Vie ouvrière., 1 janvier 1987, décembre
Décembre 1987 DOSSIER VIOLENCE CONJUGALE ËM Entrevue avec le cinéaste André Melançon L Eglise et l'homosexualité URSS: Les ouvriers à l'heure des réformes ON NE LOUE PAS QUE DES SALLES Le 1212 Panet est bien connu.Depuis 13 ans, des milliers de militants et militantes l'ont a-dopté pour la tenue de leurs congrès, conférences de presse et rencontres.Mais au Centre St-Pierre.on ne loue pas que des salles.On y offre aussi de la formation en pastorale.Pratique spirituelle de la justice sociale, économie et foi, la Bible et les immigrants, voilà quelques-unes des sessions que nous offrons aux individus.Téléphonez pour recevoir notre programmation en pastorale.1212, rue Panet Montréal H2L 2Y7 (514) 524-3561 st- pierre Ne manquez pas, en janvier ■ Vie ouvrière fait peau neuve: nouvelles chroniques, nouvelle maquette! ■ Au sommaire: un dossier sur les services de garde, un débat sur le NPD, les enjeux de l'année internationale de l'environnement, l'avenir des sectes etc.r * *.* * * * * ► ^1 □□DOC 1 ■^tf 1 ■* ■ ■r" J NE SONT PJ SUR LA \m r ^tLes élèves ne tombent pas du ciel.Ils vivent dans la société québécoise et subissent son influence.Quelle place accorde-t-on au français dans nos milieux de travail, nos médias, notre culture.?Les personnels de l'enseignement font leur part pour améliorer la qualité de l'apprentissage du français.Mais l'essor de notre langue nationale repose sur des facteurs qui débordent largement l'école.LA QUALITÉ DU FRANÇAIS UNE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE m gg ! Centrale ^Ê ! (ff 1 çnçp gru SOMMAIRE Boîte aux lettres 5Éditorial: Dormir avec un éléphant Gilles Dugal 6 Qu'est-ce qui fait courir André Melançon?Une entrevue avec le cinéaste qui nous a donné Les vrais perdants, La guerre des tuques, Bach et Bottine Un homme dont l'utopie est de remplacer les relations d'autorité par des relations de complicité.Céline Cos-sette et Martine D'Amours 23 Jj ^ Les femmes et la Ville, une IV relation difficile De la banlieue qui isole les ménagères à la grande ville qui est trop souvent un «no women's land», un portrait enfin féminisé de la situation du logement.Louise Levac Le Québec tourne une page 30 Martine D'Amours Bande dessinée: Le monde vu d'en bas Vivian Labrie 4% M URSS: Les ouvriers à mm^T l'heure de la réforme En associant les ouvriers à la «glas-nost» et à la «pérestroika» le secrétaire général Gorbatchev espère d'eux une productivité accrue qui permette à l'économie de sortir de la stagnation.Luc Duhamel *%C± Église.àm W L'homosexualité au pilori Nul ne peut revendiquer un droit quelconque d'exister et de vivre son homosexualité, estime Rome.Des chrétiens sont d'un autre avis.Gilles Dugal Ofi Les marins, des oubliés 4ÉO de la mer À l'heure des bateaux-usines et des super-pétroliers, la vie des marins au long cours, racontée par un aumônier du port de Montréal.Monique Tremblay RCM: L'épreuve du pouvoir Le RCM a prouvé qu'il pouvait bien administrer Montréal.Mais comment s'attaque-t-il au défi de la démocratie?Jacques Gauthier 32 Bons baisers de Moscou L'expérience de trente jeunes ambassadeurs de paix.Martine D'Amours 33 34 Brèves Tables de l'année 1987 15D0SSIER MOURIR D'AIMER 41\ Jeunes: un article dont I mm vous êtes le héros Sur le modèle des livres dont vous êtes le héros, un article qui fait le point sur les habitudes de lecture des jeunes.Sophie Laberge Trois cent mille femmes sont battues au Québec Depuis deux ans, rejoignant les organismes communautaires, l'État a décidé de se mobiliser pour combattre la violence conjugale.Les enjeux: protéger les victimes et prévenir la violence.Martine D Amours et Marie-Luce Garceau VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/3 24 VOS LETTRES Vie ouvrière écrit à ses lecteurs et lectrices Cher lecteur, chère lectrice, Vous ne nous avez pas écrit ce mois-ci (sniff!).Aussi avons-nous décidé de vous écrire pour vous donner de nos nouvelles.Ça adonne bien puisque Vie ouvrière brasse pas mal de nouveau par les temps qui courent: l'assemblée générale tenue le 26 septembre a entériné le principe de nouvelles chroniques et d'un nouveau nom pour la revue.Elle a aussi précisé son public-cible et mis sur pied des structures visant à faciliter sa gestion et sa promotion.Vie ouvrière fera donc peau neuve en janvier.À son dossier, son entrevue du mois, ses chroniques internationale et ecclésiale, elle ajoutera une chronique «baveuse», une page de nouvelles des régions, une page d'informations sur les communautés culturelles et une page de recensions de livres, films, vidéo, théâtre, etc.Elle introduira aussi une rubrique «débats» ou «enjeux»; pour vous mettre l'eau à la bouche, disons que la rubrique «débats» de janvier-février fera place à l'expression de deux points de vue différents sur la pertinence du NPD comme alternative politique.Les chroniques «femmes» et «jeunes» céderont la place à des rubriques «le Québec en mouvements» et «Vivre en 1988»; la première traitera des organisations, luttes et alternatives mises de l'avant par les mouvements sociaux, la seconde de la culture, des modes de vie et des préoccupations quotidiennes.Quant au nouveau nom, ce sera la véritable surprise.Nos instances se font aller les méninges et nous recueillerons au début décembre le fruit de ce brain-storming.Ce dont nous pouvons vous assurer en revanche, c'est que le changement de nom de Vie ouvrière ne traduit pas un changement d'orientations.Pourquoi alors changer de nom?D'abord parce que «Vie ouvrière» ne reflète pas toute la variété de sujets que vous nous avez demandé — et que nous souhaitons — couvrir, toujours du point de vue des intérêts ouvriers et populaires: l'écologie, la culture, les grands débats sociaux et politiques, les rapports hommes-femmes etc.Ensuite parce que nous voulons rejoindre davantage de lecteurs et de lectrices, dont certains sont rebutés, par notre nom actuel, qu'ils identifient à «une revue catholique» ou à «un fleuron de la presse communiste».Selon nos enquêtes, nos lecteurs et lectrices sont soit des diplômés, souvent de niveau universitaire, soit des non-diplômés, mais formés et actifs dans des organisations populaires, syndicales ou alternatives.Conformément au voeu de son assemblée générale, Vie ouvrière doit maintenir sans cesse la tension et l'équilibre entre ces deux clientèles-cibles, puisque c'est précisément ce qui assure sa spécificité.En fait, elle cherche à rejoindre encore davantage de personnes ouvertes à des perspectives de changement social, intéressées aux conditions de vie ainsi qu'aux enjeux et débats des milieux populaires ou concernant ces mêmes milieux, et à tout le moins non-réfractaires aux questions religieuses ou spirituelles.Elle compte le faire grâce à un contenu plus riche, un nom plus attrayant, une présentation plus agréable, une promotion mieux orchestrée.Mais elle ne saurait réussir sans votre soutien, votre bouche-à-oreille, vos critiques et suggestions, votre promotion dans vos milieux respectifs.Nous accompagnerez-vous dans ce nouveau tournant?Martine D'Amours P.S.On attend vos lettres, hein! VOLUME XXXVI numéro 206.Vie Ouvrière.Revue fondée en 1951, publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO).Ses prises de positions éditoriales n'engagent cependant pas ces organisations Les articles n'engagent que leur auteur.Directeur: Gilles Dugal • Conseil de direction: Denise Labelle, Louise Lafortune, Réjean Mathieu, Monique Pellerin Roger Poirier • Secrétaire à la rédaction: Martine D'Amours • Comité de rédaction: Jean-Guy Casaubon, Normand Comte, René Doré, Isabelle Drolet, Lorraine Guay.Claude Hardy, Raymond Levac, Diane Levasseur, Monique Tremblay • Membres des sous-comités Jeunes, Femmes, Église, International: Luce Bédard.Madeleine Bousquet, Nicole Brais, Laurier Caron, Jacinthe Chi-coine, Josée Desrosiers, Sylvie Désautels, Marie-Josée Filion, Jocelyne Gamache, Pierre Gaudreau, Jean Guy Lacoursière.Diane Lalancette.Fabien Le-boeuf.Lucie Lépine, Jean Ménard, Louis Cink Mars, Normand Picard, Jean Tremblay, Pierre Viau • Abonnements: Gilles Dugal • Maquette, montage, comptabilité: Yolande Hébert-Azar • Couverture et graphisme: Anne Brissette • Bande dessinée: Vivian Labrie • Imprimerie: Payette et Simms • Photocomposition: Photocomposition Tréma Inc.• Distribution: Diffusion Parallèle, tel (514) 525-2513 • Abonnement régulier: 15$/an.de soutien: 20$/an.28S/2 ans.à l'étranger: 18$/an, commande de 6 abonnements et plus: 12$ chaque Références: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le répertoire analytique d'articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec • Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Courrier de deuxième classe, enregistrement no 0220 Revue Vie Ouvrière.1212 Panet, Montréal.Que H2L2Y7.tel (514) 523-5998 4/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 Dormir avec un éléphant par GILLES DUGAL ÉDITORIAL Sans mandat électoral, M.Mulro-ney s'apprête à signer le traité de libre-échange avec les États-Unis.«C'est la plus grande menace à l'identité québécoise depuis la conquête», affirme la Coalition québécoise contre le libre-échange.Ces sociétés canadienne et québécoise que nous avons bâties depuis la crise sont menacées dans leurs assises.En effet, à trop vouloir nous coller sur l'éléphant américain, quelle marge d'autonomie conserverons-nous sur le plan économique, politique et culturel?Une excursion sur le Titanic?Le traité de libre-échange nous est proposé par un pays en déroute financière.Le dollar américain est au plus bas.La balance commerciale Canada-USA est défavorable aux Américains.Le réflexe protectionniste prend le dessus.Par notre voisin, le traité de libre-échange est vu comme un moyen d'améliorer sa situation économique et d'accroître ses exportations.Mais quel avantage trouverions-nous à nous coller ainsi sur un pays si mal en point?Au plan strictement économique, un lecteurd'un quotidien montréalais comparait le traité de libre-échange à une excursion sur le Titanic.Le retour aux «lois du marché» supposera que le Canada corrige les «irritants», les «concurrences déloyales» qui empêchent la libre circulation des biens.Le prix à payer risque d'être le sacrifice de notre secteur manufacturier, l'abolition du salaire minimum et des allocations familiales,1 la réduction des budgets d'assurance-chômage, et surtout la fin de l'universalité, de l'accessibilité et de l'uniformité de nos services sociaux et d'éducation.Il faut bien avouer que cet accord ne laisse présager des gains que pour une minorité de Canadiens.Les éditorialistes du pays ont donné leur accord au traité de libre-échange.D'autres hypothèses ont-elles été étudiées pour améliorer la santé de notre économie?Si oui, personne n'y a fait écho.Pour nous qui exportons déjà 80% de nos biens vers les États-Unis et en importons 70%, il y aurait sûrement avantage à prendre nos distances par rapport à l'éléphant, avant d'être écrasés par lui.Il y aurait avantage, par exemple, à diversifier nos liens économiques, mais cette alternative n'a pas été étudiée sérieusement: tout ce qu'on nous a présenté c'est le choix entre le libre-échange et le statu quo.Projet de société Notre projet de société est très différent de celui des États-Unis.Nous l'avons bâti depuis la crise de '29 par de longues luttes syndicales et populaires et nous y tenons.Le taux de pauvreté et les inégalités sociales sont plus grandes chez nos voisins et cela malgré un taux de chômage plus élevé au Canada.Cela est dû à notre protection sociale plus développée: législations pour orienter révolution de l'activité économique, réglementation du secteur financier et des industries culturelles, législations de protection du consommateur, soutien aux secteurs économiques plus fragiles et aux régions plus défavorisées.Au Québec, plusieurs politiques sociales-démocrates, comme l'assurance-mala-die, l'assurance-automobile, la loi antibriseurs de grève, ont mieux réparti les coûts et réglementé les rapports sociaux.La force des mouvements sociaux explique en partie une plus grande intervention des États canadien et québécois.Une enquête réalisée par la firme Décima Research en août dernier révèle que deux Canadiens sur trois croient que l'accord de libre-échange privera graduellement le Canada de la faculté de prendre des décisions économiques en toute indépendance C'est vrai pour notre économie; c'est aussi vrai pour notre culture québécoise.Comment pourrons-nous, à l'échelle nord-américaine, préserver nos industries culturelles et notre langue, alors qu'elles font l'objet d'une lutte constante au sein de la confédération canadienne?La signature d'un traité de libre-échange renforce l'alignement canadien sur les positions américaines.Comment pourrons-nous nous démarquer de la politique américaine en Amérique centrale ou en Afrique du Sud?Comment ne serions-nous pas entraînés dans la «paix armée» et dans l'escalade nucléaire?Décidément, les enjeux sont trop considérables pour signer une telle entente sans mandat clair du peuple canadien.Contre les sacrifices humains Au risque d'être irrémédiablement classée parmi les «conservateurs à l'esprit sclérosé qui défendent une vision pétrifiée du monde» (dixit certains politiciens et représentants du patronat).Vie ouvrière s'oppose avec force à la signature du traité de libre-échange entre le Canada et les États-Unis et ce, au nom et en solidarité avec les travailleuses et travailleurs du secteur manufacturier, les sans-emploi, les bénéficiaires d'aide sociale Nous appuyons la prise de position du comité des Affaires sociales de l'Assemblée des Évêques du Québec (AEQ) qui déclarait en septembre dernier «Le Comité croit discerner dans le projet de libre-échange une expression économique de l'anti-solidanté (.) cette réalité entre en collision avec l'esprit de l'Évangile où nous trouvons un Dieu qui veut plus de vie pour tous et la solidarité économique jusque dans les rapports économiques (.) L'économie n'est pas sacrée et n'a pas droit à des sacrifices humains Elle doit être pour l'homme et le social et non contre eux » A 1 Rapports MacOonald {Il 599 656-659.683-687) 2 Yves Vaillancourt.Les politiques sociales à l'heure du rapport MacOonald ■) avril 1986 VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/5 ENTREVU Qu'est-ce qui fait courir André Melançon?André Melançon ne se définit pas comme un militant.Sa manière de changer le monde, c'est de provoquer un autre regard sur les gens et les choses.Son utopie?Remplacer les relations d'autorité par des relations de complicité.Melançon n'aime pas être catalogué comme le cinéaste de l'enfance.Mais, de l'enfance précisément, il a conservé la fébrilité, le goût du jeu et la capacité de prendre des risques.Des films comme Les vrais perdants, Le lys cassé, La guerre des tuques, Bach et Bottine, en sont les cris de douleur et les éclats de rire.Recherche et entrevue: CELINE COSSETTE Texte: MARTINE D'AMOURS 6/VIE0UVRIERE/DECEMBRt1987 RVO: On parle souvent d'André Melan-çon, cinéaste des enfants.Mais à lire sur vous, on a l'impression que votre véritable passion, c'est le cinéma.André Melançon: C'est à moitié vrai.Le fait que j'aie réalisé plusieurs films pour enfants a contribué à me coller l'étiquette de spécialiste des enfants.J'avoue que cela ne m'intéresse pas, parce que la dernière chose que je veux être, c'est un spécialiste de quelque chose.Je veux pouvoir rester très ouvert et qu'on me donne «Depuis l'âge de quatre ans, j'ai une passion pour le cinéma.Encore aujourd'hui, être assis dans une salle où les lumières s'éteignent, où un écran s'allume, c'est presque une forme de religion.» la liberté d'expérimenter, de faire des erreurs, d'apprendre.C'est vrai que ma fascination pour les enfants a toujours existé et qu'elle existera probablement toujours.Mais depuis l'âge de quatre ans, je nourris aussi une passion pour le cinéma.J'avais 14 ans quand j'ai vu une télévision pour la première fois mais à partir de l'âge de quatre ans, j'ai commencé à voir des films, que les frères de St-Viateur projetaient à l'école les fins de semaine.Et encore aujourd'hui, être assis dans une salle où les lumières s'éteignent, où un écran s'allume, c'est presque une forme de religion Ce qui me fascine surtout, c'est le cinéma comme véhicule À la base, il y a le fait qu'on me raconte une histoire J'aime bien les histoires.On croit que les histoires sont réservées aux enfants mais rien n'est plus faux: Dallas et Dynastie sont des histoires racontées à des millions d'adultes On peut raconter des histoires à travers l'écriture mais moi c'est à travers le film que j'aime les transmettre.Je me sens plus à l'aise pour raconter des histoires proches de la vie des gens, des choses qui pourraient arriver à ceux qui les regardent.RVO: Mais vous prenez quand même des risques.Ce n'est pas tout le monde qui raconterait des histoires comme celle du Lys cassé (sur l'inceste NDLR) Pendant le tournage de la guerre des tuques ou celle des Vrais perdants (sur les enfants qu'on entraine à la compétition sportive NDLR).André Melançon: Le point commun entre ces deux films, c'est l'urgence de dire certaines choses J'aurais pu attendre deux ans avant de faire un film comme La guerre des tuques mais pas pour un film comme Les vrais perdants J'ai eu le goût de pousser un cri parce que ça me faisait mal de voir ces adultes qui investis saient beaucoup de temps pour leur enfant mais qui hypothéquaient, à leur insu, son avenir Le lys cassé appartient beau coup à Jacqueline Barrette, qui voulait el le aussi crier de douleur, alors on s'est mis à deux pour crier plus fort Notre dé sir, c'était de parler aux femmes, aux hommes, aux petites filles qui vivent l'inceste, leur dire que ça peut changer, leur dire qu'on peut en parler.RVO: On la sent, dans vos films, cette urgence «d'en parler».Mais il ne s'agit pas d'un message précis et fermé, mais plutôt d'une invitation à regarder, à laisser surgir les choses.André Melançon: Je suis très content quand les gens se rendent compte de cela parce qu'en effet, ce dont je me méfie le plus, c'est de faire une démonstration La vie est tellement plus complexe qu'un théorème d'algèbre! Et l'ai pu me rendre compte que dans un film comme Bach et Bottine, chaque personne va chercher quelque chose de bien particulier à sa vie Je pense que la plupart des scénarios contiennent de ces trous blancs, de ces espaces que chacun remplit ave ses émotions, ses expériences RVO: Oui, c'est intéressant de constater que Bach et Bottine parle autant aux adultes qu'aux enfants.André Melançon: J'étais très fébrile du rant le tournage de ce film, dans lequel l'ai retrouvé des éléments communs avec Les vrais perdants C'était un peu le mè-me message, qui disait aux enfants «Si vous avez des choses à dire aux adultes, dites-leur donc» et aux adultes «Si les enfants vous parlent, essayez donc d'être disponibles, de les mettre en confiance » VIE OUVRIERF/DECEMBRE 1987/7 I RVO: Vous avez une conception très particulière des enfants.Vous ne les voyez pas simplement comme des êtres immatures, «en formation», mais comme des personnes qui ont déjà toute une vision du monde et dont les adultes peuvent apprendre.André Melançon: Avant qu'ils ne deviennent «chromés», les enfants ont une position face à la vie qui me fascine Ce n'est ni toujours facile, ni toujours très rose.Mais ils ont un appétit très fort, qui peut être très nourrissant pour un adulte Regarde un enfant de neuf mois qui apprend à marcher; c'est éreintant; les adultes ne font pas l'équivalent! «Mon utopie, c'est de redéfinir les ripports entre hommes et femmes et entre adultes et en fsnts.Mois attention, il ne s'agit pas de changer l'autorité de place, I s'agit de la remplacer par la complicité.» Plusieurs adultes encouragent l'autonomie biologique de l'enfant mais utilisent la dépendance émotive, maintiennent une relation de pouvoir face à lui.Bien sûr, c'est un grand risque que de permettre à un enfant de devenir autonome émotivement Ça remet des choses en question, tout comme dans une rela- Pendanl le tournage de Bach et Bottine.tion amoureuse.«Est-ce que je peux te dire des choses qui peuvent te faire mal, mais qui peuvent aussi te permettre de changer?» À partir du moment où l'on répond oui à cette question, la relation d'autorité se brise et fait place à une relation de complicité.C'est plus compliqué, mais tellement plus emballant! RVO: Et qu'est-ce que la complicité?Comment s'exprime-t-elle?André Melançon: On en trouve beaucoup d'exemples chez les enfants.Ils ne se retiennent pas d'exprimer ce qu'ils aiment comme ce qu'ils n'aiment pas.Il y a souvent beaucoup moins de calcul dans une relation entre enfants que dans une relation entre adultes.Disons que la complicité c'est le sentiment d'être bien avec quelqu'un, qui rend possible la confrontation et l'exploration mutuelles.C'est ce qui permet, à travers une confrontation, d'en arriver à construire quelque chose ensemble Ça n'arrive pas avec tout le monde Mais ça peut se produire avec une personne de 10 comme de 60 ans.RVO: On a l'impression que cette complicité se vit avec les gens avec lesquels vous travaillez.André Melançon: Je dirais que c'est mon exigence première pour travailler à diriger des comédiens Cela est vrai pour les films et encore plus important par exemple à la Ligue nationale d'improvisation.Improviser, c'est très risqué, c'est un peu comme sauter sans filet et le choix de prendre ce risque-là nécessite une complicité avec d'autres.J'ai travaillé avec l'équipe des Noirs pendant six ans.On n'a pas toujours gagné, mais il s'est toujours passé quelque chose entre les membres de cette équipe-là.RVO: La Ligue nationale d'improvisation donne l'apparence d'un immense jeu dans lequel on peut vivre les valeurs de l'enfance: le rire, la spontanéité.André Melançon: Pour un comédien, le jeu est relié à l'enfance.Je dirais même qu'un comédien ne peut pas jouer s'il n'est pas connecté sur son «enfant».Quand on devient adulte, par je ne sais quelle pudeur, on ne se permet plus certains gestes importants, comme celui de louer.Jouer, c'est «faire comme si», c'est se donner des espaces de folie.de fantaisie absolument essentiels à l'être humain.Et ça n'appartient pas seulement aux enfants.Regarde l'équipe de baseball qui vient de remporter un match: les gars sautent dans les airs, trépignent comme des enfants qui ont reçu un cadeau! C'est une énergie tellement folle, tellement forte aussi.Pour moi, les meilleurs comédiens sont ceux qui ont conservé le plaisir de jouer.8/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 RVO: L'autorité est un concept que vous remettez constamment en question dans vos films.André Melançon: Je suis contre toute relation d'autorité.Mon utopie, c'est la complicité, c'est la redéfinition des rapports entre hommes et femmes et entre adultes et enfants.Mais attention, il ne s'agit pas de déplacer l'autorité, de donner tout le pouvoir à la femme ou de faire des enfants-tyrans.Il y a eu de grands moments de révolution au vingtième siècle.En Russie, en 1917, on a remis en question la relation entre un homme qui s'appelait patron et un autre homme qui s'appelait ouvrier.Et depuis, qu'on soit pour, qu'on soit contre, on ne peut plus parler comme avant des relations patronales-ouvrières.Même dans les pays capitalistes, les gens sont devenus très sensibles au rapport entre un homme qui a du pouvoir et un homme qui n'en a pas.On a commencé à vivre un cheminement semblable dans les rapports hommes-femmes.Mais si les gens de l'URSS, de la Chine et de Cuba ont connu de grands bouleversements dans leur façon de vivre, en revanche rien de vraiment fondamental n'a changé dans les rapports adultes-enfants.Moi, ce que j'essaie de faire, c'est de susciter de petits changements.Si après avoir vu Les vrais perdants, un père me confie que c'est son troisième fils qu'il amène au hockey mais qu'il ne pourra plus jamais le voir de la même façon, j'aurai atteint quelque chose.RVO: Mais, étant plus jeune, vous êtes allé un an au Pérou, vous avez travaillé dans Griffin Town, vous avez été éducateur à Boscoville, bref vous avez côtoyé une exploitation très visible, très criante.Où est la continuité entre cela et vos préoccupations actuelles?Y a-t-il un fil conducteur?André Melançon: Ça m'a toujours révolté de voir un être humain soumis à un autre être humain.Mais je vous le dis comme un aveu, j'ai toujours eu de la difficulté à faire partie d'un mouvement collectif, à m'identifier à un groupe politique ou religieux J'ai déjà fait partie de groupes mais je n'y étais pas heureux.Au fond, je me sens tellement peu comme un militant Certains de mes amis ont une constance dans la défense dune cause, une cohérence que j'admire mais que je n'ai pas.Il y a chez moi un côté très désordonné; il y a un noyau dur au centre avec autour des choses qui bougent, éparpillées.Bien sûr, j'ai des a priori, des convictions qui ne changent pas: sur les relations adultes-enfants, sur l'autorité.Un moment donné je lâche un cri, ou un éclat de rire.Ces morceaux de moi sont comme des ilôts, qui peuvent se rejoindre parfois mais mon itinéraire ne se fait pas en ligne droite.Il y a des lieux de ma réflexion par lesquels je repasse, un peu comme on revient s'asseoir dans une pièce d'une maison.On parle souvent de grandes révolutions; moi j'aime bien les accidents de parcours.Tu marches sur ta route; tu croises quelqu'un ou quelque chose qui change ta vision du monde.Jamais plus tu ne les verras de la même façon.Un de mes accidents de parcours à moi s'est produit quand j'avais 14 ans.Mon frère m'avait amené à Rouyn voir le film «La Strada», d'un monsieur qui s'appelait Fellini.Quand je suis sorti du cinéma, j'ai dit à mon frère: «Quand je serai grand, je vais faire des films.» L'an dernier, donc 31 ans plus tard, je suis allé au festival de Moscou où Bach et Bottine avait remporté un prix et je me suis retrouvé sur l'estrade à côté de Fellini.Je lui ai raconté, très ému, que La Strada avait été pour moi un accident de parcours RVO: Vous croyez que changer le regard des gens est une façon de changer le monde?André Melançon: Oui.J'ai vu un jour un film sur les paraplégiques et depuis, je ne peux plus voir les paraplégiques de la même façon.Certaines choses que des enfants m'ont dites dans La parole aux enfants ont changé ma façon de voir.À travers mes films j'essaie parfois de créer des accidents de parcours pour moi et pour les autres.RVO: Votre prochain film sera tout différent des précédents; un «thriller», donc un film destiné à un public adulte.Serez-vous capable de dire aux adultes le même genre de choses que vous dites à travers vos films pour enfants?André Melançon: Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas possible Dans une fiction, tu peux faire dire des choses à un «On parle souvent de grande révolution; mol j'aime bien les accidents de parcours.Tu marches sur ta route; tu croises quelqu'un ou quelque chose qui change ta vision du monde.Jamais plus tu ne les verras de la même façon.» adulte, à condition de construire une situation dramatique qui le permet Mais mon prochain film n'est pas seulement un «thriller».Le «thriller», c'est un prétexte À l'intérieur de cela, il y a deux hommes qui s'affrontent, qui ont des choses à se dire À travers mon film, l'explore des thèmes: la réciprocité (C'est bien beau de vouloir rendre quelqu'un heureux, mais lui as-tu demandé son avis?), les relations entre hommes (qu'est-ce qu'on peut se dire?jusqu'où peut-on aller?) Certaines personnes disent que le fait pour moi de préparer un film avec des adultes représente un revirement complet dans ma carrière.Pas du tout C'est seulement une facette de plus, un ilôt de plus.RVO: Mais n'est-ce pas insécurisant de délaisser un terrain où vos compétences sont reconnues pour vous avancer en terrain neuf?N'avez vous pas peur que les gens l'acceptent mal, qu'ils disent: «Melançon ne réussit pas à aller aussi loin avec les adultes qu'avec les entants»?André Melançon: C'est certainement insécurisant mais \e pense que tous les grands changements se (ont par tâtonne ments, par essais et erreurs Nous autres adultes, sommes encore plus «bébés» que les enfants: on met des gens sur un piédestal; on leur donne un pouvoir, on accepte mal qu'ils puissent se tromper Pourquoi ne pourrait on pas permettre à quelqu'un, qu'il ait 6 ou 45 ans, de continuer de tâtonner, de découvrir, de faire des erreurs?Bien sûr qu'il y a le doute Mais le doute ça peut être très stimulant En fait, le doute ça peut être deux choses le pied sur le frein ou l'éperon dans les flancs Céline CotMtta esl journaliste VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/9 FEMMES Les femmes et la ville Une relation difficile La ville est trop souvent un «no-woman's land» par Louise Levac Une femme âgée est harcelée, depuis la mort de son mari, par le propriétaire de son logement qui veut l'en déloger.Une Haïtienne, cheffe de famille monoparentale, se retrouve, à son grand désespoir, dans un bloc insalubre à Montréal-Nord avec d'autres immigrants.Une autre cheffe de famille monoparentale, heureuse de vivre dans le Plateau Mont-Royal (ou dans le quartier Mont-calm à Québec) en raison des nombreux services qui y existent, doit se résoudre, à l'occasion d'un déménagement, à consacrer une plus forte part de son budget au logement Que ne ferait-elle pas pour demeurer dans son milieu, riche en réseaux d entraide entre voisines et à proximité de l'école et des amis des enfants9 Son mari gardant l'auto familiale, une femme de banlieue court au centre d'achats et chez le dentiste avec le petit dernier en autobus — en avance, parce qu'il ne passe pas souvent — et assume au retour du travail toutes les tâches ménagères Mais dit elle, «avoir sa maison, c'est important*, et si elle divorçait, à qui irait la maison9 De tels exemples ont été cités au colloque Femmes et Logement, tenu à Montréal les 3 et 4 octobre derniers.Brossant un tableau enfin féminisé de la situation du logement, une centaine de femmes et quelques hommes venu-e-s d'un peu partout au Québec ont discuté de la sécurité dans les logements, des politiques et programmes d'accès à ceux-ci, des interventions alternatives aux recours légaux pour les femmes et des problèmes du harcèlement et de la discrimination1 Ont aussi été abordés les problèmes de logement qu'affrontent les femmes âgées, les cheffes de familles monoparentales et les Néo-québécoises Deux ateliers, enfin, ont traité des impacts sur les femmes de l'élitisation (gentrifica-tion) des quartiers centraux et de l'inadéquation de l'organisation de la vie urbaine à leurs besoins.Ce dernier atelier, dont nous traiterons en y incluant des propos tenus dans certains autres, permettait de comprendre globalement, au-delà des histoires d'horreur de chacune, l'origine de nombreux problèmes vécus par les femmes par rapport au logement mais aussi au transport, aux services, aux espaces publics.Un espace urbain hostile Dominique Masson, personne-ressource de cet atelier, soulignait que la banlieue, conçue en fonction du couple avec enfants, offre peu de services collectifs comme les garderies, buanderies, établissements de santé et de services sociaux.S'y pose avec acuité le problème des transports; l'auto est presqu'une nécessité.Quand le mari accapare l'auto et que des arrangements sont impossibles, reste le transport en commun, là où il existe, dont les femmes constituent une clientèle captive À Québec, 65% des usagers de l'autobus sont des.usagères Mais les 10/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 horaires sont souvent peu flexibles, surtout hors des heures de pointe.D'où le «blues de la ménagère» isolée dans son bungalow ou les difficultés de celle qui travaille à l'extérieur.Dans les quartiers centraux au contraire, le transport en commun procure un accès plus aisé à de nombreux services collectifs.Il y a de petites rues commerciales où s'approvisionner et des emplois à proximité.Généralement, les réseaux d'aide informelle y sont plus actifs et les mentalités plus ouvertes qu'en banlieue Les types de logements y sont plus diversifiés et, jusqu'à récemment, on pouvait en trouver à prix abordable.Ce tableau idyllique, signalait Dominique Masson, est malheureusement temporaire pour bon nombre de femmes à cause de l'élitisation qui grignote peu à peu ces quartiers.Le marché locatif privé y fournit de moins en moins de logements décents à bon compte; on y bâtit moins de logements sociaux qu'auparavant et plusdecondos.Les immigrantes chef tes de familles monoparentales, souvent moins instruites, ont, quant à elles, des difficultés parfois avec les démarches légales comme le bail, surtout quand elles maîtrisent mal la langue d'ici, ou ont peine à trouver un logement pour abriter leur trop (se font-elles dire) grosse famille.Et quand elles font partie d'une minorité visible, elles se retrouvent ghetto! sées dans des quartiers «ethniques», St-Michel, Montréal-Nord, Côte-des-Neiges ou, de plus en plus, en banlieue comme à Rivière des Prairies.Cela, rappelait Suzanne LaFernère, personne-ressource au colloque, amène de nombreuses femmes à devoir s'exiler hors de ces quartiers, perdant le milieu de vie qu'elles s'y étaient créées et l'accès aux services collectifs Ainsi, dans le Montréal métropolitain, on a noté des déplacements de populations démunies des vieux quartiers de plus en plus loin du centre-ville.Trente mille ménages au- raient été touchés jusqu'à maintenant, soit autant que lors des démolitions des années 60 et 70.Pourquoi les femmes?Les femmes étant globalement plus pauvres que les hommes, elles se trouvent plus démunies face aux hausses de loyer ou de valeur des logements.Les femmes seules ou cheffes de familles monoparentales, plus nombreuses dans les quartiers centraux qu'ailleurs, sont particulièrement en danger d'être délogées.Comme le soulignait Damaris Rose, panéliste au colloque, il y a un mouvement — ou rejet — vers la banlieue de la monoparentalité.Ces familles monoparentales sont souvent refoulées dans des «walk-ups*, bâtiments à plusieurs logements parfois insalubres, toujours déprimants.Elles se trouvent marginalisées dans la banlieue où la tolérance est faible face à la pauvreté et aux modes de vie non «orthodoxes».Ou alors, pour rester «en ville», ces cheffes doivent rogner sur la bouffe pour payer un loyer plus élevé Elles déménagent souvent et pas loin, comme le démontre une enquête menée par Françoise Mondor, personne-ressource au colloque, parce qu'elles tiennent à conserver leur milieu et celui de leurs enfants.Certaines trouvent des formules intéressantes comme les coopératives d'habitation (dans lesquelles, en 1987, un ménage sur quatre est une famille monoparentale) ou la copropriété indivise2 privilégiée par les femmes plus instruites mais contractuelles.En outre, soulignait Dominique Masson, le fait que les femmes travaillent plus à l'extérieur tout en continuant d'assumer la majorité des responsabilités familiales, leur nuit.Ces super-femmes, la plupart des femmes en fait, composent tous les jours avec la forme de leur ville: trajets vers la garderie, l'école, le médecin, les magasins, etc Finalement, toutes les femmes étant susceptibles de subir violence sexuelle ou harcèlement, elles se composent une géographie personnelle de leur ville et de leur quartier, truffée de lieux interdits, ruelles, parcs, zones industrielles, la nuit surtout mais le jour aussi parfois On n'a probablement pas encore évalué l'ampleur de la différence entre les rapports qu'entretiennent les femmes et les hommes avec la ville Des solutions ou des rêves?Comme en faisait foi le colloque, des femmes se mobilisent un peu partout en prenant conscience de l'ampleur et de la spécificité des problèmes de logement qu'elles vivent Même s'il s'intitulait «Un dossier à ouvrir», déjà pointaient des pistes de solutions ou, du moins, des dénonciations communes On a déploré les nouveaux critères décrétés par le ministre de l'Habitation, André Bourbeau, pour la sélection des requérants aux HLM: plus de couples avec enfants, moins de familles monoparentales («il y en aurait trop», dixit le ministre) On a rappelé que dans le Montréal métro plus de 25% des ménages ayant des problèmes de logement sont de ce type, alors que le nombre de logements sociaux construits diminue d'année en année Dans les quartiers populaires, la revendication du maintien de la population en place est revenue comme un objectif-clé pour les participantes au colloque Les femmes n'ont toutefois pas attendu pour bouger Ainsi, à Québec, en juin 1987, un comité de femmes intervenait aux audiences publiques sur le plan directeur d'aménagement3 et remettait en question les options de la Ville de Québec, en préconisant plutôt la formation ou le renforcement de quartiers plus multi-fonctionnels, de zones auto-suffisantes un peu partout sur le territoire Toutefois, quelques personnes-ressources et participantes ont mis en garde contre un discours trop simpliste que devient la «solidarité féminine» quand les gentrificateurs sont des gentrlllcatri-ces?A 1 Une enquête accablante sut ces deux derniers suiets a été publiée par le Comité Logement Ro semont/FRAPRU Discrimination, harcèlement tt harcèlement teiuel rapport de l enquête Femmes et logement.Montréal, avril 1986 VO en a rendu compte dans le numéro 194.pp 32 2 Contrairement à la copropriété divise (condomi-nium) ou chacun possède son propre logement, la copropriété indivise lait en sorte que les copropriétaires possèdent conjointement l'ensem ble du bâtiment et en assument conjointement la responsabilité 3 Groupe de travail «Femmes et ville- Mémoire présenté aui audiences publiques sur le plan directeur de la Ville de Québec, avril 1967 Louise Levae est lournahste et membre du collectif d animation urbaine L Autre Montréal VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/11 JEUNES Un article dont vous êtes le héros par Sophie Laberge Vous êtes un jeune reporter et avez pour mission de découvrir ce que vos pairs lisent.Vos aînés disent qu'ils sont incultes et ne savent pas écrire: ils seraient intoxiqués à l'audio-visuel.(«I"idiot-visuel», disait l'écrivain Jacques Ferron, lors d'une entrevue télévisée.).Étant donné que la mode est maintenant aux livres dont vous êtes le héros, vous vous proposez d'écrire un article dont vous êtes pour ainsi dire l'objet et l'auteur.Vous vous retrouvez dans le centre-ville: au nord se trouve la Bibliothèque municipale, au sud, la librairie Que des livres, à l'est une tabagie et à l'ouest, un cinéma Un policier s'approche de vous et vous ordonne de circuler.Vous allez: Vers le nord (rendez-vous au paragraphe H) Vers l'est (rendez-vous au paragraphe F) Vers le sud (rendez-vous au paragraphe G) Vers l'ouest (rendez-vous au paragraphe B) Vous avez déjà vu le film sur vidéo L'hypertrophie de l'audio-visuel vous a atteint et vous éloigne de l'écrit.On dit que vous ne savez ni lire, ni écrire (vous avez tout de même pu lire le titre du film! — Ce n'est pas les mots que vous avez reconnus c'est l'affiche1) Il est statistiquement probable que vous fassiez partie de ces illettrés qui ont pu passer à travers le cours secondaire en ne possédant que les habiletés de lecture et d'écriture minimales Bref, vous faites partie de ceux qui n'aiment pas lire, peut-être surtout à cause de l'omniprésence des médias audiovisuels qui font que vous n'avez même plus besoin de lire la partie des sports dans le journal pour connaître les derniers résultats Vous rentrez chez vous (rendez-vous au paragraphe D) Vous allez vers l'est (rendez-vous au paragraphe F) Vous allez à la bibliothèque (rendez-vous au paragraphe H) Le sud vous attire (rendez-vous au paragraphe G) Vous avez décidé de revoir le film, même si vous le connaissez presque par coeur (vous l'avez vu quatre fois).On tente une thérapie de désintoxication radicale: vous êtes prisonnier de la salle jusqu'à ce que mort s'ensuive.Votre lecture s'achève ici.(Si vous voulez tout lire, recommencez à A.) Arrivé à la maison vous sombrez dans un sommeil aussi profond que celui de la Belle au Bois dormant, peut-être à cause de cet article (votre lecture s'arrête ici) Si vous n'êtes ïamais allé à la bibliothèque (paragraphe H), vous y allez (rendez-vous au paragraphe H) Si vous êtes déjà allé à la bibliothèque vous empruntez le livre et: Vous rentrez chez vous (rendez-vous au paragraphe D) Vous retournez au cinéma (rendez-vous au paragraphe C) Vous allez au cinéma pour la première fois (rendez-vous au paragraphe B) Vous allez vers l'est (rendez-vous au paragraphe F) N^ Chemin faisant, vous arrivez devant une tabagie qui semble vendre un grand choix de périodiques.Vous décidez d'entrer.Il est relativement peu probable que vous vous dirigiez vers les quotidiens, surtout si vous n'avez complété que des études secondaires: si vous le faites, vous êtes peut-être un garçon qui achètera Le Journal de Montréal, pour la section des sports.Si vous achetez La Presse ou Le Devoir vous n'êtes pas |eune ou alors vous faites partie d'une minorité du groupe des 15-25 The Gazette ne vous intéresse pas: si vous aimez regarder la télévision en anglais, vous n'appréciez cependant pas d'avoir à lire dans cette langue Il est beaucoup plus probable que vous vous dirigiez vers les magazines.Vers ceux de mode, de beauté ou du style Wow si vous êtes une fille Vous êtes une des meilleures clientes des vendeurs de magazines II faut dire que selon beaucoup d'études sérieuses, en moyenne, vous lisez plus que vos pairs masculins (la proportion varie selon les études en question) Ceux-ci sont d'ailleurs plus portés vers les revues spécialisées sur la 12/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 moto, l'auto ou encore l'informatique.Par contre, que vous soyez de l'un ou l'autre des sexes, il est aussi fort probable que vous vous dirigiez tout droit vers la revue Croc, qui semble être des plus populaires.Peu d'entre vous seront attirés par des revues d'information générale, à moins que la couverture ne semble traiter d'un sujet qui vous intéresse particulièrement.Si vous achetez une revue de vulgarisation scientifique ou tout autre revue relativement spécialisée (dans ce cas-ci, peu importe qui vous êtes), il est fort probable que vous le faites régulièrement; vous êtes encore minoritaire.Il est tout de même intéressant de souligner que pour plusieurs, l'achat de périodiques est justifié par leur coût relativement bas, le traitement visuel soigné et la brièveté des textes.À remarquer: la catégorie des périodiques est celle où l'on retrouve un taux élevé de consommation de produits québécois (chez les 15-25 ans).Vous n'avez plus rien à faire ici et sortez de la boutique.Vous: Décidez de retourner chez vous, (rendez-vous au paragraphe D) Vous trouvez que vos achats ont sérieusement grevé votre porte-feuille.Vous décidez d'aller faire un tour à la bibliothèque, parce que c'est gratuit, (rendezvous au paragraphe H) Vous n'êtes pas encore allé au cinéma et vous pensez que cela vous changera les idées (rendez-vous au paragraphe B) Vous décidez de retourner au cinéma (rendez-vous au paragraphe C) G Vous êtes maintenant devant la librairie Que des livres C'est une des rares fois que vous entrez dans un endroit où l'on ne vend vraiment que des livres (l'endroit où vous achetez vos bouquins est plutôt un papeterie).Vous regardez la «marchandise», mais quand vous apercevez le prix, vous avalez de travers.Vous entrez, achetez le bouquin et retournez chez vous, ayant vidé votre portefeuille (rendez-vous au paragraphe D) Vous décidez d'emprunter le livre à la bibliothèque (rendez-vous au paragraphe E) Vous décidez de retourner au cinéma (rendez-vous au paragraphe C) Vous décidez d'aller au cinéma (rendez-vous au paragraphe B) Vous décidez d'acheter un magazine, c'est moins cher (rendez-vous au paragraphe F) H Vous arrivez à la bibliothèque.C'est ici que vous vous procurez la majorité des textes que vous lisez (hormis ceux qu'on vous oblige à lire à l'école, qui sont en général disponibles sur place).Que ce soit pour une recherche, la simple envie de relaxer (car il est maintenant possible d'écouter de la musique tout en lisant votre Gaston Lagaffe préféré) ou d'en savoir plus sur le fonctionnement de votre motocyclette, vous venez ici Dans le fond, vous aimez bien les livres, mais c'est beaucoup plus économique de les emprunter que de les acheter (pensez: un policier de «Série Noire» coûte au moins $7.50.et ce n'est pas le genre de livre qu'on lit deux fois.) Bon, vous vous dirigez maintenant vers les rayons Par quoi commencer?Les premiers livres que vous rencontrez sont des bandes dessinées Cette catégorie constitue de loin (ou d'assez loin) la catégorie la plus populaire dans votre groupe d'âge (quoique cette proportion diminue de façon inversement proportionnelle à votre âge et à votre niveau de scolarité) Vous lisez de tout, mais ce sont encore les classiques et les nouveaux classiques qui vous sont le plus familiers: Astérix.Tintin, Spirou, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, Mafalda, Garfield, Boule et Bill, etc Vous vous intéressez aussi à d'autres formes de BD.mais là on n'a plus de consensus De toute façon, ce n'est pas votre intention d'élaborer longuement là-dessus, vous vous contenterez d'évoquer quelques caractéristiques de ce type de livre: textes brefs (sauf pour Achille Talon, qui n'est d'ailleurs pas très populaire), humour, aspect visuel attrayant.La BD qui vous intéressait a déjà été empruntée Vous vous retrouvez devant le rayon des livres de références Comme vous n'avez aucune recherche à faire, vous vous en éloignez rapidement, non sans avoir lorgné les livres d'informati que.Un dictionnaire a failli vous assommer en tombant à un cheveu de votre tête.Vous ressentez d'ailleurs une peur intense à chaque fois que l'on prononce ce mot devant vous.Vous vous contentez du Micro-Robert ou du vieux Larousse de votre frère aîné.(En effet, des statistiques effarantes révèlent que peu de |eunes possèdent un dictionnaire à la maison, ce qui est tout de même un outil essentiel, même pour un lecteur occasionnel ) Ouf Vous vous en êtes sorti vivant De venu jeune fille de faible niveau de scolarité, vous êtes maintenant dans le rayon des romans romantiques, catégorie fort populaire Vous hésitez longuement entre les Harlequin.les Baldaquin (sans blague ) et les Barbara Cartland Vous cherchez celui qui se distinguera des autres par son originalité Pas facile1 Tous ces livres ont en commun des intrigues mettant en scène des hommes beaux, intelligents, autonomes et des femmes bel les et soumises qui au début, sont en conflit et qui finissent par s'aimer passionne ment dans des lieux tous plus exotiques les uns que les autres Quant au style de cette pseudo-littérature plutôt faible (un français résultant d'une traduction de qualité douteuse, dans bien des cas) et tout aussi stéréotypé que les intrigues Des trucs du genre «leurs bouches se rencontrèrent • Seul «avantage» de VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/13 cette catégorie: son coût relativement faible.Vous avez repris votre état normal.Vous êtes maintenant dans la section Best-sellers.La plupart des bouquins devant vous sont des traductions d'ouvrages américains dont on a déjà tait ou dont on fera des mini-séries Déjà, au niveau des intrigues, on constate une amélioration de la variété Des caractéristiques: en général, l'héroïne (plus souvent que le héros) est d'origine modeste et se retrouve dans un milieu social plus élevé, cela grâce à sa ténacité: elle n'échappe cependant pas à l'amour C'est le Rêve américain devenu livre Quant au style, rien d'extraordinaire, quoique la qualité du français est relativement bonne (variant toutefois d'un livre à l'autre).Lecteur cible Monsieur et Madame Tout-le-Monde, ce qui englobe souvent Jeune Tout-le-Monde.Désavantage principal: coût élevé Vous êtes maintenant dans le rayon des romans policiers et fantastiques, catégorie la plus populaire, autant chez les gars que chez les filles Ce que vous trouvez intéressant, c'est de ne jamais savoir comment ça finit En plus, il y a de l'action Dans le fantastique, Hitchcock et Stephen King remportent la palme: il semble que vous aimiez vous faire conter des peurs.Dans la catégorie policier, c'est Agatha Christie que vous connaissez le mieux: Hercule Poirot et Miss Mar-ple ne vous ont ïamais déçu.Vous avez entendu parler d'Arsène Lupin et de Sherlock Holmes, mais il vous semblent un peu démodés avec leur allure du début du siècle Au niveau du style, rien de fantastique (c'est le cas de le dire!) Quant à l'intrigue: il se commet un crime et le lecteur suit l'enquête Vaut mieux emprunter qu'acheter car quand on sait qui est le coupable, ça devient ennuyeux de relire.Du monde du crime, vous êtes maintenant passé à celui de la science-fiction et des livres dont vous êtes le héros (cela vous rappelle quelque chose.).Dans le premier cas, vous vous retrouvez dans un monde d'humanoïdes ou l'exploration et le combat sont de mise Vous ne constituez toutefois pas une catégorie numérique importante: par contre, vous êtes fidèle (et généralement du sexe masculin) Asimov est un de vos auteurs préférés Dans le deuxième cas, vous avez toujours un dé dans vos poches, car c est essentiel pour les combats II vous arrive de mourir plusieurs fois avant de terminer votre aventure, mais vous recommencez, bien décidé à sortir du labyrinthe de mots dans lequel vous vous êtes engagé.En gros, on peut décrire les livres dont vous êtes le héros comme étant une aventure (de la préhistoire à la Révolution française, jusqu'en l'an 3000 sur une planète inconnue) dont le lecteur choisit l'ordre des péripéties, soit par déduction, soit à l'aide de dés.Chose certaine, il faut aimer les mathématiques pour tenir ses points de vie ou de combat à jour! Ce type de livre a aussi ses stéréotypes: vous devez être le bon pour «gagner».Quant au style, on ne peut s'empêcher de remarquer l'omniprésence de la deuxième personne.Vous approchez de la sortie mais ne pouvez éviter le rayon de littérature.Vous y reconnaissez de nombreux livres que l'on vous a obligé à lire à l'école: Saint-Exupéry, Balzac, Hugo, etc.Par contre il vous est aussi arrivé de faire des «trips»: vous aviez décidé de lire Eugénie Grandet, Candide et vous avez aimé ça.Vous êtes maintenant devant la section des livres québécois: comme tout le monde, vous avez lu Maria Chapdelaine, Me-naud maître draveur et Le Survenant à l'école Le Matou, c'est vous qui l'aviez choisi, mais vous n'êtes pas sûr du nom de l'auteur (sérieusement, interrogez des gens à la bibliothèque municipale et vous me croirez).Nommez un auteur québécois.Michel Tremblay.Quel livre avez-vous lu de lui?Euh.C'est un fait: les jeunes, en général, ne connaissent pas ou peu les auteurs québécois.Pour beaucoup d'universitaires, Hubert Aquin, c'est le nom d'un pavillon de l'UQAM, point.Comment peut-on lire des livres d'ici si on ignore qu'ils existent?Même la science-fiction ne trouve pas de solution à ça La porte devant vous: Vous êtes fatigué et rentrez chez vous (rendez-vous au paragraphe D) Vous décidez d'aller vers le sud et vers l'est (rendez-vous au paragraphe F) Vous marchez vers le Sud (rendez-vous au paragraphe G) Vous décidez d'aller au cinéma (rendez-vous au paragraphe B) Vous êtes déjà au cinéma et décidez d'y retourner (rendez-vous au paragraphe C) Sophie Uberge est étudiante Elle a été collaboratrice à la Presse étudiante du Québec et au journal étudiant du cégep de St-Jean Les nouveaux delà pauvreté Commeni notre époque définit-elle la pauvreté1 Qui sont les nouveaux ■pauvres-1 Les auteur-e-squi sont tous québecoisjettent une lumière nouvelle sur ces questions Ce livre a été écnt sous la direction de Madeleine Gauthier.Institut québécois de recherche sur la culture.Montréal.1987,258 p.18.50$ en spécial: 1500$ Prix en vigueur jusqu'au 31 décembre 1987.LIBRAIRIE DES ÉDITIONS PAl UNES 43ft2nKSt-Drnis.Moatrta),tm 2L1 tél.: (5141M9-3S85 14A/IE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 MOURIR D'AIMER Comme une dizaine d'autres femmes avant elle en 1987, Hélène Lizotte a succombé aux coups de son agresseur.Trois cent mille femmes sont battues au Québec.Trois cent mille hommes violentent celles qu'ils prétendent aimer.Depuis deux ans, rejoignant les organismes communautaires qui occupaient jusqu'ici le terrain, l'Etat a décidé de se mobiliser pour combattre la violence conjugale.Mais on ne peut s'empêcher de constater les limites du système à assurer la protection des victimes et la prévention de la violence.Recherche et entrevues MARTINE D'AMOURS et MARIE LUCE GARCEAU Texte: MARTINE D'AMOURS VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/15 DOSSIER Coup sur coup par MARTINE D'AMOURS et MARIE-LUCE GARCEAU Il était violent.Il me mettait dehors au mois de novembre quand il faisait de grosses tempêtes.Dehors sans rien sur le dos.Je le suppliais de me laisser entrer.Il ne voulait pas.Après, ce sont les enfants qui criaient après lui mais il ne voulait pas que les jeunes m'ouvrent la porte.Je m'étais habituée et je cachais un habit de ski-doo dans le hangar parce que je passais toute la nuit là.»1 Une sur huit Voilà le nombre de chances que chaque Canadienne a de gagner à la triste loto de la violence conjugale.Le Comité permanent sur la Santé, le bien-être et les affaires sociales de la Chambre des communes écrivait en 1982: «Battre sa femme, ce n'est ni la gifler ni lui lancer la vaisselle au visage: c'est l'étrangler, lui donner des coups de pieds et de poings, la mordre, l'agresser sexuellement, la menacer et la frapper avec le premier objet qui vous tombe sous la main » Cela peut aller jusqu'au meurtre Au Canada, près de 20% des homicides sont commis par le conjoint de la victime; dans 83% de ces cas, c'est la femme qui est tuée par son mari, rapportait en 1985 le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme (CCCSF).Mais ce qui blesse souvent plus profondément que les coups, c'est la violence verbale et psychologique.Une enquête très complète réalisée récemment par Lmda MacLeod regorge de témoignages «Ce qui me blesse le plus, c'est la façon dont il s'arrange pour que je me sente sale, répugnante II me traite comme une chienne, pire même II n'arrête pas de me répéter que ie suis laide et que ie ne suis bonne à rien II me crache dessus Ça ne lui suffit pas de me frapper à coups de pied et à coups de poing II me crache dessus Parfois.ie pense que tout est préférable, même les coups, à ce sentiment d'être tombée si bas.*2 Physique et psychologique, la violence se prolonge souvent au plan sexuel Une recherche effectuée récemment pour le Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence révèle que sept femmes sur dix maltraitées physiquement ou psychologiquement à l'intérieur de leur relation conjugale sont aussi agressées sexuellement par leur conjoint.3 Au terme de sa recherche, Lmda MacLeod est amenée à définir ainsi la femme battue: «c'est celle qui a perdu sa dignité, son autonomie et sa sécurité, qui se sent prisonnière et sans défense parce qu'elle subit directement et constamment ou de façon répétée des violences physiques, psychologiques, économiques, sexuelles ou verbales.C'est celle qui doit essuyer des menaces continuelles et qui voit son amoureux, mari, conjoint, ex-mari ou examoureux — homme ou femme — se livrer à des actes violents sur ses enfants, ses proches, ses amis, ses animaux familiers ou les biens auxquels elle tient.Aussi l'expression «femme battue» englobera-t-elle toutes les répercussions des violences infligées à la femme elle-même, à ses enfants, à ses amis et parents et à la société dans son ensemble»4.Les chiffres reflètent mal toute l'ampleur de cette réalité, mais les données les plus courantes parlent d'un million de femmes battues au Canada, et de 300,000 au Québec Au-delà des classes sociales La violence ne fleurit pas dans les foyers ouvriers davantage que dans les autres Certes, les contîntes qui fréquentent les maisons d'hébergement et de transition pour femmes violentées sont souvent celles qui n'ont pas d'autre ressource: selon MacLeod, les pensionnaires des refuges sont jeunes, sous-scolarisées et mères d'enfants en bas âge.Il est fort possible que plusieurs n'aient jamais eu d'emploi salarié; la plupart sont sans travail à leur arrivée à la maison d'hébergement.Mais cette statistique signifie simplement que les plus pauvres se ramassent dans les refuges, alors que d'autres ont les moyens de se louer un appartement, de loger chez des ami-e-s ou d'aller cacher leurs bleus en Floride.La violence conjugale ne connaît pas de classes sociales.Qu'ont-elles de spécial ces femmes qui subissent coups et injures?Après la violence, elles se ressemblent toutes: elles sont isolées, elles ont honte, se sentent coupables, ont une faible estime d'elles-mêmes et vivent avec la peur au ventre.Mais avant que la violence ne marque leur existence, elles n'étaient ni totalement opprimées, ni particulièrement dépendantes.Dans une étude qui explore la personnalité des femmes avant qu'elles ne deviennent les victimes de sévices, Leno-re Walker a montré que les femmes battues se perçoivent comme plus ouvertes que la moyenne dans leurs rapports avec les hommes.5 Et qu'ont-ils de particulier ces hommes batteurs?Pas plus que leur conjointe, ils n'appartiennent à une classe sociale particulière.Marc-André Houle, intervenant dans le groupe CHOC (collectif pour hommes opprimants et colériques) rapporte que dans son expérience et selon la littérature, l'homme violent est souvent isolé socialement, très rationnel, rigide et dépendant affectivement.Il aurait une faible estime de lui-même, une difficulté à communiquer et une vision stéréotypée des rôles II a tendance à résoudre ses conflits par la violence.Robert Philippe, psychologue et directeur de Pro-GAM (projets-groupes au masculin) rapporte que ses clients sont des hommes qui, devant une situation frustrante, n'ont pas la flexibilité d'évaluer d'autres alternatives.Alors ils cognent Plusieurs sources soulignent que les hommes battent pour «garder le contrôle», pour «plier les femmes à leur volonté», dans une société qui consacre le pouvoir de l'homme sur la femme et qui tolère la violence, spécialement masculine.16/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 DOSSIER Une société qui tolère — voire encourage — la violence, spécialement la violence masculine.Masochistes?Non, amoureuses Avant d'appeler la police, avant de se réfugier dans une maison d'hébergement, ce sera long: certains disent que l'appel au secours survient après dix scènes violentes en moyenne, d'autres après trente-sept.Plusieurs femmes retirent leur plainte; la majorité ne veulent pas que «leur homme» soit emprisonné Masochistes, les femmes?Non, démunies parfois, et souvent amoureuses «Les femmes n'aiment pas être battues, elles aiment l'homme qui les bat», résumait l'écrivaine française Benoite Groult L'ambivalence affective est partie prenante de la réalité des femmes violentées, et cela d'autant plus qu'après les coups, il n'est pas rare que le conjoint demande pardon, promette que «ça ne se reproduira plus».Les travailleuses des maisons d'hébergement rapportent que leurs «pensionnaires» passent par tous les sentiments peur, désespoir, amour, colère, angoisse, culpabilité, espoir.«Savez-vous ce qui fait le plus mal9 confie l'une d'elles Nous étions si heureux, nous nous aimions tant Je veux que ces jours reviennent Je veux encore rêver, faire des projets, envisager un avenir pour nous et nos enfants Je meurs d'envie de me sentir aimée à nouveau Ça fait si lontemps que personne ne m'a dit un seul petit mot gentil, ne s'est montré doux envers moi.Les bleus et les os peuvent guérir, mais ce désir d'être aimée, lui, ne guérit jamais.»6 Au fond, les femmes violentées ne sont pas si différentes des autres Plusieurs «voient le côté violent de leur relation comme quelque chose qui a dérapé et comme le prolongement, du moins au début, d'une relation normale Elles avouent que leur histoire d'amour a commencé comme n'importe quelle autre et ajoutent parfois qu'elle a été particulièrement intense, tendre et empreinte de complicité» rapporte Linda MacLeod Elle ajoute que les premiers incidents violents ne sont pas toujours évidents et que c'est la persistance qui caractérise la violence coniugale L'amour au banc des accusés9 Mac Leod questionne en tous cas les modèles amoureux valorisés dans notre société: l'amour romanesque, la passion, la possessivité Exclusivité et création d'un «monde à part» avec l'être cher ne seraient-elles que l'envers de médaille de la jalousie et de l'isolement auxquels se heurtent les femmes battues?La violence conjugale nous retourne à nous-mêmes et à notre façon de vivre nos relations amoureuses Au fond, là réside la grande ambiguïté vécue par de nombreuses femmes battues: vouloir se protéger contre la violen ce et en même temps, ne pas pouvoir s'empêcher d'espérer que tout redevienne «comme avant» A i tiré d une enquête socio économique suf la violence taite aux lemmes en Abitibi Temiscamingue réalisée en 1984 par Marie Luce Garceau et Lise Monn 2 tiré de linda MacLeod Pour de vraies amours prévenir la violence conjugale CCCSf.ruin 1987 3 La sexualité blessée liuti>' .ui la violent.le en milieu coniugal.|uin 1987.p 83 4 Linda MacLeod opcit.p 17 5 Walker L The Battered Women Syndrome Study p 8 cite par L MacLeod p 47 « cite par Linda MacLeod opcit p 12 VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/17 DOSSIER Réseau public V5 réseau communautaire: L'Ogre et le Petit Poucet par MARTINE D'AMOURS et MARIE-LUCE GARCEAU La maison ressemble à n'importe quelle maison.On prépare le souper ensemble; on jase de sa journée; on surveille les petits du coin de l'oeil.Autour de la table cependant, il n'y a que des femmes: femmes violentées ou animatrices, et leurs enfants.«La force des maisons d'hébergement, c'est leur dimension familiale, soutient Diane Prud'homme, du Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes violentées.C'est la vie qui s'installe, c'est le contact quotidien entre des femmes qui ont vécu sensiblement la même cho- se.» Un outil pour les femmes et la communauté Dans une maison d'hébergement, les animatrices prendront le temps d'écouter et d'accueillir les femmes sans les juger Celles qui vont y chercher protection loin d'un conjoint violent savent qu'elles ont un chemin à parcourir seules, mais elles seront accompagnées aux moments les plus critiques Les maisons offrent en effet bien plus que le gite et le couvert; elles accueillent, réfèrent, accompagnent et soutiennent les femmes dans leurs démarches, interviennent auprès d'elles et de leurs enfants, offrent un suivi aux ex-hébergées «L autre force des maisons, poursuit Diane Prud'homme, c'est leur approche globale, qui fait que tous les services, toutes les démarches peuvent être entreprises à partir de la maison, avec le soutien des animatrices Parce qu'une femme, c'est pas 15 morceaux, c'est un tout.» Plus qu'une ressource pour les femmes victimes de violence, les maisons d'hébergement sont aussi un outil très utilisé de prévention et de sensibilisation Des groupes sociaux ou populaires, des écoles, des hôpitaux font appel à elles pour mieux comprendre le phénomène de la violence Pour Diane Prud'homme, les maisons ont en fait deux mandats principaux.«Le premier, c'est la prévention: dire que la violence existe pour que les femmes puissent le dire à leur tour et prendre les moyens pour s'en sortir.Le deuxième, c'est d'offrir des services qui répondent aux multiples besoins des femmes violentées.» Les maisons sont aussi un symbole pour les communautés qu'elles desservent.Le symbole qu'un certain type de violence n'est plus acceptable et ne sera plus toléré.La mouche du coche Les maisons d'hébergement et de transition ont vu le jour au Québec à partir de 1975 Souvent sans subvention et avec très peu de moyens, sans reconnaissance, ni sécurité, ni spécialistes, elles naissent «là où les professionnels avouent qu'il n'y a rien à faire V On en compte aujourd'hui 652 dont 44 sont voués exclusivement à l'accueil des femmes battues; elles offrent 780 places et accueillent quelque 10,000 femmes et enfants chaque année Avec le soutien de d'autres groupes de femmes, les maisons d'hébergement ont Les femmes violentées vivent un «marathon- d émotions honte, isolement, peur, espoir, culpabilité.18/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 16 • • mis le problème sur la place publique Ce sont elles qui ont forcé le gouvernement à intervenir en matière de violence conjugale.En 1977-78, le ministère des Affaires sociales a commencé à subventionner une première maison d'hébergement pour une somme de $100,000.Dix ans plus tard, le ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS) répartira plus de $9 millions entre les 65 maisons et leurs deux regroupements provinciaux.Mais le gouvernement entend aussi intervenir sur ses propres bases.Suite à des colloques régionaux tenus en 1980-81 où les médecins, travailleurs sociaux, policiers, avocats avaient admis un sentiment d'incompétence et de malaise face au phénomène de la violence conjugale, le gouvernement du Québec accouche, en 1985-1986, de deux nouvelles politiques.La première origine du ministère des Affaires sociales, la seconde, du ministère de la Justice et du Solliciteur général (voir encadré).Le MSSS appelle à la mobilisation générale Appelons-la Mme Dufour.Elle se présente au CLSC et demande d'être suivie pour «problèmes familiaux» et «dépression».À la cinquième rencontre avec sa travailleuse sociale, elle avoue être battue par son mari Cependant elle ne veut pas aller en maison d'hébergement.Beau- coup de Mme Dufour consultent ainsi les services sociaux pour des problèmes divers qui, lorsqu'on gratte un peu, révèlent leur vraie racine: la violence conjugale.Il n'y a pas si longtemps, de nombreux intervenants n'auraient pas su quoi faire avec elle On lui aurait peut-être suggéré une «thérapie conjugale»; pire, on aurait pu aller jusqu'à lui prescrire des tranquili-sants.Chose certaine, dans les salles d'urgence, dans les hôpitaux et les CLSC, la violence conjugale n'était ni très bien connue, ni considérée comme un enjeu prioritaire.En janvier 1986, nouvellement nommée adjointe au directeur général dans le dossier «conditions de vie des femmes» pour le Conseil régional de la Santé et des Services sociaux de la Montérégie.Claudette Lafrenière a tracé le portrait des ressources offertes aux femmes battues de sa région.Sombre tableau, les huit maisons d'hébergement reçoivent trop peu de financement, manquent de services de suivi, de prévention et de sensibilisation Quant aux établissements du réseau (CLSC, hôpitaux, départements de santé communautaire), ils méconnaissent le problème de la violence, sont incapables de dépister et de rejoindre ses victimes Cette clientèle était considérée comme non-prioritaire, on ne compilait pas de statistiques sur elle; on ne publierait pas de ressources pour lui venir en aide C'est cette situation que le ministère de L'ETAT FACE A LA VIOLENCE Rendue publique en juin 1985, la Politique d'aide aux femmes violentées du ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît aux maisons un rôle essentiel en matière d'hébergement des femmes violentées et améliore leur financement par le biais de normes objectives En outre, elle vise à développer, à l'intérieur du réseau des Affaires sociales, des services adaptés à la réalité des femmes battues et, pour cela, crée un programme de formation destiné aux travailleuses sociales, médecins, psychologues des établissements du réseau, et spécialement des CLSC Elle mise aussi sur la sensibilisation du public et la concertation entre les intervenants.La Politique d'intervention en matière de violence conjugale du ministère de la Justice et du Solliciteur général date de mars 1986 Elle réitère que «battre sa femme est un crime» et établit que dorénavant les policiers, les luges et les procureurs devront appliquer le code criminel en matière de violence conjugale Les policiers sont tenus de répondre aux appels; en cas d'infraction grave, ils peuvent procéder à l'arrestation sans mandat du conjoint violent Le système |u diciaire doit informer et soutenir la victime; il détient désormais la possibilité de «soigner», plutôt que d'emprisonner, l'agresseur la Santé et des Services sociaux (MSSS).via sa politique d'aide aux femmes violentées, veut voir changer Le ministère dit en quelque sorte à ses établissements et à ses professionnels: «Sachez reconnaître une Mme Dufour quand vous en avez une sous les yeux; référez-la à une maison d'hébergement si elle le désire, sinon, soyez en mesure de lui offrir les services dont elle a besoin » En jargon du MSSS, cela s'appelle dépister-référer-intervenir Mme Pauline Lapointe, agent de liaison au service de soutien des organismes communautaires du MSSS (secteur femmes en difficultés), parle d'une nécessai re «mobilisation générale» «Ce n'est pas avec 65 maisons d'hébergement qu'on pourra répondre aux besoins de 300,000 femmes battues Le réseau des Affaires sociales n'a pas le droit de se déresponsabiliser face à un problème de cette ampleur, fait-elle valoir.» Formation Pour que ses professionnels puissent «dépister, référer et intervenir» adéquatement, le ministère a mis sur pied un programme de formation, «une formation à l'intervention féministe», souligne fièrement Mme Lapointe, un programme ou l'on forme des formatrices qui à leur tour formeront d'autres intervenantes.Mme Lafrenière estime que, dans sa région, le programme est bien engagé En outre, ses efforts pour développer la concertation et amener les établissements du réseau à agir sur la violence commencent à porter fruit Un an après son premier rapport, un deuxième portrait des ressources révèle qu'en Montérégie, une dizaine d'établissements ont déclaré prioritaire l'intervention auprès des victimes de violence conjugale II se fait également plus de dépistage, plus de cueillette de données, plus de publicité et de concertation entre les différentes ressources Mais si le ministère investit dans la formation d'un certain nombre d'interve nantes.il n'aioute pas un sou de plus au budget de ses établissements Même chose du côté du ministère de la Justice, qui a mis un maigre $90,000 dans la formation de ses policiers Autrement dit, tout le monde devra s'occuper de la vio lence coniugale.mais avec les mêmes ressources financières et humaines qu'avant Ceci amène Diane Prud hom me.du Regroupement provincial des VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/19 maisons d'hébergement, à dire qu'«on a donné un rôle plus grand au CLSC et aux CSS mais on ne leur a pas donné les moyens de faire plus de travail.D'ailleurs, plusieurs reconnaissent qu'ils ne veulent pas avoir à donner ce service Ils s'organisent avec les maisons parce qu'ils ne fournissent pas.» Elle fait valoir aussi que les CLSC n'offrent pas des services 24 heures par jour.Le p'tit réseau communautaire face au gros réseau étatique Depuis 12 ans, à force de maigres salaires, de bénévolat et d'huile de bras, le réseau des maisons d'hébergement a relevé le double défi d'offrir des services aux femmes violentées et d'attirer l'attention sur la gravité du problème de la violence Il a tellement bien réussi que le réseau étatique, spécialement celui des Affaires sociales, parle maintenant de la violence coniugale comme d'une «priorité d'intervention».Mais voilà que le p'tit réseau communautaire a peur de perdre le contrôle au profit du gros réseau étatique Petit Poucet ayant accompli des pas de géant, il craint d'être bouffé par l'Ogre Commune à de nombreux groupes, la bataille pour le partage des responsabilités et du pouvoir, entre l'État et le secteur communautaire prend plus d'ampleur ici qu'ailleurs parce que les maisons offrent des services 24 heures par |our, 7 jours par semaine.Résumons les positions Les maisons veulent demeurer le pivot principal en matière de violence conjugale Elles réclament que les cas de violence dépistés dans les CLSC leur soient référés, même si ces femmes n'ont pas besoin d'hébergement Cela supposerait bien sûr une augmentation de leurs ressources, notamment externes, et de leur financement Le ministère répond que les maisons seront la ressource quand il y a un besoin d'hébergement, mais que, dans les autres cas, le réseau devra pouvoir offrir des services aux femmes qui frappent à sa porte Les maisons seront donc un partenaire essentiel, mais pas le seul partenaire «D'ailleurs, fait valoir Pauline La-pomte, du service soutien aux organismes communautaires du MSSS, si on voulait que les maisons soient le partenaire exclusif, il faudrait en faire un réseau lourd, presque un deuxième réseau des Affaires sociales • Cette position fait craindre aux maisons de devenir des «hôtels» pour femmes battues.À cela, Mme Lapointe répond que «les maisons conserveront leur rôle d'offrir le gîte, le couvert, l'accueil, la référence, l'intervention et le suivi des ex-hébergées Pas question, donc, qu'elles deviennent des hôtels.» Cependant, elle admet que «cela peut empêcher un développement futur des maisons, notamment dans leurs services externes».Au fond, l'enjeu, c'est de savoir qui, du gros réseau étatique ou du petit réseau communautaire, s'occupera de toutes les Mme Dufour, de celles qui n'ont pas fait le choix de quitter leur domicile pour la maison d'hébergement.Pourtant, les maisons d'hébergement ont marqué des points récemment.Le ministère de la Justice vient de leur confier le contrôle d'une ligne téléphonique qui recueillera tous les appels de Québécoises aux prises avec un problème de violence Dans les faits donc, il leur concède le rôle de porte d'entrée dans le réseau Reste à savoir à quels établissements, outre les maisons elles-mêmes, le Regroupement référera toutes ces demandes: aux CLSC9, aux centres de femmes9, à d'autres groupes communautaires9 Le nerf de la guerre Les services aux femmes violentées se traduisent évidemment en signe de piastre.Le financement gouvernemental aux maisons d'hébergement passera de $6 3 millions en 1986-87 à $13.5 millions en 1989-90.Au terme du plan triennal annoncé en juin par la ministre Lavoie-Roux, chaque maison recevra $175,000 annuellement plus $8 par jour par femme hébergée plus l'indexation.C'est une hausse substantielle, même si cela représente la moitié des $370,000 par maison que réclamait le Regroupement provincial.Diane Prud'homme reconnaît les gains: subventions plus équitables entre les maisons, reconnaissance d'un service de suivi pour les femmes hébergées et leurs enfants.Cependant, elle estime que même avec l'augmentation, les maisons continueront de donner des salaires de crève-faim, de voir leurs services remis en question.Elle croit aussi que plus de financement signifiera plus de contrôle et que «la prochaine étape, pour les maisons, c'est d'instaurer des mécanismes de contrôle avant que le ministère ne nous impose les siens.» Mais une question demeure: si la campagne de communication publique prévue pour cette année, si le débat de société sur la violence conjugale se traduisaient par une demande accrue pour l'hébergement, le MSSS financerait-il davantage les maisons?Une responsabilité sociale Au fond, on ne peut que se réjouir de ce que plus de travailleuses sociales, de médecins, de juges, de policiers et de procureurs sachent reconnaître la violence conjugale et supporter ses victimes Mais ce qui est dangereux, c'est que ce qui était porté par un mouvement social, le mouvement des femmes, en vienne à se traduire uniquement en termes de services.Si on parle de services, on s'adresse à l'individue; si on parle de mouvement social, on confronte la collectivité A 1 Micheline Beaudry Les maisons de femmes battues au Québec Montréal.Ed Albert St-Martin.1984 p 13 2 Les 21 autres maisons accueillent des «femmes en difficulté» plutôt que des femmes victimes de violence coniugale Travailleuse sociale et ex-travailleuse d'une maison d'hébergement.Marie-Luce Garceau est maintenant assistante de recherche en sociologie à IUOAM En 1984.elle a réalisé avec Lise Morin une enquête socio-économique sur la violence faite aux femmes en Abitlbi-Témiscamingue 20/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 C0MJ0IMT5 VI0LEHT5 Les casse-tête de la Justice par Martine D'Amours « g a violence est un crime et vous, monsieur, si vous êtes violent avec votre femme, nous allons vous arrêter et vous mettre en prison.» En an-Vm nonçant, le 17 mars 1986, sa nouvelle politique d'intervention en matière de violence conjugale, le ministre québécois de la Justice, M.Herbert Marx, se voulait on ne peut plus clair.Désormais, on tiendrait le conjoint violent pour responsable d'un acte criminel.Toutefois, on allait songer à lui offrir d'autres alternatives que la prison, notamment la thérapie.Finies les «chicanes de famille» Bien que considéré comme un acte criminel, au même titre que le fait de battre son voisin, la violence envers une conjointe n'a pourtant jamais été traitée comme tel.Jusqu'ici, le système judiciaire ne possédait pas son propre système de données statistiques sur le phénomène.Mais aussi et surtout, les policiers s'abstenaient d'intervenir dans ce qu'on ravalait commodément au rang de «chicanes de famille» La politique du ministre Marx n'est donc pas une nouvelle loi.Elle prévoit simplement que le système judiciaire doit désormais appliquer le code criminel en matière de violence conjugale.Dorénavant donc, les policiers devront répondre aux appels de ce type; ils devront recueillir des preuves et rédiger un rapport d'événement Quand ils appréhendent un danger pour la femme, ils peuvent arrêter l'agresseur sans mandat Avec suffisamment de preuves en mains, ils peuvent aussi porter plainte sans le consentement de la victime.Bien sûr c'est un pas énorme par rap- port à la situation antérieure.Mais la mécanique judiciaire a des ratés qui l'empêchent, au quotidien, de traiter convenablement les problèmes de violence conjugale Une politique ne transforme pas d'emblée la mentalité des juges et des procureurs.Les maigres $90.000 inves fis dans la formation des policiers suffiront-ils à modifier une tradition de non-intervention, surtout dans les petites villes et villages où tout le monde se connaît?«Un policier arrètera-t-il son copain de taverne du vendredi soir?», questionnait une militante féministe de longue date.En outre, le système a sa propre logique: il juge d'un événement précis plutôt que d'un itinéraire de plusieurs années de violence conjugale Des limites de la thérapie Depuis l'entrée en vigueur des nouvelles mesures, en septembre 1986, la police de la Communauté urbaine de Mon tréal a reçu 4,500 «signalements» relatifs 87/21 à la violence conjugale et procédé à 2,800 arrestations.Mais la question se pose: comment punir les agresseurs?Plusieurs intervenants soulignent la nécessité d'agir à la source du problème: sur l'homme lui-même.On a en effet remarqué que même si la victime ne retourne pas avec son agresseur, celui-ci aura tendance à reproduire la violence sur une autre femme.Les animatrices des maisons d'hébergement le savent, qui accueillent parfois la deuxième conjointe d'un homme batteur.En outre, une forte proportion de femmes séparées ou divorcées déplorent au moins un incident violent de la part de leur ex-conjoint.La politique du ministre Marx permet aux tribunaux d'envoyer des agresseurs en thérapie plutôt que derrière les barreaux.Le «traitement sentenciel», comme on le nomme, est identifié comme plus efficace et plus «thérapeutique» que la prison.Sans qu'on le dise, la mesure s'appuie aussi sur des considérations plus pragmatiques: les prisons sont pleines et on hésite à y envoyer les batteurs de femmes et d'enfants qui y sont battus à leur tour par les autres prisonniers: c'est «la loi du milieu» Cela peut d'autre part répondre aux désirs des femmes qui, s'il faut en croire l'étude de Linda MacLeod, sont plus favorables à une intervention du système judiciaire si celui-ci se présente comme un instrument de prévention et de protection plutôt que comme une machine à punir.Quatre-vingt-un pour cent des intervenantes des maisons d'hébergement affirment que les femmes seraient plus favorables à la mise en accusation si elles savaient que les tribunaux imposeront à leur partenaire de suivre un traitement spécial 1 Selon une autre étude,2 91% des victimes demandent une aide professionnelle pour leurs agresseurs.Des groupes communautaires et quelques CLSC offrent des programmes à l'intention des hommes violents.Pro-GAM, (Projet Groupes au masculin) à Montréal, propose une démarche de groupe de 14 semaines, CHOC (Collectif pour hommes opprimants et colériques), à Laval, une démarche de groupe de 21 semaines.Très peu d'hommes y viennent suite à une ordonnance de la Cour, la maionté sont donc des clients «volontaires» au sens de la loi Cependant, Robert Philippe, directeur de Pro-GAM, rapporte qu'aucun homme ne consulte parce qu'il considère avoir un problème de violence.«Tous viennent parce que leur conjointe est partie de la maison ou sur le point de le faire.Leur motivation, c'est de la faire revenir.» Dans un premier temps, l'homme agresseur voit le problème à l'extérieur de lui: «le problème c'est ELLE».À CHOC comme à Pro-GAM, la démarche l'amènera à réfléchir sur lui.Et au terme de la démarche, ces conjoints auront-ils cessé de cogner?Robert Philippe affirme que 80% des hommes recontactés six mois après la fin de la thérapie avaient abandonné la violence physique.Cependant, la violence psychologique ou verbale n'a pas disparu.«Quand on élimine la violence physique, estime notre interlocuteur, c'est comme si on avait seulement retiré un écran de fumée.On ouvre une boîte remplie de problèmes que la violence contribuait à masquer.» Robert Philippe croit que cinq années sont nécessaires pour opérer un changement profond.Marc-André Houle, intervenant à CHOC, est bien conscient «qu'au bout de 21 semaines, la vision de la conjointe n'a pas changé » Pour poursuivre la démarche, CHOC veut mettre sur pied des «groupes avancés», où les hommes pourraient développer une entraide, identifier des alternatives aux modèles traditionnels de relations hommes-femmes etc.Des limites de la prison La thérapie doit-elle devenir une alternative à l'emprisonnement?Plusieurs femmes croient que non.«Envoie-t-on en thérapie un voleur de voiture ou un conducteur en état d'ébriété?» faisait valoir une participante à l'émission Droit de Parole qui posait récemment la question «Faut-il soigner ou punir les batteurs de femmes?».Plusieurs intervenantes en maisons d'hébergement souhaitent que le code criminel s'applique de la même façon à celui qui bat sa femme qu'à celui qui bat son voisin.Elles ne sont pas opposées à la thérapie, à condition qu'elle survienne pendant ou après plutôt qu'à la place de l'emprisonnement.Robert Philippe croit aussi que la Justice doit suivre son cours mais estime qu'on doit dissocier la punition et le traitement «C'est sûr que la Justice doit s'appliquer en matière de violence conjugale, un peu comme elle s'applique quand elle envoie en prison un conducteur ivre Mais la prison ne règle pas le problème d'al- coolisme, pas plus qu'elle ne met un terme au comportement violent.» Marc-André Houle, de CHOC, voit la prison comme une solution de dernier recours, quand c'est le seul moyen d'assurer la protection de la conjointe, «mais au fond, ça ne fait que reproduire le problème.» Au fond, la thérapie n'a rien d'un remède-miracle mais sans elle, le cycle de la violence risque de n'avoir jamais de fin.Des alternatives?Pro-GAM verrait d'un bon oeil une gradation des mesures imposées aux conjoints violents: mesures volontaires (ne pas harceler sa conjointe, respecter les consignes de l'agent de probation etc), ordre de Cour et, finalement prison, si l'homme a enfreint ces ordonnances.D'autres intervenants au Droit de parole seraient favorables à une forme de retrait temporaire, dans un milieu sécuritaire différent de la prison, et où l'homme serait amené à faire une démarche sur lui-même.Ces sortes de centres d'accueil pour hommes violents comporteraient en outre l'avantage de retirer l'homme du foyer, plutôt que sa femme et ses enfants.Les peines infligées aux batteurs de femmes sont souvent dérisoires, spécialement quand il s'agit d'amendes ou de travaux communautaires.Le cas d'Hélène Lizotte a mis en évidence les failles du système judiciaire à assurer la protection des victimes.Combien de conjoints violents sont ainsi remis en liberté alors qu'ils constituent une menace à la vie de leur épouse?Mais le récent suicide, à Montréal, de sept conjoints arrêtés pour violence conjugale révèle aussi la nécessité d'offrir un support psychologique aux agresseurs.Chose certaine, la «déjudiciarisation» chère au ministre ne se réalisera pas sans moyens financiers.Un gars «en-dedans» coûte entre $40,000 et $60,000 par année.Quand on aura investi des sommes équivalentes dans les alternatives, elles auront peut-être atteint un niveau supérieur d'efficacité.A 1 L MacLeod Pour de vraies amours.prévenir la violence conjugale, p 90 « Meredith el Conway, cit par L MacLeod.p 101 22/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 Le Québec tourne une page Tt la veille de fêter le 150ième £\ anniversaire de la révolte des fi Patriotes, le Québec perd René Lévesque, un homme politique de la trempe de Louis-Joseph Papi-neau.Pour lui, ce sera non seulement deuil national, mais aussi et peut-être surtout deuil populaire.Des ouvriers, des secrétaires, des retraités pleurent la perte de celui dont ils disent unanimement: «Il nous a redonné la fierté d'être Québécois».Bien sûr, ses cinq dernières années comme premier ministre et chef de parti ont été celles du «renérendum», des décrets dans le secteur public, du «beau risque» fédéraliste.Mais ces cinq années ne devraient pas nous faire oublier les mesures sociales adoptées pendant le premier mandat du gouvernement péquiste: loi 101, protection des terres agricoles, assurance-automobile, loi anti-briseurs de grève.Elles ne devraient pas nous faire oublier non plus les 20 précédentes, 20 années de lutte pour la reconnaissance d'un peuple et d'une culture, 20 années de lutte pour la reconquête d'un pays.Quel était-il ce mouvement national qui a porté René Lévesque au pouvoir?Rappelons-nous les années '60, les boss «canadians», les ressources naturelles vendues à vil prix aux Américains, Eaton et McGill anglais.Le nationalisme en ce temps-là était ouvert sur le monde, complice des processus de décolonisation en Afrique et en Asie, des luttes antiimpérialistes en Amérique latine.Il était aussi généreux, branché sur les mouvements sociaux, porteur d'idéaux de justice sociale.La perte du référendum et l'usure du pouvoir ont consacré définitivement la coupure entre le social et le national Les mouvements sociaux sont entrés en période de défensive, le PQ s'est enfermé dans la gestion étatique et le «business as usual» Quant au mouvement national, on le sent faible, tourné vers le passé et surtout «débranché» des mouvements sociaux, et surtout des nouveaux mouvements sociaux Certains de ses porte-parole donnent même une impression de fermeture face aux nouveaux enjeux posés par les immigrants par exemple Au lendemain de la mort de René Lévesque, Félix Leclerc déclarait quelque chose comme: «Une des plus belles pages de l'histoire du Québec vient de se tourner.À nous d'écrire la suivante » Souhaitons que cette nouvelle page voit se renouer l'alliance entre le social et le national.A par Martine D'Amours LE MONDE VUFE/0 8AS Alto PlLLÔ?5iMOfô, \ o*)teorf»5 ta! 5/rto/o/ VIE OUVRIÈRE/DÉCEMBRE 1987/23 INTERNATIONAL UR55 Les ouvriers à l'heure de la réforme par LUC DUHAMEL Rarement l'URSS a-t-elle eu si bonne réputation en Occident.Le terme de glasnost (transparence) désigne l'étonnante liberté d'expression qui a gagné ce pays.La péréstroika est devenue aussi un mot-clé; elle caractérise les transformations de toutes sortes en cours dans cette société.Mais arrêtons-nous quelques instants à examiner la place occupée par les ouvriers dans les réformes mises en oeuvre par Gorbatchev.Des ouvriers résignés?Avant même l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev, la masse des ouvriers en URSS a acquis des droits sociaux qu'on ne saurait sous-estimer et qui expliquent la stabilité du régime Les deux premières mesures adoptées après la révolution de 1917, et ïamais remises en cause, ont consisté à instaurer la sécurité d'emploi et à assurer une mobilité sociale élevée, le parti communiste recrutant ses cadres dans le milieu ouvrier Cet État-providence procure d'autres avantages, comme une allocation des logements qui tend à favoriser les travailleurs de l'industrie et de la construction Par ailleurs, il existe un revers de mé daille Le salaire de l'ouvrier se caractérise par sa modestie, sa sécurité au travail laisse à désirer et, surtout, sa participa- tion dans le système est réduite au minimum (bien qu'il devrait en être tout autrement dans un régime prétendument socialiste).Beaucoup d'observateurs ont souligné la résignation des ouvriers soviétiques, alors que, tout au contraire, ceux-ci ont souvent offert une certaine résistance à l'exploitation dont ils sont l'objet Ils s'appliquent très peu à leur travail, à un point tel que leur productivité atteint à peine 20 % de celle de l'ouvrier américain.Fréquents sont l'absentéisme et les changements d'un milieu d'emploi à un autre Les vols et l'alcoolisme (qui exprime davantage un refus de la réalité qu'autre chose) sur les lieux de l'entreprise sont d'autres phénomènes qui ont pris des proportions alarmantes ces dernières années.Mais la résistance ouvrière ne prend pas uniquement des contours apolitiques: on osera parfois s'en prendre au pouvoir — quitte à subir sa répression — en déclenchant des grèves et des soulèvements.L'intention de Gorbatchev, en démocratisant son régime, est d'opérer une reconstruction de l'idéologie communiste.Sous Breinev, la généralisation de la corruption et la misérabilité du niveau de vie ont engendré une crise morale Beaucoup ont cessé de croire au socialisme.Toute cette péréstroika cherche à redonner foi dans le régime en rétrécissant l'écart entre la théorie et la pratique Le pouvoir attend d'une implication des ouvriers dans le processus de décision — un de ces principes léninistes à n'avoir ïamais été appliqué — une productivité accrue de leur part qui permette à l'économie de sortir de la stagnation Vous avez dit glasnost et péréstroika?Gorbatchev encourage fortement les ouvriers à critiquer les erreurs commises par les chefs.La presse se fait l'écho de cette nouvelle approche, exposant les doléances de la population comme jamais auparavant.Qu'on en juge par cette lettre d'un ouvrier à la Pravda: En discutant de la justice sociale, on ne peut fermer les yeux sur le fait que des responsables du parti, du soviet, des syndicats et même des jeunesses communistes, creusent parfois les inégalités sociales, tirant profit de toutes sortes de bars spéciaux, de magasins spéciaux, d'hôpitaux spéciaux, etc.Oui, il y a le socialisme chez nous et chacun doit recevoir selon son travail.Mais à d'autres points de vue, il ne devrait pas y avoir de privilèges.Laissons un responsable aller dans les magasins ordinaires et faire la queue1 comme monsieur tout le monde; peut-être alors que les queues — dont chacun est malade — seraient éliminées plus rapidement» (12 mars 1986).Gorbatchev semble avoir à coeur l'implication des ouvriers dans le système politique.La possibilité de choisir entre plus d'un candidat lors d'une consultation ou à l'occasion de la nomination d'un dirigeant d'entreprise fut appliquée pour la première fois cette année d'une façon sélective, mais les résultats sont déjà impressionnants.Des ouvriers peuvent briguer les suffrages de leur propre chef, sans être désignés par le parti communiste, et faire la lutte aux notables de leur circonscription Aux élections municipales de cette année, il n'est pas exceptionnel que des représentants de la nomenklatu-ra2 aient mordu la poussière Dans le district de Michurn (république de Russie) s'est produit un tel vote de protestation qu'un journal soviétique décrit en ces termes: Le président d'élection du district était embarrassé, ne sachant comment annoncer les résultats décevants d'une façon qui ménage les susceptibilités.Ils lui déclarèrent: «annonce les résultats tels qu'ils sont».Il lut les noms des élus et ceux qui l'écoutaient (parmi l'establishment) baissèrent la tète toujours plus bas.Deux secrétaires du comité du parti du district, le responsable du département de l'agriculture, le vice 24/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 L'U.R.S S à l'heure de Gorbatchev i campagne contre la corruption des responsables.président du comité exécutif, le dirigeant du département de la banque d'État et six maires de villages n'ont pas reçu le nombre de voix nécessaires pour être maires ou conseillers municipaux» (Izvestijas, 7 juillet 1987).La résistance aux réformes Les changements ne remettent pas en cause le monopole exercé par le parti communiste et n'ont pas atteint les échelons supérieurs du régime Les pouvoirs accordés aux ouvriers vont à rencontre des intérêts de la nomenklatura locale En dépit de son caractère limité, cette démocratisation se heurte à des obstacles Les ouvriers ont vécu de longues années sous un régime totalitaire II n'est pas facile de prendre des initiatives et de critiquer, pour des gens à qui on a toujours nié ces droits.C'est un journal soviétique qui l'avoue: «Dès nos premiers jours à l'école, nous avons été formés non à penser, mais à obéir» (Izvestija, 8 août 1987) Tous les dirigeants soviétiques ont, l'un après l'autre, promis beaucoup à leurs ouvriers, qu'ils atteindraient bientôt l'opulence, etc.Quand on connaît les résultats atteints jusqu'ici, on comprend que les politiques de Gorbatchev soient reçues avec scepticisme.On en a vu d'autres.Faut-il rappeler que dans l'histoire de ce pays, les dirigeants qui ont essayé de libéraliser ont, en général, été vaincus par les forces conservatrices La politique menée par Gorbatchev ne fait pas l'affaire de tous La nomenklatura prise mal que son autorité ne soit plus arbitraire comme avant Les ouvriers, pour leur part, ne se rangent pas tous du côté du secrétaire général.Les travailleurs de la construction et de l'automobile ont été lusqu'à maintenant grassement payés, leur revenu étant fonction de la quantité de biens produits Outre de leur reprocher maintenant la médiocrité de leur production, on leur impose un nouveau type de rémunération qui tient compte essentiellement de la qualité du travail fourni Les travailleurs des services, ayant accès à des biens déficitaires, ont pu se tailler un second revenu, via l'économie parallèle, qui compense leur maigre salaire officiel La campagne engagée contre la corruption depuis la mort de Brejnev leur fait perdre beaucoup.L'échelle des salaires mise en place aujourd'hui cesse d'avantager certaines strates de la classe ouvrière par rapport aux ingénieurs Gorbatchev, enfin, représente un danger certain pour le régime dans les républiques non-russes.3 Une partie des problèmes sociaux dans ces régions provient de l'oppression nationale exercée par les autorités centrales Les attributs confiés aux ouvriers, qui servent notamment à combattre la domination de la langue russe et à préserver une culture autochtone agressée par la soviétisation, conduiront fatalement à un affaiblissement de l'emprise du parti communiste Au départ, les réformes se heurtent à un handicap majeur: elles sont impulsées par un sécrétai re général étranger aux langues de ces minorités ethniques et dirigeant un parti dominé par les Russes Faute d'avoir fait participer les ouvriers au fonctionnement du système, les dirigeants soviétiques antérieurs à Gorbat chev ont obtenu peu de soutien de leur part Pour avoir compris cela, pour les associer aux changements en cours, le secrétaire général a obtenu d'eux des résultats remarquables |usqu'ici: un apport beaucoup plus grand pour résoudre les grands problèmes affrontés par le pays, à commencer par celui de la productivité Toutefois, la péréstroika rencontre des réticences vu qu'elle bouscule des prati ques, très négatives, mais aussi très ancrées parmi certains ouvriers comme.rappelons le.l'alcoolisme, l'absentéisme et les vols sur les lieux de l'ouvrage A ' La maionté des Soviétiques perd chaque ne.l'équivalent d une joumél ouvrable .11 queue devant les magasins poui acheter les pro duits de consommation courante • Terme qui désigne tout ceux qui occupent des postes de ditci Non m» rihurm tniiwctidu pou voir 3 De structure tédérale I URSS comprend outie un gouvernemenitédetai dimw < républiques fédérées Luc Duhamel est prolesseur au département des sciences politiques de I Université de Montréal Spe cialiste de l'URSS.M Duhamel y eilei tue chaque année des voyages, le dernier remontant en mai 1987 VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/25 ÉGLISE L'homosexualité au pilori par Gilles Dugal En mai 1986, Mgr Léonard Crowley célébrait l'eucharistie lors du congrès de Dignity, un regroupement d'homosexuel-le-s catholiques.De la part de cet évèque auxiliaire du diocèse de Montréal, c'était un geste courageux et marginal.En effet, quelques mois plus tard, les offices religieux spécifiques pour les organisations de personnes homosexuelles étaient interdits.Les locaux d'églises et d'institutions catholiques leur étaient désormais fermés.Nul ne peut revendiquer un droit quelconque d'exister et de vivre son homosexualité, sinon il faut s'attendre que les réactions violentes et irrationnelles croîtront, avertit le Vatican dans son document sur «La pastorale à l'égard des personnes homosexuelles» paru le 1er octobre 1986.Un durcissement des positions La Congrégation pour la doctrine de la foi condamne les homosexuels actifs et affirme que ces gestes sont «contre-nature» Rome demande aux pasteurs de dire aux homosexuels «la vérité sur leur condition» (cf.texte en exergue), de les respecter, de les inviter à la chasteté (absence totale de relations sexuelles) et à la confession régulière Bref, l'Église de Rome ne reconnaît pas aux homosexuels la possibilité de vivre une relation amoureuse Cette nouvelle déclaration constitue un net durcissement de la position ecclésiale sur le sujet En 1975, dans la Déclaration sur quelques questions d'éthique sexuelle, on affirmait que les actes homosexuels étaient intrinsèquement désordonnés Mais on disait qu'il fallait mesurer avec prudence la culpabilité de ces actes Rome invitait aussi les catholiques «Opter pour une activité sexuelle avec une personne du même sexe revient à annuler le riche symbole et la signification du dessein de la sexualité selon l'intention du Créateur.L'activité homosexuelle n'oxprime pas la complémentarité d'une union capable de transmettre la vie.quand les personnes homosexuelles entretiennent une activité homosexuelle, elles cultivent une inclination sexuelle désordonnée, foncièrement caractérisée par la complaisance de soi».(Document de la Congrégation pour la doctrine de la loi -La pastorale à l'égard des personnes homosexuelles no 7) à chercher à comprendre la condition homosexuelle et faisait une distinction entre tendance et actes homosexuels En 86.les actes demeurent intrinsèquement désordonnés; l'inclination elle-même l'est aussi et les homosexuels sont scrutés à la loupe de la «vérité».Pourquoi cette nouvelle déclaration?Parce que la question homosexuelle et l'appréciation morale des actes posés est débattue publiquement.Parce que la déclaration de 1975 a donné lieu à des interprétations excessivement bienveillantes sur la condition homosexuelle.Des personnes sont allées |usqu'à dire qu'elle était bonne.Enfin, parce qu'il y a eu des pressions de plusieurs groupes, dont les associations d'homosexuels catholiques, pour que l'Église assouplisse ses positions.Ces groupes espéraient aussi son appui pour la reconnaissance de leurs droits civils Rome appuie sa condamnation des actes et de l'inclination homosexuelle sur une définition de la nature humaine qui ne change pas à travers le temps (définition de St-Thomas, un théologien du Moyen Âge).Elle se démarque avec soin des spécialistes de la Bible qui osent l'interpréter en tenant compte du milieu politique, économique et culturel dans lequel vit la communauté à qui le texte s'adresse.Souffrance et réaction Un an après cette déclaration, que vivent ces homosexuels hommes et femmes que Rome invite à la chasteté?Les témoignages recueillis dans notre enquête sont unanimes: les homosexuel-le-s se sentent rejetés et souffrants; ceux qui sont catholiques vivent beaucoup de culpabilité.Dignity compte 110 groupes aux États-Unis et huit au Canada.Le groupe de Montréal est composé de trente-cinq personnes, hommes et femmes.«Dignity accueille les homosexuels et leur enseigne que Dieu les aime On se refuse à leur dire ce qui est bien et ce qui est mal», me confiait un de leurs représentants Jacques Fallu, 28 ans, est gai.Il milite dans les groupes gais.Il est membre d'une communauté de base gaie et du Mouvement des travailleur-euse-s chré-tien-ne-s Jacques m'a dit: «Le document de Rome m'a fait beaucoup souffrir Ma souffrance m'oblige à me resituer face à Jésus et son message de libération.J'ai refusé de m'isoler la chasteté absolue! 26/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 12 c'est pas réaliste; ce qui est important, c'est la qualité de ma relation avec mon chum et avec les autres.Quand je vais mourir, je serai jugé sur l'amour.Tout ce que j'aurai fait avec d'autres pour qu'on se libère, c'est alors que j'aurai travaillé pour le Royaume».Jacques insiste sur le fait que les gais ne doivent pas s'isoler.Quand un gai entre dans un bar ou participe à un groupe d'échange sur la condition homosexuelle, au CSS Ville-Marie par exemple, il franchit la première étape pour accepter sa condition.À ce moment-là, la personne vit un soulagement Elle s'achemine vers une intégration de sa condition dans son projet de vie.Jacques estime aussi essentiel de se regrouper avec d'autres sur le plan de la foi parce qu'il a besoin d'être reconnu dans cette dimension de sa vie Jacques s'indigne et exprime ainsi sa conception de l'amour: «Comment Rome peut-elle obliger toute une catégorie de personnes dans l'Église à vivre la chasteté, alors que c'est un choix très particulier?La génitahté est appelée à s'intégrer dans une expérience amoureuse qui inclut l'affection et l'engagement.» L'Église communautaire métropolitaine a été fondée le 6 octobre 1968 à Los Angeles Elle ne se définit pas comme une religion mais comme un service d aide spirituelle et morale auprès de toutes les minorités: femmes battues, alcooliques et homosexuels Real Murray, son pasteur à Montréal, affirme: «Il n'est pas né- cessaire d'être saint pour venir chez nous.La sexualité a à être vécue en pleine responsabilité dans un engagement, par les homosexuels et les hétérosexuels Nous prions pour que l'Esprit aide les personnes à faire de l'ordre dans leur vie: ce n'est pas à nous de leur dire quoi faire» À cause de cette pratique pastorale, l'Église communautaire métropolitaine s'est vu refuser l'admission comme membre du Conseil des Églises de Montréal D'autres façons de voir Il y a d'autres façons que celle de Rome de comprendre l'enseignement de la Bible sur l'homosexualité Gregory Baum, dans un article paru dans Relations en mars 1987, souligne très bien qu'il y a deux grandes traditions religieuses.«Le christianisme protestant et le ludaïsme réformé se sont ouverts à la société moderne et ont accepté la nouvelle morale de l'autonomie personnelle.Dans cette perspective, «la sexualité est envisagée comme un talent et le bonheur sexuel comme un droit Ils estiment rester fidèles au message biblique en fixant comme limites à leur recherche du bonheur sexuel l'amour, la justice et la réciprocité «L'Église catholique et le judaïsme orthodoxe, eux, comprennent la sexualité à partir de la fonction sociale qu'elle remplit Elle sert la procréation, la stabilité et l'épanouissement de la famille.Dans ce contexte patriarcal propre au monde biblique l'acte sexuel n'est saint que dans le mariage, s'il reste ouvert à la conception» Le concile a reconnu la primauté de la conscience, et que la fonction procréatrice n'épuisait pas le sens de la sexualité Des théologiens catholiques ont affirmé par la suite: «ce qui est péché ce sont les pratiques sexuelles égoistes, c'est d'exploiter l'autre» Rome a manqué une belle occasion de faire une réflexion sur les défis de s'inscrire dans un projet amoureux, dans nos sociétés dites avancées Elle aurait pu nommer des repères évangéliques nécessaires à une expérience amoureuse Le défi d'aimer vers un engagement de toute la personne n'est-H pas commun aux hétérosexuels et aux homosexuels?Dans une analyse du texte du Vatican, le médecin catholique Michel Mornssette affirme: «Rome nie à la personne homosexuelle le droit et la possibilité d'accès à l'amour véritable en raison des comportements auxquels le pousse sa nature Ainsi niée la possibilité d'un couple homosexuel uni dans l'amour, il ne leur restait que des pratiques sexuelles amputées de la relation amoureuse» Rome aurait pu dénoncer la promiscuité, la pédérastie, la prostitution ou les formes violentes de sexualité des hétérosexuelles et des homosexuelles: et ce, au nom de la dignité humaine Elle aurait reçu un assentiment large dans la société.Rome a parlé, la maionté des Églises se taisent.Est-ce le consensus difficile à bâtir ou le courage qui explique ce silence?À quand une parole libératrice prononcée par des chrétiens et des chrétiennes et7ou par leurs Églises' À quand une lettre qui exprimera dès l'abord la communion et l'empathie de frères et de soeurs face à une communauté humaine soumise à une répression plus dure depuis l'appan tion du sida9 Quand entendrons-nous une parole dite par les homosexuelles chrétiennes à leurs frères et soeurs vivant la même condition' «Tant que les homosexuelles ne participeront pas au discours chrétien sur eux-mêmes, le discours sera plaqué», énonçait Rémi Parent, un théologien québécois, lors d'une conférence récente à Montréal Jacques Fallu ne désespère pas face à l'Église catholique «Elle évolue souvent sur les droits humains, après que la so ciété l'ait fait — par exemple, sur la question des femmes De plus, les homosexuel le s.présentes à tous les échelons de l'Église, la font cheminer de l'intérieur» A VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/27 Les marins, des oubliés de la mer par Monique Tremblay Dans un monae ae conteneurs, ae Daieaux-usmes ei ae superpétroliers, les marins apparaissent de plus en plus comme des oubliés de la mer.À bord des cargos et des paquebots de croisière qui accostent au port de Montréal, les hommes d'équipage voient leurs conditions de travail et de vie en mer se dégrader au rythme de la progression des changements technologiques.Dans le bâtiment qui sert de havre à la «Maison des marins», au Vieux-port, Guy Bouille, aumônier du port de Montréal, m'a raconté la vie des marins au long cours.Quand passaient les goélettes.Guy Bouille connaît la mer et les marins Pour ce petit-fils, neveu et frère de capitaine de marine marchande et de pilote sur le St-Laurent.la vie sur les bateaux c'est une histoire de famille Dans son bureau de la «Maison», «a home away from home» comme il se plaît à le dire, il se rappelle que ses ancêtres malouins déportés d'Acadie il y a plus de 200 ans s'étaient emparés du navire anglais qui les amenait vers les côtes américaines Après avoir jeté par-dessus bord l'équipage britannique, les Bouille et leurs compagnons dirigèrent le bateau |usqu'à l'île d'Orléans où ils installèrent leurs familles, et continuèrent à naviguer.Les Bouille ont pratiqué la marine comme un métier complexe, chargé de traditions, pendant deux cents ans Durant cette période, les marines d'Europe dominent le commerce et le transport des denrées et des personnes sur les océans La vie a bord exige de multiples métiers et compétences, du mousse-à-tout-faire à l'homme de roue qui tient la barre, en passant par le cuistot et le maître-steward des paquebots Au vingtième siècle, les marins organisés en syndicats réussissent a améliorer leurs conditions de vie et de travail en mer Les salaires deviennent plus décents Les pays qui possèdent des marines marchandes signent des con- ventions internationales où les droits des marins sont reconnus.La croisière c'est pas pour les marins Les quelques marins assis dans la grande salle intérieure de la «Maison» en ce mardi après-midi se détendent en buvant un café ou en jouant au billard.«Ici, ils peuvent prendre une bière ou deux, téléphoner ou écrire à leur famille, changer leur paye en monnaie locale, sans se faire exploiter.En ville, c'est plus risqué pour eux Dans les bars ou les taxis, certains se font abuser, surtout ceux qui ne parlent pas les langues d'ici.De plus en plus de marins sont maintenant originaires des pays du Tiers-monde » Avec ses boiseries sombres qui lui donnent l'allure d'un pub anglais un peu vieillot, la «Maison», qui en a vu bien d'autres au fil des ans, est maintenant un témoin privilégié du raz-de-marée qui secoue le monde du commerce maritime et bouleverse les conditions de vie en mer.«Le plus important à comprendre, reprend Guy Bouille, c'est la conception que les compagnies se font des bateaux.Le maximum d'espace à bord doit être occupé par la charge utile, c'est-à-dire les denrées à transporter ou les passagers Plus la charge utile augmente, plus la ren- tabilité augmente Les marins ne constituent pas une charge utile.L'espace qui leur est réservé est donc le plus réduit possible.Les cargos actuels, de plus en plus larges, consacrent de moins en moins d'espace à leur équipage.Les matelots qui travaillent sur les paquebots de croisière sont ceux qui souffrent le plus du manque d'espace.Par exemple, ils sont souvent entassés à six ou huit dans une cabine afin de laisser une pièce disponible pour une «suite de luxe».La loi de la rentabilité économique règle l'aménagement intérieur des navires.» L'automatisation croissante des fonctions essentielles à la vie des navires en haute mer ou sur les fleuves modifie en profondeur la composition des équipages.Par exemple, l'apparition des aliments congelés a entraîné la diminution du personnel de cuisine.L'informatisation des opérations de contrôle et de navigation, ainsi que l'utilisation fréquente du pilotage automatique, ont contribué à supprimer certains postes d'ingénieur de bord et d'homme de roue.Un armateur canadien, qui a vendu récemment trois cargos manoeuvres chacun par 30 hommes d'équipage en a racheté un dont la charge utile surpasse celle des trois cargos réunis.Le nouveau cargo est manoeuvré par 18 hommes.Soixante-douze marins ont perdu leur emploi dans cette seule transaction Ces années-ci, la carrière de marin tend à se scinder en deux branches bien distinctes: d'une part les officiers de plus en plus polyvalents et de l'autre, les hommes d'équipage appelés à jouer les manoeuvres.Les postes qui constituaient l'armature de la profession — les opérateurs-radio, cuistots, quartier-maître, deuxième et troisième ingénieur — sont progressivement abolis 28/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 Des marins du Sud pour des bateaux du Nord Guy identifie un autre facteur qui depuis quelques années rend les conditions de travail en mer de plus en plus dangereuses: l'appétit de gain des armateurs qui engagent de plus en plus des équipages en provenance de pays très exploités du Tiers-Monde, véritables réservoirs de main-d'oeuvre à bon marché La majorité des marins du globe proviennent actuellement de pays comme les Philippines, la Corée, le Sri Lanka Non-syndiqués, ils acceptent des salaires mensuels de $200 US alors qu'un Nord-américain en obtient $2,000.Engagés sur des navires appartenant à des consortiums des États-Unis, du Canada, d'Europe, ne parlant pas la langue du représentant de la compagnie, ils sont à la merci des décisions du capitaine qui assure à bord les intérêts du propriétaire Pour empêcher que ne se développe une solidarité efficace entre les membres d'équipage, la compagnie va souvent embaucher des marins de cinq ou six nationalités différentes, étrangers les uns aux autres par la langue et par la culture.Les marins qui revendiquent leurs droits ou qui veulent aider un compagnon à défendre les siens sont susceptibles d'être placés sur une liste noire Certains hommes ont même «disparu» en haute mer Pour soutenir la concurrence de pays comme le Japon ou la Corée en matière de transport maritime, les entreprises canadiennes de navigation enregistrent de plus en plus leurs navires dans des pays comme le Libéria, Panama ou Chypre, qui prêtent leur pavillon de façon complaisante Par cette pratique, un pays autorise un navire à porter son drapeau, ce qui permet à l'armateur de se soustraire à certaines lois internationales, principalement celles qui assurent les droits des marins.Une importante cimenterie de Montréal, qui effectue elle-même le transport en vrac de ses produits, a récemment eu recours à cette pratique.Dans cette foulée, un nombre croissant de marins issus des pays très industrialisés, comme le Canada, sont mis à pied et remplacés par la main-d'oeuvre du Tiers-monde Des hommes qui ont passé de 20 à 30 années sur les bateaux sont remerciés avec un pré-avis de 15 jours.C'est bien peu pour quitter la mer! Larguez les amarres! Telle que je l'ai décrite, la vie des marins présente moins d'attraits qu'elle n'en avait dans un passé encore récent II y a quelques décennies, les leunes hommes qui s'engageaient étaient attirés par l'aventure ou par la carrière D'autres encore fuyaient une situation familiale ou coniugale difficile ou tentaient de se refaire une vie au loin, après avoir eu des ennuis avec la loi de leur pays Aujourd'hui l'aventure est plus risquée et la carrière mise en péril Les leunes du Tiers-monde qui peuplent les pseudo-écoles de marine des Philippines cherchent avant tout un emploi, qu'ils payent à une agence quelques centaines de dollars, et des moyens de subsistance pour eux et leur famille Pour eux, un emploi mal payé est d'abord et avant tout un emploi Rien d'étonnant à ce que la colère des marins canadiens gronde contre eux bien plus que contre les armateurs! Dans ce contexte où leurs droits de travailleurs sont niés et où les conditions de santé et de sécurité au travail font souvent défaut, les marins profitent des moindres bouffées d'air que leur procurent les escales Guy s'est vite aperçu que le premier besoin du marin quand le bateau jette l'ancre, est de descendre à terre.Le plus important pour lui est de sortir de l'isolement qu'il vit en mer et de trouver quelqu'un à qui parler Ce quelqu'un sera souvent une femme, rencontrée en ville ou au bordel, qu'il exploitera et qui l'exploitera La présence des aumôniers est aussi désirée, surtout lorsqu'elle est source de sécurité et de confiance Souvent l'homme parlera de sa vie personnelle et des conditions de vie à bord Ceux qui tien nent à faire respecter leurs droits peuvent compter, à travers toute l'Amérique du Nord, sur l'appui des aumôniers de différentes Églises Ceux-ci ont fondé à New York un Centre de défense des droits des marins et ont mis au point des stratégies d'intervention auprès des armateurs qui contournent les lois ou les enfreignent Les aumôniers sensibilisés par les marins à la situation d'un navire obtiennent par fois des capitaines qu'ils se solidarisent avec l'équipage Certains ont payé cette solidarité de leur poste La solidarité, quoique difficile à créer entre des marins divisés par la langue, la culture et les conditions d'embauché, existe comme un itinéraire touiours à refaire.Particulièrement palpable lors du décès d'un marin ou en cas d'accident, elle se manifeste dans les messes, les fêtes ou les funérailles célébrées sur les navires ou au port Très conscients des fragilités et de la précarité de leur mode de vie et de travail, les marins sont sensibles aux personnes qui s'intéressent à eux et à ce qu'ils vivent Ils savent utiliser, dans les marges de manoeuvre qui sont les leurs, les temps et les lieux d'appui et d'attention disponibles Contraints à la patience qu'impose la vie en mer dans l'espace fermé d un navire, ils tiennent plus que tout aux liens qu'ils ont tissés à terre Dans cette vie qui n'a rien de ro mantique.les marins tentent de vivre, si possible debout A Monique Tremblay psychologue travaille au Cen Ire Si Pierre Elle est membre du comité de redac non de Vit ouvrière VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/29 RCM L'épreuve du pouvoir par Jacques Gauthier É e RCM, nous l'avons vu dans un premier texte (Vie Ouvrière, no 205), a Les conse,te de Quartier Lptuuve qu n pouvait aammisirer convenaôiement Montréal.Mais en politique - l'histoire en est remplie d'exemples - on peut très bien administrer un bien public sans pour autant faire grande figure de changement.Or le RCM a été porteur, depuis sa création, de grandes promesses de changement: dès la première heure, ses militantes et ses militants rêvaient d'établir à l'Hôtel de ville de Montréal un nouveau pouvoir, une nouvelle manière d'exercer le pouvoir.Le RCM réussira-t-il là où le PQ s'est carrément cassé la gueule, deviendra-t-il comme ce dernier un parti politique comme les autres, ne fera-t-il que perpétuer, sous des allures plus modernes, un système politique qui laisse à l'écart la majorité des citoyennes et des citoyens?Le véritable enjeu de l'administration RCM, il est là: Montréal est-elle démocratisable?Le RCM ira-t-il plus loin?Moderniser et donner la parole au monde Depuis ses débuts, le programme du RCM a toujours fait une grande place à la démocratisation.C'était même, à n'en pas douter, le principal motif d'adhésion au parti Les réalisations sur ce point sont impressionnantes depuis un an.Il faut dire que les besoins de démocratisation et de modernisation de l'appareil municipal se faisaient durement sentir au moment de l'élection du RCM Jean Doré se plaisait à dire, durant la campagne électorale, que la Ville était administrée «comme un magasin de chaussures des années 50».faisant allusion à l'extrême centralisation imposée par l'administration Drapeau.Le RCM devait donc, en toute priorité, moderniser et démocratiser l'appareil municipal Dans ce sens, une des premières réalisations de la nouvelle administration fut d'engager, plus rapidement que prévu, la réforme administrative restructuration des services (de 23.leur nombre est passé à 12).élimination de la structu re intermédiaire de zone dans le but de rapprocher les exécutants des chefs de service et meilleure coordination de l'ensemble des services.Il ne s'agissait pas, pour les nouveaux élus, de mettre la hache dans l'ensemble de l'appareil mais de le réorienter, de le remotiver, d'en faire une structure au service de la clientèle, bref une entreprise efficace de services publics Il fallait également redonner la parole aux citoyennes et aux citoyens de Montréal: n'était-ce pas là le but no 1 du RCM?Une période de questions venant de la salle a donc été instaurée lors des assemblées du conseil municipal.Et de nombreuses fois déjà, cette période, prévue pour 30 minutes, a dû être prolongée, ce qui prouve l'intérêt qu'elle a suscité ainsi que sa nécessité.Le conseil municipal a également mis sur pied cinq commissions permanentes: aménagement, habitation et travaux publics, administration et finances, développement économique, développement culturel, développement communautaire.Le rôle de ces commissions est d'étudier les grandes orientations de la Ville et de mener des consultations publiques sur ces orientations Dans ce sens, elles jouent un rôle d'animation des débats.Une des idées les plus attrayantes du RCM a toujours été celle des conseils de quartiers.Leur définition variait bien d'une personne, d'un congrès à l'autre, mais l'idée s'est toujours maintenue.Cependant, le maire l'a déclaré, les conseils de quartiers ne sont pas pour le premier mandat du RCM.C'était déjà clair au moment de l'élection.L'administration a plutôt choisi une voie étapiste et on parle maintenant davantage de maisons de quartiers que de conseils Ainsi, comme première étape, on mettra en place dès cet automne 12 bureaux d'accueil et de services ainsi qu'un comptoir multilingue à l'Hôtel de ville Ces bureaux constitueront, dans les quartiers, les portes d'entrée aux services: ils renseigneront les gens sur la nature des services de la ville, assureront les liens avec les contremaîtres des différents services et expliqueront leurs droits aux citoyennes et aux citoyens.Cela aura-t-il un impact sur les conseils de quartiers?Une étude est promise d'ici la fin du premier mandat sur la question et une décision devrait être prise vers 1989 ou 1990 S'agira-t-il d'une simple déconcentration des pouvoirs (par exemple émission de permis à l'échelle des quartiers) ou plutôt d'une véritable décentralisation (règlements de zonage, aménagement.)?Le RCM a changé Pour faire la critique de l'orientation actuelle de l'administration municipale, nous avons rencontré un militant de la première heure du RCM, Sam Boskey, conseiller municipal dans le quartier de Notre-Dame-de-Grâce, qui a manifesté plusieurs fois son désaccord avec l'administration depuis l'élection de 1986 (rôle des conseillers, Overdale.) M Boskey.précisons-le, demeure un ardent partisan du RCM.Cependant, sa vision de l'action 30/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 60 politique municipale ne cadre pas avec l'utilisation du pouvoir que fait le RCM L'approche de l'échéance électorale de 1986, selon Sam Boskey, a modifié le portrait du RCM: d'un parti assez compact idéologiquement, il est devenu un parti de masse.De 3,500 membres en début d'année '86, il est passé à 22,000 membres.Sa base idéologique s'est donc diversifiée.Le parti est devenu plus électoraliste.Les conséquences de ces changements' Selon M.Boskey, elles sont multiples D'abord, le conseil général du parti a beaucoup moins d'importance qu'avant: il ne se réunit plus que cinq fois par année au lieu d'une fois par mois.kiosques d'information, meilleure visibilité des élues.Ces mesures sont intéressantes, de dire Sam Boskey, mais superficielles: l'ad-mimstration peut toujours se «péter les bretelles» là-dessus, mais ça ne lui coûte pas très cher et, surtout, ça ne modifie en rien la structure fondamentale du pouvoir à Montréal.Sam Boskey cite en exemple la forme actuelle des commissions: à Québec, à Ottawa ou même à l'Hôtel de ville de Toronto, les commissions servent aux élu-e-s à bonifier les projets de loi et tout passe par les commissions avant d'être adopté.Il n'en est pas ainsi à Montréal, où les commissions servent seulement à L'accent s'est également déplacé du parti vers son leader, ce qui, électoralement, fut une stratégie gagnante mais qui a mis le parti en veilleuse Bref, si le RCM ne donne pas un coup de barre rapide, M Boskey craint que ce ne soit sa fin comme parti militant, éveillé, mobilisateur Du côté de l'Hôtel de vHIe C'est sur ce point que la critique du conseiller de NDG est la plus acerbe Selon lui, depuis la prise du pouvoir, le RCM s'est transformé en parti traditionnel Certes, le travail à l'Hôtel de ville est plus intéressant qu'avant et des éléments importants sont apparus pour favoriser la démocratisation de la politique municipa le: période de questions, commissions.la planification, à l'animation sur certains grands thèmes, sans modifier les pouvoirs du comité exécutif À Montréal, sous le RCM, tout se décide encore au comité exécutif et ce n'est malheureusement pas l'équipe actuelle de conseillères et de conseillers qui va se battre sur cette question, d'ajouter M Boskey Cette allure traditionnelle du RCM, Sam Boskey la retrouve également dans la manière d'administrer Le pouvoir RCM a mis beaucoup d'efforts pour améliorer ses relations avec les autres gouvernements, c'est évident, mais pratiquement rien n'a été fait pour mobiliser, impliquer la population dans les problématiques qui se posent à l'Hôtel de ville C'était pourtant là la prétention principale du RCM avant les élections Ironiquement, M Boskey ajoute que la seule campagne de mobilisation menée jusqu'ici par l'administration RCM concernait la campagne d'embellissement, une idée issue directement du régime Drapeau, une mobilisation complètement apolitique Plus d'information ou plus de pouvoir?L'idée des conseils de quartier figure au programme du RCM depuis 1974 Au congrès de 1985, le sujet a été très discu té, sans prise de position cependant le compromis du comité du congrès était trop dilué Un comité de travail a alors été formé, sur lequel siégeait Sam Boskey, ce comité a remis un rapport préliminaire en avril 1986, qui proposait un modèle élaboré de conseil de quartier La réaction dans le parti fut très vive: le rapport fut jugé, trop radical, trop «flyé* Le conseil général reprit l'affaire en main et arriva à une position passablement différente du rapport du comité Ainsi, il n'était plus question de parler de conseils de quartiers pendant la campagne électorale De même est-on passé de l'idée de conseils de quartiers (avec pouvoirs décisionnels sur certaines questions locales) à l'idée de maisons de quartiers (où sont dispensés des services au niveau local) puis à l'idée de bureaux d'accueil et de services, sortes de kiosques d'information où travailleront deux personnes L'administration prévoit partir de là et augmenter graduellement l'infrastructure locale Les citoyens auront plus d'information mais, se demande Sam Boskey, auront-ils plus de pouvoir?Malgré ses prises de position, Sam Boskey ne se sent pas isolé dans le RCM Il déplore la dépolitisation du parti, où tout est devenu administratif, pratique, il déplore le manque de contacts du parti avec le monde ordinaire, les groupes communautaires, les syndicats, il déplore sur tout que le RCM ne semble pas vouloir transformer la culture politique montréalaise, aider à l'émergence d'une autre forme de démocratie Mais il garde espoir, c'est pour cela qu'il est en politique A Jacques Gauthier est journaliste pigiste VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/31 46 Bons baisers de Moscou par MARTINE D'AMOURS «I es jeunes Soviétiques sont comme nous.Ils ont des W partys; ils vont aussi à l'école même si c'est plus ancien, plus encadré que chez nous.Leurs coutumes sont différentes des nôtres mais ils ont la même peur du conflit nucléaire que nous.» Pendant la première semaine de mai 1987, Frederick Boileau a joué au hockey avec de jeunes Soviétiques; il a visité le Kremlin et le mausolée de Lénine; il est allé au Grand cirque et au théâtre pour enfants de Moscou.Mais avec 29 autres garçons et filles de tous les coins du Québec, il assumait d'abord et avant tout une mission d'ambassadeur de paix.Contre modèle sportif «Je voulais proposer un contre-modèle sportif, précise le Dr Paul Cappon, fondateur du Centre québécois pour le désarmement nucléaire et la santé communautaire, qui parrainait le projet des ambassadeurs de paix J'étais écoeuré de la confrontation sur glace entre le Canada et l'URSS, qui est souvent une occasion de propagande anticommuniste Dans notre projet au contraire, les matches de hockey (pour les garçons) et les séances de patinage artistique (pour les filles) étaient conçues sur le modèle de la coopération plutôt que sur celui de la compétition Les équipes de hockey, par exemple, étaient composées à la fois de ieunes Québécois et de jeunes Soviétiques.» Mais, au fond, le sport n'était que le prétexte, le moyen d'entrer en communi- cation et de se lier d'amitié.D'ailleurs, si les 30 Québécois de 12 à 15 ans devaient posséder un minimum d'habileté sur patins, ils ont été choisis d'abord et avant tout sur la base de leurs qualités d'expression de sentiments humains, leur curiosité envers des cultures différentes et leur compréhension de la menace nucléaire.Humaniser le Soviétique Le Dr Cappon n'hésite pas à utiliser le prestige de la profession médicale pour dénoncer «les discours haineux et la peur du Soviétique, qui mystifient nos populations».Les concepteurs du projet font le pari que des jeunes qui auront pu se connaître et fraterniser ne sauraient être de ceux qui «pèsent sur le bouton» «Nous visions à démystifier le Soviétique, explique Paul Cappon, à l'humaniser, à le faire voir comme un ami potentiel plutôt que comme un ennemi potentiel» Mission accomplie, si l'on en croit les témoignages des ambassadeurs québécois, qui se sont découvert les mêmes craintes et les mêmes aspirations que les Soviétiques de leur âge Parmi les inquiétudes communes, la question du nucléaire «Ça me préoccupe, reprend Frederick Quand on pense que le simple fait de peser sur un bouton pourrait déclencher une guerre nucléaire et que ça prendrait des années et des années avant que la vie puisse reprendre sur terre.» La question de la santé mentale à l'heure de la menace nucléaire est d'ailleurs l'un des sujets de recherche du Centre québécois pour le désarmement nucléaire et la santé communautaire.Vers une organisation internationale?Les jeunes ambassadeurs ont apporté et livré des milliers de messages de paix, dont plusieurs provenaient d'organisations, d'institutions et d'élus municipaux.Ainsi, par ce canal, le maire Doré de Montréal a transmis ses voeux de paix au maire Saikin de Moscou, qui lui a répondu.Un autre message était adressé à l'hôpital pédiatnque de Moscou, de la part des enfants de l'hôpital Sainte-Justine.Paul Cappon trouve essentiel de créer des liens de paix directement entre les peuples.Par ailleurs, il balaie la question de savoir si les mouvements de paix soviétiques sont dépendants de l'État.L'important pour lui, ce sont les résultats concrets, en terme de désarmement Les dirigeants soviétiques ont tellement apprécié le tandem Paix-sport qu'ils ont proposé la mise sur pied d'une organisation internationale pour la paix et le sport Une première rencontre se tiendrait au Japon l'an prochain.Frederick espère bien que ses amis Soviétiques pourront à leur tour venir au Québec cette année, et même résider dans des famille, mais c'est une question de sous, un tel projet devant trouver son auto-financement A 32/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987 EN BREF Le P.E.P.Combien tu gages?Des dizaines de milliers d'emplois perdus en 10 ans! Jadis berceau de l'industrie au Québec, le Sud-Ouest de Montréal est en train d'en devenir le cercueil! Le Programme économique de Pointe St-Charles (P.E.P.) fut créé par les groupes communautaires du quartier afin d'unir tous les efforts pour revitaliser le secteur.En aidant 15 entreprises à démarrer, nous avons créé 65 emplois et en avons consolidé 125 autres dans des entreprises existantes.Les sans-emploi peuvent aussi bénéficier de notre programme de formation.Au PEP, nous croyons la revitalisation possible seulement si la population traditionnelle du quartier s'y implique.Nous sommes présentement en difficultés financières.Si nous voulons continuer notre démarche, nous devons recueillir au moins $40,000 cette année.En effet, l'aide gouvernementale continuera.à la condition que le PEP assume une part d'autofinancement au cours des trois prochaines années.Gagez-vous qu'on tiendra le coup?Si oui, faites parvenir vos dons à: Programme économique de Pointe St-Charles, a/s Comité de financement, 2561 rue Centre, suite 101, Montréal, Québec.H3K 1J9.Si vous désirez un reçu pour fins d'impôt, communiquez avec Michèle Soutière ou Lucette Pineau au (514) 931-5737.Pour suivre la lutte du peuple haïtien Comment accompagner le peuple dans sa reconstruction des structures sociales en Haïti?Comment lire les événements et y ébaucher une pratique solidaire des aspirations des Haïtiens et Haïtiennes?Comment agir dans une voie qui promet une véritable transformation?La brochure Espoirs d'un peuple.Difficultés d'une lutte fournit des points de repère pour lire et analyser les événements en Haïti Regroupant 36 textes écrits par Renaud Bernardin dans le cadre des éditonaux de rémission «les Flamboyants» de CIBL FM.ce document donne aussi des pis tes pour discerner la fidélité au «déchoukai» entrepris le 7 février 1986 Disponible au prix de $5 ($7 par la poste) au Carre four Tiers-Monde.454 rue Caron.Québec, Qc, G1K 8K8 Tel (418)647 5853 ERRATUM Dans la nouvelle brève intitulée -Logement des chrétiens agissent» du numéro de novembre, on aurait dû lire La table de concertation Justice et Foi regroupe des représentants de huit quartiers populaires ou réseaux et une représentante des allophones VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1987/33 TABLES DE L'ANNÉE 1987 SUJETS ET CON™s Volume XXXVI, numéro 199 à 206 inclusivement AUTEURS Baril.D.- Nos impôts pour la pan.200 p 28 Beauregard, R.- Le vieil homme et la lerre.2111 p 6 Bousquet.R.- Moins d'héritiers pour Pierre Lambert.205 P ■ < adnn.R.- Un en d'alarme.201 p M Caaauboa.J.-C.- Libre-échange pas le chou1 201 p 26 Coaartte.C et D'Amours.M.Qu est-ce qui fan courir André Melancon'* 206 p 6 Coursol.H.Lettre de Totogalpa.202 p 2h D'Amours.M.Des jeunes très sages.14° p 8 Chômage ce que nous réserve la reforme Forget.199 p 14 Montréal mulli culturel, I99p 15 - Un nouvel El None 200 p 5 Le nouveau visagcdumouvcmenldcsfemmes.200p 10 - Encore de l'idéal.201 p 6 - Groupes populaires la crise financière 201 p 28.— In train qu on ne peut pas arrêter.202 p 6 - Si la ville m'était contée 202 p 30 — Zoom sur une autre Amérique.203 p 12 D'Amours.M ri le comité droit au travail du Conseil central de Montréal ICSNI - Le» nomades du Iravail.2(13 p 15 D'Amours.M.Bienvenue au iinq milliardiemc.203 p 23 — Elles affichent l'amitié 203 p 32 Malenfanl superstar.204 p 5 - Affronter les v raies questions.204 p 6 D'Amours.M.Rouleau.M.Roy.F.T.- L'avenir aucochui ne.204p 15 D'Amours, M.Haïti quand la paysannerie s'éveillera.204 p 24 Entre lété carbonique et l'hiver nucléaire.205 5 — Plaidoser pour les réfugiés.205 p 6 Bons baisers de Moscou.2t»»p '2 D'Amours.M .t.aulhsrr.J.I .finir, t.Spécial Montréal.205 p 15 D'Amours.M.H Garccau, M.- pl5 Mourir d'aimer.206 A, l .Réintégrer le marche du travail illusion nu réalité1 205 p 10 Drvauteb, S.Une tache immense.200 p 6 ■%.M -H.et C oolr, V Le* feuncs et l'amour quand on ne vit ptu vur la mérne planète.200 p 12 Dearo-ieri, J.rt (>' \mourv M.Le culte de l'entrepreneur vhip Kp 12 , J.— L anfcHsvvr d une pluie.202 p 18 Itinéraire d'un groupe de jeun».205 p 12 Drolrt, I.IK s amusent a mxiv amuser 203 p 10 Ihtgsl, G.\ leOuvnerevuepa/ccmetccMev^ijoi laimcnl.205 p 12 [>nmir avo.un ekphani 206 p s Ffliae Irkïmo- trtuaht* au pilori.206 p 26 .-URSS l^^nerwlrieure de la réforme 206 p24 lavrca».I .Pn*r*rr !.Rurt.H .D'Amour*, M.MhM mcM populaire Cuvée I98T 200 p 15 .I l.ecTuro.pour le 1er mai 2t>) p D Gagnon, M.-J.- La loi 101 a défendre et à utiliser.199 p 30 Gamache, J.— Nouvelles technologies de reproduction unbêbe atout pm't 201 p 10 - L'amour de sa vie pour 36c1 204 p 10 (.armer.L.et Bessette, L.— El si l'argent faisait le bonheur.I99p 12 Gauthier, J.— RCM L'épreuve du pouvoir.206 p.30.I,abergt, S.- La videomanie.204 p 12 — Jeunes un article dont vous êtes le héros.206 p 12 Labrie, V.- La lettre de la mère à Julie.202 p 28 — Unehisioi re de papier.2Û4 p 30 Lacetle, D.Tu vas au bai ' j'j du 202 p 10 Ijinglois, J.P.Vurc I figliM cummc une famille.203 p 2f> Lapicrre, M.— La lutte pour la terre.203 p 28.Larocque, A.-M.et D'Amours, ML— Mon logement n'est pas a vendre.200p 32 Ijiurrndcau, F.- Nouvelles «stratégies patronales tntrun' ou défi" 204 p H .jivallée.S.Itineranis le tan.monde en ville.194 p 24 Leboeuf.F.-Vous êtes les yeux, de vos pays- 201 p 24 l-eclere, A.- Encore un dépanneur.202 p 21 .«igh-lizotte.I).Branle bas la haut.202 p 16 — De mauvais souvenir;, plein la tête, 202 p 20 l-evac.R - La moralité de t'avonement.199 p 6.- Le Chili de la peur.199 p 26 Les eveques américains prêchent la lustKt.économique.200 p.26 - Ça ne change pas le monde mais 2i») P H 1.alternative du N P D 201 p 5 - Mère de laConfédé ration.202 p 5 - Japon le miracle en crise, 202 p 24 - La mon de Mgr Adolphe Proulx, 203 p 5 - Les évêques canadien ei la enjeu».'«>eiauv 204p 26 Clercs laies unproblèmcde pouvoir.205 p 24 Mercier.J.- Tiers monde le spectre de la dette.20S p 2o Miwtvsrtte.C — Gagner sa vie en pédalant.202 p 33 Néron, J.Les lemmcsdu nui».ir.lui p 12 Paiement.G.Le retour de Sara.194 p 2K Prouk.E.St Jean comment M militarise une région 174 p" Richard.P.hmploi et forêt Une bataille de toute une région.303 p Mt Rose, R.Fiscalité Ce que cache la reforme V* ikon.2IM p 2H Si-Pierre.V La commande.199 p 23 Une photo.200 p 2* Ix téléphone.201 p 23 Vivre a I heure.202 p 23 TrrmMay.M.- Le F F M des films plein la vue.205 p Mi Les marins.des oubliés de la mer.206 p 28 v.Jtairr.F.Haïti entre espoir et damnation.200 p 24 Fikafrauh.P brnplove* » a p.»irt»oire i quand le .aervtce m •p24 CULTURE: Lectures pour le 1er mai (L.F.) 201 p 33.Si la ville m'était contée (M.D.) 202 p 30.Avez-vous lu^ (J.M.) (M.D.)202p 34, Elles affichent l'aminé (M.D.) 203 p 32.Une histoire de papier (V.L.) 204 p 30.Le FFM des films plein la vue (M.T.)205p 30, Moins d'héniiers pour Pierre Lambert iR.B.) 205 p 28 DOSSIERS: Montréal mulliculturel (M.D.) I99p 15.Mou vemem populaire.Cuvée 1987 (L.F.mR.P.) iHRmMD.i 200 p 15.Histoires d'en rire .et den pleurer (J.D.) (D.L.-L.) (A.L.) 202 p 15 Les nomades du travail (M.D.) 203 p 15.L'Avenir autochtone (M.D.) (M.R.) (F.-T.R.) 204 p 15.Spécial Montréal (M.D.) (J.G.ï (G.I.) 205 p 15.Mourir d'aimer (M.D.)(M.-L.G.)206p 15 ÉCONOMIE ET POLITIQUE: Hscal.te eequeca-che la réforme Wilson (R.R.) 204 p 28.RCM L'épreuve du pouvoir (J.G.) 206 p 30 ÉDITORIAUX: U moralité de ravortement (R.I.) 199 p 6.Un nouvel El None (M.D.) 200 p 5.L Alternative du N P D galpa (H.C.) 202 p 26.Vi\re I Eglise comme une famille (J.-P.L.) 203 p 26.Les evèques canadiens ci les enieuv sociaux (R.L.)2l)4p 2h.Ckr.s lai^s unprohleme de pouvoir |R.I.> 205 p 24.Eglise L homoscvualite au pilon iG.D.) 206 p 20 ENTREVUES: Ahson Carpcnter et Maxime Faille Des jeunes très sages t M.D.) 199 p 8.Loren?o Brousseau II ne tâche immense (S.D.)200p 6.Yvette Brunei Eo-orede l'ideal(M.D-) 201 p.6.Aurore Marceau.Un nain qu'un ne peui pas arrêter (M.D.) 202 p 6.RenéDumont Le vieil homme et la terre (R.B.) 203 p.6, Affronter les vraies questions (M.D.) 204 p.6.Mathildc Marchand Pb^Jover p.»ur les relugies (M.D.) 205 p.6.André Melancon Qu'est-ce qui fait courir André Melancon' (C.C.) (M.D.)2t*6pr.FEMMES: Bt«1 argenila.sjn.ebonheuML.G.Hl.B.i 194 p 12.Le nouveau visage du mou venant des femmes (M.D.) 200 p |Q Suuvelles technologies de reproduction un bébé à loui pm' (J.G.) 201 p 10.Les femmes du manoir (J.M.1 202 p.12.Zoom sur une autre Amérique (M.D.) 203 p 12.L'amour de sa vie pour 36C1 (J.G.) 204 p 10.Reintégrer le marché du travail il lusiun ou réalité ' iC.D.i 205 p 10.Les fernmeset la ville une re la(iond>fTicile(L.L.)p 10 INTERNATIONAL: Le CHi de u peur «r.i.» ius amuser il.D.t 203 p 10 La Mdéomanie s S.I ,(2iUp 12.Itinéraire d'un gntupe de leuneslJ.D.i 2ns p 13 Unaniele dont \ihjs clés k héros (8X>)306p 12 ORGANISATIONS POPULAIRES: kta hy ment n'est pasâvcndrelA.-M.L.mM.I».i 2t«)p *2 iir.Hipespo-pulaires la crise financière (M.D.) 20| p 28.In en d alarme (R.C.)20I p 30 PACIFISME: s, j can eomnOM »m militarise une rcgitKi I f "f" S>" impiSts pout lapais iD.B.l20t)p 2» B.^ hai^rs.k- M.^,.^ i M.D.l 206 p 12 TRAVAIL ET SYNDICALISME: th.que nous réservé la réforme PoffBI i M.D.l l°s>p 14.La loi 101 à défendre et a utiliser i M.-J.(il Wf W.Ca ne chance pas le mondcmais lR.1.1200p V).Gagner saMeenpedalamiC.M.I 2^2 p '2 Kinplovc c s j pi-urK-uc ^ juand le scrsice inclus' l'I m p 24 Emploie! forêt Ine hauille de loulc une région iP.R.i2olp VI Nouvellessiiateijiesnalrinuk^ itK-nacemdéfi'* -I I .i 2iu p 12 Us marins, des ouWies de la mer iM.T.i 2t"> P2» 34/VIE OUVRIERE/OECEMBRE1987 DE SOLIDARITE DES TRAVAILLEURS DU QUÉBEC (FTQ) LE FONDS C^JUîttWt D'EMPLOIS Montréal (514) 285-6400 / Québec (418) 622-3258 / Sans frais 1-800-361-7111 À travail équivalent, salaire égal: les femmes ont acquis ce droit mais que signifie-t-il au juste ?Une recherche de Ginette Dussault sur la portée de la revendication "à travail équivalent, salaire égal".Ce principe est inscrit dans la loi québécoise depuisi976 mais cela n'a pas permis de réduire de façon importante les écarts de salaires entre hommes et femmes Dans cette étude, Ginette Dussault fait le point sur le sens à donner à cette revendication et sur les moyens pour la faire appliquer.A A travail équivalent, salaire égal: la portée de la revendication bulletin no 27 septembre 1987 prix: 7$ (commande postale 8$) Institut de recherche appliquée sur le travail 1259 rue Berri.Montréal H2L 4C7 845 9165 PART0U1 Conseil central de Québec ' AU QUÉI Conseil central du Nord-ouest ÏEC Conseil central de l'Outaouais Conseil central de Shawinigan 155.boul ChareslEst québécois 84.rue Lois 791.5*Rue.CP 7 Québec (Québec) 400.des Distributeurs Hull (Québec) Shawinigan (Québec) G1K3G6 CP 1390 J8Y3R4 G9N6T8 ^^^^^^^^^^fr (418)647-5840 Val d'Or (Québec) J9P4P8 (819)771-7447 (819)536-4433 ffCy Conseil central de Sept-iles (819)825*137 Conseil central du Saguenay - Conseil central du Sud-ouest .SH 690, boul Laure.suite 10 Lac St-Jean québécois vvi^ Sept-iles (Québec) Conseil central de Richelieu- 73.rue Arthur-Hamel Sud 55, boul.Mgr -Langlois G4R4N8 Yamaska Chicoutimi (Québec) Grande-ile (Québec) (418)962-5571 2425.rue Dessaulles G7H3M9 J6S4V3 Si-Hyacinthe (Québec) (418)549-9320 (819)5364433 Conseil central de Conseil central du Bas St- J2S2V2 Conseil central de Sorel Conseil central de Sherbrooke Drummondville Laurent (514)774-5363 900, rue de l'Église 180, rueAcadie 480.rue St-Jean 124, rueSte-Marie Conseil central de la Cote-Nord Tracy (Québec) Sherbrooke (Québec) Drummondville (Québec) Rimouski (Québec) 999, rue Comtois J3R3R9 J1H2T3 J2B5L6 G5L4E3 Hautenve (Québec) (514)743-5502 (819)563*515 (819)478-8158 (418)723-7811 G5C2A5 (418) 589-2069 ou 2608 Conseil central de Trois-Riviéres Conseil central de Thettord- Conseil central du Haut- Conseil central de la Gaspésie 550.rue St-Georges Mines Richelieu et des iles-de-la-Madeleine Conseil central de Granby Trois-Rivières (Québec) 908.avenue Labbe 180, rue Notre-Dame 165.rue Commerciale Ouest 371,rueSt-Jacques G9A2K8 Thettord-Mmes (Québec) SWean-sur-Richelieu (Québec) Chandler (Québec) Granby (Québec) (819)378-5419 G6G2A8 J3B6N2 GOC1K0 J2G3N5 (418)338-3159 (514)348-4965 (418)689-2294 (514)372-6830 Conseil central des Bois-Francs 110, boul Laurier est Centre de Formation Conseil central de Montréal Conseil central de Lanaudiére Conseil central des Laurentides Arthabaska (Québec) Fernand Jolicoeur 1601.avenue de Lonmier 190, rueMontcalm 289.rue De Villemure G6P6R1 356 rue Notre-Dame Montréal (Québec) Joliette (Québec) St-Jérôme (Québec) (819)357-8257 Lanoraie.H2K4M5 J6E5G4 J7Z5J5 JOK1E0 (514)598-2021 (514)759-0762 (514)4384196 (514)887-2336 3,00 [2ϰ S + 0.«
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.