Vie ouvrière., 1 janvier 1985, juin-juillet
* #8?A9»5 ■ jteij r^ y.f • ^r fi tcHfC •t*** VOLUME XXXIV numéro 186 Vie Ouvrière.Revue fondée en 1951.publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Directeur: Raymond Levac Conseil de direction: Gilles Comeau.Luc Dion, Gilles Dubois.Diane Gariépy.Hélène Parenteau Secrétaire a la rédaction: Martine D Amours Comité de rédaction: Luce Bé dard.Hélène Charbonneau, Diane St-Germain, Jacques Boivin.Claude Hardy.Jean Marc Lebeau, Jean Ménard Maquette, montage et comptabilité: Yolande Hébert Azar Couverture et graphisme: Anne Brissette Photos Vie Ouvrière: Mar Une D'Amours Secrétariat et abonnements: Louise Bessette Membres des sous comités Jeunes.Femmes.Eglise, International: Ovide Bastien, Louise Bes sette.Madeleine Bousquet, Suzanne Char bonneau.Dominique Cyr.Linda Denis Marie-Hélène Deshais.Isabelle Orolet.Gi nette Duquette.Molly Kane, Denise Laro que.Danielle Lavigne.Luce Pelletier.Dia ne Perreault.Nathalie St Pierre Imprimerie: Payette et Simms Photocomposition: Tréma Enr Distribution: Diffusion Parallèle, tel (514) 525-2511 Rétérences: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le Répertoire analytique d articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229 3803 Courrier de deuxième classe enregistrement no 0220 Abonnement régulier: 15 S/an de soutien: 20 S/an.28 $/2 ans à l'étranger 18 S/an Revue Vie Ouvrière 1212 Panel Montréal.Québec H2L 2Y7 Tel : (514) 523 5998 Ne manquez pas en août Une entrevue Avec Linda, waitress dans une taverne Un dossier Sur les droits et libertés au Canada Des reportages • les femmes et l'amour • le Brésil au sortir de la dictature • être jeunes et syndiqué-e-s • l'action politique populaire aux prochaines élections Et notre bande dessinée Pour ne rien manquer, il faut s'abonner Abonnement régulier 15$/an Pour deux ans 28$/an D De soutien 20$/an D A l'étranger 18$/an D Nom Adresse .Code postal.Nouvel abonnement a partir de janvier avril septembre 0/ Éditorial — Raymond Levac Secteur public un déli politique à relever CI Les punks: tirer sur la son 0/ nette d'alarme — Martine D'Amours Entrevue avec trois jeunes punks «Vous nous trouvez laids9 disent-ils.la société aussi est laide, violente » Leur désir: changer tout cela "1 fî / Êtes-vous une obsédée de la I U# minceur?— Martine D'Amours Un nombre incalculable de femmes sont obsédées par leur poids Des groupes dans des centres de femmes ont décidé de s'attaquer à la racine du problème •4 ni La situation des jeunes: La \£m\ JEC et la JOC enquêtent -Le comité jeune de Vie Ouvrière Les jeunes veulent que leur situation change 1 AI ConQres de la CSN - s ° I *♦/ rienter.avec le monde — Raymond Levac Un projet de société définie à travers des enjeux concrets 00/ Vie quotidienne: Ensemble LOI pour le changement — Luce Bédard «Cette journée m'a donné le goût de continuer la lutte,» nous dit Ri chard Bande dessinée - Vivian Labrie Le monde vu d'en bas En vedette Julie, Simon et Nathalie OAI Les luttes qui changent la toi ù*\l —Claude Hardy C'est à p.irtir de la lutte que s'élabore une nouvelle spiritualité OC/ Les jeunes sont l'avenir du ÙDI Tiers-Monde - Ginette Du-quette, Raymond Levac Tout comme au Québec, le sentiment d'inutilité sociale des jeunes pousse à l'autodestmr tion Félix Ollarves.de la JOC internationale, nous parlent de l'implication des jeunes latino américains comme lui 00/ Qu'y a-t-il en dessous de nos (LOI assiettes?— Paul Langelier Si ce qui est en dessous de nos assiettes était contrôlé par l'ensemble des agri culteurs et agricultrices et par l'ensem ble de la population, peut être qu'il y au rait quelque chose dans l'assiette de tout le monde Ofl/ La politique du Québec: le pi-OUl re sans le meilleur?— Louis Favreau Nous nous retrouvons avec Mulroney à Ottawa et une crise politique profonde au sein du PQ Que s'est il passé?Qu'est ce que ça risque d'imph quer pour les forces populaires?00/ Attention! Le patron de votre OUI PME peut partir avec sa shop — Jean Forest Des travailleurs proté gés par le code du travail, le comité pan taire, syndiqués et solidaires font du pi quetage devant une usine vide Leur patron s'est sauvé en Ontario avec sa shop 15/ Dossier / Que ferez-vous au temps chaud?Martine D'Amours Balconville sera le lot de 50% des québécois Là-dessus rien n'a changé depuis 10 ans Pourtant, des «balconvilliens- ont décidé de s'organiser des vacances communautaires, accessibles financièrement et gérées collectivement VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/3 NOUVLLLLS UHLVLS N&JVbk Un mouvement qui naît: le MIDADE Un nouveau mouvement a été fondé au Québec II s'agit d'un mouvement d'action pour améliorer et changer des situations que les enfants vivent dans leur quartier, leur école, leurs moments de loisirs Avec leur amis, les autres enfants, ils essaient de rendre le monde meilleur, leur monde, en faisant quelque chose de très concret Ça peut être, par exemple, une patinoire pour les ami-e-s de la ruelle, un bazar pour se faire des fonds, un reportage sur la vie des enfants dans les blocs (HLM) Relié au Mouvement International d'Apostolat des Enfants (MIDADE), il se situe dans la ligne des mouvements d'action catholique Des équipes du MIDADE sont nées à Montréal, Joliette et Québec Chaque équipe compte des accompagnateurs adultes qui apportent soutien et compréhension aux enfants Ils ne cherchent pas à les emmener dans une structure, mais partagent avec eux leurs ieux, leurs discussions, leurs problèmes Ils les aident à s'exprimer.à voir et à juger leur action collective ainsi qu'à dire leur foi.Pour se développer, le MIDADE a besoin d'accompagnateurs et d'accompagnatrices prêts à s'engager avec les enfants, particulièrement à St-Malo et Cap-Rouge dans la région de Québec, dans Hochelaga-Maisonneuve à Montréal et à Joliette Contacter: Fikry Rizk, 9204 St Hubert.Montréal, H2N 1X9 (514) 382-8727.A Québec: Centrale des Mouvements - 525-6187 Lesévêques et l'Amérique Centrale La commission épiscopale des affaires sociales de la Conférence des évèques catholiques du Canada a fait au gouvernement canadien une série de recommandations concernant l'Amérique Centrale Selon la commission, le Canada devrait réitérer publiquement son opposition à toute aide militaire aux diverses factions en conflit au Salvador et ne pas renouveler son aide bilatérale à ce pays sans y avoir au préalable examiné la situation des droits humains Le Canada devrait également réviser son programme d'aide bilatérale au Honduras et ré-allouer ces fonds en faveur de pays dont le développement est axé sur la satisfaction des besoins de la maiorité II devrait également manifester qu'il n'est pas disposé à contribuer au rapatriement des réfugiés salvadonens du Honduras vers leur pays d'origine La commission félicite le gouvernement pour la suspension de l'aide bilatérale au Guatemala et l'encourage à maintenir cette politique.Enfin, le Canada doit maintenir une politique autonome à l'égard du projet de construction d'une société nouvelle au Nicaragua augmenter son aide bilatérale à ce pays de même que les montants disponibles aux organisations non gouvernementales qui y financent des protêts à la base Le Canada doit aussi s'opposer à toutes formes d interventions étrangères y inclus l'appui aux «contras» dans leur lutte contre le Nicaragua Err»ur Dans le numéro paru en avni-mai a la page 14.le te«ie — Les symposiums ne changent nen au •mode d emptof était de Jonanne Léveiliee et non de François Gkxjtnay Oubli La page couvertures du numéro de avni-mai a été conçue a partir d une photo de Michel Blouin Vo» Popuii SOLIDARITE POPULAIRE QUÉBEC Devant les intentions du gouvernement fédéral de reviser les programmes d'aide à la famille, une coalition large s'est formée pour exiger le maintien et la consolidation de l'universalité des programmes sociaux La coalition vise quatre objectifs: 1 Mettre un terme à la politique de coupures dans les programmes sociaux des gouvernements fédéral et québécois: 2 Revendiquer et promouvoir la consolidation, l'élargissement et la démocratisation des programmes sociaux: 3 Revendiquer et promouvoir une revision de la fiscalité permettant de contrer les inégalités croissantes et assurant un meilleur partage des richesses collectives: 4 Revendiquer et promouvoir la mise en place d'une politique économique centrée sur la création d'emplois répondant aux intérêts et besoins de l'ensemble de la population, Tous les groupes syndicaux et populaires d'accord avec la plate-forme peuvent adhérer à cette coalition en communiquant avec Solidarité populaire — Québec, 1601 DeLorimier, Montréal, QcH2K4M5.Ecrivez-nous Communiquez vos opinions sur la revue ou sur des sujets d'actualité.Faites-nous des suggestions.Les lettres courtes (15 lignes) ont plus de chance d'être publiées telles quelles.Votre adresse et numéro de téléphone sont nécessaires.«WIE OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1985 Secteur public: un défi politique à relever RAYMOND LEVAC Appuyé par les patrons du secteur public, le gouvernement a donc décidé de taire adopter son projet de loi sur la réforme du régime de négociation dans les secteurs publics et parapu-blics.Il aura réussi à faire l'unanimité contre lui de tous les syndicats impliqués, ce qui est rare par les temps qui courent.Un contexte de crise Le personnel des hôpitaux, des centres d'accueil et des écoles vit actuellement dans un profond climat de frustrations qui risque, à moyen terme, d'être explosif On manque de personnel; il y a pénurie de matériel et de médicaments, on met la priorité sur la productivité et l'économie au détriment de l'attention aux personnes.La situation des salles d'urgence des hôpitaux apparaît pire que jamais Cette situation entraine une perte de motivation chez les professeur-e-s, les infirmières et les préposés au bénéficiaires Rien de cela n'est dû à l'action syndicale.Il s'agit bien du fruit des compressions budgétaires faites au détriment du bien-être des malades, des personnes âgées, des handica-pé-e-s ou des enfants Pourtant ce même gouvernement se présente comme le défenseur de ces bénéficiaires contre les syndicats qui s'opposent à ces compressions lors des négociations Le projet de la loi 37 Par sa loi, le gouvernement entend fixer la rémunération des employé-e-s du secteur public, à partir des recommandations d'un institut de recherche sur la rémunération Cet institut comparera la rémunération des employé-e-s du secteur public à celle du privé La méfiance syndicale vient du fait que.jusqu'ici ce genre de comparaison entre un secteur syndiqué et un secteur peu syndiqué a été une arme contre les syndiqué-e-s Cette méfiance est d'autant plus compréhensible que le gouvernement actuel n'est pas reconnu pour favoriser les non-syndiquées et les employé-e-s du privé Le salaire minimum n'a pas augmenté depuis 1981 Rien n'a avancé dans le projet d'accréditation multipatronale qui aurait facilite la syndicalisation dans le privé A Marine Industries, le gouvernement a refusé la revendication centrale de réduction du temps de travail et bloqué le règlement final à un conflit qui a trop duré C'est dans ce cadre que la loi 37 conserve aux syndicats du public un droit de grève tout symbolique, et encore, pour la première année seule ment d'un contrat de trois ans Elle y met en plus de telles conditions qu'il devrait y avoir souvent plus d'employées durant «ces grèves» qu'en temps normal les fins de semai ne ou les mois d'été! La position syndicale Pour la coalition syndicale, loin d'être un pas vers une solution, cette loi risque de durcir les positions, c'est pourquoi elle propose certaines réformes au système actuel mais réclame le maintien intégral du droit de grève pour conserver son rapport de force déjà amoindri Conscient du peu de popularité de la grève auprès de la po pulation et même parmi leurs propres membres, les syndicats proposent un code d'éthique sur les services essen tiels qui globalement assurerait qu'on réponde aux besoins des patients et patientes, tout en maintenant le niveau de service qui existe durant les fins de semaine Cette proposition ne manque pas d'intérêt N'arrive-t elle pas cepen dant un peu tard7 Elle aurait eu plus de crédibilité si elle n'était pas arrivée au moment où les syndicats ont le dos au mur C'est cette crédibilité populaire perdue que les syndicats du secteur public doivent regagner Ce sera long Ne faudrait il pas manifester plus clairement que les intérêts des employées du secteur public et ceux des bénéficiaires de services ne sont pas touiours identiques?Ne faudrait il pas investir davantage d'énergies et de ressources dans les revendications concernant l'amélioration des condi tions des bénéficiaires de services mê me si elles ne sont pas liées à l'amélio ration des conditions de travail des employées?En somme, ne faudrait il pas de plus en plus développer da vantage des connivences entre les employées et la population Cette al liance sera plus nécessaire que ïamais pour contrer l'action coniuguée des gouvernements et du patronat A VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985^5 Les punks: tirer la sonnette d'alarme Martin: Je pense qu'il faut éliminer les structures d'autorité.Les éliminer complètement parce que s'il reste un peu de pouvoir, ceux qui l'exercent vont en vouloir toujours davantage.» Martin.Eric et Stéphane ont respectivement 15,15 et 16 ans.Cheveux en brosse ou en mohawk, vêtements troués et délavés, musique qui scande «fuck autho-rity» et «no future», tout en eux crie l'urgence d'agir avant qu'il ne soit trop tard.«Vous nous trouvez laids7 disent-ils.la société aussi est laide, violente, absurde au point de jouer à la roulette nucléaire sa propre survie.» Leur bilan: il n'y a pas d'avenir dans la société des normes, dans la société du «cash».Leur désir: changer tout cela.Comment en provoquant, en faisant poser des questions, bref, en tirant la sonnette d'alarme.Propos recueillis par Martine D'Amours SME OUVRIERE JUIN-JUILLET 1985 96 Martine: Que signifie pour vous «être punk»?Pourquoi avez-vous décidé de devenir punk?Stéphane: J'ai toujours voulu être différent.Avant l'étais freak puis, quand c'est devenu pas mal répandu, j'ai décidé d'être punk Comme ça Je savais pas ce que c'était, au début ie pensais être punk mais ie ne l'étais pas, j'étais même pas pseudo-punk.Ça fait seulement un an que |e suis vraiment punk, avec la mentalité et tout Martine: Qu'est-ce que c'est un «pseudo-punk»?Eric: Les pseudo-punk ou les baby-punk sont ceux qui pensent que c'est une mode, alors qu'en réalité, c'est un mouvement pour contester la société Un pseudo-punk peut avoir l'apparence d'un punk, mais il ne l'est pas dans la tête Martine: Alors c'est quoi un vrai punk, avec la mentalité punk?Eric: Etre punk, c'est provoquer, choquer le monde pour qu'ils s'aperçoivent que la société a besoin d'être changée Si on s'habille comme ça, c'est pour dire au monde: «vous trouvez qu'on est laids?on est à l'image de la société.» Stéphane: On veut pas que le monde nous aiment, on veut qu'ils soient dérangés, parce que s'ils nous aiment et nous acceptent, ils ne se poseront plus de questions Alors si t'as des idées punk et que tu t'habilles pour être accepté, ça ne donne rien puisque ça ne posera pas de questions à personne Martin: Dans le milieu ou sont mes parents, le milieu des groupes populaires, j'ai commencé à voir comment fonctionnait la société Puis j'ai écouté une émission qui parlait de l'origine du mouvement punk C'est parti en Angleterre, avec des jeunes défavorisés qui vivaient dans la rue et que tout le monde traitait de déchets de la société Alors ils se sont dit: «Vous nous traitez de vidanges?on va s'habiller en vidanges, on va avoir l'air vraiment déchets» Quand j'ai vu cette émission, j'ai trouvé bon qu'un mouve- Stéphane: «On veut pas que le monde nous aiment: on veut qu'ils soient dérangés: parce que s'ils nous aiment et nous acceptent, ils ne se poseront plus de questions.» ment comme celui des punks dise que I la société est dégueulasse Martine: Mais le mouvement punk d'ici est différent du mouvemtn punk anglais?Stéphane: Oui En Angleterre, les punks vivent vraiment dans la rue.ils quêtent à longueur de lournée, leur maison c'est la rue Ici, la plupart des punks vivent chez leurs parents, ceux qui ont un local s'en servent surtout pour faire de la musique Martin: En réalité, c'est difficile ici d'être de vrais punks Nous autres, on peut contester la société, on peut s'habiller pour provoquer le monde, mais on vit quand même dans des maisons Chez nous, c'est le luxe Mais c'est pas parce qu'on est d'une classe aisée qu'on ne peut pas ne pas aimer la société On n a pas le choix de vivre dans ce système-là.puisqu'on est nés dedans, mais je pense qu'on peut se servir du système pour le changer Martine: Et si on parlait justement de votre vision de la société.Stéphane: Le capitalisme, c'est écoeurant Ceux qui ont du cash s'en servent pour écraser les petits et.en les écrasant, ils font encore plus de cash Martin: Ils veulent tellement faire du cash qu'ils se foutent de tuer du monde, ils se foutent de polluer l'environnement, ils se foutent aussi de faire sauter la planète même si ça signifie leur propre destruction Ils s'en foutent complètement en autant que.de leur vivant, ils puissent faire de l'ar gent VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1965/7 Eric: Le pire, c'est que plein de jeunes embarquent lâ-dedans II ne leur vient même pas à l'esprit de contester.Pour eux, le pouvoir, c'est quelque chose de tout a fait naturel Martine: D'où vous vient cette prise de conscience?Martin: Moi, ça vient de mes parents, des groupes dans lesquels ils militent et ou |e milite avec eux Eric: Quand j'ai entendu parler du mouvement punk, j'ai dit «ils ont les mêmes idées que moi» Puis ie suis aile a mon premier show et f ai trouvé ça super comme ambiance, ça m'a fait changer Tu sais, entre punks, on est très unis On vit un peu en anarchie: on s entraide, on va payer pour quelqu'un qui est dans le trou Stéphane: Pas besoin d'être punk pour faire ça La vraie définition de l'anarchie, celle du dictionnaire, c'est «pas de gouvernement» Mais |e sais qu'avant d'en arriver là, il faut que je mène ma propre bataille Peut-être que |e ne suis pas un vrai anarchiste, mais l'essaie de faire ce que t'ai envie de faire quand l'en ai envie, tant que ça dérange pas les autres Martin: Quand on dit qu'on est pour l'anarchie, ça veut dire aucune obligation, aucune loi définie par une autorité, seulement les limites définies par la nature et le respect des autres Autrement dit.tu fais ce que tu veux et quand ça emmerde les autres, ils te le disent et t'arrêtes Martine: Votre objectif, c'est de faire poser des questions, de provoquer des réactions chez les gens.Comment réagissent-ils?Eric: C est la que tu vois l'influence de la société de consommation La première question que les gens posent, c'est «qu est-ce que tu mets dans tes cheveux'» ou «combien ça coûte une coupe comme ça7» Ils s'imaginent que ça coûte cher, alors qu en réalité, on les fait nous-mêmes nos coupes de cheveux Martin: Ou encore, on se fait demander «qu'est-ce que ta mère en pen- Eric: «C'est vrai que les paroles de nos chansons sont radicales, qu'elles dénoncent la société.C'est vrai que nos habillements expriment le rejet.Mais nous on n'est pas violents.» se?» et «as-tu le droit de porter des affaires de même''» Touiours des questions reliées à l'argent et à l'autorité, très peu sur ce qu'on pense et sur pourquoi on fait ça Martine: Vous parlez d'anarchie, d'abolir l'autorité, le pouvoir.Pourtant vous êtes quand même obligés de fonctionner dans le système, à l'école par exemple.Comment ça se passe?Eric: Pourquoi ie suis a l'école9 Je sais pas Je fous rien C'est pas que ie veux rien apprendre, c'est qu'ils veulent nous faire apprendre en se servant de l'autorité, en nous faisant marcher sur la peur C'est comme quand l'étais petit: «si t'es pas sage, tu vas rester en retenue » De toute façon, je suis à l'école seulement de corps, ma vie à moi, c'est le soir et les fins de semaine Stéphane: Je me suis fait mettre dehors de l'école à cause de ma tenue vestimentaire Au début, le directeur tolérait mes ieans délaves et mon linge troué, puis quand d'autres ont commencé à m'imiter.il a décide de mettre fin à ça Moi, ie ne voulais pas I/V1E OUVRIERE/JUIN- JUILLET 1965 changer d'habillement, l'ai été mis dehors Martine: Comment vous vous comportez avec les autres jeunes, ceux qui ne sont pas punks?Eric: Souvent, ça vaut pas la peine de faire quelque chose avec les autres Ils sont trop bornés Ils pensent que je fais ça pour le «fashion», pour la mode Martin: Il y a toutes sortes de monde à l'école Certains combattent le système à leur manière, d'autres n'imaginent même pas qu'ils pourraient sortir du moule, de la consommation, de la compétition Moi ('essaie de leur dire que plus tu compétitionnes, plus tu te détruis Martine: Vous dites qu'on doit changer la société.Mais quels seraient les moyens de la changer?Martin: C'est dur à dire, c'est quelque chose à long terme Je pense qu'il faudrait éliminer les structures d'autorité Les éliminer complètement parce que s'il reste un peu de pouvoir, ceux qui l'exercent vont en vouloir toujours davantage Stéphane: On participe a des actions, comme la manif contre la venue de Reagan et l'autre contre la visite du Pape Martine: Que pensez-vous des mouvements revendicateurs, comme le mouvement syndical, le mouvement populaire, féministe, le mouvement pour la paix?Eux aussi proposent un changement de société.Martin: Je suis pour, maisje n'y participe pas parce qu'ils ne changent pas la société comme te voudrais Ces mouvements-là veulent que le pouvoir soit mieux exercé, alors que moi |e ne veux pas de pouvoir du tout Ça ne m'empêche pas de les appuyer dans des choses précises, comme la manif contre Reagan Disons juste que le mouvement punk est plus radical, il veut tout détruire et tout reconstruire Martine: Il ne manque pas de gens pour dire que les punks sont vio- lents.Qu'en pensez-vous?Vous considérez-vous violents?Martin: Il y a plusieurs courants dans le mouvement punk Certains sont ultra-pacifistes alors que d'autres sont ultra-violents Ceux-là disent qu'il faut combattre le feu par le feu.autrement dit que la violence est le seul moyen de combattre une société violente Mais il est faux de penser que tous les punks sont violents Pour ce qui nous concerne, je dirais qu'on a des actions plus radicales, mais pas qu'on est violents Eric: Nos habillements sont violents Ils expriment le rejet Martin: S'habiller comme ça.c'est un peu comme porter à longueur de journée une pancarte qui dirait -la société est violente, change-la!» Eric: C'est vrai que la musique hard core peut sembler violente Je dirais plutôt que le «beat- est rapide et que les paroles sont radicales Elles parlent de nos idées elles dénoncent la société Martine: J'avoue que j'ai de la misère à avaler une de vos chansons qui répète sans arrêt «sex and violence».Eric: C'est justement pour rire de ceux qui vivent de sexe et de violence C'est comme la porno, qui utilise le sexe pour faire du cash Un autre exemple, c'est notre façon de danser Il y en a qui disent que le «slam» est violent, parce que c'est une danse ou on se rentre les uns dans les autres Pour moi, ce n'est pas violent, c'est un jeu.un défoulement On passe notre agressivité comme ça Mais on ne «slamme» pas pour se détruire, la preuve c'est que quand quelqu'un tombe à terre, on le ramasse Martine: Vous dites que la société n'a pas d'avenir; «no future- Mais le mouvement punk en a-t-il un?Vous disiez vous-mêmes tantôt que plu sieurs l'utilisaient seulement corn me une mode Stéphane: C est vrai que la mode re cupere nos idées pour se faire du cash Quand on a commencé à porter une couette, tout le monde trouvait ça choquant Maintenant, même des adultes en ont Martin: C'est rendu qu'en Angleterre, ou le mouvement a commencé, les commerces vendent très cher des chandails déchirés et décousus d'avance C'est complètement débile, c'est un exemple de la société de consommation qu'on veut combattre Eric: Cette récupération, ça m'écoeu-re, c'est certain Mais quand la mode copie nos idées, moi |e change, ie trouve autre chose pour montrer ma contestation A L Être Humain L'être Humain Cette machine si complexe Est bien mal en point Dans ce nouveau contexte Contexte de guerre De famine et de peur Il vole dans une ère Ou il trouvera cette supposée lueur Lueur qu il cherche en vain A chaque journée de sa vie Il ne la trouvera point Maigre son envie Envie de vivre et d aimer Il est prêt a tout taire Même à renier Ses amis et ses frères L Humain s invente des Dieux Pour terrer leurs questions Mais peu a peu Il en fera sa religion L Humain régresse dans la progrès Mais est-ce vraiment l'avenir Si la paix N est que satire Eric Maynard VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/9 Etes-vous une «obsédée de la minceur?» Propos recueillis par Martine D'Amours un oei apres-miai de la nn mai, f-rançoise sort son linge d ete des tiroirs.La séance d'essayage, ponctuée de soupirs, se termine par la traditionnelle résolution: «Demain, je me mets au régime!» Françoise fait peut-être partie des 40% de nord-américains qui souffrent d'obésité.Mais peut-être aussi appartient-elle simplement au nombre incalculable de femmes qui, à tort ou à raison, sont obsédées par leur poids.Une obsession douloureuse, à laquelle les régimes et les exhortations à bien manger n'apportent pas de réponse durable dans 97% des cas.Dans la dernière année, surtout dans les centres de femmes, des groupes se sont mis sur pied avec la volonté de s'attaquer aux racines du problème: «quel est le rapport des femmes à la nourriture?à quoi associent-elles l'idéal de minceur?pourquoi veulent-elles maigrir?Danièle Lamoureux nous a parlé de la démarche de ces groupes.RVO Danièle, comment se pose le problème de l'obésité, particulièrement chez les femmes?DL: Disons tout de suite que la moitié de la population québécoise (ait de I embonpoint avancé ou de l'obésité* En 1974.43% des femmes de milieux populaires accusaient un poids d'un quart plus élevé que la normale, contre 16% pour les hommes Chez les femmes de 45 ans et plus, la proportion passe à 54%.Le problème vient en partie du fait qu'en Amérique du Nord, nous avons une alimentation trop riche en viande et en pâtes, liée à un mode de vie sédentaire Dans les milieux populaires particulièrement, la difficulté est grande d équilibrer à la fois son alimentation et son budget Mais il y a aussi le fait, trop souvent négligé, qu'en société d'abondance, on mange pour toutes sortes d'autres motifs que pour calmer la faim On mange parce qu'on s'ennuie, on mange pour •passer» sa colère ou son angoisse, on mange pour se récompenser Qu'elles soient obèses ou non, les personnes qui mangent de façon incontrôlée ont ceci de commun qu'elles ont perdu le contact avec les signes physiologiques de la faim et du contentement RVO Elles mangent comme d'autres fument ou boivent de l'alcool, sans aucun rapport avec leurs besoins.DL: C'est ça Le malheur, c'est qu'on peut cesser de fumer ou de boire, mais qu'on ne peut pas cesser de s'alimenter Les femmes aux prises avec ce problème le vivent parfois de façon très douloureuse Elles se pèsent au lever, mangent en cachette et de façon stressée parce qu'elles se sentent coupables, passent leur vie en régimes et sont convaincues qu'elles deviendront énormes si elles mangent ce qu'elles aiment La nourriture est devenue une ennemie RVO Dans les groupes, vous proposez en premier lieu d'examiner la signification de la nourriture dans la vie des femmes.En quoi les femmes ont-elles un rapport à la nourriture différent de celui des hommes?DL: Dans son livre Maigrir sans obsession, Susle Orbach explique comment la division sexuelle des rôles confine les femmes aux modèles les moins valorisants, les moins «nourrissants» Elles comblent souvent le vide et la frustration en mangeant.Plusieurs maigrissent quand elles commencent à travailler à l'extérieur, où elles sont à la fois plus actives et plus valorisées A l'intérieur du foyer, les femmes ont un rôle nourricier, au sens physique et moral Elles sont responsables de l'alimentation de la famille et leur capacité à bien remplir cette tâche leur procure une valorisation La publicité, les magazines, les émissions incitent souvent les femmes à exprimer leur personnalité à travers la nourriture A exprimer leurs sentiments aussi: «t'est contente de ton enfant, tu lui fais un bon dessert» Aioute a cela le contexte où, pour survivre socialement sinon financièrement, une femme doit avoir un homme dans sa vie, d'où l'attention portée à la nourriture et au corps Alors que certaines s'efforceront de rencontrer les standards de minceur pour plaire à leur homme, d'autres au contraire fuiront ces modèles qui les ravalent au rang d'objet sexuel Dans les groupes, des femmes disent se sentir plus respectées par les hommes quand elles sont grosses, alors qu'elles se sentiraient considérées seulement pour leur sex-appeal si elles étaient minces 1I/V1E OUVWf RE/JUW-JUILLET 1985 CONCOURS DIETE DOUARS KILOFREINE COMMENT PERORE RAPIOEMfNT OU POIDS LA CLINIQUE MAYO DIETE POUR Ll 3'A.GE m m Aussi, nous pensons que c'est absurde de ramener le problème de poids à une question de calories, alors qu'à l'origine, c'est une question de position sociale.Dans les groupes sur l'obsession de la minceur, nous disons clairement que I objectif premier n'est pas de maigrir La démarche vise d'abord à ce que les femmes comprennent pourquoi et comment elles mangent, qu'elles distinguent entre la faim physique et la faim émotive, et secondairement à permettre une perte de poids pour celles qui maintiennent cet objectif au travers de la réflexion RVO Tu disais tantôt que les «obsédées de la minceur» ne sont pas toutes obèses.DL: Susie Orbach parle de quatre catégories de femmes II y a d abord celles qui sont grosses depuis plusieurs années Elles se sentent grosses même si elles exagèrent souvent leur poids Elles ne sont pas conscientes de ce qu'elles mangent et ne pensent pas qu'elles arriveraient à perdre du poids D'autre femmes, et c est là le groupe le plus nombreux, oscillent de poids constamment Elles suivent régulièrement des régimes qu'elles trichent Viennent ensuite les «boulimiques-, celles qui, avec un poids dans la moyenne, mangent parfois frénétiquement, pour se faire vomir ensuite Elles parlent difficilement de leur problè me, par peur de perdre le contrôle ou de devoir changer leurs habitudes El les sont convaincues que vomir constitue la seule façon de rester minces II y a enfin les anorexiques, celles qui évitent de manger Pour elles, 70 livres, c'est encore trop Elles perdent quelquefois le contrôle, mangent puis se font vomir Elles parlent difficile ment de leur problème Toutes ces femmes ont une chose en commun elles sont convaincues que tout irait mieux dans leur vie si seulement elles étaient minces! RVO Comment procédez vous concrètement dans les grou pesT DL: Je tiens à dire que la démarche peut se faire seule, à deux ou en grou pe L'important, c'est de mettre fin aux interdits, en d'autres mots de se permettre de manger ce qu'on en y prenant plaisir Ensuite, on s'ef force d'observer notre rapport à la nourriture que mangeons nous, dans quelles circonstances, pour quels mo tifs?La méthode d'Orbach propose toutes sortes de moyens qui permet tent d'identifier les images que nous associons à la grosseur et à la min ceur, de prendre conscience des habi tudes prises dans l'enfance et des émotions qui nous habitent quand nous mangeons trop Au bout du compte toutes les femmes ne perdent pas du poids, mais toutes ont une plus grande estime d'elles-mêmes, une vi sion plus réaliste de leur corps et du poids auquel elles se sentent bien, ain si qu'un entraînement à exprimer leurs besoins et sentiments autrement qu'en mangeant RVO Voici un an et demi qu'est démarré le premier groupe sur l'obsession de la minceur; II en existe huit maintenant.Quels sont vos projets?DL: Beaucoup de choses unebrochu re de vulgarisation, une pièce de théà tre mise sur vidéo, une session de for mation pour les intervenantes des centres de femmes qui seraient inté ressées à partir un tel groupe Nous voulons faire connaître cette appro che Nous voulons aussi intervenir pu bliquement pour dénoncer cet idéal de minceur qui constitue une autre forme de violence faite aux femmes, en les dévalorisant, les culpabilisant, les divisant A • Esi considérée comme obèse une personne dont le poids esl de 15a20H supéntu»a la nof- maie VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/11 Situation des jeunes JEC et JOC enquêtent Le comité ieunes de Vie Ouvrière Les étudiants du secondaire s'impliquent-ils à I école?Si oui, où9 Si non.pourquoi9 Pour le savoir, la Jeunesse étudiante chrétienne, la JEC, a fait enquête.Les 1281 questionnnaires remplis par des etudiant-e-s de 36 écoles secondaires révèlent que: C'est difficile de mener un pro jet i terme • 37 6% des répondantes ont déjà monte un proiet.un proiet collectif dans 94.8% des cas • Dans ces expériences, les pnncipa-les difficultés rencontrées sont les permissions difficiles à obtenir ou refusées 37.5% les problèmes de fonctionnement dequipe 13.3% pas de participation étudiante 13% • Le soutien dans l'élaboration du proiet venait surtout des étudiant-e-s 46,5% des animateurs-tnces de pastorale 30.3% des profs: 22.7% On contrôle leur temps • 86,8% des répondant-e-s n'ont pas de période libre prévue dans leur horaire • 95% ont deux ou moins de deux périodes d'étude par semaine • 55.8% ont six cours par jour (la majorité des cours durent 50 minutes) • 69.8% ont de 1 à 5 minutes entre chaque cours, alors que 29.7% ont de 6 à 15 minutes Les organisations étudiantes ne mènent pas de luttes • 85% des écoles touchées ont un conseil étudiant, 76% un journal et 65% une radio Cependant 9% des répondant-e-s ignoraient l'existence de ces organisations • Selon les répondant-e-s.le rôle d'un conseil étudiant est d'abord d'organiser des activités (a 37.5%).puis de représenter les étudiants auprès de la direction (a 29.5%) 57.4% croient que le journal doit d'abord informer sur ce qui se pase dans l'école alors que 70.9% attribuent à la radio le rôle premier de distraire • Sur certains sujets, les membres du conseil étudiant se considèrent plus consultes que l'ensemble des étudiantes Sur d'autres (comme les règlements) les uns et les autres se sont sentis consultes dans 40% des cas 12T.r Et tu consulté sur: EttMM*4tS ÉtMltMt t S CMMléMUM Choix des activités Le coût des activités Le moment de l'année Divers règlements Changements apportés aux règlements 59.2% oui 40.9% oui 49.2% oui 45.8% oui 40,1% De mars 1984 à mars '85.la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) a elle aussi mené une enquête pour mieux cerner les réalités de la jeunesse travailleuse avec ou sans-emploi.Rejoints dans les brasseries, les parcs les écoles et les milieux de travail, 828 leunes - dont 528 sans emploi et 300 avec emploi - y ont répondu Les résultats que voici expliquent pourquoi 80% des répondantes souhaitent que leur situation change La formation professionnelle ne garantit pas un emploi • 49% des |eunes avec emploi ont abandonné l'école, soit parce qu'elle ne répondait pas à leurs besoins, tant au niveau de la formation qu'à ceux de la pédagogie et des structures, soit parce qu'ils voulaient ou devaient travailler • 48% ont une formation professionnelle De ceux-là.43% n'ont ïamais travaillé dans leur domaine et 57% y ont travaillé, souvent de façon temporaire, sur des protêts par exemple La moitié seulement travaillent à temps plein • 52% des leunes en emploi travaillent à temps plein, 56% disent ne pas avoir de sécurité d'emploi et 76% ne sont pas syndiques • 93% des filles en emploi travaillent dans des secteurs traditionnels Une job n'assure pas nécessairement l'autonomie financière • 57% des leunes avec emploi ont un salaire de 6 S/l'heure ou moins et 40% ont un revenu inférieur à 500 S par mois • On comprend alors pourquoi 43 % demeurent chez leurs parents et 36% s endettent pour des biens utiles 82,4% oui 65.6% oui 67.4% oui 52.2% oui 44,4% Sans emploi: derniers entrés, premiers mis à pied • 60% des sans-emploi interrogés ont abandonné l'école pour les mêmes raisons que ceux avec emploi • 53% ne sont pas demeurés plus d'un an à leur emploi En période de chômage, les employeurs peuvent se permettre d'être sélectifs • 46% ont perdu leur emploi à la suite de mises à pied ou de contrat terminé 16% ont abandonné à la suite de har cèlement Seulement 7.5% ont été congédiés • 78% des sans emploi rejoints dispo sent d'un revenu de 0 à 5 00 $ par mois Pour la moitié d entre eux, le re venu est inférieur à 200 $/ mois 35% s'endettent et 52% n'arrivent pas à payer leurs dettes Les gouvernements sont peu préoccupés de l'emploi des |eu • 67% des leunes avec ou sans emploi sont d'accord avec la revendication de la parité de l'aide sociale • 80% disent que les gouvernement-, ne sont pas préoccupés de créer de l'emploi pour les leunes A VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/13 Congrès de la CSN s'orienter.avec le monde Raymond Levac C'est à travers des enjeux concrets qui débordent les seuls intérêts des syndiqué-e-s que la CSN a précisé son projet de société lors du congrès d'orientation tenu en mars dernier.Elle a, de plus, décidé de prioriser la question de l'action politique et de l'organisation politique.Enfin, elle commence à considérer l'importance d'un nouveau type de militantisme syndical.Avec le monde Le thème du congrès.«Avec le monde», manifestait bien cette prise de conscience des critiques sévères portées sur le monde syndical par une partie importante de la population Les congressistes se sont donc attardés à préciser les batailles sociales à venir C'est d'abord celle de l'emploi qui a retenu leur attention Le partage et la création d'emploi passent par I intensification de la lutte pour la réduction du temps de travail et par de vigoureuses mesures de redressement pour l'accès des femmes au marche du travail Mais la bataille de l'emploi signifierait peut-être aussi — et ce sont des questions débattues sur le plancher du congrès — l'élimination du double emploi et du temps supplémentaire ainsi que la promotion d'emplois socialement utiles (on pense ici à la reconversion de la production militaire) La CSN se préoccupe également de raccès des jeunes à l'emploi et à la syndicahsation en faisant un effort particulier du côté des emplois précaires et à temps partiel ou ils sont concentres De ce point de vue.la CSN de-nonce les conditions de travail imposées dans les programmes gouvernementaux et revendique une re- fonte des programmes de soutien à l'emploi et la parité des prestations d'aide sociale pour les jeunes de moins de 30 ans Enfin, le congrès a adopté une série de mesures visant à préserver chez les membres un équilibre entre vie militante et vie personnelle II s'agit là du résultat des revendications portées principalement par les comités de condition féminine L'action politique C'est sûrement la question de l'organisation politique qui a le plus porté à débat durant ce congrès II s'agissait pratiquement d'un sujet tabou depuis quelques années On se sentait «trahi» par le PO et on se relevait a peine des longs débats théoriques et épuisants menés par les groupes m-l Par ailleurs, le vide politique à gauche et la nécessité de déboucher sur une organisation politique qui porte nos intérêts étaient vivement ressentis Tout en reaffirmant l'autonomie de la CSN par rapport a toute organisation politique, les congressistes ont décidé qu'un débat s'entreprendrait surce thème dans toutes les instances du mouvement et que des recommandations concrètes seraient soumises au congrès régulier de 1986 Le public et le privé Le débat sur le régime de négociations dans le secteur public et parapu-bhc a manifesté un rapprochement assez spectaculaire entre le secteur privé et le secteur public à la CSN Les représentants du secteur privé ont tous mis l'accent sur l'importance d'appuyer les travailleuses et travailleurs du secteur public dans leurs luttes.Ils n'ont pas manqué de faire remarquer que l'écrasement de ces derniers avait servi de prétexte au patronat pour faire reculer les conditions de travail dans le secteur privé La CSN sort unifiée de ce congrès Reste à savoir si les employé-e-s du secteur public sauront reconnaître que les intérêts des usagères et des usagers des services de santé et des services sociaux ne s'identifient pas touiours aux intérêts immédiats des travailleuses et travailleurs de ces institutions Etre «avec le monde», comme le rappelait une intervenante d'un comité de condition féminine, c'est se mettre du point de vue des usagères des services C'est à cette condition que les syndicats peuvent espérer gagner leur lutte mais, ajoutait-elle, c'est aussi la seule garantie que ces luttes préparent un monde nouveau A m : .-'-:.WWlfTWK Que ferez-vous au temps chaud?Les vacances.Il y a ceux qui en ont et ceux qui n'en ont pas.Il y a ceux qui partent et il y a ceux qui restent.Cette année encore, Balconville sera le lot de 50% des Québécois.Et là-dessus, rien n'a changé depuis 10 ans.Rien, sinon pour ceux et celles qui, ayant pourtant toutes les caractéristiques des «balconvilliens».ont décidé de s'organiser des vacances communautaires, accessibles financièrement et gérées collectivement.Tourisme social, qu'on appelle ça.Les vacances, un droit de plus à conquérir.Un autre secteur de nos vies à organiser plutôt qu'à se faire organiser.Conception et réalisation Martine D Amours VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/15 Photos de vacances Si les vacances sont considérées comme quatre lournées consécutives consacrées à des activités libres de son choix, alors 34% des Québécois et Québécoises n'en ont pas On les retrouve surtout parmi les sans-emploi, les femmes à la maison, les personnes à la retraite et.dans une moindre mesure, chez les étudiants Autrement dit, les vacances, ça existe pour les travailleurs salariés, enfin, pour ceux qui ne sont ni à contrat, ni à la pièce, ni à leur compte Pour les autres, cherchez touiours.Selon l'enquête de Marc Laplante*, la majorité des non-vacanciers n'ont pas pris de vacances depuis plusieurs années, la question financière constituant un obstacle pour 46% d'entre eux À ce 34% de non-vacanciers s'ajoute un 15,4% de la population qui passe ses vacances à la maison Les raisons sont multiples: contraintes imposées par son travail ou par celui du conjoint, par les vacances scolaires, par les ressources financières etc ra *zt&&™ Au total, et de façon constante depuis 10 ans, la moitié des Québécois ne partent pas en vacances Parmi l'autre moitié qui part, une majorité (les Vi) de gens se fixent à un endroit et y restent pendant toute la durée de leur séjour Dans un chalet par exemple (on en compte environ 200 000 au Québec), chez des parents et amis ou en camping Les moins fortunés choisissent (9) souvent de séjourner chez des parents et amis D'autres, pas assez riches pour se payer un chalet mais plus en moyens que les précédents, établissent leur roulotte ou leur tente dans un camping pour toute la durée de leurs vacances 1iME OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1985 000100011003100304050201000100010001000100010201020100010001000102010001020102010001000102010201020102010201020102010201020102010201000910010071 995 Bref, la maionté des partants vont vers des lieux et des gens connus Ils restent souvent dans leur région et.quand ils quittent le Québec, c'est surtout pour la côte-est américaine Leurs activités préférés le sport, le plein air, la plage.Les autres parlants, soit environ le tiers, sont des touristes itinérants Ils se déplacent d'un endroit à l'autre, cherchant à connaître d'autres milieux et d'autres gens Ils sont souvent plus |eunes que la moyenne, plus scolarisés, ont moins d'enfants Pas nécessairement plus riches que la catégorie précédente, ils consacrent cependant une plus grande part de leur budget aux vacances Ils sont plus nombreux que les autres à être allés dans les provinces canadiennes et en-dehors de l'Amérique du Nord Leurs activités préférées les fêtes, les visites touristiques, les spectacles, la photographie ■ Marc Laplante assiste de Jacques Luneau et Louise Trottier Gens qui partent et gens qui restent Les grandes vacance» au Québec.Département d études urbaines de I UQAM 1983 VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1965/17 Modèles de vacances des Québécois, 1982 34% n'ont pas eu de vacances 15,4% ont pris des vacances à la maison 6,9% sont partis au Québec, dans leur région 23.8% sont partis ailleurs au Québec 3,2% sont allés en Ontario 1,7% dans les Maritimes 0.4% ailleurs au Canada 5,1% sont allés en Floride 4.3% sur la côte est américaine 1.3% ailleurs aux États-Unis 2.1% sont partis en Europe 1,5% sont allés au Mexique ou dans les Caraïbes 0,1% sont allés ailleurs dans le monde Tire de Gens qui parlent et gens qui restent Enquête de Marc Laplante et als 1983 Maintenant, on part.L'expérience des camps familiaux Les familles qui fréquentent les camps familiaux auraient toutes les caractéristiques des non-vacanciers: elles disposent d'un faible revenu, sont souvent monoparentales et sans moyen de transport autonome.La différence, c'est qu'en se regroupant et en ne comptant plus les heures travaillées bénévolement, elles ont réussi à s'offrir un minimum de repos et de plein air.Le Mouvement québécois des camps familiaux, c'est 45 groupes membres dont 18 possèdent leur propre site de vacances.C'est aussi 7 000 familles qui partent en vacances chaque été.C'est enfin un mouvement populaire qui revendique le droit aux vacances pour tous et toutes dans une optique de prise en charge collective, d'amélioration de la qualité de vie et d'alternative à la consommation.La moins coûteuse des ressources-vacances Dans les années '40 et '50, la Ligue ouvrière catholique (LOC, ancêtre du MTC actuel) organisait des camps de vacances pour les familles ouvrières Perdue vers la fin des années '50, la tradition renaîtra une décennie plus tard, avec les camps familiaux Avec un coût moyen approximatif de 12 S par jour par personne (incluant la nourriture), ils demeurent la ressource de vacances la moins coûteuse et la plus appréciée par les gens de milieux populaires, d'après une enquête réalisée en 1983 Enfin, maman a des vacances! La formule est |ugée particulièrement avantageuse par les femmes chefs de famille monoparentale Le transport est fourni, il y a des moniteurs pour s'occuper des enfants et plusieurs tâches domestiques sont soit prises en charge par l'organisation (par exemple, les repas), soit partagées De plus, ajoute Johanne Lemieux du camp familial René Goupil, «souvent les femmes chefs de famille aiment pouvoir se retrouver avec d'autres adultes, d'autres femmes qui partagent la même condition • 11/YIE OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1985 999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999� Question de goût ou question de moyens?Si elles en avaient les moyens, les familles à faible revenu s'offnraient-elles des vacances ailleurs qu'au camp familial'7 Autrement dit.à elle seule, l'expérience communautaire et de prise en charge en vaut-elle la peine7 Michel Gendron admet que les vacanciers du camp René Goupil viennent d'abord pour le prix et parce qu'ils n'ont pas d'autres ressources «Dans un quartier comme St-Michel.où il y a un fort roulement de population, les gens ne développent pas un sentiment d'appartenance Ils sont ici «de passage», en attendant de trouver un meilleur quartier Alors, ils ne viennent pas d'abord pour l'aspect collectif et pour la prise en charge, on doit les inciter et les éduquer à cela.» Par ailleurs, dans les quartiers où la tradition de lutte populaire est plus longue et le sentiment d'appartenance plus développé, la clientèle des camps se recrute beaucoup parmi le membership des groupes populaires «Dans Hochelaga-Maison-neuve, précise Françoise Marcellin.quatre ou cinq groupes envoient des familles en vacance Je dirais que le 40% des familles qui retournent au camp d'année en année n'y vont pas seulement pour le prix, mais pour la vie communautaire, le partage, les valeurs Cela ne signifie pas que la population du quartier aspire nécessairement à des vacances communautaires — |e dirais même que la vie communautaire fait parfois peur — mais c'est une chose que les groupes promeuvent parmi leurs membres et qu'ils pourraient promouvoir plus largement parmi la population si seulement ils avaient les ressources financières pour l'offrir à plus de gens » «Il y a tout le côté relation, l'aspect entraide que les gens apprécient, poursuit Pierrette Roy, du Club des familles de demain (Centre-Sud) Pour plusieurs qui étaient gênés, c'est un premier lieu d'implication, une première source de valorisation qui les amène à partir ensuite autre chose dans le quar tier Et chose certaine, si on avait seulement voulu des vacances pour des vacances, on n'aurait pas fait tout ça!» «Tout ça», c'est la bataille incessante que Pierrette et d'autres mènent, depuis 15 ans.pour le financement de ces camps et pour le maintien de leur accessibilité aux faibles revenus «SI j'avais 20 ans et moins, j'irais camper au Parlement De 1970 à 1976.le Club des familles de demain louait des sites de vacances C'étaient d'anciens camps de vacances pour enfants, souvent délabrés, et pas du tout aménagés pour des familles En 1976.le groupe louait avec option d achat puis, en 1980.devenait propriétaire du camp Notre-Dame du Lac Bleu, a St-Hippolyte.devenu depuis le Domaine du Lac Bleu Cette conquête repose sur beaucoup de bénévolat et sur des luttes continuelles pour le financement et l'autofinancement «Dès le début, c'était difficile d'obtenir du financement, les bailleurs de fonds nous disaient «pas pour payer des vacances à ce monde-là!» En 1982.le gouvernement a ouveit un concours pour subventionner cinq groupes de vacances famille Notre groupe s'est classé parmi les finalistes au premier et au deuxième tour, mais a été éliminé au dernier tour Cherchez la raison" Nous avions pourtant obtenu le plus de points au premier tour Les pauvres doivent toujours se battre1 Ah1 on a assez d'argent pour survivre, mais nos bâtiments ont grand besoin de restauration et nous manquons d'équipement J'aimerais avoir 20 ans de moins.Tirais camper au parlement1 Heureusement que notre groupe n'est pas tout seul dans cette ba taille, on la mène ensemble, à l'intérieur du Mouvement des camps familiaux.» Le gouvernement privilégie les structures qui viennent d'en-haut «Dans ses livres vert et blanc sur le loisir, le gou vernement québécois reconnaît que personne ne peut faire mieux et à moindre coût que les citoyens eux-mêmes Mais dans les faits, l'Etat n'a pas de politique de vacances familiales, pas de politique de «soutien aux initiatives populaires en matière de vacances» Par son travail au sein du Mouvement québécois des camps familiaux.Diane Laberge est bien infor mée des difficultés financières rencontrées par les camps Seuls les groupes qui possèdent leur pro pre site (dits groupes autogestionnaires) peuvent bénéficier d'une subvention du ministère du Loisir, chasse et pèche Or on a appris récemment que le MLCP prévoit, pour 1985 1986, couper 600 000 $ dans le budget de 2 million $ et demi destiné à l'en semble des camps (familiaux et de |eunes) Quant aux groupes utilisateurs, ceux qui doivent louer un site de vacances, ils ne reçoivent rien du ministère et doivent se contenter d une subvention de Centraide Montréal «Ceci nous amène, poursuit elle, à questionner le gouvernement quand il parle de «priorité» accordée aux camps familiaux Aucun camp familial n'a.fina lement été retenu parmi les finalistes du concours centres de vacances-famille En choisissant de subventionner a grand frais la mise sur pied de centres où le contrôle par les usagers est inexistant le gouvernement a fait fi de I expertise et des revendi cations des groupes populaires II privilégie les structures qui viennent d en haut, plutôt que de soutenir adéquatement celles qui sont contrôlées par en bas • A VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/11 A qui appartient le tourisme?Des vacances de rêve sur les ailes d'Air machin.» «Le Club chose vous amène à la découverte des paradis perdus.» Dans nos sociétés, le tourisme dominant est une marchandise et le touriste, un consommateur qu'on attire à coup de publicité.Suite aux revendications qu'elles ont formulé ces dernières années concernant l'accroissement du temps libre, les organisations ouvrières sont maintenant confrontées à de nouvelles questions En effet, à quoi sert-il de gagner des congés payés et des vacances si les classes ouvrières et populaires n'ont ni les moyens financiers ni les équipements pour les occuper par des loisirs épanouissants?Et à supposer qu'elles en aient les moyens, qui ces vacances enrichiront-elles: Disneyland9 Les marchands9 Les travailleurs-euses.eux-mêmes9 Et qui contrôlera le contenu et l'orientation des temps libres les programmes gouvernementaux9 les agences de voyage9 les usagers-ères eux-mêmes9 Elles sont nouvelles au Québec, et peu connues, les organisations qui cherchent à promouvoir un tourisme différent, ni luxe, ni évasion, ni marchandise à consommer Le tourisme social Connaissez-vous les séjours à la ferme offerts par la Fédération des agrico-tours du Québec?Le réseau des auberges de leunesse opère par la Fédération québécoise de l'Ajisme?Le tourisme pour personnes handicapées, organisé par Kéroul et Excursions sans barrière?Ces organisations, auxquelles il faudrait ajouter le Mouvement québécois des camps familiaux i Organisation pour le tourisme étudiant du Québec le Réseau plein air et l'en passe ont en commun leur caractère non lucratif et leur adhésion, plus ou moins prononcée selon les cas.aux principes du tourisme social Le tourisme social, c'est d'abord un tourisme accessible financièrement Les organisations qui s en réclament considèrent les vacances comme un droit social C'est aussi un tourisme qui mise sur la découverte du pays et de ses habitants, sur rechange culturel entre les communautés plutôt que sur lévasion et les circuits touristiques sté- réotypés C'est enfin un tourisme associatif, c'est-à-dire qui fait place à la participation des usagers-ères dans la définition et l'organisation des vacances.Tourisme commercial: la loi du marché L'industrie touristique québécoise rapportait 2 milliards en 1982; elle occupe près de 120 000 personnes et concerne de près ou de loin quelque 20 000 entreprises Second secteur industriel en importance, il est aussi celui où chaque dollar investi crée rapidement le plus d'emplois mais des emplois souvent mal payés et peu syndiqués.Industrie dont la branche commerciale, pourtant inaccessible aux faibles revenus, est largement subventionnée Faute de pouvoir, comme nos voisins du sud, vendre le «sea, sand, sun and sex»,* l'industrie québécoise mise sur les attraits spécifiques de son -produit»: l'hospitalité, la culture française, la bonne bouffe, les sports d'hiver.Objectifs visés dans Bâtir le Québec, inciter les Québécois à voyager — donc a dépenser — au Québec, attirer les voyageurs étrangers, les amener à augmenter la durée de leur séiour et le montant de leurs dépenses.Malgré cette promotion, notre industrie touristique connaît des difficultés présentement Pour les années â venir, le gouvernement entend donc mettre en place une politique de sélectivité, favorisant les régions et les produits les mieux «vendables», et transférer à l'entreprise privée un certain nombre de ressources (ex : campings) qu'il gère actuellement Pour rééquilibrer les forces concurrentielles, on propose que les entreprises sans but lucratif soient soumises aux mêmes exigences d'autofinancement que les entreprises commerciales.Tout cela n'augure nen de bon pour les organisations qui se réclament du tourisme social " mer.sable, soleil et sexe MME OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1965 Revendiquer l'accessibilité : comment?Tout ceci ne va pas sans débats et sans problèmes Tant ici qu'à l'étranger, certaines organisations de tourisme social n'offrent rien de très différent du réseau commercial, sinon leurs prix plus abordables On sait par ailleurs qu'en Europe, des organisations de tourisme social sont tellement grosses que les usagers-ères n'ont à peu près plus de contrôle dessus.Chez nous, les organisations de loisir, centrales syndicales et groupes populaires membres du Groupe de ressources en tourisme social du Québec (GRTSQ, fondé en 1982) n'ont pas une même vision de l'accessibilité Le débat tourne autour de la question suivante pour assurer l'accessibilité des classes ouvrières et populaires aux vacances, vaut-il mieux revendiquer une aide individuelle au départ en vacances, ou une politique de subvention à la mise sur pied d'appareils touristiques différents, non-commerciaux, gérés par les usagers9 Dans les pays où elle existe, l'aide à la personne prend plusieurs formes II peut s'agir d'allocations-vacances pour les familes à revenus modestes ou de formules encourageant l'épargne en prévision des vacances, ces dernières intéressant surtout les classes moyennes A titre d'exemple, mentionnons le régime d'épargne-vacances (donnant droit à un pourcentage d'intérêt et déductible d'impôt) et le chèque-vacances (acheté à prix réduit) en vigueur dans certains pays européens L'aide à la personne est essentiellement individuelle et laisse au vacancier le choix du lieu et du type de vacances De son côté, l'aide à la mise sur pied de ressources-vacances, aussi appelée aide à la pierre, consisterait pour le gouvernement à subventionner l'immobilisation et l'équipement d'appareils touristiques, camps, bases de plein air ou autres, qui, ainsi soutenues, pourraient offrir des prix très bas et un contrôle par les usagers On pen se aussi à la possibilité d'exiger que les employeurs déposent le 4% de vacances dans une caisse nationale de vacances (un peu comme ils le font déjà à la CST), les intérêts pouvant servir à construire de nouveaux centres de vacances A tout prendre le gouvernement du Québec serait plus enclin à subventionner l'aide â la personne que l'aide à la pierre Au contraire, certaines organisations de tourisme social, comme le Mouvement québécois des camps familiaux, favorisent nettement la deuxième hypothèse Sappuyant sur l'exemple des garderies populaires, ils craignent qu'une aide individuelle favorise n'importe quelle sorte de vacances (commerciales aussi bien que communautaires) et mette en péril l'existence des groupes populaires qui luttent pour des vacances non seulement accessibles financièrement, mais différentes dans leur contenu A Syndicalisme et loisir FRANCE 1, QUÉBEC 0 Richard Nicol.Temps Libres Actualités France, 1936: le Front populaire légalise les deux semaines de vacances payées.Québec, 1985: la Loi des normes minimales de travail accorde trois semaines après dix ans d'ancienneté.Alors qu'après 50 ans de lutte sur «la question des vacances-loisirs», le mouvement ouvrier français peut s'appuyer sur un important réseau de ressources vacances accessibles, son cousin québécois découvre à peine le tourisme social.Qui plus est, le dossier fait davantage figure de «tâche» que de priorité syndicale.Le réseau français Depuis des dizaines d'années, les organisations syndicales françaises concentrent leurs efforts sur les avantages sociaux et les instruments de promo bon collective comités d'entreprise, financés par les patrons, qui gèrent les oeuvres sociales des travailleurs-euses, camps de vacances pour leurs enfants, villages de vacances, programmes de loisirs, services sociaux, politiques d'accès aux vacances pour les plus démunis Les syndicats français ont appuyé la création d'organismes spécialisés dans les loisirs et l'éducation populaire qui partagent leur conception du monde Ces derniers se sont ensuite dotés d'outils de développement Par exemple, Loisirs Vacances Tourisme (LVT), qui regroupe des associations VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/21 gestionnaires de centres de vacances, a contribué à créer l'INVAC (qui finance la construction de centres de vacances) et le Centre national de formation loisir promotion (qui forme les bénévoles, les animateurs-tnces et les directeurs-tnces des centres de vacances) LVT est branchée politiquement sur la Confédération française démocratique du travail (CFDT, sensibilité CSN) De son côté.Force ouvrière (FO.sensibilité FTQ) a créé Promtour.courtier de vacances pour ses membres, qui collabore avec la Fédération nationale Léo Lagrange, une grande association d'éducation populaire de 250 000 membres Les réseaux sont stimulants et efficaces De plus, la CFDT.FO et la Fédération de l'éducation nationale (FEN.sensibilité CEQ) ont collaboré, avec les associations de tourisme social et des organisations sociales, à la création du Centre de coopération pour la réalisation d'équipements de loisir (CECOREL) Cet organisme, qui est actuellement en voie d'implantation au niveau régional, a pour mandat de planifier la création de centres Son action est mature et fort utile En 1985, le mouvement ouvrier et populaire français peut donc s'appuyer sur un réseau important dans le domaine du loisir, de la culture et de l'éducation populaire infrastructure puissante, personnel compétent et militant, une force économique et d'investissement significative, des politiques de développement, un cahier de revendications et un lobby efficace Ce qui a bien sur permis d'obtenir la cinquième semaine de vacances payées, l aide à la personne, le cheque-vacances.l'aide à la pierre, enfin des lois et des programmes d'assistance financière de la part du gouvernement français Qu'en est-il au Québec9 Balbutiement du Québec Ce serait stupide de vouloir copier le modèle français, qui comporte aussi ses lacunes les structures sont souvent trop grosses, bureaucratisées, anonymes, elles ont perdu le contact avec leurs adhérent-e-s Par contre, on peut envier l'intérêt réel qu'accordent les centrales syndicales françaises à la question du loisir Du côté québécois, que se passait-il il y a dix ans?NIET' Que se passe-t-il aujourd'hui?NIET.ou presque1 Pourtant, entre 1975 et 1985.les centrales syndicales québécoises ont milité avec vigueur pour le droit aux vacances et aux loisirs: syndicali-sation de personnels, participation remarquée à des colloques, congrès et séminaires, publication de brochures, organisation d'activités spécifiques, etc II y a plusieurs mois, la CSN rendait publique sa plate-forme sur les loisirs/vacances A la CEQ.on envisage publier une plate-forme de revendications mais on mise surtout sur une négociation nationale avec le ministère du Loisir, de la chasse et de la pèche (MLCP) Un comité -temps libre» a été créé à la FTQ et l'une de ses sections, la FIPOE (électriciens), travaille à un important projet de base de plein air Toutes ces actions suffisent-elles7 Evidemment non' Le Groupe de ressources en tourisme social, auquel participent les trois centrales syndicales et une dizaine d'autres organisations, a signé une entente de coopération avec son homologue français, le CECOREL, en septembre dernier Parce qu'il réunit autour d'une même table les représentants des syndicats, des organisations de loisirs et de certains groupes populaires, le GRTSQ peut faire en sorte que le dossier vacances-loisirs débouche ailleurs que sur les tablettes Pourtant il sommeille dans l'ombre Absence de leadership' Intérêt maussade' Touiours est-il qu'un colloque national sur les aides à la personne initialement prévu en septembre prochain a été reporté sans qu'on ait fixé de date La première chose à faire serait donc de concrétiser ce projet prometteur A 22/ViE OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1965 Ensemble pour le changement A Brossard, le 30 mars dernier, se tenait le grand rassemblement de la jeunesse travailleuse avec ou sans-emploi, organisé par la JOC, sous le thème «Ensemble pour le changement».Richard Léveillé, jeune travailleur de 27 ans, est cuisinier dans un hôpital.Il milite dans son syndicat depuis 4 ans.Il a participé à cette journée et voici ce qu'il en dit.«Ce qui m'a trappe le plus lors de cette tournée c'est l'isolement On est tous «pogné* dans la même roue — BES - CHÔMAGE - TRAVAIL -Mais moi, je me considère chanceux de travailler comme cuisinier dans un hôpital Je suis syndiqué et ça fait 4 ans que ie m'implique dans mon syndicat Pour moi.le grand rassemblement a été très important Cela a été une bonne occasion pour les jeunes travailleurs avec ou sans emploi de s'échanger nos réalités, de s'apercevoir qu'on est pas seul à ne plus croire en un avenir, d'avoir perdu espoir Mais se regrouper, c'est très important Cette journée m'a donné une force, le goût de continuer la lutte» Présentement, dans l'hôpital ou Ri chard travaille, il y a un groupe de jeu nés stagiaires sur des projets déclics Richard tente de les pousser pour qu'ils se regroupent II veut les emme ner à prendre conscience de leur con dition et à se prendre en main pour que ça change, car actuellement ils sont utilisés à boucher les trous un peu partout dans l'hôpital La solidarité entre sans emploi et travailleurs est importante pour en ar river à un changement A Luce Bedard Lu An«Tid»^ irvud'oM^ JIjvlaj teUDS rtOO GOCHorO/ VIE OUVRlfRE/JUIN JUILLET 1985/23 Les luttes qui changent la foi Claude Hardy Les chrétiennes et les chrétiens impliqués dans le mouvement ouvrier et L'Evangile relu à partir des pau populaire font encore figure de bètes curieuses.Pas tellement sur leur pratique sociale, puisque la preuve de leur combativité n'est plus à faire, mais bien plutôt sur leur pratique de foi.Ainsi, à l'extérieur des réseaux chrétiens progressistes, on se demande souvent «comment ils font» pour allier lutte sociale, synonyme de combat contre l'oppression sous toutes ses formes, et foi chrétienne, assimilée à soumission, morale, hiérarchie ecclésiale.En réalité, explique Claude Hardy du Centre de pastorale en milieu ouvrier, le fait pour des chrétiens de développer une critique de la société et une action pour la transformer devient vite incompatible avec une vision traditionnelle de la foi C'est la lutte qui change la foi, et non l'inverse.C'est à partir de la lutte que s'élaborent une nouvelle vision de Dieu, du salut, de la morale, une nouvelle pratique de la foi et de l'Eglise, en un mot, une nouvelle spiritualité.Du^^AnfT t£ lA notALEy cajé ^)ouvea£ PZAmçoe K la fo/ rr »e «Avant, raconte Thérèse, l'avais une image très culpabilisante de Jésus et de son Message Une image écrasante: «Il faut porter sa croix II y aura toujours des pauvres parmi vous.Si quelqu'un te frappe sur une joue, présente-lui l'autre.Maintenant, j'ai une image bien différente Je suis une fille de Dieu, donc tout aussi importante que n'importe qui Dieu est Amour: homme et femme Jésus s'est solidarisé avec les plus pauvres de son temps, il leur disait de se lever debout II remettait en 24/.: _.-:-: JUIS-JUILLET 1965 question les riches: C'est Dieu ou l'argent » «Non seulement, rapute Paul, il les questionnait mais il les condamnait II les a traité de voleurs et d'hypocrites parce qu'ils écrasaient le peuple avec des impôts trop lourds et des lois injustes Même le clergé, complice de cette situation, s'est mérité les colères de Jésus: «Vous avez fait du Temple de Dieu une caverne de voleurs.A quoi servent vos fêtes liturgiques et vos prières si les pauvres sont méprisés?» La croix: le prix payé pour défendre la vie René parle du temps où il était «soumis, silencieux, cheap» «C'était ça ma place Dieu l'avait voulu ainsi Me révolter devant ma situation d'opprimé aurait été un blasphème II fallait que j'endure, que |e porte ma croix pour expier mes péchés Depuis que j'ai refusé d'être résigné, je comprends autrement Je comprends que Jésus n'est pas un masochiste qui a organisé sa vie pour souffrir II a été assassiné parce qu'il a lutté pour la vie, à partir des situations des pauvres Ça, les exploiteurs économiques ou religieux ne l'ont ïamais accepté La pratique religieuse: d'abord la Justice Toute expérience religieuse doit se manifester concrètement par des pratiques «Pour moi, poursuit Thérèse, être chrétienne consistait à aller à la messe du cimanche.observer les commandements de Dieu et de l'Eglise Surtout ne pas faire de péché C'était tellement loin de ma vie et des autres femmes que |e connaissais J'ai fait sauter ça assez vite L'Eglise comme la société m'enfermaient dans le même mépris Maintenant, au Centre populaire.ie lutte avec d'autres pour changer mes conditions de vie et de travail Au Jugement dernier, à la fin de notre vie, la seule question que Jésus va nous poser pour vérifier si on a été son disciple sera celle-ci Qu'est-ce que vous avez fait pour ceux qui avaient faim, étaient malades, nus.isolés, sans emploi, etc » La prière: se situer dans l'histoire du salut «Quand tout allait mal.raconte Luc.il m'arnvait parfois de prier Je lui di sais «si tu existes et que tu es un Dieu d'amour, qu'est-ce que tu attends pour agir?» Et je n'avais pas de réponse.J'attendais que Dieu arrange ma situation Maintenant j'ai évolué Je sais qu'il est avec moi mais qu'il ne fera rien à ma place J'aime bien l'histoire de Moïse dans l'Exode II s'est révolté contre l'esclavage en tuant un Egyp tien II a lutté pour libérer son peuple C'est à travers des révoltes et des guerres contre des situations de famine, d'esclavage, de l'exploitation des riches que le peuple a fait l'expérience de Dieu Quand nous nous racontons ce que nous faisons ensemble pour re trouver la dignité, la solidarité, la justice, nous nous reconnaissons dans cette expérience » Voici un exemple de prière composée dans un groupe «La vie menacée aujourd'hui, c'est 2 500 000 Nicaraguayen-ne-s traqués par le géant américain La vie menacée, c'est 30% de chômage chez les jeunes La vie menacée, ce sont les assistées sociales victimes de préjugés, de harcèlement, maintenues dans une situation de lutte pour la survie Toi, le Dieu de Moïse, de Jésus, de Luc, de Thérèse, de René, et de leurs regroupements, toi le Dieu de nous tous et toutes, donne-nous l'énergie, la force, de construire ton Règne, à partir des lieux ou la vie est menacée Toi qui veux que nous ayons la vie en abondance aide-nous à nous libérer des forces de mort Garde-nous dans l'Espérance » La morale: on n'est pas faits pour le malheur» La morale a longtemps été «la marque de commerce» de l'expérience chrétienne Le permis et le défendu II aura fallu vaincre bien des peurs et des culpabilités avant de retrouver une morale, ou des valeurs, accordées aux objectifs de libération du monde et des personnes «La morale religieuse, raconte Ger trude, c'est ce qui m'a fait le plus souf- frir La peur du péché.La souffrance pour gagner des mérites Etre vertueuse à tout prix, même si ça brisait ma vie Maintenant je commence à respirer La spiritualité du Dieu de la vie m'inspire beaucoup On n'est pas fait pour le malheur mais pour la «vie en abondance» selon l'expression mè me de Jésus Qu'est-ce qui va dans le sens de la vie.voilà ce qui doit nous guider, selon moi C'est ensemble aussi qu'il faut discerner ce qui nous semble le meilleur à partir de nos situations concrètes Quoi qu'on en pense, ce n'est pas une morale de fa cilité Le défi c'est de vivre sa vie et d'être prête à la donner • L'expérience d'Eglise: partager le pouvoir et les responsabilités «Avant, raconte Francine, mon ex pénence de l'Eglise était centrée sur le personnage du prêtre II y avait le pas teur et les brebis, les clercs et les laïcs Dans ce modèle d'Eglise, les vertus consistaient à écouter, se taire et être soumises Les clefs du ciel apparte naient au prêtre Rien de collectif non plus Chacune taisait sa religion Au lourd'hui, les prêtres sont un peu plus «cool», ils nous demandent notre avis, mais rien de fondamental n'est chan gé A l'inverse, dans notre commu nauté.comme dans nos organisations, nous prenons la parole, nous partageons nos expériences et nos questions à la lumière de notre loi No tre responsabilité de vivre la loi en communauté est collective Nous par Ions de nous et de Dieu à partir de nos expériences, et de notre responsabili té à bâtir une société |uste et fraternel le C'est ensemble que nous donnons un sens au partage du pain • A RESSOURCES Reçus en service de presse Dumais, Monique, Les Femmes dans la bi ble, expériences et interpellations Editions Paulines et Socabi Lelebvre.Marcel.La Vie en abondance.lectures bibliques Editions Pauir Boulanger.Viateur Durand.Guy / Eutht nasie, problème de société l Brusco.Angeio.Homa/i.milieux de santé.Ed Paulines Coll Relations eh - ides VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/25 58 Les jeunes sont l'avenir du Tiers-Monde Quand on est jeune en Amérique latine, on ne se suicide pas.On s'organise en gang pour survivre dans les quartiers pauvres des grandes villes.Mais, tout comme au Québec, le sentiment d'inutilité sociale pousse à l'autodes-truction.Certains pourtant, comme Félix Ollarves, permanent de la JOC internationale, en arrivent à s'impliquer dans leur quartier ou leur milieu de travail.La récente révolution nicaraguayenne, tout comme l'expérience du mouvement syndical brésilien démontrent bien que l'avenir de ce continent est entre leurs mains.Entrevue réalisée par Ginette Duquette el Raymond Levac «Au Venezuela, ma famille vivait à la campagne, dans des conditions très difficiles Aucun service de santé, pas d'école, aucune aide gouvernementale-rien Comme la plupart des autres fermiers, mon père a du vendre notre petit terrain à une grosse compagnie L'exode est très fort plus de 80% de la population vit maintenant à la ville J'avais sept ans quand nous sommes arrives a la ville dans un quartier populaire Encore là, aucun service - comme dans tous les quartiers populaires d Amérique latine On vivait 10 dans un 2 pièces1 Ma mère travaille depuis 20 ans dans la clandestinité, son travail n étant pas reconnu Elle fait de la couture a la maison pour une compagnie Elle est payée à la pièce Si elle quitte son emploi, elle n'a rien il n'existe pas de programmes sociaux, ni de rentes, m de plans de retraite Mon père, quant à lui.est vendeur ambulant dans les rues II n'a ïamais pu se trouver un travail a plein temps Les ieunes dans ces quartiers populaires n ont pas de travail On y retrou- ve beaucoup de prostitution, de drogue, de bataille de «gang» et aussi une répression policière très forte Pourtant, rien n'est mis sur pied, sur le plan gouvernemental, pour leur trouver de l'emploi Quand on pense que sur Félix Ollarves 5 000 |eunes de mon quartier, 200 seulement vont à l'école, à peine quelques-uns travaillent dans des petites usines, les autres sont chômeurs Un jour, un jeune militant de la JOC est venu nous rencontrer afin de réfléchir ensemble sur notre réalité A partir de cette réflexion commence pour moi le désir de m'engager concrètement à changer la situation commune à tous les jeunes travailleurs Une situation commune, internationale et interdépendante Au Mexique, 13 des 20 millions de jeunes de la classe ouvrière n'ont pas un emploi stable 8 millions sont sans emploi! Ici, au Québec, la réaction des jeunes face à la désillusion est souvent l'isolement et le suicide Au Mexique, il n'y a pas de suicide Les jeunes s'organisent en gang, créent entre eux une mini-société où ils développent des relations humaines très fortes et se donnent ensemble des moyens de survie Mais on trouve aussi une autre manière de destruction: la drogue, le vol, la prostitution La situation des ieunes d'ici et de là-bas se ressemble donc: ils se perçoivent comme inutiles Quand une société est basée sur la production, le profit, le capital, la participation des jeunes dans cette société est nulle Mais pour consommer-là on a besoin d'eux Que ce soit au Québec au Mexique ou au Costa Rica on porte les mêmes vètementss, chante les mêmes chansons, danse la même musique On est stimulé à la consommation On oublie son engagement dans une société qui nous rejette.ïhl.■ jOIN-JUILLET 1985 �999999999 dans une situation qu'on doit vivre et surtout qu'on doit changer Tout cela se passe dans un contexte où les conditions de vie et de travail déjà précaires se sont détériorées davantage depuis quelques années Même au Costa Rica, qu'on appelle «la Suisse des Amériques», le gouverne ment suivant les directives du Fonds monétaire international (FMI) a décidé de réduire le peu de ressources qu'il allouait à la santé, l'éducation, le logement et les services sociaux Ce n'est qu'un début.mais ça continue! Mais ie suis témoin qu'à travers toute cette situation d'oppression, des leunes s'organisent à l'intérieur de la JOC ou dans d'autres groupes Marcelle, au Mexique, a obtenu avec d'autres filles de l'usine, que les heures supplémentaires ne soient plus obligatoires et qu'elle soient payées temps double Elles veulent aussi négocier leur convention collective vieille de 10 ans Au Costa Rica, 20 ieunes à l'école, après analyse et réflexion de leur situation, prennent des mesures pour améliorer leurs conditions d étudiants Cent |eunes forment une coopérati ve de pèche afin d'éliminer les inter médiaires et ainsi, baisser le coût du poisson Au Venezuela, 20 leunes étudiants d'une école professionnelle revendi quent auprès du gouvernement pour avoir des débouchés de travail dans la profession choisie On sait, par ailleurs qu'au Brésil, beaucoup de jeunes ont été impliques dans l'opposition syndicale qui a orga nisé les grandes grèves de la sidérur gie En Amérique centrale, des jeunes sont engagés, au péril de leur vie, dans des mouvements de guérillas et des organisations politiques Au Nica ragua, ce sont surtout des jeunes qui ont fait l'insurrection Aujourd'hui en core, ils sont impliqués dans le processus de la nouvelle société Ainsi, par exemple, |e connais une nicaraguayenne de 14 ans responsable du comité de santé dans son quartier Tout ce processus de participation des jeunes au changement de leur si tuation est encore à ses débuts, mais c'est plein d'espoir La solidarité internationale J'arrive du Tiers-Monde Là-bas, quand on ne connaît pas la situation réelle des jeunes du Québec, on pense qu'ils sont tous riches Or quand on les voit, on se rend compte de leurs conditions pénibles La lutte des jeu nés d'ici est essentielle et elle a une dimension internationale L engagement international des leunes travailleurs et travailleuses c'est d'abord leur engagement dans leurs propres luttes pour des meilleures conditions de vie et de travail ici même et de manière concrète Bien sur, par la suite, il est impor tant aussi de poser des gestes de soh danté internationale Mais les jeunes doivent avoir conscience que les ba tailles qu'ils mènent dans leur propre pays ont des incidences internationales en plus de faire avancer l'ensemble de la classe ouvrière Cet engagement des leunes m'est apparu très fort lors du Grand Ras semblement de la Jeunesse Travail leuse organisé par la JOC du Québec à la fin du rTjois de mars dernier Une même mobilisation s'est faite dans tous les pays ou il y a de la JOC lors de la semaine internationale de la jeunes se travailleuse qui avait lieu fin avril/début mai- A VIE OUVRIERE/JUIN JUILLET 1985/27 Qu'y a-t-il en dessous de nos assiettes?Paul Langelier Union des producteurs agricoles (UPA) vuub nie une^ peui-eire qu avant ue regaruer ce qu h y a en-oessous ae leur assiette, bien des gens sont d'abord préoccupés de ce qu'il n'y a rien ou presque DEDANS leur assiette.Oui, mais «tout à coup» que le contenu de nos assiettes dépendrait de ce qu'il y a en-dessous.Oui, «tout d'un coup» que l'agriculture et son développement au Québec seraient des réalités importantes à comprendre.En tout cas, on va prendre une chance d'en parler, «tout à coup» que ça vous intéresserait.De moins en moins de fermes.«En 1941, on comptait 150 000 termes au Québec, en 1951.il y en avait encore 135 000 Le nombre de fermes n'est plus que de 91 000 en 1961 et de 61 000 en 1971 En 1981.on trouvait au Québec 38 000 termes dont les ventes dépassaient les 2 500$ Au tur et à mesure que l'on se spécialise bon an mal an.on perd un tiers des fermes du Québec à tous les dix (10) ans.» «Le quart de la production agricole du Québec a été vendu, en 1981, par seulement 750 fermes Et 4 000 fermes ont vendu la moitié de la production C'est-à-dire qu'avec 4 000 autres fermes semblables, soit 4 000 qui vendraient plus de 100 000 S de produits par année, tout pourrait être produit au Québec par seulement 8 000 fermes >(1) Si vous mettez les statistiques précédentes sur un graphique, vous allez vous apercevoir que la pente descend très vite et même un peu plus Dans la région de Saint-Hyacinthe.60% de la valeur totale de la production est effectuée par 16.4% des fermes, c'est-à-dire par 1 065 fermes sur un total de 6 520 environ Nous pourrions faire état de plusieurs autres données statistiques mais tel n'est pas mon objectif En tait.ie veux seulement illustrer qu'il y a une tendance importante vers une concentration des entreprises agricoles Certains diront que c'est normal, d'autres qu'on ne peut empêcher ce processus, d'autres encore que ça va se stabiliser, d'autres Moi, ce que je dis, c'est que le choix a long terme est clair Nous avons à choisir entre: a) Une agriculture dominée par les multinationales dans laquelle les jeunes (et les autres) seront des travailleurs et travailleuses agricoles, à bas salaire évidemment b) Une agriculture familiale, c'est-à-dire ou la famille immédiate (parents et enfants) possède l'entreprise, la contrôle et apporte la maionté du travail nécessaire De plus en plus spécialisées.En 1961.il y avait 3 600 hectares de blé au Québec, dont 5% sur des fermes spécialisées en grandes cultures En 1981.on en retrouvait 44 000 hectares (12 fois plus) dont 45% sur des fermes spécialisées Un autre exemple de la spécialisation de l'agriculture est la production porcine De 1961 à 1981.on est passé au Québec de 800 000 a 3 400 000 tè tes 88% de cette production s'effectue maintenant sur des fermes spécialisées, contre 37% en 1961 Avec de plus en plus de capital.et de dettes! Le passage d'une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale a nécessite un recours au financement et a l'investissement Mentionnons que le capital total (terre et bâtiments, machinerie et outillage, animaux) en agriculture au Québec a varié de 339% pour la période allant de 1971 à 1981.En 1984, l'actif d'une ferme moyenne au Québec est de 298 913$ Ceci représente beaucoup d'argent mais surtout beaucoup d'emprunts et par conséquent beaucoup d'intérêts En pratique, c'est la deuxième dépense en importance sur une ferme (après l'alimentation des animaux) D'ailleurs, en 1981 il a été constaté que la baisse drastique des bénéfices d'exploitation s'expliquait à 73% par la seule hausse des intérêts payés sur la dette En agriculture avec notre 298 913 $ on peut produire pour x mille dollars de produits (ex : de patates).Par contre dans les autres secteurs économiques il faut environ 10 fois moins d'investissement, c'est-à-dire 29 891 $, pour produire le même x mille dollars de produits (ex : de gommes ballou-ne) Et puis après.qu'est-ce que ça change?Plusieurs facteurs ont contribué à la concentration des fermes Parmi ceux-ci, il y a les développements technologiques Pour nous en convaincre, qu'il suffise de mentionner qu'actuellement aux Etats-Unis, on est en train de mettre au point une hormone de synthèse qui amènerait une augmentation de 10 à 40% de la production de lait par vache Quelles seront les conséquences de cette découverte technologique sur la production, la rentabilité de l'agriculture, la concentration des fermes, la relève agricole, etc ?Parmi les autres causes de cette concentration, il y a la spécialisation, l'énorme capital nécessaire, etc Mais il y a, et il y a surtout, «la gamme des prix» Expliquons-nous II y a deux façons de voir une tomate Une première ou l'agriculteur/trice dit «Il m'en coûte 10e pour produire une tomate (y compris la rémunération de mon 21/VlE OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1965 ^*.- temps) et par conséquent, je vends ma tomate 10C» Une deuxième où l'acheteur des tomates, c'est-à-dire le grossiste ou le transformateur dit: «Je peux vendre une tomate 15C, il faut que j'enlève 1
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