Vie ouvrière., 1 janvier 1989, juin-juillet
■%m$gg&?LES RÉALITÉ OU FICTION?ENTREVUE STÉPHANE LAPORTE dissident de la Course des Amériques CHOC DES IDÉES L'ÉTÉ, POUR OU CONTRE? LA TÉLÉ MÉRITE NOTRE ATTENTION L'ASSOCIATION NATIONALE DES TELESPECTATEURS vous consulte et vous informe.Pour en savoir plus Nom.Adresse Ville.Code postal .Retourner a La documentation est gratuite association nationale dei tcleipectateun 4005.rue Bellechasse Montréal.Qc H1X 1J6 Tel |514| 729-6393 Ne manquez pas en AOUT Un dossier sur les conditions de travail des non-syndiqué-e-s Une entrevue avec Rosamaria Ruiz, travailleuse bolivienne Un portrait des Skin Heads QUINZE ANS.DEJA A cet âge, on ne manque pas de coeur à /'ouvrage/ Le Centre St-Pierre est fier de ses réa/isations et entend continuer d'être au service des adu/tes des mi lieux populaires 1212, rue Panet Montréal H2L 2Y7 s^pËnra ^514^ 524"3561 -.SSÏS.COUOH^ Pour estimation gratuite: JACQUES GIRARD Service a la clientèle TÉL.: (514) 672-6380 < PAYETTE & SIMMS INC.Imprimeur spécialise en édition Pnnters speciahzing in publications 300 Arran.Saint-Lamben.Que J4R 1K5 (514) 672-6380 - (514) 875-0327 - Fa* 672 .481 E»teneur de Montréal 1-800-361-6528 SOMMAIRE ICI ET AILLEURS.Gangs et violence: de West Side Story aux Bélanger 24 par Kenneth George Le "racket" des coeurs esseulés 28 par Jacinthe D.Chicoineet France Emond Philippines: "J'ai mal à la terre." 30 par Paul Langelier et Yvon Pesant Mouvements sociaux à la base d'une foi libératrice 32 par Gilles Dugal Tribune libre 4 Éditorial 5 par l'équipe Québec en couleurs 22 par Pierre Viau En bref 14 Chronique insolente 23 par Nicole Brais Bande dessinée 23 par Vivian Labrie Le tour du Québec 27 par Jean Forest À l'oeil 34 par Henri Lamoureux DOSSIER Les amours : réalité ou fiction ?15 par Josée Desrosiers, Josée Gauthier, Alain Jacques et Dorothy Leigh Lizotte L'amour, ce singulier sentiment, prend des allures de pluriel dans ce dossier d'été où trois femmes et un homme se prêtent au jeu de la fiction.ENTREVUE L'homme qui n'aime pas les cirques 6 par Jean Robitaille Depuis six mois, il vivait les moments les plus merveilleux de sa vie.Il produisait à un train d'enfer, parcourant les deux Amériques en quête d'événements et de sensations qui alimenteraient le film de la semaine suivante.Et puis crac! Juste avant la fin de la Course des Amériques, sa bulle éclate.Stéphane Laporte abandonne.CHOC DES IDÉES L'été: pour ou contre?10 par Jocelyne Gamache et André Leclerc Aux frontières de l'humour, le débat a sauté la barrière.VIE OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1989/3 —B LE DOUTE ÉCLAIRCI Un court commentaire sur votre éditorial: "L e doute interdit ".Bien que partageant votre opinion sur la liberté d'expression, je suis d'avis que T M.a bien tait de ne pas rediffuser le sketche de RBO sur le Saint-Suaire reproduit par Xérox.La liberté d'expression n'est pas non absolue Elle est tempérée par le respect dû aux personnes et notamment à leurs croyances religieuses.Le problème consiste à savoir où se trouve la frontière.Là-dessus les avis divergent selon les époques, les cultures, les lois du genre La capacité de tolérance de l'opinion publique En ce qui me concerne, l'émission controversée m'appa-raissait avoir franchi la frontière de l'irrespect.Je l'ai fait savoir à T.M., comme des milliers de téléspectateurs.T.M.a exercé son jugement.On peut être ou pas d'accord mais il faudrait admettre le principe de la dialectique entre les droits et libertés.V.O.a passé trop rapidement.Merci.P.S.: Par contre, Madona me semble à l'intérieur de l'acceptable Rushdie?Je ne sais pas Jean-Pierre Proulx, journaliste Le Devoir, Montréal N.D.L.R.: Simple précision, "le" sketche controversé de RBO n'a jamais failli être rediffusé à Télé-Métropole Produit de la cuvée 1988, il appartient au diffuseur de l'époque, i e.Quatre Saisons Le hic de cette année aura justement été d' "interdire de diffusion" (toujours selon l'avis de sceptiques!) une émission nouvelle comme si l'on voulait continuer à punir les "méchants humoristes", un an plus tard.4/VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989 TRIBUNE LIBRE LE CHEMIN DU POSSIBLE Dans un numéro récent, les articles de Jean Robitaille, "Maison d'Aurore", et de Pierre Fournier, "Occupation des terres et débrouillardise "ont ce grand intérêt d'annoncer des actions communautaires de la base qui ouvrent le chemin du possible, donc de l'espoir et du goût de se retrousser les manches.Pierre-André Fournier Québec À LA DÉFENSE DE CENTRE-SUD À titre d'intervenant-e-s dans le quartier Centre-Sud, la présente est pour réagir à l'article de François Gervais portant le titre "Un oasis dans un bidonville", paru dans votre numéro de mars dernier.Vouloir démontrer l'importance et l'excellent travail d'un organisme (les Chemins du Soleil) de Centre-Sud est une chose.Discuter sur les motivations religieuses d'un groupe d'intervenant-e-s peut devenir intéressant dans la mesure où ça constitue une forme originale d'engagement religieux.Comparer Centre-Sud à une "agglomération d'abris de fortune, de baraques sans hygiène où vit la population la plus misérable" (définition exacte de bidonville) relève d'une méconnaissance totale du quartier, des gens qui y habitent ou d'une malhonnêteté intellectuelle.S'il est facile de constater que Centre-Sud est un des quartiers les plus pauvres de Montréal, une simple connaissance de ce quartier permet aisément d'affirmer qu 'il est loin d'être le ramassis de marginaux et le "dépotoir humain de la ville" où les jeunes qui y vivent sont constamment confrontés au stupre et à la fornication.Le ton misérabiliste sur Centre-Sud qu 'apporte Monsieur Gervais fait oublier qu 'au fil des ans, la population n 'a pas attendu qu 'on la regroupe, qu 'on l'anime, qu'on lui dise quoi faire, pour se donner des associations ou des regroupements qui visent, entre autres, à s'opposer avec vigueur à la détérioration des conditions de vie.Cette réalité démontre que les gens de Centre-Sud ne sont pas "en manque total d'amour" mais possèdent un potentiel et des qualités qui leur sont propres et dont Monsieur Gervais omet complètement de parler.Nous invitons Monsieur Gervais à faire le tour du quartier, de ses organismes, à entrer dans les cuisines des gens.Nous l'invitons à rencontrer les jeunes dans leur milieu de vie et dans les rues.À coup sûr, il fera la découverte suivante: les gens de Centre-Sud sont loin d'être des misérables.Pour réussir à vivre dans ce milieu qui ne cesse de se détériorer, il faut des qualités particulières et une compétence extraordinaire.Monsieur Gervais cessera ainsi d'avoir ce petit côté misérabiliste et pourra s'alliera ces gens pour l'amélioration des conditions de vie dans Centre-Sud.Un groupe d'intervenant-e-s de Centre-Sud (Gilles Cuillerier, Lise Dionne, Mario Lévesque, Gisèle Guindon, Sylvie Champagne, Céline Ouellette, Luce Harel, Guylaine Morin, Marie-Madeleine Lafrenière, Carole Picard, Jean Labbé, Mario Rodrigue, Martine Côté, Georges Leclerc, Daniel Thiffault, Jean-Marc Potvin) VOLUME XXXVIII -numéro 218 Vie Ouvrière.Revue fondée en 1951.publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Ses prises de positions éditonales n'impliquent cependant pas ces organisations Les articles n'engagent que leur auteur-e Directeur: Gilles Ougal Conseil de direction: Guy Desmarais, Reynald Labelle, Louise Lafortune.Monique Pellerin, Roger Poirier Rédactrice en chel: Josée Gauthier Rédacteur en chel adjoint: Jean Robitaille.Comptabilité, abonnements et traitement de texte: Yolande Hébert-Azar et Josée Beaudry Promotion: Richard Tremblay Recherche: Jacques St-Amant Comité de rédaction: Nicole Brunet.Jean-Guy Casaubon, Isabelle Drolet, Guy Etienne, Lorraine Guay.Claude Hardy, Johanne Léveillée, Monique Tremblay, Pierre Vallières Membres des sous-comités, Vivre en '89, En mouvements, Église, International et collaborations régulières: Nicole Brais.Laurier Caron, Jacinthe Chicoine, Martine D'Amours.Louise Desmarais.Josée Desrosiers, Danielle Forest, Kenneth George, François Gervais, Claude Hardy, Jean-Guy Lncoursière, Diane Lalancette Henri Lamoureux.Fabien Leboeut, Lucie Lépine.Jean Ménard, Jean-Hugues Roy, François Saillant, Élyse Tremblay, Pierre Viau Graphisme et montage Folio et Garetti Bande dessinée: Vivian Labne Imprimerie: Payette et Simms Composition linotronique: Typo Express.Distribution: Diffusion Parallèle, tel (514) 525-2513 Parution: (8 numéros) Abonnement régulier: 18$/an ou 32$/2ans, de soutien: 25$/an, i l'étranger: 23S.par avion à l'étrangar: 30$ Parution: n 218 aux mois de juin-juillet Références: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le répertoire analytique d'articles de revues (Points de repère) Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Courrier de deuxième classe, enregistrement n= 0220 Revue Vie Ouvrière, 1212 Panet.Montréal.Qc H2L 2Y7.Tel: (514) 523-5998 EDITORIAL QU'ILS SONT FRAGILES NOS AMOURS! par Gilles DUGAL Parler des amours, c'est choisir un sujet léger, un sujet de vacances.Aborder le dossier par le biais de la fiction n'empêche pas le réel de nous rejoindre.Vivre des amours qui résistent à l'épreuve du temps demeure un défi.Les supports traditionnels, humains et économiques s'évanouissent les uns après les autres.Mais en même temps, sans cesse, les amours refont surface, irriguent et ensoleillent nos vies.Déplus, le paysage de nos amours s'est quand même amélioré depuis vingt ans.Le féminisme nous a appris que l'économique est au coeur de nos vies amoureuses.Parce que de plus en plus de femmes assurent leur autonomie financière, les rapports amoureux sont plus égalitaires.La survie économique étant assurée, le choix de vivre en couple se fonde davantage sur un choix affectif et sur une complicité entre les personnes.En milieu populaire, il est plus fréquent que la survie économique et la place prépondérante des enfants conduisent les personnes à vivre en couple.Les luttes des femmes et le support de leurs groupes les radicalisent.Elles envisagent plus rapidement une rupture avec des hommes absents émotivement ou irresponsables financièrement.Même dans ce contexte social plus favorable à d'épanouissantes relations a-moureuses, le taux de divorce demeure à 40%.Ni les coupures dans le programme d'assurance-chômage, ni le budget Wilson ne nous placent aujourd'hui dans des conditions économiques meilleures pour vivre nos amours.Une perte des acquis et une fragilité plus grande des couples et des familles sont les fruits escomptés.TRISTE PRINTEMPS FÉDÉRAL Le 12 avril dernier, Madame McDougall annonçait le retrait du gouvernement du financement de la Caisse d'assurance-chômage.Employeurs et employés financeront seuls la caisse.Les cotisations seront augmentées et les conditions d'accessibilité aux prestations plus sévères.Dans certains cas, les bénéficiaires recevront moins de prestations et attendront plus longtemps - sans avoir droit au bien-être social - pour les recevoir.Les travailleuses et les travailleurs paieront leur adaptation au libre-échange.Le gouvernement pige dans la caisse plutôt que d'injecter de l'argent dans les programmes de formation de la main d'oeuvre.Où est le cran d'arrêt des coupures dans cette protection sociale arrachée de haute lute depuis quarante ans?Ces coupures affecteront davantage les femmes dont les revenus, donc les prestations, seront à 40% de celles de hommes.Le 27 avril dernier, M Wilson déposait un budget régressif pour les familles et la majorité des Canadiennes et de Canadiens.Le maître-mot: réduire le déficit."Serrons-nous la ceinture pour ne pas laisser à nos enfants le fardeau de la dette", affirme la propagande gouvernementale.Bien malin ce gouvernement si préoccupé des enfants du pays qu'il désarticule dans le même budget les services de santé et d'éducation qui leur sont destinés.Le fardeau fiscal des citoyens et des citoyennes moyens s'accroît de façon dramatique.Ils paieront 80% des revenus supplémentaires du gouvernement en '88-'89.Au moment où l'impôt d'une famille de quatre personnes a grimpé de 38,7% depuis '84, l'impôt des sociétés est passé de 15% à 11 %.Le gouvernement rend plus difficile la présence des femmes sur le marché du travail en ne créant pas les 200 000 nouvelles places en garderie, promises durant les élections.Il les appauvrit aussi par sa décision de récupérer les allocations familiales pour les personnes dont les revenus annuels dépassent 50 000$.Dans vint ans avec les mêmes règles, les personnes qui gagneront 26 000$ devront rembourser leurs allocations.AUTOMNE CHAUD L'économique est l'aulne des projets gouvernementaux.Le social, l'humain est bafoué.C'est un scandale dans une société en croissance économique constante depuis quelques années que les conditions de travail, de vie et d'amour s'annoncent si mauvaises.Comment s'attendre à ce que les jeunes adultes fassent des enfants, se projettent avec espoir vingt ans en avant, alors que toute leur expérience humaine n'est que précarité?Deux tiers des ieunes interrogés par la Jeunesse ouvrière chrétienne ont occupé trois emplois différents dans les quatre dernières années Le slogan féministe, "Le privé est politique", est plus pertinent que ïamais.Vie Ouvrière est d'avis que nos conditions économiques marquent l'ensemble de nos vies et de nos choix, y inclus nos vies amoureuses.Vie Ouvrière se joint à la mobilisation large contre la loi 37, la réforme de l'assurance-chômage, l'augmentation du fardeau fiscal du Canadien et de la Canadienne moyenne Nous voulons vivre une démocratie où les citoyens et citoyennes infléchiront les choix économiques en faveur de la majorité Que nos amours puissent vivre autrement que dans la précarité d'au jour le jour ■ VIE OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1989/5 6/VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989 ENTREVUE Une entrevue avec Stéphane Laporte L'HOMME QUI N'AIME PAS LES CIRQUES Depuis six mois, il vivait les moments les plus merveilleux de sa vie.Ses "bad trips" mis de côté, vivant avec une intensité qu'il n'avait jamais connue, il produisait à un train d'enfer, parcourant les deux Amériques en quête d'événements et de sensations qui alimenteraient le film de la semaine suivante.Il est passionné de cinéma depuis son enfance.Au cours de cette course, sa passion l'enivre.Stéphane Laporte a même l'impression d'être heureux, au point d'en être troublé.Et puis crac! Juste avant la fin de la Course des Amériques, sa bulle éclate.Il abandonne."Socialement, c'est pas facile de lâcher.Mais là, il fallait que je dise non ! J'étais en Guadeloupe, il ne restait que deux semaines à la Course.J'ai lâché parce qu'on vit dans une société où pour garder sa job, pour faire plaisir à sa mère ou à sa blonde, on doit dire oui à plein de choses.J'ai décidé de dire non essentiellement pour moi.Je ne pouvais plus continuer.Je voulais dire non à la télévision.J'ai fait un film contre la télévision aux États-Unis.Tout le monde l'a bien aimé.Pourtant la Course, c'est un parfait résumé de ce qu'est la télé avec ses règles à suivre: ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire.J'ai fait des films "pour dénoncer", mais la télé les présentait à des gens qui s'en divertissaient.Il fallait que je sois conséquent avec moi-même." La bulle de Stéphane Laporte s'est dégonflée d'un coup et le retour est dur.La Course des Amériques, il ne pouvait pas la gagner, pas même la terminer.À 23 ans, symbole de la génération du "No future", il devait rompre sa complicité avec la télé qui divertit sous prétexte d'informer, qui vend le bonheur au même prix que le savon à vaisselle.Parlant de bonheur, deux fois au cours de l'entrevue, il s'échappe, raconte comment il était heureux, pour aussitôt nier, refuser le concept du bonheur auquel il ne croit pas.Catherine Fol, au contraire, a gagné la Course.Partie sans expérience ni formation cinématographique, elle a vite compris et bien appris la leçon.Choisie récemment personnalité de la semaine du journal La Presse, Catherine Fol parlait de ses efforts, du désir de perfection et du bonheur qui en résultait.La Course ne confrontait pas seulement un talent ou des habilités cinématographiques, ni même des concepts idéologiques.Ce sont deux représentations philosophiques du monde qui s'opposaient.Stéphane Laporte estime Catherine Fol."C'est une femme très intelligente mais je n'embarque pas dans le genre de bonheur qu'elle nous présente avec sa famille divorcée et tout le reste.Écoute, elle vient d'aller filmer du monde dans les vidanges de Mexico puis elle nous parle de son grand bonheur.Fuck! Catherine, c'est sûr que t'étais pour gagner!" Propos recueillis par Jean ROBITAILLE VIE OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1989/7 V 0 Tu as étudie a l'université Concor-dia et à l'UÛAM en communication et en cinéma.Est-ce que tu ne pouvais donc pas déjà t attendre à ça de la télévision?Stéphane Laporte: Tout le monde me dit: "Mais tu l'savais dans quoi tu t'embarquais!" Bien oui, |e le savais.Mais j'ai des illusions, des fois.J'avais tellement le goût de faire des films.Pourtant, dès le début de l'aventure, je pouvais supposer que ça n'irait pas.La première fois où j'ai participé à un enregistrement de l'émission en studio à Montréal (pour la sélection des partici-pant-e-s), le directeur de la Course a fait dire au réalisateur que je devais m'habil-ler autrement et que je devais m'intégrer davantage dans le "look" des autres jeunes qui étaient là.Il me censurait dès le départ dans ce que je suis.Il décidait de ce qu'un jeune devait avoir l'air.Je n'étais pas un jeune "radio-canadien".Finalement, je suis allé à l'enregistrement en m'habillant "moyen".Sans trop me changer mais sans trop les choquer.Avoir su, j'y aurais été tout nu! V.O.: Puisfinalement, juste avant la fin, tu as décidé de dire "non" à la télé.S.L.: J'ai réalisé que ce que je faisais, ça passait dans Tbeurre".A la télé, tu peux gueuler les pires infamies, présenter les pires horreurs, ça ne change strictement rien.On inonde les gens d'images d'horreur au point qu'ils en perdent toute sensibilité.Puis surtout, on leur présente l'Amérique du Sud comme on veut bien la voir en Occident.Les reportages sont toujours construits de la même façon, selon les mêmes schèmes.Il faut que ça soit clair, que ce soit évident.Il faut qu'on mette tout, tout cuit dans la bouche.Puis aussitôt que tu veux aller vers des films qui s'inspirent plus des sentiments, tu te fais cogner sur la tête.C'est impossible de faire un reportage quand tu restes une semaine dans un pays que tu ne connais pas, au milieu de gens que tu ne connais pas, sur un sujet que tu ne connais pas.Si tu te donnes le droit de faire un reportage là-dessus, d'analyser une problème précis, c'est l'horreur suprême.Pourtant, Catherine a fait ça vingt-quatre fois de suite Elle a présenté une image de l'Amérique du Sud que les gens veulent "Du monde avec des moignons qui vit dans les vidanges mais du monde qui lutte quand même pour s en sortir".Moi, j'ai passé trois semaines en Guyanne française.J'étais dans une petite ville idéologiquement très à droite qui a voté pour Le Pen aux dernières élections.On m'a reproché de ne pas avoir su démontrer pourquoi.Bien, je ne le sais pas, je n'ai rien compris.Tout ce que j'ai pu faire comme film c'a été de traiter de ce que je ressentais en me retrouvant là-bas.La télé veut que tu démontres et que tu expliques tout.Il faut que le monde soit compris et expliqué de telle manière que lorsqu'un problème survient, on le présente comme une faille, une exception dans un monde où globalement tout est correct."C'est un fait isolé, c'est pas le système qui est pourri".DES CONTRADICTIONS QUI LIMITENT LES CHANGEMENTS J'ai eu l'impression de vivre pendant ces six mois.C'était très intense, très stimulant.Mais j'oubliais bien des affaires.J'avais beau dénoncer plein de choses, je passais dans l'beurre.Ça ne changeait rien.V.O.: Mais qu'est-ce qui devrait changer selon toi?S.L.: Je n'aime pas les principes sociaux actuels auxquels on voulait que je me conforme: l'argent, la censure, l'économie, la famille.La famille, moi, j'aime pas ça.C'est sûr que j'ai eu une famille bien éclatée puis c'était un milieu très dur.Si j'avais été heureux.Ce que je déteste aussi, c'est la non-acceptation de la différence.Prends l'histoire de Jos Rose qui s'est fait tuer dans un autobus à Montréal, il y a quelques semaines, par des "flots de quinze ans" qui n'ont rien compris à rien.Dans leur cours d'éducation sexuelle, on leur a dit que la vie c'est un spermatozoïde qui va dans une ovule et qu'en dehors de ça, c'est pas normal, c'est pas correct.J'aimerais changer le monde, mais comment?Peut-être par l'anarchie.Pas celle des bombes mais plutôt celle des gens qui sont en plein contrôle de leur existence.Que le pouvoir revienne aux gens, qu'on élimine les pyramides de pouvoir.Mais comment faire ça! On n'est pas tellement habitué! V.O.: Tu viens de passer plusieurs mois en Amérique latine.Qu'est-ce que tu penses des gens qui là-bas luttent pour le changement?S.L.: Bien, face à ça aussi je suis assez critique.J'ai été à Cuba et j'ai fait un film pour dénoncer le socialisme à la Castro.J'ai ensuite rencontré Quino (l'auteur de la bande dessinée Mafalda) en Argentine.Il m'a demandé ce que j'avais pensé de Cuba.Il était bien déçu de ma réaction."Tu n'as pas la même notion de liberté que moi" m'a-t-il répondu.Pour Quino, Cuba, c'est comme le rêve.Quand il va à Cuba, il est bien reçu.On lui montre toutes les belles choses.Mais je me sentais coupable.C'est vrai qu'à Cuba tout le monde est maintenant alphabétisé, c'est même mieux qu'ici.Il n'y a plus de monde qui crève de faim, il n'y a plus de tavela, tout le monde a un logement, tout le monde va à l'école,.Mais l'existence humaine, c'est plus que ça.Il y a certains droits, certaines libertés fondamentales qui ne sont pas garanties.Tu sais, Quino, s'il vivait à Cuba, ne pourrait pas être dessinateur à moins d'accepter de dessiner pour la propagande du système.J'ai aussi fait un reportage hyper-acide sur les Mères de la Place de Mai01.J'étais consterné de voir dans quelle "gammick" de pouvoirs elles fonctionnaient.C'est quoi militer?Qu'est-ce qu'elles cherchent encore après neuf ans et demi?Leur organisation est très hiérarchisée.À toutes les semaines, c'est toujours la même "madame" qui fait son discours, toujours elle qu'on retrouve sur les photos.Leur journal est contrôlé par les étudiants de gauche.Quand j'ai 8A/IE OUVRIÈRE7JUIN-JUILLET 1989 essayé de filmer une manifestation que les Mères de la Place de Mai organisent annuellement, je me suis fait lancer des roches par des gens qui portaient des pancartes réclamant le droit à la liberté de presse.C'est beau être militant; c'est bien de croire à ces affaires-là mais c'est triste de retrouver dans de tels groupes autant de manipulation et de luttes de pouvoir que dans le reste de la société.Je ne remets pas en question la lutte pour les droits humains mais je questionne les groupes qui reproduisent les mêmes contradictions que celles qui existent dans la société.À Santiago, j'habitais chez un syndicaliste qui a vécu à Montréal.C'est un gars bien ouvert, très impliqué dans les luttes sociales au Chili.Pourtant, dans sa gang, lors du party de Noël, les femmes se retrouvaient dans la cuisine à préparer la bouffe pendant que les hommes buvaient dans le salon.Sa femme ne "travaille" pas parce qu'elle a trop d'ouvrage à la maison.DÉPASSER LE CÔTÉ TYPIQUE ET SUPERFICIEL Dans mes films, j'essayais de retrouver dans la personne qui habite en Guyanne la même chose que chez celle qui vit à New York.Je pense que l'être humain est pas mal pareil.L'ethnicité ou le côté typique, c'est superficiel au fond.Si un être humain est exposé aux mêmes stimulis, il va devenir semblable aux autres.Il va adopter les mêmes travers et développer les mêmes goûts d'embarquer sur son prochain.V.O.: Durant ta Course, y a-t-il eu une solidarité entre les jeunes?S.L.: Nos relations étaient assez variées.Dans certains cas, il y a eu de grosses rivalités, on se faisait voler un "scoop".À d'autres occasions, il y avait un bon support.Par exemple, Nathalie Goulet, parce qu'elle parle très bien espagnol, m'a beaucoup aidé pour mon film sur les Mères de la Place de Mai.On était très différent les uns des autres.Je pense qu'on a été choisi pour ça.Moi, je représentais le révolté.J'ai bien hâte de savoir si la prochaine sélection sera semblable.Dans le groupe, il y a des gens que j'estime beaucoup, en particulier Catherine Fol.C'est une femme intelligente qui n'avait jamais fait de cinéma mais qui a appris très vite.Ses deux premiers films étaient mauvais.Mais c'est une fille cartésienne.Elle a analysé les choses.Elle a vu ce qu'il fallait faire pour plaire et elle a travaillé énormément.Une chose me gêne toutefois dans l'attitude des juges.Aussitôt qu'elle s'est mise à produire de bons films, on l'a encensée."Wow, une fille qui fait de bons films!" Il faut que les femmes prennent de la place dans les postes de pouvoir parce que je pense qu'elles vont changer des choses.Mais il faut faire attention de ne pas tomber dans certains pièges dont le paternalisme.À l'intérieur de la Course, la personne que je respecte le plus, c'est Etienne-Robert De Massy.On est pourtant très différent.Sa mère est avocate, son père est psychologue; c'est un enfant unique qui vient d'Outremont.Ma mère travaille dans un dépanneur, puis je viens de Ville d'Anjou.Lui, il a été élevé dans du coton.Il ne porte pas de revendications.Sa principale préoccupation durant la Course était de faire de belles images.C'était effectivement très beau.On voit que c'est quelqu'un qui a été initié très tôt à l'art et à la culture classique.Moi, à 12-13 ans, je passais pour quelqu'un de bien spécial dans ma polyvalente parce que je lisais des livres rj'Agatha Christie! Mais l'apprécie beaucoup Etienne-Robert parce qu'il est très intelligent et très franc.V.O.: Est-ce possible pour des jeunes de faire du cinéma aujourd'hui au Québec?S.L.: C'est un problème.J'ai un métier (avec toute la formation académique et l'expériencevoulues)maisjenepeuxpas le pratiquer.Ça fait deux mois que je suis revenu et je suis dans un cul-de-sac.J'ai plein de dettes, des prêts-bourses à rembourser, puis ma mère va se faire saisir si je ne les remets pas Pourtant, je ne veux pas travailler pendant dix ans dans un dépanneur pour rembourser mes dettes! Je vais peut-être m'inscrire sur le Bien-Être social pour faire des travaux communautaires (soupir) Le cycle des travaux communautaires, c'est horrible C'est du "cheap labor" qui bloque l'ouverture de vraies jobs parce que les employeurs préfèrent évidemment prendre des gens qui ne leur coûtent que 100$ par mois.Encinémacommeauthéâtre.on offre plein de projets de travaux communautaires.On a maintenant le choix Mais ce qui est sûr, c'est qu'à la fin, tu n'as jamais de job.Je pense que c'était plus facile pour un jeune en 1965 de faire du cinéma.Tu faisais partie de la bonne gang; les arts étaient à la mode.C'est eux qui ont formé les institutions.Ils ont grandi avec elles et c'est pour ça que les institutions les protègent aujourd'hui.Et malgré tout, même ces gens-là ont de la misère à faire du cinéma.Je suis assez tanné d'avoir faim Je suis écoeuré d'avoir des dettes.J'ai assez hâte d'être récupéré, de faire de la "pub", d'avoir ma BMW et mon condo! Non, sans blague, je vais peut-être m'engager à vivre sans plaisirs matériels mais il faut d'abord que je sache ce que je veux faire dans la vie.(1) Organisme représentant les lamilles des mih-lant-e-s disparu-e-s en Argentine sous le régime militaire dans les années 70 quelqu'un qui aurait visionné mes films pourrait-il penser que /e puisse terminer intégré dans le /eu?Je n'ai jamais aimé les cirques " VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989/9 LETTRE DE DÉMISSION CENSURÉE Stéphane Laporte a écrit sa lettre de démission afin qu'elle soit lue à l'écran."Je sais ce qui peut être lu ou non en ondes.Alors, j'ai été assez "cool".J'ai fait attention pour qu'elle passe", raconte-t-il.Puis effectivement, lors de l'enregistrement de la Course, l'animateur en a fait la lecture-Mais quelques jours avant que cette émission ne soit diffusée, le directeur de la Course a décidé que ça ne pouvait pas passer.On a repris le début de l'émission et on a plutôt lu une lettre du directeur."Ce seul fait démontre bien la raison de mon retrait", précise Stéphane Laporte.Voici donc la lettre censurée: "Je n'ai jamais aimé les cirques J'ai utilisé le dernier billet d'avion que Radio-Canada m'avait donné.Il me reste deux films à monter et deux autres à tourner.Je ne les ferai pas Ce n 'est pas parce que \e suis épuisé.Ce n 'est pas parce que \e n aime plus le cinéma.C'est une question de conséquence.Comment pourrais-je ajuster cet appareil?Je choisis donc d'enlever un boulon à un mécanisme qui paraît trop bien réglé.Comment ne pas en profiter?Et comment 12698137 75 s LE CHOC DES IDÉES Le Choc des idées s'est laissé convaincre de prendre les couleurs de l'été: léger, rafraîchissant et ensoleillé.L'ÉTÉ: pour OU contre ?Auxfrontièresde l'humour, le débat a sauté la barrière.De l'autre côté, il s'est retrouvé avec des alliées de toujours: l'intelligence, la finesse d'esprit et la perspicacité.« L'été: pour ou contre?À lire par une journée torride, à l'intérieur ou l'extérieur.selon ses préférences! LES PIEDS DANS LE SABLE BLANC.(airconnu) Q haque année, dès le mois de février, je commence à me préparer pour l'été.J'aitellement hâte! J'aime tellement ça! En premier lieu, je commence un régime amaigrissant.Ils faut que je puisse porter un maillot de bain à la mode.Ils raccourcissent chaque année; je dois m'y prendre de plus en plus tôt.À la mi-avril, je suis prête.J'enfile le maillot convoité et je file au salon de bronzage.Je ne veux pas que l'été me prenne au dépourvu.Suivent deux mois palpitants.Tous mes moments libres sont consacrés au bronzage intensif.Le rêve! Installée confortablement dans un caisson bronzant, je peux, en toute quiétude, confier mon corps à la technologie moderne.Finies les contorsions loufoques pour amener ma peau à une couleur uniforme.Avant l'apparition des caissons, je devais m'étendre sur le dos, puis sur le ventre et ensuite sur le côté, le bras levé de manière à ce que le soleil puisse m'attein-dre partout.C'était épuisant et inélégant.Maintenant, grâce aux découvertes scientifiques, mes séances de bronzage ont un effet relaxant pour l'ensemble de mon organisme.Disparu, donc, le pli qui barrait autrefois mon front sous l'effort des contorsions.Lorsqu' arrivent les beaux jours de juin, j'ai le teint doré.Jepeuxm'adonner sans honte corporelle à la course aux festivals.Je boude par contre le festival de théâtre des Amériques ainsi que cer-( tains spectacles du festival de jazz de Montréal.En fait, j'ignore toutes les représentations intérieures.L'été est trop court pour s'enfermer dans nos maisons.Si, d'occasion, je consens à assis- par Jocelyne GAMACHE ter à un spectacle en salle, l'orage m'y aura assurément forcée.VIVE LES PATRIOTES! En plus de constituer l'endroit idéal pour promener mon teint éclatant, les festivals me permettent de rencontrer des gens étonnants.L'an dernier, à Matane, j'ai fait la connaissance d'un médium qui m'affirmait converser télépathiquement avec les crevettes de l'endroit.À Dolbeau au Lac St-Jean, j'ai longuement aspiré à devenir bleuet, pour être en harmonie avec la nature.Lorsque j'ai su que l'environnement immédiat de Dolbeau était truffé de F-18, j'ai renoncé à mon projet.Puis arrive la fin du mois de juin et la monté de mes sentiments patriotiques.Il y a quelques années, j'ai acheté d'un artisan une magnifique ceinture fléchée.Chaque année, le 24 juin, je la porte fièrement.Elle est si bien assortie à une jupe paysanne que j'ai sauvé du naufrage référendaire! Affublée ainsi, je sors exhiber ma foi nationaliste dans les rue de Montréal.Je ne suis pas seule.Des milliers de gens se rendent écouter les musiciens de garage qui ont enfin la permission de se produire dans les rues.Nos coeurs battent à l'unisson lors-qu'enfin ils entonnent le "Gens du pays" tant attendu.Nous nous en retournons chez-nous fiers d'appartenir à ce pays de bâtisseurs qui nous a donner tant de poètes.Le premier juillet, je fête le Canada.Je célèbre la beauté des Rocheuses, qui, m'a-t-on dit, constituent la fierté des Canadiens.Je célèbre aussi la suprématie des équipes canadiennes dans ce grand sport qu'est le hockey.Je ne sais 10/VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989 pas encore si le 4 juillet j'aurai, ou non, participé auxfestivités de l'indépendance américaine.Il me semble que j'aurais droit, moi aussi, de prendre part aux réjouissances, l'accord de libre-échange m'y autorisant.Mais un je-ne-sais-quoi d'indéfinissable me retient.DEHORS, LES VOISINS! Le mois de juillet amène aussi son cortège de déménagements.J'aime beaucoup cette période de grand remue-ménage.Aussi lorsque j'ai un peu d'argent à gauche, j'en profite pour changer d'adresse.Empaqueter, étiqueter, emballer, déballer, nettoyer, ranger, il y a de quoi meubler agréablement de belles journées.Après l'aménagement, je passe à la deuxième étape: faire connaissance avec mes nouveaux voisins.Au fil des ans, j'ai développé une technique infaillible.À la première journée de beau temps, je sors de puissants hauts-parleurs sur le balcon avant.Suivant mon humeur, je fais jouer, à fort volume, Ginette Reno, Mozart ou simplement la radio.Pour le grand bénéfice de tous.La réaction est immédiate.Ils déferlent chez moi en grand nombre.Je suis prête: des verres de boissons gazeuses et des Mae West les attendent.Evidemment, tous ne prisent pas ce premier contact.Tant pis DES VACANCES ÉDUCATIVES Pour mes vacances annuelles, je me rends sur une base de plein-air.J'y fais toujours l'apprentissage de nouveaux sports.Cette année, je tâterai la planche à voile.Je m'imagine déjà écumant les lacs laurentiens sur ce bolide flottant.On m'a dit que c'était un sport exigeant, profitable pour le développement musculaire.Qu'à cela ne tienne, à mon retour de vacances, j'épaterai mes collègues de travail avec mes larges épaules.Mais j'y pense, de larges épaules rendraient le port de mon maillot de bain inconfortable.Qui sait, peut-être, les bretelles m'abandonneront-elles à un moment critiques?Là, finies vacances dorées, j'en serai quitte pour reprendre les sessions de bronzage.Car, à coup sûr, mon nouveau maillot sera encore plus échan-cré que le premier et mes préparatifs pour l'été auront été vains.Non.C'est tout décidé.Cette année, |e m'abonnerai à l'observation des oiseaux.C'est une activité hautement sécuritaire Début août, je reprends le chemin du travail.La saison estivale n'est pas terminée pour autant.Heureusement.D'ailleurs, depuis que j'ai fait l'acquisition d'une automobile, j'en profite à plein.Grâce à ma voiture, je peux, les soirs de canicule, m'éloigner de la ville et gagner le ciné-parc le plus près.Là, en compagnie de centaines de mes semblables, dans l'intimité de mon véhicule, je contemple ces chefs-d'oeuvre immortels que sont Dumbo de retour du Viet-Nam ou encore Rambo, l'éléphant volant Et finalement, en septembre, pour combattre le spleen de l'automne, j'organise toujours un "beach party" dans mon salon.C'est ma façon de saluer l'été.Avec quelques amis, j'épluche photographies et anecdotes qui m'aideront à supporter l'hiver Sur l'air de "Les pieds dans le sable blanc", nous comparons et contemplons nos bronzages une dernière fois À la fin de la soirée, nous comprenons que l'été s'est enfui en douce et nous pleurons son départ ■ Jocelyne Gamache travaille à l'Organisation populaire des droits sociaux - région de Montréal Elle en est à ses premières armes" humoristiques Elle se détend bien, pas vrai?VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989/11 L'ÉTÉ AU SERVICE DE LA CLASSE DOMINANTE par G.HUCHOT S n cette période de l'année, une analyse adéquate de la situation sociale ne saurait passer sous silence un des aspects les plus insidieux de la subtile machination qui asservit les classes populaires au tyrannique régime de la bourgeoisie triomphante et yuppis-tique.En effet, on ne saurait conjecturer sur la conjoncture sans tenir compte de cette réalité d'autant plus insaisissable à l'esprit moderne qu'elle est on ne peut plus évidente, comme l'histoire de l'arbre qui empêche de voir le pouding parce que quelqu'un a mangé la forêt ou quelque chose de même.Voyons voir.Si on vous demandait d'identifier la principale caractéristique des temps qui courent, que répondriez-vous?Les cigarettes à quatre piasses?Le déficit fédéral?Les tensions linguistiques?Balivernes que tout cela, épiphé-nomènes éminemment négligeables, que la presse pourrie au service du pouvoir survalorise pour détourner l'attention publique du véritable et crucial problème: le climat.Nous, gens de gauche et de bon goût, avons déjà convenu que le privé est politique, que l'art n'est pas innocent, et que même la consommation de viande est un enjeu social.Mais, en dépit de toute notre éducation, de notre intelligence et de notre sens critique, nous demeurons insensibles au fait que le cycle des saisons joue également un rôle primordial dans la reproduction des rapports de dominance à l'intérieur de notre société.1 Nous savons que le jeu des rapports de forces entre classes sociales force le système à aménager des compromis, lesquels contribuent à atténuer les contradictions internes et lui permet de subsister.Au moment où le chômage tenail-i| lait la population travailleuse, l'État a 1 établi l'assurance-chômage, éliminant 3 ainsi les risques d'une révolte ouvrière.S Lorsque les forces vives de la production § s'organisèrent en associations ouvrières pour faire échec au Capital, celui-ci inventa l'accréditation syndicale, ce qui bien sûr désamorça complètement le potentiel révolutionnaire de ce mouvement.Nous en venons donc au fait car, vous l'aurez constaté, je brode depuis quatre paragraphes parce qu'il me faut quatre feuillets et demi, ce qui est toujours pénible pour quelqu'un qui a appris à écrire inventé de toutes pièces par la diabolique faculté de récupération du Pouvoir, relayé par les laquais de la masse médiatique à la crédulité du peuple berné et bafoué, célébré par les gens de toutes conditions, est un exemple des plus éclatant de consensus multiclassiste à la noix, qui endort le monde pour mieux l'asservir au dessein sordide de l'ordre établi.2 dans une école publique québécoise.J'allais donc dire ceci: Marx s'est trompé quand il a accusé la religion d'être l'opium du peuple.La drogue, c'est l'été.C'est culturel.Tout le monde aime l'été.Tout le monde attend l'été toute l'année Y en ont jamais assez.C'est donc beau pis c'est donc le fun.Pis c'est gratis pis c'est pour tout le monde C'est démocratique, l'été.Voilà un fétide paquet d'immondice-ries idéologiques si vous n'en avez jamais vu un (paquet).Le mythe de l'été, Examinons divers axiomes relevant du mythe estival sous l'angle politique et tirons-en les conclusions appropriées.L'été, il fait beau.Qui donc a décrété qu'une condition météorologique caractérisée par la présence d'une zone de haute pression atmosphérique était belle?C'est comme dire qu'une femme est belle, qu'un char est beau, qu'une mode est belle Ce sont là jugements de valeurs tout à fait arbi- 12/VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989 traires.En réalité, les canons esthétiques dominants, qui donnent l'apparence de s'être imposés le plus naturellement du monde, sont, en termes lacano-léni-nistes, la projection collective du désir inconscient de l'individu de ressembler au modèle proposé par l'image glamou-reuse que dégage la classe hégémonique.Il surfit de considérer le fait que, sous le régime féodal, les gens beaux étaient en majorité des aristocrates (tandis que les bourgeois étaient d'imbéciles ventripotents); aujourd'hui, ces mêmes bourges sont l'image même de la supériorité beautifiante (bien qu'au demeurant toujours aussi imbéciles) Il faut se rendre à l'évidence que.pour des raisons qui seront expliquées plus bas, l'absurde popularité de l'été est entretenue par la classe dominante en conformité avec ses intérêts propres.L'été, c'est bon pour le moral.Justement! Tout le monde sait qu'un peuple révolutionnaire est un peuple malheureux et opprimé.Le système a donc tout intérêt à se servir de la saison estivale pour apaiser l'impatience des masses en lui offrant de puériles jouissances comme le soleil, la chaleur, les congés: bref, il encourage l'ouvrier à la farniente, l'oisiveté et le giandage, et lui donne même des vacances payées pour mieux lui permettre de s'y complaire.C'est bien connu que la chaleur intense, pour le quidam habitué à fonctionner sous les rigueurs du rude climat canadien, diminue sa3 capacité réflexive, le rend somnolent et indolent, bref, l'avilit et le démobilise Ce n'est pas en veillant sur le perron qu'on préparera le Grand Soir.Les capitalistes le savent très bien, et en ce sens très précis, le temps qu'il fait n'est pas innocent.C'est un pernicieux instrument de domination.Tout le monde aime l'été.C'est même pas vrai, moi j'haïs l'été bon! L'été est une denrée démocratique, accessible à tous et toutes, sans distinction de classe.Pure boulechitte.Innommable supercherie.Pour s'en rendre compte, il faut voir ce que les gens font de l'été, examiner l'usage qui est fait de l'été dans notre société.Par exemple, l'été, on fait de la bicyclette.Et vous croyez que la bicyclette est à l'usage de tous?Au prix que c'est rendu?4 Non mais, êtes-vous entrés dans un magasin de vélos récemment?On ne vous servira que si vous réussissez à convaincre le vendeur que c'est votre limousine qui est stationnée devant la porte.À l'achat d'un vélo, certaines boutiques offrent en prime une propriété dans le Plateau Mont-Royal.Dernièrement, le président de Lavalin s'est fait voler un Riopelle dans l'antichambre de son bureau mais il s'est dit "C'est pas grave'' et à la place, il a accroché un bicycle.L'été, on peut aussi s'adonner aux plaisirs aquatiques, mats qui à part les riches peut se payer une piscine creusée?Les autres peuvent toujours se tremper dans leur baignoire, mais ça on peut faire ça à longueur d'année Enfin, il est vrai que la «belle» saison offre tout de même des plaisirs gratuits Comme se dorer au soleil (et attraper un cancer de la peau), marcher dans la campagne (et se faire courir après par un pit-bull enragé ou par une vache), et .et quoi d'autre, en fait ?En fait, rien n'est gratuit.On paie ces illusions de bien-être de la plus onéreuse façon: au prix d'un vil et individualistique hédonisme anti-social et contre-productif; au prix de l'essor d'un conformisme petit-bourgeois dégradant; du triomphe du modèle dominant d'appréciation de l'environnement; enfin, c'est toute la structure de la pensée occidentale décadente qui trouve, dans cette célébration aberrante de l'autogratification étésiaque, l'apothéose de sa consécration en tant que mode d'acquisition de la connaissance, bref, c'est la victoire de l'idéologie sur la raison, la capitulation du libre-arbitre devant le donné-pour-de-bon étatique Camarades, dénoncez l'ignoble complicité du temps avec les rouages du Pouvoir contre les masses opprimées, et appelez de toutes vos énergies le retour à l'ordre naturel des choses pour avoir raison à tout jamais des chars à 200 000$ des bourgeois maudits, pour que les riches claquent des dents de terreur et de froid, et que se cristallise enfin la volonté souveraine du peuple !5 Voilà.J'ai eu le courage de mes opinions J'ai fait mon lit VertB ( 1 ) Pour une analyse fine et géniale de ce concept, nous recommandons la lecture du brillant article de Huchot.G.-L'été au service de la classe dominante».Vie Ouvrière, n 218.|um-|uillet 1989 (2) Queneau, Raymond, Zaïie dans le métro.Poche.200 et quelques pages Un ouvrage qui n'a rien à voir avec le sujet discuté ici.mais que fai bien aimé et que ie vous recommande chaudement (3) Ad|ectit possessif, temmin singulier se rapporte au nom capacité (4) Les notes en bas de page, ça lait intellectuel, alors comme ie suis un béotien pédant et prétentieux, l'en abuse Ça en jette (5) Et si vous trouvez cet article pourri, vous pouvez blâmer cette visqueuse canicule qui me compotrfie la substance mentalogène Et réclamez la démission de la rédactrice en chet de cette revue c'est elle qui a eu cette idée stupide pour cette chronique (N D L R Cest unpense/y bien1) André Lecltrc G Huchot pour les intimes, gagne sa vie" comme concepteur graphique Comme vous l'aurez deviné, il a • dans sa prime jeunesse • côtoyé les milieux militants VIE OUVRIERE/JUIN-JUILLET 1989/13 0579 EN BREF DES VACANCES A BON COMPTE L'Auberge de plein-air lïnterval à Ste-Lucie des Laurentides offre aux personnes à faible revenu la possibilité de prendre des vacances à prix abordable.Ce programme privilégie les personnes âgées de 18 à 35 ans, ainsi que les familles monoparentales.Les possibilités de séjour sont les suivantes: les fins de semaine de la St-Jean, de la fête du Travail et de l'Action de Grâce ainsi que les semaines du 25 au 30 juin, du 9 au 14 juillet et toutes celles du mois d'août.Le coût d'un séjour est calculé selon votre revenu et le nombre de personnes par foyer.Ce coût inclut l'hébergement, la nourriture, l'animation, le prêt de matériel (planche à voile, voilier, canot, chaloupe, etc.) et le transport aller-retour.Pour toute information et/ou réservation, composez, à Montréal, le 279-9394 LES DROITS DE L'ENFANT L'organisme Aide à l'enfance nous informe que le projet de Convention sur les droits des enfants sera soumis à l'Assemblée générale des Nations Unies pour adoption en décembre prochain.Cette Convention est un outil juridique assurant une mise en oeuvre efficace des principes contenus dans la Déclaration universelle des droits de l'enfant.Telle que proposée, la Convention est appelée à fixer des normes universellement reconnues pour assurer la protection des mineurs et les soins nécessaires à leur bien-être Elle traite des droits civils, économiques, sociaux et culturels des mineurs.En tant que membre de l'ONU, le gouvernement canadien se doit d'encourager l'adoption de la Convention et d'être parmi les vingt premiers pays signataires, ce nombre étant le minimum requis pour qu'elle soit ratifiée.Dans le même domaine, le ministère de la Justice vient de publier deux brochures sur le problème de l'exploitation sexuelle des enfants.Si un enfant est victime d'exploitation sexuelle, les dispositions de la loi a été conçue à l'intention des adolescents et des adultes qui sont en contact avec des enfants.Il s'agit d'un guide général qui vous aidera à réagir dans les cas d'exploitation sexuelle d'enfants et à comprendre le processus juridique.La deuxième brochure s'adresse directement aux enfants.Le secret du petit cheval est un conte qui explique aux enfants qu'ils n'ont pas à respecter le secret sur l'exploitation sexuelle.Vous pouvez obtenir ces brochures en communiquant directement avec le ministère de la Justice, à Ottawa, au (613) 957-4222 T'AS POGNÉ UNE JOB-CITRON?EMPRESSE-TOI DE LA DENONCER ! "Une job-citron, c'est quand: - on passe nos journées à côté du téléphone au cas où l'employeur nous demanderait de rentrer.- on est obligé d'avoir deux emplois à temps partiel pour faire une semaine de 30 heures.■ pour joindre les deux bouts, on est obligé de passer des circulaires à H chacun.- on est à notre quatrième job en six mois.- l'agent d'aide sociale nous offre un projet d'emploi pour qu'on prenne de l'expérience en cuisine, mais où l'on ne fait que de la vaisselle." Voilà, sommairement, ce que révèle une enquête réalisée cet hiver par la JOC.Portant sur les conditions de vie et de travail des jeunes, les résultats en ont été rendus public devant plus de 500 jeunes qui participaient au Gala national de la jeunesse travailleuse qui a eu lieu à Montréal le 29 avril dernier.Pour obtenir plus de détails sur les emplois précaires, communiquez avec la JOC nationale au 3119 Monsabré, Montréal, H1N2L3, tél.:256-7374.DES BOMBES DANS NOTRE COUR 145 personnes ont été arrêtées le 23 mai dernier à Ottawa.Leur crime: avoir protesté contre l'exposition ARMX 89 qui faisait impunément la promotion du matériel militaire le plus sophistiqué au monde.ARMX 89 est probablement l'exemple le plus vulgaire du rôle que joue le Canada dans le commerce international des armes.En effet, 10 000 acheteurs (militaires et responsables politiques de haut rang) provenant d'une cinquantaine de pays ont ainsi pu venir faire leurs "emplettes" grâce à la bienveillante complicité du ministère de la Défense qui parraine cette exposition.Les régimes parmi les plus répressifs du monde s'approvisionnent ainsi chez nous.ARMX représente aussi un formidable marché pour les producteurs d'armes du monde entier.Une annonce parue dans le Canadian Defence Quaterly soulignait l'importance des débouchés commerciaux qu'ARMX leur offrirait: "Vous vous retrouverez au centre d'une véritable fièvre d'achats et l'absence du grand public vous permettra de voir en chaque visiteur un acheteur, futur client ou utilisateur bien réel.Le temps passé avec eux sera sûrement pour vous le plus productif et le plus avantageux de l'année." Cet odieux commerce des armes a soulevé l'ire des organisations progressistes du Québec et du Canada.À l'invitation de l'Alliance pour une action non-violente, près de 2 000 personnes ont participé à une manifestation le 22 mai dans les rues d'Ottawa.Puis le lendemain, 145 personnes ont tenté d'empêcher l'ouverture de l'exposition en bloquant tous les accès au site de l'exposition, au risque d'être emprisonnées.Ce qui fut fait.Comparaissant immédiatement devant les tribunaux sous l'accusation de méfait public, tout ce beau monde a plaidé non-coupable.Leur procès devrait avoir lieu à l'automne.14/VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989 DOSSIER LES AMOURS: RÉALITÉ OU FICTION?On en parle à toutes les sauces.On en rit et on en pleure.Saisonnières ou vivaces, on en souligne parfois l'ardeur avec un bouquet.Effeuiller la marguerite fait partie de ces plaisirs qui n'ont pas d'âge."Il m'aime, elle m'aime.un peu , beaucoup, passionnément, à la folie".L'amour, ce singulier sentiment, prend des allures de pluriel dans ce dossier d'été.Nous n'aurions, pour rien au monde, voulu en censurer la formule et désirions en traiter sous toutes ses formes.Tant et si bien qu'une auteure a outrepassé (quel délice!) les nombreux tabous de la langue française pour permettre à ses personnages de s'aimer à la forme négative.Avec un réalisme déconcertant, trois femmes et un homme se sont prêtés au jeu de la fiction.Mais, n'en disons pas plus.Soyons des amours et taisons-nous, histoire de ne pas vendre la mèche de textes déjà si enflammés.À vos amours! Des écrits de Josée DESROSIERS, Josée GAUTHIER.Alain JACQUES et Dorothy LEIGH LIZOTTE VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989/15 AMOUR FLUIDE par Josée DESROSIERS 1 buvait goulûment ma salive.Nous étions dans l'effervescence de l'amour nouveau.Découvrir, goûter, mordre, creuser, absorber l'autre aimé.Passion.Nous nous agencions follement dans la conjoncture idéale.Il entreprenait un nouveau départ, il changeait de style de vie.Moi aussi, je terminais mes études.J'entrevoyais l'avenir, la carrière comme une noire ligne pointillée.L'amour venait compenser notre amertume.Lui me valorisait, me stimulait, m'admirait.Je l'encourageais au présent à sortir de ses malheurs passés.Nous étions ensemble; ça irait mieux jusqu'à ce que.Je pars en voyage.Adieux langoureux, soupirs torturants, nuages de grisaille; aucune promesse sinon de se retrouver aussi amoureux qu'avant ce départ.Et je reviens.Je l'aperçois à l'aéroport, contrôlant mes tremblements de coeur en public.J'espérais tant retrouver le principe du couple communicant.Quoiqu'on se redécouvre avec une certaine maladresse, un nouvel amour prend son envol, jusqu'à ce que.Icare a les yeux ailleurs, les pensées ailleurs.Je n'aurais pas dû le remarquer puisqu'il me démontre de plus en plus son amour pour moi.Pourtant quand je le questionne, un bouillon de paroles hostiles surgit.Nous touchons le fond du tonneau surtout après les rencontres d'amis.Je suffoque dans cette atmosphère sous pression.J'éloigne davantage encore son esprit alors que son être me colle à la peau.Je l'aime.mais je veux m'en débarrasser pour préserver ma raison, ma raison de vivre.Je me hais en l'aimant.Malgré tout, je fonds fatalement à l'effusion de sa tendresse comme une cire molle.Jusqu'à ce que.Il caresse le long de son corps KVCC ses paumes ouvertes, élargit ses mains au niveau de ses hanches.Il jouit avec une autre L'amante avait refait surface durant mon voyage.Le visage veu-le, Icare n'avait pu la repousser.Elle représentait la Dona Juana envoûtante, le souffle qui fait oublier toutes les peines.Mais elle profitait de l'inconscience d'Icare comme un succube à l'affût des défaillances.Elle l'enivrait, obéissant à ses pulsions.Peu importe l'étiquette qu'on lui collerait, il la voulait près de lui.Elle est la botte qui le propulse au septième ciel; je suis l'autre botte qui le retient sur terre.Et le feu qui m'unit à lui s'enfuit en tisons sous des pas "éroscides" jusqu'à ce que.Nos regards rivés l'un à l'autre sont hétérogènes.Dans le reflet de ses yeux se mire l'image de l'Autre, l'ensorceleuse.Chaque fois que je parle de l'Autre, des brouilles tristes à vomir m'inclinent à sourire à l'idée de mourir.Les angles de ce triangle me coincent les nerfs, me transpercent les tripes, me déchiquettent dans l'embouchure de l'aliénation.Dans l'autre qui exhale ses vapeurs extra-sensuelles, il est l'homme le plus doux et le plus amoureux d'entre tous.Il exprime la sincérité du moment.Il n'est jamais faux pour peu qu'il ait intérêt d'être vrai; jamais vrai pour peu qu'il ait intérêt d'être faux, comme le disait Diderot.J'allais le découvrir jusqu'à ce que.Un soir de chaude brise de printemps, Icare m'annonce qu'il ne veut que moi.Il laisse tomber l'Autre.Vais-je lui pardonner toute la fermentation des soucis qu'il m'a causés?Je doute.mais je me laisse entraîner par la gorgée d'espoir jusqu'à ce que.Les bulles de la sonnerie du téléphone pétillent à mon oreille.Un appel d'Icare; je vais donc le rejoindre.Il baisse le regard sur Elle, cette Autre.Il a tellement honte.Il empoigne son corps lisse et bronzé.Il me signale qu'il a été faible devant cette puissante tentation.Il porte sa bouche à la sienne.Il avale à pleine gorge l'illusion du bonheur, de la joie de vivre.Il avait fait son choix.L'eau de rose est amère; celle des fleurs de houblon, plus douce.Il buvait goulûment sa bière.V Josée Desrosiers est membre de la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne 16/VIE 0UVRIÈRE7JUIN-JUILLET 1989 LE LOUP DEMASQUE par Josée GAUTHIER adis blondes, mes boucles blanches ne s'échappent plus de mon charmant capuchon pour deux raisons bien simples: il ne me reste plus assez de cheveux pour qu'ils se permettent la dérobade et de plus, le capuchon ne se porte plus depuis belle lurette.Il m'arrive cependant parfois - pour le plaisir de la chose -de me coiffer d'un bonnet, à l'instar de ma grand-mère.Au fait, je viens ici rectifier quelques détails de son histoire qui, au fil des siècles, est surtout devenue la mienne.Mes soixante-treize ans bien sonnés me permettent enfin de briser la loi du silence tout en rêvant d'être écoutée.Si vous le voulez bien, c'est aujourd'hui que vous allez entendre la véritable histoire du Petit Chaperon Rouge."Or, la grand-mère du Petit Chaperon Rouge habitait une petite maison isolée située dans une clairière, à l'autre bout de la forêt.ce jour-là, la sachant souffrante, la maman de la fillette décida d'envoyer l'enfant à son chevet munie de quelques provisions." Grand-mère n'habitait pas la petite maison isolée, elle n'y séjournait que le temps d'une cure d'amaigrissement, c'est du moins ce que croyait maman.Veuve depuis trois ans, mère grand s'était liée d'amitié - au grand désespoir de petite mère - à une chanteuse-vendeuse de pilules amincissantes.Sans toutefois jamais avoir vérifie le bien-fondé de ses intuitions, maman était certaine que grand-mère avait flanché sous le joug de l'hypocrite candeur de la vedette pop.C'est ainsi que je me retrouvai affublée d'un panier d'osier débordant de riches odeurs et de l'infâme mission de faire entendre raison à grand-maman.Comme si, malgré son titre, l'aïeule n'était pas assez grande f>our diriger seu-e sa destinée' J'en étais là de mes propos philosophiques, le nez dans les pâquerettes, lorsque."Tout près de là, uni-grande forme s'étira en baillant sous les buissons.Par la pointe de mes oreilles, rugit le loup, qui mette ici si grand tapage?" Insultée, je m'empressai de rétorquer: "N'exagérons rien, ce ne sont tout de même pas les petits ters de mes souliers de cuir patani qui crissent si fort sous le gravier, monsieur Loup.ou.i.M.Louis!" De Peau d'Âne à Peau de Loup, il n'y avait qu'un pas de souris et M.Louis l'avait franchi.Second voisin de grand-maman à la ville et ami d enfance, il avait toujours gardé beaucoup d'estime pour la tendre Délinda.On racontait même qu'il avait essuyé plus d'une larme lorsque cette dernière avait choisi mon châtain de grand-père comme époux.Le trio était cependant toujours resté en très bons termes, l'amour des uns n'anéantissant pas l'amitié des autres.J'avais, depuis quelques mois déjà, noté une lueur nouvelle dans les grands yeux de grand-maman et je pouvais maintenant déceler sa jumelle dans ceux de Monsieur Louis, l'avais beau être petite, pour moi aussi 1 et 1 faisaient 2.C'est pourquoi lorsqu'un peu mal à l'aise dans sa peau, le vénérable amant de grand-maman voulut m'expliquer les raisons de son déguisement, je le priai de se taire.Je me permis alors de lui rappeler que les personnes du petit et du grand âge comprenaient bien au-delà des mots, contrairement a celles du moyen âge.Son rire de grelots se fit entendre puis, pensif, il ajouta: "Les vraies vieilles et les vrais vieux, ce pourrait donc être les gens du milieu que tu appelles si naïvement du moyen âge )e m'en souviendrai ." Nous nous rendîmes ensemble chez grand-maman déguster les délices que décelait mon panier d'osier.Fin de l'él sodé.Et le chasseur dans tout cela?Eh bien ça, c'est une histoire.de ma grand-mère! Nous remercions la revue Femmet d'Action qui a gracieusement permis la reproduction de ce texte jadis publié en ses pages •pi VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989/17 QUE RESTE-T-IL DE NOS AMOURS.par Dorothy LEIGH LIZOTTE S ne photo, vieille photo de ma jeunesse."Quelle scie!", pensa Françoise qui détestait entendre sa mère fredonner de vieux airs de sa voix aigrelette.D'autant plus que son répertoire manquait sérieusement de variété.Elle tourna le bouton de la radio et un air de Vivaldi retentit dans la pièce.Sa mère se tut: le message était clair.Françoise n'aimait que l'opéra et la musique classique.Elle ne syntonisait que les postes à fréquence modulée.Elle supportait également plutôt mal les goûts de sa fille, Marianne, laquelle fondait littéralement en regardant les "clips" de Richard Séguin ou de Michel Ri-vard."Les Saisons de Vivaldi, ça au moins ça ressemble à de la musique!", marmonna-t-elle entre ses dents.-"Ma pauvre Françoise, tu n'auras jamais connu qu'un seul chemin, une seule trajectoire d'un point à un autre: la ligne droite.Ta ligne à toi!" -"Maman, je déteste quand vous vous adressez à moi de cette façon! Je ne suis la "pauvre Françoise" de personne!" -"C'est bien ça le drame! Tu n'es là que pour toi et je ne suis pas sûre que ça t'ait rendue heureuse jusqu'à maintenant." -"Je ne suis peut-être plus là pour personne, comme vous dites, mais heureusement que je suis encore là pour vous "maman, sinon." Devant le nuage gris qui passa dans le regard de sa mère, Françoise comprit qu'elle avait poussé le bouchon un peu loin.-"Je suis désolée, maman, ce n'était pas du tout ce que je voulais dire.Vous savez que j'apprécie que vous soyez là avec nous, Marianne et moi, seulement." -"Seulement, seulement, comme on dit dans les revues psychologiques, le conflit des générations, c'est pas facile à vivre, je le sais Françoise.Il y a des jours où j'ai l'impression qu'on vit dans un ghetto, nous trois.Tu ne trouves pair1 -"Franchement, maman! Dans un ghetto! Vous n'en mettez pas un peu trop?" -"Demande à ta fille, je parie qu'elle pense comme moi!" -"Marianne est toujours prête à me casser du sucre sur le dos et à faire équipe avec quiconque, s'il s'agit de m'accabler, alors." -"C'est parce que c'est aussi difficile pour elle de t'accepter en entier, comme un tout indivisible, que ça l'est pour toi vis-à-vis de moi.C'est le problème de tout le monde, au fond.On aimerait garder que le meilleur des autres et laisser tomber le reste mais comme on n'est pas constitué de pièces détachées, chacun est à prendre ou à laisser." -"Maman, j'adore quand vous philosophez! Votre petit côté maîtresse d'école qui remonte à la surface.!" -"Pour ça, j'ai toujours voulu faire partager mon point de vue, c'est vrai.Pas tant pour gagner, tu sais.Ce que j'aurais souhaité, c'est de trouver un terrain neutre pour que les coeurs battent à l'unisson." -"C'est des rêves d'adolescentes ça, maman.Je vous le dis, vous êtes plus proche de Marianne que de moi.A 22 ans, elle espère même sans y croire le Prince Charmant!" -"Peut-être que je la comprends plus parce que je la regarde vivre avec un certain recul, ce que les mères ne peuvent pas faire.Mais ça ne veut pas dire que je l'aime plus.Et puis l'amour, ça ne se mesure pas.C'est comme une sorte de courant: ça passe ou ça ne passe pas, mais rassure-toi, dans ton cas, ça passe et ça ne passera pas.dans le sens que ça ne s'arrêtera pas!" Françoise sentit comme une bouffée de chaleur qui l'envahit.Pas de celles qui hantaient ses nuits depuis quelques mois, non.C'était plutôt qu'une onde douce et bienfaisante, qui la parcourait tout entière.Les premiers mots d'amour qu'on lui adressait depuis, depuis.Depuis que Robert était parti.Depuis qu'il avait choisi de "refaire" sa vie.Peu importait que ces paroles viennent de sa mère.L'amour, on le prend comme il vient et on s'en nourrit parce que c'est une denrée rare.Françoise ferma l'appareil radio.Elle retourna s'asseoir dans son fauteuil et prit le temps de regarder la vieille dame qui lui faisait face.Même avec le visage parcheminé, même avec au coin des yeux des rides profondes qui démontraient qu'en rien, pas plus que les autres, sa mère n'avait été épargnée, un air de santé et de jovialité s'attachait à ses traits flétris.-"Je vous envie de savoir faire corps avec la vie.On dirait que vous avez découvert le secret des choses et que c'est ça qui vous donne votre assurance tranquille." -"On n'a jamais tout à fait le choix, Françoise.La vie, il faut faire avec.Tant qu'on réserve une petite place pour l'amour, il reste encore de beaux jours devant soi, à tout âge." -"L'amour, l'amour.vous parlez comme les chansons que vous fredonnez.L'amour de nos jours, maman, saviez-vous que ça peut être drôlement "paniquant", pour 18/VIE OUVRIÈRE/JUIN-JUILLET 1989 parler comme Marianne?Quand un gars la fait "buzzer", comme elle dit, c'est tout de suite l'inquiétude."Pour combien de temps?Est-ce qu'on a des chances que ça marche?" Elle s'angoisse tellement que ça tourne au vinaigre.C'est vrai! Il n'y a plus d'unions qui durent.Et puis c'est pas tout.avec toutes les menaces et les mises en garde contre le SIDA et les autres MTS, y'a plus personne qui n'ait pas l'impression de jouer avec de la dynamite!" -"C'est pour ça que tu refuses de râ^"^Sâj était au temps où l'adres-K*2yf*«i se manuelle exigeait plus •\^Sô*^ qu'une légère pression du fio^S*yïï doigt sur quelque bouton LWli^ntJ^Haj je commande d'une machine.C'était avant ce qu'ils appellent le progrès.Pépère Caillou, comme on l'avait surnommé dans la région, aimait se remémorer cette époque.Roch Desrochers, de son nom véritable, était encore alerte malgré son âge avancé.11 reprenait en cette fin d'après-midi de septembre sa troisième petite promenade quotidienne qui le mènerait invariablement au lac.Depuis quelques jours, le soleil se faisait déjà moins ardent.Les arbres avaient commencé à revêtir leur costume automnal et rivalisaient de leurs teintes flamboyantes.À cette période de l'année, les vacanciers avaient déserté la place et regagné leur appartement "tout-confort" de citadins, incluant piscine, sauna et ascenseur.Tellement confortable d'ailleurs que dès l'apparition des premiers bourgeons, on pouvait les voir rappliquer en hâte à leur chalet du Lac Lapierre, pour venir respirer le bon air de la campagne.Mais leurs poumons devaient fort mal s'acclimater à cet air pur car leur première préoccupation consistait à recréer l'ambiance de la ville, en étouffant le chant des oiseaux dans un concert de musique disco et de bruits de bateaux à moteur qui avaient le double avantage de laisser un parfum acre et prononcé de même que des sillons hui-ieux partout sur le lac.De sorte qu'on a-vait dû renoncer à taquiner la truite pour permettre aux gens de la ville de se détendre en organisant des courses sur le rencontrer des gens, Françoise?Tu t'enfermes ici et ça te réussit mal.Tu deviens aigrie." -"C'est vite dit, vous avez bien \ écu seule pendant presque vingt ans de votre vie.Quelle était la place que vous accordiez à l'amour?" -"La première, Françoise.Toujours la première.Mes amours ont changé, elles ont évolué, se sont diversifiés, de ton père à la maternité, puis de l'enseignement à mes autres activités.mais j'ai toujours été en a-mour! Toujours, toujours." lac et des compétitions de ski aquatique Pépère Caillou s'assit lentement sur la grosse pierre plate, près du bord du lac 11 regardait la surface de l'eau, toute chiffonnée par ce vent doux de fin d'été.Comme à chaque fois qu'il s'asseyait là, le courant l'entraînait et ses pensées se noyaient dans un hier si proche et si loin que son vieux coeur pourtant solide se contractait bizarrement.On aurait dit qu'il se nouait.Et ces petits noeuds durs comme des pierres lui rendaient le coeur lourd.Katou l'avait déjà surpris dans cet état.Elle était venue pourchasser les grenouilles et avait vu Pépé assis sur sa roche.Elle s'était approchée de lui mais il ne semblait pas la voir.Pépé était ailleurs et ses yeux gris, remplis de tristes- -"Et maintenant, maman, que reste-t-il de vos amours?" -"Maintenant?.Il me reste les chansons d'amour, la poésie, les rêves, les souvenirs.Le besoin d'un projet aussi.Comme il me reste encore un petit bout d'avenir, je ne te l'ai jamais dit, mais ce que je voudrais par-dessus tout, ce serait de voir arriver l'an 2000!" -"Maman, j'admire votre belle sérénité mais je n'en démords pas: je demeure incapable de vous entendre chanter!"V par Dorothy LEIGH LIZOTTE se.Katou mit sa petite main sur le bras de son Pépé.De toutes ses amies, elle seule connaissait le très grand privilège d'avoir un arnere-grand-pete et elle en ressentait une immense fierté, même si on se moquait parfois de Pepi n ( aillou Elle se colla contre lui, câline, et Un dit - Pourquoi t'as le cœur caillou, Pépé?Formule magique, semble I il cal immédiatement, un sourire se dessina sur les lèvres de son Pépé.- Le coeu r caillou?répéta -1 - i 1 - Ben oui, tu sais comme quand kl larmes, dle$ tord tropgroi$et et qu'elles peuvent pat couler.Alors, elles restent en dedan-., nuit-.Çt (tut pesant comme HH petit ta- de cailloin Il n'y avait que Katou poui dénk lui des expressions pareilles' Katou qui généreusement partageait son univers d'enfant rempli d'images, de rires en cascades et de colères tutti Katou que Pépé appelait alors son petit vokan 01 qui avait pour effet de déclencher une lave d'éclats de rire car Katou ne savait pas résister au plaisir de s'imaginer pTO jetant cette COUlée chaude, brûlante.île vastatnee, avec au coeur de (oui ic bouillonnement, des pierres qui jaillissent, qui coulent et culbutent, animées, habitées par un quelconque maléfice, des pien-es toiles de colère, comme Katou Pépé prit la fillette et l'awti sur lui - Non, Katou, d-beaucoup de proie!-* d arcmr.je petUteà i eu \ LE COEUR CAILLOU VIE 0UVRIÈRE7JUIN-JUILLET 1989/19 qui me tenaient à coeur avant, et quelquefois, je m'attendris, tu vois.- Mais toi, Pépé, tu ne peux pas deivnir tendre.C'est déjà fait! Tu es mon Pépé doux, mon Pépé d'amour! Et puis j'aime pas quand tu dis que t'as pas de projets d'avenir.On en a tout plein, toi et moi.Tu m'as promis qu'on ferait des châteaux de glace, cet hiver! -Holà! va doucement, ma Katou.Les châteaux, c'est toi qui les construiras.Moi, je vais seulement t'apprendre la manière.- C'est vrai que la neige sera dure comme les pierres ?- Bien sûr, petite architecte.Tu la changeras en glace et si le temps n'est pas trop doux, tes châteaux resteront bien en vue dans la cour jusqu'aux pluies du printemps.- Jusqu'au printemps.Tu te rends compte, Pépé! Et toi qui disais que t'avais pas de projets d'avenir f" ÎS"7
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