Vie ouvrière., 1 janvier 1986, mars
ENTREVUE AVEC BERNADETTE DEVLIN FEMMES ET BURN-OUT Artisans de paix, un ouvrage conçu dans une optique chrétienne rassemble en un livre de poche des informations diffusées ces dernières années au sujet de la paix H n'hésite pas à présenter des faits qui font souvent sursauter (Au Canada, récemment, les dépenses militaires ont augmenté quatre fois plus vite que les dépenses sociales) Artisans de paix pousse également à l'action II établit le fait que la paix est possible Il propose des pistes d'action très concrètes réalisables par tous Édité par NOVALIS à l'occasion de l'Année internationale de la paix, il a été écrit par une vingtaine de personnes, hommes et femmes d'une compétence reconnue dans le domaine et qui se sont déjà engagés en faveur de la paix La paix dans le monde, ça nous concerne! Offert en consignation à des groupes qui veulent conscientiser leur milieu 224 pages 11 cm sur lb.3$ Le livre qu'il faut lire pour s'informer et agir! Disponible chez NOVALIS.C P 700.Hull.Que .J8Z 1X2.à ses comptoirs: 375.Rideau.Ottawa.(613) 560-2542.et 8123.St-Denis.Montréal.- métro Jarry - (514) 382-8432.ainsi que chez votre libraire.NE MANQUEZ PAS EN AVRIL-MAI • Notre dossier sur les téléromans québécois itre st-pierre Donner des mains à la foi Vivre l'Alliance avec le pauvre Bernard Ménard aidera à cerner ce qui semble le défi le plus pressant auquel nos communautés sont acculées présentement: vivre l'Alliance de Dieu avec les pauvres Dates: week-end des 8 et 9 mars (samedi de 9h à 16h; dimanche de 9h à 12h30) Le Dieu de la Vie Le goût de vivre est sa trace que Dieu a laissée en nous Les participants apprendront comment, dans le combat pour la vie, des hommes et des femmes découvrent le Dieu de la Vie.Dates: week-end des 12 et 13 avril (samedi de 9h à 16h: dimanche de 9h à 12h30) L'Analyse sociale pour tous Guy Paiement met à la portée de tous une méthode d'analyse pour mieux connaître son milieu et pouvoir y changer quelque chose Une cassette de 90 minutes présentant divers scénarios.Prix: 5$ (ajouter 1$ pour frais postaux) Pour s'inscrire ou pour commander: Centre St-Pierre, 1212 rue Panet, Montréal H2L 2Y7 Téléphone: 524-3561, poste 303 elati ions OU»TOUS •I NEGOCIATIONS Je désire m'abonner à Relations Nom________________________ Adresse ___________________ Code postal Abonnement 1 an (10 nos) 16$ - étranger: 20S Relations, 8 100 boul.St-Laurent Montréal.Québec H2P 2L9 (514) 387-2541 s \.ï à.*&'J 4/ Boîte aux lettres O/ Editorial — Céline Cossette On ne vit pas d'amour et d'eau fraîche ©/Bernadette Devlin — Molly Kane.Dans cette entrevue, cette célèbre militante irlandaise nous fait vibrer aux aspirations de son peuple.On nous présente comme déraisonnables, dit-elle.Et pourtant nous ne voulons que des choses nobles comme la liberté.1 w/Des jeunes prennent en mains une compagnie — Luce Bé-dard.Il y a un an les employés d'une usine de fabrications de bains se syndiquaient.Pierre Tan-guay, un jeune travailleur a participé activement à cette démarche.12/ 'Voies immigrantes — Nicole Brais.Les femmes immigrantes subissent souvent des situations difficiles parce qu'elles n'ont pas accès à l'information.23A Vie quotidienne: Du plaisir à tout prix — Diane St-Germain.Bande dessinée: Le monde vu d'en bas — Vivian La-brie 24/f Femmes dans un monde d'hommes — Lucie Raiche et Raymond Levac.Malgré des avancés, le monde des femmes est toujours aussi absent de l'Église.26/ Du Nord au Sud — Luce Bédard Exploitation, discrimination et marginalité voilà la réalité des jeunes de Colombie.27/, Apostrophe à Reagan — Mgr Pedro Casaldaliga.«Avec moi t'excommunient les poètes.» 28/, Femmes, tu te brûles — Monique Tremblay.Des groupes de femmes de la rive-sud de Montréal se sont réunis au sujet du burn-out chez les femmes.31A Basilonia, an 2 000 - Céline Cossette.Par un théâtre de sensibilisation, la troupe la Zizanie nous renvoie les vérités et mensonges de notre temps.32/ Une femme end'dans — Michelle Côté J'ai franchi les neuf portes qui séparent la rue de ma salle dans cette prison à sécurité maximum 15/ DOSSIER / LOGEMENT SOCIAL — Céline Cossette.Se loger au Québec reste tout un problème pour bon nombre de Québécois et Québécoises.Ils habitent le plus souvent sur le terrain de la spéculation.L'État remet en cause l'aide qu'il a apporté dans le secteur de l'habitation.Qu'adviendra-t-il, dans ce contexte, du logement social?VIE OUVRIERE/MARS 1986/3 de Vie Ouvrière, 1212 Panet.Montréal, Qc, H2L 2Y7 Un contact national et international — En général les titres sont accrocheurs et originaux — Les dossiers variés et bien documentés — La mise en page est sobre et intéressantes, le nouveau format aussi Les photos et illustrations sont bien choisies.— La publicité n 'est pas envahissante mais plutôt mformative.— J'aime lire d'autres pensées plus progressistes de l'Église, ça change du déficit du Vatican! — J aime aussi votre vision sans frontière du développement.— Vivant en région éloignée, votre revue nous permet un contact avec ce qui se fait nationalement et internationalement Marie Lebel Baie Comeau De bonne augure La nouvelle formule comme le nouveau format sont de bonne augure Sujets intéressants' Re-lecture de l'Évangile et expression de foi positifs Témoignages de vie et d'engagements d'ouvriers, travailleurs, militants-e-s, qui vivent la simplicité de leur quotidien Leandre Du gai Montréal Et la collégialité avec les laïcs! Le nouveau format est intéressant.Par rapport à l'Église, il serait peut-être pertinent de faire une analyse des positions prônées par les Évêques au Synode et la réalité toute autre de la «collégialité" avec les laies au Québec Pierre Vigeant Montréal Un numéro sur le socialisme J'apprécie grandement la revue dans sa nouvelle présentation: thèmes, recherches, style, photos, choix des su/ets, etc.La revue est de qualité Suggestion: un numéro sur le SOCIALISME au Québec (3e voie entre le communisme et le capitalisme) Marie Granger Montréal Le format me plaît Le format actuel me plait.On peut parcourir la revue plus rapidement sans compter que les dossiers sont quand même assez bien étoffés Guy Portier Montréal Un salut horizontaliste Je ne renouvelle pas mon abonnement pour des raisons personnelles.Malgré que je suis prête-ouvrier et donné aux pauvres, je ne me retrouve pas dans l'esprit de la Revue Vie Ouvrière Beaucoup de foi en l'homme, peu de foi en Dieu, beaucoup d'analyse sociale, peu de regard sur le coeur de l'homme qui est foncièrement malade Ce qu'on appellerait un christianisme réduit au salut horizontaliste.Si je me trompe tant mieux.Jean-Louis Laflamme Québec Ecrivez-nous Communiquez vos opinions sur la revue ou sur des sujets d'actualité.Faites-nous des suggestions.Les lettres courtes (15 lignes) ont plus de chance d'être publiées telles quelles.Votre adresse et numéro de téléphone sont nécessaires.Volume XXXV numéro 192 Vie Ouvrière.Revue (ondée en 1951, publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Directeur: Raymond Levac • Conseil de direction: Gilles Comeau, Luc Dion, Gilles Dubois.Diane Gariépy.Hélène Parenteau • Secrétaire à la rédaction: Céline Cossette .Comité de rédaction: Luce Bédard.Hélène Charbonneau.Aline Gendron.Diane St-Germain, Monique Tremblay.Claude Hardy, Jean-Marc Lebeau.Jean Ménard • Membres des sous-comités Jeunes.Femmes, Eglise, International: Louise Bessette.Sylvie Bonin, Madeleine Bousquet.Nicole Brais.Suzanne Charbonneau.Dominique Cyr, Mane-Hélène Deshaies, Isabelle Drolet.Ginette Duquette.Suivie Gervais, Molly Kane, Diane Lalancette, Sylvie Lavallée.Jacques Lauzon.Luce Pelletier, Lucie Raiche • Abonnement: Raymond Levac • Maquette, montage,: Yolande Hébert-Azar • Couverture et graphisme: Anne Brissette • Bande Dessinée: Vivian Labrie • Imprimerie: Payette et Simms • Photocomposition: Photocomposition Tréma Inc • Distribution: Diffusion Parallèle, tel (514)525-2513* Abonnement régulier: l5$/an.de soutien: 20S/an.28S/2 ans.I l'étranger: l8$/an, commande de 6 abonnements et plus: 12S chaque Rélérences: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec • Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Courrier de deuxième classe, enregistrement no 0220 • Revue Vie Ouvrière.1212 Panet.Montréal.Que H2L 2Y7.tel (514) 4/VIE OUVRIERE/MARS 1986 On ne vit pas d'amour et d'eau fraîche CELINE COSSETTE C'est à nouveau la grande fête.Militantes et femmes tout court goûtent le fruit de ces luttes constantes menées avec ténacité, entêtement et espérance.Cette année il y a une raison de plus de fêter.Le Comité intersyndical du 8 mars rend hommage à une militante de longue date.Madeleine, tu connais la fragilité de la situation économique des femmes.Elles sont les premières et les plus nombreuses sous le seuil de la pauvreté.Elles ont pourtant du coeur au ventre Mais n'ont-elles pas trop souvent travaillé que pour une chanson?Les chansons de mon enfance me remontent aux lèvres.«Marie-Madeleine son p'tit jupon de laine».soulevant une vague d'images «sap'tite robecarreautée, son p'tit jupon piqué».Images de Québécoises fières fortes, pleines de vie mais qui bien souvent faisaient passer le devoir avant le plaisir Jamais elle ne comptaient leurs heures, tricotant une maille de plus à l'économie familiale, étirant un budget au tendance déficiai-re.L'esprit du bénévolat, du travail sans salaire, du petit budget remonte à loin dans nos souvenirs.C'est une sorte d'héritage que les mères ont transmis à leurs filles avec, aussi, l'espérance que ça serait meilleur pour elles.Ou coeur à la lutte Ni courage, ni combativité n'ont manqué aux femmes «Elle tint une semaine, la petite Canadienne.Gloire au vaillant capitaine qui s'appela Madeleine, Madelon.» Depuis Verchères, il y a eu de nombreux bastions à défendre et des guerres de tranchées à mener Le droit de vote en 1940 a procuré à la femme son autonomie politique Mais c'est seulement en 1964 qu'a été donnée à la femme mariée sa pleine personnalité juridique Il est maintenant une aussi grande lutte à mener qui touche la réalité du travail: celle de l'autonomie financière.On ne s'en sort pas, le travail est encore sexualisé Si le principe de l'équivalence en emploi a fait un bout de chemin, il n'en reste pas moins des ghettos d'emploi où le salaire est moindre.Les nouvelles technologies menacent des emplois typiquement féminins; on n'a qu'à penser à la bureautique.Tout en ayant l'esprit progressiste, on ne peut recevoir naïvement un modernisme à l'odeur de chômage.La tendance à la privatisation de nos gouvernements risque de donner de l'emploi à demeure aux femmes au foyer leur renvoyant chez eux grands enfants et personnes âgées.Leur salaire puisera à même les joies du bénévolat.Si le Livre Blanc sur la fiscalité est appliqué, les assistés sociaux et assistées sociales paieront d'un travail bénévole leur prestation Et pourtant Madeleine, il y a tant à faire Les femmes ont besoin d'une politique du plein emploi C'est une des priorités qu'elles ont défendues à la Table nationale de l'emploi Cette instance décisionnelle, sur concensus, ne sera peut-être pas reconduite par le gouvernement libéral.Peu importe ce par quoi elle sera remplacée, les femmes y demanderont de continuer à négocier à partenaires égales.Mais l'emploi sans accès au travail.sans accès à l'égalité n'offre aucune garantie aux femmes.Le programme d'action positive reste d'actualité.Plus encore, quand on constate la vie des femmes toujours oscillante entre la famille et le marché du travail, il faut faire reconnaître comme expérience ou formation les acquis tirés du travail bénévole II faut encourager les programmes de recyclage de la main d'oeuvre féminine exigeant qu'ils s'adaptent vraiment aux réalités nouvelles du monde du travail.Mais sans réseaux de garderie adéquats, comment ces femmes peuvent-elles penser travailler et atteindre leur autonomie financière?Celles qui restent à la maison sont aussi des travailleuses qui ont besoin d'une sécurité financière Le parti libéral leur a promis un Régime des rentes du Québec Cette promesse nous ne l'oublierons pas Je me souviens, Madeleine, de la décennie des femmes Si le gouvernement en changement oublie les décisions prises par son prédécesseur, nous, femmes de tous partis, aurons à créer la solidarité qui assure la continuité C'est une quête commune qui nous réunit: la conquête de notre autonomie Désindexée, dépossédée Madeleine, tu es plus qu'un nom qui a traversé notre histoire Tu te bats toujours Cette fois, c'est contre la dé-smdexation des allocations familiales Tu luttes pour garder le peu d'autonomie que chaque Canadienne possède par ce chèque adressée à son nom propre Tu combats toujours, Madeleine Parent, actualisant la mémoire de nos luttes et de nos résistances cachées Tu nous rappelles que malgré notre générosité, nos tendresses, on ne vit pas que d'amour et d'eau fraîche A VIE OUVRIERE/MARS 1986/5 S s s * - BERNADETTE DEVLIN Nous sommes des gens raisonnables «On cherche à nous présenter comme des gens déraisonnables.Nous ne voulons pourtant que des choses nobles comme la liberté, un niveau de vie décent et le droit d'être ce que nous sommes».C'est ainsi que dans cette rencontre Bernadette Devlin nous fait vibrer aux aspirations de son peuple d'Irlande.Militante du mouvement pour les droits civils au milieu des années'60, puis la plus jeune députée au parlement anglais dans les années 70, elle est maintenant engagée dans la défense des prisonniers politiques.Profondément rattachée à la lutte de son peuple Bernadette Devlin établit un lien avec celle des peuples aux Philippines, au Nicaragua et au Moyen Orient.Ce sont tous des gens raisonnables.Entrevue MOLLY KANB et RAYMOND LEVAC Texte: MOLLYKANE 6/VIE OUVRÎERE/MARS1986 V.O.: On décrit habituellement dans les média le conflit en Irlande du Nord comme une lutte entre catholiques et protestants.Qu'en est-il?B.Devlin: La communauté protestante est très largement synonyme de communauté loyaliste (pro-britan-nique) alors que la communauté catholique est synonyme de communauté nationaliste, républicaine et radicale.Or, il n'y a rien qui détermine cela dans les religions catholiques ou protestantes.Ces positions ne sont créées ni par l'éducation religieuse, ni par la théologie, ni même par la pratique des Églises.Tout cela vient de notre histoire.C'est comme conquérante que l'Angleterre a gouverné l'Irlande en tout ou en partie depuis huit cents ans.Jamais l'Irlande n'a consenti à ce gouvernement.Elle a toujours résisté.Une partie de cette histoire a consisté dans l'implantation de colonies britanniques en Irlande.La colonie la plus importante s'installa après la Réforme alors que l'Irlande était majoritairement catholique et l'Angleterre majoritairement protestante.Ainsi, la population qui vint dans notre pays il y a trois cents ans était protestante.En 1918, la population irlandaise votait à plus de 85% en faveur de l'indépendance.L'Angleterre n'a pas accepté cène décision.V.O.: Comment cela?B.Devlin: En 1918.la population irlandaise votait à plus de 85% en faveur de l'indépendance L'Angleterre n'a pas accepté la décision démocratique du peuple.Elle a déclaré la guerre à notre parlement.C'est ainsi que nous avons eu la guerre d'indépendance de 1918 à 1922 À la fin, ils ont divisé le pays.Une partie, au sud, est devenue l'Irlande indépendante Une autre partie, au nord, majoritairement protestante, devenait un État rattaché à l'Angleterre, l'Irlande du Nord.La minorité protestante irlandaise y devenait une majorité La population catholique de l'Irlande du Nord n'a jamais accepté la légitimité de cet État Ainsi, les problèmes actuels viennent de ce qu'on a créé d'une façon anti-démocratique un État au service des intérêts de la population pro-britannique (loyaliste).Dès sa création, il y avait donc nécessité pour cet État d'instaurer dans toutes ses institutions la répression de l'expression politique, des avantages économiques et des droits humains fondamentaux de la minorité catholique C'est pourquoi le slogan des loyalistes est toujours: «Pour le statu quo» Pour nous, cela signifie dépossession et discrimination sociale, économique et politique Durant les années soixante, nous avons donc commencé une lutte pour les droits civils et les droits humains Et comme touiours, dans notre histoire, cela nous a conduit rapidement à la racine du problème la division du pays C'est devenu un nouveau mouvement pour l'indépendance et pour la réunification en dehors du contrôle britannique Notre différend avec eux ne vient pas du fait qu'ils soient protestants.Ni même, à l'heure actuelle, qu'en tant que Britanniques, ils ne devraient pas être là.Notre différend est le fruit des politiques colonisatrices de l'Angleterre: les protestants sont minoritaires mais ont toujours contrôlé le futur de l'Irlande Aujourd'hui, ils contrôlent encore la vie sociale, économique et politique de l'Irlande du Nord Ils détiennent un veto politique sur toute la question de la réunification de l'Irlande du Nord et du Sud ainsi que sur nos relations avec l'Angleterre.Le conflit n'est pas surtout avec eux.Il s'agit d'abord d'un conflit entre l'Irlande et l'Angleterre sur la question de l'autodétermination de l'Irlande.VIE OUVRIERE/MARS 1986/7 0487 V.O.: A l'automne l'Angleterre et l'Irlande ont signé une entente.Et les Loyalistes et les Républicains d'Irlande du Nord l'ont critiquée.Pourquoi?B.Devlin: Il s'agit d'une entente conclue, à nouveau par le gouvernement du sud de l'Irlande, pour apaiser l'Angleterre Il est fait uniquement en fonction des intérêts anglais.On n'y tient aucunement compte des intérêts irlandais.Bien que décrit par les médias comme d'un accord politique, il s'agit d'un accord militaire Les protestants y sont tout à fait opposés parce qu'il permet à un ministre du sud de l'Irlande de venir s'asseoir à Belfast et de surveiller ainsi ce qui se passe en Irlande du Nord Malgré que ce ministre soit sans pouvoir, les Loyalistes maintiennent leur position: «Pour le statu quo» et «Pas un pouce».Voilà leurs slogans en termes de réformes politiques II n'est pas question pour eux de réformer l'État.Il y a une certaine dose de réalisme dans cela.Donner un pouce, c'est tout déclencher Les catholiques s'y opposent aussi parce que dans cette entente, il n'est pas question de changement politique ni de renversement de la tendance à la discrimination.Il s'agit spécifiquement d'un accord conçu en termes militaires.On y parle de sécurité mutuelle; on veut amener l'appareil de sécurité du Sud au même niveau que celui des Britanniques.On donne aux forces de police du Nord le droit de traverser la frontière pour poursuivre les gens qu'elles veulent interroger.Dans le fond, on a surtout planifié une offensive anti-terroriste Nous prévoyons une répression plus forte encore II n'y a pas de doute qu'on voudra démontrer comment les On demandait si peu et on croyait que ce serait suffisant.catholiques sont des gens déraisonnables On dira: «Voici l'entente et non seulement les protestants manifestent contre elle, mais les catholiques s'y opposent Ils doivent être déraisonnables».Mais nous sommes des gens très raisonnables vivant dans des circonstances déraisonnables.Dans les quartiers populaires, le chômage des jeunes de 16à25ans(parmi les catholiques) est aussi élevé que 70%.Ce n'est pas parce qu'ils sont déraisonnables.C'est à cause de la société dans laquelle ils vivent.Les Britanniques ont gouverné de façon à cacher aux gens les raisons du conflit Ils ramènent tout à un problème religieux et à un problème de terrorisme.Voilà l'I.R.A.qui va et tue du monde.Ceux-ci apparaissent comme des gens étrangers, psychopathes qui aiment mettre des bombes dans les magasins, on ne voit pas le back-ground.On ne voit pas non plus, à travers la quincaillerie militaire et les statistiques objectives, que la plus grande organisation terroriste en Irlande, à l'heure actuelle, c'est l'armée britannique et le gouvernement anglais.Terroristes par le droit qu'ils ont de tirer à vue sur quiconque dans la rue, terroristes par la manière dont ils ont raffiné les procédures de l'État depuis vingt ans pour intensifier l'offensive militaire.V.O.: En quoi le parti politique Simm Fein répond-t-il aux attentes du mouvement nationaliste grandissant?B.Devlin: La politique fondamentale de Simm Fein est effectivement la réunification de l'Irlande.Il exige le départ de l'Angleterre tant aux plans politique et économique que militaire.La lutte a radicalisé le peuple comme l'ont fait les luttes du Tiers-Monde.La lutte pour les droits humains, combinée à la répression de cette expression, est actuellement ce qui radicalisé les gens.Elle commence à les ouvrir à ce que sont la justice sociale et la liberté dans leur vie de tous les jours.Et cela les amène de plus en plus, d'une manière concrète et pratique, vers une position socialiste.Il n'y a aucun doute que c'est l'orientation que prend constamment le mouvement depuis vingt ans en Irlande Et c'est aussi celle de Simm Fein.Il est.fondamentalement, un parti qui reflète les aspirations des pauvres et qui exige des politiques aussi concrètes que l'égalité dans l'emploi.C'est cet aspect qui fait le plus peur aux Britanniques et au gouvernement irlandais (du sud).V.O.: Plusieurs missionnaires irlandais sont impliqués dans la lutte pour la justice dans le Tiers-Monde.Où se situe l'Église catholique dans cette lutte?Y a-t-il une théologie de la libération en Irlande?B.Devlin: Nous avons une explication simple pour nos missionnaires.L'Église catholique en Irlande exporte ses radicaux Elle ne veut pas, par là, radi-caliser le Tiers-Monde.Elle les veut simplement en dehors de l'Irlande.Ce que les gens ne considèrent pas souvent dans le sacerdoce, c'est la question de l'orientation de classe.Regardons les «Colomban's Fathers» qui ont des missions aux Philippines et qui sont très impliqués là-bas.La plupart des jeunes gens qui entrent au séminaire de cette communauté sont de classe ouvrière.On voit la même chose dans nos conflits avec notre Église et nos prêtres.Comme nous le disaient des gens intéressants comme le Père Des Wilson, le prêtre n'est pas contre notre mouvement parce qu'il est prêtre, mais parce qu'il est issu de la classe moyenne.Plusieurs prêtres ont d'ailleurs fait remarquer que des années et des années de suppression de la religion ne l'avait ïamais affaiblie en Irlande.Mais vingt ans de lutte et de refus de l'Église de prendre position dans le sens de la justice sociale l'a dramatiquement af- 8A/IE OUVRIERE/MARS 1986 faiblie, au point que pour plusieurs, il y a deux Églises dans le nord: l'Église catholique des pauvres et celle des évèques, à laquelle les pauvres s'identifient peu.Vous pouvez voir cela dramatiquement quand quelqu'un a été tué par les Britanniques.La plupart des gens suivent le cortège tusqu'à la porte de l'Église.Ils attendent avec leur drapeau jusqu'à ce que le corps sorte.Et ce sont des catholiques.Mais ils n'entrent pas dans l'église pour écouter le prêtre.C'est une situation trop amère pour eux que d'entendre délivrer de la propagande britannique sur le corps de quelqu'un qui a été tué par les Britanniques.Le peuple catholique n'a actuellement aucun conflit théologique avec son Église au niveau de la foi.Les gens agissent simplement comme si les évèques n'étaient pas des leurs Ils disent: «Vous ne voulez pas venir avec nous, mon Père Alors vous pou- A la fin de la journée, quelqu'un fait de l'argent avec chaque personne qui souffre.vez rester tout seul » En termes religieux, la vraie division sera bientôt à l'intérieur même de l'Église Elle n'est pas entre catholiques et protestants.V.O.: Comment avez vous été personnellement impliquée dans cette lutte?B.Devlin: Pour moi.comme pour la plupart des gens en Irlande, ce fut une évolution individuelle à l'intérieur d'un mouvement qui s'est développé parmi nous.Au début, il s'agissait d'un mouvement pour les droits civils.Quand on regarde cela aujourd'hui, c'est presque incroyable On demandait si peu et on croyait alors que ce serait suffisant Le mouvement pour les droits civils exigeait le droit de vote pour tous, une chance égale pour l'emploi et la possibilité pour tous d'avoir un logement, dans les années soixante Nous croyions qu'avec ces trois choses, tout irait bien On s'est rendu compte que nous étions une organisation non violente, non sectaire et apolitique Nous n'avions que trois exigences On s'est assis dans la rue et on s'est fait battre par la police Puis on s'est fait battre par les Loyalistes On s'est On s'est assis dans la rue et on s'est fait battre par la police.Puis on s'est fait battre par les loyalistes.fait arrêter pour avoir troublé la paix J'ai commencé avec l'idée naïve et moralisante suivante: si on ne nous faisait pas justice c'était peut-être que les gens ne comprenaient pas que nous vivions des situations injustes Si on pouvait s'organiser efficacement pour montrer que cette justice, la ma-jonté ne l'avait pas et la voulait, alors le gouvernement la donnerait Quand on a réalisé que I État ne pouvait pas être réformé, il est apparu logique que pour obtenir justice, il fallait défier ses bases C'est difficile à expliquer, mais tu vas plus loin parce que tu ne peux pas revenir en arrière.Tu ne peux pas revenir à une position en prétendant ne pas savoir ce que tu sais maintenant Tu commences à tout mettre en question, à faire des liens avec les luttes des autres peuples et tu as une meilleure image de ce qui crée les problèmes Si tu continues à t'interroger, il me semble, que tu le veuilles ou non, que tu deviens socialiste Ça semble une progression logique Tu commences par demander justice Puis tu comprends pourquoi il n'y en a pas et en quoi les droits politiques, les droits humains et les droits économiques sont liés Dans ce contexte, tu commences à comprendre que tu fais partie de la même lutte que celles qui se livrent aux Philippines, au Nicaragua ou au Moyen-Orient Les peuples travaillent pour la même chose et ils sont parfaitement raisonnables Ils veulent des choses nobles: la liberté, un niveau de vie décent, le droit de contrôler leur futur et le droit d'être ce qu'ils sont Le droit d'être Irlandaisou Nicaraguayen Le droit de déterminer comment devrait fonctionner sa propre société Et c'est touiours la même chose qui les arrête C'est toujours l'intérêt économique de quelqu'un A la fin de la journée, quelqu'un fait de l'argent avec chaque personne qui souffre A VIE OUVRIERE/MARS 1986/9 DES JEUNES PRENNENT EN MAINS UNE COMPAGNIE LUCE BEDARD ui iijruumun, (juûogug uaiio 3un udiiiii uiuuMiiei une (Jtrmt; ubiiie, id PLASTIC M.C.(Alcove), spécialisée dans la fabrication de bains, de bains thérapeutiques et tourbillons.Il y a un an, les employés de l'usine commençaient un processus de syndicalisation.Pierre Tanguay, de la JOC de cette région, a participé activement à cette démarche.Le quotidien de mars '85 Au moment où Pierre a été engagé, en mars '85, il y avait 52 employés.La majorité des ouvriers sont des jeunes qui ont entre 20 et 28 ans.L'organisation du travail à l'intérieur de l'usine est quelque peu arbitraire.«En moins de huit mois, j'ai travaillé au contrôle de l'étanchéité des bains, à l'expédition et au contrôle des presses», dit Pierre.Depuis décembre, il est sans emploi.Il a été congédié, comme bien d'autres.Les règles du jeu ne sont pas claires.Un employé qui avait quatre ans d'ancienneté s'est fait suspendre pour deux jours parce qu'il avait refusé d'occuper un autre poste dans l'usine.Cela signifiait pour lui une baisse de salaire Après les deux jours de suspension, il refusait toujours de signer l'entente.Alors le patron lui a offert la porte sur le champ.Un autre employé s'est vu congédier après un an d'ancienneté alors qu'un employé qui avait deux mois de service prenait le poste.Travailler sur l'horaire de nuit signifie pour ces travailleurs une prime de 0,10$ de l'heure, «mais si le boss t'aime la face lors de l'embauche, il te donne un plus gros salaire de l'heure.Moi, je gagnais un salaire plus élevé qu'un gars qui avait deux ans de service».«L'exploitation n'avait plus de fin.Nos conditions de travail devenaient de plus en plus difficiles.Étant donné qu'on m'a toujours vu comme un «leader», j'ai pris la situation en main».En juin, Pierre a commencé à faire un sondage dans l'usine auprès des travailleurs; la majorité voulait être syndiqués.Mais tout le monde avait peur de perdre son job.Au début de juillet, ils sont partis à trois pour se renseigner à la CSN.Ils g ne voulaient pas d'un syndicat de bou- S tique parce qu'une négociation entre 3 le boss et un tel syndicat n'assure pas beaucoup d'avantages sociaux et de sécurité au travail pour les travail- C est l automne 85 que i accréditation syndicale a été obtenue à la Plastic M C Un été chaud 10A/IE OUVRIÉRE/MARS1986 leurs Bref, ils n'y croyaient pas.De la CSN, ils sont sortis très confiants.«Nous avions les cartes syndicales en mains et une date était fixée pour une première soirée d'information», explique Pierre.Mais entre-temps, il y a eu quelques difficultés à affronter.Les boss, soupçonnant quelque chose, ontcongédié 12 employés sous prétexte d'un manque de travail.Par stratégie, les activités ont cessé pour reprendre quelques semaines plus tard avec la signature des cartes.Mais aussitôt, quelqu'un est allé tout raconter aux boss.Les 40 employés sont passés un par un dans leurs bureaux pour se faire questionner et se faire promettre mer et monde s'ils renonçaient au syndicat.Deux semaines plus tard, 13 ouvriers perdaient leur emploi pour les mêmes raisons: manque de travail.Alors que pour les autres, ceux qui étaient toujours à l'oeuvre, la cadence du travail était doublée.En cinq mois, l'usine est passée de 52 employés à 27.Vingt-cinq congédiements.Suite à cela, il était très difficile de mobiliser le monde.De son côté, Pierre demandait l'aide de la CSN.C'est alors qu'une première soirée d'information sur le droit à la syndicalisation s'est organisée.Quinze y ont participé.L'opération de signature des cartes continuait toujours et 17 sur 27 ont signé.«C'était formidable.Mais nous avons eu à faire face à d'autres menaces de congédiements.Les boss avaient réuni tout le monde pour nous intimider, pour nous faire du chantage: un syndicat aurait des effets néfastes sur le service à la clientèle.Ils ont même voulu nous faire croire que sans syndicat, il y aurait eu des rajustements de salaire, une assurance-groupe, etc., mais que là, tout était pour être gelé», raconte Pierre.La démobilisation a suivi.Une peur générale était installée.Alors, ils ont fait une autre soirée d'information sur les droits des syndiqués et ils se sont renseignés sur les normes minimales du travail concernant les vacances et les congés qui ne leur étaient pas payés.«Nous nous sommes rendus compte que les boss racontaient des affaires fausses.» Automne 85 Tout est finalement revenu dans l'ordre.L'accréditation syndicale a été obtenue le 21 novembre 1985 On est à préparer la première convention collective.«C'est motivant de voir que les postes de président, secrétaire et trésorier sont occupés par des jeunes qui ont entre 20 et 26 ans» Pierre est trésorier Ils sont fiers de ce syndicat, car ils savent qu'ils ont leur mot à dire.Les boss ne peuvent plus les congédier pour des riens Et dans la situation de Pierre, il sera facile de prouver qu'il a été congédié pour activités syndicales.Les patrons devront négocier maintenant au lieu d'imposer tout le temps.Ce syndicat, c'est important pour Pierre: «Je crois beaucoup à la justice et à la force collective.Je suis contre la discrimination.Je sais que ce n'est pas facile de partir un syndicat II faut avoir les nerfs solides.Il ne faut pas avoir peur des boss ni se laisser influencer.Mais il faut se dire que c'est encore plus difficile d'endurer des conditions de travail qui briment nos vies Ça me motive d'avoir réussi la lutte et je suis prêt à tout affronter pour conserver nos acquis Je considère que d'avoir des conditions de vie et de travail, c'est un du On est tous faits pour travailler et si on veut être bien, il faut construire de manière organisée On en est tous capables » A L'apartheid, un système inhumain «Le régime d'apartheid qui prévaut en Afrique du Sud est colonialisme interne et esclavage».C'est en ces termes que la délégation de l'Église catholique canadienne dénonce le régime politique dans ce pays gouverné par le président Pieter Botha.Après un séjour d'une dizaine de jours à la fin de janvier en Afrique du Sud et en Zambie, les membres de la délégation ont constaté un écart flagrant entre le discours du Président et la réalité quotidienne.On y voit la violation systématique des droits sociaux, économiques et politiques des Noirs, la répression et l'emprisonnement des groupes et des individus non-Blancs supposant au régime.Parmi les 9 000 personnes arrêtées depuis juillet '85, 2 000 sont encore détenues sans chef d'accusation et 60 à 70% de ces détenus sont des jeunes de moins de 18 ans.Selon la délégation, contrairement aux dires de M Botha.l'opposition ne vient pas de l'extérieur mais se vit de l'intérieur.Elle est bien organisée et déterminée à mener à terme son action en vue de mettre sur pied un système démocratique, non raciste et unitaire en Afrique du Sud.Les réformes annoncées en octobre 1985 n'ont jamais été, selon la délégation, mises en vigueur Celles qui viennent d'être annoncées ne font que maintenir le statu quo et confiner le pouvoir et les décisions aux mains de la minorité blanche Les membres de la délégation sont convaincus qu'il faut unboycot et des sanctions économiques plus accentuées Certains membres sont même prêts à demander au gouvernement canadien la reconnaissance officielle de l'ANC, l'African National Congress La délégation étaient composée de représentants de la Conférence des évêques catholiques du Canada, de Développement et Paix et de la Conférence religieuse canadienne A Condensé d'un communiqué VIE OUVRIERE/MARS 1986/11 Voies immigrantes NICOLE BRAIS Plusieurs situations vécues par les femmes immigrantes sont à dénoncer.Certaines de ces situations sont des conséquences directes de l'application de la Loi de l'immigration ou de l'interprétation qu'on en fait.D'autres découlent d'une adaptation difficile à une vie nouvelle dans un contexte culturel et social différent.Mais combien de situations difficiles pourraient être carrément évitées, ou pour le moins atténuées, si les femmes immigrantes bénéficiaient d'un réel accès à l'information?La Loi de l'immigration définit les statuts des gens qui sont acceptés au pays et par le fait même les services auxquels ils auront droit Adoptée en 1976, en période de crise économique, cette loi a été définie de manière à pouvoir s'adapter aux besoins économiques du pays.Actuellement, elle contrôle l'entrée à la baisse des immigrants indépendants.L'Immigration canadienne privilégie, parmi les différents types de demandes acheminées, celles des réfugiés sélectionnés à l'étranger et celles qui se font dans le cadre de la réunification des familles Les réfugiés sélectionnés à l'étranger bénéficient donc, à leur arrivée ici, de mesures facilitant leur intégration à la société canadienne ou québécoise.Par ailleurs, la réunification des familles permet aux requérants d'obtenir leur résidence permanente au Canada, à la condition qu'un membre de leur famille, établi ici, accepte de les parrainer Les autres types de demande sont considérés en second lieu.L'immigration est pratiquement fermée à la catégorie de travailleurs étrangers spécialisés qui, sans raison économique ou politique majeure, veulent venir travailler ici (requérants indépendants).L'accueil est inhumain pour ceux qui quittent leur pays en catastrophe, souvent pour des raisons politiques, et se présentent sans carte d'invitation aux douanes canadiennes, en demandant le statut de réfugié.Ils n'ont droit pratiquement à aucun programme d'aide pendant qu'on étudie leur demande (parfois de 2 à 3 ans).Près de 20 000 personnes au Canada attendent leur statut de réfugiés.À la suite d'une entente Québec-Canada, le Bien-être social est accordé, depuis un an, aux réfugiés démunis.12/VIE OUVRIERE/MARS 1986 Enfin, on accepte encore des gens avec des permis de travail temporaires.En tout temps et particulièrement en période de crise économique, on va, par ce biais, chercher une main-d'oeuvre peu spécialisée pour combler les emplois dédaignés par les Québécois et les Canadiens, parce que les conditions de travail y sont dures et le taux de syndicalisation faible (boulangerie, cuisine, travail domestique).Parmi ces types d'immigration, deux cas touchent plus particulièrement les femmes.Soit les femmes qui arrivent au Canada comme travailleuses domestiques avec permis de travail temporaire et celles qui obtiennent leur résidence permanente en étant parrainées par leur conjoint.Quelles sont leurs conditions de vie et les conséquences de leur manque d'accès à une information adéquate?Rentrer par la porte de service Gloria et Maria, deux femmes chiliennes impliquées dans les organisations populaires de leur pays, subissent une situation d'oppression depuis le coup d'État de 1973.Elles savent qu'il leur sera pratiquement impossible d'obtenir le statut de réfugiées.En 1982, elles obtiennent un permis de travail temporaire comme travailleuses domestiques, ce qui leur permet de quitter le Chili.Grâce à un programme spécial de l'Immigration, après deux ans d'évaluation, elles peuvent demander en territoire canadien la résidence permanente.L'entente prévoit aussi des heures libres dans la semaine pour qu'elles puissent suivre une formation, au niveau de la langue, par exemple.Ce programme spécial, appliqué depuis environ 3 ans, peut être aboli en tout temps, au bon vouloir du gouvernement.Advenant ce cas.ces travailleuses, de même que l'ensemble des travailleurs avec permis temporaire, devront retourner dans leur pays pour faire leur demande de résidence permanente.En arrivant au Canada, Gloria et Maria vont immédiatement vivre chez leur employeur.Elles sont logées-nourries et gagnent environ 135$ pour une semaine de travail de 53 heures.Elles doivent être employées comme travailleuses domestiques jusqu'au moment où elles obtiendront leur résidence permanente.Le permis de séjour leur a été accordé à cette condition.Pendant ce temps, leurs conditions de travail, comme celles des 15 000 travailleuses domestiques au Québec, sont régies par la loi 126, celle des normes minimales de travail.Ces dispositions ne suffisent pas toujours à assurer un emploi respectable.Gloria et Maria, chacune chez son employeur, connaissent une situation d'isolement.Maîtrisant mal le français, n'ayant que peu de possibilités d'entrer en contact avec des ressources, elles sont plus ou moins à la merci de la bonne volonté de leur employeur.Il peut arriver que l'employeur, ne respectant pas les ententes de départ, fasse peser sur la travailleuse domestique la menace d'un renvoi dans son pays pour la forcer à accepter des conditions en-deça des normes minimales.En fait, si celle-ci avait accès à l'information, elle saurait que son employeur n'a aucun pouvoir réel pour mettre sa menace à exécution.Ou encore, une travailleuse domestique qui veut demander sa résidence permanente, pense qu'elle a intérêt à paraître stable au niveau de son emploi en vue de son évaluation.Ceci peut la motiver à accepter de moins bonnes conditions de travail, plutôt qu'à faire valoir ses droits.L Association du personnel domestique, qui a fêté en '85 son dixième anniversaire, a été mise sur pied pour défendre les intérêts de ces travailleuses et les sortir de leur isolement.La principale revendication de l'Association concerne la loi 126 En effet, sont exclues de la définition de travailleuses domestiques les femmes qui doivent prendre soin, chez leur employeur, d'enfants, de personnes malades ou handicapées Les normes minimales ne s'appliquent plus pour cette catégorie de travailleuse qui, on s'en doute bien, devront cumuler les soins aux enfants et les tâches domestiques.Cette exclusion ouvre la porte à l'exploitation et prive ces femmes de tout recours face à des conditions de travail inacceptables Les difficultés des femmes parrainées Théo est un citoyen canadien d'origine grecque.Il travaille comme cuisinier dans un restaurant de l'avenue du Parc II y a quelques années, en visite dans son pays, il a rencontré Irène et l'a épousée.De retour à Montréal, il entreprend des démarches pour permettre à Irène de le rejoindre Irène aura sa résidence permanente et sera «parrainée» par son mari, ce qui veut dire que ce dernier s'engage par contrat légal à lui fournir le logement, les VIE OUVRIERE/MARS 1986/13 62 soins et les moyens de subsistance.Il doit prouver que ses revenus sont suffisants à cette fin.Le Canada ouvre ses portes à des femmes comme Irène, mais il remet à Théo la responsabilité du bien-être d'Irène.Elle pourra, dans l'année suivant son arrivée suivre des cours de français au Centre d'orientation et de formation aux immigrants (COFI), à la condition de vouloir aller sur le marché du travail.Toutefois, elle n'aura pas droit aux allocations de fréquentation pour suivre ces cours.Elle n'aura droit ni aux prêts et bourses, ni au Bien-être social.Très souvent les femmes comme Irène se retrouvent dans un ghetto d'emploi immigrant, où les conditions de travail sont dures, où elles n'ont pas nécessairement besoin de parler le français, ce qui ne leur offre peu d'opportunités de s'intégrer réellement à la société québécoise.Au Collectif des femmes immigrantes, on se préoccupe énormément des conditions de vie des femmes parrainées.Elles représentaient, en 1983, 51,6% des femmes immigrantes admises au Québec Leur statut en fait, selon le Collectif, des citoyennes de second ordre et les place en situation de dépendance face à leur conjoint Encore une fois, sous la menace d'un bris de parrainage, il peut arriver que l'immigrante endure une situation conjugale difficile, dans la peur de se faire renvoyer chez elle ou de se retrouver sans ressources.Pourtant, cette menace ne pourra jamais être mise en application, son conjoint n'ayant aucun pouvoir réel en ce sens.Seul un divorce pourrait mettre fin au parrainage, ce qui n'aurait pas pour conséquence d'obliger Irène à quitter le pays Cette menace serait effective seulement dans le cas où une «Irène» en visite au pays aurait épousé un «Théo» ou encore un Québécois.Le temps que durent les formalités pour que le parrainage soit accepté (ce qui peut prendre une année), il est toujours possible que le conjoint change d'avis et décide de mettre fin aux démarches avant qu'elles n'aboutissent, ou encore tout simplement exerce un chantage sur «Irène» dans ce sens En se retirant de l'offre de parrainage, son conjoint remettrait en question le séjour d'«lrène» ici Dans cette seule si- tuation, la menace est réelle.Si la femme parrainée possédait une connaissance accrue de ses droits, elle aurait les éléments pour réagir autrement au chantage de son conjoint.Il faut, pour améliorer les conditions de vie des immigrantes, revendiquer des changements au niveau des lois.Mais pour des femmes comme Gloria, Maria et Irène, un des éléments-clefs, c'est un meilleur accès à l'information et à la formation, donc aux organismes qui les transmettent.Il faut que ces services soient offerts par des gens capables de communiquer dans leur langue avec les membres des communautés culturelles.Cela peut vouloir dire, concrètement, engager des femmes immigrantes pour faire ce travail, dans les organismes dispensateurs de services.Ces femmes auraient accès par le fait même, à des emplois mieux rémunérés.Abcès à l'égalité Voilà pourquoi les groupes comme le Collectif des femmes immigrantes et le Conseil des communautés culturelles et de l'immigration du Québec ont réagi au projet de règlement pour l'accès à l'égalité que présentait le gouvernement Johnson en juin dernier.Ce règlement permettrait l'implantation de programmes volontaires d'accès à l'égalité et imposerait au gouvernement d'adopter des mesures dans ses ministères et organismes.Il est assorti d'une série de mesures visant à promouvoir l'accès à l'égalité pour les femmes.Les groupes mettent en lumière les faiblesses suivantes:* • Les groupes cibles visés par ce règlement ne sont pas énumérés.Les communautés culturelles doivent en faire partie.• Les expériences passées, tant au Québec et au Canada qu'aux États-Unis montrent le peu d'effet des programmes d'accès à l'égalité tant qu'ils demeurent VOLONTAIRES.On peut prévoir que les organismes publics et para-publics qui ont une image à défendre, adhéreront probablement plus facilement à de telles politiques Mais quelles seront les motivations des entreprises du secteur privé?Il faut implanter des politiques d'obligation contractuelle.• Dans l'éventualité où une entreprise se dote d'un programme, elle n'aura pas à le soumettre à l'approbation de la Commission des droits de la personne.On peut craindre à juste titre l'absence de normalisation qui en découlera.• Qu'entend-on par «organismes» du gouvernement?Le Conseil suggère d'y inclure les établissements publics et para-publics, les commissions et régies gouvernementales, les sociétés appartenant au gouvernement, de même que tous les établissements et institutions qui dépendent des fonds publics.Le Conseil est d'avis que seules des mesures plus dynamiques, viendront à bout de la discrimination auquelle font face les communautés culturelles face à l'emploi, aux services de santé et d'éducation.Ainsi on pourrait adopter une politique d'obligation contractuelle qui obligerait des entreprises québécoises qui ont des contrats assez importants avec le gouvernement à appliquer le programme d'accès à l'égalité, comme ça se fait présentement aux États-Unis.Selon Aoura Bizzari du Collectif des femmes immigrantes, il faut aller encore plus loin.Il faudrait que les FEMMES DES COMMUNAUTÉS CULTURELLES soient considérées comme un groupe-cible en soi.Si elles sont uniquement associées au groupe des «femmes» ou à celui des «communautés culturelles», il y a danger qu'elles soient encore victimes de discrimination: déclassées par les femmes québécoises ou par les hommes immigrants.A • Voir le Mémoire sur le projet de règlement sur les programmes d'accès à l'égalité.Conseil des Communautés Culturelles et de l'Immigration du Québec, sept/oct.85.Pour plus de renseignements, communiquez avec Aoura Bizzari, du Collectif des femmes immigrantes de Montréal, 6865 Christophe-Colomb.Québec, H2S 2H3 (279-4246) Mathilde Marchand, du Centre social d'aide aux immigrants, 4285 boul.de Maisonneuve ouest, Montréal.H3Z1K7 (932-2953) Louise Thurbide, de L'Association de défense du personnel domestique.5309 Brébeuf, Montréal, Québec, H2J 3L8 (525-6859) 14/VIE OUVRIERE/MARS 1986 Logement social Se loger au Québec, même si le Livre Vert sur l'habitation en a fait son titre, reste avant tout pour bon nombre de Québécois et Québécoises un problème à demeure.Grugeant sur la qualité, l'espace ou leur revenu, ils habitent des logis bâtis le plus souvent sur le terrain de la spéculation.L'État, qui a opéré plusieurs interventions dans le secteur de l'habitation sous forme de programmes de subventions et d'abris fiscaux, trouve de plus en plus lourde l'aide qu'il a apportée.Dans cette ère où les besoins sont davantage cibles, qu'adviendra-t-il du logement social?Entrevues et textes Céline Cossette VIE OUVRIERE/MARS 1986/15 VRE OUVERT «Ce qu'il faut, ce n'est pas loger les Québécois, c'est faire en sorte qu'ils puissent SE LOGER ».Ces quelques mots résument tout l'esprit du Livre Vert sur l'habitation qui fait une analyse de la réalité et lance un appel à l'imagination.L'État se veut désormais plus catalyseur qu'entrepreneur.L'habitation devra se loger à l'enseigne du marché privé.Ceux qui se sont toujours privés d'un logis adéquat recevront une aide de plus en plus sélective.Que le citoyen se prenne en charge, l'État risque de faire maison nette.Un toit à soi Les Québécois ont en une décennie renversé les proportions; de 53% de locataires en 71, ils sont devenus 53% de propriétaires en '81 changeant en même temps notre mode d'habitation.À la propriété simple et au locatif privé se sont ajoutés les copropriétés, HLM, habitations gérées par des organismes sans but lucratif (OSBL) et coopératives d'habitation.Cette transformation s'est effectuée avec le soutien des gouvernements.Ils ont fourni une aide visible de 182,2 millions $' sous forme de programmes d'allégement à l'occupation du logement, d'accès à la propriété, d'aide à la restauration et sous forme de remboursement d'impôt foncier Une aide non-visible, mais beaucoup plus substantielle, 825 millions $, a été consentie sous forme d'abris fiscaux encourageant la propriété individuelle (REEL) et collective (IRLM) Dans la dualité locataire-propriétaire, c'est donc la propriété qui est valorisée En dehors du HLM et de la Régie du logement, les locataires ramassent davantage les pots cassés des intentions gouvernementales La rénovation remonte inévitablement leur loyer et l'accès à la propriété s'adresse plus souvent qu'autrement à ceux qui peuvent déjà se permettre d'être propriétaires.«En somme, de 1971 à 1981.le groupe des propriétaires a grossi en attirant les locataires les mieux nantis» En'83, il fallait un revenu de plus de 30 000 $ pour s'acheter une propriété neuve.CORVÉE-HABITATION, un program- ne 3.8% de l'ensemble des propriétaires, détiennent une part globale du marché de 53%.Leur loyer coûte en moyenne 70 $ de plus par mois que ceux des particuliers.C'est donc le petit locataire qui a le plus besoin d'aide et d'encouragement à la propriété.La copropriété et la propriété collective (coop et OSBL) Dans la dualité propriétaire-locataire, c est la propriété qui est favorisée me qui voulait stimuler l'industrie de la construction et l'achat de propriété, confirme ces données: 69% des utilisateurs du plan gagnaient plus de 30 000 S Seulement 3.7% avaient un revenu de moins de 20 000 $ par année.C'est donc l'accès à la propriété chez les personnes à revenus moyens qui est encouragé.La plupart deviendront des propriétaires-occupants.Ces derniers représentent 85 1% des propriétaires et ils occupent à peine 32% du marché des logements.Les investisseurs importants et les grandes sociétés, représentant à pei-semblent, d'après le Livre Vert, les modes les plus appropriés Encore faut-il que le locataire ne soit pas évincé et qu'il puisse, s'il en est désireux, acheter son logement à un prix raisonnable.Il faudrait dégager des budgets à cet effet.Il y a des règles à inventer et à écrire, si l'on veut que le locataire se loge convenablement.Un toit convenable L'habitation est un besoin essentiel tout comme la nourriture et le vêtement.Chacun a droit mmimalement à un logement de qualité convenable.Pour le Livre Vert, il s'agit d'un logis sécuritaire tant par les installations électriques que par la structure physi- 16A/IE OUVRIERE/MARS 1986 que, salubre, exempt de bestioles ou d'infiltration d'eau ou d'humidité excessive, muni d'un chauffage adéquat sans une trop grande dépense d'énergie et doté d'installations sanitaires minimums.La grande majorité des logements québécois atteignent ces normes D'après le recensement de 1981, seulement 7.6% des logements ont besoin de réparations majeures, 0.6% n'ont pas d'installations sanitaires, 1.7% ne disposent pas de bain ou douche Toutefois ces chiffres n'apportent pas d'information sur le degré de la qualité réelle.Mais la question du logement ne se limite pas à la qualité de l'habitat.Elle concerne aussi l'espace, un chez-soi suffisamment grand, et la capacité de se le payer.Quel taux d'effort ou encore quelle part de son revenu un ménage doit-il consentir pour se loger?Ce taux devient critique, selon les gouvernements, pour un ménage à la limite d'une revenu décent quand il doit consacrer plus de 30% de son revenu au logement.Au Québec, en 1981, 25% des locataires gagnant plus de 50 000 $ dé- pensaient moins de 250 $ par mois pour se loger; un taux d'effort inférieur à 6%.En même temps un locataire sur six éprouvait des difficultés de logement.C'est l'accessibilité financière qui est le problème numéro un Plutôt que de multiplier les HLM, des habitations à loyers modiques, le gouvernement proposait de fournir une allocation-logement.La formule aurait ressemblé au LOGIRENTE qui fournit déjà une prestation-logement aux personnes de 60 ans et plus à revenu modeste.Cette forme d'aide permettrait au locataire de se prendre en charge, de garder «la responsabilité et la liberté de trouver lui-même à se loger- On estimait alors l'allocation-logement moins coûteuse que les déficits d'exploitation des HLM et nécessitant une gestion plus simple, avec moins d'effectifs.Elle serait donc moins dispendieuse.Depuis l'arrivée des conservateurs au fédéral et des libéraux au provincial, on tend davantage vers un supplément au loyer.Les gouvernements loueraient à toute fin pratique de pro- priétaires privés des destineraient à une | Ils verseraient diref priétaires la diffère réel du loyer et la caf locataire Voilà une formule ( qui risque d'accentuer I locataires.Qu'adviendra-t-ii qua propriétaire décidera de ne pas renouveler son bail de location avec le gouvernement?Pour que le locataire ait la liberté, encore faut-il qu'il ait le choix Sur le marché privé, les logements adaptés aux familles ne pullulent pas.encore moins ceux pour les handicapés, les démunis économiques et les personnes en baisse d'autonomie II faut aussi des HLM, des coopératives et des logements administrés par des O.S.B.L.A (1) Gouvernement du Québec Se Loger au Québec, une analyse de la réalité, un appel à l'imagination: 1984 (2) Selon statistique 1981 UN ABRI SOCIAL Le logement public est né des opérations «bulldozer» des années 70.En rasant les centres-ville, il fallait replacer les expropriés.On les a entassés dans des cages à poule: les HLM.Avec les années, les habitations à loyer modique se sont ouvertes aux démunis, leur qualité s'est améliorée; elles se sont mieux intégrées au quartier.En même temps, les coopératives sont apparues recyclant souvent de vieux immeubles et offrant un logement très profitable pour les résidants à faibles revenus.Dans l'Est du Québec, 89% des ménages de coops gagnent moins de 20 000 $.A Montréal, c'est 73.5%.Des organismes sans but lucratif ont aussi organisé des logements répondant à des besoins spécifiques, comme ceux des chambreurs.Ces formules de logement, créées pour répondre aux besoins des gens, forment le logement social.Un triple effort Les habitations à loyer modique résultent de l'effort de trois paliers de gouvernements: fédéral, provincial et municipal en assument les frais en proportion décroissante La Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL) veille au prêt et assurance hypothécaires La Société d'habita- tion du Québec (SHQ) bâtit et possède les HML La gestion est confiée aux Offices municipaux d'habitation (OMH) Tous trois assument les déficits d'exploitation Le Québec possède moins de HLM que l'Ontario.Il y a bien sur des raisons historiques à cet écart Mais il n'en reste pas moins qu'en '71, le Québec n'en possédait que 4 000 contre 41 000 en Ontario En '83.après des mesures de rattrapage, le Québec comptait 45 000 HLM L'Ontario, durant cette période, passait à 84 000 Proportionnellement l'Ontario possède 9,46 HLM par 1000 habitants contre 7,02 ici au Québec Le gouvernement québécois estime perdre par comparaison 30 millions de dollars par an du fédéral dans les seuls remboursements de déficit d'exploitation II aimerait récupérer ce montant, l'utiliser en aide aux démunis VIE OUVRIERE/MARS 1986/17 D8D < ices! __ ^eveloppi nerîcemal Dé| 'miseenchantj lirement sous forme lent des HLM s'an-rs 79 leur nombre de ne cesse de diminuer.Le HLM est très tentant C'est un logement de première qualité, neuf, qui contraste avec la situation de détérioration des bas loyers.Il est adapté.con-trairement au marché privé, aux besoins spécifiques du troisième âge, des familles et des personnes handicapées.Sa taille est convenable par rapport au nombre de personnes, fini le surpeuplement.Son prix est inférieur au marché privé, soit 25% des revenus du ménage.Concurrence déloyale ou juste prix dans un univers spéculatif?Il maintient dans les quartiers une population de plus en plus chassée par les rénovations Le logement social remplit les vides laissés par le marché privé Au Québec, il y a 35 000 requérants de HLM, 35 000 ménages qui consacrent en moyenne 35% de leurs revenus au logement.Certains attendent depuis 3.5 et même 10 ans.C'est beaucoup de monde À la SHQ on aimerait, avec l'application d'un projet de règlement de sélection des locataires, réduire de plus de 50% les listes d'attente, soit en ramener le nombre à 17 000 Fait-on disparaître un besoin ou rend-on l'accessibilité plus difficile9 C'est déjà si difficile à obtenir! Â Montréal, il y a 12 000 logements dans les HLM En '85,19 188 demandes ont été faites: 12 662 ont été jugées recevables, 1 350 irrecevables, 859 sont en attente et 4317 ont été annulées.La première étape, c'est la recevabilité Il faut avoir 18 ans et plus, résider à Montréal depuis 12 mois La limite de revenu mensuel brut pour une personne seule est de 1000 $, un couple 1500 S, trois personnes et plus 1800 $ On limite actif et capital d'une personne à 15 000 $, et, pour 2 et plus, â 25 000 S.De plus, il faut être citoyen canadien Admissible: personne de revenu inférieur On arrive alors au classement: territoire, grandeur du logement, catégorie (retraité, famille, handicapé) Puis on passe à la quantification Tout est entré sur ordinateur selon un pointage Le marché privé n offre pas des logements qui répondent aux besoins de tout le monde précis: les conditions économiques, les actifs, le rapport loyer-revenu, les conditions du logement et le surpeuplement.Le résultat détermine le rang sur la liste d'attente, rang fluctuant au gré des demandes.Il y a une vacance D'après le classement, les dix premiers sont appelés pour vérifier les demandes.Trois sont retenues pour enquête, réévaluation sur les lieux, les preuves en main.Les demandes sont ensuite soumises par l'enquêteur à un comité de sélection qui choisit le premier candidat Si celui-ci refuse, il sera rayé de la liste pour un an et on offrira le logement au deuxième.Selon Richard Tremblay, responsable de la division des demandes de logement à OMH de Montréal, ce processus prend environ un mois et demi.À ce délai, on peut rajouter parfois un trois mois, le temps que le locataire choisi casse son bail, avant que le logement ne soit occupé.Malgré les avantages des HLM la situation s'est déténoriée.En '83 le gouvernement mettait fin à l'Échelle Ro-gers, davantage échelonnée sur la capacité de payer, et établissait le loyer à un taux fixe de 25% Certains services ont été coupés comme poêle et frigidaire fournis et gratuité d'utilisation des laveuses et sécheuses De plus, le gouvernement regarde la possibilité de diminuer les prestations d'assitan- ce sociale des locataires de HLM.Vivre du B.S et habiter un HLM, constitue pour le gouvernement une double subvention.Coopérative Les coopératives d'habitation se sont surtout développées depuis 1979 grâce à l'aide des gouvernements québécois et fédéral Au Québec, on a développé le programme LOGIPOP qui assure principalement une subvention de capital Pour sa part, le fédéral par l'article 56.1 de la Loi nationale sur l'habitation donnait surtout un rabais hypothécaire et un fond d'aide de dernier recours aidant à subventionner certains locataires à bas revenus.Ce plan, très apprécié par ses bénéficiaires, vient d'être remarié par le gouvernement.Le nombre d'unités risque d'être réduit, l'accessibilité plus contrôlée et la clientèle plus ciblée.L'aide apportée sera dirigée vers les plus démunis des démunis.Selon le Livre Vert, l'aide aux coopératives provient du «fait que l'on voulait minimiser le coût à long terme du logement des ménages à faibles revenus et de ce fait réduire le coût de l'aide publique.» Une des caractéristiques des coop est que le loyer est fixé par rapport au coût de fonctionnement de l'immeuble 18A/IE OUVRIERE/MARS 1986 et non en fonction des loyers du marché.Le loyer n'est donc pas spéculatif et devait être plus abordable Les coopératives québécoises contrairement au reste du Canada ne sont pas des bâtiments neufs: 60% viennent d'achat-rénovation et 11% de recyclage d'immeubles.Cette manoeuvre a permis d'en abaisser un peu les coûts Mais c'est surtout le rabais d'intérêt offert par la SCHL dans le cadre de l'article 56.1 qui a rendu les loyers abordables.Avec le nouveau programme fédéral, on s'oriente plus vers deux types de coopératives: l'une pour classe moyenne et l'autre pour défavorisés.Il y a risque de marginalisation L'autre avantage pour le gouvernement de la formule coopérative est sa prise en charge par le milieu.Par l'achat d'une part sociale minime, les locataires sont membres de la coop et participent activement à sa gestion.La pluralité de milieu au sein de la coopérative permet d'y trouver les ressources nécessaires à son fonctionnement.Tout en intégrant des ménages à faibles revenus, la coop n'est pas un ghetto démuni.De plus, la formule coopérative intègre aisément les locataires déjà en place évitant le déplacement de la population hors quartier Le gouvernement québécois est favorable au développement des coopératives et voudrait y combiner les avantages de l'accession à la propriété Aux coopératives existantes «pourraient s'ajouter par exemple des coopératives à capitalisation progressive où le membre, lors de son départ, peut retirer non seulement sa part sociale mais la partie de capital qu'il a payée à même son loyer dans le remboursement hypothécaire; indexée selon des règles prédéterminées.»"1 Qu'arrivera-t-il du loyer «hors marché» qui à long terme doit devenir abordable9 Une aide extérieure Les habitations administrées par des organismes sans but lucratif bénéficient des même ressources techniques et ressemblent beaucoup aux coopératives.Leur but n'est pas de rechercher la rentabilité Ils ont l'obligation d'offrir un loyer au coût le plus bas du marché.Histoire d'une Locataire Mal logée «Vous voulez savoir pourquoi je fais partie d'un comité de requérants d'habitation à loyer modique (HLM)?Le mieux c'est que je vous raconte mon histoire».Elle s'appel-la Danièle Julien et habite la ville de Québec.Elle est une des 35 000 au Québec qui requièrent un HLM.Madame Julien, son mari et ses deux enfants sont venus s'installer à Québec pour être plus près de la belle-famille «On ne pouvait demander tout de suite un HLM.Il fallait d'abord résider à Québec un an En attendant, nous nous sommes installés dans un petit logement chez ma belle-mère, dans à peine une chambre, une cuisine et un salon Mon garçon de 16 ans et ma fille de 11 ans dormaient dans la même chambre Nous y étions vraiment à l'étroit.Pendant l'été tout a été Les OSBL n'offrenl tion automatique ni assurée des locataire concernant l'immeuble^ OSBL offre des logement" tèle spécifique qui souvenf capacité ou l'autonomie pour s'autogë7 rer Elle vise des personnes âgées, des handicapés, des chambreurs, des ex-psychiatnsés, des alcooliques et autres Les OSBL restent très dépendants des subventions car ils s'adressent essentiellement à des clientèles démunies.De la même façon que dans le secteur coopératif, le gouvernement arriverait à réduire cette dépendance par la propriété: les OSBL pourraient être invités à tenter des formules de location-achat qui amèneraient tranquillement les locataires à la copropriété La transformation du programme 56.1 risque d'avoir des effets sur les OSBL Des 21 000 logements de ce genre.11 000 ont été réalisés grâce à ce programme A assez bien Mais à l'automne, nous avons eu des problèmes familiaux à cause du logement II y a eu du moisi, on naqeait dans l'eau» Alors elle a essayé d'accélérer sa demande toute seule Communiquant avec le député, l'échevin, le maire et son ministre «Je suis débrouillarde Je n'ai pas peur de m'adresser à des gens haut placés, c'est du monde comme nous-autres Dans l'ensemble, il faut que je leur donne ça, ce furent des gens très corrects Sauf l'échevin VIE OUVRIERE/MARS 1986/19 X C'est pour unE inscription sur U Liste D'AlteNtE DES HLM ?CLnuOl doBillA^D Marcotte qui devait remettre mes papiers à l'Office municipal d'habitation de Québec (OMHQ) Ils n'y sont jamais parvenus.Gagner un point En juin '85, elle a reçu une lettre du maire: elle était 6ième sur 18 possibilités pour obtenir un 5V2.En septembre, il ne s'était toujours rien passé «Alors j'ai paniqué Ma belle-mère ne voulait pas faire de réparations tant que nous étions dedans.Je la comprends mais il n'en reste pas moins que le logement était condamné par la ville*.Elle est retournée à l'OMHQ, a exigé de voir son dossier II manquait des papiers, soit la menace d'expulsion de sa belle-mère et les papiers de la ville sur l'état du logement.Et là avec l'application des nouveaux critères, elle s'est retrouvée 41ième.«Tout est fiché sur ordinateur S'il manque une fenêtre dans une pièce, ça vaut 4 points Mais quand tu as deux enfants de sexes opposés qui dorment dans la même chambre, que les tapis sont détrempés, que le logement est condamné par la ville, ça vaut un point Le côté humain, ils n'en tiennent pas compte».Elle a ouvert les pages bleues et appelé tout ce qui pouvait se relier au logement, sans grand succès.Et puis, un jour, on lui a conseillé d'aller voir Jacques Lacroix au Comité de citoyens.«J'y suis allée.Il a eu la patience de m'écouter Nous ce qui nous met dans le trou, c'est le financement».La moitié de son chèque du B.E.S passe au loyer.Son mari se cherche du travail, mais se fait dire qu'il est trop vieux.Sur le plan santé, il a été opéré à un pied et à la colonne vertébrale.Même ça, ne leur a fait gagner aucun point.«Moi-même, j'ai un début de cancer de l'intestin.Je dois prendre beaucoup de pilules.J'avais tout sous la main.J'ai même essayé une fois, quand j'ai vu que ça ne donnait rien» Au comité de citoyens, on l'a encouragée à continuer.Puis en octobre, elle a déménagé.«Je ne pouvais pas passer un autre hiver comme ça.J'étais 41ième sur la liste quand j'habitais dans un taudis.Maintenant j'habite un 6V2 très beau, très aéré, bien chauffé et je suis 35ième sur la liste.Voyez-vous la logique là-dedans?» Mais mieux se loger coûte cher; près de 100$ de plus que si elle était dans un HLM.Ça ne lui sera pas facile d'obtenir un HLM.Son dossier se promène tout le temps «Je les ai dérangés, j'ai l'impression que je suis barrée à l'OMHQ».On existe «Faire partie d'un comité de requérants m'a donné le courage de continuer.Si je n'avais pas eu le comité, j'aurais craqué.Seule, les nerfs pognent le dessus.Ça m'a fait sortir de la maison.J'ai rencontré des gens qui avaient des problèmes et certains sont plus sérieux que les miens.Ensemble on peut se donner des conseils, s'encourager, s'entraider.Quand un requérant obtient un HLM, on est content.Avec le comité, à l'Office municipal d'habitation, ils savent qu'on n'est plus seul.À plusieurs, on peut commencer à se faire respecter On nous écoute un peu plus du côté de la mairie.Oh, ce n'est pas la perfection, mais c'est un pas.On va essayer de rencontrer des députés.Il faut qu'ils sachent qu'on existe On ne veut pas nuire à personne.Mais on voudrait qu'il y ait des lois qui pensent à ceux qui sont au bas de l'échelle.» A 20/VIE OUVRIERE/MARS 1986 UN PLUS GRAND ACCÈS C'est à cause des 35 000 «Madame Julien», des nombreux locataires évincés, des rénovations spéculatives que sont nés des comités de citoyens, de requérants, de logement, des associations de coopératives d'habitation.Pour mieux partager leurs actions, coordonner leurs revendications, ils se sont regroupés.Le Front d'action popualire en réaménagement urbain (FRAPRU) réunit environ une vingtaine d'organismes.«Présentement, les gouvernements nous tiennent comme discours que les HLM sont une erreur historique, qu'ils encouragent à la dépendance», explique Robert Pilon, animateur au FRAPRU.«Ils tentent d'en réduire l'accès qu'au seules personnes jugées inaptes au travail.Il y a tout un parallèle à établir entre les politiques d'assistance sociale et le logement social.Une seule et même optique: des coupures.Or pour nous, il semble urgent decom-bler le manque* de logements répondant aux besoins d'une population que le marché privé néglige.C'est pourquoi nous demandons la mise enpla-ce de 35 000 logements publics, d'ici 5 ans, dans des HLM de qualité bien intégrés aux quartiers.Les gouvernements encouragent des alternatives moins dispendieuses: allocation-logement, supplément au loyer, coopératives.Tou en étant en accord avec la formule coopérative, nous constatons qu'elle n'a pas de mission sociale en soi.Il faut donc apporter des modifications profondes aux programmes d'aide aux coopératives d'habitation sans but lucratif pour que soient réalisées 15 000 unités, en 3 ans, accessibles économiquement aux personnes et ménages vivant sous le seuil de pauvreté.En attendant la mise en place de ces 50 000 logements sociaux, il faut, pour ceux qui consacrent plus de 25% de leur revenu net au logement, une allocation-logementJfnjverselle compagne d'un contnle umvj goureux des loyers.lin être basé sur la qualitnu lôVcTTÊnf Toutes mesures gorarnementa-les doivent viser au marlfien de la population en place.Des énergiques doivent interdir la publication de listes noires de locataires Le logement est avant tout un 1 DROIT et le remaniement des politiques d'habitation doit en faciliter l'accès.» Un Front commun sur le logement social a été initié par le FRAPRU Plus d'une centaine d'organismes tels les associaitons de locataires, les comités de citoyens, les groupes de ressources techniques (G.R.T.), les fédérations de coops d'habitation, les résidents de HLM se portent à la défense du logement social et revendiquent auprès des gouvernements.Le Front a reçu un appui plus large de groupes syndicaux, du Front commun des assistés sociaux et même de certaines municipalités.« Ma chambre » Ils ont peu et se contentent de peu.Leur logis n'est qu'un espace réduit, arraché à l'ensemble de la maison par de minces cloisons qui suintent la vie des autres.Ils sont chambreurs.Ils ont pourtant droit à un logement décent, droit aussi à leur façon de vivre.Des organismes sans but lucratif se sont constitués et ont mis sur pied des maisons de chambre, des OSBL.Il y a 30 000 chambreurs au Québec, estime le livre Vert.En '81, 13 000 chambres étaient enregistrées à Montréal.Pour Paula Kline, travailleuse communautaire au Montréal City Mission, il n'en reste que 6 OOOau centre-ville Une diminution de plus de 50%.Éliminées par la transformation des quartiers.Leurs conditions de vie se sont empirées.Les propriétaires n'entretiennent pas.Ou ils vont chercher des subventions pour rénover ou ils vendent à des spéculateurs.Les maisons sont dangeureuses, de vrais nids à feu.Vingt sept chambreurs sont morts, entre '80 et '84, dans des incendies Depuis janvier '86, la ville doit obliger les propriétaires à installer des détecteurs de fumée et à dégager les sorties.Pour janvier '87, on tente d'amener les gouvernement à obliger la remise aux normes des bâtiments, mais avec la garantie que les chambreurs n'auront pas à subir le contre coup d'un loyer trop élevé.«Les chambreurs acceptent des conditions qu'ils n'auraient jamais acceptées il y a dix ans; ils n'ont pas le choix», com- mente Paula Kline.Le chambreur type, selon des études du Conseil de développement du logement communautaire et du CLSC Centre-Ville, est un homme dans la quarantaine, catholique, québécois, francophone qui vient surtout de milieu rural.Il a des problèmes le plus souvent l'alcool, mais aussi des trou blés de réinsertion sociale II y a des chambreurs mobiles: étudiants occa-sionels, mais la grande majorité est stable Ils vivent dans des maisons de chambre pour une raison d'argent C'est le mode de logement le moins cher Plusieurs n'ont que le B S pour vivre.Se mettre à plusieurs dans un appartement' Certains craignent les responsabilités, ne serait-ce que celle d'avoir à payer des factures Mais c'est surtout un mode de vie très ditfé rentduleur Ils sont solitaires VIE OUVRIERE/MARS 1986/21 y amélioreBfes conditions de vie ambreuisftes maisons comme Ma Chamt/ejl^Chambre-ville» sont .apparues jyont des réalisations de es organismes sans but constituent.Leur conseil d'administration regroupe des ressources communautaires du milieu telles les Églises, les C.L.S.C, les groupes populaires ou autres qui travaillent dans le même sens.Ces formules permettent la participation des chambreurs.» C'est important d'encourager la participation des chambreurs.C'est une façon de leur redonner un peu d'autonomie», précise Paula Kline, membre de ces deux C.A.«Ma Chambre» a vu le jour parce que de plus en plus de chambreurs expulsés s'amenaient au C.L.S.C.Un travailleur du C.L.S.C.Ronald Mailhot a formé un C.A.d'OSBL.Dès le départ, des chambreurs y siégeaient.Il a fallu environ deux ans avant de sortir du «stampeede» des demandes de subventions à la SCHL et de permis de maison de chambre à la Ville.Deux ans dans la hantise de voir le propriétaire se «tanner» et vendre à quelqu'un d'autre ou même mourir.C'est ce qui est arrivé à «Chambre en fleur», la succession a refusé de vendre.» Il n'est pas facile de trouver un «best buy», comme le demande la S.C.H.L., le «meilleur achat» dans une ville de spéculation comme Montréal,» rappelle Paula.Une fois propriétaire, il fallait convaincre les chambreurs qu'ils n'étaient pas de nouveaux «boss» et les incorporer doucement dans le projet.Ça commence par des choses qui semblent simples: choisir entre bleu et gris pour les rideaux de leur chambre.Avant quand leur a-t-on donner le choix?La participation passe aussi par la formation de comités.À «Ma Chambre», il y a deux bâtiments dont un qui avait passé au feu.Après la rénovation, il fallait choisir de nouveaux loca- -Ma chambre- est un organisme sans but lucratif (OSBL) ou les chambreurs participent a la gestion de leur habitation taires.Des chambreurs étaient sur le comité de sélection.«Souvent, on ne leur a jamais demandé à côté de qui ils voulait vivre», fait remarquer Paula.«Ma Chambre» a choisi de ne pas avoir de concierge.Il y a un comité de conciergerie qui fait la liste des travaux, les achats et organise la tâche par rotation.Plusieurs chambreurs ont de l'expérience et une bonne expertise dans ce domaine.Chaque OSBL organise son fonctionnement et ses comités Les chambreurs de «Ma Chambre» ont organisé eux-mêmes la fête d'inauguration en juillet dernier.Mario, un chambreur qui après avoir suivi des cours au Groupe de ressource technique (G.R.T.) est devenu trésorier du C.A., ne cessait de dire ce jour-là: «Je ne peux pas m'empècher de me sentir unpeu propriétaire » Il se crée plus facilement un sentiment d'appartenance dans un OSBL que dans un HLM.Les chambreurs sont conscients de l'amélioration de leur qualité de vie.Ils n'ont plus peur du feu.Ils n'ont jamais eu une si belle chambre.Toutes, sauf trois, on douche et toilette.C'est souvent une de leurs plaintes d'avoir à «partager les toilettes».Ils vivent dans des conditions de «1886».Une travailleuse communautaire, membre du C.A.y va une fois par deux semaines et travaille avec les chambreurs.Le C.A.est une présence qui brise les murs de l'isolement et apporte un support.Il n'est pas là pour créer une dépendance.Toujours des OSBL «Nous projetons transformer la «Maison St-Dominique» en OSBL pour des gens qui ne peuvent être acceptés ailleurs» Paula pense, entre autre, aux ex-psychiatnsés qui, tout en ayant encore des problèmes, ont aussi une certaine autonomie 24 heures sur 24.Mais il est clair qu'il faudra plus de support qu'à «Ma Chambre».La forme d'organisation est entièrement à définir.Il n'est pas question d'offrir des refuges, mais bien une trentaine de logements qui soient leur chez-eux.Il y a une certaine conviction dans sa voix quand Paula dit: «Les gens ne peuvent être autonomes s'ils n'ont pas un environnement propice » A 22/VIE OUVRIERE/MARS 1986 Du plaisir à tout prix Ma fille Catherine, 10 ans, m'exprime le désir de suivre des cours de karaté.Je trouve ça intéressant.Elle va apprendre un moyen de défense, ça va la sécuriser et me sécuriser.Donc je m'informe pour l'inscription, le coût, et si le costume est obligatoire.On me répond que c'est 17$ pour le cours, 8$ pour la carte de membre et qu'elle s'habille comme elle veut.C'est pas si pire.Alors Catherine décide de s'inscrire.Les premiers cours, elle adore cela Mais, «il y a souvent un mais», il faut qu'elle passe son 1er degré et cela coûte 5$.Comme de raison, il y a plusieurs degrés.Ensuite il faut qu'elle passe sa ceinture jaune: 10$ Évidemment, il y a différentes couleurs de ceinture.Le professeur leur dit qu'ils-elles vont faire des démonstrations de leur savoir à d'autres groupes Montrer aux autres ce qu'on sait faire a encore un petit côté charmant.Mais là, le costume devient une nécessité de 15$.On leur dit aussi qu'ils-elles vont faire de la compétition; Catherine commence à sentir plus de pression, ce n'est plus aussi amusant On commence à se dire: «Moi je suis meilleure que toi».Et en plus c'est plus cher que prévu Catherine décide de ne plus aller au cours et j'approuve sa décision.L'information sur le coût était vraiment incomplète, je ne savais pas dans quoi on s'embarquait C'est chaque fois pareil: dès qu'il y a de la compétition, ça vient tout changer, et l'esprit et le prix Je rêve du jour où l'on pourra faire des loisirs tout simplement pour le plaisir A DIANE ST-GERMAIN LE MONDE VU D'&M BAS kv^ "S***!
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