l'agressivité ou l'indifférence ne leur serviront pas, au contraire.Le policier, un faux père?L'ambiguïté de la relation entre policiers et prostituées témoigne que la prostitution n'est jamais simple.On peut même dire qu'il s'agit là d'une relation de type "paternel" où le père surveille, punit sa fille et profite d'elle dans un exercice de séduction réciproque.Ceci, est souvent le style de relation que les prostituées ont eu avec leur père et que les psychologues considèrent comme un facteur d'entrée en prostitution.De plus, si le policier a ce type de présence dans la vie des prostituées, c'est en raison d'articles du code criminel et de règlements municipaux, qu'il a charge de faire respecter.Or ceux-ci peuvent être modifiés» 20 2.M.T.S.: maladie transmise socialement :■ POURQUOI, POUR QUI, LA PROSTITUTION?Jean-Guy Nadeau__________________ On n'est jamais neutre quand on parle de la prostitution."Nous travaillons et ça nous travaille" disait quelqu'un.C'est ce qui s'est passé avec moi et j'ai appris beaucoup pendant une intervention de cinq ans auprès de femmes qui faisaient de la prostitution.Entre autres, leur conviction que tout homme est un client potentiel.C'est peut-être à ce titre, comme à ceux d'intervenant et de chercheur, que j'écris ces lignes.* Intervenant dans le milieu enseignant en théologie morale et pastorale à l'Université de Montréal.La prostitution, c'est une relation de quête et d'échange entre deux personnes, caractérisée par ses objets financiers et sexuels plus apparents.De part et d'autre, il y a offre et demande.Le client offre de l'argent et demande une disponibilité sexuelle.La prostituée offre une disponibilité sexuelle et demande de l'argent, mais aussi — comme le client d'ailleurs — bien d'autres choses difficiles à cerner, dont l'estime et l'amour de soi.Ainsi Christiane disait: "Moi j'aimais que quelqu'un s'occupe de moi et je sentais que les clients m'aimaient.À peine que je les touchais, ils exploraient.Quelquefois, on passait le reste de l'heure à jaser".Sans doute faudrait-il pré- 22 ciser que cette relation est souvent floue ou enfermée dans son rituel, et qu'elle est socialement exploitée.Une rencontre organisée - Ainsi, il y a d'abord une organisation sociale qui permet à la prostitution d'opérer.Il y a tous ceux et celles qui, autres que clients, pimps ou prostituées, en profitent.Je rappelle simplement une enquête canadienne où les femmes disent préférer que leur mari aille voir une prostituée plutôt qu'une autre femme.C'est qu'en effet la prostituée n'est pas menaçante.En écho, les sociologues la considèrent comme nécessaire au mariage monogamique de nos sociétés et les théologiens en ont longtemps fait un "mal nécessaire" à l'ordre social et à la vertu des "honnêtes femmes" (aujourd'hui, ils la considèrent comme une exploitation de la femme et une réponse illusoire à la misère sexuelle).Pourquoi pas nous?_______________ La prostitution s'inscrit sur les registres de la sexualité (libération des moeurs et misère sexuelle), de l'économie (dépendance des femmes et des jeunes), du pouvoir des hommes adultes signifié par le sexe, le statut et l'argent.Notre société unit ces trois aspects fondamentaux de la vie et les érige en modèle.Comment peut-on alors traiter de "déviantes" celles qui intègrent cette rationalité sociale jusqu'à la prostitution, le seul métier où vous gagnez plus en début qu'en fin de carrière?Des criminologues ont inversé la question courante: de "comment se fait-il que des femmes ou des jeunes choisissent la prostitution", à: "comment se fait-il que des femmes ou des jeunes ne choisissent pas la prostitution?" C'est dire l'ampleur de la question et sa pertinence pour nous tous.Peut-être notre misère sexuelle est-elle moins évidente.Peut-être l'occasion a-t-elle manqué.Peut-être fréquentez-vous plutôt un psychologue.Mais, comme le dit cette prostituée: "Quel psychologue irait jusqu'à coucher avec un client pour lui prouver qu'il est aimable?.Nous, on est des psychologues à bon marché".Sans doute, quoique cela dépende des endroits, mais les prostituées sont sûrement plus disponibles et accessibles: pas besoin de téléphoner trois semaines à l'avance, de se trouver détraqué, d'être de classe moyenne ou supérieure, de savoir s'exprimer.Une relation sans risque ___________ C'est cette disponibilité, physique et sexuelle, qui définit d'abord la prostituée.Bien sûr, il faut payer, mais Diane raconte que "quand je vois que c'est un père de famille qui a de la misère, je charge moins.C'est ma façon d'aider".Cette disponibilité de la prostituée, c'est l'assurance du client: "Ça me coûte cher de draguer dans les bars, confie l'un d'eux, et à la fin de la soirée, je risque que ça ne marche pas, de me retrouver tout seul.Alors j'aime autant payer tout de suite et avoir ce que je veux".Avec elle, l'homme est sûr de ne pas se faire dire non: c'est une relation sans risque.Sans risque de se faire refuser, sans risque de ne pas être à la hauteur, de ne pas être "viril".Le client n'a pas à se préoccuper des effets physiques ou affectifs de la relation.Comme dit Madame Claude: "il n'a pas besoin de téléphoner le lendemain pour prendre des nouvelles".L'affaire est nette, "propre": son début et sa fin sont bien marqués.Certains y voient une relation aseptisée (comme les corridors d'un couvent) ou encore le sexe mis à nu.:ô "Je serai telle que tu m'imagines".(Call Girl) Pourtant cela n'est vrai qu'en partie.Car ce qui détermine vraiment la prostituée, c'est sa disponibilité à l'imaginaire.Le corps de la prostituée est comme une scène où le client peut jouer — et faire jouer — ses fantasmes.N'ayant à tenir compte ni des besoins ni des désirs de l'autre, dont il paye la disponibilité, il peut occuper toute la place, diriger la scène."Avec nous, on peut tout se permettre", constate Chantai.Diane parle des clients comme de "gros joueurs de rôle" et elle signale qu'elle fait du buccal et non l'amour oral."Parce que oral, c'est la parole".Or la prostituée ne "parle pas".— Et même dans ce D.V.O., combien parlent vis-à-vis nous?— Elle tient un rôle.Son intérêt, et celui du client, c'est de faire semblant: faire semblant de jouir, faire semblant d'écouter, faire semblant d'être là.Dans le film La Dérobade, Marie regarde sa montre pendant qu'un client la pénètre.Le plus souvent les prostituées font semblant de jouir: c'est bien important pour l'homme de nos jours de mener la femme à l'orgasme.D'une part, elle le revendique, mais d'autre part, faire jouir l'autre c'est contrôler son corps, le contrôler.Enfin, selon nos nouveaux standards, c'est prouver sa virilité.Avec une prostituée, le client est "safe" de ce côté aussi."Au début, je croyais que se prostituer c'était faire jouir le client.Or ce n'est pas cela du tout.Ce que vient chercher le client, c'est la jouissance de la putain, gage de sa virilité.ils se contentent des simulacres les plus grossiers.Ils paient pour être dupés et peu leur importe la qualité de la comédie" (Julie).C'est peut-être aussi ce qu'il fait avec sa femme.Mais celle-ci n'est pas au- Les Films Mutuels présentent Elles reviennent.Plus désirables, plus soumises, plus expérimentées que jamais.et elles sont disponibles.^J disponibles.Hladame Claudc2 f*iw rom- Un rêve réalisable.réolée de l'image de la prostituée, pue aux plaisirs du corps".C'est l'image (multiple) de la prostituée dans l'imaginaire (la tête, le coeur, le corps) des clients, des chercheurs, des moralistes, des intervenants, des épouses, des journalistes, des cinéastes.qui détermine finalement ce qu'elle est et ce que nous sommes avec elle.Si tout au long de cet :-■
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